Le devoir, 8 octobre 2011, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 LITTERATURE Oksanen vue par Wajdi Mouawad Page F 5 w\y l.llIKRTK DU OUHIiHC ESSAI Rafraîchir l’idée d’indépendance Page F 6 LIVRES i: ART VI\^T Autour de ^ Paul-Émil^Bordiias Boréaf' Paul-Émile Borduas, l’athée impénitent par lequel le scandale arrive en 1948, était-il plus catholique qu’il ne le croyait?«La vérité a donné, pour Borduas, quelques images de Dieu qui sont ses toiles», écrivait par exemple Pierre Vadehon-cœur dans les années 1960.Cette récupération catholique de l’œuvre de Borduas, qui irritait le peintre, est-elle justifiée?est clair: cette religion véritable et au déploiement LOUIS CORNELLIER Le sociologue Jean-Philippe Warren explore la question dans L’art vivant.Autour de Paul-Emile Borduas.Essayiste au style élégant et à la pensée originale, Warren s’attache notamment, depuis quelques années, à retracer les origines catholiques de la Révolution tranquille.Ses deux premiers essais sur ce sujet.Un supplément d’âme.Les intentions primordiales Borduas de Fernand Dumont (PUL, 1998) et Sortir de la «Grande Noirceur».L’horizon «personnaliste» de la Révolution tranquille (Septentrion, nuit à l’art 2002, en collahora-tion avec E.-Martin Meunier), étaient admirables.Son plus récent travail présente les mêmes qualités.Claire et instructive, tout en étant lyrique et sensible, la prose de Warren est celle d’un savant qui maîtrise et aime son sujet.Le livre qui la contient, toutefois, semble être sorti un peu vite des presses puisque ses pages s’en détachent comme tombent les feuilles en automne.Le sociologue, cette fois encore, en analysant le «cheminement intellectuel» de Borduas, cherche «à comprendre le devenir d’une communauté canadienne-françai-se qui, dans les années 1940 et 1950, tentait de s’approprier une nouvelle parole dans laquelle pourraient s’exprimer des aspirations collectives jusque-là enfouies ou hésitantes».Dans Rejus global, Borduas est clair: cette nouvelle parole ne sera pas catholique puisque cette religion, selon lui, nuit à l’art véritable et au déploiement de la vie.Avant d’en arriver à ce constat, pourtant, le peintre avait fait un bout de chemin avec des penseurs catholiques progressistes.de la vie Un anticléricalisme de l’intérieur Pour expliquer le passage de Borduas à l’art abstrait, deux hypothèses sont généralement retenues: l’influence du surréalisme et celle des artistes anglophones montréalais (notamment John Lyman).Warren ne nie pas ces influences, mais il en retrace une troisième, peut-être la principale, au cœur même de la société canadienne-française, qui explique la nécessité ressentie par Borduas «d’inventer un style qui soit en conflit ouvert avec l’académisme».Cette influence, c’est le personnalisme, une philosophie d’origine française qui résonne alors fortement dans les cercles catholiques progressistes québécois.Sorte dé «anticléricalisme de l’intérieur», le personnalisme critique le «conformisme spirituel et culturel» imposé par l’institution catholique et prône «une version rénovée du catholicisme».Inspirés par Péguy, selon lequel des catholiques sont vraiment insupportables dans leur sécurité mystique», et par Daniel-Rops, qui conjugue foi et inquiétude, les catholiques progressistes parlent désormais de doute, d’angoisse, d’aventure, d’engagement dans le monde et de justice sociale.Ce discours a des échos dans le monde de l’art.Le philosophe Jacques Maritain en appelle, écrit Warren, à une «refonte de la conscience esthétique».Le père dominicain Marie-Alain Couturier, partisan de l’art abstrait, va clamant qu’«î7 faut pour assurer la naissance et la croissance d’une œuvre d’art un effort d’intuition pure, un abandon total à un certain sens obscur de l’absolu».Ces penseurs, fréquemment de passage au Québec dans les années 1940, critiquent l’art catholique convenu et patriotique et en appellent au dépassement du rationnel, en insistant sur l’idée qu’il ne sufht pas d’imiter la réalité physique; il s’agit de «manifester une âme».Au Québec, des professeurs d’art comme Marcel Parizeau et Maurice Gagnon et un intellectuel comme Robert Élie relaient ce discours.Ils voient l’œuvre de Borduas comme une incarnation artistique de l’inquiétude spirituelle personnaliste.«L’art vivant», dit-on dans ces milieux, doit remplacer l’académisme.11 ne s’agit plus d’imiter les maîtres du passé, maïs «de conquérir des territoires inconnus et de fabriquer du mystère» pour accéder à une «foi agissante».L’artiste doit assumer son indépendance totale par rapport au milieu social, au monde extérieur et même à la raison.Près du surréalisme et athée, Borduas, en quête d’un «au-delà des choses» par «l’éternité des couleurs et des formes», demeure néanmoins en phase avec les catholiques audacieux de son temps.La rupture Son enseignement à l’École du meuble s’inscrit dans cette atmosphère bouillonnante.Partisan d’une méthode intuitive VOIR PAGE F 2: BORDUAS F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 LIVRES EN APARTE Le nouveau best-seller ans un monde assoiffé devant le mirage du profit rapide, il s’en trouve désormais pour croire que le best-seller est un style littéraire.L’illusion des grands nombres fait de l’ombre sur tout un pan de l’édition.Assez pour que Frédéric Rou-villois, un lecteur é-clectique, ait eu l’excellente idée d’écrire une histoire des «best-sellers».Le voici qui arpente tout ce terrain, de Mary Higgins Clark à La case de l’oncle Tom de Miss Beecher Stowe, en passant par les Harry Potter de J.K.Rolling et les histoires d’amour de Marc Lévy.Rouvillois avait auparavant donné à lire d’autres livres originaux, dont une Histoire de la politesse (2006) et une Histoire du snobisme (2008).Un best-seller, qu’est-ce que c’est exactement?Le plus souvent, une simple aflaire commerciale, le fruit d’une entreprise de trucages et de comptes fantasmagoriques des éditeurs pour attirer l’attention sru un ouvrage plutôt qu’im autre.C’est lui qui le dit.Depuis le XfK® siècle, annoncer qu’un livre a déjà beaucoup vendu fait vendre.On indique d’ailleurs sur certains titres le nombre d’exemplaires suppo-sément vendus, «sachant bien sûr que ces chiffres ne sont destinés qu’à une clientèle de béotiens», écrit Rouvillois.Car les comptes vraiment fidèles demeurent secrets.A l’occasion, des auteurs se laissent eux-mêmes prendre par le procédé.Ainsi, Bernard Grasset, un des papes de l’édition française, dut expliquer un jour à l’héritière de Louis Hémon que Maria Chapdelaine ne s’était pas vendu autant que l’indiquait toute sa réclame.Il s’agit d’un «bluff nécessaire et néanmoins très acceptable», écrivait l’éditeur au début des années 1920.Un bluff /i Jean-François Nadeau qui, aujourd’hui comme hier, continue de faire recette.Bien sûr, la fabrique de livres à succès a dû raffiner ses procédés.Reste que ce raffinement n’a d’égal que la lourdeur des intentions commerciales qui le justifie.Voici les livres de l’ère du «confort» de lecture et du «divertissement» garantis