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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-07-30, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JUILLET 2011 m - J/ F LIVRES 9*® Correspondances d’Eastman: faire écrire pour faire lire Page E 2 ARTS VISUELS Le Legs, œuvres dans la nature au Symposium de Val-David Page E 6 ivres UIIHU “% Tahar^en Jelloun MOHAMMED ABED AEP Le 11 février 2011, au Caire, des protestataires égyptiens saluent le départ du président Hosni Moubarak.K i La révolte est un poème MARTIN BUREAU AEP «L’histoire de Mohamed n’appartient à personne, écrit l’écrivain Tahar Ben Jelloun dans Par le feu, c’est l’histoire d’un homme simple, comme il y en a des millions, qui, à force d’être écrasé, humilié, nié dans sa vie, a fini par devenir l’étincelle qui embrase le monde.Jamais personne ne lui volera sa mort.» « La démocratie n’est pas un comprimé qu’on dissout dans l’eau; c’est une culture qui demande du temps et de la pédagogie» MOHAMMED ABED AEP MELISSA GUILLEMETTE Le printemps arabe fascine.Ses révoltes ont pris le monde entier par surprise, les chefs d’État Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak en premier lieu, peut-être.Après des années de dictature, les rues de la Tunisie, de l’Egypte et de plusieurs autres pays du monde arabe se sont emplies de citoyens exaspérés.L’écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, lui, a sorti sa plume, en février, alors que les images de la chaîne al-Jazira semblaient encore difficiles à croire.Dès les premières manifestations en Tunisie, Tahar Ben Jelloun a ressenti cette émotion, la même que lui procure la lecture d’un très, très bon poème.Il a donc écrit un essai sur le mouvement de contestation, à chaud, sans même savoir comment se terminerait ce printemps qui dure encore.C’était son devoir, explique-t-il: «Uécrivain écrit parce qu’il pense que son témoignage, sous forme d’essai ou de récit, peut aider à comprendre ce qui se passe.Lui-même a besoin d’écrire pour comprendre.C’est ce qui m’arrive», disait-il au Devoir depuis le Maroc où il séjourne régulièrement, bien qu’il habite désormais Paris.«En tant qu’écrivain, je ne pouvais assister à un événement historique sans réagir par le seul moyen dont je dispose: l’écriture.Je ne suis pas historien, ni politicien.Je travaille avec les matériaux de l’imaginaire: les mots.» Il n’hésite d’ailleurs jamais à les «La poésie naît avec la révolte, devient elle-même révolte» utiliser pour commenter l’actualité lors d’interventions régulières dans les journaux d’Europe, dont Le Monde.Depuis L’Enfant de sable, paru en 1985, et La Nuit sacrée, deux ans plus tard, qui a fait de Ben Jelloun le premier Nord-Africain à remporter le Concourt, ses écrits sont toujours à caractère social.A défaut de connaître la fin de l’histoire qui s’écrit présentement du Maroc au Yémen, il s’est intéressé au déclencheur.A cet élément perturbateur des protestations, à «l’étincelle», maintenant le titre d’un court texte comme d’une série de chroniques, qui paraît en même temps que le récit-polaroïd Par le feu.En cette période d’instabilité, la seule certitude demeure cette^ étincelle, selon Ben Jelloun.«Evidemment, tout bouge et change, mais pas les éléments fondateurs des révoltes.Les raisons pour lesquelles des millions de citoyens sont sortis dans la rue sont là, elles ne bougent pas, assure-t-il.Elles peuvent changer selon les sociétés, mais tout être aspire à la liberté, à la justice, à la dignité.» Nous sommes tous des Mohamed Ces dernières valeurs, d’ailleurs, ne sont pas nouvellement acquises par les Tunisiens ou les Egyptiens grâce à Eacebook et au monde du 2.0: elles sont ancestrales dans les sociétés arabo-mu-sulmanes, estime l’homme de lettres.«Mais le travail des dictateurs, c’est de les brûler ou de les maquiller.» Et le travail des écrivains est de les rappeler.«On écrit pour décrire un monde sans ces valeurs.On montre ce qu’est l’homme humilié et on donne aux lecteurs le spectacle de la destruction de l’humanité en nous.» L’étincelle du printemps arabe, c’est aussi Mohamed Bouazizi, ce jeune homme désespéré, impuissant face au sytème, qui s’est immolé en Tunisie.C’est lui, le sujet de Par le feu, cette plaquette d’une cinquantaine de pages où le lecteur s’infiltre dans la tête du jeune homme.Tahar Ben Jelloun rappelle que le jeune vendeur est le symbole de milliers de personnes qui ont vécu des injustices, dont plusieurs écrivains.«Le cas de Mohamed Bouazizi est symptomatique, mais bien avant lui il y a eu des suicides par le feu un peu partout.Il y a aussi eu beaucoup de citoyens qui ont été torturés et assassinés.» La révolte a été préparée par l’excès d’injustice, estime l’écrivain, qui a lui-même été arrêté en 1966 pour avoir participé à une manifestation étudiante à Casablanca, avant de s’exiler en Erance cinq ans plus tard, après que la revue littéraire pour laquelle il écrivait fut bannie.En bon conteur.Ben Jelloun présente dans L’Étincelle les derniers jours au pouvoir des anciens chefs d’Etat Moubarak et Ben Ali comme on présenterait les personnages d’un roman.Les deux anciens dictateurs sont d’ailleurs «des personnages horribles qui font de bons personnages romanesques: ils sont terrifiants, cruels, fous, démoniaques.Nous sommes au théâtre ou chez Dostoïevski», reconnaît l’écrivain.Quel avenir pour le printemps arabe?Ben Jelloun rappelle que le feu brûle toujours en Libye, en Syrie, au Maroc, en Algérie, au Yémen.