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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2011-12-31, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE I JANVIER 2012 THEATRE Fanny Britt et Maxime Dénommée dans le monde de Dennis Kelly Page E 3 CINEMA Une année exceptionnelle pour le cinéma d’auteur d’ici Page E 6 OILTIIRE & LIVRES Maison abandonnée JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Histoire d’antan et histoire d’amour en Beauce DANIELLE LAURIN N ous sommes en 1914, dans un petit village beauceron.Les catholiques (francophones) entretiennent des relations pacifiques, au pire marquées d’indifférence, avec la petite communauté protestante (anglophone) du coin.Jusqu’à ce qu’un curé despotique vienne mettre le feu aux poudres.C’est la toile de fond de Maggie, roman historique «basé sur des faits véridiques», nous pré-vient-on.Et première œuvre de fiction de l’ex-journaliste de Radio-Canada Daniel Lessard, lui-même Beauceron.Disons-le tout de suite: l’auteur possède l’art de raconter.C’est coloré, la langue est chaude, teintée de régionalismes, d’expressions de l’époque.C’est plein de péripéties, c’est rocambolesque, même.C’est tragique.Mais drôle par moments.Les dialogues sont vivants.Et les personnages typés, pour ne pas dire caricaturaux, dans le cas du curé surtout.Ça fait partie du jeu, du genre.Rien d’innovateur dans la forme, d’accord.Ce n’était pas le but non plus, on s’en doute.Rien pour crier au génie.Mais un vrai plaisir de lecture, pour qui aime les bons vieux romans qui nous replongent habilement dans la vie d’antan.On pense, pour la manière, aux Belles histoires des pays d’en haut.On pense aussi aux Filles de Caleb, pour les descriptions de la vie rurale, et parce que le personnage principal, Maggie, est maîtresse d’école, qu’elle qst déchirée, comme la belle Emilie, entre sa vocation et l’amour fou qu’elle éprouve pour un homme.Sauf que l’homme en question, ici, est protestant.Tandis que Maggie est catholique.Et Irlandaise, de surcroît Par son père.Autant dire étrangère.Différente.Suspecte.Une Irlandaise au tempérament de feu, Maggie.Qui n’en fait qu’à sa tête, n’obéit à aucun dogme, ne se plie à aucune autorité, surtout pas religieuse.Une femme libre, avant-gardis-te.Eière, brillante.Mais à qui on le fera payer cher.Une femme qui choisit de vivre en marge de la société pour préserver son indépendance d’esprit, son autonomie.Mais à qui il arrive de prendre les mauvaises décisions, sur un coup de tête.Une femme amoureuse.Belle, sensuelle, troublante.Passionnée.C’est le portrait que trace Daniel Lessard de son héroïne.S’attardant, au passage, sur le sort réservé aux femmes de l’époque.Aux maîtresses d’école, en particulier, à qui l’on On pense, pour la manière, aux Belles histoires des pays d*en haut On pense aussi aux Filles de Caleb, pour les descriptions de la vie rurale.refusait le mariage.Aux pécheresses qui tombaient enceintes avant le mariage aussi, et osaient entrevoir l’avortement Un village qui prend vie Autour de Maggie, c’est tout un village qui prend vie.Tandis que la guerre gronde au loin et que la conscription de Borden va déchirer la population canadienne.Tandis que les magouilles politiques sont monnaie courante.Et le clergé tout-puissant Autour de Maggie: un maire de village ambitieux qui a bien l’intention d’être réélu et un curé détestable qui s’acharne à démoniser les protestants.Les deux hommes se livrent une guerre (de pouvoir) sans merci.Autour de Maggie: une population en grande partie illettrée.Qu’on mène en bateau.Qui craint la damnation de l’enfer, qui a peur des revenants, parfois jusqu’à la folie.Et qui raffole des ragots, adore manger du prochain.Au programme: menaces d’excommunication, procès pour mœurs légères.Et parodie de justice.Au programme: suicide, incendie criminel, échanges de coups de feu.Et même meurtre.11 s’en passe, des choses, dans ce petit village.Tout ça à cause de Maggie, d’une certaine façon.De son amour fou pour un protestant.Tout ça à cause d’un curé malveillant, de son acharnement sur Maggie, surtout.Et à travers elle, sur les protestants.Tout ça à cause d’un maire qui refuse de prendre trop clairement position, aussi, de peur de perdre ses élections.La culpabilité, ou plutôt le sentiment de culpabilité, est l’un des thèmes dominants du roman.Avec le refus de la différence, la peur de l’autre.Et les ravages de la religion toute-puissante, bien sûr.Tout ça porté par une histoire d’amour.Une grande histoire d’amour, qui se vit dans l’attente, pour une grande partie du roman.Alors que l’homme est parti, au front Que la femme est sans nouvelles de lui.Jusqu’à ce que.Tout ça fait boule de neige.Tout ça s’enchaîne, déboule.11 suffit de lire la première phrase: «Maggie Miller s’échine dans la neige, relève sa crémone rouge pour se protéger de la tempête qui tournoie, rageuse, autour d’elle.» Et c’est parti! Collaboratrice du Devoir MAGGIE Daniel Lessard Editions Pierre Tisseyre Montréal, 2011,392 pages E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI SI DÉCEMBRE 2011 ET DIMANCHE 1“ JANVIER 2012 CULTURE SPECTACLES QUEBECOIS Grands rendez-vous et soirées entre nous SYLVAIN CORMIER Plus que jamais cette année, cette liste est faite de deux sortes de spectacles.Il y a les soirs où j’avais en main le stylo-bille et le bloc-notes du critique en service commandé, que j’oubliais tellement la joie d’être là m’extirpait de ma fonction.Mais aussi, j’ai retrouvé en 2011 le goût des sorties pour sortir, de dire: oui j’y vais pour le plaisir, et le trouver, décuplé.Le chanteur français Daran m’a dit qu’il est venu habiter à Montréal parce qu’on peut y jouer tous les soirs quelque part.C’est aussi le bonheur du spectateur en goguette.1.Arcade Fire et Karkwa à la place des Festivals (Pop Montréal).Est-ce le sourire de Régine Chassagne, grand comme un écran géant?Est-ce le décor de marquise de cinéma aux mille ampoules?C’est incroyable à quel point Arcade Eire illuminait la place des Eesti-vals au grand spectacle des 10 ans de Pop Montréal: les huit gars et filles de la belle bande en jetaient dans tout le champ du regard.Permettez un peu d’emphase: ils éclaboussaient la ville de leur bonne énergie; ce groupe est un soleil, une galaxie, un univers! Peut-être était-ce à ce point éblouissant parce qu’avant, il y avait eu Karkwa, et que le groupe montréalais, ça ne m’avait jamais frappé autant, est, à l’opposé, une sorte de trou noir.Un concentré de matière sombre toujours au bord de l’implosion.Intense autant qu’Arca-de Pire est intense, mais par en dedans.La ville était magnifique, la température douce.Une soirée parfaite.2.Richard Séguin à L’Astral.Son meilleur spectacle depuis la tournée de Journée d’Amérique'^ Peut-être bien.Immense et intimiste à la fois.Je n’oublierai pas ce fond de scène constitué par une haie d’herbes hautes, avec des éclairages pour l’aube, le zénith, le crépuscule.Je reverrai longtemps Richard s’installant, et démarrant avec une chanson des Douze hommes rapaülés.Et j’entends encore résonner les trois guitares de fronL avec Hugo et Simon flanquant Richard: par moments, on aurait dit le Pestival d’été de Québec, sur les Plaines.Géant.Il est fort, Richard, encore et toujours porteur d’espoir, irréductible et contagieux.Même en ces temps époumonés, il donne du souffle.3.Marie-Jo Thério et Richard Desjardins à L’Astral (Coup de cœur francophone).Une soirée de chansons du- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Arcade Fire lors du spectacle du 10® anniversaire de Pop Montréal râbles pour les 25 ans du Coup de cœur.Marie-Jo avait laissé de côté le nouveau spectacle du projet Lydia Lee pour «une rétrospective 25-ans-de-Coup-de-cœur-Marie-Jo-qui vieillit»; Desjardins a offert presque tel quel son «show pour les Prançais», ce qui était pratique: toutes ses immortelles y sont alignées au peloton d’exécution de sa «gué-tard» de guérilla.Dans la proximité de L’Astral, chacun chérissait sa chance et remerciait le cœur-battant-en-chef Alain Char-trand pour l’occasion d’un tel retour d’ascenseur.4.Gilles Vigneault au Gesù.Ce sont ses belles mains et ses grands bras qui m’ont fasciné presque toute l’heure et demie qu’a duré son splendide spectacle Vivre debout.C’était carrément un spectacle dans le spectacle: on aurait dit qu’il dirigeait la circulation de tout un peuple.Peut-être parce que les jambes, solides encore mais moins mobiles, ne pouvaient qu’esquisser les gigues d’antan, tout l’agile Gilles était dans ses hautes vergues et sa large mâture: là il est encore et toujours seul maître à bord, capitaine sans conteste de son vaisseau après 50 ans de navigation au grand cours.5.Stefie Shock au Club Soda (FrancoFolies de Montréal).Le Soda bondé était sa sorte de lieu, son look néo-Hendrix totalement bath (chapeau de gangster, manteau de mouton), jusqu’au positionnement des musiciens sur scène qui étonnait agréablement: .LA RÉVOLUTION DU BON'SENS?'^ Texte et direction artistiqtiSflûproiet Claude Guilmain.Mise en scène Louise Naubert.' Distribution Marcelo ArroyD, Vincent Leclerc, Bernard Meney, Pier Paquette, Victor Trelles Turgeon, Marie Turgçj;^i'i;Booct ^ ^ JEUDI 12 JANVIERÀ19H Suivi d'une discussion animée par Philippe Ducros VENDREDI 13 JANVIERÀ18H30 Suivi d'une table ronde animée par Paul Lefebvre PREVENTE pour les 11-12-13 janvier batterie et claviers étaient aux trois quarts de dos, flanquant Stefie et sa choriste-bassiste Suzie McLelove.La nouvelle chimie de Stefie, qui mêle ses grooves chéris des années 60 aux sonorités new wave des années 80, était explosive.Son meilleur show?Le plus déto-nanf certainement.6.Mara Tremblay à L’Astral (FrancoFoUes de Montréal).Que c’était beau, ce concert solo de Mara, avec rien d’autre que ses chansons, une guitare, un piano, une mandoline, son violon, sa magnifique tête forte, sa charpente tout en nerfs et son cœur grand comme ça et sa belle âme! Quand Mara Tremblay a dit que le dia^ostic de bipolarité lui avait fait comprendre pourquoi elle s’était si longtemps sentie «comme un chihuahua dans un pet shop de centre d’achat», tout était dit 7.Damien Robitaille chante Burt Bacharach à L’Astral.C’était l’enregistrement d’une des émissions de la série Monique Giroux fait une scène avec.pour Espace Musique.Même pas un spectacle officiellement spectacle, et pourtant, une vraie réussite.Damien Robitaille chantant Burt Bacharach, c’était délirant.Damien n’est pas Dionne Warwick (!), mais les versions françaises et québécoises dénichées étaient données avec un tel abandon, un plaisir si bon enfanf qu’on était sous le charme (et les arrangements étaient impeccables, c’est le secret).Monique, des idées de soirées comme celle-là, elle en a des tas, qu’on se le dise.8.Ingrid St-Pierre à La Tulipe.Qn fa aimée après une moitié de chanson.Ces années à chanter et à pianoter dans un café de Trois-Rivières ont donné à ses 26 ans le tour d’un vétéran: sa manière de nous amener dans son drôle d’univers ordinaire pas ordinaire était d’une habileté