ou de l’argent remis, façon Distribution aux consommateurs.Il y a néanmoins des surprises.Ce sont les vrais best-sellers, ceux qui allient la grâce de l’écriture aux envolées des ventes chez les libraires.Don Quichotte ou San Antonio?Frédéric Rouvillois nous rappelle toutes sortes de cas.Parfois, souvent, cela tourne tout de même au cauchemar de la psy-cho-pop et de l’amour-toujours-l’amour et autre Paolo Coehlo plus ou moins New Age.L’éditeur Gaston Gallimard avait coutume de dire «qu’on ne sait jamais rien du sort d’un livre».Qui peut en effet prédire exactement le succès commercial d’un ouvrage plutôt qu’un autre?Gallimard avait bien refusé Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell, avant de se raviser en vitesse.Si en Europe une vente de 100 000 exemplaires apparaît désormais loin du tirage d’un vrai grand best-seller, au Québec le «best-sellers» s’avère souvent le fait d’un tirage bien mince.Un roman qui se vend à 5000 exemplaires dans cet îlot français est déjà un phénomène bien rare.Ici, les succès de vente se trouvent plutôt du côté des livres dits «pratiques».Chez Québec Amérique, la relance du Dictionnaire visuel, publié à ce jolu à plus de neuf millions d’exemplaires dans 115 pays, donne tout de même une balise internationale de ce que représente un ouvrage-vedette.Ce n’est pas pour rien que Jacques Fortin, le fondateur de Québec Amérique, en remet ime couche avec la promotion de son ouvrage phare, à l’heure où sa maison bien installée traverse des turbulences en raison d’une défection de personnel.La quatrième édition de son dictionnaire vient de paraître.Rîen de tel qu’un best-seller poru reprendre de l’élan.La liste des titres qui se sont vendus à la pelle et qui sont aujourd’hui tout à fait oubliés est pourtant très longue.Qui dit gloire dit souvent chute.Après les rayons des projecteurs, il n’y a plus que l’ombre.«Un bestseller,^ notait à ce propos le romancier mexicain Roberto Pliego, a moins d’espérance de vie qu’une mouche.» Les livres invisibles Sous la déferlante des best-sellers ou de livres qui se veulent tels, quelques petits éditeurs continuent de faire un travail d’orfèvre souterrain, bien loin de la guerre commerciale brûlante qui fait rage en sruface.Tenez, je suis allé l’autre jour me perdre dans les labjuinthes d’un ancien immeuble industriel transformé en ateliers d’artistes afin d’assister au lancement d’un nouveau livre de Martine Audet.Précisons que je n’aime pas Au- det.Je l’adore.Alors, me perdre poru la retrouver, je n’en fais pas trop de cas.Et cette fois, j’ai trouvé «un livre d’artiste» étoimant, fruit du travail d’un nouvel éditeur.Les éditions du Braquet, vous connaissez?Les dents d’une roue libre pressées dans la page de titre dorment le ton artisanal de cette affaire toute familiale.La reliure, ingénieuse, est fabriquée avec de vieilles chambres à air.C’est assez poru faire sourire.Mais c’est sérieux, même à l’ère de tous les babillages prononcés au nom du recyclage, de l’écologie et de tutti quanti.Et herueusement, Martine Audet, elle, ne recycle pas.Pas plus d’aillerus que le graveru François-Xavier Marange, qui accompagne ses vers.Martine Audet continue de tirer du gros braquet, tout doucement, conune si de rien n’était.Même du côté de la littérature jeunesse, où son Xavier-la-lune (éditions Dominique et compagnie) se trouve parmi les finalistes du Prix des bibliothèques de Montréal.Un autre éditeur qui ne tient pas à produire des best-sellers: Marc Desjardins, du Temps volé.Il lance dans quelques jorus une lettre inédite de Claude Gau-vreau adressée à André Breton.Ce livre, on sait à l’avance qu’il sera fabriqué avec un soin maladif.Sans l’avoir vu encore, je prédis qu’il sera impeccable.Mais attendons de voir.Gu de ne pas voir, puisque le tout petit tirage d’un éditeru pareil risque de passer inaperçu.Dans la veine de ces travaux d’exception paraît un petit ouvrage loufoque.Typographie inusuelle d’aucune aide pour les gens qui rédigent et fabriquent des imprimés de toutes sortes.Le titre à rallonge donne déjà le ton.Marc Pantanella, l’auteur, qui est graphiste à Marseille, a conçu un alphabet surréaliste composé de consonnes pour dyslexiques, de parenthèses à goulot, d’un «R» unijambiste («P»), de panaches pour ac- cents, etc.De quoi amuser quelqu’un comme Pierre Filion, éditeur chez Leméac, qui, à une autre enseigne, les éditions du Silence, propose les fruits de son travail solitaire, composé avec des caractères de plomb.Loin des best-sellers, il existe toujours des travaux discrets et néanmoins essentiels poru nous rappeler que le livre n’est pas qu’un simple support qui peut être remplacé sans conséquence par ime liseuse électronique.jfnadeau@ledevoir.corn UNE HISTOIRE DES BEST-SELLERS Frédéric Rouvillois Flammarion Paris, 2011,346 pages DES LAMES ENTIÈRES Textes de Martines Audet Gravrues de François-Xavier Marange Edifions du Braquet Montréal, 2011, [s.p.] TYPOGRAPHIE INUSUELLE D’AUCUNE AIDE Marc Pantanella L’Oie de Cravan & Finitude Montréal/Le Bouscat, 2011, [s.p.] •^JYf»0 GRAPfifâ INUSUELLE (rnnciinp aUfp pour les gens qui rédigent & fabriquent des imprimés de toutes sortes Marc Pantanella L Oiccle Cri'-i ûf EN BREF Les voix de la poésie Un nouveau concours de récitation et d’interprétation de poésie voit le jour.Les voix de la poésie/Poetry in Voice, entièrement financé par le mécène Scott Griffin, veut présenter aux étudiants du secondaire et du cégep quelques grands poèmes.La carotte au bout du bâton, c’est la bourse de 5000 $ que le gagnant national recevra.Le concours vise les écoles: les enseignants sont invités à prendre l’organisation en charge pour trouver leurs champions.Dans une large sélection de poèmes disponibles sur l’anthologie Internet, chaque élève choisit quelques textes, qu’il apprendra et récitera devant un jruy Une façon de faire corps et de donner voix à la poésie, puisque les critères d’évaluation s’attardent essentiellement à l’interprétation, ensuite à la compréhension.Les champions de chaque école participeront ensuite à la finale provinciale, et les vainqueurs de l’étape se rendront à la grande finale, dont la prochaine édition — la première en français — arua lieu en avril 2012.Pour information: www.lesvoixdela-poesie.com - Le Devoir Le nouveau prix Estuaire Vie et mort et nouvelle vie d’un prix de poésie: la revue Estuaire, rappelons-le, a mis fin en 2010 au prix de poésie des Terrasses Saint-Sulpice, après vingt ans de partenariat, à la suite du retrait de ce commanditaire.La revue s’associe maintenant au Bistro Leméac.Les poètes Marjolaine Beauchamp, Marie-Josée Charest, Louise Dupré, Patrick Lafontaine et René Lapierre sont finalistes du nouveau prix de poésie Estuaire-Bistro Leméac.Le nom du gagnant sera dévoilé le 17 octobre prochain; celui-ci recevra une boruse de création de 3000 $.