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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-04-02, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE S AVRIL 2011 ê BANDE DESSINEE Le retour de Jérôme Bigras Page F 2 LITTERATURE La nuit des morts-vivants de François Blais Page F 3 LIVRES '^1: V ' WIM ^ ffi?'!stJ:5g?.SUss 'îS'îsîÜisfiHîüii::: JACQUES NADEAU LE DEVOIR- Généalogie de l’incroyance Charles Taylor et la sécularisation L’historien et philosophe se livre ici à un exercice audacieux: comprendre les conditions de possibilité de la croyance à notre époque.Comment comprendre la mutation radicale qui fait aujourd’hui de l’expérience de la foi une situation d’exception, alors qu’elle constituait auparavant, sur la longue durée du christianisme historique, la situation la plus commune?GEORGES LEROUX Si l’âge séculier est celui du sœculum, c’est-à-dire l’époque du siècle par opposition à celle du monde transcendant, son avènement relève d’une évolution historique complexe qui occupe toute l’histoire moderne.Charles Taylor prévient son lecteur: le récit de cette sécularisation est indissociable d’un ensemble d’explorations latérales et il faut suivre un long cheminement pour en saisir l’argument de fond.Quelle que soit la difficulté de restituer ce trajet, la question posée habite chaque moment de l’enquête: «Appartenir à un âge séculier, qu’est-ce que cela signifie?» Deux réponses se présentent: il y a, d’une part, la sécularité des institutions, qui repose sur le principe de la laïcité de l’État et la privatisation de la religion.Mais cette sécularité de l’espace social se distingue de l’effacement de la croyance elle-même: dans les sociétés occidentales contemporaines, l’âge séculier désigne surtout le reflux de l’expérience de la foi.La société postchrétienne est d’abord une société où la croyance est une option assiégée.Charles Taylor entreprend de définir la sécularité à compter d’une troisième perspective, celle de la relativisation de l’expérience de la foi, devenue avec le temps une expérience parmi d’autres.Parler d’un âge séculier, c’est donc éclairer les conditions particulières de notre époque, eu égard à la possibilité, désormais toujours relative, de l’expérience spirituelle.Une vie dans la foi ou dans l’incroyance?Bien qu’il y emprunte beaucoup, le livre n’est ni une sociologie historique de l’expérience religieuse, ni une analyse des arguments philosophiques de la tradition.Personne ne peut certes se priver d’une description précise des comportements, ni d’un retour sur le grand argumentaire séculier de la modernité, de l’Encyclopédie à Nietzsche, mais Charles Taylor s’intéresse d’abord à la signification de la vie dans la foi ou dans l’incroyance.Pour lui, il s’agit de formes de vie choisies selon leur promesse de sens ou de plénitude morale.Dans un monde où la présomption d’incroyance est devenue dominante, c’est toute la structure de l’expérience qui s’est modifiée: pas seulement le refus philosophique de la transcendance au bénéfice d’explications purement immanentes, mais aussi le repli de tout humanisme sur l’épanouissement humain et l’abandon de fins ultimes qui le dépassent.De Nietzsche à Foucault, Taylor explore les divers visages d’une culture qui intensifie le rejet du passé Tel est le projet de ce livre ambitieux et foisonnant.Celui-ci se divise en cinq grandes parties qui se présentent comme des enquêtes élaborées à partir de perspectives distinctes, mais toutes soumises à un questionnement philosophique fondamental: comment chaque segment éclaire-t-il les conditions nouvelles de l’expérience moderne?La première partie, «Le travail de la Réforme», propose un nouvel examen des grandes thèses sur le rôle de la Réforme dans l’évolution de la sécularité comme processus de désenchantement du monde.Avant le tournant moderne, les puissances du monde transcendant sont l’origine du sens du monde immanent: c’est l’héritage de La Cité de Dieu, de saint Augustin, texte fondateur de la théologie politique classique.Dans ce monde clivé, la Réforme introduit le privilège de la conscience personnelle et contribue ainsi à l’avènement d’un soi détaché et isolé, par opposition à un soi poreux.11 en résulte un espace de retrait, une intériorité impossible auparavant.Charles Taylor décrit le «désencastre-ment» de l’expérience qui découle de cette érosion et l’avènement d’une société disciplinaire, libérée de la tyrannie du pouvoir supérieur.Seule une telle société peut formuler l’idéal d’un «humanisme autosuffisant», où l’action humaine est pensée dans les termes de la raison instrumentale.La seconde partie, plus brève, traite du «Tournant» qui, par le moyen du déisme providentiel des philosophes, va légitimer un ordre impersonnel du plan divin sur le monde.L’effacement du pouvoir d’ordonnancement divin n’aurait pas été pensable sans le ^and déplacement anthropocentrique du XVflP siècle, mais la proposition d’un humanisme purement immanent n’en résulte pas nécessairement.Ce morceau du livre, très neuf, se pose à contre-courant des explications trop rapides qui identifient la sécularisation et le rejet de l’ancienne religion.Taylor montre que cet humanisme apparaît en relation avec une nouvelle éthique de la liberté et du bénéfice mutuel et que l’incroyance moderne demeure impensable sans référence à cet humanisme révolutionnaire de la liberté.La troisième partie décrit la culture fragmentée de la «supernova», riche constellation de positions morales différentes et désormais concurrentes.C’est la portion de son livre qui montre le plus d’audace, tant par la phénoménologie de l’expérience qui s’y déploie que par la radicalité du point de vue sur l’expansion de l’incroyance.Contre le déisme des Lumières, des contre-Lu-mières immanentes introduisent des valeurs inédites jusque-là: de Nietzsche à Foucault, Taylor e^lore les divers visages d’une culture qui intensifie le rejet du passé.Cet aspect, plus que tout autre, explique le véritable avènement séculier, en particulier dans la littérature, forme de la culture qui renforce la pensée sur le temps.La quatrième partie aborde les récits de la sécularisation et leurs différentes explications.Très critique de toutes les conceptions réductrices, faisant de la modernité une force par essence destructrice VOIR PAGE F 2: SÉCULARISATION k%a\o www.silq.ca .'T ./ ational de Québec 13 au 17 avril 2011 Centre des congrès de Québec Québec Québec d d Musée national des beaux-arts ^ du Québec ^ Québec SS leSoleil ^ Desjardins l^Quédec .,.