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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2011-01-15, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 IDEES Pour la transmission des joyaux du patrimoine Page B 5 c ( T‘ h PHILOSOPHIE Aron critiquerait la « nouvelle droite » québécoise Page B 6 Un bilan sanguin par-ci, un forfait par-là.Quand ce n’est pas carrément une enveloppe glissée sous le sarrau.À force de tester les limites de la Loi sur la santé sans être trop inquiétés, cliniques, promoteurs et médecins sont de plus en plus nombreux à réclamer des frais douteux, voire illégaux, à leurs patients désespérés.Le glissement est réel, mais est-il réversible?Rien n’a été fait pour clarifier les limites de la Loi sur la santé LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Quand le chat n’est pas là, les souris dansent, dit-on.L’adage vaut aussi pour les cabinets de médecins, croit la juriste spécialisée en santé Marie-Claude Prémont.Ce n’est pas d’hier, en effet, que des cliniques essaient de contourner les règles.Des initiatives sujettes à caution ont commencé à poindre dès le milieu des années 2000.Mais malgré les quelques condamnations ministérielles et une poignée d’enquêtes administratives, rien n’a été fait depuis pour véritablement clarifier les limites de la loi, encore moins pour s’attaquer de front à l’épineuse question de la facturation.Résultat: la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) mène présentement onze enquêtes liées à la facturation de frais illégaux.Du jamais vu en 40 ans d’existence! Et tout le monde dans le milieu de la santé s’entend pour dire que le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur.«Il ne faudrait pas s’étonner que les comportements délinquants se multiplient aujourd’hui.On récolte simplement ce que l’on a semé en n’étant pas intervenu plus tôt», croit Mme Prémont, aqssi professeure titulaire à l’École nationale d’administration publique ®NAP).La loi elle-même fait pourtant clairement la distinction entre les services assurés et ceux qui ne le sont pas, poursuit-elle.Parmi les quelques cliniques épinglées à raison par la RAMQ depuis 2007, toutes ont d’aÛleurs choisi de rentrer dans le rang avant même que leur af- « On récolte simplement ce que l’on a semé en n’étant pas intervenu plus tôt» faire soit portée devant les tribunaux.À l’exception d’une seule, qui a préféré fermer ses portes.«Si les gens sont tous revenus à l’ordre sans se battre, c’est parce qu’ils ont convenu que la loi est claire et que leur pratique était contraire à la loi», juge Mme Prémont.Au Collège des médecins du Québec, on estime que la loi compte néanmoins des zones d’ombre qui alimentent la confusion.«Le sujet litigieux derrière tout ça, c’est la notion des frais accessoires, qui n’a jamais été bien définie, explique le secrétaire du Collège, le D"^ Yves Robert.Au départ, ces frais étaient perçus comme étant les frais que le médecin doit assumer dans un contexte où des soins sont offerts en cabinet, donc en dehors du milieu hospitalier.On pense à des pansements ou à des anesthésiants locaux, par exemple.» Avec le temps, les coûts et les charges reliés à l’exercice d’un cabinet privé ont augmenté sans que la définition des frais accessoires soit mieux délimitée, poursuit le D"^ Robert.«Certains médecins ont alors commencé à définir eux-mêmes la notion de frais accessoires, ce qui a amené la question de la facturation et, bien entendu, de la potentielle surfacturation.» Au fil des ans, le brouillard s’est épaissi jusqu’à devenir aujourd’hui impossible à dissiper.«Autant pour le patient que pour le médecin, la RAMQ ou le ministre.» Un système parallèle Le malheur, c’est que personne ne sort gagnant de ce flou, croit le Collège, qui réclame depuis des années une révision en profondeur des frais accessoires.En 2007, un comité présidé par Jean-Pierre Chicoine avait entrepris un grand débroussaillage à la demande du ministre de la Santé de l’époque, Philippe Couillard.Sitôt déposé, son rapport avait été tabletté, regrette le D"^ Robert.Le Collège n’en a pas moins repris son bâton du pèlerin, et il talonne désormais le ministre Yves Bolduc pour qu’il s’y attelle à son tour.Le ministre a choisi de confier ce dossier explosif à la RAMQ, qui a pondu une première réflexion déposée l’automne dernier, laquelle n’a toutefois pas encore été rendue publique.Depuis, la Régie a aussi durci le ton, allant jusqu’à servir un rappel à l’ordre senti aux médecins le mois dernier dans une lettre sans équivoque.Dans sa mire: diverses cotisations, des bilans de santé et d’autres souscriptions qui don- nent accès à un médecin ou un accès plus rapide à un médecin.On pense ici à la politique du Groupe Santé Physimed ou à celle de certaines coopératives.La Régie s’intéresse aussi de près aux forfaits qui donnent accès à une série de services non assurés facturés avant même que ceux-ci soient rendus, comme cela se serait fait à la Clinique Plexo de Montréal, de même qu’à une poignée d’autres initiatives jugées douteuses.Tous ces modèles inquiètent beaucoup le Collège des médecins, pour qui ces propositions sont autant de façons détournées de créer un marché en profitant d’une faiblesse du système de santé, soit la difficulté d’avoir un médecin de famille.«Il est clair que cela crée un système parallèle d’accessibilité dont certains pourraient profiter, note le D" Robert.Et tant que l’absence de règles claires va perdurer, nous croyons que cela va favoriser l’émergence de services illégaux clandestins ou même explicites, créant du coup des inégalités qui dérogent au contrat social que nous avons signé il y a 40 ans.» La médecine elle-même n’a rien à gagner de ces bilans de santé et autres forfaits qui font VOIR PAGE B 3: SANTÉ Onze pratiques sous la loupe ¦ La Clinique globale santé express de Blainville et le Groupe santé Physimed Ces deux entités auraient laissé entendre que des frais pour un bilan de santé étaient nécessaires pour avoir plus rapidement accès à un médecin.¦ Clinique Plexo de Montréal On parle ici d’un forfait et d’un bilan de santé qui seraient réclamés, en contravention de la loi pour obtenir des services et des soins de santé.¦ Hôpital Royal-Victoria et Hôpital général juif de Montréal Des médecins y auraient reçu des enveloppes d’argent de la part de patients désirant passer plus vite sous le bistouri.¦ Rockland MD La clinique imposerait des frais jugés excessifs (18 000 $) pour une chirurgie bariatrique, un service assuré et entièrement couvert par la RAMQ.¦ Les coopératives de santé de Pointe-du-Lac, de La Prairie et de Gatineau Dans ces trois cas, on a dénoncé une cotisation annuelle donnant accès à un médecin ou encore accordant un accès plus rapide à un médecin.¦ Medisys 123 Le service de conciergerie pédiatrique offre une assistance médicale au coût forfaitaire de 975 $ par année par enfant.Ce faisant, le groupe contrevient à la règle voulant que les services non assurés facturés sous la forme d’un forfait, mais qui n’ont pas été rendus lors du paiement, soient illégaux.Medisys, comme plu- sieurs dans le milieu médical, conteste cette interprétation.¦ Clinique chirurgicale de Laval 11 s’agit ici d’un centre sportif qui fait affaire avec une clinique orthopédique.Les membres du centre sportif auraient un accès plus facile aux médecins de la clinique.La clinique invoque l’article 22i de la Loi sur l’assurance maladie pour justifier sa formule, mais la Régie a mis en doute cette lecture.¦ D" Pierre Mailloux, alias le Doc Mailloux La RAMQ soupçonne le D"^ Pierre Mailloux, psychiatre bien connu, d’avoir réclamé des sommes d’argent à des personnes assurées ayant reçu des services pourtant couverts par la Régie.Od, O È Û W B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 PERSPECTIVES Tunisie : un régime démasqué Une certaine prospérité jumelée au laxisme des grands pays a permis à Ben Ali de se maintenir longtemps au pouvoir CLAUDE LEVESQUE Le cas tunisien est un bel exemple de la complaisance dont la communauté internationale peut faire preuve à l’égard des autocrates pour peu qu’ils expriment leur attachement à l’économie de marché et promettent de s’attaquer aux islamistes.Une prospérité relative (surtout sur la côte) combinée à un calme plat sur les fronts politique et social a longtemps permis d’oublier le verrouillage politique et médiatique, la répression policière, la corruption et le népotisme qui caractérisent le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 1987.Quoique dénoncés sans répit par l’opposition en exil (et à l’occasion par les ONG internationales), ces excès ont rarement été condamnés par les gouvernements et les médias de nos démocraties occidentales.L’extrême retenue de Paris tout au long de la crise a été particulièrement remarquée et critiquée.La France demeure un important investisseur de même que le premier fournisseur et le premier client de son ancien protectorat au sud de la Méditerranée.La présente vague de manifestations, qui a finalement mené hier à la démission et au départ en exil de Ben Ali, a été déclenchée le 17 décembre par l’immolation d’un jeune vendeur ambulant à Sidi Bouzid.Mohamed Bouazizi acceptait d’autant plus mal le harcèlement policier dont il venait d’être victime qu’il était contraint de vendre ses primeurs dans la rue faute de trouver un emploi à la mesure de son baccalauréat.Le mouvement est parti d’une région rurale du centre où les difficultés économiques sont particulièrement aiguës, surtout depuis le début de la dernière crise économique mondiale, mais il s’est rapidement étendu à l’ensemble du pays et à ses diverses classes sociales, gagnant cette semaine la capitale, Tunis.Des terroristes Ben Ali est d’abord resté sourd aux protestations, se bornant à accuser les manifestants d’être des terroristes à la solde de l’étranger et ordonnant aux policiers de tirer avec des balles réelles.Le bilan des violences s’élève à plusieurs dizaines de morts, le nombre de 66 étant avancé par la Fédération internationale des droits de l’homme.Depuis le début de la semai- « La Tunisie des années 1990 devait sa relative prospérité aux trois décennies de la présidence Bourguiba » ne, le président et ses soutiens ont multiplié les promesses d’emplois tout en continuant de fustiger un prétendu terrorisme.Puis, Ben Ali a annoncé jeudi son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat en 2014.Par la même occasion, ayant soudainement «compris» les protestataires, il a promis de faire baisser le prix du pain et d’instaurer les libertés politiques et médiatiques qu’ils réclamaient à grands cris.