Le devoir, 5 février 2011, Cahier G
LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 COOPEMTlOfi NTERNATIONAL 5^ REUTERS Allons-nous baisser les bras ?Il ne reste souvent plus qu’un souvenir de ce que fut l’aide humanitaire canadienne JACQUES NADEAU LE DEVOIR REUTERS À gauche: un bénévole de la Croix-Rouge canadienne après l’ouragan Katrina.À droite: un soldat canadien aidant une jeune victime du tsunami de 2004 Que le gouvernement canadien demande à ses propres citoyens de payer pour être rapatriés, ou assistés, lorsqu’un coin de planète se retrouve en crise servira sans doute à plus d’un bien-pensant pour justifier que tout le tiers-monde misérable n’a pas être soutenu par un pays du G8, même si ce pays est tenu pour être un des plus riches de la planète.«Si on facture les nôtres, allons-nous gaspiller l’argent pour “eux autres”?», pourrions-nous ainsi entendre dire.NORMAND THERIAULT Toute réaction d’un «réac» potentiel peut se justifier: que faire avec un pays ou un regroupement, peu importe sa nature dans ce dernier cas, si ces entités n’ont pas des orientations politiques similaires à celles du gouvernement Harper?Ainsi, l’affaire palestinienne est un exemple utile pour décrire ce qui se passe: ce coin de territoire ne refuse-t-il pas les accommodements raisonnables qu’offre Israël, tout en étant un lieu propice à divers débordements?Cela étant dit, il est donc devenu suicidaire pour tout organisme dont le financement dépend en partie de l’ACDI, cette «créature» du gouvernement canadien chargée de distribuer des fonds publics aux organi- sations œuvrant au niveau international, de même tenir un colloque portant sur la situation qui prévaut au Moyen-Orient Si, à cette occasion, un point de vue autre que la position «officielle» est présenté, à savoir celui de la politique étrangère canadienne, alors le couperet financier tombe, et l’avenir d’une ONG est donc remis en question.Alternatives connaît d’ailleurs un tel sort, pour avoir voulu tenir à Toronto une rencontre sans avoir obéi aux objections émises par Ottawa.Et d’autres organismes tremblent, surtout s’ils n’ont pas encore l’aide financière normalement accordée, s’ils font leurs des positions qui parlent de limitation des naissances ou renvoient, en les soutenant, à des thématiques qui dans le discours d’hier étaient dites progressistes.Car il y a revirement dans la politique du Canada.Lourd de conséquences même, quand on voit ce pays aller en guerre, lui qui a vu un de ses anciens premiers ministres recevoir un prix Nobel car il avait pensé un modèle, celui des Casques bleus, où l’armée vient en aide aux gens plutôt que d’être au service d’un pouvoir en place, l’armée intervenant maintenant militairement pour éliminer tout opposant à un régime que l’on veut bien décrire comme démocratique: ces gens-là, po-sera-t-on, parlant ainsi de la situation afghane, ne votent-ils pas comme le font les Tunisiens, les Egyptiens, les Algériens, les Congolais ou les Russes d’un autre temps?Et, comme si cela ne suffisait pas, on va encore plus loin, amenant la politique étrangère canadienne à reprendre un modèle d’un autre temps.S’il fut un temps où on prêtait amicalement, c’était surtout pour permettre aux pays bénéficiaires d’avoir des crédits disponibles pour acheter des surplus de beurre ou de céréales.Et voilà que le souci économique se manifeste encore.Ainsi, l’Afrique, ce confinent pauvre, est devenue, semble-t-il, inintéressante, avec pour conséquence que si, dans le passé, 70 % de l’effort financier international canadien était consacré à ces pays du Sud, aujourd’hui, ces pays ne reçoivent plus que 30 % des crédits que débloque le Parlement: gens du Bénin, du Burkina Easo, du Cameroun, du Kenya, du Malawi, du Niger, du Rwanda ou de la Zambie, à vous, il ne vous reste donc plus qu’un souvenir de ce que fut une aide humanitaire canadienne.Notre planète, surtout quand elle est politique, vire, et, pour reprendre une expression d’hier, «à droite».Regardez, pour vous en convaincre, les gouvernements et les législateurs en place, tout comme ceux récemment élus.Et la situation économique qui prévaut autorise même les fermetures de frontières, que celles-ci soient physiques, morales ou surtout économiques.Ne circulera plus bientôt que le capital.Pourtant, survient-il une catastrophe, et la situation haifien-ne en est un exemple, alors la générosité populaire se manifeste.Mais tous de croire que, pour les affaires courante^, il suffit de se tourner vers l’État pour assurer le bien-être planétaire, cet état de choses qui seul assure qu’il ne sera pas nécessaire de se révolter pour obtenir des conditions de vie décentes.Mais cela n’est plus.Comme le dit Bonnie Campbell, titulaire de la chaire C.-A.-Poissant de recherche sur la gouvernance et l’aide au développement de l’UQAM, on voit apparaître une nouvelle façon de faire: «En juillet dernier, un important regroupement de plus d’une centaine d’ONG et de consultants internationaux s’est fait carrément couper ses fonds! Or ce regroupement jouait un rôle reconnu par les anciens dirigeants et présidents de l’ACDI comme un essentiel chien de garde de nos politiques d’aide.» Et les politiques de manœuvrer à courte vue: la recherche du profit immédiat, qu’il soit financier ou politique, a la priorité sur l’investissement rentable.Quant au sort des personnes qui subissent ce que les nouvelles orientations entraînent, à elfes d’y voir par elles-mêmes.Bienvenue dans le monde de la real politik.Le Devoir LE DEVOIR orum - Foro^° DAKAR 2011 Le Forum social mondial s’ouvre demain Page 3 FLAVIE RESSIOT Des moins de 30 ans se signalent par leur engagement Page 4 LE 6 FEVRIER 2011 Le Sénégal est à l’honneur à Québec Page 4 DESJARDINS Le crédit-stockage, vous connaissez?Page 5 CSI La voix des syndicats d’ici porte sur la scène internationale Page 6 CANADA La politique d’aide pour lutter contre la pauvreté est un échec Page 7 HANDICAP INTERNATIONAL «Je me rappelle le sourire d’une petite fille.» Page 8 'it NOUS SOMMES NOMBREUX À CROIRE QUE PARTAGER LE MODÈLE FINANCIER COOPÉRATIF PEUT CHANGER LE MONDE ET CONTRIBUER À LA PROSPÉRITÉ DURABLE, Desjardins desjardins.com Coopérer pour créer l'avenir LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 G 3 COOPERATION Ouverture du Forum social mondial Alternatives sera présente à Dakar demain « La dynamique des forums sociaux va en s’enrichissant » Le Forum social mondial s’amorcera demain, à Dakar.Depuis la première édition à Porto Alegre, en 2001, l’ONG Alternatives demeure une habituée de l’événement.Elle sera une fois de plus de la partie, alors que la crise aggrave certains ravages du modèle économique pourfendu par les groupes qui se réuniront cette semaine.ETIENNE PLAMONDON EMOND Essoufflé, le mouvement al-termondialiste?Bien au contraire, selon Michel Lambert, directeur général d’Alter-natives.Si les slogans à l’emporte-pièce contre le néolibéralisme se font plus discrets, les ramibcations du Forum social mondial se multiplient.L’année 2010 aurait même été surnommée «l’année des forums sociaux» parmi les initiés, tant les événements périphériques s’inscrivant dans la démarche se sont avérés nombreux.En effet, dans les six derniers mois, on peut en dénombrer au moins une douzaine.«J’aurais tendance à dire que, loin de s’appauvrir, la dynamique des forums sociaux va en s’enrichissant.» 11 approuve ainsi l’apparition des assemblées thématiques postforums, amorcées depuis 2007, qui permettent à des mouvements de se réunir et d’adopter des prises de position ou des programmes sur des enjeux précis soulevés lors de l’événement principal.«Ça permet au forum de demeurer ce qu’il est tout en atteignant finalement les objectif de ceux qui ont hâte qu’il y ait plus de concret qui en ressorte.» De nombreux Québécois participent d’ailleurs à la deuxième édition du Forum social science et démocratie, qui se tient jusqu’à aujourd’hui en marge du Forum social mondial.Tables rondes et ateliers y mettent en interaction les mouvements écologistes et sociaux avec des chercheurs.«Souvent, les militants vont être contre quelque chose sans nécessairement être très pointus dans l’analyse technologique ou technique», reconnaît Michel Lambert, qui y voit une belle occasion, pour certaines organisations, d’entériner leur démarche à l’aide d’informations scientrbques rigoureuses.Place à Dakar Demain, par contre, place à cet espace capital de rencontres, de discussions, de débats et d’alliances que continue de jouer le Forum social mondial.Quelque 60 000 personnes en provenance des quatre coins du globe y sont attendues.De 150 à 200 Québécois vont participer à cet événement, dont des délégués rattachés aux YM CA du Québec, à l’Université du Québec à Rimouski et à Développement et paix.L’QNG Alternatives, qui est entrée dans la danse dès la première édition il y a dix ans, y retourne, bdèle au poste.«On s’en va là-bas apporter des projets [.] en appui à nos partenaires du Sud, qui vont, on l’espère, bé- néficier de la mouvance des forums sociaux mondiaux, et vice-versa», résume Michel Lambert à propos de leur présence à Dakar.L’Afrique, grande victime du modèle économique dominant mondialisé, accueille pour une troisième fois ce sommet, après Bamako en 2006 et le Kenya en 2007.La journée du 7 février sera d’ailleurs exclusivement consacrée à ce continent et à sa diaspora.