Le devoir, 5 novembre 2011, Supplément 1
'Mi#f V **.m I i MUSEE DE LA CIVILISATION Québec DH 2 MUSEE DE LA CIVILISATION Des pages pour la liberté Liberté et lien social A l’heure des responsabilités par Pierre vaiiée .-/ ^_v Liberté et science Indépendance! par François-Nicolas Pelletier Liberté et économie Une relation complexe par Martine letarte Liberté et entance Nécessaires contraintes par Assia Kettani Un cahier spécial réalisé parle Devoir Coordination: Normand Thériault Direction artistique et illustration de la couverture: Christian Tiffet MUSEE DE LA CIVILISATION 3 Questions de liberté avec Michel Côté, directeur du Musée de la civilisation de Québec i m Le Musée de la civilisation de Québec a accueilli quatorze millions de visiteurs depuis son ouverture, en octobre 1988.PERSPECTIVE PHOTO «Un musée comme le nôtre est un lieu de connaissances mais aussi de réflexion.La question de la liberté, aussi éternelle et universelle soit-elle, demeure une question contemporaine: qu’on parle de liberté économique, religieuse, de laisser-faire, tous ces concepts sont très présents dans notre société et il est important d’y réfléchir.La liberté ne peut que se conjuguer avec d’autres mots: l’an prochain, on va donc faire — probablement — un événement “Solidarité”.» Voilà, selon le directeur général, Michel Côté, le pourquoi de Liberté! Liberté?au Musée de la civilisation de Québec.Entretien sur quelques questions de liberté.Q CATHERINE LALONDE uels sont les espaces de liberté que peut se permettre un musée?«Le musée joue sur un équilibre délicat, pondère Michel Côté.D’un côté, il doit oser appeler les choses.C’est une part de sa responsabilité.Théoriquement, un musée peut traiter d’à peu près tout, mais on sait bien qu’en pratique ce n’est pas vrai.Regardez le cas récent à Grenoble, où on a présenté une exposition sur les Algériens de Grenoble.Il y a eu de la violence, le comité de recherche s’est même fait attaquer.Au Musée de la civilisation, notre exposition Dieu(x), modes d’emploi incluait un texte de Gil Courtemanche où, comme athée, il remettait en question l’existence de Dieu.Des gens ont été choqués par ces propos.C’est la question: jusqu’à quelle limite aller, considérant le respect et la dignité de son public?Je il- MUSÉE DE LA CIVILISATION Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation pense que les musées osent de plus en plus.Il n’y a qu’à voir ce que le Centre des sciences de Montréal a fait avec sa récente exposition sur la sexualité des adolescents [Se;xe: l’expo qui dit tout!].» A l’inverse, un musée, in-dique M.Côté, doit prendre les responsabilités que - ¦ confère la liberté, respecter des exigences de rigueur, de sujets et de formes.«Un musée est respecté dans notre société parce qu’on sait que c’est un lieu de rigueur intellectuelle, que ce qu’il avance est fondé.Ici, on se fait un point d’orgueil de pouvoir toujours dire sur quoi on s’appuie, dès qu’on nous pose des questions.C’est extrêmement important.» Le directeur poursuit: «On doit trouver les sujets les plus pertinents, même si ça n’attire pas un public fou.Si on fait une exposition sur la mort, c’est sûr que des gens ne viennent pas, mais la mort est en même temps une chose importante de la vie, la seule chose incontournable.Un musée comme le nôtre se doit aussi d’exposer cet enjeu.» Là encore, tout est dans le dosage, «car on garde une responsabilité de démocratisation culturelle.Il faut s’ouvrir, oser faire des choses pour des publics qui ont été négligés —je pense aux analphabètes, puisqu’on compte à peu près 10 %, dans notre population, de gens qui lisent difficilement.Un musée doit se poser la question et oser dans sa muséographie s’adresser à des publics qui ne sont pas habituels.» Hors limites Au fil du temps, les musées se sont eux-mêmes libérés des limites de formes.«Les musées de civilisation et de société en général sont de plus en plus «Un musée doit se poser la question et dans sa muséographie s’adresser à des blics qui ne sont pas habituels.» pluridisciplinaires, indique Michel Côté.Ils font parfois appel à l’art, même à l’art contemporain dans leurs projets d’expo.A l’inverse, les musées des beaux-arts sont de plus en plus “sociaux”, je dirais.Les choses ne se séparent pas, quoi! L’exposition Otto Dix, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, aurait presque pu se tenir ici: au-delà de la personne, on y jetait un regard sur la société et sur l’époque.Cette pluridisciplinarité est une tendance forte.On est de moins en moins sectaire, il y a moins de sépara- tions qu’auparavant.» Comme directeur de musée, que garde Michel Côté comme fantasme de liberté?L’homme échappe un rire.«Notre liberté, soyons réaliste, est contrainte par des raisons financières.Mais ce serait certainement de sortir des murs, pour une expo partout en ville, qui ferait qu’on regarderait le territoire différemment.Ma préoccupation est de toucher 100 % du public.Actuellement, 50 % des gens viennent dans les musées — l’an dernier, il y a eu 12,6 millions de visiteurs dans les musées du Québec, c’est remarquable.Mais ça veut aussi dire que 50 % ne viennent pas, que certains croient encore que c’est un lieu pas pour eux.Je pense qu’il faut parfois rejoindre les gens où ils sont, tou-OSer cher ceux qui autrement ont peu l’occasion de venir ici, les obliger pu- à jeter autrement un regard sur la réalité.Je continue de penser que le musée est un outil nécessaire de notre société.On est un lieu, comme les bibliothèques, de connaissances et d’approfondissement, mais aussi un lieu d’enchantement, d’émotion, de sensibilité et de réflexion.» Le Devoir Le musée est-il un espace de liberté?Entretien avec Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, animé par Antoine Robitaille, journaliste du Devoir.À l’Auditorium Roland-Arpin du Musée, le 14 novembre à 17 heures. 