«Personne n’est dupe.La preuve en est que des dizaines de milliers de personnes manifestent encore au centre-ville de Tunis.C’est trop peu trop tard.Même s’il disait que le ciel est bleu ou quelque autre banalité, les gens ne le croiraient pas», affirmait hier matin Taieb Moalla, journaliste d’origine tunisienne au Journal de Québec, alors que l’incertitude régnait encore quant à l’issue de la crise.Officiellement, le taux de chômage est estimé à 10 % en Tunisie.Pour les jeunes, il faut parler au moins du double et, détail préoccupant, d’encore plus chez ceux qui sortent des collèges et universités.Ces établissements ont produit l’année dernière 80 000 diplômés alors que le marché du travail ne peut en absorber qu’environ 30 000.Relation rompue 11 est vrai que l’économie tunisienne a connu de bonnes performances au cours des dernières décennies, notamment grâce au tourisme, qui s’est ajouté à ces autres moteurs que sont l’agriculture, les mines et les textiles.La crise économique a cependant fini par amincir le flot des investissements étrangers tout en faisant chuter les revenus du tourisme.«Le “deal” sur lequel reposait la relation entre le pouvoir et la population ne tient plus.Cette entente revenait à dire: “Vous êtes des consommateurs, pas des citoyens: vous consommez, vous mangez et buvez bien, à condition de ne pas parler de liberté politique ou de liberté de la presse”», explique Taieb Moalla, précisant qu’il s’exprime à titre personnel.Les années Ben Ali ont certes vu l’économie tunisienne croître, mais certains opposants refusent d’en donner le crédit au président déchu.«En réalité, écrivait Moncef Mar-zouki dans Le Monde du 12 janvier, la Tunisie des années 1990 devait sa relative prospérité aux trois décennies de la présidence Bourguiba, marquée par un investissement massif dans l’éducation, le planning h il IIÉ l-Ül \)\jj PHOTOS REUTERS Les événements se sont précipités hier, à Tunis.Pendant que les policiers protégeaient les locaux du ministère de l’Intérieur (photo du bas), des soldats fraternisaient avec des manifestants.familial et la mise en place d’une économie de marché saine, capable de dégager une croissance annuelle de 7 %.» Ce qui est tombé ces dernières semaines, c’est la peur que le régime Ben Ali avait réussi à inculquer aux Tunisiens.«Les personnes qui critiquaient le gouvernement ou dénonçaient la corruption des au- torités ou les violations des droits de la personne risquaient d’être harcelées, soumises à des actes d’intimidation et agressées par des agents des services de sécurité», écrivait l’ONG Amnesty International dans son dernier rapport annuel.Répression et inégalités Presse muselée, syndica- listes et défenseurs des droits fondamentaux battus, emprisonnés et souvent condamnés à de longues peines à la suite de procès inéquitables sont monnaie courante en Tunisie.Ces violations des droits fondamentaux ont souvent été commises au nom de la lutte contre l’islamisme au cours des années 1990, puis, depuis le 11-Septembre, de la lutte contre le terrorisme.Le régime de Ben Ali a décimé dans les années 1990 le mouvement islamiste Ennahda, même s’il s’agissait d’un groupe très modéré, qui s’accommodait du statut de la femme tunisienne, le plus égalitaire dans le monde arabe.Ennahda avait en fait été soutenu par le pouvoir pour faire contrepoids à la gauche vingt ans plus tôt.En Tunisie, les inégalités sociales s’ajoutent aux écarts entre les régions.Les 10 % les plus riches de la population perçoivent le tiers des revenus, les 30 % les plus pauvres doivent se contenter de moins du dixième.On voit pire dans bien d’autres pays, sauf que cette situation est d’autant moins tolérable (et tolérée) en Tunisie que la famille Ben Ali est soupçonnée de s’en mettre plein les poches, notamment en obligeant les propriétaires d’affaires profitables de lui céder des parts.Ces procédés mafieux, que tout le monde soupçonnait, ont été mis en relief dans certains documents secrets révélés par le site WikiLeaks.Un pays calme La présente vague de manifestations antigouvernementales est d’une ampleur sans précédent.La Tunisie n’a pas une histoire violente.11 y a cependant eu d’autres mouvements sociaux dans le passé.Pendant les années 1980, les «émeutes du pain», provoquées par une augmentation brutale du prix de cet aliment commandée par le Fonds monétaire international, avaient contribué à faire tomber Habib Bourguiba, le père de l’indépendance.En 2008, la région minière de Gafsa — la Tunisie est le quatrième producteur de potasse dans le monde — s’était soulevée contre le chômage et, encore une fois, contre le prix élevé des aliments.Cette révolte avait été réprimée durement et rapidement, sans faire tache d’huile comme celle de Sidi Bouzid deux ans plus tard.Devant la censure des médias traditionnels, les Tunisiens se sont tournés en grand nombre vers Internet et particulièrement vers Facebook (1,8 million d’abonnés sur une population de 10,4 millions) et les autres réseaux sociaux, malgré les risques que cela peut comporter.L’organisation Reporters sans frontières classe le régime tunisien parmi les «ennemis d’Internet» pour le mouchardage et le blocage de certains sites.11 est intéressant de noter que Ben Ali avait encouragé avec enthousiasme l’informatisation de son pays, qui allait éventuellement aider ses adversaires à triompher.Le Devoir Zine el-Abidine Ben Ali Vingt-trois ans de ponvoir sans partage HAMIDA BEN SALAH Tunis — Le président Zine el-Abidine Ben Ali, qui a fui hier la Tunisie, a régné sur le pays pendant 23 ans d’un pouvoir sans partage, bâtissant son régime sur un équilibre entre poigne de fer et prospérité qui s’est finalement rompu, causant sa chute.Considéré à l’extérieur comme un rempart efficace face aux islamistes en dépit de critiques — souvent timides — sur la lenteur de la démocratisation et les atteintes aux droits de l’homme, l’incontournable président, 74 ans, avait été réélu pour un cinquième mandat en octobre 2009 avec près de 90 % des voix.Un scrutin critiqué par l’opposition et qui avait «préoccupé» les Etats-Unis.Lorsqu’il dépose Habib Bourguiba, père de l’indépendance, malade et reclus dans son palais, le 7 novembre 1987, tous les Tunisiens, y compris les islamistes, saluent une prise du pouvoir «sans violence ni effusion de sang», bien que décrite par certains comme un «coup d’Etat médical».Ses partisans saluent en ce militaire «le sauveur» d’un pays alors à la dérive et lui reconnaissent d’avoir jeté les bases d’une économie libérale et étouffé dans l’œuf le parti islamiste Ennahdha, accusé de complot armé.Dès son arrivée au pouvoir, M.Ben Ali supprime la «présidence à vie» instituée par Bourguiba et limite dans un premier temps à trois le nombre de mandats présidentiels.À son actif, une politique sociale dite de «solidarité», avec la création d’un fonds spécial destiné aux plus pauvres ou le développement d’un système de sécurité sociale, et la poursuite des politiques favorables à l’émancipation des femmes et à l’éducation lancées par son prédécesseur.Ces avancées, qui conquièrent une classe moyenne montante, s’accompagnent d’un durcissement du régime face à toute force d’opposition, émanant de la gauche ou des islamistes, arrêtés par milliers dans les an- Zine el-Abidine Ben Ali nées 1990, et d’une mainmise sur la presse et les syndicats dénoncée par des adversaires pour la plupart en exil.Issu d’une famille modeste née de la ville côtière de Hammam Sousse, c’est un niilitaire de carrière formé à l’École inter-armes de Saint-Cyr, en Fran- ZOUBEIR SOUISSI REUTERS ce, et à l’École supérieure de renseignement et de sécurité aux États-Unis.Devenu rapidement général, il est nommé patron de la sûreté nationale après des émeutes en 1984, puis ministre de l’Intérieur, poste qu’il cumule en mai 1987 avec celui de premier ministre jusqu’à la destitution de Bourguiba.Se disant favorable à une démocratisation «sans précipitation», M.Ben Ali introduit en 1994 le pluralisme à petite dose au Parlement et organise en 1999 la première présidentielle pluraliste de l’histoire de la Tunisie.Revêtant parfois la «jebba» traditionnelle, il encourage un islam modéré, protège le judaïsme et se dit attaché à la modernité.Père de six enfants, dont trois d’un premier mariage, il apparaît souvent accompagné de son épouse Leïla, dont la présence dans la vie politique et sociale est de plus en plus remarquée, alors que sa belle-famille est accusée de mainmise sur l’économie.En 2002, il fait sauter le dernier verrou empêchant son maintien au pouvoir en faisant adopter par référendum une modification constitutionnelle lui permettant de se représenter.A la fin des années 2000, son régime est dénoncé comme «autoritaire» par les organisations de défense des droits de la personne.En juin 2008, notamment, il fait mater par l’armée des émeutes sur fond de chômage et de népotisme, dans le Sud-Ouest frondeur.Pour ses alliés occidentaux, M.Ben Ali incarne la stabilité dans un pays prisé par des millions de touristes européens et pour lequel l’ancienne puissance coloniale française reste un partenaire privilégié.11 aura finalement chuté sur un nouveau mouvement de révolte d’abord sociale, parti du suicide à la mi-décembre d’un des nombreux diplômés chômeurs du pays, empêché d’exercer comme marchand ambulant par les forces de l’ordre.Devant les émeutes qui s’étendent, jusqu’à gagner la capitale, Zine el-Abidine Ben Ali, aura tenté tour à tour la répression sanglante puis les promesses, d’abord économiques et enfin d’ouverture politique.En vain.Agence France-Presse LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 B 3 PERSPECTIVES Patrimoine : une loi a colmater Les consultations sur la loi 82 débutent mardi À quelques jours des consultations publiques sur le projet de loi 82 sur le patrimoine culturel, les attentes demeurent immenses par rapport à la