-Le Devoir BORDUAS Un certain catholicisme progressiste d’avant la Révolution tranquille n’est pas étranger à son œuvre SUITE DE LA PAGE E 1 qui recherche «l’irruption du jamais-vu», Borduas, imité en cela par le frère Jérôme de la communauté des Sainte-Croix, PRIX ALAIN-GRANDBOIS CAROLE DAVID Manuel de poétique à l’intention des jeunes filles CAROLE DAVID manuel de poétique A L’INTENTION DES JEUNES FILLES LES HERBES ROUGES / POÉSIE PRIX FELIX-LECLERC ETIENNE LALONDE Histoires naturelles ÉTIENNE LALONDE histoires naturelles LES HERBES ROUGES / POÉSIE iîi.ÿyftt O) valorise les dessins d’enfants, pleins d’audace et d’aventure, et méprise la virtuosité technique.L’élite bien-pensante commence à trouver qu’il pousse le bouchon un peu loin en encourageant ainsi le subjectivisme et le «libertarisme».Des peintres plus traditionalistes, comme Adrien Hébert et Marc-Aurèle Fortin, s’insurgent alors contre la trop grande influence de l’école automatiste.Le moderne Pel-lan se moque même de Borduas en affirmant qu’il ne sait pas dessiner.Intransigeant, convaincu de mener un combat héroïque, Borduas est de plus en plus isolé.Pellan, de retour de la France en 1940, lui fait concurrence.Moderniste lui aussi, il plaide toutefois pour une réappropriation du passé.FESTIVAL LITTÉRAIRE IDU13 |AU 23 OCTOBRE 2011 THEMATIQUE 2011 LES HERBES ROUGES / POESIE FESTIVAL LIIIÉRAIBE REJEAN DUCHARI^/1E Tombez dans le piège, uous serez mordus! QUEBECENTOUTESLETTRES.COM b LTnstIbit Canadien QU^_-^Québec HORION CULTURE I Desjardins Cabse du Centre-vflle de Québec Partenaire principal Ville DE Québec alors que Borduas ne jure que par le dépassement et la révolution.La publication de Refus global marque la rupture avec les catholiques progressistes, rebutés par cet éloge de l’anarchie et la négation jubi-latoire de l’existence de Dieu.Il faut dire, au surplus, que ce pamphlet, sur les plans littéraire et argumentatif, est plutôt mauvais, même si la postérité en a fait un texte quasi sacré.Borduas, tout compte fait, n’était certes pas catholique, mais, Warren le démontre avec rigueur, intelligence et sensibilité, un certain catholicisme progressiste d’avant la Révolution tranquille n’est pas étranger à son oeuvre.Dans la Grande Noirceur, une sem- blable mystique inquiète de la lumière habitait l’esprit du peintre amant de l’immanence angoissée et celui des catholiques intranquilles.Collaborateur du Devoir UART VIVANT Autour de Paul-Émile Borduas Jean-Philippe Warren Boréal Montréal, 2011,224 pages Vient aussi de paraître: PAUL-ÉMILE BORDUAS Dernières années à Paris Jean-Louis Gauthier Art global Montréal, 2011,238 pages J Le Turquetto « Le Turquetto, un ouvrage fascinant et superbement écrit qui nous entraine dans le monde de la peinture vénitienne du XVIe siècle.[.] Voici un grand livre sur la paix, la tolérance et l'amour de l’art.» - Eric Clement.La Presse (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 F 3 LIVRES ESSAI Sur le sentier de Claude Gauvreau MICHEL LAPIERRE Un monde semble séparer Claude Gauvreau de Gaston Miron et d’Hubert Aquin.A l’opposé des deux autres, l’écrivain attend «la liquidation totale des mythologies idéalistes», y compris celle de la nation.Mais le porte-parole des automa-tistes rappelle, en 1970, que ces peintres «ont exprimé parfaitement la réalité québécoise».11 ajoute: «D’autant plus qu’ils ne s’en préoccupaient pas.» L’art cacherait-il une politique plus forte que la raison?Le critique Martin Jalbert le présume dans Le sursis littéraire, essai qu’il consacre, comme l’indique le sous-titre, à la «politique» plus ou moins secrète, intuitive, imaginaire qui se dégage des textes de Gauvreau, de Miron et d’Aquin.Les trois écrivains mettraient la littérature «en sursis», en attente de ce qu’elle exprime, de ce qui la dépasse.C’est certainement Gauvreau qui éclaire le mieux la réflexion de Jalbert.Dans sa pièce Les oranges sont vertes (1958-1970), le poète s’identifie de toute évidence au personnage dYvirnig qui déclare: «Je sais que je n’ai qu’une vie à vivre et je la vivrai alors sans frein pour en épuiser toutes les puissances patentes ou occultes! La vie est un gâteau à multiples étages dont le rassasiement est la mort» Pour Gauvreau, révolution intime et révolution collective se confondent et les détails stratégiques importent peu.L’esprit, voilà tout ce qui compte.Jalbert se réfère de façon très judicieuse au poète qui, s’inspirant des peintres, en particulier des automa-tistes dont il était la voix éloquente, affirme: «Le non-figu- Pour Claude Gauvreau, révolution intime et révolution collective se confondent et les détails stratégiques importent peu ratif est actuellement le mode d’expression le plus propre à rendre compte du réel tel que la physique nucléaire contemporaine nous le révèle.» La volonté de creuser le dedans des choses, de faire éclater la littérature pour saisir un réel plus grand que les mots, on la retrouve chez Miron.L’idéal de l’indépendance du Québec n’est, chez l’auteur de L’homme rapaillé, qu’un élément d’un ensemble politique combien plus vaste.Ce fait, Jalbert le met en lumière en s’appuyant notamment sur un inédit publié en 2004.Miron y voit sa vie comme une «tentative inouïe de dépasser la littérature» pour atteindre «une communion respirante avec le monde, l’humanité et l’Histoire».Son sentiment se rapproche de celui qu’Aquin prête à un double, le narrateur de Prochain épisode: «f écris dans l’espoir insensé qu’à force de paraphraser l’innommable je finirai par le nommer.» Cette impuissance aussi belle que tragique, Jalbert sait la reconnaître dans deux des derniers vers mironiens: «Et n’usez plus vos yeux / à faire se lever l’horizon.» Gauvreau, qui n’adhéra pas à l’indépendantisme québécois, mais qui fut un admirateur avoué de Miron et d’Aquin, plaçait, parmi ses «héros», Jean-Olivier Chénier, notre victime politique de 1837, à côté de l’anarchiste russe Bakounine.Chez lui, le Québec était plus grand que nous ne l’avions jamais rêvé.Collaborateur du Devoir LE SURSIS LITTÉRAIRE Martin Jalbert PUM Montréal, 2011,210 pages SOURCE OFFICE NATIONAL DU FILM Le poète et dramaturge Claude Gauvreau L U P R OSS E E La librairie Gallimard est heureuse d’accueillir Gérard Macé, poète, essayiste, traducteur et Jacques Roubaud, poète, essayiste et membre de l’Oulipo pour une lecture de poésie, dans le cadre de la 3® Rencontre internationale Paul-Zumthor portant sur le thème « Érudition et fiction >> qui se tiendra à l’Université de Montréal du 13 au 15 octobre 2011.Éric Méchoulan, professeur au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, présentera les deux auteurs.WE^ LE JEUD113 OCTOBRE Â18H30 .^  LA LIBRAIRIE GALLIMARD âm.M 3700,BOUL.SAINT-LAURENT 2012 B»/-./ , librairie@gallimardmontreal.com L’exploit Jacques Poulin Æ \ Danielle Laurin Le monde se divise en deux pour moi: les amoureux des livres de Jacques Poulin, et les autres.ceux qui ne peuvent que le devenir.Devinez où je me situe?Je ne dis pas que j’ai aimé également tous ses livres.Je ne dis pas que je les ai tous lus non plus.11 en manque certainement deux ou trois sur ma liste.Et je me promets depuis des lunes un été Jacques Poulin où je lirai ou relirai tout d’un trait.Je vous propose un jeu.Un jeu de rôles.Je joue le rôle de quelqu’un qui ouvre un livre de Jacques Poulin pour la première fois de sa vie.Je me fous de tous les prix littéraires qu’il a reçus, je ne sais pas qu’il a 74 ans, j’ouvre son treizième roman.L’homme de la Saskatchewan, et je lis.