si habile qu’on ne voyait plus les fils.Ses mélodies s’autorisaient d’étranges équipées dans les routes non balisées mais arrivaient toujours à destination.Son affection pour les mots de plus de deux syllabes était si rafraîchissante que ça lui donnait le droit de s’enfarger çà qt là dans ses fleurs de tapis.Etonnante Ingrid.Qn la reverra.9.Toutes les filles, au Verre Bouteille.C’étaient des retrouvailles pour les copines de la tournée Toutes les filles.Un soir à la va comme je te joue, bonne franquette et franche rigolade.Un peu beaucoup la fête à Mara Tremblay, puisqu’elle retrouvait la scène après le congé forcé.Une soirée folle, un peu tout croche, le micro de Magnolia descendait tout seul, Gaële a fini par faire le pied de micro humain, recroquevillée devant la contrebasse de Magnolia, bras tqndu.Autour, Sylvie Paquette, Emilie Veille, Catherine Durand, Ginette et Mara pouffaient en jouant.La musique était heureuse et tendre.J’étais content d’être là.Pas obligé.10.Erotique PQ, happening-lancement de la bande originale àAprès-ski au Divan orange.Le goût des soirées facultatives m’est revenu un samedi soir, hn janvier: les Disques Plu-ton lançaient la réédition de la b.o.f àAprès-ski, Sacré happening.Le groupe Erotique PQ (le duo Call Me Poupée, plus des tas de cuivres et une section rythmique funk-soul du tonnerre) a fourni la bande-son, le film était projeté derrière, des DJ prolongeaient le groove.Dans mes grosses bottes de caoutchouc, j’ai presque dansé.Le Devoir DU5AU15 JH 2012 PERSONAL JESUS THÉÂTRE PROSPERO 1371, RUE ONTARIO EST BILLETTERIE 514.526.6582 AUCUN FRAIS DE SERVICE THEATREPROSPERO.COM Québec s» 1*1 cansdlen LE DEVOIR .CARIE PREMltRES AVEC L'AIDE DU SECRÉTARIAT AUX AFFAIRES DTTERGOUVERNEMENTALES ET LA CAISSE DE LA CULTURE 1945 rue Fullum BUletterie 514 5214191 www.espacelibre.qc.ca MISE EN SCENE PAR lACQUES BROCHU ET MARIE-STÉPHANE LEDOUX DU MARDI AU SAMEDI A 20 H LE MERCRED111 JANVIERÀ 19N LESDIMANCHESÀ15H RESEAU ADMISSION : 1 855 790-1245 (des frais s’appliqueront) MUSIQUE CLASSIQUE Les dix concerts de 2011 En coproduction avec le Théâtre français du Centre national des Arts du Canada CHRISTOPHE HUSS L> aimée 2011 est évidemment ' celle de l’ouverture de deux nouvelles salles à Montréal: la Maison sjmiphonique et la salle Bourgie.C’est aussi un millésime marqué par le premier Festival d’opéra de Québec, la nomination d’un nouveau chef Fabien Gabel, pour l’QSQ et le passage de témoin, chez I Musici de Montréal, entre YuliTurovsky et Jean-Marie Zeitouni.L’année a aussi été marquée par une recoimaissance internationale grandissante pour Les Violons du Roy et par la baisse de régime de l’Qpéra de Montréal, qui a dû repasser à quatre spectacles par saison.Côté flops, il y en eut de retentissants, par exemple la venue d’un Orchestre national de France qui ne sait plus jouer sa propre musique, la courte vue du chefaillon qui dirige désormais le Philharmonique de New York et l’étrange concert inaugural de Zeitouni chez I Musici.1.Le rossignol et autres fables.Musiques de Stravinski mises en scène par Robert Lepage.Julia Novikova, Edga-ras Montvidas, Chœur de TQpé-ra de Québec, Qrchestre symphonique de Québec, Johannes Debus.Festival d’opéra de Québec, le 2 août.Et un autre made in Québec! Bravo à Grégoire Legendre, le directeur de l’Qpéra de Québec, au maire Régis La-beaume et à la ministre Christine St-Pierre, qui ont réussi à implanter à Québec un festival d’opéra ambitieux, de haute qualité et pas élitiste.Débuter avec Tun des plus beaux spectacles lyriques créés sur la planète ces dernières années est de bon augure.Ce Rossignol de Lepage, c’est de la magie.MICHAEL COOPER Le Rossignol de Stravinski, mis en scène par Lepage 1.Ex æquo.Haendel: Le messie.La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie.Maison symphonique de Montréal, le 11 décembre (et la veille à Québec).Une partition rodée et maîtrisée sur le bout des doigts; une palette de nuances démultipliée entre le pianissimo et le mezzo-forte; un travail érudit sur l’articulation; une alliance de mordant et de poésie, ainsi qu’un chant choral rejoignant la perfection du Monteverdi Choir de John Eliot Gardiner.Et tout cela made in Québec! 3.Quatuor Borodine.Beethoven: Quatuor op.132.Chostakoviteh: Quatuor te 15.Maison sjmiphonique de Montréal, le 11 septembre.L’inouï à l’état pur et au sens propre! Le premier grand frisson dans la nouvelle salle aura été un concert de musique de chambre organisé par l’QSM, doimé par un quatuor à cordes devant un public placé en fond de scène.L’auditorium de la Maison sjmiphonique devenait une immense chambre de résonance pour un quatuor en état de grâce.Le 15“ Quatuor de Chostako-vitch austère, sidérant de concentration, de matière et de noirceur, était littéralement projeté dans cet espace sonore infini, cosmique et intemporel.4.Béatrine Rana, la révélation d’ime grande pianiste.Tchaïkovski: Concerto pour piano n° 1.Beatrice Rana, Qrchestre métropolitain, Jean-François Rivest.Théâûe Maisoimeu-ve, le 31 mai.Le Concours musical international de Montréal 2011 a révélé une grande pianiste, l’Italienne Beatrice Rana, 18 ans.Prenons le pari que nous avons aussi assisté à l’éclosion d’une immense artiste.Rana a survolé le concours dès les pre- mières notes de son quart de finale.Un talent à suivre.5.Valery Gergiev dirige la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski.Qrchestre Ma-riinski.Maison symphonique de Montréal, le 22 octobre.Un air de déjà-vu, puisque Gergiev avait figuré dans ce palmarès après avoir présenté cette symphonie à la tête de TQSM.Un déluge de passion; de frénésie, presque.Sa Pathétique est plus théâtrale désormais, mais l’expérience orchestrale reste fascinante.Seul mauvais calcul: les exigences acoustiques du chef — un plafond trop relevé — ont minimisé l’impact physique du son.6.Le retour de Charles Dutoit.V“ programme: Prokofiev: Roméo et Juliette (extraits).Rachmaninov: Danses symphoniques.Ravel: La valse.Qrchestre de Philadelphie.Festival de Lanaudière, le 22 juillet.«Je suis venu pour vous voir», a simplement dit Charles Dutoit à l’issue des deux soirées à l’Amphithéâtre Fernand-Lind-say.Dutoit a réussi son retour au Québec à la tête d’un orchestre très impressionnant, notamment dans les Danses symphoniques de Rachmaninov 7.Arnaldo Cohen célèbre Liszt en récital.Liszt: Vallée d’Obermann, Sonnet 104 de Pétrarque, Impromptu, La lugubre gondole 1, Rhapsodie espagnole.Sonate en si mineur.Festival de Lanaudière, église de L’Assomption le 11 juillet.Deux mille personnes à la Maison symphonique pour voir Hélène Gri-maud défoncer la Sonate de Liszt en se faisant déborder par elle.Deux cents spectateurs seulement, hélas, cinq mois plus tôf pour assister à une interprétation transcendante d’Arnaldo Cohen au Festival de Lanaudière.Cohen, c’est l’incandescence maîtrisée.Sérénité, éthique musicale, force irrépressible: ce n’est pas spectaculaire pour les yeux, mais qu’est-ce que cela fait du bien! 8.Le Trio Wanderer à Pro musica.Liszt: Tristia.Die Zelle in Nonnenwerth, Die Drei Zigeu-ner, La lugubre gondole.Schumann: Trio n° 1.Mendelssohn: Trio n° 2.Trio Wanderer.Maison symphonique de Montréal, le 16 octobre.Le Trio Wanderer a parfaitement mis à profit le rendu sonore de l’infinitésimal que permet la Maison symphonique.Des nuances du niveau «battement d’ailes d’une mouche» passaient parfaitement la scène.Mais c’est le 2 Trio de Mendelssohn, renversant de verve et de maîtrise, qui a cloué les spectateurs à leur siège.9.Les adieux de l’OSM à la salle Wilftid-Pelletier.Wagner: L’or du Rhin.Laurent Alvaro (Wotan), Nikolai Schukoff (Loge), Eike Wilm Schulte (Al-berich), etc., Qrchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano.Le 29 mai.L’adieu de TQSM à la salle Wilfrid-Pelletier, qui lui a rendu 48 ans de loyaux services, ne manquait pas de panache et d’ingéniosité.Difficile de trouver plus glorieux dans le répertoire que les ultimes mesures de L’or du Rhin, symbolisant l’entrée des dieux dans le Walhalla — allusion amusante au passage dans la nouvelle salle.L’QSM n’a pas lésiné sur la flamboyance de cet adieu, ni sur les moyens: une version de concert de ce prologue de Der Ring des Nibelungen, qui montait en puissance au cours de la représentation.10.Le vampire, opéra de Heinrich Marschner.Avec Phillip Addis, Frédéric Antoun, Robert Pomakov, Marianne Fi-sef Nathalie Paulin, Tracy Smith Bessette, Kurt Lehman et Chad Louwerse.Qrchestre et chœur de chambre du Festival de Lanaudière, Jean-Marie Zeitouni.Scénographie: Alexis Rivest.Mise en scène: Alain Gauthier.Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le 30 juillet.Carton plein: un opéra mécoimu mais intéressanf un éventail impressionnant de jeunes chanteurs d’ici, une direction musicale d’ime maîtrise parfaite et une réalisation qui élargit la voie des représentations semi-scéniques d’opéras sans aucune perte d’impact dramatique.Cette soirée fera date.Le Devoir http://www.laveillee.qc.ca/saison11-12/Personal_Jesus.shtml LE DEVOIR LES SAMEDI SI DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE 1“ JANVIER 2012 E 3 CULTURE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Fanny Britt, la traductrice d*Orphelins de Dennis Kelly, et le metteur en scène Maxime Dénommée théâtre La violence ordinaire sous le moindre mot Fanny Britt et Maxime Dénommée revisitent l’univers « trash urbain » du dramaturge anglais Dennis Kelly à La Licorne MICHEL BELAIR Ce n’est pas la première fois qu’ils travaillent ensemble à La Licorne.En 2008, lors de la création d’Après la fin, Fanny Britt et Maxime Dénommée occupaient exactement la même position: elle à la traduction du texte de Dennis Kelly et lui à la mise en scène.Voilà qu’ils remettent le coup ces jours-ci avec Orphelins, un autre texte du dramaturge britannique qui prend l’affiche de La Licorne, le 10 janvier.Petite plongée à trois dans la violence ordinaire.La vérité nue Au bout d’un escalier tout blanc, à l’étage, dans une des salles de réunion de la nouvelle Licorne qui sent encore «le char neuf», Fanny Britt amorce la discussion en avouant sa fascination pour Dennis Kelly et l’univers très dur qu’il met en scène dans ses pièces.Au fd des lectures et des traductions, Britt s’est rendu compte à quel point leurs deux univers sont proches; par-delà les grandes eaux, les deux dramaturges sont même devenus des amis.«Ce n’est pas compliqué pour moi de parler de Dennis: je peux dire que c’est bon! Que j’admire son écriture et sa façon de brasser la cage! Ce que je trouve extraordinaire, c’est de voir comment il peut rendre la violence ordinaire; cette violence contenue, enfouie au fond de nous.Il rejoint là ma musique intérieure.» Britt ajoutera que c’est facile pour elle de traduire Dennis Kelly: «Agréa- ble même, simple, le fiin.Plus le fun d’ailleurs que d’écrire mes pièces.» Jusque-là discret, Maxime Dénommée enchaîne.11 dit avoir reconnu tout de suite les personnages de Kelly.tout comme il avait rapidement «connecté» avec les deux écorchés dAprès la fin.