Le devoir, 18 juin 2011, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JUIN 2011 ROMAN Marina Lewycka, un triplé rare Page F 4 ^ ESSAI De la désobéissance au féminin Page F 6 Ék Cteystine Brouillet ; rvV m / y'' ¦ J V?U remiere Æ ecte .¦ * V '•.¦.-T.'"’•¦ .r ï Jk ¦¦¦ , .¦ ' r.'¦ ' A-.-¦¦¦-'¦' T,'¦ ¦ ¦¦ ¦ ¦ ¦ -'¦ fl'i â .¦' .-‘-A .¦- .- •> ¦ '* f '¦ ¦ ' ¦- ¦ :7rT.¦:¦' .¦ ‘•'' / ¦ ¦ jîV* Vjy .' ' ; PEDRO RUIZ LE DEVOIR Elle pourrait être l’arrière-petite-fille de Miss Marple: une main entre jardinage — «mon basilic thaï prend bien cette année» — chats et popotte — «je vous ai préparé de petits gâteaux au coconut; ils sont encore chauds»; l’autre main trempée jusqu’au coude dans l’encre des meurtres.Au sortir de la 12" enquête de sa détective fétiche Maud Graham — car sachez, collectionneurs, que deux romans ont paru en France seulement avant Le Collectionneur —, l’auteure de polars Chrystine Brouillet invite Le Devoir à prendre le thé.CHRYSTINE BROUILLET DOUBLE DISPARITION Une Dnquéte de Maud Gratiam CATHERINE LALONDE VOUS avez choisi le thé préféré de Maud Graham!», dit d’emblée en rigolant Chrystine Brouillet, versant le sencha après avoir vérifié deux fois qu’il était d’un jaune moussu assez foncé.Dans Double disparition, la détective de Québec, personnage-clé de Brouillet depuis 1995, a bien besoin de tasses de thé réconfortantes: ses nerfs sont mis en pelote par l’enlèvement de la petite Tamara, sept ans.Course contre la montre, peur avérée du pire.Ici, comme ailleurs chez Brouillet, les personnages sont embourbés dans leurs mensonges, et le secret causera un malheur.Et quel secret: inceste mère-fils pour cette histoire, bonjour tristesse!, à deux pans.«Double disparition a la forme de vagues qui se heurtent et s’entrecroisent Je le vois dans la forme du roman.C’est aussi la marée qui monte et descend», explique la romancière au fond de sa cour fleurie.Champagne et polars «Depuis Arsène Lupin, je dis toujours que Maurice Leblanc m’a donné le goût du champagne et du polar», poursuit Chrystine Brouillet.Folle de polars, elle en écrit, en lit, en faisait la chronique il y a peu à feue l’émission radiophonique Vous m’en lirez tant Elle connaît les codes, les formes, les auteurs, adore Henning Mankell et Stieg Larsson — «un sale coup de Mankell de faire disparaître Wallander; un sale coup que Larsson soit mort, on en aurait voulu plus» —, C.J.Box, Donna Leon, Torn Rob Smith.«C’est ce qui me fait ou- blier mon quotidien.D’autres types de livre vont m’y ramener: là, je savoure jomnû d’un parfumeur, de Jean-Claude Ellena», le nez d’Hermès.«Surtout le journal d’un créateur, poursuit la grande lectrice.Mais pour m’évader, c’est le polar.» Elle est gourmande, elle écrit crimes, morts et meurtres.Anxieuse jouissive, et vice-ver-sa, une part Rabelais et une part Ripley, Chrystine Brouillet porte sa propre opposition Eros-Thanatos.«Je suis toujours très noire: Le Collectionneur parlait d’un tueur en série; C’est pour mieux t’aimer mon enfant, de pédophilie; Les Fiancées de l’enfer, d’inceste.Ce que je n’ai pas touché encore, et je vais le faire, ce sont les abus de pouvoir et le détournement financier à la Vincent Lacroix, et la pauvreté, qui existe, mais vraiment, au Québec, mais dont on ne parle jamais.J’attends les angles.Je peux attendre quinze ans avant de faire un sujet.» Un bonheur terrifiant Elle écrit tous les jours, à partir de 6h et jusqu’à cinq heures par jour, signant encore des romans jeunesse et pour adolescents.«Depuis 30 ans [et plus de cinquante livres] que je fais ce métier, j’ai rencontré beaucoup de policiers, de gens de laboratoires judiciaires, des avocats; je sais que ce sont de bons vivants, prêts à opposer à leur métier quelque chose de charnel, de très vivant, d’éphémère bien sûr.Ces gens côtoient la mort tous les jours.Ils profitent de la vie.» Brouillet fait aussi métier de penser la mort, non?«Oui.C’est un rappel constant de la mortalité, de la fragilité.Mais contrairement à Maud Graham, je suis douée pour le bonheur, même si je suis une psychorigide angoissée», dit-elle, tout sourire.Angoissée par quoi?Sa voix ralentit.«Par tout.J’ai le sentiment que tout est fragile, que tout peut «Tout ce qui concerne l’écriture, pour moi, exige du contrôle, alors que mon idée du plaisir demande l’abandon.En même temps, je ne suis pas bien si je n’écris pas, trop à l’étroit dans ma peau.» m’être enlevé en une fraction de seconde, dit-elle en claquant des doigts.Il n’y a pas une journée oû je ne pense pas à la mort.C’est un devoir d’habiter sa vie, d’en jouir, un devoir de vigilance de ne pas être distrait, de ne pas laisser les journées passer sans les voir.Graham n’est pas bonne dans ça.Elle s’est améliorée, comme en cuisine d’ailleurs, parce que dans Le Collectionneur, c’était pas fort!» Cube Rubik Le dada d’auteure de Chrys-fine Brouillet, c’est la structure.«J’ai été complètement bouleversée, sciée et séduite par la lecture des Rougon-Macquart d’Émile Zola.» Cette série fleuve de vingt romans écrits sur vingt-cinq ans voulait montrer sur cinq générations que «l’hérédité a ses lois, comme la pesanteur, en disait Zola».«Quand tu arrives à la fin, au Docteur Pascal, et que tu vois tous les liens qu’il a tissés entre ses vingt romans.c’est titanesque!» Ce jeu de cerveau, ce cube Rubik pour édifier une intrigue, Brouillet le trouve dans le polar.Les contraintes des personnages récurrents et rassurants, qui illustrent en parallèle la vie et le temps qui passe, donnent aussi des libertés: «un univers installé te permet des intrigues plus complexes».Double disparition, pour elle, est ainsi une vague.«Le prochain livre, une histoire de vengeance, je le vois hachuré, en ruptures.Promesses d’éternité était en étoile.Comme j’ai de plus en plus de personnages récurrents, la structure me permet de les bouger à travers cette grande toile.» Pour monter cet échiquier, plan et préparation.Chrystine Brouillet attrape le squelette, recommencé sur trois feuilles au plomb et en pattes de mouche, du prochain Graham en gestation.«Je sais déjà que ça va être une galère à écrire.J’ai pas de plaisir à écrire.J’ai du plaisir à construire une histoire.Mais la phrase, pour moi, c’est bien laborieux.Ça me rassure, le plan et les recherches, alors je fais mes devoirs: du repérage en VOIR PAGE F 2: SUSPECTE F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JUIN 2011 LIVRES OBSERVATOIRE DE LA VILLE INTERIEURE Corridor entre la Rotonde et le Centre de commerce mondial de Montréal MONTREAL Voir la métropole, du paysage au sous-sol FABIEN DEGLISE Ce n’est pas parce qu’il est sous nos yeux qu’il n’est pas important de le regarder de près: le paysage urbain n’est pas seulement un ensemble disparate d’éléments bâtis ou naturels faisant partie du décor quotidien.Que non! A l’échelle internationale, les paysages, avec leurs particularités culturelles, patrimoniales et leurs mutations contemporaines, se trouvent désormais au centre du développement et de la préservation de nombreuses villes.Et Montréal gagnerait désormais à tenir compte de cette nouvelle réalité paysagère, estiment deux chercheurs de la métropole qui signent en duo Montréal en paysages.L’urgence d’agir a forcé l’alignement des mots, expliquent en introduction Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l’Université de Montréal, et Sylvain Paquette, chercheur au même endroit.Les deux hommes sont à l’origine de ce bouquin qui se veut autant une réflexion sur les paysages urbains qu’un outil pour favoriser leur mise en valeur, leur préservation et s’assurer qu’üs participent à la construction d’une métropole ouverte et consciente de son environnement «La pleine reconnaissance de la spécificité et de la qualité des paysages tout comme des cadres de vie urbains reste à accomplir», écrivent-ils.Mettre «le paysage au cœur du projet de la ville», c’est «reconnaître le potentiel social, culturel du territoire» et «miser sur lui [.] pour regarder, apprécier et qualifier nos environnements de vie pour en produire de nouveaux».Didactique (un peu), hermétique (un peu trop), le bouquin explore les fondements théoriques du paysage avant d’appréhender cet objet intangible et hautement subjectif sous l’angle du pragmatisme.Des pistes pour lustrer l’environnement visuel de la ville, les auteurs en pointent, comme l’amélioration de la qualité de l’architecture et du design urbains, afin de respecter les éléments de la grammaire visuelle d’une ville qui s’est façonnée sur plus de 350 ans.Les chercheurs appellent aussi à une va-lorisation des paysages nocturnes et nordiques et surtout des façades fluviales qui soulignent l’insularité oubliée du territoire montréalais.«Dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus vive» entre les villes, l’exercice aurait d’ailleurs, pour eux, bien plus qu’une valeur esthétique — ou poétique, comme Louis Cornellier est aux PUL Presses de l’Université Laval Chroniques de L'Action Dans ses chroniques publiées dans l'hebdo lanaudois L'Action entre 2007 et 2011, LOUIS CORNELLIER fait flèche de presque tout bois, dans un style alliant fougue et clarté.226 pages 19,95 $ ^ Abonnez-vous à INFO-PUL www.pulaval.com disent certains pourfendeurs du paysage.Escaliers extérieurs, patinoires lacustres, arbres au milieu d’un boulevard ou ordures ramassées sur un terrain, tout en témoignant de l’identité d’une ville, font aussi désormais la différence entre les villes qui attirent et celles qui n’attirent pas.Dans le ventre de la ville Montréal a des paysages fascinants.et pas seulement en surface.En sous-sol aussi, il y en a, là où, depuis la Place Ville-Marie dans les années 1960, une ville intérieure s’est lentement, sûrement et significativement développée.Ce bijou d’architecture caché et de développement urbain, déprécié avec fougue par les Montréalais d’aujourd’hui, le prof d’urbanisme Michel Boisvert, créateur en 2002 de l’Observatoire de la ville intérieure, a décidé de le disséquer en le comparant au PATH, le réseau intérieur torontois.Un exercice aux tonalités académiques, certes, mais qui se savoure le long des 250 pages de Montréal et Toronto, villes intérieures.Avec derrière la cravate 20 ans d’observation du Montréal tellurique, le spécialiste en économie urbaine et en planification d’infrastructures livre ici une autopsie en règle, plus qu’une sociologie, de cet environnement montréalais dont l’architecture et la trame de développement sont aussi complexes et improbables que fascinantes.Des contraintes morphologiques aux partenariats entre le public et le privé, en passant par l’aménagement intérieur, l’influence jouée par le métro et le financement public, tout y passe ou presque, avec l’accent mis sur les acteurs en présence, les influences et les intérêts en cause, ici comme dans la Ville reine.Solidement documentée, l’analyse froide et efficace de Boisvert cherche à extirper de cet enchevêtrement de galeries, de ces blocs de béton et succession de centres commerciaux, les éléments qui ont fait émerger et grandir deux réseaux intérieurs qui, à Montréal et à Toronto, aiment se présenter comme les plus grands du monde.11 est question d’interventions politiques, de planification économique, mais aussi de cet étonnant partenariat public-privé qui a structuré, pas forcément pour le mieux, au fil des années, le Montréal souterrain, comme les touristes l’appellent.Un Montréal atypique, méprisé, fréquenté, aseptisé, envié, mais surtout qui devrait continuer son développement: l’urbanité en trois dimensions (imaginée en sous-sol, en surface et en hauteur) étant pour les métropoles modernes une façon de faire face à leur croissance démographique et forcément à leur destin.Le Devoir MONTRÉAL EN PAYSAGES Philippe PouUaouec-Gonidec et Sylvain Paquette PUM Montréal, 2011,260 pages MONTREAL ET TORONTO, VILLES INTÉRIEURES Michel Boisvert PUM Montréal, 2011,252 pages Aplatir le temps « Marc Provencher a un regard cynique et a su utiliser les failles de nos systèmes politiques et sociaux pour créer une fable futuriste crédible et absurde.[.] Ce texte, court et bien serré, se lit idéalement d’une traite pour bien suivre les évènements, jusqu'à en aplatir le temps.» - Marie-Hélène Vaugeois, Le libraire ESSAI Montréal issue des eaux Un fascinant ouvrage de Michèle Dagenais sur la vocation insulaire et maritime de la ville MICHEL LAPIERRE • n 1959, comme par hasard ^ 200 ans après la victoire es Anglais sur les plaines ’Abraham, Élisabeth 11, en tant que reine du Canada, et le président américain Eisenhower inaugurent la voie maritime du Saint-Laurent (dont une section, aux confins çie l’Ontario, appartient aux États-Unis).Montréal, port intérieur exceptionnel, perd son atout au profit de Toronto et du Middle West.La ville des eaux deviendra-t-elle une utopie touristique?Dans son «histoire environnementale» intitulée Montréal et l’eau, fascinant ouvrage d’une rare érudition enrichie d’une iconographie évocatrice, Michèle Dagenais répond à la question insidieuse avec nuance.Elle explique que, malgré l’abandon de l’ambitieux projet Archipel, élaboré, sous un gouvernement péquiste (1976-1985), pour mettre en valeur la région montréalaise, les autorités ont, «dans le contexte de la désindustrialisation», redonné au public d’ici et aux touristes l’accès aux paysages riverains.L’historienne mentionne, par exemple, «le développement du Vieux-Port, la réhabilitation des berges du canal de Lachine, l’aménagement de parcs à vocation régionale au pourtour de l’île» de Montréal.Le géographe français Raoul Blanchard (1877-1965), qui s’intéressa au Québec au point d’y séjourner une quinzaine de fois, avait déjà trouvé les mots pour dépeindre les charmes uniques, enfin soulignés, de l’hydrographie de la région métropolitaine.L’un des mérites du livre de Michèle Dagenais consiste à nous faire redécouvrir l’écrivain scientifique un peu oublié.En 1953, Blanchard fit une saisissante description: «Des cours d’eau roulant à fleur de sol, présentant les plus vifs contrastes de largeur et de profondeur au long de leurs tracés, passant de l’état de lacs sans courant à celui de rapides blancs d’écume, tel est le spectacle que nous offrent les rivières, petites ou grandes, de la plaine de Montréal.» Plus de 135 ans après la fameuse Description topographique de la province du Bas-Canada (1815), de Joseph Bou-chette, géographe natif de Québec à qui se réfère aussi l’historienne, le français s’émerveille devant le Saint-Laurent.Selon lui, «le plus jeune fleuve de la terre» et ses ^fluents rappellent, dans «cet ancien fond de mer» qu’est la plaine montréalaise, «les paysages marins» d’il y a plusieurs millénaires.Michèle Dagenais ose voir l’eau «au cœur du processus de construction matérielle et symbolique de la ville».Elle prolonge Blanchard qui décelait l’influence «souterraine» de Montréal jusque dans le «domaine insulaire» environnant.Porte de l’intérieur du continent à l’époque de la Nouvelle-Erance, la ville, point de départ de nos «voyageurs» pour la traite des fourrures avec les Amérindiens, garde des traces de cette aventure innovatrice.Même si, depuis le bouleversement fluvial de 1959, elle est moins à l’entrée qu’à la remorque de l’Amérique profonde, l’eau la fait encore rêver.Collaborateur du Devoir MONTRÉAL ET UEAU Michèle Dagenais Boréal Montréal, 2011,308 pages SUSPECTE SUITE DE LA PAGE E 2 voiture, des vérifications, souvent au-delà du nécessaire.Allez voir l’hôtel de glace qui va être fondu en juin quand le livre va paraître, est-ce que c’est essentiel au roman?Ben non, mais je le fais! Après, il me reste juste à mettre de la chair autour de l’os.Tout ce qui concerne l’écriture, pour moi, exige du contrôle, alors que mon idée du plaisir demande l’abandon.En même temps, je ne suis pas bien si je n’écris pas, trop à l’étroit dans ma peau.» Le plaisir, lui, est ailleurs: dans le thé, les amis, les chats qui ronronnent, la bonne chère.Dans la découverte du film que Jacob Tierney a tiré de son tout premier roman.Chère voisine (Les Quinze), qui, grâce au prix Robert-Cliche 1982, avait ou- vert à Brouillet les portes littéraires d’ici.Et n’allez pas parler à l’auteure, malgré sa dualité, de la souffrance d’écrire.«J’haïs entendre les écrivains dire ça, scande la cinquantenaire.La souffrance, c’est des enfants abusés, des gens qui ont faim, qui sont trop pauvres.Chez vous en train d’écrire, même si c’est ardu et toujours à recommencer, c’est pas de la souffrance.» Surtout quand Qlympe la siamoise ou Violette, petite toutoune noire effarouchée sur quatre pattes, vient vous interrompre régulièrement en ronronnant.Le Devoir DOUBLE DISPARITION Chrystine Brouillet La Courte Échelle Montréal, 2011,307 pages Gaspard” LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! 