Le devoir, 1 octobre 2011, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI I" ET DIMANCHE 2 OCTOBRE 2011 ENTREVUE Qu’est-ce qui concerne Nancy Huston?Page F 7 I INEDIT Une conversation avec Truman Capote ' \ Page F10 LI LITTERATURE QUEBECOISE - ENTRETIEN Jacques Poulin l’homme et ses doubles Avec constance et fidélité, l’écrivain discret poursuit, avec Uhomme de la Saskatchewan, une œuvre amorcée en 1967.Le Devoir l’a rencontré, à la fin du mois d’août, dans ses quartiers d’été de l’île d’Orléans.CHRISTIAN DESMEULES Un mauvais chemin de terre descend vers le fleuve.A flanc de pente, sur la gauche, un étang colonisé par les algues, bordé par quelques arbres et un champ de blé en herbe.Sur la rive nord de l’île d’Orléans, un petit chalet avec une grande véranda vitrée s’offre une vue partielle sur le fleuve et la côte de Beaupré, les montagnes, le ciel.Impossible de ne pas reconnaître le dé cor de ses derniers romans, auquel îl ne manque plus qu’un chat — qui se cache sûrement quelque part — et une vieille camionnette Volkswagen.C’est Ici que Jacques Poulin passe tous ses étés depuis quelques années, jusqu’au spectacle de la moisson d’automne, loin du bruit de la ville.La nouvelle édition de Paris est une fête d’Hemingway, qui côtoie sur une table basse Le premier jardin d’Anne Hébert, attise la conversation.Mais Poulin glisse vite vers les défauts de Uhomme de la Saskatchewan, son nouveau roman, qui reprend les préoccupations de l’écrivain envers la survie du français en Amérique.Un pseudo-thriller où circulent les sosies de Gary Bettman et de Mad Dog Va-chon en méchants sbires de la Ligue nationale de hockey et, par extension, de l’impérlalls-me anglo-saxon.Et des défauts, 11 en faut, es-tlme-t-11.«Il y a une condition essentielle pour continuer d'écrire, dlt-11, et c'est de trouver une faiblesse dans le livre que j'ai fait.Et dans le livre suivant, j'essaie de corriger ça.» L’usure de Jack Waterman Jack et Francis, qui sont frères, se dédoublent cette fols de façon troublante.L’un est un écrivain qui écrit de moins en moins, obsédé par la mort et poursuivi par la tentation du silence.L’autre est «lecteur sur demande» et devient, sur les conseils du premier, un écrivain fantôme au service d’un «Je me suis contenté de décrire les choses qui sont les plus proches de moi» joueur de hockey, un Métis de Batoche, en Saskatchewan, lointain neveu de Gabriel Dumont, qui souhaite publier son autobiographie et dénoncer le sort des joueurs francophones dans la LNH.Jack habite au dernier étage d’un immeuble du faubourg Saint-Jean-Baptiste, à Québec, tandis que son petit frère occupe un appartement du premier étage.Le processus de cannibalisation est subtil.La «fantomisa-tion» de Jack, déjà à l’œuvre, se poursuit et prend de l’ampleur dans L'homme de la Saskatchewan.Au petit frère, qui souffre de problèmes érectiles après un cancer des testicules, les médecins ont installé une curieuse prothèse électronique contrôlée par la pensée.«C'est un double exercice d'émancipation du petit frère qui s'opère, fait remarquer Jacques Poulin.Plus il devient écrivain, et plus il retrouve de sa vigueur sexuelle.» Au détriment, peut-être, d’un Jack Waterman que Poulin trouvait «usé».«En donnant la parole à Erancis, j'avais l'impression de me renouveler un peu.» La Grande Sauterelle, de passage à Québec avec le vieux Volks «rongé par la rouille» comme son ancien propriétaire, sera bien entendu l’élément-clé de cette architecture mimétique ou triangulaire du désir.Francis n’est pas insensible aux charmes de la fille «aux yeux noirs comme le poêle».On se souviendra qu’entre Gaspé et San Francisco, Jack et la Grande Sauterelle avaient eu une brève aventure.C’était dans Volkswagen Blues, le sixième roman de Poulin, paru en 1984.Si «nous sommes tous des Métis», Jacques Poulin se livre ici lui-même à un solide exercice de métissage littéraire en mélangeant dans la même omelette romanesque quelques personnages qui existaient déjà (la Grande Sauterelle, on l’a dit, li-moilou.Marine, la Petite Sœur, Waterman et Francis).À sa décharge, qu’il s’agisse de personnages ou de décors, l’écrivain reconnaît avoir une capacité d’invention restreinte, peut-être de plus en plus limitée.«Je me suis contenté de décrire les choses qui sont les plus proches de moi.En suivant d'ailleurs les conseils d'Hemingway.» Un peu comme Jack dans le roman, que sa petite bande embarque presque de force dans le Volks pour un rapide retour aux sources en Beauce VOIR PAGE F 2 POULIN [G?\ - W-iW ¦-V r % '¦m .S.IP J /C Kk ui \âM N s V /it f ' IN' • Ttr '/S m.A \ V.' .C Oà U \v: 'A t> 1 \ 1 V.CHRISTIAN DESMEULES LE DEVOIR F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI I“ET DIMANCHE OCTOBRE 2011 LIVRES Les tablettes numériques entrent à la bibliothèque Depuis quelques jours, une poignée de bibliothèques de Montréal ont commencé à faire apparaître des bouquins atypiques sur leurs étagères: des tablettes numériques, histoire de mettre leurs abonnés en contact avec le livre du futur, dans sa version dématérialisée.FABIEN DEGLISE Ce virage technolo^que a été pris entre autres à la bibliothèque Robert-Bourassa d’Outre-mont et à la bibliothèque Frontenac, dans l’est de la ville, où désormais deux types de liseuses numériques sont maintenant offertes poiu le prêt, la Sony PRS-600 et le Cybook Opus.L’administration centrale pilote ce nouveau programme.Au total, 85 bouquins sont contenus dans ces tablettes, dont plusieurs grands classiques de la littérature mondiale, comme 1984 de George Orwell, Don Quichotte de Cervantes, Le procès de Kafka.Le contenu devrait toutefois s’étoffer dans les prochains mois et s’ouvrir également à des composantes de la littérature québécoise.«La technologie entre dans les bibliothèques depuis toujours, lance à l’autre bout du hl le bibliothécaire Cari Guindon de la bibliothèque Robert-Bourassa.Ces appareils s’inscrivent donc dans cette logique et répondent autant aux besoins des abonnés qu’ils en créent.» Au nombre de quatre tablettes par établissement, ces objets sont proposés poiu des emprunts de trois semaines uniquement, sans renouvellement L’entrée du livre numérique dans les bibliothèques publiques suit im phénomène mondial voué à prendre de l’ampleur.Aux États-Unis, la petite ville d’Eau Claire, dans le Wisconsin, lait d’ailleurs h-gure de modèle en la matière avec ses dizaines de iPad — un modèle que la Ville de Montréal n’a pas préconisé pour le moment — disponibles à la L.E.I^hillips Memorial Public library.A l’inté-rieiu: 1000 classiques, des livres audio ainsi que des applications poiu consulter magazines, journaux et périodiques en ligne.Siu son site Internet, la bibliothèque, qui se trouve au centre d’ime ville de 65 000 habitants, précise avoir succombé à l’appel du livre électronique et de la tablette pour présenter à sa clientèle «une autre façon d’apprécier les mots et les paroles».Après un démarrage plutôt timide à la fin des années 90, le livre électronique poursuit sa lente introduction dans la vie des lecteurs.Aux États-Unis, près de 11 % des consommateurs disent favoriser désormais ce format.Ici, le bouquin dématérialisé représenterait moins de 1 % du marché du livre, mais continue sa progression avec des projets comme L’entrepôt numérique, un espace en ligne alimenté par une cinquantaine d’éditeurs, qui contient pour le moment près de 4000 titres à lire sur des tablettes électroniques.1^ -AE % - _ ^ -, '4 Le Devoir Le livre numérique est maintenant offert aux habitués de la bibliothèque Robert-Bourassa d’Outremont JACQUES NADEAU LE DEVOIR E N BREF Prix du jeune écrivain Si vous avez entre 15 et 27 ans, vous pouvez participer au Prix du jeune écrivain de la langue française 2012, soutenu par Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie.Nouvelle, récit, conte sont admissibles.Il faut envoyer vos textes — deux au maximum — de 5 à 20 pages, à raison de 1500 caractères par page, en deux exemplaires, d’ici le 1" mars 2012.Après délibération, un jury composé d’écrivains reconnus parraine les jeunes auteurs en vue d’une publication.Plusieurs prix sont décernés.Pour connaître tous les détails, il suffit de consulter le site Internet www.pief.net.- Le Devoir Festival international de la poésie de Trois-Rivières Miron, encore, et beaucoup de poètes de maintenant C’est hier que débutait le Festival international de la poésie de Trois-Rivières (FIPTR).Jusqu’au 9 octobre, une pléiade de spectacles, d’activités et de rencontres sont offerts pour faire découvrir, à petites gouttes ou à grandes lampées, les poètes de maintenant, d’ici ou d’ailleurs, avec un hommage rendu à Gaston Miron.Nos choix.CATHERINE LALONDE Aujourd’hui et demain, Gaston Bellemare, grand manitou fondateur du FIPTR, anime une causerie sur la «Situation de la poésie dans le monde».Une demi-douzaine de poètes témoigneront à chaque rencontre de l’état poétique dans leur coin.