4 MUSÉE DE LA CIVILISATION Liberté! Liberté?Les huit jours de la parole libre Du 13 au 20 novembre 2011 Du 13 novembre au 20 novembre EXPOSITION La liberté d’expression à grands traits Exposition internationale de dessins éditoriaux.Une présentation du comité canadien pour la liberté de la presse mondiale et de la Commission canadienne pour rUNESCO.Gratuit avec droits d’entrée au Musée.Dimanche 13 novembre Activité : Les correspondants de Radio-Canada et la liberté de presse dans le monde.Heure: 14h Avec les journalistes Raymond Saint-Rer-re, Jean-Michel Leprince, Michel Cormier, Akli Alt Abdalla et Luc Chartrand.Dans le cadre de l’exposition Radio-Canada, une histoire à suivre.Coût: 6 $; abonnéEs du Musée et étudiants : 4 $.Réservations requises.Lundi 14 novembre Activité : Qu’est-ce que la liberté d’un enfant?Heure: lOh Rencontre animée par la journaliste Isabelle Guilbeault, de Radio-Canada, avec Richard Cloutier, Ph.D., psychologue et professeur émérite associé à l’École de psychologie de l’Université Laval, Michèle Lebœuf, conseillère au RCPÉQC, et Caroline Allard, auteure des Chroniques d’une mère indigne.Coût: 6 $; abonnéEs du Musée et étudiants : 4 $.Réservations requises.Les parents accompagnés de leurs bébés sont les bienvenus.Lundi 14 novembre Activité : Le musée est-il un espace de liberté?Heure: 17h Entretien avec Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, animé par le journaliste Antoine Robitaille, du journal Le Devoir.Gratuit.Réservations requises.Lundi 14 novembre Activité : Liberté et lien social.Heure: 19h Table ronde avec Jean-Erançois Eilion, Département de sociologie de rUQAM, André Jacob, coordonnateur de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations, de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté, et Vivian Labrie, chercheure sociale et citoyenne.En collaboration avec le Centre justice et foi.Coût: contribution suggérée : 5 $.Réservations requises.Mardi 15 novembre Activité : Art et liberté?Heure: 17h30 Conférence avec Hervé Eischer, sociologue et spécialiste des enjeux des nouvelles technologies.En collaboration avec le RAAV.Auditorium Roland-Arpin.Coût: 5 $; abonnéEs du Musée et étudiants : 3 $.Réservations requises.Mardi 15 novembre Activité : Libertés et économie.Heure : 19h30 Grande conférence avec Pierre Doc-kès, économiste, spécialiste d’économie politique et professeur émérite.Université Lyon-2, Triangle UMR CNRS, Prance.Une collaboration du Consulat général de Prance à Québec.Coût: 6 $; abonnéEs du Musée et étudiants : 4 $.Réservations requises.Mercredi 16 novembre Activité : Godin, documentaire sur la vie et l’œuvre du député-poète Gérald Godin Heure: 19h Lancement avec le réalisateur Simon Beaulieu, Benjamin Hogue et Marc-André Paucher, producteurs.Présenté en collaboration avec Télé-Québec.Gratuit.Réservations requises.Mercredi 16 novembre Activité : Architecture et liberté.Heure: 19h Conférence avec Jean-Philippe Vassal, architecte français.En collaboration avec la Paculté d’architecture de l’Université Laval, dans le cadre de la série Instantanés d’architecture.www.arc.ulaval.ca.Gratuit Jeudi 17 novembre ÉVÉNEMENT SPÉCIAL De 19h à minuit Nuit de la liberté Tables rondes, débats, affiches, performances musicales et théâtrales, danse, projections, lectures publiques, jeux et rallye montreront de manière ludique et festive comment les sciences humaines peuvent aider à penser, comprendre et protéger la liberté.De 14h à minuit, professeurs, étudiants, militants et artistes invitent toute la ville à parcourir un musée bouillonnant d’idées, d’images et de créativité.Pour l’occasion, toutes les expositions vous sont offertes gratuitement de 17h à minuit.Présentée par la Paculté des lettres de l’Université I^val, en collaboration avec le Musée de la civilisation.Vendredi 18 novembre Activité : Marche pour les droits de l’enfant.Heure : 10h30.Départ de l’hôtel de ville.Arrivée au Musée de la civilisation.Mobilisation régionale pour les droits de l’enfant pour une troisième année.En présence de Marie-Josée Savard, conseillère municipale.Samedi 19 novembre Activité : Bébés en liberté ! Heure : 8h et 9h Les bébés sont invités à découvrir certaines salles librement, avec un lieu conçu spécialement pour eux.Une création de l’artiste Josée Landry Sirois.Activité réservée aux petits de 0 à 3 ans accompagnés de leurs parents.Nombre de participants par atelier : 40.Coût: 5 $; bébés de 3 ans ou moins : gratuit.Réservations requises.Samedi 19 novembre et dimanche 20 novembre Activité : Wapikoni mobile.Heure : 13h à 16h Le Wapikoni mobile donne aux jeunes des Premières Nations l’occasion de s’exprimer au moyen de réalisations vidéo et musicales, de sortir de leur cadre de vie habituel et de rayonner partout dans le monde.Gratuit.Samedi 19 novembre et dimanche 20 novembre Activité : Courts métrages Wapikoni Heure: 14h Série de courts métrages réalisés et échanges par des jeunes des Premières Nations portant sur le thème de la liberté.Entrée libre.Samedi 19 novembre Activité : Cabaret littéraire virtuel en liberté.Heure : 20h Les Productions Rhizome proposent un cabaret littéraire.Les protagonistes : direction littéraire Thierry Dimanche, qui anime en direct de Sudbury, des auteurs et le groupe Magtogoek présents au Musée.Coût: 8 $; abonnéEs du Musée et étudiants : 6 $.Dimanche 20 novembre Activité : L’ultime liberté : mourir dans la dignité.Heure: 14h Récit de la mort de Socrate avec Jack Robitaille, comédien, et Vincent Bélanger, violoncelliste.Présentée par la Eondation Humanitas pour les humanités gréco-latines au Québec.Chapelle du Musée de l’Amérique française.Coût: 6 $; abonnéEs du Musée, étudiants et membres de la Fondation Humanitas : 4 $.Réservations requises.Pour en savoir plus sur la programmation ; mcq.org/liberte Musée de la civilisation 85, rue Dalhousie, Québec (Québec) G1K7A6 Tél.418.643.2158 MUSÉE DE LA CIVILISATION 5 Liberté et lien social À l’heure des responsabilités Le néolibéralisme est l’ennemi du bien La liberté, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, est-elle devenue une entrave au lien social?C’est la question qui sera abordée lors du débat organisé par Relations, la revue publiée par le Centre justice et toi.PIERRE VALLÉE Autrefois, la liberté était perçue comme un immense progrès social, explique Agusti Nico-lau, du Centre justice et foi.Elle était le rempart contre toutes les oppressions.» Mais cette perception a changé depuis une trentaine d’années.«Il s’est opéré un glissement vers une définition plus individuelle de la liberté.La liberté individuelle, aujourd’hui, veut dire la liberté de réaliser un rêve individuel, indépendamment des conséquences et même si la réalisation de ce rêve porte préjudice au bien «Si la liberté commun.» Le responsable de ce glissement, est au service selon Agusti Nico- lau, est nul autre que le néolibéralisme économique et social.«A son arrivée au pouvoir, Mme Thatcher a déclaré que la société, ça n’existait pas, et qu’il n’y avait que des individus.Elle a même fait de ce principe le fondement de sa politique.Or, peu importe l’importance de la personne, celle-ci existe à l’intérieur d’un réseau social.Si la liberté est au service de l’individu, elle doit aussi être au service du bien commun.Et le bien commun, ce n’est pas la somme des biens individuels.» Inquiétudes Ce glissement de la liberté vers une définition uniquement centrée sur la liberté individuelle a des conséquences et soulève, selon Agusti Nicolau, certaines inquiétudes.«Si on pousse la liberté individuelle à sa limite, on devrait alors avoir le droit de conduire une automobile sans aucune contrainte.La liberté est le fondement de la vie en société, parce qu’elle nous met à l’abri de la répression, mais la liberté individuelle n’est pas sans contrainte.» de l’individu, elle doit aussi être au service du bien commun» Ce que le néolibéralisme, selon lui, semble parfois oublier.