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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-10-15, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 1.5 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 ESSAI La musique de Georges Leroux Page F 7 ESSAI Un éloge de la culture générale signé Normand Baillargeon Page F 8 umES Les deux principaux fondateurs de la marque Apple, Steve Wozniak et Steve Jobs.KIMBERLY WHITE REUTERS Une pomme, deux voix Le hasard des calendriers d’édition reposait finalement sur un système de calcul plus efficace que celui d’un Apple 1.Et comment! Coup sur coup, dans les prochains jours, deux bouquins reviennent en effet sur l’aventure d’Apple Computer Inc., l’empire de l’informatique quitté à la hâte la semaine dernière par son gourou en chef, Steve Jobs, mort à l’âge de 56 ans.Deux livres, autobiographie et biographie, des deux principaux fondateurs de la marque: Steve Jobs et Steve Wozniak.Les deux hommes portent deux regards fascinants sur une pomme, son origine et surtout les fondements de cette influence redoutable dans le quotidien de millions d’humains sur la planète techno.« Mettre rinformatique à la portée de tous, afin que des non-spécialistes puissent acheter un ordinateur et s’en servir» —Steve Wozniak FABIEN DEGLISE Les motivations du génie sont parfois plus complexes qu’elles ne le paraissent Steve Wozniak le prouve, lui qui à 25 ans, dans le garage «d’un collègue au chômage, Gordon French», commence en mars 1975, sans trop le savoir, à façonner une petite révolution.A Palo Alto, en Californie, il a fondé, avec son pote Steve Jobs, un club de dompteurs de puces informatiques baptisé Homebrew Computer Club.Ensemble, ils vont donner naissance à l’Apple I, l’arrière-grand-père du iPad, qui du haut de son 4 ko de mémoire (pouvant être «poussée» à 8 Ko) n’annonçait rien de moins que le début d’un temps nouveau.Petite note à l’amateur de chiffres: aujourd’hui, il faudrait 256 machines comme celle-là simplement pour stocker un fichier sonore mp3.Le mythe fondateur, ressassé par Apple et repris à l’unisson par ses milliers de fidèles, vit depuis ce temps, porté par l’image d’une porte de garage blanche d’une maison banale dans une banlieue de la Silicon Valley.Il donne aussi un peu de corps aux ambitions de Jobs et Wozniak qui, au début de l’aventure Mac, ne rêvaient que d’une chose: «mettre l’informatique à la portée de tous, afin que des non-spécialistes puissent acheter un ordinateur et s’en servir», écrit Wozniak dans iWoz.Mais forcément, il y avait plus.Autobiographie et science-fiction C’est dans les premières pages de l’autobiographie de Steve Wozniak — Gina Smith l’a aidé à mener à terme ce projet — que l’épaisseur du projet initial apparaît vraiment.On y découvre un jeune homme bien de son temps, les années 1950, bercé par le récit de science-fiction Torn Swift Jr (Gros-set & Dunlap) — ses «livres préférés» — et vivant dans un environnement technologique où les propriétaires de radio et de télé devaient changer eux-mêmes les tubes à vide de leurs appareils en les amenant à l’épicerie pour vérifier leur état, raconte-t-il.Dans ce monde ordinaire, Wozniak se distingue toutefois des autres gamins de son âge: son père, ingénieur qui à l’époque où il travaillait chez Electronic Data Systems (EDS), une boîte de consultants en Informatique, amenait parfois son fils de trois ans à son laboratoire.Pour pouvoir travailler, 11 étalait sur le sol des composantes Informatiques sur une couverture pour amuser sa progéniture.Ailleurs sur la planète, les briques à plots du Danois Ole Klrk Christiansen, baptisées Lego, venaient à peine de voir le jour.Mais pour le petit Wozniak, le monde, lui, avait commencé à se construire dans ses mains avec des résistances, des fragments de cir- cuits Imprimés, de transistors, de photocoupleurs, de roues codeuses.Les bouts de métal et de plastique allaient marquer le destin de l’homme.Le nouvel emploi du père chez Lockheed, le grand constructeur aéronautique, fera le reste.Là, l’homme va soudainement se faire un peu plus discret.Dans ses mémoires.Steve s’en souvient, comme 11 se souvient aussi d’avoir vu à la maison des «dessins de fusées avec le logo de la NASA» et «des documents liés aux missiles Polaris, tirés depuis les sous-marins ou quelques choses dans ce goût-là», écrlt-11.Sans plus de détails.On comprend plus loin que, dans le cerveau du petit bonhomme, une carte perforée vient alors de prendre forme: dessus.Steve W.va Inscrire sa passion pour l’électronique et, surtout, l’envie de mettre la technologie au service du bien et des gens: «vous savez, faire le bien pour la planète et tous ses habitants».Dans la tête d’un gourou Les fondements d’un empire devenu religion, d’une multinationale partie de rien et passée de producteurs d’ordinateurs pour la marge à pourvoyeur d’objets symboliques et phagocytes, sont parfois étonnants.Et le contenu de Steve Jobs QC Lattès), première biographie autorisée du charismatique fondateur d’Apple, ne devrait pas manquer, une nouvelle fois, de le souligner.Signé Walter Isaacson, ancien rédacteur en chef du magazine Time et auteur des biographies d’Einstein, de Benjamin Franklin et de Kissinger, l’objet littéraire devait s’intituler à l’origine iSteve: le livre de Jobs.Le décès du sujet principal a transformé le projet historique en testament, voire en hagiographie dans le contexte, dont le lancement a été devancé de quelques semaines partout sur la planète.Le bouquin va apparaître dans les librairies au Québec le 26 octobre prochain.VOIR PAGE E 2 POMME D aura fallu la vente d’une calculatrice, la HP 65, pour 500 $, et celle du Westfalia de Jobs pour un montant équivalent pour pouvoir financer le premier circuit imprimé de Tipple I. F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 LIVRES EN APARTE Le Castor Nobel et l’igNobel Jean-François Nadeau / J i La semaine dernière, au moment de confier le cahier livres aux rouleaux encrés des rotatives, le nom du nouveau Prix Nobel de littérature était annoncé, trop tard pour parler en ces pages de Tomas Transtrômer.L’espace de ses poèmes est habité largement par la villç.De petites choses y deviennent des galaxies.A travers toutes ces petites choses, les hommes raclent la terre, le béton et le sang, à la recherche d’eux-mêmes.«L’agenda est rempli, l’avenir incertain.» Puis il arrive que la forêt et les lacs leur pardonnent tout, à condition de savoir comment s’y égarer.Le monde de Transtrômer, c’est le nôtre.Ses poèmes me servent de pont pour franchir des fleuves.Un pont, chez lui, est «ce grand oiseau de fer qui plane sur la mort».Dessous, l’eau y est tantôt gelée, tantôt bouillonnante, dans un monde où l’on doit naviguer chaque jour à travers des voitures et où les rasoirs électriques du matin s’envolent tels de bruyants hélicoptères.Tout bouge dans cette oeuvre pourtant très calme.Transtrômer l’explique lui-même: «Ce qui y est écrit change à chaque instant, les images se retouchent toutes seules, les mots scintillent.Une lame de fond roule à travers le texte, suivie de la prochaine et d’une autre encore.» Depuis une semaine, je suis plongé dans Transtrômer.J’ai en main un exemplaire de ses «œuvres complètes» ayant appartenu à Michel van Schendel, qu’on a eu la grande gentillesse de m’offrir.Je ne quitte plus ce livre.Transtrômer m’empêche de faire autre chose que de le lire.Lorsque je l’abandonne, je réussis au mieux, en me concentrant, à