«La mort fait des massacres.Je suis, nous sommes tous impressionnés par le courage extraordinaire des Syriens qui descendent dans les rues en sachant pertinemment que la mort les attend.» Pour la Tunisie et l’Egypte, où de premières élections véritablement libres devront se tenir à l’automne, il faudra peut-être être patient «La démocratie n’est pas un comprimé qu’on dissout dans l’eau; c’est une culture qui demande du temps et de la pédagogie, dit l’écrivain.Le printemps est loin d’être terminé.» Ce printemps pourrait donner naissance à une production littéraire intéressante, selon Tahar Ben Jelloun, pour qui les liens entre révolte et lettres sont évidents.Il cite le Russe Vladimir Mahmoud Darwish, l’Irakien Chaker Assayab et l’Égyptien Ahmed Chawki, «des visionnaires [.] qui ont eu raison avant tout le monde».Au tour de ses confrères de prendre la plume.«La poésie française la plus belle est née de la résistance.La poésie naît avec la révolte, devient elle-même révolte.La vie menacée crée les conditions de la poésie: il n’y a pas de poésie confortable.» Le Devoir À lire aussi: la critique de notre chroniqueur Louis Comellier en page E 8. E 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JUILLET 2011 CULTURE ’ : mit-h li^r.f-» ' -ri: '7^ ^ w«fe;.;.aié?< Ç ^'#;V:|^\' ¦ ,l|t’.';:'^^è'i.‘ ^’‘ri f,-rt -^'^^^T1SSEMENT-irA,u£uA MÉGA-PLEX~GUZZO—i A LAFFICHE ! fQUARnERLariNl[ aS6, Ba^bn E.721-flOe01 Ipont-viau lël — I pCINEPLEXDIVERnSSEMENT^^^^^—CINËMA^^^^^pCINEPLEX DIVERTISSEMENT^ CONSULTEZ LES GUIDES- I BOUCHERVILLE II LE CLAP IIBEAUPORTI HORAIRES DES CINÉMAS metropo lefilms.com E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI JUILLET 2011 DE VISU «w.jardinauiirecamlirien.cc'nn 5«vcfo,v °^SIAMiTES wwr ^ SOURCE JARDINS DU PRÉCAMBRIEN Heures de pointe de Betsabeé Romero (à droite, au centre), L’Offrande de Joséphine Bacon (à droite, en bas) et Le Chablis du collectif BGL (photo principale) font partie des œuvres en vedette au 11' Symposium international d’art in situ, cette année intitulé Le Legs.Un symposium et des solos Chaque été, Saint-Hyacinthe, Joliette et Val-David, chacune à plus ou moins une heure de Montréal, offrent des sorties en arts visuels.Pour des ballades d’un jour.JEROME DELGADO Dans les Jardins du Précambrien, ce boisé aménagé par René Derouin à Val-David, le Symposium international d’art in situ ne cesse, d’année en année, de prendre de l’expansion.Chaque édition, depuis 1995, semble creuser un nouveau sentier, un nouveau territoire.Ce IP Symposium, dont le commissariat a été confié à Emmanuel Galland, ne fait pas exception.In situ et éphémères, les œuvres du Symposium n’en sont pas moins envahissantes.La nature est-elle condamnée à se laisser gruger de la sorte?Et à quelles fins?C’est sur ce thème que les dix artistes de cet été ont travaillé.Sur le thème du legs, le Sjun-posium 2011-2012 apparaît plus politique.Cynique, même.Certains des artistes sélectionnés n’ont pas la langue dans leur poche.Le trio BGL, par exemple: voici que les trois compères, fins observateurs des us et coutumes, interviennent ici en «sauvageons», dixit Galland.Leur installation Le Plus que quelques places pour.LES BALLETS RUSSES DE DIAGHILEV et NAPOLÉON BOURASSA - LA QUÊTE DE L’IDÉAL 27 août - Musée national des beaux-arts du Québec ROME DES ORIGINES À LA CAPITALE D’ITALIE 20 octobre - Musée de la civilisation de Québec MARC CHAGALL ET L’AVANT-GARDE RUSSE et LES PAYSAGES DU GROUPE DES SEPT du 4 au 6 novembre à Toronto et Kleinburg Le.%eaux detours wvvw.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Chablis amplifie notre amour, déjà excessif de la nature: le feu de camp abandonné continue de brûler, les bâtons de golf deviennent haches.et l’œuvre, peu surprenante, disons, n’est pas la meilleure du collectif, mais donne le ton.Jean-Denis Boudreau, de Moncton, se fait envahisseur urbain.Au bas d’une falaise, il a aménagé une aire de stationnement pour un seul et unique banlieusard.Il défie ainsi la montagne, à l’instar du Fitzcar-raldo de Herzog.On n’attend plus que la voiture.Chez Betsabeé Romero, Mexicaine de service, l’automobile est un motif récurrent.L’œuvre A vuelta de rueda simule le trafic, la queue leu leu.L’individualisme et la surconsommation sont la cible de l’artiste, qui dépasse le cri alarmiste par l’appel au savoir-faire et à la pensée.L’artisanat — ces camions miniatures en bois — et le texte — ces multiples citations, glanées du poète précolombien Neza-hualcoyotl jusqu’à Nietzsche — émergent dès lors de l’ensemble comme des notes d’espoir.Le défilé des camions surgissant de terre avant d’y retourner invite à redonner au sol tout ce qu’on lui retire.C’est