«Ce sont des gens démunis, tiraillés, habités par une violence déguisée en nonchalance.Leurs mots, leur discours se situent la plupart du temps en deçà de la violence.Mais on remarque très vite qu’il y a toujours une intention derrière la moindre réplique et, là-des-sus, Kelly est d’une précision presque chirurgicale.En lisant le texte, j’ai tout de suite vu Steve Laplante, Etienne Pilon et Evelyne Rompré [les trois interprètes de la pièce]: ils cadrent parfaitement dans cet univers tricoté serré.» Autant la traductrice que le metteur en scène soulignent à quel point tout est question de rythme et de musique dans la langue du dramaturge anglais.«C’est simple à monter si on respecte la ponctuation du texte, reprend Dénommée.Tout est à sa place et tout surgit au bon moment: une question de “timing”, presque mécanique.Au fond, ma principale tâche, c’est de retenir les comédiens, d’épurer les tics d’acteur pour qu’ils laissent parler le texte tout seul et qu’ils n’en mettent pas trop.Il n’y a rien d’anodin dans l’échange des répliques; c’est comme une partition à respecter.C’est des mots et du rythme que surgit peu à peu le sens.» Britt répète, elle, se sentir très proche de cet univers exigeant.Elle dit n’avoir à faire aucune concession en traduisant Kelly.Qu’il lui suffit de «suivre la musique des mots en tentant de rendre la précision de l’intention de l’auteur».Elle parle d’une écriture sobre, rigoureu- sique des autres.Surtout des étrangers.Mais Kelly ne lui met jamais de tels mots dans la bouche; tout est dans le silence, et souvent c’est dans les situations qu’il fait surgir que ces personnages sont forcés de prendre position».Situons « Ce sont des gens démunis, tiraillés, habités par une violence déguisée en nonchalance.» - Maxime Dénommée se: «Je le sais quand f arrive à la transcrire sans rien enlever ni ajouter.La récompense est alors énorme: on atteint la vérité nue, sans artifice.» Des égarements et des glissements Mais il n’y a pas que des affinités au niveau de l’écriture entre le monde mis en relief par Dennis Kelly et la réalité nord-américaine dans laquelle nous vivons ici.11 y a plus dur, plus dérangeant aussi.Fanny Britt comme Maxime Dénommée évoquent un même sens de la perte.Une sorte d’hésitation.De presque «complexe collectif» de la perte de repère: quelque chose qui mène à la recherche de l’innocence perdue.D’«avant», en fait, quel que soit cet «avant».Les deux complices parlent aussi des «égarements» de certains personnages face à la différence.De «préjugés ordinaires».Dans la pièce, explique le metteur en scène, le jeune Liam «est de ceux qui souffrent de la présence phy- SOURCE LA LICORNE Le dramaturge britannique Dennis Kelly d’ailleurs la scène.Un couple, Danny et Helen, semble se construire une vie «bonne», «correcte», disons, dans un quartier ouvrier d’une ville britannique aussi «importante» que plusieurs autres; surgit alors le jeune frère un peu frénétique de la femme du couple, Liam.Ses vêtements sont ensanglantés et il raconte qu’il a tenté de porter secours à un homme blessé dans la rue.C’est parti.Kelly ne juge pas ses personnages, reprennent Britt et Dénommée en discutant serré, le sourire au bout des lèvres, joueurs presque.Selon eux, Kelly observe plutôt le tragique de la réalité de tous les jours.11 voit et il souligne les tensions et les «glissements» apparus un peu partout à travers le monde.Et tout cela, il parvient à l’incarner concrètement dans des personnages complexes, souvent ambivalents, vrais, riches.Maxime Dénommée parle de «la terrible humanité de ces personnages qui sont formidables dans leurs faiblesses».Fanny Britt ajoute, elle, que Dennis Kelly est «le “king” de la tension dans le couple».C’est Dénommée qui pointe l’aspect presque mécanique du procédé en expliquant comment le dramaturge s’amuse des émotions du spectateur.«Il sait faire rire, être juste assez drôle pour qu’on se détende, qu’on embarque.et qu’il puisse ensuite nous frapper sans prévenir, de plein fouet.avant de détendre encore l’atmosphère jusqu’q la prochaine explosion!» À les en croire tous deux, c’est ce maillage incessant, ce tricotage intense puisant au rythme de la vraie vie, qui fait en sorte qu’on ne sort pas indemne d’une pièce de Dennis Kelly.11 vous faudra attendre l’autre côté du temps des Fêtes avant de pouvoir le constater vous-même.Le Devoir ORPHELINS Texte de Dennis Kelly traduit par Fanny Britt et mis en scène par Maxime Dénommée.Une production du Théâtre de la Manufacture présentée à La Dcor-ne du 10 janvier au 18 février.TELEVISION Brassens filmé par Brassens SYLVAIN CORMIER En 1952, Georges Brassens ose auditionner chez Patachon: ça colle.Et puis ça décolle: il chante aux Trois Baudets, enregistre Le gorille.Et l’homme qui vit encore et toujours chez les bonnes gens qui lui évitèrent le STO et la Gestapo dans l’exiguité pas du tout gênante et le dénuement pas du tout malheiueux de l’impasse Florimont (ni eau courante, ni gaz.) s’offre avec ses premiers cachets notables im objet de luxe: une caméra 16 mm.Et quand il n’a pas une guitare, un crayon ou im chat dans les mains, il filme.Et filme.Et filme encore.Et annote consciencieusement ce qu’il filme.Et archive soigneusement ses bobines.C’est son dada.Que filme-t-il?Les cabarets?Les autres chanteurs, la faune germano-pratine, Paris?Que nen-ni.Georges le cinéaste amateiu filme son monde, comme tout le monde.Son père, sa mère.Attentivement, en gros plan le plus souvent.«Je les filmais systématiquement pour les voir pendant l’hiver», dira-t-il plus tard dans une entrevue pour la télé où, avec les copains, on le voit projeter ses films.«Qu’est-ce qu’elle lit, ta mère, là?», lui demande quelqu’un.Ça poiu-rait être n’importe quelle bande de copains, le papa et la maman de n’importe qui: il se trouve que ce sont les amis et les parents de Georges Brassens.Et que Georges Brassens a écrit une chanson fort touchante intitulée Maman papa et une autre chanson bien plus connue encore.Les copains d’abord.Qn est au cœiu de l’œuvre.Sans ferd D’où cet extraordinaire documentaire de Sandrine Dumarais à propos du regard sans fard que Georges Brassens, le grand chansonnier de l’ordinaire, porte siu les siens à ùavers ses films de famille.L’intérêt, permettez l’allusion facile, saute aux yeux.Brassens fdme comme il écrit ses chansons, c’est le même regard par un autre truchement, la même tençlresse, la même rudesse aussi.A l’impasse Florimont, cet «îlot déshérité», il filme Jeanne, la Jeanne &eLa cane de Jeanne, et tous les chats abandonnés du quartier qui, tel Georges, se sont réfugiés littéralement.sous ses jupes.11 filme le Marcel de Jeanne, Marcel l’Auvergnat de La chanson pour l’Auvergnat.11 y a dans le regard de Jeanne de l’amour, dans celui de l’Auver-gnqt, une bonté gênée.A la manière de la série à laquelle j’ai contribué,/flî la mémoire qui tourne, la réalisatrice projette les films à des amis de Georges, à la commissaire de la récente expo Brassens, à Juliette Gréco, lesquels découvrent en même temps que nous ces métrages et commentent ce qu’ils voient.«C’est lui qui a fait tout ça?», s’étonne Juliette Gréco.«Quel être mystérieux.» Bel effet, les films sont également projetés sur des mius, des laçades, à Sète, à l’impasse Florimont: présences Ikitomatiques, lieux imprégnés.Le succès grandissant, Brassens délaisse peu à peu la caméra, sauf poiu l’occasionnel séjoiu à la mer, où il saisit le visage de Püppchen, sa compagne.Quand il sort la 16 mm chez les copains, c’est de plus en plus les copains qui s’en emparent, et qui cadrent l’ami Georges dans l’objectif.Au début des années 60, il ne filme plus du tout Logique: on le filme tout le temps.La télé de l’GRTF va en reportage à l’impasse Florimont: l’intimité n’est plus l’intimité, son monde a été envahi, ses souvenirs ne lui appartiennent plus en propre, on veut connaître ceux quî ont înspîré les chansons.Le documentaire même constitue la dernière frontière franchie: ces fdms d’amateur, destinés aux seuls proches, font désormais partie du patrimoine Brassens.Mesiuons notre chance: cet accès est privilégié.Les derniers morceaux du portrait.Regar-dons-les comme Sandrine Dumarais a eu le bon goût de les mon-ùer: tels quels.Le Devoir LE REGARD DE GEORGES BRASSENS Un documentaire de Sandrine Dumarais, France 5,2011, diffusé àTV5 le lundi 2 janvier à 22h.SOURCE TV5 Image tirée du film tourné par Georges Brassens Moi, dans les ruines rouges du siècle texte et mise en scène Olivier Kemeid idée originale Sasha Samar et Olivier Kemeid du 10 janvier au 4 février 2012 une création de Trois Tristes Tigres en résidence au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui direction artistique Marie-Thérèse Fortin informations et réservations 3900, rue Saint-Denis, Montréal ÛC H2W 2M2 514-282-3900 theatredaujourdhui.qc.ca/ruinesrouges _______partenaires de saison__________ LEDEVDIR DliO Gtoi^ flnnnder Qp^eCaa avec Sasha Samar Annick Bergeron Sophie Cadieux i Geoffrey Gaquère Robert Laionde collaborateurs y Philippe Brault "fl Stéphanie Capistran-LalonS Estelle ClaretoR'.^ Romain Fabre L Martin Labrecqu^f jj Catherine La Fréni^v^^' Jean-Philippe Charbom^ E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SI DÉCEMBRE 2011 ET DIMANCHE 1“ JANVIER 2012 CULTURE DANSE Tendances et moments de joie Au moment du décompte d’adieu à 2011, un petit bilan en désordre des tendances, souvenirs et moments de joie de la dernière année en danse.CATHERINE LALONDE 1 Dehors! C’est l’école • buissonnière généralisée! La danse sort des théâtres.Certains, comme Chantal Caron à Saint-Jean-Port-Joli, Karine Iæ-doyen avec Osez!, Paul-André Portier pour 30X30, sortaient depuis belle lurette.Ajoutez Sylvain Emard et son Grand continental, Je me souviens d’Harold Rhéaume au cœur du Vieux-Québec; les danseurs de Willi Borner, efficaces caméléons dans le mobilier urbain pour le très réussi Bodies in Urban Space, Louise Bédard au parc La Fontaine; ajoutez aussi ceux qu’on oublie: se dessine vraiment une tendance à aller chercher le public à même la rue.La grande liberté laissée au spectateur donne un charme léger à la danse ainsi exposée.Dans ce même bateau hors les murs, nommons aussi La 2® Porte à gauche, qui a envahi le King- SYLVIE-ANNE PARE Image tirée du Nombre d'or, de Marie Chouinard dom Gentlemen’s Club avec son Danse à 10.2.Les bonnes intentions.Le plan directeur de la danse, fruit des réflexions de la communauté, dévoilé cette année, qui dessine le travail à venir pour structurer le milieu.Reste à tout un corps de métier à se retrousser les manches pour réaliser les propositions.3.