«Par exemple, certains néolibéraux prônent la privatisation de l’accès à l’eau en vertu de la liberté d’entreprise, ce qui est contraire au bien commun.Pour les néolibéraux, il n’y a que l’individu qui compte, toute réglementation est suspecte et l’Etat est toujours trop gros et trop nuisible.Sauf au moment où ils en ont besoin, comme dans le sauvetage des banques américaines par l’Etat américain.Les néolibéraux privatisent les gains, mais sociali- sent les pertes.» Cette conception de la liberté apporte aussi son lot de fausses perceptions.«Prenons le cas des médecins spécialistes qui laissent planer la menace d’aller pratiquer ailleurs si la société ne leur accorde pas ce qu’ils demandent comme conditions salariales.Ils le font en vertu de leur liberté individuelle d’aller pratiquer là où ils le veulent.Mais ils oublient du même coup que c’est la société, donc le bien commun, qui a financé en grande partie leur formation.Si le bien commun se met au service d’un individu, ce dernier, par la suite, se doit aussi d’être au service du bien commun.La légalité d’un geste ne définit ni sa moralité ni sa légitimité.La liberté individuelle n’est pas le droit de faire ceci ou cela, c’est le droit de ne pas être opprimé.Toute liberté individuelle comporte des responsabilités sociales.Nier cette évidence, c’est placer la société dans une situation maladive.» Collaborateur du Devoir ILLUSTRATION: CHRISTIAN TIFFET Jonction commimicante INSPIRES PAR LE TALENT ET L'ALUMINIUM Alcoa et ses employés sont fiers de participer à Tessor de la culture québécoise.Apprenez-en davantage sur toutes nos actions de développement durable sur www.alcoa.com/canada Des gestes durables Q ALCOA MUSÉE DE LA CIVILISATION 7 Liberté et sciences humaines De Tunis à Québec Une nuit pour que la démocratie rêve Quel est le sens de la liberté aujourd’hui?Question large, à laquelle tenteront de répondre, autour d’une table ronde, une panoplie d’invités dans le cadre de la Nuit de la liberté.Les enjeux sont nombreux et touchent divers lieux de la vie publique à travers le monde, du printemps arabe aux Insurgés de Wall Street, en passant par la lutte des téministes.JESSICA NADEAU Pour la première fois de sa vie, Emir Ben Ayed participe à des élections libres et démocratiques dans son pays.Et il ne se contente pas de déposer son bulletin de vote dans l’urne, il parcourt la Tunisie pour immortaliser le moment, armé de sa caméra.Car le moment est historique: l’ultime test du printemps arabe, avancent certains observateurs.Le photographe veut être un témoin de l’histoire.Et, pour la première fois de sa vie, il peut photographier la réalité sans craindre de se faire arrêter.«Il n’y avait pas de photojournalisme en Tunisie avant le 14 janvier, témoigne le jeune homme, joint à Tunis au lendemain des élections.La semaine qui a précédé le 14, nous étions obligés de mettre des photos anonymement dans le web pour ne pas nous faire arrêter ou tabasser.A partir du 14, la situation s’est inversée.» Pourtant, note le photographe, il n’existe pratiquement aucun cliché de cette journée qui a vu la chute du dictateur.«On ne savait pas si on devait crier “Dégage!” avec tous les autres ou prendre des photos.C’était paradoxal et étrange à vivre, un moment d’émotion dans lequel tout le monde a perdu ses repères.» Une autre dimension Pour lui, la liberté prend aujourd’hui un nouveau sens.«La définition du mot “liberté” n’a pas changé, mais elle a pris une autre dimension.Tout le monde aspirait un jour à faire entendre sa voix dans des élections libres.Le mot “liberté” ne se prononce plus de la même manière, sa signification est désormais inéluctablement liée aux mots “tolérance”, “entraide”, “égalité”.» Pourtant, le jeune Tunisien considère qu’il était tout de même libre sous le régime de Ben Ah.Mais cette liberté était balisée.«Je ne peux pas dire que nous n’étions pas libres auparavant [.].Le système nous garantissait une liberté contrôlée, c’est-à-dire que nous pouvions faire ce qui nous plaisait, du moment que nous ne touchions pas à la politique interne, ni aux affaires des familles Ben Ali et Trabelsi.» La liberté était fragile, et le ras-le-bol, généralisé.La région s’est embrasée.Et alors que les autorités coupaient les lignes téléphoniques pour éviter que les photos ne circulent et que la rébellion ne se propage, les Tunisiens se sont rabattus sur les réseaux sociaux.«Durant le premier mois, Facebook fut le quartier général de tous ceux qui s’indignaient.Les événements s’y organisaient et tout le monde vivait carrément son quotidien sur ce réseau social, qui était le seul média crédible à ce moment.Dans des pays où les médias sont exclusivement aux mains des Etats, les réseaux sociaux furent la seule parade.» Attfintion féministes! A Montréal, la réalisatrice Rozenn Potin regarde avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe dans le monde arabe.Elle se réjouit de voir que les femmes ont été présentes dans le mouvement de libération et elle espère que celles-ci réussiront à trouver une place dans les lieux du pouvoir politique.Mais elle déplore le manque de solidarité féminine à l’échelle internationale, solidarité qui permettrait aux femmes du monde entier de mieux s’aider pour s’affranchir et atteindre une totale émancipation.«C’est collectivement que les femmes réussissent à être libres», clame cette féministe aguerrie.Même ici, au Québec, les femmes ont encore moins de libertés que les hommes, déplore la jeune réalisatrice, qui présentera son documentaire Attention féministes! dans le cadre du colloque sur la hberté.Elle cite une étude des Réalisatrices équitables qui démontre qu’à peine 15 % de toutes les subventions sont accordées aux réalisatrices.«L’imaginaire collectif n’est pas encore créé par des femmes, mais majoritairement par des hommes, les codes qu’on nous amène sont encore masculins.» Pour elle, le modèle de beauté qui pèse sur les femmes leur enlève une part de hberté.«Quand les petites filles passent plus de temps à se maquiller, à faire des régimes et à s’habiller plutôt qu’à étudier, pour moi, elles perdent une partie de leur liberté pour leur avenir.» Elle déplore que même les femmes aient de la difhculté à s’approprier les idées du féminisme.«On peut choisir qui on veut être, porter des talons hauts ou être une femme au foyer.Mais il faut qu’on puisse choisir.Et tant qu’on ne FETHI BELAID AFP Les Tunisiens goûtent à une liberté entière, non «contrôlée» par l’État, depuis le mois de janvier 2010.s’est pas réellement questionné sur la place que la société nous donne, ce n’est pas un réel choix.» Mais être féministe aujourd’hui, c’est aussi devoir faire face aux préjugés, être ridiculisée et stigmatisée sur la place publique, avoue Rozenn Potin.