«J’ai une drôle de nouvelle à t’apprendre, dit Jack.» Qui est Jack?Qui est ce «J’», pour commencer?Et quelle est cette nouvelle que Jack veut lui apprendre?Trois phrases plus loin, on comprend que Jack est le frère de l’autre, du narrateur.Et, un peu plus bas, que Jack a accepté d’être le nègre de quelqu’un.Pourquoi?«Je venais de finir mon roman, alors j’étais dans une période creuse», dit-il.Donc, Jack est écrivain.Et comme il a un nouveau projet de roman qui vient de lui tomber dessus, il regrette d’avoir accepté de jouer les écrivains fantômes et refile son contrat à son frère.Son petit frère.Très important, ça.Ça va revenir souvent, dans L’homme de la Saskatchewan: le petit frère qui vit dans l’ombre du grand frère.Mais restons-en au début du roman pour l’instant.Le petit frère n’a pas le choix d’accepter: en bon petit frère, il va devenir le fantôme de son aîné et rédiger à sa place la fausse autobiographie d’un joueur de hockey, comme s’il était «dans ses patins».Le hockeyeur en question joue dans la Ligue américaine, mais «pourrait bien jouer pour le Grand Club à l’automne», ap-prend-on.11 est gardien de but.Son nom: Isidore Dumont.Et attention: «La question du français lui tient beaucoup à cœur: il veut que le Grand Club soit composé surtout de joueurs francophones.Il est très agressif envers la direction de la Ligue nationale.» Précision importante: Isidore Dumont est un Métis.11 est né à Batoche, en Saskatchewan.C’est ce que raconte Jack à son petit frère.Tout en l’informant qu’il a en sa possession une dizaine de cassettes, sur lesquelles on retrouve les entretiens qu’il a eus avec le gardien de but.Bref, tout le matériel est là.Facile, non?Le problème, c’est que contrairement à Jack, le petit frère n’est pas écrivain.11 est lecteur, un grand lecteur, ça oui, c’est même devenu un métier pour lui, mais il n’a jamais pondu une ligne de son cru.Peu importe: pour Jack, l’écriture, ça s’apprend.11 lui prête un livre: Défense du titre.«C’est Hemingway qui parle de l’écriture», précise-t-il.Autre chose encore: quelqu’un va aider le petit frère.Qui?La Grande Sauterelle.Pardon?Mais oui, dit Jack: «C’est la fille qui a suivi la Piste de l’Oregon avec moi et qui était restée à San Francisco.Elle m’a expliqué au téléphone qu’elle ramenait le vieux Volks à Québec.» Ça tombe bien.D’autant que la fille en question est une Métisse, elle aussi.Fin du premier chapitre.Quatre pages seulement.Mais permettez-moi de cesser tout de suite le jeu de rôles, ça me démange trop.11 y a là tellement de Jacques Poulin, déjà.Indignation et humour Ne serait-ce qu’à cause des personnages.A commencer par Jack Waterman l’écrivain, son héros récurrent, son alter ego vieillissant.Si attachant, obsédé par l’écriture, tout le temps.Quant au petit frère toujours prêt à rendre service, il prenait en charge la narration du roman précédent de l’auteur.L’anglais n’est pas une langue magique.La Grande Sauterelle, elle, faisait déjà la pluie et le beau temps il y a 25 ans dans le roman culte de Jacques Poulin, Volkswagen Blues.11 va se passer quelque chose de très beau entre ces deux-là, d’ailleurs.Une romance à la Jacques Poulin, oui, pleine de tendresse, de désir qui monte, d’instants volés, de moments de grâce.Tout ça sans en mettre trop, jamais.Sans jamais de gnangnan, d’impudeur.Et puis il y a tout le reste.La ville de Québec, toujours là, un personnage, presque.Le hockey.Les chats, qui ne vont pas tarder à se montrer le bout du nez.L’amour des livres, bien sûr.Les citations choisies de grands auteurs.Les considérations sur l’écriture.Hemingway le mentor, encore.11 y a l’urgence d’écrire, la mort qui rôde, le vieillissement de plus en plus.La survie de la langue française en Amérique, aussi.Le sort des francophones, de leur culture.Le sort des Métis du Manitoba en particulier, ici.11 y a l’indignation.Et l’humour en coin.Une part de mystère, de suspens.Un souci de la concision, surtout.Les petites phrases courtes, leur musique, leur lumière, leur justesse.Bien sûr que pour les amoureux de Jacques Poulin, le plai- LES ÉDITIONS XYZ FÉLICITOJJ JOCELYNE SAUCIER m Jacques Poulin sir de lecture est multiplié par cent.Grâce à tout ça, qu’on connaît déjà, qu’on retrouve avec nostalgie.Mais ça ne veut pas dire que les autres sont laissés sur le carreau.D’abord, parce que L’homme de la Saskatchewan se tient tout seul.Parce qu’histoire il y a.Avec développements multiples, à part ça.Un roman à tiroirs.Avec plein d’histoires dans l’histoire.Et d’allers-retours dans la grande Histoire.Tout ça en un peu plus de 100 pages.Concision, je vous dis.Et tout s’emboîte comme par magie.Ensuite, parce que l’auteur ne donne jamais l’impression qu’il s’adresse à des convertis.11 prend toujours le soin de préciser, mais en passant, sans en avoir l’air, ce qu’un lecteur néo- CHRISTIAN DESMEULES phyte doit savoir sur les personnages, sur le contexte, pour être en mesure de poursuivre sa lecture, pour avoir envie de connaître la suite.Avoir envie de connaître la suite.Ça marche de l’autre çôté aussi.De mon côté à moi.Etre tellement habité par l’univers d’un auteur, ses personnages, son style bien à lui, qu’on ne peut plus lâcher son livre, que le reste cesse d’exister autour.C’est ce qui m’est arrivé encore une fois.C’est l’exploit Jacques Poulin, pour moi.UHOMME DE LA SASKATCHEWAN Jacques Poulin Leméac Montréal, 2011,126 pages i (IKG 713 MONT-ROYAL EST J.LIVRES CD DVD P * BLU-RAY BD D’OCCASION JEUX VIDÉO r Ouvert 1 jours de 10h à 22h O Mont-Royal, 514-523-6389 R lî^Gaspard" LE DEVOIR ALMARÈS Dn 26 septembre an 2 octobre 2011 W éditeur Jocelyne Saucier Il pleuvait des oiseaux Jocelyne Saucier Il pleuvait des oiseaux ACTIVITE gratuite ^i/)rame Gallimard WWWnGAIilMARDMONTBEAL^ JVUREATE DU PRIX DES CINQ CONTINENTS DE LA francophonie 2011 GG Romans québécois 1 Les héritiers d'EnIddiev • Tome 4 te sanctuaire Anne Robillard/Wellan -n 2 Mémoires d'un ouartier • Tome 9 Moine, la suite lauiseTiemblaiKtEssianilie/GuvSaiiPJean 1/6 3 Àtoi Km ThévI Pascal Jancwk/LliteBiptessian 2/4 4 Madame Tout-le-Monde * Tome 1 Cao-aux-Biumes Juliette Thibault/Hurtubise 3/3 5 Buma de chair NellvArcan/Seuil 4/3 6 Pour les sans voix • Tome 1 La jeunesse en feu Micheline Duft/Québec Mérigue -n 7 Double disparition.Une enquête de Maud Graham Chiystine Brouillet/Courte échelle 7/16 8 Marie de la mer • Tome 2 Au château Annie Lavigne/Intouchables 5/2 9 Ivresse Catherine McKenzie/Goélette 8/6 10 Là où la mer commence Dominique Demeis/Québec Mérique g/5 Romans étrangers 1 Avant d’aller dormir SJ.Vten/Sonatine 8/2 2 La femme au miroir Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 1/4 3 Le passaqer JeanJIhristophe Gmnqé/Albin Michel -/I 4 Private Los Anpeles James Patterson