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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-02-05, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 LITTERATURE FRANCOPHONE Visions d’Édouard Glissant Page F 5 PAMPHLET L’indignation se vend bien Page F 6 LIVRES Les zones de l’enfance / \ à ¦ -i A/^ 1/ * >> k ^ Vf> .I.Avec Paco, Jacques Folch-Ribas explore des zones de son enfance jamais révélées dans cette Espagne de grande noirceur, bientôt ravagée par la guerre civile.Sa tendresse pour son jeune béros, son semblable, son frère, révèle chez l’écrivain d’origine catalane des accents d’une douceur inédite, fracassée sur les scènes de violence qui embrasent son pays.ODILE TREMBLAY Un profil d’aigle, un œil allumé et des existences multiples comme pelures d’oignon, architecte (ü fut stagiaire chez Le Corhusier et pratiqua longtemps), romancier, longtemps critique d’art et de littérature, toujours enseignant en littérature au cégep de Saint-Laurent.Catalan d’origine, puis Français d’adoption, transplanté au Québec depuis 1956.Jacques Folch-Ribas est ce citoyen de nulle part et de partout, œil témoin et plume aiguisée (13 romans à ce jour), qui vit parmi nous, quoique un peu ailleurs au milieu des méandres de sa mémoire.«On parle beaucoup d’immigrés, constate-t-il.Ça me fait un peu rire.Il existe aussi des exilés qui ne peuvent ou n’ont pu longtemps retourner dans leur pays.Etre un éternel exilé, c’est se sentir désabusé sur la terre des hommes.» 11 a 82 ans bien sonnés, des manières de gentilhomme — il écrit bien sûr ses romans à la main — et une vie collée aux soubresauts de la Grande Histoire.En 1939, à l’âge de 11 ans, il a fui sa Barcelone natale avec sa famille, franchissant les Pyrénées, tournant le dos au franquisme avec la ble hagarde des compagnons d’exode.Ces pans de souvenirs nourrissent Paco.Place à son roman le plus intime.«Je n’avais jamais écrit sur un personnage fragile, dit-il.Plutôt sur des gens convaincus d’avoir raison.» 11 s’est offert ce retour aux sources après qu’une amie lui eut suggéré de raconter sa vie.La plongée dans l’enfance et ce qu’elle soulevait de peur, de bruit et de fureur l’effrayait, sans l’arrêter pour autant.«Roman d’exil, de guerre, passage initiatique d’un âge à un autre, roman d’amour aussi.» Ainsi par- Folch-Ribas ne croit guère en une rédemption possible pour la race bumaine.Mon béros comprend que le monde est un cbaos épouvantable.de Jacques Folch-Ribas le Jacques Folch-Ribas de son Paco.«J’aime les femmes.Et dans mon enfance, en ce pays clos et catholique qu’était l’Espagne, elles étaient un mythe.Mais l’interdit est très formateur.E crée des rêveurs.Il crée des poètes.Les femmes m’apparaissent encore comme les personnes intéressantes dans ce monde où les hommes sont cons et méchants.» Je est un autre.Son personnage du petit Paco (plus âgé que l’enfant qu’il fut) rêve des femmes et les sent inaccessibles, mais il découvre la passion dans les bras d’une enseignante, alors que la guerre civile éclate.Le jeune héros, c’est lui et un personnage fictif.Passant sans cesse du moi à lui.«Quand je dis “je”, c’est mon histoire.Quand je dis “il”, c’est du roman.Il y a un récitant.Déjà, dans mon roman Première nocturne, j’utilisais ce procédé de dédoublement.Aragon déclarait qu’il existait dans le roman un mentir vrai.Je le crois aussi.» Jacques Folch-Ribas est né à Barcelone, mais le village qu’il décrit est celui de ses grands-parents.Ayant vraiment grandi à l’ombre d’un grand-père érudit et philosophe à ses heures, d’une mère pianiste, d’un père qui l’encourageait à penser par lui-même plutôt qu’à croire le baratin du premier venu, il s’estime chanceux d’avoir reçu pareille éducation d’opverture.A l’encontre de Paco qui gagnera seul la France à pied, le jeune Jacques passa la frontière avec les siens à ses côtés.Dans le roman, cette traversée des Pyrénées avec une cohorte d’exilés se révèle d’une force narrative immense.«Les émigrés espagnols ont été très bien accueillis par les Erançais», se souvient-il.Paco est un garçon sensible tenaillé par la peur.La méchanceté et la sottise de la société l’effraient.«Mais peut-être n’ai-je pas tout à fait réussi à expliquer cette peur», craint l’auteur.Seuls les esprits méditatifs saisissent d’emblée le pourquoi de cette crainte du monde.De son côté, Folch-Ribas ne croit guère en une rédemption possible pour la race humaine.«Mon héros comprend que le monde est un chaos épouvantable.» VOIR PAGE F 2: ENFANCE Citoyen de partout et de nulle part, l’écrivain a fréquenté Camus J F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 LIVRES EN APARTE Un Jardin pour Zola ?f~\ \ \ t' â /i Jean-François Nadeau Sans faire de vagues, la publication ci,e la monumentale correspondance d’Emile Zola se poursuit depuis des années à Montréal.Ce travail de longue haleine, mené notamment par les professeurs Owen Morgan et Dorothy Spears, a donné lieu à une excellente édition de l’ensemble de la correspondance connue du grand écrivain français.Vient de paraître le tome XI de ces lettres de Zola, toujours à l’enseigne des Presses de l’Université de Montréal.L’ouvrage comprend 502 missives récemment retrouvées à l’occasion de ventes aux enchères ou dans les tiroirs de collectionneurs.Des lettres inédites, en tout ou en partie, qui complètent, jusqu’à preuve du contraire, les dix gros tomes déjà publiés.Dans pareille montagne de papiers se trouve forcément un lot de gravats insigni-hants, mais aussi une part de diamants, petits et gros.Oublions les nombreuses lettres adressées par Zola à titre de simples accusés de réception ou d’autres encore consacrées à des questions relatives à son logis, tous des billets sans conséquence.Ce ne sont au fond que des courriers mort-nés qui ressemblent à ceux, désormais électroniques, qui s’accumulent à la morgue de nos ordinateurs.Pour le lecteur curieux, l’intérêt est ailleurs.En 1881, Zola écrit par exemple une courte lettre au parolier Lucien Delormel où il s’exprime, une fois de plus, contre la censure.11 lui est vigoureusement opposé, dit-il.La mainmise de la morale sur l’écriture ne l’intéresse pas.«Je suis pour la liberté illimitée, même de l’injure.» 11 n’est tout de même pas le genre d’homme à aller jusqu’à confondre la dictature des images publicitaires qui nous envahissent aujourd’hui avec la liberté de parole.Zola montre aussi une certaine réserve en ce qui concerne la diffusion de documents person- «Je suis pour la liberté illimitée, même de l’injure », écrit f Emile Zola nels.