Jean-Jules Soucy, cepen-danf grande gueule de La Baie, qui se démarque.Son humour salé, et si insoucianf conclut de belle manière le parcours.L’œuvre JJS MD est une série de phrases codées, laissées sur les troncs à la manière des amoureux qui gravent leurs initiales.Les référents sont aussi artistiques: Soucy s’inspire des allo-graphes et autres jeux sonores dadaïstes ou duchampiens.Le thème du legs peut aussi entraîner un questionnement hors de la sphère écologique.Juste une image, vraiment?Le centre Expression de Saint-Hyacinthe rend un juste hommage à Emmanuelle Léonard et à la diversité d’expression de sa signature.L’artiste, qui puise autant dans la photographie documentaire que dans le cinéma de fiction, al-lanf parfois, fouiller dans l’autobiographie, semble trouver pour chaque nouveau corpus une manière différente de faire les choses.L’exposition Juste une image risque de dérouter.Le travail soigné de la réputée commissaire Nicole Gingras, dont on attend avec impatience l’apport à la Ma-nif d’art de Québec en 2012, donne à l’ensemble sa cohérence.Un ensemble qu’elle qualifie ironiquement de «mentirfaux».Ce parcours rétrospectif remonte jusqu’en 2003 et inclut Le Polygraphe et La Déposition, deux vidéos de 2011 qui portent sur l’enquête policière.L’ensemble des pièces réunies.pour ne pas dire l’ensemble de l’œuvre d’Emmanuelle Léonard, tourne autour des mêmes questions et obsessions: la véracité d’un document, la loi et l’ordre, la surveillance, le regard qui fait autorité — y compris le regard de l’artiste.L’expo commence par le beau doigt enflé de la photo Je t’aime (2003) et rassemble des images extraites de séries telles Faits divers (2005) et Une sale affaire (2007), inspirées d’archives policières.Le dialogue entre Le Polygraphe et La Déposition, l’une peu bavarde mais avec une caméra active, l’autre portée par la voix hors champ et les mimiques d’un enquêteur, passe par le non-dit des images fixes.En particulier les deux photos de la série Les Citoyens (2009), ces portraits de policiers au travail, portraits qui bousculent les rapports de pouvoir.Orient et Occident Enfin, au Musée d’art de Joliette, le menu s’avère riche et varié.Notons Cabinet de Lyne Lapointe, sorte de cabinet de curiosités doté de leurres visuels, et Au-delà du regard, une belle expo rassembleuse à partir des portraits conservés au musée.Le moteur de l’été est cependant la rétrospective des 35 ans de carrière de Kai Chan, cet artiste torontois reconnu pour ses expérimenta- tions textiles.Comme souvent chez nos artistes d’origine asiatique, le mariage de l’Orient avec l’Occident teinte le travail.Tout est dans la subtilité, et les installations parfois monumentales de Chan le traduisent par un mélange de fragilité et de solidité.Malgré une tendance à illustrer trop lourdemenf il arrive à transcender, surtout lorsqu’il fait appel à des moyens simples, les matériaux pauvres, ces cure-dents, boutons, etc., qu’il épingle au mur.Collaborateur du Devoir SYMPOSIUM INTERNATIONAL D’ART IN SITU Les Jardins du Précambrien, 1301, montée Gagnon, à Val-David, jusqu’au 10 octobre.JUSTE UNE IMAGE Emmanuelle Léonard Expression, centre d’exposition de Saint-Hyacinthe, 495, Saint-Simon, à Saint-Hyacinthe, jusqu’au 14 août.LA LOGIQUE DE L’ARAIGNÉE Kai Chan Musée d’art de Joliette, 145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, à Joliette, jusqu’au 4 septembre.-s-i; wc./( .Atiti i m 'N.Sollogoub,H/rDsWma,i 0.Photo; Robert JoW W5igné^oltog.ub Le design dans sa ' \ H 400° anniversaire de la venue de Champlain à Montréal Présentation des vitraux de l'église de Brouage, village natal de Champlain, dans le cadre de I l'exposition Sigté Sollogoub, le design dans sa diversité (première nord-américaine) Samedi 6 août à 14h Thé avec l'historien Denis Vaugeois Champlain et Pont-Gravé, un formidable tandem MUSEE DU CHATEAU DUFRESNE |(^J 2929, Jeanne d'Arc, Montréal (Qc) H1W3W2 Pie-ix 514 259-9201 vvww.chateaudufresne.com Samedi 10 septembre à 14h Thé avec l'historien Jacques Lacoursière L'énigme Champlain La semaine italienne de Montréal Dimanche 14 août à 13h30 Visite commentée en autobus de différents lieux montréalais décorés par Guido Nincheri Réservation requise pour toutes ces activités.(514) 259-9201 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 JUILLET 2011 E 7 LIVRES LITTERATURE PHILIPPINE Prestidigitation littéraire Le roman du désormais Montréalais Miguel Syjuco a remporté le Palanca Award 2008 et le QWF Paragraphe Hugh McLennan Prize for Fiction 2010 SUZANNE GIGUERE La parution en français d’un roman philippin mérite déjà d’être soulignée.Et si ce roman se révèle un véritable tour de prestidigitation littéraire, voilà un événement.Ilustrado, premier roman de Miguel Syjuco, Philippin d’origine établi à Montréal, est ambitieux par sa construction éclatée et sa thématique foisonnante.Le roman nous plonge dans une incroyable saga familiale.avec en toile de fond l’histoire tumultueuse des Philippines de 1850 jusqu’au début du XXP siècle.Comique et tragique en même temps, pétillant