I Maxine Paetm/Aichipel -/I 5 Freedom Jonathan Franzen/Boréal 4/6 6 Lébanpe voyage de monsieur Daldiv Marc Léw/Robert Lafibnt 6/21 7 Mise à nu Richard Casde/Citv 2/3 8 Derniers adieux Usa Gatdner/Albin Michel 3/2 9 tae de chaleur Richard Castle/Citv 5/3 10 Tuer le père Mélie Nothomb/Albin Michel 7/4 "?Essais québécois 1 Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occideiit DIemila Benhabib/VLB 1/3 2 Ne vous taisez plus! Denise Bombaiderl Françoise Latnde/lâvaid -/I 3 Et si mourir s’apprivoisait.Réflexions sur la fin de vie Serqe Daneault/La Presse 5/3 4 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot 1 André NoSI/Homme 3/49 5 Les héritiers de Tiananmen Michel Cormier/Leméac m 6 Lanxiété.Le cancer de l’âme Louise Reid/JCL 4/7 7 Le Québec en ouéte de Iriihité NonmlSianieanlJeenNMPIolte/Bmi^ 7/4 8 Recours aux sources Éric Bédard/Boréal 6/2 9 Réinventer la démocratie Jean Laliberté/Septentrion 8/2 10 Je ne suis pas une compagnie! Michel Peneault/Alain Stanké -/I ^FEssais étrangers 1 Premier bilan apiés l’apocalypse Frédéric Beigbeder/Gmsset 1/3 2 Une brève histoire de l’avenir Jacques Attali/LGF 4/31 3 Oemaln, gui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 6/22 4 lndlgne^vous ! Stéphane Hessel/lndipène 2/36 5 Le facteur Amiageddoa La montée de la droite chrétienne.Marc! Mcdonald/Alain Stanké 3/4 6 Les mots de ma vie Bernard Pivot/Albin Michel 9/21 7 Le Oismos et le Lotus Xuan Thuan Trinh/Albin Michel 8/2 8 Notre ooison Quotidien Marie-Monique Robin/Alain Stanké 5/21 9 Nos garçons.Mieux les comprendre pour mieux les élever Michael Gurian/Albin Michel 7/2 10 Les vendeurs de maladies Emilio La Rosa/Fayard -/I www.editionsxyz.com sur les ventes de lines français au Canada.Ce palmaies est extrait de ^spM et est constud des televds de caisse de 112 points de vente.La EUIF reçoit un SDUtlen financier de Patrimoine canadien pour le prajet fôprri.© BIIF, toute teprodurriion tntale ou partielle est interdita Prix de la revue Etudes françaises 2011 NORMAND CHAURETTE COMMENT TUER SHAKESPEARE Le regard singulier d'un homme de théâtre qui a l'audace de défier la présence à la fois concrète et fantomatique d'un increvable Shakespeare.Les livres des PUM maintenant disponibles en version numérique sur le site Web www.pum.umontreal.ca ._ .Université fHl Les Presses de l'Universite de Montreal de Montréal F4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 LIVRES LITTERATURE ERANÇAISE Batailles féminines Deux récits autobiographiques portent la trace des erreurs d’aiguillage qu’on connaît tous dans une vie.Exprimées au féminin, rapportées aux faux plis de l’adolescence, les audaces de l’intimité trouvent les mots de la littérature pour s’y contempler.Lecture de Linda Lê et de Marie Darrieussecq.GUYLAINE MASSOUTRE Parlons d’abord d’une petite collection qui recèle un trésor.Celle-ci s’intitule Les Affranchis.Traductrice de Malcolm Lowry et éditrice indépendante, Claire Debru l’a fondée aux éditions Nil, de Nicole Lat-tès.Son principe est de solliciter une lettre entachée de regret, sur le modèle de la «Lettre au père» de Kafka.Après qu’An-nie Emaux et Nicolas d’Estien-ne d’Orves y ont donné chacun un texte remarquable, voici A l’enfant que je n’aurai pas de Linda Lê.Exceptionnel.Ce bref récit, au ton d’une correspondance impossible, s’adresse à l’entant virtuel qu’elle ne veut pas avoir.Mais il parle aussi à l’homme qui aiuait voulu en être le père.Avec son écriture parfaite, recherchée et passionnée, elle trace un autoportrait sans concession, rare en littérature.La loi qui a pesé sur elle s’imprime sur le style.Ironique, caustique mais puissant, ce regard-là bataille tous azimuts.On y lit le sens de la faute, la fragilité et la féminité côtoyer la souffrance et l’impuissance jusqu’au suicide.Et l’écrivaine se confie plus que jamais, s’e^lique, se jugeant sans complaisance comme femme et comme tille, se reliant à l’homme qui l’a aimée, tout comme à celle qui l’a détruite, sa mère.Toute cette conscience fait l’aveu d’une libre pensée, au lyrisme quasi excessif, noblement soutenu même s’il est tissu de folie et du désir de mort.En effet, il y a de la violence à assumer lorsqu’on se tourne vers l’origine.La vie va-t-elle de soi?La transmettre est-il une évidence?S’il y a eu du manque à l’accueil premier, si les parents persistent à porter des oeillères — ce qui est fréquent —, il reste à une écrivaine à dire la lutte pour la vie.Ce combat occupe toute son énergie.Le lien familial douloureux persiste, morbide et fantasmé, comme le raconte Linda Lê, qui semble se charger de la ligue des soeurs contre «Big Mother».1 Linda Lê au Salon du livre de Paris, en mars 2010 Mais rage n’est pas mélancolie.L’enfant demeure un mirage, un manque que rien ne vient combler.Quelque chose pourtant s’y épuise, quelque chose comme un enfant Sa prose se tait inquiétante, angoissante, verrouillée, acide, magnihque.Comment commencer Autre livre, très différent.Clèves n’est pas l’histoire de la princesse qu’on sait.Darrieussecq, qui le signe, a été l’auteure sulfureuse de Truisme, de Tom est mort, du Bébé.Elle fonce, dit-elle volontiers, droit vers le surgissement des clichés, écrivant sur sa vie, ou plutôt sur ses fantômes, ses mensonges qu’elle appelle romans.Elle a traduit récemment, librement.Tristes pon-tiques d’Ovide; puis, dans un essai.Rapport de police, elle a vidé les accusations de plagiat qui la suivaient.Maintenant il y a sa psychanalyse, d’où émerge Clèves, nom d’un village de son Pays basque natal.Arrière-pays, arrière-pensée, elle y reprend l’écriture du triangle amoureux de La princesse de Clèves, qui raconte comment une adolescente tombe amoureuse du duc de Nemours et refuse de renoncer à sa chasteté.Retrouvant les cassettes du journal intime qu’elle avait enregistré durant son adolescence et y croisant sa lecture de Madame de Lafayette, Darrieussecq imagine Solange et la dote d’une langue inventée, faite de fantasmes d’adolescente, où les dialogues alternent avec un bazar verbal: le tout fait un récit mouvementé, explosé, tout encombré de clichés.Comme les adolescentes sont empêùées de gêne et de vulgarité, embarrassées par le fatras des magazines, Solange essaie de se frayer un chemin et de s’apaiser.On est dans les années 80, entre la science-hction et la cosmologie; mais quand on ETIENNE DE MALGRAVE AEP aborde les détails de la première fois O’e^érience sexuelle), c’est très froid, loin de Solange, micro-cosyne distancé.Ecrite en fragments, l’autohc-tion réimit la rivière de Clèves, un psychanalyste, le rapport au père, la zone grise de la sexualité des jeunes filles, l’inconnu qui les obsède.On y fait l’amour sans aimer, sans savoir, sans rien attendre des sentiments.On y demeure médusé par le Sexe et la Loi.Collaboratrice du Devoir À L’ENFANT QUE JE N’AURAI PAS DndaLê Éditions Nil, coU.: «Les Affranchis» Paris, 2011,65 pages CLÈVES Marie Darrieussecq P.O.L.Paris, 2011,346 pages °AV,D CÔTÉ ET MATHIEU GALLANT LOUISE GAGNON PHOTOGRAPHIE Lruttcsscnec I sous LE CHARME COURGESi ET DES PLUS DE 180 RECETTES CRUES, CROQUANTES ET CRAQUANTES 75 recetteWrcsisfif»our découvrir leurs sioureus4personnaiités LES ewnONSOt I'homme L'HOMME «Aux gens qui me disent quils ne veulent pas lâcher le rôti de bœuf, moi, je réponds: "C'est parfait! Mais ajoute du persil autour!" On ne veut rien enlever, mais ajouter du vert ! Courges savoureuses et sans pretention cherchent cuisinier curieux, prêt à se laisser séduire et à sinvestir dans une reiation durabie.