Le devoir, 10 septembre 2011, Cahier A
Lutte antiterroriste ; les droits civils sont toujours malmenés au Canada Page A 9 Les événements du 11-Septembre ont nourri le catastrophisme Page A 11 L’éditorial Devant l’horreur de Bernard du drame, Descôteaux : Après l’économie Bush et Ben Laden mondiale a vacillé Page B 4 Page C1 www.ledevoir.corn LE DEVOIR Vol.CII N“205 LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 SEPTEMBRE 2 0 1 1 2 , 6 3 I + T a x e s = 2 , 9 9 LA DECENNIE DU 11-SEPTEMBRE! La fin de I’insouciance La décennie américaine a commencé le matin du 11 septembre 2001 à 8h43 quand le vol n° 11 d’American Airlines a frappé la tour nord du World Trade Center.Elle pourrait avoir pris fin avec l’assassinat d’Oussama ben Laden, le 2 mai dernier dans une maison fortifiée d’Abbottabad, au Pakistan.Que non! La décennie fut bien trop chargée pour la juger achevée.Comme si, dix ans plus tard, elle ne faisait que débuter.S ¦«éé" .* TVitrliJ* î «.GUY TAILLEFER New Dehli — Ken Goodman est professeur d’éthique en santé à l’Université de Miami — un homme qui a plutôt tendance à mettre l’accent sur la part progressiste des Américains: «Les Américains sont plutôt résilients quand il faut qu’ils le soient.Mais, parfois, l’amnésie et la complaisance passent pour de la résilience, précise-t-il.La jeunesse améri- caine a déjà cru qu’il était de son devoir moral de manifester contre la guerre et l’extrémisme de droite américain — mais elle reste aujourd’hui silencieuse.» Alors qu’ils commémorent en fin de semaine le dbdème anniversaire des attentats du 11-Sep-tembre, les Américains sont dans un état de grande fatigue collective, estime M.Goodman.L’aigle a du plomb dans l’aile.11 en aurait sans doute moins si les Dick Cheney et Donald Rumsfeld n’avaient pas commis l’erreur monumentale de partir en guerre contre Saddam Hussein en mars 2003, renchérit Raja Mohan, expert en affaires internationales au Centre for Policy Research, un influent think-tank de New Dehli.«Cette guerredà et celle qu’ils ont menée en Afghanistan — sans garantie de succès, par ailleurs — ont grevé économiquement les Etats-Unis.Rus la catastrophe financière, bancaire et immobilière qui a commencé en 2008.Plus, en parallèle, la montée fulgurante et agressive de la Chine et, poli- AGENCE ERANCE-PRESSE tiquement, le printemps arabe au Proche-Orient.Le croisement de toutes ces dynamiques est en train de redessiner la carte du monde.» Comment le «reste du monde» voit-il les Etats-Unis, dix ans après?«Quand s’est produit le 11-Septembre, les inquiétudes étaient toutes à leur unilatéralisme et à leur puissance militaire, souligne Mohan.L’intervention en Afghanistan a VOIR PAGE A 12: INSOUCIANCE PEDRO RUIZ LE DEVOIR théâtre Drames de princesses en série ¦ Cahier Culture Qnestions de vie et de mort ¦ Cahier Livres INDEX Actualités.A 2 Annonces.C 10 Avis pubiics.C 9 Bourse.C 2 Carrières.C 6 Décès.C 10 Economie.Cl Éditorial.B 4 Idées .B 5 Monde.C 8 Mots croisés.D 5 Météo.C 4 Perspectives.C 1 Rencontres.D 4 Sports.C 10 Sudoku.C 7 L’intelligence des stars George Clooney et Brad Pitt au lancement de leurs nouveaux films au 36® Festival du film de Toronto ODILE TREMBLAY Le Devoir à Toronto Ici, devant le nombre imposant de vedettes au pouce carré, on se ramasse aux premières loges pour assister au culte du star-system comme à ses dérives.Edifiant spectacle! Que vous vous appeliez Brad Pitt ou George Clooney, il y a toujours en conférence de presse un toto ou une nonote, accrédités pur journaliste, pour poser des questions soit personnelles, soit sur le fait d’être une star et de signer des autographes.Or, ces deux