«Ce n’est pas évident à porter, ça fait réellement peur.» Liberté et capitalisme Pendant qu’à Tunis on attend les résultats du vote, à Québec, Michaël Lessard, du Réseau du Porum social de Québec-Chaudière-Appalaches, s’interroge sur la démocratie au quotidien, celle qui se vit entre les élections.Selon lui, au-delà des structures démocratiques et du vote tous les quatre ans, les Québécois sont parfois prisonniers de milieux de vie et de travail «carrément antjdémocratiques».Evidemment, quand on se compare, on se console, dit-il.«Mais si on arrête de se comparer aux autres et qu’on se regarde soi-même, on voit des déficits démocratiques assez aigus.Et ces problèmes sont liés à l’accumulation de la richesse.C’est d’ailleurs de plus en plus visible avec le mouvement Occupy Wall Street.» 11 est temps, selon lui, de dépasser la démocratie héritée d’une autre époque et de progresser vers une démocratie participative qui donne plus de pouvoirs aux citoyens: la démocratie du XXl® siècle.Collaboratrice du Devoir MUSÉE DE LA CIVILISATION Liberté et science Indépendance Pour la recherche libre pi, % ./-J ¦ r’^SKï^' « SOURCE ARCHIVES LE DEVOIR FRANÇOIS-NICOLAS PELLETIER La tendance générale est à l’émergence d’une science corporative», s’inquiète Marc-André Gagnon, professeur en politiques publiques à l’IIniversité Car-leton et membre du Centre Edmond-J.-Safra en éthique de FUniversité Harvard.La recherche incessante de partenariats industriels peut pousser les chercheurs aux limites de l’éthique, selon lui.Pourtant, «la quête et [.] la diffusion du savoir, de la vérité et des idées» sont essentielles à toute démocratie solide, comme le rappelle l’Association canadienne des profes-seures et professeurs d’université.Pour atteindre ce but, les chercheurs doivent «penser et [.] s’exprimer en toute indépendance».A quel point les scientifiques sont-ils libres de poursuivre cette «quête de la vérité»^ D’abord, il faut savoir que les deux tiers des chercheurs travaillent en entreprise, où il est normal que les objectifs commerciaux prennent le dessus.Mais qu’en est-il de ceux qui devraient bénéficier du «rempart» de l’autonomie universitaire?Nouvelle donne Yves Gingras, sociologue des sciences à l’UQAM, constate aussi que la donne a changé dans les dernières décennies: «Les trente glorieuses [la période ayant suivi la Seconde Guerre mondiale] ont été l’âge d’or de la recherche universitaire.Mais, depuis la fin des années 1970, les fonds publics stagnent.La pression augmente pour effectuer des recherches ciblées ou en partenariat avec l’industrie, qui s’intéresse peu à la recherche fondamentale.» Cette pression pour la commercialisation de la recherche a des effets insidieux, d’après Marc-André Gagnon: «Dans le secteur biopharmaceutique, les entreprises financent les domaines de recherche qui leur apporteront des bénéfices et laissent de côté les autres, à plus forte raison si ces recherches risquent de montrer leurs produits sous un mauvais jour.» Pour continuer à s’attirer les grâces de l’industrie, certains chercheurs acceptent même de signer des articles scientifiques qui ont été rédigés par des sous-traitants des sociétés ciblées ou en partenariat avec l’industrie, qui s’intéresse peu à la recherche fondamentale» pharmaceutiques, dans le cadre de campagnes promotionnelles réglées au quart de tour.D’autres pressions, propres au monde universitaire, limitent aussi la liberté des chercheurs.La loi du publish or perish, selon laquelle un chercheur Gst évâlxié en fonction «La pression augmente pour effectuer des recherches du nombre et du prestige de ses publications, ou encore des normes d’éthique trop contraignantes peuvent orienter les travaux des scientifiques.Yves Gingras refuse toutefois d’être alarmiste: «Toute recherche ciblée n’est pas mauvaise: encourager le développement technologique de l’énergie solaire est tout à fait légitime.Il doit y avoir un équilibre entre la recherche orientée et la recherche libre.Mais, à tout le moins, quand le financement est public, le bénéfice doit aussi être public.» Collaborateur du Devoir MUSÉE DE LA CIVILISATION 9 Arts et liberté Après le numérique Hervé Fischer est un électron libéré JACQUES NADEAU LE DEVOIR MICHEL BELAIR Il y a déjà longtemps que «le courant passe» entre Hervé Fischer et les arts numériques.Celui qui est devenu, au fil des ans, le théoricien, et même le philosophe, du secteur s’y intéresse en fait depuis les aimées 1980, alors qu’il arrivait ici après avoir quitté son poste à la Sorbonne.«Dès 1984, j’ai mis la main «J’ai choisi sur un des premiers Mac vendus au Qué-de revenir bec, raconte-t-il au bout du fil.C’est avec à ia peinture cet appareil que j’ai coordonné d’ici le pro-en m’inspirant jet de “roman téléma- tique” Marco Polo de certaines parrainé par Italo Calvino et Umberto icônes numé- Eco.Le Devoir s’était d’ailleurs rapidement riques comme engagé dans le projet à l’époque.» ies codes à Fischer a continué à jouer l’électron barres, par libre en fondant la Cité des arts et des exemple » nouvelles technolo- gies de Montréal avec Ginette Major, dès l’année suivante, et organisé dans le Vieux-Port, à compter de 1986, avec elle toujours, l’exposition Images du futur, qui allait s’imposer durant 11 années comme un rendez-vous aussi unique qu’incontournable.Au total, plus de deux millions de visiteurs se seront frottés là aux «arts technologiques», qui deviendront bientôt les «arts numériques».«Chaque été, nous invitions là une trentaine d’artistes numériques venus d’un peu partout à travers le mon- %.A-' Les lecteurs de livres électroniques, comme le Kindle DX d’Amazon, dématérialisent l’art.ERIC THAYER REUTERS de», souligne Fischer.Ce qui a fait plus ou moins de l’événement l’ancêtre de la Société des arts technologiques (SAT).Paradoxe Depuis le tournant du millénaire, et même s’il s’est engagé dans des organismes comme Hexagramme ou l’Observatoire international du numérique à rUQAM, c’est surtout dans des livres qu’Hervé Fischer a poursuivi sa réflexion sur l’impact des technologies numériques sur la société moderne.«Il s’agit d’un impact considérable, poursuit-il.Il se fait sentir à tous les niveaux: sur nos valeurs, sur la culture, sur les rapports sociaux, on le voit de plus en plus, mais aussi sur l’économie et l’art qui se dématérialisent chaque jour un peu plus.Bref, le numérique est devenu incontournable: il a littéralement transformé nos vies.» Fischer a signé là-dessus une série d’articles dans Le Devoir, qui ont par la suite été publiés aux PUL sous le titre Les défis du cybermonde.Quand on y ajoute son célèbre Choc du numérique publié il y a déjà 10 ans chez VLB, on peut mesurer l’importance et le côté visionnaire du personnage.Pourtant, aussi incontournable que soit le numérique, il n’a pas empêché Hervé Fischer de revenir, surprise!, à la peinture, comme pourront le voir ceux qui assisteront à la conférence qu’il prononcera au Musée de la civilisation à Québec.