penser que je dois y retourner au plus vite.J’avance là-dedans au hasard, par saccades, désormais certain de m’y rencontrer à chaque page.Poète suédois très connu chez lui, apprécié aussi chez les anglophones, Transtrômer occupait jusqu’ici, hélas, une place relativement discrète dans la littérature du monde français.Sans le Nobel, il aurait pu demeurer presque à jamais dans cette situation molle d’un écrivain majeur laissé de côté.L’espérance d’une littérature universellement vivante demeure un risque à courir, même pour les plus grands.Son oeuvre avait pourtant été traduite à l’enseigne du Castor J^tral, une maison d’édition française sérieuse qui porte d’ailleurs en elle une bonne part québécoise.Plusieurs écrivains d’ici y ont en effet construit leur nid, dont Claude Beausoleil, lise Gauvin, François Tétreau et Yolande Villemai-re.On trouve au Castor plusieurs poètes de la francophonie et d’ailleurs, mais aussi des oeuvres en prose importantes.La famille de Georges Bernanos, l’auteur de Sous le soleil de satan, a par exemple confié toute son oeuvre à cet éditeur.Dans les années 1970, les quatre comparses à l’origine de la maison d’édition avaient décidé de se lancer dans cette aventure lors d’un séjour au Québec.Leur Castor vient de là.Et Astral?Juste le nom de la chatte d’un des gars.En 1989, en collaboration avec le Castor Astral, les Ecrits des Forges à Trois-Rivières avaient déjà publié une anthologie de Transtrômer.Et c’est encore le travail d’édition du Castor Astral que Gallimard a repris dans sa collection «Poésie», sous l’étiquette quelque peu abusive (﫜uvres complètes» puisque d’autres textes en prose ont été publiés.C’est ce livre que j’ai entre les mains depuis une semaine.Dans cette collection de Gallimard, Transtrômer se trouve en compagnie des plus grands, dont Gaston Miron.En 1978, pour l’anecdote, André Major avait suggéré à l’Académie Nobel de couronner Miron.Trop pour l’homme d’un seul livre, avait-on pu entendre.Grâce à Transtrômer aujourd’hui, on sait qu’un poète de cette envergure, même lorsque son oeuvre tient dqns un seul livre, peut mériter un prix pareil.A condition d’être suédois?Chaque année, à l’automne, en marge de la remise des prix Nobel à StoclAolm, on récompense aussi le pire, depuis les Etats-Unis, par l’attribution des prix IgNobel.Pour être lauréat, il suffit d’avoir produit une oeuvre absurde, nourrie de recherches fumeuses et, surtout, capable de faire rire le plus grand nombre.Au chapitre de la littérature, le IgNobel de cette année a été décerné à John Perry, un professeur de philosophie de TUniversité Stanford, un établissement californien qui compte pourtant 18 vrais Prix Nobel.John Perry a publié une savante théorie de la procrastination mise au service de la réussite.FREDRIK SANDBERG REUTERS Le poète suédois Tomas Transtrômer, Prix Nobel de littérature 2011 Le professeur développe l’idée d’une nécessaire procrastination structurée.«Tous les procras-tineurs mettent de côté des choses qu’ils ont à faire, écrit-il.La procrastination structurée est l’art de transformer cette mauvaise habitude en avantage personnel.» Dans cette volonté d’édification fondée entièrement sur la paresse du sujet, il s’agit de voir à réaliser quelque chose de précis et de suffisamment important, mais dans la seule perspective de s’éviter de faire quelque chose de plus important encore.Tout un art de la paresse, en somme, maquillé sous les traits du travail véritable.Faut-il commenter cela, sachant que ça pour- rait attendre à plus tard?On sait au moins d’instinct qu’à toujours attendre demain pour lire de grandes oeuvres comme celle de Tomas Transtrômer, on finit par se retrouver après-demain à encore lire seulement le journal.jfnadeau@ledevoir.corn BALTIQUES ŒUVRES COMPLÈTES 1954-2004 Tomas Transtrômer Gallimard, «Poésie» Paris, 2004,377 pages E N BREF L’épopée de Guy Delisle à Jérusalem Après la Corée du Nord, la Chine et la Birmanie, le bé-déiste Guy Delisle s’attaque désormais à un autre drôle de coin de la planète: Jérusalem, qui se retrouve au centre de sa nouvelle création.Chroniques de Jérusalem (Del-court), que le quotidien français Le Monde propose en prépublication sur son site Web depuis quelques semaines (http://bit.ly/pDRbMa).Oblique et comique, à l’image des oeuvres du créateur, ce nouveau voyage est le fruit d’une année de vie dans le quartier de Beit Hanina que Delisle résume ainsi: «On m’explique que c’est la partie annexée par Israël en 1967.Nous sommes donc en Israël?Ça dépend, au niveau international, nous sommes en Cisjordanie, pour les Palestiniens, nous sommes dans les territoires occupés, pour le gouvernement israélien, nous sommes en Israël.» Du bonbon pour ce fin observateur des humains et de leurs paradoxes.- Le Devoir Presses de l’Université Laval Vincent Billard Après Steve Jobs, le point sur son œuvre Vincent Billard le CoiMiM-enP la tuarc^u-e q (q polMfM-e tM.i/'esft't n-o-S ¦eVi-^ù-eRC-e-S En libraire le 26 OCtobre 230 pages MflÊÊÊÊÊÊÊÊÊKÊItl9W^lf^ 24,95$ Abonnez-vous à INFO-PUL www.pulaval.com POMME SUITE DE LA PAGE E 1 D’ici là, à l’image d’un lancement de iPhone, les détails sur le contenu de ce livre sont conservés précieusement par 1,’éditeur qui a toutefois, aux Etats-Unis du moins, commencé à alimenter la machine à rumeurs avec quelques fuites sans doute planifiées.Jobs n’est plus.La mécanique redoutable qu’il a élaborée pour la communication de ses produits reste.Et sa biographie en profite.Ainsi, cette semaine, quelques petits éléments anodins ont commencé à percoler dans l’univers numérique.Sur le site Gawker, même des extraits sont apparus pour expli- quer pourquoi le chef d’entreprise, adulé à sa mort comme une rock star couplée à un Nobel de la paix, portait toujours un col roulé noir.C’est au Japon qu’il a eu cette idée dans les années 1980.D’une rencontre avec le grand patron de Sony, Akio Morita, il a ramené en Californie le projet d’un uniforme pour l’ensemble des employés d’Apple.L’idée, trop culturellement associée à l’Empire du Soleil levant, n’a pas plu à ses troupes.Mais elle est restée ancrée dans la tête du boss, qui a décidé de l’appliquer à sa propre personne.On en convient, la fuite n’est pas très consistante, mais le récit d’ensemble du parcours CHRISTIAN BEGIN LIT LE FAUCON DE MALTE DE DÂSHIELL HAMMETT Une série élaborée par Michelle Corbeil et Lou Arteau Une coproduction des Capteurs de mots et de la Place des Arts 24 OCTOBRE 19 h 30 I Cinquième Salle Une soirée en compagnie du détective privé Sam Spade incarné à l’écran de façon inoubliable par Humphrey Bogart.PROGRAMMATION COMPLÈTE LAPL&CEDESARTS.COM laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 de Jobs ayant été souvent raconté, si surprises il y a, celles-ci devraient toutes apparaître dans un cadre connu.Dans ces lignes prévisibles.Steve Wozniak et Steve Jobs vont se rencontrer par l’entremise (J’un certain Bill Fernandez.A l’époque, le gourou en devenir est encore au collège — alors qu’iWoz, surnom donné à Wozniak, est depuis belle lurette à l’université.Le plus vieux des deux travaille aussi sur la construction d’un ordinateur, le cream soda computer, avec son ami Allen Baum, avec qui il partage une passion pour l’informatique et pour cette boisson ultrasucrée.Dans l’ère, il y a des circuits RAM, la mémoire vive, quoi, qui viennent remplacer les «tores de mémoire ferromagnétique».On soude.On rigole et Fernandez va dire: «Hé, y’a un type que tu