acteurs américains, aux nombreuses années de carrière dans le sillage, n’en peuvent plus de répondre à de pareilles conneries.Hier George Clooney, venu rencontrer les médias pour présenter son film The Ides of March, qu’il a réalisé et dans lequel il tient le rôle principal du politicien cynique, s’est vu interpeller ainsi: Il y a toujours un toto ou une nonote pour poser une question sur le fait de signer des autographes VOIR PAGE A 12: STARS George Clooney lors de sa conférence de hier à Toronto.REUTERS presse Entre Bono, Freud et course aux Oscar, à lire en page Cil Etudes de l’Office DE LA LANGUE FRANÇAISE Le français perd toujours du terrain à Montréal MÉTISSA GUILLEMETTE Une nouvelle étude commandée par l’Office québécois de la langue française confirme que moins de la moitié des Montréalais parleront le français à la maison au cours des prochaines décennies, im phénomène qui s’étendra tranquillement à la banlieue de la métropole.Selon les prévisions faites à partir des données du recensement de 2006, le poids démographique des locuteurs francophones à la maison passera de 54 % à 47,5 % dans la métropole d’ici 2031, tandis que celui des anglophones chutera de 25 % à 23 %.Ce sont les allophones qui connaîtront une hausse en raison de l’immigration: de 21 % à 30 %, selon le démographe et président du Comité de suivi de la situation linguistique, Marc Termote.Le Québec recevra au cours des trois prochaines VOIR PAGE A 12: FRANÇAIS «Les tendances sont très loiu-des, on ne peut pas s’attendre à des changements majeurs» Correction de votre vision par le laser.Même après 40 ans.Frédéric a choisi IRIS pour la correction de sa vision par le laser.Voir de près et de loin sons lunettes.Consultez un professionnel 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afhliées au NPD, qui contrôlaient 25 % du vote lors de la dernière course au leadership.Ce sera un membre, un vote.Le congrès à la chefferie se déroulera à Toronto, ville où Jack Layton a passé toute sa carrière politique.Le conseil a par contre annoncé que le prochain congrès bisannuel du NPD se déroulera au Québec en 2013, un incontournable pour refléter l’importance du caucus québécois au sein du caucus national néodémocrate.Les candidats devront payer des frais d’enregistrement de 15 000 $ pour s’inscrire à la course (contre 7500 $ en 2003), et ne pas dépenser plus de 500 000 $ — le même montant qu’il y a huit ans.Ce sont des sommes substantiellement plus modestes que celles exigées et permises lors de la course à la direction du Parti libéral du Canada, en 2006, alors que chaque candidat devait payer 50 000 $ et pouvait dépenser jusqu’à 3,4 millions.Résultats: sept des 11 candidats à la course à la chefferie libérale traînent encore les dettes de cette campagne, cinq ans plus tard.Or, la loi électorale prévoit que toute dépense d’une campagne à la direction doit être financée par des dons de particuliers, qui ne peuvent fournir plus de 1100 $ pour l’ensemble d’une campagne.Les dettes traînées par les ex-candidats libéraux et l’obligation qu’ils ont de continuer à solliciter des dons pour les rembourser diluent ainsi leur capacité de mener des campagnes de bnancement pour le Parti libéral.Au NPD, on affirme avoir tenu compte de l’exemple libéral avant d’édicter les règles de la course à la succession de M.Layton.«Toutes les expé- «Nous pensons avoir trouvé des règles justes et transparentes» riences passées ont été prises en considération, a indiqué la se-crétaire-trésorière du NPD, Rebecca Blaikie.Mais nous pensons avoir trouvé des règles justes et transparentes.» Concernant le coût d’inscription à la course, Mme Blaikie estime qu’il est assez élevé pour éviter les candidatures fantasques, tout en étant assez abordable pour ne pas éliminer de bons candidats.