«Le Sénégal est une plaque tournante pour l’immigration vers le Nord», ajoute Michel Lambert, qui se dit convaincu que la question de la migration sera centrale durant le forum.Bien qu’Alternatives, qui apporte du soutien dans une trentaine de pays, ne possède pas de position arrêtée sur le sujet, l’organisme semble sensible aux réponses ou questions qui devraient émerger durant les rencontres.«On avait tenté, il y a quelques années, au Forum social québécois, de parler des questions d’immigration.Ça été noyé par d’autres enjeux plus terre à terre, dont les fameux accommodements raisonnables.Mais, dans le cas de l’Europe et de l’Afrique, ce sera un enjeu important.» Souveraineté alimentaire.Un défi auquel s’attelle activement Alternatives, soit la souveraineté alimentaire, devrait aussi mobiliser plusieurs groupes au cours de la semaine.Durant les dernières années, l’Afrique, du Burkina Faso au Mozambique, a été le théâtre de nombreuses manifestations en réaction à la hausse des prix des denrées de base qu’a engendrée la dé- KOnOINOCHO TO Muunvv ^aSvC 6^\&H s KUlORA PAmOIA TUNAWBZAB TOGETHER WE CAlMu LANPf-HOUSIlVC —«¦! -*1.- ';25‘''JAJVUAny 2007 #UISP ANTONY NJUGUNA REUTERS Nairobi, au Kenya, a accueilli le Forum social mondial en 2007.pendance envers le commerce extérieur.«J’étais à Port-au-Prince cette semaine, où on était en réunion avec divers mouvements sociaux, dont notamment des regroupements paysans qui sont actifs sur la question de la souveraineté alimentaire», explique Michel Lambert, en escale à Montréal avant de s’envoler vers le Sénégal.«Ces gens-là ont adopté un appel qu’ils veulent international et qu’ils vont amener jusqu’à Dakar.» L’objectif?Tenter d’organiser, vers 2012, un Forum social sur la souveraineté alimentaire en Haïti, qui a souffert d’une flambée des prix en 2007 et en 2008.La mission vise donc à «réunir les mouvements paysans haïtiens avec d’autres mouvements paysans du monde, mais aussi, au-delà de ça, à faire en sorte que la question de la souveraineté alimentaire prenne plus de place», exprime Michel Lambert, qui souligne que cette question s’in- tégre à d’autres préoccupations économiques, agricoles et écologiques de l’heure.et situation palestinienne Sur la question palestinienne.Alternatives persiste et signe.Même si l’QNG soutient que ce sont ses positions politiques sur la situation au Proche-Qrient qui ont incité l’Agence canadienne de développement international (ACDl) à réduire de 70 % l’aide financière qui lui était habituellement consacrée, le Forum de Dakar constitue pour elle un moment-clé pour consolider un mouvement de solidarité envers les Palestiniens.Quelques semaines après le Forum social sur l’éducation en Palestine, coorganisé par Alternatives en octobre dernier, le gouvernement brésilien a reconnu l’État nouvellement proclamé.L’annonce a eu un effet domino sur quatre autres gouvernements latino-américains qui se sont empressés d’emboîter le pas.«Ce forumdà a débouché sur une autre proposition de forum mondial, cette fois [spécifiquement] sur la question de la solidarité avec la Palestine, pour tenter de réunir un paquet de campagnes», rapporte M.Lambert.«Il y a des discussions avec beaucoup dégroupés au Brésil», signale-t-il, entrevoyant la possibilité qu’un forum social exclusivement dédié à cette cause s’y déroule en 2012.Dakar en direct Quant au forum de cette semaine, le directeur général d’Alternatives précise qu’il leur est tout autant favorable qu’à leurs partenaires.«Pour nous aussi, c’est un moment où on va faire des alliances [.].La plupart des activités, on va les coorganiser avec d’autres organismes pour essayer d’apprendre à se connaître et à travailler ensemble», note-t-il.La délégation sur le terrain réalisera un bulletin Internet, mettra à jour la version en ligne du Journal des alternatives en plus d’alimenter un blogue en collaboration avec le site Paroles citoyennes.Elle filmera aussi l’ambiance, et le film sera projeté à l’UQAM lors de l’événement En solidarité avec le Forum social mondial 2011, le 8 février prochain.«On veut rendre compte de ce qui se passe là-bas, de nos propres activités, bien sùr, et des activités thématiques qui intéressent nos membres», promet M.Lambert pour ce forum, qui se terminera le 11 février.Le Devoir BOOVIE De l’espoir, malgré les défis « Il est plus crucial que le troupeau de lamas et d’alpagas aille bien » En Bolivie, une femme sur 99 meurt des suites d’un accouchement et un enfant sur 16 n’atteint pas son cinquième anniversaire.«C’est devenu presque une fatalité, explique Miriam Rouleau-Pérez, ex-volontaire du Centre d’études et de coopération internationale (CECI) à Curahuara de Carangas, dans les Andes boliviennes.Les familles se trouvent dans un contexte de siuvie et personne ne parle jamais de la mortalité infantile.Quand un enfant est malade, qu’il a la diarrhée, la mère continue généralement son travail aux champs.Car rester auprès de lui, c’est peut-être sauver un des enfants.Sauver la récolte, c’est sauver tous les autres.» HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN Comme partout où il agit, le CECI s’imprègne de la culture et des mentalités des populations pour essayer de changer la donne.«Sur ces hauts plateaux andins, décrit Miriam Rouleau-Pérez, installée pendant deux ans avec mari et enfants, à 4000 mètres d’altitude, la population est dispersée.La cellule familiale est très importante, mais la santé des personnes n’est pas la priorité.Il est plus crucial que le troupeau de lamas et d’alpagas aille bien, parce que c’est lui qui va permettre de nourrir la famille.Nous sommes venus leur dire qu’on peut remédier à cela, qu’il y a moyen qu’un enfant survive à une diarrhée.» Dès son arrivée en juillet 2006, alors qu’elle a pour mandat de soutenir les actions des autorités municipales en matière de prévention de la santé, le diagnostic tombe: les femmes ne viennent pas assez souvent au centre de santé situé au village.Parce qu’elles sont éloignées, isolées, à plusieurs heures de marche, mais aussi et peut-être surtout parce qu’elles ne s’y reconnaissent pas.«Il y avait une confrontation entre la médecine moderne en blouse blanche et la mé- decine traditionnelle considérée comme de la sorcellerie.Par exemple, les femmes qui consultaient pour un examen gynécologique se retrouvaient les pieds en l’air dans les étriers.Elles étaient choquées et ne revenaient jamais.Il a fallu qu’on rapproche ces deux mondes, qu’ils se respectent, pour faire entrer la médecine moderne dans la vie de ces populations autochtones, tout en respectant leurs us et coutumes.» Une première salle de naissance Grâce à ce rapprochement, le nombre des femmes fréquentant le centre de santé augmente rapidement: 9 % en juillet 2006, 16 % le 1"" octobre, 33 % fin décembre.Une première salle de naissance est inaugurée en janvier 2007.six mois à peine après l’arrivée de Miriam Rouleau-Pérez.Une maison à l’image de la collectivité: les femmes peuvent y accoucher dans la position qu’elles souhaitent, il y a un four en terre cuite, la possibilité de s’adonner à des rituels avec différentes herbes.«Les enfants peuvent être là, le mari également, car dans la culture andine, avec l’isolement dans lequel se trouvent les familles, c’est souvent lui qui, traditionnellement, fait office de sage-homme.Les femmes se retrouvent dans un contexte où elles se sentent bien, dans une réalité imprégnée de leurs codes.» Un projet qui prend place à un moment crucial dans la vie politique de la Bolivie, alors qu’Evo Morales vient d’être élu à la présidence de la République.Avec lui, les collectivités autochtones,voient s’ouvrir leur accès aux services de l’État.«La Bolivie a des indicateurs de pauvreté et d’exclusion plus élevés qu’ailleurs en Amérique du Sud, note Mario Renaud, directeur général du CECI.Et, parmi la population bolivienne, les collectivités traditionnelles andines vivent dans les conditions de dénuement les plus extrêmes.Il y a de réels progrès depuis l’élection de 2005, mais beaucoup de chemin reste à parcourir.» Le gouvernement est donc ouvert à de telles initiatives.Très vite, le maire de la petite ville de Curahuara de Carangas fait sien ce projet, intitulé «Un aguayo pour un accouchement sans CHAVIN CHAVEZ Le rapprochement de deirx mondes: une sage-femme traditionnelle et une auxiliaire infirmière collaborent après la naissance d’un nouveau-né à domicile.risque».11 le défend bec et ongles jusque devant les autorités nationales.L’inauguration de la maison de naissance a lieu en présence du vice-ministre de la Santé.Au printemps 2007, celui-ci ouvre un poste de sage-femme.Médecines traditionnelle et moderne se retrouvent alors sous le même toit.Pari gagné.En octobre 2007, 84 % des femmes fréquentent le centre de santé, et aujourd’hui la sage-femme accouche en moyenne onze enfants par mois.Miriam Rouleau-Pérez et sa famille sont rentrées à Montréal, mais, sur le terrain, une coordonnatrice bo- livienne a été nommée et treize municipalités voisines tentent de reproduire le schéma tout en tenant compte de leurs particularismes forts.Engagement local Un succès rendu possible grâce à l’engagement d’acteurs locaux et nationaux.