devrais rencontrer.Il s’appelle Steve aussi.Il adore les blagues et l’électronique aussi!» Simple.Efficace.La suite fait désormais partie de l’histoire.Elle s’est construite autour de quelques sales coups fomentés par les deux étudiants pour choquer les institutions — oui, le demi-dieu a des squelettes dans le placard —, de piratage de lignes de téléphone (le phone phreaks, comme on disait dans le temps) et de chansons de Bob Dylan qui ont rythmé le début de cette aventure qui va les conduire des bureaux d’Atari et de Hewlett-Packard, où les deux hommes ont travaillé, soit sur des calculateurs, soit sur les premiers jeux vidéo (comme le pong et son dérivé le Breakout), à ce fameux garage.Là, il aura fallu la vente d’une calculatrice (la HP 65) pour 500 $ et celle du Westfa-lia de Jobs pour un montant équivalent pour pouvoir financer le premier circuit imprimé de l’Apple 1.11 y a eu aussi ce nom, trouvé sur l’autoroute 85, par Jobs qui revenait de l’Apple Orchard, une «communauté» de l’époque implantée dans une pommeraie de l’Oregon.Wozniak était allé le chercher à l’aéroport, ajoutant du coup une composante dans cette série de hasards de la vie qui visiblement a reposé sur un système de calcul plus efficace que d’autres.Le Devoir IWOZ Steve Wozniak et Gina Smith L’école des loisirs Paris, 2011,324 pages STEVE JOBS Walter Isaacson JC Lattès Paris, 2011,600 pages LA BIERE QUI TUE î Yves Morin ili) ‘-V y hliElnW ^ iis En s’inspirant de la controverse liée à la bière Dow qui avait secoué la ville de Québec dans les années 1960, Yves Morin signe, avec Les Cœurs tigrés, un roman historique efficace qui revêt des allures de thriller médical.RENDEZ-VOUS SUR WWW.HAMAC.QC.CA POUR ACCEDER AU FEUILLETAGE EN LIGNE DU LIVRE.@0 a m a c classique AUSSI DISPONIBLE EN FORMAT PDF ET EPUB LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 F 3 LITTERATURE La guerre de Sécession vue par deux fillettes L Danielle Laurin a guerre de Sécession: vaste sujet, maintes fois exploré, de multiples façons.Ce qui n’empêche pas la toujours surprenante romancière québécoise Dominique Fortier d’y faire son nid.Et de tirer sur les bons blons.La guerre de Sécession vue par deux bllettes que tout sépare et qui vont grandir ensemble: c’est l’angle privilégié par l’auteur e dans La porte du ciel.Avec, en sourdine, un question-n e m e n t constant sur ce qui constitue le fondement de la liberté.Nous sommes en Louisiane, juste avant que n’éclate la guerre civile américaine.,Nous som-mes avec la petite Eve et la petite Eleanor, dans leur quotidien.L’une est mulâtre, bile d’esclave; l’autre est Blanche, bile de médecin.Nous sommes dans une belle maison bordée d’arbres.Dans la petite bourgeoisie aux idées larges, qui jamais ne songerait à s’offrir des esclaves.Mais qui jamais ne songerait non plus à faire asseoir une petite mulâtresse à table lorsqu’il y a des invités.Et qui n’hésite pas à la reléguer au rang de subalterne en toute occasion.Nous sommes aussi bien dans les huttes insalubres des esclaves, pas très loin.Ils sont affamés, souvent fouettés.Nous sommes avec eux dans les champs de coton où ils se transforment en bêtes de somme.Et avec eux quand on arrache aux mères leurs garçons qui grandissent pour les vendre aux plus offrants.Ce n’est qu’un début.Nous mettrons le nez dans des assemblées de viUage, entre notables, alors que les esprits sudistes s’échaiiffent à l’idée que l’esclavage puisse être abob.Des assemblées où nous entendrons ceci: «Et que feriez-vous de ces esclaves libérés, dites-moi?Vous souhaiteriez peut-être les voir s’établir dans les villes et les villages, épouser vos filles?» Et encore ceci: «Dieu a voulu les brebis protégées par le berger et l’esclave protégé par son maître.Personne n’a le droit de nous empêcher d’^ercer Sa volonté, et si le Nord prétend nous spolier de la sorte, nous le quitterons sans regret comme on doit savoir couper un membre gangrené pour éviter que la maladie ne gagne le reste de l’organisme.» Nous assisterons à un grand recensement national, où les esclaves compteront pour «les trois cinquièmes d’un homme libre».Et nous serons tout aussi bien dan§ la tête de cette mulâtresse d’Eve, au statut mal déb-ni, si ambigu, à se demander «comment on arrivait aux trois cinquièmes d’un homme, si c’était en lui arrachant les bras ou les jambes, ou si ce n’était pas plutôt en le privant de sa tête, de son cœur, ou de son âme».© MARTINE DOYON Les larmes de saint Laurent, le roman précédent de Dominique Fortier, avait été sélectionné parmi les finalistes du Prix littéraire des collégiens.Nous verrons Eve à la peau brune et Eleanor à la peau blanche devenir dçs jeunes filles.Nous verrons Eve suivre Eleanor après le mariage de celle-ci, dans un grand domaine cerclé par une plantabon de coton.Et nous verrons Eleanor devenir prisonnière de son statut d’épouse, sous le joug d’une belle-mère acariâtre.11 y aura des non-dits, des poussées de désirs interdits, des chassés-croisés amoureux, des trahisons.11 y aura des drames sentimentaux, aux développements inattendus.Pendant ce temps, nous verrons le conbit Nord-Sud s’envenimer, la guerre fratricide éclater, puis s’étendre: «Il y avait eu des batailles, puis des massacres, il y aurait des hécatombes.» Nous verrons des déserteurs fantomatiques, affamés.Et des soldats blessés rentrer au bercail, parfois avec un membre en moins, parfois sans toute leur tête, mais dans tous les cas à jamais ttansformés.Nous tomberons sur cette quesbon: «La guerre change-t-elle vraiment les hommes ou bien, les dépouillant de leur vernis, des bonnes manières, de la civilité et de l’hypocrisie qui facilitent les rapports sociaux, ne fait-elle que révéler leur nature profonde?» Nous aurons l’impression que tout cela est palpable, que nous sommes vraiment là, tapis dans l’ombre de la guerre de Sécession.Mais par moments.Par moments seulement.Ce n’est pas si simple.Pas si simple de rester accroché.Car le récit est constamment interrom- pu.Pris en charge par l’un ou l’autre des personnages.Et parfois par un narrateur non idenb-fié, qui change lui-même de per-sonnabté.Qui n’hésite pas à se projeter dans l’avenir, à nous emmener en 2011 dans un pénitencier du Sud, où les prisonniers, en majorité noirs, sont condamnés à mort.Ajoutez à cela de longues digressions.Nourries, certes, pleines d’érudibon.Mais qui retardent constamment l’action.Des descripbons détaillées aussi, faites de façon distanciée, qui bennent à distance l’émobon.Tous ces procédés ajoutent à l’originalité du roman, à n’en pas douter.On reconnaît bien là la marque de Dominique Fortier, dont les deux précédents romans.Du bon usage des étoiles et Les larmes de saint Laurent, favorisaient la polyphonie et le fragment.Dans La porte du ciel, multipliez ça par cent.L’impression qu’on nous met constamment des bâtons dans les roues, pour briser le fil de la continuité.Que c’est voulu.Significatif.Symbobque.Ce n’est pas pour rien que la métaphore de la courtepointe traverse le roman.Non seulement on voit régubèrement des femmes, esclaves, mais pas seulement, assembler des morceaux de bssu pour en faire des courtepointes, non seulement des descriptions de courtepointes ponctuent le récit, mais le récit lui-même est conçu comme une courtepointe.Comme un hommage?Après tout: «C’était un mé- dium qui permettait à la femme de s’émanciper en transcendant le rôle traditionnel qui lui était échu», peut-on bre dans La porte du ciel.Pas pour rien non