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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-09-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 LITTERATURE Jonathan Franzen, amère Amérique Page F 2 LITTERATURE Parution des œuvres complètes d’Agota Kristof Page F 4 ms KAROLINE GEORGES FORCÉMENT SUBLIME Images tirées de Fantasmes post-pornographiques.2009.Proposition multimédia en 7 temps de Karoline Georges.CATHERINE LALONDE Sous béton, le plus récent récit de Karoline Georges, est un inclassable croisement littéraire.Un récit génétiquement modifié, dont l’ADN comprend une souche de poésie, une filiation aux scripts de sci-fi — pensez Big Brother et Soleil Vert — et des restes de fable sur la naissance de la singularifé, de la liberté individuelle et de la philosophie.A cette matrice se greffent de légères traces, plus douteuses, de manuel d’éveil de conscience et une lignée claire aux récits d’initiation.Bref, c’est l’OVNI littéraire de la rentrée.Sous béton casse pour Karoline Georges six ans de silence en publication.Avec La Mue de l’hermaphrodite (Leméac) et surtout Ato-raxie (feu L’Effet pourpre) en 2004, la jeune auteure s’est fait remarquer des critiques et lecteurs.Pourtantl’écriture, pour Karoline (Georges, n’est qu’un outil parmi d’autres.«J’écris, je pense, parce que c’est un des langages qu’on m’a appris, explique l’auteure en entrevue dans un microcafé à deux pas des bureaux du Devoir.Je ne décide pas, comme je ne décide pas de bouger mes mains présentement quand je gesticule en parlant, comme je ne décide pas de parler “québécois.”» Car Karoline Georges est une artiste multi.D’abord photographe, danseuse et enseignante, un grave accident réoriente sa carrière, son corps et sa vision, la ramenant à des études en arts interdisciplinaires.Elle arrive, ensuite, à la littérature.«J’ai toujours écrit La publication?Oui, mais pas tout le temps, précise-t-elle, la pensée vive et hyper-articulée.L’écriture est recherche, journal, laboratoire.Et chaque projet appelle son propre dispositif.» Ce qui donne, pour Ataraxie, un livre «accompagné de huit micropièces électrosonores», pour Repères une installation de vidéos urbains en noir et blanc avec interventions poétiques.Plus loin, Georges utilise la modélisation 3D, fait des minifîlms et du travail de voix.2001 ou L’Âge de cristal Sous béton, lui, est un objet «purement littéraire».On y entend la voix de l’Enfant, celui qui vit avec s,es parents dans une minimale chambre-cellule, dans L’Édifice qui nourrit et tue, pour lequel tous doivent travailler, produire.«J’avais conclu, pense l’Enfant, que nous étions tous orphelins d’un monde qui s’était dissous en énigme à travers la succession de nos naissances silencieuses sous béton.Et quand j’osais demander ce qui allait maintenant survenir, le père savait parfois répondre immédiatement, pour juguler les débordements d’activité de mon cerveau.La seule information fondamentale à planter dans ton abcès de cervelet, c’est que tout est pareil en tout temps: pères, mères, enfants, disait-il.Murs, sièges.Oxygène, nutriments.Ecrans avec même paysage.» PRODUCTIONS AYK Étrange univers.«Depuis une décennie, précise Karoline Georges, j’ai été très impressionnée — au sens photographique du terme, comme Imprégnée” —par la pression médiatique autour de quatre thèmes: la surpopulation, l’extinction massive des espèces animales, l’épuisement des ressources, et les changements climatiques.En parallèle, on vit depuis 100 ans une avancée de la technologie extraordinaire, un déploiement ahurissant des outils.Ces deux idées, avec la destruction de la planète, ce cul-de-sac à moyen terme, j’ai voulu les pousser, les exagérer.Sous béton est aussi nourri de mes lectures des philosophes évolutionnistes du début du XXe siècle, tout de suite après l’hécatombe de la théorie de Darwin, quand tout le monde s’est mis à réfléchir à ce que ça voulait dire, l’évolution.Je pense à Sri Au-robindo, Teilhard de Chardin, ou à Aldous Huxley en fiction plus récente.Certains, comme Aurobindo, cherchent à voir comment la conscience travaille le monde, et croient que la prochaine évolution passera par la conscience.» Georges,a brassé ces gènes, en magma, jusqu’à l’émergence du monstrueux Édifice.Le ravissement Dans Sous béton, comme dans Ataraxie ou dans les vidéos Ean-tasmes post-pornographiques ei Programme d’entraînement à l’usage VOIR PAGE F 2: GEORGES Les romans _____ I de la Grande Noirceur El H Alain Roy Yannick Roy Mathieu Bélisie , Réjean Beaudoin IV A I ^ U\ I Di ^ ^ Michel Biron ^ Guillaume McNeil Arteau Patrick N icol i l'Inconvénient Aussi dans ce numéro David Dorais Gilles Marcotte RéJean Beaudoin Serge Bouchard no 46 Abonnez-vous en ligne www.inconvenient.ca F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2011 LIVRES PRODUCTIONS AYK Karoline Georges, Dame opacifiée, 1993, épreuve argentique 1 L 1! "R?.” II I 11 PRODUCTIONS AYK Karoline Georges, image tirée de Repères, 2011, installation vidéo composée de 17 tableaux, chacun présentant une proposition poétique intégrée à un environnement urbain GEORGES « Écrire est un rendu d’expérience, quelle qu’elle soit : un voyage en Chine, un accouchement.C’est un lieu d’exploration.» SUITE DE LA PAGE E 1 d'une conscience hygiénique, Karoline Georges est obsédée par la sublimation.«Peut-être parce que j'accepte pas vraiment de vivre dans un corps, suggère-t-elle, réellement candide.J'ai toujours été fascinée par la transcendance, par cette idée que l'être humain est transition, que le corps est embryonnaire.L'idée de la sublimation, c'est d'atteindre un niveau plus avancé.C'est dégager un corps subtil d'un corps grossier; se libérer pour atteindre une qualité, une finesse.» Forcément sublime?Uorigine, terre à terre, de ce mal de vouloir être toujours mieux se dévoile, peut-être, beaucoup plus tard dans la conversation.«Tu vois, j'ai des cicatrices, j'ai vécu des accidents assez graves dans ma vie.Le premier, à 19 ans, un face-à-face sur le pont Jacques-Cartier avec un camion, digne de la une du Journal de Montréal.Je sais ce que c'est que la souffrance physique, profondément, et je crois qu'on poursuit dans notre vie des thèmes, un peu comme une forme résilience.» Nourrir la Toile L’Enfant de Sous béton se nourrit de TEdifice qui le loge.vit pour et par lui.Telle Karoline Georges qui se nourrit de ses personnages et de ses livres, y entrent comme dans une chambre, s’y fusionne, les régurgite.«Avant, f avais l'impression qu'un projet de livre était quelque chose d'éthéré, que j'allais perdre si je ne l'écrivais pas tout de suite.Je ne savais pas que je pouvais circuler dans le livre, y faire des pauses, observer pendant des mois ou des années, vivre.Ecrire est un rendu d'expérience, quelle qu'elle soit: un voyage en Chine, un accouchement.C'est un lieu d'exploration.» Et quoi de mieux, comme lieu d’exploration, que la grande création collective qu’est Internet.Karoline Georges a donc fait migrer, histoire de voir, un de ses personnages de roman vers le métavers Second Life.Petit cours de rattrapage pour les archaïques de la Toile: un métavers est un monde virtuel, fictif, bien entendu.Second Life est un de ces métavers, sur Internet, où vous pouvez vivre via votre personnage — votre avatar —, modelé selon vos bons soins et fantasmes.Votre double y rencontre les doubles d’autres, et tout ce beau petit faux monde a sa propre économie, basée sur le Linden, un Linden qui peut bien sûr s’acheter à coups de bons vieux dollars.Second Life «n'est pas un jeu, précise Karoline Georges, car si tu n'y fais rien, il ne se passe rien.C'est une interface, une surface de création collective, la base même de n'importe quelle création.» La narratrice du roman Ataraxie, obsédée de perfection physique et de sublimation, y est devenue, par la grâce de son au-teure, l’avatar Kyrie Source.