«Nous avons aujourd’hui vingt volontaires en Bolivie, dans les régions de La Paz et d’Oruro, explique Mario Renaud.Chaque fois, nous avons des partenaires locaux engagés dans un des trois secteurs sur lesquels nous travaillons.» Qutre la santé maternelle, le développement local et la bonne gouvernance ainsi que l’économie solidaire font partie des priorités du CECI.«Nous soutenons l’effort des collectivités en vue de créer une économie différente, qui ne s’appuie pas sur les ressources naturelles de la Bolivie.Nous appuyons le renforcement des capacités locales, l’échange d’expériences, d’expertises, la consolidation des institutions, notamment tout ce qui touche les femmes.Avoir réussi à faire en sorte que la médecine traditionnelle prenne sa place à côté de la santé d’aujourd’hui, comme à Curahuara de Carangas, est une grande victoire.Dans la région d’Oruro, nous essayons de favoriser le dialogue entre les syndicats, les organismes d’Etat, les représentants des collectivités traditionnelles.Nous appuyons également un mouvement qui vise à faire redécouvrir, à exploiter et à vendre à plus grande échelle une céréale, la quinoa.» En mai dernier, Mario Renaud était sur le terrain, 20 ans après son dernier passage dans la région andine.11 en est revenu gorgé d’optimisme.«J’ai vu des collectivités traditionnelles qui avaient retrouvé une fierté et qui n’avaient plus peur de s’engager, assure-t-il.J’ai vu dans les yeux des femmes qu’elles se permettaient de rêver à un mieux-être pour leurs enfants.Il y a des incertitudes, l’avenir de ces populations dépend beaucoup de l’économie régionale, mais j’ai grand espoir que, d’ici dix ans, elles auront accès aux services de base: éducation, santé et développement économique.» Collaboratrice du Devoir Certificat en coopération internationale Faculté de l'éducation permanente AIDE HUMANITAIRE + SOLIDARITE + DROITS HUMAINS + INTERVENTION ADMISSION PRINTEMPS-ETE 2011 514 343.6090 www.fep.umontreal.ca/cooperation Université de Montréal G 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 COOPERATION Semaine du développement international Le Sénégal est à rhonneur « On porte une attention toute particulière au monde rural » La Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) célèbre à sa manière la Semaine du développement international qui se tient du 6 au 12 février prochains.Qu’en est-il de la programmation et qu’est-ce que la SOCODEVI?Les réponses, en compagnie de son directeur général, Réjean Lantagne.tation du Québec dans son pays.«Chaque année, raconte M.Lantagne, il y a un pays qui est à l’honneur.Et, cette année, c’est le Sénégal, là où présentement l’un de nos partenaires appuie une coopérative d’habitation et la mise sur pied d’un immense projet d’habitation à Thiès, en banlieue de Dakar On l’aide tant pour le fonctionnement d’une coopérative que pour les démarches menant à un financement pour la construction de maisons.Ce projet s’étend sur plusieurs années et nos experts québécois y ont déjà investi 250 jours de travail sur le terrain.On transmet nos connaissances, on donne des conseils, on offre de la formation et de l’assistance technique.» M.Lantagne précise par ailleurs que Mme Ndoye aura une semaine bien remplie.«Toute sa semaine est planifiée avec des rencontres un peu partout avec des coopératives d’habitation, des mutuelles d’assurance, des coopératives agricoles et ainsi de suite.» L’autre invitée THIERRY HAROUN Historiquement, la SOCODEVI a toujours été au Québec le fer de lance de la Semaine du développement international, qui existe, de mémoire, depuis une vingtaine d’années.C’est une semaine qui souligne le travail accompli par les coopérants.Et, cette année encore, nous entamons cette semaine par notre traditionnel brunch, lors duquel plus de 200 personnes sont attendues», mentionne Réjean Lantagne.Invités de marque Le coup d’envoi de la Semaine du développement international sera donc donné le 6 février au Château bonne entente, à Québec, lors duquel le Sénégal sera à l’honneur.D’ailleurs, Maty Ndoye, présidente de l’Union régionale des coopératives de construction et d’habitat de Thiès, donnera une conférence portant sur son organisation ainsi que sur la contribution des coopératives d’habi- -vW- SOURCE SOCODEVI Réjean Lantagne, directeur général de la Société de coopération pour le développement international: «Ce qu’on fait, c’est de i’intercoopération en partenariat avec d’autres coopératives et associations dans le monde.» de marque et conférencière d’honneur, rappelle M.Lantagne, est Pauline Green, présidente de l’Alliance coopérative internationale, basée en Suisse.«C’est tout un honneur pour nous de pouvoir la recevoir.Et sa présence est un beau hasard car elle venait au Canada durant cette période dans le cadre de l’organisation, en 2012, de l’Année internationale des coopératives, proclamée par l’ONU.» Notons de plus la présence de Denis Richard, président du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, également président de la COQP fédérée.Une invitation a aussi été lancée à la ministre canadienne de la Coopération internationale, Beverley J.Qda.«On souhaite bien sûr sa présence, mais on sait qu’il est toujours difficile d’obtenir la présence de ministres en raison de leur horaire chargé.» Enfin, ü y aura un volet consacré à la jeunesse, à l’occasion de cette semaine à laquelle participeront plus de 1200 personnes.«Il y aura en fait une exposition de photos prises par nos jeunes stagiaires à travers le monde.Les jeunes ont un rôle important à jouer dans le cadre de la coopération internationale», tient-ü à souligner.La SOCODEVI C’est à Québec que la SQCQDEVl, qui compte 23 organisations membres regroupant quelque trois millions de personnes, tient son siège social.Fondé en 1985, ce vaste réseau de coopératives et de mutuelles a célébré en 2010 ses 25 ans d’existence.Et son bilan, sur le plan des chiffres, donne le vertige: présence dans 40 pays sur quatre continents, plus de 12 millions de bénéficiaires, appui donné à 634 organisations, 378 projets réalisés d’une valeur totale de 200 millions de dollars et plus de 500 missions d’assistance technique.Plus concrètement, la documentation officielle donne des exemples d’appui à des projets.Ainsi, au Togo, plus de 10 000 femmes entrepreneures comptent sur un réseau de mutuelles qui leur est dédié et qui leur permet d’avoir un meilleur accès au crédit, tout en bénéfi- ciant d’un accompagnement dans la gestion de leurs activités.En Uruguay et en Argentine, on note la mise sur pied d’un modèle de développement forestier durable qui permet d’améliorer le revenu de centaines de travailleurs forestiers qui se sont regroupés en coopératives et en associations.Alors que, au Guatemala, au Salvador, au Honduras, au Panama, au Paraguay et en République dominicaine, la SQCQDEVl est venue en appui à des mutuelles et à des coopératives d’assurance qui offrent des produits adaptés aux besoins des populations les plus défavorisées.«On porte une attention toute particulière au monde rural, là où on retrouve 70 % des pauvres de la planète.Ce qu’on fait, c’est de l’intercoopération en partenariat avec d’autres coopératives et associations dans le monde.Nous avons un pied-à-terre présentement dans 19 pays et, sur une base annuelle, nous appuyons simultanément une quarantaine de projets totalisant 11 millions de dollars.Dans nos actions, conclut M.Lantagne, nous favorisons la répartition de la richesse.Nous n’intervenons pas à l’échelle politique mais à l’échelle économique en faveur des pauvres.» Collaborateur du Devoir Association québécoise des organismes de coopération internationale « Pour moi aussi, ç’a été un déclic » Des moins de 30 ans se signalent par leur engagement Pour briser le cynisme ambiant et donner une tribune aux moins de 30 ans, l’AQOCI honore, poiu une deuxième année, huit jeimes leaders qui se sont engagés dans la coopération internationale, question de célébrer ceux qui se dévouent, dans le cadre de la Semaine du développement international.ETIENNE PLAMONDON EMOND La coopération reçoit une tonique bouffée d’air frais.Elle a essuyé quelques critiques ces derniers temps.Quelques remises en question aussi.Parfois avec raison.N’empêche, nombre d’humbles initiatives, aux répercussions positives, convainquent qu’il ne faut pas baisser les bras.11 suffit que ces réalisations ne tombent pas dans le silence.Question de secouer, vivifier et mobiliser la génération Y, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQQCl) a lancé un projet de reconnaissance.Pour une deuxième année, elle a invité tous ses organismes membres à lui signaler des candidats inspirés et inspirants, âgés de moins de trente ans, qui se sont distingués dans leur engagement.«Le concept, c’est vraiment de choisir des jeunes qui sont motivants pour d’autres afin de favoriser la sensibilisation, de vaincre la morosité ambiante, pour convaincre les jeunes de passer à l’action», explique Amélie Nguyen, analyste de l’AQQCl et responsable du projet.Huit d’entre eux ont été retenus, au final, et l’AQQCl réalise leur portrait vidéo.Les films seront projetés lors de l’événement En solidarité avec le Forum social mondial 2011, le 8 février prochain à l’UQAM, mais ils seront surtout révélés au grand public via Internet.