Le devoir, 17 décembre 2011, Cahier B
LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 DECEMBRE 2011 IDEES Santé: des coûts raisonnables, mais des fonds mal utilisés Page B 5 PHILOSOPHIE La souffrance animale, la poule, et l’œuf Page B 6 PERSPECTIVES OTTAWA La démocratie à la Harper Le gouvernement dirige le pays comme si c’était son fief HELENE BUZZETTI Ottawa — C’étaient en apparence des anecdotes dont les médias se sont repus par sensationnalisme.Un «fiick» diffusé par un député sur Twitter.Un «piece ofshit» vociféré par un autre à la Chambre des communes.Au-delà de la vulgarité, c’est toute l’exaspération d’une opposition incapable de se faire entendre du gouvernement qui s’est exprimée dans ces cris du cœur peu diplomatiques.Pat Martin a fait parler de lui en novembre quand il a écrit sur Twitter que c’était une «flicking» honte que le gouvernement limite encore une fois le débat sur le budget.11 a ensuite écrit à un lecteur outré d’aller se faire voir {«fuck you»).Le scénario s’est répété mercredi à la Chambre des communes quand le libéral Justin Trudeau s’est porté à la défense de la député néodémocrate Megan Leslie en criant «piece ofshit» au ministre de l’Environnement, Peter Kent, qui venait de laisser entendre que la députée avait choisi de ne pas assister à la conférence internationale de Durban, alors que c’est lui qui avait refiisé d’inclure des représentants de l’opposition dans la délégation canadienne.«Dans cette Chambre, je dois parfois me mordre la langue si fort qu’elle saigne», a expliqué Mme Leslie en point de presse mercredi.«Parfois, les conservateurs et leurs petits jeux ont raison de nos « Il n’y a nerjs et on ré- agit.Je crois aucun doute que c’était [le que partout danc une réaction ^ ^ honnête.Il monde, s’en excusé.J’aimerais l’impasse et seulement que les conservateurs discutent des en-ont mené à jeux et ces- sent de crier 1 incertitude des noms et ! • de iouer à economique i^J^alespe- et continuent Htsjeux.C’est honteux.» de menacer Cette frus-, .tration a 1 économie marqué cet- te première session parlementaire complète du gouvernement de Stephen Harper nouvellement majoritaire.L’opposition a axé ses critiques envers les conservateurs autour de quatre thèmes: leur aversion pour le débat, leur rejet de l’apport d’autrui, leur surdité aux critiques et leur refus de répondre.Silence ! Cette aversion pour le débat s’est manifestée par un recours régulier aux motions dites d’attribution de temps par lesquelles le gouvernement met un terme aux débats pour accélérer l’adoption d’un projet de loi.Au cours des 69 jours de séance parlementaire ayant eu lieu depuis l’élection du 2 mai, les conservateurs ont eu recours à neuf reprises à cette motion affectant cinq des 21 projets de loi débattus par les élus.Les libéraux se sont amusés à comparer ces statistiques avec la performance du dernier gouvernement libéral majoritaire, de 2000 à 2004.Avec un total de 419 jours de séance, les motions d’attribution de temps avaient été utilisées.une fois de plus (à dix reprises).Elles l’indécision politiques mondiale » Hi CHRIS WATTIE REUTERS Lors du discours du Trône, le 3 juin, une employée du Parlement a protesté contre le gouvernement et a été expulsée de Penceinte.avaient affecté huit des 153 projets de loi discutés pendant la législature.De plus, les conservateurs ont perdu patience bien plus vite: en moyenne, il s’était écoulé trois heures cinquante-trois minutes de débat avant qu’il ne soit limité, contre huit heures vingt-deux minutes sous [es libéraux de Jean Chrétien.A deux reprises, disent les libéraux, le gouvernement conservateur a signifié son intention de limiter les palabres après une heure vingt minutes de débat.