«Plus d’une trentaine de pays sont représentés au Festival, précise la directrice générale Ma- ryse Baribeau.On en profite pour leur demander si la poésie a sa place dans leur pays, si elle est soutenue, comment ils la vivent, et ainsi de suite.» Plus tard dans la journée, Pierre Nepveu, biographe de Gaston Miron, fera découvrir le poète lors de sa conférence «Gaston Miron, vous connaissez?» à la maison de la culture.On est curieux d’entendre, ce soir encore, le Cabaret de poé- sie de rOuvroir de littérature potentielle, avec des oulipiens de la France et d’ici.Le FPITR collabore cette année pour la première fois avec le tout jeune musée Boréalis.On pourra y entendre dimanche la Poésie aux sons, des lectures, sur la terrasse s’il fait beau, accompagnées de la musique du quatuor Poljunnie.Vendredi 7 octobre, la langue de Shakespeare résonnera quand liront des écrivains de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, des îles SheÜand, de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick et de la Colombie-Britaimique.Au FIPTR, la poésie se lie de plus en plus aux autres arts.Gilles Bélanger chantera les 12 hommes rapaillés, Chloé Sainte-Marie y ira de ses interprétations de Miron, entre des soirées cinéma-poésie et tango-poésie.«C’est le fruit de la collaboration avec la Ville de Trois-Rivières qui permet d’avoir plus de ces spectacles qui ont permis à plusieurs de redécouvrir la poésie, et que les gens redemandent», explique encore Maryse Baribeau.Nouveau tournant aussi vers les itinérants, les jeunes des écoles, les parents qui ont perdu un enfant à l’hôpital Sainte-Justine.«On veut aller toucher un aspect socialement beaucoup plus fort», confirme Mme Baribeau, en portant la poésie sur tous les fronts.La Grande Soirée de poésie Québécor, samedi 8 octobre.permet, par son format marathon, de prendre le pouls de ce qui s’écrit, en présentant des lectures des poètes qui ont été lauréats de prix littéraires au coius de l’aimée.Par ailleurs, entre les apéros-poésie, soupers-poésie, muffins-poésie, scotch-poésie, poèmes de nuit et pique-nique-poésie, les possibilités, pour nourrir son ventre et sa tête, sont nombreuses.Et les apprentis Rimbaud peuvent profiter d’un «Rendez-vous avec un poète» pour travailler, une demi-heure, leurs textes avec un auteur chevronné.Toute la programmation sur www.fiptr.com.Le Devoir Olivieri Dans le cadre des Rencontres du CRILCQ librairie ?bistro Un étranger en terre étrangère Olivieri Au cœur de la littérature Mardi 4 octobre à 19 h 00 Avec le soutien du Conseil des arts du Canada Entrée libre I RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Cfite-des-Neiges 1 David Homel Écrivain, traducteur et journaliste, David Homei est notamment i’auteur de L'analyste, Le droit chemin, Un singe à Moscou, H pieut des rats, pubiiés chez Actes Sud\ Leméac.Animatrice Martine-Emmanuelie Lapointe POULIN SUITE DE LA PAGE F 1 {«J’aimerais bien avoir une gang comme ça», reconnaît Poulin en riant), l’écrivain se remémore lui aussi ses années de collège mou- vementées et l’incompétence crasse de certains frères enseignants qui lui ont appris, bien malgré eux, l’art vital de la désobéissance.L’érotisme, avouons-le, est une LUDIQUE Histoire de mots solites insolite Gaétan St-Pierre Avec Histoires de mots solites et insolites, Gaétan St-Pierre propose à la fois une histoire du vocabulaire français et des centaines d’histoires de mots qui retracent leur origine, souvent étonnante, leur formation et leur évolution.C’est donc à une sorte de voyage dans le monde des mots que nous vous convions.AUSSI DISPONIBLE EN FORNIAT PDF K lJ FEUILLETAGE EN LIGNE: 3427 SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC teinte plutôt rare dans la palette de l’écrivain.Pour Poulin, plutôt pudique, au style «sobre et contenu», comme lui-même le décrit, il s’agissait surtout de trouver la manière.«Je ne voulais pas tomber dans les clichés habituels quand on essaie de décrire les rapports physiques, alors j’ai inventé cette histoire de puce pour leur donner une couleur inhabituelle.» Et la manière passait avant tout par les mots des autres.Une citation de Saint-John Perse {«de la nuque à l’aisselle, à la saignée des jambes, et de la cuisse interne à l’ocre des chevilles, je chercherai, front bas, le chiffre occulte de ta naissance.»), une allusion à un passage de Kamouraska ou un extrait des Lettres à Lucienne d’Alain Grandbois mettent chaque fois de la mine dans le crayon du petit frère.Ée mot «érection», par exemple, «nous aurait sauté en pleine face» si je l’avais employé, confie l’écrivain.Tout comme «testicule», que Poulin remplace poétiquement par «noisette».«Pour moi, c’est avant toute chose une question d’équilibre et uérin éditeur aimerait féliciter monsieur Clittlde CdvditlCll, auteur de DE LA FRATERNITÉ AU CONGLOMÉRAT (Une histoire des compagnies d'assurance-vie québécoises) 1850-1995, pour l’obtention du prix Percy-\^,-Foy qui lui a été remis par la Ville de Montréal ce mercredi 28 septembre 2011.S AU ,1 Guenn d’harmonie.» Il écrit comme un aquarelliste qui tente d’estomper les contours, de masquer la trace de ses coups de pinceau.«Je me tiens souvent dans le flou, reconnaît-il.C’est peut-être un défaut.» Près de l’entrée, l’ordinateur portable est posé sur son éternelle planche à repasser, ce qui lui permet d’écrire debout.Le prochain roman est déjà en route, même si l’heure est plutôt aux vacances et au service après-vente de L’homme de la Saskatchewan.Et pour la première fois, il sera écrit directement à l’ordinateur.Mais pas plus vile que d’habitude.Car, comme Waterman, Jacques Poulin écrit «à coups de demi-pages», assure-fil.C’est son indice personnel de satisfaction quotidienne.Collaborateur du Devoir L’HOMME DE LA SASKATCHEWAN Jacques Poulin î Montréal, 2011,128 pages Dans cet ouvrage, l'auteur présente une histoire des compagnies d'assurance sur la vie qui se veut englobante et qui tente de dresser un portrait exhaustif de la naissance et de l'évolution de ces compagnies québécoises vues comme participantes au développement du Québec.432 pages *32,95$ Montréal Toronro Guérin Téléphone: 514 842-3481 www.guerm-editeur.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI l'^'^ET DIMANCHE 2 OCTOBRE 2011 F 3 LITTERATDRE Naître femme, mourir déçue Laurin tre une bonne fille.Une bonne amante, une bonne mère.C’est ce que souhaiteraient les héroïnes à qui Claudia Laro-chelle donne chair dans Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps.Mais impossible, elles n’y arrivent pas.Sombre, très sombre.Plein de désillusions, de désenchantement, de détresse jusqu’à la détestation de soi-méme, le premier recueil de nouvelles de cette journaliste culturelle de 33 ans.Les quelques textes de fiction qu’elle a déjà fait paraître, dans des collectifs, donnaient d’ailleurs le ton.Qu’on pense à sa nouvelle parue dans Amour & libertinage par les trentenaires d’aujourd’hui, ouvrage qu’elle a codirigé au printemps dernier: «Après leur trentième anniversaire, les filles jetées affichent cette mine à la fois butée et contrite, ce visage d’entre deux scénarios de vie, celui idéalisé à cinq ans à travers les contes de fées, et l’autre dans lequel les princes charmants restent des crapauds.» On retrouve le même genre de constatation dans Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps: «A quinze ans, l’imaginaire amoureux reste pur, teinté d’un rose vif et scintillant de paillettes.Après trente ans, le cœur, les tripes, les lambeaux de chair et même les neurones écopent et se perdent dans une mer de détritus.» Que se passe-t-il donc entre l’adolescence et la trentaine, chez les filles que Claudia La-rochelle met en scène, pour que la déception soit complète, totale, que l’amertume prenne le dessus jusqu’à vouloir, trop souvent, en finir une fois pour toutes?11 se passe le désamour, l’échec amoureux.11 se passe la solitude.Les soûleries.Les aventures d’un soir, l’attente désespérée d’un coup de fil, les gars qui refusent Rengagement.Et le ventre qui reste vide, la maternité refusée.11 se passe que le deuil de l’être aimé semble parfois impossible.Jusqu’à ce qu’on découvre qu’il nous trompait effrontément.11 se passe qu’on n’arrive pas à mettre la main sur un homme qui soit à la hauteur du papa: «S’il avait été comme les autres.Moins tendre, moins doux.Moins modèle.Maintenant, il faut se contenter des autres hommes.» r- ' Danielle 11 se passe qu’on est tellement toujours soucieuse d’être parfaite, aussi.Et qu’on a peur de vieillir, de ne plus être désirable.11 se passe la burqa de chair, comme dirait Nelly Arcan.Tellement peur de devenir transparente comme les dames seules de 80 ans que personne ne remarque sur le trottoir.En sommes-nous là?Quf! C’est déprimant, oui.Même la maternité n’est pas une panacée.La grossesse tant désirée chez certaines peut devenir un cauchemar pour d’autres: «Je ne suis déjà plus celle qui écrit, qui rit, qui roule des hanches, qui jouit, qui danse, qui s’enivre, qui réussit professionnellement.Je suis de gros nichons, je suis bientôt du lait.» Et puis, comment savoir si on deviendra une bonne mère?