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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2011-12-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DECEMBRE 2011 POESIE Entretien avec Jean-Paul Daoust Page F 4 JEUNESSE En attendant Noël.Page F 6 BEADX LIVRES Des pétards de Newton aux bulles de Chardin Le réel au milieu des jouets GEORGES LEROUX On rapporte que Voltaire admirait tant le canard de Vaucanson qu’il se serait exclamé: «Sans ce canard, il ne resterait rien de la gloire de la France!» Cette reproduction mécanique de l’animal fascinait en effet les penseurs des Lumières désireux de reconstruire le système de la vie dans des machines artificielles.Sans doute le plus connu de tous, cet automate n’est qu’un des exemples que Nicolas Witkowski décrit dans son essai sur la fonction des jouets et leur rapport à l’imagination scientifique.Disons-le d’emblée, ce livre est un des plus originaux qu’on puisse lire sur l’intuition enfantine et sur la pensée à l’œuvre dans le jeu.Pour Noel, une merveille! L’idée de départ est simple: la plupart des jouets proposent des assemblages mécaniques destinés à reproduire les énigmes de la physique et des mathématiques dans des objets qui permettent de les approcher simplement.Qu’il s’agisse du château de cartes ou des bulles de savon qui habitent la peinture de Chardin, qu’il s’agisse encore des trains en modèle réduit ou des moulins à vent, c’est toujours l’appréhension d’une loi naturelle qui se présente sous la figure d’un jeu.Pourquoi les enfants aiment-ils ces jouets?Parce qu’ils y sont confrontés au mystère de la force, de l’énergie et du mouvement, qu’ils peuvent apprivoiser en le démontant de l’extérieur.Privé d’une force autonome, aucun jouet ne se retournant contre l’enfant qui en fait l’objet de son loisir, le jouet est d’abord un morceau maîtrisé du monde susceptible d’en éclairer la part toujours immaîtrisable.Petite métapkysidue des jouets , U Élo^e df l'iniuition enfantine Combien de prodigieux inventeurs ne furent-ils pas d’abord des enfants fascinés par leurs jouets ! Dans une étude limpide et sensible, Witkowski parcourt l’histoire de la peinture et met en relation les jouets anciens avec les théories scientifiques qui, dans plusieurs cas, en ont découlé.Combien de prodigieux inventeurs ne furent-ils pas d’abord, nous apprend ce livre, des enfants fascinés par leurs jouets! Les limites du jouet Newton était fasciné par les cerfs-volants à pétards! Albert Einstein disait que rien ne distinguait son esprit de celui des enfants, car comme eux il faisait tout intensément et très lentement.L’enfant qui joue s’amuse au mystère du monde, l’adulte qui ne joue plus croit en connaître les lois, mais il a simplement perdu la capacité de s’émerveiller devant l’énigme.S’extasier devant le canard mécanique de Vaucanson est certes le fait d’un philosophe, mais quel enfant ne se laisse pas captiver devant un automate, une poupée aux cils qui se ferment, une peluche ventriloque?Mais cela va plus loin.Plusieurs enfants, percevant les limites de leurs jouets, leur inventent des annexes ou une vie autonome.Charles Darwin, par exemple, racontait qu’enfant il avait trouvé un trésor composé de tous les fruits de la nature; sa mère, intéressée par le système botanique de linné, lui avait enseigné le rôle des pistils et des pétales dans cette classification, et le petit Charles en fut si pénétré que ses jeux de collectionneur se transformèrent plus tard en hypothèse scientifique sur la faune des Galapagos.Les toupies, déjà signalées par Platon dans sa République, appartiennent à cet univers où l’imagination contemplant le mouvement se met en quête de son principe.% Jean-Baptiste Chardin, La bulle de savon, détail, 1739.Et que dire du jeu de gobelets de VÉmile de Rousseau?Une métaphysique des jouets repasse tous ces exemples pour y saisir la curiosité au contact du mysterium mundi, et on peut remercier Nicolas Witkowski de l’éclairer de manière si brillante.Walter Benjamin, qui collectionnait les jouets, aurait placé ce livre bien en vue dans sa bibliothèque.Collaborateur du Devoir PETITE MÉTAPHYSIQUE DES JOUETS Eloge de l’intuition eneantine Nicolas Witicowski La Martiniere Pans, 2011,176 pages SOURCE YORCK PROJECT Inventeur et mécanicien français connu pour sa production d’automates, Jacques de Vaucanson a notamment réalisé ce canard automate qui fut exposé en 1744 au Palais-Royal et qui imitait la mastication et la digestion du grain.Etienne Verstraelen Anats au Japon ou L’invraisemblable obedience des types en noir LmLîatîtmêrm Etienne Verstraelen Anaïs au Japon ou L'Invraisemblable obédience des types en noir Larguée par son patron, son amoureux et sa voiture (dans Tordre), Anaïs choisit de plonger dans l'aventure, direction Vladivostok, où elle compte monter dans le Transsibérien.Les choses tournent autrement et elle s’arrête au Japon, où elle découvre le monde étonnant des Salaryman, des Office lady, des bébés électroniques et des procédures judiciaires nippones.Une aventure rocambolesque, livrée dans un roman réjouissant ! Einflantmême www.instantmeme.com Roman, 120 pages, 1795 Disponible en format numérique (14 2) Finüantmêm F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2011 LIVRES CADEAUX Pour tout savoir, ou presque Le professeur Christian Jacob, de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, publie le deuxième tome (Les mains de l’intellect, Albin Michel) d’une somme sur la diversité des pratiques savantes.La série Lieux de savoir comptera quatre volumes de quelque 1000 pages chacun, monopolisant des dizaines de collaborateurs venus de 23 institutions internationales.Le Devoir l’a rencontré à Montréal, en marge du congrès 2011 de l’Association des archivistes du Québec, où il prononçait la conférence inaugurale.PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE BAILLARGEON En quoi consiste ce projet des lieux de savoir?Il n’existe pas de culture humaine sans savoir, sans lieux de production et de transmission de ces savoirs.C’est une donnée universelle de même que le modèle de la relation maître-élève qui demeure très important partout, dans les écoles spirituelles du bouddhisme ou les universités occidentales.Dès le départ, il était question de produire quatre volumes, non pas historiques, mais thématiques, pour finalement aborder histoire et savoir selon quatre points de vue différents: les espaces et les communautés dans le premier volume, les pratiques dans le second, les transmissions dans le troisième et, dans le dernier livre, les grandes dynamiques qui ont permis à certains savoirs de se développer dans certaines cultures particulières.C’est une idée inspirée des sociologues des sciences qui étudient des laboratoires ou des communautés scientifiques contemporaines, un peu comme on examine des villages de la forêt amazonienne, de la savane africaine.Ils considèrent que les savants, les chercheurs, les techniciens se livrent à un tas d’opérations étranges avec leurs instruments, leurs procédures, leur temporalité.Ils forment une tribu avec son lieu, ses acteurs, son langage, ses interactions sociales.La série sur les lieux de savoir propose d’élargir cette problématique au travail, par exemple, du philosophe, de l’historien, de l’humaniste ou du cinéaste documentariste.\ Mais pourquoi?A quoi ça sert de comprendre par exemple comment Galilée a réalisé ses dessins de la lime?D’une part, la recherche historique est intéressante en elle-même.Elle a sa propre justification, sa propre utilité.Aujourd’hui on entend parfois que les chercheurs en sciences humaines ne sont peut-être pas indispensables.Au contraire, une société sans historiens, sans anthropologues, sans philosophes, serait vraiment une société totalitaire, sans mémoire, sans espace critique et sans capacité de réflexion.D’autre part, l’histoire et la sociologie nous aident à comprendre le présent.D’une façon générale, une situation comme celle de Galilée observant la lune demeure captivante pour nous parce qu’elle pose la question du rapport entre la vision et l’interprétation, du rapport entre l’œil et le dessin, du rôle d’un instrument de médiation entre notre position terrestre et le très lointain.Il y a donc un ancrage Lieux de savoirs Les iiuiiiiH dv riiilvllfcl historique et des enjeux plus généraux.Je prends un autre exemple, celui des bibliothèques et de l’ar-chivagç qu’on étudie à Alexandrie, en Mésopotamie ou en Égypte a des répercussions jusqu’à nous et des liens directs avec notre situation contemporaine où se posent les mêmes questions de conservation, de classement, de triage.Comment procédez-vous, avec vos collaborateurs, pour comprendre et classer les lieux du savoir?On choisit de présenter des moments et des scènes particulières.On va prendre par exemple le studio d’un savant de la Renaissance, une salle de cours ou un laboratoire actuel; c’est cadré, c’est évalué, c’est une situation à un moment précis.On n’essaie pas de procéder à une archéologie ou à une généalogie continue.On choisit des moments étudiés pour eux-mêmes.Alors, on entre dans la case d’un devin africain et on décrit ce que l’on y voit, les personnages, les objets, leurs fonctions.A ToIq^o, on entre dans un bureau d’architectes.Comment se distinguent les lieux de savoir à notre époque?La nouveauté, c’est certainement la redéfinition de l’espace et du temps.Autrefois, les penseurs étaient séparés par l’espace et le temps.La