=!0 'î|l- est un triangle du désir qui n’a rien du vaudeville.Un jeune couple A’«exhibitionnistes cupides», Geoffroy et Christèle, exécutent de vieux gestes sous le regard avide de spectateurs payants.Au récit épisodique de leurs activités (et de leurs histoires personnelles) se mêlent les réflexions d’un de leurs clients, «mélange de vieux garçon et d’adolescent révolté», un «gros» qui habite une chambre au sous-sol de la maison de sa grand-mère, à Ahuntsic.Au menu de son quotidien: rejet, solitude, oisiveté, alcoolisme latent, détresse psychologique croissante.Spécialement pour lui, leur petite magie opère une sorte de mimétisme négatif: «Ils me montraient ce qui ne m’arrivait pas ce jour-là, ni les autres.Ils m’aidaient à exorciser et à accepter ma solitude.» Tandis qu’eux, on le sent très vite, ont également besoin de lui — ainsi que de leurs autres clients — pour exister à deux.Le regard des autres sur leur intimité déshabillée est le ciment de leur couple.C’est aussi ce qui paie le loyer.Quatrième roman, quatrième éditeur pour Grégory Le-may, après Moi non plus (Point de fuite, 2000), Le Sourire des animaux (Triptyque, 2003) et Le Roman de l’été (Le-méac, 2007).Il nous propose ici une exploration nouvelle des silences à l’intérieur du couple, servie par une curieuse chronologie, où alternent des épisodes du passé lointain de chacun, du passé récent, d’un présent flou.Malgré son sujet.Les Modèles de l’amour est assez peu érotique.Qn pourra peut-être le rapprocher, en raison de l’univers mental de certains de ses personnages, du Tiroir N° 24 de Michael Delisle, paru l’automne dernier.Même froideur du style pour traquer un malaise existentiel qui couve et menace d’éclater.Collaborateur du Devoir LES MODÈLES DE L’AMOUR Grégory Lemay Héliotrope Montréal, 2011,168 pages R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS - - - Dn 21 au 27 mars 2011 Romans québécois 1 Dans mes veux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 1/3 2 Le secret du Goflre bleu Lise Dion/Libre Expression 3/9 3 Le jardin du docteur Des Œilleb Denis Monette/Logigues 2/5 4 Les folles anndes « Tome 1 Les hdrideis Jean-Pierre Charland/Hurtubise 4/4 5 Revenir de loin Marie Laberge/Boréal 5/22 6 Pas ce soir ma chérie, l'ai mal à la tête Isabelle Dubé/lntouchables 7/4 7 La force de vme * Tome 4 Le courage d'Élisabeth Michel Langlois/Hurtubise 6/2 8 La chomle du diable Mardn Michaud/Goélette -n 9 Cherchez la femme India Desjardins et al/Québec Amérique 10/8 10 Ru Kim Thûy/Ubre Expression 8/19 Romans étrangers 1 Dôme* Tome 1 Stephen King/Albin Michel -n 2 Le mensonge dans la peau.La ruse de Bourne Eric van Lustbader/Grasset 1/3 3 Dernière nuit h Twisted River John Irving/Seuil 2Æ 4 Une nuit sur la mer Patricia J.MacDonald/Albin Michel 4/5 5 Marina Carlos Ruiz Zafon/Robert Laffont 6/1B 6 Les imperfectionnistes Torn Rachman/Grasset 3/10 7 Aminata Lawrence Hill/Pleine lune 8/4 8 Dôme * Tome 2 Stephen King/Albin Michel -n 9 Merci pour les souvenirs Cecelia Ahem/Flammarion 9/3 10 La chute des géants • Tome 1 Le siècle Ken Folletl/Robert Laffont 7/26 "?Essais québécois 1 Malia inc.Grandeur et misère du clan siciien au Québec André Cédilot 1 André Noél/Homme 1/22 2 L'envers de l'assiette Laure Waridel/Écosociété 4/2 3 À fombre du mur.Trajectoires et desdn de la génération X Stéphane Kellv/Boréal -n 4 Babvboomerang.Le retour des babv-boomers idéalistes.Serge Cabana/Homme 5/3 5 Une année en Espagne Joseph Facal/VLB 3/5 6 II V a trop d'images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 2/8 7 Le remède Imaginaire Benoit Bubreuil 1 Guillaume Marois/Boréal 7/4 8 Une enfance pour la vie Mario Roulx et aUBavard Canada -n 9 L'anxiété.Le cancer de l'âme buise Reid/JCL 10/30 10 La crise fiscale qui vient Brigitte Alepin/VLB 8/7 "?^Essais étrangers 1 IndigneMTOus ! Stéphane Hessel/lndigène V9 2 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 3/4 3 Tous minés dans dix ans?Jacques Attali/LGF 6/5 4 Faut-il manger les animaux ?Jonathan Safran Foer/UDIhrier 4/7 5 L'oligarchie ca sufflL vive la démocrade Henré Kempf/Seuil 2/7 6 Futurs pnxihes Noam Chomsky/Lux 5/4 7 Le dérèglement du monde.Quand nos chrilisadons s'épuisent Amin Maalouf/LGF 9/8 8 Éloge de l'amour Alain Badlou/Flammarion -n 9 Le visage de Dieu Igor Bogdanov I Grichka Bogdanov/Grasset -n 10 Lriicitéssansfrondèies Jean Baubérot | Micheline Milot/Seuil -n Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du sj^me d'intainatlcn et d'analyse fispm/ str les ventes de livres fiançais au Caiéda.Ce palmarès est extrait de Ssspmlit est constitué des relevés de caisse de 156 points de venta La BTLF reçoit un soutien Cnancier de Pairimoiie canadien pour le projet Ssspsit.© BnF, toute lepioduction totale ou partielle est inlerdita S T Après tout, «la bullshit ça peut sauver des vies si tu y crois».Le gars, lui, passe son temps à imaginer toutes sortes de scé-narios dans sa tête quand il croise une fille de son goût.Il préfère rester dans l’imaginaire de peur d’être déçu dans la réalité.Ce qui n’est pas sans rappeler certaines histoires lues récemment dans le collectif Amour & libertinage, par les trentenaires d’aujourd’hui.Ainsi, notre homme se re-trouve-t-il dans un bar, devant une jolie serveuse appelée Zoé, mais il hésite à engager une vraie conversation: «[.] il s’était concocté une Zoé dans sa tête, à laquelle la Zoé empirique ne servait que de support visuel, et il était parfaitement capable de faire abstraction de cette vérité, comme il était capable, en lisant le roman de George Eliot, de détester réellement le professeur Casaubon tout en sachant qu’il était une création de l’esprit.» Autrement dit, «la vie ne serait-elle pas un peu trop déprimante si on ne s’en faisait pas accroire un peu?».Comment fuir ?S’en faire accroire.Par le biais des jeux de rôles sur vidéo, des films, toujours les mêmes, de la littérature.C’est tout ce qui leur reste, à ces deux-là, pour fuir leur vie dérisoire.Et c’est terrible.C’est surtout terriblement bien rendu.Malgré le refus des personnages de s’appesantir, de s’apitoyer sur leur sort.Malgré l’indifférence qu’ils affichent face à la vacuité de leur vie.Malgré la foule de détails anodins auxquels ils s’accrochent et qui peuvent finir par exaspérer.Gu peut-être, à cause de tout cela, justement.LA NUIT DES MORTS-VIVANTS François Blais L’Instant même Québec, 2011,174 pages ELena BOTCHORICHYILI LA TÊTE DE MON PÈRE «C'est sans en avoir L'air que le récit se déploie, nous empoigne, nous séduit, nous émeut.» Danielle laurin Le Devoir « Elena Botchorichvili [.] remet en question, toujours avec humour, la version nord-américaine du vilain communisme soviétique.» Aude Jimenez Radio-Canada Elena Botchorichvili LA TÊTE DE MON PÈRE » ' " 'S ¦** .Roman • 8o pages • 15,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca Retrouvez-nous sur twitter et facebook F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE S AVRIL 2011 LITTERATURE Dans la tête de Sherman Alexie Louis Hamelin La dernière fois que j’ai ouvert un livre de Sherman Alexie, j’étais