À Alphonse Daudet, au sujet de Gustave Llaubert, leur ami commun, Zola met ainsi en cause l’idée que l’on puisse donner à lire au public des lettres qu’il juge trop personnelles.«En principe, il me semble que nous ne devons pas donner les lettres qui nous seraient trop personnelles, mais qu’il nous est difficile de refuser ce qui peut être utile à la mémoire du cher vieux.» L’hésitation se maintient, toujours à l’égard de Llaubert, lorsque Zola écrit à son ami Guy de Maupassant: «Madame Commanville m’écrit pour me demander les lettres que m’a écrites Flaubert.[.] Ces lettres sont si intimes, elles parlent si élogieusement de mes livres, que, même après les avoir retrouvées et classées, j’hésiterais à les donner.» Pour une liberté de parole illimitée, certes, Zola n’en estime pas moins l’importance d’une certaine retenue quant à la circqlation de la parole privée.Paut-il tout dire?A l’évidence, il croit qu’il faut s’en tenir surtout à rendre intelligible ce qui mérite vraiment d’être dit dans la sphère publique.De la retenue, de la réserve, Alexandre Jardin n’en a pas beaucoup pour sa part.Du moins veut-il bien le laisser croire.11 ne ferait pas de quartier envers ses proches, tout à la différence de son père, Pascal, romancier et scénariste, qui écrivit en 1978 un livre à la gloire de son géniteur, Jean, lequel est aujourd’hui descendu en flamme par le petit-hls.Après des années de mièvreries — longues séances de jardinage littéraire sur le thème du bel amour, du tendre amour —, l’assassinat des membres de la famille à coup de stylo semble aujourd’hui être devenu le nouveau fonds de commerce d’Alexandre Jardin.Dans Le Roman des Jardin (2005), il se payait déjà une virée assassine de conquérant des platebandes familiales.Le voilà désormais qui, pour nourrir sa dent creuse de romancier à succès, ronge la dépouille du grand-père.L’histoire de ce nouveau livre.Des gens très bien, est déjà connue.Les médias, toujours avides de livres essentiels, se sont fait une joie de la relayer à qui mieux mieux.Résumons: le grand-père, Jean Jardin (1904-1976), éfait un collaborateur, une ordure, un salaud.A cette époque terrible où la Lrance se trouvait sous la botte nazie, il était chef de cabinet de Pierre Laval, principal maître d’œuvre de la collaboration avec le régime d’Hitler.Par cette association funeste, le grand-père se retrouve responsable de la mort de milliers de Juifs.La honte de la fa- mille, quoi, une honte recouverte dans l’après-guerre d’un voile de pudeur nécessaire à la poursuite d’une vie familiale heureuse où le grand-père se reconvertit en financier pour caisses de partis politiques.Voilà l’essentiel Des gens très bien, un roman hélas aussi naïf que ceux du Jardin de l’époque amour-amour-tou-jours-toujours.Au chapitre de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, du racisme qui la génère, de la petitesse des bureaucrates qui la structurent on n’apprend rien dans le livre de Jardin.A ce compte, le Portrait de Lorenzaccio en milicien d’Antoine Billot, histoire de l’attirance d’un homme pour le fascisme autant que pour la débauche, apparaît beaucoup plus riche.On pourrait aussi lire Ramon du romancier Dominique Lernandez, livre d’un autre fils de collaborateur, mais celui-là capable à l’évidence de plus de discernement, même au moment où la confusion des sentiments règne dans son cœur.Ce sens de la mesure, Alexandre Jardin n’en montre décidément pas beaucoup.Tout en affirmant qu’il n’est pas historien — ce qui l’autorise, croit-il, à des raccourcis abracadabrants —, il se permet des attaques ridicules contre nombre de personnes qui tentent de comprendre cette période alors que lui se contente tout au plus d’amuser et d’accuser.Sous la plume de pareil zèbre, l’attaque en règle contre sa famille offerte pour la galerie sonne au hnal tout aussi faux que l’amour et le romantisme à cinq sous de ses premiers livres.Des gens très bien montre surtout un romancier tel un véritable spécialiste de la mise en scène de lui-même, monté en permanence sur un piédestal portatif d’où il déclame des phrases en mastic pétries de bave, phrases que son éditeur s’est empressé de présenter comme s’il s’agissait de littérature.Dans un monde où le faux se substitue sans cesse au vrai, tout simplement parce que le faux est devenu en apparence plus vrai que vrai, il ne faut pas s’étonner du vif succès de li- brairie qu’obtient pareil babillage.Preuve, encore une fois, que notre monde qui se dit volontiers voué à la recherche de r«authentique» ne se trouve souvent plus en mesure, en fait, d’apprécier autre chose que la surface, l’artihce et, au final, le prétendu naturel des poseurs et les bonimenteurs professionnels.jfnadeau@ledevoir.corn CORRESPONDANCE XI Iættres retrouvées Emile Zola Presses de l’Université de Montréal/CNRS éditions Montréal/Paris, 2010,364 pages PORTRAIT DE LORENZACCIO EN MILICIEN Antoine Billot Gallimard Paris, 2010,189 pages DES GENS TRÈS BIEN Alexandre Jardin Grasset Paris, 2010,297 pages PATRICK KOVARIK AFP Des gens très bien est un roman hélas aussi naïf que œux de l’Alexandre Jardin de l’époque amour-amour-toujours-toujours.ENFANCE À travers ce Paco, Folch-Ribas aura soulevé un vrai voile d’intimité SUITE DE LA PAGE F 1 Protégé de Camus Le chaos de sa propre existence fut pourtant traversé de grandes lumières.Dans le Paris d’après-guerre, Jacques Polch-Ribas a été un protégé de Camus, un abonné des cafés de Saint-Germain-des-Prés où Sartre et Beauvoir tentaient de refaire le monde aux côtés des Aragon, Prévert, Picasso et compagnie.Polch-Ribas s’était présenté à 20 ans à la revue Combat dirigée par Camus pour y collaborer comme journaliste et rencontra le grand écrivain en personne, qui le fit travailler.La mère de l’auteur de L’Étranger, femme de ménage née aux Baléares, ne parlait que catalan.