- Mathieu Ga ant oj LES EDITIONS DE duHOMME EDITIONS-HOMME.COM Une compagnie de Québécor Media LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 F 5 LIVRES LITTERATURE ETRANGERE La fille, la mère et moi WAJDI MOUAWAD Metteur en scène ^ éternel mouve- ment de Sisyphe, condamné à pous-i ser un rocher au ' sommet d’une colline sans jamais y parvenir, n’est peut-être pas un miroir de notre absurde existence mais, bien au contraire, la puissante invitation à chercher, sans relâche, où et quand, dans une oeuvre, s’est immiscée l’erreur qui empêche l’équilibre de la sphère sur la crête de la montagne.Sisyphe, scarabée bousier poussant sa pilule au flanc de sa colline, passe et repasse par le même trajet pour débusquer ce qui, dans son lien au monde, contribue à faire chuter son oeuvre de plénitude.Ainsi, par trois fois, je suis passé par le roman de Soh Ok-sanen.Les vaches de Staline, le premier roman qu’elle écrivit cinq ans avant le succès de Purge (Stock, 20f0).Par trois fois donc, j’ai essayé de comprendre cette impression diffuse de désaccord.Sisyphe malgré moi, j’ai lu et relu pour chercher, au cœur de ces pages, dans l’assemblage des mots et des images, la raison de mon retrait — malheureux, au fond, de ne pas succomber au livre.L’écriture, pourtant, est celle d’un cœur battant.C’est un «je» qui s’entredévore entre anorexie et boulimie, malaise et malheur, ressassement d’un chagrin, d’un égarement, de la perte, celle de la langue maternelle et d’une identité mise en pièces par la hache de silence.Un «je» de colère, celui d’Anna, celui qu’elle transforme parfois en «elle» au détour de quelques phrases, pour taire, dans son propre corps d’héroïne limite, la honte de sa mère, la honte des lignes qui partagent son cœur et sa raison, où le gros et le maigre, l’Est et l’Ouest, se font et se défont, mous et indignes, dans un va-et-vient entre un père hnlandais et une mère estonienne, entre méhan- w STAN HONDA AFP Célébrée pour son roman Purge, la Finlandaise Sofi Oksanen convainc moins avec la parution française d’un autre livre, Les vaches de Staline.ce et imprudence, mémoire et oubli, entre mère et hile, entre hile et hile.Le roman, structuré par deux époques, celle de la mère au moment où elle rencontre le père et celle d’Anna laissant son corps patauger dans l’héritage muet qui lui est lancé à la figure, se déploie le long d’une oscillahon qui relève davantage du hc-tac du pendule que du balancement d’une sculpture de Calder.Vouloir à ce point aimer le chagrin Pourtant, moi qui aime tant les héroïnes adolescentes, ré- barbatives, de mauvaise foi et en colère, je suis resté en bordure de l’histoire d’Anna.Lors de ma troisième lecture, j’ai, dans un premier temps, lu les chapitres concernant Anna, avant de lire ceux sur la mère.Ces raccourcis ont dévoilé un roman habité par la rancune aveugle d’une fille qui semble déduire la défaite de sa vie de la défaite de sa mère.J’ai alors vu se dresser devant moi le geste de toute une génération, la mienne et celle de Soh Oksanen, une génération née entre 1968 et 1978, dont l’axe obsessionnel consiste à tout reprocher à la génération qui l’a précédée.Que ce soient les révolutions manquées de 1968 ou la guerre du Liban ou la chute du bloc de l’Est et des grands idéaux, il y a chez cette génération l’envie d’appréhender la douleur de la vie à travers un cri contre ceux qui nous ont mis au monde: «Vous ne nous avez rien raconté! Vous avez refusé de nous faire part de vos défaites et de vos désillusions et à cause de votre silence, nous portons aujourd’hui les tares de vos défaites et de vos désillusions.» Cela est peut-être vrai, mais c’est aussi sans doute faux, car aucune raison n’est bonne pour vouloir à ce point aimer le chagrin.Dans La cloche de détresse (Denoël, 1972), Sylvia Plath parvient à s’élever au-delà du lien qui enserre la fille à sa mère et à se débarrasser de toute rancune envers autrui pour se prendre elle-même comme lieu du monde.La féroce écriture de Soh Oksanen et son talent font de son roman une œuvre littéraire, mais le poids de la psychanalyse est trop pesant pour que, pour ma part du moins, il n’y ait pas un épuisement à être ramené au principe, impossible, que si la fille est malheureuse, c’est à cause de sa mère.Ici, malgré son évidente puissance, le chant politique du roman m’est demeuré enseveli sous l’acouphène du reproche.Le Monde LES VACHES DE STALINE Soh Oksanen Traduit du finlandais par Sébastien Cagnoli Stock, «La Cosmopolite» Paris, 20ff, 528 pages Un film de Marilù Mallet explore la vie et l’œuvre de Marguerite Yourcenar SUR LES TRACES DE MARGUERITE YOURCENAR Réalisation et scénario: Marilù Mallet.Image: Stelan Nitoslawski, Stelan Ivanov.Montage: Carolle Alain.Musique: Audio Z.Canada, 20f f, 83 min.Du 7 au 12 octobre au cinéma Parallèle.ANDRÉ LAVOIE Ly approche délicate, sensible et émouvante ' — sans débordements larmoyants — de Marilù Mallet (Journal inachevé, Double portrait) fait de nouveau merveille dans cette exploration de la vie et de l’œuvre d’une des plus grandes figures littéraires du XX" siècle.Dans Sur les traces de Marguerite Yourcenar, c’est sur un mode intimiste que nous découvrons les recoins de l’âme, les sources d’inspiration et les contradictions de l’auteure des Mémoires d’Hadrien et de L’œuvre au noir, des romans qui en disent long sur les fondements de l’Occident.C’est aussi à la femme que s’intéresse Marilù Mallet, s’appuyant très largement sur ses écrits à forte teneur autobiographique, lus avec retenue et émotion par la comédienne Sophie Clément, alors que l’on replonge dans son enfance dorée auprès d’un père riche, excentrique et voyageur.Belge d’origine, le plat pays ne sera qu’un point de chute parmi d’aufres pour celle qui prendra racine aux Etats-Unis sans pour autant cesser de parcourir le monde, même à un âge vénérable.Et c’est sur la route autant que dans les livres que cette autodidacte d’une érudition exceptionnelle trouvera une partie de son inspiration.Tout au long de ce parcours d’une grande beauté visuelle, des gens d’ici et d’ailleurs témoignent de leur admiration et de leur affection, effeuillant leur Marguerite pour nous la faire connaître, ou l’aimer davantage, elle dont la rigueur historique n’étouffait jamais le génie littéraire.C’est cet amour inconditionnel qui porte Robert Lalonde (gamin, il croit l’avoir croisée), Erançoise Eaucher (depuis une entrevue mémorable à Femme d’aujourd’hui, elle a gagné son amitié) ou André Desjardins (une lettre aura suffi à ce prêtre pour amorcer une