Le devoir, 1 février 2011, Cahier A
www.ledevoir.com ^ Le Devoir Vol.CII N°20 ?LE MARDI l^^FEVRIER 2011 1,09$+ TAXES = 1,25 téléphonie Les villes se mobilisent contre l’invasion des antennes JEANNE CORRIVEAU Elles sont partout: sur les immeubles, les poteaux électriques et certains terrains vagues.Ou habilement dissimulées dans les infrastructures existantes, comme les clochers d’église.La prolifération des antennes de télécommunications exaspère les villes qui en ont assez de jouer un rôle de figuration dans ce dossier de compétence fédérale.Une situation qui n’est pas sans rappeler l’épineux dossier des gaz de schiste.«C’est plus difficile pour un citoyen de construire un cabanon dans sa cour que pour une compagnie de téléphonie mobile de ganter une antenne dans une municipalité», résume la mairesse de Châteauguay, Nathalie Simon.Depuis 2008, Châteauguay tente d’empêcher la compagnie Rogers d’installer une antenne de 35 mètres à proximité d’un quartier résidentiel.Elle a même engagé des procédures d’expropriation pour offrir à l’entreprise un terrain en zone industrielle.Peine perdue puisque Rogers n’en a pas voulu, et l’affaire est maintenant devant les tribunaux.«Le même problème a été soulevé avec les gaz de schiste.On a très peu de recours [.]» VOIR PAGE A 8: ANTENNES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les antennes de téléphonie mobile se multiplient sans que les villes aient leur mot à dire.MEDIAS Une petite entreprise est passée de 5 à 40 employés pour aider des journaux en conflit de travail ¦ À lire en page A 3 JACQUES NADEAU LE DEVOIR CONTRAT DU MÉTRO Andr Khadir n’est pas tendre à l’endroit de Lucien Bouchard Bilan de Québec solidaire après 5 ans ¦ À lire en page A 3, avec la chronique de Michel David INDEX Annonces.B 4 Avis publics.B 6 CulUu-e.B 8 Décès.B 4 Économie .B 3 Éditorial.A 6 Idées .A 7 Météo.B 8 Monde.B 5 Mots croisés.B 3 Sudoku.B 6 Télévision.B 7 / r SUHAIB SALEM REUTERS Au Caire, les manifestants égyptiens ne faiblissent toujours pas devant les militaires qui, hier, ont dit considérer les demandes du peuple comme «légitimes».La révolte égyptienne L’armée ne tirera pas L’opposition organise aujourd’hui les plus grandes manifestations depuis le début de la crise % MOHAMMED ABED AGENCE ERANCE-PRESSE Mohamed el-Baradei, Prix Nobel de la Paix 20,05, photographié parmi la foule vendredi dernier, au Caire, Le diplomate était arrivé la veille en Égypte pour «jouer un rôle» dans une transition de son pays vers la démocratie.^ Le diplomate qui vient du froid Mohamed el-Baradei est devenu une figure incontournable du soulèvement en Égypte «Nous n’avons pas peur des soldats, nous leur faisons confiance, ils nous protègent contre les policiers», dit un ingénieur CLAUDE LEVESQUE La pseudostabilité basée sur la répression constitue une bombe à retardement dangereusement proche d’exploser.» C’est, Mohamed el-Baradei, un des Égyptiens les plus connus dans le monde, qui a écrit ces mots le 27 décembre, il y a donc un peu plus d’un mois, dans une tribune destinée à quelques grands médias occidentaux.S’il est difficile de mesurer la popularité du Prix Nobel de la paix 2005 dans son pays, cette phrase prophétique donne en tout cas une bonne idée de son sens politique, que l’on devine aigu.Aujourd’hui, le nom de Mo- hamed el-Barqdeï est sur toutes les lèvres en Égypte, et son visage apparaît sur les écrans de télévision du monde entier.On l’a vu, mégaphone en main, haranguant la foule place El-Baradei est favorable aux de rue parce que, soutient-moyens ont tous échoué Tahrir, au Caire.Il est devenu le principal visage d’une révolution qui fédère pour le moment les différentes tendances d’une opposition historiquement très divisée.Bien qu’il incarne surtout la mouvance laïque, ou une partie de celle-ci, les Frères musulmans parlent aujourd’hui de s’allier avec lui pour précipiter le dé- part du président Moubarak.Après quelques jours d’hésitation, Mohamed el-Baradei, qui a passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis et,en Europe, est retourné en Égypte jeudi dernier.manifestations il, les autres se disant prêt à «jouer un rôle» dans une transition de son pays vers la démocratie.C’était en réalité un deuxième retour au bercail