«Quand Camus voulait entendre cette langue et sortir de son cercle, il m’appelait.C’est lui qui m’a présenté à toute la bande.Avec Sartre et Simone de Beauvoir — une femme fatigante, autoritaire —je me posais toujours des questions.Ont-ils raison de tout intellectualiser, de tout juger à l’aune de la politique?Il me semblait que non.Camus, de son côté, n’était pas dans le dogme et refusait l’étiquette d’existentialiste.Ni maître, ni bourreau, ni esclave.Il possédait une grandeur d’âme, une tendresse pour l’humanité que je n’ai retrou- puacA L’INSTITUTIONNALISATION DE L’ÉTHIQUE GOUVERNEMENTALE QUELLE PLACE POUR L'ETHIQUE ?Yves Boisvert Depuis près de vingt ans, les problèmes concernant la mauvaise utilisation de l'argent des contribuables dans le service public sont légion.L'auteur analyse les différentes démarches gouvernementales en matière d'institutionnalisation de l'éthique et s'interroge sur leur efficacité.L’INSTITUTIONNALISATION DE L’ÉTHIQUE GOUVERNEMENTALE Quelle place pour l'éthique?; ,25î ¦ I— 216 pagGS «V Presses de l'Université du Québec vées nulle part ailleurs.Ni Sartre ni Simone n’aimaient les hommes.» Une histoire d’amour Dans une autre vie, Jacques Polch-Ribas émigra au Québec où il habite toujours.«J’avais pensé d’abord m’installer en Amérique du Sud, mais je suis tombé amoureux d’une Québécoise, et la langue française m’attirait là-bas aussi.J’aimais cette bagarre pour la langue, les désirs d’indépendance.Ça devait me rappeler la Catalogne.Moi qui ne voulais pas me mêler de politique, j’ai été un des onze membres fondateurs du RIN.» 11 fait partie du comité de direction de la revue Liberté depuis 1961 et de celui de Vie des arts, avouant avoir apprécié davantage les œuvres littéraires que les arts plastiques des grandes années de la Révolution tranquille.11 écrivit comme critique sur les uns et les autres.Tout en poursuivant une carrière parallèle.«Je suis devenu architecte pour gagner ma vie et parce que je savais dessiner.Mais la littérature était ma passion.» Treize romans donc.Premier du lot.Le Démolisseur fut publié en 1970.Sa plume incisive et baladeuse lui a fait camper ses actions autant en Lrance qu’en Espagne, au Québec qu’aux Etats-Unis, avec toujours cette concentration de la phrase nue, directe, sans horitures, son obsession de la beauté, de la quête d’un absolu amoureux.Longtemps publié à Paris chez Robert-Laffont, Jacques Polch-Ribas a été finaliste au prix Goncourt pour deux romans: Une aurore boréale publié en 1974 et La Chair de Pierre (1989), préfacé ensuite par Prançois Nourissier.«Dans ce dernier cas, je faisais partie des deux finalistes avec Jean Vautrin, qui l’aura remporté pour Un grand pas vers le Bon Dieu, mais fai pu connaître les coulisses littéraires parisiennes.» Souvent primé chez nous, lauréat entre autres du Prix du Gouverneur général en 1989, ce Catalan québécois aura écrit sur l’art {Les Pélicans de Géorgie, Le Valet de plume), la passion (présente un peu partout, comme la nature), mais aussi sur le don-juanisme {Homme de plaisir), sur l’architecture, dans ce grand roman historique qu’est La Chair de Pierre sur la vie de Claude Baillif premier architecte de la Nouvelle-Prance, ainsi que sur la vie et sur le désir qui embrase tout.La voie autobiographique directe le rebute, mais dans Pre- mière nocturne (1991), un retour sur les années françaises, le tourbillon de l’effervescence créatrice et intellectuelle qu’il a côtoyé dans sa jeunesse renais-saif déjà sous sa plume.A travers ce Paco, il aura soulevé un vrai voile d’intimité.Pourquoi ne pas continuer dans cette veine?«Le sujet des années d’occupation allemande en France que j’ai connues entre 12 et 16 ans serait un thème possible.Nous vivions alors au bord de la Loire et pas dans un château.Les Espagnols qui avaient fui la guerre civile se sont beaucoup impliqués dans la Résistance en France.Mais c’est une période difficile que j’ai peur d’attaquer à l’écriture.D’ailleurs, les gens s’en foutent, de la littérature!» Un ange passe.11 songe à arrêter d’écrire, mais l’envie d’un nouveau roman devrait le démanger bientôt.La littérature, c’est une crampe aussi, un rêve à atteindre, un lecteur à séduire.Une lectrice, sans doute.11 préférerait.Le Devoir PACO Jacques Polch-Ribas Boréal Montréal, 2011,152 pages Vivre jusqu^au bout.À quel prix?Réflexions sur Feuthanasie Mardi 8 février 19 h 30 Avec Marcel Boisvert, md Co-auteur de Être ou ne plus être.Débat sur l'euthanasie, Les Éditions Voix parallèles, 2010.Membre du Comité d'éthique médicale de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité Jacques Sylvestre, op théologien Patrick Vinay, md Auteur de Ombres et lumières sur la fin de vie, Médiaspaul 2010 Animation: Danielle Laudy, PhD Coordonnatrice de la Formation éthique à la Faculté de Médecine (UDM) Beaucoup plus qu'une librairie ! Salle de conférences et café-resto 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Réservation obligatoire: 514-849-3585 Contribution suggérée de 7 $ aulines LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 F 3 LITTERATURE Une tendance Plus que jamais, des sagas et des romans historiques Les romans historiques et les sagas de toutes sortes continuent d’avoir la cote au Québec.Cette saison, on trouve des noms connus qui ont déjà bien des lecteurs assidus: Jean-Pierre Charland, Michel David, Denis Monette, Louise Trem-blay-D’Essiambre.Mais on trouve aussi des auteurs qu’on n’associe pas d’emblée au genre, comme Jocelyne Saucier et Paule Noyart.DANIELLE LAURIN Chez Hurtubise, plusieurs titres au programme.A commencer ces jours-ci, par le tome 3 des Folles Années, de Jean-Pierre Charland.Il faudra attendre quelques mois pour connaître le dénouement de cette saga historique qui se passe au Québec au début du XX® siècle: le quatrième et dernier volet paraîtra en juin.D’ici là, le même éditeur nous aura offert un roman posthume de l’auteur de best-sellers Michel David.«Prématurément décédé en août 2010, il nous a heureusement laissé plusieurs livres qui seront publiés au fil des prochaines années», précise Hurtubise.Résultat: le premier volume d’une saga intitulée Au bord de la rivière, à paraître en mai.Où l’on assiste à la création d’un petit village sur les bords de la rivière Nicolet, au XX® siècle.Mais d’abord, toujours chez Hurtubise: deuxième tome de la saga familiale Les Enfants de Roches-Noires, signée Anne-Michèle Lévesque.Qui nous transporte dans un petit village près de Rimouski, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.Aussi: quatrième et dernier volet de La Force de vivre, de Michel Langlois.Autre, suite attendue: L’Etoffe du juste, tome 3, d’Hervé Gagnon.Chez Libre Expression, Marcel Lefebvre, parolier de Jean ' Lapointe, de Ginette Reno, de Roch Voisine et de Diane Dufresne, fait paraître en avril Les Amants de 1837.Une histoire de triangle a-moureux, sur fond de rébellion au Bas-Canada.La même maison publie dans les prochains jours, en traduction, le deuxième volet de L’Echo des cœurs lointains.Où la très populaire romancière étasunien-ne Diana Gabaldon