«Je pense que c’est juste le petit déclic qui manque à certaines personnes» pour s’engager, considère Fabienne Boi-leau-Falardeau, une lauréate de cette année, à propos de la V^q^SDEFI FAIRE ECHO AUX VOIX DES FEMMES + 70% des 130 millions ^ d’enfants qui ne vont pas ^ à récole sont des filles.+ 1 femme sur 3 dans le monde est victime ^ de violence.^ + 66% du travail effectué dans le monde est fait par des femmes.Pourtant, elles gagnent ^ moins de 5% du revenu mondial.n RELEVEZ LE DEFI! POUR TOUTES LES FEMMES DU MONDE WWW.LEURDEFITONDEFI.CA UNE CAMPAGNE uiiterxa UN PROGRAMME CECI ÂEUMC diffusion de ces capsules vidéo.Son riche parcours servira de modèle, elle qui revient à peine d’un projet de cinq mois, au Pérou, où elle agissait en tant que conseillère en commercialisation de produits biologiques issus de l’agriculture urbaine, à Lima.Auparavant, lorsqu’elle était étudiante à HEC, elle a effectué un stage en Guinée pour aider des productrices de karité à çommercialiser leurs produits.A son retour, elle a commencé des études de médecine avant de mieux repartir, au Bénin cette fois-là, pour y travailler dans des hôpitaux.«Je pense que la chose qui est importante, c’est de dire aux autres que ce n’est pas supercompliqué de s’engager, soit dans son milieu, ici, ou au niveau international», prend-elle modestement comme responsabilité, après sa nomination comme Jeune Leader.Casser les préjugés envers les jeunes Ces hommages et les capsules vidéo qui en découlent cherchent à encourager les jeunes, mais aussi à déboulonner l’image négative fréquemment accolée à la génération Y.C’est dans cette démarche que s’inscrit tout autant un atelier de rédaction de la Déclaration jeunesse du Forum social mondial de Dakar, organisé par l’AQQCI, qui se déroule aujourd’hui.A Montréal, des gens âgés de 16 à 30 ans travailleront toute la journée au YMCA centre-ville, en collaboration avec des gens du même âge en France et au Sénégal, pour élaborer cette déclaration.«Souvent, la perception des jeunes qui est transmise au public, ou même que le public entretient, c’est celle de gens désabusés, individualistes, consommateurs et qui n’ont pas de valeurs», se désole Amélie Nguyen, qui s’alarme de l’absence des moins de trente ans dans les conseils d’administration.«Donc, c’est un peu l’idée de briser ce modèle-là qui, selon nous, du moins avec les exemples qu’on a autour de nous, est faux.» Globalement et localement Flavie Ressiot, une autre lauréate des Jeunes Leaders, en constitue un exemple énergique.Bien qu’elle ait participé à des stages en Equateur et en Inde, elle s’est engagée bénévolement au Québec au sein d’Qx-fam depuis près de cinq ans.SOURCE AQOCI Fabienne Boileau-Falardeau revient à peine d’un projet de cinq mois, au Pérou, où elle agissait en tant que conseillère en commercialisation de produits biologiques issus de l’agricitlture lubalne.Entreprenante, cette étudiante en relations publiques a cofondé un groupe de sensibilisation aux relations Nord-Sud, sur le campus de l’UQAM, au sein duquel elle agit actuellement comme présidente.«Il y a un volet, dans les organismes de coopération internationale, qui est que de beaucoup s’engager localement a des répercussions globalement, rappelle Flavie Ressiot.Les actions qu’on peut faire ici, comme dans nos habitudes de consommation, peuvent vraiment changer les choses concrètement au Sud [.].Il ne faut pas banaliser ce qui est fait ici non plus.» «On essaie de valoriser à la fois l’engagement social local et à l’étranger», évoque Amélie Nguyen, à propos des critères de sélection qui ont déterminé le choix des Jeunes Leaders en 2011.Aujourd’hui emballée par les profils vidéo qui en sont tirés, Amélie Nguyen reconnaît que.au début du projet, elle se questionnait avec scepticisme.«Eaire juste un petit clip de trois minutes, qu’est-ce que ça peut changer au bout du compte?», s’était-elle alors demandé.«Je penchais du côté de la morosité.Mais en les voyant l’an dernier, sérieusement, ça m’a vraiment inspirée moi aussi de voir qu’ils sont aussi accessibles, aussi humains, de voir leur cheminement et comment ils ont réussi à faire plein de choses, parfois à modifier leur parcours en cours de route et à ne pas hésiter à faire vraiment ce qu’ils voulaient faire, de voir leur côté entrepreneur, et comment ils ont osé soit demander plus de justice, soit créer une nouvelle organisation, voir tout l’enthousiasme et toute l’énergie que ça peut nécessiter et que ces jeunes-là n’ont pas hésité.Pour moi aussi, ç’a été un déclic», admet l’employée de l’AQQCl.Le Devoir SOURCE AQOCI Flavie Ressiot s’est engagée bénévolement au Québec au sein d’Oxfam depuis près de cinq ans. LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 G 5 COOPERATION Développement international Desjardins Le crédit-stockage, vous connaissez ?« Eux » aussi ont droit à des services bancaires spécialisés Développement international Desjardins (DID) est un organisme à but non lucratif du Mouvement Desjardins dont la mission est la mise sur pied de services financiers dans les pays en développement.Au fil de ses quarante ans d’existence, DID a su peaufiner ses interventions.Aujourd’hui, ce sont les services financiers spécialisés qui sont le nouveau fer de lance de son action.PIERRE VALLEE Le but est d’aider nos partenaires locaux à élargir leur offre de services en fournissant à leur clientèle une diversité de produits financiers, explique Anne Gaboury, présidente-directrice générale de DID.Ce choix découle du constat qu’on a fait: cette clientèle a autant besoin de produits diversifiés que nous en avons besoin.Ce n’est pas parce qu’on n’est pas riche qu’on n’a pas besoin de produits financiers spécialisés.» Cette diversification des produits financiers est rendue possible grâce à la solidité des partenaires locaux.«Les réseaux de coopératives financières que nous avons aidé à mettre en place sont bien implantés et les établissements sont bien installés.La clientèle est en augmentation constante.» Le déploiement de ces nouveaux services financiers spécialisés se fait évidemment de concert avec les partenaires locaux.«Nous évaluons avec nos partenaires locaux leurs besoins et ensuite nous les soutenons dans le déploiement des services.» Services financiers spécialisés DID a repéré sept secteurs d’intervention pour les ser- vices financiers spécialisés qu’elle propose: le financement agricole, les assurances, le financement de l’entreprise, le crédit scolaire, la formation, le financement de l’habitat et les solutions technologiques.Dans l’élaboration de ces services financiers, DID a tenu compte des besoins particuliers de cette clientèle et a fait preuve d’innovation.Prenons, par exemple, le financement agricole.Dans ce secteur, DID cherche à professionnaliser ses partenaires dans le domaine du crédit agricole ahn d’aider les agriculteurs à avoir un meilleur accès à un financement adéquat.DID a su aussi répondre à des besoins très particuliers.«On a mis en place un produit qu’on nomme le crédit-stockage.Il s’agit de prêter à un agriculteur la somme d’argent dont il a besoin pour retarder la vente de sa récolte jusqu’au moment où le marché lui offrira le meilleur prix.» Certains produits sont conçus pour répondre à des besoins de circonstance.C’est le cas du crédit scolaire.«Le crédit scolaire permet à une famille d’emprunter la somme dont elle a besoin pour acheter les uniformes et les fournitures scolaires nécessaires pour l’inscription des enfants à l’école.Sans ce prêt, les enfants ne seraient tout simplement pas inscrits à l’école.Certains nous ont critiqués, car il s’agit d’un crédit à la consommation.Mais on n’a pas toujours à sa disposition l’argent liquide nécessaire au moment où on en a besoin.C’est vrai pour nous, c’est aussi vrai pour eux.» Le financement de l’entreprise Le financement de l’entreprise pose des défis particuliers.«C’est une clientèle qui est présentement très peu servie.Même si ce sont de très petites entreprises, ce sont des entreprises tout de même et elles ont des besoins financiers propres à leur activité, comme l’accès à un fonds de roulement.C’est d’autant plus important que ces petites entreprises sont un réel moteur de développement économique.» Pour mieux servir cette clientèle, DID a choisi de mettre en place des centres hnanciers aux entreprises (CFEÇ tout comme Desjardins le fait au Québec pour sa clientèle d’affaires.«On a choisi cette façon de faire parce que les services financiers aux entreprises ont des besoins particuliers qui nécessitent une expertise particulière.» Les CFE pourront émerger au sein des coopératives financières en activité et pourront être des organismes indépendants ou même, dans certains cas, des entreprises privées.«Mais si le CFE est une entreprise privée, il doit permettre à ses clients de devenir actionnaires de l’entreprise.» La première étape est la création des CFE.