pour cet avocat de formation et diplomate de carrière.Il avait fait un premier retour remarqué en février 2010, après avoir dirigé pendant douze ans l’Agence internationale de l’énergie VOIR PAGE A 8: EL-BARADEI MELISSA GUILLEMETTE L?armée égyptienne a annoncé ses couleurs: elle n’ouvrira pas le feu sur les manifestants qui protestent pacifiquement, car les demandes du peuple sont «légitimes», ont déclaré hier les militaires, à la veille de ce qui pourrait être la plus grande journée de manifestation.Le mouvement d’opposition l’appelle la «marche du million».Un appel à la grève générale lancé hier pourrait réunir aujourd’hui des centaines de milliers de personnes à Alexandrie et au Caire.Une semaine après le début du soulèvement populaire contre le régime du président Hosni Moubarak, en poste depuis 30 ans, le mouvement ne semble pas s’essouffler.Encore hier, des milliers de personnes de tous les âges se sont massées sur la place de la Libération, ce petit carré du Caire devenu le point de ralliement des protestataires, 24 heures sur 24.«Des gens vont dormir chez eux, d’autres restent ici, il y a du mouvement, mais nous ne quittons pas la place», a expliqué Mohamed Fahmi, un militant rencontré par l’AFP au Caire.Plusieurs Égyptiens, dont l’opposant Mohamed el-Baradei, avaient demandé le soutien des militaires, alors que les tanks circulent dans les rues depuis vendredi.Les militaires ont indiqué hier que la «liberté d’expression par des moyens pacifiques est garantie pour tout le monde».Il s’agit donc d’un appui mesuré de l’armée: elle ne s’engage qu’â ne pas tirer sur des personnes innocentes, point â la ligne.Mais les manifestants sont confiants.«L’armée a toujours été avec le peuple: en 1881 lors de la révolte d’Urabi Pacha contre les Anglais, en 1952 avec la révolte des officiers libres de Nasser, et aujourd’hui, explique Mohamed Mahmoud, un ingénieur que l’AFP a aussi rencontré hier.Nous n’avons pas peur des soldats, nous leur faisons confiance, ils nous protègent contre les policiers.» VOIR PAGE A 8: ARMÉE ¦ Les éditoriaux de Serge Truffaut et de Josée Boileau, page A 6 ¦ L’armée et le régime Moubarak: l’heure de vérité, page A 7 ¦ Confusion et évacuation pour les Canadiens, page A 8 ¦ Les banques ferment, les touristes fuient, page B 1 ¦ En Israël, Nétanyahou dit craindre un nouvel Iran, page B 5 77831302830006 A 2 LE DEVOIR LE MARDI I“EEVRIER 2011 ACTUALITES Libération conditionnelle : Dnceppe propose une solution rapide à Harper HELENE BUZZETTI Ottawa — On saura au cours des prochains jours si les hauts cris lancés par le gouvernement conservateur à propos d’un système carcéral trop clément sont sincères ou au contraire visent à se hâtir du capital politique.Le Bloc québécois a offert son appui pour faire adopter à toute vitesse un projet de loi abolissant la libération conditionnelle au sixième de la peine comme celle dont a bénébcié le fraudeur Vincent Lacroix.Le chef du Bloc québécois, Gilles Dnceppe, a probté de la rentrée parlementaire hier pour aller s’asseoir à côté du premier ministre Stephen Harper juste avant que la période de questions ne se termine.11 propose son appui si les conservateurs font sien le projet de loi bloquis-te C-434 abolissant la remise en liberté aux criminels non violents ayant purgé le sixième de leur peine (ou au moins six mois).Le premier ministre n’aurait ni accepté ni décliné l’offre.11 aurait plutôt dit qu’il allait lui en reparler sous peu.Le Bloc québécois a déposé ce projet de loi en septembre 2009.Le gouvernement n’en veut pas.11 défend plutôt le sien, le C-39, qui va beaucoup plus MATHIEU BELANGER REUTERS Gilles Duceppe propose son appui si les conservateurs font leur le projet de loi bloquiste C-434 abolissant la remise en liberté des criminels non violents ayant purgé le sixième de leur peine.loin dans le resserrement des règles entourant la remise en liberté des prisonniers.Ce projet de loi gouvernemental est toujours à l’étude, notamment parce que la prorogation de 2009 lui a fait recommencer son cheminement parlementaire à zéro.La prorogation ne concerne pas les projets de loi privés (dont ceux de l’opposition).Ce que propose M.Duceppe, c’est que le gouvernement prenne à son compte ce projet de loi C-434 et le fasse adopter plus vite.11 permettra d’éviter d’autres remises en liberté hâtives, estime M.Duceppe, notamment celle d’Earl Jones, un autre fraudeur qui sera admissible à une libération hâtive d’ici un an.