plus que l’image du labyrinthe traverse le roman.Comment sortir d’un la-byrbithe, retrouver son chemin, sa bberté?Cette question pourrait s’appbquer à la plupart des personnages de La porte du ciel.11 y a plusieurs moyens de sortir d’un labyrbithe, nous fait-on remarquer à la fin du roman.11 y a même celui-ci: «C’est d’inventer soi-même le chemin au fur et à mesure, jusqu’à la sortie, que l’on invente aussi.» Cette façon-là pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’auteure de La porte du ciel.LA PORTE DU CIEL Dominique Forber Alto Québec, 2011,296 pages alto E N BREF La quête de l’origine Aborigine était., le mjithe.Georges Leroux, professeur émérite au Département de philosophie de l’UQAM et cobabora-teur du Devoir, discutera de l’ori-gbie des choses et de son devenir avec le grand spéciabste de Platon Luc Brisson, le mardi 18 octobre à 12h à l’Auditorium de la Grande Bibbothèque.Qn y apprendra qu’aujourd’hib encore, malgré les révolubons scienb-fiques et les discours rebgieux et métaphysiques, l’origine des phé- nomènes naturels ne peut êtte décrite qu’à l’aide d’im discours qui n’est ni vrai ni taux, à savoir le mythe.- Le Devoir Décès de Robert Yergeau Poète et essajdste, l’écrivam Robert Yergeau est décédé le 5 octobre.Ce professeur à l’Université d’Qttawa s’était beaucoup int^ ressé à l’univers du mécénat d’Etat 11 fut aussi le fondateur et le directeur du Nordir.11 avait 54 ans.- Le Devoir Luc Brisson, spécialiste de Platon JACQUES GRENIER LE DEVOIR UNE NATION COLONISEE, MENACÉE, INACHEVÉE pierre GRAVELINE l-A I.IUHIITK l>U OllKl**'-*' L'indépendance, comment ?Pierre Graveline LA LIBERTÉ DU QUÉBEC 21,95 S • 136 pages ENTRETIENS Qui sont les éditeurs ?SÉBASTIEN VINCENT Ils ont rendu célèbres Auster, Berberova, Kundera, J.K.Rowling et tant d’autres.Tous ont un jour rejeté un Proust qui aba connaître le succès ableurs.Ces «magiciens de l’ombre» acceptent généralement de laisser la vedette à leurs auteurs.Abisi planent autour du presb^eux et mystérieux métier d’éditeur de tenaces clichés romanbques véhiculés par la presse, le cinéma et la littérature.C’est pour en démjtthifier les rouages et faire connaître de grandes figures de l’édition française contemporaine que cet ouvrage reprend in extenso la transcription de huit des vingt-six enttebens filmés réalisés dans le cadre de la mission Profession éditeur, mise en place en 2008 par Christine Alba-nel, alors ministre française de la Culture.Au fil des entrevues, on découvre les pratiques éditoriales et le parcours souvent ponctué de petits miracles ou d’extraordinaires hasards d’une génération d’éditeurs invités, pour une rare fois, à parler d’eux-mêmes et de leur travail: Paul Qtchakovsky-Lau-rens lança les éditions PQ.L en 1983 alors qu’il ignorait com-ipent on fixe le prix d’un livre! Ecrivain, Philippe Sobers n’a jamais obtenu de Concourt, mais l’a décroché en tant qu’éditeur.Claude Durand est devenu en quelques mois l’agent mondial de Soljénitsyne.Teresa Cçemisi, une Italienne née en Eg5q)te, a accédé au poste de p.-d.g.de Flammarion aprèg un cheminement atypique.Etre le «petit-fils de» ne rend pas le métier plus facile: lors des débuts d’Antoine Gallimard et de Francis Esmé-nard, nombreux étaient ceux qui prédisaient la chute des maisons Gabimard et Albbi Michel.L’histoire d’Hubert Nys-sen, fondateur à cinquante ans des éditions Actes Sud, demeure riche d’enseignements.Depuis Arles, alors que le pôle éditorial se trouve à Paris, il a dû, avec sa fille Françoise, faire preuve d’audace et de vision en publiant des écrivains étrangers, tels Stieg Larsson.Tous s’entendent sur un énorme défi humain, organisa- PIERRE VERDY AEP Paul Otchakovsky-Laurens lança les éditions P.O.L en 1983 alors qu’il ignorait comment on fixe le prix d’un livre! tionnel, légal et financier: la nécessité de s’unir pour faire respecter le droit d’auteur à l’ère du numérique.Passage qui bouleversera notre rapport au livre et à la lecture, autant dire aux bases de notre culture.Sur ce point, les éditeurs ne se hasardent pas à prédire le futur et encore moins le rythme auquel interviendront ce§ changements.A l’heure de la concentration de l’édition, de la tyrannie du profit, des agents littéraires, de la «marchandisation» du livre et de la montée du livre électronique, qui devra un jour offrir davantage que la version homothétique de l’ouvrage papier, ces témoignages permettent d’esquisser des pistes de réflexion sur l’avenb de la profession et du livre.Ils font surtout saisb l’essence non négociable d’une profession dont le fondement repose avant toute autre considération sur une rencontre, souvent intense, entre un auteur, un texte et un éditeur.Collaborateur du Devoir PROFESSION ÉDITEUR Huit grandes figures DE l’édition contemporaine RACONTENT Obvier Le Naire imec éditeur.Centre national du Hvre et Syndicat national de l’édition Paris, 2011,209 pages R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Dn 3 an 9 octobre 2011 Romans québécois 1 Les hdiitieis d'EnIddiev • Tome 4 Le sanctuaire Anne Robillard/Wellan V2 2 Mémoires d'un quartier • Tome 9 Antoine, ia suite Lorise TremblaiKl'Essiambre/Guy Sairt-Jean 2/7 3 Àtoi Krtfhüvl IM Janoviak/Ubre Expression 3/5 4 Madame Tout-ie-Monde * Tome 1 Cao-aux-Brumes Juliette Thibault/Hurtubise 4/4 5 Burqa de chair Nelly Arcan/Seuil 5/4 6 Marie de ia mer • Tome 2 Au château Annie Lavigne/lntouchables 8/3 7 Les héritiers d'Eniddiev • Tome 3 Les dieux ailés Anne Robillard/Wellan -n 8 Là où la mer commence Dominique Demers/Québec Amérique 1D/B 9 Pour les sans voix • Tome 1 ta jeunesse en feu Micheline Duff/Québec Amérique 6/2 10 Ru Kim Thûy/Ubre Expression -n Romans étrangers 1 Remède mortel Harlan Coberr/Belfond -n 2 Le passager Jean-Christophe Grangé/Albin Michel 3/2 3 La femme au miroir Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 2Æ 4 Private Los Angeles James Patterson I Maxine Paetro/Archipel 4/2 5 Avant d'aller dormir S.J.Vten/Sonatine 1/3 6 Mise à nu Richard Castie/Citv 7/4 7 Derniers adieux Usa Gardner/Albin Michel 8/3 8 Freedom Jonathan Ftanzen/Doréal 5/7 9 L'étrange voyage de monsieur Baldrv Marc Lévy/Robert Laffont 6/22 10 Vague de chaleur Richard Castle/City 9/4 "?Essais québécois 1 Ne vous taisez plus! Denise BonterderlRancoiseLaborde/favard 2/2 2 Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident Djemila Benhabib/VLB V4 3 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot I André Noël/Homme 4/5D 4 Et si mourir s'apprivoisaL.Réflexions sur la fin de vie Serge Daneault/La Presse 3/4 5 Les vieux.La vieillesse : une merveilleuse étape de notre vie Rose Legault/Quebecor -n 6 Recours aux sources Éric Bédard/Boréal 8/3 7 L'anxiété.Le cancer de l'âme Louise Reid/JCL 6/8 8 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial des.Michelle Blanc 1 Nadia Seraiocco/Logiques -n 9 Les héritiers de Tiananmen Michel Cormier/Leméac 5/3 10 La liberté du Québec Pierre Graveline/Fides -n "?^Essais étrangers 1 Premier bilan après l'apocalvose Frédéric Beigbeder/Grasset V4 2 Indignezwris 1 Stéphane Hessel/Indigène 4/37 3 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 2/32 4 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Favard 3/23 5 La nature en débat Christian Lévêque/Cavalier bleu -n 6 Les émotions démocratiques Martha Craven Nussbaum/Climats -n 7 Le crépuscule d'une idole.L'affabulation freudienne Michel Orrfrav/LGF -n 8 Tous ruinés dans dix ans?Jacques Attali/LGF -n 9 Le Cosmos et le Lotus Xuan Thuan Trinh/Albin Michel 7/3 10 Le facteur Armageddon.La montée de la droite chrétienne.Manx Mcdonald/Alain Stanké 5/5 Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du sj^me d'intainatlcn et d'analyse strlesve[itesdeliviesf[angaisauCanada.Cepal[narèsest exitalt de etestconstituédesielevésde caisse deinpointsde venta La BILF reçoit un soutien financier de Pairimohe canadien pour le projet ÆsyMf.