république des lettres dans l’Europe des XVIP et XVIII" siècles permettait la circulation des savoirs par les voyages et les correspondances.Aujourd’hui, le réseau permet de travailler de Paris ou de Melbourne avec le collègue de Montréal comme s’il était dans le bureau à côté.Il y a un second aspect évident, concernant l’extension mondiale du modèle de la science occidentale basée sur l’expérimentation.Théoriquement, il est possible de répéter les mêmes expériences partout avec les mêmes instruments.Cette standardisation prend toutes sortes de formes.Les expériences en biologie et en médecine utilisent par exemple une race de petite souris blanche standardisée par la taille, le poids et la densité.Laquelle des études du dernier volume vous a particulièrement impressionné?Je citerais le texte de Samuel Kassow sur Emanuel Ringelblum et le projet «Oneg Shabbes».Cet historien juif polonais a décidé de résister aux Allemands en créant un centre de recherche historique clandestin sur le ghetto de Varsovie.Il a anticipé que toute la communauté juive allait disparaître et il s’est dit que les Allemands ne devraient pas imposer leur vision de l’histoire.Avec un réseau, il a ramassé les affiches, les tickets de rationnement, les menus de restaurant, même les emballages de bonbons.Il a fait des fiches en interviewant les gens.Les boîtes métalliques renfermant tout ça ont été enterrées et retrouvées (sauf une) par le seul survivant de l’équipe après la guerre.C’est un très beau texte qui montre la force de l’intelligence et la résistance d’un savant historien qui a réalisé un travail magnifique.C’est un lieu de savoir et un lieu de mémoire.LIEUX DE SAVOIR Tome 2: LES MAINS DE LTNTELLECT Albin Michel Paris, 2011,985 pages MICHEL EN APARTE Faire (aussi) l’économie de la culture -X Stupeur et tremblements dans Je milieu des arts aux États-Unis.Au nom du libre choix absolu, avec un joli mélange d’égotisme et de populisme, des politiciens issus de la droite affirment désormais, tambour battant, qu’il faut aussi cesser de financer la cujture.Au Texas, l’État du gouverneur républicain Rick Perry a réduit de 50 % son aide aux arts.Plus au nord, au Wisconsin, pays par excellence des vaches à lait, la somme que l’État consent à la culture a été réduite de 67 %.Au Kansas, le gouverneur républicain Sam Brownback a opposé son veto aux 689 000 $ du ia.-mélique budget des arts.La Commission des arts du Kansas, fondée en 1966, s’est vu alors retirer tout son financement Le Kansas est le premier État américain à promulguer en cinquante ans un tel hara-kiri pour son propre service culturel., Les défenseurs des arts de cet État s’arrachent les cheveux.Ils soutiennent que la disparition de l’instance gouvernementale aura de lourdes conséquences, notamment dans les régions rurales et dans les couches les moins nanties de la population.Par exemple, le conseil des arts de Junction City, qui recevait depuis 2005 environ 10 000 $ par année pour favoriser l’enseignement des arts visuels aux enfants défavorisés, se trouve au nombre des victimes de cette nouvelle politique qui aggrave les inégalités en estimant que la population n’a pas à bénéficier d’une éducation culturelle commune.Pour l’an prochain, le gouverneur a déjà annoncé qu’il entendait s’attaquer aux télécommunications publiques, autre vecteur d’une diffusion de la culture pour tous.Au Kansas, l’initiative radicale du gouverneur a été saluée par des groupes néolibéraux, dont celui du milliardaire David Koch, qui affirment, selon une perspective bien arrêtée, qu’aucun citoyen ne devrait voir une partie de ses taxes utilisée «pour financer les goûts de ceux qui siègent dans des commissions culturelles».Dans la béance de ce raisonnement, soustraire de l’argent afin d’enrichir l’ignorance ne semble pas choquer., Depuis 2001, les budgets des États américains attribués aux arts ont diminué dans l’ensemble Jean-François Nadeau jeul41 [domibr J m ennuie je ^ Revue de théâtre _ t transrnissio ETÀCLAUDEPOBSAMT « » ^ 35 ans de réflexions, de témoignages, de points de vue, et toujours en prise sur notre théâtre ! Offrez un abonnement- cadeau Jeu Revue de théâtre 4067, boul.Saint-Laurent Bureau 200 Montréal H2W 1Y7 514 875 2549 info@revuejeu.org www, revue jeu .orq de 40 %.Les résistants sont rares.En Caroline du Nord, une opposition vigoureuse à ces mesures draconiennes a tout de même fait en sorte de renverser la vapeur.Ces réductions considérables ont des conséquences immédiatement tragiques pour beaucoup de groupes qui composent leur budget d’une multitude de petits soutiens.Le National Endowment for the Arts exige par exemple qu’un organisme reçoive déjà pne subvention de l’État avant de lui en accorder une.Conséquence: les groupes culturels se retrouvent torpillés sur plusieurs fronts différents en même temps.Là ne s’arrête pas le recul des arts dans la politique américaine.Les capacités du National Endowment pourraient fort bien être aussi limitées: plusieurs membres du Congrès proposent à répétition de réduire les fonds consentis à l’agence.Et pendant ce temps, au royal Canada, les sbires de Stephen Harper sourient en montrant les dents.Ils le font en idéologues convaincus, souvent à la manière fine d’une Nathalie Elgraby de l’Institut économique de Montréal qui, du haut de sa chaire de chroniqueuse des quotidiens de Québécor, soutient que les artistes sont confits en tabous qu’il importe de briser au plus vite, quitte à fracasser pour ce faire les arts autant que les créateurs.La richesse des riches et le maintien de ceux qui le sont à demi pour les servir — la classe moyenne — exigent que tout ce qui est public soit privatisé afin de mieux contribuer au bonheur des puissants, y compris au chapitre de la culture.Assurer que les lieux où sont logés, soignés, éduqués, divertis et promenés les maîtres ne puissent être en aucune façon confondus avec ceux soumis à leur pillage, il va sans dire que cela constitue un grand pas en avant pour l’humanité.Que la planète entière soit, pour cette raison cruciale, envoyée aux galères du marché, cela tombe bien sûr sous le sens.Tandis que le public se lait seriner ces chansons qui visent à faire danser et rire le capitalisme, les gens riches le sont toujours davantage, ce qui leur permet, comme le signale le New York Times chiffres à l’appui, de faire exploser cette année les ventes de produits de grand luxe.Des manteaux d’hiver à 9000 $, des chaussures à 2000 $, des montres à 12 000 $, on n’en a jamais vendu autant.Sous le mince voile des mots «concurrence» et «marché», c’est bien de ce mode de vie là qu’il est question.Ces gens-là consomment aussi beaucoup de «produits culturels»: peinture, danse, musique, littérature, théâtre.Au rythme où le fossé entre riches et pauvres se creuse, ils seront bientôt les seuls à pouvoir en profiter.En privé et entre eux.Pour que certains puissent jouir sans réserve du monde, on fait désormais l’économie de savoir combien coûte pour les populations le résultat de grandes manœuvres économiques conduites dans le seul intérêt de ces pachas.On passe outre les conséquences, comme si cela ne comptait pas.Ét l’on en arrive à une société où les riches haïssent plus que jamais les pauvres — souvent sans même s’en rendre compte —, tel que l’explique très bien Alain Deneault dans Faire l’économie de la haine, un admirable recueil de «essais pour une pensée critique» dont on reparlera.La situation économique tragique que décrit Alain Deneault permet à des gens de bonne volonté, du genre de René Homier-Roy, de vendre tout sourire des soirées au champagne ou une balade en Rolls-Royce pour aider les pauvres, étant entendu, comme l’animateur le déclarait le 25 novembre à la radio de nos impôts, que «les riches, on ne les attire pas avec des affaires qui ne les intéressent pas».Pour s’occuper de la pauvreté, il faut donc désormais gaver davantage encore les riches, tout en les remerciant ensuite de leurs excès si profitables à l’ensemble de la société.Plus prosaïque peut-être, un animateur de radio de Québec, dénoncé cette semaine par Cen-traide, plaidait qu’il conviendrait tout simplement de retirer le droit de vote aux pauvres puisqu’ils ne produisent «aucune richesse».Reste que le système qui est le nôtre est si bien huilé avec son jargon économique froid et désincarné qu’il peut désormais broyer des pauvres à des kilomètres à la ronde sans pour autant retourner l’estomac d’aucun actionnaire.Le langage de la «restructuration», de la «flexibilité», du «renouvellement» et de Y «optimisation des ressources» justifie presque tout, y compris des coupes dans le monde de la culture.A défaut de plus de politiques publiques dignes de ce nom, res-te-t-il seulement à espérer de la bonté du capitalisme?FAIRE L’ÉCONOMIE DE LA HAINE Alain Deneault Écosodété Montréal, 2011,117 pages SEDUISANT ET PROVOCANT Appuyé sur une documentation riche et inédite provenant des archives de Richler et d’interviews avec des membres de sa famille, des amis et des collègues, Mordecai Richler.Entre séduction et provocation est plus qu’une biographie de l’auteur.Kramer présente une famille éclatée et raconte l’histoire d’une communauté juive qui cherche sa place dans un monde en évolution.39,95$ AUSSI DISPONIBLE EN FORMAT PDF FEUILLCTACE EN LIGNE: 3406 @ij ^SEPTENTRION.QC.CA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Reinhold Kramer mordecai RICHLER Entre séduction et provocation Venez rencontrer Yves