«On pourrait régler cette ques-tion-là, on aurait pu la régler, et Lacroix ne serait pas sorti, estime M.Duceppe.A comprends mal.Je pense qu’il faut s’élever à un niveau plus haut que la simple ligne partisane, à savoir qui a obtenu l’élimination du sixième de la peine.» D’où cette offre de lui remettre son projet de loi sans chercher une recon- naissance publique.«C’est pas le poids des médailles qui m’importe.C’est le degré de justice qu’il y a dans la société.» La semaine dernière, Vincent Lacroix a été placé en semi-liber-té après avoir passé près de 15 mois derrière les barreaux.11 avait reçu une peine de 13 ans de pénitencier, piais a tiré probt de cette règle.A ce momeuL le porte-parole du ministre de la Sécurité publique.Vie Toews, avait déploré cette remise en liberté.«La libération des fraudeurs sérieux au sixième de leur peine est un affront à l’intégrité du système criminel canadien», avait dit Christopher McCluskey.M.McCluskey a expliqué hier que le projet de loi gouvernemental était «supérieur» à celui du Bloc «parce qu’il s’attaque autant à la semi-liberté qu’au processus accéléré de remise en liberté».Le bureau de M.Harper n’a pas indiqué comment il entendait répondre à la proposition bloquiste.Le Bloc rétorque que son projet de loi pourra s’appliquer aux prisonniers en attente de leur libération alors que le projet de loi du gouvernement exclut spécifiquement toute personne condamnée avant l’adoption de la loi.Le Devoir Rentrée parlementaire Ottawa vante son bilan en emploi HELENE BUZZETTI Ottawa — Le gouvernement conservateur a donné le coup d’envoi de la session parlementaire hivernale hier en se vantant d’avoir contribué à la création de 400 000 emplois au Canada avec son plan de relance de l’économie.Mais il n’a pas réussi à faire taire le débat sur la pertinence d’accorder des réductions d’impôt aux entreprises en période de débeit.Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a présenté à Toronto son septième rapport sur le plan d’action économique du gouvernement alors que s’ouvrait le Parlement à Ottawa.11 y soutient que 26 000 projets d’inirastructu-re ont été entamés ou terminés en vertu du plan d’action économique.Le gouvernement va même jusqu’à laisser entendre que son plan de lutte contre la récession a permis la création de près de 400 000 emplois, «dont 90 % constituent des emplois de qualité dans des secteurs où la rémunération est élevée».En fait, selon Statistique Canada, le Canada a perdu 428 000 emplois en 2008-2009 et n’en a récupéré que 398 000 depuis.C’est donc laisser en- SIMON EN TRAIN D’ÉPARGNER.L’ESPRIT TRANQUILLE EPARGNE VOTRE PLACEMENTS QUEBEC A100% 1 800 463-5229 | www.epq.gouv.qc.ca BONI DE 1% la première année pour les nouveaux fonds REER, FERR, CRI et FRV Ouvert du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h, et les samedis de février, de 10 h à 16 h.Épargne Placements I E9 ES Québec es es tendre que tous les emplois créés au cours des deux dernières années sont entièrement et exclusivement la conséquence du plan de relance de 48 milliards de dollars d’Ottawa.Le Parti libéral, lui, s’en est pris une fois de plus à la réduction, de 18 % à 16,5 %, du taux d’imposition des entreprises.«Ce gouvernement accorde des cadeaux fiscaux à des entreprises affichant déjà des profits alors que les familles canadiennes aimeraient pouvoir offrir de l’éducation post-secondaire à leurs enfants et s’occuper de leurs parents à domicile.Les priorités de ce gouvernement ne reflètent pas celles de la population», a lancé Michael Ignatieff en Chambre.Le gouvernement a rétorqué avec un nouvel argument: le report de la baisse d’impôt des entreprises aurait un impact négatif sur 110 000 d’entre elles au pays.Le Bloc québécois appuie ces baisses dans la mesure où elles s’appliquent aux petites et moyennes entreprises seulement.Le Bloc estime que ces entreprises ont besoin d’un répit puisque la force du dollar canadien a nui à leurs exportations.Le passage du prochain bud-gef prévu pour mars, n’est toujours pas assuré.Le premier ministre Stephen Harper n’a encore contacté aucun des chefs de l’opposition pour tenter d’obtenir leur appui.Une rumeur laisse entendre que le gouvernement pourrait annuler la TPS sur les factures de chauffage des particuliers, une mesure qui cadre avec les priorités que s’est données le NPD de Jack Layton.Le bureau de M.Harper assure par ailleurs qu’il ne fera rien pour tenter de provoquer une élection.