assis dans un chalet à Ekuanitshit, en face de l’archipel de Mingan.Près du chalet se dressait un cap au ventre rouge et strié, et à l’abri des anfractuosités de ce cap prospéraient des iris versicolores aussi secrets que des grains de poussière celés dans les replis des cuisses boudinées d’un nourrisson.Je ne trouvais pas que Sherman Alexie était un très bon romancier, ou du moins que Flight était un très grand roman.Quant aux poèmes de Red Blues, je me sentais inapte à les juger, raccourci honnête qui résume plutôt bien mes rapports avec la poésie.Si je conserve un excellent souvenir de ma lecture des livres de Sherman Alexie sur ce lointain rivage aüantique à l’été 2008, il faut donc que ce soit à cause de ce qui se passait en moi et autour de moi, pendant ces premières vacances en l’espace d’un siècle et demi environ: les pétoncles frais sautés au beurre, le petit verre de bordeaux blanc bien frappé, le café du matin dans le jeune soleil baignant l’Anticosti vautrée sur ses réserves de pétrole à l’horizon, les garderies de moyacs en mouvement sru la mer d’un calme glacial.(Les eiders à duveL c’est un fait, ne connaissaient probablement même pas les CPE à sept piastres et le ministre Tomassi quand ils ont ouvert leurs premières garderies, il y a de ça quelques douzaines de miUiers d’aimées.) Sherman Alexie est un Indien Spokane, ou Coeur ,d’Alène, né sur la réserve de Wellpinit dans l’État de Washington.11 souffrait d’hydrocé- Alexie phabe à la naissance, «le démon aquatique obèse et impérialiste qui a failli me tuer quand j’avais six mois», dixit le narrateur de Danses de guerre, la nouvelle qui donne son titre à son dernier recueil — je sais, j’aruais pu écrire «éponjune» poru faire plus savauL mais tant pis.Ses six premières années dans le monde, le narrateur de la nouvelle les a vécues sous l’effet du phénobarbital, un anticonvulsif dont voici quelques effets secondaires: «le somnambulisme, l’agitation, la confusion, la dépression, les cauchemars, les hallucinations, l’insomnie, l’apnée, les vomissements, la constipation, les dermatites, la fièvre, les dysfonctionnements du foie et de la vessie ainsi que les troubles psychiatriques.» «Je n’ai subi, conclut-il finement, que de légers dommages au cerveau.» Ce cérébro-lésé, tout nous porte à croire qu’il poiu-rait être un double ironique de l’auteru, lequel, dit-on, bsaitCcs Raisins de la colère à l’âge de cinq ans.Sa quête d’une éducation secondaire de quabté lui fera ensuite quitter sa réserve natale, décrocher pne bourse, aboutir à l’Université de l’État de Washington, publier des poèmes dans des revues, obtenir un jolu le prix Pen-Eaulkner et bgurer sur la liste, dressée par le New Yorker, des 20 écrivains à surveiller à l’aube de ce nouveau et splendide millénaire.Pas mal pour une tête d’eau.Moi, j’aime croire que sur la mer intracrânienne de ce Citizen Spokane évoluaient déjà des garderies d’eiders remarquables et de grèbes élégants, et que le trickster était le king de coru d’école qui taxait ces marmailles à plume.PorutanL on ne saurait imaginer une bttérature plus éloignée de l’espèce de tyrannie thématique exercée par la mythologie sur la bction amérindienne contemporaine que celle qui se donne à lire dans les pages de Danses de guerre.Et qu’est-ce qui per- met donc à ce jeune rouge-bec (d est né en 1966) de se jouer aussi légèrement du premier commandement de l’écrivain native: Éa tradition tu honoreras et le sacré tu respecteras.?Son impertinence, son humour, et cette forme de lucidité amusée qui ne peut vraiment opérer que sur le terrain d’une intelligence partagée, et qu’on appelle ironie.se joue allègrement du premier commandement de l’écrivain native: La tradition tu honoreras et le sacré tu respecteras.L’Indien du troisième millénaire Dans Danses de guerre, une nouvelle qui, en une trentaine de pages bien aérées, m’a fait pénétrer plus loin dans la conscience d’un Indien du troisième millénaire, contemporain de l’iPod, que bien des lectures plus sérieuses-volumineuses-anthropoliticailleuses et j’en passe, le narrateur se rend au chevet de son père alcoolique et diabétique, à l’hôpital où ce dernier vient de subir une amputation aux pieds.Son géniteur, exposé aux regards dans un couloir, a froid et il lui réclame une couverture.L’inbrmière se fait d’abord un peu prier, étant sans doute du genre à penser qu’il y a «une limite au-delà de laquelle les médecins devraient cesser de sauver les gens de leurs propres pulsions destructrices».La couverture qu’il finit par obtenir ressemble au «plus grand filtre à café de la terre».Pas de quoi réchauffer un moribond.Errant à travers l’hôpital, il bnit par tomber sur un autre Indien, un Lummi, venu pour l’accouchement de sa sœur avec son vieux père, qui insiste pour célébrer une cérémonie du nom.«Il est dans la salle d’accouchement en train d’agiter des plumes d’aigle partout [.] Il fait semblant d’entrer en transe et il danse comme un con autour du lit.C’est supposé protéger le bébé de toute la technologie et autres trucs.Comme si le problème était les hôpitaux.» Ces Indiens Lummi, ça tombe bien, ont emporté de bonnes couvertures.Mais pas question d’en emprunter une qui n’ait auparavant été dûment bénie par un petit chant de guérison.«Le monde indien, observe le narrateur, est plein de charlatans, hommes et femmes qui se prétendent — non, qui se croient — détenteurs de pouvoirs sacrés.» Ce qui l’amène à parler d’une écrivaine sioux venue donner une conférence à son université: «Elle défendait l’idée d’une identité littéraire indigène propre, ce qui ne manquait pas de sel dans la mesure où elle s’adressait en anglais à un auditoire de professeurs blancs.[.] j’avais pitié d’elle.{.) Elle avait fait de la nostalgie sa fausse idole —sa mince couverture — et cela la tuait» Est-ce à dire que Sherman Alexie, probablement qualifié de pomme (rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur) par les purs et durs de l’identité tribale, aux yeux de qui ses succès littéraires dans une institution postcoloniale doivent paraître bien suspects, ne respecte vraiment rien?Pas sûr, du moins si on suit jusqu’au bout cette couverture d’emprunt vraisemblablement débarrassée des derniers germes de la variole par le chant de l’aïeul.Car le père du narrateur, une fois chaudement emmitouflé, se met à son tour à chanter.«Je me demandais si mon père avait besoin de ce chant.Je n’avais pas chanté depuis des années, mais je joignis ma voix à la sienne.Je savais que ce chant ne ramènerait pas le pied de mon père.