«Je me suis tout de suite demandé, en plongeant dans Second Life, comment on peut y faire agir et interagir un personnage littéraire.Kyrie Source y cherche les outils pour poursuivre sa quête de sublimation.Je suis allée chercher les créations des designers virtuels, ceux qui dessinent la meilleure peau, les plus beaux cheveux, qui font les meilleures animations pour la gestuelle des avatars.Et les designers ont commencé à s'intéresser à mon travail.La communauté que je fréquente est faite de professionnels du 3D d'une centaine de pays, qui travaillent à rendre mon avatar déplus en plus.sublime, tout simplement.» De ses rencontres, soient-elles virtuelles, de cette «esthétique relationnelle», l’auteure fera un livre, inévitablement illustré.Kyrie Source est un exemple des migrations artistiques de Karoline Georges: du livre à l’Internet au 3D, avec retour vers le livre.Du paralittéraire extrême.Kyrie Source et l’Enfant sont tous deux tissés à leur univers, intrinsèquement relié, comme l’artiste est liée à sa création, dans une osmose, semble-t-il, une symbiose quasi utérine.«La création est quelque chose qui me semble extrêmement proche de la procréation.Ben oui.Qu'est-ce qu'un être humain qui ne saurait pas recevoir les stimuli et les réexprimer par sa nature propre?» Un Enfant, peut-être, parmi ceux qui naissaient «qui apprenait à imiter père et mère, à reproduire les gestes, à penser similaire.!.] Tout était totalement prévisible: la boucle du devenir m'apparaissait tel un noeud d'étranglement.» Le Devoir SOUS BÉTON Karoline Georges Alto Montréal, 2011,170 pages y ledevoir.com Avoir, les videos et le site de Karoline Georges.Sur Culture/Livres il Gaspard“ LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! Vous cherchez.Des palmarès inédits dans pius de 20 catégories?Des statistiques hebdomadaires, mensueiies, annueiles?Des anaiyses sur mesure?Gaspard est pour vous BERNARD ÉMOND Jeudi 8 septembre 19 h 30 Il y a trop d'images Avec : Bernard Émond^ cinéaste Animation : Yvon Rivard, écrivain.IL V A TROP D'IMAGES! Textes epars 1993 2010 LUX POUR EN SAVOIR PLUS, COMMUNIQUEZ AVEC NOUS SANS TARDER.BTLF www.btlf.qc.ca www.gaspardllvres.com 514 288-0991 üdiaulines LIBRAIRIE Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et café-resto 2661 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ Construire ensemble ide un mon de différent LITTERATURE ETRANGERE Tragédie familiale Freedom, le quatrième roman de Jonathan Franzen, plonge au cœur de toutes les contradictions CHRISTIAN DESMEULES Année après année, la quête du «grand roman américain» est l’un des plus persistants fantasmes de la littérature qui s’écrit au sud du 45" parallèle.Celui d’embrasser d’un même souffle l’essence volatile de la société américaine, de divertir ses lecteurs et de mettre le doigt sur l’esprit du temps.Cette fois, l’heure appartient à Jonathan Franzen, né en 1959 dans rillinois, qui tout en s’inspirant de Pyn-chon et Thomas Bern-hard (mais sans faire écho à leurs audaces formelles), revendique aussi pour Ereedom, son quatrième roman, l’héritage littéraire de Tolstoï et Stendhal.Sans le moralisme parfois ostentatoire du premier, mais s’abreuvant un peu au défaitisme amoureux du second, Franzen y convoque avec encore une fois beaucoup de sensibilité la plupart de ses thèmes préférés: la famille, le couple, la société américaine.Le roman s’inscrit largement dans le contexte de la dérive sécuritaire de l’après 11-Sep-tembre et de la guerre en Irak, où le mot «liberté» est devenu à la fois une marque de commerce et un instrument de domination du monde.Des individus égarés s’agitent au sein d’un horizon politique bloqué, tandis que démocrates et républicains se regardent en chiens de faïence à Washington.Si ce roman est obèse — ses 720 pages semblent constituer à elles seules un rappel de l’embonpoint chronique dont souffrent un nombre effarant d’Américains — le nombre de ses personnages, lui, est plus raisonnable.Ereedom s’articule pour l’essentiel autour des Berglund, une famille blanche plutôt moyenne d’Américains installée dans le Midwest.Même canevas que son précédent roman.Les Corrections, salué par un éclatant succès littéraire et commercial il y a neuf ans.Comme c’est souvent le cas, la traduction mode in Erance est un peu terne — jusqu’au titre, qu’on n’a pas osé traduire.Peut-être que le mot «liberté» est devenu trop brûlant dans l’Hexagone?Ou bien trop vide de sens après 200 ans de fétichisation?Va savoir.Un roman en forme de bilan Patty, une ancienne joueuse de basketball universitaire, malaimée d’une famille libérale de la côte Est, a choisi de s’enfermer dans sa belle maison de Saint Paul, au Minnesota, et de se laisser glisser lentement vers la dépression et l’alcoolisme.L’amour aveugle et la patience de Walter, son mari, qu’elle n’a jamais vraiment désiré physiquement, ne suffira pas.Richard Katz, un vieil ami du couple, musicien underground talentueux, leur servira à tous les deux de révélateur.Leurs deux grands enfants presque parfaits, Joey et Melissa, doivent trouver leur chemin.Walter, un avocat écologiste à la conscience habituellement Le roman est traversé d’une question lourde qui résonne longtemps après avoir refermé le livre: comment vivre sa vie?pure, a choisi depuis quelque temps de fiirter avec «le côté obscur de la force» en s’associant avec un milliardaire texan, ami de Dick Cheney et de George W.Bush, qui souhaite créer un trust dédié à la protection de la paruline azurée, une espèce d’oiseau menacée par l’exploitation à ciel ouvert du charbon en Virginie-Occidentale.Les détails, servis à la troisième personne, y sont innombrables, fascinants, écrasants.L’auteur de Ereedom ne semble avoir rien laissé de côté: leurs trajectoires, la genèse de leurs névroses, tout l’engrenage complexe de cette famille (cette «dictature bienveillante») , les rivalités ouvertes ou secrètes qui déterminent la plupart de leurs relations.Oui, «des erreurs furent commises», pour reprendre le titre de l’autobiographie que Patty rédige à la demande de son thérapeute.Comment vivre ?Le roman est traversé d’une question lourde qui résonne long-temps après avoir refermé le livre: comment vivre sa vie?Qu’est-ce que la réussite?Sous la plume de Franzen, le mot «liberté», il faut le dire, prend une tournure plutôt amère.Il est suivi d’un point d’interrogation et s’accompagne d’une inquiétante étrangeté qui poussera, c’est certain, les lecteurs à la réhexion.La comparaison avec le maître de lasnaiâ Poliana, si elle est un peu rapide («Eranzen, le Tolstoï américain»), n’est pas complètement farfelue.Le Walter Berglund de Jonathan Franzen fait par moments penser au Pierre Bézoukhov de La Guerre et la paix.Même volontarisme un peu naïf, même expérience de la trahison.Même difficile apprentissage de la liberté teinté d’un combat moral permanent.Surtout, Ereedom nous force à quelques constats terrifiants.Au sujet des États-Unis, pays composé de ceux «qui avaient fui l'Ancien Monde surpeuplé», dénués de gènes sociables, devenus maîtres dans l’art d’instrumentaliser Iqur névrose post 11-Septembre.À propos de l’amour et du couple, Franzen sonde de main de maître la profondeur du malentendu amoureux — sur lequel peut parfois se fonder toute une existence.On ne connaît pas vraiment ses enfants, nous rappelle-t-il, ni ses parents, encore moins peut-être celui ou celle qui partagent notre vie.On ne se connaît même pas soi-même.En combinant puissance de tir et finesse psychologique, Franzen a fait de cette tragédie familiale une véritable réussite.Son refus du manichéisme fait le reste et l’élève encore un peu plus haut.Collaborateur du Devoir FREEDOM Jonathan Franzen Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Wicke Boréal (en coédition avec les éd.de l’Olivier) Montréal, 2011,720 pages FIF, TAPETTE, MOUMOUNE.Les comportements homophobes de plusieurs garçons sont-ils inévitables ?Pourquoi bon nombre d’entre eux se font-ils les persécuteurs des jeunes gais ou de ceux qui sont soupçonnés de 1 etre ?