«Nous n’avons aucune intention de considérer comme un vote de confiance une mesure qui ne le serait pas traditionnellement», a assuré le directeur des communications de M.Harper, Dimitri Soudas.Le Devoir Lacerte se défend de troubler l’ordre public BRIAN MYLES Pierre Lacerte a donné du bl à retordre à la Couronne, hier.Le citoyen d’Outremont s’est débattu avec pugnacité pour éviter une ordonnance préventive lui intimant de ne pas troubler l’ordre public.M.Lacerte est une figure bien connue à Outremont.Depuis 2007, il a régulièrement photographié un leader de la communauté hassidique, Michael Rqsenberg, et son fils, Martin.A tel point que les deux hommes se sont sends harcelés.Chaque fois qu’il voit quelqu’un garer sa voiture en double file dans la rue Hutchinson, ou chaque fois qu’il est témoin de travaux non autorisés à la synagogue fréquentée par les Rosenberg, en face de chez lui, Pierre Lacerte sort son appareil photo.M.Lacerte a comparé son appareil à un Colt qu’il porte à la hanche.11 l’exhibait fièrement devant la juge Manon Ouimet.«Je m’habille le matin, et c’est la deuxième chose que je mets», a-t-il expliqué lors de son contre-interrogatoire.Depuis qu’il a lancé son blogue, le 2 décembre 2007, Pierre Lacerte a posté de nombreux commentaires et photos mettant les Rosenberg en cause dans une série d’infractions alléguées aux règlements municipaux, dont ces fameux stationnements en double ble dans la ruç Hutchinson.A l’instigation de M.Rosenberg, la Couronne cherche à obtenir une ordonnance préventive contre Lacerte, en vertu de l’arbcle 810 du Code criminel.Si la demande est accueillie, le citoyen inquisiteur ne pourra plus s’approcher des Rosenberg.Son procès devrait se terminer au printemps.Le Devoir LE DEVOIR, LE MARDI I“EEVRIER 2011 A 3 ACTUALITES Cinq ans après Michel David Quand Léger Marketing a inscrit le nom de Québec solidaire sur son questionnaire en avril 2006, le nouveau parti recueillait 8 % des intentions de vote.Lors du sondage de janvier dernier, le chiffre était de 10 %.De passage au Devoir hier, à l’occasion du cinquième anniversaire de la fondation de QS, Françoise David reconnaissait avoir soqs-estimé la difficulté de créer un nouveau parti.À plus forte raison un parti de gauche, terreau de division particulièrement fertile.Certes, ce n’est pas demain la veille que QS sera appelé à former un gouvernement, mais une progression aussi lente n’a rien d’exceptionnel.Cinq ans après sa fondation, l’ADQ était toujours à.10 %.En réalité, le plus étonnant est peut-être que QS ait survécu si longtemps.Qn n’avait jamais vu un parti avec deux chefs.Lors du congrès de fondation, les militants avaient même été incapables de s’entendre sur un logo.Le prétendu «virage à droite» du PQ qu’évoquaient les fondateurs de QS n’a pas provoqué l’hémorragie que prophétisaient certains.Malgré le retrait du statut spécial qui lui avait été reconnu au congrès de juin 2005, les sociaux-démocrates «purs et durs» du SPQ Libre sont restés au PQ.Il est vrai que ce virage relève davantage du discours.Si le PQ est plus intransigeant sur l’élimination du déficit, c’est moins pour des raisons idéologiques que par crainte d’en hériter.Mme Marois aime bien parler de «création de richesse», mais la «proposition principale» qu’elle voudrait voir enchâssée dans le programme prévoit surtout sa redistribution.Rien ne permet de croire qu’un gouvernement; péquiste remettrait sérieusement en question l’Etat-Providence.QS a d’ailleurs contribué de façon non négligeable à freiner le recentrage du PQ.Après la défaite désastreuse de mars 2007, plusieurs étaient d’avis que la priorité devait être de récupérer les électeurs perdus à l’ADQ.Sans la crainte de voir les éléments plus progressistes chercher refuge à QS, Mme Marois aurait sans doute été plus sensible aux