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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier E
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2010-12-31, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 CINEMA Les palmarès et bilans de l’année de nos critiques Pages E 4 et E 5 LIVRES Le4X4, un poème à la nature?Page E 8 CULTURE FAiTFS Uht rF^TAMFNT 01OÛFAFNF, TOU T£ FiFiT OF VOTFF MÂthi J S/OU0FA\F FAIFF fi fA /MOW JF^IAMFNT IC ^ fAslMylièF^Foym qui vfutqufjé , PFBPAFF SON [FSTAMFNÎ.QUE FAIT-IL Qu'H f ___ - .^ ^ OEQUOl c'est QUE l'pÈFF OViOE Y VEUT A WA/ TESTAMENT OLOOFAPHE,FiFNDEMIEU> A QUI c’est que vous VOULEZ LAlSSEfCDE L’AfZGtNŸ Ajy^ f SOURCE LES 400 COUPS Séraphin, le père Ovide, le notaire LePotiron et Donalda: quelques-uns des personnages de Claude-Henri Grignon tels qu’incarnés dans la bande dessinée d’Albert Chartier.Bédé Séraphin Poudrier et Pierre-Esprit Radisson fantômes du passé conjugués au présent FABIEN DEGLISE Séraphin ne mourra jamais.Il ne peut pas mourir!» La prophétie, exposée par le romancier Claude-Henri Grignon, géniteur de cette icône de l’imaginaire collectif, avec sa Donalda, est finalement en train de se réaliser.Plus de 70 ans après la sortie du roman Un homme et son péché, les éditions des 400 Coups donnent une nouvelle fois vie à notre Harpagon national dans la forme certainement la plus étonnante, mais aussi la plus méconnue: la bande dessinée.11 faut avoir été jeune et surtout abonné au Bulletin des agriculteurs entre 1951 et 1970 pour s’en souvenir.A cette époque, avec la complicité du dessinateur-illustrateur-pionnier de la bédé au Québec, Albert Chartier, Grignon y livre une fois par mois une série désormais mythique intitulée Séraphin: l’histoire illustrée d’«Un homme et son péché».Le succès est immédiat, mais est vite tombé dans l’oubli pour cause de modernité, qui a recouvert durablement ces planches originales jusque-là introuvables.L’amnésie collective vient toutefois de prendre fin avec cette rebure des 228 pages qui présentent l’intégralité de la série historique, telle que publiée dans le mensuel pour «habitants».Le cadre social d’un vibage des Lau-rentides à la bn du XIX® siècle, avec son magasbi général, son égbse, son curé Labebe, son notabe LePotiron, son père Ovide, son Indien Bib Wabo et surtout, surtout, son jeune Alexis Labranche s’y exposent en cases, avec un coup de crayon à la valeur historique et didactique évidente.«Le Séraphin illustré que nous rééditons en 2010 avait fait la joie de millions de Canadiens français du Québec, mais également des provinces canadiennes et de la Nouvelle-Angleterre, écrit en guise de préface Pierre Grignon, petit neveu du probbque scénariste et spécialiste bicontesté de son oeuvre.Tous étaient des auditeurs assidus de Une planche du tome 2 du Radisson de Jean-Sébastien Bérubé SOURCE GLENAT QUEBEC l’émission radiophonique Un homme et son péché.De très beaux dessins d’Albert Chartier avaient illustré des textes de Claude-Henri Grignon bien avant 1951.Leur collaboration n’avait rien d’improvisé et Albert Chartier avait Séraphin dans sa mire depuis longtemps.» La complicité est visible tout au long de ce voyage dans le temps qui confirme les grands pas effectués par le 9® art au Québec depuis ce temps que les plus de 49 ans.Une aventure hu-mabie aussi, que décrypte avec une efficacité redoutable le spécialiste de la bulle Michel Viau, qui a participé à la réédition de l’œuvre, dans un dossier complet, offert en introduction.La rencontre de deux géants y est expliquée par l’entremise de scénarios tapuscrits de Grignon, d’esquisses préparatoires des personnages par Chartier, des premiers jets inédits datant de 1947, mais également une page mettant en scène le deuü de l’avare de Sabite-Adèle, page qui n’avait à ce jour jamais été publiée.Forcément, l’arpenteur de voies historiques, l’amoureux du passé, le traqueur d’identité, le nostalgique de la planche ne peuvent sortir que comblés d’une telle incursion dans ce classique de la littérature médiatisé sous toutes les formes possibles depuis sa sortie en livre: il y a eu la ra- dio, la télévision, le cinéma, le théâtre.Quant aux autres, üs trouveront certainement une source atypique de divertissement, par les temps numériques et frénétiques qui courent, source à la-quebe ü n’est jamais mauvais de s’exposer.Mission à Onondaga Autres temps, autre personnage, même plaisb: avec Mission à Onondaga (Glénat Québec), le bé-déiste rimouskois Jean-Sébastien Bérudé poursuit ici l’écriture de son ambitieuse saga historique qui ramène à la vie, par la bube, le coureur des bois Pierre-Esprit Radisson, avec la même efficacité que dans le volume précédent.Nous sommes en 1657 en Nouvelle-France, dans le bourg des Trois-Rivières.Après des années de froid et de tensions, la paix s’est bistallée entre les Iroquois, les Hurons et les Français.Radisson a la bougeotte et accepte forcément l’bivi-tation de deux jésuites qui cherchent un guide pour se rendre au fort de Sainte-Marie-de-Gan-qentaha.Leur mission est claire: apporter le saint Evangile aux Iroquois, «là où le diable est roi», histoire de «rendre grand service à Dieu»\ Qn comprend le prbicipe.Qn comprend aussi que «Tête-de-porc-épic», surnom donné à l’illustre aventurier par les Amérindiens du Nord, ne va pas avoir la tâche facile à la tête de ce convoi des temps passés formé de jésuites, de coureurs des bois, de familles huronnes et de quelques Français.11 va y avofr des massacres, des embûches, des trahisons, de grands espaces, du fanatisme à la pelle, de la survivance et surtout les ingrédients d’un scénario aussi haletant qu’historiquement bien documenté.Avec cette série, le p’tit gars du Bas-du-Fleuve prend finalement part depuis plus d’un an à une étonnante croisade bédéesque: revisiter une énième fois le mythe de Radisson, dans cette autre sphère de la littérature, celle qui met les faits, les hommes et les aventures en boîte pour mieux lustrer le profil moderne de cet ancêtre protéiforme.Qn l’avait oublié (mais pas trop) : le bonhomme était un commerçant, parfois rebebe, parfois soumis, aventurier invétéré capable de trouver ses marques autant dans les salons de Londres que sous un tipi, accessoirement entouré de jeunes fibes.Gui, Radisson a traversé un océan en navfre, mais aussi des cultures, des mœurs et des coutumes, avec une facbité redoutable.Fbialement, ü aura aussi été capable de traverser les époques, comme Bérubé en témoigne tout au long des 48 pages de ce deuxième essai largement transformé.Le Devoir SERAPHIN ILLUSTRE Claude-Henri Grignon et Albert Chartier Les 400 Coups Montréal, 2010,264 pages RADISSON Tome 2: MISSION À ONONDAGA Jean-Sébastien Bérubé Glénat Québec Montréal, 2010,48 pages E 2 LE DEVOIR LE VENDREDI 31 DECEMBRE 2010 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Cinq concerts chez soi CHRISTOPHE HUSS Après notre tour d’horizon des parutions lyriques présenté la semaine dernière, voici cinq propositions de concerts publiés en DVD en 2010.1.Paavo Jarvi: The Beethoven Project Ils l’ont fait et c’était utile.Après avoir laissé s’écouler un an après l’achèvement du cycle Beethoven en CD et en SACD, Paavo Jarvi et la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen (DKP) ont présenté les neuf symphonies au Festival Beethoven de Bonn en septembre 2009.Les caméras étaient là et l’intégrale, augmentée d’un documentaire, sort en DVD pour cette hn d’année.Je parle ici de sortie internationale, car il devient fastidieux, voire impossible, de faire le tri chez les anciennes majors du disque entre ce qui est considéré comme un produit «bon à distribuer» et un produit dit «d’importation», non IDEE ORIGINALE SYLVAIN BÉLANGER SOPHIE CADIEUX MISE EN SCÈNE SVUHINBÉIANGER AVEC SYLVAIN BELANGER AMEUE BONENEANT SOPHIE CADIEUX ROSE-MATIÉ ERKOREKA MAIHIEUGOSSEUN RENAUD LACELIE-BOURDON ANNE-MARIE LEVASSEUR BUCRAULHUS SIMON ROgSSEAU DES CONFERENCIERSSURPRISES ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE ET RÉGIE OLIVIER GAUDETSAVARD SCÉNOGRAPHIE ÊVELYNE RAQUEHE COSTUMES MARCSENËLML CONCEPTION SONORE ANNE-MARIE LEVASSEUR CAROUNETURCOT LUMIÈRES ANDRÉ RIOUX MOUVEMENT FRÊDÉRICK GRAVEL INTÉGRATION VIDÉO YVES LABELIE DIRECnON TECHNIQUE ANNIE BÉLANGER LES MARDIS A19 H DU MERCREDI AU VENDREDI A19 H 30 ET L£S SAMEDIS A16 H DU 11 AU 22 JANVIER promu et traité comme un fantôme.Une chose est sûre: toutes les horreurs (Sarah Brightman, Andrea Bocelli, The Five Browns, The Priests et autres produits commerciaux) sont «bonnes à distribuer».Mais pour vous donner des exemples éloquents de titres rejetés, on peut citer le Parsifal par Bernard Haitink en DVD chez Deutsche Grammo-phon, le premier disque de Paavo Jarvi avec l’Orchestre de Paris {Symphonie de Bizet) chez EMl-Virgin et, chez Sony-BMG, le Requiem allemand de Brahms par Harnoncourt et le Philharmonique de Vienne! Je ne saurais donc confirmer la présence physique de cette intégrale majeure publiée en DVD par Sony chez votre disquaire du coin, mais vous la trouverez aisément chez les meilleures enseignes de la Toile.Les diverses présentations en concert des neuf symphonies de Beethoven par Jarvi et la DKP, depuis Strasbourg et Lanaudière en 2007, ont indéniablement rodé le tandem.11 y a ici plus de décontraction et de souplesse, sans la moindre perte d’acuité ou de vivacité du discours.Autre avantage: la stéréo est meilleure en DVD qu’en CD.2.Susan Graham: French Songs Effet collatéral de la mondialisation: un éditeur français.Idéale audience, édite un DVD de mélodies françaises en ûtvdsit French Songsl Ce DVD relaie une des plus belles parutions discographiques de l’année 2009.Ce programme concocté par Susan HHOVEN THESyiPHONIES 0 ) .lias PAAVO IMI 1^1 Graham est capté ici sur le vif lors du Festival de Verbier 2009.11 ne nous viendrait pas à l’idée de décréter que le DW supplante le CD.Mais si vous n’avez pas acheté ce dernier, paru sur étiquette Onyx, le DVD est un moyen très agréable de faire connaissance avec ce parcours érudit, original et très éclectique défendu par la chanteuse américaine francophile, récemment en visite à Montréal pour le concert de Noël de l’OSM.Le récital est aussi, de la part d’idéale audience, un modèle de réalisation visuelle, travaillée dans le moindre détail.Les vêtements de la chanteuse sont assortis à la table du piano, le noir et le bleu sont profonds, l’image est superbement éclairée et le montage respecte le rythme de la musique.3.Nikolaus Harnoncourt: Salzbourg 2009 Voici une autre parution à mettre en regard avec un événement musical montréalais.La semaine prochaine, Kent Nagano reprendra la 9* Symphonie de Schubert qu’il dirigea en tant que chef invité de l’OSM en janvier 2003, un concert qui l’avait confirmé dans son rôle de «premier choix» de l’orchestre, de l’administration et des journalistes pour succéder à Charles Du-toit.Cette même symphonie protéiforme est dirigée ici en juillet 2009 en ouverture du Festival