d’humour, Ilustrado tient de l’enquê te littéraire, de la fresque historique, du polar métaphysique et du roman politique, plus personnel toutefois que militant.New York, février 2002.Crispin Salvador, écrivain philippin de renommée internationale, est retrouvé mort dans la rivière Hudson.Le manuscrit sur le- quel il travaillait depuis plus de deux décennies a également disparu.L’ouvrage polémique explorait la corruption et les scandales au cœur des élites politiques, religieuses et aristocratiques de son pays natal.Le narrateur, Miguel Syjuco — car l’auteur se met lui-même en scène —, un de ses étudiants, aussi originaire de l’archipel, décide d’enquêter sur le décès de son mentor.Il s’envole donc pour Manille, sur les traces de l’écrivain et de son manuscrit.Il va y découvrir un personnage égocentrique et solitaire, provocateur, à la répu-tation sulfureuse, mouton noir des lettres, rejeté par ses pairs.Crispin Salvador dénonçait dans ses livres la dictature de Marcos et l’impact néocolonialiste des Américains sur son pays.Miguel décide d’écrire la biographie de ce génie prolifique, de retracer son ascension professionnelle, son exil aux Etats-Unis et sa chute.En cours de rédaction, le narrateur se voit à Roman-kaléidoscope, Ilustrado accumule des extraits de romans, des articles, des plaisanteries, les bruits et les fureurs de Manille et les conflits du pays MATHIEU BOURGOIS Ilustrado de Miguel Syjuco donne l’occasion rare pour le lecteur occidental de plonger dans l’histoire des Philippines.son tour entraîné dans son propre passé familial et amoureux, fissuré de toutes parts.Roman-kaléidoscope, Ilustrado accumule en un ingénieux désordre des extraits des romans et du manuscrit de Crispin Salvador, des articles de presse et des interviews le concernant, des blogues et des forums de discussions à son sujet, des plaisanteries douces-amères, les bruits et les fureurs de Manille, les conflits familiaux et sociopolitiques du pays.Les allusions littéraires fourmillent, dont une, plusieurs fois citée, de José Ri-zal, patriote philippin, romancier critiquant la situation coloniale, issu de ces ilustrados homonymes, «[c]es éclairés, [c]es instruits».Accusé d’être l’instigateur du mouvement indépendantiste des Philippines, il fut finalement exécuté par les Espagnols en 1896.Au milieu de ce roman vertigineux et étourdissant, qui devient par sa forme une immense chambre d’échos de la quête originelle du narrateur, émerge une intéressante réflexion sur la primauté de la littérature en tant qu’art et mémoire de la condition humaine.Il faut bien sûr accepter de s’immerger dans cette œuvre exigeante, riche en mises en abyme et en jeux de miroirs, pour saisir l’occasion rare donnée au lecteur occidental de plonger dans l’histoire des Philippines.Collaboratrice du Devoir ILUSTRADO Miguel Syjuco Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch Christian Bourgois éditeur Paris, 2011,488 pages POESIE Les voix cassées Isabelle Gaudet-Labine et Germaine Beaulieu explorent les douloureux passages de la mue et du temps HUGUES CORRIVEAU e cœur éteint comme un ^phare», Isabelle Gau- «Lî det-Labine parvient tout de même à éveiller l’œil aux aguets, une sorte de révolte contre l’adversité.Toujours en quête «des heures sans faillir / pour la moindre tendresse», ces «friables tendresses» qu’elle n’a cesse de quérir, sans lesquelles poursuivre soi-même sa route de vivante n’aurait aucun sens.Malgré les soubresauts du malheur, trouver à conquérir sa place exacte, l’amour autre, autrement, renouvelé, elle-même nouvelle «mutante» — pour rappeler, sans coïncidence, un titre de Germaine Beaulieu.Muée, soit, mais aussi mue par le désir, la poète tâte, palpe, va à la peau, sur le cœur affolé.Mais l’obscurité guette, la linéarité se fracture ainsi que le sens des mots, ainsi que la trajectoire du sens.Rien de clair ici, bien au contraire.En apparence facile, tellement minimaliste, cette poésie déroute, dévie, complexifie les ruptures, les appels à l’autre.«chambre d'amours vaines / vidée / après la mue // tiendra-t-elle sur mon squelette / cette peau moins sale // ma belle bête?» Vouée à une inquiétude lancinante, la poète met sans cesse en question le possible retour d’un calme bienfaisant.«sur [ses] yeux passent en trombe le monde / et des reflets de noyés».S’imposent un désespoir fulgurant, un pessimisme de laissée-pour-comp-te, les chambres désertées, les peaux sans derme.Elle a beau s’illusionner, affirmer «je vous aime et j'écris / dans vos dos / mes amantes pâles», l’absence fait rage, fait craquer les espoirs les plus durs.La présentation du recueil parle d’un «renouveau amoureux»; j'avouerai ne pas en avoir vu l'ombre.Bien au contraire, la Mue semble tout entière consacrée à ce passage douloureux, à cet entre-deux qui bée dans la vacuité du cœur et du corps offerts: «malgré les signes le temps n'ouvre ni nos sexes ni nos os / on croirait/qu'il se repose de nous».Survivre au chagrin Le nouveau recueil de Germaine Beaulieu se teinte de noir, des effets du deuil dont il faut se garder, se protéger, afin de réapprendre l’éclat so- cette écriture qui mélange les eaux fluviales et pluviales afin d’appréhender tous les aspects d’un possible retour au calme intérieur.Devant la morte au cercueil, sa robe mystérieuse, les mains qui la touchent, l’œil qui la couvre, le double sens du mot «dépouille» impose à la fois le cadavre «chambre d’amours vaines / vidée / après la mue // tiendra-t-elle sur mon squelette / cette peau moins sale // ma belle bête?» Isibi IL (jhkK t 1 ibiii laire, l’eau courante, la vivacité de la parole: «la blessure dans [son] ventre les mots “plus jamais" surgissent.