préoccupations de Joseph Facal ou de François Legault.Amir Khadir s’emporte quand on évoque l’hypothèse que les électeurs de gauche, même déçus du PQ, pourraient trouver que le plus urgent est de se débarrasser des libéraux.Une telle attitude témoigne «d’ambitions médiocres pour le Québec», dit-il.L’idée qu’un vote pour QS soit un vote pour les libéraux est certainement déplaisante, mais Françoise David a elle-même rappelé cette vieille maxime de Mao: il faut toujours «faire l’analyse concrète d’une situation concrète».Et entre deux maux.Soit, QS est aussi un parti souverainiste, mais qui peut sérieusement croire qu’il est plus susceptible de réaliser l’indépendance que le PQ?La «gouvernance souverainiste» de Pauline Marois en laisse plusieurs sceptiques, mais le pouvoir demeure une condition sine qua non.Tant qu’un élément de proportionnel ne sera pas introduit dans le système, QS ne peut espérer faire une percée significative à l’Assemblée nationale, et la réforme du mode de scrutin n’intéresse plus qu’une poignée de spécialistes ou d’activistes.Qn assure que 60 % des membres de QS sont de l’extérieur de Montréal, mais ses chances de faire élire un député ailleurs au Québec dans un avenir prévisible sont infimes.Mme David se dit ouverte à des alliances électorales.Le problème est que les rares circonscriptions où QS aurait peut-être une chance de faire un gain, par exemple Gouin, sont détenues par le PQ.L’utilité de QS pour la société québécoise est sans commune mesure avec son poids électoral.Aussi bien le PLQ que le PQ demeurent voués au maintien du modèle hérité de la Révolution tranquille, malgré les efforts de Jean Charest pour s’en affranchir.Il est bon de vérifier périodiquement si certaines idées sont toujours valables.Au cours des dernières années, les propositions faites paf l’ADQ ont indéniablement enrichi le débat.À l’ère de la mondialisation, QS apporte un éclairage de gauche tout aussi indispensable.Que le seul député de QS soit aussi le préféré des Québécois n’est pas fortuit.Contrairement à Pierre Curzi, à Marguerite Blais ou à Gérard Del-tell, Amir Khadir ne doit pas sa popularité à une carrière antérieure, pour ne pas dire télévisuelle, mais uniquement à son action politique.Quand il a enguirlandé l’ancien président de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau, en commission parlementaire, il a dit tout haut ce que la population pensait tout bas, mais qu’aucun autre élu n’osait dire.Cet homme-là venait de perdre 40 milliards et personne ne semblait s’en indigner.Le député de Mercier est le seul à dénoncer l’exportation de l’amiante québécois dans les pays du tiers monde, où il n’existe aucun contrôle sur son utilisation.C’est facile quand on n’a aucun intérêt électoral à défendre, diront certains.Précisémenf personne ne soupçonne M.Khadir d’être motivé par autre chose que l’intérêt public, que ce soit au Québec, en Inde ou en Palestine.Cela n’interdit pas nécessairement les erreurs, mais cela inspire confiance.mdavid@ledevoir.corn Québec solidaire en rencontre éditoriale au Devoir Métro : Khadir s’en prend à Lucien Bouchard Françoise David représentera le parti de gauche lors du prochain débat des chefs Québec solidaire célébrera ses cinq ans d’existence le 4 février.Le Devoir a rencontré hier ses deux porte-parole, Françoise David et Amir Khadir.ANTOINE ROBITAILLE «L: ucien Bouchard est soit un incompétent, soit un menteur», pestait Amir Khadir hier, en rencontre éditoriale avec Le Devoir, à l’occasion du cinquième anniversaire de la fondation du parti de gaqche Québec solidaire (QS).À ses côtés, visiblement mal à l’aise, Françoise David grimace et ne comprend pas la charge à laquelle vient de se livrer son camarade.M.Khadir s’explique: à titre de négociateur pour la Société de transport de Montréal, M.Bouchard est venu à Québec, début octobre 2010, pour convaincre les élus de l’opposition d’appuyer le gouvernement Charest qui voulait s’entendre de gré à gré avec le consortium Bombardier-Al-stom pour le remplacemept de la flotte vieillissante du métro.