de Salzbourg par Nikolaus Harnoncourt à la tête de l’Orchestre philharmonique de Vienne et le vertige est total.Le chef autrichien «amène» Schubert par des Danses allemandes revues par Webern et des lectures en clair-obscur de deux polkas et d’une valse de Josef Strauss, dont il fait ressortir la face obscure.La mort est omniprésente ici, mais jamais «jouée»; toujours en fdigrane.C’est ainsi qu’Harnoncourt interprète une 9* de Schubert hantée.Au contraire d’ex-trublions ou révolutionnaires de la sphère baroque qui se banalisent tant ils n’ont plus rien à dire, Harnoncourt est un personnage de plus en plus dérangeant.Son ascétique interprétation est un cérémonial d’une incroyable détermination et d’une grande clairvoyance.Oui, Schubert chante.Mais son chant est douloureux.4.Concert du Nouvel An 2009 Pour ceux qui ne se consolent pas de l’absence sur les antennes canadiennes du concert le plus diffusé au monde, Decca Susan Graham French Songs MALCOLM MARTinEAl a publié en CD, en DVD — et désormais en Blu-ray — le fameux concert du Nouvel An viennois, dans son millésime 2009, celui dirigé par Daniel Ba-renboïm.On peut effectivement parler de «millésimes» s’agissant de cet événement.Les plus fameux sont celui de 1979, le dernier concert dirigé par Willy Boskowski, qui donna lieu au premier enregistrement numérique de Decca; celui de 1987, le seul mené par Herbert von Karajan; ceux de 1989 et de 1992, avec Carlos Kleiber; ainsi que ceux de 2001 et de 2003 avec Nikolaus Harnoncourt.Barenboim a visiblement cherché à imprimer sa marque, avec une interprétation très soignée et préméditée.11 gagne en hnesse ce qu’ü perd en élan véritable, alors que Carlos Kleiber avait réussi, lui, à allier les deux facettes de cette musique.Ce concert se signale aussi par la présence du finale de la Symphonie des adieux de Haydn, en hommage au bicentenaire du compositeur.5.Abbado à Lucerne On trouve bien des concerts de Claudio Abbado au Festival de Lucerne en DVD, notamment ceux qui amènent tranquillement le chef à nous laisser une nouvelle intégrale Mahler.Mais ici il y a du neuf.Un nouveau label, d’abord, Accentus, distribué par Naxos au Canada.Un nouveau festival, ensuite, puisque ce concert a été capté en mars, lors du «Festival de Pâques» de ce Salzbourg suisse.Un nouvel orchestre enfin, puisque le chef italien dirige ici l’Orchestre des jeunes Simon Bolivar du Venezuela, face la plus visible d’un projet social et musical qui a lancé la carrière de Gustavo Duda-mel.Au programme: la Suite scythe de Prokofiev, la Lulu Suite de Berg et la Symphonie Pathétique de Tchaikovski.On ne peut que saluer l’excellence et la tenue musicale de ces jeunes vénézuéliens, heureuse crème de la crème d’El Sistema (une initiative majeure au Venezuela, documentée dans un passionnant DVD paru chez EuroArts).Même si la Pathétique n’est pas «historique», au sens Mravinski, Fricsay SveÜanov ou Gergiev du terme, elle est plus ardente que les versions discographiques d’Abbado, alors que Prokofiev et Berg sont impressionnants.Petite erreur colorimétrique d’éclairage sur la soliste, la chanteuse Anna Prohaska, qui a l’air d’un spectre.Le Devoir Les cinq meilleurs spectacles angles de 2010 Quand Paul a joué Ram On.SYLVAIN CORMIER \ A ceux qui, trouvant que ça commence à bien faire, s’exclameraient: «Marre des boomers!», je dis: faites mieux.Pour générer autant de plaisir, remplir ainsi la tête et le cœur, en mettre à ce point plein les yeux et les oreilles, il faut s’y prendre de bonne heure et durer tard.Demandez à la bande de jeunes fous de rock’n’roll qui ont acclamé la septuagénaire Wanda Jackson à L’Astral si leur joie était affaire d’âge.Ils vous diront que c’est pas compliqué, un bon show.toutes générations et tous genres confondus: ça remue.Des fois ça émeut aussi, et il arrive que ça jette à terre les murs.Des exemples?1.Paul McCartney au Centre Bell.11 a joué Ram On.A signé un bras de jeune fille sur scè- Michel Marc Bouchard Mise en scene Claude Poissant Evelyne Brochu Éric Bruneau Alexandre Landry Collaborateurs du 11 janvier au 5 février 2011 Une creation du Centre du Théâtre d’AuJourd’hui informations et réservations : 3900, rue Saint-Denis Montréai-QC H2W 2M2 T.514 282-3900 theatredaujourdhui.qc.ca Partenaires de saison : Q^ÏSbec Le DEVOIR ?THÉÂTRE ESPACE GO (SALIE 2) 4890, BOUL SAINT-LAURENT BILLETTERIE : 514 845-4890 ADMISSION: 514 790-1245 ne.S’est amusé comme nous, j’en jurerais.A été ému comme nous, je gagerais un gros vingt là-dessus.C’était cette sorte de soir de communion et d’émotion, une fête où l’on avait le droit de vouloir Ram On et un tatouage, où chanter à tue-tête était permis et encouragé, où des gens de tous âges pouvaient sans embarras éclater en sanglots et vivre pleinement leur amour pour ces chansons et exprimer tout aussi pleinement leur reconnaissance envers cet homme qui, non seulement les a créées, mais continue de, les recréer magnifiquement.A 68 ans, bon sang de bon sang, trois heures durant, sans entracte! Du Beatles mur à mur, du Wings en masse, du McCartney solo, une ovation toutes les dix minutes.Et Ram On sur demande, je n’oublierai jamais ça.2.The Brian Setzer Orchestra à la place des Festivals (FIJM).Formidables, Setzer et son combo à l’air libre?Le mot est faible.Le mot est flou.Le mot est mou.Dans mon livre à moi, le show de Setzer fut le meilleur des shows extérieurs de toute l’histoire du Festival international de jazz de Montréal.C’était la plus épatante démonstration de showmanship imaginable, la preuve par deux mains et une guitare Gretsch que le rockabilly boogie peut faire bondir les foules autant que les fans, et un big band qui brassait tellement que la ville de Tremblay en a tremblé.Le plus beau, c’est que ça existe désormais en DVD.Merci André Ménard pour le fantasme réalisé.3.Wanda Jackson à L’Astral (FIJM).Habitués du festival Red Hot & Blue, on savait qu’elle déménage, la mamie rockabilly.Ce fut la grande satisfaction du triomphe de l’irrépressible Fujiyama Mama à L’Astral: d’autres savent maintenant.Dès Mean Mean Man, ils avaient compris.Cette voix! Ce rythme! The beat! The beat! The beat! Ses succès à elle, I Gotta Know, la fabuleuse Tunnel of Love, les chansons de l’hommage à Elvis, c’était la ferveur et la jeunesse de 1960 en 2010.Inaltérable Wanda.Wooooooo! Vi- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Paul McCartney au Centre Bell vement le nouvel album, réalisé par Jack White.4.Roger Waters au Centre Bell.J’ai vécu ça comme les 14 439 autres spectateurs: épaté, ébloui, impressionné au-delà de ce qui peut s’imaginer.Tel ce jeune homme qui, à son père qui n’en revenait pas non plus, s’est écrié au sortir de la première partie: «Débile!» Débile indeed.Ce n’était pas seulement The Wall musicalement donné à l’identique (sono parfaite, versions impeccables), mais The Wall la totale.Le mur de tous les murs.Et Waters était dûment fier de son grand œuvre, manifestement heureux de partager le meilleur de lui-même avec un public plus appréciatif encore que son immense ego l’exige.5.Joan Baez au Saint-Denis.Elle a chanté Dylan, bien sûr, Guthrie aussi, notre Leonard Cohen (douce, douce Suzanne), les hymnes du folksong {Freight Train, Stewbalï).Elle a échantillonné son répertoire à elle, donné la belle Diamonds and Rust.Mais surtout, surtout, l’admirable Joan nous a fait ce cadeau, bien à sa manière: Un Canadien errant, dans une version de son cru, au féminin et rapatriée.«Une Québécoise errante / bannie de ses foyers.» L’ovation, immeii-se, a noyé les petites huées.A la fin, Joan Baez a souri de son beau sourire, remercié les gens en français, et est repartie comme elle est venue, sans chichi.Tout était dit.Le Devoir http://goo.gl/h56rK LE DEVOIR LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 E 3 CULTURE ARTS VISUELS De l’intime jusqu’à la peinture extrême JEROME DELGADO Que faut-il retenir de cette année 2010 en arts visuels?Voici une année à situer entre l’intime que nous propose le type de travail de Raymonde April et la série estivale Peinture extrême.1.Rouge cabaret: le monde effroyable et beau d’Otto Dix, Musée des beaux-arts de Montréal Le tapis rouge déroulé cet automne à la mémoire d’Otto Dix avait peu de la complaisance.11 faut dire que cette peinture crue et anticonformiste n’invite pas à la célébration.Revoir Dix, et ses commentaires sur la guerre ou la luxure, fait du bien à notre époque qui banalise de plus en plus l’horreur et la débauche.Que le MBA ait trouvé excuse dans «son» Portrait d’Hugo Simons pour exposer Dix importe peu finalement.2.Equivalences, Raymonde April, centre Occurrence, galeries Donald Browne et Les Territoires L’année avait démarré en lion avec les photos de Raymonde April et la multitude d’associations libres qui les relient.Aussi intimiste soit-il, cet art est déjà celui de l’éclatement.Alors, quand l’artiste embrasse trois lieux.Entre le bilan et l’incessante réécriture d’une «grammaire visuelle» {dixit le commissaire Eduardo Ralickas), cette expo tripartite rendait exponentiel le plaisir d’entendre les images d’April se parler.3.Papier 10, Association des galeries en art contemporain, édifice BlackWatch Le nouvel emballage de la foire Papier de l’AGAC ne masque pas les faiblesses du marché de l’art au Québec.Sauf que, dans cet édifice militaire investi en avril, il y avait un certain air de fête.On visitait les lieux avec la nette impression de vivre quelque chose d’unique.Les oeuvres sont demeurées au cœur de l’attention et les ventes, paraît-il, n’avaient jamais été aussi fabuleuses.Enhn trouvé le gîte idéal?4.Rouges, Erançoise Sullivan, galerie Simon Blais La peinture monochrome peut encore être sublime.Et c’est par le doigté et l’œil d’une octogénaire que la leçon est venue, en fin d’année.Erançoise Sullivan, dont la pratique de la peinture est somme toute assez jeune, atteint un sommet.En constant raffinement depuis une dizaine d’années, elle valse autour du rouge, et autour de la lumière et de la peinture, sans se préoccuper des limites leur étant associées.5.Femmes artistes.L’éclatement des frontières, 1965-2000, Musée national des beaux-arts du Québec Ce deuxième volet du musée de Québec consacré à l’art au féminin du XX® siècle jonglait habilement avec le fourre-tout et divers sous-thèmes.11 offraif malgré l’espace restreint et la source limitée (la collection du MNBAQ), une véritable anthologie.Parmi les heureux mariages, notons, autour du portrait de groupes de femmes, les dessins de Raphaëlle de Groot qui côtoyaient l’oubliée Claire Beau-grand-Champagne, dont la photographie pseudo-documentaire vaut celle d’un Gabor Szilasi.6.Catastrophe?Quelle catastrophe! Manif d’art 5 Après la catastrophique quatrième édition axée sur la rencontre et l’amour, la Manif d’art de Québec est revenue en force avec un parfait antidote.La société de consommation, la fatalité d’un accident, la violence politique, ou les politiques belliqueuses, tout