© Blir, toute repioduction totale ou partielle est inlerdita Prix de la revue Etudes françaises 2 011 NORMAND C H A U R E T T E '] 7 COMMENT TUER SHAKESPEARE Le regard singulier d'un homme de théâtre qui a l’audace de défier la présence à la fois concrète et fantomatique d’un increvable Shakespeare.KARINE CELLARD Leçons de littérature Un siecle de manuels scolaires au Quebec i ' >s Pr«5s*s d« I Univarsité da Montréal MARTIN JALBERT Le sursis littéraire Politique de Gaovreau Miron, Aquin Nom propre et écritures de soi Yves Baudelle «t Ëlisabelh Nardout Lafarge es Presses de fUriiversitè de Montréal SYLVAIN SCHRTBURT De l’acteur vedette au théâtre de festival ] hscoirc des pratiques scéniques montréalaises 1940 1980 H Presses de l'Université de Montréal SCENES DE Rencontrez les auteurs Karine Cellard, Élisabeth Nard out-Lafarge, Martin Jalbert et Sylvain Schryburt le mardi 18 octobre, de 17 h à 19 h, à la librairie LE PORT DE TÊTE au 262, avenue Mont-Royal Est, Montréal Les livres des PUM maintenant disponibles en version numérique sur le site Web www.pum.umontreal.ca Les Presses de l'Université de Montréal F4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 LITTERATURE ROMAN FRANÇAIS La résistance intérieure de \ Djavann «Je serai écrivain en français.» C’est désormais fait.En 1993, Chahdortt Djavann, Iranienne, arrive à Paris.Elle va apprendre à écrire en français, poiu- vivre une aventure qu’elle n’avait pas prévue.Par chance, les grands écrivains lui ont donné une seconde patrie.Hugo, Dumas, Balzac, Dostoïevski, Tolstoï et Dickens la guident, peut-être plus que le protagoniste, psychanalyste, de cette autofiction.GUYLAINE MASSOUTRE est un roman passionnant, entièrement en prise sur sa propre vie, que Chahdortt Djavann publie sous le juste titre de Je ne suis pas celle que je suis.A ce jour, on lui doit quatre romans et quatre essais, tous relevant de l’exil.L’émigration, forcée par le régime totalitaire des mollahs, y provoque l’expérience involontaire et cruelle de résister.Il y a tant à apprendre, pour un lecteur occidental, de la vie des Iraniennes, comme des Iraniens, depuis, la révolution islamique de 1979.A peine deux décennies, et tant de morts — un million de jeunes hommes, écrit-elle, lors de la guerre Iran-Irak de 1980, puis des centaines de milliers as-sassinés, puis encore autant chassés du pays par la dictature sanglante —, et toutes ces femmes voilées de la tête aux pieds, humiliées dans leur féminité et leur intégrité, martyres de la régression des mœurs, du savoir et de la culture.Djavann raconte cette vie avec force et intelligence, bâtissant un récit à deux niveaux: l’un est consacré à la psychanalyse difficile — par moments purement fantaisiste — d’une jeune Iranienne de 27 ans, qui s’exprime à la première personne; l’autre raconte la vie de sa mère en Iran, sous forme d’un témoignage mêlant le roman d’aventures.La «voix intérieure» qui dirige Djavann se nour- rit de colère, mais le rire n’y est jamais loin de la tragédie.Critique et vérité «Je suis mon personnage et je ne le suis pas», écrit-elle dans l’épilogue, qui fait écho au titre.Le récit entraînant, sans faille, tient aussi aux techniques d’un roman classique, avec ses instances, ses délais, ses procédés d’attente.Témoignage, donc, à propos de l’incroyable, l’indicible, l’inracontable saga d’une Orientale cultivée, pourchassée par l’arriération d’un pays livré à la révolution moraliste, intégriste et noire qu’on sait.Comment alors comprendre ce père, époux de quarante femmes, dont la trente-cinquième est la mère de la narratrice, père aimé mais psychotique, fou à lier à tel moment de crise qui lui fait précipiter sa fille, alors enfant, tout près des flammes du poêle, pour qu’elle y brûle en enfer?Comment accepter, à notre époque, les mariages forcés, la déchéance arbitraire, les mensonges encadrés par la délation et la répression, la peur omniprésente, corollaire de la terreur d’un régime policier incontrôlé?Et comment ne pas comprendre que l’intelligence et la rationalité ne peuvent se tenir pour toujours indésirables et biffées, et que de tels régimes destructeurs sont voués à s’écraser?Le plus précieux, au-delà des faits quotidiens inouïs que le roman recueille, c’est le sens critique, la dureté de Djavann appliquée à tout ce qu’elle voit, pense FRANÇOIS GUILLOTAFP Chahdortt Djavann, née en 1967 en Iran, publie un roman sous le juste titre de Je ne suis pas celle que je suis.et ressent.Non, Paris n’est pas un paradis, même si ce mot contient l’autre, fl y a un reste, la vie, dite pour ce qu’elle est vraiment: «Détruire la dernière bouée de sauvetage.Anéantir le dernier sanctuaire où on s’est réfugié.Fouler aux pieds la dernière croyance.Ni Dieu ni Maître, elle se sent abandonnée à elle-même.Etre à la fois la bouée de sauvetage.Etre Insubmersible, sans limites.» 11 y a ainsi quantité de pages merveilleuses et d’intuitions verbales.On pense aux émotions d’Atik Rahimi, son compatriote en exil, écrivain et artiste; on pense à Dai Sijie, que les romans de Dumas et Balzac puis l’exil libérèrent d’une Chine dictatoriale.Puisse la littérature continuer de faire respirer! La position de Djavann, entre Paris, Bandar Abbas et Téhéran, est claire: «Tout est une question de dissimulation.Vous ne voyez pas?C’est un régime corrompu, mafieux, intégriste et totalitaire, et ils prétendent tous être des gens de bien.Ils se vantent encore de l’antique civilisation perse.Ce sont tous des malades mentaux.Des hypocrites.Des collabos.Je les hais.» Suite à venir.Collaboratrice du Devoir JE NE SUIS PAS CELLE QUE JE SUIS Chahdortt Djavann Flammarion Paris, 2011,536 pages POESIE Les nouveaux recueils d’Anthony Phelps et de Yolande Villemaire HUGUES CORRIVEAU Une douceur ombrée de lumière irradie des poèmes d’Anthony Phelps, obstinément ouvert à la beauté des aubes maritimes, au cœur s’en allant à la dérive devant la mer, devant le plain-chant des vents.Cette «douce vulnérabilité», dont il est à l’écoute, affleure sous chaque souffle, sous chaque mouvement du corps allant à la vie comme on se réveille lentement après la sieste.L’âme à la vague divague et se replie et se reprend pour Y «intime fête horizontale».On assiste alors à un projet de réconciliation entre les éléments disparates du monde, en un désir insatiable d’harmonie première, porteuse du sens des eaux, du mouvement intime à la pointe du cœur, à la pointe du jour.«Héritière des mythes la poésie est à l’écoute», tis sont là, en effet, ces «vulnérables poèmes», guetteurs de la beauté irrémissible, celle enfouie au cœur de l’œil, amoureux des splendeurs fulgurantes.«Qui donc prétend[YdiXt] réprimander le bleu et son trop plein d’oiseaux» quand passe sur les mots une telle charge émotive?La poésie d’Anthony Phelps est faite tout entière de cette aménité profonde qui fait d’un poète le passeur essentiel, celui qui prend à bras-le-corps ce qui s’offre «sur les lieux-dits / des premiers éboulements du sel».V«homme empreinte» qu’est le poète, ce «tisserand de syllabes», convie l’ardeur des images à se lover dans le creux des meilleurs jours, des meilleures lumières.La poésie d’Anthony Phelps est obstinément optimiste, et se tient au bord de tout lever, dans le sens même de la vie.C’est rare, et cela fait du bien à l’âme.