refonte attendue de législation, qui date de 1972.La modernisation urge, crient les observateurs, car les menaces à l’égard du patrimoine se multiplient, révélant au grand jour les failles béantes d’une loi sans mordant.ISABELLE PARÉ Dès mardi prochain, les groupes commenceront à défiler devant la Commission de la culture et de l’éducation pour tenter de peaufiner la refonte plus qu’attendue d’un cadre légal qui ne parvient plus à éviter la multiplication de bévues dans le domaine de la protection du patrimoine.Depuis le dépôt du projet de loi 82 par la ministre Christine St-Pierre en février 2010, l’actualité a vu défiler nombre de situations où les protections actuelles sont défaillantes: menace de démantèlement de l’orgue patrimonial de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, églises mises en vente les unes après les autres, démolition annoncée de la maison Redpath dans l’arrondissement de Ville-Marie ou de la maison Lafontaine, toutes deux livrées aux intempéries.Il faut maintenant ajouter à la liste les chefs-d’œuvre du calvaire d’Oka, site historique majeur dans l’histoire de Montréal et du Québec.Selon Dinu Bumbaru, directem des politiques à Héritage Montréal, si le pro-« rnmnipnt î^t de loi présenté propose de nombreuses avancées, il laisse fait-il que se en plan plusiems questions importantes.la basilique Oui, la protection prévue au ^ patrimoine culturel étend sa i\Otre-Uame portée et s’élargit au patrimoine immatériel.Mais de quel ordre sera cette protection?encore *0^ ^ défini l’objet de la , protection, mais pas le com- classee ment.Quels seront les gestes à poser?Il faut que la loi ne soit pas béate et donne des devoirs, pas seulement des pouvoirs», croit l’expert en patrimoine.Dans sa forme actuelle, le projet de loi occulte aussi la question de l’intégrité des sites patrimoniaux ou des immeubles.Est-ce qu’un bâtiment peut-être vidé de ses œuvres et des biens retirés du contexte qui les a rendus significatifs sur le plan collectif?Des interventions à la pièce L’exemple du calvaire d’Oka, dont les œuvres d’art risquent la dispersion dans une vente aux enchères, illustre de façon patente le silence de la loi actuelle sur la question.Un orgue historique peut-il être extirpé de l’église à laquelle il a été greffé sans que l’on porte atteinte à sa valeur patrimoniale et historique?Peut-on préserver l’intégrité d’un paysage patrimonial si l’on y ajoute un bâtiment?«Le principe d’une approche intégrée du patrimoine, prônée par l’Icomos [un conseil international non gouvernemental dédié à la protection des monuments et des sites], devrait être exprimé d’une façon plus claire», pense Bumbaru.Par contre, sur le plan des moyens, ce dernier salue l’idée des plans de conservation prévus lors du classement de biens patrimoniaux.La loi oblige ainsi l’État et les municipalités à établir un calendrier des gestes à faire pour assurer la protection du bien protégé.Les citoyens, quant à eux, sont un peu laissés en plan.Pour Dinu Bumbaru, les programmes de subventions gouvernementaux ne s’avèrent pas toujours les plus efficaces pour inciter les individus à protéger le patrimoine.«Dans certains cas, ça ne prend pas un chèque.Il faut introduire une fiscalité incitative pour aider les propriétaires de biens protégés qui se retrouvent désavantagés par des comptes de taxes gonflés après des rénovations», donne-t-il comme exemple.Le cas de l’église d’Oka, dont la fabrique songe à brader les pièces d’un ensemble d’œuvres ne soit pas en 2011?: I il JACQUES GRENIER LE DEVOIR L’orgue de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, à Montréal, a fait couler beaucoup d’encre.d’art liées au calvaire pour colmater les brèches dans sa toiture, illustre de façon patente les failles du système actuel.La petite communauté a failli à amasser les fonds privés nécessaires pour accéder aux subventions du Conseil du patrimoine religieux du Québec.Et hors du Conseil, point de salut pour les églises mal en point.Des plans d’action La nouvelle loi permettra-t-elle de mettre fin au classement à la pièce et aux interventions d’urgence?Pour Dinu Bumbaru, le cadre légal seul ne pourra tout régler, il faudra en sus que des plans d’action spécifiques soient déployés, pour s’attaquer notamment à l’immense enjeu posé par la détérioration et l’avenir du patrimoine religieux québécois, ainsi qu’au patrimoine industriel.Contrairement à d’autres, qui viendront récla- mer devant la Commission de la culture la nationalisation des églises, Dinu Bumbaru n’y voit pas une panacée.«Si on regarde l’état dans lequel sont maintenus les bancs de parc et même les écoles, on peut douter de l’efficacité d’une idée comme la nationalisation des églises par l’Etat pour sauver ce patrimoine bâti.Ce serait un geste spectaculaire, mais peut-être pas très efficace», pense-t-il.Chose certainç, il y a un leadership, une voie à montrer, que l’État doit prendre, ne serait-ce qu’en déployant tous les moyens mis à sa disposition par la loi.Ce qui n’est pas le cas actuellement.«Comment se fait-il que la basilique Notre-Dame ne soit pas encore classée en 2011?Plusieurs éléments incontournables du patrimoine québécois ne sont pas encore protégés.Le classement se fait encore à la pièce, souvent sans vision d’ensemble et sans stratégie globale.» Le Devoir SANTE SUITE DE LA PAGE B 1 appel à toutes sortes d’artifices inutiles, croit le Collège.«Il est clair qu’en offrant un bilan de santé, par exemple, l’objectif est d’obtenir des résultats normaux, ce qui arrive d’ailleurs dans la majorité des cas.Parce que c’est comme ça qu’on fait de l’argent: en traitant du monde en santé.» Est-ce à dire qu’exiger certains tests avant la consultation est contraire à la déontologie?«Je vous répondrai par une question.Est-il déontologique de vendre des médicaments naturels ou autres, qui ont peu ou pas d’effets démontrés mais que les gens achètent?C’est la même chose, ici: on sort de la profession pour entrer dans le domaine de la foi et de la business.» Pour le Collège, il est grand temps donc que le ministre Bolduc clarifie les règles du jeu.Car c’est moins la loi elle-même qui pose problème que son application et son administration, rappelle le D’Robert.«Le problème d’une loi, ce n’est pas la loi elle-même.Mais c’est celui qui l’applique.La contrainte, c’est lui qui l’a.Le problème n’est pas d’avoir une loi qui fixe une limite de vitesse, mais d’avoir assez de policiers pour la faire respecter.» Dans le cas présent, c’est la RAMQ qui est responsable d’administrer le régime.Le ministre est quant à lui responsable de l’application de la loi elle-même.Ce dernier a toutefois clairement établi qu’il revenait à la RAMQ de mener les en- quêtes et de sévir, le cas échéant.Pour cela, la Régie peut compter sur une équipe de 18 enquêteurs, dont la moitié est déjà mobilisée à temps plein par les onze enquêtes en cours.La somme de travail étant importante, beaucoup plus qu’à l’ordinaire, la RAMQ a déjà laissé entendre que les délais seront plus longs avant qu’un dossier soit épluché et finalement tranché.Le ballon au ministre Pour l’aider dans sa tâche, la Ré^e entend lancer une campagne de sensibilisation auprès du public afin qu’il dénonce toutes propositions illégales.Selon Marie-Claude Prémont, il faut se réjouir de ce changement de ton à la Régie.Mais on est encore loin de la coupe aux lèvres.Son mécanisme de contrôle interne, qui prend la forme de vérifications de services rendus auprès de 35 000 personnes choisies au hasard chaque année, est bien imparfait.Jusqu’à maintenant, les enquêtes qui ont été lancées l’ont presque toutes été après une couverture médiatique, rappelle Mme Prémont.«Juste cela, c’est faire le constat d’une administration publique qui est assez impotente puisqu’elle ne fait que réagir.» Et ce n’est pas en demandant au public de dénoncer les frais illégaux dont il serait le témoin que la situation sera contenue.«On ne peut pas faire reposer un mécanisme de surveillance uniquement là-des-sus, spécialement dans ce cas-ci où les gens qui sont les témoins n’ont pas intérêt à dénoncer.Il faut une impulsion politique, ministérielle.» La solution ne viendra pas du public, confirme le D"^ Robert.Pas plus que du Collège, qui, en la matière, n’est interpellé qu’en fin de course, lorsqu’une plainte est finalement déposée devant le Conseil de discipline.Lorsque cela s’applique.Le sjmdic examine présentement un seul cas relié à des frais illégaux, soit celui de Medsjmc, qui proposait un médecin de famille à l’issue d’une série de tests de laboratoire facturés 499 $.«C’est là un exemple qui pourrait avoir un effet dissuasif, convient le D" Robert.Mais cela ne suffira pas, parce que les problèmes d’accessibilité et de financement vont demeurer.» Et la RAMQ ne pourra pas mener la bataille des frais illégaux seule, prévient le D"^ Robert.«Ce n’est pas une mauvaise chose que la Régie demande des explications à des promoteurs, mais il va falloir aller au-delà et clarifier tout ce qui entoure les frais accessoires, autrement le problème va continuer de se poser.» Et à profiter.«La question des frais accessoires peut se régler, mais seulement par une décision administrative et politique.Pas autrement.» Le Devoir Les eaux dormantes 0 Michel David On dirait une figure imposée pour un premier ministre canadien.Trois mois avant la victoire péquiste de 1976, Pierre Elliott Trudçau avait décrété: «Le séparatisme est mort.» A la veille de quitter la scène, en mai 2003, Jean Chrétien déclarait à son tour: «Nous pouvons dire sans gêne que, dans le dossier de l’unité du pays, c’est mission accomplie.» Deux ans plus tard, la souveraineté atteignait un sommet de 55 % dans les sondages.Ces précédents devraient peut-être inciter Stephen Harper à une certaine prudence avant de pavoiser.«Même avec la possibilité d’un changement de gouvernement à Québec, on ne parle plus de souveraineté.M.Duceppe fait encore campagne pour la souveraineté, mais il le fait aux Etats-Unis et en Europe», a ironisé M.Harper dans une entrevue à La Presse.