Beauchemin Qui présentera son dernier roman La serveuse du Café Cherrier JeudÉ le 8 décembre 2011^ à19h YVES BEAUCHEMIN La serveuse du Café Cherrier UDRARE i'.LIBRAIRIE INDÉPENDANTE AGRÉÉE PLACE LONGUEUIL 825, rue Saint-Laurent Ouest, Longueuil 450679-8211 www.librairie-alire.com LE DEVOIR LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 DECEMBRE 2011 F 3 LIVRES CADEAUX Le talent caché de Pierre Vadeboncœur PAUL BENNETT essayiste Pierre Vadebon-< cœur, décédé en février 2010, avait un talent caché, qu’il exerçait dans ses temps libres: dessiner et croquer sur le vif des inconnus croisés au supermarché, dans le métro, dans les salles d’attente ou les musées.Il décrivait lui-même ces portraits tracés d’un trait vif, spontané, mais acéré, comme des «croquis plus ou moins caricaturaux», de «petits dessins pas très charitables», mais «rigobs».C’est environ 160 de ces croquis, qu’il avait commencé, avant sa disparition, à hier et à agencer en vue d’une publication, qui paraissent aujourd’hui avec une présentation de son ami et confident Réjean Beaudoin, pour qui l’ensemble de ces dessins, «exempts de la préméditation requise par l’écriture», compose «une galerie sociologique en forme de comédie humaine».Ils révèlent un côté moins remarqué de la pensée de Vadeboncœur: l’humour, mais un humour malicieux, irrévérencieux, méchant même.Titres cocasses L’intérêt et la «drôlerie» des dessins de ce recueil, tous datés (entre 1987 et 2007) et signés, tiennent beaucoup aux titres cocasses et aux commentaires en marge, qui accentuent le «dessein» caricatural de l’image.Ici, le visage buté d’une femme porte le titre «Refus global»; là, une tête au nez en sabot, triste et ravagée, est intitulée «Qui-dame déconcrissée»; plus loin, le portrait d’un homme aux traits émaciés et au regard éteint est sous-titré «Voleur référendum».Seuls quelques-uns des portraiturés, syndicalistes ou militants souverainistes, sont connus.La plupart sont des individus anonymes, souvent âgés, comme si leur âge avancé ac- SOURCE DEL BUSSO Croquis de Pierre Vadeboncœur tiré de Petite comédie humaine croissait aux yeux de Vadeboncœur leur dureté, leur apathie, leur malveillance ou leur myopie intellectuelle.On ne lit ni compassion ni empathie dans le regard de l’artiste.D’où, au fil des pages, un certain malaise.Mais, comme le souligne Réjean Beaudoin, ces esquisses parlent d’elles-mêmes «tant leur verve est drue ef transparent leur propos».A chacun donc de s’y promener à sa guise.Les lecteurs de Vadeboncœur apprécieront sûrement la liberté de ton et l’audace du dessinateur affranchi de toute autocensure, quitte à revenir à son œuvre écrite pour une vision plus généreuse et moins caustique de ses contemporains.Le Devoir PETITE COMÉDIE HUMAINE Croquis présentés par Réjean Beaudoin Del Busso Montréal, 2011,192 pages Philtre bleu et passion rouge CATHERINE LALONDE Les jeunes Moult éditions ressortent le «grand récit sensationnel canadien» Le philtre bleu, de Jean Féron, paru originellement en 1924 aux forts populaires et désormais oubliées éditions Garand.Jean Féron, «cultivateur le jour et romancier le soir», sera l’auteur le plus prolifique de la maison, y publiant près de 30 titres avant sa ferme- SENSAîTirOWEB ture en 1948.Dans Le philtre bleu, le trio d’enquêteurs-ve-dettes de l’agence policière Godd, Hamm, Quik et Cie se penche sur le cas du mystérieux docteur Jacobson, à la suite d’accusations portées contre lui par lettre anonyme.«Je ne crois pas à la fumisterie.Ce docteur Hiram Jacobson est un être mystérieux, mais il n’est pas un imbécile, dira M.Hamm.C’est justement parce qu’il n’est pas un imbécile que cet homme doit être un criminel redoutable!» Cette contre-logique redoutable entraîne le trio dans un quiproquo sans queue ni tête entre le salvateur philtre bleu et la démoniaque chambre rouge, boudoir sadien édulcoré.Le récit fantastique demeure charmant, malgré son côté farfelu et la langue engoncée de l’époque, par la saveur érotico-sado-ludique qui émerge de plus en plus au fil de la lecture.En postface, Christian La-combe dit justement que «l’auteur se joue des illusions de chacun, [héros comme lecteurs], nous attire et nous fait entrevoir une possibilité érotique».Rien ,de plus.Mais rien de moins.Étonnant pour le Québec des années 1920, et dans sa réédition de très belle facture, maintenant encore fort amusant.Le Devoir LE PHILTRE BLEU Jean Féron Moult Éditions 2011 (1924), Montréal, 125 pages L’interdit, l’absolu, le déni O Laurin reilles chastes, lunettes roses, prière de s’abstenir.Chantres du bon parler français aussi.Moralistes moralisateurs, détenteurs de vérités, adeptes du noir ou blanc tranchants, ce livre n’est pas non plus pour vous.Ou peut-être que si, justement.Dire d’abord qu’il s’agit d’un roman.Un roman qui flirte avec le théâtre, d’une certaine façon.Imaginez un seul personnage en scène qui parle tout du long.Qui recrée toutes sortes de scènes de telle sorte qu’on voit s’animer un monde derrière, comme si on y était Ce qui frappe dans Au pire, on se mariera, c’est le ton.Le ton dur, tellement juste.Et la langue.La langue crue, tellement juste.Ce qui frappe, c’est la voix du personnage incarné par l’auteure.L’auteure en question, Sophie Bienvenu, s’est fait connaître comme biogueuse.Née en France, Québécoise d’adoption depuis une dizaine d’années, elle signe ici son premier roman après un livre de chroniques, Lucie le chien, et une incursion en littérature jeunesse avec la série (k).C’est une adolescente qui parle, dans Au pire, on se mariera.Mais on est bien dans la littérature pour adultes.Pour adultes avertis.Elle s’appelle Aïcha, elle a 13 ans, vit dans le quartier Centre-Sud, à Montréal.Elle est pleine de rage.Pleine de haine.Et d’amour aussi.Elle est en pleine confusion, en pleine crise.Et elle se confie.Se confie comme on crie.Se confie à qui?On ne sait pas trop, au début.Une amie?Une psy?Une policière?Une travailleuse sociale, en fait.C’est ce qu’on va comprendre assez vite.Mais peu importe.On ne sait pas où on est, non plus.Un centre pour jeunes délinquants?Un poste de police?Peu importe, encore là.La tension est palpable.On le sent, quelque chose d’irréparable a été commis.Que s’est-il passé au juste?On l’apprendra par bribes.Et autant le dire tout de suite, c’est terrible, affreux, horrible.C’est pire que tout.Quand le chat sort du sac à la fin, quand Aicha crache pour de bon le morceau, c’est pire que le pire pressenti au fil du récit Choc garanti.Entre-temps, on assiste à la reconstitution d’une vie.Sa vie Danielle LIVRE DE REFERENCE De l’origine de l’écho CAROLINE MONTPETIT explication courante veut ' que l’écho soit un phénomène acoustique scientifique produit par la réverbération du son.Une autre hypothèse, moins sûre mais combien plus jolie, veut que ce soit le nom et le chant de l’une des nymphes Oréades, qui avait été condamnée par la déesse Héra à répéter à l’infini les niots prononcés par les autres.Éperdument amoureuse du jeune Narcisse, qui la repoussait, elle se consuma physiquement jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’elle que le son de sa voix.C’est cette histoire, et bien d’autres encore, que l’on retrouve racontée brièvement dans l’Encyclopédie de la mythologie, qui paraît cet automne chez De Vecchi.Le tout se présente sous forme de dictionnaire, permettant donc de chercher la définition de chacune des entrées.Reste bien sûr à tenter d’assembler les unes avec les autres ces histoires tout aussi tortueuses que farfelues, et de retrouver le fil d’Ariane au milieu de ce labyrinthe.S’il est loin d’être le premier du genre, l’ouvrage, qui est une réédition d’un autre paru en 2001, a le mérite d’être concis et de traiter des divinités grecques et romaines, mais aussi assyriennes et ég5rptiennes, en plus d’aborder la symbolique et des mythes fondateurs.Le Devoir ENCYLOPÉDIE DE LA MYTHOLOGIE M.Mughini De Vecchi Paris, 2011,368 pages un souffle doux d’humanité.» Annie Peyrouse, lüWnmwi rlin, ^ ^ 1 |.Entre les lignes il ne nie reste reste ne me CARNt r DES VOYAGES Une compagnie de Québécor Media leseditionsdelabagnole.com à elle, Aïcha, qui craint de marcher sur une seringue et de mourir du sida.Qui déteste sa mère et a pour seules amies deux putains travesties.Une vie de merde Elle raconte dans ses mots à elle sa vie de merde.Sa vie de merde qui devient dans ses mots à elle une vie de «marde».Elle résume sa vie à ça: «Treize ans de marde.» Elle ajoute: «C’est long longtemps, toute une vie, même si c’est juste treize ans.» Et on la croit.On la croit même si très souvent elle ment, elle se contredit, elle fabule.C’est sa façon à elle de raconter les choses: tourner autour du pot.Dire une chose et son contraire.C’est sa façon à elle de mener sa vie: fantasmer.Se réfugier dans son imagination.Inventer.Faute de vivre en vrai ce qu’elle souhaiterait.Et tandis qu’elle parle, crie, hurle son dégoût du monde, c’est sa souffrance qu’on entend en dessous.C’est son désir d’absolu.D’amour absolu.C’est l’amour fou et impossible, interdit, qu’elle éprouve, du haut de ses 13 ans, pour un homme qui a deux fois son âge.Elle ne comprend pas.Ne comprend pas qu’on lui refuse ça.Ne comprend pas que l’homme qu’elle aime se soit refusé à elle.Pour Aïcha, c’est clair, il est amoureux d’elle, «même s’il veut pas.» Mais s’est-il vraiment refusé à elle?A-t-il oui on non fini par succomber dans ses bras?On marche sur des œufs, on est sur la corde raide.La seule