«Twittercité » Dans sa Micropoésie, Yolande Villemaire se réfère, entre autres, à l’art du ghazal, cette poésie amoureuse persane ou indienne qui s’attarde aux diptyques dont elle respecte les règles répétitives de base.En ce sens, le projet eût été louable.Mais cela ne tient qu’à trois poèmes.Y a-t-il moyen ailleurs de percevoir autre chose que certains clichés qui, autrement, seraient parfaitement convenus?Je n’en suis pas si sûr, elle qui se réfère aux «palais des vents», au «portail / de notre silence» et autres «nébuleuses de lumières», «falaises de lumière» et «nuit du mystère».Alors, «Ce son / qui est le son du Soi» fait des friselis dans la langue.Toujours à l’affût des derniers courants, la poète a pris note que les notes des journaux intimes forment les plus beaux poèmes, comme ici dans son tout premier texte, cette affirmation transcendantale: «Il fait froid dans le nord de l’Inde / Anormalement froid / A Montréal c’est le contraire».Tout le poème Cyberabad est exemplaire de cette façon de faire passer pour poésie des notes de voyage jetées à la va-vite sur un napperon: «Dans une librairie / Je m’ins- J SIMONE LISSADE-METELLUS Le poète haïtien Anthony Phelps talle devant un cappuccino / Et je me connecte / Une amie finlandaise / A retweeté une photo / Du volcan islandais en éruption».Les haïkus indiens s’incarnent aussi dans une modernité si radicale que leur nouveauté emporte tout: «Café Internet / Au bazar de Pa-har Ganj / Twitter le voyage».Y’a pas à dire, la poésie ne tient qu’à un fd, comme ici dans ces textes dramatiques: «Trouvé le Wi-Fi / As-sise sur des coussins / Je rentre le code» ou «A l’aéroport / Une équipe de Bollywood / Retarde le vol».Pourtant, là, quelques perles auraient suffi: «Les pigeons voyagent / Des heures au-dessus des toits /Etranges messages», «L’ancien art perdu / Des cris et des sémaphores / Des colombophiles».Nous saurons donc au fll des poèmes que la poète twitte, qu’elle s’est acheté un iPad et qu’elle y inscrit ses «rendez-vous chez la manucure».Et au bout de tout cela, heureusement, une partie plus substantielle, ùtus libre lotus, s’attarde au printemps des libérations égyptiennes.Long poème rythmé qui dit la fragilité du monde et la non moins précarité des libertés.Collaborateur du Devoir UNE PLAGE INTEMPORELLE Anthony Phelps Le Noroît Montréal, 2011,90 pages MICROPOÉSIE Yolande Villemaire Écrits des Forges Trois-Rivières, 2011,78 pages LUrpEI^TURE QUEBECOISE Nuances de l’amour CHRISTIAN DESMEULES Cy est l’histoire d’une rencontre.Lbistoire d’un voyage inhabituel que font deux êtres l’un vers l’autre, au fil de quelques longues années qui leur paraîtront des siècles.Manue, artiste peintre à la «bouille d’enfant terrible», se sent fatiguée de parcourir les mêmes rues et d’apercevoir les «mêmes repères tristes».Le hasard la fera un jour tomber dans la rue sur Simon, un parfait inconnu revenu en ville pour une escale québécoise entre deux aéroports.Tous deux dans la vingtaine, les protagonistes de Vers le bleu auront à apprivoiser l’évidence du coup de foudre et à composer avec ses conséquences.Bien malgré elle, Manue apprendra à peindre l’absence de Simon dans tous les tons, toutes les nuances.«E appartient désormais au courant des jours gris qui fuient au bas des pages de calendrier.» Tandis que la jeune femme se dilue peu à peu dans l’attente impossible de son «bel amour navigateur» (Miron), Simon, imprévisible et invisible, trop attaché à l’idée de sa propre liberté, continue à mûrir son interminable fuite.Dans une prose mélancolique, mais légère et entêtante, Julie Gravel, née en 1980, explore dans une première œuvre de Action la «marche à l’amour» de ces deux solitudes parallèles.Elle s’attache surtout à nous faire partager la discrète dérive de la jeune femme (un peu Pénélope des temps modernes) dont le quotidien balance entre la passion et l’amour-prison.Mais il y a plus, il y a le bleu.C’est à la fois une promesse et une destination: le grand amour, la couleur d’une édition de poche de L’homme rapaillé, la légèreté et l’optimisme de ceux qui savent construire des châteaux de sable.Collaborateur du Devoir VERS LE BLEU Julie Gravel Leméac Montréal, 2011,128 pages ^ LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 F 5 LITTERATURE ESSAI Maxime-Olivier Moutier ausculte nos sociétés de déprimés chroniques CATHERINE LALONDE Adresse en poche, vous entrez dans un immeuble qui n’a rien de particulier.Ni hôtel ni hôpital, des mains professionnelles vous remettent draps, oreiller de plastique, douillette reblanchie.Elles s’occupent s’il y a lieu de votre médication, histoire de court-circuiter toute tentation de surdose et toute tentative d’en hnir.Vous êtes dans un des sept centres de crise de la métropole, «accessibles 24 h/24 aux adultes en état de détresse psychologique ou psychosociale», comme le définit le portail Santé Montréal.Ici, vous êtes une urgence.L’écrivain Maxime-Olivier Moutier, psychanalyste, depuis 17 ans, a son bureau privé en plus d’être intervenant dans un centre de crise.Les poqués de la vie, les ratés du suicide, les endeuillés au troisième sous-sol, les colériques à coups de poing, les malchanceux chroniques — celle-là qui s’est fait violer sept fois; cet autre renvoyé cinq fois de suite sans motif —, les estour-bis de tous âges, il connaît.C’est d’eux, de leur fêlure et de la crise en général qu’il parle dans La gestion des produits, dont le tome 1 s’intitule ùi crise.Cet essai ouvre le nouveau projet littéraire de Maxime-Olivier Moutier, qui se déploiera au moins sur cinq livres.«Je veux chercher ce qui fait souffrir les gens», explique l’auteur en entrevue dans le hall d’un tout petit hôtel du Vieux-Montréal, sirotant un chocolat chaud d’automne.Tome 1, donc: La crise.«Le prochain portera sur le bonheur, un autre sur l’individualisme et je vais peut-être me pencher sur la démocratie aussi.» En écrivant par articles, Moutier illustre son essai de cas frappants, romanesques même, comme cette femme qui a manqué son suicide pour se découvrir soudain, jambes coupées et bassin cassé, des raisons de vivre; cette autre qui a été la seule d’entre ses soeurs à ne pas subir l’inceste et en a été traumatisée.11 se penche également sur la médication, sur ce qui lait un bon médecin, sur la masse des ressources communautaires désormais accessibles.11 dresse un inventaire des questions bureaucratiques auxquelles doit répondre l’usager du centre de crise: docu- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Psychanalyste et écrivain, Maxime-Olivier Moutier dit vouloir «chercher ce qui fait souffrir les gens».ments à remplir, règles de vie, corvées, couvre-leu, collecte de données, diagnostics.Un processus de petites cases à remplir bien loin du mouvement naturel, même houleux, de la psyché.En entrevue cet après-midi-là, Maxime-Olivier Moutier balance les concepts sans aller au fond des idées, laisse des mots comme «individualisme», «écoute», «souffrance» résonner comme une argumentation en soi.C’est que l’écriture et le livre, pour lui, sont la façon la plus adéquate d’articuler et de pousser la pensée.Certains thèmes abordés dans La crise, il le sait déjà, reviendront subséquemment.Tout rmonde est malheureux (air connu) Pourquoi est-on si malheureux?Moutier nomme la perte des repères et la solitude de nos sociétés post-religieuses et non communautaires.L’individualisme, la surconsommation, le sentiment de culpabilité devant l’état du monde, la noyade sous l’information continue s’ajoutent.