«J’entrevois toutes ces blessures que je t’infligerai sans le vouloir.Je ferai mal les choses.Tu iras en thérapie par ma faute.» Le pire, dans tout ça, étant de donner naissance à une fille, comme l’exprime cette femme enceinte dans une lettre à son futur enfant: «Sache, Béatrice, que naître femme est une malédiction.Tu lutteras pour être choisie et préférée parmi toutes les autres.Pour que dans une classe, puis plus tard dans le fond d’un bar, un garçon te remarque et te prenne.La liberté qui nous est offerte en ce second millénaire n’est qu’une illusion, qu’un mirage, dans un désert de désenchantements.» Bon, d’accord, j’arrête.Difficile de lire noir sur blanc ce qu’on ne veut pas voir, n’est-ce pas?Quoi, malgré le féminisme, l’émancipation des femmes, nous en sommes encore là?! Le portrait d’ensemble est laid, très laid.Le constat d’échec est brutal dans Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps.Minces, très minces, les raisons d’espérer, les notes d’espoir.Et pourtant.Pourtant, l’écriture.L’écriture nous porte.Nous touche.Parce qu’elle fouille, farfouille dans les blessures, le mal-être.Parce qu’elle n’a pas peur d’y aller, de se mouiller.Parce qu’elle met en avant la vulnérabilité.Sans mettre de côté les paradoxes, les contradictions.L’écriture est juste.Porte.Elle nous rentre dedans.Elle ALAIN DÉCARIE Les bonnes ûHes plantent des fleurs au printemps est le premier recueil de nouvelles de la journaliste culturelle Claudia Larochelle.nous heurte.Elle nous réserve des surprises aussi, ne va pas toujours là où on l’attend.Même si certaines nouvelles nous happent moins, sont moins abouties.11 y a des scènes qui font images.Comme celle-ci, après une rupture amoureuse: «Dans mes quatre pièces de vieille fille, je n’ai pas encore pu rassembler mes jambes, mes bras, ma tête, mon cul, mes mains.Mes membres qui gisent épars, plus ridés, presque bleutés.» 11 y a des phrases comme celle-ci, venant d’une fille mal baisée que son amant utilise comme bon lui semble: «On dirait que mes pieds pleurent sur le sol.» 11 y a de la lucidité, comme chez cette fille qui a multiplié les amants et n’a pas réussi à mener un enfant à terme: «J’ai gaspillé mon énergie à me forger un monde superficiel parmi une foule d’égoïstes.» Et il y a des mots qui cognent, ceux, entre autres, de cette fille qui va mourir sans avoir enfanté: «Je suis née pour rien.» L’auteure joue dans la cour des grandes.Elle prend sa place, se distingue.Désormais, il faudra la présenter ainsi: Claudia Larochelle, écrivaine.LES BONNES EILLES PLANTENT DES ELEURS AU PRINTEMPS Claudia Larochelle Leméac Montréal, 2011,128 pages Claudia Larochelle Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps LITTERATURE QUEBECOISE Emma, Samia, Lama et les autres Militante des droits de la personne, Monia Mazigh, d’origine tunisienne, a immigré au Canada en 1991 pour ses études.Doctorante en finance, elle s’est siu-tout fait connaître siu- la scène médiatique pour avoir défendu l’innocence de son mari Maher Arar, renvoyé des Etats-Unis vers les prisons syriennes où il fut torturé.Elle a relaté cette expérience dans un livre-combat: Les larmes emprisonnées (Boréal, 2008).Avec Miroirs et mirages, elle s’écarte du militantisme pour faire œuvre de création en fondant dans l’univers imaginaire la vie réelle de ses personnages.SUZANNE GIGUERE Roman choral.Miroirs et mirages met en scène des immigrantes musulmanes venues d’Afrique du Nord, du Moyen-Qrient et d’Asie qui vivent le dilemme de l’intégration et de la visibilité de leur foi.Gardiennes des traditions, elles souhaitent voir leurs filles s’émanciper dans le respect des valeurs de l’islam au sein de cette nouvelle société occidentale où l’égalité entre les hommes et les femmes semble une valeur reconnue et respectée.Elles s’appellent Emma, Samia, Eauzia, Lama, Sally et Louise.Chacune a une histoire.Emma, Tunisienne, ingénieu-re en informatique, divorcée, avec une fillette de neuf ans, sans emploi, refuse de s’apitoyer sur son sort.Elle désire se frayer un chemin dans ce monde, se réinventer une nouvelle vie.Sa destinée croise cel- le de Samia, Koweïtienne d’origine palestinienne, une bourgeoise qui s’est construit un semblant de normalité, menant une vie artificielle calquée sur le mode de vie occidental, se coupant de ses racines.11 est difficile pour ces femmes de s’adapter, mais elles trouvent des complices, des confidentes, des amies.De prime abord, les relations avec leurs filles sont tendues.Celles-ci portent le voile, voire le niqab, étudient à l’université, sont spontanées, ouvertes d’esprit, se questionnent sur la façon de vivre leur foi.Lama, fille aînée de Samia, en rébellion intérieure, tente de s’affranchir «des principes archaïques et vétustes au nom de la religion» de la culture musulmane.Sally, Pakistanaise, ne veut pas de la vie moderne et superficielle de ses parents.«Technigirl» de son temps, elle consulte des imams sur des sites musulmans, lit avec ferveur leurs sermons rigoristes.Jusqu’au jour où elle reçoit un message d’amour qui va inverser le cours de sa vie.Entre passion et raison Le portrait de Louise, une Canadienne convertie à l’islam, interpelle.En devenant musulmane, Louise fait revenir le spectre d’un passé lugubre chez sa mère, dont l’enfance a été dominée par la religion.Aujourd’hui a-thée, elle est persuadée que sa fille est sous influence et que sa conversion est un signe de soumission, d’asservissement.Dans les faits, Louise traverse une crise identitaire: éduquée en dehors de toute religion, elle a une soif à étancher.Tourmentée entre son amour pour sa mère et sa nouvelle vie de musulmane, elle répète qu’elle n’est pas sous emprise, qu’elle cherche à équilibrer sa vie avec sa quête spirituelle.Nous avons, d’un côté, une mère qui témoigne de son vécu de manière très émotive et, de l’autre, sa fille qui propose un discours argumenté et raisonné.A l’heure où les débats autour du voile ne font pas l’unanimité — le voile est perçu par plusieurs intellectuels comme un symbole de l’oppression de Monia Mazigh tente de créer avec son roman un espace de dialogue la femme, un emblème politique —, Monia Mazigh refuse d’ériger des barrières et tente de créer avec son roman un espace de dialogue.A la fois analyse sociale et peinture intimiste, Miroirs et mirages évoque les questions identitaires auxquelles les femmes immigrantes de religion musulmane sont sans cesse confrontées.Leur situation a souvent été évoquée dans des ouvrages à portée sociologique qui ne prennent bien souvent qu’insuffi-samment en compte les données humaines que retranscrivent ces témoignages, ce que permet l’œuvre romanesque.Monia Mazigh voyage à l’horizon des mots, avec un souci de la langue française, de sa puissance voilée, impose son style et sa signature, avec comme particularité une sensibilité débordante.Quand le récit de vie devient une expression de la réalité, la fiction, celle du rêve et du changement, et l’écriture, un espace de liberté.Collaboratrice du Devoir MIROIRS ET MIRAGES Monia Mazigh Editions L’Interligne, coll.«Vertiges» Qttawa, 2011,296 pages THRILLER De bonnes excuses CHRISTIAN DESMEULES \ A Berlin, quatre amis insatisfaits ou désœuvrés décident de s’associer pour créer une agence privée à la vocation plutôt particulière: s’excuser à la place de leurs clients.La désinvolture avec laquelle vous avez mis à pied quelques centaines de vos employés nuit à la qualité de votre sommeil?Un tour de passe-passe éclair et l’adultère avec une femme de chambre dans un Sofitel de Erancfort-sur-le-Main menace les ambitions politiques de votre patron?Sorry (c’est le nom de leur agence) est là pour veiller à ce que, malgré les dommages des uns et les intérêts des autres, chacun y trouve son compte.Si au début leur boîte tourne rondement, les quatre amis seront toutefois vite pris à leur propre jeu: un mystérieux assassin les forcera, au moyen d’un chantage subtil et bien orchestré.