«C’est un paradoxe, je l’avoue.Je ne renie pas l’art numérique, il me fascine toujours autant.Mais fai choisi de revenir à la peinture en m’inspirant de certaines icônes numériques comme les codes à barres, par exemple.Au début, fen éprouvais une certaine gêne, je l’avoue, mais maintenant, après avoir testé la réception de mes oeuvres à l’étranger, j’assume.» Vivement une exposition! Le Devoir C’est surtout dans des livres qu’Hervé Fischer a poursuivi sa réflexion sur l’impact des technologies numériques sur la société moderne MUSEE DE LA CIVILISATION Liberté et économie Une relation complexe «Il ne faut pas trop d’inégalités » «L’économie de marché ne doit pas être sans règles.Si on laisse toutes les libertés aux riches, le pauvre est dominé et exploité.Ça devient comme une relation de maître et de serviteurs.» Pierre Dockès, professeur émérite à i’Uni-versité Lyon-2, donnera une conférence sur tes tibertés et t’économie, te 15 novembre, au Musée de ta civitisation à Québec.Entre protectionnisme et mondiatisation.MARTINE LETARTE Les libertés de base sont indispensables à la croissance économique durable d’un pays, d’après Pierre Dockès.il croit que les libertés économiques sont aussi essentielles, mais qu’elles doivent être limitées.Un discours criant d’actualité à l’heure des indignés de Wall Street et d’ailleurs dans le monde.«Les libertés de base, comme la liberté de conscience, la liberté d’aller et de venir et la liberté de religion, ont un rapport direct avec la croissance économique.On l’a vu dans plusieurs pays occidentaux», affirme M.Dockès.il y a tout de même des exceptions à la règle.«Ce fut le cas de la Prusse, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Union soviétique, qui ont bénéficié d’une certaine période de croissance importante.Toutefois, cela ne pouvait durer longtemps ainsi», croit le professeur.Pierre Dockès est d’avis que la démocratie et les libertés fondamentales sont en fait un facteur de développement économique.«Je ne suis pas d’accord avec les gens qui croient que les libertés fondamentales ne sont possibles que lorsqu’une société atteint un certain niveau de développement.Il y avait des sociétés démocratiques dans l’Antiquité qui avaient un niveau de développement très faible.» Lorsqu’un pays perd ses propres forces Pierre Dockès croit qu’un phénomène comme l’innovation est possible seulement avec un régime de libertés fondamentales.«De plus, dit-il, dans un régime où on n’a pas la liberté de conscience, les meilleurs s’en vont.L’Amérique a été peuplée par ceux qui sont partis de l’Europe parce qu’ils n’avaient pas la liberté de choisir leur religion.Les pays qui ont vu leurs habitants partir ont connu de véritables catastrophes économiques.» il donne l’exemple de la France qui a chassé les protestants alors qu’ils jouaient un rôle important dans le commerce, l’industrie et la finance du pays, il donne aussi l’exemple de l’Espagne qui a chassé ses juifs et ses musulmans à la fin du XV" siècle.«Ça aussi été la catastrophe, puisque ces gens qui ont quitté le pays avaient des qualités importantes», précise l’économiste.^Croissance pauvres CHRISTIAN TIFFET L’importance des libertés économiques En plus des libertés de base, Pierre Dockès croit que les libertés économiques sont extrêmement importantes, il dénonce d’ailleurs vigoureusement le protectionnisme.«Lorsqu’un pays s’enferme dans le protectionnisme, il n’y a plus d’incitation à l’innovation, au dépassement.C’est encore pire en temps de crise, puisque le protectionnisme enfonce encore plus les pays.On l’a vu dans les années 30.La montée du protectionnisme avait terriblement aggravé la crise.» Pierre Dockès est l’auteur de l’essai L’enfer, ce n’est pas les autres!, qui défend la mondialisation.«C’est très important que les individus, les pays et les cultures aient la liberté d’acheter, de vendre, de commercer et d’échanger.On y tire un certain nombre d’avantages dont personne ne parle.Par exemple, la production de biens en Chine ou ailleurs permet aux gens dans le monde entier d’avoir accès à ces biens à des prix très bon marché.Si on payait ces biens le prix qu’il en coûterait de les faire en Amérique du Nord ou en Europe, on au- rait un pouvoir d’achat beaucoup moins grand», explique l’économiste.11 reconnaît toutefois que la mondialisation a des inconvénients.«Bien sûr que ça enlève des emplois à des Canadiens et à des Erançais, mais cela leur permet d’acheter du textile, des vêtements et des chaussures beaucoup moins chers.Il y a des inconvénients à vouloir tout faire chez soi.Mieux vaut faire appel à des spécialistes que de faire tout soi-méme.» Pierre Dockès n’est tout de même pas en faveur d’une mondialisation à tout prix.«Si un pays va trop loin et utilise sa liberté au détriment des autres, il faut agir pour l’empécher de nuire.De plus, je suis pour la libre circulation des biens, mais je crois qu’on doit réguler très strictement le déplacement des capitaux, surtout spéculatif.Il faut les taxer très fortement.» Limiter les libertés économiques Pierre Dockès est donc d’avis que les libertés économiques peuvent être extrêmement dangereuses si elles sont poussées à l’extrême.«L’économie de marché ne doit pas être sans règles.Si on laisse toutes les libertés aux riches, le pauvre est dominé et exploité.Ça devient comme une relation de maître et de serviteurs», affirme-t-il d’ailleurs.Lorsque des inégalités apparaissent, Pierre Dockès croit qu’on doit limiter les libertés économiques.«Il n’y aura jamais d’égalité parfaite, mais il ne faut pas trop d’inégalités.Si on laisse les libertés alors qu’il y a de grandes inégalités, ça peut être la catastrophe.» L’économiste croit que, si le monde est en crise, c’est justement parce que les libertés des riches et des puissants ne sont pas suffisamment régulées.11 croit que ce qui manque le plus en ce moment, c’est la réglementation financière.«On laisse les puissants d’aujourd’hui, les banques, faire ce qu’ils veulent La liberté financière des banques peut avoir des conséquences pernicieuses pour tout le monde, alors il faut réguler.Les Indignés de Wall Street expriment à quel point on est allé trop loin.On a laissé trop de libertés financières et cela a nui à autrui», affirme-t-il.A ses yeux, c’est le rôle de l’État de limiter les libertés économiques.