«Il y a un bon équilibre, a-t-elle dit.Quinze mille dollars, c’est un montant important [qui va être déboursé par] des gens qui prennent au sérieux l’enjeu et qui vont mener une campagne sérieuse», croit-elle.Le plafond d’un demi-million est là pour refléter les changements apportés à la loi électorale par les conservateurs en 2006, a ajouté Mme Blaikie.Avant ces modifications, les courses pouvaient être financées par des dons allant jusqu’à 5400 $.Nouveaux membres Le NPD compte actuellement 86 500 membres à travers le pays, dont un peu moins de 3000 au Québec.Dans ce contexte, la campagne de recrutement de nouveaux membres au Québec constituera une priorité pour le parti, affirme la direction, consciente de l’écart important entre le poids du caucus québécois et la modestie de la section-Québec du NPD.Selon Mme Blaikie, les cinq mois de recrutement qui s’amorcent proposent «un juste équilibre entre la nécessité de donner au parti le temps d’avancer et celle de s’assurer d’avoir un nouveau chef en poste le plus tôt possible.» En 2003, le NPD avait recruté près de 24 000 membres lors d’une course qui avait duré elle aussi environ six mois.Dans sa lettre-testament, Jack Layton avait d’ailleurs demandé que ce calendrier soit respecté.La décision de tenir le congrès à la chefferie en mars devrait ainsi satisfaire Thomas Mulcair, qui avait indiqué qu’il laisserait passer son tour si la course se tenait trop tôt.Une autre candidate ouvertement intéressée à se lancer dans la course, la députée Peggy Nash, s’est quant à elle dite «satisfaite» des décisions du conseil fédéral.«Ce sont des règles qui vont permettre un bon débat et l’ajout de nombreux nouveaux membres, tout en évitant une situation comme celle vécue par les libéraux», a-t-elle indiqué au Devoir.Les inscriptions débuteront le 15 septembre, dernier jour du caucus que tiendra le NPD la semaine prochaine à Québec.Le Devoir Amphithéâtre de Québec Les coûts de contruction seront respectés, croit Michelle Courchesne ALEXANDRE ROBILLARD Saint-Alexis-des-Monts — La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, est persuadée que les coûts de construction de l’amphithéâtre de Québec seront respectés, même si l’estimation actuelle comporte une marge d’erreur de 75 %.Mme Courchesne a rappelé hier que des analyses sont en cours abn de préciser les coûts de l’édifice, fixés de manière préliminaire à 400 millions.«On ne craint pas de dépassements de coûts, on fait les analyses requises», a-t-elle dit lors d’un point de presse précédant une réunion du caucus libéral.En dévoilant mardi son contrat final avec le conglomérat Québécor, qui gérera l’édibce, le maire de Québec, Régis Labeaume, a affirmé que cette entente est conditionnelle au respect des coûts.Les documents indiquent que la Ville a la possibilité de résilier l’entente dans le cas où il devient évident, au 31 mars 2012, que le budget estimé pour la conception et la construction de l’amphithéâtre serait dépassé de façon notable.M.Labeaume a refusé de fixer un seuil à ne pas dépasser, tout comme Mme Courchesne hier.Le gouvernement a promis de payer 50 % de la facture, jusqu’à un maximum de 200 millions, tandis que la Ville de Québec doit régler le reste de la facture.Le p.