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que l’enfant rêve au gâteau que sa maman va lui préparer et au train électrique qu’elle va lui offrir pour son anniversaire, Vibeke se prépare à aller à la bibliothèque.La jeune mère a une passion pour la littérature,.C’est sa façon de voyager.A partir de là, leurs voix s’entremêlent et, dans une alternance cadencée, d’un paragraphe à l’autre, ils s’expriment à la troisième personne.Vibeke et Jon vivent ensemble, l’un à côté de l’autre, dans des mondes totalement séparés.Ils échangent quelques paroles, mais ne se rejoignent jamais.Alors, ils s’inventent des vies.Enfant, Jon a toujours un train qui roule dans ses pensées.Il est au milieu d’une voie ferrée.Un train arrive à toute allure, vient droit sur lui.Il ne le heurte pas, mais le soulève, l’emporte.Il lui arrive encore d’être assis dans un train dont les rails passent au-dessus de la Grande Muraille de Chine.Un cirque ambulant est de passage au village.Vibeke se perd dans les bras d’un forain et oublie l’anniversaire de son fils.Elle trouve la présence du bel étranger délicieuse et rêve à la beauté des recommencements.«Il se trouve que parfois des choses se passent sans qu’on le sache.Une rencontre peut mettre des choses en mouvement et c’est seulement ensuite qu’on comprend qu’il s’est passé quelque chose, que tout a changé.Il faut alors être modeste et prendre la mesure du fait qu’on ne dispose pas toujours d’une vue panoramique sur tout.» Son rêve éveillé s’interrompt brutalement.Le fo- rain lui dit qu’il n’existe pas de suite à quelque chose qui n’a pas commencé.Dès les premières lignes, Hanne 0rstavik installe une atmosphère feutrée, presque irréelle.A tout moment, la mère et l’enfant, comme des bulles d’air, pourraient s’élever et disparaître dans l’espace.Dans ce texte étrange et pénétrant, des personnages historiques (Staline, Hitler) et des images vives font soudainement irruption, rappelant à nos consciences la noirceur humaine: «A cet instant précis, quelqu’un est torturé quelque part dans le monde.» Lire Hanne 0rstavik, c’est plonger dans l’émotion pure, dégagée de tout pathos.C’est écouter le silence assourdissant des émotions et des sentiments.Les romans de l’auteu-re norvégienne sont un lieu d’expérience pour le lecteur, un lieu où il doit se risquer.Il pourrait bien voir son assurance ébranlée par cette voix singulière qui remodule le roman et le dilate jusqu’à ses contours les plus oniriques, incertains et inquiétants.Par l’emploi d’une langue chirurgicale, précise et tranchante.Amour est considéré depuis sa parution originale en 2006 en Norvège comme un classique de la littérature contemporaine.Il a été traduit à ce jour dans une quinzaine de langues.Collaboratrice du Devoir AMOUR Hanne 0rstavik Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier LesAUusife Montréal, 2011,134 pages LITTERATURE EANTASTIQUE Elle court avec les loups CHRISTIAN DESMEULES Un adolescent élevé dans la ouate d’une riche famille de Westmount, David, vient de perdre ses parents dans un accident de la route.Sombre et sans amis, déjà dépressif, le garçon découvre qu’il a été adopté et entreprend aussitôt de retrouver sa mère biologique.Une quête qui le mènera rapidement à Sainte-Sybile, une ancienne ville minière du nord du Québec où, en plus de sa véritable mère, chez qui il s’installe, l’attendent plusieurs couches de mystère et la révélation d’une série d’événements tragiques liés à l’histoire de la petite municipalité ainsi qu’à sa propre naissance.Irène, une jolie voisine de son âge, rat de bibliothèque, cinéphile et aventurière, accompagne le jeune protagoniste de L’Esprit de la meute, régulièrement visité par des visions persistantes et macabres, tandis que sa mère ne peut cacher longtemps à David les circonstances de sa naissance: elle lui apprend avoir été violée à quinze ans par son propre père.Bien vite toutefois, David réalise que la femme qui lui a donné la vie manifeste d’étranges Un hommage aux films fantastiques épicés d’érotisme des années 1980 «penchants noctambules et naturistes».Il a pu ainsi brièvement la surprendre à quelques reprises en train de se promener dehors complètement nue.Cas de louve-garou ou d’allergie aux vêtements?Avec les meurtres particulièrement sauvages récemment commis dans la région, la frontière entre les cauchemars et la réalité devient de plus en plus difficile à discerner pour David.Campée en 2002, l’histoire entrecroise une antique affaire de ruée vers l’or à la fin du XIX" siècle, le souvenir d’un blon secret découvert par un prospecteur européen, une pincée d’inceste et de mythologie amérindienne, ainsi qu’un hommage aux films fantastiques épicés d’érotisme des années 1980 — notamment The Company of Wolves et Cat People.Erançois Lévesque, critique de cinéma, collaborateur du Devoir et de Mediafilm.ca, signe avec L’Esprit de la meute son quatrième roman.Collaborateur du Devoir L’ESPRIT DE LA MEUTE François Lévesque Alire Lévis, 2011,367 pages Entraîneur de malheur «J Laurin haïs le hockey!» C’est la première phrase du roman.La dernière aussi.Mais le hockey n’est qu’un prétexte dans J’haïs le hockey.0n aurait dû s’en douter: c’est du François Barcelo.C’est du roman noir grinçant, glauque, déjanté.C’est gros, très gros, à la limite du vraisemblable.C’est tordu au possible.Et irrévérencieux, jusqu’au malaise.Ce n’est peut-être pas le meilleur cru de l’auteur.Mais quand il s’agit de Barcelo, c’est fou, je ne peux m’empêcher de lire.Jusqu’au bout.Je dévoreuses livres.Pourquoi?A cause de son style, d’abord.Décontracté.Pour ne pas dire relâché, à la va-comme-je-te-pousse.en apparence.L’astuce consiste à faire en sorte que ce soit le héros de l’histoire qui prenne en charge le récit, avec ses (petits) moyens à lui.Les héros de Barcelo sont immanquablement des paumés, des perdants, des nobody.Loin d’eux l’idée de faire de la littérature, de faire joli: ils sont là pour nous raconter ce qui leur est arrivé un point c’est tout, dans leur langage à eux, c’est-à-dire celui de la rue.Ce qui leur est arrivé est sordide, abracadabranf ça ne tient pas debout, mais on s’en fout.Ce sont de bons conteurs.Ils nous interpellent au passage, parviennent à établir une complicité avec nous.Ils disent des énormités, expriment tout haut, crûment, ce que certains pensent tout bas.Ils sont moches, retors, profiteurs, parfois même meurtriers.Ils portent en eux les pires travers qu’on puisse observer dans la société.Et pour-tanf c’est bien ça le pire, Barcelo, machiavélique, parvient à nous les rendre à peu près sympathiques.Chaque fois que j’ouvre un de ses livres, je me pose la question: qu’est-ce qu’il va encore inventer?Je me demande, en me frottant les mains: jusqu’où son héros va-t-il s’enliser?Jusqu’où peut-on aller dans l’absurde, le loufoque, sans dépasser les bornes?Après avoir personnifié un Danielle jeune déneigeur naïf et mal dégrossi devenu tueur en série dans Le Seul Défaut de la neige, puis un professeur de danse à claquettes sur le déclin qui zieute les jeunes filles en fleurs à La Réunion dans Ça sent la banane, l’auteur de Cadavres se glisse dans la peau d’un vendeur de chars devenu entraîneur de hockey malgré lui.Il s’appelle Antoine Vachon, a 39 ans.Il vient de perdre son emploi.Et il vient de se séparer de sa femme, aussi la mère de son fils de 14 ans.Il est sans le sou, vit dans un «trois pièces et quart misérable» à Sainte-Ca-mille-de-Holstein, autant dire Saint-Meu-Meu.Le ratage, ça le connaît.Ratage par-dessus ratage, ce pourrait être sa devise personnelle: «J’envisagerais le suicide avec plaisir, si je n’étais pas sûr de rater ça aussi.» Un coup de téléphone, et tout va basculer.Pas pour le mieux, bien sûr.Le pire s’annonce quand Antoine Vachon apprend qu’il doit remplacer au pied levé le coach de hockey de l’équipe de son bis: il a été assassiné.Meurtre secondaire Mais le meurtre est secondaire, pour l’instant.C’est l’angoisse d’Antoine Vachon qui prime.Il ne connaît rien, mais absolument rien au hockey, qu’il exècre par-dessus tout.Alors, diriger une équipe, même de niveau bantam.Le président de l’association sportive de son village le rassure: «Ecoutez, vous avez rien qu’à garder les bras croisés pendant toute la partie, si vous voulez.Mâchez de la gomme, ça paraît mieux.Ayez juste l’air de mauvaise humeur chaque fois que l’arbitre rend une décision.» Autre problème de taille qui titille l’entraîneur malgré lui: la moitié de son équipe est constituée de Vietnamiens.Même que le meilleur joueur est vietnamien.0r Antoine Vachon est du genre xénophobe à tous crins.Son raisonnement: «Ces gens-là ont fait plus d’enfants que nous et, grâce à la loi 101, les petits Vietnamiens, puis leurs enfants se sont parfaitement intégrés, au point que je déteste enco- T) AÎ^Gaspard-LE DEVOIR JTalmarès Da6an 12jiiin2011 Romans québécois 1 A.N.G.E • Tome 9 Cenotaphium Anne Roblllard/Wellan 1/5 2 Au bord de la riviète * Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 2/7 3 Dans mes veux A moi Josélito Michaud/Libre Expression 3/14 4 L'escapade sans retour de Sophie Parent Mviène Gilbert-Dunras/VLB 6/10 5 Le secret du coffre bleu Lise Dion/Libre Expression 4/20 6 Ru Kim