version à laquelle on a accès est celle d’Aïcha, le fin mot de l’histoire on ne le saura pas.Ce n’est là qu’un aspect du récit.Il y a aussi ce qui s’est passé avant.Quand elle avait neuf ans.C’est peut-être là que tout a commencé en fait.C’est peut-être ce qui fait qu’il n’y a aucun mal, pour elle, à faire l’amour avec un adulte.Puisqu’elle l’aime! Sa mère, cette «salope», n’a vraiment rien compris.C’est elle qui a chassé le beau-père de la maison.Elle qui a mis fin à la première histoire d’amour de la petite Aïcha.Quoi?! Son beau-père aurait abusé d’elle, à neuf ans?Lui si doux, si aimant, fusionnel, caressant?De l’abus, voyons donc! «Ça avait rien à voir avec ça, Hakim et moi.C’était pas un vieux soûlon dans le fin fond d’un parc.Il était beau pis je l’aimais.» Morale de l’histoire: «C’est pour ça que ma mère l’a crissé dehors.Parce qu’elle était jalouse.C’est ça, la vraie raison.La triste vérité.» C’est ce qu’elle pense, Aïcha, du haut de ses 13 ans.Elle en est convaincue.Comment tolérer ?Comme elle est convaincue que l’homme qu’elle aime aujourd’hui d’un amour absolu lui revient de droit.Lui appartient.Comment tolérer une rivale dans le décor?Comment accepter d’être traitée en enfant quand on aime comme une femme?Le mal, le bien, ça ne la regarde pas, Aïcha.La frontière entre ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, elle ne la voit pas.Elle est dans son monde, dans sa bulle, elle est amoureuse et c’est tout Elle est prête à tout On pourrait appeler cela du déni.On pourrait s’étendre longtemps sur le sujet On pourrait condamner ce genre de récit qui ne condamne pas ouvertement la pédophilie, l’abus sexuel chez les enfants.Mais le propos du livre est ailleurs.L’originalité, la force du roman sont ailleurs.Dans le refus de juger.Dans l’ambiguïté.Dans le fait de donner la parole à l’enfant, et à elle seulement C’est dans sa tête que ça se passe, dans son être.C’est de l’intérieur qu’on vit, qu’on voit les choses, dans sa peau à elle, ses mots à elle.Même si on ne peut s’empêcher d’être horrifié.Même si on aurait envie de la secouer.Ou de la prendre dans nos bras.Ça nous touche au ventre, au cœur.Ça fait mal.Ça titille les tabous, comme celui du plaisir ressenti par la petite victime d’abus sexuels.Ça ébranle, ça trouble.Ça dérange.Ça dérange d’autant plus que le ton et la langue sonnent juste, tellement juste.ETAU PIRE, ON SE MARIERA Sophie Bienvenu La Mèche Montréal, 2011,160 pages ID il Gaspard" LE DEVOIR À ALMARÈS RANG Du 21 au 27 novembre 2011 ____ / ____ CLASSEMENT AUIEUR/EDrrEUR phécédent/ NB DE SEMAINE(S) W Romans québécois 1 Mémoires d'un quartier • Tome 10 Évangéline, la suite Louise Tremblay-D’Essiambre/Guy Saint-Jean 1/2 2 La serveuse du Café Chenier Yves Beauchemin/Michel Brûlé 2/4 3 Malphas • Tome 1 Le cas des casiers carnassiers Patrick Senécal/Alire 3/4 4 Bonheur, es-tu là?Francine Ruel/Libre Expression 4/5 5 Félicité • Tome 1 Le pasteur et la brebis Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 5/3 6 Au bord de la rivière • Tome 2 Camille Michel David/Hurtubise 6/6 7 Les héritiers d’Enkidiev • Tome 4 Le sanctuaire Anne Robillard/Wellan 7/9 8 La grande mêlée Michel Tremblay/Leméac -n 9 Filles de Lune ¦ Tome 5 L’héritier Élisabeth Tremblay/Mortagne 8/2 10 Mémoires d’un quartier * Tome 9 Antoine, la suite Louise Tremblay-D’Essiambre/Guy Saint-Jean 9/14 W Romans étrangers 1 Toyer Gardner McKay/Cherche Midi -/I 2 Limonov Emmanuel Carrère/POL 3/2 3 Le Chinois Henning Mankell/Seuil 1/4 4 Aleph Paulo Coelho/Flammarion 2/4 5 Un havre de paix Nicholas Sparks/Michel Lafon 5/6 6 Mort ou vif • Tome 1 Torn Clancy/Albin Michel 4/3 7 La poursuite dans la peau.Objectif Bourne Eric van Lustbader/Grasset -/I 8 Mort ou vif • Tome 2 Torn Clancy/Albin Michel 7/3 9 Theodore Boone.L’enlèvement John Grisham/OH ! éditions 6/3 10 Corsaire Clive Cussler | Jack Du Brui/Grasset 10/2 ^Essais québécois 1 De colère et d’espoir Françoise David/Écosociété 1/5 2 De quoi le Québec a-t-il besoin?J.Barbe | M.-F.Bazzo | V.Marissal/Leméac 3/6 3 Le camp des justes Gil Courtemanche/Boréal 4/2 4 Pour en finir avec le gouvememaman Joanne Marcotte/Francine Breton -/I 5 Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident Djemila Benhabib/VLB 2/11 6 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot | André Noël/Homme 8/57 7 On veut votre bien et on l’aura.Comment l’insidieuse.Jacques Nantel j Ariane Krol/Transcontinental 6/6 8 Ne vous taisez plus! Denise Bombardier | Françoise Laborde/Fayard 5/9 9 Le scandale du gaz de schiste Philippe-Vincent Foisy | Julien Mcevoy/VLB -/I 10 Et si mourir s’apprivoisait.Réflexions sur la fin de vie Serge Daneault/La Presse 9/11 ^Essais étrangers 1 Petit cours d’autodéfense en économie Labc du capitalisme Jim Stanford/Lux 1/3 2 Brève histoire du progrès Ronald Wright/Bibliothèque québécoise 3/3 3 Destruction massive.Géopolitique de la faim Jean Ziegler/Seuil 6/2 4 Tintin au pays des philosophes Collectif/Philosophie Magazine 2/6 5 Indignez-vous ! Stéphane Hessel/Indigène 4/44 6 Contre-histoire de la philosophie • Tome 7 Michel Onfray/Grasset -/I 7 Le fanatisme de l’Apocalypse.Sauver la terre, punir fhomme Pascal Bruckner/Grasset 9/3 8 Le crépuscule d’une idole.L’affabulation freudienne Michel Onfray/LGF -n 9 L’art d’ignorer les pauvres John Kenneth Galbraith/les Liens qui libèrent -n 10 L’influence de fodeur des croissants chauds sur la bonté.Ruwen Dgien/Grasset 7/2 LaBTLF sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extraft de Ss^ et est constitué des relevés de caisse de 175 points de vente, la BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 DECEMBRE 2011 LIVRES CADEAUX Entretien avec Jean-Paul Daoust Portrait d’un poète en drôle d’animal Des embouteillages de grenouilles en Grèce, des attaques de corneilles à Berlin, des brochets aux dents croches à Sainte-Mélanie.Le minibestiaire (12 par 12 cm) de Jean-Paul Daoust propose des poèmes faciles à aimer et des comptines salées — «J’aime les maringouins / J’aime les maringays / J’aime les maringouiiiiiiiiiines» — sur la musique visuelle des œuvres naïves et efficaces de Cynthia Girard.CATHERINE LALONDE Libellules, couleuvres et autres merveilles.grossit la Collection^ des Editions d’art Le Sabord.Ces petits livres carrés très abordables (10 $) offrent une rencontre entre auteur et artiste visuel.Libellules a été inspiré d’anecdotes que Jean-Paul Daoust a entendues en croisière de Venise à Istanbul.S’y ajoutent ses idées animalières, comme dans Les fourmis rouges: «Elles veulent construire leurs maisons / Elles sont des millions à le faire en série / Or moi je déteste les banlieues IKEA.» Le livre est sorti il y a quelques mois, lors de l’anniversaire du poète qui fêtait ses 65 ans et 35 ans de publications.Jean-Paul Daoust vient aussi de terminer sa trilogie américaine.«The United States themselves / are essentially the greatest poem»: en ouvrant avec ces mots de Walt Whitman, L’Amérique (XYZ) en 1993, Daoust ne savait pas, qu’il plongeait dans une fascination pour les Etats-Unis.Dernier-né et fin de la trilogie: les récits de Sand Bar.Retour aux origines de son améri-canophilie, à l’adolescence éclatée au bar de sa tante, au bord du lac Houghton dans le Michigan, à cette jeunesse non approuvable par la DPJ, arrosée de Singapour Sling et de Tequila glissés en catimini dans les mains du gamin par de complaisantes barmaids.«C’est quasiment une biographie.Là, c’était ma chambre à coucher, précise l’auteur en pointant la fenêtre de la photo du bar suranné sur la photo qui illustre le livre.Je partais de Valleyfield, bled perdu où y’a à peu près juste les régates.A 12 ans j’arrive dans un autre univers: je découvre le luxe, la grande Cadillac décapotable de ma tante, ses tenues hollywoodiennes.Le brouhaha de la vie américaine, j’ai été plongé dedans.» Pur rêve américain.Le neveu de ce récit d’initiation apprend, rôdant des deux côtés du comptoir, remplissant les coolers, comptant la caisse, observant les valses intimes des corps alcoolisés dans les voitures.Il assiste à l’arrivée de Motown, aux premiers pas sur la Lune et à l’annonce du décès de Marilyn Monroe.L’orchestre sept soirs sur sept, la découverte des travelos, le regard coulant de certains des 50 000 soldats qui cherchaient, toutes les deux semaines, «un endroit pour faire le party, et le Sand Bar était la place hot», ont été l’école estivale de Daoust.«J’avais deux mondes parallèles.Je suivais le cours classique avec les curés, f apprenais le grec, le latin, la discipline, avec le blazer et toutte le set-up, dans un milieu moral, codifié.Trois mois par année j’allais au Michigan et c’était le free-for-all», indique Daoust de ses r roulés façon séminaire.L’homme et le poète On y comprend mieux l’homme et le poète, ses phrases punchs, ses références populaires, ses mots d’anglais, sa flamboyance, sa façon de montrer à la fois les coulisses et la représentation.«A 12 ans, ils m’ont câlissé sur FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Jean-Paul Daoust vient aussi de terminer sa trilogie américaine avec Sand Bar.scène pour chanter.J’ai eu les spots très vite dans la face; je sais quand c’est show time.» Jean-Paul Daoust en a gardé un sens de l’oralité.«De mon vivant, je nuis à mon œuvre.Tout le monde me pense show off pis envoyé un autre verre et un boa au cou», tranche le poète.Si Daoust traîne une image de dandy, le plaisir qu’il prend à slalomer à la lisière de l’ironie, du mauvais goût et du cynisme l’apparente autant à Liberace qu’à Osc,ar Wilde.