-d.g.d’investissement Québec, Normand Bergeron, a afbrmé en septembre 2010 que les coûts de l’amphithéâtre, tels qu’estimés de manière préliminaire par la brme SNC-Lavalin, comportaient une marge d’erreur de 75 %.La Presse canadienne E N BREF 3 enirs, k Les Canadiens pen emballés par nne fnsion NPD-PLC Qttawa — L’éventualité d’une fusion entre le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral du Canada est accueillie froidement par les électeurs canadiens, suggère un nouveau sondage.L’étude commandée par La Presse canadienne et réalisée par Harris-Décima conclut qu’une forte majorité de répondants s’opposent à une telle fu- sion.Un peu plus de 1000 personnes ont répondu aux questions du sondeur.Soixante-trois pour cent d’entre eux étaient opposés à la fusion NPD-PLC, alors que seulement 24 % soutenaient le projet.Ces tendances étaient stables selon le niveau de revenu, l’âges et le sexe des répondants.Au Québec, qui compte 59 des 102 députés néodémocrates, la proportion était sensiblement la même, 65 % des répondants s’opposent à une telle fusion, comparativement à 23 % qui y sont favorables.- La Presse canadienne VIEUX-QUEBEC HÔTEL PORT-ROYAL suites 1.866.417.2777 À PARTIR DE pour deux personnes incluant le nouveau petit-dgeuner gourmand au restaurant Le 48.CONFÉRENCE DERRIÈRE LE RIDEAU Nous pouvons quitter l'état de victime et nous positionner dans le choix de vivre.* Thème de son nouveau livre qui paraitra en septembre Mercredi 21 septembre 2011 I 19 h I 20$ ATELIER À L'ÉCOUTE DE SOI Atelier pratique pour prendre contact avec l'inconscient par les outils de la relaxation.Vendredi 23 septembre 2011 I 9 h30 à 16 h 110$ plus 20$ frais d'inscription Réservez tôt | Places limitées 1212, Panel, Montréal, H2L 2Y7 514-524-3561 poste 600 www.centrestpierre.org BEAUDRY LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II SEPTEMBRE 2011 A 3 ACTUALITES TEMPS LIBRE lundi au vendre 16h30à ISbOO WWW.RADIOVM.C Le journaliste diplomate Michel Roy reçoit des éloges de nombreux amis et ex-collègues STEPHANE BAILLARGEON Il a été journaliste.Il a été diplomate.Il a finalement été un journaliste diplomate: un observateur intègre de sa société et du monde, doublé d’un dirigeant rassembleur, à l’écoute des autres, selon les éloges qui fusent pour saluer la mémoire de Michel Roy, décédé cette semaine.«C’est une très lourde perte pour le Québec», commente tristement l’ancien premier ministre Brian Mulroney, qui avait embauché Michel Roy comme conseiller spécial au début des années 1990.Il garde le souvenir d’un collaborateur très doué, doublé d’un fin négociateur.«Je le connaissais depuis au-delà de vingt ans et nous étions dans une période de négociations constitutionnelles très névralgique, explique M.Mulroney, rejoint par téléphone à Toronto.Je savais qu’avec Michel je pouvais compter sur l’avis d’un conseiller professionnel, hautement compétent, avec un grand degré d’intégrité.» L’ancien éditorialiste devient conseiller spécial aux questions constitutionnelles en 1991.L’éminence grise assiste au rejet de l’Accord de Charlottetown par la majorité des Canadiens, le 26 octobre 1992.«Il avait un privilège assez inusité en ayant accès à mon bureau comme il le voulait, dit encore M.Mulroney.Tout le monde savait que j’avais une confiance énorme en lui.» Pour le remercier de ses bons et loyaux services, le premier ministre le nomme ambassadeur en Tunisie en 1993.«C’était un maestro du journalisme québécois et c’était un grand, un très grand gentleman, dit son ancien patron.Nous avions une excellente relation personnelle et nous sommes restés de très bons amis jusqu’à sa maladie.» Læ journaliste Mario Cardinal témoigne d’une même indéfectible amitié.Entré au Devoir en 1957, il y croise vite cet autre jeune reporter talentueux.Ma- « C’était un maestro du journalisme québécois et c’était un grand, un très grand gentieman» rio Cardinal quitte le quotidien dix ans plus tard (il terminera sa carrière comme ombudsman de Radio-Canada), tandis que Michel Roy gravit les échelons du quotidien jusqu’au poste de directeur intérimaire (1978-1981).