Tbûv/Ubre Expression 10/2 7 Les hdritiers d'EnIddiev • Tome 3 Les dieux ailés Anne Robillard/Wéllan 8/10 8 Pas ce soir ma chérie, j’ai mal A la tête Isabelle Dubé/Intouchables 5/4 9 Le jardin du docteur Des Œillets Denis Monette/Logiques 7/3 10 Les folles années * Tome 1 Les héritiers Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 9/2 Romans étrangers 1 L'étrange voyage de monsieur Daidry Marc Lévy/Robert Laffont 1/5 2 Les neuf dragons.Une enquête de Harry Bosch Michael Connelly/Seuil 4/2 3 La confession John Grislram/Robert Laffont 5/2 4 Quand reviendras-tu ?Marv Higgins Claik/Albin Michel 2/3 5 L'appel de l'ange Guillaume Musso/XO 3/9 6 Une enquête philosophique Philip Kerr/Du Masgue 8/2 7 Moonlight mile Dennis Lehane/Rivages 6/2 8 MIni-accm du shopping Sophie Kinsella/Belfond 7/5 9 Le cimetiéie de Prague Umberto Eco/Grasset 9/7 10 Dérive arctique Clive Cussler | DirkCussler/Grasset -n "?Essais québécois 1 Mafia Inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Gédilot I André Noël/Homme 1/33 2 Le retour turbulent de Dieu.Politique, religion et laïcité Garni Aoun/Médiaspaul 3/6 3 Les vieux.La vieillesse: une merveilleuse étape de notre vie Rose Legault/Québécor -/I 4 L'état du Québec 2011 Collectif/Boréal 6/10 5 Poing A la ligne Normand Lester/Intouchables 2/11 6 II V a trop d'images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 7/5 7 Le Québec : tenritoire incertain Henri DorionlJearFttiiILacasse/Seolenlrion -/I 8 Is se batlcnt comme des soldats, ils meurent comme des enlants Roméo Dallaie/Libre Expression 9/2 9 Troisième millénaire.Bilan final - Chroniques impertinentes Jean-François Lisée/Alain Stanké -/I 10 Plaidoyer pour une mort digne LouisAndré Riclrard|Michel L'Heuieux/PUL -/I ^FEssais étrangers 1 Notre poison quotidien Marie-Monique Robin/Alain Stanké 1/5 2 Les mots de ma vie Bernard Phrot/Albin Miche 2/5 3 IndigneMTOus i Stéphane Hessel/Indigène 3/20 4 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 4/6 5 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 6/15 6 Y a-t-il un grand architecte dans l'Univeis?Stephen William Hawking/Odile Jacob -/I 7 L'oligarchie ça suffiL vive la démocratie Hervé Kempf/Seuil 5/18 8 La Chine dans vingt ans et le reste du monde Pierre Picquart/Favre -/I 9 Coniessions d'une mangeuse de viande Marcela lacub/Favard -/I 10 Si beau, si fragile Daniel Mendelsohn /Flammarion -/I re plus le hockey, maintenant que ce sont des étrangers — qu’ils soient venus d’ailleurs, ou nés ici — qui dominent nos équipes bcales.» Vous voyez dans quel guêpier nous conduit Barcelo, l’air de rien, sourire en coin, mais plein de mauvaise foi, dans J’haïs le hockey! Vous sentez le malaise?Un prétexte, je vous dis, le hockey, ici.Pour ce qui est du meurtre du coach comme tel, l’enquête suit son cours, comme on dit.Pas de suspect pour l’instant.Mais la pédophilie et l’agression sexuelle pourraient être au cœur de l’affaire.En effet: le coach en question, connu pour être proche de ses joueurs, aurait peut-être été.trop proche d’eux justement.Un meurtre motivé par le désir de vengeance?Notre héros mal dans sa peau, tout en tentant de faire un entraîneur de lui-même avec ses «souliers de vendeur de Saturn», autrement dit de fines chaussures italiennes.fabriquées en Chine, en vient à s’interroger.Et si son propre fils avait été victime d’agressions, s’il avait pété les plombs, si c’était lui le meurtrier?En passant, Antoine Vachon lui-même ne lésinerait pas devant la tentation d’une fellation improvisée dans une chambre de motel, de la part d’un jeune de l’équipe dont il a hérité.Ce qui le retient?La peur de la prison.Pas envie de se retrouver derrière les barreaux.Avec les pédophiles, non merci! Tout le monde sait qu’ils «se font encu-ler tous les soirs, histoire de se faire passer leur perversion».Et puis, même s’il ne se faisait pas dénoncer maintenant, ça pourrait lui retomber dessus JACQUES GRENIER LE DEVOIR François Barcelo dans 10 ou 20 ans, qui sait: «Ça s’est vu et ça se voit de plus en plus.» Alors non, ne pas céder à la tentation.Malgré son côté pervers, reste qu’Antoine Vachon tente d’être un bon père.D’accord, il n’a jamais appris à communiquer avec son fils, mais il serait prêt à tout pour le sortir du pétrin s’il avait commis l’irréparable.C’est la trame principale en fait.De parenthèse en parenthèse, de digression en digression, on y arrive.Et ça va mal finir, comme de raison.Mais cette fois, impossible de sourire, de prendre cela à la légère, comme dans les romans précédents de Barcelo.Blocage.Malaise, grand malaise.La différence, ici: le tragique à la fin, plutôt que de nous amuser, nous tombe dessus comme un coup de massue.Comment ne pas être happé quand il est question du suicide chez les adolescents?J’HAÏS LE HOCKEY François Barcelo Coup de tête Montréal, 2011,111 pages Michael CONNELLY ¦y .1 Les Neuf Dragons MICHAEL CONNELLY LES NEUF DRAGONS m Une enqeête > _ ^ de Harry Bosch -‘C.lw i 34,95 $¦ 416 pages « Harry Bosch va devoir se battre pour sauver sa fille.Un voyage au bout de l’angoisse qui le mène dans l’Asie des triades.» Bruno Corty, Le Figaro «Comme d'habitude, c’est d’une efficacité parfaite.» François Forestier, Le Nouvel Observateur « Harry Bosch est égal à lui-même, toujours vif, toujours étonnant.» Michel Bélair, Le Devoir «Terrifiant, bouleversant et parfaitement enlevant.» New York Daily News sur les verrtes de livres français au Canada.Ce p^mares est extrait de fisprr/et est rxinstitue des letevds de laisse de ÏÏ1 points de vente, ta EUIF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet fôprrf.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est Interdita Seuil F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JUIN 2011 LITTERATURE Ceux qui se battent Louis Hamelin Je n’avais jamais fait le lien avant: Rick Bass et l’achigan.Achigan, bass en anglais, vient d’un mot algonquien voulant dire «celui qui se bat».Et Rick Bass est celui qui se bat, depuis des années, pour la préservation de sa chère vallée de la Yaak: 400 000 hectares de montagnes et de forêts encore à peu près sauvages, collés sur la frontière canadienne au nord du Montana.C’est une année faste pour les amateurs d’écri-nature (ou nature writing, si vous préférez).D’abord est arrivé, chez un éditeur inconnu au bataillon.Le Pays des petites pluies de Mary Austen, un classique.Les Célébrations de la nature de John Muir ont suivi chez José Corti.Muir, ce doux géant de la conservation et contempteur de la petitesse humaine dont la prose enjambe élégamment les géologies hyperboliques de l’Ouest.Voici ce qu’il dit, dans un texte consacré, il y a déjà plus de 100 ans, au Grand Canyon: «Le touriste est heureux de nos jours, qui a les merveilles de la terre, à la fois anciennes et nouvelles, étalées devant lui et une armée de travailleurs — autant dire ses esclaves — pour lui faciliter la vie, pour le barder de capitons, lui niveler les routes, lui forer des tunnels, écarter les collines sur son passage; [.] experts à lui spiritualiser le voyage à coups d’éclairs et de vapeur; abolissant l’espace, le temps et presque tout le reste.» 11 avait clairement anticipé un futur où les régions du monde seraient vendues sous la forme de «produits», mot d’une étonnante élasticité dont les petits représentants des chambres de commerce locales se gargarisent comme si les paysages étaient des pizzas qui les faisaient saliver et puer de la gueule en même temps.Deux cents kilomètres de rivière sauvage, dix mille kilomètres carrés de chaîne de montagnes, tout ça et le reste, ils vont vous les dépecer pour mieux les rentrer dans le mot de sept lettres qui leur titille la fesse portefeuillère ou, comme dirait le bon Dion, les fait «jouir de la région»-, produit.Puis, avec les outardes est arrivé le Journal des cinq saisons de Rick Bass, qui est aujourd’hui le plus pur représentant de l’école de Thoreau.Marié, deux enfants, mangeur de viande sauvage, il n’a peut-être pas les inclinations ascétiques du solitaire de Walden, mais appartient à cette race d’écrivains pour qui ça ne se passe pas dans une chambre, un bureau, une chambre d’hôtel, aux Deux-Magots près du poêle ou bien assis sur la cuvette des chiottes comme Kerouac à Tenoch-titlan, ou encore planté devant l’écritoire-sur-le-toit de Hugo à Guernesey.Le matin, Rick Bass va à la cabane comme d’autres vont au bureau.Et là, il écrit ou pas, ça dépend du temps, de l’étang, du monde et de la vie qui passe ou pas, des bécassines et des wapitis, des chouettes lapones, des loups, des aigles, des garrots à œil d’or.