à s’excuser pour lui des meurtres qu’il vient de commettre auprès des cadavres de ses victimes.Un psychopathe?Un grand timide rongé par la culpabilité?Dans les faits, l’affaire cache une histoire ancienne de prédation pédophile et de vengeance, faisant surface comme la pointe d’un iceberg.Premier roman de Zoran Dr-venkar, écrivain et scénariste allemand d’origine croate.Sorry coïïe au plus près de cette descente aux enfers au moyen d’un récit efficace à la construction plus complexe que les schémas formatés auxquels le genre du thriller nous habitue.Sans aplanir tous les mystères, on y évolue sous le règne du gris.Collaborateur du Devoir SORRY Zoran Drvenkar Traduit de l’allemand par Corinna Gepner Sonatine Paris, 2011,464 pages L’innocence en danger souffre, puis une autre prend sa place.Les parents de lisa ne s’entendent pas, le père est violent et la mère, une ancienne Miss Pon-taîUac, le trompe avec une succession d’hommes que la fille aperçoit mais refuse de voir.Un jour, le garçon voit la mère nue.Il est en émoi.Il ressent les premières palpitations sexuelles qu’il a peine à comprendre.Désormais, sa pensée et ses rêves sont partagés entre la fiUe et la mère.La plage est omniprésente dans ce livre.La chaleur, les vagues, la nage unissent les deux enfants.Dans ce roman, l’innocence enfantine est une tentative, une ultime chance de préserver l’amour.Eottorino réussit à décrire, dans ses nuances et ses subtilités, un monde menacé, qui résiste.Dans son apparente extravagance, la langue de l’enfant exprime fortement la réalité des sentiments, la profonde perception de la réalité.Un très beau roman.NAIM KATTAN Dans ce nouveau roman, Eric Eottorino, ancien directeur du Monde, donne la parole à Marin, un garçon de treize ans.Nous sommes à Pontaillac, un village français au bord de l’Atlantique.Le garçon est en vacances, chez son oncle Abel.Lisa, son amie, a dix ans.Sa mère la délaisse et son père est constamment en voyage.Les deux enfants ne se quittent pratiquement pas.Il fait extrêmement chaud et ils passent leurs journées à la plage.Marin apprend à son amie à nager, le dos crawlé.Eottorino adopte le langage d’un enfant au seuil de l’adolescence.Une grammaire mise à mal et des images inattendues qui font sourire.Grâce à cette langue inventée, qui surprend, Eottorino réussit à nous faire entrer dans l’univers de l’enfant.Qn s’y habitue, on l’accepte et l’on y découvre une poésie et une innocence menacée.Les deux enfents s’aiment Les mots les font trébucher et lisa préfère souvent le silence.La conduite des adultes leur semble incompréhensible.La femme d’Abel le quitte.Il Collaborateur du Devoir LE DOS CRAWLÉ ROMAN Eric Eottorino Éditions Gallimard Paris, 2011,205 pages R i|^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Du 19 au 25 septembre 2011 ___ / ____ CLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois 1 il Mémoires d'un Quartier • Tome 9 Antoine, la suite louse TiemblaylIEssiamlje/Guy Saiit-Oean 1/5 2 Àtoi Kim Thüyll^iscal Janovjak/Ubre Expression 2/3 3 Madame Toutïe-Monde * Tome 1 Cao-aux-Brumes Juliette Thibault/Hurtubise 8/2 4 Burqa de chair Nelly Aman/Seuil 3/2 5 Marie de la mer • Tome 2 Au château Annie Lavigne/Intouchables -/I 6 Maggie Daniel Lessard/Pierre Tisseyre 4/2 7 Double disparition.Une enquête de Maud Graham Chrystine Bmuillet/Courte échelle 6/15 8 Ivresse Catherine McKenzie/Goélette 5/5 9 LA où la mer commence Dominique Demers/Québec Amérique 9/4 10 Ru Kim Thüy/Libre Expression 7/13 Romans étram^rs 1 S La femme au miroir Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 1/3 2 Mise â nu Richard CasUe/City 4/2 3 Derniers adieux Lisa Gardner/Aibin Michel -/I 4 Freedom Jonathan Fianzen/Boréal 2/5 5 Ifegue de chaleur RichanI CasUe/City 5/2 6 Lêtrange voyage de monsieur Daldrv Marc Lévy/Robert Laffont 6/20 7 Tuer le père Amélie Nolhomb/Aibin Michel 3/3 8 Avant d'aller dormir S.J.ilIfelson/Sonatine -/I 9 Léquation africaine Yhsmina Khadra/Julliard 7/5 10 La confession John Grisham/Robert Laffont 9/17 Essais québécois 1 il Les soldats d'Allah â l'assaut de l'Occident Djemila Benhabib/VLB 1/2 2 Les héritiers de Tiananmen Michel Connier/Leméac -/I 3 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot I André Noêl/Homme 3/48 4 Lanxiété.Le cancer de l'âme Louise Reid/JCL 4/6 5 Et si mourir s’apprivoisait.Réflexions sur la fln de vie Serge Daneauit/La Presse 6/2 6 Recours aux soumes Éric Bédard/Boréal -/I 7 Le Québec en quête de laïcité Normand BailargeonIJeanMan; Pbtte/Écosociélé 2/3 8 Réinventer la démocratie Jean Laiiberté/Septentrion -/I 9 À l'ombre du mur.Trajectoires et destin de la génération X Stéphane Kelly/Boréai -/I 10 Lhostie.Une passion québécoise Dlivier Bauer/Liber -/I "?"Essais étrai^rs 1 ï] Premier bilan après l'apocalypse Frédéric Beigbeder/Giasset 2/2 2 Indignez-wus ! Stéphane Hessel/Indigène 1/35 3 Le fecteur Armageddon.La montée deladmitechrétienne.Mami Mcdonald/Aiain Stanké 8/3 4 Une brètre histoire de l'ayenir Jacques Attali/LGF 4/30 5 Notre poison quolidien Marie-Monique Robin/Alain Stanké 3/20 6 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 7/21 7 Nos garçons.Mieux les comprendre pour mieux les élever Michael Gurian/Albin Michel -/I 8 Le Cosmos et le Lotus Xuan Thuan Trinh/Albin Michel -n 9 Les mots de ma vie Bernard Pivol/Albin Michel 5/20 10 Lapocalypse démographique n'aura pas lieu Fred Pearce/La Martinière -/I UBILFC surlesveiites(leliviesfranQ^autada.Ce palmaiÈs est extrait de &sim} etestconstituddes relevés de caisse de 172 points de vente.La BRF reçoit un soutien ünancler de FMrimolne canadien pour le projet Sastmi © BRF, toute reproduction totale ou partielle est iirterdita présente FEST VAL NTERNAT ONAL DE LA POESIE 27' ÉDITION TROIS-RIVIERES P 30 SEPTEMBRE AU|9 OCTOBR'E^OII (Réservation recommandée) Au Four à bois Dîner-poésie : 12h -1®^ et 3 au 8 oct.Souper-poésie : 18h30 - 3,4,5 et 6 oct.Souper-poésie : 17h30 et 20h -1®^ 7 et 8 oct.Bistro l’Ancêtre Souper-poésie : 18h - 4 et 5 oct.Café Bar zénob Pique-nique-poésie: 12h-?''au 9 oct.Café Le Bucafin.Dîner-poésie : 12h - 3,4,5,6,7 oct.Café Morgane 7 Muffins et poésie : 11 h - 2 et 9 oct.librairieXorm Il Circo Pâtes et Passion Souper-poésie : 18h - 5,6,7 et 8 oct.L’Essentiel Dîner-poésie : 12h -1^^ 2,3,8 et 9 oct.Souper-poésie: 17h30 - 2 et 9 oct., 18h - 3 oct.Le Lupin Dîner-poésie : 12h - 4,5,6 et 7 oct.Souper-poésie : 18h30 -1®^ 2,4,5,6,7,8 et 9 oct.| Le Manoir Dîner-poésie : 12h -1®^ 2,7 au 9 oct.Souper-poésie : 18h30 - 5,6 et 7 oct.Olive & Papaye Dîner-poésie : 12h - 6 et 7 oct.Le Rouge vin Souper-poésie : 18h30 - 2,5,6.7 et 9 oct.Le Sacristain Tartines et poésie : 9h - 3,4,5,6 et 7 oct.Brunch-poesie:10h-2oct.Souper-poésie : 18h - 3 et 6 oct.Tapas et poésie : 18h - 7 oct.Le St-Germain Bistro Souper-poésie : 18h -1®' au 9 oct.Le Troquet (Hôtel Delta) Souper-poésie : 18h30 -1®' oct.Maison de la culture Pique-nique-poésie : 12h - 3 au 9 oct.Café Morgane Rendez-vous avec un poète ! Réservation 24h à l’avance 15h-ier, 2et6au9oct.19h30-ier,2et5au9oct.Hôtel Delta - Bar l’Hexagone Mignardises et poésie 16h-8et9oct.Le Sacristain 15h-4,5,6 oct.Musée des Ursulines 14h-1®f,2et5au9oct.Maison de la culture 15h-16f, 2et4au9oct.Nys Pâtissier Goûter-poésie 16h-ier, 4,6 et 7 oct.Hôtel Delta - Bar l’Hexagone 17h-6et7oct.Café Bar Zénob 17h-1er au 9 oct.Maison de la culture 17h-2au7oct.Maison Hertel de la Fresnière 1er et 8 oct.L’Embuscade Café Galerie Scotch et poésie 15h-1er au 9 oct.LeA Café Bar Zénob 19h-1er et 2 oct.20h30 et 23h - 30 sept, au 9 oct.Café Morgane-Librairie Clément-Morin 15h-ierau8oct.19h30-ierau7oct.Prix de poésie 30 1 23456789 PoètSS QUébéCOiS 30 1 23456789 Grand Prix Québécor du Festival International de la Poésie-2011 DUPRÉ, Louise Prix Piché de Poésie UQTR-2011 TURCOTTE, Nicole Finaliste Prix Piché de Poésie UQTR-2011 SAINT-HILAIRE-TREMBLAY, Marie Prix Félix-Antoine-Savard de Poésie-2011 GUERRETTE, François Prix Félix-Leclerc de Poésie-2011 LALONDE, Étienne Prix Émile-Nelligan-2011 MORE, Philippe Prix Jean-Lafrenière/Zénob-2010 LA FRENIÈRE, Jean-Marc Prix International de Poésie Antonio Viccaro-2011 OGAWA, Shizue (Japon) Prix Jaime-Sabinès-Gatien-Lapointe-2011 BRACHO, Coral (Mexique) Prix du Gouverneur Général-Poésie-2010 FOURNIER, Danielle Prix Alain-Grandbois-2010 BÉLANGER, Paul Prix ANEL-AQPF de Poésie-2010 TURCOTTE, Élise ACQUELIN, José I Bourse Hector-de-St-Denys-GarneaL-2Ci10 DUMONT, Alexandre Prix Jacques-Poirier-2011 BEAUCHAMP, Marjolaine Prix de littérature francophone Jean Arp-2011 DESAUTELS, Denise I Prix Innovation en enseignement de la I poésie-2011 À venir Finaliste - Pnx Innovation en enseignement de la poésie-2011 À venir Prix national de poésie en immersion en langue française-2011 REHE, Jessica (Ontario) Prix national de poésie pour les aînés-2011 À venir OLIVIER, Jean-Guy PAYETTE, Denis PHELPS, Anthony (Haïti/Québec) PIPAR, Rosette PLEAU, Michel POUPART, Jean-François SAGALANE, Charles SAINT-ÉLOI, Rodney (Haïti/Québec) THIBAULT, Martin TREMBLAY, Julie VERRET Aimée i E E E E E E E E E BARIL-PELLETIER, François (Ontano) ¦ ¦ ¦ * ¦ * ¦ * ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ DESPRÉS, Rose (N-Brunswick) * * ¦k DUGAS, Daniel (N-Brunswick) * * * * FILION, Sylvie-Maria (Ontario) * * * * LACELLE, Andrée (Ontario) * * * LÉGER, Dyane (N-Brunswick) * * * * LÉVEILLÉ, J.