À l’issue de cette rencontre, les oppositions ont accepté le projet de loi express donnant le droit au gouvernement de procéder de gré à gré.Or l’ancien premier ministre, soutient M.Khadir, les a mal informés ou était mal informé.L’évaluation du coût de chaque wagon présentée par M.Bouchard, 2,64 millions, ne comprenait pas d’autres coûts connexes détaillés par la suite comme la transformation des ateliers d’entretien, l’achat d’outillage spécialisé, etc.«On nous a bernés, une partie des coûts est cachée», se plaint M.Khadir.Il aurait été mieux de faire jouer le jeu de la concurrence, croit-il maintenant: «Pourquoi, à chaque fois que la concurrence peut être bénéfique au public, les mêmes gens qui en font toujours l’éloge la tuent?» Le verbe cinglant Les sorties d’Amir Khadir sont devenues la marque de commerce de QS, une fusion de petits partis de m JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les deux porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir et Françoise David.Le parti a un peu progressé dans les intentions de vote, passant de 5 % à 10 %, mais n’a «pas atteint son plein potentiel», estime Mme David.gauche consommée le 4 février 2006.Le «chef» de l’aile parlementaire QS, l’unique élu depuis 2008, s’est même personnellement hissé en haut du palmarès des hommes politiques les plus populaires.Il a lancé des chaussures contre une image de George Bush, expédié quelques missiles verbaux à Henri-Paul Rousseau, ex-p.-d.g de la Caisse de dépôt (CDP).Et aujourd’hui, en commission parlementaire, il dira ses quatre vérités à Pierre Karl Péladeau, paùon de Québécor, pour plaider contre un resserrement de la loi anti-briseurs de grève.«Je lui rappellerai qu’il doit une bonne partie de sa fortune à l’intervention de l’Etat, donc du modèle québécois», lance M.Khadir (qui arbore un macaron «Boycottons Le Journal de Montréal») en référence à l’investissement que la CDP a effectué en 2002 pour permettre à Québécor d’avaler Videotron.À un moment de l’interview, la co-porte-parole et chef «extraparlementaire» Françoise David somme Amir Khadir de se taire: «C’est un parti féministe, laisse-moi répondre», lance-t-elle, restant souriante.C’est d’ailleurs elle qui représentera ce parti féministe lors du prochain débat des chefs, annonce-t-elle, après avoir dit que le parti commençait déjà à se mettre en mode électoral en vue d’un éventuel appel aux urnes en 2012 ou 2013.Bien qu’elle ait trouvé exténuante l’expérience de fonder un parti, elle sera donc candidate de nouveau, mais elle refuse de dire si ce sera encore dans Gouin comme en 2007 et 2008.Quelques déceptions au bilan: le parti n’a pas encore 6000 membres, soit moins que les 10 000 qu’elle rêvait de regrouper pour 2010.De même, la soixantaine d’organisations de comté existantes sont en deçà de la centaine projetée.Le parti a un peu progressé dans les intentions de vote, passant de 5 % à 10 %, mais n’a «pas atteint son plein potentiel», estime Mme David.QS n’ambitionne pas de prendre le pouvoir, mais pourrait bien compter «plusieurs députés» en 2013, et même former l’opposition officielle» vers 2018, affirme-t-elle.Mme David se dit «fière» à plusieurs égards.QS n’a pas été qu’un parti de «protestation», mais aussi de «proposition»-, l’idée de créer Pharma-Québec et Eole-Québec, par exemple.Peuplé de gens issus du monde communautaire et provenant à 60 % des régions, il a évité le «dogmatisme» des anciennes gauches, estime Mme David, une ex-marxiste-léniniste qui ose toutefois citer «le vieux Mao» pour appuyer ses dires: «Il faut faire l’analyse concrète d’une situation concrète.» Le Devoir Commission parlementaire sur le Code du travail Une plainte lève le voile sur rutilisation présumée de briseurs de grève dans deux quotidiens Les audiences de la commission parlementaire sur l’opportunité de réviser le Code du travail et ses dispositions anti-hriseurs de grève débutent ce matin, à Québec.Un jugement d’un tribunal administratif obtenu par Le Devoir révèle des surprises chez les sous-traitants présumés de Québécor.STEPHANE BAILLARGEON Une information peut en cacher une autre.En déposant une plainte pour congédiement illégal devant la Commission des relations du travail (CRT), une ancienne employée d’une firme de marketing et de communication a levé involontairement le voile sur l’ampleur probable des recours à des «employés de substitution» (un euphémisme patronal) dans les conflits