«Je restais longtemps à regarder par la fenêtre et à musarder plutôt qu’à écrire.» Ces rêveries solitaires, plume en main, ont tout de même donné, après un tour complet du calendrier, 548 pages bien comptées.Notons aussi ce choix délibéré, pas toujours évident de faire la part de l’écrivain-naturaliste et du militant: «J’ai passé l’essentiel de ma vie d’adulte à demander la protection de ces régions reculées du Yaak, à travers la reconnaissance officielle de leur nature de réserve naturelle de vie sauvage.[.] Ce texte, au contraire de nombreux ouvrages que j’ai consacrés au Yaak, entend n’étre que célébration et observation, sans jugement ni plaidoyer militant Je ne sais pas très bien pourquoi fai fait ce choix ici.Peut-être seulement pour rester sain d’esprit un peu plus longtemps.» Conserver le monde naturel Contre quels ennemis Bass défend-il son coin de pays?Les mêmes moulins à vent et à fric plus ou moins virtuels qu’ailleurs industries forestière, minière, hydroélectrique, routière, touristique, etc.La région sauvage attire le développement comme le vide attire la matière.Et conserver en l’état une partie raisonnable du monde naturel, à l’abri des grignoteuses activités humaines, semble aussi difhcile que d’éloigner une colonie de fourmis d’un pot de miel fracassé.Ce que John Muir remarquait déjà, il y a un siècle, à propos d’un gigantesque séquoia abattu à seule fin d’en convertir la souche en piste de danse pour le mille-pattes humain: «Ces MATHIEU BOURGOIS Né en 1958, Rick Bass est l’auteur d’une vingtaine d’essais et d’ouvrages de Action.laborieux vandales avaient trouvé le plus gros arbre du monde; il leur fallait aussi la plus grosse souche pour danser dessus.» On ne saurait mieux épingler l’instinct de conquête du petit bipède, qui consiste le plus souvent, comme si toute grandeur était destinée à lui faire de l’ombre, à tenter de ramener à sa propre échelle ce qui le dépasse.Après avoir considéré, non sans agace-menL les minigolfs qui bordent la route près de Banff (un ours noir et un trou de mini-putt sur la même photo, ou l’ultime fantasme de voyage nippon.), Bass observe: «[.] nous avons tendance à considérer l’idée même de nature sauvage d’un point de vue de divertissement humain plutôt qu’à travers le prisme biologique.» Muir a déjà compté 4000 cernes de croissance sur le tronc d’un séquoia, contemporain vivant de la Grande Pyramide.11 a aussi vu, en Alaska, des ours polaires massacrés à la carabine en pleine mer et à bout portant pour le simple plaisir.Dé- cédé à l’aube du glorieux vingtième siècle, en 1914, il n’avait encore sous les yeux que les pittoresques batailles rangées livrées par l’homme à la nature.La volonté était là, mais pas encore la totale efficacité dans la destruction, les capacités d’anéantissement décisives.Cette guerre-là aussi allait devenir mondiale, et totale.Rick Bass, lui, a décidé une trêve, le temps de proposer son propre inventaire de l’étourdissante diversité biologique de son voisinage menacé.Son livre peut se lire comme un almanach.Allons voir à «juin»: «des jours nonchalamment plus longs, la possibilité de marcher pieds nus, et l’exubérance de la chaleur dans ce pays nordique.[.] Chaque année, c’est un peu comme si vous aviez oublié ce que la chaleur voulait dire.» On est en terrain de connaissance, dans un territoire frère.Les cerfs émergent de la forêt, l’air parfumé monte à la tête, la lumière elle-même pénètre chaque cellule vivante et la nettoie jusqu’au dernier chromosome et il faut vraiment être un autiste des cinq sens ou être coincé sur la 15 Sud à deux kilomètres du pont Champlain pour ne pas succomber.«Parfois, aux alentours du 17juin, on ressent les premiers signes de panique.[.] La conscience qui commence à se faire jour de la vitesse à laquelle juin défile.» C’est vrai que ça va vite.Et c’est pourquoi il faut prendre le temps de lire Rick Bass, mais aussi, et surtout, de résister parfois, comme lui, au «tressaillement du besoin d’écrire».Oui, refermer le cahier, quitter la cabane, aller inventer un nouveau jeu pour les petites.«À certains moments, il m’arrive d’oublier la peur que m’inspire l’avenir de ces lieux, et de n’exister que dans le vert du présent.» lhamelin@uottawa.ca CÉLÉBRATIONS DE IA NATURE John Muir Traduit de l’anglais par André Fayot José Corti Paris, 2011,349 pages LE JOURNAL DES CINQ SAISONS Rick Bass Traduit de l’anglais par Marc Amfreville Christian Bourgois éditeur Paris, 2011,548 pages POLARS Diamant noir MICHEL BELAIR Amanda McCready est une jeune femme un peu spéciale, une sorte de diamant noir tout écorché.Première de classe surdouée aussi effacée qu’inaccessible, elle est d’une intelligence exceptionnelle et se préoccupe peu de l’opinion des gens qui l’entourent.Elle semble plutôt avoir développé la capacité de se faire oublier et même, plus étrange encore, la faculté de disparaître sans laisser de trace.Détail non négligeable: Amanda n’a encore que 16 ans quand le lecteur saisit qu’elle vient de s’évanouir dans le décor.Pourtant, c’est une réapparition qu’il faut tout d’abord souligner: celle de Kenzie et Gen-naro, les deux détectives que Dennis Lehane a jusqu’ici trimballés à travers une bonne demi-douzaine d’enquêtes souvent tordues.On ne les avait plus revus depuis la déchirante finale de Gone, Baby, Gone (1998 pour l’original en anglais, 2003 pour la traduction chez Rivages, 2007 pour le hlm de Ben Affleck), alors qu’ils arrachaient littéralement la toute petite Amanda McCready des mains de ses «ravisseurs» pour la remettre à sa mère, elle en permanence sous influences.Diverses.C’est donc chronologiquement douze ans plus tard que l’on retrouve Patrick Kenzie et Angela Gennaro, parents d’une irrésistible petite hile de quatre FRANÇOIS GUILLOTAFP Dennis Lehane ans, en principe à la retraite et pourtant, tiens tiens, à la recherche d’Amanda McCready, qui vient de disparaître encore une fois, on le sait depuis la hn du premier paragraphe.L’intrigue de Moonlight Mile est en fait tellement complexe et les personnages que l’on y rencontre sont tellement touffus que l’on ne tentera même pas d’en résumer le scénario.11 suffit de savoir que Kenzie et Gennaro sont encore une fois sur la piste d’une Amérique qui se découd par toutes ses coutures, qui prend l’eau de tous les bords et dans laquelle même les apparences ne tiennent plus.11 est ici question de faillites en tous genres, surtout morales, de violences gratuites aussi et de vies détruites souvent pour rien du tout, un pneu crevé, une ligne, un bébé qui pleure.le tout sur fond de grand vide existentiel, on le devine.Une Amérique aux prises avec la maha russe aussi, terrifiante pègre Nintendo, gros calibres, coke et jeux vidéo, décervelée.Un monde dans lequel une jeune hile, pas même majeure, réussit presque à mener tout le monde par les trous du nez.Tout cela pendant que Patrick Kenzie et Angela Gennaro continuent d’être aussi irrésistiblement droits, amoureux, même sexy, tout en s’interrogeant encore et toujours sur le geste posé il y a douze ans et qui a en quelque sorte scellé le sort d’Amanda McCready, sans parler de tous ceux qui ont orbi-té, orbitent et orbiteront à jamais autour d’elle à la vie, à la mort.Surtout la mort.Kenzie et Gennaro, Amanda et l’Amérique trouée pour laquelle elle semble faite sur mesure: Dennis Lehane livre là magistralement un petit monde ordinaire figé dans le temps sous un riff des Rolling Stones.Un grand livre.Cruel Lucide.Le Devoir MOONLIGHT MILE Dennis Lehane Traduit de l’américain par Isabelle Maillet Rivages/Thriller Paris, 2011,380 pages LITTERATURE ANGLAISE Sous la plume de Marina Lewycka, un triplé rare en littérature SUZANNE GIGUERE Son premier roman.Une brève histoire du tracteur en Ukraine (Alto, 2005), s’est vendu en Angleterre à plus d’un million d’exemplaires.Depuis, l’auteure britannique d’origine ukrainienne Marina Lewycka enchaîne les succès, roman après roman.Des adhésifs dans le monde moderne, qui vient de paraître en français, est un roman d’une grande légèreté, à l’humeur joyeuse, badine presque, et pourtant empreint de gravité.«J’ai d’abord cru que ce n’était qu’un adolescent, une petite silhouette aux allures de moineau, la casquette baissée sur le visage; puis la silhouette s’est retrouvée dans la lumière et je me suis aperçue que c’était une vieille dame aussi efflanquée qu’un chat de gouttière qui tirait sur des rideaux en velours bordeaux pour atteindre le carton de vieux vinyles de mon mari à demi enfoui sous le bric-à-brac.Je lui ai fait signe de la fenêtre.Elle m’a répondu gaiement en continuant à trier.» Londres, 2008.Mrs Naomi Shapiro — c’est son nom — est en fait une vieille immigrée juive un peu excentrique qui adore les sonates pour piano de Prokohev.Elle se prend d’amitié pour Géorgie, sa voisine, qui par les temps qui courent a le moral à plat.Son mari vient de la quitter, ses parents sont souf frants, sa hile vit au loin et son fds Ben, un ado de 16 ans, est en pleine crise mystique.