À l’écran.On aura vu en 2011 bien des pas filmés.Ils dansent à la télé de nos impôts; Sur le rythme, premier film québécois de danse; même un spot pour Artv a repris le (Grand continental de Sylvain Emard.Sans compter, à l’international, le merveilleux Bina de Wim Wenders, précédé ici au cinéma du thermographique Ora de Philippe Baylaucq et José Navas.A la télé, Nico Archambault semble monopoliser le secteur — suivi de près par Geneviève Guérard — et traîner avec lui une spectacularisation de la danse, avec paillettes et flashs, parfois loin de la réalité du milieu.Une percée pour la danse dans un média grand public ou une image déformée?A voir.4.Petites machines, gros effets.En intégration des technologies à la danse, small seems beautiful.Sophie et Thomas Corriveau, dans Jusqu’au silence, et Stéphane Gladys-zewski, pour Danse à 10, ont réussi à pondre des effets extra avec quelques caméras trafiquées, des projections très ciblées et une intégration danse-image intelligente.On inclut le très cinématographique Derrière le rideau d’Anne Thé-riault et Martin Messier, où lumières et musiques, alternant entre silences, noirceurs et va- Photographie © Edward Burtynsky, courtoisie de (a Nicholas Metivier Gallery, Toronto EDWARD BURTYNSKY: PETROLE JUSQU' AU 8 JANVIER 2012 690, Sherbrooke Ouest ^ McGill www.musee-mccord.qc.ca ^ Groupe Banque SCOtia’° OrisnwteparlaCiveonjnQo»»^'»'^.PrtswUpir I Wathinfion.D.C.iMpfOdulMfrlceau III concoi»»((n*reuxduGn3upeBanQgeScotia.W^ltl iT.iaiiwn StuCSasettr „„ iIaJ carmes à fond la caisse, créent, simplement, un oppressant suspens.A l’inverse, la grosse machine Intérieur de kondition pluriel, pour l’ouverture du nouveau dôme à 8 millions de dollars de la Société des arts technologiques, a fait l’effet d’un pétard mouillé, avec son atmosphère Epeot Center circa 1993.Faut-il donner aux artistes les moyens d’apprendre à utiliser ce méga-outil pour qu’il soit réellement efficace?5.La fausse bonne idée.Le Théâtre La Chapelle a proposé une programmation beaucoup plus dynamique côté danse.Bravo! En allant chercher des talents de la relève qui se seraient produits encore à Tangente, en demi-soirée, en leur offrant plus de moyens, la bonne idée a pourtant fait couac.Jusqu’à préseuL les jeunes ainsi propulsés ont bénéficié de machines rutilantes — costumes, DJ, accessoires — pour des pièces chorégraphiquement faibles, qui souffrent de manque à dire, jouent sur l’effet en se révélant sans fond.C’est à se demander si Tangente, dont la formule impose des chorégraphies courtes, n’est pas tombée pile sur une formule gagnante dans la construction d’une écriture artistique.6.Les moments de joie gagas des deux critiques danse (dans le désordre).Carol Prieur, que ce soit dans Le nombre d’or (LIVE) de Marie Chouinard à Danse Danse ou dans Les désillusions de l’enchantement de Tony Chong, nous a laissées bouche bée.Peter Trosztmer, surtout pour Myths and Machines (Tangente), où il est aussi chorégraphe, mais également pour le duo dansé avec Lucie Vigneault dans 4quART de La 2® Porte à hanche (Danse-Cité).Costing not Less than Everty-hing (Tangente), petit bijou de solo.La magie vient-elle de la mature et magnifique Holly Bright (on veut la revoir!) ou de la signature chorégraphique de Susanna Hood?Heureux mystère.L’irrésistible (words) de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet à Danse Danse.Junkyard/Paradise de Méla-nie Demers, et sa belle dureté, à l’Agora de la danse.Plusieurs des frissons de l’année reviennent au ETA et dévoilent une bonne programmation au pro rata: Tempest: Whitout a Body de Lemi Ponifasio, magnifique et insupportable à la fois; El final de este estado de cosas, redux d’Israël Galvan, Still Standing You des deux fous Guilherme Garrido et Pieter Ampe.Le gros plaisir coupable: l’in-do-exotico-kitsch Bharati et sa tartinade Bolljwood.Le Devoir \ ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Le complexe Arsenal, dans Grifflntown, à Montréal ARTS VISUELS Neuf souvenirs marquants JEROME DELGADO L> année 2011 aura été celle ' des renouveaux: un chantier naval reconverti en complexe d’arfi un musée transfi^-ré, une galerie repensée.Voici un survol de ces moments forts, et d’autres, dont nous souhaitons qu’ils aient une incidence sur ce qui vient.Sur «le travail qui nous attend», comme le disait le titre de la Triennale québécoise du Musée d’art contemporain (MAC).1.La bombe Arsenal.Tel un paquebot échoué, le complexe Arsenal s’est amarré cet été dans un Griffmtown isolé pour redessiner la carte de l’art contemporain montréalais.Depuis, les galeries René Blouin et Division l’animent avec sérieux et, en septembre, le Mois de la photo l’a rendu incontournable.Il n’y a pas plus chic en ville, ni plus prometteur.2.Le nouveau Musée des beaux-arts de Montréal.Derrière sa façade d’église, le nouveau pavillon d’art québécois et cana- REMY BOILY L’artiste Gilles Mihalcean Galerie Walter Klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS 1200, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A1H6 | 514.288.7306 www.klinkhofF.com Nous venif ons et achetons des oeuvres d'art d'importance.Nous vous invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info@)klinkhoff.com dieu du MBAM s’intégre avec élégance à un environnement déjà dense.Pourtant, lui aussi bouscule les habitudes.Il a forcé le redéploiement des collections eti doublé d’ime salle de concerfi a modifié l’offre musicale en ville.Discret en apparence, précieux trouble-fête.Les fiiturs projets du genre devront s’en inspirer.3.La surprise: la galerie Roger Bellemare qui se dédouble.Une petite révolution marque aussi l’automne du Belge: l’apparition d’une enseigne inusitée, les galeries Roger Bellemare et Christian Lambert.Renouveau rare que cette fusion entre im galeriste, le plus expérimenté au Québec, et son ex-assistant.Symbole de pont entre les générations, cette double entité fait d’autant plus plaisir qu’elle conserve une programmation originale de qualité.4.La lucidité de Luis Jacob.L’expo L’œil, la brèche, l’image de Luis Jacob a été la meilleure du Mois de la photo 2011, celle qui a fait éclater, avec soin, le thème de la lucidité intérieure.Dans cette collecte d’images, l’artiste révèle sa vision très personnelle de ce qui mérite d’être,regardé et même conservé.A noter que l’expo est à l’affiche du Musée McCord jusqu’en février.5.Le MAC persiste et signe.La deuxième Triennale québécoise du MAC a souffert d’être inaugurée en octobre, au moment où l’autre musée déballait son pavillon d’art canadien.Elle a néanmoins paru indispensable.Comme fête de l’art d’ici et maintenant, la Triennale n’a pas d’équivalent, surtout quand elle est rehaussée d’un volet extérieur, d’une programmation live et d’un ouvrage de référence.6.La nécessité de collectionner: Entreprise collective.L’exposition estivale montée par le collègue Nicolas Mavri-kakis était un véritable ravissement pour l’œil.Des œuvres fortes, une scénographie audacieuse et un propos judicieux, sur la nécessité de stimuler les entreprises à acheter de l’art, ont radicalement transformé Espace Création, l’ennuyeuse galerie de Loto-Québec.S’il pouvait y en avoir d’autres comme celle-ci.7.Dean Baldwin, le ras-sembleur, au centre Clark.Dean Baldwin a mis en place un refuge, pour fêtards invétérés: un îlot-bar entouré de lits.Qu est dans le froid de février et l’installation Bunk Bed City a tout du réconfort d’après-ski.L’artiste ontarien établi à Montréal a refait le coup à la Triennale québécoise, sous la forme d’un voilier chaviré, avec le même noble objectif: nous réimir tous.8.Tourner autour, la bonne idée! L’été à la galerie Simon Blais s’est déroulé sous le signe de l’expérimentation.Loin des thèmes estivaux habituels, l’expo Tourner autour proposait une rencontre inusitée entre trois univers disparates: la peinture monochrome de Guy Pellerin, le dessin intimiste de Sylvie Cotton et la peinture gestuelle et répétitive de Jean-Benoît Pouliot.Une boiiffée d’air frais salutaire.9.Les miniatures de Gilles Mihalcean.Connu pour ses sculptures monumentales, dont certaines publiques {Monument à la Pointe, près du marché Atwater), Gilles Mihalcean a surpris en février avec une expo de petits objets à la galerie Roger Bellemare.Qu y retrouvait le savoir-faire et le plaisir pour les matières si caractéristiques à son travail.Quarante ans de labeur qui ont fini par être salués en novembre par le prix Borduas.Collaborateur du Devoir Mario Merola studio 216 514.381.6338 Investir dans un cadeau en Art jusqu’au 31 déc.La plus importante collection de petits formats d’œuvres de grands mmtres au Canada ! Barbeau Chagall Dallaire Feito Ferron Gagnon Jackson Letendre Little Miro Picasso Renoir Robinson Suzor-Côté 2160 me Crescent, Montréal, www.lafitte.com depuis 1975 • 514.842.1270 LE DEVOIR, LES SAMEDI SI DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE 1“ JANVIER 2012 E 5 HASTA LA VISTA de Geofft^ Enthoven Version originale flamande et française avec sous-titres fram Belgique.2011.108 min.(En attente de classement).Prix du public et mention spéciale du jury du Prix oecuménique THEATRE DUTREMDNT CINEMA NUIT#1 «D’aucuns parleront de talent (.) mol j’appelle cela de la magie.» François Lévesque, LE DEVOIR >c Catherine De Léan «i Dimitri Storoge un fin ita Anns Émond IfWÂl I—EXC3NTRIS—irCINÉMABEAUBIENll-cinéma-1 v.qavk^— cinémasamc comsulthles |1p| I 514m7H22C36 11 a8& DaaifctoTw-aoeo 11 LE CLAP I jl-g FQPÜM gg| Palmarès 2011 Le vide existentiel Les critiques de cinéma du Devoir, Odile Tremblay, Martin Bilodeau, André Lavoie et François Lévesque, livrent ici leurs coups de cœur de 2011 à travers quatre «top ten»; des films qui les ont éblouis et émus, en marquant souvent l’année du septième art ici et ailleurs.Tous ces films ont pris l’affiche en salle commerciale au Québec en 2011.ODILE TREMBLAY Il est toujours intéressant de voir un même thème survoler les cultures, en changeant de modulation.Ainsi, le vide existentiel de so- SOURCE FILMS SEVILLE Gilbert Sicotte dans Le vendeur, de Sébastien Pilote ciétés en perte de repères s’est décliné sur plusieurs tons au cinéma, avec des réponses différentes à la clé.Dans Shame {Honte), le film-choc de l’irlandais Steve McQueen, tourné à New York, le personnage incarné par Michael Fassbender souffre d’une dépendance au sexe, mais le cinéaste transcende son sujet pour aborder ce vide en complet vertige, un des signes de notre modernité.McQueen refuse à son héros la rédemption, même s’il la cherche, et n’offrira aucun happy end au spectateur en guise d’échappatoire.Dans le très réussi Le vendeur de Sébastien Pilote, c’est le travail qui agit comme drogue et fait perdre pied au personnage d’as des ventes brillamment incarné par Gilbert Sicotte dans sa petite ville en débâcle.Le réalisateur québécois laisse flotter à la fin tous les possibles, sans délivrer pour autant cet homme des démons qui ont causé sa chute.Avec le film puissant, frontal et minimaliste Année bissextile, le Mexicain Michael Rowe explore le néant et la douleur d’une vie fracassée, celle de Laura (Monica del Carmen), qui carbure au sexe pour mieux appeler la mort, qui se défile cruellement.Y’a de l’espoir Mais la plupart des cinéastes offrent un baume à tputes ces plaies ouvertes.La Québécoise Anne Émond, dans l’excellent duo d’érotisme et de profondeur Nuit # 1, traite, à travers un personnage à la vie sexuelle également absurde et frénétique, joué par Catherine de Léan, cette fuite en avant, mais elle ouvre une porte sur l’amour et des lendemains qui chantent.Les graves dérapages moraux d’Uxbal Gavier Bardem), petit salaud trafiquant des bas-fonds de Barcelone dans le très noir Biutiful du Mexicain Alejandro Gonzales Inàrritu, lui permettent, en évoluant comme père vers le don, d’embrasser en bout de piste une mort honorable.L’Américaine Sofia Coppola est une cinéaste qui excelle à camper la vacuité des riches, même si son Somewhere {Quelque part), où son héros, une star de cinéma, tombeur de blondes et amateur de Ferrari (Stephen Dorff), livre son blues en mode mineur.Elle aussi donne à la paternité assumée pleins pouvoirs de rédemption, tout comme dans l’excellent The Descendants {Les descendants) de son compatriote Alexander Payne.Un Hawaïen en perte de valeurs humaines (George Clooney) retrouve une éthique de vie en renouant avec h SOURCE MAPLE PICTURES Javier Bardem dans Biutiful, d’Alejandro Gonzales Inàrritu ses filles et ses origines, tout en faisant le deuil de sa femme.Parfois, quand la laideur du monde et le malheur sont trop grands, l’échappée vers le ciel provient de l’art salvateur.Ainsi, dans Le poème du Coréen Lee Chang-dong, une merveilleuse sexagénaire, interprétée avec une sensibilité admirable par Yun Junghee, devant le crime sexuel de son petit-fils, sa propre maladie dégénérative et sa vie passée en somnambule, oppose le rempart supérieur de l’immortelle poésie.Le Devoir Mes favoris: 1.Shame, de Steve McQueen 2.Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois 3.Ix Quattro volte, de Michelangelo Frammartino 4.The Tree of Life, de Terrence Malick 5.Essential Killing, de Jerzy Skolimowski 6.Ix poème, de Lee Chang-dong 7.The Artist, de Michel Hazanavicius 8.The Descendants, d’Alexander Payne 9.Pina, de Wim Wenders 10.Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau Dieu est partout (même au cinéma) ANDRÉ LAVOIE Questionnée sur la possible ou improbable existence de Dieu, Marguerite Duras disait toujours: «Je n’y crois pas, mais f en parle tout le temps.» D’autres cinéastes ne sont pas aussi bavards sur le sujet, mais chaque année, entre deux comédies débilitantes et quelques superproductions destinées à défoncer les tympans.Dieu effectue de subtiles apparitions dans un cinéma près de chez vous.Elles ne suivent pas toujours les diktats de l’iconographie religieuse, mais un véritable désir de transcendance se matérialise parfois.Même si beaucoup de choses semblent les opposer, deux des meilleurs films de l’année 2011 exposent les multiples contours de cette présence indicible dont la matérialité est encore loin d’être prouvée.Les sublimes héros en soutanes du superbe Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, et l’architecte tourmenté du non moins remarquable The Tree of Life, de Terrence Malick, sentent autour d’eux cette for- ce diffuse, cette source qui jaillit de partout comme de nulle part.Chez Xavier Beauvois, celle-ci guide les gestes d’une communauté chrétienne au cœur du monde musulman, incapable de céder à l’obscurantisme des intégristes et de renier leur mission auprès de leurs semblables, peu importe que ceux-ci vénèrent Jésus-Christ ou Allah.Or leur foi, si grande soit-elle, ne les éloigne ni des doutes ni de la peur de la mort, donnant à leur sacrifice, celui de rester dans l’Algérie ensanglantée des années 1990, une dimension quasi mystique.Quant au personnage énigmatique et évanescent incarné par Seau Penn dans The Tree of Life, ses angoisses se vivent en solitaire, constamment assailli qu’il est par les souvenirs du passé, un passé qui dépasse sa propre existence car le cinéaste, ce moine du cinéma américain (à peine cinq films en quatre décennies et une discrétion légendaire) , nous projette à la fois dans les origines (cosmiques) du monde et un im- probable au-delà aux parfums d’eau saline.Entre l’arbre et l’écorce.Cette illustration d’une vie après la mort, bijou cinématographique qui donne foi dans le septième art, n’est pas la seule à avoir pu étonner cette année.Dans un registre plus intimiste, Julie Bertucelli présente le concept de la réincarnation dans une forme à la fois simple et surprenante.Au cœur de L’arbre, une fillette orpheline de père est convaincue de sa présence toujours vivante, quelque part derrière l’écorce de l’immense figuier qui surplombe sa maison.Et si l’on peut cultiver notre foi entre l’arbre et l’écorce, d’autres n’hésitent pas à la pratiquer dans les entrailles de la terre, comme l’illustre le cinéaste kamikaze Werner Herzog dans le documentaire Cave of Forgotten Dreams.Au fond d’une grotte au cœur de l’Ardèche se cachent les plus vieux dessins du monde, exécutés avant ceux de Lascaux; s’agit-il de simples scènes de chasse ou de symboles religieux qui échappent à notre compréhen- sion?Pour le moment.Dieu seul le sait.Pendant ce temps, certains attendent toujours son retour alors que d’autres, y compris bon nombre de cinéastes inquiets, tourmentés ou à la foi inébranlable, viendront encore nous donner de ses nouvelles.Prions pour qu’ils s’inspirent un peu de Beauvois ou de Malick.Collaborateur du Devoir Mes favoris: 1.Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois 2.Another Year, de Mike Leigh 3.The Tree of Life, de Terrence Malick 4.La femme aux 5 éléphants, de Vadim Jendreyko 5.Melancholia, de Lars Von Trier 6.The Artist, de Michel Hazanavicius 7.Essential Killings, de Jerzy Skolimowski 8.Monsieur Lazhar, de Philippe Ealardeau 9.Drive, de Nicolas Winding Refn 10.lx poème, de Lee Chang-dong SOURCE METROPOLE FILMS Une scène du film Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois ?« Un voyage émouvant et inoubliable ! » Aline Apostolslra, La Presse «c Fascinant!^ OdMe Tremblay, Le Devoir www.plna-lefilm.ca ® PRÉSENTEMENT A L-AFFICHi VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS f A™irciNÉMA BEAUBIEN] 1 QUARTIER LATIN II zsoe.Beaubien E 721-6060 11 BOUCHERVILLE 1 r 1 CONSULTEZ LES GUIDES-~ HORAIRES DES CINÉMAS VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-RTRES ANGLAIS 1— CINÉMASAMC Ile forum 221 ^MAISON DU CINÉMA^ | CINÉMA PINE ii CINÉMA | 1 SHERBROOKE 11 STE-ADÈLE N LE CLAP 1 .BRILLANT ! EXEMPLAIRE ! SOPHISTIQUÉ I TIENT EN HALEINE JUSQU'À LA FIN; FACILEMENT UNE DES MEILLEURES ADAPTATIONS D'UN LIVRE DE JOHN LE CARRÉ.UN PLAISIR DETDUS LES INSTANTS ! - MARTIN IIIIIAC,lfCW/M.i:i] « ÉLÉGANT.UNE PRESTIGIEUSE DISTRIBUTION.» HARC-ANDHÉ LUSSIER,UffifSSf GARYDLDNAN LA TAUPE VFDETINIEIIIAILDIISDLDIEIISPT CDLIN TDM JDHN TDBY MARK FIRTH HARDY HURT JDNES STRONG UIEILHDE TDNinLEIIEDSDI INSPIRE DU BEST-SELLER DE JDHN lg CARIE r: E LBTBipe.LHFllii VERSION FRANÇAISE r CINEPLEX DIVERnSSEMENTn VERSION ORGINALE ANGLAISE CINÉMASAMC A LAFFICHE EN ! - cinémasamc -1 “ JR^^ÔNÉMAS rOUARTIER latin! IlE FORUM 2^ consultez les guides-horaires des cinémas SOYEZ LES PREMIERS À DÉCOUVRIR LA COMÉDIE LOUFOQUE (( L’ÉLÈVE DUCOBU«AVEC PLUS DE 1,5 MILLION D’ENTRÉES EN FRANCE euE josepum vMceOT mterre sw» Ma®» sciwoüK xmmK ciAum chapp€v podalÿdbs No&osm ?«Une réussite.» Métro «fiitnde Philippe de Chduweron D’après la bande d le Godi ( (d/élève Ducobu» de Godi et Zidrou publiée par Le Lombard I www.azfilms.ca | @ A L’AFFICHE EN EXCLUSIVITE! (CINEMA BEAUBIEN] tous les jours: I 2896, Beaubien E.721-6060 | 9h40 ¦ 13h30 ¦ 17h40 7580 ^ E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI SI DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE I JANVIER 2012 CINEMA SOURCE FILMS SEVILLE Une scène de Melancholia, de Lars Von Trier Sous le sable FRANÇOIS LEVESQUE Selon Jean Anouilh, «les apparences suffisent largement à faire un monde».C’est particulièrement vrai dans le septième art puisqu’après tout, le propre du cinéma est de créer l’illusion d’un univers tangible peuplé de personnages aux comportements reconnaissables.Le but: l’identification.Or, lorsque l’œuvre se penche sur la notion même d’apparence, elle accroît son pouvoir de fascination.Puisqu’il s’y projette, le spectateur est en effet amené à examiner les faux-semblants qui peuplent son monde à lui.Parce qu’il perçoit ce qui se tapit derrière îe miroir, l’artiste cinéaste, mieux que quiconque, sait dissiper les apparences et révéler ce qu’elles cachent.En 2011, le vernis a craqué dans plusieurs longs métrages.Filiations En terrains connus, de Stéphane Lafleur, donne à voir un frère et une sœur aux antipodes.Plutôt que d’affirmer leurs différences, un événement insolite les soudera davantage.Dans Melancholia, Lars Von Trier joue lui aussi de fdiation contrastée avec deux sœurs antithétiques: la blonde et la brune, l’intuitive et la pragmatique.Confrontées à l’imminence de l’Armageddon, la première encaisse l’impensable avec sérénité tandis que la seconde révèle une nature profondément instable.La façade se fissure également cjiez Steve McQueen et Anne Emond.Qu’il s’agisse d’un cadre new-yorkais éroto-mane (Shame) ou d’une jeune enseignante abonnée aux histoires d’un soir (Nuit #1), le sexe vise à colmater une brèche qu’on s’applique à nier.Dans les deux cas, la reconnaissance de cette blessure engendrera une catharsis salutaire.La mort qui vient Pour le médium qu’incarne Javier Bardem dans Biutiful, l’éveil à soi et à ce qui se trouve autour de soi passe aussi par la douleru: celle qui annonce la visite prochaine de la Paucheuse.Dans le trop peu vu La vérité, de Marc Bisaillon, un homicide involontaire révèle deux amis à eux-mêmes alors que chacun réagit différemment à la perspective de s’en tirer sans être inquiété.Imrsque le père merut dans des circonstances troubles dans Marécages, un conflit larvé entre la mère et le fils SOURCE 20TH CENTURY EOX George Clooney et sa petite famille dans The Descendants éclate, suggérant quelque chose de plus complexe.Si la mort guette encore à distance la douce grand-mère qui se met à la poésie sur le tard dans Le poème, la maladie (d’Alzeihmer) agit comme un agent révélateur de ce qui lui a échappé alors qu’elle jouissait de toutes ses facultés.Hanté par la perte de sa femme et de sa fille, le chirurgien de La peau que j’habite fomente une vengeance dont les tenants et aboutissants sont révélés au compte-gouttes par Pedro Almodovar.Dans cette œuvre de noirceur et de beauté, le deuil ouvre sru le potentiel cje monstruosité de l’homme.A l’inverse, lorsqu’il doit composer avec le coma irréversible de son épouse, un avocat hawaïen dévoile à ses filles, et surtout à lui-même, une richesse intérieure insoupçonnée.Sous la surface des choses, le cinéaste Alexander Payne trouve matière à espérer.Collaborateur du Devoir Mes favoris: 1.Shame, de Steve McQueen 2.La peau que j’habite, de Pedro Aknodovar 3.Melancholia, de Lars Von Trier 4.Marécages, de Guy Edoin 5.Le poème, de Lee Chang-dong 6.Biutiful, d’Alejandro Gonzalez Inàrritu 7.Nuit #1, d’Anne Emond 8.En terrains connus, de Stéphane I^eiu 9.La vérité, de Marc Bisaillon 10.The Descendants, d’Alexander Pajme www.clnemaduparc.com AUX MEILLEURS PRIX LES MEILLEURS FILMS À VOIR Métro Place des Arts rCINÉMA DU PARC É Autobus 00/129 I 3575 Du Pare 514-281-1900 « Un beau film humaniste d’une grande tendresse.Sincère et émouvant.» Maxime Demers, Journal de Montréal ?