«J’ai pourtant des recueils comme Elégie nocturne (Planète Rebelle) ou Les saisons de l’Ange (Noroît) qui sont très intimes, tranquilles.» L’écriture de ces récits n’a pas été facile.«Je pense que les poètes, on est paresseux.C’est de l’ouvrage en tabarnak, écrire de la prose! Le poème n’aurait peut-être pas porté un éclairage aussi personnel, émotif C’est plus terre à terre, avec des histoires et des phrases qui se disent.Je voulais rester près de sujet, verbe, complément.» Une candeur — souvenirs obligent?— se dégage de la langue, dévoilée par l’abondance de points d’exclamation.Déjà, Daoust a d’autres projets.«C’est long.Sand Bar, ça m’a pris 15 ans à lui régler son karma.» Un récit fantastique de vampires.Un recueil de poèmes de voyages.A 65 ans, bientôt 66, le poète est bien loin de la retraite.Le Devoir LIBELLULES, COULEUVRES ET AUTRES MERVEILLES Jean-Paul Daoust, illustrations de Cynthia Girard Editions d’art Le Sabord Trois-Rivières, 2011,50 pages SAND BAR Jean-Paul Daoust Lévesque éditeur Montréal, 2011,100 pages Dans l’œil de l’ouragan George Harrison vu par Olivia Harrison SYLVAIN CORMIER On pourrait dire: c’est un produit dérivé, le livre qui accompagne l’excellent documentaire de Martin Scorsese à propos de George Harrison: Living in the Material World, diffusé presque tous les jours depuis un bon mois à HBO.De fait, le livre en porte le titre, et Scorsese signe une courte préface.On pourrait dire: c’est la brique anniversaire de rigueur, vu que ça fait dix ans, déjà dix ans que le cancer nous a ravi George (le 29 novembre 2001, très exactement).C’est vrai, c’est exprès.Mais on aura dit tout ça qu’on n’aura rien dit de ce qu’est vraiment ce magnifique livre: le cadeau d’Olivia.Cadeau à son George, cadeau à nous qui aimions et aimons encore George Harrison.Olivia Arias Harrison, faut-il comprendre, n’est pas Yoko Ono Lennon, qui utilisait une photo des lunettes de John encore maculées de sang pour la pochette de son album Season of Glass, moins de six mois après l’assassinat de son mari.Olivia, qui mène la succession Harrison en compagnie de son fils Dhani avec goût et discrétion — les coffrets des Traveling Wilburys, des années Dark Horse et du concert Eor Bangla Desh le montrent assez — n’aurait probablement jamais consenti à la publication d’un tel livre si la ponction des archives personnelles de Harrison par Scorsese pour son documentaire n’avait pas révélé autant de documents extraordinairement pertinents et inédits.L’occasion de bien faire les choses était là, et le résultat du travail d’Olivia est certainement aussi remarquable que les remarquables jardins amoureusement jardinés par George dans leur domaine de Eriar Park.La qualité d’un regard Ce qu’on obtient, ce qu’aucun «Beatle book» ne nous a jamais aussi généreusement don- Gagnant du prix Pierre-Vadeboncoeur de la csn Bernard Émond IL Y A TROP D'IMAGES Textes épars 1993-2010 BERNAUD ÉMOND LUX IL Y A TROP d’images «Ce prix vient couronner un genre, l'essai, à travers lequel Pierre Vadeboncoeur a su nous faire réfléchir par la profondeur de sa pensée, nous éblouir par le souffle de sa prose, nous aider à prospecter de nouveaux lieux de connaissance et de solidarité.» Claudette Carbonneau, présidente du jury du prix Pierre-Vadeboncoeur 2011 Résister, c'est la grande affaire.Résister à l'nsignifiance ambiante, c'est déjà quelque chose, mais pour ne pas tomber dans le cynisme, qui est ta maladie des gens intelligents, il faut savoir résister à l'argent et au découragement LUX né, même les bios coécrites par l’un ou l’autre Beatle, c’est la qualité d’un regard.L’évolution du point de vue de George Harrison à travers ses propres photos et ce qu’Ü a cru bon conserver: cartes postales, manuscrits, journal personnel (page du 10 janvier 1969: «got up went to Twickenham rehearsed until lunch time — left the Beatles»).On a tout depuis le début.On a George qui se rêvait musicien (et pilote de course) et dessinait des guitares (et des motos) dans ses cahiers d’écolier.On a la collection d’autographes de Harrison fan de rock’n’roll, trop content de rencontrer ceux qu’il vénérait: Little Richard, Les Paul, Scotty Moore le «guitar man» d’Elvis.On a le passeport de janvier 1964 oû il biffe la mention «student» pour y substituer celle de «musician».On a des lettres reçues et envoyées, mots des autres Eabs, missives à ses parents, ses frères, sa sœur.«We make our next record on Monday, called “She Loves You”», écrit-il à sa grande sœur Louise Caldwell, qui vivait en Amérique.«By the way, do you mind if Ringo and I pop over to see you at the end of September?» Mais surtout, surtout, on a I’ado Harrison en clichés de Photomaton, les polaroïds croqués par lui de sa Mini Cooper psychédélisée, et, plus important encore, on a les photos prises dans l’œil de l’ouragan: sur le tarmac d’un aéroport, à travers des fenêtres de limo, au «fish eye» sur un balcon d’Ade-laïde devant la population entière de la ville australienne, etc.George Harrison jouant au tennis avec Bob Dylan?C’est là-dedans.Les moments de grande tendresse abondent: George photographiant Lennon le regardant, en très gros plan, c’est quelque chose.George photographié en 1974 alors qu’il rencontre Olivia en coulisse de sa tournée américaine, c’est quelque chose aussi.Beatlemaniaque ceinture noire troisième dame, je ne m’étais jamais approché à ce point de la compréhension intime de l’étrange, magique et très anormale expérience d’avoir été l’un des Beatles.Même le gros bouquin de l’an 2000 accompagnant VAnthology des Beatles, même le documentaire de Scorsese cernent de moins près la vérité de l’homme et la moelle de son aventure.On n’ira pas plus près que ce livre.Voilà George.Le Devoir GEORGE HARRISON Living in the Material World Olivia Harrison Edition de La Martinière Paris, 2011,400 pages FÉLICITATIONS À MARYSE PELLETIER LAURÉATE DU PRIX ALVINE-BÉLISLE 2011 DÉCERNÉ PAR LASTED WWW.luxedileur,com maryse pelletier un couteau sur la neige SOULIERES ÉDITEUR soulieresediteur.com Les comtes du jazz SERGE TRUFFAUT Légendes du jazz est un beau livre un brin, voire sept, tristounet.Oui, oui, oui! Ce grand format distille son kilo de morosité.La raison en est toute simple: les trois quarts de ces légendes, pour ne pas dire davantage, sont désormais regroupées au sein du big band, comme cela se dit dans l’univers du jazz, que dirige Duke Ellington dans l’au-delà.Il commence comme il se doit.Mais encore?Par une photo de Louis Armstrong, premier grand soliste du jazz.Il se conclut par un cliché dont le saxophoniste Joe Lovano est le sujet et qui confie: «Vivre dans le monde de la musique est une bénédiction, et le jazz est la plus belle fleur au monde.» Entre Armstrong, l’orphelin de La Nouvelle-Orléans, et Lovano, fils d’un ténor de Cleveland, tous les autres, à deux ou trois exceptions près, sont là.Les autres?Ils s’appellent évidemment Duke Ellington, le sculpteur des beautés sonores, Charles Mingus, maître en indignation, John Coltrane, ou l’incessante quête spirituelle.Count Basie, l’économie faite homme, Stan Getz, ou le son pur, Thelo-nious Monk, ou l’éclaireur en chef.Art Blakey, Benny Goodman, BîUie Holiday, Wayne Shorter, JeUy Roll Morton ou «Je suis l’inventeur du jazz» et consorts, dont Dizzy GîUespie.Chaque photo est accompagnée d’un texte qui résume les hauts faits d’un tel.Le tout est recommandable.Très recommandable.Les réserves?Elles sont au nombre de trois: Dexter Gordon, The Art Ensemble of Chicago et Randy Weston sont absents.Cela relève quelque peu de l’impolitesse.Le Devoir LÉGENDES DU JAZZ S.Koechlin et B.Milkowski Editions Gründ Paris, 2011,271 pages LIVRE ILLUSTRE Abécédaire anti-enfants Les apparences sont parfois trompeuses.Les enfants fichus (Alto) d’Edward Gorey a tout d’une histoire à raconter doucement à sa progéniture, le soir, avant de la mettre au lit.Mais autant ne pas y penser.?4: Sous la couverture, l’écrivain et dessinateur américain, mort il y a 10 ans, et auquel la maison d’édition rend hommage ici, livre plutôt un abécédaire de morts d’enfants, étouffés, étranglés, écrasés, noyés.Le bouquin, à haute teneur littéraire et débordant d’alexandrins, est sorti du cerveau de Gorey en 1963 avant de, devenir un «objet-culte» aux États-Unis.La traduction d’Alto, signée Ludovic Elamant, permet maintenant aux lecteurs d’une autre zone culturelle, adeptes du deuxième degré et des lettres, de comprendre pourquoi.Le Devoir m îT « LtCJHIlGf 713 MONT-ROYAL EST LIVRES CD DVD BLU-RAY BD JEUX VIDÉO D’OCCASION Ouvert 7 jours de lOh à 22h O Mont-Royal, 514523-6389 : -.LiLffl LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 DECEMBRE 2011 F 5 LIVRES CADEAUX Le bonheur de lire et de regarder : quelques suggestions Quels livres offrir?Des fables éternelles, délicatement illustrées, ou le pur imaginaire romancé?Pour le centenaire Gallimard, vous voulez du neuf?La collection «Le sentiment géographique» fera les délices des randonneurs.Vous préférez les objets rares, issus d’un cabinet de curiosités?Ou les couleurs de l’art, aux formes informes qu’on vous expliquerait?Voici quelques suggestions.GUYLAINE MASSOUTRE La fontaine.Fables et contes (Intégrale Omnibus, 894 p.).Vous avez oublié de quoi devisent ensemble le cygne et le cuisinier, le loup et les brebis, la mouche et la fourmi, le berger et la mer?Sans lui, TArioste et Apulée, Phèdre et Fouquet seraient oubliés: La Fontaine, tour à tour libertin, précepteur et arpenteur des forêts, couche ses vérités sur un beau papier de Chine, un grand format illustré des planches de Gustave Doré et Romain De Hooge.