«L’utilisation à répétition de la motion d’attribution de temps est un abus des règles qui affecte directement le caractère démocratique des travaux de la Chambre des communes», a déclaré le député libéral Marc Carneau lors d’une conférence de presse bilan cette semaine.Le gouvernement tente aussi de tenir plus d’activités parlementaires derrière des portes closes.Cette semaine, le conservateur Mike Wallace a déposé une motion pour que désormais tous les travaux du Comité permanent des opérations gouvernementales se déroulent à huis clos, exception faite des témoignages.En point de presse bilan jeudi, le leader du gouvernement à la Chambre, Peter Van Loan, a soutenu que cette pratique n’avait «vraiment rien de neuf C’est une pratique normale en comité».Sus aux débats M.Van Loan a probté de son point de presse pour rejeter les accusations d’agir en rouleau compresseur.Selon lui, l’économie chancelante ne peut souffrir des débats politiques interminables.«Il n’y a aucun doute que partout dans le monde, l’impasse et l’indécision politiques ont mené à l’incertitude économique et continuent de menacer CHRIS WATTIE REUTERS Stephen Harper, cette semaine en Chambre.l’économie mondiale.Nous le voyons en Europe, nous le voyons aux Etats-Unis où le Congrès et le président sont incapables de prendre des décisions importantes pour faire face aux défis qui se posent à eux.Ce n’est pas ce que les Canadiens veulent.Les Canadiens s’attendent à ce que nous prenions des décisions, que nous posions des gestes, et c’est ce que ce gouvernement a fait à la Chambre des communes et sur la scène internationale.» Les projets de mise en œuvre du budget ou celui abolissant la Commission canadienne du blé (lire texte en page B 2), soumis à la limite de débat, ont un impact économique, mais le ministre n’a pas expliqué où se trouvait ce lien dans le cas des projets de loi sur l’augmentation du nombre de députés fédéraux (C-20), l’abolition du re- gistre des armes à feu (C-19) et le resserrement de la justice criminelle (C-10).«Ce que nous avons vu de l’opposition dans les cas où l’attribution de temps n’a pas été imposée, c’est que, par exemple sur le projet de loi sur les droits d’auteur, il y a eu 75 discours.» 11 y a 308 députés à la Chambre des communes.Le ministre des Anciens combattants, Steven Blaney, soutient que le gouvernement a trouvé «un équilibre entre la libre expression et la nécessité d’obtenir des résultats».Travailler en vase clos Quant au rejet conservateur de l’apport d’autrui reproché par l’opposition, il s’est le mieux manifesté lors des débats sur le projet de loi C-10 de réforme de la justice.Le député libéral de Montréal, Irwin Coder, a propo- sé en comité des amendements non hostiles à une partie du projet de loi, celle offrant aux victimes d’actes terroristes des recours judiciaires pour obtenir dédommagement.M.Cotler, éminent juriste international, avait décelé une faille qui permettrait à certains commanditaires d’actes terroristes de ne pas avoir à payer.M.Cotler s’est époumoné pendant la séance pour obtenir l’attention des conservateurs et leur faire accepter les amendements.En vain.Les six députés du gouvernement les ont défaits les uns après les autres.Quelques jours plus tard, le gouvernement a réalisé que faille il y avait effectivement! 11 a alors rédigé de nouveaux amendements presque identiques, mais ayant raté l’échéance, il devra les faire adopter au Sénat, où C-10 est rendu.Celui-ci devra ensuite revenir à la Chambre des communes pour que les députés avalisent les modibcations, repoussant bien après Noël l’adoption bnale de ce projet de loi si cher aux conservateurs.Jeudi, Peter Van Loan a justifié cet épisode en soutenant que «les amendements de M.Cotler étaient imparfaits».Ce qu’il n’a pas dit, toutefois, c’est que cet épisode a eu lieu en comité en présence des hauts fonctionnaires du ministère disponibles justement pour aider les élus à rédiger en termes légaux leurs intentions.Les conservateurs auraient pu sur-le-champ se tourner vers eux pour obtenir le libellé parfait.Tout va très bien, madame la marquise L’opposition déplore également la sourde oreille que le gouvernement fait aux critiques.Qttawa n’a pas été VOIR PAGE B 2: HARPER Moscou soigne son image NATALIE NOUGAYRÈDE Confronté en Russie à une contestation de rue qui, pour la première fois en dix ans, fragilise la légitimité de son pouvoir, Vladimir Poutine