«L’appui à la souveraineté a beaucoup diminué au Québec depuis notre arrivée au pouvoir», a-t-il ajouté.Ce n’est pourtant pas ce que disent les sondages.De toute évidence, nous ne sommes pas à la veille d’un autre référendum, mais il faut toujours se méfier des eaux dormantes.Selon CRQP, l’appui à la souveraineté a même augmenté entre l’automne 2004 et décembre 2010, passant de 38 % à 40 %, avec un creux de 32 % en juin 2007.Il est à noter que la question posée était plus «dure» — ou «claire» — que celle de 1995, qui portait sur une souveraineté assortie d’un partenariat avec le reste du Canada: «Si un référendum avait lieu aujourd’hui vous demandant si vous voulez que le Québec devienne un pays indépendant, seriez-vous tenté de voter oui ou de voter non?» Léger Marketing n’a pas sondé les intentions de vote référendaire depuis juin 2009.A cette date, l’appui à la souveraineté était cependant au même niveau (44 %) qu’au moment où toute référence à un éventuel partenariat a disparu du questionnaire, soit depuis avril 2006.En juin 1995, le traité d’alliance tripartite entre le PQ, l’ADQ et le Bloc québécois, qui s’étaient entendus sur la formule de souveraineté-partenariat, avait fait grimper le QUI au-dessus de la barre des 50 %.Sans partenariat, l’appui à la souveraineté n’était cependant ni plus ni moins élevé qu’aujourd’hui.M.Harper devrait peut-être se garder une petite gêne.Il est vrai que la Loi sur la clarté, dont le premier ministre peut revendiquer la paternité spirituelle, même si Stéphane Dion en a été le parrain officiel, semble avoir changé les règles du jeu.Le PQ en avait d’ailleurs pris acte.Le programme adopté au congrès de juin 2005 prévoit de «faire porter le référendum directement sur l’accession du Québec au statut de pays selon la règle de la majorité des votes déclarés valides, soit 50 % + 1 des votes».La formulation de la «proposition principale», qui sera soumise à l’approbation des militants au congrès d’avril prochain, est toutefois moins précise.Qn y dit simplement que «le Parti québécois a pour premier objectif de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d’une consultation de la population par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement».Certes, on est encore très loin du moment où il faudra rédiger une question référendaire, mais il est facile d’imaginer différents scénarios, par exemple un référendum qui porterait sur un projet de constitution.Certains préféreraient encore une défaite avec une question claire à une victoire ambiguë, mais il serait très étonnant qu’un gouvernement fasse exprès pour poser une question «perdante».En 1995, même Jacques Parizeau s’était résigné à mettre de l’eau dans son vin.À la décharge de M.Harper, bien des pé-quistes doutent aussi que Pauline Marois ait l’audace suffisante, ou même l’envie de tenter le coup, et son «plan pour un Québec souverain» n’a rien pour les rassurer.D’où les résolutions que l’association de Crémazie et le SPQ libre, entre autres, veulent faire adopter au congrès d’avril pour la forcer à accélérer les préparatifs référendaires et à en rendre compte aux militants.Il ne faudrait cependant pas sous-estimer l’impact que la simple élection d’un gouvernement péquiste pourrait avoir au Canada anglais.La «gouvernance souverainiste» n’impressionne peut-être pas grand monde au PQ, mais la réaction dans le reste du pays risque d’être passablement négative.Légalement, rien n’interdit le Québec de se doter d’une constitution interne ou de créer sa propre citoyenneté, mais cela provoquera inévitablement un certain agacement, qui risque de se transformer carrément en agressivité si la clause nonobstant est invoquée pour interdire les écoles passerelles et si la loi 101 est étendue aux cégeps.La paix constitutionnelle dont M.Harper se félicite tient essentiellement au fait que le gouvernement Charest n’a réclamé aucun amendement depuis 2003, tandis que le plan de Mme Marois contient une longue liste de pouvoirs à rapatrier.Tout cela ne mènera pas nécessairement à un référendum, mais il faudra certainement oublier la paix.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 EDITORIAL Élections fédérales \\ Bernard Descôteaux Vraiment nécessaire ?La date fixée par la loi pour les prochaines élections au Canada est le 15 octobre 2012.Pourtant, tous les partis politiques s’y préparent comme si un scrutin hâtif était inéluctable dès ce printemps.Rien ne le justifie, sinon des considérations stratégiques partisanes.1 n’y a pas au Canada de crise, politique ou économique, réelle ou appréhendée, qui aujourd’hui ou demain pourrait conduire à des élections.Les électeurs n’ont pas un tel appétit, comme le montrent généralement les sondages.Minoritaires, les conservateurs ont appris à gouverner avec les contraintes parlementaires que ce statut leur impose.Stephen Harper est même passé maître dans la navigation dans des eaux incertaines.Elu une première fois en janvier 2006, son gouvernement a duré 32 mois et son actuel gouvernement est en place depuis 27 mois.Il peut, s’il le veut, se rendre au terme de son mandat.Si l’on parle tant d’élections ces jours-ci et si les chefs de parti sont en ce temps de congé parlementaire aux quatre coins du pays, c’est que les partis, tous les partis, sentent approcher le mo- ment.Une seule fenêtre est possible cette an- née et c’est ce printemps.L’automne prochain, il y aura des élections en rafale dans plusieurs ~ provinces, dont l’Ontario et la Colombie-Britannique, avec risque de collision entre enjeux de J - politique fédérale et provinciale.m w Des élections printanières supposent la dé- H ^ faite du gouvernement lors du budget.L’occa- sion sera belle, car les raisons de rejeter celui-ci sont multiples et constitueront autant d’enjeux électoraux.Ainsi, libéraux et néodémocrates ont déjà exprimé leur opposition ferme à toute réduction du taux d’imposition des entreprises.Les blo-quistes exigent pour leur part le versement de la compensation de 2 milliards réclamée par le Québec pour rharmonisation de la TPS et de la TVQ.S’ajoutent d’autres politiques conservatrices que l’un ou l’autre des partis d’opposition ou les trois ensemble combattent, dont l’abolition des subventions au fonctionnement des partis politiques.Pour que l’opposition puisse défaire le gouvernement, encore faudrait-il que celui-ci le veuille.Si ce prochain budget contenait la compensation dite d’harmonisation réclamée par Québec, le Bloc québécois serait mal venu de voter contre ce budget.Les conservateurs pourraient aussi conclure une alliance avec le NPD, qui est le parti qui pour l’instant a le plus à perdre dans des élections hâtives.Par contre, Stephen Harper pourrait juger le moment propice pour son parti de déclencher des élections.Après cinq aimées continues au pouvoir, l’électorat pourrait commencer à se fatiguer des conservateurs et vouloir se tourner vers les libéraux.Dans les faits, quoi que dise et fasse l’opposition, il n’y aura ,des élections ce printemps que si Stephen Harper le veut bien.A le voir faire campagne distribuant subventions et contrats, comme il l’a fait cette semaine, on peut le croire tenté.Mais le risque est grand pour son parti.S’il déclenche des élections, c’est pour obtenir un gouvernement majoritaire, car comme il le dit lui-même, si aucune majorité claire ne se dégage du prochain scrutin, libéraux et néodémocrates pourraient former une coalition et lui ravir le pouvoir.Ce serait alors la fin de sa carrière politique.Que lui dictera son instinct?Renversement de Ben Ali La rue l’emporte Serge Truffaut a rue tunisienne a gagné.Dictateur qui régna sans partage pendant 23 ans.Ben Ali a quitté le pays à l’heure des voleurs: la nuit venue et dans la plus grande discrétion.Ce départ dans la précipitation de la part d’un J homme qui avait la maîtrise de tous les rouages de la répression symbolise à lui seul combien le peuple tunisien en général, et la jeunesse en particulier, était habité par une volonté et une seule, que résume fort bien le slogan scandé hier: «Ben Ali, dégage!» Il a dégagé non pas sous la pression d’islamistes ou de militaires qui auraient réalisé un coup d’Etat, mais bien parce que la nation tunisienne était plongée dans une détresse dont le caractère éco-nomique se détache du reste.Dans le temps court de l’histoire, celle-ci a débuté en 2008 W dans le sud du pays.Plus précisément dans les environs de Gafsa, où se concentrent les res-•' ¦ sources minières de la Tunisie.Toujours est-il * que cette région a été le théâtre de mouve- ments sociaux si constants qu’on les a qualifiés de sans équivalent au Maghreb.En emprisonnant des dizaines et des dizaines de militants et de syndicalistes, sans oublier les journalistes qui avaient osé faire leur travail.Ben Ali a nourri la contestation d’une province où le nombre de chômeurs dépasse les 50 %.Ensuite, et après que la crise eut atteint l’Europe, et plus particulièrement la Erance, les revenus inhérents à l’industrie touristique ont fondu comme neige au soleil.Pour panser les plaies d’un secteur qui pèse 7 % du PIB, Ben Ali n’a rien trouvé de mieux que d’opter pour la fuite en avant en accordant des exonérations d’impôts au bénéfice d’entreprises appartenant aux amis du régime.Résultat net?La dette publique pour le seul exercice 2009 a totalisé 5 milliards.Parallèlement à cet essorage financier.Ben Ali a aiguisé davantage l’appétit légitime des Tunisiens pour un changement de régime.Comment?Il a brandi la carte de la privatisation des télécommunications et d’une partie du secteur bancaire à son avantage et à celui de sa belle-famille.Ce faisant, il a renforcé la mainmise de clans qui lui sont acquis, de clans qui ont bénéficié de ses largesses dès le début de sa prise du pouvoir.Il ne manquait plus qu’une hausse marquée des matières premières, et notamment des céréales, pour qu’une rue tenaillée par le désespoir et la faim estime que la seule chose qui lui restait à faire était de se débarrasser de Ben Ali à n’importe quel prix.Elle a gagné.En fait, elle a remporté une manche.Une manche aussi importante qu’historique, mais une manche quand même.Car reste à savoir maintenant ce que le gouvernement qui a été formé à la va-vite dans la journée d’hier va décider.Va-t-il opter pour une révolution dite de velours en promettant l’organisation d’élections libres, la liberté d’expression, l’instauration de l’Etat de droit, ou bien va-t-il gagner du temps pour mieux installer un régime tout simplement moins autoritaire que celui de Ben Ali?Qn pose la question ainsi parce que, contrairement à ce qui a été constaté dans certains pays d’Europe de l’Est, ceux qui détiennent le pouvoir aujourd’hui le partageaient hier avec Ben Ali.Bref, aucune figure en vue de l’opposition n’a été invitée.Ce n’est pas de bon augure.