«C’était un homme très honnête et passionné par son métier, dit M.Cardinal.Pour lui, le journalisme avait une valeur sociale essentielle.Nous sommes restés très amis et nous avons toujours longuement discuté de journalisme, notamment quand il présidait le Conseil de presse.» C’est là que Kathleen Lévesque, collègue du Devoir, l’a connu au début de la dernière décennie.Le Conseil de presse du Québec (CPQ), où siègent des représentants du public et des médias, se veut le tribunal d’honneur de la profession.Michel Roy le préside de 1997 à 2004, au moment des grandes concentration de la presse.«C’était quelqu’un de très, très, très bien, dit-elle en entrevue téléphonique.C’était un modèle de diplomatie comme on n’en fait plus.» Le président gère notamment le délicat dossier visant à réintégrer Québécor au sein du Conseil.Il y réussit, même si l’entreprise en a à nouveau retiré ses médias l’an dernier.«Il avait la capacité d’entendre tes arguments, d’intégrer ton point de vue pour finalement développer une position consensuelle, dit Mme Lévesque.Il était vraiment d’une grande courtoisie intellectuelle.» Dans un communiqué émis hier, le CPQ parle d’un «homme de conviction et de principe» dont l’apport au journalisme est jugé «inestimable».La chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, a écrit qu’avec lui c’est «un siècle de journalisme, dans la meilleure tradition, qui s’éteint».La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a souligné que, «tout au long de sa carrière, Michel Roy a été un journaliste apprécié et reconnu pour son travail acharné, sa rigueur et sa passion pour son métier».Le Devoir Souvenirs d’un ancien collègue Michel Roy, notre maître JEAN-PIERRE PROULX C’était en 1968.J’avais 24 ans.J’étais au Devoir depuis quelques mois à peine.Soudain mon téléphone sonne.Je réponds.L’appel est destiné à Michel Roy qui, cet après-midi-là, je ne sais plus pourquoi, est assis au pupitre qui fait face au mien.«Gardez la ligne», dis-je.Une fois sa conversation terminée, mon patron m’interpelle: «On dit plutôt: “Patientez un moment” »\ Cette correction fraternelle, le plus lointain souvenir qui me vient à l’esprit, témoigne d’une vertu journalistique que Michel Roy a pratiquée avec constance, modestie et sans prétention: celle d’une langue de qualité, aussi bien écrite que parlée.Au début des années 1980, je me suis retrouvé éditorialiste, à la proposition de Michel.Dorénavant, il ne s’agissait plus de raconter, mais d’analyser, de prendre position.Michel, alors directeur par intérim, puis rédacteur en chef, révisait mes textes, son crayon feutre noir en main.Pour ce qui est du fond, il était immensément respectueux de la pensée de ses collègues et des mots qu’ils utilisaient pour l’exprimer.Mais il tenait à une chose: que la façon d’exprimer cette pensée soit claire.Et quand, après lecture, il levait les yeux pour me dire: «C’est d’une grande clarté», je jubilais.Lorsque je suis devenu professeur, quelques années plus tard, j’ai lu des centaines de travaux, dirigé quelques dizaines de mémoires, relu maints articles savants de collègues.Sans le savoir, ces étudiants et ces collègues ont bénéficié de l’héritage que m’a légué Michel Roy.Dans ma vie professionnelle, je n’ai connu aucun maître qui m’ait autant influencé et surtout aidé à savoir écrire, sans humilier.Et je ne suis pas le seul.Il fut le maître de chacun