[.] Il ne l’empêcherait pas de vider une bouteille de vodka dès qu’il serait capable de s’asseoir dans son lit II ne vaincrait pas la mort Non, songeais-je, ce chant est temporaire, mais en de pareilles circonstances, le temporaire suffit.Et c’était un bon chant» On peut en dire autant du recueil de Sherman Alexie.chouette.lou@gmail.eom DANSES DE GUERRE Sherman Alexie Traduit de l’américain par Michel Lederer Albin Michel, Paris, 2011,195 pages f f LITTERATURE QUEBECOISE Claire l’obscure CHRISTIAN DESMEULES f Etrange roman que celui de Marie-Christine Arbour.Drag {«vêtements non appropriés au sexe»), avec ses phrases comtes, sa métrique sentencieuse et ses effets, malgré sa froideru clinique, envoûte au moyen d’ime musicalité unique.Montréalaise née en 1966, Arbour est l’auterue de deux autres romans: Deux et deux (Planète Rebelle, 2000) et Une mère (Pleine lime, 2008).Claire, une illustratrice québécoise de 35 ans installée depuis quelques années à Vancouver, est à ses propres yeux une «artiste ratée».Elle cultive la pauvreté à coup d’immobibsme et d’abnégation tranquille.Sombre, inassouvie, de discrètes cicatrices aux poignets, elle traîne le souvenir d’une enfance triste marquée par le divorce de ses parents {«La mère avait souvent les yeux rougis») et la mort précoce de son père.Une aptitude singulière à la souffrance, le sentiment persistant du vide, un désir féroce d’individualité et la tentation de la dé- chéance en font une candidate parlaite au vertige.Elle a en horreur ses formes un peu rondes, a lait le choix de porter les cheveux très court, magasine chemises d’homme, cravates et complets bon marché.«Elle a incarné la femme.Elle a voulu ressembler à un homme.Elle a cherché à renverser les rôles.Maintenant elk ne sait plus qui devenir.» Elle se souvient de ses rares amours avec des hommes comme de bonheurs amers.Dans le quartier populaire de Vancouver où elle habite, une vieille voisine, mi-homme mi-fem-me, qu’elle surnomme «Babouchka» et qu’elle aperçoit fumant chaque jour sur son petit balcon, exerce sur Claire une véritable fascination.Babouchka — ou Ni-colaï —, grande perche aux longs cheveux blancs, robe noire, ne sort que la nuit après s’être rasé de près.Claire, elle, a cessé d’êûe bbre à l’instant où elle a posé le regard sur lui.«La beauté de Nicolaï a la qualité macabre de l’éternité.Elle se sent en comparaison si petite.» Captivée, elle le dessine.Nicolaï, lui, «joue son rôle de modèle avec Marie-Christiôe Arbour DRAG I r'i ^^Triptyquë' 1.L un amusement docte».Russe immigré au Canada, ancien pianiste accompagnateur au Bolchoï, à 69 ans il semble avoir renoncé à tout — à commencer par la musique.11 s’habille en femme, elle s’habille en homme.Dans l’intimité du bf par contre, chacun rejoue son rôle le plus naturellement possible.Ils forment une curieuse alliance.Jeune ou vieux, homme ou femme: dans la rencontre les différences s’abolis-senf leurs identités iisionnent et se recomposent À sa laçon, chacun reprend vie.Captive amoureuse, Claire devra vite apprendre à lâcher prise.Eacile: son désir de dépossession, d’avilissement et de ûanscendan-ce l’y prédispose déjà.Et l’art lait le reste.«L’art lui a appris une chose: si le hasard fait le corps, le destin k sacre.» Le destin du «drag couple», comme on le surnomme dans le voisinage, semble êûe de ne rien taire et de le taire comme personne d’autre.«Il n’y a pas plus beau passe-temps que l’inertie.Les oiseaux chantent, l’homme crie.Vient un jour où tout se tait En attendant il faut danser, danser.» L’idée du jeu, qui bxe la relation qu’entretiennent ces deux déracinés, la console peut-être un peu du «drame d’avoir été expulsé[e\ de l’enfance».Une longue dérive vers un petit îlot de bonheur inventé.Collaborateur du Devoir DRAG Marie-Christine Arbour Triptyque Montréal, 2011,183 pages EN BREF 50 000 pour un poème Poètes, à vos papiers et à votre anglais: le Montreal Interna- tional Poetry Prize, d’une valeur de 50 000 $, sera accordé pour la première fois, en décembre prochain, pour un poème de quarante lignes ou moins.Ce nouveau prix, qui Olivieri librairie ^bistro Dans le cadre du Printemps culturel nord-africain de Montréal Du t®' au 10 avril Une présentation de l'Espace du livre francophone et du Festival culturel nord-africain de Mtl, en collaboration avec Ollvierl.Avec le soutien des Conseil des arts de Montréal, Ville de Mtl, Sodée, Conseil des arts du Canada et Patrimoine Canada.Entrée libre / Réservations obligatoires pour les événements.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges 3® édition Spécial Maroc Maghreb du livre de Montréal Des livres ! Des événements ! Des invités ! Lundi 4 avril Soirée maghrébine 18h : Musique & Cocktail 19h : Lectures avec des auteurs maghrébins d’ici et d’ailleurs : Salah Beddiari, Nassira Belloula, Salah Benlabed, Sofia Benyahia, Rachid Benzine et Aziz Parés ; Mercredi 6 avril - 19h Causerie avec Rachid Benzine (Les nouveaux Penseurs de l’Islam, Albin Michel) L’islam moderne & les révolutions populaires Avec la participation du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger.n’a pas d’équivalent dans l’univers de la poésie, se rapproche du prix Ciller de littérature pour ce qui est de son importance pécuniaire.Le Montreal Prize, pensé par le poète et critique Asa Boxer, l’auteur Len Épp et l’ingénieur et consultant Éeter Abramo-wicz, est subventionné par un mécène anonjune qui ne garantit pas la continuité du prix après cette première année.Tous les poètes, publiés ou non, peuvent participer en proposant, d’ici le 8 juillet, un texte anglais inédit.Une première évaluation sera faite par un comité de dix poètes d’un peu partout autour du globe.Cinquante bnalistes verront leurs poèmes publiés au sein d’une anthologie aux éditions Véhiculé Press.Le Britan- nique Andrew Motion, poète de la Couronne de 1999 à 2009, déterminera parmi eux le gagnant.Toutes les informations sur montrealprize.com - Le Devoir Serge Boucher au Studio littéraire Le comédien Benoît McGînnîs lîra au prochaîn Studîo bttéraire des proses înédîtes du dramaturge Serge Boucher.Le comé-dîen, au cours de sa carrière, a înterprété plusîeurs rôles écrits par l’auteur à’Excuse-moi et de la série télé Aveux.Boucher b-vrera, pour une rare fols, des écrits qql ne sont pas dramatur-glques.À la Place des Arts, le 11 avril à 19h30.