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU , PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO «w 4m Hommage à Marcel Tnidel Le décès de l’éminent historien Marcel Trudel m’a profondément touché.J’ai toujours eu pony cet intellectuel la plus grande admiration.A l’annonce de sa mort, je terminais la lecture de son dernier ouvrage.Mythes et réalités dans l’histoire du Québec (t.5).Ses recherches sur l’esclavage au Canada ont été une révélation pour moi comme pour bien d’autres au Québec.Son Histoire de la Nouvelle-France m’a fait revivre une période fascinante de notre épopée nationale.Je n’avais plus l’impression de lire une «histoire sainte» ou un «martyrologe».Ses Mémoires d’un autre siècle, autobiographie écrite sur un ton plus personnel, m’ont ému et ébloui.Marcel Trudel réunissait à mes yeux les qualités de tout grand chercheur: rigueur scientifique, discipline exigeante de travail, constance et détermination, sens critique poussé, vaste culture, grande indépendance d’esprit et, pour un historien, capacité de faire une relecture intelligente du passé en le dépouillant de ses mjùhes et de ses légendes.M.Trudel a été un grand «dépous-siéreur» de notre histoire.Il appartient à cette génération d’intellectuels qui a osé s’élever contre l’immobilisme ambiant et la censure cléricale afin de donner à notre histoire un visage plus fidèle et plus humain.Sa thèse de doctorat a porté sur l’influence de Vol- LETTRES taire au Canada.Quelle ne fut pas sa stupéfaction d’apprendre (début des années 1940) que toute l’œuvre de cet auteur était à l’Index à l’Université Laval! Malgré les embûches qu’il eut à surmonter, il a su mener son projet à terme.Il aura été au Canada un Voltaire à sa façon, et son influence continuera d’être grande encore longtemps.Jean Delisle Membre de l’Association humaniste du Québec Gatineau, le 14 janvier 2011 C’est bien meilleur en anglais Les mots en anglais (ce ne sont même plus des anglicismes) que M.René Homier-Roy utilise sont tellement nombreux que ça ne vaut même pas la peine de citer un seul exemple.M.Homier-Roy, qui semble ne plus connaître qu’un seul adjectif en français (distrayant) renie complètement son devoir de promotion de la lapgue française.Et qui plus est, à la radio d’Etat, à une heure de très grande écoute et dans une métropole qui s’anglicise à un rjùhme effarant En outre, il encourage de la sorte ses nombreux collaborateurs à faire de même et se félicite chaudement tous les vendredis d’être le pire élève du pauvre «ayatollah de la langue» dont on se moque gentiment.Je suggère donc à M.Homier-Roy, qui semble ne pas avoir de patron, de déménager ses pénates à la CBC, où il pourra continuer à parler «chinois» en toute légitimité tant qu’il le voudra.Charles Vien Verdun, le 11 janvier 2011 Le REER obligatoire Mais quelle est cette idée d’imposer l’épargne chez les citoyens pour leur assurer un REER?Ne payons-nous pas de l’impôt?Avec ce que nous payons et ce que devraient payer les entreprises, l’argent ne manque pas.Tous les citoyens ayant travaillé au moins 35 ans devraient bénéficier d’une pension dignp de ce nom à l’âge de 65 ans payée par l’État.C’est le minimum de la part d’un pays qui se prétend civilisé.Il manque des sous, vous dites?Qh! surprise! Nationalisons.Les banques, les compagnies pharmaceutiques et tous ces monstres qui font des montagnes de profit sans aucun égard pour le bien commun.Abolissons réellement les paradis fiscaux.Et poursuivons au criminel tous ces bandits à cravate (et jupes!) qui fraudent ou déjouent le fisc, qui obtiennent des subventions gouvernementales et déguerpissent dans un autre pays quand leur marge de profit baisse d’un rnillième.Et ce n’est qu’un début.Qn commence quand?Martin Richard Montréal, le 13 janvier 2011 LIBRE OPINION La santé mentale au cœur de la problématique du poids EMILIE DANSEREAU-TRAHAN Chargée de projet à l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) Le début de l’année 2011 a été marqué par la question du poids et des facteurs qui lui sont associés naturellement, soit l’activité physique et l’alimentation.Toutefois, le quotidien Le Devoir a relevé un aspect nouveau en abordant les effets pervers possibles des campagnes de «lutte» contre l’obésité.Les articles parus récemment soulèvent certaines préoccupations que partage l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) et sur lesquelles porte son action.Én effet, l’ASPQ s’intéresse de près aux liens qui existent entre la problématique du poids et la santé mentale puisqu’elles sont intimement liées et qu’elles ont une influence importante l’une sur l’autre.C’est pour cette raison que nous croyons qu’il est temps que les problèmes reliés au poids soient abordés de manière globale, c’est-à-dire en tenant compte non seulement de l’aspect alimentaire et de l’activité physique, mais également de celui du bien-être psychologique.D’ailleurs, cette approche permettrait d’envisager la santé dans son ensemble, tel que défini par Organisation mondiale de la santé (QMS).De nombreux spécialistes établissent aujourd’hui une corrélation entre les problèmes de poids et ceux reliés à la santé mentale, par exemple une faible estime de soi, des troubles anxieux, des troubles du comportement alimentaire tels que l’anorexie et la boulimie, une mauvaise perception de son image corporelle, la dépression, etc.Il semble de plus en plus évident qu’afin de réduire les problèmes reliés au poids que connaissent nombre de nos concitoyens, nous devons nécessairement incliue la san- té mentale dans les campagnes sociales de prévention et de sensibilisation ainsi que toute autre intervention se rapportant à cette problématique.Chez les 12-30 ans, on dénombre au Québec plus de 65 000 cas d’anorexie et de boulimie sévères et quelque 100 000 cas de troubles alimentaires moins sévères.Nous devons également prendre en compte ceux qui, sans souffrir d’un trouble alimentaire spécifique, sont préoccupés quotidiennement par leiu poids, leur alimentation et leiu apparence physique.Les stratégies utilisées en matière de problématique du poids s’inspirent en grande partie du modèle offert par la lutte contre le tabagisme, ce qui explique peut-être l’utilisation fréquente de mots tels que «lutte» et «épidémie».Arrêtons-nous un instant au sens de ces mots.Le mot «lutte» réfère à la guerre, au mal ou à l’eimemi à vaincre, tandis que le mot «épidémie» réfère à la contagion, à la maladie.Ils ont donc tous deux une coimotation négative et, contrairement au cas du tabac, l’image qui nous vient en tête n’est pas celle d’une industrie mais bien celle d’une persoime affichant certaines caractéristiques physiques bien précises.Qu’en est-il des images utilisées pour illustrer la problématique du poids qui, trop souvent, contribuent et consolident la perception collective biaisée que nous avons des personnes ayant un surplus de poids, c’est-à-dire qu’elles sont paresseuses, lâches, qu’elles s’alimentent mal, ne font pas d’exercice, réussissent moins bien au travail, etc.?Les mots choisis et les messages véhiculés doivent prendre en compte cette réalité afin que nos interventions cessent de reiyforcer les croyances et les préjugés.Étant donné le lien entre un surplus de poids et le développement de diverses maladies chroniques, les professioimels de la san- té ont fait le choix de cibler le surplus de poids comme grand coupable dans leius stratégies d’intervention visant à encoiuager les gens à modifier leius habitudes de vie.Toutefois, le poids n’influence pas seulement l’état de santé d’ime persoime, il joue aussi un rôle prépondérant sur la perception qu’une personne a d’elle-même, de sa beauté, de son potentiel de réussite, de sa détermination.Dans la plupart des cas, ce qui entraîne un changement de comportement et une modification des habitudes de vie n’est pas le désir d’être en meilleure santé, mais plutôt celui de bien paraître, de correspondre à un idéal de beauté.A trop vouloir encourager les saines habitudes de vie en ciblant spécifiquement le surplus de poids, il est possible que nos campâmes de sensibilisation de lutte contre l’obésité y soient pour quelque chose.Ainsi, peut-être nuisons-nous davantage à la santé de nos concitoyens puisque, dans les faits, la santé n’est pas mesurable uniquement par l’Indice de masse corporelle, mais également par divers autres facteurs contribuant au bien-être.Tant que nous insisterons sur le fait que nous devons perdre du poids collectivement pour être en meilleure santé et que, pour ce faire, il nous faut manger moins et bouger plus, des méthodes néfastes pour la santé physique et psychologique seront envisagées par ceux et celles souhaitant perdre du poids, tels les régimes, les jeûnes et les produits amaigrissants, voués à l’échec dans 95 % des cas.Manger moins et bouger plus, qu’est-ce que c’est, sinon un régime en soi?Nous devons bien sûr continuer de critiquer l’industrie de l’alimentation et de la publicité, rendre les environnements plus favorables à la santé, mais peut-on envisager ces actions autrement que pour faire maigrir les gens? LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 B 5 IDEES I l té ZOUBEIR SOUISSI REUTERS Le peuple tunisien a montré au monde et surtout au peuple de la région que la démocratie est tout aussi importante que le pain.Héroïque peuple tunisien MONIA MAZIGH Doctorante en finance de la Faculté de gestion de McGill et militante pour les droits de la personne, l’auteure est originaire de la Tunisie n 1984, lors des émeutes du paiu qui out ébraulé le régime essoufflé du Combattaut suprême, Habib Bourguiba, pré-sideut de la Tuuisie de l’époque et «père» de l’iudé-peudauce, le peuple est des-ceudu daus les rues pour réclamer uue meilleure vie éco-uomique.Des voitures out été iuceudiées, des pierres jetées, des vitres fracassées et, bieu sûr, la police avait riposté eu