« Montre si bien la joie de vivre provençale! Un vrai bonheur de cinéphile! » Maud Cuechi, Le Droit PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE! ONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉ ^metropoletilms-com 'j SOURCE FNC Antonio Banderas dans La peau que j’habite, de Pedro Almodovar «Une œuvre fascinante, à la fois amusante et inquiétante.Lumineux et exubérant!» Marc Cosiivi, La Presse SÉLECTION OFFICIELLE FESTIVAL DE CANNES S011 SÉLECTION OFFICIELLE FESTIVAL IDU FILM DE NEW YORK PRÉSENTATION SPÉCIALE FESTIVAL DU FILM DE TORONTO LA PEAU QUE J'HABITE un film de PEDRO ALMODÔVAR www.lapGGuquQihGbite.cG Qualité Québec Une année riche pour le cinéma d’auteur d’ici MARTIN BILODEAU Tandis que les productions ouvertement commerciales, telles Lunkytown, Le sens de l’humour et Starbuck, ont récolté aux guichets des recettes en deçà des attentes de leurs producteurs et distributeurs, 2011 marquait pour le cinéma d’auteur québécois un an de grâce dont Monsieur Lazhar constitue la face visible.La surprise a surgi de partout, et la vitalité de notre cinéma s’est imposée, film après film, à des degrés variables et discutables peut-être, mais sur la foi d’une tendresse nouvelle de nos institutions de financement envers les propositions de cinéma audacieuses, ainsi qu’envers les auteurs, qu’ils soient établis ou issus de la relève.Ainsi, en 2011, des vétérans tels André Forcier (Coteau rouge) et Micheline Lanctôt (Pour l’amour de Dieu) ont chèrement défendu la place qui leur appartient avec des filrps personnels et réussis.A l’autre extrémité du spectre générationnel, de nouveaux créateurs de cinéma de fiction se sont impo-s,és vigoureusement — Guy Çdoin (Marécages), Anne Emond (Nuit #1), Patrick De-mers (Jaloux) —, tandis que d’autres ont poursuivi une œuvre déjà reconnaissable axée sru l’économie de moyens, l’engagement social et l’exigence artistique — Benoît Pilon (Décharge), Maxime Giroux (jo pour Jonathan), Marc Bisaillon (La vérité), Mathieu L.Denis et Simon Lavoie (Lau-rentie).Nos films, en 2011, ont rayonné dans les plus grands festivals: Sundance (Le vendeur), Berlin (En terrains connus), Cannes (La nuit, elles dansent), Karlovy Vary (Roméo Onze, Laurentié), Locarno (Monsieur Lazhar), Venise (Marécages, Café de Plo-re), Toronto (Nuit #1, Monsieur Lazhar et plusieurs autres).Il y a tout lieu d’être fier, de pavoiser, de le crier, à coups de «J’aime» et de tweets, pourquoi pas.Une ombre au tableau Mais il y a une ombre au tableau.De voir nos films récolter prix et éloges dans le circuit festivalier mondial, pour ensuite être poussés dans le pipeline de la diffusion en salle fondée sur un modèle inadapté pour eux, n’a plus aucun sens.En terrains connus.Marécages, Jo pour Jonathan, Laurentie, Jaloux et Nuit #1 ne méritaient pas d’être soumis à cet exercice humiliant.Ces films touchent un public averti, cinéphile, volatil, qui s’est raréfié.Ils n’en sont pas moins indispensables.Exception faite de Café de Llore, de Monsieur Lazhar et du Vendeur, qui ont chacun à leur échelle éveillé la curiosité du grand public, nos films d’auteur ont mordu la poussière.' r, ^ U' ’'Vf à SOURCE FNC Dimitri Storoge et Catherine de Léan dans Nuit #1, d’Anne Emond VERO BONCOMPAGNI La ciasse de Monsieur Lazhar, de Phiiippe Faiardeau C’est difficile à concevoir, quel- de qualité est à ce point élevé, le que soit l’année.Mais ça l’est davantage quand le niveau Collaborateur du Devoir Mes favoris: 1.Another Year, de Mike lœigh 2.Melancholia, de Lars Von Trier 3.Le poème, de Lee Chang-dong 4.Shame, de Steve McQueen 5.Monsieur Lazhar, de Phihppe Faiardeau 6.Tree of Life, de Terrence Maiick 7.Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois 8.Le vendeur, de Sébastien Pilote 9.War Horse, de Steven Spielberg 10.En terrains connus, de Stéphane I^eur cussicr etropolefllms.com '¦ HORAIRES DES CINÉMAS SOURCE METROPOLE FILMS Luc Picard dans Marécages, de Guy Edoin LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE I JANVIER 2012 E 7 LIVRES POLARS Un trio infernal MICHEL BELAIR Avec Henning Mankell, Ake Edwardson, Arne Dabi, Stieg Larsson et Jo Nesbn, Ar-naldur Indridason fait maintenant partie de la crème de la crème des écrivains nordiques qui ont transformé complètement l’image du polar en y redéfinissant le «réalisme social».Depuis la publication de La cité des jarres, chez Métaillé en 2005 — son troisième livre paru à Reykjavik en 2000 —, les romans d’Indridason, et plus particulièrement les enquêtes de son commissaire Erlandur, ont été traduits en une douzaine de langues et vendus à des millions d’exemplaires dans plus de 25 pays.Bouc émissaire Sept romans de l’écrivain islandais ne sont toujours pas disponibles, et ce Betty (publié en islandais en 2003) arrivé dans les librairies à la veille des Eêtes est le huitième roman d’Indridason à être traduit en français.C’est aussi la deuxième histoire d’affilée dans laquelle le commissaire Erlandur est pratiquement absent.Dans le roman précédent, Rivière noire, c’est l’une des enquêteuses de l’équipe d’Erlendur qui se charge brillamment de l’affaire pendant son absence, mais ici, le commissaire n’est mentionné que dans une seule phrase, par la bande presque, durant un interrogatoire.Tout le roman se passe dans la tête d’un narrateur dont on saisira qu’il est en détention préventive et que l’on mettra une bonne centaine de pages à identifier clairement.Lorsque tout à coup l’on apprend qui est ce personnage soupçonné du meurtre d’un industriel, on comprend toute l’ampleur du drame dans lequel il s’enfonce.et l’on saisit la dimension du talent d’Indridason, que l’on n’avait pas vu venir une seule seconde en ces eaux brouillées.Betty raconte, par l’arrière pourrait-on dire, la mise en place d’un piège, d’une immense trappe en forme de crevasse ouverte sur une tempête de neige et au fond de laquelle on va retrouver un homme au crâne fracassé.Peu à peu, on découvrira toute une série d’histoires encastrées les unes dans les autres comme des poupées gigognes et orbitant, toutes discrètement, autour de l’énigmatique personnage de Betty.On ne vous en racontera évidemment pas plus sur l’intrigue du roman, mais on ne peut s’empêcher de souligner à quel point l’écriture d’Arnaldur Indridason est ici remarquablement efficace et précise.Au point de vous-nous rouler dans la farine, ou la poudreuse peut-être, comme ce n’est pas permis.Une réussite par son atmosphère trouble, sa couleur sépia, sa finesse d’analyse et son intrigue vraiment insidieusement multiple.LE polar à vous taper au coin du feu s’il vous reste des vacances de fin d’année.Éclats de tous types Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien d’autre d’intéressant dans la fournée de fin d’année.bien au contraire! Rapidement, Betty d’Arnaldur Indridason est LE polar à vous taper au coin du feu s’il vous reste des vacances de fin d’année.comme ça, on vous propose deux gros livres irrésistibles.D’abord un classique: Le ciel se trouve sur terre d’Ake Edwardson.Cette enquête du commissaire Erik Winter nous fait faire un petit saut de quelques années dans le passé.A l’époque.Winter et Angela ne sont pas mariés et ils n’ont encore qu’une fille, Eisa.Or il se trouve que dans cette enquête, où l’on voit l’équipe de Winter se souder autour de lui, on traque un mystérieux agresseur d’enfants qui sévit près des garderies de Go-teborg.dont celle que fréquente la petite Eisa.On le devine, le commissaire est dans tout ses états.Encore une fois, le livre d’Edwardson se déroule au rythme de la vie de tous les jours sans véritables éclats et surtout sans esbroufe à l’américaine.Winter et son équipe avancent lentement, accumulant les rares indices et remontant toutes les pistes longtemps sans avoir le moindre succès jusqu’à ce que, tout à coup, les vannes s’ouvrent et que les fils se nouent pour dessiner une image qui se tient.Comme d’habitude, on ne trouvera là que de l’humain bien senti, parfois lourd, parfois simple, mais toujours vrai.Mais il n’y a pas que des polars nordiques dans la vie! En voici un français, comme son titre l’indique.Non stop, qui se déroule dans l’Amérique d’aujourd’hui gouvernée par un premier président noir qui ne porte pas le nom de Barack Obama malgré un chapelet de ressemblances criantes.L’intrigue de Erédéric Mars est super serrée, on vous prévient.Nous sommes en 2012 et l’Amérique, à la veille de passer aux urnes, est attaquée de toutes parts et surtout de l’intérieur par des milliers de personnes portant des stimulateurs cardiaques, des «peacemakers» comme on dit en Eran-ce, qui sont bourrés de charges explosives de nitrite.Je ne révèle rien puisque vous pouvez déjà lire tout cela en quatrième de couverture.Par contre, il vous faudra être particulièrement vigilant pour suivre les agents des divers bureaux qui cherchent à désamorcer le complot et à en retracer les origines.Attention à vos nerfs: le gros livre de Erédéric Mars est construit comme un TGV qui déboule à pleine vitesse! Le Devoir BETTY Amaldur Indridason Traduit de l’islandais par Patrick Guelpa Editions Métaillé, coU.«Noir» Paris, 2011,206 pages LE CIEL SE TROUVE SUR TERRE Ake Edwardson Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud Editions JC Lattès Paris, 2011,428 pages NON STOP Frédéric Mars Editions Hachette, coU.«Black Moon» Paris, 2011,667 pages E N BREF Un enquêteur à l’asile On apprenait cet été que Jacques Côté avait remporté pour la troisième fois le prix Arthur-Ellis du roman policier francophone pour Dans le quartier des agités publié chez Alire.Ce roman, qui a pour personnage central un médecin aliéniste qui a vécu au XIX'^ et dirigé l’Asile Saint-Jean-de-Dieu, raconte la première enquête de Georges Villeneuve alors qu’il étudiait avec Charcot à Paris.Ce premier roman est complété par une deuxième enquête de Georges Villeneuve, publiée un peu plus tard à la fin de l’été: Le sang des prairies — une histoire autour de la révolte de Louis Riel — complète ainsi le cycle des «Cahiers noirs de l’aliéniste».Les deux ouvrages sont offerts en version papier ou en format électronique.On en apprendra davantage sur www.alire.com/Ro-mans - Le Devoir L’essentiel de Maigret La chose tient quand même de l’exploit: entre 1931 et 1972, le héros de Georges Simenon, le célèbre commissaire Maigret, mène plus d’une centaine d’enquêtes publiées dans 75 romans et 28 nouvelles.Le tout en un peu plus de 40 ans; il faut le faire, non?Pour mieux saisir l’art de Simenon, les éditions Omnibus publient Lfô essentiels de Maigret, un gros livre de 1170 pages rassemblant 11 des enquêtes les plus célèbres de Maigret.