- Le Devoir 'tCHANGI Histoire de rédition littéraire au Québec : la boucle est bouclée PAUL BENNETT Paru 11 y a déjà quelques mois, le troisième volume de VHistoire de l’édition littéraire au Québec au XX‘ siècle, qui couvre la période de 1960 à 2000, est le dernier volet d’une œuvre collective de longue haleine amorcée dans les années 1990, qui a permis d’explorer des dimensions trop souvent délaissées par la recherche sur l’histoire de la bttérature québécoise.Cette œuvre ambitieuse, menée sous la direction de Jacques Mlchon de l’Université de Sherbrooke, examine tous les maillons de la chaîne du livre, de l’édition à la distribution.On pourrait résumer l’histoire de l’édition au Québec depuis 1960 en deux mots: autonomie et concentration.L’autonomie de l’édition québécoise par rapport aux grandes maisons d’édition et de distribution françaises, dont Hachette, a été conquise de haute lutte dans les années 1960-1970, dans le contexte nationaliste de la Révolution tranquille, grâce à l’acharnement de quelques éditeurs et avec le soutien plutôt timide des gouvernements québécois successifs.Jusqu’à ce qu’enfin, en 1979, le gouvernement du Parti québécois fasse adopter la Loi sur les entreprises québécoises dans le domaine du livre: les éditeurs québécois purent dès lors consolider leurs positions et atteindre leur plein épanouissement.Mais dès le milieu des années 1980, les difficultés de distribution forcent les éditeurs les plus fragiles à se regrouper au sein de groupes aux reins financiers plus solides (Ville-Marie littérature, Sogides).Cette concentration progressive des activités d’édition et de distribution ira en s’accélérant dans les années 1990 au profit de conglomérats, dont principalement Québécor qui, en 2005, avalera le groupe Sogides.Du côté des libraires, on assistera à la même tendance à la concentration avec la constitution des groupes Renaud-Bray et Archambault (Québécor).Même si des indépendants résistent vaillamment du côté des libraires comme des éditeurs (Boréal, Leméac, Triptyque, XYZ, Trois-Pistoles), la tendance à la polarisation entre les mains de géants médiatiques semble désormais b-réversible, la révolution du numérique marchant de pair avec la nouvelle économie.Un bémol Le dernier volume de VHis-toire de l’édition littéraire au Québec, peut-être parce qu’il emprunte trop souvent la forme d’un condensé d’événements récents, risque toutefois de laisser le lecteur sur sa faim: il aura l’impression de parcouru- une histobe un peu trop officielle, connue et aseptisée, sans véritable échappée sur les coulisses du monde de l’édition et les batailles qui ont opposé ou rabié les fortes personnalités qui l’ont façonné: les Jacques Hébert, Gaston Miron, Gérald Godin, Denis Vaugeois, Victor-Lévy Beau-lieu, Jacques Eortin ou Jacques Lanctôt.Pour cela, il lui faudra revenir aux souvenirs d’éditeurs, ceux par exemple de V.-L.B.{Les Mots des autres) ou d’Alain Horic {Mon parcours d’éditeur avec Gaston Miron) qui, malgré leurs partis pris, éclabent de l’intérieur les grandeurs et misères du petit monde de l’édition.Cette Histoire de l’édition littéraire est donc avant tout un livre de référence, un peu aride et didactique.Mais comme toutes les synthèses, il offre l’avantage de souligner les grandes tendances qui parcourent l’histoire récente de l’édition littéraire au Québec et laisse présager ce qui s’annonce.pour le meilleur et pour le pbe.Le Devoir HISTOIRE DE L’ÉDITION LITTÉRAIRE AU QUÉBEC AU XX® SIÈCLE La BATAILLE DU LIVRE (1960-2000) Volume 3 Sous la dbection de Jacques Michon Fides Montréal, 2010,520 pages LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE AVRIL 2011 F 5 LIVRES ESSAI La musique de George Steiner Pourquoi y a-t-il du sens plutôt que rien?George Steiner, éminent essayiste et philosophe, né à Paris en 1929 d’une famille juive viennoise, y répond dans une œuvre abondante et magistrale.GUYLAINE MASSOUTRE Langage et silence est le moment magistral d’une œuvre critique, signée George Steiner.Paru en 1969, mais aujourd’hui complètement revu et augmenté, l’ouvrage donne à ressaisir Kafka, Günter Grass, Trotski, Montaigne et Dostoïevski, assortis d’inédits en français sur Lukacs, Bloch, Hans Mayer et Schoenberg.«Aucune théorie du sens ou du non-sens ne peut être valable si elle esquive la musique», soutient l’essayiste, interrogeant sans relâche les humanités.Faisons l’hypothèse que cela le résume le mieux.En effet, ce polyglotte est passé d’une culture à l’autre, de l’Antiquité à l’intelligence morale contemporaine, de Virgile à Butor, d’Homère à Thomas Mann, en faisant des sauts comparatifs dignes du grand art critique, sans lequel «la création pourrait bien se heurter au silence».La musique est là, à l’origine de ce qui pense, qui énonce, qui danse.Logos ineffable, ce silence, désigné par Wittgenstein comme l’horizon muet de tout discours ou langage, Steiner en ramène la vitalité dans un tournoiement génial.Il éblouit par sa puissance émotionnelle, intelligente et morale, infatigable lecteur aux interlocuteurs essentiels.Aucun livre ne ressemble à un autre La barbarie nazie y figure comme un trou noir vers quoi il avance.Que peut, en effet, la culture contre la barbarie?Pour Steiner, la musique tient la place que le mot occupait ja- \ Le philosophe et essayiste George Steiner dis dans la société cultivée, et la poésie joue un rôle essentiel, à notre époque, pour contrer la violence et l’affaiblissement imposé aux langues dans la culture de masse.Inversement, il arrive que la littérature contribue à effacer la mémoire.II faut questionner la valeur des romans.II réactualise ainsi «Le miracle creux», un texte polémique BERTRAND GUAY AFP de 1959 sur la littérature allemande.Sa pensée contre le kitsch s’y renforce, et on relira avec bonheur ses textes des années 60, où il défend Günter Grass, Lukacs, Hans Mayer, mort en 2001 en laissant d’importants écrits sur Brecht, Mann et Benjamin.Langage et silence est un classique.Son travail au New York Times, rassemblé dans Lec- tures chez Gallimard, en 2010, montre ici le critique aigu sur Plath, Nabokov, Durrell ou Celan.L’essai montre, et ce n’esfpas son moindre mérite, ce qu’il doit à l’Ecole de Lrancfort, foyer si fécond pour la littérature, de même que le judaïsme qui anime maints chefs-d’œuvre.«Le livre que nous commençons demain doit être comme s’il n’y en avait eu aucun auparavant: nouveau et scandaleux comme le soleil matinal», écrit-il à propos du mystère, si humain, de la culture.Après Grammaires de la création (2001) ou Les Livres que je n’ai pas écrits (2008), cet essai, enrichi d’une postface de P.