semble soucieux d’envoyer quelques signaux sur la scène internationale pour dissuader les critiques.Deux annonces concomitantes, faites ce jeudi 15 décembre, ont donné cette impression.La première: une promesse d’aides financières russes pour la zone euro, survenue alors que le président Dmitri Medvedev participait à Bruxelles à un sommet Union européenne-Russie où l’atmosphère était alourdie par le constat de multiples fraudes électorales lors des législatives russes du 4 décembre, ainsi que les arrestations d’opposants qui ont suivi.Le second signal est survenu à l’QNU, où après des mois de blocage sur la Syrie, la diplomatie russe a soudainement mis sur la table un projet de résolution épinglant X «usage disproportionné de la force par les autorités syriennes» et exhortant «le gouvernement syrien à cesser de réprimer ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression».Sans satisfaire, tant s’en faut, toutes les demandes des Qcci-dentaux — puisque ce texte met sur un même plan les violences perpétrées par les forces de l’ordre syriennes et celles attribuées à des groupes en lutte Le régime conte le régi- me de Bade Vladimir char al-As- Poutine sad-cert- ruuuiie tournement russe traduit un souci manifeste de se , ,, ,, .sortir de l’or- a 1 extérieur nière d’un isolement diplomatique neutraliser Qui risquait de devenir l’effet négatif gênant en f f» f rn f» c produitpar d’image.la vague de Moscou ® avait pu ob- server en effet ces der- paraît chercher le moyen de contestation niers temps que son partenaire traditionnel à l’QNU, la Chine, s’était mise plus en retrait.Chose frappante, le geste russe, aussi mesuré soit-il, survient à l’approche d’une nouvelle réunion, prévue aujourd’hui, de la Ligue arabe, consacrée à la crise en Syrie.La Russie, sans lâcher complètement son allié syrien — point d’appui majeur au Moyen-Qrient avec lequel elle entretient d’importants liens militaires (livraisons d’armements) et différents calculs stratégiques (base navale russe de Tartous en Méditerranée) —, semble ainsi soucieuse de ne pas se couper de l’organisation arabe régionale, dont le rôle n’a cessé de croître.Le régime de Vladimir Poutine paraît ainsi rechercher à l’extérieur le moyen de neutraliser l’effet négattt produit par la vague de contestation politique qui le menace de l’intérieur.11 envoie un double message: l’un adressé aux Européens à propos de l’euro, dont la fragilité est présentée comme une préoccupation commune; l’autre à I’QNU, où Moscou semble vouloir donner des gages de multilatéralisme.Le dossier de la Syrie avait donné lieu ces derniers temps à une série de commentaires cinglants des Qccidentaux, en particulier de la Erance, en pointe pour la mobilisation contre VOIR PAGE B 2: MOSCOU B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 DECEMBRE 2011 PERSPECTIVES DES IDEES EN L’ERE «Autrement», mot vague de l’année \ ^ ; Antoine f Robitaille « A utrement» a connu une grosse année.Bien sûr, aucun mot ne peut résumer douze mois à lui seul.Cet adverbe symbolise toutefois à merveille un aspect majeur de 2011 et permet de cerner les contours d’un certain état d’esprit contemporain.Au Québec, il a été popularisé par les Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Jean-Martin Aussapt, qui ont claqué la porte du caucus péquiste.À l’échelon municipal, dans la région de Québec, des mouvements politiques se sont forgé un nom à partir de lui: «Québec Autrement» (parti critique du maire Régis Labeaume) et «Lévis Autrement» (qui s’oppose à Danielle Roy-Marinelli).Ce désir de «changement» — nourriture de base de nos démocraties — n’est certes pas sans lien avec les événements cardinaux de 2011 dans les pays arabes, où des populations se sont prises en main et ont réussi à chasser des dictateurs qui semblaient aussi inamovibles que le régime soviétique à une autre époque.Et comme au début des années 1990 où les indépendances se multipliaient dans les ex-républiques d’URSS, l’effet de mimétisme fut planétaire.Après le «printemps arabe», s’est par exemple risqué Pierre Curzi cet été, un «automne québécois» devait suivre.Si ça bouge ailleurs, pourquoi pas ici?Soudain, chacun voulut promouvoir son «autrement» bien à lui.Les anciens altermondialistes adoptèrent le masque des «indignés», occupèrent Wall Street, afin de réclamer une «autre finance internationale».Cela a suscité bien d’autres imitations plus ou moins réussies un peu partout sur le globe.Mais quel est le contenu de cet «autrement» tant espéré, tant promu, tant arboré?Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il varie énormément selon la personne ou le groupe qui l’utilise.«Faire de la politique autrement, ça veut dire toujours parler vrai et ne jamais faire passer l’intérêt personnel ou partisan avant l’intérêt national», a tranché le tranchant Jean-Martin Aussant, qui propose maintenant de faire la souveraineté «autrement» avec son Qption nationale.Pour son excollègue et (ancien?) ami Yves-François Blan-chet, député péquiste de Drummond, ce sont les nouvelles technologies qui induisent l’attrait d’un «autrement»: «Tu ne peux pas mentir en média social, tu ne peux pas tricher en média social.Et cette espèce de nouvelle contrainte là est à la base même d’une nouvelle façon de faire de la politique.» Une autre façon de définir l’«autrement» qu’on ne peut passer sous silence a été proposée par Jean Charest à la fin de la dernière session: «Sur le grand discours de faire de la politique autrement, là, j’ai ma propre théorie [.]: 90 % de ce que les gens aimeraient voir amélioré en politique, là, relèverait du respect et de la courtoisie.» Evidemment, les thuriféraires de la «politique autrement» comme Bernard Drainville, Pascal Béru-bé ou Sylvain Pagé sont légèrement plus ambitieux.Dans certains cas, carrément hardis: pensons à Pascal Bérubé, qui propose un non-élu au poste de président de l’Assemblée nationale, ou à Sylvain Pagé, qui transformerait carrément le Salon bleu en hémicycle.Au fond, pour comprendre la fortune d’«autre-ment» cette année, rien de mieux que de revenir à l’analyse qu’Alexis de Tocqueville a proposée: «Les hommes qui habitent les pays démocratiques ont[.] souvent des pensées vacillantes; il leur faut des expressions très larges pour les renfermer.Comme ils ne savent jamais si l’idée qu’ils expriment aujourd’hui conviendra à la situation nouvelle demain, ils conçoivent naturellement le goût des termes abstraits.Un mot abstrait est comme une boîte à double fond: on y met les idées que l’on désire, et on les en retire sans que personne le voie.» Une vraie boîte à double fond, «autrement».Ce mot-vague est vague à souhait.Une fois qu’on a indiqué souhaiter voir les choses «autrement», qu’a-t-on dit exactement?Qu’on ne veut pas qu’elles restent.pareillement! Et c’est un flou enraciné dans notre époque: un désir diffus d’autre chose, mais sans plan défini.Le pourquoi, le comment demeurent imprécis ou font rarement consensus.La publicité, dans sa capacité à saisir l’époque et à en grossir certains traits, a magnifiquement promu cette caractéristique depuis une quinzaine d’années.La «faute» en revient en partie à un des grands morts de 2011, Steve Jobs.En 1997, peu après son grand retoru à la tête d’Apple, l’entreprise adopte le slogan «think different», «pensez autrement».Au-dessus de cette injonction, les visages de personnalités aussi diverses qu’Ein-stein.Bob Dylan, Martin Luther King, Gandhi, Alfred Hitchcock et Picasso.Penser autrement, d’accord, mais quoi exactement?Sru le plan politique, jadis, les partis se définissaient selon leur idéologie: ils étaient libéraux, démocrates, républicains, souverainistes, communistes, etc.L’«autrementisme», lui, n’a pas de manifeste.Qu alors il se réduit peut-être à un chapelet d’«on verra», pour reprendre la célèbre formule du chef de la Coalition pour l’avenir du Québec, François Legault.Cette CaQ ni fédéraliste ni souverainiste, ni à gauche ni à droite semble pour l’instant bien de son époque en cela qu’elle réussit à canaliser une volonté vague d’un «autrement» indéfini.Le Devoir TOD KOROL REUTERS Environ 70 000 producteurs sont membres