«Contrairement à nos autres produits spécialisés.DANIEL LECLAIR REUTERS Le crédit scolaire permet à une famille d’emprunter la somme dont elle a besoin pour acheter les uniformes et les fournitures scolaires nécessaires pour l’inscription des enfants à l’école.Sans ce prêt, les enfants ne seraient tout simplement pas inscrits à l’école.qu’on peut déployer à l’intérieur des structures existantes de nos partenaires, les CFE doivent être mis en place.Notre premier travail consiste donc à soutenir l’émergence des CFE.» Une démarche plus large Au fil des ans, le développement international est devenu plus complexe, ce qui a amené DID, tout en maintenant ses missions premières, à modifier sa démarche.«Il faut aujourd’hui une perspective plus globale.Prenons un enjeu aussi important que celui de la sécurité alimentaire.Nous pouvons contribuer au développement, avec nos partenaires naturels que sont les coopératives financières, des produits de financement agricole afin de favoriser l’agriculture locale.Mais cela ne suffit pas à régler le problème de la sécurité alimentaire.Pour y arriver, il faut apprendre à travailler avec d’autres partenaires et d’autres acteurs financiers, que ce soient le gouvernement ou d’autres acteurs dans le secteur.Il faut donc tisser des liens et mettre en place des agrégats d’acteurs si on veut régler un problème aussi complexe que la sécurité alimentaire.» Mais peu importe si la démarche se modifie, la mission première demeure la même.«Le rôle de DID est de dévelop- per la financiarisation des pays en développement et de s’assurer que le plus grand nombre de personnes possible ont un accès à des services financiers.» Et ce développement doit toujours s’appuyer sur deux principes incontournables: la pertinence et l’appropriation.«Nos interventions doivent être pertinentes et doivent toujours correspondre aux besoins locaux.Et les établissements qu’on soutient doivent toujours permettre l’appropriation par la population locale.Il faut que ces établissements deviennent un jour autonomes.C’est la clef du succès.» Collaborateur du Devoir .goodnessW w y %?.t t* i ¦¦ D -Z • Avec I appui financier oe Semaine du International développement Development international i Week Du6aj12t«vrier2011 | Ftbnjvy6-12,201 «.calwli Agence canadienne de développement International Canadian International Development Agency Association québécoise des organismes de coopération internationaie itont En ^ pakar P 3%.'' J ¦ .VN ¦ 1 L’-'L-î 'll dB-20°’ -y.^ % f ; .’ ¦ .;.iV iS '-fi Pour plus d’informations www.acdi.qc.ca/sdi- www.aqoci.qc.ca www.youtube.com/aqoci www.facebook.com/aqoci G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 COOPERATION Confédération syndicale internationale La voix des syndicats d’ici porte sur la scène mondiale Il faut aider le Sud « au moment où le syndicalisme est en perte de vitesse à travers le monde » La Confédération syndicale internationale (CSI) représente quelque 176 millions de travailleurs dont elle défend les causes et protège les intérêts; ceux-ci sont issus de 301 organisations qui lui sont affiliées et qui sont en provenance de 151 pays et territoires.Le syndicalisme québécois occupe une place enviable sur cette tribune internationale.RÉGINALD HARVEY La FTQ, la CSN et la CSD militent au sein de cette vaste organisation qu’est la Confédération symdicale internationale et conduisent à ce titre des activités communes à certaines occasions, notamment lors de la Journée du travail décent tenue à travers le monde au mois d’octobre de chaque année.La Fédération des travailleurs du Québec a, quant à elle, été associée de près à la fondation de la CSI à Vienne, en Autriche, en 2006 et, par la suite, elle a siégé à son Bureau de direction.En fait, la CSI est née à la suite de la dissolution de la Confédération internationale des symdi-cats libres (CISL) et de la Confédération mondiale du travail (CMT).Josée Roy, adjointe au comité exécutif et responsable des dossiers internationaux à la Confédération des syndicats nationaux, effectue un rappel historique: «On est engagé depuis longtemps dans le syndicalisme international; Marcel Pepin a même été président de la CMT pendant huit ans.Ce mouvement s’inscrivait dans la mouvance des syndicats catholiques qui ont vu le jour un peu en réaction aux syndicats qui étaient plus proches des organisations commu-nisfes, à une autre époque.» A la fin des années 1980, la CSN quitte les rangs de la CMT pour joindre les rangs de la CISL, dix ans plus tard: «Les grandes organisations catholiques ont fini par se laïciser à la faveur de la chute du communisme et de la fin de la guerre froide, de telle sorte que la CSI a fina- lement été créée, entre autres raisons, parce qu’il ne fallait plus garder deux groupes syndicaux différents dans le cadre de la mondialisation.On s’adapte à la réalité d’aujourd’hui; même que certains peuvent dire que, par rapport aux gouvernements et aux employeurs, on accuse un retard.» Place aux orientations et à l’action Au Canada, plusieurs joueurs évoluent sur la patinoire de la CSI: «De notre côté, on participe à tous les congrès, et notre présidente.Claudette Carhonneau, est membre du Conseil général, qui se réunit deux fois par année; on se rend au siège social à Bruxelles au début de février, à cette occasion.» En juin 2010, le deuxième congrès mondial de la CSI s’est déroulé à Vancouver, et Mme Roy en souligne les points forts: «Le premier congrès à Vienne en 2006 en était vraiment un de fondation, visant la mise en place de l’organisation, et celui tenu en juin en était un d’orientation, au cours duquel 13 grandes résolutions ont été adoptées; quant au Conseil général pour lequel on se dirige vers la Belgique, il fournira l’occasion d’adopter les plans d’action pour la réalisation de celles-ci.» Quelques-uns des axes majeurs autour desquels s’articulera ce plan portent sur des sujets comme les changements à apporter dans la mondialisation, la lutte contre les changements climatiques à travers le développement durable et une transition juste pour les travailleurs, les syndicats mondiaux et les entreprises mondiales, le combat contre le VIH/sida ainsi que l’organisation internationale du travail.La CSI poursuit son action dans la reconnaissance de toutes les organisations internationales: «Ily a le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, et, évidemment, on est très présent à l’Organisation internationale du travail (OIT); l’action de VOIT sur le pacte de l’emploi et sur le travail décent, c’est quelque chose sur lequel travaille beaucoup la CSL» JACQUES NADEAU LE DEVOIR La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.La CSN est partie prenante des efforts qui sont consentis pour rendre le travail plus décent à travers la planète.L’engagement solidaire international est nécessaire La CSN est partie prenante des efforts qui sont consentis pour rendre le travail plus décent à travers la planète.Elle s’active sur d’autres terrains, comme l’indique Josée Roy: «Les jeunes et l’environnement seront des questions importantes lors de notre prochain congrès, au mois de mai.On s’occupe aussi de coopération internationale et, dans ce but, cela faisait à peu près 30 ans qu’on recevait certainement entre 150 000 $ et 400 000 $ de l’Agence canadienne de développement international (ACDD pour conduire des projets avec des syndicats du Sud; la CSI considère cette aide aux groupes du Sud comme un enjeu majeur au moment où le syndicalisme est en perte de vitesse à travers le monde.» Mais, pour l’heure, la CSN ne reçoit plus un rond de l’ACDI: «On est obligé de chercher de plus en plus de soutiens avec d’autres syndicats parce que, en présence du gouvernement Harper, les priorités en coopération internationale ont énormément changé; l’aide aux syndicats a disparu.» Les interventions syndicales n’en conservent pas moins leur pertinence, et elle sert un exemple vécu à ce propos: «J’arrive du Honduras et du Nicaragua, et il est incroyable de constater là-bas ce que les gens arrivent à faire à partir de presque rien, alors que leurs droits ne sont à peu près pas reconnus et qu’ils ne disposent pas de moyens d’action.B découle de cette situation que moins les syndicats sont forts dans le Sud, plus cela encourage les entreprises à se délocaliser à des endroits où les travailleurs ne sont pas reconnus et où les conditions de travail sont moindres, ce qui a forcément un effet sur notre main-d’œuvre à nous en tirant vers le bas celles de tout le monde: c’est cela, la mondialisation.» Dans cette spirale qui mène vers une forme irréversible de cheap labor généralisé, les syndicats ont un mandat à remplir: «Par solidarité, on a intérêt à aider les gens du Sud parce qu’on doit travailler tous ensemble pour empêcher une détérioration des conditions qui se répercute sur tous.» En contrepartie, la CSI vient prêter main-forte à la coopération internationale.