arrêtaut les mauifestauts et eu tiraut des balles.Comme à sou habitude.Bourguiba, eu usaut de sa ruse, avait fait semblaut de tomber des uues et de ue pas savoir que la hausse des prk du paiu, du couscous et des pâtes alimeutaires allait causer autaut de grabuge.Il avait dit se sou-veuir qu’uue fois le maire de Tuuis lui avait ra-couté que les éboueurs preuaieut daus leurs ca-mious des sacs eutiers de paius secs jetés par les méuages.Sa logique iusiuuait que le paiu était tellemeut peu cher qu’ou le jetait à la poubelle.Uue petite apgmeutatiou des prk u’allait causer aucuu mal! A l’époque, Boiuguiba s’eu était rela-tivemeut bieu sorti.Mais il avait fallu trois autres auuées pour qu’il soit déchu par sou propre premier ministre: Zine el-Abidine Ben Ali.Répression sans merci Tout de suite après la prise du pouvoir.Ben Ali a promis toutes les meilleures choses du monde à la population tunisienne, lasse de 30 années de rè^e sans partage de Bourguiba.Il a promis de la justice, de la démocratie, des médias indépen- dants et des élections libres.C’était l’euphorie, on parlait de la Révolution du jasmin, une révolution tellement subtile qu’on se croyait dans un des cafés pittoresques de Tunis, un bouquet de jasmin à la main en train de siroter un verre de thé à la menthe.Mais cette «douce révolution» s’est rapidement transformée en une répression sans merci.Aucun parti politique d’opposition n’y a échappé.Elle a commencé avec les islamistes, puis elle a englobé tous les mouvements de gauche, de droite, nationaliste ou panarabe, pour atteindre les dernières années les journalistes indépendants et les blogueurs.La Tunisie était devenue un Etat policier où une simple référence à la politique coupait coint aux discussions entre amis et même dans les familles.Le «miracle» économique Mais la répression des droits civils et des libertés s’est accompagnée de l’ascension fulgurante d’une nouvelle classe mafieuse proche du pouvoir qui accaparait les richesses du pays et menait une vie extravagante qui contrastait avec la misère de la population et le sentiment d’aliénation et de marginalisation dans lequel plusieurs Tunisiens se sont retrouvés.Personne ne pouvait faire changer d’avis le général, son clan et le parti au pouvoir.Bien au contraire, il est devenu le chouchou de plusiems gouvernements occidentaux.La Tunisie devenait «le miracle économique» à suivre, surtout pour l’Algérie, pays voisin rongé par les problèmes économiques et la guerre civile, et pour la pbye, toujours considérée comme une sorte d’Etat voyou de la région.Les chancelleries occidentales fermaient les yeux sur les prisons engorgées de prisonniers politiques, sin l’usage de la torture, sin la fermeture des sites d’information.Ben Ali est devenu un allié de taille pour les Américains dans la guerre qu’ils mènent contre le terrorisme en Afrique du Nord.Le peuple ne pardonne pas Les Erançais aussi ne voulaient pas trop fâcher leur ami Ben Ali, car après tout, il tenait le pays avec une main de fer, il faisait rouler l’économie, les touristes allemands et français pouvaient venir se faire bronzer sur les belles plages tuni-sieimes en toute tranquillité et sintout à bon marché.Tans pis s’il y a quelque dérapage; entre bons copains, on se pardonne! Mais le peuple ne pardonne pas.Déjà, depuis les trois dernières années écoulées, plusieurs manifestations dans diverses régions éloignées du pays ont commencé à se faire entendre.Mais chaque fois elles étaient étouffées dans le sang et dans le mutisme et l’indifférence des médias gouvernementaux.Il a fallu qu’un jeune homme, chômeur diplômé, de Sidi-Bouzid, une petite ville reculée du centre du pays, s’immole dans un geste de désespoir et meure pour que toute la colère, la misère et le dégoût des Tunisiens se déversent dans les rues du pays.Acculé au pied du mur.Ben Ali s’est enfui.Mais ce n’est pas la fin de l’histoire.Aujomd’hui, le peuple tunisien a accompli un geste héroïque: il a montré au monde et surtout au peuple de la région que la démocratie est tout aussi importante que le pain.Le peuple tunisien n’a pas pris les armes, il a utilisé son courage, les cellulaires et les ordinatems poin mener son combat.Mais ce n’est pas la fin.Le départ de Ben Ali doit être suivi par la formation immédiate d’un gouvernement de coalition de toutes les forces politiques et de la préparation d’élections législatives et présidentielles anticipées.Cette fois, les gouvernements occidentaux ne doivent plus se tromper de bord: le peuple doit venir en premier, tout le reste suivra.L’avilissement de l’Assemblée nationale L YVES MICHAUD Ancien député à l’Assemblée nationale du Québec es dévots de l’avilissement de l’Assemblée nationale du Québec qui m’ont pris pour cible le 14 décembre 2000 en prennent pour leur rhume.Monsieur Paul Bégin, ancien ministre de la Justice, a amené cette semaine 51 députés du Parti québécois, soit 77 % des votants, à exprimer leurs regrets d’avoir voté sous contrainte une motion inique et sans précédent en quatre siècles d’histoire du parlementarisme.Initiative heureuse, qui remet en question la fonction, le rôle et les limites des élus de la souveraineté populaire.Un parlement n’est ni une maternelle, ni un enclos de moutons, ni une machine enregistreuse de l’humeur des chefs de parti.La discipline est parfois nécessaire, mais ne devrait pas être nécessaire tout le temps.Il faut laisser les députés respirer, leur donner un espace de liberté, sans quoi le guignol dont j’ai été l’objet risque de se répéter et, pis encore, compromettre l’une des plus grandes conquêtes du Siècle des lumières, la liberté d’expression.Déchéance d’un parti Monsieur Bégin, grâce à sa persistance, sa ténacité, son sens de la justice et ses talents de plaideur, a réussi l’impossible: convaincre 51 députés du PQ de prendre le chemin de Canossa et de reconnaître leur erreur, voilà un autre précédent, celui-là honorable et digne de passer à l’Histoire.Le fait que pas un seul des députés libéraux de l’époque qui ont participé à mon «exécution parlementaire» (Gaston Deschênes.L’Affaire Mi-chaud.Chronique d’une exécution parlementaire, Septentrion) n’ait exprimé le moindre regret en dit long sur la déchéance d’un parti qui fut jadis honorable.Son chef actuel, ancien ministre conservateur au Parlement du Canada, parrain de la motion scélérate, et son inénarrable ministre de la Justice ne voient rien de répréhensible à traîner un citoyen dans la boue pour des propos imaginaires et inventés.Je suis fier d’avoir été député libéral sous Jean Lesage, tout comme sous René Lévesque.Les temps ont changé.Dommage qu’il n’existe plus un seul juste dans le Parti libéral d’aujourd’hui! Mme Marois, en revanche, tout en reconnaissant que les députés du Parti québécois n’avaient pas été «équitables» à mon endroit, notamment le lait de me condamner sans m’entendre, a demandé au président de l’Assemblée nationale de revoir les règlements sous cet aspect spécifique.C’est une avancée, mais il faudra bien un jour se poser la question fondamentale: l’Assemblée nationale a-t-elle compétence pour se transformer en bourreau et exécuter un citoyen avant que le processus judiciaire l’ait reconnu coupable?Et encore! Je n’ai jamais eu de réponse à cette question, sauf des démêlés judiciaires qui m’ont rappelé la grande vérité de M.de La Eontaine: selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir {Les Animaux malades de la peste).Les héros n’ont pas d’âge A ! Denise Bombardier Il a sept ans, est en deuxième année, il s’appelle Danick Hébert Les cheveux coupés court le regard direct et franc, il a ime bouille de petit garçon qui n’a pas froid aux yeux malgré ime réserve naturelle.Le lendemain du jour de l’An, il est allé se promener sur le lac Saint-Pierre à Trois-Rivières où il habite, accompagné de sa grand-mère et de son cousin Julien, 11 ans.Ce dernier précédait Danick et sa grand-mère.Hélas, la glace a cédé sous son poids.«A l’idée de voir mon cousin dans l’eau jusqu’au cou, j’ai dit: ‘Je ne laisserai pas faire ça.”» Ce sont les paroles exactes de Danick devant la caméra du journaliste venu l’interroger.Le garçonnet n’a écouté que son courage.Il s’est couché de tout son long sur la glace et a tendu son bâton de hockey, sauvant d’une mort certaine son cousin, plus grand et plus gros que lui.On lui décernera bientôt la médaille de la bravoure.Depuis ce temps, il a retrouvé ses jouets et sa classe.Il ne pouvait pas laisser Julien périr dans l’eau glacée du lac, tout simplement.Il aurait pu se mettre à pleurer, s’enfiiir vers la rive devant la glace qui cédait Mais Danick est im héros, ce que son entourage ignorait sans doute.C’est ainsi qu’on reconnaît les héros.Quel que soit leur âge, leurs réflexes et leur instinct freinent la panique et la peur.A sept ans, un petit garçon peut donc faire preuve d’un sang-froid que lui envieraient nombre d’adultes.A le voir à la télévision l’autre soir, sérieux, s’exprimant avec précision, peu impressionné par l’intérêt médiatique à son endroit l’on devine l’homme responsable capable d’affronter l’adversité qu’il deviendra à condition que la vie lui épargne des épreuves insurmontables.Nous avons tendance à chercher des héros inexistants alors qu’on en côtoie au quotidien.Ce sont des personnes qui savent s’oublier pour les aufres.Des gens qui s’occupent des démimis dans l’anonymat et la discrétion.Qn les trouve aussi dans les centres pour personnes âgées, auprès des mourants, des jeunes en détresse.Ils sont bénévoles souvent mais plusieurs ont choisi d’en faire im métier.Pour prendre soin des grands malades grabataires qui nécessitent d’être lavés, nourris, langés, cela implique ime capacité d’alfruisme peu commune.Pour travailler auprès des malades mentaux, il faut vaincre sa propre angoisse devant la contusion humaine.Pour consacrer sa vie aux jeimes en difficulté, parfois violents, souvent injustes et ingrats à cause de la douleur enfouie, il laut appartenir à une race à part L’héroïsme ne doit pas êfre confondu avec le masochisme ou l’inconscience.Risquer sa vie pour un autre n’est pas un chok qui se présente fréquemment Mais c’est le test ultime.Par exemple, le 11 septembre 2001, ce sont des voyageurs héroïques attaquant les terroristes à bord de l’appareil qui ont provoqué l’écrasement à Shanksville, en Pennsylvanie, de leur avion, dont ils avaient compris qu’on le dirigeait vers Washington avec pour cible la Maison-Blanche ou le Capitole.Cet héroïsme-là, rien ne nous y prépare.Et ceux qui ont traversé la Seconde Guerre mondiale en Erance nous ont appris que les vrais résistants étaient souvent des gens de l’ombre, des personnes effacées dont on n’aurait jamais cru qu’elles frissent capables de tant de courage, d’audace et de détermination.