semblait dans la ligne de mire.La commissaire Sylvie Eortin, qui a regroupé autant de héros locaux (Doyon-De-mers) que de figures internationales (Ahmet Ogut), a établi le quartier général dans une malfamée place Québec.Le résultat, réussi, avait des airs de dédale avec trésors à dénicher.7.Eija-Liisa Ahtila - Int.scène-jour, DHC/ART et Eonderie Darling 11 n’y aura eu que deux expos à la DHC, mais quelles expos! Qn a retenu celle de l’hiver, plutôt que celle de Jenny Holzer, qui a suivi en été.Parce que les installations très «cinéma» de l’artiste finlandaise dynamitaient les espaces.L’écran ne ¦nrn 3 Il" © RAYMONDE APRIL L’année avait démarré en lion avec les photos de l’exposition Equivalences de Raymonde April.r\ i © SUCCESSION OTTO DIX / SODRAC (2010) Otto Dix, Autoportrait avec modèle nu, 1923.Collection particulière, avec l’aimable concours de Richard Nagy Ltd., Londres.suffisait pas.Ahtila, avec ses détours et retours à la narration, a aussi inauguré la nouvelle annexe de DHC.Reste que l’œuvre-dynamite se trouvait à la Eonderie Darling.Une association entre deux voisins que l’on souhaite revoir.8.Cités voraces, Jérôme Ruby, galerie Donald Browne Les regards cyniques et critiques sur les déséquilibres sociaux ne manquent pas, mais les dessins et sculptures présentés à la fin de l’été par Jérôme Ruby ravissaient.Une ligne précise, détaillée, des compositions oniriques, sans être surchargées, et un commentaire sur les emblèmes et les logos qui dictent loi et ordre.Eigure de l’ogre clé en main.Ruby est sans doute une de nos valeurs les plus prometteuses.9.La griffe BGL Le collectif BGL n’en rate (presque) aucune.Cet automne, il a même surgi deux fois là où on ne l’attendait pas.Si son intervention au Centre de design de l’UQAM contenait toute sa fougue habituelle, c’est une œuvre de 2009 qui a sonné le glas de 2010.Le crédit en revient au Musée d’art contemporain, qui a acquis Postérité-les-Bains (usine de sapins) et ose l’exposer dans le hall.En période de Noël, le coup est d’un à-propos salutaire.L’installation, avec ses airs de guillotine, respire le même air que le labyrinthe en boîtes-cadeaux que BGL avait créé en 2001 dans le même musée.10.L’année peinture Le pic a eu lieu avec la série estivale Peinture extrême.L’ensemble, malgré quelques intenses propositions (galeries Joyce Yahouda, Projex-Mt, Donald Browne), avait déçu.11 n’en a pas moins répété ce qui s’est dit toute l’année: la peinture séduit.Parmi les moments forts, soulignons les Dix et Sullivan déjà nommés, Pierre Dorion (solo au MBAM), Anthony Burnham (galerie René Blouin),Trevor Kiernander (Art mûr), l’hommage à Borduas (MAC) et l’intervention urbaine inspirée d’une quincaillerie du duo Emmanuel Galland et Eran-çois Lalumière.Collaborateur du Devoir Galerie Walter Klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS UAGENDA L’HORAIRETElf, Œ GUIDE DEVOSSGRÉES Gntuit èns Le Detdr du amedi HDEVOIR la collection la Peau de l’Ours www.lapeaudelours.com à la maison de la culture Frontenac jusqu’au 16 janvier 2011 (info: 514.910.8906) 1200, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A1H6 www.klinkhoff.com 514.288.7306 Si vous songez à veniJre des oeuvres d'art d'importance, nous vous invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info(5)klinkhoff.com .ta A/ti %.Ferme le samedi r janvier Ouverture à 13 h le dimanche 2 janvier MUSEE DES i BEAUX-ARTS MONTRÉAL MBAM.QC.CA/OTTODIX « “Dix sur Dix ”[.] C&ti’expo à mit œt automne.À ne rater s(M aucun prétexte.» ,, Nicolas Mavrikakis, K»/ ; ! «J’ai adoré! [.] Vraiment percutant.» Annie-Soleil Protean, Cost bien meilleur le matm Cette exposition est organisée parla Neùej^erie New York et le Musée des beaux-arts de Montréal.Otto Dix, fémmaii^suriÊiepeaudeàkipÆùMi, 19Z7.Herbert F.Johnson Muséum of JM, Cornell University, gift of SanNelJLBer9er.©Su(cesslon0HoDlx/S(!DRIlC(201CI) E 4 LE DEVOIR, LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 UIMDI V i ft JAHVIER 4 •4- ^r-v Jhéâtre .Outremont MADEMOISELLE CHAMBON de Stéphane Brizé France.2010.101 min.Avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberiain, Aure Atika.(G).Outremont „ Montréal® 1248 avenue Bernard Ouest Information 514 495-9944 www.admlsslonxom 514790-1245 CINEMA DANIEL PREVOST J jJl.IÈillilL'iiii .RUISSEAUX "ST'."• UN KM DE PASCAL RABATÉ D'après sa dande dessinée BULLfOGIER HÉLÈNE VINCENT PHIUPPE NAHON p JULIE-MARIE RARM&JTIER \m PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE ! E ¦CINÉMA ÆIÏÏSS 23CB.Deaubten E.721-eoeo I SOURCE FILMS WE LIKE Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, d’Apichatpong Weerasethakul Les coups de cœur de l’année 2010 L> année 2010 fut un cru cinématographique à ' la fois mince et diversifié.Mais des oeuvres exceptionnelles, venues de tous les coins du monde, dont une moisson américaine plus riche que prévu, nous ont quand même marqués et séduits.Nos critiques Martin Bilodeau, André Lavoie, François Lévesque et Odile Tremblay livrent leurs coups de cœur parmi les films ayant tenu l’affiche chez nous au cours des douze derniers mois.1.TTte Social Network, de David Fincher 2.Black Swan, de Darren Aronofsky 3.Incendies, de Denis Villeneuve 4.The Ghost Writer, de Roman Polanski 5.Le Ruban blanc, de Michael Haneke 6.Un prophète, de Jacques Audiard 7.Fish Tank, d’Andrea Arnold 8.Inception, de Christopher Nolan 9.lAm Love, de Luca Guadagnino 10.Trois temps après la mort d’Anna, de Catherine Martin 11.Rabbit Hole, de John Cameron Mitchell Martin Bilodeau 1.Un prophète, de Jacques Audiard 2.Le Ruban blanc, de Michael Haneke 3.Inception, de Christopher Nolan 4.Black Swan, de Darren Aronofsky 5.The Ghost Writer, de Roman Polanski 6.Incendies, de Denis Villeneuve 7.Mademoiselle Chambon, de Stéphane Brizé 8.Toy Story 3, de Lee Unkrich 9.Les Herbes folles, d’Alain Resnais 10.Vous n’aimez pas la vérité -4 jours à Guantanamo, de Luc Côté et Patricio Henriquez André Lavoie 1.A l’origine d’un cri, de Robin Aubert 2.Mother, de Bong Joon-ho 3.The Ghost Writer, de Roman Polanski 4.Un prophète, de Jacques Audiard 5.Winte/s Bone, de Debra Granik 6.Black Swan, de Darren Aronofsky 7.Incendies, de Denis Villeneuve 8.lAm Love, de Luca Guadagnino 9.Mammuth, de Gustave de Kervern et Benoît Delépine 10.Liban, de Samuel Maoz François Lévesque 1.Un prophète, de Jacques Audiard 2.Le Ruban blanc, de Michael Haneke 3.Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, d’Apichatpong Weerasethakul 4.Life During Wartime, de Todd Solondz 5.Mother, de Bong Joon-ho 6.Black Swan, de Darren Aronofsky 7.Rabbit Hole, de John Cameron Mitchell 8.Mademoiselle Chambon, de Stéphane Brizé 9.Shutter Island, de Martin Scorsese 10.Incendies, de Denis Villeneuve Odile Tremblay REUTERS Ewan McGregor dans The Ghost Writer, de Roman Polanski Bilans de l’année Le nouveau panthéon Il y a quelque chose de fondamentalement narcissique dans l’exercice de fabrication d’un palmarès personnel annuel.Celui-ci ne relativise rien.Il s’appuie au contraire sur la subjectivité de celui ou celle qui le compose, ne rend pas compte, dans sa déclinaison pseudo-scientifique à dix étages, de ce qu’il ou elle n’a pas vu.Il est au mieux (car c’est son objectif premier et ultime) un reflet de ce qui s’est fait de meilleur dans l’année qui vient de se terminer.Il est au pire, et sans que ça exclue l’autre fonction, une sorte de miroir des goûts contrôlé, qu’on exhibe telle une photo pour dire «voilà qui je suis».MARTIN BILODEAU Ces pensées amères se sont bousculées dans mon esprit au cours de la préparation de mon palmarès, au sommet duquel j’ai laissé trô- ner sans me censurer deux films américains: Hte Social Network de David Fincher et Black Swan de Darren Aronofsky.Que l’un soit numéro un et l’autre numéro deux ne veut rien dire.Ç’aurait pu être le contraire, je m’en fous complètement.11 est encore mal vu au Québec de dire «j’aime le cinéma américain».Je ne parle pas ici de celui, produit à la chaîne, qui invente des situations extrêmes pour ensuite mettre des personnages au défi de les traverser, et qui est imité partout sur la boule.Je parle de celui issu de la pensée de vrais créateius et dont les personnages extrêmes mettent les spectateurs au défi de les suivre dans leiu dédale.Pas étonnant qu’en plus de s’afficher dans ce que je considère comme les deux meilleurs films de l’année, Natalie Portman et Jesse Eisenberg offrent les deux compositions les plus complexes, les plus originales et les plus impressionnantes de la décennie qui commence.Le film et leur interprétation sont inséparables, comme une maison l’est de ses fondations.The Social Network, sur la création tumultueuse de Facebook, est une brillante réflexion sur le sens de l’amitié, centrée sur son fonda- teur verbomoteur qui perdra tous les siens.Black Swan est un exercice vertigineux sur l’expression artistique et sur le fossé qui sépare l’âme et le corps d’une danseuse de ballet sombrant dans la folie durant la production du Lac des cygnes.La mise en scène, le montage, la musique servent à illustrer, dans le premier le caractère compulsif du personnage, dans le second la schizophrénie de la danseuse étoile.Dans les deux cas, le film nous prend au piège de ses héros, nous rend incapables de départager le vrai du faux dans ce qui nous est donné à voir et à entendre.Ces deux films sont jumeaux à tant d’égards, et si différents dans leurs thèmes et leur plastique.Défini pendant deux ou trois décennies par les Coppola, Scorsese, De Palma, Spielberg et le petit dernier Tim Bruton, le cinéma américain se cherchait de nouveaux grands maîtres.11 les a trouvés.Avec leru confrère anglais Christopher Nolan (Inception), David Fincher et Darren Aronofsky forment le nouveau panthéon du 7® art américain.Collaborateur du Devoir SOURCE EOX SEARCHLIGHT Natalie Portman dans Black Swan, de Darren Aronofsky Aller au cinéma, est-ce voter ?ANDRE LAVOIE La situation ne manquait pas d’ironie: deux jours après sa sortie au Parallèle, à la suite d’une campagne médiatique fort appréciable pour un documentaire, c’est avec une poignée de spectateurs que j’assistais à la projection de Vous n’aimez pas la vérité - 4 jours à Guantanamo, de Luc Côté et Patricio Henriquez.Si quelqu’un cherchait quelque part métaphore plus cruelle de l’indifférence des citoyens de ce pays devant l’incurie de nos gouvernements dans les domaines de la corruption, des changements climatiques et, dans ce cas précis, des droits bafoués du jeune Qmar Khadr, seul Canadien croupissant encore dans cette prison militaire américaine siu l’île de Cuba, l’image de cette salle clairsemée en disait long.Le titre de ce film percutant et troublant, si bien choisi qu’il semblait prémonitoire de sa propre destinée commerciale, poiurait aussi s’appliquer à cette paresse bien réelle chez bon nombre de specta-teius, effrayés à l’idée de sortir des sentiers balisés du cinéma commercial.Car s’il est vrai que le septième art est tout autant une industrie qu’un