riche correspondance), donnant divers éclairages sur cette femme soucieuse de la santé défaillante de la planète et jamais lassée d’en découvrir ses territoires inexplorés.Marilù Mallet accroche à sa filmographie un autre magnifique portrait de dame; celle-ci, exceptionnelle à tous les points de vue, nous invite, au-delà de la mort, à se replonger dans des livres qui lui survivront encore longtemps.Collaborateur du Devoir PLUS HAUT QUE LES FLAMMES Prix Québécor du Festival International de poésie P/us haut que les flammes Louise Dupré Lauréate JilK Prix Alain-Grandbois Ce qu'elle volt Élise Turcotte Finaliste CE QU’ELLE VOll Éditions du Noroît LITTERATURE JEUNESSE Le retour d’Amos Daragon ANNE MICHAUD Depuis qu’il a mis un point hnal à la série fantastique Amos Daragon en 2006, Bryan Perro a reçu un nombre incalculable de demandes de jeunes lecteurs qui espéraient que l’auteur reviendrait sur sa décision.Toutes ces requêtes n’auront pas été vaines puisque le premier de trois volumes racontant la suite des aventures du jeune héros paraît cet automne, non plus aux éditions Les Intouchables, comme la série originale, mais chez PERRO éditeur, la nouvelle maison d’édition lancée par l’auteur.Démarrer une maison d’édition peut sembler un pari risqué.Mais en utilisant la noto- riété d’Amos Daragon, dont les aventures ont été traduites en 18 langues et se sont vendues à plus d’un million d’exemplaires seulement au Québec, le risque devient beaucoup plus limité.Pour sa première année d’existence, PERRO éditeur ne publiera que cette nouvelle série.Intitulée Le sanctuaire des braves et dont les tomes 2 et 3 paraîtront respec-hvement en mars et en octobre 2012.Mais la maison entend publier d’autres titres, et pas nécessairement en littérature fantastique, ni même en littérature jeunesse.En attendant, les admirateurs d’Amos Daragon retrouveront avec plaisir leur héros ainsi que son inséparable compagnon Béorf et ses amies Lolya et Mé-dousa, dans une aventure qui l’oppose aux démons Béhémo-th et Léviathan, envoyés par les dieux pour capturer le porteur de masques et l’enfermer au cœur de la prison des Enfers.Amos et ses compagnons découvriront rapidement que l’équilibre du monde est malheureusement bien précaire.Collaboratrice du Devoir AMOS DARAGON TOME 1: LE SANCTUAIRE DES BRAVES Bryan Perro Perro éditeur Shawinigan, 20f f, 240 pages (fO ans et plus) Le journal d’une jeune femme de son temps Distinctions www.lenoroit.cam Rose de La Tuque JACQUES ALLARD ?Tturtubise www.editionshurtubise.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Rafraîchir l’idée d’indépendance DansZa liberté du Québec, Pierre Graveline développe un argumentaire actualisé, plus efficace qu’original, en faveur de l’indépendance du Québec Louis CORNELLIER Ce n’est pas d’hier que Pierre Graveline milite pour un Québec indépendant et socialement juste.Chansons d’icitte, son premier livre publié en 1977 aux éditions Parti pris, chantait déjà le Québec libre et son histoire, tout en en appelant à un réveil des travailleurs exploités.Depuis, Graveline a notamment publié Une histoire de l’éducation au Québec (BQ, 2007), rédigée à partir d’un angle syndical, a prêté sa plume à Pauline Marois dans Québécoise! (Fides, 2008) et a regroupé, dans une belle anthologie, Les cent plus beaux poèmes québécois (Fides, 2007).Militant animé par un souffle culturel, Pierre Graveline, qui est aujourd’hui directeur général de la Fondation Lionel-Grouk, est un homme engagé, au beau sens du terme.Dans La liberté du Québec, il développe un argumentaire actualisé, plus efficace qu’original, en faveur de l’indépendance du Québec.La nation québécoise, écrit-il, existe et s’est brillamment développée depuis 50 ans par ses propres moyens, mais elle reste une nation «colonisée, menacée, inachevée».La Révolution tranquille nous a fait faire des pas de géant à plusieurs égards (éducation, santé, économie, culture), mais elle «a tragiquement failli à atteindre sa finalité ultime: l’émancipation politique de notre nation».Aussi, alors que 60 % de l’ensemble de la population et 70 % des francophones s’identifient d’abord, aujourd’hui, comme des Québécois, le Québec reste privé de sa liberté entière et soumis à un ensemble canadien qui l’ignore de plus en plus.Notre poids démographique, politique et économique baisse sans cesse au sein du Canada.«Alors que nous constituions 33 % de la population du Canada en 1867, rappelle Graveline, nous n’en représentons plus que 23 % en 2010.» Un parti politique, aujourd’hui, peut gouverner le Canada en se privant de l’appui du Québec.En 1960, Montréal était la métropole é-conomique du Canada.Elle se classe maintenant derrière Toronto et Calgary.Sur la scène internationale, la nation québécoise est muette.Contre l’attentisme Nos élites, pendant ce temps, se laissent aller au défaitisme, déplore Graveline.Les fédéralistes, rembarrés à de multiples reprises par Qttawa depuis 50 ans dès qu’ils parlent de réformes, ont renoncé.De nombreux souverainistes, surtout depuis le triste passage de Lucien Bouchard à la tête du Parti québécois, se contentent d’un «attentisme déprimant».Il faudrait, disent-ils souvent, s’attaquer aux problèmes plus pressants avant de revenir à la souveraineté.«Comme s’il n’y avait pas de lien entre la^ faiblesse politique de notre Etat national et notre incapacité manifeste à faire face à plusieurs défis que nous devons aujourd’hui relever», rétorque Graveline, à la suite de Pierre Bourgault.La nation québécoise, pourtant, est menacée, comme en témoigne l’actuelle anglicisa- tion de Montréal.Cinquante mille nouveaux immigrants débarquent annuellement au Québec et s’installent surtout à Montréal.La moitié d’entre eux, au moins, ne parlent pas du tout français.«N’étant pas indépendant, écrit Graveline, notre Etat national ne peut les obliger à apprendre le français en en faisant une condition d’obtention de la citoyenneté.» Ils travaillent ensuite souvent en anglais, fréquentent des cégeps et universités anglophones où la Charte de la langue française ne s’applique pas et peuvent acheter, comme les francophones, le droit à l’école primaire et secondaire en anglais, depuis un jugement de la Cour suprême en 2009.De plus, les Québécois de langue maternelle anglaise constituent moins de 10 % de la population québécoise, mais les trois universités anglophones d’ici récoltent 27 % des fonds publics québécois et 40 % des investissements fédéraux consacrés aux universités.