«La confédération est en train de mettre sur pied un réseau destiné à cette fin.Il faut dire que les syndicats effectuaient de la coopération mais, comme c’est le cas d’à peu près toutes les ONG, chacun faisait sa petite affaire de son bord sans qu’il y ait beaucoup de coordination.Un des objectijs de la CSI, qui possède des branches régionales en Afrique, en Amérique centrale et ailleurs, c’est de faire en sorte qu’on se parle et qu’on coordonne nos actions; de cette façondà, on pourra être plus efficace et structurant dans l’aide qu’on apporte avec nos collègues du Sud.» Collaborateur du Devoir Université de Montréal Au-delà de la coopération « La plupart s’inscrivent au certificat avec une volonté militante » Le certificat en coopération internationale de l’Université de Montréal propose une formation axée sur l’analyse de la pratique, la compréhension des enjeux mondiaux et le développement des compétences interculturelles.EMILIE CORRIVEAU Pendant trois ans, Ginette Vézina a habité le Pérou.Grâce au programme Vers le pacifique, dont elle est aujourd’hui la coordonnatrice, elle s’y est rendue pour développer un projet de prévention de la violence dans les écoles.Transformée par cette expérience, Mme Vézina s’est découvert une passion pour la coopération internationale.Désireuse d’approfondir ses connaissances, elle a trouvé chaussure à son pied à l’Université de Montréal.Comme c’est souvent le cas de bien des coopérants, le retour au bercail n’a pas été de tout repos pour Mme Vézina.«Je sentais le besoin de faire le point, mais je ne savais pas vraiment vers où me toufner», se souvient-elle.À l’époque, c’était en 2006, peu d’options s’offraient aux gens qui, comme Mme Vézina, étaient désireux de réfléchir aux enjeux de la pratique en coopération internationale.Aussi, lorsqu’elle a appris que l’UdeM s’apprêtait à lancer un certificat en coopération internationale, elle a sauté sur l’occasion d’ajouter quelques cordes à son arc.Choisissant de suivre la formation à temps partiel, elle a été parmi les premières à s’inscrire au Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD) Le CCISD est une organisation canadienne à but non lucratif oeuvrant depuis 25 ans dans le domaine de la santé internationale.Le transfert de connaissances et les soins de santé primaires, spécialement à l'intention des mères et des enfants, sont au cœur des priorités et des actions de l'organisation dans les pays à faibles revenus.Le démarrage, en collaboration avec les partenaires locaux, de deux nouveaux projets abordant ces éléments essentiels de la santé permet au CCISD de renforcer sa contribution au développement durable.Financé par l'ACDI et réalisé en partenariat avec la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke et le cégep St-Jérôme, le Projet de formation des professionnels de la santé au Mali (connu sous l'appellation DÉCLIC pour Développement clinique de la santé communautaire) a pour objectif de contribuer à rendre disponibles, en quantité et en qualité, les ressources humaines de première ligne en santé, par la formation des médecins et des paramédicaux aux services et soins de santé de première ligne dans des centres de santé communautaires à vocation universitaire.Par ailleurs, le CCISD est heureux de pouvoir poursuivre ses efforts de soutien et de renforcement du système de santé haïtien, fortement éprouvé par les récentes tragédies.Comptant sur l'appui financier de l'ACDI, le CCISD vise, à travers le projet PRISMA dans l'Artibonite, à améliorer les services en matière de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants dans la province de l'Artibonite, au Nord d'Haïti.Pour connaître davantage l'organisation et obtenir de plus amples détails sur les projets du CCISD, visitez : www.ccisd.org programme.«Le certificat a été pour moi une piste d’atterrissage.Quand on part trois ans, ça prend du temps pour revenir, ù certificat m’a permis de mettre des mots sur ce que j’avais vécu et d’approfondir mon expérience.Ça m’a aussi permis d’aller chercher des outils pour des projets futurs, parce que j’ai l’intention de repartir», confie-t-elle.Une question de bagage À l’instar de Mme Vézina, la majorité des étudiants inscrits au certificat en coopération internationale suivent leur formation à temps partiel et poursuivent leurs activités professionnelles.S’il en est ainsi, c’est parce que le programme a été taillé sur mesure pour répondre aux besoins d’une clientèle au bagage bien rempli.Etant axé sur l’analyse de la pratique professionnelle, l’étude des enjeux et des perspectives de la coopération internationale et le développement des compétences interculturelles, le certificat est plutôt conçu comme un programme complémentaire que comme une formation initiale.«Beaucoup de nos étudiants ont déjà un ancrage professionnel et souhaitent soit réorienter leur carrière, soit ajouter à leur formation une dimension plus internationale.Quelques ressortissants de l’Afrique, de l’Amérique latine, de l’Furope de l’Fst et d’Haïti s’inscrivent aussi au certificat.Fn général, ils ont beaucoup d’expérience et souhaitent approfondir leurs connaissances.Finalement, nous avons aussi quelques étudiants plus jeunes, qui ont suivi une formation initiale mais qui n’ont pas beaucoup de bagage.La plupart s’inscrivent au certificat pour des raisons plus sociales, avec une volonté militante.Pour ces étu-diants-là, il s’agit d’une première mise en contact avec le réseau», précise Nicole Morf, responsable du certificat S’ils désirent être admis au programme sru une base autre que leru e^qiérience professionnelle, les intéressés doivent être titulaires d’un diplôme d’études collégiales et posséder La majorité des étudiants inscrits au certificat en coopération internationale suivent leur formation à temps partiel Deviens Coopérant-Volontaire Inscris-toi avant le 11 mars Début des cours le 26 avril Staçje rémunéré A ¦O.Fais vite! Quelques places disp Cégep de Rivière-du-Loup Programme Coopérant-Volontaire 418.862.6903 poste 2404 http://cfci.cegep-rdl.qc.ca I Cégep de I RIvIôraKlu-Loup fewGotfon, toMrat Sport _ _ QuébGCQQ 1^1 dâvelccpement IntemailonQl Develo[«nefn Aosney ¦= S une année d’expérience pertinente ou encore avoir obtenu 30 crédits de niveau universitaire dans un programme.Expertise C’est ce dernier parcorus, un peu plus atjjpique, qu’a choisi Anouk Nadeau-Farley, une jeune étudiante qui travaille depuis peu pour le Comité des droits humains en Amérique latine et qui compte achever sa formation au certificat dans les prochains mois.Alors qu’elle envisageait depuis quelques années de s’inscrire à la maîtrise en art-thérapie, après avoir suivi une formation multidisciplinaire au bacca-laïuéat, la jeune femme a plutôt bifurqué du côté de la politique et de la coopération internationale.«Parallèlement à mes études, j’ai beaucoup voyagé et je suis tombée en amour avec le Pérou et l’Amérique latine.Ça m’a donné envie de suivre des cours en politique et en relations internationales.Tout ça m’a mené à Buenos Aires, en Argentine, où fai complété un certificat», raconte la jeune femme.De retour au Québec, Mme Nadeau-Farley n’était plus tout à fait certaine du parcorus qu’elle devait emprunter.Aussi, c’est tout à fait par hasard, alors qu’elle naviguait sru Internet poru satisfaire sa curiosité, que la jeune femme est tombée sur le pro-^amme du certificat en coopération internationale.«Le programme avait l’air très intéressant, mais ce qui m’a tout de suite marquée, c’est que les enseignants et les chargés de cours semblaient tous travailler activement en coopération internationale.Pour moi, c’était très attrayant J’avais envie de suivre une formation qui me permettrait de créer des contacts avec des organisations et des gens du milieu.C’est pour ça que fai choisi ce certificat-là en particulier et je n’ai pas été déçue», indique l’étudiante.Développée en étroite collaboration avec diverses QNG, la formation du certificat en coopération internationale de l’UdeM est dispensée en majorité par des praticiens chevroimés et très actifs dans leru milieu.Sans aucun doute, il s’agit d’un des atouts centraux de la formation.«L’essentiel de nos enseignants sont des gens qui ont eu et qui continuent à avoir une pratique professionnelle forte.Ça crée toute une couleur pour le certificat et ça nous permet de rester très à l’affût des changements que connaît le milieu de la coopération internationale, tout en conservant un recul nécessaire pour poser un regard critique et analyser les changements en cours», confirme la responsable du programme.Perspectives Même si l’obtention du certificat s’est soldée par un emploi pour Anouck Nadeau-Farley, c’est rarement le cas des étudiants inscrits au programme.«Ce n’est pas une formation qui mène à l’emploi, rappelle Mme Morf.Il y a certes un marché de l’emploi en coopération internationale, mais il faut développer d’autres compétences pour espérer occuper un poste à l’étranger.Ce n’est pas dans cette optique qu’il faut s’inscrire au certificat.» Se considérant fortunée d’avoir décroché un boulot dans le domaine de son choix malgré son bagage encore restreint, Anouck Nadeau-Farley abonde dans le même sens que la responsable du programme.«Beaucoup de gens souhaitent travailler dans le domaine de la coopération internationale, mais, il ne faut pas se le cacher, il y a plusieurs appelés et peu d’élus, af-fume-t-elle.Fn général, il faut une certaine expérience de vie et des compétences particulières pour que ça fonctionne.Pour ma part, je crois que j’ai tout simplement été au bon endroit au bon moment et que j’ai su frapper aux bonnes portes.» Si le certificat en coopération internationale ne mène pas nécessairement vers un emploi, il conduit certes à une ouverture sur le monde.Pour Mme Nadeau-Farley comme poru Mme Vézina, il ne fait aucun doute que cette formation a amélioré leur compréhension des enjeux mondiaux et de la coopération internationale.