À partir dentrevues réabsées auprès de garçons adolescents, Janik Bastien Charlebois tente de comprendre ces attitudes d’intolérance et de rejet envers les hommes homosexuels.I FEUILLETAGE EN LIGNE: 2920 QU LA VIRILITE EN JEU Perception de 1 homosexualité masculine par les garçons adolescents AUSSI DISPONIBLE EN FORIVIAT PDF Pour nous appuyer : www.alternatives.ca • 514.982.6606 # SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 F 3 LITTERATURE L’enfant problème â E’ Danielle Laurin ous les romans que je lisais, ^ ^ ¦ j’avais l’impression de les avoir ^ ^ H déjà lus, écrits dans les mêmes mots ou d’autres à peine différents.» Cette remarque, le romancier Patrick Nicol la prête à son personnage d’écrivain dans Les Cheveux mouillés.Justement, c’est frappant.Avec ce livre-là, c’est tout le contraire qui se produit.L’impression de plonger dans un univers singulier.L’impression d’être dans un livre tout à fait atypique.Comme c’était le cas dans La Notaire, dans Nous ne vieillirons pas ensemble ou dans La Blonde de Patrick Nicol, ses trois romans précédents.D’un livre à l’autre — il en a publié sept depuis 1993 — Patrick Nicol déboussole son lecteur.Pour se surprendre lui-même?Il y a bien des thèmes qui reviennent, comme le vieillissement, la perte, la mémoire, l’usure du couple, le fantasme sexuel.On pourrait parler d’une constellation.De la constellation propre à cet écrivain, à son monde romanesque.Il y aussi cette petite musique mélancolique qui traverse ses livres.Une musique toute personnelle.Ce n’est pas si fréquent.On peut penser à Gilles Archambault.Ou encore à l’auteure de Bonjour tristesse,^ dans un tout autre style.A Modiano.A Duras, tiens.Annie Emaux aussi.Un climat, une signature Mais Patrick Nicol, c’est Patrick Nicol.Chaque fois, il installe un climat.Son climat.Porté, en sourdine, par sa musique à lui.Chaque fois, au début, on se dit: bon, il ne se passe rien, ou pas grand-chose.Ça semble décousu.Nous sommes dans la distance, le flottement, la langueur.Dans la retenue, l’économie de mots.Nous sommes dans l’être, plus que dans le paraître, dans le questionnement, le tâtonnement, davantage que dans l’action.Quand même, en filigrane, une tension.Il y a du mystère dans l’air.Et le pire pourrait arriver.Un aspect polar mêlé à tout ça.Ici, dans Les Cheveux mouillés, un enlèvement.Un enlèvement d’enfant.Mais ne précipitons rien.Au centre de l’histoire: un couple.Ils sont dans la cinquantaine, sont ensemble depuis des lunes.On fait connaissance avec l’homme, d’abord, l’écrivain dont je vous ai parlé au début.Sa femme apparaît comme une ombre, elle est là de temps en temps au bout du fil, elle est là dans la pensée de son mari, mais on n’a pas de contact réel avec elle.Pas dans la première partie du roman.On suit l’écrivain, parti donner une conférence à des adolescents dans une école en région.Une conférence sur la littérature japonaise, sa passion.Pas envie de parler de lui, de ses livres à lui, trop pudique.Mais ça tombe à plat, il ne réussit pas à faire lever la salle: l’écart entre ces jeunes et lui semble si grand.On le voit fantasmer sur la jeune professeure.«Elle a à peine trente ans et le sourire qu’elle lui lance, après avoir stationné prestement la voiture, est engageant.» Dans les faits, il sent que son corps le lâche de plus en plus, que mettre en marche la mécanique du désir ne va plus de soi.On le voit tenter des approches du côté d’une ancienne maîtresse.On le voit plonger dans ses souvenirs heureux.Et dans ses souvenirs malheureux, alors qu’il était prêt à tout pour fuir la maison, sa femme, leur enfant.L’enfant, justement.Il est devenu grand.Il est devenu père à son tour.Et le grand-père veut rencontrer son petit-fils.Même chose pour la grand-mère.Ça, c’est l’axe vers lequel tend le récit.C’est le catalyseur.La deuxième partie du roman, de loin la plus forte, la plus enlevante, comme si l’auteur retardait le moment de cracher le morceau, nous plonge surtout dans l’univers de la femme.Qui sort tant bien que mal d’une maladie, non identifiée.Ça ressemble à une grande fatigue.Et ce n’est pas la première fois que ça se produit.Avec elle, on revit l’arrivée de l’enfant dans leur couple.Un enfant terrible, intenable, incontrôlable.Qui l’épuisait.Un petit monstre.Qu’elle se sentait incapable d’aimer.Elle revoit tout: «Ses premiers jours se sont écoulés en un long cri, une incessante plainte qui annihilait toute chance de répit.» Elle se dit: «J’ai été une jeune mère triste et fatiguée.Abattue.» Non, rien à voir avec ce qu’elle avait imaginé.Elle ne y JA I SOURCE LEMEAC Les Cheveux mouillés est le quatrième roman de Patrick Nicol cessait de «mesurer la distance la séparant de ce qu’elle devrait vivre.» Elle se rappelle: toutes les fois où elle a eu l’idée de laisser tomber le bébé, de le noyer?Elle n’a pas oublié, à mesure qu’il grandissait, ses «immenses colères», ses «transes inexpliquées».Toute cette place qu’il prenait, et ce mépris qu’il lui témoignait: «L’enfant apparaissait à Claire comme un ramassis de déchets élaborés à des milliers de kilomètres de chez elle et qui envahissait sa maison pour ensuite la tenir à l’écart.» Un constat d’échec C’est ça, aussi.Les Cheveux mouillés: un questionnement sur la maternité comme devant aller de soi, sur l’amour absolu de ses petits qui ne va pas toujours de soi justement.Et un questionnement sur les cas d’enfants difficiles: comment faire pour les élever sans y perdre sa raison, sa santé?Et son couple?C’est un constat d’échec, dans le cas de cette femme.Et de son mari.Maintenant que le fils est grand, qu’il est parti, ça va mieux.Ils respirent.Vont-ils parvenir à se rapprocher?Comment rattraper les années gâchées?Comment faire face au corps qui vieillit?Cette question, surtout, lancinante: qu’avons-nous fait de nos vies?Et maintenant, ce petit-fils.Qu’ils n’ont vu qu’en photo, qu’ils veulent voir à tout prix, en chair et en os, quitte à agir de façon détournée, condamnable.Cet «appel du sang» qui les prend.Ce désir de câliner un petit, leur petit-enfant, ce désir de lui caresser la tête, de passer la main dans ses cheveux mouillés.Ce besoin de contact charnel, qui leur a tant manqué avec leur bébé.Une façon de se racheter, tout cela?De se racheter à leurs propres yeux, s’entend.Une façon de chasser ce sentiment d’échec, d’impuissance, de honte qui les a désunis, mais aussi qui les a soudés.Mais est-ce seulement possible?Est-ce seulement possible de combler le hiatus entre un enfant bien réel et l’enfant rêvé, entre vie réelle et vie rêvée, pour commencer?Patrick Nicol n’est pas du genre à nous nourrir d’illusions.LES CHEVEUX MOUILLÉS Patrick Nicol Leméac Montréal, 2011,112 pages Patrick Nicol Les cheveux mouillés LITTERATURE ETRANGERE Histoires d’amour et de métissage SUZANNE GIGUERE Le Nouveau Monde étant la source d’inspiration de Maria Rosa Lojo, l’une des grandes voix de la littérature argentine actuelle, les histoires d’amour et de métissage qu’elle raconte sont des adaptations d’authentiques passions amoureuses vécues sous la colonisation espagnole jusqu’à l’indépendance de l’Argentine (1816).Au pays de Borges, durant trois siècles, les codes amoureux des conquérants du Nouveau Monde et des autochtones se sont mélangés.Cette relation charnelle et culturelle fondera les sociétés coloniales hispano-américaines.Dans presque toutes les «amours insolites» de ce livre, les amants plongent — éblouis, épouvantés, ou les deux à la fois — dans la culture et le territoire de «l’Autre».L’asymétrie, l’inégalité caractérise généralement ces amours.Dans ce Nouveau Monde, la censure sociale est prompte à rejeter ce que les normes et les coutumes jugent étrange.D’où ces histoires d’amours et de transgressions, étranges et insolites, entre un commerçant bavarois et la plus gracieuse des danseuses de la cour des Xarayes {Tatouages dans le ciel et sur la terre), un lord anglais et une princesse sans couronne d’une cour créole {Le baron et la princesse), un comte français et un dandy argentin, lequel cherche, même au prix du renoncement et de l’exil, à enlever son masque et à vivre ouvertement son homosexualité {L’Étranger).Tout aussi insolites sont l’histoire du caudillo avec son cheval maure, une relation passionnelle qui n’inclut pas la sexualité mais une sorte de «panérotis-me» cosmique, {Facundo et le maure), et celle de la rencontre d’un instituteur avec une redoutable cavalière lettrée, laquelle mène avec une totale liberté sa vie sexuelle et sentimentale {Le Dans ces récits érudits, Maria Rosa Lojo dépeint des amants que tout sépare maître et la reine des amazones).Quant à L’histoire que Ruy Dtaz n’a pas écrite, elle met en scène l’un des fantasmes les plus craints du conquistador: le métissage.Avant de mourir, Ruy Diaz renoue avec la partie secrète de sa «vraie histoire», à savoir ses racines autochtones.Dans ces récits érudits.Maria