divertissement, beaucoup de ses artisans refusent de se laisser emprisonner dans cette logique mercantile.Mais sont-ils vus, et entendus?Le portrait général peut sembler d’une noirceur infinie, siutout lorsque débarquent, du côté québécois.Filière 13, Lance et compte - le film et L’Appât, jouant tous le jeu des majors américaines pour mieux gruger la part déjà congrue des cinématographies étrangères et celle, d’une fragilité extrême, du cinéma d’auteur et des documentaires.Et lorsque sonnent les clairons annonçant la sortie d’une machine à tout broyer comme Twilight ou Harry Potter, le «Tasse-toi mon’oncle» est de rigueiu.Pourtant, encore cette année, ceux qui voulaient faire de leur sortie au cinéma une expérience à la fois esthétique, émotive, politique et intellectuelle avaient l’embarras du choix.Vous avez le sentiment que les prisons sont plus que jamais devenues les universités du crime?Jacques Audiard (Un prophète) en fait la brillante démonstration.Vous êtes encore bouche bée devant la soumission du peuple allemand devant l’idéologie nazie dans les années 1930?Michael Haneke (Le Ruban blanc) expose, dans un art sublime et subtil, la genèse de ce dérapage monstrueux.Vous croyez qu’il est impossible d’allier intelligence et superproduction?Christopher Nolan (Inception) pousse l’audace encore plus loin, sans sacrifier son exceptionnel sens du spectacle.Un dicton à la mode affirme, avec une certaine justesse, qu’«acheter, c’est voter».Les spectateurs des salles obscures font la même chose lorsqu’ils plébiscitent un film avec la force de leur porte-monnaie.Ils ont beau réclamer des œuvres qui font honneur à leur intelligence, ils ne seront jamais aussi convaincants qu’au moment où ils acceptent, pendant quelques heures, de prendre des risques, de se perdre en territoires inconnus ou.de se faire dire la vérité.Voilà une bonne habitude à prendre: le septième art ne s’en portera que mieux, de même que la démocratie.Collaborateur du Devoir SOURCE MONGREL MEDIA Une scène du film Le Ruban blanc, de Michael Haneke LE DEVOIR, LE VENDREDI 31 DECEMBRE 2010 E 5 CINEMA SOURCE METROPOLE EILMS Un prophète^ de Jacques Audiard, avec Tahar Rahim Bilans de l’année Hommes en quête ODILE TREMBLAY Le phénomène, amorcé depuis quelque temps, nous avait frappée au dernier Festival de Cannes.Un thème récurrent survolait les continents et les conditions sociales: celui de la quête masculine, à la paternité déficiente, en mal de rédemption, cherchant son identité, fuyante elle aussi.De Biutiful du Mexicain Inâr-ritu à L’homme qui crie du Tcha-dien Mahamat Saleh Haroun, en passant par The Frankenstein Project du Hongrois Kornel Mundruczo, La Nostra Vita de l’Italien Daniele Luchetti, Chongqing Blues du Chinois Wang Xiaoshuai, mais aussi Wall Street 2 d’Oliver Stone, dans la misère ou la richesse, en plein désert ou au cœur de New York, on voyait sur les écrans de la Croi-sette des hommes, après un deuil ou une épreuve, tâchant de se rattraper, de recréer des liens familiaux coupés ou perdus, traquant racines et dignité égarée.Entre égocentrisme d’époque et chute des repères de la virilité, plusieurs cinéastes masculins tournaient leurs caméras vers leur propre sexe, qu’ils jugeaient fragilisé, et lui offraient une rédemption.Déjà avec Un prophète de Jacques Audiard, la traversée initiatique d’un homme (Tahar Rahim) passait par l’univers carcéral (allégorie de la société) et la découverte des règles terribles qui régissent l’univers suffocant des groupes humains sans foi ni loi.Au Québec cet automne, où la cuvée abordait surtout des sujets sombres, cette quête masculine reprenait la route comme un leitmotiv.Dans À l’origine d’un cri, Robin Aubert lançait trois générations d’hommes en cavale, se fuyant, se confrontant, traquant l’apaisement du deuil et de l’enfance blessée dans un retour aux sources.Même voyage initiatique dans cet autre road-movie de saison: Route 132 de Louis Bélanger, où un père en deuil partait retrouver ses racines familiales avec un copain, ce qui modifiait le cours de leurs vies.Même Curling, de Denis Côté, creusait l’histoire d’un homme à la paternité déficiente qu’une mort allait transformer après un périple.Dans Tromper le silence, de Julie Hivon, un jeune homme enfermé en lui-même à la suite d’un deuil tragique s’éveillait de son côté au contact d’une photographe blessée également par la vie, alors que dans 101/2, de Podz, c’était un petit garçon délinquant qui cherchait ses marques auprès d’un éducateur.Et si Incendies de Denis Villeneuve, d’après la pièce de Wajdi Mouawad, lançait plutôt une sœur et un frère à travers ce voyage initiatique d’apaise- ment, si Catherine Martin, dans Trois temps après la mort d’Anna, mettait de son côté une hgure féminine endeuillée au centre de la quête de res-sourcement, ce thème du retour aux origines pour guérir les blessures et réapprendre à vivre, avant tout masculine, aura été une ligne de force scénaristique récurrente, lancinante, explorée sur tous les tons dans un septième art obsédé par le besoin de dépasser le point de rupture.Le Devoir Jeunes cinéastes recherchés ERANÇOIS LEVESQUE Il est peu de choses plus enthousiasmantes pour un cinéphile que de voir éclore sous ses yeux une vision inédite.La certitude qu’un auteur est né, qu’il offre quelque chose que nul n’a offert avant lui, constitue chaque fois un petit miracle.Ce qu’est À l’origine d’un cri, troisième long métrage coup-de-poing de Robin Aubert.Naturalisme trempé dans l’onirisme, parlure du cru empreinte de rudesse et d’amour rentré et, surtout, cet œil confirmé pour la composition expressive, pour la couleur.Fond personnel, forme singulière: on en redemande.Même accomplissement pour Bong Joon-ho, l’un des chefs de file de la Nouvelle Vague sud-coréenne.Brillamment exécuté.Mother, son quatrième long métrage, témoigne d’un sens aiguisé de l’image nourri à l’auge d’une grammaire riche.Avec aisan- à.SOURCE SEVILLE Incendies, de Denis Villeneuve, d’après la pièce de Wajdi Mouawad ce, l’auteur rend limpide une fée d’enjeux cachés.On jubi- pour Denis Villeneuve, dont trame narrative dense et truf- le.Quatrième long, aussi, le bouleversant/Mcewûlfes réaf- firme un désir de poursuivre l’exploration des possibles du langage cinématographique.Et de quatre également pour le méconnu Luca Guadagni-no.I Am Love rend hommage à Sirk et à Visconti: évocation splendide dénuée de pastiche.Tilda Swinton en profite pour élargir un registre apparemment sans fin.Au rayon des secondes œuvres, Debra Granik dépeint avec un réalisme criant le désœuvrement et la violence ordinaire de communautés reculées dans l’âpre et inquiétant Winter’s Bone.D’une vérité sidérante, une distribution d’actrices peu connues fait merveille.Après Louise-Michel, Mammuth, du tandem Delépi-ne et Kervern, étoffe de son côté un univers fantaisiste et subversif où se glisse cette fois une tendresse désarmante.Depardieu-Adjani, prise 4, n’importe quand.Plénitude pour Darren Aronofsky et Jacques Audiard, qui, cette année, atteignent un pinacle artistique avec, respectivement, Black Swan et Un prophète, leur cinquième film à chacun.Grâce à Liban, huis clos étouffant et tour de force technique, l’ex-soldat Samuel Maoz se positionne à l’inverse comme un nouveau venu dont on attend d’ores et déjà beaucoup.Interrogé sur Le Couteau dans l’eau.Roman Polanski déclara un jour: «Je désirais que mon premier long métrage fût rigoureusement cérébral, monté comme une machine de précision, presque formaliste.» Autant pourrait être dit de son roublard The Ghost Writer, production passionnante venant rappeler, en contrepoint à la fraîcheur de toutes ces jeunes filmographies aux promesses tenues ou en bouton, que le septième art peut encore compter sur celui, consommé, de ses vieux géants.Collaborateur du Devoir Godard au cinéma du Parc Il aura été au cinéma une des figures les plus marquantes de la seconde moitié du XX" siècle.Jean-Luc Godard, ou plus succinctement JLG, le plus français des Suisses, chef de ffle de la Nouvelle Vague à Paris, qui vient de nous livrer Film socialisme, adulé et parfois honni, fut de toutes les révolutions.Trois de ses œuvres phares seront projetées au cinéma du Parc du 1"" au 6 janvier.Son premierJong métrage, le merveilleux À bout de souffle (1960), qui donnait la vedette à Jean-Paul Belmondo et Jean Se-berg dans un troublant pas de deux sur le bitume parisien, sera projeté en 35 mm.Pierrot le fou (1965), autre hlm emblématique truffé de dialogues-cultes, unissant cette fois Belmondo et Anna Karina, a ébloui les cinéphiles par sa poésie, sa fantaisie et sa couleur.(En projection numérique.) Quant à Sauve qui peut (la vie), tout en glissement et en apnée, il abordait en 1980 des angoisses collectives dans une société menaçante.Il mettait en scène Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Nathalie Baye et Roland Amstutz dans des destins croisés, à travers lesquels les mouvements des corps, les maladresses disaient la vie qui bat par-delà toutes les tentatives de la broyer.En 35 mm.Le Devoir CHRISTIAN HARTMANN REUTERS Jean-Luc Godard YVES SAINT LAURENT ET PIERRE BERGE SE RENCONTRENT «Inutile d’aimer la mode pour aimer l’Amour fou, il suffit d’aimer l’amour.» Mardn Bilodeau, Le Devoir ?«Œuvre brillante.» VAionIqiie Harvey, 24 heures YVES SfflNT LAURENT - PIERRE BERGÉ L’A’K/IOURFÔIE BUn^im de Pierre^TOretton y/ métrqDole PRESENTEMENT  L'AFFICHE! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS I meTropoletilms.com ils- îtaiSoH GOtiTes ybltSB l'unlven da Karlty, la maison des eoirtet , , ¦ www.keiity-lflfllm.com mQtTDQOlG g À L»AFFICHE t [CINÉMA i STAHZ i 238S.Beaublon E 721-0000 I \ GATINEAU I I-MAISON DU aNEMA-1 I SHERBROOKE I ^^^^^metropolePilms.coin i- « Revoilà donc Falardeau sur grand écran avec son sourire d’enfant ému et sa verve tranchante.Un film rythmé, fouillé et bien ficelé» André Duchesne, LA PRESSE «Intelligence, humour et intensité.» LXLVIUMIVI tttwiamxtTirtiiw iKJiK'liMantlIllhZamTOCiUWliNUWJAprCÜKMAharlHIlU!