-Roger (Manitoba) * * * MAJOR, Alice (Alberta) * * * RIO, Nela (N-Brunswick) * * * SWANSON, Anna (C-Britannique) 1 1 1 1 1 1 * 1 * 1 * 1 1 1 B i B B i i B B B S D S El 9 S S a BARRETTE, Pierre ?* ?BEAUREGARD D., Virginie ?* * BERGERON, Jean-Philippe * * * * BOUCHARD, Sylvie * k * BOULANGER, Patrick ?CHAREST, Marie-Josée * * * COTNOIR, Louise * * * DARGIS, Daniel * k DAVID, Carole DEMERS, Pierre * * * DESCENT, Jean-Marc * k DESRUISSEAUX, Pierre * k * GAGNÉ, Mireille * * * GAGNON, Jean-Philippe * * k HARTON, Catherine * k * LABONTÉ, Olivier * * k LABRIE, Pierre k k k LAFONTAINE, Patrick k k k LAMOTHE, Serge k * k LAROCHELLE, Corinne k k k LEBEL, Carol * k * k NEPVEU, Pierre * ASSONNE, Sedley (île Maurice) g BAUTISTA VAZQUEZ, Maria (Mexique) BERROA, Rei (République Dominicaine) BORDINI, Carlo (Italie) CANO, Kenia (Mexique) DALEMBERT.Louis-Philippe (Hait/France) E DE JESUS-BERGEY, Josyane (France) DE LUCA, Christine (îles Shetland) DOMINGUEZ, Jose Luis (Mexique) ESPITIA BECERRA, Tania (Colombie) HANDAL, Nathalie (Palestine/États-Unis) KHOKHLOVA, Olga (Russie) KURTOVITCH, Nicolas (Nouveile-Calédonie) | LEGEZA, Dmitry (Russie) LUMBREFÎAS.Ernesto (Mexique) MONTENEGRO, Silvia (Argentine) MOORHEAD, Andrea (États-Unis) MUSGRAVE, David (Australie) NORCLIFFE, James (Nouvelle-Zélande) PAIROUX, Christophe (Wbllonie-Belgique) | POPESCU, Marius Daniel (Suisse) POZZANI, Claudio (Italie) QUINTERO, Felipe Garcia (Colombie) RANCOURT, Jacques (France/Québec) SCHROVEN, Pierre (Wallonie-Belgique) SHABUTSKIY, Sergey (Russie) SOMECK, Ronny (Israël) TIDJANI-SERPOS, Nouréini (Bénin) VAZQUEZ, Luis Francisco (Mexique) | WILLER, Claudio (Brésil) 30 1 2345678 30 1 23456789 Info-Festival: 819 379-9813 Site Internet : www.fiptr.com Vous trouverez notre programmation complète chez tous les nôtes du Festival.^^ta/ndù ioîHU/ Ù/ pjHAU' Samedi 8 octobre 20h 24 poètes sur scène à la Maison de la culture (#4).Prix 15 $ taxes incluses.Réservations billetterie de la salle J.-Â.-Thompson entre 11 h et 18 h : 819 380-9797 ou billetterieOvSr.net ou 1 866 416-9797 (sans frais).Québec 1^1 Patrimoine Canadian I I O la francophonie ORGANISATION INTERNATIONALE DE LE DEVOIR Libre de penser UNIVERSITE DU QUEBEC A TROIS-RIVIERES canadien Heritage J*** Canada Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts GOUVERNEUR HÔTEL TROIS-RIVIÈRES 4 TROIS-RIVIERES VILLE ^'HISTOIRE CULTURE LE DEVOIR LES SAMEDI I ET DIMANCHE OCTOBRE 2011 F 5 LITTERATURE littérature française Dans la douleur éblouissante d’Hendrix Pour cet Hymne, dédié à Jimi Hendrix, Lydie Salvayre a choisi un moment magique de la culture américaine: le 18 août 1969, à Woodstock, dans une ambiance de fin d’un monde qui se voulait le début d’un autre, Hendrix entonnait l’hymne national, revisité par son génie musical.Aux cimaises de la contre-culture, une musique restera suspendue: The Star Spangled Banner.GUYLAINE MASSOUTRE De Salvayre, on ne dira jamais assez sa plume mordante.Cette fois-ci, le ton est autre.Hymne, son portrait du chanteur-compositeur guitariste Hendrix, est tout ensemble un hommage, le souvenir d’une époque héroïque et qne traversée des continents.A son tour, elle fait chanter des mots bouleversés et touchants, ramassés, économes; des phrases tendues comme des cordes de guitare par l’émotion.«La bannière étoilée».De ce poème, écrit par Francis Scott Key en 1814, surgirait l’hymne officiel qu’on sait.Le bombardement de Baltimore par les navires anglais avait lait sursauter ime na- tion: il fallait Iq liberté à cette constellation d’Etats, fiers de se fédérer autour de leur indépendance.Cela devint sjmbolique.En 1969, résister, c’était la volonté d’être ensemble fédérés dans le rock, l’amour libre en plus, la guerre du Vietnam en moins.Quand Jimi Hendrix, génial guitariste du soul, sort un solo admirable de l’hymne national, un mo (nu) ment exceptionnel de free jazz vient de naître.Il n’a que vingt-six ans.Aux militaires qui préparent le désastre du Vietnam s’opposent non seulement le Flower Power des hippies, mais aussi une jeunesse vibrante de l’Occident.Ni les étudiants déjantés, ni les musiciens drogués, ni les marginaux squattant un fameux campus californien, au- tour d’un petit quadrilatère herbu de Berkeley, ne font cette histoire.Non.Cela se passe à Woodstock, dans la boue et parmi les tentes plantées là pour trois jours, sous des haut-parleurs bourrés de dissonances: s’y élève le vibrato fabuleux d’une guitare électrique «gipsy».Who Knows, Machine Gun, Changes, Power of Soul, Message to Love., Hendrix, épique, une grande âme attaquant des cordes.S^lvaj^e y retourne en écriture.Emue à chaque phrase, elle s’emporte dans le fyrisme de ce beau titre.Hymne dans tous les sens.C’est le petit matin du 18 août; le légendaire guitariste et son groupe, Gypsy Sun & Rainbows, s’apprêtent à clore le festival.Ils vont cerner ce qui soude la foule hagarde: l’hymne chargé d’éclairs.Et voici qu’ils ébranlent les valeurs établies sous une évidence: rompre leur discours.«Et cette vérité violente que Hendrix fit résonner sur l’envers sombre d’une Amérique vernissée, cocardière, et sûre de son droit, constitua pour tous ceux qui étaient là, ce matin du 18 août 1969, à 9 heures, à Woodstock, une délivrance, une délivrance qui les laissa déconcertés et étourdis, mais une délivrance salutaire»: trois minutes quarante-trois de vibrato, de feed-back et d’effets Larsen, tandis qu’éclataient des bombes, sous la mitraille de ses doigts fermes, quand en Asie le ciel et la terre broyaient la chair à coups d’obus.Retour d’une époque sismique Cette colère était sans mots.Salvayre en a, elle, pour dire ces trois minutes hallucinées, ce «rythme qui par ses ruptures et ses emportements s’insurgeait contre le temps synchronisé et homogène des horloges sociales, lequel expulsait brutalement les hommes hors de leur temps intime, calibrait les saisons de leur vie et programmait leur pauvre corps».Et ces mots rejoignent la fraternité pensante qui rêvait sous un médiator: on sent les coeurs entraînés par les harmoniques inouïes de la basse électrique, les sons amplifiés et distordus, la main qui arrête le son, ajoute du â REUTERS AMALIE R.ROTHSCHILD Le nouveau roman de Lydie Salvayre fait le portrait d’une époque en s’attachant à la figure du guitariste mythique Jimmy Hendrix (1942-1970).Cela s’appelle la vie GILLES ARCHAMBAULT Je l’avoue d’entrée, je suis un fervent lecteur de ces écrits intimistes dans lesquels les auteurs adoptent le ton de la confidence.Le genre n’est pas de tout repos.Quelques traits un peu trop outrés, une complaisance ou deux et le charme est rompu.Le rendez-vous de Saigon d’Antoine Audouard séduit parce qu’il raconte sans aucun recours au pathos les derniers jours d’une vie.Pourquoi Saigon?Le grand-père de notre écrivain y avait connu le régime colonial.Son fils, polygraphe sans envergure, journaliste au Canard enchaîné, aussi velléitaire qu’alcoolique invétéré, avait promis d’entreprendre cette évocation du père que le fils prend à son compte.«Mon père était un écrivain français mineur, qui ne possédait même pas un exemplaire des quelque soixante ou soixante-dix livres qu’il avait écrits.» Cette phrase est la première du récit.Qn ne tarde pas à apprendre que le père qui a progressivement perdu la vue croupit sur un lit d’hôpital.Les relations père-fils ne sont en rien un sujet nouveau en littérature.Antoine Audouard réussit à nous rendre attachant un homme en fin de parcours, un homme avec qui les relations n’ont pas toujours été faciles.«Les pères ne disent rien à leur fils, ou si peu, et quand ils parlent enfin c’est trop ou trop peu — et trop tard de toute façon.» Audouard ajoute: «On ne vend à ses enfants que sa façon d’être, et l’emballage ne trompe jamais, même s’ils n’y compren-ncfitrien.» Evoquant sa lecture de l’essai de Joan Didion consacré à la mort de son mari, The Year of Magical Thinking, livre dans le- quel la romancière américaine scrute avec une obsession clinique les raisons du décès de son compagnon, Audouard avoue qu’il n’a au fond rien su des causes qui ont entraîné la mort de son père.