- Le Dewfr OUVRAGES DE REFERENCE Quand écouter le jazz ne suffit pas La parution ùw.Nouveau dictionnaire du jazz est sans aucun doute d’une importance capitale GILLES ARCHAMBAULT Le jazz ayant fait partie de mon ordinaire depuis bon nombre d’années, j’ai toujours été friand d’ouvrages que cette musique a suscités.Ainsi mon exemplaire du Dictionnaire du jazz, édition 1994, est-il annoté.Des musiciens meurent, d’autres dont l’importance paraissait fort relative acquièrent une renommée méritée ou non.La parution du Nouveau dictionnaire du jazz de Philippe Caries, André Clergeat et Jean-Luc C ommoli m’apparait donc sans aucun doute d’une importance capitale.D’autant qu’à ce qu’il semble, on a amélioré le produit.En dix-sept ans, le jazz a évolué, de nouvelles figures sont apparues.La mouche et le désert On trouvera donc des notices biographiques sur des jazzmen moins connus.Steve Slaggle, Jim Snidero, Christopher Holliday, par exemple.Comme l’entreprise est française, il ne faudra pas se surprendre d’y trouver des entrées consacrées à des instrumentistes qui sont pour nous de purs inconnus.On peut prendre la mouche, s’énerver, mais pourquoi ne pas se féliciter d’avoir enfin à portée de lecture des renseignements sur des musiciens qu’il vaut peut-être de découvrir.Si on parait curieux de la carrière de souffleurs européens, on n’a certes pas cette même soif de connaissances pour des artistes du Québec ou même du Canada.Si l’on fait exception d’incontour- BERTRAND GUAY AFP Miles Davis en spectacle au Festival de jazz de Paris, en 1990 nables comme Oscar Peter-son, Paul Bley, Maynard Fur-guson, Ed Bickert, c’est le désert.Un désert que vient peupler Oliver Jones ou encore François Théberge.On me répliquera que les disques de Yannick Rieu, de François Bourassa ou de Michel Donato ne sont pas facilement repérables dans les FNAC, il n’empêche.Ont été nettement améliorées et multipliées les définitions de termes associés au jazz et les inscriptions définissant des termes aussi galvaudés que ceux d’improvisation, par exemple.En quatrième de couverture, on nous apprend que ce dictionnaire comprend 3200 articles écrits par une armée de collaborateurs.Réserves Si j’avais à redire sur cette distribution des tâches, j’en aurais surtout contre la qualité variable des collaborations et l’espace dévolu à certains musiciens.Admirateur déraisonnable de Zoot Sims, j’ai été chagriné de vérifier qu’on n’a apporté aucune variante au texte écrit pour l’édition de 1994.Des musiciens dont la nullité est incontestable se voient allouer un commentaire plus éloquent et plus élaboré.Quand on en arrive à Jimmy Rowles, pianiste qui a tant compté dans la carrière de mon saxophoniste — que de merveilleux disques Pablo enregistrés dans les années 1970 et 1980! —, il n’est même pas fait mention de cette collaboration tenue par les spécialistes comme marquante.Quant à Jay McShann, on ne cite comme date de naissance que celle du 12 janvier 1909, alors que le pianiste a souvent dit qu’il était né en 1914.J’arrête ici l’étalage de mes réserves.Il est évident que cet outil, imparfait comme le sont tous les dictionnaires et toutes les encyclopédies, peut rendre d’immenses services tant à l’amateur éclairé qu’au novice.Puisqu’il est vrai qu’un art ne peut se déguster que si on possède de son éclosion et de son développement des vues précises.A cause des multiples facettes que nous offre ce dictionnaire, il appert sans nul doute qu’il peut être un précieux livre de chevet.Collaborateur du Devoir LE NOUVEAU DICTIONNAIRE DU JAZZ Philippe Caries, André Clergeat, Jean-Louis Comoli Robert Laffont, coU.«Bouquin» Paris, 2011,1457 pages LITTERATURE DE VOYAGE Paroles de voyageuses pour s’évader un peu CHRISTIAN DESMEULES / Ecrivaine belge de langue néerlandaise, journaliste à la plume littéraire née en 1953 — elle vit aux Pays-Bas depuis longtemps —, Lieve Joris a beaucoup voyagé au Moyen-Orient et en Afrique.Presque toujours pour de longs séjours immersifs qu’elle a le plus souvent transformés en livres.Elle sait comment peut et doit se construire un regard d’écrivain, loin des injonctions de l’actualité, toujours à l’affût de «personnages inattendus» et singuliers pouvant résumer à eux seuls une réalité sociopolitique souvent complexe.C’est sa méthode, si on peut dire.Elle l’a fait avec Mon oncle du Congo, avec Les portes de Damas et avec Mali Blues (Actes Sud, 1990,1994 et 1999).Elle l’exerce aussi dans Joyeux Noël, Ismaïl, en nous racontant sa rencontre en Syrie avec un médecin kurde passionné de Baudelaire et de Dostoïevski: «Je voulais savoir comment on vivait dans des régions dont personne ne parlait.Je voulais voir quelque chose d’arbitraire, de fortuit.» Avec ce récit et les neuf autres qui forment Ma cabine téléphonique africaine, lieve Joris comprime l’espace et le temps.Elle pénètre dans le petit Bombay de Dar es Salam (/Love Tanzania), fait la rencontre d’un réparateur néerlandais de tracteurs sur une ile au nord de Zanzibar {Mister Jacob), s’infiltre pour quelques semaines dans une petite pension du Caire, passe quelques jours en compagnie du grand journaliste Ryszard Kapuscinski chez lui, en Pologne, avant la chute du communisme.Ces textes, écrits pour la plupart au cours des années 80 et 90, témoignent tous d’un art du portrait subtil et remarquable.Le Maroc sans peine Ni journaliste ni totalement écrivaine, dans son acception plus littéraire, Marie-Eve Martel, c’est plutôt l’amie qui voyage et qui envoie de longues cartes postales.Quelque part entre le blogue évolué et le compte rendu sans prétention, la Montréalaise de 30 ans nous raconte, dans Whisky berbère, son quatrième livre, les deux mois de son dernier voyage au Maroc.L’auteure de Passeport pour l’Iran et de Sous le soleil syrien mêle à ses notes de 2010 celles d’un premier séjour fait huit ans plus tôt.Bien entendu, l’hospitalité légendaire et l’humour des Marocains opèrent très vite.Le whisky berbère, c’est-à-dire le thé à la menthe, lubrifiant social par excellence, fait le reste.Autant d’occasions pour l’auteure de sonder les Marocains quant à la situation et à l’avenir de leur pays.Armée de son arabe bancal, de son courage et de sa débrouillardise, Marie-Eve Martel nous fait partager son voyage et sa découverte d’un pays fascinant.Le ton est assez vif, comme d’habitude, peut-être plus personnel que dans ses livres précédents.Un récit utile pour s’évader ou pour qui voudrait s’aventurer au Maroc sac au dos hors des sentiers battus en évitant de tomber dans les pièges touristiques bien tendus.Collaborateur du Devoir MA CABINE TÉLÉPHONIQUE AFRICAINE lieve Joris Traduit du néerlandais par Marie Hooghe Actes Sud Arles (France), 2011,174 pages WHISKY BERBÈRE Marie-Eve Martel Fides Montréal, 2011,296 pages B i^GaspardTE DEVOIR ALMARÈS Du 19 au 25 décembre 2011 Romans québécois 1 La serveuse du Café Cheriier Yves Beauchemin/Michel Brûlé 1/8 2 Malphas • Tome 1 Le cas des casiers carnassiers Patrick Senécal/Alire 2/8 3 Bonheur, es-tu ià?Francine Ruel/Ubre Expression 4/9 4 Mémoires d’un quartier • Tome 10 Évangéiine, ia suite Louise Tremblay-D’Essiambre/GuySaint-vlean 3/6 5 La grande mêiée Michel Tremblay/Leméac 7/5 6 Féiicité • Tome 1 Le pasteur et ia brebis Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 5/7 7 Au bord de ia rivière • Tome 2 Camiiie Michel David/Hurtubise 6/10 8 Au bord de ia rivière • Tome 1 Baptiste Michel David/Hurtubise 9/4 9 Les héritiers d’Enkidiev • Tome 4 Le sanctuaire Anne Robillard/Wellan 8/13 10 Dans mes yeux à moi Josélito Michaud/Libre Expression 10/3 Romans éüangers 1 Limonov Emmanuel Carrère/PDL 1/6 2 Le Chinois Henning Mankell/Seuil 3/8 3 Toyer Gardner McKay/Cherche Midi 2/5 4 Aieph Paulo Coelho/Flammarion 4/8 5 La trace de i'araignée Kathy Reichs/Robert Laffont 8/4 6 L’honneur d’Edward Finnigan A.Roslund | B.Hellstrëm/Presses de la Cité 10/2 7 La poursuite dans ia peau.Objectif Bourne Eric van Lustbader/Grasset 6/5 8 Un havre de paix Nicholas Sparks/Michel Lafbn 5/10 9 Mort ou vif • Tome 1 Tom Clancy/Albin Michel 9/7 10 La fémme au miroir Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel -/I '?'Essais québécois 1 L’art presque perdu de ne rien faire Dany Lafénière/Boréal 1/3 2 IiiitiietieQuébec.HergéaucŒ(fdeiaRévoiutiontianqiile Tristan Demers/Hurtubise 2/4 3 Mafia inc.Grandeur et misère du cian siciiien au Québec André Cédiiot | André Noëi/Homme 3/61 4 Le camp des justes Gil Courtemanche/Boréal 6/6 5 De colère et d’espoir Françoise David/Écosociété 4/9 6 De quoi le Québec a-t-il besoin?J.Barbe | M.-F.Bazzo | V.Marissal/Leméac 5/10 7 Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident Djemila Benhabib/VLB 7/15 8 On veut votre bien et on l’aura.Comment l’insidieuse.Jacques Nantel | Ariane Krol/Transcontinenta 9/10 9 Pour en finir avec le gouvememaman Joanne Marcotte/Francine Breton 8/5 10 Université inc.Des mythes sur la hausse des frais.Eric Martin | Maxime Ouellet/Lux -/I ?'Essais étrangers 1 Petit cours d’autodétense en économie.Labc du capitalisme Jim Stanfbrd/Lux 1/7 2 Tintin au pays des philosophes Collectif/Philosophie Magazine 2/10 3 Indignez-vous ! Stéphane Hessel/Indigène 4/48 4 Brève histoire du progrès Ronald Wright/Bibliothèque québécoise 1 6/7 5 Les mots de ma vie Bernard Pivot/Albin Michel 3/4 6 Le Cosmos et le Lotus Xuan Thuan Trinh/Albin Michel -/I 7 Demain, qui gouvernera le monde ?Jacques Attali/Fayard 7/4 8 L’influence de l’odeur des croissants chauds.Ruwen Ogien/Grasset 8/3 9 Quand un enfant se donne la mort Attachement et sociétés Boris Cyrulnik/Odile Jacob 9/2 10 Pour sauver la planète, sortez du capitalisme Hervé Kempf/Points -/I sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Si^ri et est constitué des relevés de caisse de T77 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Sawi- © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI SI DECEMBRE 2011 ET DIMANCHE I JANVIER 2012 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Santé : le privé n’est pas la solution Louis Cornellier Le 12 décemb;-e dernier, le propagandiste néolibéral Eric Duhaime commentait l’état du système de santé québécois à l’émission de Mario Dumont, à V.11 disait, en substance, que ça allait mal, que le vieillissement de la population ^ait empirer les choses, que le maintien du monopole public rendait la situation intenable et que seule une contribution plus importante du privé, avec son «argent frais», nous permettrait de nous en sortir.S’il avait lu Médecine publique, médecine privée.Un choix de société, un collectif sous la direction de Fernando Alvarez, Duhaime, qui semble n’être abonné qu’aux publications de l’Institut Fraser et de l’Institut économique de Montréal, aurait été obligé de ravaler son baratin de valet de Chambre de commerce.Professeru au Département d’administration de la santé de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, André-Pierre Contandriopoulos, dans cet ouvrage, dégonfle la vulgate néolibérale au sujet du système de santé.