/ mon IT «iiallivFTÎarjl'" PRÉSENTEMENT  L’AFFICHE EN EXCLUSIVITÉ AU riQNi#*», & vai.Nrwi I E 6 LE DEVOIR LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 LIVRES Le ridicule ne tue pas Pas de cadavres, pas de meurtres.Pas même de cassages de gueule à l’horizon.Aucune violence, aucune trace de sang, pas la moindre petite menace de pétage de dents.Sommes-nous vraiment dans un roman de François Barcelo?Danielle Laurin ien à voir, à première vue, avec les polars déjantés, loufoques, pas du tout dans les normes, pas du tout politiquement corrects et très jouissifs auxquels l’auteur de Cadavres et, plus récemment, du Seul défaut de la neige nous a rendus accros.Pourtant.Nous avons bel et bien affaire, dans Ça sent la banane, à un héros paumé, fauché, fourbe, profiteur, pervers, lubrique.Un héros à la Barcelo, quoi.Qu’on va voir s’enfoncer dans la mouise, s’empêtrer de plus en plus, pour notre plus grand plaisir.Il s’appelle Réal Damphousse, il est Québécois.C’est un homme porté sur la bouteille, un Gros-Jean comme devant vieillissant, sur le déclin, pas du tout agréable à regarder.Lui-même le dit: «Je suis bedonnant, court sur pattes, avec sur la tête un mélange de gris, de blanc et de jaunasse autour d’un milieu de crâne dégarni.» L’autodérision, ça le connaît.Le cynisme aussi.Et le mensonge.Aucun scrupule à exploiter qui que ce soit.Qu’est-ce qu’il ne ferait pas pour se dorer la bedaine au soleil, loin de l’hiver québécois, toutes dépenses payées?Quand le roman commence, il débarque à La Réunion.Qù il est invité comme professeur.de danse à claquettes.Qr, s’il a déjà été champion dans ce domaine, c’est chose du passé.Il n’a plus joué Jes Fred Astaire sur scène depuis des lunes.A cause d’un malencontreux accident.De Ijl en aiguille, il va finir par cracher le morceau.A notre attention à nous, lecteurs.Qu’il in- terpelle ré^lièrement, tente de mettre dans sa poche, en riant sous cape.Pour ce qui est des autres dont il abuse, la directrice de l’école de danse de La Réunion qui l’a invité, les jeunes qu’il est censé former, les dignitaires et les autorités gouvernementales qui s’en mêlent.pschitt, qu’ils aillent au diable.Nous allons donc apprendre, au détour, qu’un jour où il était plus soûl qu’à l’accoutumée, Réal Damphousse a pris toute une débarque, est tombé ep bas de la scène, quelque part dans un bar aux Etats-Unis, et s’est bousillé une cheville.Malchanceux comme il est, et sans le sou comme il se doit, il n’a pas eu droit aux soins appropriés, c’est allé de mal en pis pour lui.Résultat: c’est de justesse qu’il peut marcher aujoiud’hui, clopin-clopant.La danse à claquettes: finie à vie.Le bougre s’est tout de même ressourcé.Dans la podorythmie.Qui lui permet de «danser assis».Qh, rien de comparable, comme performance, à ce qu’un Alain Lamontagne peut faire sur scène.Aussi l’ex-champion de claquettes n’a-t-il pas connu de succès retentissant avec sa nouvelle carrière.Il a fini par abdiquer.Il n’est pas maso, il a bien vu.Après touL «rien n’est plus désagréable que de sentir que l’auditoire n’a plus qu’un seul désir collectif applaudir la fin de mon numéro et non le numéro lui-même».Depuis, c’est la déprime.Il se contente de vivoter, muni de sa petite pension d’invalidité.Mais, heiueusement poiu lui, ce grand esseulé divorcé a un fils hyper branché, concepteur de jeux vidéo, qui lui a orchestré un site Internet.Où Réal Damphousse figure toujours comme champion de danse à claquettes.C’est par ce biais qu’il a dégoté un contrat d’enseignement de deux mois à La Réunion.Voilà pour le contexte.C’est ce qui fait que nous en sommes là, au début du roman: notre homme débarque à La Réunion dans ses petits souliers, majs bien déterminé à profiter de la situation.Evidemment que ça va mal tourner.Et on le souhaite, on attend la suite.Est pris celui qui croyait prendre, ça fait partie du jeu: on s’en doute dès le déparfi on le veufi on en redemande.Au passage, on se régale des faux-fuyants du héros, de ses écarts de conduite.Et des quiproquos engendrés par le fossé culturel auquel il n’était pas du tout préparé.9.PEDRO RUIZ LE DEVOIR François Barcelo en 2007, au moment où il recevait le Prix du Gouverneur général en littérature jeunesse Un chapitre, deux, trois.ça va.Qn est tou-joins là.Qn rigole, on rit jaune.Qn s’accommode tant bien que mal du racisme ordinaire de ce Québécois mal dégrossi.Qn tique quand même un peu sur le délire libidineux du vieil escogriffe qui reluque les jeunes filles d’âge mineur, l’une d’elles en particulier, particulièrement alléchante.«Comment je vais faire pour ne pas la sauter?Mieux encore: comment je fais pour la sauter?» C’est de mauvais goût, mais de bonne guerre, étant donné l’abject personnage.Bon.Qn veut bien que notre bonhomme soit en quelque sorte prisonnier d’un studio dont il n’arrive pas à s’approprier la clé.Une fois, deux fois, trois fois, d’accord.Mais encore?Ça tourne en rond, ça tourne à vide.Tout ça pour ça?Ça sent le coup fumant.François Barcelo nous mènerait-il en bateau?Le sadique, le salaud.Je l’entends rire d’ici.Je l’entends dire: Quoi?Vous voulez un meurtre, un cadavre?Un bon vieux cassage de gueule?Des menaces, de l’intimidation, à la limite?Ce sera poin la prochaine fois.peut-être.ÇA SENT LA BANANE François Barcelo Québec Amérique Montréal, 2010,200 pages OTTEFÎATUFIE QUEBECOISE Le passé décomposé de William S.Messier Un deuxième roman mené avec humour et gravité CHRISTIAN DESMEULES C> était un été pas comme les autres.Un de ceux dont on se souvient ou qu’on choisit plutôt de passer à la moulinette de la fabulation.Un été où tout semble s’être précipité sur le comté de Bro-me-Missisquoi: le ciel sous forme de trombes d’eau, le temps comprimé par une soudaine et foudroyante accélération.L’imagination débridée qui nous fait lancer des cailloux dans l’eau entourant le sommet du mont Pinacle, comme on jetterait ses souvenirs à la mer.C’est l’épopée d’une saison folle, réflexion en sourdine sur le passage du temps, que raconte Epique, le second titre de William S.Messier, auteur né à Cowansville en 1984.L’univers rappelle directement celui de Townships, les «récits d’origine» qu’il a fait paraître l’an dernier, morceaux déjantés d’ethnologie du territoire.Lecture optique Etienne, le jeune narrateur, quitte un emploi d’été alié- nant de commis dans un entrepôt pharmaceutique en emportant l’espèce de «Power Glove de Nintendo» qui lui sert de lecteur optique pour préparer les commandes.Loin des caméras de surveillance de McStetson Canada inc., l’appareil continue à fonctionner avec ce qui n’a pas de code-barres: bibittes, êtres humains ou poignées de porte.Sans tarder, le centre local d’emploi l’aiguillonne vers un poste d’assistant-équarrisseur pigiste.L’occasion de passer voir plus souvent sa grande amie Valvoline, fille de quincaillier qui travaille comme pompiste dans une station-service de Saint-Ignace, où elle recueille de précieuses informations sur le folklore local et la localisation des plus récents road-kills.Un petit coup de lecteur optique?«Avec Valvoline, par exemple, j’obtenais toujours le même résultat: rangée 1-8, douze boîtes de soixante feuilles assouplissantes Bounce, odeur de lavande.» Sous la dénomination proto-cojaire, la nouvelle «jobine» d’Etienne consiste à sillonner en pick-up les routes des Can-tons-de-l’Est à la recherche d’animaux morts.Concrètement: tout un été à ramasser des charognes — marmottes aplaties, chevreuils décapités, vaches mortes de vieillesse, chiens fous, porcs-épics pas pressés.Tout un été à marauder et à passer au lecteur optique à peu près tout et n’importe quoi pour la beauté de la chose.Comme un bonus s’ajoutant à ses dix-huit «piasses» l’heure, ses nouvelles fonctions en font l’assistant d’une véritable «légende locale», Jacques Prud’homme, phénomène de foire peu loquace, héros autant que bouc émissaire régional, personnage surnaturel, mélange indolent de Louis Cyr, de Casanova (version Fellini) et du Capitaine Bonhomme.Les touffes de poils non identifiables sur le bord de la 241 entre Cowansville et Bro-mont sont des indices de ce qui s’est passé et des présages de ce qui s’en vient: «La charogne nous rappelle qu’avant d’y avoir une route et des dix-roues, des gars sur le pouce, des cantines roulantes, des maisons mobiles, des pancartes d’agents d’immeubles et des sacs de plastique pris dans les clôtures en barbelés, il y avait un bois ou une clairière ou un ruisseau.» Trouvailles et truculence Témoin clignotant de la vitesse à laquelle vont les choses sur le tableau de bord de la vie (disons), la charogne est aussi, quand on y pense, un puissant memento mori.Avec humour et gravité, William S.Messier sait où il va.Qn le suit docilement dans sa folie calme, ses trouvailles, ses métaphores crjqitées, son goût de l’oralité truculente, sa nostalgie de l’antédiluvien.Le gisement qu’il explore est vaste et profond: «Des récits insoupçonnés se cachent parmi nous.B s’agit de les extraire du sol et de les polir quelque peu pour qu’ils deviennent des diamants indigènes.» Collaborateur du Devoir ÉPIQUE William S.Messier Marchand de feuilles Montréal, 2010,282 pages Le premier et le seulTéléjournal Canadien en espagnol On apprend l'espagnol en s'informant! VENDREDI 20H chaîne 269 de videotron nuEvo munoo TELEVI/IOn vvww.nuevomundotv.com LITTERATURE JEUNESSE Un magazine et un dice pour les filles pas nunuches.ANNE MICHAUD Après s’être moquée des magazines féminins avec un pastiche délirant baptisé Nu-nuche, vojlà que l’auteure et illustratrice Élise Gravel s’en prend aux magazines destinés aux jeunes filles avec Nunuche Gurlz.Attention, la dérision est poussée au max! Vous avez sûrement déjà vu (peut-être même dans votre propre maison.) ces magazines qui prétendent enseigner aux adolescentes comment plaire à leur mec, comment trouver la robe de bal idéale, comment perdre du poids comme les vedettes et autres nunucheries de haut qiveau.Dans Nunuche Gurlz, Élise Gravel et ses collaborateurs reprennent exactement la même formule, en y insufflant une quadruple dose d’ironie.Toutes les rubriques habituelles des magazines pour jeunes filles s’y retrouvent, du courrier des lectrices à l’horoscope, en passant par les entrevues et les pages forums.Tout ça sur un ton absolument convaincanf comme si c’était pour vrai.Le résultat est truffé de petits bijoux, tels que cette entrevue avec un concurrent éliminé d’une télé-réalité dans laquelle le jeune homme dévoile en primeur que ce qu’il a le plus remarqué chez les concurrentes le premier soir, ce ne sont pas leurs micro-bikinis transparents, mais leurs fantastiques personnalités, ou ce «Dossier chasse au mec» qui nous apprend à mesurer nos pouvoirs de séduction, à dorloter son mec, à en faire un esclave de rêve puis à, le quitter sans soucis.Hilarant! A ne pas manquer: la chronique «Dico», dans laquelle on donne la définition des mots in du mois, tels que fizz, truitz et wazz, et la chronique «Carrière», qui fait la promotion des métiers tels que répéteuse de secrets ou remplisseuse de carte de crédit.Et attention, dans Nunuche Gurlz, même les pubs sont top nunuches! NUNUCHE GURLZ VOLUME 1 Auteure et illustratrice: Élise Gravel La Courte Échelle Montréal, 2010,64 pages (12 ans et plus) Pour les filles pas nunuches qui se posent des questions sur la puberté, la sexualité, les relations amoureuses, etc., L’ABC des filles est im bon outil à consulter.L’auteure, Catherine Girard-Audef a pris exemple sur les Di-cos des filles publiés en France et a conçu une encyclopédie destinée aux jeunes Québécoises, avec des dossiers et des conseils qui s’adressent à elles sans faux-luyants et sans compromis.Des boutons aux condoms, on y aborde tous les sujets qui préoccupent les jeunes filles et qu’elles n’oseraient pas toujours aborder avec leurs parents.L’ABC des filles est une véritable mine de trucs et de conseils, qui vont