«Sinon, c’est la guerre de tous contre tous! C’est ce qu’on veut éviter.Et je ne pense pas que plus de régulation nuira au développement économique.Au contraire, ce qui lui nuit, c’est le manque de régulation.C’est ce qui a causé la crise actuelle.Il y a maintenant du mécontentement et c’est la fin de la croissance économique.Il faut un équilibre entre les libertés économiques et les limitations.» Collaboratrice du Devoir MUSÉE DE LA CIVILISATION Liberté et enfance Nécessaires contraintes Le monde n’est pas un lieu permissif ALEXANDRE SEVERO REUTERS Doit-on penser que liberté d’agir et absence de contraintes sont synonymes?Pas tout à tait, explique Richard Cloutier, spécialiste en psychologie du développement de l’entant et de l’adolescent.ASSIA KETTANI On définit souvent, rappelle Richard Cloutier, la liberté d’un enfant à partir d’une projection de ce qu’est la liberté des adultes: par l’absence de limites.Or ce n’est pas ce que les enfants veulent.Ils sont plutôt à l’aise avec les espaces bien définis, des routines qu’ils peuvent reconnaître et anticiper avec satisfaction.» Pourquoi un enfant veut-il qu’on lui lise cent fois la même histoire, de la même manière?«Les enfants réclament une grande redondance, ils sont à l’aise dans les choses qu’ils connaissent déjà.Cela les sécurise.» Selon le chercheur, ce n’est qu’en terrain connu que les enfants peuvent exercer leur liberté: «En choisissant l’histoire qu’il connaît, l’enfant veut exercer son pouvoir de prévoir, d’anticiper.» Les contraintes ont donc un effet structurant sur l’exercice de la liberté des enfants.«Pour avoir la liberté de choix, l’enfant a besoin de connaître quels sont les possibles.Qui dit “choix libre et éclairé” dit “compris”.» Et l’adulte a ici un rôle de premier plan: en établissant clairement les limites, il permet à l’enfant d’exercer sa liberté.Paradoxal?Peut-être, mais fondamental pour leur développement.«Il ne faut pas confondre liberté et actualisation de tous les caprices.Un enfant ne peut pas se développer sans jamais avoir de contraintes.Lui montrer un monde artificiellement permissif ne lui apprend pas à faire face au monde.» Faux pas parental Et, selon le psychologue, cette importance fondamentale des contraintes est malmenée par de nombreux parents.«Trop de parents modernes tentent d’exclure l’enfant des contraintes qu’il devra tôt ou tard confronter de façon indépendante.» Que ce soit par peur d’être taxés d’autoritarisme ou par sentiment de culpabilité, «ils ont pris trop de distance avec les obligations d’un cadre structuré.C’est une démission face à l’affirmation et au leadership que l’enfant est en droit d’attendre de ses parents.» Par contre, insiste le psychologue, si on se met à la portée de l’enfant pour lui offrir des choix, on doit aussi respecter ses choix.Or «les adultes ont souvent du mal à accorder à leur enfant un véritable droit de parole lorsque les enjeux les touchent, eux, personnellement.Dans un contexte de séparation, par exemple, on trouve tous les prétextes pour ne pas consulter l’enfant.C’est un égocentrisme d’adulte.» Et qu’en est-il à l’école?Ont-ils le choix?, questionne le psycholo^e.Selon lui, cette question mériterait d’être posée davantage: «Quand on leur offre des choix, ils sont souvent plus à l’aise et plus engagés dans ce qu’ils font.» Collaboratrice du Devoir «Un enfant ne peut pas se développer sans jamais avoir de oontraintes.Lui montrer un monde artifioiellement permissif ne lui apprend pas à faire faoe au monde.» 2 MUSEE DE LA CIVILISATION Liberté et cinéma Une filmographie sans oeillères Pour «qui souvent porte une blessure» Si, ces derniers temps, son nom est presque toujours associé au projet vidéo Wapikoni mo-biie, Manon Barbeau mène tout de même sa barque depuis une bonne trentaine d’années dans ie miiieu du cinéma québécois.Documentariste émérite, on iui doit notamment L’armée de l’ombre et Les enfants de Refus global.Si, pour i’beure, c’est à ta détense de ses petits toups du Wapikoni qu’ette consacre te ptus d’énergie, ceta demeure un choix, et torsque t’on choisit pour soi, on est tibre.Voità t’un des constats qui ressortent d’un échange entre ta passionaria au sourire doux et Le Devoir.jeunes des Premières Nations, aux poètes, aux rebelles, à ceux qui sortent des sentiers battus et qui souvent portent une blessure intime ou historique.Il faut croire que quelque part, c’est en résonnance avec ma propre histoire.J’aime aller voir de l’autre côté du miroir, au-delà des apparences.» FRANÇOIS LEVESQUE ï empêche, à la lumière du parcours jalonné d’obstacles du Wapikoni mobile, une initiative essentielle qui permet à de jeunes autochtones de s’exprimer par la vidéo, Manon Barbeau aurait pu douter.En effet, lorsqu’il faut se battre pour permettre à ceux qui n’ont pas de voix de s’exprimer, ici par la création, peut-on parler de liberté?«Oui, je le crois.La création est évidemment soumise à certains paramètres ou à certaines contraintes, soient-elles financières ou temporelles, mais, en ce sens, elle est comme la vie.Il est possible de trouver sa liberté de création et son mode d’expression à l’intérieur de ces paramètres.Des contraintes, il y en a partout, rappelle Manon Barbeau.Ça n'empêche pas la vie de s’épanouir.» Sa carrière durauL la documentariste a tenu sa caméra loin des modes et près de son cœur, il en résulte une hlmographie sans œillères.«Je me suis toujours intéressée à ceux qui sont en marge, aux exclus, aux jeunes de la rue, aux prisonniers, aux Responsabilité Or, même si l’on a foi en ce que l’on fait ce peut être difficile de porter un projet que l’on a amorcé.«C’est vrai, surtout lorsqu’il s’agit d’un projet qui implique une responsabilité envers d’autres êtres, comme c’est le cas du Wapikoni.Quand on réalise un film, on est responsable de son équipe, du sujet traité et de ce qu’il implique.Quand on réalise un projet comme le Wapikoni, qui permet à des jeunes de réaliser leurs propres films, de s’éloigner du déses- JACQUES GRENIER LE DEVOIR La documentariste, Manon Barbeau, réalisatrice du projet Wapikoni mobile poir, de trouver un sens à leur vie, on devient responsable d’eux.On ne peut pas faire n’importe quoi.Chaque geste doit être soupesé, chaque pas, réfléchi.Il est question de vie.Et, plus loin, il est question d’un peuple blessé.On se questionne sans cesse sur le droit qu’on a d’agir et sur la façon correcte de le faire.» Là encore, la liberté, mais pas n’importe comment.Pour Manon Barbeau, le Wapikoni mobile vise avant tout à motiver des jeunes qui ont peu confiance en eux et en l’avenir.En goûtant au plaisir de créer et de s’exprimer, ils connaissent une gratification importante qui les accompagnera pour la suite de leur existence.«Ça peut parfois même donner le goût de vivre», conclut Manon Barbeau.Collaborateur du Devoir fïs- ?â Laurier Québec, fier partenaire du Musée de la civilisation, vous invite à l'événement Liberté ! Liberté ?qui se déroulera au Musée du 13 au 20 novembre prochain.CS LAÜRIE QUÉBEC laurierquebec.com La plus grande offre commerciale h l’est du pays Sears, Zellers, la Baie, Toys « q » Us, Future Shop, Sports Experts, Linen Chest, Renaud-Bray, Old Navy, Freedom Central, H&M et Best Buy.