«J’ai appris énormément de choses, soutient Mme Vézina.De par mon expérience, fen savais déjà beaucoup, mais je ne me doutais pas que la coopération internationale pouvait être aussi complue.Assurément, ma curiosité a été piquée.Maintenant, fai des projets plein la tête, abrs c’est certain que je vais continuer sur la même voie.» Collaboratrice du Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 G 7 COOPERATION Aide internationale La politique canadienne d’aide pour lutter contre la pauvreté est un échec « On semble vouloir réduire au silence les ONG et les regroupements qui ne s’alignent pas sur les politiques étrangères du Canada» Pourquoi les milliards de dollars consacrés en aide aux pays les plus démunis par le Canada donnent-ils peu de résultats?C’est l’une des questions sur lesquelles travaille Bonnie Campbell, titulaire d’une chaire à l’UQAM.CLAUDE LAFLEUR T e Canada a des stratégies politiques pour résoudre les problèmes de pauvreté et ce n’est un secret pour personne que celles-ci ont échoué», résume Bonnie Campbell, titulaire de la chaire C.-A.-Poissant de recherche sur la gouvernance et l’aide au développement de rUQAM.Son équipe observe en outre que le gouvernement Harper a changé de stratégie sans consulter personne — «dans la plus grande opacité et sans reddition de comptes» — et qu’il bâillonne désormais les organismes sur le terrain qui sont les plus aptes à évaluer ses politiques.Mme Campbell, qui enseigne l’économie politique à la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, rappelle que les 22 pays membres de l’OCDE — les pays les plus riches de la planète — se sont engagés à consacrer 1 % de leur produit national brut à l’aide aux pays pauvres.«Or le gouvernement canadien a décidé de geler cette aide, qui ne représente que 0,28 % de notre PNB, rapporte-t-elle, ce qui nous mettra encore plus en décalage par rapport à nos engagements et plus en retard dans le peloton des pays donateurs.» Déjà, en 2010, nous figurions au 18® rang des 22 pays de l’OCDE, fait-elle remarquer.«La question est donc la suivante: a-t-on abandonné nos engagements?» De plus, sans même consulter qui que ce soit, le gouvernement Harper a décidé de rediriger son aide.En 2009, le Canada a délaissé huit pays parmi les plus pauvres de l’Afrique — le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Kenya, le Malawi, le Niger, le Rwanda et la Zambie — pour privilégier le Pérou et la Colombie, avec lesquels nous venons de conclure des accords commerciaux.Or le PNB de ces deux pays représente respectivement 1,5 et 3 fois ceux des huit pays africains réunis.«Auparavant, 70 % de l’aide canadienne était dirigée vers des pays africains, alors que maintenant ce n’est plus que 30 %», souligne encore la chercheure.Qu’est-ce qui cloche ?Pourquoi l’aide internationale donne-t-elle peu de résultats?Selon ce qu’observe Mme Campbell, les pays pauvres ont besoin de fonds et de budgets qui servent à des investissements sociaux en santé et en éducation.MARK BLINCH REUTERS Dans ses nouvelles politiques d’aide internationale, le gouvernement Harper délaisse des priorités fondamentales en santé de base et en éducation de base.Or, dans les années 1980-1990, les bailleurs de fonds ont plutôt opté pour des politiques de «rééquilibrage de l’aide internationale» et de remboursement des dettes, observe Mme Campbell.«Il s’agissait de stratégies à court terme visant la réduction des dépenses publiques, dit-elle.On demandait aux pays pauvres de laisser tomber leurs politiques publiques pour introduire des mesures de recouvrement des coûts.Malheureusement, on a constaté par la suite que ces politiques ont eu des effets extrêmement néfastes.» Et voici que Mme Campbell observe que, dans ses nouvelles politiques d’aide, le gouvernement Harper délaisse des priorités fondamentales en santé de base et en éducation de base.«Quelle est la logique qui fait en sorte qu’on a choisi de réorienter nos priorités?, demande-t-elle.Qui prend les décisions?Comment sont-elles prises?Quelle est la place des organisations locales, qui connaissent pourtant très bien les milieux et la réalité du terrain?» «Le développement international, ce n’est pas quelque chose qu’on peut changer comme ça, poursuit-elle, puisqu’implanter des priorités prend au moins trois ans.Bien sûr, on peut changer des choses, bien sûr, on peut essayer de s’améliorer, mais quelle est la logique qui explique nos nouvelles politiques d’aide internationale?Oû sont les débats, comment justifie-t-on ces changements?» Réduire au silence Malheureusement, continue la titulaire de la chaire de re- cherche sur la gouvernance et l’aide au développement de l’UQAM, ces décisions ont été prises par le gouvernement conservateur sans débats ni même sans explications.«Le gouvernement ne semble même pas avoir une vue d’ensemble de ses politiques d’aide, dit-elle, une vue d’ensemble qui expliquerait comment les stratégies canadiennes vont contribuer à réduire la pauvreté.On est dans une situation de changement rapide sans qu’on comprenne oû on va!» Auparavant, l’un des éléments qui gardaient le secteur de la coopération canadienne ouvert au débat, aux transformations et au renouvellement était le rôle que jouait la société civile: les ONG du Québec et du Canada, rapporte Bonnie Campbell.«Or on observe un manque flagrant de consultations et de traçabilité de ce qui se dit, une absence totale de débats.Dans le passé, les ONG ont joué un rôle extrêmement important pour sensibiliser à la fois les décideurs et le public», insiste-t-elle.Elle rapporte même que le gouvernement Harper a effectué des coupes très sévères dans le financement des ONG qui jouent justement un rôle d’éclaireur et de stimulant dans le débat public.«En juillet dernier, dit-elle, un important regroupement de plus d’une centaine d’ONG et de consultants internationaux s’est fait carrément couper ses fonds! Or ce regroupement jouait un rôle reconnu par les anciens dirigeants et présidents de l’ACDI comme un essentiel chien de garde de nos politiques d’aide.» «On semble vouloir réduire au silence les ONG et les regroupements qui ne s’alignent pas sur les politiques étrangères du Canada, observe la chercheure.Et c’est très grave, puisque la viabilité et la pertinence de nos politiques dépendent justement de l’existence de débats publics et du rôle que les intervenants et le public jouent en demandant des PRINCIPAUX PAYS DONATEURS D'AIDE INTERNATIONALE EN FONCTION DU PNB Le Canada, les États-Unis et le Japon sont à la traîne 1) Norvège 4,1 milliards $ 1,00% 4,9 millions 2) Danemark 2,8 milliards $ 0,92 % 5,5 millions 3) Pays-Bas 6,4 milliards $ 0,86 % 16,6 millions 4) Royaume-Uni 11,5 milliards $ 0,51 % 61,9 millions 5) France 12,6 milliards $ 0,49 % 65,8 millions 6) Espagne 6,6 milliards $ 0,48 % 46,2 millions 7) Allemagne 12,1 milliards $ 0,37 % 81,8 millions 8) Canada 4,0 milliards $ 0,28 % 34,3 millions 9) États-Unis 28,8 milliards $ 0,20 % 312,0 millions 10) Japon 9,5 milliards $ 0,18% 127,4 millions Des dix principaux pays membres de l'OCDE qui produit national brut (PNB) afin d'aider les pays remplit ses obligations.Bien que sept fois moins contribuent davantage en aide internationale.Source: Claude Lafleur, d'après les données de l'OCDE.se sont engagés à donner 1 % de leur les plus pauvres, un seul (la Norvège) nombreux que nous, les Norvégiens comptes au gouvernement.» Il s’avère, insiste-t-elle, que des ONG qui contribuent de façon essentielle à la mise en œuvre des politiques cana- diennes d’aide aux pays démunis sont désormais réduites au silence.Collaborateur du Devoir © ÉMILIE TOURNEVACHE, SERVICE DE L’AUDIOVISUEL, UQAM Bonnie Campbell, titulaire de la chaire C.-A.-Poissant de recherche sur la gouvernance et l’aide au développement de l’UQAM HANDICAP INTERNATIONAL LE DROIT D'AVOIR DES DROITS! CHIFFRES CLES Le handicap concerne 10% de la population mondiale, soit environ 650 millions de personnes, dont 80% habitent dans les pays en développement.20% des personnes les plus pauvres du monde sont handicapées.98% des enfants handicapées des pays en développement ne vont pas à l'école Le taux d'alphabétisation des adultes handicapés est d'à peine 3%.International LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE POUR LE DEWLOPPEMENT • Réduire l'extrême pauvreté et la faim • Assurer l'éducation primaire pour tous • Prorrxjuvoir l'égalité des sexes et rautonomisation des femmes • Réduire la mortalité infantile • Améliorer la santé maternelle • Comiaattre le\/IH/sida, la paludisme et d'autres maladies • Préserver ren\rironnement • Mettre en place un partenariat mondial pourledé\reloppement «TAe.L^e.Ve.lopMejot.