nous fait revivre à sa façon la Révolution américaine.Guy St-Jean éditeur propose plusieurs nouveautés.D’abord, le dernier volume de la tétralogie Les Quatre Saisons, de Luc Desilets.Puis, des suites signées Normand Cliche, Jean Louis Flqiuy, Sophie-Julie Pain-chaud.A surveiller en avril: Mémoires d’un quartier, tome 8, de la très prolifique Louise Tremblay-D ’Essiambre.De Radisson à l’aube du XX® siècle Dans le genre polar historique, c’est en mars que l’ingénieux Jacques Côté revient chez Alire avec Les Cahiers noirs de l’aliéniste, prise deux.Où l’on retrouve le futur pionnier de la médecine légale au Québec, Georges Villeneuve, sur fond de rébellion puis de dépossession et d’humiliation subies par les Indiens du Jocelyne Saucier Il pleuvait des oiseaux te ¦.jAcçiES COTE tos LC icmm des aciiés © MARTINE DOYON Jean-Pierre Charland publie le tome 3 des Folles Années.Nord-Ouest canadien, à la fin du XIK® siècle.On retourne à l’époque de la Nouvelle-France avec Les Aventures de Radisson, qui marque le début d’une série créée par rhistorien-romancier Martin Fournier, chez Septentrion.Dans 1807, l’abîme des deux Charlotte, publié à La Bagnole, Johanne Pothier, native de Trois-Rivières, fait revivre des personnages ayant réellement joué un rôle dans l’histoire de cette région.Le début du XX® siècle inspire plusieurs romanciers.Serge Gauthier situe dans Charlevoix faction de son Chemin de fer dans la lune (éditions Trois-Pistoles).Jocelyne Saucier, finaliste au Prix du Gouverneur général et au prix Rin-guet de l’Académie des lettres du Québec pour son roman précédent, nous remémore, dans II pleuvait des oiseaux (XYZ), les grands feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au commencement du siècle dernier.La vie d’un religieux alcoolique, scandaleux, qui a sévi au cours des années 1930 dans un village de la Gaspé-sie, est au centre du roman d’Odette Mainville, Le Curé d’Anjou (Fides).Dans La Nuit d’Ostende (Leméac), qui s’étend de 1912 à 1945, l’éclectique Paule Noyart, née en Belgique et établie au Québec depuis des lunes, s’attarde aux destins croisés de trois femmes du même sang, issues de la petite bourgeoisie de Bruxelles.Autre saga familiale qui se situe à peu près à la même époque: celle de l’auteur à succès Denis Monette, Le Jardin du docteur des œillets (Logiques).Dans le même registre, mais plus près de nous dans le temps, Nadia Lakhda-ri King publie le dernier tome de sa trilogie Eléonore (éditions Goélette).Si l’histoire de l’Ecosse vous intéresse, Valérie Langlois raconte dans Culloden (VLB) les hauts et les bas d’un groupe de Highlanders qui ont survécu après leur défaite devant les forces britanniques en 1746.Si vous voulez plonger dans l’histoire politique d’Haïti par le biais de la fiction, l’historien, écrivain et journaliste de Port-au-Prince Michel Soukar publie chez nous Cora Gef-frard (Mémoire d’encrier), du nom de la fille du président Fabre Geffrard (1806-1878), morte assassinée.Enfin, plusieurs romans historiques québécois seront bientôt réédités chez Typo.Entre autres: Le Clan de Mallaig, tome 3, de Diane Lacombe; La Fille du cardinal, tome 3, de Nadine Grelet; Le Testament de la cordonnière, de Pauline Gill; Lili Klondike, tomes 1, 2 et 3, de Mylène Gilbert-Dumas.Collaboratrice du Devoir Surprenante et captivante Lise Dion Laurin I abord, la surprise.Un livre de Lise Dion?Lise Dion, l’humoriste?On connaît sa fougue, sa drôlerie sur scène.D’accord.Enchaînement de gags, sarcasmes bien sentis, autodérision en rafale: elle excelle dans son domaine.Mais Lise Dion écrivaine?La surprise va en s’accentuant quand on constate la tonalité grave de son récit.Récit tragique, oui.Qui tient en quelque deux cents pages.Qui captive, bouleverse.C’est elle qui parle au début.L’impression qu’elle se confie à nous, simplement, sans artifice.Ça coule de source, on y croit, tout de suite, on est là, complètement.On est là avec elle, tandis qu’elle débarque en catastrophe chez sa vieille mère dont elle est sans nouvelles.Elle craint le pire, et elle a bien raison.Le pire est arrivé: sa maman est morte.Depuis deux jours.«J’ai été envahie par un immense sentiment de culpabilité.Et ce sentiment m’habite encore aujourd’hui.» On la comprend, on sjunpathise, on compatit.Et puis, à moins d’avoir été privé toute sa vie de l’affection d’une mère, comment ne pas se reconnaître, se projeter dans ce qui suit: «Je me demandais comment je ferais pour vivre sans elle.Même si j’avais trente-sept ans, j’étais encore son enfant, une enfant qui venait soudainement de perdre la sécurité, le réconfort Danielle et l’écoute de sa mère adorée.» Elle a beau être elle-même mère de deux enfants, c’est la complainte du plus jamais qui prend le relais.«Il n’y aurait plus jamais personne pour me regarder comme si j’étais encore une petite fille en me disant: ‘Enfant, tu étais comme ceci.Tu adorais faire cela, ton père et moi t’aimions tellement, etc.” Je ne pourrais plus jamais me réfugier chez elle.» Quelques précisions suivront, sur le fait que sa mère n’était pas sa vraie mère, sur le contexte de son adoption, à sept mois.Sur le genre de mère qu’elle a eue, aussi: veuve trop tôt, faisant des ménages et de la couture pour joindre les deux bouts.Tigresse à ses heures, prête à tout pour le bien-être de sa fille.Une clé C’est toujours Lise Dion qui raconte, tandis qu’elle farfouille, dévastée, dans les af faires de la défunte: il faut «vider» l’appartement.Le lendemain des funérailles.Qui d’autre que sa fille unique poiu faire le sale boulot?Dans la chambre, un coffre.Un ^os coffre bleu, auquel elle n’a jamais eu accès.«Le mystérieux, l’insondable coffre bleu qui m’a intriguée durant toute mon enfance, parce qu’il était toujours fermé à clé.Il était interdit de l’ouvrir, sous peine de punition grave.» Et voilà, elle a la clé maintenant, elle n’a plus besoin de permission, elle ouvre le fa- Lise Dion, l’humoriste devenue écrivaine ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Dn 24 au 30 janvier 2011 Romans québécois 1 Le secret du coffre bleu Lise Bion/Ubre Expression -n 2 Revenir de loin Marie Labetge/Botéal 1/14 3 Ru Kim Ihûv/Ubre Expression 3/11 4 En piein cœur.Amiand Gamache enquête Louise Pennv/Hammarion Qc m 5 Contre Dieu Potrick Senécal/Coups de tête 4/13 6 Un bonheur si fraqiie « Tome 1 Lenqaqement Michel David/Hurtubise 6/12 7 Sous ia qlace Louise Penny /Flammarion Qc 5/3 8 Un bonheur si ftagiie • Tome 4 Les amours Michel Oavid/Hurtubise 7/12 9 Mémoires d'un quartier • Tome 7 Marcei Louise TtembbvBEsiambte/GuvSaint-Jæn 8/4 10 La terne de vivre • Tome 1 Les rêves d'Edmond et Émiiie Michel Longlois/Hurtubise 18/14 Romans étrangers 1 Marina Carlos Ruiz Zafon/Robert Laffont 1/2 2 Des gens très bien Alexandre Jardin/Grasset 3/2 3 La chute des qêants • Tome 1 Le siècle Ken Follett/Robert Laffont 2/18 4 Bons baisers du tueur James PattersonlUza Markiund/Archipel 4/2 5 Les imperfectionnistes Torn Rachman/Grasset 6/2 6 Le cherche-bonheur Michael Zadoorian/Reuve noir -n 7 Le porte-bonheur Nicholas Sparks/Michel Lafbn 5/6 8 L'os manquant Kathy Reichs/Robert Laffont 7/3 9 Chroniques de Ford Countv John Grisham/Laffont 8/4 10 Le danger dans la peau.La sanction de Bourne Eric van Lustbader/Grasset 9/12 "?Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André Noél/Homme 1/14 2 Génération idéaliste Sébastien Rliatrault/lntouchables 10/2 3 Hiérarchies buis Godbout/Liber -n 4 La mort Mieux la comprendre et moins la craindre pour.Richard Béliveau 1 Denis Gingras/Iiécatré 3/16 5 linén et le Québec.Hergé au cœur de la Révolution tranguile Tristan Demers/Hurtubise 2JT5 6 L'anxiété.Le cancer de l'âme boise Reid/JCL 6/22 7 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial des.Michelle Blanc 1 Nadia Serancco/Logiques 8/2 8 La révolution des gaz de schiste Normand Mousseau/Multimondes -n 9 Ils se battent Gemme des soUab; is meuent comme des enbnts Roméo Dallaire/Ubte Expression 5/14 10 Contre Harper.Bref traité philosophique sur la révolution.Christian Nadeau/Boiéal -n "?^Essais étrangers 1 IndiqnetvDus! Stéphane Hessel/lndigéne -n 2 Faite confiance à la vie Hans KUng/Seuil 1/3 3 La demiète utopie.Menaces sur l'univetsalisme Caroline Fourest/Grasset -n 4 LevisaoedeDieu Igor Bogdanov IGrichkaBogdanov/Grasset 18/22 5 Pounguoi lire?Gharies Dantzig/Grasset 4/5 6 Apostle au Crépuscule.Pour une psychanalyse non fteudenne Michel Dofray/Grasset 2/2 7 Trop vite 1 Pourquoi nous sommes prisonniers du court ternie Jean-buis Servan-Schreiher/Albin Michel -/I 8 La révolution de l'amour.Pour une spiritualité laïque bc Ferty/Plon -n 9 La stratégie du choc.La montée d'un capitalisme du désastre Naomi Klein/Actes Sud 6/8 10 Éloge des frontières Régis Debray/Gallimard 3/2 Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du s^me d'intainatlcn et d'analyse Stsfm! strlesventesdeliviesf[angaisauCanada.Cepalma[èsest exitalt de Bssfiri et est constitué des relevés decaissedeMBpdntsde venta La BILF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadien pour le projet ÆsyMf.© BIU, toute leptoduclion totale ou partielle est inlerdita meux coffre.C’est la consternation.Ce qu’elle découvre est au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer.C’est le véritable point de départ du livre.Désormais, ce ne sera plus Lise Dion qu’on entendra.C’est sa mère.Par l’entremise de ses carnets intimes.Le ton change complètement.Subterfuge littéraire?Ça fonctionne, en tout cas.On bascule soudain dans un autre monde.Dans la vie d’une femme qui a connu l’enfer.Le Secret du coffre bleu nous transporte en Allemagne, dans les camps nazis.Mais d’abord, Armande — c’est son nom — raconte son enfance de misère au Saguenay.Sa mère morte trop tôt, l’orphelinat qui a suivi.La vie au quotidien auprès des religieuses, le manque d’affection, les petits lits en fer-blanc bien alignés dans le dortoir trop froid.Puis, comme unique porte de sortie, le noviciat.Qu’elle fera dans une communauté de religieuses établie en Bretagne.Quand la guerre éclate, c’est là qu’elle se trouve.Elle sera bientôt arrêtée, du simple fait qu’elle est un sujet britannique.Elle finira par aboutir dans un camp de travail allemand, où elle sera enfermée pendant quatre ans.Dans le menu détail, Armande décrit ses conditions de détention.La faim, bien sûr, le manque d’hygiène.L’incertitude constante devant ce qui l’attend.Les humiliations, la déshumanisation.La peiu, aussi.Peru de ne pas sortir de là vivante.Surtout, ne pas tomber malade: celles qui partent pour l’infirmerie n’en reviennent pas, pour la plupart.Et puis il y a ces jeux cruels inventés par les soldats.«Ils déposaient le nom des prisonnières dans le casque d’un soldat et celle dont le nom était tiré était fusillée sur-le-champ, devant toutes les autres.Nous avions baptisé ce jeu abominable la “Loterie de la mort’.Elle avait lieu une fois par mois.» On a beau avoir lu, entendu beaucoup de choses, déjà, sur les camps nazis, le fait de s’en- Dion Le secret du cojfre bleu LniL’tBqifssim foncer jour après jour dans l’horreur avec Armande nous trouble au plus haut point.Ce qu’elle ressent, ce qu’elle voit, on le ressent aussi, on le vit.On la suivra ensuite à sa sortie du camp, on la verra revenir au Canada, commencer une nouvelle vie.On gardera en mémoire l’image d’une femme à jamais meurtrie, secrète.Mais combative, assoiffée de vie, avide d’aimer et d’être aimée.Saisissants, ces carnets supposément écrits par Armande.Il y a du souffle, de la profondeur.H y a bien quelques longueurs, des répétitions.De la lourdeur, parfois, dans les dialogues.Mais ce n’est pas l’important, il faut vraiment chercher la bête noire à tout prix.Et puis, si on prend au mot Le Secret du coffre bleu, cette siuvi-vante des camps n’aurait eu aucune ambition littéraire, elle voulait témoigner, c’est tout.C’est ce dont sa fille, derrière, parvient à noqs convaincre.Etonnante, Lise Dion.Astucieuse.Très forte dans sa façon de procéder pour rendre hommage à la mémoire de sa mère, poiu faire en sorte que «jamais on n’oublie».LE SECRET DU COEERE BLEU Use Dion Dbre Expression Montréal, 2011,208 pages.SOURCE HISTORIA «Lecture absolument fascinante» Michel Désautels, Radio-Canada Premier ouvrage de synthèse à paraître en français sur le judaïsme montréalais, Les Communautés juives de Montréal fait appel aux connaissances de plusieurs chercheurs réunis sous la direction de Pierre Anctil et d’Ira Robinson.Rédigé en des termes clairs et accessibles, le livre cerne un parcours culturel et religieux à nul autre pareil en terre québécoise, et qui n’a pas fini de surprendre.AUSSI DISPONIBLE EN FORMAT PDF ta FEUILLETAGE EN LIGNE : 3077 SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Olivieri librairie ^bistro Fatou Diome Invitée spéciale du Mois de l’Histoire des Noirs Au cœur de la littérature Jeudi 10 février 19 h 00 Une présentation de l’Espace du livre francophone et d’OIivieri, avec l’aide précieuse du Consulat général de France à Montréal et de Flammarion.Avec le soutien de la Table ronde du MHN, de la Ville de Montréal, de la Sodée, du Conseil des arts du Canada et de Patrimoine Canada.Merci! Entrée libre / réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Arnaud Février Flamiarion Causerie Avec Fatou Diome Romancière née au Sénégal, elle a publié récemment Celles qui attendent chez Flammarion ; dans un style enlevant, elle s’intéresse particulièrement aux femmes africaines et à l’immigration des jeunes.Animée par Françoise Naudillon. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 LITTERATURE Serge d’entre les morts Dans ses Mémoires d’un révolutionnaire, livre brûlant et splendide, Victor Serge montre la quasi-impossibilité de survivre dans la justice et la justesse de la cause à laquelle on croit.Louis Hamelin «J^ ai constaté que l’écrivain ne peut exister, dans les sociétés modernes en décomposition, qu’en s’adaptant à des intérêts qui limitent forcément ses horizons et mutilent sa sincérité.J’ai constaté, en survivant par hasard à trois générations d’hommes vaillants — même dans l’erreur — auxquels je fus profondément lié et dont la mémoire me reste chère, une autre quasi-impossibilité de vivre quand on se donne entièrement à une cause que l’on croit juste, en d’autres termes quand on se refuse à dissocier la pensée de l’activité quotidienne.» Toute la vie de Victor Serge, mort pratiquement loqueteux à Mexico en 1947 («[.] des semelles percées, un complet élimé, une chemise d’ouvrier», a décrit le camarade qui le récupère à la morgue, et «[.] une bande de toile fermait cette bouche que toutes les tyrannies du siècle n’avaient pu fermer»), semble tenir dans cette quasi-impossibilité de vivre, lui appartenir comme à sa seule vraie patrie.Une vie quasi impossible, mais pourquoi?C’est que Victor Serge illustre par son existence même, vécue dans le feu de forge de l’iiistoire, le pliénomène qu’un Camus est parvenu à cerner en lisant et en pliilosopliant: si la révolte est naturelle et nécessaire au cœur de l’iiomme, une révolution juste demeure une impossibilité.La révolte organisée conduit au meurtre organisé, une tyrannie remplace une tyrannie, la révolution victorieuse, parvenue au pouvoir, devient une tragédie grecque: tout le monde meurt avant la fin.Tragédie logique pour une situation sans issue: la révolution est mouvement, si elle cesse d’aller de l’avant, elle tombe.Le pouvoir, au contraire, est tout entier tendu vers sa propre conservation et c’est même sa loi suprême.L’histoire s’est beaucoup penchée sur les grands liommes, les chefs, les César, rarement sur la nature du pouvoir lui-même.Il nous manque une science du pouvoir, lequel vise toujours à se survivre et dont la réalité a plus à voir avec la biologie qu’avec l’éthique.La hgure du singe dominant est peut-être primaire, elle n’en éclaire pas moins les chemins de la puissance et le visage du monde.Et la réalité biologique du pouvoir s’oppose donc à l’idéalisme révolutionnaire comme n’importe quel élément statique à un élément dynamique.La structure triomphe de l’homme, et dans tout jeune rebelle dort un potentat potentiel.Le divorce entre Castro et le Che est emblématique: gouverner ou lutter, il faut choisir.Le pouvoir est contre-révolutionnaire dans son essence même.Il nous manque une science du pouvoir, lequel vise toujours à se survivre et dont la réalité a plus a voir avec la biologie qu’avec l’éthique Survivre dans la justice ?Camus, on le sait, refusait de tuer un seul homme pour libérer l’homme, fût-ce par procuration (par consentement implicite), en fermant les yeux.Dans ses Mémoires d’un révolutionnaire, 1905-1945, livre brûlant et splendide, Victor Serge écrit: «Les jeunes révoltés français et belges de mes vingt ans ont tous succombé; mes camarades syndicalistes de Barcelone 1917 ont presque tous été massacrés; mes camarades et mes amis de la Révolution russe ont vraisemblablement tous péri — sans exception, sauf miracle.Tous furent courageux, tous se cherchèrent une règle de vie plus haute et plus juste que celle de la soumission.» Cette quasi-impossibilité de survivre dans Injustice et la justesse de la cause à laquelle Serge fait allusion, c’est donc l’impossibilité de la révolution elle-même, vécue au niveau de l’homme, dans sa chair passionnée et transitoire d’acteur d’un vingtième siècle de toutes les contradictions de l’espèce humaine et de tous les drames de la conscience, acteur du cœur de l’action doublé d’un superbe écrivain.Qui, debout et droit au milieu des charniers, là oû la lueur de départ de la balle de revolver dans la nuque semble la seule lumière au bout du tunnel, raconte la longue et vaste et incroyable massacrologie dont il a réchappé, en véritable écrivain plutôt que simple militant, sans avoir jamais abdiqué sa souveraine liberté de ressentir et de penser devant le despotisme de la machine pro-lo-totalitaire stalinienne, aux innombrables suppôts intellectuels, du plus rampant (Aragon) au plus lyrique (Neruda) .Et sans pour autant retourner sa veste par calcul capitulard devant le dieu Capital et le monde-comme-il-est, tels nos petits trotskistes des années 70, ni s’excuser de continuer de croire ce qu’ü croit.Improbable survivant dans un monde oû un coup de pic à glace est si vite arrivé, Victor Serge est cet oiseau doublement rare: un opposant à Staline qui a réussi à trépasser de mort (pour autant qu’on le sache.) naturelle, et un pourfendeur du Goulag quinze ans avant Soljénitsyne.Son œuvre dénonciatrice n’a pourtant pas connu la fortune nobélisée de l’autre et fait hgure de grande oubliée de la littérature anti-totalitaire, bien loin du podium oû trônent les Orwell, Camus et KoesÜer.Susan Sontag, dans sa postface à L’Affaire Toulaév (le roman des grandes purges staliniennes, inspiré par l’assassinat de Kirov et les procès de Moscou, d’une ambition proprement dostoïevs-kienne), suggère que le cosmopolitisme forcé de Serge, né russe en Belgique de parents exilés politiques, puis fréquentant les anars en Erance et à Barcelone avant de rejoindre la révolution des Soviets, de monter en grade à Petrograd, de rôder à Vienne et à Berlin comme agent de la Troisième Internationale, de participer à l’Opposition de gauche avec le who’s who des futurs fiisiUés et de finir misérable au pays des Aztèques après être allé respirer le bon air sibérien, pourrait avoir joué contre sa réputation en empêchant la récupération de son œuvre (écrite entièrement en français) par une quelconque