de ses collègues.Content de ses troupes Je ne garde pas un souvenir très précis de Michel comme directeur de l’Information.En revanche, je me rappelle très bien ces moments où 11 remplaçait le chef de pupitre pendant ses jours de congé.C’était pour tous la fête, car même dans la fébrilité, voire l’énervement, l’humour régnait ces jours-là dans la saUe.Je le revois distribuant de bureau en bureau les dépêches qu’ü nous demandait de réécrire, ou revenant auprès des uns et des autres pour commenter le Nous pouvons tout restaurer.parfois même les cœurs brisés! Restauration : Tableaux, porcelaine, cristal et verre, ivoire, albâtre, pierre à savon, marbre.Restauration de poupées.M N U è Depuis 1953 Réparation : Chandeliers, lustres, lampes, boîtes à musique, argenterie, bronze.Mécanismes, cadrans émaillés et boîtiers d’horloges de qualité.Réparation, finition et vernis français de petits meubles en bois.Spécialistes surplace JACQUES NADEAU LE DEVOIR Michel Roy a reçu le prix Judith-Jasmin Hommage en 2006 pour sa carrière en journalisme.papier qu’on venait de lui remettre.Et puis soudain, on entendait, venu du pupitre au milieu de la saUe: «L’affaire est bien enclenchée!» On savait dès lors que le directeur de l’information étajt content de ses troupes.A l’automne 1980, quand je suis revenu au Devoir après un détour dans la fonction publique, Michel était directeur du journal par intérim.Il avait tenu le fort pendant trois ans, mais, pour des raisons obscures, on ne l’a jamais choisi comme directeur en titre.Il a accepté cet affront — c’en était un — avec humilité.Je ne l’ai jamais entendu murmurer contre cette décision.H a plutôt choisi de démissionner dans l’honneur.Surtout, ü aura, comme rédacteur en chef, participé au quotidien et avec ardeur à soutenir ce journal au cours d’une période très difficile de son existence.Il nous a manqué terriblement Aujourd’hui, je le revois encore passer devant mon bureau en se dirigeant d’un pas rapide vers la saUe de rédaction, sans doute pour orienter le chef de pupitre ou pour aller y converser avec un journaliste sur la nouvelle qu’ü s’apprêtait à commenter.Je le revois, süencieux au milieu de son bureau, debout devant son pupitre, penché sur les dossiers qui, ce jour-là, faisaient l’actualité.Je le revois, assis devant sa Remington, écrire l’éditorial du jour dont j’allais admirer le lendemain autant l’à-propos que la «grande clarté»! Michel Roy ne fut pas cependant que mon patron et coUègue.Il fut aussi un ami très cher.Le hasard de la vie a voulu en effet que, pendant près de 40 ans, nous soyons des presque voisins.Lui et sa famüle habitaient à «un jet de pierre» de notre maison.Je lui ai rendu je ne sais combien de visites impromptues.Dans la salle à dîner, mais surtout dans son sous-sol où il avait, pour ainsi dire, installé sa salle de rédaction, nous avons, pendant des années, commenté l’actualité teUe qu’ü la voyait à travers ses yeux de journaliste, de diplomate ou de professeur.Le Devoir que nous avions tous deux quittés un jour fut, on s’en doute, notre sujet de prédilection.L’une des dernières fois que j’allai le visiter, la maladie avait déjà sérieusement affecté sa mémoire.Ce soir-là, son épouse était sortie et c’est une dame venue l’accompagner qui me reçut EUe lui annonça que son voisin venait le saluer et lui demanda: «Comment s’appelle-t-il?» Avec un sourire m^cieux, ü répondit «Je ne répondrai pas à cette question.» J’en ris encore.Collaboration spéciale www.themrfîxit.com 514484-8332 4652, bouL Décarie, Montréal BUREAU DES VEMTES - 1Ü7Ü RUE BLEURY 514 400.1Ü7Ü 514 4GÜ1071 SÜUTHAMLDFTS.COM A 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II SEPTEMBRE 2011 ACTUALITES Plateau Mont-Royal Tremblay dit non à Ferrandez JEANNE CORRIVEAU Larrondissement du Plateau-Mont-Royal de-ra se débrouiller seul pour combler son trou budgétaire de 2 millions.L’administration du maire Gérald Tremblay a fait savoir hier qu’elle n’avait aucune intention d’accorder une avance de fonds à l’arrondissement comme le lui a demandé le maire Luc Ferrandez.