[Elle] tourne gyroscope Etourdi sur socle en feu.» Le titre des diverses parties du recueil forment une phrase secrète, une piste qui suit les méandres des affects: la poète se met à l’écoute du «muet des mots», jusqu’à la «fièvre», «[entend] le silence» «derrière la scène» à «l'aube nacrée», soumise à X «errance» devant le «miroir du levant», pour comprendre qu’il s’agit bel et bien d’une «question de temps» avant d’assumer la radicale rupture de la mort.En somme, «une constante obsession de la perte» préside ici à l’écriture scripturaire, à cette quête d’une vie après l’absence.«Encore faut-il lire le cycle perdu», et c’est ce à quoi s’attarde et le détachement.Se référant au mythe de la résurrection, la poète se console en affirmant sans a m-bages: «La nuit des temps venue nous nous retrouverons.Déjà le plaisir de rêver à un avenir possible» comble la peine insupportable.Question de temps, donc, avant la réconciliation avec le présent.Pour l’heure, l’absence creuse l’âme, une déroute fiévreuse préside aux heures de peine, la voix rauque de l’écriture cherchant le tracé du renouveau.Collaborateur du Devoir MUE Isabelle Gaudet-Labine La Peuplade Chicoutimi, 2011,92 pages MIROIR DU LEVANT Germaine Beaulieu Ecrits des Eorges, Trois-Rivières, 2011,108 pages SOURCE VILLE DE QUEBEC Le roman Vents salés aborde, sur le flanc poétique, le thème du fleuve et de la liberté.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Dérive CHRISTIAN DESMEULES Le fleuve est comme une grande porte ouverte sur le monde.Il sert de corridor pour arriver d’amers lointains.De sortie de secours pour s’affranchir, en rêves ou en actes, de sa propre vie insuffisante.Un récent premier roman aborde, sur le flanc poétique, le thème du fleuve et de la liberté.En 1904, Delphine, une jeune veuve montréalaise mère de deux enfants, voit sa vie bouleversée par la passion.Prise dans la glu quotidienne de l’univers renfrogné dont elle a hérité, son désir de prendre le large n’a d’égal que la sensualité à fleur de peau qui la tourmente.Une «trop grande frénésie» que son mari, un riche bourgeois anglophone, avait rejetée trop vite.Le premier roman de Joanne Rochette, née en 1965, relate la rencontre tortueuse et passionnée entre cette jeune femme captive de ses désirs et un pilote du Saint-Laurent, Ernest, «l'homme des grandes eaux» attaché au fleuve, envoûté par la brûlante Delphine.L’héroïne de Vents salés décide de quitter son «île sale et bruyante» pour aller passer les vacances d’été au Bic, avec ses enfants, et se rapprocher de son pilote.Là-bas, lieu inusité de villégiature au début du siècle, les ragots vont bon train.Là-bas, un peu trop loin du fleuve, «les gens ne vivent pas au rythme des marées, ils vivent au rythme des patates qui poussent».«La mer est mouvement comme la vie, ses humeurs sont changeantes et capricieuses, comme la vie, mais ses marées sont immuables et rappellent l'ordre du monde.» L’existence de Delphine, elle, plus débordante que les marées et que la vie elle-même, sera irrémédiablement bousculée par cette rencontre.Roman de tempêtes et de houle intérieure, roman lié au destin d’une femme sensuelle prisonnière de son corps et de son époque.Vents salés profite d’une écriture poétique et intense.Propre à rendre le «chant suave du plaisir» et de ses dérèglements conjugués au féminin.Roman du fleuve, aussi, puisqu’on y découvre au passage et sans didactisme le quotidien des pilotes.Mais la finale doublement tragique, qui ne nous épargne pas la prévisible chute féminine — au sens presque biblique —, pourra apparaître superflue.En tenant à tout prix à nous dévoiler tout l’envers du désir, l’au-teure a peut-être aussi forcé un peu trop le trait.Un choix qui jure avec l’audace et la subtilité qu’elle avait pourtant si bien mises en place.Collaborateur du Devoir VENTS SALÉS Joanne Rochette Vlb éditeur Montréal, 2011,192 pages Joanne Rochette Il Gaspard LE DEVOIR ALMARÈS Du 18 au 24 juiUet 2011 Romans québécois 1 Double disparition.Une enquête de Maud Graham Chrystine Brouillet/Courte échelle 1/6 2 Les folles années • Tome 4 Eugénie et l’enfant retrouvé Jean-Pierre Charfand/Hurtubise 2/6 3 Dans mes yeux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 3/20 4 Au bord de la rivière • Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 4/13 5 Ru Kim Thüy/Libre Expression 8/4 6 Mémoires d’un quartier • Tome 8 Laura, la suite LniseTremblayTI’Essiambre/Guy Saint-Jean 5/6 7 Les héritiers d’Enkidiev • Tome 3 Les dieux ailés AnneRobillard/Wellan 7/16 8 A.N.G.E.