littérature nationale.Maudit pour cause d’internationalisme littéraire, en quelque sorte.Pourtant, si l’on pense à Koestler, aucun corpus national ne surgit d’emblée à l’esprit.Il y a cette différence importante: Orwell et Koestler n’ont trempé que dans la guerre d’Espagne, ce qui leur laisse les mains raisonnablement propres.Pour sa part, Victor Serge, il faut bien le dire, a pratiquement tiré le diable en personne par la barbichette: ses portraits du camarade Lénine dans les Mémoires sont d’une extraordinaire vivacité.Quelle plume! Pour le meilleur, le pire et l’encore pire d’une Terreur qui s’est étendue sur le sixième du monde habité, Serge est, devant l’histoire, le témoin privilégié et irrepenti de ces «trois générations d’hommes vaillants — même dans l’erreur» qui furent, à l’aube des lendemains qui chantent, les combattants de la révolution d’Octobre puis, masse humaine après masse humaine de vieux grognards, de fidèles apparatchiks et héros de la première heure, pour boucler l’implacable boucle, les victimes de sa Grande Paucüle.«J’avoue que le sentiment d’avoir tant de morts derrière moi, et dont beaucoup valaient mieux que moi par l’énergie, les capacités, la formation historique, m’a souvent accablé.» Ce que la postérité, en notre ère de sensiblerie généralisée, post-Ca-hiers noirs du communisme, pourrait avoir le plus de mal à pardonner à Serge, c’est cette fidélité, non aux idées et à leur mortelle dérive vers la barbarie technique et la boucherie statistique, mais à des hommes qui s’appelèrent camarades et dont sa mémoire est le cimetière diversement fleuri.Méconnue, l’œuvre de Serge est présentement rééditée chez Lux éditeur.Les bonnes raisons de la lire ne manquent pas.«Le totalitarisme, écrit-il, n’a pas d’ennemi plus dangereux que le sens critique; il s’acharne à l’exterminer.» C’est une manie.chouette.lou@gmail.corn MÉMOIRES D’UN RÉVOLUTIONNAIRE, 1905-1945 Victor Serge Lux Montréal, 2010,653 pages L’AFFAIRE TOULAÉV Victor Serge Lux Montréal, 2010,502 pages f f LITTERATURE QUEBECOISE Besoin d’absolu Besoin de rêveurs, d’idéalistes et d’utopistes, même si les idéaux ne sont toujours qu’à la mesure des hommes, donc possiblement abandonnés ou trahis.C’est le point de départ et d’arrivée de Leslie Muller ou le principe d’incertitude, le troisième roman de Lynn Diamond.SUZANNE GIGUERE Pour synthétiser, disons que ce roman dense, foisonnant, décrit de façon compartimentée la vie d’un groupe de militants désireux de changer le monde de toute urgence.Ils rejoignent une brigade d’internationalistes en Amérique centrale pour apporter leur soutien à la révolution sandiniste au début des années 80.Vingt ans plus tard, ces hommes et ces femmes se recroisent épisodiquement à Montréal, à Mexico, à Paris, à New York.Parmi eux, on retrouve Leslie, la narratrice, Josua, un ancien du Vietnam, Anna, anthropologue, Max, professeur de psychologie et «médecin de l’âme», Tammy, réalisatrice de documentaires sur le tiers-monde, Lili, écrivaine, Minnie, née d’une mère porteuse, et Harry, loup solitaire.Nous suivons leurs histoires affectives et sociales entrecoupées de confidences et de pauses.Le roman se fait l’écho de leurs réflexions et de leurs visions sur la vie, l’amour, la solitude, la jalousie, la dépression, la folie, la mort.La recherche d’un sens à leur vie au moment oû leurs convictions vacillent {«nous ne sommes que des enfants fragiles, vulnérables et inquiets») entre en résonance avec la crise que connaît la narratrice sur le plan personnel.Crise d’autant plus douloureuse qu’on sent percer l’échec amoureux.Nous assistons à l’effondrement et à l’émiettement de sa personnalité, puis à sa reconstruction: «Je sentis que f avais le droit de vivre sans tourments.» Rien à redire sur le style travaillé de l’auteure.L’œuvre est riche en observations philosophiques, fines et sensibles sur la condition humaine.La ro- Olivieri librairie »’bistro Au cœur de la société Lundi 7 février 19 h 00 Première causerie d’une série organisée par l’Observatoire du cinéma au Québec.L’OCQ s’intéresse au cinéma québécois et à tout ce qui ie touche.Une de ses missions est de contribuer à son rayonnement par le biais notamment de cette série.À suivre! Entrée iibre / réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Quelle est la portée SOCIALE DU DOCUMENTAIRE AU Québec ?Causerie Le documentaire dans la cité : expérimentations sociales à l’ONF Avec Marion Froger UdeM; Le cinéma à l'épreuve de la communauté : le cinéma francophone de l'ONF 1960-1985 (PUM, 2009).Thomas Waugh Concordia; Challenge for Change : Activist Documentary at the National Film Board of Canada (MQUP, 2010).Wiliam Straw McGill ; Directeur du Dép.Histoire de l’Art et des études en Communications.Animatrice Michèle Garneau UdeM; Traversées de Pierre Perrault (Fides, 2009).SOURCE TRIPTYQUE Lynn Diamond publie son troisième roman chez Triptyque.mancière analyse avec acuité les rapports entre les hommes et les femmes — touchantes histoires d’amour que celles de Leslie et Josua, Max et Anna — et dresse un portrait précis des préoccupations de notre époque, de ses enjeux idéologiques, sociaux et politiques.En revanche, la narration a de quoi perdre le lecteur dans la mesure oû la structure est complexe et éclatée, et le récit, truffé de références aux romans Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda et Le Loup des steppes de Hermann Hesse.Le rythme narratif est pour le moins déstabilisant pour ce qui s’annonçait comme une œuvre de pure réflexion sur le besoin d’absolu.On referme le roman avec la sensation d’un trop-plein.D’un éparpillement.Collaboratrice du Devoir LESLIE MULLER OU LE PRINCIPE D’INCERTITUDE Lynn Diamond Triptyque Montréal, 2011,206 pages iL'ÉCIIAKGt —r Cui.lÉl (A- jBi> l ¦ /I — f f LITTERATURE QUEBECOISE Galerie de portraits CHRISTIAN DESMEULES Chaque existence est un problème insoluble.» La phrase résume plutôt bien la méthode et les intentions du premier roman de Dominique Robert, déjà poète et nouvelliste {Pluie heureuse.Jours sans peur).Chambre d’amis nous convie à une exploration éclatée des solitudes humaines.Mais regardons de plus près.En entrant dans la galerie qui accueille une exposition de photos, sur le mur gauche, on (c’est-à-dire le lecteur) tombe sur une série de petits formats en noir et blanc.On y voit «Fanny allongée pour une sieste (octobre 2008)».Sur le mur du fond, quelques grands formats en couleur et des portraits qui se veulent autant d’hommages à de grands noms de la photographie contemporaine (Duane Michals, Di^ne Arbus, Lynne Cohen).