-E.Dauzat, prouve la responsabilité à l’origine des intuitions critiques que permet de vérifier le recul du,temps.A l’autre bout de la chaîne littéraire se pressent récits et romans.Au Seuil, par exemple, on fait place belle à la diversité: voyez la quatrième fiction du Togolais Kossi Efoui, L’Ombre des choses à venir, ou les histoires algériennes de Stéphane Chaumet, Même pour ne pas vaincre.Ces récits, littérairement honnêtes, vont d’une guerre à l’autre comme si la littérature n’était qu’un rituel obsédant.Lire demeure emprunter un chemin singulier, aux bifurcations innombrables.Tant que le lecteur somnambule continuera de vagabonder, vivre sera aussi «s’endormir, plutôt que disparaître, dans la palpable persistance du bien-être», écrit Philippe Delerm dans ses observations quotidiennes.Le Trottoir au soleil, qui paraît chez Gallimard.Grâce à cette littérature du monde, ses racines sont à notre portée.Collaboratrice du Devoir LANGAGE ET SILENCE Çeorge Steiner Edition revue et augmentée Les Belles Lettres Paris, 2010,295 pages LIVRES PRATIQUES L’abc du savoir-vivre CATHERINE LALONDE Un guide de bonnes manières actuel?Alors que le savoir-vivre ne s’enseigne plus, que la liberté individuelle prend trop souvent le dessus sur la courtoisie, Hélène-Andrée Bizier et Marie-Diane Paucher veulenf avec L’abc des bonnes manières (Publistar), dépoussiérer le manuel du savoir-vivre.Elles y rappellent, sous forme d’abécédaire, les bases de la politesse.De petites capsules historiques, trop peu nombreuses, expliquent l’origine de certaines coutumes et relèvent l’intérêt du livre.Car si on trouve dans L’abc des bonnes manières quelques règles pour répondre aux toujours délicates questions du pourboire, des plans de table et de la façon de se présenter, les auteures n’arrivent pas à réactualiser le genre.Se dégage, tant de l’humour oui-ma-très-chère, qui tombe souvent à plat, que de la vision, un goût désuet.Si les auteures incluent, signe des temps, des rubriques sur le courriel, le téléphone portable, le port du condom ou les rencontres Internef elles ne font que surfer sur ces problématiques XXL siècle de politesse, relayant l’évidence sans s’at- E N BREF Céline en vente Une vente aux enchères consacrée à Louis-Perdinand Céline proposera, le 17 juin chez Drouot, à Paris, près de 250 pièces, dont plusieurs éditions originales de Voyage au bout de la nuit et le seul ouvrage de médecine publié par l’auteur en dehors de sa thèse de doctorat.La maison de vente Néret-Minet & Tessier propose aussi une édition de Mort à crédit, datée de 1936, non expurgée des passages condamnés par décision de justice.-Agence France-Presse i tarder à la complexité de certaines situations engendrées par notre époque formidable.Bizier et Paucher, pourtant, annoncent en préface avoir éprouvé «un certain plaisir à voir tomber de vieux tabous comme celui qui interdit aux femmes d’ouvrir une bouteille de vin quand un homme est présent ou, à l’inverse, à réintroduire quel-ques principes de galanterie bannis il y a un demi-siècle».Quand, plus loin, on lit qu’elles conseillent aux femmes de ne pas regarder un homme dans les yeux en mangeant des asperges, on peut douter qu’elles aient réussi leur projet.Un guide parmi d’autres, qui rappelle les règles de base de la politesse, sans être tout à fait ni au goût, ni aux besoins du jour.Le Devoir Le Prix des lecteurs Radio-Canada 2011 Lointaines nouvelles de Lise Gaboury-Diallo Depuis le 19 mars, le Prix des lecteurs Radio-Canada 2011 invite huit lecteurs, jurés d’occasion, à jauger la meilleure œuvre francophone écrite hors Québec.Sous la présidence d’honneur d’Antonine Maillef le jury décidera au fil des semaines lequel, des quatre romans et du recueil de nouvelles en lice, sera déclaré lauréat de cette onzième édition du Prix, le 22 avril prochain.Les finalistes sont Louis L’Allier pour Les danseurs de Kamilari (Vermillon), Andrée Christensen pour La mémoire des ailes (David), André Lamontagne pour Les fossoyeurs (David), Gracia Couturier pour Chacal, mon frère (David) et Lise Gaboury-Diallo pour le recueil de nouvelles Lointaines nouvelles (du Blé).Chaque semaine.Le Devoir présente dans son cahier Livres une des œuvres en lice.Reconnue comme critique, professeure, analyste et poète.Lise Gaboury-Diallo est une importante figure de la littérature franco-canadienne de l’Quest.Elle enseigne au Collège universitaire de Saint-Bo-niface.Elle participe également au comité éditorial des Cahiers franco-canadiens de l’Ouest.Depuis son premier recueil de poésie.Subliminales (du Blé), le dialogue avec autrui, la transformation qu’il entraîne et la quête d’identité sont les axes de son écriture.Ce sont ces thèmes qu’on retrouve dans le voyage qu’of tfe Lointaines nouvelles.Ni tout à fait auto-fiction, ni tout à fait invention, les nouvelles sont cueillies par l’œil d’une narratrice manitobaine qui découvre le Sénégal natal de son mari.Peu à peu, la folle, la fille à marier, les enfants, les filles ga- Éditions dj Blé zelles, l’imam, les vieux des villages Dogons, les enfants prennent de plus en plus de place.Récits de voyage.Lointaines nouvelles, sans renier le regard blanc et occidental qu’il pose, refuse de rester à la surface carte postale de l’Afrique.«[.y]observe mes compagnons africains; tous semblent si légers, écrit Gaboury-Diallo.Touchent-ils le sol ou survolent-ils en papillon les drames de notre époque?A quelle école de cirque ont-ils acquis une telle souplesse de corps et d’esprit pour pouvoir littéralement gambader sur ces versants?Sur un chemin miné par l’imprévu ardu du hasard, ils prennent le temps de s’amuser en travaillant.Ils s’entraident, s’intéressent réellement au sort d’autrui, peu importe la moiteur du front et la fatigue quotidienne.» Quinze nouvelles, tissées d’Afrique.Le Devoir LOINTAINES NOUVELLES lise Gaboury-Diallo Editions du Blé Saint-Bonilace, 2010,216 pages AGENCE FRANCE-PRESSE Louis-Ferdinand Céline en 1951 PUL Presses de A'fc'fceil'fciiOïï écrivains raéckants SIMON HAREL L'écriture n'est jamais neutre.Les écrivains méchants nous font éprouver la violence, la cruauté du monde, les traumatismes communautaires ou personnels.192 pages 24,95 $ Abonnez-vous à INFO-PUL WWW.P UI a va 1.CO m NOUVEAUTES L I 0 T ROPE] LES MODELES DE L'AMOUR GREGORY LEM AY ROMAN MY PARIS GAIL SCOTT ROMAN UN LAC I M M ENSE ET BLANC MICHÉLE LE5BRE SÉRIE K, NOVELLA MICHELE LE5BRE AC IMMENSE ET BLANC C'EST gUAND LE BONHEUR MARTIN E 0 ELVAUX SÉRIE P, FORMAT POCHE I T I 0 N S H E L I F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 AVRIL 2011 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Gauche ou gauche « efficace » ; 9 Le concept de «gauche efficace», promu par l’essayiste Jean-François Lisée, correspond-il vraiment à une modernisation des idées classiques de la gauche politique ou en trahit-il l’esprit, en favorisant un alliage idéologique bâtard qui prend la forme d’une gauche de droite?Selon Pierre Duhuc, directeur du mensuel progressiste et indépendantiste l’aut’joumal, c’est malheureusement la seconde interprétation qu’il faut retenir.ans Pour une gauche à gauche, un essai polémique rédigé à chaud, Duhuc se livre, comme l’indique le sous-titre de son ouvrage, à une «critique des propositions sociales et linguistiques de Jean-François Lisée», pour montrer qu’elles ne font pas professer le Québec «sur le chemin de son émancipation sociale et de sa libération nationale».Avant d’entrer dans le vif de I * cette polémique, il convient I M d’ahord de saluer la contrihu- V ^ 1^- -'% tion des deux hommes au dé-hat public québécois.Lisée et I Duhuc n’ont pas peur de se mouiller.Le premier, journalis-te de profession, a été con-seiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard.Il est chercheur à l’Université de Montréal et nourrit abondamment un blogue, sur le site de L’actualité, dans lequel il se prononce sans filet sur tous les enjeux de l’heure.Le second a été candidat à la direction du Parti québécois (PQ) en 2005, a cofondé le SPQ Libre, a publié des portraits à charge de Stephen Harper et Michael Ignatieff et multiplie les interventions critiques sur le site de Louis CORNELLIER Pierre Dubuc l’aufjournal.Lisée et Dubuc appartiennent tous les deux à la famille souverainiste et se réclament de la gauche.Leurs différends portent donc sur des éléments de stratégie et d’interprétation.