• Tome 9 Cenotaphium AnneRobillard/Wellan 6/11 9 Le secret du coffre bleu Use Dion/Libre Expression 9/4 10 Les folles années • Tome 3 Thalle et les âmes d’élite Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 10/2 Romans étrangers 1 L’étrange voyage de monsieur Daldry Marc Lévy/Robert Laffont l/H 2 La confession John Grisham/Robert Laffont 2/8 3 L’appel de l’ange Guillaume Musso/XO 3/15 4 Les neuf dragons.Une enquête de Harry Bosch Michael Connelly/Seuil 5/8 5 L’été sauvage Elin Hilderbrand/Lattès 4/5 6 Quand reviendras-tu ?Mary Higgins Clark/Albin Michel 6/9 7 Le cimetière de Prague Umberto Eco/Grasset 8/13 8 L’armée furieuse Fred Vargas/Viviane Hamy 7/6 9 Une enquête philosophique Philip Kerr/Du Masque 10/2 10 Moonlight mile Dennis Lehane/Rivages -/I '?’Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot | André Noël/Homme 1/39 2 Les vieux.La vieillesse ; une merveilleuse étape de notre vie Rose Legault/Québécor 2/3 3 L’âge séculier Charies Taylor/Boréal -/I 4 Poing à la ligne Normand Lester/Intouchables 6/17 5 Les partis générationnels au Québec.Passé, présent, avenir Vincent Lemieux/PUL -/I 6 L’anxiété.Le cancer de l’âme Louise Reid/JCL -/I 7 L’état du Québec 2011 Collectif/Boréal -/I 8 II y a trop d’images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 4/11 9 101 lettres à un premier ministre.Mais que lit Stephen Harper?Yann Martel/XYZ -/I 10 Une agriculture qui goûte autrement Hélène Rapondj Jacques Mathé/Multimondes 5/2 ?’Essais étrangers 1 Les mots de ma vie Bernard Pivot/Albin Michel 3/11 2 Indignez-vous 1 Stéphane Hessel/Indigène 4/26 3 Notre poison quotidien Marie-Monique Robin/Alain Stanké 2m 4 Une brève histoire de l’avenir Jacques Attali/LGF 7/21 5 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 1/12 6 Tous ruinés dans dix ans?Jacques Attali/LGF 10/2 7 Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?Stephen William Hawking/Odile Jacob -/I 8 La voie.Pour l’avenir de l’humanité Edgar Morin/Fayard -/I 9 L’étincelle.Révoltes dans les pays arabes Tahar Ben Jelloun/Gallimard 5/3 10 Manifeste hédoniste Michel Onfray/Autrement -/I sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Ba^riei est constitué des relevés de caisse de ÏÏ3 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Sa^.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI JUILLET 2011 LIVRES ESSAIS Révoltes arabes : un regard littéraire Pour Tahar Ben Jelloun, les intellectuels arabes ont pris « des risques qu’aucun intellectuel occidental n’a jamais pris » Louis Cornellier Les révoltes qui ont ébranlé les pays arabes en janvier dernier, et qui se poursuivent depuis, étaient inattendues.Les dictatures, dans cette région du monde, semblaient installées à perpète, dirigées par des despotes qui ménageaient leurs complaisants alliés occidentaux.De loin, c’est-à-dire d’ici par exemple, on pouvait même avoir l’impression que les populations arabes s’accommodaient de cette situation et que leur culture ne leur permettait pas d’imaginer vivre autrement.Nous savons, maintenant, que nous nous trompions, mais nous peinons encore à comprendre les tenants et aboutissants de ce brusque changement.Dans L’Etincelle.Révoltes dans les pays arabes, l’écrivain français d’origine marocaine Tahar Ben Jelloun revient sur les événements, afin d’éclairer notre lanterne.Intellectuel engagé dans les débats concernant cette région du monde.Ben Jelloun ne développe toutefois pas, dans ces pages, une analyse savante de ces bouleversements.11 propose plutôt, dans le style élégant et limpide qu’on lui connaît, un regard fraternel et littéraire sur ces révoltes qui le réjouissent et dans lesquelles il retrouve le sursaut de dignité du «citoyen universel qui arrive au bout de sa patience».«Si personne ne pouvait prévoir ce printemps révolutionnaire, reconnaît-il, on en pouvait lire, ces dernières années, bien des signes avant-coureurs.» 11 n’y a jamais eu, par exemple, de «silence des intellectuels arabes».Cette idée, répandue en Occident, est fausse, selon Ben Jelloun.«La liste est longue de ceux qui ont perdu la vie en défendant les droits de l’homme, écrit-il.[.] Non seulement ils réagissent, mais ils prennent chaque fois des risques qu’aucun intellectuel occidental n’a jamais pris.» En début d’année, cette opposition s’est enfin matérialisée massivement et avec une étonnante maturité.«La victoire, écrit Ben Jelloun, est là: une révolution naturelle, à l’image d’un fruit qui a tant mûri qu’un jour d’hiver il tombe tout seul, entraînant avec lui d’autres fruits: les arbres se sont mis à danser comme dans un temps de festivité heureuse.» Défaite de rislamisme L’écrivain ne craint pas le détournement islamiste de ces révoltes.La contestation arabe, explique-t-il, se réclame de valeurs comme la liberté, la dignité, la justice et l’égalité, ce qui fait que «ce printemps signe la défaite de l’islamisme» et de son discours attribuant aux autres — Européens, Américains et Israéliens — les malheurs arabes.