«Je savais l’essentiel, je savais qu’il allait mourir.» Il était en agonie, celui que sur le tard il avait réussi à tenir pour son ami, «prêt à l’aider sans compter».Ce qui fait la valeur de ce petit récit, c’est à n’en pas douter le ton à la fois pudique et franc sur lequel les choses nous sont dites.A partir d’un certain moment de sa vie, tout être humain connaît l’épreuve du deuil.Nos parents sont morts ou mourront.Nous avons eu ou aurons la tâche d’assister à leur décrépitude, à leurs souffrances et à leur décès.Les bonnes âmes parlent d’habitude d’assistance, d’aide.Qu’en est-il véritablement?Dans ce Rendez-vous de Saigon, il s’agit d’une interrogation murmurée sur le mystère de vivre.Le fils voudrait bien accompagner son père dans ce qu’on nomme le dernier voyage.Il sait bien, ce fils, qu’il n’est au mieux que le spectateur ému d’un abandon, d’un adieu probablement désespéré.Quand j’aime un livre, je ne déteste pas qu’il soit lu.J’ai adoré celui-là.Je souhaiterais donc que ce récit ne se perde pas dans la mer des publications qui inondent les tables des librairies.Il est probable qu’il n’ait déjà plus sa place dans les bacs.Dommage, il mérite mieux.Et puis, un livre, ça se commande.Collaborateur du Devoir LE RENDEZ-VOUS DE SAIGON Antoine Audouard Gallimard Paris, 2011,119 pages Un été sans les hommes « Siri Hustvedt [.] propose cette comédie romantique féministe où elie manie avec ad ironie mordante et tendre iégèreté.» - Monique Roy, Châtelaine « Hustvedt partage sa profonde réflexion sur la mythologie féministe [.] et fait vibrer le lecteur avec érudition et chaleur.» - Manon Trépanier, Le libraire « Drôle, méchant, tendre, porté par l’amour et la littérature qui nourrissent l’héroïne et ses amies.Un été sans les hommes est une oeuvre pleine d'énergie pour dire le tourbillon de la vie.» - Christine Ferniot, Lire (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com silence et reprend, précise, ses techniques juxtaposées, hors genre, musique noire, amérindienne, blanche, gitane, montante et descendante dans les replis de sa sensibilité.Ce qui fut fédéré, en ces trois minutes d’exception, ne transigeait pas avec les rêves.Salvayre raconte donc une génération et une vie, broyées par la machine politico-économique, par le show-biz.Bien sûr, elle met en question les échecs de cette posture exaspérée et morbide, sa vanité ultime.Mais au crédit de cette mort annoncée, elle restitue ime conscience lucide: «Sentiment de nullité d’une vie qui ne devenait véritablement une vie que dans le vertige éphémère de la musique.» En 1969, Salvayre a dix-sept ans.Elle repasse les circonstances, la déflagration, la défonce, et elle serre de près l’outrance indélébile du talent CoUaboratriee du Devoir HYMNE Lydie Salvayre Seuil Paris, 2011,241 pages La Grenouillère Petites morts et autres contrariétés i,'’ NOUVEAUTÉ | -"in!* Mention spécial», Prix Récit, théâtre, contes ' et nouvelles 2011 " ’ ' Salon du Livre du Saguenay-Lac-Salnt-Jean Jean-Pierie Vidal Petites morts et autres contrariétés nouvelles • 176 pages • 15,95 $ «L'érudition et la qualité d’écriture contribuent au plaisir de lecture toujours renouvelé.» Commentaires du Jury ;![¦ \'.:\y ( )iii-lU‘t L’homme des jours oubliés Jean-Marc Ouellet L’homme des jours oubliés roman • 300 pages • 20,95 $ Étienne affronte un monde insolite, hermétique et trompeur : notre univers.L’échappée des petites Château de banlieue NOUVEAUTE Marjolaine Bouchard L’échappée i maisons roman • 170 pages • 18,95 $ «ToutyestlL’irrui^nation, la manière de transformer la réalité et de l’habiter.La cruauté aussi.» Yvon Paré, Progrès-Dimanche NOUVEAUTE Caroline Moreno Château de banlieue roman • 178 pages • 18,95 $ Cinq personnes découvrent un univers de luxe, mènent la vie de château et réalisent leurs rêves les plus fous jusqu’au jour où.Histoires sans Dieu Alain Gagnon Propos pour Jacob Karine Rosso Histoires sans Dieu nouvelles • Coll.«Migrations» 122 pages • 18,95 $ Migrants ou déracinés, ces personnages sont tous reliés les uns aux autres par un humanisme qui les porte et les transcende.Alichel Samson Ombres sereines Alain Gagnon Propos pour Jacob essai • 124 pages • 22,95 $ « Un essai profond qui mérite d’être passé au crible, surligné, annoté.[Il] bousmle, déstabilise et modifie les paysages intérieurs.» Commentaires du jury Dany Tremblay Ibus les chemins mènent à l’ombre Prix Déccuverte 2010 Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean Michel Samson Ombres sereines récits •112 pages • 22,95 $ «Les “récits immobiles" de Michel Samson laissent entendre la voix forte d’un écrivain, mélodieuse et pure, qui invite à incarner la nature de l’être dans le moment fugitif » Commentaires du jury Prix Récit 2010 Salon du Livre du Saguenay- Lac-Saint-Jean Danylïemblay Ibus les chemins mènent à l’ombre nouvelles *140 pages • 22,95 $ «À travers toute cette noirceur.Tous les chemins mènent à l’ombre trouve sa lumière dans l’écriture simple, coulante, épurée et efficace de Dany Tremblay.» Commentaires du jury Les Éditions de La Grenouillère Louis-Philippe Hébert, éditeur • France Boisvert, dir.littéraire C.P.67, Saint-Sauveur, QC JORIRO v™w.lagrenouillere.info • Distribution exclusive : Dimédia F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI I“ET DIMANCHE OCTOBRE 2011 LITTERATURE ESSAI L’éducation démocratique au pied du mur Un manifeste de la philosophe américaine Martha Nussbaum GEORGES LEROUX Bien connue aux Etats-Unis pour sa défense des droits des minorités, Martha Nussbaum est d’abord une philosophe de premier plan et son oeuvre dans le domaine de l’éthique est majeure.Formée comme helléniste, elle a développé très tôt dans ses livres une approche qui la caractérise depuis: un intérêt pour les conditions de la vie morale, et en particulier pour tout ce qui concerne la vulnérabilité et la précarité.Son livre sur l’amour (La connaissance de l’amour, éditions du Cerf, 2010) reprend ce thème à travers un ensemble d’essais, de même que plusieurs autres ouvrages sur l’émotion morale et le bonheur.Plus récemment, elle s’est intéressée aux conditions économiques de populations démunies et elle a développé, avec son mari Amartya Sen, la théorie des «capabilités», une approche des conditions de la vie humaine et de la dignité (Femmes et développement humain.L’approche des capabilités, éditions des Femmes, 2008).Son essai le plus récent est une intervention d’une grande vigueur dans le combat qu’elle mène dans la culture américaine pour la survie des «humanités».Devant l’érosion des enseignements littéraires, historiques et philosophiques, au profit de programmes techniques ajustés au marché, Martha Nussbaum développe un argument que confirme le titre original anglais de son livre: Not for Profit.Cet argument est d’abord civique et concerne la recherche des moyens pour former des citoyens conscients, solidaires et démocrates.Mandatée au début des années 1990 pour réaliser une vaste étude sur les formes novatrices dans l’enseignement des collèges américains, elle en a visité plus d’une centaine.Sa recherche a donné lieu à un livre qu’on peut considérer comme la bible de l’éducation humaniste contemporaine (Cultivating humanity.A Classical Defense of Reform in Liberal Education, Harvard University Press, 1997).Ses constats sont clairs: les jeunes qui se forment en étudiant les disciplines des humanités développent les attitudes (émotions, mais aussi habiletés intellectuelles) qui sont aujourd’hui nécessaires pour comprendre et intervenir dans le monde.Quelles sont-elles?La capacité de comprendre l’autre au moyen de l’imagination narrative, l’examen critique de soi-même, l’ouverture cosmopolitique, le respect des minorités et l’engagement social.Le présent essai offre un condensé de l’argument.On pourrait le résumer comme suit.Les démocraties libérales doivent maintenir une économie forte et une société de droits, mais ces objectifs ne sont atteints que si chaque société développe par l’éducation une culture de vigilance critique et responsable et une force d’innovation dans la recherche et l’action sociale.Ces Une intervention d’une grande vigueur pour la survie des humanités finalités citoyennes doivent être d’autant plus promues que les sociétés démocratiques sont le lieu de désaccords sur les conditions du bonheur et le sens ultime de la vie humaine, par