Écrivaine contrariée, Géorgie écrit pour une revue spécialisée des articles sur les adhésifs en tous genres et planche sur un roman «rose» inspiré de sa vie.Quand Mrs Shapiro est hospitalisée, elle accepte de prendre en charge sa maison en ruine, malodorante, et ses sept chats.Elle découvre alors que des agents immobiliers malhonnêtes veulent faire main basse sur la maison londonienne et que des travailleurs sociaux magouillent pour placer la vieille dame dans une maison de retraite.Puis on entre dans une autre partie de l’histoire, celle de secrets jalousement gardés par Mrs Shapiro, dont sa véritable identité.On se retrouve en plein thriller qui nous même jusqu’à Lyddha (aujourd’hui Lod, en Israël).Lorsque Chaïm, le hls de l’authentique Naomi, entre en scène et revendique la propriété londonienne, tout se complique.Avec l’accord de Géorgie, des immigrés palestiniens se sont installés dans la maison moyennant des travaux de restauration.La cohabitation s’annonce difhcile.Elle rassemble sous le même toit des êtres que tout oppose.La méfiance s’installe entre Chaïm et Ali, les disputes au sujet de l’eau et de la répartition des pièces de la maison rap- Pour une sociologie de la mode et du vêtement Sous la direction de Clara Lévy et d’Alain Quemin Tant par sa consommation que par sa production, le vêtement apparaît, à chaque fois, révélateur du social.Le voici examiné sous toutes ses coutures.www.pum.umontreal.ca Sociologies, ET SOCIÉTÉS / Four nie soiiolopie de la iode el doiéleieul «Je cherche des ponts.Quand je n’en trouve pas, j’essaie d’en construire.» Jean-Pierre Issenhuth Chemins de sable Toute l’équipe des Éditions Fides salue Monsieur Jean-Pierre Issenhuth, ce maître et poète, et offre ses plus sincères condoléances à tous ses proches.FIDES 1?pellent certains enjeux du conflit israélo-palestinien.Le nom même de la maison au cœur de Londres, Canann Hoq-se, suggère la Terre promise.A qui appartient-elle réellement?Chacun argumente.Copiment savoir qui a commencé?A qui la faute?Les deux peuples ont en commun souffrances et déplacements, et le rêve d’une étrange paix empreinte de lassitude.Le roman va au-delà de la comédie de mœurs.Il est une métaphore des relations humaines et interpersonnelles avec un arrière-plan historique.L’auteure fait se rejoindre la petite histoire (amitié, amour, tolérance, vieillesse) et la grande histoire (Seconde Guerre mondiale, déportations nazies, camps staliniens, conflit israélo-palestinien, système des classes sociales en Grande-Bretagne, grève des mineurs sous Margaret Thatcher, immigration, capitalisme mondial.) sans jamais renoncer à son humour typiquement anglais.Les Adhésifs dans le monde moderne se ht avec un bonheur amusé.C’est un roman frais, enjoué, souvent drôle et d’une émouvante tendresse.On rit souvent, on s’émeut, on réfléchit.Un triplé rare en littérature.Collaboratrice du Devoir DES ADHÉSIFS DANS LE MONDE MODERNE Marina Lewycka Traduit de l’anglais (Rojaume-Uni) par Sabine Porte Éditions Alto Québec, 2011,592 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JUIN 2011 F 5 LIVRES Des essais et de la philo pour l’été GEORGES LEROUX Il faut s’y habituer, leur écriture n’a rien de confortable et le propos déstabilise.En leur compagnie, malgré l’effort, on ne perd pas son temps.Peter Sloterdijk poursuit sur sa lancée nietzschéenne et propose sa lecture de la prise de l’économie mondiale.A l’impératif de trouver une voie de sortie, sinon une autre manière de vivre, il répond par l’injonction de Rilke qui lui donne son titre {Tu dois changer ta vie!, Maren Sell, 2011).Ce livre monumental ne s’épuisera pas en trois jours, car il tient le pari de son titre: proposer une nouvelle pratique de la sagesse aujourd’hui, puisant à diverses sources.La notion d’une éthique acrobatique exigée de tous ceux qui cherchent l’ajustement aux contra- dictions du capitalisme fait retour sur la tradition des exercices, chère aux stoïciens (déjà pratiqués par Sloterdijk) et reprise chez les modernes par Shaftesbury, Wittgenstein et d’autres.Le livre est baroque, foisonnant d’exemples et de détours surprenants.Son projet ascétique semble un peu contredit par sa forme, mais à la hn la question de la responsabilité de soi insiste et invite à un dépassement.Certainement un grand livre de Sloterdijk.L’été sera terminé déjà, mais il vaudra la peine d’ouvrir aussi l’essai de Slavoj Zizek (yivre la fin des temps, Flammarion, 2011), qui prend aussi la crise du capitalisme comme point de départ et qui cherche les moyens d’une résistance politique au pouvoir qui engendre l’injustice globale.Messager d’espoir, Zizek est un penseur d’abord moral: sa lecture néomarxiste de l’exploitation est surtout un appel à reviviher des utopies en apparence inertes.Le projet est énergique et porteur d’un espoir très tonique d’émancipation.Que faut-il penser des scénarios politiques futuristes de Nicolas Tenzer?Se fondant sur des analyses de tendances, de structures en émergence, cet intellectuel hors catégorie propose de réfléchir sur les conh-gurations qui apparaissent à l’observateur politique attentif.Pas de philosophie ici, seulement des hypothèses empiriques audacieuses.Par exemple, l’illusion d’un monde multipolaire ou l’avenir des politiques de la culture.{Le Monde à l’horizon 2030, Perrin, 2011).Richard Sennett est certainement le sociologue le plus pénétré de culture qu’on puisse lire cubaines aujourd’hui.Violoncelliste de formation, élève d’Erikson, militant social, il se passionne pour la culture des communautés.Son dernier livre, aussi remarquable que son très bel essai sur le respect, est consacré au tra- vail des artisans, à leur culture du bel ouvrage manuel.On y pénètre dans plusieurs ateliers, et on circulç à travers plusieurs époques.Etonnant par la richesse du matériel, ce livre passionnera tous ceux pour qui l’été, c’est la joie de faire, et qui seront heureux de retrouver Diderot dans leur garage.{Ce que sait la main.La culture de l’artisanat, Albin Michel, 2011).Sujet inépuisable, l’amour est aujourd’hui analysé de mille façons par les sciences dites cognitives.La biologie de l’attrait, la neurologie de la passion, etc.Dans un essai au sous-titre provocateur {Amour.Déconstruction d’un sentiment, Belfond, 2011), Richard David Precht entreprend de discuter en philosophe toutes ces théories naturalistes.Pour le meilleur et pour le pire, car de la zoologie à Jean-Paul Sartre, il y a parfois des précipices dangereux.Souvent drôle, jamais ennuyeux, cet essai tient ses promesses.Terminons avec Sartre, à qui Alain Ammar consacre un récit étonnant, à la fois suave et ironique, qui prend pour sujet les passions cubaines du philosophe.Politiques et militantes, certes, mais aussi passion amoureuse: ce livre raconte sa liaison avec Dolores Vanetti, qui lui ht connaître Cuba dès 1949 et demeura pendant plusieurs années son égérie révolutionnaire.Ce qu’en pensait Simone, cela est un autre sujet.Un petit cahier de photographies rappelle le rôle de l’utopie cubaine dans la pensée de Sartre {Sartre, passions cubaines, Robert Laffont, 2011).De ces quelques essais, le seul sans doute qu’on puisse lire à la plage.Collaborateur du Devoir BIOGRAPHIE Godard ou l’obsession d’être reconnu ANDRE LAVOIE La passion n’est pas toujours aveugle.Celle de Richard Brody, rédacteur au magazine The New Yorker, pour le cinéaste Jean-Luc Godard est profonde, sincère, richement documentée et.rarement complaisante.C’est ce qui frappe à la lecture de sa passionnante biographie sur l’un des pères de la Nouvelle Vague, sans aucun doute le plus turbulent, le plus opiniâtre et, avouons-le, celui resté le plus près des idéaux radicaux formulés par les fondateurs de ce mouvement cinématographique d’une importance capitale.En effet, pour Jean-Luc Godard, tout est bel et bien cinéma eL à en juger par la description méticuleuse de ce parcours hors du commun, son regard s’avère constamment filtré par le septième arL celui qu’il dévore à l’époque de sa jeune ciné-philie dans les années 1950 à l’ombre des Cahiers du cinéma, et plus tard celui qu’il va réaliser, envers et contre tous.Car l’homme est un batailleur, dans tous les sens du terme, ayant fait de la prison, pigé dans la caisse des Cahiers, erré comme un mendiant et plus tard humilié un nombre incalculable de techniciens et d’acteurs.A Roland Blanche sur le tournage de Hélas pour moi, il dira: «Vous êtes