Rosa Lojo dépeint des amants que tout sépare: origines sociales, religion, culture, conception de la famille, de l’amour et de l’honneur.Plus grand est l’écart, plus les a-mants défient les us et coutumes.Au final, ce qu’on retiendra de ce recueil merveilleusement écrit et traduit — il suffit de quelques mots et de l’immense talent de l’écrivaine argentine pour nous plonger au cœur de ce maelstrom passionnel — c’est une poétique de l’amour dans la société argentine construite en grande partie grâce aux «amours insolites», aux mélanges et aux alliances des cultures.Il y a des Argentins qui pensent que l’alchimie a échoué, pendant que d’autres continuent de s’interroger sur leur identité, écrit Maria Rosa Lojo dans le prologue de son recueil.Mais elle ajoute que peu importe les différences, les confrontations et les négociations, personne ne peut résister au sentiment le plus universel, l’amour.C’est ce lien invisible, ce vase communicant qu’elle explore dans les quatorze récits de ce recueil traversé de voix anglaises, françaises, allemandes, guaranis, castillanes, basques, galiciennes et portugaises.Collaboratrice du Devoir AMOURS INSOLITES DU NOUVEAU MONDE Maria Rosa Lojo Récits traduits de l’espagnol (Argentine) par André Charland L’Instant même Québec, 2011,248 pages E N BREF Paul-Marie Lapointe à Radio-Canada L’émission Les Chemins de travers, présentée à la radio de Radio-Canada par Serge Bouchard, consacre ce dimanche deux heures à l’écrivain Paul-Marie Lapointe, décédé le 16 août dernier.Au programme, des extraits d’entrevues accordées par le poète dans les années 1960, des lectures et, surtout, une analyse de l’œuvre signée Pierre Nep-veu, ainsi qu’une mise en contexte historique signée Jean-Erançois Nadeau.L’émis- sion est diffusée, comme chaque semaine, à compter de 20 heures.- Le Devoir Les finalistes dn SainRPacôme Trois finalistes sont en lice pour le 10" prix Saint-Pacôme du roman poRder: Guillaume Lapierre-Desnoyers, pour Pour ne pas mourir ce soir (Lévesque éditeur) , Martin Michaud, pour La Chorale du diable (La Goélette), et Johanne Seymour, pour Vanités (libre Expression).Seymour et Michaud ont chacun déjà été finaRstes, sans pourtant connaître les honneurs du prix.Le nom du lauréat 2011 sera annoncé le 24 septembre prochain.Un prix de poésie pour Jean-François Caron Le prix littéraire Poésie 2011 du Salon du livre du Sague- nay-Lac-Saint-Jean a été remis mercredi à Jean-Erançois Caron pour Vers - hurlements et barreaux de lit (La Peuplade).Après avoir été rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voir Saguenay, Caron est passé à l’écriture de fiction.Son roman Nos échoueries (La Peuplade) a remporté l’an dernier, aussi au Salon du livre du Sa-guenay-Lac-Saint-Jean, le prix Jovette-Bernier.- Le Devoir P i^Gaspard“ LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 22 au 28 août 2011 L evesque éditeur félicite Guillaume Lapierre-Desnoyers, finaliste au Prix Saint-Pacôme du roman policier.Pour ne pas mourir ce soir A POIIRM P^SMOLRIR ( V SOIR AUTEUK/ÉDITEUR Romans québécois 1 Mémoires d’un quartier • Tome 9 Antoine, la suite Louise TremblayJl’Essiambre/Guy Saint-Jean -/I 2 Le mois le plus cruel Louise Penny/Flammarion Qc 1/2 3 Ru Kim Thûy/Libre Expression 4/9 4 Double disparition.Une enquête de Maud Graham Chrystine Brouillet/Courte échelle 2H1 5 Dans mes yeux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 3/25 6 Ivresse Catherine McKenzie/Goélette -/I 7 Mémoires d’un quartier • Tome 8 Laura, la suite Louise TremblayD’Essiambre/Guy Saint-Jean 5/11 8 En plein cœur Louise Penny/Flammarion Qc 10/2 9 Les folles années • Tome 4 Eugénie et l’enfant retrouvé Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 7/11 10 Au bord de la rivière • Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 6/18 Romans étrangers 1 Freedom Jonathan Franzen/Boréal -n 2 En votre honneur James Patterson/Lattès 1/3 3 L’étrange voyage de monsieur Daldry Marc Lévy/Robert Laffont 2/16 4 Les neuf dragons.Une enquête de Harry Bosch Michael Connelly/Seuil 4/13 5 La confession John Grisham/Robert Laffont 3/13 6 L’équation africaine Yasmina Khadra/Julliard -n 7 Le cimetière de Prague Umberto Eco/Grasset 5/2 8 Quand reviendras-tu ?Mary Higgins Clarir/Albin Michel 7/14 9 L’appel de l’ange Guillaume Musso/XO -/I 10 L’été sauvage Elin Hilderbrand/Lattès 6/10 '?'Essais québécois 1 L’anxiété.Le cancer de l’âme Louise Reid/JCL 1/2 2 Tmisième millénaire.Bilan final - Chroniques impertinentes Jean-François Lisée/Alain Stanké -n 3 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot | André Noël/Homme 2/44 4 Manifeste pour une école compétente Louise Lafbrtune et al./PUQ -/I 5 II y a trop d’images.Textes épars 1993-2010 Bernard Émond/Lux 4/2 6 la mort.Mieux la comprendre et moins la craindre pour mieux célébrer la vie Richard Béliveau | Denis Gingras/Trécarré -/I 7 À l’ombre du mur.Trajectoires et destin de la génération X Stéphane Kelly/Boréal 3/5 8 Poing à la ligne Normand Lester/Intouchables 8/22 9 101 lettres à un premier ministre.Mais que lit Stephen Harper?Yann Martel/XYZ -n 10 L’état du Québec 2011 Collectif/Boréal -n ?'Essais étrangers 1 Indignez-vous! Stéphane Hessel/Indigène 3/31 2 Notre poison quotidien Marie-Monique Robin/Alain Stanké 4/16 3 Le visage de Dieu Igor Bogdanov | Grichka Bogdanov/J’ai lu -n 4 Les mots de ma vie Bernard Pivot/Albin Michel 1/16 5 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 2H7 6 Tous ruinés dans dix ans?Jacques Attali/LGF 6/7 7 L’étincelle.Révoltes dans les pays arabes Tahar Ben Jelloun/Gallimard 5/2 8 Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?Stephen William Hawking/Odile Jacob 7/2 9 Une brève histoire de l’avenir Jacques Attali/LGF 9/26 10 Le dérèglement du monde.Quand nos civilisations s’épuisent Amin Maalouf/LGF -n vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet © BTIF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2011 LITTERATURE Parution des œuvres complètes d’Agota Kristof L’œuvre de l’écrivaine suisse est une œuvre au noir, marquée par le déracinement, mais aussi par une attente d’amour sans cesse recommencée LISE GAUVIN La publication de Romans, nouvelles, théâtre complet d’Agota Kristof, dans la collection «Opus» du Seuil, une collection prestigieuse qui rappelle celle de «Bouquins» chez Laffont, est un événement en soi.Cet événement prend une importance particulière à la suite du décès de la romancière, survenu le 27 juillet dernier, devenant ainsi le dernier titre pour lequel elle aura donné son accord.L’ensemble de ces textes permet de retracer les grandes articulations d’une œuvre remarquable par son intensité et son pouvoir d’émotion, rendus dans un style apparemment sans effet, constitué de phrases courtes utilisant les mots du quotidien.Un style dont la fausse banalité rappelle celui de Beckett, autre transfuge de sa langue maternelle auquel on a souvent comparé Kristof.lœ narrateur d’une des nouvelles ne déclare-t-il pas: «Il y a un tas de mots que je suis incapable de dire.Par exemple: “passionnant”, “exaltant”, “poétique”, “âme”, “souffrance”, “solitude”, etc.Tout simplement je n’arrive pas à les prononcer.» Ces mots, la romancière en fait le sujet de ses textes tout en les excluant de son vocabulaire.L’œuvre de Kristof est une œuvre au noir, marquée par le déracinement, mais aussi par une attente d’amour sans cesse recommencée.Imaginer le passé La romancière, née en Hongrie en 1935 et immigrée en Suisse en 1956, après l’échec de la révolution dans son pays, a commencé à écrire en français des pièces de théâtre avant de rédiger la trilogie qui l’a rendue célèbre: Le Grand Cahier, La Preuve et Le Troisième Mensonge.Le Grand Cahier raconte la vie de jumeaux dans une ferme durant la guerre, dans un pays qu’on suppose être la Hongrie, alors qu’ils sont recueillis par une femme qu’ils appellent «grand-mère» et que les habitants du village nomment «la sorcière».Mal logés et mal nourris, ils doivent se débrouiller seuls et apprennent vite les pègles élémentaires de survie.