exemple sur le difficile équilibre de la solidarité et de la prospérité, ou encore sur la rencontre des différences culturelles et les problématiques de respect et d’accommodement.Pour Martha Nussbaum, la clef de l’éducation contemporaine est donc son engagement envers la démocratie.En cela, elle se montre l’héritière de John Dewey.Un réservoir de l’expérience humaine L’éducation morale, au sens fort de ce terme, joue ici un rôle majeur.Les humanités ne sont pas le résidu d’une culture d’élite qu’il s’agirait de sauver à tout prix, mais au contraire le réservoir de l’expérience humaine recueillie dans l’histoire.S’il est important de lire Virgile et Platon autant que Joyce et Rousseau, ce n’est pas pour devenir «cultivé» au sens ancien de ce terme (avoir des lettres), mais parce que les humanités offrent les meilleurs outils pour former l’émotion morale, par exemple la compassion pour les démunis, l’ouverture aux croyances des autres, la capacité de dialogue, le respect de l’égalité.La pédagogie socratique constitue sans doute le chemin le plus efficace pour y parvenir, surtout en raison de la discussion argumentée, mais aussi par l’accent sur la liberté et sur la création.Le Québec maintient dans son programme collégial une formation générale de littérature et de philosophie qui répond à plusieurs des exigences exprimées ici.Le nouveau programme Ethique et culture religieuse au primaire et au secondaire contribue aussi à cette entreprise de réflexion critique et de connaissance de l’autre.Quand on lit cet essai, on ne peut que constater un certain nombre d’acquis.Mais sommes-nous si certains que ces acquis sont durables?La transmission de la culture demande en effet, ici aussi, un nouvel argumentaire.L’expérience américaine montre une technicisation accrue de toutes les formations qui a été dénoncée également au Québec.L’équilibre est certes difhcile à atteindre, mais tous ceux qui sont attentifs au cheminement de l’éducation, dans notre société et ailleurs, liront ce livre en se disant qu’il y a de bonnes raisons, d’abord civiques, de lutter pour la culture et ne pas céder devant la tentation de tout lâcher.Collaborateur du Devoir LES ÉMOTIONS DÉMOCRATIQUES Comment former le citoyen DU XXP SIÈCLE?Martha Nussbaum Traduit de l’anglais par Solange Chavel Climats Paris, 2011,205 pages ROMAN POLICIER James Lee Burke et les derniers polars MICHEL BELAIR Une bonne demi-douzaine de gros livres m’ont suivi tout l’été.En voici déjà quatre, les deux autres n’étant toujours pas disponibles en fran- çais.Comme d’habitude, il y a là du meilleur comme du pire, ou disons plutôt du moins convaincant.La plus riche et la plus impressionnante de ces histoires étant évidemment celle du grand écri- vain James Lee Burke qui, dans La nuit la plus longue, situe son récit dans La Nouvelle-Qrléans frappée de plein fouet par l’ouragan Katrina.C’est un livre terrible, une véritable descente aux enfers.Voilà Dave Robicheaux et son ami Clete Purcell sur la trace de fuyards qui ont profité du désordre pour prendre le large, ou plutôt pour sillonner en bateau les quartiers engloutis de la ville dévastée pour y ramasser ce qu’ils pouvaient dans les maisons abandonnées.Par hasard, ils se retrouvent ainsi chez un caïd local où ils mettent la main sur un lot de faux billets, un sac de coke et des «diamants de sang»: ils le paieront très cher.L’un d’eux est tué par un soudain coup de fusil dans la nuit, qui dévie sur un deuxième et lui fracasse la colonne vertébrale; les deux autres tenteront sans succès, vous l’avez déjà deviné, d’échapper à leur destin.L’intrigue est évidemment beaucoup plus complexe, mais c’est surtout le climat général dans lequel baigne le livre qui le rend essentiel.Qn rencontre là des hommes confrontés à la peur et à l’horreur, des lâches et des salauds comme il est difficile d’en imaginer et des figures presque christiques qui vous déchireront l’âme.Burke ne nous épargne rien dans ce grand livre en forme de jugement dernier où l’idée même de l’Amérique en prend pour son rhume.Brrrr.Rocambolesque et incontournable Jo Nesbo a choisi, lui, de plonger son inspecteur Harry Hole dans une histoire rocambolesque alors qu’un tueur en série nous fera courir des sommets enneigés de la Norvège jusqu’au cœur de l’ex-Congo belge.Tout commence à Hong Kong, où Hole s’est réfugié dans l’opium et l’alcool pour oublier les retombées catastrophiques de ses dernières enquêtes (Le bonhomme de neige.Le chasseur de têtes) sur sa propre famille.Lorsqu’il revient en Norvège pour accom- Albin Michel L amour des maîtres « Melissa Grégoire signe avec L’amour des maîtres un livre splendide, véritable révélation pour un premier roman, qui sonde au plus profond des relations maîtres-élèves pour en révéler les ambiguïtés.» - Le ibraire (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com pagner son père mourant, Harry reprend du service et tombe au beau milieu d’une lutte de pouvoir interne qui réussira presque à saboter l’enquête.11 parviendra du moins à la dernière minute à résoudre cette histoire de déceptions et de faux-semblants en tous genres dont personne ne sortira indemne.Le léopard est un irrésistible «page turner», comme disent les Français, mais disons que la grande scène finale fait un peu beaucoup «Hollywood».Ce qui n’est surtout pas le cas de Gianrico Carofiglio, un ancien juge antimafia devenu romancier — on vous avait parlé ici de son livre précédent, Les raisons du doute.Fin de la quarantaine, son héros l’avocat Guido Guerrieri vit en solitaire dans la petite ville de Bari, dans les Pouilles.avec un sac de boxe sur lequel il tape régulièrement dans des scènes d’une rare intimité.Le silence pour preuve vous fera découvrir un Guerrieri humaniste, fan de vélo comme de Leonard Cohen et d’Umberto Eco, dont il cite volontiers d’irrésistibles passages sur Charlie Brown.Plus que l’intrigue, c’est la galerie de personnages que tisse Carofiglio d’une main de maître tout comme ses considérations générales sur la vie en Italie aujourd’hui, évidemment, qui le rendent absolument incontournable.Une découverte à faire au plus vite! Val McDermid, enfin, dont on a eu l’occasion de parler à plusieurs reprises au cours des dernières années, nous raconte ici une histoire qui semble lui tenir à cœur et qui est reliée à la grève des mi- neurs qui a divisé le Royaume-Uni en 1984, sous le règne de Margaret Thatcher.Elle greffe à ce moment marquant des luttes ouvrières le récit fictif d’un enlèvement qui tourne mal, et voilà que l’on se retrouve presque à aujourd’hui, 25 ans plus tard, en Toscane, pourquoi pas, à élucider un «cold case» que l’on voit venir dès la centième p^e.Qn aura deviné que l’intrigue de Sans laisser de traces est cousue de hl blanc et que le livre est le moins intéressant de ce quatuor.Le Devoir LA NUIT LA PLUS LONGUE James Lee Burke Traduit de l’américain par Christophe Mercier Éditions Payot-Rivages/Thriller Paris, 2011,475 pages LE LÉOPARD Jo Nesbo Traduit du norvégien par Alex Fouillet Gallimard/Série noire Paris, 2011,760 pages LE SILENCE POUR PREUVE Gianrico Carofiglio Traduit de l’italien par Nathalie Bauer Seuil Policiers Paris, 2011,248 pages SANS LAISSER DE TRACES Val McDermid Traduit de l’anglais par Matthieu Farcot Flammarion Paris, 2011,460 pages VIENT DE PARAITRE Æ Richard Vézina Chisasibi Avec Chisasibi, le lecteur plonge au cœur de la forêt boréale et de la psyché humaine.J’espère que cette magnifique histoire se retrouvera un jour sur nos écrans».(Roméo Saganash) CARTE BLANCHE - En librairie, 22,95$ LE DEVOIR LES SAMEDI I“ET DIMANCHE OCTOBRE 2011 F 7 LIVRES Entrevue avec Nancy Huston « Qu’es^ce qui me concerne ?» Nancy Huston, on le voit à sa bibliographie, aime se tremper aux arts visuels.En plus de ses romans et essais — Infrarouge, Lignes de faille, Professeurs de désespoir (tous chez Actes Sud), entre autres —, elle a signé plus d’une demi-douzaine de collaborations avec des artistes.Coup sur coup s’y ajoutent Dénions quotidiens et Edmund Alleyn ou le détachement.Entretien à distance sur l’écriture, la peinture et, par la bande, le politique.CATHERINE LALONDE Les mots de Nancy Huston ont côtoyé sous les couvertures les photographies de Jacqueline Salmon, de Valérie Winckler ou de Jean-Jacques Cournut.Là, ils ont frôlé les dessins de Chloé PoizaL ici, les peintures de Mascha Schmidt.Tout récemment, dans Poser nue (Biro&Cohen), illustré des sanguines de Guy Oherson, elle décortiquait ce qui se passe dans la tête du modèle, si souvent femme, pendant la pose, enfrait dans la tête de la regardée.D’où vient ce rapport aux arts visuels?