de la Commission canadienne du blé.Commission canadienne du blé: première étape d’une quête au libre marché?La justice freinera-t-elle les ardeurs des conservateurs ?La lutte des conservateurs pour le libre marché pourrait bien avoir fait une victime: la Commission canadienne du blé, qui rassemble les producteurs de l’Ouest du pays.La bataille politique s’est achevée cette semaine, mais la guerre judiciaire se poursuit.En attendant l’issue de ce conflit entre Ottawa et les défenseurs de la commission, d’autres producteurs et les partis de l’opposition s’inquiètent que cette défense coûte que coûte du libre marché ne soit garante d’un somhre avenir pour la gestion de l’offre, qui concerne plus du tiers des producteurs agricoles du Québec.MARIE VASTER Ottawa — Les conservateurs souhaitaient mettre fin à la Commission canadienne du blé (CCB) depuis des années, et voilà que cela s’apprêtait à être chose faite avec l’adoption d’un projet de loi en ce sens jeudi.Mais la lutte du gouvernement de Stephen Ha^er a été semée d’obstacles sur le plan judiciaire qui, eux, sont loin d’être réglés.La Cour fédérale du Manitoba a fait subir un revers aux conservateurs la semaine dernière en déclarant que leru projet de loi C-18 — qui élimine la CCB — est «contraire à la loi».Car un amendement ajouté à la Loi sur la commission canadienne du blé, en 1998, stipule que le gouvernement doit consulter les fermiers avant de «soustraire quelque type, catégorie ou grade de blé ou d’orge».Nul référendum n’a été mené par Qttawa sur l’idée d’abolir la CCB.Qui plus est, un sondage mené par la commission a conclu que 62 % des producteurs de blé et un peu plus de 50 % des producteurs d’orge voulaient justement conserver leru commission uifique, qui détient le monopole dans les Prairies et vend les céréales qui y sont produites dans 70 pays.Mais nonobstant le jugement de la Cour fédérale, les conservateurs ont parachuté leur projet de loi, en arguant que les producteurs agricoles devaient avoir «la liberté de faire leurs propres choix quant à leur façon de produire et de mettre en marché leurs récoltes», comme le plaidait déjà le ministre de l’Agriculture en 2006, Chuck Strahl.Un discours repris aujourd’hui par son successeru Gerry Ritz, qui a immédiatement annoncé qu’il porterait le jugement en appel.Car son gouvernement ne fait pas que modifier la loi, il la remplace carrément.Pas besoin, donc, selon le gouvernement, de consulter les fermiers.Qr, dans le camp adverse, la commission a annoncé cette semaine qu’elle demanderait à la Cour du Manitoba d’invalider C-18.Si la CCB rassemble quelque 70 000 producteurs de blé et d’orge des Rocheuses au Manitoba, tandis qu’ils ne sont qu’environ 4000 au Québec, son démantèlement inquiète néanmoins ces producteurs québécois.La Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec craint d’assister à «une baisse des prix au Canada», a expliqué son directeur général, Benoît Legault.En effet, si le démantèlement de la CCB ne touche guère de producteurs au Québec, la gestion de l’offre, elle, oui: quelque 40 % de la production agricole de la province y est assujettie.Et plusieurs, comme le bloquiste André Bellavance, s’inquiètent qu’elle compte parmi les prochaines victimes de la croisade des conservateurs pour le libre marché.«Parce que sur la scène internationale, il y a toujours eu contestation sur ces deux outils de mise en marché collective, qui étaient la Commission canadienne du blé et la gestion de l’offre.Donc on s’est toujours dit que, lorsque le gouvernement conservateur allait sabrer la Commission du blé, c’est évident que ce serait inquiétant pour les producteurs sous la gestion de l’offre», a expliqué cette semaine le porte-parole du Bloc en matière d’agriculture depuis 2005.Une inquiétude qu’avaient partagée la publication agricole La terre de chez nous de même que les autres partis d’opposition, au lendemain de l’annonce par Stephen Harper d’une « C’est sûr que le gouvernement va toujours dire qu’il protège la gestion de l’offre, mais jusqu’à quel point?» participation aux pourparlers en vue d’un accord commercial avec les pays du Trans-Pacific Partnership (TPP).Certains pays participant aux négociations n’apprécient pas le système canadien de gestion de l’offre, ni les tarifs imposés par le Canada à ses partenaires commerciaux, et les partis d’opposition craignent ainsi de voir Qttawa céder.