À partir d’une fraction de seconde, d’un instant de vie immobilisé sur pellicule, Dominique Robert décompose toute une virtualité pour les besoins de sa fiction.D’autres instants viennent se superposer pour lui donner une densité particulière faite de passé, de présent, de futur.On le sait: il y a plus dans une image (et dans un livre) que ce qui nous est donné à voir.Il y a tout ce que l’on y met soi-même en la regardant.C’est aussi le travail préliminaire et fondateur de l’écrivain, en quelque sorte, que de voir au-delà des apparences et de déployer l’éventail des possibles.La plupart des personnages de ces photographies, et de son roman fragmenté, se fréquentent ou se croisent sans se connaître.Scènes de nuit dans un bar du centre-ville de Montréal (le Night) oû semblent converger tous les personnages du roman — une sorte de point de fuite.La plupart bouillonnent de solitude, traversée de tensions érotiques, parfois éclairée d’un court flash de bonheur à deux.On y croise Juliette, une jeune artiste photographe qui ne se sent exister qu’à travers le regard des autres (et dont, on le comprend assez vite, ce sont les photographies qui servent de canevas à Chambre d’amis).Isa, prof de français au collégial qui a un faible pour les hommes plus jeunes qu’eUe, à peine sortis de l’adolescence, insa- SOURCE LES HERBES ROUGES Dominique Robert tiables et inconstants.Erancis, amant d’Isa, puis de Juliette.Un couple adultère.Minh, une jeune Asiatique apprentie coiffeuse, un peu prostituée, débordée de colère envers une mère alcoolique qu’elle préférerait savoir morte.Catherine, enfin, une «obscure» écrivaine qui trouve à nouveau l’inspiration en mettant les pieds dans la galerie d’art branchée de Notre-Dame-de-Grâce, oû l’on présente l’exposition photographique de Juliette — l’alter ego officiel, si on veut.C’est le véritable point de départ du roman, celui oû l’écrivaine est «atteinte par une détresse semblable à la sienne, par un regard trop franc pour être distraitement rencontré, par les projectiles de la réalité même.» Dominique Robert accumule les phrases courtes, descriptives, qui s’empilent simplement les unes sur les autres pour créer du sens.Au moyen d’une forme presque clinique, mimant l’objectivité (illusoire) d’une lentille, l’écrivaine pose un regard désenchanté, mais bienveillant, sur une humanité vibrante qui ne connaît heureusement pas toute l’ampleur de son désarroi et de sa solitude.Le doute accroché au cœur, les personnages morcelés auxquels Dominique Robert insuffle la vie se demandent tous comment ü faut vivre.Et tous à travers elle, heureusement, ne répondent pas à la question.Collaborateur du Devoir CHAMBRE D’AMIS Dominique Robert Les Herbes rouges Montréal, 2011,170 pages LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 F 5 LIVRES POLAR John Harvey, traité de sociologie pratique Depuis longtemps, John Harvey est considéré comme l’un des maîtres du polar anglais contemporain avec les PD James, Ruth Randell, lan Rankin et autres Elisabeth Georges.Pas étonnant que le terreau soit si fertile quand on compte des ancêtres aussi prestigieux qu’Arthur Conan Doyle et Agatha Christie.MICHEL BELAIR De Harvey, on connaît surtout ses cycles Elder et Re-snick, du nom des deux enquêteurs qui l’ont rendu célèbre.Le revoici avec un Charlie Resnick vieillissant aux prises avec l’assassinat d’une jeune adolescente lors d’un affrontement entre deux gangs survenu dans un quartier chaud de Nottingham, le jour de la Saint-Valentin.Pis encore: la copine de Resnick, l’inspectrice Lynn Kellogg, est blessée durant la fusillade.Les choses vont se compliquer encore beaucoup plus lorsque le père de la jeune victime accusera la policière de s’être servie de sa fille comme bouclier.Bientôt Resnick perdra le contrôle de l’enquête parce qu’il arrive mal à maîtriser ses émotions et ne pourra plus aider Lynn qu’en travaillant dans l’ombre.C’est là que, bien au-delà d’un drame à caractère social, il se voit confronté à une sordide histoire où se mêlent violence, trafic d’armes, prostitution.le tout sur fond de trahison, de guéguerre de pouvoir et d’une perte insurmontable.C’est l’écriture de Harvey — et l’admirable maîtrise de son traducteur Gérard de Chergé — qui rend la chose encore plus intéressante.Sa description précise et imagée des tensions entre tous ceux qui composent la nouvelle mosaïque anglaise, l’impact aussi des vagues d’immigration successives — de l’Orient comme des anciens pays de lEst—sur le crime organisé et ses pratiques, tout cela prend vie sous nos yeux de taçon extrêmement colorée.Une leçon de sociologie pratique chargée d’émotions vives.On ne peut pas en dire autant de cet autre polar anglais lu durant la période des Fêtes et dont on ne parlera ici qu’en quelques lignes: En ce sanctuaire de Ken Bruen, pourtant paru dans la Série noire de Gallimard, n’en mérite vraiment pas plus.L’auteur met ici en scène le plus insupportable privé que l’on puisse imaginer, Jack Taylor.Irlandais et surtout alcoolique, il passe d’une autocure de désintox à l’autre après nous avoir décrit dans le détail ses excès éthyliques: passionnant Taylor semble toujours agir à l’aveuglette, sans recul, sans intérêt disons-le, dans une histoire qui ne lève jamais.Vous ne perdrez pas beaucoup à oublier simplement que l’on peut aussi publier des choses pareilles.Le Devoir COLD IN HAND John Harvey Traduit de l’anglais par Gérard de Chergé Rivages / Thriller Paris, 2011,368 pages EN CE SANCTUAIRE Ken Bruen Traduit de l’anglais (friande) par Herre Bondil Gallimard, «Série noire» Paris, 2010,200 pages LITTERATURE ETRANGERE La Barcelone gothique de Zafôn CHRISTIAN DESMEULES C>est un cliché plutôt difficile à taire: la ville de Barcelone, dans les romans de Carlos Ruiz Zafôn, est un personnage à part entière.C’est le cœur qui bat au creux de tous ses livres.Et Marina, son second roman, paru en 1999 mais sorti à nouveau il y a deux ans en Espagne dans la foulée des succès de l’auteur de L’Ombre du vent (Grasset 2004) et du Jeu de l’ange (Robert Laffont 2009), ne fait surtout pas exception.C’est dire que Zafôn nous convie en terrain connu: Barcelone et ses fantômes du passé, ses brumes commodes, ses gargouilles animées, le défilé des anges de pierre, les passages secrets et les villas caverneuses.Présenté à l’origine comme un
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