«C’est une bonne question, dit-elle en creusant ses souvenirs, contactée par téléphone à l’aéroport, où elle attendait son vol pour Montréal./’ai passé vraiment une enfance très loin de tout ça.Je n’avais presque jamais été dans un musée, ni mon père ni ma belle-mère ne s’intéressaient à la peinture.Ils achetaient des croûtes à leurs amis qui peignaient pour vivre.Tout ça était assez quelconque.Je pense que les premiers chocs sont venus lors du cours d’histoire de l’art, dans mon lycée américain: la prof, une vieille dame, nous a distribué des images, des œuvres de la Renaissance.Je crois que c’est là que ç’a commencé, avec des Andrea del Sarto, des Giotto, des choses comme ça.» Démons quotidiens (L’Icono-claste/Leméac), journal à quatre mains, est signé avec l’artiste Ralph Patty.«On fait partie d’une bande d’amis qui se retrouvent régulièrement pour chanter, déconner, lire.Je savais que Ralph faisait ces dessins quotidiens.» Chacun, pendant un an, de juin à mai, partant de l’actualité, a laissé aller qui sa plume, qui ses pinceaux, pour traduire de façon libre, en mots et en lavis, les nouvelles du jour.«Ce n’est pas de la chronique, précise l’Alhertaine d’origine.C’était difficile de trouver le ton.Je n’avais pas envie d’avoir l’air de gauche ou de droite, de prouver que fai voté là.Je voulais regarder l’espèce humaine avec un peu de recul et m’émerveiller de la folie de nos comportements.La règle était d’accepter la multiplicité, pas du tout de faire un journal politique, mais de montrer à quel point nous avons plusieurs soi en nous: le soi citoyen, le soi parent, le fantasmant-révant, le sale gosse, etc.» Une des premières entrées de Huston résume: «La question que nous pose l’actualité (et j’aimerais bien savoir de quand date ce mot) est la suivante: qu’est-ce qui me concerne?» L’écriture au quotidien Au fil des pages se sent le frottement constant entre l’indignation, la culpahilité, le confort et l’indifférence devant les nouvelles du jour.«Ne pas oublier: la possibilité d’étre au courant de tous les malheurs du monde est incroyablement récente dans l’histoire de l’humanité», écrit encore Huston.Au final, indique-t-elle dans l’avant-propos, le jeu est une exploration du «paradoxe que chacun gère comme il peut: nous sommes individus, mais ne pouvons vivre qu’avec les autres et grâce aux autres, dans un monde construit par les autres, pour le meilleur et pour le pire».L’expérience de l’écriture quotidienne, cet exercice pratique, journalier, Nancy Huston le connaissait déjà.«J’ai un journal, depuis très longtemps, qui fait des milliers et milliers de pages et que je tiens depuis 40 ans.J’y parle très peu de politique.Peut-être parce qu’on en parle beaucoup à la maison.Je suis toujours impressionnée quand je lis des en trées brillantissimes sur la politique ou la littérature dans le journal intime de gens comme Sartre, Beauvoir ou Marina Tsvétaïéva.Le contenu de mon journal est très, très névrotique, je le cache soigneusement», confie-t-elle dans un bel éclat de rire.t Olivieri librairie ^-bistro Olivieri Au cœur de la littérature Mercredi 5 octobre à 19 h 00 Pierre N'ep\'eii -» ^ • Cxaston _Miron /vie d’un ^ lioniiiie * LECTURE - CAUSERIE Gaston Miron la naissance du poète «Il est rare qu’un homme et son livre forment à ce point un seul bloc infrangible que la qualité littéraire d'une œuvre et la personnalité publique de l'auteur puissent autant se nourrir mutuellement.» Pierre Nepveu Poète, romancier, essayiste et auteur de Gaston Miron.La vie d’un homme, Éd.du Boréal.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Claude Laroche Le comédien Claude Laroche lira la poésie de Gaston Miron et un extrait de la biographie.Nancy Huston signe Démons quotidiens, une œuvre où se côtoient littérature et arts visuels.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Dans Démons quotidiens, les obsessions de l’auteure transparaissent.Romain Gary en est, ainsi qu’un certain regard féministe, une pensée sur le regard que posent les hommes sur le corps des femmes «puisqu’en même temps je commençais un essai sur la beauté.Il y a aussi la présence de mes enfants, mon mari, mes amis, et des choses que Ralph a initiées et sur lesquelles je rebondissais.» Portrait d’Edmund Alleyn En même temps paraît la monographie Edmund Alleyn ou le détachement (Leméac/Simon Blais), dont Huston signe un avant-propos étoffé, bien senti.«Ce qui m’a décidée, c’est d’avoir vu L’atelier de mon père, le film de sa fille Jennifer Alleyn.» Ce documentaire, portrait intimiste, retrace la vie du peintre.Le film a remporté un prix Gémeau et le prix de la meilleure œuvre canadienne au Festival international du film sur l’art 2008.«J’ai été prise par la main par le Jilm, ensuite par Jennifer elle-même, qui m’a fait découvrir l’homme.Si je n’avais vu que ces derniers lavis, je n’aurais pas compris toute l’œuvre.L’autre chose qui m’a touchée, chez Alleyn, c’est son bilinguisme, son passage de l’anglais au français, le fait qu’il avait vécu en exil à Paris, à quoi ç’avait correspondu chez lui.Je me suis sentie apparentée.» Au Québec pour quelques jours, Nancy Huston en profitera pour travailler à la traduction d’un spectacle musical.Le mâle entendu, qu’elle tourne avec trois copains jazzmen.«C’est moi qui porte leurs voix d’homme; je les ai fondues ensemble.Eux jouent la musique, je suis habillée en garçon, et je danse, et je chante, et tout ça.Plus je vieillis, moins fai peur du ridicule», dit celle qui vient tout juste de fêter ses 58 ans.Elle termine, pour avril prochain, cet essai sur la beauté, pour l’instant intitulé Reflet(s) dans un œil d’hom-me.Et mijote déjà un prochain roman, «pour [ses] 60 ans».Le Devoir \ - s" j; ’m La chute de Sparte « “ Parce que les parents ne veulent rien voir ”, le chanteur Biz [.] prend la plume pour décrire la réalité “ sombre et crue " que peuvent vivre certains ados dans ies polyvaientes du Québec.» - Sarah-Maude Lefebvre, Le Journal de Montréal « Ce deuxième récit confirme ce que le précédent laissait deviner.Biz a la plume d’un auteur et aussi la piqûre pour i'écriture.>> - Patrick Delisle-Crevier, canoë.ca (514) 524-5558 iemeac@lemeac.eom DEMONS QUOTIDIENS Nancy Huston Illustré par Ralph Petty L’Iconoclaste/Leméac Paris, 2011,408 pages EDMUND ALLEYN OU LE DETACHEMENT Avant-propos de Nancy Huston Œuvres d’Edmund Alleyn Leméac/Simon Blais Montréal, 2011,80 pages Nrini^ l-IUSTON !nus Kdlph PEITY y K DEMONS QUOTIDIENS V -flÇW: ¦ iV’ Fpin-EMMANUEL SCHMITT i Albin Michel F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI I“ET DIMANCHE 2 OCTOBRE 2011 LIVRES ESSAI QUEBECOIS Percer le mur ethnique montréalais Sean Mills met en relief la dimension universaliste de la gauche québécoise des années 60 Lorsqu’il publia Nègres blancs d’Amérique en 1968, Pierre Vallières définit les Québécois selon l’anticolonialisme le plus radical.Aujourd’hui, un historien anglophone qui n’a guère plus de 30 ans, Sean Mills, comprend si bien cette notion controversée qu’il nous étonne en citant, pour la défendre, le Martiniquais Aimé Césaire: «Il peut y avoir une négritude blanche, une négritude du peuple du Québec.» MICHEL LAPIERRE Ce n’est pas l’unique point de vue éclairant et nuancé qu’adopte Mills, professeur adjoint à l’Université de Toronto, dans son essai Contester l’empire, livre traduit de l’anglais.Le sous-titre seul.Pensée postcoloniale et militantisme politique à Montréal (1963-1972), tranche sur l’attitude de certains historiens québécois qui, à l’heure actuelle, minimisent l’esprit révolutionnaire de cette période.Césaire, après avoir ridiculisé l’idée d’assimiler des Blancs à des Noirs, finit, dans les années 90, par reconnaître, affirme l’historien, «que Vallières et d’autres Québécois avaient compris en profondeur le mouvement de la négritude», cette résistance, à la fois viscérale et raison-née, à toute oppression.Le poète martiniquais précisa: «Notre mouvement se fondait en apparence sur la race, mais il allait au-delà de cela.Il y avait un cri, un cri humain universel.» Même si elle est loin d’être évidente, d’échapper aux contradictions et aux antago- nismes, la dimension universaliste de la gauche québécoise a séduit Mills, au point de devenir le thème principal de son livre.«Je soutiens, écrit l’historien, qu’à Montréal les idées progressistes traversaient les frontières linguistiques et ethniques, et que les groupes protestataires profitaient des analyses des uns et des autres.» Les exemples qu’il donne sont saisissants.Le leader afro- PENSEE POSTCOtONIALE £1 MILIfANTlSME POLlTlOÜf A MONTRÉAL.lOiS l
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