des suggestions pour organiser une soirée réussie aux tests pour apprendre à mieux se connaître, en passant par un vrai courrier des lectrices (avec des réponses intelligentes) et des trucs de maquillage (parce qu’on demeure une fille même quand on n’est pas nunuche).Coïncidence cocasse, on trouve dans L’ABC une entrevue avec l’auteure India Desjardins, qu’on pourra s’amuser à comparer avec celle que l’on retrouve dans Nunuche Gurlz.Devinez laquelle est la plus amusante.Collaboratrice du Devoir UABC DES EILLES Sous la direction (Je Catherine Girard-Audet Éditions Les Malins Montréal, 2010,512 pages (12 ans et plus) LE DEVOIR, LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 E 7 LIVRES La littérature en 2010 Louis Hamelin Comme n’importe quel autre domaine de la culture, la littérature, plus que jamais en 2010, est soumise à l’impératif du spectaculaire, ce qui veut dire que, hors de l’événement, point de salut, ce qui veut encore dire que, point d’existence médiatique, point d’existence, point.Ce n’est pas si nouveau.Plus inquiétante me semble être la dévorante faim du monde des livres pour le nouveau.0’entends ici le nouveau à tout prix, le nouveau en quelque sorte prévisible, par opposition au nouveau surprenant.) Si ça continue comme ça, sur la petite patinoire bien arrosée de notre modeste cour arrière, tous les grands prix littéraires seront bientôt devenus des prix du premier roman.Pour encourager les auteurs récidivistes, il ne restera plus qu’à créer le prix Sylvain-Trudel du troisième roman et le prix Marie-Claire Blais du quatorzième roman.Des événements littéraires, des vrais, j’en ai vu passer quelques-uns en 2010.Ils n’ont pas toujours fait beaucoup de bruit, n’ont pas toujours eu droit à ces dossiers étoffés à la une des quasi inexistants cahiers du bvre dont ils devraient pourtant constituer le sang et l’âme, sinon le pain et le beurre.Je me permettrai d’en distinguer trois: la parution, entreprise au mois de septembre avec les versions «avant» et «après» passage à la charcuterie de Parlez-moi d’amour, des oeuvres complètes de Raymond Carver aux éditions de l’Olivier, dans de beaux volumes aux jaquettes ornées de superbes portraits de l’auteur; la pubbcation, chez Tristram au début de l’automne, de l’intégrale des Gonzo Papers du dangereusement délirant Hunter S.Thompson, en plus d’une bio de l’auteur et en attendant d’autres gonzoïdes coups de gueule toujours inédits en français et annoncés par cet éditeur; la réédition chez Lux éditeru des oeuvres de Victor Serge, lancée au printemps avec un essai.Thompson, c’est le Mailer psychédélique.Il a poussé le Nouveau Journalisme un cran plus loin, jusqu’aux limites de la santé mentale.Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, et un roman, L’Affaire Toulaév, et poiu-suivie cet automne avec les brûlants Mémoires d’un révolutionnaire, 1905-1945.J’ai commenté ici l’événement Carver et, de l’affaire Serge, on va bientôt reparler.Mais poru terminer cette année de pobtique pourrie et d’hjqjocrisie pubbque triomphante sru une note d’espoir féroce, joyeusement bambocharde et génialement tordue, intéressons-nous d’abord au phénomène Gonzo, lequel semble déber toute description.La.seule manière de se faire une idée du style de ce Hunter S.Thompson est de le lire, ou alors d’essayer d’imaginer un Pierre Foglia qui fréquenterait les motards, serait fasciné par les armes à feu et carburerait à la mescaline, au rhum et aux amphétamines, sans oublier la bière et.Bref, un défoncé chronique, doublé d’un observateur (et, gonzo oblige, acteur.) politique aussi pertinent qu’une claque sur la gueule, d’un amateur de football américain et d’un commentateur sombrement lucide des dérives d’une société et de ses institutions, qui se retrouvent mitraillées dans le prisme extatique de sa vision éclatée, tous sens déréglés.Un grand thème: la fin du rêve américain.En direct.On a l’impression de le voir s’écrouler sous nos yeux, comme si on était assis au milieu des neurones de ce drôle de numéro.Période étudiée: l’ère Nixon et la fin de la récréation, le virage des années 70 comme une courbe de la mort pour le mouvement activiste et une gauche américaine qui cesse pratiquement pour de bon d’exister vers cette époque.Thompson, c’est le Mailer psychédélique.11 a poussé le Nouveau Journalisme un cran plus loin, jusqu’aux bmites de la santé mentale.11 est à Torn Wobe (autre pape de la non-fiction qui s’inventait sur le terrain en feu de ces années de pé-tage général de ciboulots) ce que Keith Richards est à sir Paul McCartney.Iæ vieux fantasme qui, une petite génération plus tôt, servait déjà de boussole affolée à l’aventure beat: abolir la distance entre le monde et l’écriture, entre la poésie et la vie, devient, une fois passé à la moulinette mentale du Roi-Gonzo, éthique de reporter: seul peut être raconté ce qui est vécu dans le feu de l’action-réaction.En première ligne, comme on dit à l’armée.L’objectivité n’est qu’un autre fantasme concocté par la classe jorunabstique, il faut plonger dans la torumente, se mettre en danger, être le chasseur qui mord l’affaire au sang, s’inscrire dans la chair.Eâché noir ou blanc comme neige en poudre magique.Et payer de sa personne, Thompson, ex-«hang around» des Hells Angels sérieusement tabassé par ses potes de moto une nuit de biture, il connaît.AGENCE ERANCE-PRESSE Hunter S.Thompson (1937-2005), photographié à Las Vegas en 2003 Comme Eogba, Gonzoman est d’abord un journaliste sportif qui va progressivement s’égarer dans les replis boursouflés de connerie de l’âme humaine.En 1970, un magazine l’envoie couvrir le Derby du Kentucky, gigantesque soûlerie nationale oû patauger dans son propre vomi tient beu d’idéal participatif et dont l’évocation rappelle urésistiblement notre Carnaval de Québec: il n’y a qu’à remplacer le bourbon par du caribou et les chevaux par des duchesses, ou des calèches, ou peu importe, puisque de toute façon tout e^t destiné à disparaître sous un fleuve de boisson.A Louisville, son bled natal.Hunter S.Thompson perd complètement le contrôle et les pédales, se laisse avaler par la vulgarissbne bacchanale puis, ramant entre les notations hallucinéthybques de ses calepins et les effets d’une mégagueule de bois, il expédie un texte qui arrachera à un collègue new-yorkais partagé entre l’admuation et l’effroi, et cherchant ses mots, cette mémorable sentence: “Ifs pure.gonzo!” Le mot est resté, repris ensuite par Thompson et revendiqué bien haut pour fonder ce mouvement bttéraire dont ü restait, à ma connaissance, et jusqu’à son suicide ü y a cinq ans, l’unique membre.11 faut lue, en attendant la suite, les deux volumes parus cet automne, les déguster jusqu’à la dernière goutte de méchanceté jouissive et de clairvoyance stupéfiée, pour avou une petite idée de cette période historique désormais lointaine oû la rectitude pobtique n’avait pas encore bouffé la langue des politiciens comme l’espace de bber-té des scribes attachés à leur pas.Eh oui, chers amis, je vous parle d’un temps oû les mots restaient des armes utibsées pour décrue la réalité et oû personne n’était tenu d’implorer le pardon de la classe médiatico-politique à genoux pour avoir traité quelque médiocre salaud de hyène ou de maquereau.Le mot «parrain», employé poiu quabtier la sorte de respectabbité que peut bispirer le minable qui gouverne actuebement la provbice de Québec, ressemble à un gentil nana-ne comparé aux jubilatoires torrents d’invectives rageusement torchées avec un instinct qui rappelle inévitablement Céline (un Céline de gauche, enfoncé dans la contre-culture jusqu’aux couüles) et dont Thompson accable Nixon.Je renonce à seulement essayer d’en donner ici un faible aperçu, mais disons que, sous la plume de l’écrivain gonzo, «diabolique ordure» équivaut presque à un gentü câlbi verbal.Je vous parle d’un temps oû les attachés politiques ne débitaient pas encore les discours de leurs poulains en scrums et en conférences de presse conçues comme des parcs à bestiaux à plume.Un temps oû un fou furieux comme Hunter S.Thompson pouvait se retrouver dans Ip limousine de campagne du président des Etats-Unis et bavarder du Superbowl.Comme pour se faue pardonner, Thompson va ensuite, papier après papier, démolu ce bandit.C’est un molosse bttéraire comme lui qu’il faudrait lancer aux trousses de Charest.Nixon était un gangster millionnaue avec une âme de maquignon.Charest, lui, est un ^edin de l’espèce la plus ordinaue, avec l’esprit d’un petit fraudeur de caisse populaue de fond de province.Qn va lui en souhaiter une bonne.Et pour vous, lecteurs, le meilleur.PARANO DANS LE BUNKER Hunter S.Thompson Traduit de l’anglais par Phibppe Delamare, Françoise Grassin et lawa Tate Giubani Tristram Auch, 2010,460 pages DERNIER TANGO À LAS VEGAS Hunter S.Thompson Traduit de l’anglais par Phibppe Delamare et Phibppe Manœuvre Tristram Auch, 2010,456 pages POESIE René Lapierre et Maxime Catellier, cœurs troubles HUGUES CORRIVEAU Cette fragüité aiguë de l’être qui vit sa vie fugace, René Lapierre la creuse comme une plaie ouverte sru la difticüe préhension du réel.Chacun, presque désespéré, à tout le moins empreint d’un désarroi profond, fouit les ambiguïtés, les incertitudes qui jalonnent le travaü d’exister.Que retenu de l’éphémère, de l’angoisse même, de cette plaie à l’âme qui convie le doute et la peine?Ce très beau recueü de l’auteur de L’Eau de Kiev et de Traité de physique s’offre comme une longue confidence étonnée devant ce trouble qui tient l’âme au poing, qui serre le cœur face au profil terreux du malheur.Ainsi le poète dialogue-t-il avec lui-même: «Jusqu’où faut-il être lyrique?// Laisse tomber.Dis seulement les choses comme elles sont.// Comment sont-elles, en vérité, les choses?/ Qu’attend de toi la vérité?» Ce n’est pas toujours de ce ton-là, car le poème convoque autant la nature que l’introspection, les images concrètes que les pensées fuyantes.En fait, on y voit un homme face au poids des découvertes, des secrets portés, seul, en poésie, et voulant dbe, doutant, ne sachant que révéler, que retenti.Et c’est ce doute exactement qui fait le poids de cette parole forte, redoutable de lucidité dans sa mouvance même.Pour peu qu’on soit attentif aux petits événements du monde, il peut nous arriver de saisir le tranchant de l’éphémère: «Dans les rivières les pierres émeuvent / le jeune cœur des pierres / et le tranchant de l’eau // A qui vais-je le dire?// Qui croira cela ».Ceux qui, au cœur justement, savent la précarité de l’instant fugitif.