® QUATRO design de présentation décors et mobiliers muséologiques commerciaux thématiques ¦ scéniques Fier collaborateur à la réalisation des expositions du Musée de la civilisation 418-658-5577 • www.quatrodesign.ca MUSÉE DE LA CIVILISATION 3 Liberté et création Poésies vivantes et virtuelles Rhizome donnera vie à la littérature Internet, caméras web, réseaux sociaux: à quel point ces outils numériques, qui ont connu une explosion dans les récentes années, nous ouvrent-ils de nouveaux possibles?C’est la question que soulève la nouvelle création des Productions Rhizome, dans le cadre de l’événement Liberté! Liberté?.FRÉDÉRIQUE DOYON Grande habituée des rendez-vous à caractère plus littéraire du Musée de la civilisation, Rhizome prohte de la première mouture de Liberté! Liberté?pour livrer le fruit de ses récentes réflexions créatives.La compagnie a servi ses cabarets de poésie sur le thème de l’interculturalisme dans toutes sortes de contextes: Semaine d’action contre le racisme, Mois des noirs, etc.Depuis 2007, elle poursuit aussi une recherche sur les technologies numériques.L’idée est venue de joindre les deux démarches.«C’est un état des lieux de nos réflexions et de notre travail, résume au Devoir Simon Dumas, directeur artistique de Rhizome, attrapé entre trois spectacles présentés dans le cadre du festival Québec en toutes lettres.Le spectacle explore les libertés et contraintes des technologies vis-à-vis de notre vie individuelle et sociétale.Sur le plan du dispositif formel, il y a plusieurs projections vidéo dans l’espace — donc en 3D — qui peuvent interagir avec des vivants.» Six auteurs La soirée intitulée pour l’instant «Liberté virtuelle» convoquera ainsi six auteurs, trois en chair et en os et trois autres qui ont quitté ce monde, mais qu’on pourra voir sur écrans lire leurs propres textes.Une sorte de croisement entre la lecture de poésie et la JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les créations de Rhizome invitent les gens à explorer les libertés et contraintes des technologies.séance de Ouija collective, version 2.0.La musique du groupe Magtogoek, cinq musiciens dirigés par le compositeur-interprète Mathieu Campagna, ponctuera les lectures réelles et virtuelles.Les textes choisis par le commissaire littéraire Thierry Bissonnette (alias Thierry Dimanche) aborderont le thè- me de la liberté.avec la contrainte de retrouver les images d’archives datant de l’époque de leur lecture, dans le cas des auteurs trépassés.Thierry Dimanche animera le tout.depuis Sudbury.Animer un échange littéraire sans être tout à fait là, lire un texte devant un public qui nous a survécu: voilà bien des libertés qu’on n’aurait pu s’offrir sans les technologies numériques.Reste à voir si la dématérialisation des relations, qui découle aussi de ces technologies, laissera autant passer l’émotion.Depuis sa fondation en 2000, Les Productions Rhizome a produit plus d’une soixantaine de spectacles et offert des représentations au Québec, au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, en France et en Belgique.La compagnie inscrit toujours la littérature au cœur de sa démarche interdisciplinaire de création scénique.Le Devoir m LE MUSEE DE;^ I LA CM LIS AT ION un lieu de réflexion,! d’exoression et de création Partenaires du développement des savoirs, des échanges citoyens et des plaisirs de la découverte.Le Musée remercie chaleureusement ses collaborateurs, véritables complices dans la réalisation de tous ses projets.mcq.org/liberte Hilton UNIVERSITE LAVAL (Jnoboe MUSÉE DE LA CIVIUSAnON QuébecSS^ 4 MUSÉE DE LA CIVILISATION Collections, archives et bibliothèque Un musée où tout le Québec se retrouve J, SOURCE: MUSEE DE LA CIVILISATION JEROME DELGADO Les objets nous racontent Il est «la courroie de transmission» entre la haute direction et l’ensemble du musée, entre les grands objectifs établis et la mise en pratique de ceux-ci.il incarne, en quelque sorte, le programme culturel de l’établissement fondé en 1988.Un programme constamment revu et corrigé.Si Pierre Bail se voit plus animateur que gestionnaire, il est toutefois en titre directeur des collections, des archives et de la bibliothèque, ces deux derniers secteurs découlant de la prise en charge par le Musée de la civilisation des documents du Séminaire de Québec.«On a une obligation d’acquisition.Les bonnes choses, il ne faut pas les laisser tomber, dit-il.Nos politiques d’acquisition sont révisées constamment.On doit se positionner, par exemple, par rapport aux communautés religieuses.Que doit-on retenir d’elles pour en témoigner?Le contemporain?Qu’est-ce qu’on fait avec ça?Nous avons un devoir de réflexion plus profond, un devoir de réflexion sur nos gestes.On se fait souvent questionner [sur nos actions] et on doit être capables de répondre.» Le Musée de la civilisation doit refléter, dans ses collections, toute la diversité d’une société, autant dans ses racines les plus profondes que dans les bourgeons les plus récents.La réalité des communautés religieuses, qui vieillissent et tendent à disparaître, pose non seulement un déb de taille, littéralement, elle «bouleverse nos collections», selon Pierre Bail, et demande à revoir toute la manière de classer et ordonner l’histoire.«Leurs fonds de photos ont souvent été conservés par paroisse, par église.On ne fait plus ça, dit le directeur des collections.Il faut reconstruire des ensembles, réunir des plans et des cartes, quitte à les séparer des livres où ils se trouvent.» Par manque de budget, les acquisitions sont en grande partie issues de dons.Le Musée de la civilisation n’achète pratiquement plus.Mais ce n’est pas par manque de sujets.L’acquisition récente d’une collection hippomobile — des voitures tirées par des chevaux, datant du tournant du XX® siècle — a introduit un univers peu présent dans les réserves de l’établissement du Vieux-Québec.Un seul objet peut aussi ouvrir des brèches.Rue Dalhousie, on ne privilégie pas les oeuvres d’art.Sauf dans le cas où celle-ci a une valeur extra-artistique.C’est le cas d’une toile du maître tapissier français Jean Lurçat (1892-1966), donnée par l’artiste à la femme d’un diplomate québécois basé à Paris.Pour Pierre Bail, cette oeuvre récemment acquise a toute une signification.«Elle rappelle que le Québec n’est pas qu’une terre de colonisation, qu’un territoire que l’on visite.Nous sommes aussi allés ailleurs, très rapidement, dès le XIX‘ siècle.Le Québec n’est pas seulement un endroit qui a reçu.» Au cœur des civilisations Conservateur depuis 1995, spécialisé des métiers du textile, puis des cultures religieuses et des fêtes populaires, Michel Laurent a été actif autant côté diffusion que côté collections.Sur le point de prendre sa retraite, cet ethnolo^e et anthropologue de formation a ainsi fait beaucoup comme défricheur.