«L’homme contemporain est non seulement inquiet (on le serait à moins), écrit Moutier, mais il se sent mal et coupable.Autant que ses prédécesseurs, qui allaient se faire dire à la messe chaque semaine, chaque dimanche, qu’ils vivaient dans la faute et le péché.Sans trop savoir pourquoi, ils demandaient pardon.L'homme occidental aussi vit dans le péché, et crève d’une sourde culpabilité.» Ailleurs, il poursuit: «l/humain a besoin d’étre soulagé.Mais il ne sait pas de quoi.[.] La consomma- tion effrénée d’objets inutiles et superflus n’est qu’une des figures de cette perpétuelle et interminable recherche de soulagement.» Résonne en mémoire, sur une autre tonalité, le triste et fulgurant Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Actes Sud) du Suédois suicidé Stig Dagerman.«Tout le monde a l’impression que le monde est mal fait pour lui, poursuit Maxime-Olivier Moutier, alors que tout le monde contribue à faire ce monde.L’individu a une importance et une autonomie qu’il n’a jamais eues.On n’accepte plus de souffrir et c’est maintenant la faute de la société si on est malheureux.L’assurance maladie rembourse 100 000 $ pour changer la hanche d’un individu.On a des thérapies remboursées par l’Etat maintenant.Moi, j’aimais mieux quand on construisait des cathédrales.C’était plus beau.Regarde la Sagrada Familia [d’Antoni Gaudi] à Barcelone: c’est magnifique.Notre CHUM, quand il va être construit, je ne pense pas qu’on va le visiter et le faire visiter aux touristes dans cent ans.» La discussion, comme le livre, éclate, sur un thème mais dans toutes les directions.Nourri de Lacan, de Le Brun, de Ereud, de Bruckner, de Lyotard et de Dufour, Moutier relance: «sur la une des quotidiens, on peut voir la souffrance de madame Une telle qui a attendu tant d’heures aux urgences de l'hôpital.On peut dire que l’individu est devenu plus grand que le pays.» jlm-dividu-roi geint dans son Etat-providence et refuse le moindre mal.«Je vois cette jeune fille dans la vingtaine, en peine d’amour, à qui on donne des médicaments parce qu’on ne supporte plus de souffrir.On ne peut pas guérir d’être humain.» Un granule, une p’tite pilule Moutier s’insurge comme ce Québec sous ordonnance.«Le défaut de notre système, écrit-il, c’est que le médecin se sent toujours obligé de faire quelque chose, de donner quelque chose, de ne pas terminer une rencontre sur rien.Même si, parfois, c’est ce qui ferait le plus de bien: rien.» L’écoute, pour lui, vaudrait souvent mieux.«Le même médicament, assigné après une dizaine de minutes consacrées à écouter la personne raconter ses problèmes personnels, aura plus d’efficacité que s’il est prescrit surde-champ», maintient-il.«J’en vois qui font de la voltige tellement ils tiltent quand je dis ça dans des colloques professionnels», ajoute l’écrivain en entrevue.Maxime-Olivier Moutier est ressorti aux yeux de la critique en 1998 avec le récit Marie-Hélène au mois de mars (Triptyque), son troisième livre.Cette autohc-tion sur fond de folie et d’amour échoué débutait ainsi: «Près des deux tiers de ce récit furent écrits alors que j’étais interné à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Sherbrooke.C’était en 1995.J’avais vingt-trois ans.A cette époque, la mort était partout.J’ai écrit ces pages en état d’urgence, sans compromis, comme pour dire une dernière chose avant de mourir, définitivement.Le jour où elles seraient lues, j’aurais disparu.Comme un mot d’adieu.» La part de vrai et d’invention, dans ces mots, seul Moutier la sait.Mais d’un livre à l’autre, le «diagnostiqué, comme ça, en quelques secondes: dépressif profond; risques suicidaires» a traversé le miroir pour devenir analyste lacanien et écrivain critique de la société.La crise, il connaît Le Devoir LA GESTION DES PRODUITS Tome 1: LA CRISE lyiaxime-Olivier Moutier Editions Marchand de feuilles Montréal, 2011,240 pages ROMAN FRANÇAIS L’ascenseur, ça vous dit ?GILLES ARCHAMBAULT Si on admet qu’un écrivain se reconnaît surtout par le timbre de son écriture, on peut difficilement faire l’impasse sur les romans de Jean-Paul Dubois.Si tous n’ont pas la profondeur A’Une vie française, paru en 2004, ils ne peq-vent nous être indifférents.A cause de cette voix qui nous parvient, émue, perturbée, d’une drôlerie qui dérange.Le cas Sneijder ne fait pas exception.Je mets au défi le lecteur ordinaire qui ne le lirait pas d’un trait.()ue l’action du roman se déroule à Montréal ajoute peut-être à l’intérêt que nous prenons, mais je n’en suis pas sûr.Le Sneidjer dont il est question est un être détruit.Employé à la SAQ, il vit en compagnie d’Anna, sa deuxième femme.Que le couple batte de l’aile est une évidence.Anna «vivra cent ans, à l’image de tous ces gens qui ne s’encombrent pas d’affects et puisent dans la vie comme dans une boîte d’outils».Elle a donné naissance à des jumeaux, mais a toujours refusé que Marie, la fille que Sneijder a eue de son premier mariage, se joigne au nouveau foyer.Un jour que Marie est de passage à Montréal, Sneijder l’accompagne à un rendezvous au centre-ville.Survient alors un accident d’ascenseur dont il ne se sortira qu’à la suite d’une longue hospitalisation.Marie meurt sur le coup.Terrassé par le décès de son enfant, il quitte son travail et coupe les ponts avec le monde extérieur.Compulsant de nombreux ouvrages sur les ascenseurs, il n’a plus qu’une obsession, se rendre à Dubai où on a construit une tour haute de 800 mètres et comprenant 160 étages, auxquels s’ajoutent 46 autres étages consacrés à la machinerie et à la maintenance.Eaisant fi des conseils avisés, il refuse de poursuivre en justice, préférant un règlement à l’amiable.Pendant que sa femme n’en a que pour sa carrière et les agréments d’une distraite infidélité, il ne quitte son appartement que pour se rendre au Jardin botanique, où le subjuguent les jardins japonais.Un cri L’urne qui contient les cendres de Marie le fascine.Elle se trouve dans sa chambre.«Lorsque je suis en haut, à ma table, ou dans mon lit, à attendre le sommeil, je sens [la mémoire] se glisser à mon côté, serpent à l’épiderme glacial, afin de m’infliger les films de se/s archives, tout ce que je n’aurais pas dû voir, tout ce que je redoutais d’entendre, le fin fond de l’ascenseur, le sang de mon enfant.» Pour Anna, son mari est un désaxé.Ce n’est certes pas l’amour qui l’inclinera à le faire interner.Avant qu’intervienne cette solution, Sneijder sera parvenu à être promeneur de chiens.Et encore à l’île des Soeurs, où se trouvent les bureaux de la compagnie Bell, organisme qui permet à l’épouse entreprenante de déployer ses talents de femme d’action.11 y a de la drôlerie dans le récit de cette descente aux enfers.L’écriture est nerveuse, l’humour à peu près constant.Un humour qui vient appuyer une détresse.«Il me tarde de retrouver Marie.Je patienterai le temps qu’il faudra.» Je ne l’ai pas dif ce roman est avant tout un cri.Collaborateur du Devoir LE CAS SNEIJDER Jçan-Paul Dubois Editions de l’Olivier Paris, 2011,218 pages E N BREF Metropolis bleu au Vermout Metropolis bleu sera cette fin de semaine du Pestival littéraire de BratÜeboro, au Vermont, dans le cadre de l’activité Quebec Wri- ting Today.Monique Prouk et Kathleen Winter y parleront de leurs oeuvres, dont leurs derniers romans, respectivement Champagne (Bor^ etAnnabel (Anan-si).Dimanche 16 octobre à 12h30 au Centre Congregational de BratÜeboro.