«Qui ne prendrait ceci pour un enchantement?» Rien n’aura éclipsé la belette, ni la cigogne, ni le chat du fabuliste, quand bien même pointerait entre ses pages rongées la souris de l’ordinateur.Fibks et contLi.lo I itli in I IK I t l|)1\(|M( JEAN PIERRE MULLER AEP Le dessinateur François Schuiten ABEILLE, Jacques, Les barbares (Attila, 557 p.).Au monde des Contrées, dans la ville du prince de Terrèbre, le dessinateur belge François Schuiten a suivi du crayon le professeur de Jacques Abeille, enlevé par une cavalerie barbare.La fable légendaire y suit une architecture secrète, une épopée déjà visitée par le romancier comme en rêve, aux Jardins statuaires.Cet avatar d’un monde parallèle, il l’a composé, dessiné, raconté, en hommage à un jardinier de courges en Aquitaine.Puis il a fait tandem avec Schuiten, pour qu’on n’oublie pas que dans les steppes la guerre, avec la magicienne bleue et Félix, errant dans les mondes anciens et au creux des cryptes, lire, c’est partager des bonheurs inventés.Parfait pour faire la fête.LITTLE, Jonathan, Triptyque.Trois études sur Francis Bacon (Gallimard, «L’Arbalète», 143 p.).Cette édition originale, aux reproductions d’art sur papier glacé, comprend trois riches essais de Littell, qui s’y traduit lui-même.La lucidité impitoyable de Bacon rayonne sous forme d’un voyage passionnant que le romancier entreprend autour de l’œuvre: tous deux vibrent à retardement dans la culture de l’Espagne.Pluriel, personnel et profond, l’écrivain américain d’adoption française y trouve ce qui fonde des toiles stupéfiantes: un paradoxal sentiment religieux parle dans la peinture de Bacon.Qui, mieux que Littell, peut dire cet idéal hypnotique, ces fixations et ces aversions?Ce livre flamboyant informe et réfléchit sur cette fragile aventure humaine.MILLET, Richard, Eesti.Notes sur l’Estonie.LACLAVETINE, Jean-Marie, Au pays des fainéants sublimes.Voyage en Touraine avec un ami photographe (Gallimard, «Le sentiment géographique», 121 p.et 231 p.).Voici deux titres d’une nouvelle collection, inspirée par le marcheur et écrivain Michel Chaillou.Ouvrages nés d’un bonheur d’écrire palpable, ils permettent à la fois de découvrir un paysage, ses habitants et ses fantômes, soit l’Estonie, soit la Touraine, et de retrouver des plumes aguerries.Millet ne recouvre jamais ses plaisirs nombreux, surtout loin de ses habitudes, de sa désespérance noire à propos de l’humanité.Sa plume enchante autant qu’elle fustige.Quant à Laclavetine, il paresse dans la culture chargée de la province, dont, endormie dans les contes, on pourrait oublier qu’elle est le socle d’une littérature de ^an-de qualité.Il joue au prince charmant, en quelque sorte.SENGES, Pierre, Environs et mesures (Gallimard, «Le cabinet des lettrés», 105 p.).C’est un tout petit livre, bourré d’informations sorties d’un riche cabinet de merveilles et de curiosités.A la manière de Borges, Senges promène avec humour son goût pour les mondes sublunaires et pour les bâtisseurs de l’impossible.Etre ailleurs, être partout, n’être nulle part: c’est un projet de géomètre, un eldorado, une île, un passage, bref une ruse dont Senges fait un grand tour d’horizon.Délicieux, drôle, transcendant, entre mensonge et utopie, erreur et fantaisie, le fantasme littéraire de ne pas appartenir à ici-bas est un envol et une retombée, ce qui revient pour l’écrivain à dire: «La matière dont nous sommes faits, avec ou sans dessein».Collaboratrice du Devoir Al pdjs Jtb fdi n Tnii ill oPfiii Mane .aclavetme jitb subi mes U ri T jt ngr,iph TV: PUL Presses de autrefois le PQ dévorait ses chefs l’Université sur l’enjeu de la souveraineté, le falt-II désormais sur la base de leur popularité auprès de l’électorat ?Laval Pour comprendre les turbulences que connaît le Parti québécois actuellement Éric Montlsny analyse la I démocratie Interne du parti, révolution des objectifs partisans qu1l poursuit, mais aussi l’évolution de la motivation de ses militants* ÉRIC MONTIGNY LEADERSHIP et militantisme au PARTI QUÉBÉCOIS ERIC MONTIGNY ÉRIC MONTIGNY est spécialiste des institutions parlementaires, du processus de decision et des partis politiques Politolosue, il est directeur executif de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de I Université Laval 258 pages • 29,95 $ Abonnez-vous à INFO-PUL wvwv.pulaval.com BEDE Sempé, l’enfance au trait fin Un assemblage de dessins qui tous, sans exception, fleurent bon l’insouciance, l’enchantement, l’euphorie.EABIEN DEGUISE Pas besoin de parler très longtemps avec Jean-Jacques Sempé pour comprendre: l’enfance, la sienne, dans le Bordeaux des années 40 et 50, n’a pas été une période très jojo.Et il préfère ne pas trop replonger dans ce passé.«Tragique».«Sombre».Les adjectifs utilisés, avant qu’il n’esquive toute autre question sur ses premières années de vie, sont lourds.Ils donnent aussi, forcément, une autre dimension à l’univers dessiné qu’il a créé en carrière.Celui du très joyeux et délicieusement naïf Petit Nicolas — mis au monde avec Goscinny.Celui aussi des illustrations débordantes d’enfants joyeux, espiègles et heureux qu’il a façonné dans les pages du Paris Match, en une du New Yorker ainsi que dans ses grands albums publiés depuis 1962 chez Denoël et qui finalement semblent avoir été tracés au trait fin comme pour réécrire l’enfance qu’il n’a jamais eue.Enfances (Denoël/éditions Martine Gos-sieaux), dernier-né de ces grands albums, donne d’ailleurs la pleine mesure de cette création en opposition en replongeant dans ce corpus de Sempé où les petits gars font de sales coups sans (trop de) conséquences, où les pompiers se font narguer par des hordes de garnements en culottes courtes, où l’été a le goût d’une gaufre achetée sur la plage et où le rapport au père, comme à la mère, a la douceur d’un sucre d’orge multicolore qui finit par laisser des traces collantes sur une belle chemise blanche.Le voyage s’accompagne d’un entretien fascinant avec le journaliste Marc Lecarpentier, un ancien du magazine médiatico-réflexif Télérama, dans lequel le dessinateur se raconte, sur ce thème qu’il aime pourtant éviter, un peu plus que d’ordinaire.«Mon enfance n’a pas été follement gaie, dit-il.[.] Quand je voyais une mère qui embrassait un de mes copains, je fondais parce que moi, tout ce que je recevais, c’était des torgnoles!» La confidence taloche.Elle teinte aussi la balade dans cet assemblage de dessins, comprenant quelques inédits, qui tous, sans exception, fleurent bon l’insouciance, l’enchantement, l’euphorie, la candeur, la légèreté de l’être avec toujours cette étonnante pointe de poésie qui se dégage de chaque scène qui, depuis un atelier parisien "Y- H y , ri 'Al A.' / SOURCE ED DENOEL ET ED MARTINE GOSSIEAUX Dessin de Sempé tiré d’Enfances qui surplombe les toits de la capitale française, sortent du cerveau de cet illustrateur iconique.Fine, sensible, pleine d’humanité, cette invitation à la rêverie et à l’évasion fonctionne au final aussi bien qu’un plan d’enfants équilibristes cherchant à mettre la main sur des confitures au sommet d’une armoire normande.Sans doute parce que le principe d’évasion mentale pour survivre au réel, Sempé connaît ça, en plus de savoir le transmettre.Le Devoir ENFANCES Sempé Denoel/édîtions Martine Gossieaux Paris, 2011,300 pages Félicitations à Louise Dupré, lauréate du Prix du Gouverneur général 2011 pour Plus haut que les flammes « la nuit est parfois un enfant/accroché à la chaleur/ d'une femme risquant/sa voix/à l'horizon du noir» LOUISE DUPRÉ PLUS HAUT QUE LES FLAMMES ÉDITIONS DI NOROIT Édrnons du Noroît Distinctions www.lenaraib.cam ** p'- m - L’ÉCOLE D’ANTAN (1860-1960) Découvrir et se souvenir de l'école du Québec Robert Cadotte et Anik Meunier Collection Culture et publics Ce livre nous amène sur les bancs de I ecole d'avant la Révolution tranquille.Cent ans d'histoire sont racontés à travers la présentation du patrimoine scolaire du Québec, comme les images religieuses placées dans les cahiers ou encore la fameuse strappe servant à châtier les élèves.Une lecture fascinante, à travers une galerie de photos étonnantes! L’ECOLE D’ANTAN 1860-1960 "Ê Presses de rUniversité du Québec Ai. F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2011 LIVRES CADEAUX LITTERATURE JEUNESSE En attendant Noël.ANNE MICHAUD Que font les ours à Noël?Ils sortent de leur long dodo juste le temps de s’offrir des cadeaux, puis se rendorment jusqu’au printemps.C’est du moins ce qu’on raconte dans Un hiver en pyjama, un joli conte tout douillet qui s’adresse aux tout-petits.Les enfants y retrouveront les activités quotidiennes qui précèdent leur propre dodo (prendre son bain, enfder son pyjama, s’installer dans son lit avec sa doudou, etc.), qui se déroulent ici en préparation du long sommeil hivernal d’une famille d’ours.Et pour rassurer ceux qui s’inquiéteraient du fait que s’ils dorment, les ours manqueront Noël, on a prévu une pause-réveil durant la nuit du 24 au 25 décembre.Mais tout de suite après l’échange de cadeaux, on retourne au lit et au dodo! UN HIVER EN PYJAMA Texte de Mireille Levert Illustrations de Josée Bisaillon Editions Imagine Montréal, 2011,24 pages (Dès 2 ans) Enhn! Le père Noël est parti pour sa grande tournée et la souris Quenotte, qui prépare les jouets dans son atelier, va pouvoir se reposer! Mais quel est ce bruit?Malheur, il reste un jouet! C’est Titours, un ours en peluche qui s’est caché parce qu’il ne veut pas être offert en cadeau à un enfant.