«Nous savons que le Canada n’était pas bienvenu dans les discussions à cause justement de notre système de gestion de l’offre.Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.Qu’est-ce qui a changé?», avait demandé la chef néodémocrate intérimaire, Nycole Tiumel, au retoru de M.Harper du Sommet de l’APEC à la mi-novembre.«La position du Canada est toujours de protéger et de promouvoir tous nos secteurs dans des négociations de libre échange partout dans le monde, y compris de protéger et de promouvoir notre système de gestion de l’offre», avait rétorqué le premier miifistre.Malgré ces promesses, le bloquiste André Bellavance reste sur ses gardes, au moment où le gouvernement négocie un accord de libre-échange avec l’Union européenne, entre autres, et se prépare à le faire avec les pays du Pacifique.«Pour moi, c’est toujours une épée de Damoclès; j’aime mieux être plus prudent que moins.C’est sûr que le gouvernement va toujours dire qu’il protège la gestion de l’offre, mais jusqu’à quel point?», se demande M.Bellavance, qui craint par exemple que les quotas ne soient augmentés ou les tarifs abaissés pour le lait, les œufs et les volailles provenant de l’étranger.Et il semble que ses craintes sont fondées; l’accord de libre-échange sur le point d’être conclu avec l’Union européenne permettrait en effet une augmentation de l’importation de fromages et de produits laitiers, selon des informations recueillies par Le Devoir.Un changement qui, s’il se confirme, viendrait déséquilibrer le marché canadien.Le Devoir HARPER SUITE DE LA PAGE B 1 touché par les doléances du ministre québécois de Injustice, Jean-Marc Fournier, contre C-10, ni par celles du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, contre la destruction des données contenues dans le registre des armes à feu.11 n’a pas non plus ralenti le train du démantèlement de la Commission canadienne du blé, même si un tribunal a tranché que le gouvernement n’avait pas respecté la loi en cours de route.(Voir autre texte ci-haut.) L’opposition se plaint enfin des réponses creuses et répétitives que lui sert le gouvernement lors de la période de questions.«Le gouvernement doit prendre note qu’il a une majorité, qu’il peut faire adopter ce qu’il veut.Il n’a pas besoin de succomber à la tentation de faire la guérilla comme il l’a fait pendant cinq ans», a rappelé Marc Garneau.«Les plombs pètent parce qu’ils sont en train de tout bulldozer», a lancé de son côté le bloquiste André Bellavance pour expliquer les mots disgracieux entendus cet automne.«On impose le bâillon sur la grande majorité des projets de loi.Il n’y a plus rien dont on peut discuter en comité.On apprend même que la plupart des motions des partis d’opposition, en fait la totalité, vont être présentées à huis clos.[.] On n’a pas élu 308 députés conservateurs qui peuvent faire tout ce qu’ils veulent.» Au total, le gouvernement a déposé 29 projets de loi à la Chambre des communes et six au Sénat depuis l’élection.En plus des cinq complétés avant l’été, sept ont obtenu la sanction royale au cours de l’automne: un statutaire (S-3), deux de mise en œuvre du budget (C-13 et C-29), un sur les juges militaires (C-16), un autre concernant les autochtones (C-22), l’abolition de la Commission canadienne du blé (C-18) et l’ajout de 30 nouveaux députés (C-20).Le Devoir MOSCOU SUITE DE LA PAGE B 1 le régime de Bachar al-Assad: Moscou se voyait reprocher de mettre à mal toute l’autorité du Conseil de sécurité de l’QNU.Le pouvoir russe semble chercher à sortir, par une forme de tactique des petits pas, d’un positionnement qui risquait de miner sa marge de manœuvre, à l’heure où d’autres dossiers demeurent des contentieux avec les Qcci-dentaux: le bouclier antimissile de l’QTAN en particulier.L’aide russe offerte à la zone euro illustre la conviction de l’équipe au pouvoir à Moscou que les Européens se trouvent en position de faiblesse pour lui faire des reproches à propos de ses dérives autoritaires.La contribution russe pourrait s’élever à 20 milliards d’eruos, par le truchement du FMI, a indiqué jeudi un conseiller de la présidence russe.Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 DECEMBRE 2011 B 3 PERSPECTIVES La fusion entre la Coalition avenir Québec et l’Action démocratique Le mariage de l’année Jean Charest n’a pas manqué une occasion ces derniers jours de dénoncer la fusion entre la Coalition avenir Québec et l’Action démocratique du Québec, une union contre nature d’un «souverainiste de gaucbe» et d’un «parti populiste de droite».On assiste, il est vrai, à l’amalgame de la gaucbe efficace de François Legault et du conservatisme de droite de Gérard Deltell.ROBERT DUTRISAC Qu’il soit de la «gauche efficace», François Legault en convenait quand il a lancé sa coalition en février dernier, même s’il tente de mettre sous le boisseau cette expression par les temps qui courent.Dans son livre Pour une gauche efficace paru à l’automne 2008, Jean-François Lisée rendait un vibrant hommage à François Legault: «J’emprunte la belle expression “gauche efficace” à François Legault, ce fils d’ouvrier devenu millionnaire de gauche, puis préférant le service public à l’accumulation personnelle de capital.» Lisée, qui conseille Pauline Marois à l’occasion, plaidait pour ce que cette expression devienne «un des mots d’ordre des sociaux-démocrates, donc du Parti québécois».François Legault a dû se sentir flatté.Que l’ADQ soit un parti populiste de droite, Mario Dumont l’admettait sans ambages.Gérard Deltell se décrit lui-même comme un conservateur qui a toujours été à l’aise avec les idées de droite.«J’ai toujours pensé que c’était plus réaliste et responsable d’avoir une vision de droite plutôt qu’une vision de gauche», a-t-il livré dans une entrevue accordée au Devoir au début de 2010.Force est de constater que François Legault n’a pas mis beaucoup d’eau dans son vin pour attirer les adéquistes dans le giron de la CAQ.Le projet pilote sur la mixité de la pratique médicale n’est rien qu’un projet pilote justement, dont on ne sait quand il sera lancé et s’il sera couronné de succès.Si on se fie aux déclarations antérieures de François Legault, il est voué à l’échec puisque la mixité, à son avis, n’aurait pas d’effet sur l’accessibilité des soins dans le réseau public.Femmes et garderies Quant à l’allocation hebdomadaire de 100 $ par enfant aux mères qui resteraient à la maison plutôt que d’envoyer leur progéniture à la garderie, elle n’est pas poqr demain puisqu’il est facile de démontrer que l’État québécois n’en a pas les moyens.Même Gérard Deltell en convient d’emblée.En annonçant le mariage mardi, François Legault a tout de même paru quelque peu embarrassé quand Le Devoir lui a rappelé que cette mesure entraînerait le retour à la maison de nombreuses mères qui gagnent de bas salaires, l’argument que tant libéraux que péquistes avaient utilisé pour dénigrer cette promesse adéquiste.Gérard Deltell a pom sa part pris la mouche, s’in-smgeant contre ces «informations infectes» et défendant la liberté de choix de la femme au foyer.Deux réactions aux antipodes.Pour le politologue du campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, qui a pu- MATHIEU BELANGER REUTERS XFrançois Legault a accueilli l’ADQ cette semaine au sein de la CAQ.blié en 2008 le livre Mario Dumont et l’Action démocratique du Québec.Entre populisme et démocratique, François Legault «fait attention de ne pas tomber dans le populisme.D’ailleurs, il n’a pas la même aisance avec les caméras que Mario Dumont».Selon le politologue, l’ADQ va aussi plus loin que la CAQ dans sa remise en question du modèle québécois.Certains points de convergence existent cependant: la trêve sm la question constitutionnelle et l’idée géqérale de
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