- Le Devoir La vraie vie est présente ne la quittez pas des yeux Poète, journaliste, directeur du Musée d'art contemporain de Montréai de 1966 à 1971, iauréat du prix Athanase-David en 1993 et nommé Grand Artisan de ia Révoiution tranquilie en 2011, Giiles Hénault est un maiiion essentiei de notre cuiture et de notre iittérature.Considéré comme ie « père de la poésie moderne », ii a influencé des générations d'écrivains.Homme d'action et de réflexion, il a inscrit ses préoccupations sociales au cœur de sa vie et de son œuvre.Autodidacte passionné, il était curieux de tout, au-delà des tendances et des cénacles, comme en témoignent sa poésie, ses textes en prose et ses écrits sur l'art.Quinze ans déjà et le souvenir de sa présence, de ses éclats de rire et de son humour traverse toujours le quotidien de ceux qui l'ont connu.Gilles, tu nous manques.GILLES HÉNAULT 1920-1996 LES ÉDITIONS jQL».Sémai Sémaphore www.editionssemaphore.qc.ca Finaliste du 24^^^ PrixTrillium Murielle Beaulieu lURlELLE Beaulieu Laisse-moi te dire Lettres pour chaque âge de la vie «Une authentique quête de sens.» laisse-moi tedire Lettres pour chaque age de la vie MÉDIASPAUL Médiaspaul félicite chaleureusement son auteure ! www.mediaspaul.qc.ca n e»*'r ,.etlafc't® Identité au La culture religieuse n'est pas la foi du Québec et Disponible à la librairie Wilson & Lafleur ainsi que chez tous les bons libraires par Guy Durand Wilson & Lafleur : 40, rue Notre-Dame Est Montréal (Québec) H2Y 1B9 514 875-6326 1 800 363-2327 F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 LIVRES ESSAI Un rendez-vous manqué Denise Bombardier et le sexisme à la française CHRISTIAN RIOUX Paris — La mode est aux livres courts aux titres en forme de mots d’ordre qui se terminent par un point d’exclamation.Après Stéphane Hessel qui a vendu plus de trois millions d’exemplaires à’Indignez-vous!, voilà donc Ne vous taisez plus! (Fayard).Ces jours-ci, Denise Bombardier fait la tournée des plateaux de radio et de télévision parisiens pour pourfendre le sexisme à la française et promouvoir cet opuscule écrit à deux mains avec sa collègue française Françoise Laborde.Piquées au vif, comme plusieurs, par le «séisme» du Sofi-tel de New York, les deux journalistes, qui se définissent comme des «battantes» et des «grandes gueules», ont donc entrepris de passer au hache-viande les prétentions des séducteurs et des libertins français derrière lesquelles se dissimulerait la misogynie la plus vile.En contre-exemple, le Québec apparaît dans le livre comme la terre d’élection d’un féminisme aux accents parfois messianiques qui s’offre ni plus ni moins en exemple à la France.Même si elles coupent parfois les coins ronds, les deux auteures évitent tout de même de tomber dans le panneau des critiques américains qui ont dénoncé une culture qui a fait de la séduction un art.Denise Bombardier reconnaît volontiers qu’elle est au contraire un trait de civilisation.«La façon de faire la cour est plus agréable en France qu’au Québec parce que vous avez les mots pour le faire», a-t-elle déclaré sur France Inter.Mais cela justifie-t-11 la drague lourde et les abus de toutes sortes?Une polémique qui tombe à plat Le sujet s’annonçait délicieusement polémique.«Je ne m’appelle pas Latendresse, je m’appelle Bombardier quand même!», précise d’entrée de jeu notre Denise nationale.Avec un sujet aussi vendeur, la pamphlétaire québécoise n’a pas eu de difficulté à se retrouver sur tous les plateaux.Elle devrait même faire celui de Michel Drucker, pourtant très convivial.Les éditions Fayard ont déjà imprimé 35 000 exemplaires du livre, qui semble promis à un succès de librairie.Et pourtant, malgré la volonté affichée, cette tournée médiatique ne suscite pas de grands remous en France.Per- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Avec Ne vous taisez plus!, son dernier ouvrage écrit en coiiaboration avec ia journaiiste française Françoise Laborde, Denise Bombardier n’a pas eu de difflcuité à se retrouver sur tous ies piateaux de téiévision en France.sonne dans la presse écrite n’a encore jugé bon ni d’en faire état ni d’y participer.Comme si la controverse tombait à plat ou presque.(3ette semaine, sur la chaîne d’information LCl, les quatre Intervenants et l’animatrice qui échangeaient avec Denise Bombardier étalent tous étonnamment d’accord avec elle.Même à la très grivoise émission radiophonique de Philippe Bouvard, Les grosses têtes, la mayonnaise n’a pas vraiment pris.Une réalité en contradiction avec le portrait d’une éhte médiatique machiste et chauvine que dressent pourtant les auteures dans leur opuscule.Quatre mois plus tard, à l’exception de quelques proches aujourd’hui silencieux dont les auteures répètent les propos en boucle, pratiquement personne ne défend plus DSK en France.Le seul qui s’y soit risqué récemment se nomme Yvan Levai.L’ancien époux d’Anne Sinclair vient en effet d’écrire un livre au titre qui dit tout: Chronique d’une exécution (Le Cherche Midi).Cela ne l’a pas empêché d’essuyer les critiques de toute la confrérie journalistique.L’animateur de télévision Laurent Ruquler s’est même fait un plaisir de l’exécuter en public à son émission On n’est pas couché.SI la polémique tombe à plat, c’est peut-être aussi que Denise Bombardier et Françoise Laborde ont raté une belle occasion d’explorer en profondeur les réalités respectives des sociétés française et québécoise.Car 11 n’est guère difficile de démontrer que la France est plus machiste que le Québec et moins que l’Italie ou l’Arabie Saoudite.Mais ces moeurs recouvrent-elles plus de viols et d’abus sexuels, comme le livre semble le laisser entendre?Une revue rapide de la httéra-ture sclentlhque tend plutôt à démontrer que la prévalence des abus sexuels ne varie guère entre la France et le Québec.Les études faites à partir d’échantillons représentatifs, notamment citées par le cher- cheur André Clavaldlnl de l’Université de Grenoble, mentionnent des taux de 14 % en Europe, de 15 % en Amérique du Nord, de 12,8 % au Canada et de 11,4 % en France.Bref si la situation des femmes françaises est peut-être plus difhcl-le dans les entreprises, où la hiérarchie est aussi plus forte, les taux d’abus sexuels ne sont pa^ très différents.A défaut de nous informer sur la réahté des femmes françaises, il aurait été savoureux que la Française et la Québécoise nous renseignent sur les travers de ces deux sociétés au heu d’en rester à la description manichéenne et convenue d’une France archaïque et d’un Québec toujours à l’avant-garde.Ce sera peut-être pour un autre livre.Correspondant du Devoir à Paris NE VOUS TAISEZ PLUS ! Denise Bombardier et François Laborde Fayard Paris, 2011,80 pages Whitman et la démocratie physique MICHEL LAPIERRE On ne peut séparer l’essai Perspectives démocratiques d’une autre oeuvre de Walt Whitman (1819-1892), Feuilles d’herbe, les pages fondatrices de la poésie américaine.Pourtant, il était jusqu’ici introuvable en français.Le livre nous aide à comprendre pourquoi un Anglais, D.H.Lawrence, peut, mieux que les Américains eux-mêmes, déceler, dès 1923, en Whitman «le premier voyant héroïque», celui qui dépassa jusqu’à Melville.Le poète
de

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