successifs au Journal de Québec et au Journal de Montréal.Dans le premier cas, en 2007 et 2008, la petite entreprise contractuelle Côté Tonie inc.de Québec, qui comptait jusqu’alors cinq ou six employés, a embauché jusqu’à une quarantaine de salariés et pigistes pour réaliser les petites annonces du journal.Dans le second cas, à partir de 2009, les infographistes de la même compagnie ont collaboré, et collaborent peut-être encore, «à l’édition du journal, à la mise en page d’articles et de cahiers divers».Le lock-out au Journal de Montréal perdure depuis plus de deux ans.Les deux quotidiens appartien- nent à Québécor.Ils ne sont jamais nommés dans la décision rendue le 5 janvier, mais tout les désigne.«Nous ne commenterons pas cette décision qui concerne des tiers», a écrit hier au Devoir Serge Sasseville, vice-président de Québécor Media inc.«Ce qu’on apprend pour la première fois avec ce jugement confirme qu’une entreprise qui emploie plus de 250 travailleurs ne peut pas du jour au lendemain produire un journal avec quelques cadres seulement», dit Serge Morin, vice-président du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), auquel sont associés les quatre syndicats d’employés du Journal de Québec (bureau, imprimerie, rédaction et publicité).«Il faut nécessairement qu’il y ait du monde caché dans l’ombre pour effectuer les tâches.» Comment les qualifier?La Commission parlementaire sur l’économie et le travail commence aujourd’hui à Québec ses audiences sur les dispositions du Code du travail du Québec concernant les briseurs de grève.Le jugement de la CRT est annexé à la présentation que feront aujourd’hui conjointement le SCFP et la FTQ devant les élus.Les syndicats décrivent comme des scabs les employés qui télétravaillent pendant un conflit.Les patrons répètent que ces travailleurs de substitution ne sont pas présents physiquement sur les lieux de l’entreprise, respectant du même coup la lettre du Code.Dans son mémoire, la SCFP réclame qu’une nouvel- «Une entreprise qui emploie plus de 250 travailleurs ne peut pas du jour au lendemain produire un journal avec quelques cadres seulement» le définition désignant comme «établissement» tous les endroits où les personnes salariées exécutent leurs tâches normales.Les deux parties se disputent légalement depuis des années autour de ce problème.L’affaire se trouve maintenant en commission parlementaire et devant la Cour d’appel, et pourrait se rendre en Cour suprême.Malgré des caisses et des caisses de documents, le détail du re- cours aux entreprises sous-traitantes demeurait assez secret jusqu’ici.La plainte de la coordonnatrice de l’équipe d’infographistes de Côté Tonie, elle, a été rejetée par la CRT.Michelle Laporte affirmait avoir perdu son emploi, il y a un an, au terme d’un congé de maternité.La commissaire Hélène Bédard du tribunal administratif juge au contraire que le licenciement s’explique par la diminution du travail.En 2009, le «client» a «modifié sa façon de faire afin de pallier les risques encourus par le fait de confier le travail d’édition à une seule entreprise», explique encore le jugement.Dans le cadre du conflit au Journal de Québec, la SCFP avait mis au jour d’autres sources apparentes de travailleurs externalisés, dont une portion expatriée à Toronto.Le sjm-dicat pense que les fournisseurs sont encore plus morcelés au Journal de Montréal.Le Devoir Congédié ?Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Vieux Montréal 514.845.5545 Le français dégringole ^^1 faut relancer la poljtiqtfe'Iinguistique Dubuc Jean-Claude Germain Ginette Leroux Charles Castonguay DM AI SU'' KNAl www ifluti www.lautjournal.info A 4 LE DEVOIR LE MARDI I“EÉVRIER 2011 ACTUALITES La vie sans yeux L’Institut Nazareth et Louis-Braille fête son 150" anniversaire CAROLINE MONTPETIT Depuis quelques minutes, je suis la proie d’une dégénérescence maculaire importante, un scotome central de 6 sur 120, une cécité légale en somme.Mais l’intervenante de l’Institut Nazareth et Louis-Braille me tient le bras pour me guider doucement, et ma canne m’indique tant bien que mal les dénivelés du trottoir ou les bancs de neige.Parce que je n’y vois goutte.Tout au plus puis-je distinguer des ombres qui se déplacent à toute allure rue Sainte-Catherine, encore chanceuse de connaître cette artère puisque je m’y suis au départ rendue en voyante.L’institut Nazareth et Louis-Braille organisait en effet hier une petite simulation de cécité à l’intention des voyants, et à l’occasion du 150e anniversaire de l’institution.Des malvoyants volontaires étaient ainsi dirigés, accompagnés d’une âme charitable ô combien appréciée, vers le restaurant O.Noir, qui sert depuis 2006 des repas à une clientèle plongée dans l’obscurité la plus totale, et servie par plusieurs serveurs malvoyants.