«Je ne pouvais pas laisser faire ça», a dit spontanément notre petit Danick.L’héroïsme est sans doute réservé à ceux qui ne se réiigient pas dans le silence lorsqu’on humilie quelqu’im devant leurs yeux, ceux qui s’indignent publiquement devant une injustice comme à l’endroit de confrères de travail.«Je me mêle de mes affaires» est le slogan préféré des pleufres.La voie qui mène à l’héroïsme est désertée par les égocentriques, par ceux qui craignent le jugement des autres, au détriment de l’affirmation de leurs propres principes, par ceux qui suivent le mouvement ou le sens du vent II y a donc des héros de grandes causes (Churchill, de Gaulle) et d’aufres héros, plus nombreux qu’on ne le croit, de causes qu’on qualifierait à tort de petites, car elles sont ano-njrnies.Se sacrifier matériellement et personnellement pour ses enfants sans se plaindre et sans le crier sur les toits pourrait de nos jours s’apparenter à de l’héroïsme.J’ai un ami garagiste prospère qui consacre plusieurs heures par semaine à «bénévoler».Il s’occupe de quelques causes, mais aussi, il disparaît pour une heure ou deux, en plein travail, pour aller faire les courses d’une vieille dame ou accompagner une autre dans une démarche administrative.C’est un aidant naturel au sens fort du terme.Sa disponibilité, généreuse, c’est ce qu’on appelait jadis le don de soi.C’est un de mes héros.Enfin, l’im des morts de la tragédie de Tucson samedi dernier, où le dément dont on voudrait oublier le nom a tué sk personnes et en a blessé treke autres, dont la représentante démocrate Gabrielle Giffords, la cible du tireur, est un refraité de sokan-te-seize ans, Dorwan Stoddard.Afin de protéger sa femme au moment de la fusillade, il s’est jeté sur elle pour la couvrir de son corps.Elle a survécu et n’a reçu qu’une balle dans la jambe.Un héros?«Il n’y a pas de plus grand amour qu,e de donner sa vie pour ceux qu’on aime», nous dit l’Évangile.Dorwan Stoddard de Tucson, Arizona, 76 ans, et Danick Hébert de Trois-Rivières, Québec, 7 ans, sont des frères de courage en partageant ce trait de caractère des vrais héros.L’EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Gerald Dallaire (adjoint au directeur de l’information), Marie-Andree Choumard (éditorialiste, responsable de la page Idees), Marco Belair-Cirmo (general), Jeanne Corriveau (affaires municipales), Fabien Deglise (société) ,Je.an Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), lisa-Marie Gervais (education), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude RiouxSoucy (santé), Philippe Papineau (pupitre) , information politique Michel Dav\A(chroniqueur), Helene Buzzetti et Guillaume Bourgault-Côte (correspondants parlementaires a Ottawa), Antoine Robitaüle et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires a Quebec), Alec Castonguay et Kathleen Levesque (reporters) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Frederique Doyon et Isabelle Pare (reporters), Odile Tremblay (cinema), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l’information), François Desjardms, Eric Desrosiers et Alexandre Shields (reporters), Dominique Reny (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy 'Ta\\[ei&r (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier Perspectives) , Diane Precourt (responsable des pages thématiques), Emilie Eohe-Boivm (pupitre) , Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) , Michel Garneau (caricaturiste) , Andreanne Bedard, Michele Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) , Paul Cauchon et Benoît Munger (responsables du site internet), Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Erappier, Emilie Parent-Bouchard et Etienne Plamondon-Emond (commis internet) , Amehe Gaudreau (secretaire a la redaction), Genevieve Tremblay et Sophy Lambert-Racme (commis a la redaction) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome ({Montreal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Sylvam Gnmard (directeur adjoint) de Büly, Jennifer Boily-Demers, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Stephanie Deziel, Amel Elunam, Véronique Langlois, Sunon Lanoie, Amehe Maltais, Maria M Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Berube (secretaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Sonia Chamberland (en remplacement de Caroline Simard) (responsable service a la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Marie-Lune Houde-Brisebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Celme Euro y, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Page, Monique Proteau B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JANVIER 2011 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Aron critiquerait la «nouvelle droite» québécoise On peut s’inspirer du philosophe, sociologue et auteur pour se demander contre quelle gauche elle prend forme Une fois par mois, Le Devoir propose à des professeurs de philosophie et d’histoire, mais aussi à d’autres passionnés d’idées, d’histoire des idées, de relever le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.Cette semaine, Mathieu Bock-Côté, en se référant à Raymond Aron, fait ressortir des angles morts de cette «nouvelle droite» québécoise, incarnée entre autres par le Réseau Liberté-Québec.MATHIEU BOCK-CÔTÉ Candidat au doctorat en sociologie à l’UQAM, l’auteur vient de signer un chapitre intitulé «La mémoire du duplessisme et la question du conservatisme» dans le collectif Duplessis, son miHeu, son époque (Septentrion, 2010).Depuis quelques mois, la question de la «droite» traverse l’actualité.A gauche, on s’inquiète de sa montée, de sa progression, de son «arrogance».Mais plusieurs semblent confus devant la référence à la droite et à la gauche, surtout dans une société qui ne s’est pas traditionnellement constituée aq-tour de ces pôles idéologiques.À nos yeux, ces notions apparaissent moins confuses une fois que nous les passons au crible de la pensée d’un des plus éminents intellectuels du XXe siècle, Raymond Aron (1905-1983).Près de 30 ans après sa mort, il demeure une figure incontournable.Philosophe de formation, sociologue de profession, auteur d’une œuvre considérable dans le domaine des études stratégiques, Aron s’est pourtant fait connaître davantage à la manière d’un intellectuel libéral dans une Avec la nouvelle droite, c’est la figure même de la collectivité qui s’efface, comme si le bien commun était réductible à la seule agrégation des préférences individuelles époque qui faisait du marxisme son horizon indépassable.Pendant une quarantaine d’années, il examinera patiemment le marxisme et ses variantes.Il les démontera l’une après l’autre.On ne le lui pardonnera pas.Il fut longtemps conspué et plusieurs ont réduit son travail à celui d’un polémiste.Au terme de sa vie, il gagnera pourtant l’estime de ceux qui l’avaient diabolisé.Aujourd’hui, qui préférerait vraiment «avoir tort avec Sartre que raison avec Aron», selon une formule consacrée?Mais si Aron est devenu la béte noire de la gauche, il ne s’associait pas spontanément à la droite.Comme l’a déjà noté Denis Tillinac, «quoi de commun entre un libéral disciple de Hayek, un monarchiste, un conservateur anticlérical, un intégriste catho, un fasciste?Rien.C’est le regard de la gauche qui les jette dans le même sac.Elle discrimine les droitiers respectables et d’autres qui ne le seraient pas.C’est la gauche qui définit les droites et les somme de se positionner sur son échelle de valeurs.» Cette réflexion éclaire le parcours d’Aron.Libéral, il se campera moins à droite qu’il n’y sera repoussé, surtout parce qu’il se sera rendu coupable d’anticommunisme à un moment où la Révolution était l’opium des intellectuels.Il était moins de droite qu’à droite.Sa sensibilité conservatrice ne s’explicitera véritablement qu’après les événements de Mai 68.On peut s’inspirer de l’expérience d’Aron pour interroger la nouvelle droite québécoise en se demandant contre quelle gauche elle prend forme.Cela présuppose toutefois que nous examinions la genèse de la «droite» depuis la Révolution tranquille pour comprendre ce qu’il y a de particulier dans sa renaissance actuelle.Genèse d’une droite moderniste On le sait, la Révolution tranquille, dont il ne s’agit évidemment pas ici de contester la portée fondatrice, s’est malheureusement constituée sur le mythe de la Grande Noirceur qui disqualifiait fondamentalement l’expérience historique canadienne-française.Le régime Duplessis sera présenté comme l’expression politique d’une culture pathologique qu’il fallait moins réformer que liquider.On s’imaginera le Québec comme une page blanche, l’utopie succédant à l’expérience historique comme principe fondateur de la communauté politique.De ce point de vue, le Québec moderne s’est constitué sur la censure du conservatisme.Dès la fin des années 1960, à la suite de la mort de Daniel Johnson, il sera définitivement disqualifié.On présentera ses restants comme l’expression du ressentiment des couches populaires les moins éclairées contre la modernité, quelquefois comme unç idéologie d’importation.