«La moitié des investissements en cours dans les nouvelles infrastructures de santé de la métropole, ajoute Graveline, ira à des établissements de langue anglaise.» Tantôt, à ce rythme, l’anglais sera la langue d’usage dans la métropole.Au fil de l’histoire Qn ne fera pas l’indépendance pour reprendre la bataille des plaines d’Abraham, explique l’essayiste, ou pour régler nos comptes avec le Canada.Qn fera l’indépendance pour être libres, pour prendre nos propres décisions, pour avoir une voix et défendre nos PIERRE GRAVELINE iipA UliKUTH l>ll QUHIIKC: intérêts sur la scène internationale.Qn fera l’indépendance pour vivre dans un Québec vraiment français, dans le respect de la minorité anglaise et des nations autochtones.Souverain, le Québec maîtrisera son économie, au lieu de voir 50 % de ses taxes et impôts servir aux industries pétrolière et automobile et à une politique de défense qu’il rejette.Le Québec pourra aussi instaurer une vraie laïcité, un objectif impossible à atteindre dans un pays dont la Constitution affirme «la suprématie de Dieu» et impose le multiculturalisme.Le désir d’indépendance n’est pas à contre-courant de l’histoire.Depuis 65 ans, 142 nations ont choisi d’assumer leur liberté nationale.Malgré le pessimisme régnant, écrit Graveline, «notre nation n’a jamais été, de toute son histoire, aussi forte et en meilleure posture, à tous égards mais particulièrement sur le plan économique, pour accéder à son indépendance politique».Elle dispose encore d’une majorité francophone solide (79 %), qui s’identifie plus que jamais au Québec d’abord, et d’un noyau dur de 40 % d’indépendantistes résolus.De plus, la croyance à une réforme du fédéralisme satisfaisante pour le Québec «est irrémédiablement condamnée à s’effondrer» et la conscience du fait que la mondialisation entraîne la nécessité d’avoir une voix sur la scène internationale pour ne pas s’isoler du reste du monde se développe.L’heure est donc venue, conclut Graveline, de sortir du provincialisme, de ne plus se soumettre à la Constitution canadienne quand elle nie nos intérêts, de se préoccuper des enjeux internationaux directement, et non plus par l’entremise d’Qttawa.Il importe, écrit-il dans la section la moins convaincante de son essai, de mobiliser le peuple et la jeunesse en ce sens, de dépasser l’électoralisme, de créer une coalition citoyenne pour l’indépendance et, d’utiliser les ressources de l’Etat québécois pour préparer cette dernière.S’il brille par ses vertus pédagogiques (clarté, cohérence, concision), le plaidoyer de Pierre Graveline manque toutefois un peu d’allant sur le plan de l’écriture.Il rafraîchit néanmoins efficacement l’idée d’indépendance.louisco@sympatico.ca LA LIBERTÉ DU QUÉBEC Herre Graveline Fides Montréal, 2011,136 pages VOYAGES Les aventures de Gilles Prouk Comment apprendre à mieux se connaître?Par les voyages, répondaient parfois les anciens.Et pour mieux connaître l’ancien animateur Gilles Proulx, le récit de ses voyages nous mène loin.Dans Le Maghreb de Gilles Proulx, des récits colligés par Janine Ross, l’homme se révèle presque davantage que les pays dont il traite en principe.Il conbe être un gars «foncièrement macho»-.«J’admire la rudesse, les sports durs.J’admire la virilité, celle des militaires, des corps d’élite spécialisés et des soldats de la Légion étrangère qui ont vécu dans le Sahara.Je respecte les armées bien entraînées, les paras français, les Marines.» Ce même rapport viril, il en cherche la trace dans les individus qu’il rencontre, afbrme-t-il.Le trouvait-il chez ses auditeurs, du temps où il était une vedette de la radio d’humeur?Pas sûr.Que pensait-il de son public?«J’ai toujours eu tendance à le sous-évciluer.J’avais travaillé tellement longtemps à CKVL, où je considérais que l’auditoire était étroit d’esprit.» La Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, et la Libye pour conclure.Au sujet du pays de Kadhafi, il s’étonne de voir que le dictateur n’a pas pu régler la question de la gestion des déchets d’une main de fer.Un être curieux, ce Gilles Proulx.Ailleurs comme chez lui.Le Devoir LE MAGHREB DE GILLES PROULX Propos recueillis par Janine Ross Bertrand Dumont éditeur Boucherville, 2011,201 pages Pourquoi sont-ils homophobes ?LOUIS CORNELLIER Ly homophobie est particuliè-' rement répandue chez les garçons adolescents.La chercheuse Janik Bastien Charlebois a voulu comprendre ce phénomène, abn de trouver les meilleures méthodes visant à l’enrayer.Dans La virilité en jeu (Septentrion, 2011), une étude savante qui se penche sur la «perception de l’homosexualité masculine par les garçons adolescents», elle donne la parole à ces derniers dans le but de cerner leurs atbtudes à cet égard.La majorité des garçons, note Bastien Charlebois, rejettent principalement la présence de comportements efféminés, la volonté de visibilité et les démarches de revendication chez les homosexuels.La chercheuse conteste les thèses habituellement avancées pour expliquer cette homophobie Çes hormones, la cons-buction identitaire masculine, le refoulement) et retient plutôt la thèse d’un hétérosexisme socialement construit.«En offrant l’hétérosexualité comme point de repère universel, exclusif et constant dans le discours, dans les lois, dans l’éducation à la sexualité, puis dans les pratiques et les échanges quotidiens, explique Bastien Charlebois, on occulte l’existence des sexualités minoritaires.Or, le silence envoie un message aussi fort que la parole.Il signifie qu’une réalité n’a pas suffisamment de valeur, est trop problématique ou honteuse pour être nommée et intégrée dans les représentations quotidiennes de la vie.» Collaborateur du Devoir VIENT DE PARAITRE Richard Vézina M.Richard Vézina Chisasibi Avec Chisasibi, le lecteur plonge au cœur de la forêt boréale et de la psyché humaine.J’espère que cette magnifique histoire se retrouvera un Jour sur nos écrans».(Roméo Saganash) CARTE BLANCHE - En librairie, 22,95$ Les Éditions Hurtubise tiennent à rendre hommage à Maryvonne Kendergi.?bfurtubise www.editionshurtubise.com En librairie et en kiosque le 14 octobre Un grand dossier sur Réjean Ducharme Romancier.Scénariste .Dramaturge .Paroiier.Plasticien Cher Ducharme, je trouve que le Québec a besoin de nouveaux niaiseux pour faire advenir une « période vache » juste à nous, pour donner à notre littérature la chance de « faire un gâchis dans cette belle histoire » [.J Que devenez-vous ?«¦ Que sont les nîaîseux devenus ?» Alain Farah Ducharme est tout à fait inutile au Québec, même s'il est acclamé dans le monde entier.Pourquoi ?Parce que le monde entier est normal et que le Québec, lui, pousse tout croche sur sa terre de roches.Ducharme est intemporel tandis que nous avons peur du temps.De celui qu'il fait comme de celui, surtout, qui nous défait.« La thermodynamique d'un mythe » Renaud Longchamps Qu'est-ce qu'on peut bien écrire après « le fonne c'est platte » ?« La fois où j'ai aimé une œuvre comme une personne » Catherine Renaud nu.it IblâtüMi N® 124 8,95 S OCTOBRE, novembre 2011 le magazine du dossier spécial Économisez jusqu'à 350/0 du prix en kiosque Abonnez-vous Quatre numéros par année |e m'abonne pour une période de ?lan:34$ ?2 ans: 56$ DS ans: 79$ TPSefiVQ incluses Nom .Adresse Du Manitoba à l'Afrique Lise Gaboury-Diallo Ville .Province Code postal .Tél.Courriel .?Chèque à l'ordre de Nuit blanche ?VISA ?MasterCard N° de la carte .Date d'expiration .Veuillez poster ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) CIR 1R7
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