«Combien êtes-vous?», nous demande Fé, le serveur, en regardant droit devant lui.Que lui importe de circuler parmi ses tables invisibles, chargé de plats tout aussi mystérieux.Son expérience quotidienne en milieu éclairé en diffère q peine.À ma droite.Marco Dubreuil, dont je ne connaîtrai jamais que la voix, a lui-même été pensionnaire à l’Institut Nazareth et Louis-Braille, alors que celui-ci se trouvait à Longueuil.Presque aveugle depuis sa naissance, il a ainsi rapidement maîtrisé le braille.11 ne discerne pas vraiment les couleurs, tout au plus distingue-t-il l’ombre et la lumière.11 ne voit pas non plus la couleur des feux de circulation, mais est père de deux enfants voyants.«Aujourd’hui, il y a l’école Jacques-Ouellet pour les aveugles, mais ils prennent plutôt la clientèle pour qui c’est plus difficile de fréquenter l’école régulière», constate-t-il.Bachelier en service social, il a travaillé de nombreuses années à la commission des normes du travail, avant d’être embauché par l’Institut Nazareth et Louis-Braille.Intégration difficile Si les nouvelles technologies, les synthèses vocales intégrées aux appareils informatiques par exemple, sont très aidantes pour les malvoyants, il demeure difficile, selon lui, d’intégrer parfaitement le monde du travail des voyants.«On se demande si on devrait l’écrire dans notre CV», dit-il.«En général, j’essaie d’avoir l’employeur au téléphone avant de solliciter une entrevue pour m’assurer qu’il a des ouvertures envers les malvoyants».Les personnes atteintes de cécité totale ne forment que 10 % de la cbentèle de l’Institut Nazareth et Louis-Braille.Les autres souffrent de différentes formes d’affections visuelles.Sont admissibles ceux dont les problèmes de vue gênent la vie de tous les jours, malgré les meilleures prescriptions de lunettes par exemple.Selon Pierre Rondeau, directeur des services professionnels à l’INLB, l’institut ne touche que 30 % de la cbentèle qu’il pourrait potentieUement aider, parce que la plupart des gens croient qu’il ne s’adresse qu’aux aveugles.Or, avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes atteintes de maladies de la vue, dont la dégénérescence maculaire, augmente.Le Devoir Milieux humides Pas de moratoire, dit Arcand LOUIS-GILLES ERANCŒUR Le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Pierre Arcand, a rejeté hier l’idée d’un moratoire sur la destruction des derniers milieux humides de la région métropolitaine, laqueUe a perdu jusqu’ici près de 80 % de ce patrimoine biologique.Le ministre n’a pas non plus voulu prendre l’engagement de revoir la politique actuelle sur les milieux humides, qui autorise généralement la destruction légale des plus petits d’entre eux si l’on n’y trouve pas d’espèces menacées.Or les petits mibeux humides représentent 70 % des quelque 11 000 milieux humides de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), comme en fait foi l’inventaire cartographié par Canards illimités (Cl) avec une subvention de 200 000 $ du ministère du ministre Arcand.Ce dernier participait d’aibeurs au dévoUement de ce travaü réabsé par Cl, qui a coûté 500 000 $.Le ministre Arcand a toutefois entrouvert une toute petite porte à des changements: «On est toujours en révision pour mieux faire les choses», a-t-U dit, ajoutant que «dans les prochains moins, on va voir ce qu’on peut faire».Le porte-parole de Canards illimités, Bernard Pi-lion, qui accompagnait le ministre, ne lui a pas adressé la mobidre requête formeUe pour augmenter le niveau de protection de ces mibeux menacés par le développement urbabi.11 s’est contenté de dire que son organisme avait décidé de
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