«Le conservateur joue un rôle multiple, de recherche et de diffusion, dans différents secteurs.Il doit faire preuve de beaucoup d’ouverture», résume-t-il avec toute l’humilité propre à celui qui travaille à l’ombre des projecteurs.Le Musée de la civilisation lui doit tout de même d’avoir développé les collections textiles, dont un ensemble de kimonos légués par un homme d’affaires japonais établi au Québec.Pour celui qui a fait sa thèse de maîtrise sur les couvre-lits anciens, nous avons, comme société, à apprendre de toutes les civilisations.Derrière leurs beaux atours, les kimonos parlent d’une histoire de classes, car seuls «les bourgeois et les nobles pouvaient se les payer».Michel Laurent a aussi permis au Musée de la civilisation de développer sa collection d’instruments de musique.Ses meilleurs souvenirs lui font évoquer le passé luthier du pays.«J’ai fait entrer beaucoup d’instruments de musique dans la collection, dont un très beau violon fabriqué vers 1880 par le père de Calixa Lavallée, l’auteur de la musique de notre Ô Canada, et un autre de Pierre Martel, facteur du XVIIL siècle, [considéré comme] le stradivarius canadien.» Pour ses derniers mois au sein du Musée de la civilisation, Michel Laurent se consacrera à un dossier qui lui tient à cœur: documenter en bonne et due forme toute la collection textile, qui comprend des couvre-lits, des rideaux, des dentelles, des tapis.Les données de plus de 5000 pièces seront ainsi réactualisées.Déjà le vingtième siècle Historien et ethnologue formé à Trois-Rivières, Christian Denis est entré au Musée de la civilisation en 1988, soit depuis les tout premiers débuts de son histoire.11 a dès lors connu les grands moments d’effervescence, puisqu’il fallait tout bâtir.«Nous étions en grande phase de recrutement, dit-il au sujet des années de Roland Arpin, le directeur-fondateur du musée.Nous travaillions dans un grand chantier, alors que partout ailleurs on était en période de décroissance.Nous, nous étions dans un projet de croissance.C’était un grand privilège.» Sa mission a été de réactiver le patrimoine ethnologique du Québec, qui avait été jusque-là sous la responsabilité de différentes institutions, «par défaut», exprime-t-il.Et qui s’arrêtait presque exclusivement au début du XX® siècle.«[Ces collections] avaient mal vieilli.Il fallait les arrimer à l’actualité et les rapprocher de l’histoire du XX‘ siècle.Elles ne le reflétaient pas.» Les acquisitions ont dès lors été «massives», il a fallu les doubler, et les expositions avaient ce goût de remise à jour.Le thème de «souffrir pour être belle» a ainsi introduit les questions du corps et celles «du soin du corps et de l’image», précise Christian Denis, propres au siècle de la modernité.Autre sujet nouveau, l’hydroélectricité.«Les collections, dit le conservateur, portaient sur le monde rural.Le patrimoine industriel, c’était l’antithèse.» Vers la fin des années 1990, le conservateur Denis s’est donné tout un autre cheval de bataille: les sciences judiciaires.11 a déterré les prémices de cet univers et fait d’un Québécois, Wilfrid Derome (1877-1931), le père de tous les Kojak de ce monde.Pour Christian Denis, voilà la preuve qa’«une histoire matérielle permet d’ouvrir un champ de connaissances, nous révèle comme société».Dans les années 2000, Christian Denis et Michel Laurent ont été les animateurs de deux projets moteurs.Patrimoine à domicile et son volet télévisuel.Trouvailles et trésors.L’enjeu était simple: aller sur le terrain, chez les individus, et leur faire prendre conscience de la richesse de leur patrimoine familial.«Les collections nationales, dit Christian Denis, c’est ce qu’on possède collectivement.Qu alors, comme le dit son collègue Laurent, la meilleure collection nationale est à l’extérieur du musée.C’est là que l’on retrouve toutes les racines nationales.» Collaborateur du Devoir et se raconte 15 «Le Québec n’est pas qu’une terre de colonisation, qu’un territoire que l’on visite.Nous sommes aussi allés ailleurs, très rapidement, dès le XIX' siècle.Le Québec n’est pas seulement un endroit qui a reçu.» Sleigh Bois, métal, fibre Bruno Ledoux LUC-ANTOINE COUTURIER Great Northern Diver or loon (plongeon ou huard) Eau-forte, aquatinte rehaussée à l’aquarelle Planches tirées de : Audubon, John James, The Birds of America, Londres, vol.4, Planche 306 Robert Havell (1793-1878).D’après une œuvre de John James Audubon (1785-1851).Royaume-Uni; Angleterre, entre 1831 et 1836.Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec, 1993-34722, 1993-34909.Le Musée de la civilisation vous présente ses collections! EXPOS T ON EXPOS T ON NOUVELLE PUBL CAT ON JUSQU’AU 12 AOÛT 2012 Incontournable dans l’histoire du costume et de la mode, le chapeau est à la fois porteur de notre identité et de nos rituels.Indispensables, respectables, audacieux, de circonstance ou tout simplement jolis.Voyez 130 chapeaux, qui témoignent de la mode vestimentaire au Québec, sélectionnés dans la collection du Musée, et des créations contemporaines de modistes d'ici.Gravures inuit Histoire d’une collection unique JUSQU’AU 11 MARS 2012 Inspirés des pratiques traditionnelles et de la réalité du quotidien, les artistes du Nunavik des années 1960 ont réalisé de grandes œuvres, évocatrices de coutumes et de légendes, célébrées à l’échelle internationale.Estampes, outils de gravure, matrices et photos d’époque ouvrent une fenêtre fascinante sur la région nordique du Québec et de ses artistes.Objets de référence 122 témoins de l’histoire OBJETS DE Référence S EXPOSITION PERMANENTE Le Temps des Québécois ?e la Nouvelle-France à aujourd’hui, revivez la grande et la petite histoire du Québec avec celles et ceux qui l’ont habité et construit.Le Musée de la civilisation regorge de trouvailles et trésors.Découvrez les coups de cœur du Musée, 122 objets choisis comme autant de références culturelles qui racontent à leur manière de nombreux chapitres de l’histoire du Québec.Publié aux Éditions de l'Homme.Réalisé en partenariat avec la Commission de la capitale nationale du Québec.c É mm mcq.org Partenaire oe la programmation Q ALCOA 1866 710-8031 m MUSÉE DE LA CiymSATiON Québec ?Tunniîuarruk ?avidialuk Alaasuaq Amittuk Le Musée de la dvlllsatlün est subventionné par le ministère de la Culture, des Communications et de ia Condition féminine. AU MUSEE DE LA CIVILISATION >9' \W/ \ Sttsoj [30))]^S^ y ^ vjwt msiomt ^ suNBE X M Une présentation de Une exposition conçue et réalisée par le Musée de la civilisation avec la participation de Radio-Canada.RADIO I TÉLÉVISION | INTERNET mcq.Ofg 85, RUE DALHOUSIE, QUÉBEC -1 866 710-8031 Le Musée de la civilisation est subventionné par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.Partenaire de la programmation ALCOA MUSÉE DE LA civmsAnoN QuébecSK
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