«Longtemps, j’ai eu de l’admiration pour Jean-François Lisée», écrit Pierre Dubuc, qui avoue trouver son frère ennemi «souvent intelligent, brillant et astucieux».Toutefois, les récentes propositions de lisée, principalement celles qui sont formulées dans Nous (Boréal, 200’^ et dans Pour une gauche ef-jkace (Boréal, 2008), ont heurté Dubuc.Si Lisée parle de «gauche efficace» plutôt que de gauche tout court, c’est qu’il accepte, d’une certaine façon, le constat selon lequel le prçgramme de gauche traditionnel (gros Etat, gros impôts, syndicats forts) n’est plus adapté à la situation actuelle.lisée, qui reste attaché aux valeurs de gauche (principalement Injustice sociale), suggère donc de jouer de stratégie, en récupérant certaines idées de la droite pour les faire servir à des objectifs de gauche.Il propose, notamment, une privatisation partielle d’Hydro-Québec et une hausse des tarifs d’hydroélectricité, l’instauration de la concurrence entre les employés de la fonction publique, des salaires plus élevés pour les enseignants qui parviennent à laire augmenter le taux de réussite des élèves en milieu défavorisé et, enfin, une fiscalité qui abandonne de plus en plus le principe de l’impôt progressif sur les profits des entreprises et le revenu pour se tourner vers le principe des tarifs et taxes à la consommation.Originales, les idées de Lisée sont souvent complexes, voire alambiquées.Aussi, le résumé qui précède ne prétend pas leur rendre justice, mais seulement en suggérer l’esprit.Logique Dubuc ne partage pas le constat de Lisée sur l’épuisement du programme de gauche tradition- nel.Il croit plutôt que c’est son abandon, par manque de volonté politique et reddition devant les forces idéologiques de droite, qui explique le marasme actuel.Il cite l’économiste américain Paul Krugman (ce que fait aussi Lisée!), qui prend Roosevelt comme modèle pour affirmer que les meilleures solutions pour assurer une société juste sont d’imposer les entreprises ^ et les bien nantis et d’encoura- .i ger la syndicalisation.Dubuc expose aussi «dix rai- ^ sons de s’opposer à la privatisation d’Hydro-Québec» et à une hausse de ses tarifs, rejette l’idée des salaires liés à la performance en éducation et propose plutôt d’abolir les subventions aux écoles privées, montre qu’une hausse des droits de scolarité (appuyée par Lisée à de multiples conditions) nuirait à l’accessibilité aux études et, conséquemment, à la productivité nationale.Il explique aussi les raisons pour lesquelles le principe utilisateur-payeur annonce le dépérissement des services publics.On ne peut pas, explique Dubuc en tournant parfois les coins rond, atteindre des objectifs de gauche en se soumettant à des stratégies de droite.Aussi, même s’il relève d’une bonne intention, le pacte avec le diable proposé par lisée fait le jeu de la droite.Pour l’avenir du français Dubuc et Lisée plaident ensemble pour un Québec français.Pourtant, dans ce dossier aussi, la polémique fait rage.Dans son blogue du 14 janvier dernier, Lisée accuse Dubuc de pratiquer «l’oukase et l’excommunication des gens qui ne pensent pas comme lui».Alors que le chroniqueur de L’actualité se fait le promoteur du concept de «nette prédominance du français au Québec», le directeur de l’aut’journal lui oppose Jean-François Lisée celui de «français, langue commune».Selon Lisée, Dubuc, au mieux, coupe les cheveux en quatre et, au pire, entretient une logique d’affrontement entre les langues qui n’a pas lieu d’être.Selon Dubuc, le concept de «nette prédominance du français», malgré les apparences, n’implique pas que le français soit la seule lan^e commune et «sous-entend la cohabitation de deux langues, le français et l’anglais».Dans son blogue du 25 janvier, lisée fait ^ mine de ne pas trop comprendre la distinction suggérée par Dubuc et écrit que ce dernier «affirme une chose qui n’a pas de sens logique et la prend pour vraie».La thèse de Dubuc est pourtant bien logique: le principe du «français, langue commune» impUque des exceptions pour la communauté anglophone, mais refuse d’institutionnaliser la cohabitation des deux langues en général.Dubuc, contrairement à ce qu’avance Lisée, ne veut pas que «l’anglais finisse par disparaître», mais qu’il soit cantonné dans les institutions de la minorité anglophone historique.Très stimulante, cette polémique interne à la gauche souverainiste est un signe de vitalité sans équivalent dans le camp adverse.Le Parti québécois, dans le giron duquel nos deux ferrailleurs s’activent, saura-t-il s’en inspirer pour sortir de sa douce léthargie?Le cas échéant, insuffler un peu de gauche à gauche dans son programme et son discours ne lui ferait certes pas de tort.louisco@sympatico.ca POUR UNE GAUCHE À GAUCHE Critiques des propositions sociales ET LINGUISTIQUES DE JEAN-FRANÇOIS LISÉE Pierre Dubuc Renouveau québécois Montréal, 2011,206 pages HISTOIIŒ La froideur de Louis XIV envers le Canada MICHEL LAPIERRE \ A 14 ans, il incarne le Soleil dans un ballet, sur une musique de Lully.Beaucoup plus tard, en 1699, ie marquis de Vau-ban lui conseille d’édifier, depuis Québec et Montréal, un empire en Amérique avec «deux grandes monarchies» populeuses, l’une au Canada, l’autre en Louisiane et à Saint-Domingue, pour contrecarrer les ambitions anglaises.Mais Louis XTV (1638-1715) n’a d’yeux que pour l’Europe, se prenant pour Apollon ou pour Hercule.Ces faits qui en disent long, l’historien Louis Gagnon les reü-te dans son essai Louis XIV et le Canada (1658-1674).Il consacre le livre aux vains efforts qui annonçaient presque le mémoire de 1699 soumis par Vauban: ceux de Pierre Boucher, l’un des plus importants pionniers de la Nouvelle-Prance, ainsi que ceux de deux administrateurs de la colonie, l’intendant Jean Talon et le gouverneur général Prontenac.Doué d’un style limpide, agréable, expressif, exempt de lourdeurs universitaires, Gagnon aboutit à une conclusion brilknte, où il définit «l’homme américain», né depuis le XVIP siècle tant au Canada que dans les colonies anglaises.