(Je que Titours désire, c’est rejoindre sa maman.Ouh là! là! Pas facile de retrouver la maman d’un ours en peluche! Heureusement, grâce à l’aide de Quenotte, Titours pourra réaliser son rêve.LE NOËL DE TITOURS Texte de Nathalie Somers Illustrations de Lydie Baron Les 400 coups Montréal, 2011,32 pages (Dès 3 ans) «J’aime les biscuits pas cuits / Les pères Noël, les anges et les rennes tout plats / Quand maman ne regarde pas / Je dérobe un morceau de hotte, d’aile et de bois / Puis je tire sur la pâte pour ne pas qu’elle voie / Ce qui n’est plus là.» De l’ange qui trône au faîte du sapin jusqu’à l’oie ou la dinde qui cuit dans le fourneau, Noël se décline en vers et en rime sous la plume habile de Jennifer CouëUe dans Noël.Biscuits pas cuits et autres récits.Pour illustrer les quinze poèmes inspirés par les traditions et coutumes associés à la grande fête, Anne Sol a utilisé crayons et ciseaux, et composé des collages délicats et festifs, remplis d’étoiles et de rêves.Après tout, Noël, c’est fait pour rêver non?NOËL Biscuits pas cuits ET AUTRES RÉCITS Poèmes de Jennifer Couelle Illustrations d’Anne Sol Editions de la Bagnole Montréal, 2011,32 pages (Dès 5 ans, 12,95 $) Avec Vilaine Vipérine, Noël ne sera pas un cadeau, c’est certain! D’autant que son frère Justin a déjà reçu un présent, une grosse boîte bîen emballée qui lui vient de son parrain.C’est pas juste! Et voilà qu’en plus, Justin cache la guirlande fabriquée par Vipérine au fond des branches du sapin.Alors, pour se venger.Vipérine fait disparaître le cadeau de Justin.Le crime est presque parfait, mais cela n’empêche pas sa mère de menacer Vipérine d’être privée de cadeaux si elle ne rend pas celui qu’elle a dérobé.Renoncer à sa poupée Euselle?Pas question! Mais pas question non plus d’avouer son méfait.Qu’à cela ne tienne, Vipérine a plus d’un tour dans son sac, surtout si ses cadeaux de Noël sont en jeu! Avec Vipérine, on rigole beaucoup et on réfléchit un peu sur le thème de la justice et des bonnes relations entre frères et soeurs.C’EST NOËL Vilaine Vipérine 3 Texte et Illustrations de Danielle Simard Boréal Maboul Montréal, 2011,56 pages (Dès 6 ans, 9,95 $) Pour Zou, les jours qui précèdent Noël sont beaucoup trop longs: les heures, les minutes et même les secondes semblent s’étirer sans fin au lieu de filer à toute allure comme elles le devraient! Zou voudrait que Noël arrive tout de suite, maintenant, subito presto] Existe-t-il un moyen d’accélérer le passage du temps?Les suggestions ne manquent pas: dormir, regarder un film, faire du sport.Mais Zou a beau tout essayer, le temps prend toujours son temps! Malgré tout, on arrive enfin au 24 décembre et là, tout à coup, le temps se met à passer très vite, trop vite même puisque Noël sera bientôt terminé.Une belle réflexion sur le temps qui passe et qu’il faut savourer.TROOOOOOOOOOOP LONG! Texte de Louis Émond Illustrations de Julie Miville Soulières éditeur Montréal, 2011,72 pages (Dès 7 ans, 8,95 $) Comment célèbre-t-on Noël à travers le monde?En Australie où la fête arrive en plein milieu de l’été?Au Groenland où il fait qoir toute la journée?Et en Éthiopie, aux Philippines, en Autriche ou au Bangladesh?Le tour du monde en quinze pays, avec pour chacun un bref exposé des principales coutumes de Noël et des illustrations riches, amusantes et détaillées.Parmi toutes les coutumes recensées, certaines ressemblent aux nôtres alors que d’autres en sont très éloignées.Des santons de Provence aux feux d’artifice de La Paz, Tous les Noëls du monde montre aux enfants que Noël se célèbre partout sur la Terre, mais de diverses manières, avec ou sans traditions religieuses, et parfois même sans cadeaux! TOUS LES NOËLS DU MONDE Texte d’Audrey Giller Divers illustrateurs Milan Paris, 2011,40 pages (Dès 5 ans, 25,95 $) Collaboratrice du Devoir PUQ.CA UN JUSTE PRIX POUR L’ÉNERGIE DU QUÉBEC ?Diane Brassard et Marc-Urbain Proulx L'heure des choix énergétiques est arrivée.Afin de considérer divers scénarios d'avenir pour le Québec, les auteurs examinent l'évolution de l'énergie sur les différents marchés dans le monde, au Canada et au Québec depuis 1990, puis présentent leurs bilans énergétiques.Un juste prix pour l’énergie du Québec?"I Presses de rUniversité du Québec La grande noirceur Hitler et la «joie dans l’érotisme » à la française STEPHANE BAILLARGEON Le 30 mars 1941, la chancellerie du Reich transmet des commentaires à l’ambassade de Paris au sujet du premier numéro de la revue Paris toujours, un hebdomadaire «léger» financé par l’occupant auquel collaborent Pierre Marc Qrlan, Henri de Montherlant, Marcel Aymé.Le Pührer est furieux.Il est «frappé de l’extrême fadeur de cette publication qui n’est plus dans le ton des magazines français d’autrefois, dont le charme et la décontraction, notamment en ce qui concerne les illustrations galantes, étaient renommés».Hitler y va donc de ses conseils pour ajuster le tir en cette matière.Premièrement, «vérifier avec soin qu’aucune maison d’édition n’emploie de Juijs».Deuxièmement, si le magazine parle contre l’Allemagne, «agir en conséquence».Troisièmement, payer les journalistes et «se tenir pour dit que, dans un magazine destiné à divertir, la politique n’a rien à faire».Pinalement, «la prise en charge de tels magazines par les services allemands est une erreur».Le texte ajoute qu’il faut laisser les Prançais assouvir leur passion pour les affaires coquines.Et on trouve alors cette phrase antholo-gisable: «Vouloir transformer le mode de vie des Français, qui trouvent beaucoup de joie dans l’érotisme, serait aussi faux que de vouloir interdire le sauna en Finlande.» Le contenu du très étrange document se retrouve dans une masse d’autres tout aussi inédits ou méconnus rassemblés dans le deuxième livre-boîte Parole de l’ombre.Le premier volume de cette très touchante et instructive série était constitué de documents personnels, de photos de famille, de lettres entre parents, etc.Le florilège mémoriel a trouvé 80 000 preneurs.Comme son sous-titre l’indique, le second volume s’intéresse aux «tracts, journaux, poèmes et chansons des Français sous l’Occupation (1940-1945)».En fait, on le comprend, la sélection déborde vers des documents de toutes sortes produits par les Allemands, mais effectivement toujours dans cette optique de l’occupation de la Erance.Le livre adopte une djvision thématique: le culte des mères, les Églises déchirées, la chasse aux francs-maçons, les mots codés, les imprimeurs de l’ombre, la presse collaboratrice, etc.Chacune des sections reproduit des mots de l’époque, des mots mortels ou mensongers, des mots de résistance et d’espoir aussi.Chacune propose aussi le fac-similé POPULATIONS abandonnées.F.« faîtes confiance All SOLDATAILEMANOI KHARBINE-TAPABOR/SOURCE LES ARENES «Populations abandonnées.», affiche de propagande allemande largement diffusée dans la presse fi'ançaise, 1940 d’un document particulièrement intéressant: la liste Qtto des livres interdits, un manuel pour réaliser de faux papiers, des affiches de propagande, de faux actes de baptême, une bédé complète.Il y en a une centaine comme ça.Le tout donne l’impression de farfouiller dans de riches archives pour y découvrir des secrets enfouis sur le quotidien de la Erance conquise et occupée mais qui, vue de la caserne berlinoise, trouvait encore et toujours «beaucoup de joie dans l’érotisme».Le Devoir PAROLES DE L’OMBRE 'Tracts, journaux, poèmes, CHANSONS DES FRANÇAIS SOUS L’OcCUPATION Jean-Herre Guéno et Jérôme Pecnard Les Arènes Paris, 2011,110 pages E N BREF La grenade Lino «Grenade» dans le paysage de l’affiche au Québec, Lino se voit enfin consacrer un ouvrage par Marc H.Choko, du Centre de design de TUQAM, et une dizaine d’auteurs invi- L (N O '9?jmtiClhkb Un a alto tés.Le coup de crayon brut de Lino se reconnaît tant sur les affiches de théâtre, les pubs et les couvertures de livres que dans des journaux.Lino retrace le chemin parcouru en à peine dix ans par l’illustrateur à la griffe féroce qui a failli abandonner ses pinceaux pour devenir chef cuisinier! Inspirant.LINO Marc H.Choko et Lino Éditions Alto, Montréal, 2011,222 pages Dada d’aujourd’hui Il y a bientôt 100 ans, Marcel Duchamp jetait un pavé dans la mare de l’art avec ses premiers objets «ready-made», dont son fameux tabouret greffé d’une roue de vélo.Depuis, les objets du quotidien ont nourri l’imagi- nation de nombre d’artistes qui les triturent, les détournent pour en tirer la substantifique moelle.Les objets fous d’artistes est un remède contre la banalité du quotidien.LES OBJETS FOUS D’ARTISTES Laurent Boudier Éditions Hoëbeke Paris, 2011,113 pages À NOËL OFFREZ RiBLâtiONS ou FAITES-VOUS PLAISIR, ABONNEZ-VOUS! Œ vieNt De paRaitRe Dossier LMtinérance: de la détresse à l’accueil Numéro 753 • décembre 2011 Les auteurs sont: Céline Bellot, René Charest, Célia Corriveau, Amélie Descheneau-Guay, Pierre Caudreau, Isabelle Gendreau, Roch Hurtubise, Sylvie Mondou, Shirley Roy, Donat Savoie, Michel Simard, Marie-Eve Sylvestre et Jenny Villeneuve.