«As-tu pu dire une fois [.] ce qui arrive je l’ai voulu.cette fêlure, cette beauté je l’ai reçue, ne me suis pas esquivé, ne l’ai pas fuie, pas niée, pas perdue?» Mais hélas! «ce que tu aimes ne s’attache pas à toi.Tu ne le retiens pas».Constatation essentielle qui est le pivot de ce recueil.Alors, comment comprendre ce titre: Aimée soit la honte?Dans cet effort de lucidité qui prévaut chez René Lapierre, dans cette volonté de saisir même la face cachée de l’âme, car la vie est à ce prix, car il «entend la honte, mêlée à la beauté», cette «beauté inexcusable».Marcher le monde Epars, ces Bois de mer que nous offre Maxime Catellier au fil des beux et des voyages, images fugaces et fuyantes, douceur ou cruauté, monde éclaté, filiation surréaliste (j’en parlais récemment) que souligne une épigraphe de Mal- colm de Chazal.Tout cela sur un ton posé, à pas lents, dtiait-on, pour que la surprise des heures ménage au poète des moments de grâce: «On sait toujours d’avance / qui viendra nous chercher / à la gare, / à moins de voyager léger / et bondir d’île en île, / la fleur du rêve à la main / comme une poignée de sel.» Bunuel n’est pas loin quand ü s’agit de «Crever l’élan / avec une lame aussi mince / effilée à la vue»-, les rêves ne sont pas lobi dans nombre de poèmes de Catelier, lui qui «préfère encore rêver seul / dans un coin de [sa] tête, / au milieu de la fête / comme au mitan du monde».Sur un fond de clichés assez récurrents, conviant le «crible des retards», «la dérive des colères» ou «le chant des vagues», Catellier trouve tout de même une voie jusqu’à une certabie beauté.Collaborateur du Devoir AIMEE SOIT LA HONTE René Lapierre Les Herbes rouges Montréal, 2010,104 pages BOIS DE MER Poèmes et photos Maxime CateUier L’Oie de Cravan Montréal, 2010,52 pages LITTERATURE ANGLAISE L’Angleterre éclatée de Will Self MICHEL LAPIERRE Les idoles de Londres s’éveillèrent en sursaut.«À mesure qu’elles prenaient vie, les statues étaient d’abord ébahies — avant de ne se décider qu’à regret.Toutes se dirigeaient vers Trafalgar Square, où le Nelson de cinq mètres de haut descendait prudemment de sa colonne.Des Victoria boulottes.Des troupeaux d’écrivains et d’artistes, des cohortes de Christ.» Pour un Dave Rudman soûl, elles étaient de la camelote vomie par les siècles.Nous sommes en 2000 dans Le Livre de Dave, roman du Britannique Will Self, dont sept autres chapitres se déroulent vers la même époque.S’y biter-calent huit épisodes dont l’action se passe dans un futur très lobitabi oû l’Angleterre, à la suite d’une inondation apocalyptique, est devenue un archipel.La langue anglaise s’y est transformée en «mokni», sabir bispi-ré notamment de l’argot londonien de Dave Rudman, le chauffeur de taxi alcoobque! Cette histotie, en apparence on ne peut plus abracadabrante, finit par s’éclairer.Les chapitres d’anticipation portent sur la «davinanité», religion misogyne, raciste, monarchiste et féodale qui, dans l’Angleterre éclatée, a remplacé christianisme, judaïsme ou islam grâce à la découverte, depuis déjà 500 ans, du fameux évangile de Dave écrit contre le féminisme et la jurisprudence sur la garde partagée d’un enfant après le divorce.Ce grimoire, le chauffeur de taxi l’avait enterré dans unjardbi.Après que sa femme a demandé le divorce et lui a interdit, à cause de son état dépressif, de rencontrer leur fils, Dave a une baison avec Phylbs, dont le fils est l’un des patients de l’hôpital oû on le soigne.11 aide ce petit garçon catatonique à nager.Devant l’enfant qui frémit de joie et se met enfin à dtie quelques mots, «Dave Rudman se mit à pleurer, note le romancier, et, pour la première fois en une décennie, les larmes n’étaient pas pour lui-même».Converti à la tolérance, le chauffeur de taxi écrit un autre évangile qui contredit le premier, avant d’être assassbié par des confrères d’origine turque à qui il devait de l’argent.Retrouvé des siècles plus tard, son nouveau bvre insptiera des hérétiques que la davinanité, reb-gion officielle de l’Angleterre éclatée, châtiera.Un livre exceptionnel Aucun des maîtres de la désespérance romanesque actuelle, qu’il s’agisse de Bret Easton Ellis, rendu aux bmites d’une satire de la superficiabté médiatique, ou de Michel Houellebecq, qui a fait du sexe le symbole de la fin du monde, ne rivalise avec le Will Self du Livre de Dave, sinon Martin Amis, compatriote et ami de l’auteur du récit.«Le passé est devenu notre avenir et dans l’avenir résident tous nos hiers.» Dave ne sait pas d’oû lui vient ce cliché.Le mot résume pourtant ce qu’il vit et ce que ses disciples officiels ou dissidents revivront dans plusieurs siècles.L’exceptionnel Livre de Dave définit que seule la longue durée révèle dans la culture et l’amour autant la bêtise que l’intensité.Collaborateur du Devoir LE LIVRE DE DAVE WibSeb L’Obvier Paris, 2010,544 pages |3 li^GasparcT LE DEVOIR ^ Xalmarès “ —— Du 20 au 26 décembre 2010 Romans québécois 1 Revenir de loin Marie Laberoe/Boréal V9 2 Ru Kim Thûy/Ubre Expression 2/6 3 Contre Dieu l^trick Senécal/Coups de tête 3/B 4 Un bonheur si fraaiie * Tome 4 Les amours Michel David/Hurtubise 4/7 5 Un bonheur si fiagiie • Tome 1 L’engagement Michel David/Hurtubise 5/7 6 Le passage obiigè Michel Tremblav/Leméac 6/8 7 Béatrice et Virgiie i^nn Martel/XYZ -71 8 La petite et ie vieux Marie-Renée Lavoie/XYZ -71 9 La force de vivre * Tome 1 Les rCves d'Edmond et Émiiie Michel Langlois/Hurtubise 7/9 10 Les Mes années • Tome 1 Les héritieis Jean-Piene Charland/Hurtubise 10/3 Romans étrangers 1 L'homme inguiel La dernière enguête de Wailander Henning Mankell/Seuil 1/6 2 La chute des géants * Tome 1 Le siècle Ken Folletl/Robert Laffont 2/13 3 La carte et le temtoire Michel Houellebecg/Flammarion 6/7 4 Le danger dans la peau.La sanction de Bourne Eric van Lustbader/Grasset 3/7 5 L'os manquant Kathy Reichs/Robert Laffont 4/9 6 Brida Paulo Coelho/Flammarion 5/6 7 Le rire du cyclope Bernard Werber/Albin Michel 9/B 8 Quand je pense que Beethoven est mort alors que.Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 7/4 9 Ulénun • Tome 1 tes hommes gii n’aimaient pas les femmes Stieg Larsson/Actes Sud 8/3 10 Le porte-bonheur Nicholas Sparirs/Michel Lafbn -n "?Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André Noël/Homme 1/9 2 lintin et le Québec.Hergé au cteur de la Révolution tranguille Tristan Demers/Hurtubise 2/10 3 Le Devoir.Un siècle québécois Jean-François Nadeau/Homme 3/10 4 Ils se batlent comme des soldats, is meurent comme des enlanis Roméo Dallaire/Ubie Expression 4/9 5 La mort Mieux la comprendre et moins la craindre.Richard Béliveau 1 Denis Gingras/Trécarré 5/13 6 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial.Michelle Blanc I Nadia Seraiocco/Logigues G/14 7 L'anxiété.Le cancer de l'âme Louise Reid/JCL 7/17 8 Contre Harper.Bref traité philosophique.Christian Nadeau/Boréal -71 9 Duplessis.Son milieu, son époque Xavier Gélinas I Lucia Fenetti/Septentrion 9/2 10 Promels-moi que tu reviendras vivant Danielle Laurin/Libre Expression 8/6 "?^Essais étrangers 1 Le visage de Dieu Igor Bogdanov IGrichkaBogdanov/Grasset 2/ïï 2 Le sens des choses Jacques Attali/LGF 4/2 3 Faire confiance à la vie Hans KUng/Seuil 3/6 4 Le crépuscule d'une idole.L'aflabulation freudienne Michel Orrfrav/Grasset 8/5 5 La révolution de l'amour.Pour une spiritualité laïque Luc Ferrv/Plon -n 6 Le philosophe nu Alexandre Jollien/Seuil 6/2 7 ta stratégie du choc.La montée d'un capitalisme du désastre Naomi Klein/Actes Sud 7/3 8 Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme Jean-Louis Servan-Schreiber/Albin Michel 10/2 9 De l'arbre au labyrinthe.Études historiques sur le signe.Umberto Eco/Grasset 9/3 10 Le mariage d'amour a-t-il échoué ?Pascal Bnrckner/Grasset -71 Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du s^me d'intainatlcn et d'analyse str les ventes de lines français au Canada.Ce palmarès est extrait de Sisfiit et est rxitstué des relevés de caisse de 141 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadietr pour le projet ÆtryMf.© BUT, toute reproduction tolale ou partielle est inlerdlta E 8 LE DEVOIR LE VENDREDI SI DECEMBRE 2010 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Une éthique argumentée Les débats éthiques sont plus que jamais à la mode.Aux classiques discussions à teneur morale sur l’avortement et la peine de mort se sont ajoutés, ces dernières années, les débats sur les accommodements raisonnables, sur l’euthanasie, sur l’intervention militaire en Afghanistan, sur l’attitude à adopter quant au réchauffement climatique et plusieurs autres.Louis Cornellier Ces discussions débouchent rarement sur des consensus.Comme l’explique Michel Métayer, professeur de philosophie au collégial à la retraite, «l’éthique ne dispose pas, comme les sciences naturelles par exemple, de méthodes d’observation et d’expérimentation éprouvées permettant de trancher les débats».De plus, pourrait-on ajouter, à l’heure de débattre de ces enjeux, les gens sont souvent paresseux.Au lieu de se livrer à un véritable effort réflexif, ils ressortent un stock basique d’opinions auxquelles ils s’accrochent.«La morale, écrit Métayer, met en jeu des convictions, des attitudes, des mentalités, des intérêts vitaux, bref des ressorts qui ont un ancrage profond et qu’il est illusoire de penser briser par le coup de baguette magique d’un argument bien tourné.» Cette difficulté à clore les débats éthiques ne doit pourtant pas nous mener à la conclusion qu’ils sont inutiles.Ils peuvent servir, suggère le philosophe, à préciser les enjeux, à stimuler la réflexion, à «mettre à l’épreuve ses propres positions», à mieux comprendre celles d’autrui et, sans nécessairement le convaincre, à «montrer à l’autre que nous avons des raisons sérieuses et valables de tenir notre position».Encore faut-il, poiu cela, que ces débats soient menés de bonne foi et avec une certaine méthode, même si cette dernière ne saurait avoir la ri^eur formelle des déductions logiques.En publiant un Petit guide d’argumentation éthique, Métayer veut contribuer à cette pédagogie du débat.«Une argumentation éthique, précise-t-il, est une manière d’exprimer une conviction à propos d’un enjeu moral.» Elle fait appel à six stratégies générales, qui constituent le cœur de l’ouvrage de Métayer, très riche en exemples concrets.Une argumentation étant un raisonnement, on s’attend à ce qu’elle soit cohérente.Dans le débat, la mise en contradiction devient donc une stratégie essentielle.Une faille, par exemple, peut exister entre les paroles et les actes.Au moment où il affirme l’égalité entre tous les humains, le président américain Jefferson a des esclaves.Pas fort.On peut aussi pousser les implications logiques d’un raisonnement pour en faire ressortir les contradictions.Dans le débat sur la peine de mort, on avancera alors que «tuer quelqu’un qui a tué revient à violer l’interdit même qu’on l’accuse d’avoir transgressé».Une autre utilisation de la mise en contradiction consiste à montrer qu’un raisonnement qui se veut universel ne résiste pas à certains cas particuliers.Selon un sondage, 57 % des Américains pensent que l’avortement est un meurtre, mais 85 % d’entre eux croient qu’il est acceptable si la vie de la mère est en danger.Or, précise Métayer, «il n’est jamais permis dans quelque situation que ce soit de la vie normale de tuer une personne pour sauver la vie d’une autre».Aussi, le fait qu’une majorité de personnes acceptent cette situation dans le cas du fœtus et de la mère suggère que «l’avortement n’est pas un meurtre comme les autres».Pour éviter ces mises en contradiction, propose le philosophe, mieux vaut formuler des jugements généraux plutôt qu’universels et tenir compte de la particularité d’une situation.Ainsi, «pour un partisan de la peine de mort, c’est tuer des innocents qui est mal, pas tuer des meurtriers».La multiplicité des critères éthiques (liberté/égalité, sécurité/respect de la vie privée, etc.) permet aussi, dans le débat, la stratégie du changement de terrain ou du recadrage.Pierre Poglia est un maître en la matière.Le dopage, dit-on, trahit l’esprit du sport de compétition.Le chroniqueur de La Presse réplique en donnant un nouvel éclairage à la discussion.