«Un être, écrit-il, d’une autre espèce, discrètement en rupture avec les sociétés européennes, enraciné dans un terreau où il se mouvait avec plus de liberté et d’indépendance.» Il poursuit: «Cet homme, Louis XTV ne l’a pas pressenti.Il ne pouvait tout simplement pasl’ima^ner.» A la différence de la plupart de nos historiens, Gagnon a suffi- STEPHANE DE SAKUTIN AEP Louis XrV resta sourd aux propos de ceux qui auraient voulu que la Nouvelle-France devienne une «grande colonie».samment fréquenté les classiques français pour saisir l’esprit subtil de l’Ancien Régime.Il sait que Voltaire a défini à la perfection la modernité singulière de Vauban — champion de la cause canadienne, à laquelle l’écrivain était pourtant loin d’être sensible — par ces simples mots: «Il a prouvé, par sa conduite, qu’il pouvait y avoir des citoyens dans un gouvernement absolu.» Pour dépeindre à la fois la psychologie et la politique de Louis XTV, qui aime mieux assiéger des places fortes d’Europe que s’intéresser au Nouveau Monde, l’essayiste québécois choisit une pointe que Mme de Sévigné lance en 1667: «Le roi s’amuse à prendre la Flandre.» L’année précédente, le monarque et son ministre Colbert étaient restés sourds aux propos de Talon, qui souhaitait que le Canada devienne «une grande colonie», assez puissante démo- graphiquement pour en imposer aux possessions anglaises, déjà bien plus peuplées.Voltaire a dit de Louis XIV «qu’il ambitionnait toute sorte de gloire, et qu’il voulait être aussi considéré au-dehors qu’absolu au-dedans».Comme le note Gagnon, Erontenac, faute de convaincre la Erance de l’importance du Canada, vit sa femme, plus influente que lui dans la haute société, être l’objet des faveurs royales.Mme de Erontenac incarnera Minerve, déesse romaine de la guerre, dans un tableau qui enrichira la splendeur de Versailles.Ce sera, hélas, la meilleure parfi-cipafion canadienne au rayonnement du Roi-Soleil! Collaborateur du Devoir LOUIS XIV ET LE CANADA Louis Gagnon Septentrion Québec, 2011,202 pages Interpréter la révolution de Mai 68 JEAN-PHILIPPE WARREN Accompagné d’un CD avec témoignages audiovisuels, ce livre apporte une contribution originale à l’interminable et inextricable débat autour de l’interprétation de Mai 68, en France.Car si la compréhension des événements passés est bien l’aflaire des historiens, ces historiens sont aussi acteurs de l’histoire.Et des acteurs d’autant plus engagés qu’ils sont contemporains des faits qu’ils narrent.Ce n’est pas le recours à l’his-toire orale en soi qui rend l’ouvrage dirigé par Agnès Callu passionnant.Non, ce qui rend sa lecture stimulante, c’est d’avoir donné la parole aux historiens eux-mêmes, comme témoins du passé.Parmi bien d’autres, Hélène Carrère-d’Encausse, Marc Ferro, Alain Corbin, Emmanuel Leroy Ladurie, Jean Delumeau, René Rémond et Françoise Picq sont ainsi appelés à raconter ce qu’ils ont vécu comme spectateurs détachés ou militants passionnés pendant ces «années de braise».Comment l’historien raconte-t-il ce qu’on appelle «l’histoire du présent») Son regard est-il plus rigoureux et plus objectif que celui de ses contemporains?L’historien peut-il, grâce à sa formation et ses méthodes, atteindre un point de vue de Sirius, d’où il peut dominer son temps?Ces questions sont d’autant plus intéressantes à poser dans le cas des troubles étudiants des années 60 que nul n’échappe en France à la fascination de Mai 68.Chacun sent le besoin de se positionner face à l’un des événements les plus médiatiques des 50 der- Aux sources de notre histoire I Louis Gagnon LOUIS XIV > CANADA w 1658-1674 5 0 AUSSI DISPONIBLE EN FORMAT PDF S | Le 10 mars 1661, après avoir aboli le poste de principal ministre, le roi Louis XIV s’érige en monarque absolu.L’onde de choc provoquée par cet événement sans précédent se propage jusqu’en Nouvelle-France.En 1666, le verdict tombe sans appel: le roi écarte le projet d’un vaste royaume en Amérique sous prétexte que sa création compromettrait son prestige et la sécurité de ses sujets d’outre-mer.FEUIUETACEEN LIGNE:3216 /^SEPTENTRION.Q.C.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Jean Lauzon IMAGES DE LA PHOTOGRAPHIE Jean Lauzon Images de la photographie de NyeoU % i j- l es Pt set y iliiM>pliiL|ues' «Ouvrage d’un apport capital et d’une pertinence absolue.» (|ean-Luc Monterosso, directeur de la Maison Européenne de la Photographie, Paris) «Pour quiconque s’intéresse à la photographie, les études de Jean Lauzon sont devenues une source théorique incontournable.» (Nycole Paquin, professeure à l’UQAM) En librairie 222 pages * 26 $ nières années.«Par l’histoire orale, demande Callu, a-t-on la capacité de découvrir un Mai 68 novateur dans ses contours quand il est raconté par des historiens?» Y a-t-il vraiment un «Mai des historiens» qui différerait des autres?Qr, ce qui frappe d’abord le lecteur, comme le souligne Jacques Revel en préface, c’est à quel point les historiens interrogés livrent des témoignages personnels au fond assez peu travaillés de l’intérieur par les outils de leur discipline.Les normes qui orientent leurs récits sont moins celles de leur formation professionnelle que des valeurs communes à la conscience collective française.«C’est dire, résume Revel, qu’ils se sont comportés en citoyens autant ou plus que comme historiens, quoi qu’ils en aient, et que dans la mémoire qu’ils conservent (ou qu’ils reconstruisent) de l’événement, c’est toujours comme citoyens qu’ils continuent de se percevoir.» Cette leçon est intéressante et donne toute sa valeur à l’ouvrage.Elle permet d’éclairer des enjeux plus globaux, qui touchent à l’ob-jectivité historienne, aux liens entre le chercheur et le citoyen, à la validité de l’histoire orale comme récit du passé ainsi qu’aux limites de l’ego-histoire.Invité à donner sa version des faits, l’historien n’est peut-être pas, après tout, un témoin privilégié de l’histoire, mais un acteur comme les autres, avec ses doutes et ses espoirs.Collaborateur du Devoir LE MAI 68 DES HISTORIENS Entre identités narratives ET HISTOIRE ORAIL Agnès Callu (dir.).Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’T^cq, 2010,311 pages FELICITATIONS A MICHELINE LACHANCE GRAND PRIX DU LIVRE DE LA MONTÉRÉGIE 2011 CATÉGORIE FICTION ADULTES MICHELINE .LACHANCE I - “ lV 1 ™es Filles ^tombées ' Tom€2 - Les Fantômes de mon père Micheline Lachance P QUÉBECAMÉRIQUE t mm* AUX PRESSES PHILOSOPHIQUES «Micheline Lachance insuffle à cette fresque sa passion pour l'histoire et sa fascination pour les femmes irréductibles.» Monique Roy, Magazine - Châtelaine «(.) c'est très bien fait (l'auteure) écrit avec une maîtrise et beaucoup de recherche.» Jean Fugère, Radio-Canada - Pourquoi pas dimanche Québec Amérique M www.quebec-amerlque.com ' “
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