«La réponse est non.Le maire Ferrandez devrait assumer ses responsabilités et ce n’est pas à tous les Montréalais de payer pour la mauvaise planification des élus de Projet Montréal.M.Ferrandez et son équipe devront donc vivre avec les conséquences de leurs décisions et de leurs actions», a indiqué hier le président du comité exécutif, Michael Applebaum, par voie de communiqué.M.Applebaum signale toutefois que le directeur des finances de la Ville est disposé à rencontrer les élus du Plateau pour les aider à boucler leur budget.Rappelons que faute d’avoir pu régler un différend avec la ville centre sur le partage des revenus de parcomètres, Luc Ferrandez a demandé, jeudi, au maire Tremblay une avance de fonds de 2 millions afin de boucler le budget 2012.11 proposait en contrepartie d’installer des parcomètres supplémentaires et d’augmenter les tarifs de stationnement.Sans une telle aide, l’arrondissement devrait imposer une taxe spéciale aux propriétaires et commerçants, avait-il prévenu.Entre 2009 et 2012, les hausses de taxes imposées aux contribuables du Plateau devraient rapporter plus de 100 millions à la ville centre, mais la dotation versée à l’arrondissement demeurera inchangée, a rappelé Luc Ferrandez cette semaine.11 estime qu’en raison des coûts des services, la situation hnancière de l’arrondissement est intenable.Le Devoir Caucus du PLQ Le Québec doit avoir une stratégie pour la Chine selon Jean Charest Le premier ministre croit que cela pourrait aider la province en cette ère d’instabilité économique ROBERT DUTRISAC Saint-Alexis-des-Monts — Le premier ministre Jean Charest a minimisé l’importance des dernières données de Statistique Canada qui montrent une hausse du chômage au Québec.Avec un taux de chômage à 7,6 %, en hausse de 0,4 point de pourcentage, le Québec est tombé en bas de la moyenne canadienne, à 7,3 %, et a cédé le pas à l’Qntario, à 7,5 %.«C’est les résultats d’un mois», a fait valoir Jean Charest à l’issue du caucus de présession des députés libéraux.Le premier ministre a affirmé que depuis octobre 2008, alors que s’amorçait la dernière récession, la création d’emplois au Québec a été supérieure à la moyenne canadienne.«La tendance à long terme est bonne.» Aux yeux de Jean Charest, le contexte économique est incertain.«Juste la turbulence sur les marchés boursiers, c’est pour tout le monde un avertissement que l’on n’est pas encore sorti de la crise, qu’il faut rester vigilant», a-t-il indiqué.11 a cité le contexte économique mondial «qui est très changeant», les difficultés çn Europe et «la panne de création d’emplois» aux Etats-Unis.«Tout ce qui se passe aux Etats-Unis a un impact sur l’économie québécoise», un marché qui représente 70 % des exportations québécoises, a-t-il fait observer.«Le marché intérieur québécois fonctionne assez bien.Maintenant on est affecté par ce qui se passe autour; on est une des économies les plus ouvertes au monde.» Dans ce contexte, il y a peu de chance que le gouvernement Charest puisse devancer d’un an l’atteinte de l’équilibre budgétaire — l’échéance est fixée à l’exercice 2013-2014 — et répéter l’exploit MATHIEU BELANGER REUTERS Jean Charest réalisé par le gouvernement de Lucien Bouchard à la fin des années 90.