«Et si le sport de haute compétition, écrit-il, était lui-même une dope [.] qui infantilise les adultes qui s’y adonnent et les rend incapables de se projeter dans l’avenir?» Ce recadrage, en suggérant que le sport de compétition est une dope toxique en lui-même, oblige à repenser la dénonciation initiale.L’argumentation éthique consiste à appliquer un critère général à un cas particulier.Ce saut comporte toujours une part d’arbitraire.Aussi, poiu le justifier ou le réfuter, on choisira souvent d’avancer d’autres cas particuliers similaires, c’est-à-dire de procéder par analogie.On dira, par exemple, qu’en interdisant l’euthanasie aux mourants humains, on refuse un geste de compassion qu’on accorde aux animaux.Il s’agit alors de juger de la pertinence des analogies.Ainsi, quand Mario Dumont dit qu’il en a marre qu’on enlève les crucifix des écoles, mais qu’on y laisse entrer des sikhs avec leur kirpan, il utilise une analogie douteuse.L’école est une institution publique soumise à des règles qui ne s’appliquent pas de la même façon aux personnes.On n’interdit pas aux chrétiens de porter une croix au cou.La véracité des faits est aussi un critère essentiel d’une argumentation éthique valable.Malheureusement, ce critère n’est pas toujours respecté.«Bien s’informer demande du temps, constate Métayer, alors que porter un jugement moral est un automatisme qui s’effectue en quelques secondes.» On l’a vu dans le débat siu les accommodements raisonnables.Le vote voilé soulevait les passions, même si aucune femme portant le voile n’avait formulé cette demande.Le respect des faits est fondamental, mais a souvent peu d’effets puisque les humains ont une propension à limiter ce respect à leur expérience personnelle.La criminalité a beau être en baisse, Pierre-Hugues Boisvenu refuse d’y croire.Dans ce très riche et pédagogique ouvrage.Métayer traite aussi de l’importance des intentions en éthique (on peut faire le mal en voulant faire le bien), de l’évaluation de la responsabilité (le criminel au passé de victime est-il pleinement CHRIS WATTIE REUTERS Le port du kirpan à l’école par les élèves sikhs a soulevé un débat éthique et politique intéressant au Québec.responsable?) et de bien d’autres considérations essentielles à des débats éthiques constructifs.Tous ceux qui s’intéressent à ces discussions devraient se faire un devoir moral de lire cet éclairant petit guide.Pourquoi ne pas faire du souci d’une éthique de la discussion éthique une résolution poiu 2011?louisco@sympatico.ca PETIT GUIDE D’ARGUMENTATION ÉTHIQUE Michel Métayer PUL Québec, 2010,156 pages PHILOSOPHIE Le 4 X 4 est un poème Représentation et destruction de la nature, de l’Antiquité à nos jours DALIE GIROUX Si au XX® siècle certains philosophes ont su faire de la question de notre habitation terrestre l’objet d’une interrogation fondamentale — pensons à Martin Heidegger, à Arne Naess ou à John Baird Callicott —, on trouvera également du côté de la géographie quelques esprits libres pour interroger d’un point de vue critique, historique ou poétique la manière dont l’humanité habite sa pla-qète.Chacun à leur manière, Élisée Reclus, David Harvey, Mike Davis ou, plus près de nous, Luc Bureau et Jean Mo-risset ont contribué à la constitution d’un corpus géophilosophique diversifié et portant un regard exigeant sur l’époque.Parmi ces penseurs dont l’œuvre transcende les frontières disciplinaires, il faut compter le géographe et orientaliste français Augustin Berque, dont les travaux des trois dernières décennies proposent une réflexion complexe et rigoureuse sm les effets de notre manière de penser sm notre manière d’habiter.Son dernier ouvrage.Histoire de l’habitat idéal, propose une généalogie de la notion de paysage qui, de la Chine ancienne à l’Occident contemporain, démonte la mécanique de la «médiance», c’est- OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Le fantasme de nature sert aujourd’hui à vendre les véhicules utilitaires sports à la classe moyenne occidentale.à-dire la manière dont nos représentations de la nature ont des effets structmants sur cette nature et, en l’occurrence, des effets destructeurs.L’invention du paysage En remontant la source poé- tique jusqu’à la Chine des Six Dynasties et au-delà, Berque découvre les premiers matériaux ayant servi à l’invention de la notion de paysage, dont l’histoire avait jusqu’à présent associé l’avènement à l’art de la Renaissance européenne.C’est la figure du mandarin, occupant un poste politique à la ville et néanmoins propriétaire terrien à la campagne, qui permet ici le mieux d’illustrer comment s’est forgée l’idée d’une étendue terrestre qui, plutôt qu’objet de travail ou de possession, serait l’objet «de jouissance et de représentation».Ce regard sur la nature, regard de la ville sur la campagne, se nourrit d’une poétique érémitique du ressource-ment dont découle une «idéalisation de la vie hors des murs».Lointaine apparition, selon la lecture de Berque, de la fonction mythique de la cabane à thé japonaise, du Walden Pond de Thoreau, du Petit Trianon de Marie-Antoinette et du chalet familial au bord du lac, mais également origines du fantasme de nature qui sert aujourd’hui à vendre les véhicules utilitaires sports à la classe moyenne occidentale: «le 4X4 allant dans la nature, il va donc avec la nature, et il est la nature».Désirer et détruire La valorisation de la nature comme échappatoire à la vie urbaine s’est généralisée dans les formes contemporaines de l’habitation, notamment sous la forme de la «ville-campagne».Il s’agit bien ici pour Berque de la consécration de cet habitat idéal, la banlieue romantique, dans lequel la maison sort de la ville.Ce monde périurbain en pleine croissance, monde de maisons individuelles de confection industrielle et de voitures personnelles — notre monde —, est paradoxalement une forme d’habitation qui, accomplissant un ancien désir de retourner à la nature, détruit irrémédiablement cette nature.Au terme, la généralisation du modèle de la ville-campagne enferme les humains dans un monde artificiel, machinique et auto suffisant qui a perdu tout contact avec l’écoumène qui le fonde.Voilà le règne ()yborg, ou comment notre représentation de la nature détruit les conditions de possibilité de notre habitation terrestre.C’est la sombre perspective que voit s’accomplir sous ses yeux l’exégète des plus anciennes poésies telluriques.Depuis son premier ouvrage sur le Japon, Le Sauvage et l’Artifice, paru chez Gallimard en 1986, l’œuvre d’Augustin Ber-que, dont, fait remarquable, l’érudition manifeste n’empiète jamais sur la clarté, apporte un éclairage unique sur l’Orient et la manière dont celui-ci a nourri la culture occidentale.Elle est également le vaisseau d’une fort belle philosophie de la terre, inquiète et complexe, critique et fidèle.Collaboratrice du Devoir HISTOIRE DE L’HABITAT IDÉAL De l’Orient vers l’Occident Augustin Berque Le Félin Paris, 2010,392 pages FEMINISME Femmes d’idées et de rébellion Diane Lamoureux (?ENSÉES REiELLES AUTOUR DE ROSA LUXEMBURG.HANNAH ARENDT ET FRANÇOISE COLLIN iiil irirtyiiTiïTtî^ fV'/l'MMlS LOUIS CORNELLIER L> histoire occidentale, écrit ' la politologue Diane La-momeux, [.] est construite sur l’exclusion des femmes du domaine du savoir.» Elle réserve aux hommes le monde des idées et de l’action publique, pour ne laisser aux femmes que l’engendrement biologique.Eéministe, Lamoureux, dans Pensées rebelles, se propose de renverser cette perspective et de «r^chir à la possibilité d’une généalogie au féminin qui ne passe pas exclusivement par la procréation, tout en ne la niant pas».Des femmes, au XX® siècle, grâce notamment au mouvement fémi- niste, ont accédé à l’enseignement supériem et se sont reconnues comme interlocutrices.Elles ont aussi produit des œuvres «à partir [desquelles] d’autres femmes (et d’autres hommes) ont pu penser».Pensées rebelles présente le parcours intellectuel et militant de trois d’entre elles: la révolutionnaire allemande d’origine juive Rosa Luxemburg, l’universitaire allemande d’origine juive Hannah Arendt et la philosophe féministe belge Erançoise Collin.En analysant de savante façon la pensée de ces audacieuses intellectuelles, notamment leurs réflexions sur les rapports entre la théorie et la pratique révolution- naires (socialistes, populaires ou féministes), Lamoureux ne veut «ni faire oeuvre d’antiquaire ni se contenter de payer ses dettes intellectuelles, mais plutôt chercher de quoi alimenter les rébellions présentes et à venir».Militant, le propos de cet ouvrage n’en reste pas moins très universitaire.Collaborateur du Devoir PENSÉES REBELLES Autour de Rosa Luxemburg, Hannah Arendt ET Erançoise Collin Diane Lamoureux Remue-ménage Montréal, 2010,204 pages E N BREF Taschen et l’architecture Taschen poursuit son exploration de l’architecture contemporaine dans Architecture Now! - 7, le septième de la célèbre série pilotée par Philip Jodidio.Cette fois sont réunis les exemples les plus avant-gardistes d’architecture résidentielle, d’architecture institutionnelle et même de gestes architecturaux réalisés pour des places publiques, des œuvres d’art ou des jardins.L’ouvrage de 480 pages réunit autant les projets de starchi-tectes, comme Rem Koolhaas, Zaha Hadid et autres Herzog et Meuron de ce monde, que les projets avant-gardistes mis au défi par la crise économique.-Le Devoir Chevaux de choc C’est inspiré par la beauté des tableaux de Rembrandt que Pietroni a décidé de pousser sa passion pour les équidés jusqu’à leur consacrer ce livre de portraits grands formats.Dédié aux amoureux du genre équin.Chevaux (Gründ) présente la bête à sabots en gros plan, à nu et sans artifices.Dans une série de clairs-obscurs, le photographe pointe son objectif à quelques pouces des chanfreins, fessiers, garrots et croupes de ces équins, croqués comme des stars de cinéma.Dépourvue de textes, sinon quelques maximes inspirées des chevaux, cette bible présente les grands ongulés dans toute leur splendeur.Pour «hippophiles» seulement -Le Devoir
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