tellement mauvais que je ne peux même pas vous appeler par votre nom, je vais dire “ça”.» Cette manière foudroyante de déstabiliser son entourage pour créer une oeuvre qui «transcende les limites de l’industrie du cinéma», comme le résume si bien Brody, constitue la toile de fond du récit singulier de la vie du réalisateur d’À bout de souffle.Né à Paris dans une famille riche peu de collaborateurs de longue date — Anne-Marie Miéville demeure la plus tenace! —, cette réputation a jeté une ombre sur une oeuvre inclassable, marquée par un perpétuel souci de recherche, de refus du ronron imposé par le système, qu’il soit politique ou cinématographique.Celui que l’on qualifie de «révolutionnaire conservateur», pour qui «penser et filmer est une seule chose», selon le bon mot du critique Jean-Louis Comolli, semble regretter, au soir de sa vie, l’incompréhension que suscite chacun de ses films.Car ses succès publics furent rares, mais les disciples et les fidèles sont d’une dévotion exemplaire.Dans un de ses innombrables mots d’esprit (les journalistes aiment mieux lui tendre un micro que d’analyser sa production), il se désole: «Je suis connu, mais je ne suis pas reconnu.» Richard Brody n’a rien ménagé pour changer cette perception, et le faire changer d’idée.Mais avec Godard, qui peut vraiment avoir le dernier mot?Collaborateur du Devoir JEAN-LUC GODARD, TOUT EST CINÉMA Richard Brody Presses de la cité Paris, 2010,803 pages MIGUEL MEDINA REUTERS Jean-Luc Godard lors d’un débat suivant la présentation à Paris de son dernier opus, Film Socialisme, en juin 2010 et bourgeoise le 3 décembre 1930, déménagé en Suisse quatre ans plus tard, Jean-Luc Godard fera souvent la navette entre les deux pays, nomade turbulent dont les ruptures amoureuses et amicales constituent chaque fois de véritables coups de tonnerre.Ses films des années 1960 {Vivre sa vie.Bande à part, La Femme mariée, etc.) sont autant de comptes à régler avec sa compagne de l’époque, l’actrice Anna Karina, et son mépris à l’égard du travail de François Truffaut, complice de la première heure, ferait trembler les juges de l’Inquisition.C’est ce caractère orageux et contradictoire que l’on retrouvera dans tous ses films, mais aussi dans ses déclarations publiques, certains n’hé- sitant pas à le qualifier de «très à droite, presque fasciste».Et alors qu’il fait régner la terreur et le chaos sur ses plateaux, où l’on compte très John LE CARRE La femme qui tremble « La force d’un écrivain se mesure à sa capacité d’éveil du lecteur.On Ht La femme qui tremble les yeux grands ouverts sur nos propres mystères.» - Évelyrié Bloch-Dano, Le Magazine littéraire « [.] Un essai intuitif, pensé et sensible sur le dualisme corps-esprit, cerveau-nerfs.Un livre qui [.] emprunte tant à l’autobiographie et à la thérapie narrative qu'aux études de cas neuropsychiatriques.» - Catherine Lalonde, Le Devoir (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com « Ainsi s acheve I un des cycles romanesques les plus poignants de la littérature québécoise récente, qui vient jeter un éclairage nouveau sur une galerie de personnages de plus en plus indissociables de notre imaginaire collectif.» - Tristan Malavoy-Racine, Voir « Michel Tremblay a toujours la meme empathie pour tous ses personnages, et une immense tendresse se dégage du Passage obligé-la connivence et l’attachement entre Nana et ses grands-parents en est l’exemple le plus touchant.[.,.] Sûrement que cette bonté l’a aidé à devenir le chouchou de la littérature québécoise.Un succès qui ne se dément pas [.].>¦ - Josée Lapointe, La Presse 514) 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec Eîïî Un traître à notre goût ^ 'John - le Carré Un traître à notre goût 32,95 $ ¦ 384 pages «Véritable tour de force littéraire.» **** Norbert Spehner, La Presse « Un livre profond, humain et remarquable.» Michel Bélair, Le Devoir « Sur fond de mafia russe, de corruption des banques et d’espionnage anglais, John le Carré signe un grand roman existentiel où la vérité se dévoile toujours trop tard.» Nelly Kaprièlian, Les Inrockuptibles Seuil F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JUIN 2011 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS De la désobéissance au féminin U Louis Cornellieb Pour raconter quelques épisodes marquants de sa vie, la journaliste Geneviève St-Germain a choisi le titre de Carnets d’une désobéissante.Mais à quoi, au juste, a-t-elle désobéi?Au diktat social qui, selon elle, imposerait aux femmes de se taire, à l’heure des choses sérieuses.«Que des femmes papotent, placotent, jasent et donnent leur avis sur tout et sur rien, passe encore, écrit St-Germain.Mais qu’elles s’arrogent le droit de parler d’autorité et aussitôt un mur de mépris ou de raillerie s’élève.En d’autres mots, on admet difficilement le sérieux de la parole féminine.» La journaliste, qui a connu de durs échecs professionnels, se présente clairement comme une victime de cette misogynie ambiante, doublée de X «émulation toxique basée sur le critère de la beauté physique et du sex appeal» à laquelle se livrent les femmes entre elles.St-Germain, dans cette confession, lève le voile sur un parcours qui l’a menée à la dépression.Elle critique sévèrement l’univers des médias électroniques qui l’a brisée, mais elle reconnaît aussi être issue d’une généalogie qui la prédisposait à une certaine fra^lité émotionnelle.Le portrait qu’elle trace de sa famille, en ouverture de ses Carnets, constitue le moment fort de son témoignage.«Je suis née, écrit-elle, dans une famille de dépressifs qui pratiquaient la dérision comme un sport de compétition et feignaient de ne pas se prendre au sérieux plutôt que de se tuer.» Ses parents, ajoute-t-elle, vénéraient l’art et la grandeur et méprisaient les gens simples et ordinaires.Sa grand-mère était une excentrique aimante, incapable de faire cuire un œuf.La mère recevra des électrochocs, en 1949, et la grand-mère fera quelques séjours à l’asile.«Les mères déprimées.conclut un peu tristement St-Germain, ne sont généralement pas de très bonnes mères.» Même si elle dit remercier Dieu pour la folie de ses parents, qui lui ont aussi transmis leur tempœ rament artiste, St-Germain est forcée de constater qu’elle en garde des marques.A 20 ans, jeune étudiante en lettres à McGill, elle s’amourache d’un pusher qui lui fait vivre la grande vie romantique sur fond de danger.Larguée, elle se morfond dans l’attente, envahie par un sentiment de rejet.Elle évoq^ue aujourd’hui sa «carrière d’attentiste de compétition», une attitude qu’elle attribue à son enfance vécue dans l’ombre d’une mère «insensible à [son] ardeur».Les pages que St-Germain consacre à ses expœ riences dans les médias sont nettement plus décœ vantes.La journaliste y dépeint un univers pourri par le narcissisme, la compétition cruelle et le népotisme.«J’en ai conclu que, bien souvent, ni le talent ni le mérite ne sont en cause, mais qu’il s’agit plutôt d’un ésotérique amalgame de chance, de timing et d’accointances diverses, explique-t-elle.C’est rarement qui l’on est, ni ce que l’on est capable de bien faire, mais plutôt qui l’on connaît, qui peut changer le cours d’une carrière.» Pour illustrer ce climat, St-Germain évoque des animateurs égocentriques et dominateurs, ainsi que des patrons livrés à l’arbitraire, mais elle ne nomme personne.Le résultat est une généralisation très peu convaincante.Qui sont ces goujats des médias?Quand c’est tout le monde, c’est personne, et ce qu’on en dit vaut du vent.St-Germain attribue ses difficultés à s’imposer dans cet univers à son attitude de femme de tête, aux opinions sérieuses.Or, là encore, sa démonstration tourne court.On sait, par exemple, que la journaliste est féministe, tout en réclamant le droit à une coquetterie de luxe, mais, pour le reste, c’est le vide.Si la journaliste a, comme elle le prétend, des idées fortes, on aimerait savoir lesquelles.Le récit de sa dépression-guérison qui conclut l’ouvrage ne manque pas de sincérité, et il serait inconvenant de le juger.Chacun s’en sort comme il peut.Il contient toutefois des affirmations générales qui appellent quelques remarques.Par exemple, l’idée selon laquelle c’est «une ma- \ SOURCE INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Portrait de George Sand (1804-1876) par Nadar nie de l’époque de se sentir bien à tout prix» doit être relativisée.S’il est vrai que le véritable état dépressif suscite encore l’incompréhension, il est tout aussi vrai que les médias «madamisés» donnent sans rœ tenue dans l’attitude de la complainte et du droit à l’imperfection.Le syndrome «Oprah je suis une victime, j’ai mes