À lire aussi: le carnet de Wajdi Mouawad, la chronique littéraire de Suzanne Jacob, une controverse sur les sondages.Artiste invitée: Hellen Lapointe Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca R^LatîoNs Po'o-liiKut une société iuste X ^ Hitinérancp - se à l’accueil 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l’étranger (un an) : 55 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) (514) 387-2541 p.226 I relations@qf.qc.ca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) HzPiSé EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 5,50$ +TAXES Oui, je désire un abonnement de .NOM _______________________ .an(s), au montant de.ADRESSE CODE POSTAL .TÉLÉPHONE (.-) je paie par chèque (à l'ordre de Relations) lU ou carte de crédit D NUMÉRO DE LA CARTE ___________________________________________________ EXPIRATION _________________________ SIGNATURE________________________ LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE DECEMBRE 2011 F 7 LIVRES CADEAUX ESSAIS QUEBECOIS À l’école de la littérature Louis CORNELLIER icolas Sarkozy, qui rate rarement une occasion de se mettre les pieds dans le plat, déclarait il y a quelques années qu’il fallait être sadique ou imbécile pour imposer aux élèves français l’étude de La princesse de Clèves, de Madame de La Fayette.Un tel exercice, suggérait-il, ne pouvait être que rébarbatif et inutile pour la formation des futurs travailleurs.On ne sait pas si Jean Charest et François Legault connaissent l’œuvre, mais on les imagine facilement dans le camp du président français à cet égard.L’attitude de la princesse, qui consiste à rejeter «ce qu’elle désire le plus ardemment au moment où il devient enfin possible de l’obtenir», heurte en effet le pragmatisme opportunisme qui s’impose comme le nouveau dogme contemporain.C’est pourtant cette façon qu’elle a d’aller à contre-courant des supposées évidences et du gros bon sens qui donne à la littérature sa valeur, e^ose le philosophe français Alain Finkielkraut dans Et si l’amour durait, un brillant recueil d’essais sur les œuvres de Madame de La Fayette, d’ingmar Bergman, de Philip Roth et de Milan Kundera.Penseur tourmenté de toutes les dérives modernes, Finkielkraut allie l’élégance du style à la profondeur du propos pour réfléchir, avec la littérature, à la conception contemporaine de l’amour.Dans les grandes œuvres qu’il vénère, le philosophe ne trouve pas de réponses, mais des ébranlements.L’amour ne saurait durer éternellement, dit-on.Par «réalisme», nous nous résignons à cette finitude.La princesse de Clèves, elle, répond par «son désespoir et sa révolte devant cette impuissance».11 y a de la grandeur dans cette intransigeance qui met en question «l’être de l’amour», comme il y en a, aussi, dans la mélancolie de David Ke-pesh, personnage principal de Professeur de désir, de Philip Roth, devant le constat que «le désir est voué à l’usure».Au cœur de l’idylle, Kepesh porte déjà «le deuil de l’idylle».11 vit l’amour libéré des conventions dans la «tristesse infinie» plutôt que dans l’euphorie.Dans Les meilleures intentions, de Bergman, Finkielkraut trouve une apologie du «mensonge miséricordieux», une délicatesse préférable à la sincérité à tout prix qui peut être «une forme de vandalisme» existentiel.Chez Kimde-ra, il lit une démystification de l’amour romantique qui débouche, dans L’insoutenable légèreté de l’être, non pas sur le cynisme, mais sur ime actualisation du «mythe antique de l’humble couple que ni le temps ni même la mort ne parviennent à séparer».lire Alain Finkielkraut est une expérience à la fois exquise et bouleversante.Essajtiste rafhné et pénétrant, le philosophe, en nous invitant à fréquenter l’école de la littérature, ne nous promet pas un divertissement; il nous convie au nécessaire et troublant examen de notre propre vie.littérature et science La littérature ne parle pas que d’amour.Au Québec, Jean-François Chassay, professeur à rUQAM, explore depuis plusieurs années la présence des thèmes scientifiques dans la littérature.Dans son récent Si la science m’était contée (Seuil, 2009), il étudiait l’inscription de certaines grandes figures scientifiques dans des œuvres littéraires.Avec La littérature à l’éprouvette, il poursuit cette exploration de «la manière dont la fiction investit la science».11 n’entend pas démontrer que les romans peuvent aussi servir à expliquer les sciences, mais plutôt qu’ils «s’en servent pour montrer comment elles transforment nos perceptions, notre rapport au monde ou encore au langage».Chassay, en d’autres termes, ne se contente pas de souligner que les écrivains s’intéressent à la science.Les œuvres qu’il analyse, souvent avec brio, se livrent plutôt à une «critique de l’humanité à travers la science».La «littérature de la bombe», écrit-il par exemple, est devenue «un genre en soi», particulièrement au Japon.Elle ne nous renseigne pas tant sur les dimensions scientihques du monstre que sur la psyché de l’espèce qui l’a conçu.«La fiction, en ce sens, ^prime la fascination narcissique de l’humanité pour ses propres créations, surtout quand elles lui échappent (la bombe a été très tôt comparée au monstre de Frankenstein), et un goût pathologique pour la destruction», explique Chassay.Toute une littérature, de même, s’inspire de la théorie de l’évolution et des découvertes en génétique pour réfléchir au statut de l’humain dans la création.Les grands singes, du romancier anglais Will Self, met en scène ime société dominée par les chimpanzés et «rappelle ainsi qu’entre humain et chimpanzé, la frontière est si mince que traiter l’autre espèce comme un objet de laboratoire soulève des problèmes éthiques», écrit Chassay, qui traite aussi de quelques œuvres abordant la craintive fascination humaine pour la «machine intelligente».Dans cette littérature qui passe par la science pour parler de l’humain, Chassay retrouve une forme d’engagement, c’est-à-dire une littérature «capable de réfléchir sur le sens des valeurs dans un monde mobilisé par la rapidité des modifications scientifiques et technologiques».littérature québécoise J’attendais beaucoup du petit Plaidoyer pour l’enseignement d’une littérature nationale.La littérature québécoise!.11 est, en effet, anormal, voire scandaleux, que notre littérature nationale soit à ce point négligée dans nos écoles et cégeps.L’opuscule, toutefois, m’a déçu.Ce combat — car c’en est un — est à la fois politique et ailturel.11 concerne ce «complu du colonisé» que seul Bernard Po-zier attaque ici de front qui nous porte à croire que les littératures étrangères, française ou autres, seraient au fond, plus riches, plus nobles, plus intéressantes que la nôtre.Les Louis Caron, Arlette Pilote, Sylvie Massicotte, France Boisvert et Sylvain Camp^u, qui collaborent aussi à ce plaidoyer, prennent trop la question de biais pour convaincre l’indifférent lecteur du fait que son mépris de sa culture, sous prétexte d’ouverture à l’autre, ne le grandit pas, mais le tue.ET SI L’AMOUR DURAIT Alain Finkielkraut Stock Paris, 2011,162 pages lAUTTÉRATURE À L’ÉPROUVETTE Jean-François Chassa Boréal Montréal, 2011,142 pages PLAIDOYER POUR L’ENSEIGNEMENT D’UNE UTTÉRATURE NATIONALE La UTTÉRATURE QUÉBÉCOISE ! Sous la direction d’Arlette Pilote Fides Montréal, 2011,72 pages Naissance et vie du 7' art FRANÇOIS LEVESQUE T out sur le cinéma.Panorama historique: le titre énonce sans équivoque un dessein encyclopédique.Se trouvent donc regroupés dans ces 576 pages glacées et copieusement illustrées à peu près tous les films qui comptent, du Voyage sur la Lune de Méliès à Caché de Haneke en passant par M de Lang.Critique à la revue britannique Sight & Sound, Philip Kemp s’est assuré le concours de plusieurs collègues.Tous ont fait leurs devoirs de recension.Passé le sommaire, des tables des matières en forme de graphique indiquant année, sujet et hlms à l’étude ouvrent les chapitres, lesquels sont ponctués d’échelles temporelles contenant une kyrielle d’informations pertinentes.Bref, tout cela est fort bien conçu et agréable à zieuter.De petits historiques replaçant les œuvres et les courants dans leur contexte précèdent des analyses pas toujours convaincantes.Lorsqu’il aborde Citizen Kane, l’auteur peine par exemple à expliquer pourquoi le chef-d’œuvre d’Orson Welles occupe une place si importante dans l’histoire du cinéma, y allant de rectificatifs appréciables, mais cédant trop à l’anecdote.De la même manière, en revenant sur la collaboration entre David Lynch et le producteur Dino de Lauren-tüs puis en résumant longuement l’intrigue de leur seconde collaboration.Blue Velvet, Kemp en dit finalement bien peu sur cette œuvre vénéneuse et fascinante.Qui embrasse trop mal é-treint; ainsi des généralités se faufilent-elles dans certains sous-chapitres.Dans «Le nouveau cinéma d’épouvante», Halloween et Mien sont mis dans le même panier, avec Don’t Look Now et Shining.Se référant à Carrie, l’au- teur réécrit l’histoire: «Il s’agissait d’une oeuvre prestigieuse aux yeux d’un public disposé à tous les sacrifices plutôt que de continuer à regarder d’abominables films de cannibales ou les sanglants gialli venus d’Italie.» Primo, si Carrie fut un succès à sa sortie en 1976, la United Artists le distribua initialement comme une série B, rappela souvent Brian De Palma.Secundo, les à partir du prix ordinaire.Marchandise en stock seulement.Multidictionnaire de la langue française Maiie-Éva De villere Antidote MULTI DICTIONNAIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE T AritiDoTe” COfMCCTEUR ; (MCnONNAlRES ^ GUIDES ^ ^ Le Petit Larousse 2012 LE PETIT AROUSS: ILLUSTRÉ 2or U fHut grand toilcid
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