À quelques exceptions près, comme la revue L’Analyste, qui cherchera dans les années 1980 à définir un aronisme à la québécoise, le conservatisme ne disposera pas d’expression intellectuelle significative.Cela ne veut pas dire qu’il avait disparu, mais qu’on ne parvenait pas à le reconnaître autrement qu’à la manière d’une pathologie.Un consensus progressiste recouvrira l’espace public québécois, à l’intérieur duquel s’opposeront les grandes options constitutionnelles.Ce n’est qu’après le référendum de 1995, la question nationale entrant à ce moment dans une phase de dépolarisation, qu’une nouvelle droite parviendra à s’installer dans le paysage politique.De nouveaux clivages idéologiques se laissent alors deviner.Le cycle historique de la Révolution tranquille semble s’achever et la question du modèle québécois en vient à recomposer les paramètres du débat public, dans la mesure où on le présente comme son principal héritage socioéconomique, ce qui amène les acteurs sociaux à se positionner à partir de lui, dans la perspective de son maintien, de sa rénovation ou de sa révocation.Comme de fait, c’est d’abord à travers le procès du modèle québécois que s’est exprimée cette nouvelle droite en s’essayant à un bilan de la Révolution tranquille.Elle allait toutefois en formuler une critique particulière.Car loin de plaider pour la réparation de la fracture radicale de 1960 en réhabilitant un certain sens de la continuité historique, la nouvelle droite a plutôt reconduit et radicalisé la censure du conservatisme en accusant la Révolution tranquille d’avoir perpétué une forme de Grande Noirceur «clérico-natio-naliste» sous les traits du modèle québécois.Elle reproche ainsi à la Révolution tranquille de ne pas avoir mené assez loin la modernisation du Québec et accuse ses adversaires de «conservatisme», terme relevant désormais de l’injure politique.La nouvelle droite a pleinement intériorisé le mythe de la Grande Noirceur.En un sens, elle est moins conservatrice que moderniste — «hy-permoderniste» même.Elle ne conteste pas le progressisme de la Révolution tranquille, elle s’en réclame, mais privilégie le marché plutôt que l’État pour faire avancer ses idéaux.D’ailleurs, s’il faut distinguer clairement le «centre droit» gestionnaire à la Erançois Le-gault et la «nouvelle droite» ¥ AGENCE ERANCE-PRESSE Portrait non daté de Raymond Aron (1905-1983).Philosophe de formation, sociologue de profession, auteur d’une œuvre considérable dans le domaine des études stratégiques, Aron s’est pourtant fait connaître davantage à la manière d’un intellectuel libéral dans une époque qui faisait du marxisme son horizon indépassable.Pendant une quarantaine d’années, il examinera patiemment le marxisme et ses variantes.On ne le lui pardonnera pas.Il fut longtemps conspué et plusieurs ont réduit son travail à celui d’un polémiste.qui émerge à Québec, on notera que les deux partagent un même refus du conservatisme.Le premier parle exclusivement le langage de l’efficacité technocratique, la deuxième, celui de la liberté.Aucun des deux ne se dérobe à l’idéal d’une pleine rationalisation de l’ordre social.On le reconnaît notamment dans leur commune centration sur les questions économiques.C’est évidemment cette intériorisation de l’imaginaire de la Grande Noirceur qui complique profondément la réconciliation éventuelle de la nouvelle droite avec un certain conservatisme culturel (à distinguer bien évidemment du conservatisme moral à l’anglo-saxonne), qui demeure la perspective manquante dans le débat politique québécois, malgré le fait qu’elle permettrait le mieux d’éclairer l’angle mort de notre hypermodernité et d’en formuler la critique la plus féconde.Un libéralisme.conservateur ?C’est ici que le libéralisme conservateur subtilement équilibré d’Aron est susceptible de révéler les limites de la nouvelle droite.Car l’hypermodernité est contradictoire avec la société libérale.Pour Aron, un certain conservatisme culturel attaché aux valeurs de fond de la civilisation occidentale n’était pas la propriété exclusive des «réactionnaires».Il développera les aspects conservateurs de sa pensée dans la suite de Mai 68, qui avait suscité chez lui une «indignation» «dépass[?ini\ toutes les indignations éprouvées dans [sonl existence».Aron craignait, avec raison, que la dynamique idéologique anarchisan-te et libertaire déclenchée par Mai 68 n’entraîne une érosion du substrat éthique et culturel indispensable à la démocratie libérale.Dans ce contexte, Aron développera une réflexion sur les conditions culturelles nécessaires au maintien d’une société libérale ordonnée.Ainsi, il écrivait que «l’ordre libéral, on l’oublie trop souvent, repose sur le respect de la loi et des autorités respectables».Aron avouait sa crainte d’une «décomposition diffuse de l’ordre libéral» ainsi que de la compromission «de certaines valeurs précaires et précieuses, plus faciles à détruire qu’à reconstituer».Surtout, il se demandait si «l’effondrement de l’autorité ^’[étaitl pas la vraie et seule “crise de civilisation”».La liberté politique ne tient pas dans un vide moral et culturel, à moins de consentir à l’avachissement civique dont les sociétés occidentales donnent au- }¦ ROPE >ENrE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Mathieu Bock-Côté: «À la lumière de la philosophie politique aronienne, on constate que la nouvelle droite, parce qu’elle reconduit la censure du conservatisme, entretient pour l’instant une conception appauvrie du lien social.» jourd’hui le désolant spectacle.De ce point de vue, la nouvelle droite révèle ses limites en se situant presque exclusivement dans le créneau de la «liberté» tout en délestant celui de la culture et de l’autorité.Au nom d’un individualisme exacerbé à tendance libertaire, elle tend même à flirter avec une forme de relativisme moral et semble avoir pleinement intériorisé l’expression la plus radicale de l’idéologie de l’émancipation formulée par la new left des années 1970.Parce qu’elle fait de l’émancipation de l’individu avec son «droit de choisir» le seul horizon de son action politique, la nouvelle droite croit concurrencer la gauche dans le registre du progressisme.La chose n’est pas sans conséquence.Ainsi, si la nouvelle droite fait le procès du syndicalisme enseignant, on l’entend moins critiquer l’enraiement de la transmission de la culture entraînée par un pé-dagogisme qui discrédite l’autorité du savoir et de l’institution scolaire.De la même manière, la nouvelle droite fustige souvent la loi 101 et souhaite délivrer l’individu des contraintes du «collectivisme linguistique» tout en rêvant à son émancipation par l’anglais dans le grand marché nord-américain; comme si l’appartenance à la culture québécoise était un fardeau.C’est la figure même de la collectivité qui s’efface, comme si le bien commun était réductible à la seule agrégation des préférences individuelles.On peut reconnaître dans ces positions autant d’indices de l’adhésion de la nouvelle droite à l’hypermodernité.Mais cela vient peut-être aussi du fait qu’elle semble en lutte contre une vision caricaturale de la gauche, réduite à la figure d’une bureaucratie appuyée sur de puissantes alliances syndicales.Il ne s’agit évidemment pas de dédaigner l’indispensable réflexion sur les conditions de la prospérité, mais de voir que la politique ne saurait s’y limiter.Si la bureaucratisation de la société ne fait aucun doute, il faudrait reconnaître qu’elle ne pose pas seulement le problème d’une croissance économique contrariée, mais aussi celui d’un dévoiement de la démocratie, désubstantialisée par la technocratisation et la judiciarisation du politique.Si Raymond Aron analysait le discours de la nouvelle droite, il l’inviterait probablement à raffiner son interprétation de la gauche en lisant ses intellectuels pour savoir quelle société elle nous prépare et pas seulement les comptes publics qu’elle nous laisse.Car ce n’est plus seulement la social-démocratie dans sa forme classique qui pose problème, mais surtout sa mutation thérapeutique, libertaire et multiculturelle.D’ailleurs, la question de la «diversité» sera probablement au XXIe siècle pour le clivage gauche-droite ce qu’a été la question de l’égalité socioéconomique dans la plus grande partie du XXe.La question nationale Sans surprise, le libéralisme conservateur d’Aron s’accompagnait d’une vision exigeante du politique, dont il ne sous-estimait pas la charge existentielle.La chose a souvent été mentionnée, Aron n’était pas étranger au patriotisme, qu’il considérait comme un Revoir civique, même moral.A la lumière de la philosophie politique aronienne, on peut se questionner sur le rapport entretenu par la nouvelle droite avec la question nationale.Aron inviterait probablement la nouvelle droite à ne pas se laisser illusionner par le discours comptable des «vraies affaires».La question nationale, qui ne s’épuise pas, comme elle semble le croire, dans le décompte fictif des OUI et des NON, exprime politiquement la condition historique québécoise et son rapport à la liberté politique.Quoi qu’elle en pense actuellement, la nouvelle droite devra finir par reconnaître la nature fondamentalement problématique de la relation Canada-Québec.Elle devrait même respecter, à défaut de la partager, l’idée d’indépendance, qui ne saurait être réduite à la caricature qu’en propose trop souvent le souverainisme officiel.Dans cette même perspective, la nouvelle droite pourrait contribuer à redéfinir partiellement le nationalisme québécois à la manière d’un patriotisme occidental, pour répondre à ce qu’on appelle de plus en plus souvent la question identitaire.Elle formulerait ainsi sa propre critique du multiculturalisme en plaidant pour le réinvestissement de son substrat occidental dans l’identité québécoise.Évidemment, cela présuppose encore une fois qu’elle se déprenne de la mystique de la Grande Noirceur.Perspectives A la lumière de la philosophie politique aronienne, on constate que la nouvelle droite, parce qu’elle reconduit la censure du conservatisme, entretient pour l’instant une conception appauvrie du lien social.Ce n’est qu’en révoquant cette censure qu’elle pourrait véritablement contribuer au renouvellement du débat public en posant un regard critique sur l’hyper-modernité québécoise.Surtout, la nouvelle droite aurait avantage à ne pas se laisser séduire par un individualisme dé-culturé et dépolitisé.La figure de l’individu ne doit pas déchoir dans celle du consommateur mais se compléter par celle d’un citoyen assumant sa participation à une communauté historico-poli-tique.C’est peut-être moins d’une «droite décomplexée» qu’a besoin le Québec que d’un conservatisme de refondation.Suggestions, commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d’histoire: www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo.
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