À l’âge de quinze ans, l’un d’eux traverse la frontière et va vivre dans un autre pays, laissant l’autre désemparé.La Preuve et Le Troisième Mensonge relatent le retour du jumeau exilé dans la ville de son enfance, à la recherche de son frère.Aussi apprend-on, dans le dernier roman de la trilogie, que ces deux frères ont été séparés dès leur jeune âge et que le «nous» du Grand Cahier est une fiction rédigée par un seul des jumeaux.Les retrouvailles sont difficiles et le frère recherché, comme celui de Jack Waterman dans Volkswagen Blues de Jacques Poulin, feint de ne pas reconnaître l’autre.lœs personnages de Kristof sont traversés par le besoin de retracer les êtres et les lieux de leur enfance.quels que soient les souvenirs douloureux qui leur sont liés.Dans le roman Hier, un homme revoit une compagne de l’école primaire dont ü était amoureux, bien qu’elle soit sa demi-sœur, et à laquelle il ne cesse de rêver.11 la retrouve immigrée comme lui dans un autre pays et tente de renouer avec elle.Si on ne peut revivre le passé, du moins peut-on l’écrire ou l’imaginer, semblent dire à tour de rôle les personnages de Kristof.Presque tous écrivent ou ont le projet de le faire.Leur école étant fermée à cause de la guerre, les jumeaux du Grand Cahier ont avec eux un dictionnaire qui leur sert de maître et grâce auquel ils rédigent chaque jour le récit de leur journée.De façon analogue, Agota Kristof avoue avoir dû apprendre le français lors de son arrivée en Suisse, au moment où elle travaillait dans une usine d’horlogerie, telle une analphabète {L’Analphabète, éditions Zoé, 2004), avec l’aide d’un dictionnaire.lœ narrateur d’Hier, qui écrit lui aussi, dit avoir choisi le travail d’usine «parce que c’est en devenant rien du tout qu’on peut devenir écrivain».Et il ajoute: «Je n’ai pas une très grande culture mais j’ai beaucoup lu et beaucoup écrit.Pour devenir écrivain, il faut seulement écrire.» L’un des personnages de La Preuve est convaincu que «tout être humain est né pour écrire un livre, et rien d’autre».Ces écri- GYULA CZIMBAL AFP L’écrivaine suisse Agota Kristof, décédée le 27 juillet dernier, laisse une œuvre considérable.vains fictifs sont-ils fidèles à la réalité?Quand on pose la question à celui qui avoue être l’auteur du Grand Cahier, dans Le Troisième Mensonge, il répond qu’il essaie de raconter son histoire mais que, lors- qu’elle lui fait trop mal, il choisit d’embellir les choses.Et ainsi de la romancière qui se plaît à brouiller les pistes.Ecrire n’est pourtant pas sans risque: «Je pense que l’écriture me détruira», lit-on encore dans Hier.Les malentendus Les nouvelles de Kristof reprennent les thèmes qui lui sont familiers, mais en moins tragiques et avec un humour teinté de cynisme.Un personnage veut se retirer du monde pour écrire un grand roman.Un autre vit dans l’attente d’une lettre.Un troisième raconte son quotidien sans histoire: «Notre chien est devenu propre.Nous avons acheté des meubles à crédit.De temps en temps, il neige.» Ce sont des nouvelles-tableaux, très courtes, résumant une situation souvent faite de quiproquos.Les pièces de théâtre sont ponctuées de phrases lapidaires et peuplées de «monstres» aisément reconnaissables.Dans ses fictions comme dans son théâtre, Kristof explore avec une précision toute chirurgicale les petits et grands malentendus de l’exil et de l’existence, sachant que, «de toute façon on n’est bien nulle part» et que l’écriture, malgré tout, fait moins mal que la vie, celle-ci étant «la seule chose qui puisse vraiment faire peur».Collaboratrice du Devoir ROMANS, NOUVELLES, THÉÂTRE COMPLET Agota Kristof Seuil, coll.«Opus» Paris, 2011,1037 pages E N BREVE livre imaginé, livre imaginaire À l’Aire libre/Librairie Monet, on présente du 15 septembre au 16 octobre une exposition intitulée Livre imaginé 2.0.Une dizaine d’artistes réunis pour cette occasion s’interrogent «sur notre rapport au livre en remettant en question l’espace narratif et en s’attardant sur le rapport entretenu entre texte et image».La porte-parole de l’événement est Ûse Bissonnet-te, anciepne directrice du Devoir.A compter du 15 septembre, au 433 rue Chabanel.Informations au www.aire-libre.ca - Le Devoir Le riche passé de Montréal Dans son plus récent numéro (été 2QW), Montréal en tête, la revue de la Société historique de Montréal, revient sur la rencontre poétique entre Leonard Cohen et Michel Carneau, en publiant notamment vieNt De paRaitRe Dossier Jeunes voix engagées Numéro 751 • septembre 2011 Les auteurs sont: Anne-Marie Claret, Noémie Delisie, Amélie Descheneau-Guay, Nathalie Guay, Alexandre Leduc, Barbara Legault, Éric Martin, Hélène Matte, Yann Panneton, Maude Prud’homme, Simon Tremblay-Pepin, Marco Veilleux et Alexandre Vidal.À lire aussi: le carnet de Wajdi Mouawad, la chronique littéraire de Suzanne Jacob, une analyse de la crise en Grèce, une critique de la marchandisation de la biodiversité, une controverse sur les impôts des entreprises.Artiste invitée: Véronique Doucet Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an : 35 $ Deux ans : 63 $ À l’étranger (un an) : 33 $ Étudiant : 23 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ [un an) (314) 387-2341 p.226 I relations@qf.qc.ca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 3,30$ +TAXES ARCHIVES LE DEVOIR lise BissoJinette, porte-parole de l’exposition Livre imagitié 2.0 un poème inédit de ce dernier qui évoque l’événement.Sont aussi au programme,un hommage à la féministe Éva Circé-Côté, par Andrée Lévesque, une analyse de l’impact du Point de mire, de René Lévesque, sur la Révolution tranquille, par Pierre Godin, et un petit dossier sur la nécessité d’enseigner notre histoire.-Le Devoir LITTERATURE ERANÇAISE Noirs secrets «Corps sans idées, idées sans corps, les voilà, les fantômes avec lesquels la modernité et ses penseurs auront tout fait pour ne pas avoir à en découdre», affirme l’essayiste Annie Le Brun.Le romancier Michel Schneider en décrypte les ruses et secrets.GUYLAINE MASSOUTRE Psychanalyste autant qu’écri-vain, Michel Schneider, né en 1944, s’est vu récompensé pour Morts Imaginaires (prix Médicis de l’essai) et pour Marilyn, dernières séances (prix Interallié), publiés chez Grasset, que Le Devoir vous a déjà présentés.Quant à Voleurs de mots - Essai sur le plagiat, la psychanalyse et la pensée (Gallimard, 1985), il avait inspiré une série d’écrits sur l’emprunt et la transmission, et les fantômes n’étaient pas loin.En 2007, Schneider polémiquait dans La Confusion des sexes (Flammarion).11 s’attaquait à l’indifférenciation sexuelle, à la politisation de la sexualité et aux préjugés à propos des «genres».‘lui veut une société juste X.^ NUmexo 75 eu nés voix engagées La jeunesse altermondialiste Sortir du modèle entrepreneurial Étudiants et militants Génération sur le qui-vive Paroles féministes aVEAUTES Le carnet de Wajdi Mouawad La chronique littéraire de Suzanne lacob *»TlSTE tNVITtf • «RONIQUeDOlJCn- Oui, je désire un abonnement de NOM an (s), au montant de TÉLÉPHONE ( CODE POSTAL je paie par chèque (à l'ordre de Relations) I___I ou carte de crédit I___I NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE 11 avait ses boucs émissaires, mais aussi un credo dans l’imaginaire: dans l’intime, il trouvait la difficulté d’être un homme.Comme une ombre fait mieux comprendre la fougue de ses écrits: la masculinité peut cacher la grande fragilité de cette construction.L’écrivain y mène Michel et Bernard, ses protagonistes auxquels il donne beaucoup de lui.L’un vit, l’autre est mort; mais ce sont des frères qui se battent encore.La musique des âmes Fantôme: tel est le suicidé qui revient dans la fiction.Musique: tel est le langage de la mémoire, qui ne trouve pas toujours ses mots.Miroir: tel sera le texte qui captera ce fantôme.Schneider écrit bien l’histoire complexe d’une famille disloquée, qui rebondit après une émission de radio.