«Si on y arrive tant mieux, a dit Jean Charest.A ne dis pas que c’est une possibilité; ce n’est pas ce qu’on a à notre écran radar.» En faisant de l’économie la priorité de son gouvernement, Jean Charest parle souvent du Plan Nord.«Ce projet est reçu avec beaucoup de fascination ailleurs dans le monde», a dit constater le premier ministre qui revient d’une mission éco- nomique en Asie.En 2011, la Chinç, la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis, est d’ailleurs devenue le deuxième partenaire économique en importance du Québec devant l’Allemagne et le Royaume-Uni, a affirmé Jean Charest.«Un gouvernement doit avoir une stratégie pour la Chine», estime-t-il, rappelant que 30 millions d’individus grossissent les rangs de la classe moyenne chinoise chaque année.Jean Charest s’est porté à la défense de la ligne parti, un élément essentiel du système politique au Québec, selon lui.«Parlons des votes libres.Ey a des gens qui entretiennent des mythes qu’il y a des chefs de parti qui forcent les députés dans un sens ou dans l’autre», a-t-il dit Le premier ministre, qui était présent lors de l’inauguration de la Maison symphonique, où Kent Nagano a dirigé la 9 Symphonie de Beethoven, a comparé le caucus des députés à un orchestre.«A ce que je sache, Kent Nagano n’a pas dit à son orchestre que la partition était optionnelle», a illustré Jean Charest.L’Qrchestre symphonique de Montréal n’a pas joué Stairway to Heaven de Led Zeppelin, a-t-il ajouté.Enfin, François Legault occupe les pensées du chef libéral, comme c’est le cas avec ses ministres, a-t-on pu constater.Préparé, Jean Charest a sorti deux coupures de journaux citant le fondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ), la première, du journal Le Droit, pour montrer que François Legault s’attend à de la «chicane» s’il met en oeuvre son programme, la deuxième, du Suburban, qui confirme que l’ancien ministre péquiste est toujours souverainiste.Le Devoir POUR L'ESPOIR ÉMISSION SPÉCIALE Une émission tournée vers l'avenir avec Céline Galipeau.RÉAL-COORD.: ÉRIC L£ RÉSTÉ 10 ANS PLUS TARD: OÙ EST L'ESPOIR?^ DEMAIN 22 H EN SIMULTANÉ SUR F E N BREF Des lamelles tombent de la Grande Bibliothèqne Deux nouveaux panneaux de verre se sont détachés du parement extérieur de la Grande Bibliothèque à Montréal jeudi, du côté du boulevard de Maisonneuve.Il n’y a eu aucun blessé; le verre est tombé dans une section qui n’est pas accessible aux piétons.Rappe- lons qu’en 2005 la bibliothèque avait érigé un périmètre de sécurité, qui a été remplacé deux ans plus tard par un nouvel aménagement autour de la bâtisse retenant les piétons à l’écart.Le dernier incident impliquant la chute de profilés de verre à la bibliothèque remonte à septembre 2008, alors que trois pièces avaient éclaté.En 2005 et 2006, une dizaine de lamelles étaient aussi tombées.— Le Devoir www.artisan-du-store.ca ¦—— — î— D «rai ^ , .ni jfiil ; ^ t,» ' ., 50 % rabais ou installation gratuite Stores sur mesure *Bois ou PVC Horizontaux ou Verticaux couleurs et teintes à votre choix OPAQUES ou SOLAIRES •Toiles à rouleau • Stores romains • Panneaux coulissants • Persiennes • Toiles opaques ou solaires sur mesure pour verrières INSTALLATION GRATUITE du^tore Fabriqué au Québec Service à domicile GRATUIT Région de Montréal 514 231-8677 Laval et Rive-Nord 450 627-3716 Longueull et rive-sud 450 445-9829 Région de Trois-Rivières 819 696-8677 Région de Québec 418 654-8677 Décoration Claude Bouchard 2362, Beaubien E, Montréal (Qc) cS Mi 10 ANS APRES LE 11 SEPTEMBRE
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