«Cette fois-ci, remarque Ben Jelloun, les Arabes ont pris leur destin en main et ont décidé de monter dans le train de la modernité sans évoquer d’alibi, sans culpabiliser le reste du monde.» Aussi, l’écrivain n’hésite pas à qualifier ces révoltes de révolutions, «portées par des revendications d’ordre éthique et moral».Ü FETHI BELAID AGENCE ERANCE-PRESSE Dans L’Etincelle.Révoltes dans les pays arabes, l’écrivain français d’origine marocaine Tahar Ben Jelloun revient, à chaud, sur les révoltes qui ont ébranlé le monde arahe.Premier feu: la Tunisie.Dans le monde arabe, explique Ben Jelloun, l’individu n’est pas reconnu et doit s’effacer derrière le clan, la tribu et la famille.Or, l’individu est la base de la démocratie.«C’est, continue l’écrivain, une voix, un sujet que le groupe ne peut soumettre ou contrôler.C’est une personne qui a son mot à dire et qui le dit en participant à des élections libres et sans trucage.» En prepant courageusement la rue, les Tunisiens et les Egyptiens réclament donc à leur tour le droit moderne d’être des individus.Ils contestenfi de plus, l’attitude de leurs présidents qui se prennent pour des «monarques absolus» et s’imposent par la force, la corruption, le mensonge et le chantage.Ils contestent le népotisme, le favoritisme et la terreur.Ils expriment une «exaspération générale» qui, insiste Ben Jelloun, n’a rien d’idéologique.«Il n’y a pas eu de leader, pas de chef pas de parti qui porte la révolte en avant, explique-t-il.Ce sont des millions de gens ordinaires qui sont sortis dans les rues parce que trop c’est trop!» En Tunisie, l’étincelle qui a mis le feu est l’immolation de Mohamed Bouazizi, ce jeune marchand de fruits, et légumes poussé à bout par les autorités.En Égjqjte, c’est la torture de Sayed Bilal, un innocent tué par la police qui voulait lui faire avouer un crime qu’il n’avait pas commis; c’est le militantisme d’Ayman Nour, du mouve- ment Kifaya, de l’internaute Israa Abdel Eattah et de plusieurs autres.Ben Jelloun, on l’a dit, ne craint pas la récupération du soulèvement par les Erères musulmans, qui ne récolteraient que 20 % des sièges à une élection, puisqu’une «nouvelle génération d’Egyptiens ayant vécu à l’étranger [.] est revenue dans le pays d’origine de ses parents et entend bien construire une Egypte débarrassée de l’islamisme rétrograde et fanatique».Le feu de la dignité Ben Jelloun évoque aussi les cas de l’Algérie, du Yémen et de la Libye.Dans ces pays complexes, note-t-il, la révolte, pourtant nécessaire, risque de dégénérer en bain de sang.Le Maroc, quant à lui, est dans une situation particulière puisque son roi, Mohamed VI, aurait eu l’intelligence, depuis 1999, de procéder à des réformes allant dans le sens d’une certaine démocratisation.Malgré des ratés, le pays, écrit Ben Jelloun, «avance et poursuit sa révolution pacifique avec son roi»., Dans deux chapitres de L’Etincelle, Ben Jelloun se met dans la tête de Moubarak et de Ben Ali pour faire ressentir au lecteur l’incompréhension qui habite ces dictateurs, convaincus d’être de grands hommes, devant les révoltes.Dans Par le feu, un bref récit qui paraît simultanément à son essai, l’écrivain reconstitue les derniers jours de Mohamed Bouazizi, le sacrifié tunisien, pour nous faire comprendre de l’intérieur le désespoir de l’Arabe ordinaire.Harcelé et humilié par les sbires du régime qui veulent le corrompre ou le briser, empêché de tenir la main de son amoureuse en public, tenté par l’inaccessible rêve canadien, le jeune homme sera, au prix de sa vie, l’étincelle tragique qui allumera le feu des révoltes.Pour chanter la naissance de l’individu moderne dans le monde arabe, rien ne vaut la littérature.louisco@sympatico.ca L’ETINCELLE Révoltes dans les pays arabes Tahar Ben Jelloun Gallimard Paris, 2011,128 pages PAR LE EEU Tahar Ben Jelloun Gallimard Paris, 2011,56 pages DIDIER PALLAGES AGENCE ERANCE-PRESSE Une nouvelle encyclopédie traitant tous les angles de la grossesse Tout sur les premiers instants SEBASTIEN VINCENT Parce qu’elle touche à l’invisible et met en jeu notre existence, parce qu’elle est en chacun de nous enfouie dans l’oubli, parce que, obscurément, silencieusement, elle est transmission de la vie, la naissance, plus que tout autre événement, nourrit l’imaginaire.» Parfois inquiétante, souvent joyeuse, les mécanismes fondamentaux du venir au monde ne sont bien compris que depuis un peu plus d’un siècle.Que peut-on en dire aujourd’hui?Unique en son genre, cette encyclopédie pluridisciplinaire a pour ambition d’envisager la naissance sous tous ses angles.Dirigée par deux spécialistes de la question, elle s’adresse à im public non spécialiste, curieux et cultivé.Parce que naître au monde, c’est entrer de plain-pied dans la culture, la première partie aborde l’aspect historique, philoso- phique et culturel de la naissance, notamment ses origines dans les religions, ses mjfrholo-gies et sa représentation dans l’art occidental.Sont aussi décrits les rituels qui s’y ratta-chenfi l’histoire de la contracei> tion, de la puériculture, de l’allai-temenfi des pères et des mères.La science du pré-vivant