«Ecrire est comme brûler de vieilles lettres.Une combustion lente.Et il y a des retours de passé, comme on dit: des retours de flamme.» Fes drames de la rivalité pèsent lourd sur le destin des deux frères.Michel, anorexique, se venge de la vie dans la musique et sur les mots; Bernard, militaire en Algérie, lui aussi musicien, s’est donné la mort à quarante ans.La femme qui fait remonter au jour les trahisons, les violences et la guerre d’Algérie aide pourtant les regrets à se faire çntendre.A travers des faits, supputés ou vérifiés, et des erreurs incorporées au texte, Michel explore ses propres vides.Schneider tricote ainsi l’involontaire: «On ne devrait pas parler des morts.Ils écoutent, et ça leur donne des idées.Et puis, ils reviennent.Pas seulement eux; quelques vivants aussi, surgis du passé.Ils se sentent seuls, ou veulent quelque chose; peut-être simplement savoir si vous êtes en vie.» Brillante reconstruction d’un cache-cache bien humain.Figures de la nuit Comment ce Michel, qui ressemble à l’auteur, a-t-il grandi?De quoi sa vie résonne-t-elle?Comme une ombre remet en question des hypothèses, propose des rêveries, dit des harcèlements, avoue des crimes.Étonnant, on y parle avec des mots de faussaire, on y accueille le plagiat de tout langage et de toute vie.Ce roman fraternel touchera qui s’y plonge.Écrire y touche la haine, la justice impossible.l’amour aussi.Écrire cette honte, traversée par la vengeance, est pourtant «un crime parfait», celui de ce double qui le hante.Voilà de quoi profite le vivant, l’auteur même, moins une culpabilité que le démontage d’une machine: le mort repasse, pour disparaître, par ce trou fait sur lui-même par le tir d’un fusil.Qui souhaitera approfondir ces paradoxes troublants — nos manœuvres dans la liberté, nos pouvoirs délétères à nous représenter, nos forteresses confuses et les bourbiers exhumés de nos âmes imprévisibles, précieux objets de la littérature — lira Si rien avait une forme, ce serait cela d’Annie Ée Brun (Gallimard, 2011).Spécialiste de Sade, des abîmes et de la subversion, elle y développe la «rationalisation du négatif sous l’idée de Progrès» et la combat.Nulle plume plus stimulante pour lutter contre le désastre, sinon «la splendide obscurité du sursaut» au passage du temps, elle dit «la conscience de l’inhumain qui nous hante».Collaboratrice du Devoir COMME UNE OMBRE Michel Schneider Paris, 2011,330 pages Litinérance mise à nu UN HIVER AU ^ P’TIT HIPPOLYTE % — I Hurtubise ?Jdurtubise www.editionshurtubise.conn ^ LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 F5 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Le sacre de la colère La colère, dit-on, est mauvaise conseillère.Michel Chartrand, pourtant, a suscité l’admiration de nombreux Québécois par ses belles et nécessaires colères.Considérée comme un de^ sept péchés capitaux par l’Eglise, la colère gagne néanmoins Jésus devant les marchands du temple.Qu’en penser, alors?Faut-il croire, comme le poète Henri Michaux, que «celui qui ne connaît pas la colère ne sait rien» ou plutôt, comme Sartre, que «la colère n’est qu’une tentative a-veugle et magique pour simplifier les situations trop complexes»?^ Dans Eclats.Figures de la cçlère, le sociologue Eric Gagnon, conscient du caractère multiforme de cette passion, propose un «voyage dans l’imaginaire de la colère».Son bel essai, érudit mais accessible, se veut autant une histoire de la colère et de ses figures occidentales qu’une philosophie et une sociologie des passions, il montre que, de la Grèce homérique au monde contemporain, en passant par r.^tiquité romaine et le Moyen-Âge chrétien, «la colère est liée à un désir d’absolu (la gloire du héros, la sagesse du philosophe, la grâce du chrétien et maintenant la justice)» et que son étude révèle l’humain.La colère d’Achille, dans L’Iliade, est celle de l’outragé, du prince atteint dans son orgueil parce qu’Agamemnon l’a méprisé devant l’assemblée en lui refusant son butin de guerre.Cette colère est celle d’un homme d’honneur, «dans une société où une certaine agressivité ou ardeur [.] est nécessaire, vitale même, sans laquelle on ne peut tenir ferme au com- Louis CORNELLIER La colère est belle parce qu’elle incarne le courage de dénoncer les injustices et les lâchetés bat, protéger sa cité, demeurer juste aussi et agir selon la raison».Achille, toutefois, comme l’Ajax de Sophocle, perd toute mesure et s’égare dans la violence gratuite.Son égarement a peut-être inspiré les moralistes de l’Antiquité gréco-latine (Sénèque, Plutarque, Cicéron, Marc-Aïuè-le).Ces derniers, en effet, condamnent la colère, qu’ils assimilent à la déraison et à la h-gure du dominé.La colère, écrit Sénèque, est laide et défigure celui qu’elle domine.«Si l’homme en colère devient laid et mécon-f^aissable, explique Eric Gagnon, c’est qu’il ne parvient plus lui-même à discerner le vrai et le juste.Son apparence extérieure est le reflet des bouleversements de son âme.» 11 convient donc de s’entraîner à éviter la colère, notamment en corrigeant ses perceptions.«En changeant la représentation que nous nous faisons du mal et des malheurs, écrit Gagnon pour résumer le point de vue stoïcien, nous pouvons diminuer la souffrance qu’ils nous causent; en prenant conscience qu’ils sont inévitables ou qu’ils ne sont pas un véritable mal, ils vont moins nous affecter et ne nous feront pas dévier de notre route.» Cette démarche a toujours cours dans certaines thérapies ou sagesses contemporaines.Le christianisme médiéval déprécie lui aussi cette passion.Dérèglement de l’âme causé par l’orgueil, la colère est un vice, et celui qu’elle habite, possédé par le mal, en vient à souhaiter du mal à son prochain, donc à offenser Dieu.Pour la combattre, une thérapie ne suffit pas; il faut le secours de la foi dans le combat intérieur contre la vanité et l’orgueil.«L’ascétisme, résume Gagnon, invite à un renoncement à soi plutôt qu’à une appropriation de soi comme chez les Latins.» Ce christianisme moyen-âgeux cultive cependant le paradoxe.«Jamais la colère ne fut si durement condamnée, remarque en effet Gagnon, qu’à l’époque où, paradoxalement, la fureur de Dieu fut la plus sévère et la plus impitoyable.» Les Lumières et le romantisme réhabiliteront les passions.Jean-Jacques Rousseau, qui participe aux premières et annonce le second, chante la colère.«La vérité est au-dedans et le mensonge au dehors, et c’est dans l’opposition solitaire au monde que l’intégrité se mesure, explique Gagnon.Ici, comme sur bien d’autres questions d’ailleurs, Rousseau anticipe sur notre époque.» La colère est belle parce qu’elle incarne le courage de dénoncer les injustices et les lâchetés.C’est celle du polémiste Karl Kraus, de Michel Chartrand, de Léo-Paul Lauzon.C’est une colère politique, liée à la société moderne «qui autorise le débat et l’opposition, qui accepte le conflit» et qui valorise la subjectivité.Le Christ colérique du temple, dont s’inspirent Chartrand et Lauzon, l’annonçait déjà.«La colère de Jésus, écrit Gagnon, est la figure même de la colère du juste: un homme seul face au pouvoir, qui n’a que les mots pour s’opposer à la violence, et prenant tous les risques pour dénoncer le mensonge et la corruption.» Ni éloge ni condamnation de la colère, le riche essai littéraire et philosophique d’Eric Gagnon explore avec finesse ce que cette passion multiple révèle de l’être humain.Le voyage est captivant.Le Québec et l’hostie Au Québec, l’expression «être en colère» peut se tra- duire par la formule populaire «être en hostie».Âu début des années 1980, une enquête démontrait qu’«hostie» était le sacre favori des jeunes femmes et de tous les hommes.Le théologien protestant Qlivier Bauer, notamment auteur A’Une théologie du Canadien de Montréal (Bayard, 2011), note ces particularités québécoises, et bien d’autres, dans L’Hostie, une passion québécoise, un essai mi-sérieux mi-badin consacré à l’histoire du pain consacré en nos terres.Depuis le 7 septembre 1535, date de la première Eucharistie célébrée à file aux Coudres par l’équipage de Jacques Cartier, l’hostie est au cœur de notre histoire.En Nouvelle-France, elle a ses mystiques et on lui attribue des miracles.Après la Conquête, les Anglais l’attaquent en tentant d’imposer le «serment du test», qui nie la transsubstantiation, et en la profanant lors deç rébellions de 1837-1838.L’Eglise, pourtant, soutiendra «les autorités blasphématrices».Au XX® siècle, l’hostie se fait aussi juron et, dans sa version non consacrée, aliment.Conviendrait-il, compte tenu de cette passion soutenue, de faire de l’hostie «le premier élément du patrimoine immatériel du Québec»^ Bauer, en bon professeur mutin, en fait la proposition.louisco@sympatico.ca ÉCLATS.FIGURES DE LA COLÈRE Éric Gagnon L’HOSTIE, UNE PASSION QUÉBÉCOISE Olivier Bauer Dber Montréal, 2011, respectivement 118 et 84 pages HISTOIRE Notre radio et le son du théâtre MICHEL LAPIERRE On entend la respiration, les pas d’un marathonien qui court et son monologue intérieur: «Le vieux Marvaux n’est pas fini.Il y ace doux soleil qui peint des midis d’or devant mes yeux.» Le bruit d’une locomotive se change en paroles de femme jalouse: «Marié.marié.marié.» Marvaux répond: «Je suis marié.et alors?» Moteur d’hélicoptère.