blessures, le monde me veut parfaite, mais je ne le suis pas et j’en ai le droit» ne relève pas, dans ce milieu, de la courageuse désobéissance, mais bien d’une doxa psycho pop de plus en plus insupportable et que St-Germain n’évite pas.La même remarque s’applique à l’idée selon laquelle «dans l’hypermodernité, suivre une voie spirituelle est sans doute une autre façon de manifester de l’indocilité».Cela est certes vrai pour ceux qui se réclament du catholicisme.Les spiritualisants mous, comme St-Germain, qui se réclament d’un vague «plan divin», d’une improbable «force invisible qui gouverne le monde» et, pourquoi pas, tant qu’à y être, d’un «secret», participent au contraire pleinement de l’air du temps gnangnan.A la manière d’une Denise Bombardier, Geneviève St-Germain cultive plus la posture de la désobéissance qu’elle ne désobéit vraiment.Des étudiantes chez Sand Séparée de son mari, fumeuse de cigares et mondaine socialiste.George Sand savait un peu ce que désobéir veut dire.Baudelaire, qui la détestait, la traita même, un jour, de «latrine».Hugo, lui, la qualifia à’«immortelle».La juriste Renée Joyal, qui partage le point de vue de ce dernier, a animé, en 2008, à l’UQAM, dans le cadre du cours Histoire, culture et société, un séminaire de lectures sur la grande romancière.Préfacé par lise Bissonnette, George Sand toujours présente regroupe des analyses de l’œuvre, rédigées par de brillantes étudiantes en sciences humaines.En explorant avec soin et intelligence les thèmes de l’amour, du perfectionnement personnel, du réalisme, de l’espace mythique, des rapports nature-ville-campagne et du féminisme dans les romans sandiens, Audrey Gendron, Jeanne Gaudreau Rousseau, Catherine Larochelle, Corinne Loumède, Karine St-Germain-Blais et Dominique L.Valcourt montrent la richesse d’une œuvre importante, peu connue au Québec.louisco@sympatico.ca CARNETS D’UNE DÉSOBÉISSANTE Geneviève St-Germain Stanke Montreal, 2011,128 pages GEORGE SAND TOUJOURS PRÉSENTE Sous la direction de Renee Joyal Avec la collaboration de Catiierine Larochelle Preface de lise Bissonnette Presses de l’Universite du Quebec Quebec, 2011,152 pages HISTOIRE Les Basques en Nouvelle-France : une présence étonnamment active et continue Ces pêcheurs et chasseurs de baleine furent toutefois peu nombreux à s’installer à demeure sur les rives du Saint-Laurent PAUL BENNETT On sait que les Basques ont pourchassé la baleine et pêché la morue au large des côtes du Labrador et de Terre-Neuve et jusque dans le golfe du Saint-Laurent avant même l’arrivée de Jacques Cartier et des premiers explorateurs; ce qu’on sait moins, c’est qu’ils poursuivirent leurs activités de pêche saisonnière, parfois de façon clandestine, durant toute la période de la Nouvelle-Eran-ce.Quelques dizaines d’entre eux finirent même par s’installer à demeure à Québec, sur la Côte-Nord et en Gaspésie.Ainsi les Detchevery, les Chene-qui, les Daguerre et les Bénac devinrent-ils au Québec des noms familiers.ou presque.C’est l’histoire encore très peu connue de ces intrépides marins.Basques français et Gascons de Bayonne, que retrace l’historien Mario Mimeault dans un ouvrage intitulé Destins de pêcheurs.Les Basques en Nouvdle-France.Si quelques pionniers avaient déjà défriché ce domaine peu exploré de notre histoire, Mimeault a le mérite d’élargir la recherche à l’ensemble du Régime français, de recenser combien d’entre eux immigrèrent et s’installèrent ici, mais aussi de tenter de comprendre, en suivant quelques destins individuels, pourquoi si peu d’entre eux prirent racine.Car sur les 151 Basques et Bayonnais qui immigrèrent en Nouvelle-Eran-ce entre 1660 et 1763, seulement 96 s’y marièrent et y fondèrent une famille.Les plus récentes recherches ont permis d’établir qu’au milieu du XVI'^ siècle, jusqu’à 2000 marins venus surtout du Pays basque sillonnaient durant la saison de pêche les eaux le long des côtes du Labrador à la poursuite de la baleine noire et de la baleine franche.Leur présence est aussi avérée dans le golfe du Saint-Laurent à l’époque de Champlain à l’île aux Basques, aux Bergeronnes et à Tadoussac, où ils se livrèrent également à la pêche à la morue, puisque celle-ci échappait à l’exclusivité accordée par le roi de Erance dès 1627 à la Compagnie des Cent Associés pour le commerce des fourrures.Mais chaque automne, ils abandonnaient leurs installations sommaires pour retourner sur le Vieux Continent.Pêches et fourrures Les premiers heurts entre pêcheurs basques et colonisateurs français se produisirent lorsque les capitaines des morutiers se lancèrent à leur tour dans la traite des fourrures avec les autochtones afin de compléter leurs revenus lors des mauvaises saisons de pêche.Les détenteurs de privilèges royaux firent valoir leurs droits, quitte à chasser les pêcheurs des berges où ils s’installaient chaque été pour dépecer la baleine ou sécher la morue.Pour Mario Mimault, «Basques et Bayonnais ont joué un rôle important dans l’exploitation du continent américain à une époque où les compagnies de peuplement n’avaient pas réussi à implanter des groupes de colons en permanence.[.] Il n’en reste pas moins [qu’ils] ne se sont pas préoccupés de développer des établissements permanents», la nature même de leurs activités ne nécessitant qu’une présence saisonnière.Il faudra attendre la période qui va de 1630 à 1700 pour que certains d’entre eux envisagent enfin de rester en Nouvelle-Erance.Si les armateurs basques restèrent déterminés à continuer leurs activités de pêche et de chasse à la baleine dans le golfe en dépit de tous les obstacles, dont les fréquentes incursions des navires de guerre des colonies anglaises en Nouvelle-Erance, ces équipées devinrent de plus en plus risquées.En raison de la concession de terres le long des deux rives du fleuve aux colons français, les pêcheurs basques perdirent leurs meilleurs lieux de mouillage et postes nécessaires à la préparation de la morue.Ils devaient continuellement négocier avec les seigneurs des lieux, qui exigeaient des redevances ou décidaient d’équiper leurs propres chaloupes.A la fin du XVIL siècle, le roi se décida à développer les pêcheries en Nouvelle-Erance en embauchant une dizaine de «maîtres» de pêche basques pour apprendre l’a b c du métier à une vingtaine d’habitants de Mont-Louis, en Gaspésie.Mais l’affaire s’avéra un échec.On estime que seulement une trentaine de Basques et de Bayonnais s’installèrent en Nouvelle-Erance entre 1660 et 1700.Il s’agit surtout de marchands, tel Jacques de Lalande Gayon, qui devinrent Influents en se mariant à de riches héritières.Mais la plupart des premiers Basques Installés Ici retournèrent dans leur pays d’origine, découragés par les aléas du marché et, semble-t-11, par un milieu culturel, composé surtout de Bretons et de Nor- mands, trop différent du leur.Même après 1700, quelques dizaines seulement de ces marins habitués à une vie nomade s’installèrent sur le Nouveau Continent.Certains travaillèrent pour des entrepreneurs de pêche, d’autres pour leur propre compte.Mais le déclin de la pêche à la baleine dans l’estuaire du Saint-Laurent et les difficultés croissantes de trouver des endroits pour apprêter la morue en Incitèrent beaucoup à abandonner la partie.Dispersés dans quelques établissements riverains très éloignés du centre de la colonie, les gens du Pays basque et de Bayonne ne s’implantèrent donc pas en Nouvelle-Erance en aussi grand nombre que les migrants d’autres provinces françaises.Ceux qui restèrent se fondirent dans de petites communautés en Gaspésie et sur la Côte-Nord.Ils ont toutefois exercé une certaine In- MARGOT CAMPBELL L’habit de lumière Margot Campbelll iii IHiahit (1(‘ lumiert Une réflexion ironique et amusante sur la quête de la jeunesse éternelle.fluence en transmettant aux colons leurs connaissances en pêcheries.L’ouvrage rigoureux et bien documenté de Mario Mimeault témoigne de leur apport modeste, mais non négligeable, à l’édification d’une nouvelle société sur les rives du Saint-Laurent.Le Devoir DESTINS DE PÊCHEURS Les Basques en Nouvelle-France Mario Mimeault Septentrion Trois-Rivières, 2011,204 pages 1 Destins de pêckeurs Fus Basques kk Nouvelle-France ® Si i'Ti N I CARTE BLANCHE - En librairie, 19,95$ Millénium, Stieg et moi « [.] Vous apprécierez ce livre qui fait plonger les thèmes chers à Larsson dans une réalité peut être moins spectaculaire, mais certainement aussi déchirante que sa fiction.- Marie-Claude Lortie, La Presse « Un récit aussi fascinant que les polars de Larsson.- Le libraire (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com
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