Le second volet fait découvrir les pratiques actuelles orientées par la science du vivant.Ici encore, le programme est vaste, allant du désir d’enfant aux grossesses involontaires, du développement de la sensorialité foetale à l’aide à la procréation, du suivi de la femme enceinte à sa psychologie, de l’accouchement et de ses drames parfois à l’accueil du nouveau-né.On adhérera ou non aux propos des articles traitant des théories freudiennes.Au fil des pages, des débats sont présentés.L’instinct ma- ternel existe-t-il?Comment expliquer l’augmentation du nombre de césariennes en Occident?Que penser des sages-femmes, des mères porteuses, de l’homoparentalité, des problèmes éthiques soulevés par les nouvelles techniques médicales?Certes, on ne lira pas d’un trait cette somme rédigée par plus de 170 experts.On la parcourra au gré de nos intérêts envers ce moment qui renvoie à la question de l’origine tout en nous concernant au plus intime de nous-mêmes.Collaborateur du Devoir LA NAISSANCE Histoire, cultures ET PRATIQUES D’AUJOURD’HUI Sous la dfrection de René Frydman et Myriam Szejer Albin Michel Paris, 2010,1401 pages LITTERATURE QUEBECOISE Nos romanciers des commencements MICHEL LAPIERRE Lorsqu’on parle des romans québécois des années 40 et 50, on pense à des oeuvres urbaines et sociales, novatrices pour l’époque: Bonheur d’occasion (1945) de Gabrielle Roy, ou Les Plouffe (1948) de Roger Lemelin.Mais se sou-vient-on d’un écrivain d’ici pour qui, dans le roman psychologique idéal, «le créateur, par créatures interposées, va plus loin en nous que nous-mêmes»! Lire ce roman nous forcerait à découvrir notre inconscient.Cette réflexion du romancier montréalais Robert Charbonneau (1911-1967) donne du poids à son essai Connaissance du personnage (1944).Elle étonne, compte tenu du milieu canadien-français d’alors, souffrant d’un retard de sensibilité esthétique.Historien de la littérature, François Ouellet a compris qu’un courant romanesque, jugé trop cérébral dans la genèse de la modernité, permet toutefois de comprendre notre évolution.Pour scruter, avec lui, «le roman psychologique des années 1940-1950 au Québec» dans l’ouvrage Décliner l’intériorité, il a réuni onze spécialistes, dont Michel Biron et Jacques Pelletier.Dans l’inconscient des romans Ouellet s’est réservé avec bonheur l’analyse de ï«esthétique du secret» chez Charbonneau, l’instigateur du courant par la publication à!Ils posséderont la terre (1941).Dans ce ro^nan sous-estimé, dont le titre ironique, tiré de l’Evangile, caricature la vocation messianique des Canadiens français, André, orphelin pauvre — sa mère est morte en le mettant au monde, son père s’est suicidé — proclame: «Aucun secret ne m’échappait.» Comme Ouellet l’explique, «Charbonneau, qui travaille à partir des zones d’ombre pour saisir la vérité du personnage, exige un effort de lecture particulier».Le lecteur attentif se voit ébranlé, malgré lui, par l’histoire d’André et de son ami Edward, bourgeois anglo-saxon en rupture de ban, chacun amoureux des deux mêmes femmes: copcordance proche du dédoublement.À la fin, la sjmiétrie se brise: André se retrouve seul, mais Edward, avec l’une des femmes, entraîne le lecteur abasourdi dans un train «vers l’Ouest et un recommencement».Cela nous rapproche d’un autre romancjer de l’intériorité: Jean Simard (1916-2005).À son «écriture ironique», Biron consacre une étude pénétrante.Lorsque, dans Mon fils pourtant heurem (1956), Simard surprend le lecteur par ime désinvolture, l’inachèvement voulu de Lmtri^e, le critique n’y voit pas «une manière de se détacher du monde», mais «une forme de commencement», plus pour le lecteur troublé que pour le héros, diariste étranger à la joie créatriçe.Dans La Pin des songes (1950), de Robert Elie (1915-1973), Pelletier, qui dissèque le roman, sait déceler l’incapacité du héros 6!«assumer concrètement le corps et le monde».Celui-ci avoue: «J’ai cherché mes images de beauté, mais je n’arrivais plus à animer ces corps nus.» Le récit happe le lecteur par un drôle de commencement: le héros se tue.Collaborateur du Devoir DÉCLINER L’INTÉRIORITÉ Sous la direction de François Ouellet Notabene Québec, 2011,252 pages E N BREF Une histoire orale des États-Unis Le journaliste Studs Terkel, armé d’un magnétophone, entreprend en 1965, à Chicago, de faire témoigner des gens ordinaires sur leur condition.11 les rencontre dans la rue, dans des bars, des taxis.11 ressort de ces entretiens, publiés sous le titre de Division Street.Ge-pèse d’une histoire orale des États-Unis (éditions Amsterdam), un portrait saisissant des années 1960.Le pays apparaît au bord du gouffre alors que l’appareil politique proclame sa toute-puissance.Le compte rendu de ces entretiens est souvent âpre, rugueux et amer.On y voit apparaître en filigrane la menace de la bombe atomique, le racisme, la corruption sociale, les luttes politiques.Studs Terkel nous fait entreprendre avec lui un étonnant voyage à travers le temps et la conscience de l’Amérique.- Le Devoir
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