«Je monte.je viens de mourir», dit-il sans sa nièce de 17 ans dans les bras.Ces passages du Coureur de marathon, de Claude Gauvreau, dramatique diffusée en 1951 sur les ondes de CBE et dont on retrouve le texte dans Ecrits du Canada français (1958), permettent de saisir un art neuf mais vite dépassé après l’avènement de la télévision.Renée Le-gris le décrit avec érudition et nostalgie dans son Histoire des genres dramatiques à la radio québécoise (1923-2008).La chercheuse assimile cet art au «langage des bruits», cher RENÉfc I.IiGRrS K 1 HISTOIRE DES GENRES DRAMATIQUES À LA RADIO QUÉBÉCOISE Sketch, radioroman, radiotheâtre 1923-2008 ^ Septentrion au Français Pierre Schaeffer (1910-1995), musicien d’avant-garde et ingénieru du son.Elle témoigne d’une grande hnesse en donnant l’exemple du Coureur de marathon, lorsqu’on sait que Marvaux, conscient d’avoir une lésion au cœur, court quand même et que des voix intérieures lui font accepter la mort comme une délivrance.Résonnent la voix de sa fem- me jalouse, celle d’un notaire, vite changée en aboiements, celle de sa nièce qui lui réclame de l’argent en lui apprenant qu’elle est amoureuse d’un jeune homme qu’elle veut épouser, les pas des autres coureurs transformés en piétinements de buffles.Les sons, avec l’énergie du désespoir, tentent de dépeindre le drame en l’intériorisant, mieux que ne saurait le faire l’image.Dans Les Hautes Pierres (1960), dYves Thériault, la respiration haletante d’un homme illustre la première scène et brise les tabous en suggérant, comme le précise l’historienne de notre dramaturgie radiophonique, «la rencontre de deux amants dans une expérience de coït».Le son inusité qui s’accélère annonce l’affrontement entre un village replié sur lui-même et celui qui, par la séduction d’une femme, secoue le monde rural avant de se jeter dans le vide pour échapper au lynchage.La parole nue a aussi sa place.Dans Les Cartes de crédit (1973), de Jacques Ferron, àun truand qui, par de fausses cartes bancaires, veut hnancer la lutte pour l’indépendance du Québec, un médecin, ressemblant à l’auteur, déclare: «Il n’y a pas de révolution à faire, il n’y a que des révolutions faites.» C’est dire qu’il faut laisser croître la liberté déjà semée.Parallèlement à la télé qui assuma la dimension théâtrale de la radio au point où CBE hnira par éliminer les dramatiques de sa programmation, la Révolution tranquille ht du Québec la terre à redéhnir et à moderniser que Ferron avait la clairvoyance d’imaginer.Si sublime fût-il, pourquoi le son aurait-il eu à craindre, comme le sous-entend Renée Legris, la nouveauté de l’image?Collaborateur du Devoir HISTOIRE DES GENRES DRAMATIQUES À LA RADIO QUÉBÉCOISE Renée Legris Septentrion POLITIQUE Dans le tirant de Kadhafi Dans le tirant de la hn du régime Kadhah, des livres essayent de prohter de la va^e.Des livres consacrés au régime du colonel paraissent en vitesse.Objets plus ou moins joiunalis-tiques.Us ont au moins le mérite de donner plus de renseignements sur ce régime que n’en apporte la lecture des seules dépêches quotidiennes sur l’avancée des rebelles, la découverte de charniers, le nombre de morts, bref sur le paysage attendu que constitue le décor d’une guerre.Anatomie d’un tyran, Mouammar Kadhafi présente r«enfant terrible du nationalisme arabe».Dans cet essai, l’essayiste et romancier libanais Aleandre Najjar, responsable de L’Orient littéraire, le supplément consacré aux livres du jorunal L’Orient-Le Jour, présente un portrait à grands traits du «Guide de la révolution».Une reconstitution de l’itinéraire de Kadhafi certes, mais une biographie qui n’en est pas une.Dans Au cœur de la Lybie de Kadhafi, Patrick Haimzadeh offre un portrait de la Lybie au-delà du simple portrait du colonel déchu.Patrick Haimzadeh est un ancien officier de l’air et aussi un diplomate qui fut un temps en poste à Tripoli.De ce pays qu’il a connu de près, il présente une analyse des structures et des djmamiques en place, lesquelles ne risquent pas de disparaître tout à fait du jour au lendemain.Il met à profit dans ce livre une longue suite d’entretiens avec des Lybiens de divers horizons.Le Devoir ANATOMIE D’UN TYRAN, MOUAMMAR KADHAFI Alexandre Najjar Actes Sud/L’Orient des livres Arles, 2011,254 pages AU CŒUR DE LA LYBIE DE KADHAFIE, Patrick Haimzadeh JC Lattès Paris, 2011,186 pages ALEXANDRE NAJJAR ANATOMIE D’UN TYRAN n/IOUAn/IMARHADHAn lUili-iuini Julien Prud’homme L’histoire de cinq professions pour comprendre le système de santé québécois.1 / > r Professions à part entière Histoire des ergothérapeutes, orthophonistes, phyf^iothérapeutes.psjvhologues et trawiUeujes sociales au Québec Julien PeuD'hOumE L«s Presses de f U Diversité de Montréal Simon Jolivet La part irlandaise de l’identité québécoise.Le vert et le bleu Identité québécoise et identité irlandaise au tournant du xx^ siècle Simon Jolivet Les Presses de l'Université de Montréal Othmar Keel Une critique nécessaire d’un des fondements de la médecine moderne.LA MEDECINE DES PREUVES Une histoire de l’expérimentation thérapeutique par essais cliniques contrôlés Othmar Keel / ri ællM Pierre Bonnechere Quel est le rôle, dans la Cité, des chercheurs, des intellectuels, des universitaires en général et des historiens en particulier?Pierre Bonnechere Profession Les Presses de l'Université de Montréal Aude Jimenez et Jamal-Eddine Tadlaoui Un programme en 12 semaines pour réussir votre rentrée ! Aude Jimenez • Jamal-Eddine Tadlaoui GUIDE MÉTHODOLOGIQUE UNIVERSITAIRE Un programme en 12 semaines 1^0 !s Presses de l'Université de Montréal Les livres des PUM maintenant disponibles en version numérique sur le site Web www.pum.umontreaLca .1 ., .Université rlh Les Presses de l Umversite de Montreal de Montréal F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 SEPTEMBRE 2011 ESSAIS L’appel au monde du dalaï-lama Un nouveau livre reprend les discours prononcés chaque année depuis 1961, dans l’intention de faire connaître les conséquences dramatiques de l’occupation chinoise du Tihet.Le dalaï-lama sera présent à Montréal cette semaine.GEORGES LEROUX Certains livres vous brûlent les mains, leur lecture vous met en face de vérités si éprouvantes, d’injustices si cruelles qu’on se demande comment ceux qui les écrivent ont pu trouver la sérénité pour le faire.Exceptionnel à plus d’un titre, le dernier livre du dalaï-lama est de ceux-là.D’abord parce que, le 14 mars dernier, le quatorzième dalaï-lama a annoncé son retrait de son engagement politique public à titre de chef du gouvernement tibétain en exil.A cette occasion, il a évoqué la possibilité que la fonction du dalaï-lama s’arrête avec lui, une déclaration qui fait écho à la création en 2001 de l’assemblée élue du Kalon Tripa, maintenant dirigée par celui qui peut être considéré comme son successeur temporel, Lobsang Sangay.Cette situation, où plusieurs voient d’abord une évolution importante vers la démocratisation de l’institution lamaïque.CHRISTINNE MUSCHI REUTERS Le dalaï-lama lors de sa dernière visite à Montréal, en octobre 2009 confère un relief particulier à son dernier livre, qui a été rédigé en collaboration avec Sofia Stril-Rever et qui peut être interprété comme son testament politique.On y trouve en effet la série, à tous égards dramatique, des discours du dalaï-lama, prononcés le 10 mars de chaque année depuis 1961 à l’intention du peuple tibétain et de la communauté des nations.Brefs, ces discours reprennent les éléments déterminants de l’année, à la fois pour tout ce qui concerne l’occupation chinoise en place depuis 1959 et pour la diplomatie internationale.Ces deux registres demeurent indissociables et chaque discours montre une aggravation de la situation résultant de l’ensemble des mesures de sinisation du peuple tibétain, tout en déplorant l’ambiguïté constante de l’attitude internationale, partagée entre une condamnation morale de l’occupation et une paralysie concrète devant la puissance du gouvernement de Pékin.Les discours sont richement commentés par Sofia Stril-Rever, une nonne bouddhiste, spécialiste de sanskrit et cofondatrice, avec Sunjang Rin-poché, de l’organisme Tibet Compassion International.Une autre approche de la cause tibétaine A la lecture de cette chronique tragique, détaillant les exactions de toute nature — notamment la destruction des temples et des objets sacrés, la militarisation croissante de l’occupation, sujets pleinement documentés dans une littérature abondante et fiable, par exemple dans un livre récent dirigé par Françoise Robin, de l’Institut national des r,.