(Sûa-(s cAfJ lae, Z-OIS, lûüt iÇ aI! iiJVCilveA IcreAk lOit-K lousioe-ss AS ü&üaI mA ^^rAMAticA-/^ Ac.te./e.rAte.a/jA soaIs.Of> Aat-icwJ OûtO.» gôfi Aooao handicap INTERNE*—U ,, " - T &/VxeIrod/Handicap! LUTTER CONTRE L'EXCLUSION La discrimination, l'exclusion sociale, le déni des droits et un accès limité aux services de base, constitue un facteur aggravant des situations de pauvreté et un déni permanent des droits fondamentaux de l'Homme.De part le monde, des millions de personnes rencontrent nombre d'obstacles pour accéder aux services de santé, services sociaux, à l'éducation, à l'emploi, et aux opportunités de participation sociale.Handicap International oeuvre pour une pleine participation sociale des personnes en situation de handicap : • Accès^léducaLonj^ • Accès à la formation professionnelle et à l'emploi; j Accès à la culture au sport et aux loisirs Accès à la vie familiale et communautaire Formation et accompagnement des professionnels des services sociaux; Accessibilité de I environnement, en particulier des infrastructures et des transports; Information, sensibilisation, education pour modifier les représentations sociales du handicap par le grand public SUIVEZ- NOUS! www.hanclicap-international.ca KJ facebook.com/Handicap.lnternational.Canada Q twitter.com/HI_Canada Handicap International est une organisation indépendante; elle intervient dans les situations de pauvreté et d'exclusion, de conflits et de catastrophes naturelles.Œuvrant aux côtés des personnes handicapées et des populations vulnérables, elle agit et témoigne pour répondre à leurs besoins essentiels, améliorer leurs conditions de vie, promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. G 8 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 EEVRIER 2011 COOPERATION Handicap international en Haïti « Je me rappelle le sourire d’une petite fille.» Des milliers d’amputés à traiter Après le séisme de janvier 2010, de 2000 à 4000 amputations ont été réalisées en Haïti.L’ampleur du travail est donc considérable pour Handicap international, qui fournit des prothèses à ces gens et les aide dans leur processus de réadaptation.MARTINE LETARTE ous avons donné très rapidement des béquilles «N et des prothèses temporaires aux gens qui pouvaient les utiliser, de façon à les remettre debout le plus rapidement possible et ainsi à faciliter leur réadaptation.D’autres personnes n’avaient pas été amputées correctement pour qu’on puisse les appareiller, donc elles ont dû se faire réopérer», explique Claire Feh-renbach, directrice de Handicap international Canada.L’ONG a ensuite commencé à fournir des prothèses définitives, plus esthétiques, plus légères, plus solides et, bien sûr, plus longues à fabriquer.«Nous avons appareillé environ 500 personnes avec ces prothèses jusqu’à maintenant.Nous avons commencé par les jambes, puisque c’est une question de mobilité.Il faut ensuite faire le suivi et changer régulièrement les prothèses des enfants qui sont en croissance», explique Mme Fehrenbach.Sur le terrain depuis 2008 Si Handicap international a été en mesure d’agir si rapidement après la catastrophe, c’est parce qu’elle était déjà bien installée à Haïti lorsque le pays a été secoué par le tremblement de terre.«Nous sommes arrivés en Haïti en 2008, après les ouragans.Nous avions déjà une équipe de 100 personnes sur place et, heureusement, personne n’a été directement touché par le séisme», explique Claire Fehrenbach.L’équipe travaillait depuis un moment déjà sur une plateforme logistique pour distribuer le matériel de différentes ONG présentes à Haïti.«Nous avions déjà tout en place, la flotte de camions et les chauffeurs, donc nous avons pu commencer dès le lendemain du séisme à transporter de la nourriture, du matériel médical, des tentes, etc., pour une centaine d’ONG», explique la directrice de Handicap international Canada.Une équipe internationale d’urgence de l’organisme, créée en France en 1982, a aussi été envoyée en Haïti 48 heures après le séisme pour travailler auprès des blessés.«C’était du personnel médical et paramédical habitué aux différents types de traumatismes qu’on retrouve en cas de séisme, parce qu’il avait travaillé notamment en Iran et au Pakistan», précise Mme Fehrenbach.Un volet social Si une grosse partie du travail de Handicap international se fait en réadaptation, il ne faut pas négliger le volet social de son œuvre.«Nos équipes devaient se rendre dans les camps pour s’assurer que tout le monde puisse bénéficier de services.Certaines personnes ne pouvaient pas se déplacer par elles- m t fi mi 4 i % # © WILLIAM DANIELS POUR HANDICAP INTERNATIONAL Fymée et son ami Balnave, tous deux amputés, à l’Hôpital général de Port-au-Prince mêmes.Il y avait aussi toutes sortes de rumeurs qui circulaient, comme quoi on amputait tout le monde et n’importe comment dans les hôpitaux d’urgence.Les gens avaient peur, il fallait les rassurer», explique la directrice, jointe dans son bureau de Montréal.Pour gagner rapidement la confiance de la population haïtienne, Handicap international a recruté beaucoup de personnel local.«C’est plus facile de travailler avec des gens de la place.Nous avons environ 600 personnes qui travaillent en Haïti, dont seulement une soixantaine sont des expatriés», précise-t-elle.Des progrès Bien qu’on dénonce souvent, depuis le début de l’année, les maigres avancées en Haïti, chez Handicap international on a vu des progrès.«C’est certain que, lorsqu’on voit que les gens habitent encore dans des tentes, on peut se poser des questions légitimes.Mais il y avait de nombreux problèmes avant le séisme, comme les questions foncières, qui demeurent.Et l’affluence de l’argent ne donne pas au pays un système fiscal qui fonctionne ni un niveau d’éducation plus élevé.Tout de même, on a apporté des soins à la population.Il reste encore beaucoup à faire sur plusieurs fronts, mais les ONG ne pourront pas remplacer l’Etat», affirme Mme Fehrenbach.«On le compare souvent avec le tsunami, mais c’étaient deux situations très différentes.Le tsunami a frappé une région étendue et la capitale, Jakarta, n’avait pas été touchée, donc elle a pu réagir.En Haïti, c’est le cœur de Port-au-Prince qui a été touché et toutes les villes principales ont été mises à terre.Au niveau de l’organisation, plus rien ne fonctionnait», décrit la directrice de l’ONG, qui a d’ailleurs été mandatée par l’ONU après le séisme pour coordonner tous les acteurs actifs dans le domaine de la réadaptation des personnes handicapées.Le gouvernement haïtien a repris le flambeau en décembre dernier.Malgré le chaos et les nombreux drames humains dont elle a été témoin, l’équipe de Handicap international peut voir les résultats de son travail.«Je me rappelle le sourire d’une petite fille qu’on avait appareillée.Plusieurs ont été amputés si jeunes qu’ils n’avaient pas encore appris à marcher, donc ils apprennent avec des prothèses.Puis, malgré les horreurs, nous voyons ces petits enfants rire, courir.La vie continue, finalement.Mais pour d’autres, bien sûr, c’est plus difficile.Je pense à cette femme qui a été amputée des deux jambes, qui a perdu son mari, sa maison et qui a quatre enfants à nourrir.Il y a de nombreux drames pour lesquels nous sommes impuissants.Ces gens se disent: “Mais comment la vie peut-elle continuer pour moi?”» Les efforts continuent Même si l’état d’urgence est terminé en Haïti pour Handicap international, l’ONG n’a pas l’intention de cesser son travail pour le moment.«Nous sommes toujours dans les camps et nous travaillons sur des projets structurants à long terme.Par exemple, nous sommes en train de monter un programme de formation en physiothérapie, parce que ça n’existe pas en Haïti», explique Claire Fehrenbach.Et les Québécois n’ont pas abandonné les Haïtiens.Grâce à une entente signée avec le gouvernement du Québec, des experts québécois des centres de réadaptation de la province ont maintenant la possibilité d’aller travailler pendant trois mois dans des camps de réfu- giés.«Deux sont partis en début d’année», précise la directrice.Collaboratrice du Devoir © WILLIAM DANIELS POUR HANDICAP INTERNATIONAL L’envie de vivre et de se reconstruire de ces femmes est un beau gage d’espoir.Ici, iors d’une séance d’exercices coiiectifs à i’hôpitai de Sarthe.UL CAMPUS INTERNATIONAL LES ECOLES INTERNATIONALES D’ÉTÉ DES HEI Actualisez vos connaissances sur des enjeux d’actualité, rencontrez des experts internationaux reconnus et enrichissez votre réseau professionnel par une formation unique, pluridisciplinaire et participative des Hautes études internationales (HEI).ÉCOLE INTERNATIONALE D’ÉTÉ SUR LES TERRORISMES Québec, U' au 7 mai 2011 - 3° édition Organisée en collaboration avec l’Équipe de recherche sur le terrorisme et l’antiterrorisme (ERTA), la Chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme ainsi que le Programme Paix et sécurité internationales (PSI), la formation est axée cette année sur les thématiques du renseignement et de la sécurité, de l’international au local.ÉCOLE INTERNATIONALE D’ÉTÉ SUR LES AMÉRIQUES Québec, 8 au 14 mai 2011 - 8° édition Organisée par le Centre d’études interaméricaines (CEI), cette formation présente les grands enjeux de la coopération interaméricaine, comme l’intégration, l’énergie, la criminalité et l’environnement.UNIVERSITÉ D’ÉTÉ SUR LA FRANCOPHONIE DES AMÉRIQUES Québec, du 29 mai au 4 juin 2011 - 2^ édition Présentée en partenariat avec le Centre de la francophonie des Amériques, cette école internationale d’été présente la diversité de la francophonie des Amériques : migrations, représentations culturelles, normes et institutions.Information et inscription : www.hei.ulaval.ca/ecoles dete ,î, UNIVERSITÉ lAVAL Hautes études internationales
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