« S JACKY CHEN REUTERS Malgré les exactions du gouvernement chinois, le bouddhisme tibétain résiste.Sur la photo, un moine boudhiste se tient entre les fidèles et un thangka (broderie religieuse) géant déployé au début de cette semaine au monastère de Drepung, près de Lhasa, dans la Région autonome du Tibet.langues orientales de Paris — on ne peut que s’inquiéter de la déclaration du dalaï-lama, lors de l’annonce de son retrait.Lui qui a réussi, pendant toutes ces années d’un exil douloureux en Inde, à convaincre la jeunesse tibétaine de ne pas sombrer dans le désespoir, comme chacun de ces discours y exhorte au fil des ans, ne peut désormais éviter d’évoquer l’achèvement de la sinisation du Tibet au cours de la prochaine décennie.Parmi la centaine d’ouvrages écrits par le dalaï-lama, cet pel au monde se signale pour une seconde raison.S’il vient clore politiquement le discours public du dalaï-lama, il n’en contient pas moins, justement par la constance de son appel à la conscience des nations, le ferment d’une autre approche de la cause tibétaine.On ne peut douter que les représentants de la Kalon Tripa devront continuer de négocier avec les À la communauté internationale, le bouddhisme tibétain donne, à travers son institution même.Le bouddhisme tibétain donne, à travers son institution même, l’exemple de la rigueur et de la recherche non violente de la justice autorités chinoises, comme Lobsang Sangay le déclarait dans un entretien récent {Le Monde, 29 avril), mais on ne peut douter non plus que, malgré la destruction des temples et la rééducation forcée des moines, le bouddhisme tibétain résiste et développe, pour le peuple tibétain autant que pour le monde entier, une nouvelle éthique de résistance non violente, enracinée dans la grande tradition du lamaïsme.l’exemple de la rigueur et de la recherche non violente de la justice.Sans les sources spirituelles du bouddhisme, cette non-violence serait-elle possible?On mesurera toute la profondeur de cet enracinement en lisant l’essai de Rico lyer, qui propose un portrait spirituel du dalaï-lama.Cet Appel au monde ne peut qu’inspirer respect et admiration, tant la réclamation d’un espoir supérieur demepre, en dépit de tout, vivante.A l’invitation de la Deuxième Conférence mondiale sur les reli- gions du monde après le 11 septembre, dont le thème cette année est celui de la paix par les religions, le dalaï-lama prononcera la, conférence inaugurale, «L’Ethique et la paix», le 7 septembre prochain au Palais des congrès, à Montréal.Organisée par l’Université McGill et l’Université de Montréal, cette importante rencontre réunira, autour du dalaï-lama, Mme Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, et plusieurs représentants des grandes religions, notamment Gregory Baum, Deepak Chopra, Tariq Ramadan, Robert Thurman.Dans l’après-midi, le dalaï-lama donnera un enseignement au stade Jarry.Collaborateur du Devoir APPEL AU MONDE Discours du 10 mars, 1961-2010 Dalaï-Lama Traduits, édités et commentés par Sofia Stril-Rever Editions du Seuil Paris, 2011,356 pages Le site Internet de ce livre offre une documentation complémentaire importante, wwmappelau-monde.com LES CHEMINS DU DALAÏ-LAMA Portrait intime d’un homme ET DE SON DESTIN Pico lyer Paris, Albin Michel, 288 pages CLICHÉS TIBÉTAINS Idées reçues SUR LE Toit du monde Françoise Robin (sous la dir.de) Le Cavalier Bleu Paris, 2011,169 pages ¦ Pour la conférence de Montréal, voir le site www.gcwr-2011.org/program.htm.HISTOIRE La pénible gestation du Québec moderne MICHEL LAPIERRE En 1933, à Montréal, en réponse au rassemblement organisé pour protester contre les premières persécutions infligées aux Juifs par les nazis, des nationalistes canadiens-français tiennent une réunion publique.Président de Jeune-Canada, Pierre Dansereau, futur écologiste réputé, s’y indigne qu’on donne plus d’importance à la «supposée persécution en Allemagne d’une «ploutocratie» qu’aux minorités francophones de l’Ouest canadien! Un tel nationalisme, par ses comparaisons absurdes, ses insinuations antisémites, restait étranger aux idées avancées, encore trop rares même à l’échelle du globe.Il faut avoir ce phénomène en tête pour apprécier La Modernité au Qué- bec, d’Yvan Lamonde, riche synthèse de la lente et difficile évolution des idées chez nous.L’historien vient d’en publier le premier tome: La Crise de l’homme et de l’esprit (1929-1939).Lorsqu’on trouve, parmi les nationalistes dont Lamonde cite les propos, des hommes aussi brillants que Pierre Dansereau et André Laurendeau, capables plus tard d’heureuses transformations, on se figure la terrible étroitesse intellectuelle de notre milieu en 1933.Laurendeau, fondateur, comme Dansereau, de Jeune-Canada, eut beau se dissocier de l’antisémitisme, il blâma des libéraux ca-nadiens-français, tel Raoul Dan- Une riche synthèse de la lente et difficile évolution des idées chez nous durand, de sympathiser avec les Juifs, qu’il traita «immigrés inassimüés et inassimilables».Curieusement, la condamnation la plus percutante de cette attitude vint d’Henri Bourassa.En 1935, le fondateur du Devoir déconcerta les nationalistes, dont il avait été l’inspirateur avant que Lionel Groulx ne lui ravît ce rôle, en résumant leur doctrine par deux cris caustiques: «Vlimeux d’Irlandais!» et «Maudits JuiJsI».Même s’ü ne cite pas ces mots, Lamonde souligne de manière pertinente que Bourassa recommanda la lecture de Primauté du spirituel, de Jacques Maritain.Ce philosophe français y repousse, au nom du catholicisme, le natio- Les années 1960 au Québec revues et expliquées.PENSÉE POSTCOLONIALE ET MILITANTISME POLITIQUE À MONTRÉAL, 1963-1972 Hurtubise Histoire CAHIERS nu ?Hurtubise nalisme néopaïen de Maurras, l’un des guides de l’extrême droite européenne, penseur dont l’influence, diffuse mais réelle, se frit alors sentir au Québec chez nombre d’intellectuels.Laurendeau et Saint-Denys Garneau Pendant son séjour en Europe (1935-1937), Laurendeau a un contact vivant, non plus livresque, avec l’aile marchante du catholicisme français, celle qu’incarnent Maritain et Emmanuel Mounier, le fondateur du personnalisme et de la revue Esprit.Le jeune Montréalais s’aperçoit que le mot «nationalisme» a, dans les sphères parisiennes.même pour la droite modérée, un sens suspect, proche de la rhétorique fasciste ou fascisante.Lamonde a le mérite de placer le journaliste Laurendeau et le poète Saint-Denys Garneau, grand ami de celui-ci, au centre de son livre.En présentant en 1936 le Canada français dans la revue parisienne Etudes, Laurendeau ne craint pas de souligner qu’il s’agit ôé«un pays d’Amérique».Pour lui, l’heure n’est plus à l’imitation servile et déphasée de la France, en particulier de la droite hexagonale.Quant à Garneau, il affirme, en 1938, que notre identité trouve son originalité dans un rapport avec «l’universel».Selon lui, notre culture, déjà singulière, n’a pas, par un effort trop conscient, à tendre «au national, comme le veulent nos nationalistes».Notre extrême pauvreté, «intérieure, ontologique», que (jarneau évoque avec une intensité unique, appelle une révolution qui n’éclatera qu’une vingtaine d’années plus tard.Collaborateur du Devoir LA MODERNITÉ AU QUÉBEC Tome 1 Yvan Lamonde Fides Montréal, 2011,336 pages Novalis rend hommage à un de ses grands auteurs Jean Monbourquette 1933-2011 - Une liturgie de la Parole aura lieu à l’église Saint-Pierre-Apôtre à Montréal 1201, rue de la Visitation le samedi 3 septembre à 19 h 30 Û NOVALIS
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