«Toutes les études sur les coûts du système de santé au Québec et au Canada qui utilisent les données officielles, écrit-il, montrent que les dépenses de santé ne sont pas hors de contrôle et que leur augmentation ne met pas en péril les finances publiques.» Les postes de dépenses qui augmentent le plus, d’ailleurs, ne sont pas ceux qui sont exclusivement publics (les hôpitaux, par exemple), mais ceux où le privé est présent (les produits pharmaceutiques, par exemple).Quant au vieillissement de la population, il s’agit d’un autre spectre destiné à faire peur au monde poru justifier un programme idéologique.Ce vieillissement, écrit Contandriopoulos, date des années 1970 et est progressif et prévisible.«Sa progression depuis la fin des années 1990 ne s’est pas accélérée, ajoute le chercheru.Si le Québec, comme les autres pays riches, a su gérer la situation pendant plus de 30 ans, il n’y a aucune raison qu’il ne réussisse pas à le faire durant les 30 années à venir!» L’efficacité du privé serait aussi un mjdhe en cette matière.Le financement privé serait notamment très gourmand quant aux dépenses administratives.«Au Canada, par exemple, les 13 % des dépenses totales [en santé] qui sont gérées par des assurances privées coûtent aussi cher à gérer que les 72 % des dépenses publiques!», rappelle Contandriopoulos.Dans Le privé en santé.Les discours et les faits (PUM, 2008), le plus solide ouvrage de référence dans ce débafi les chercherus Trigub-Clover et Lamarche, après avoir comparé les systèmes de santé de ff pays, en arrivent à la même conclusion: «Les pays les plus performants sont ceux oû le financement, la prestation de services et la gouvernance sont assurés par le secteur public.A l’inverse, les pays les moins performants sont ceux oû le secteur privé assume ces trois fonctions.» Un débat idéologique Si ce débat perdure depuis 30 ans, c’est qu’«î7 ne s’agit pas d’un problème technique, mais bien d’une question idéologique», écrit Contandriopoulos.Le système de santé, continue le chercheur, «est le miroir de la société tout entière».En ce sens, il nous re- vient de décider dans quel genre de société nous voulons vivre.11 y a plusieurs modèles (on le constate en comparant les Etats-Unis et le Danemark, par exemple) et chaque modèle propose un arrangement original entre ces valeurs que sont l’équité, la liberté et l’efficience.Au Québec, écrit le pédiatre Fernando Alvarez, «nous devons décider en toute connaissance de cause si le système d’administration des soins de santé doit être conçu ou structuré pour répondre aux intérêts de tous les membres de cette société en leur offrant la même égalité d’accès ou pour répondre prioritairement à des intérêts particuliers».Poru Alvarez, il ne fait pas de doute que l’option publique est plus juste et plus efficace que l’option privée et que l’option mitoyenne annonce un malheureux glissement vers la seconde.Marie-Claude Goulet, présidente de Médecins québécois poru le régime public, abonde dans ce sens en démontrant que, «depuis un certain temps, le système public se rend complice de sa propre privatisation».Deprtis 1980, rappelle-t-elle, les transferts fédéraux-provinciaux en santé ont diminué, des services ont été désassrués (soins dentaires, examens de la vue) et les conditions de travail du personnel de la santé se sont détériorées, encourageant ainsi le développement des agences privées qui empire la situation.D’autres éléments contribuent à affaiblir le système public et à norurir le discorus du recorus au privé comme solution: srulactruation illégale (obligation d’un abonnement dans certaines coopératives ou cliniques), actes exclus QRM, échographies) , multiplication des médecins non participants qui continuent d’envoyer lerus patients à des spécialistes du réseau public, radiologistes qui profitent de l’exclusion de certains actes poru détoru-ner des patients vers le privé, CHSLD (mal) gérés en PPP au détriment des patients, centres médi-carrx spécialisés financés par le public qui opèrent dans le privé, mais abandoiment le suivi des patients au public, etc.Toutes ces dérives fragmentent l’offre de soins, compliquent la gestion du système et le contrôle des dépenses, nuisent à l’accessibilité et engendrent un déficit démocratique (puisque le privé, même financé par le public, prend ses décisions).Le monopole public dénoncé par Duhaime, on le constate, existe de moins en moins, mais cette évolution ne rime pas avec amélioration.L’économiste Marcel Boyer, dans cet ouvrage, joue le rôle du contradicteur, en plaidant pour un système dans lequel le secteiu privé conaurentiel produirait les services de santé défiitis et financés par l’État 11 a le culot d’appeler «social-démocratie» ce système qui repose sur le principe «dépenses publiques, profits privés».Un tel détorunement de terme relève de la supercherie intellectuelle.Si la justice sociale, la qualité des soins et l’efficience économique nous importent plus que la liberté égoïste des nantis, on donnera raison à Fernando Alvarez qui conclut que, «d’un point de vue sociétaire [sic], le système de santé public contribue plus à la richesse collective du pays qu’à l’enrichissement ponctuel d’individus ou de groupes particuliers oeuvrant dans le domaine privé».louisco@sympatico.ca MÉDECINE PUBLIQUE, MÉDECINE PRIVÉE Un choix de société Sous la direction de Fernando Alvarez CHU Sainte-Justine Montréal, 2011,128 pages ESSAI Alain Deneault ou le vice caché de l’économie MICHEL LAPIERRE En 1988, dans Commentaires sur la société du spectacle — cette société de consommation dont il faisait la critique esthétique et politique —, Guy De-bord affirma, au sujet de la Mafia: «Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le MODELE de toutes les entreprises commerciales avancées.» Aujourd’hui, Alain Deneault traite du «carnaval surmené», dont «les fétiches chiffrés» évacuent jusqu’à l’idée de crime.Voilà le thème de Eaire l’économie de la haine, ouvrage dans lequel il a réuni douze essais critiques.Jeu de mots, le titre sous-entend que l’économie peut à la dérobée s’appuyer sur la haine du pauvre, mais que les capitalistes peuvent aussi, pour s’enrichir, faire subrepticement l’économie de leur culpabilité, c’est-à-dire oublier le malheur des victimes de leur prospérité.Comme les opinions du cinéaste français d’avant-garde Guy Debord (1931-1994), l’un des fondateurs de l’Internationale situationniste, celles de Deneault, philosophe et sociologue québécois né en 1970, s’assimilent, pour les conformistes, à des chimères.Mais la société minière torontoise Bar-rick Gold n’y a pas vu que des propos éthérés.Elle a porusuivi Deneault, les deux autres auterus et l’éditeur du livre Noir Canada: pillage, corruptiçn et criminalité en Afrique (Écosociété, 2008) pour pas rpoins de 6 millions de dollars.A la suite d’une entente de gré à gré, on a dû cesser de vendre l’ouvrage.Pas étonnant que deux des essais rassemblés dans Eaire l’économie de la haine portent sur les «poursuites-bâillons».L’auteur y explique qu’à la Alain Deneault faveur du néolibéralisme, le pouvoir tend à remplacer la notion de démocratie, ainsi que les idéaux de justice et d’égalité qu’elle suppose, par celle de gouvernance.Selon lui, ce nouveau concept réduit la politique à des techniques de gestion où le consensus habilement imposé par des experts, en particulier en économie, se substitue à la franche discussion de gens qui défendent des points de vue différents.L’analyse est lucide, même si elle nous fait frémir par son jusqu’au-boutisme.«La tautologie d’aujourd’hui succède à l’idéologie d’hier», résume Deneault par une formule qui fait mouche.C’est dire, comme dans la conclusion du livre: «Sous les données, sous les calculs et sous la spéculation, oui: des crimes, du sang, du vol et des morts, mais assourdis par ce savoir économique et ses prérogatives légales.» PEDRO RUIZ LE DEVOIR L’essayiste a la sagacité de voir dans la grande entreprise une psychopathe qui se croit éternelle et douée d’ubiquité, en plus d’être «incapable de remords».Les paradis fiscaux, notamment celui que les États-Unis ont légalisé au Delaware, ont contribué à faire d’elle un monstre.Qn peut s’étonner que De-neaulf par exemple, qualifie de «génocide» les dommages irréparables causés par Iq société pétrolière Texaco en Équateur (1964-1992).Mais le sentiment, combien naturel, qui importe, c’est l’indignation.Collaborateur du Devoir FAIRE L’ÉCONOMIE DE LA HAINE Alain Deneault Écosociété Montréal, 2011,120 pages EN BREF Jonas écolo Jouas, l’homme qui a dû séjoiu-ner dans un gros poisson parce qu’il tentait de se soustraire à l’appel de Dieu, étaif au fond, un écologiste.C’est la thèse originale que développe David Fines dans Jonas, le prophète de l’environnement, (Novalis, 2011).Pasteru dans l’Église unie du Canada, Fines relit avec finesse le célèbre livre de Jonas.11 compare la dévotion pervertie des Ninivites, leru «méchanceté» dit la Bible, à la dévotion contemporaine poru l’économie et poru le progrès illimité.Dans les derrx cas, une conversion s’impose poru éviter le désastre.«La crise environnementale est une crise spirituelle», écrit Fines, et «le Dieu de Jonas est un Dieu qui se languit pour la conversion des humains, et qui donc nous appelle à prendre soin de la Création».En relisant le livre de Jonas avec des yerrx d’aujorud’hui, les chrétiens et les autres, explique Fines, sont appelés à se convertir à une «éthique de la modération», selon la formule du prêtre André Beauchamp.- Le Devoir Tout Wallander en poche.ou presque C’est sa profonde humanité et son indéfectible ténacité qui ont rendu célèbre le com- missaire Kurt Wallander, le héros le plus connu de Henning Mankell.Ses enquêtes, traduites en plusieurs langues et vendues à des millions d’exemplaires, sont maintenant regroupées dans la collection «Qpus» publiée par les éditions du Seuil.Comme le temps des Fêtes approche, on vient de mettre en circulation le tome 3 des aventures du commissaire, qui regroupe Les morts de la Saint-Jean, La muraille invisible et L’homme inquiet, dans lequel Wallander amorce sa dernière plongée en profondeur.Le gros livre de 4472 pages vient clore le cycle Wallander.- Le Devoir BEAUX LIVRES L’intelligence des plantes et des animaux CAROLINE MONTPETIT AU commencement était la nature.Puis vinrent les hommes et leurs idées de gran-deiu.Quand la nature inspire la science, beau livre qui paraît aux éditions Plume de carotte, retrace les origines de plusieurs avancées de la science grâce à l’observation des animaux.C’est ainsi qu’on apprendra qu’une usine de la Californie tente de produire un béton non polluant en imitant la biominéralisation par laquelle les oursins utilisent des éléments de l’eau de mer pour fabriquer les fleurs de pierre qui composent leur squelette.É’écureuil volant, quant à lui, aurait inspiré l’Américain Rex Finney qui, dans les années 30, s’est cousu un triangle de toile entre les jambes pour se maintenir en vol plané avant l’ouverture de son parachute.Reste cependant aux parachutistes à imiter la queue de l’écureuil volant, qui lui sert à la fois de frein et de gouvernail, lorsqu’il se pose habilement sur une branche.La jolie chute des samares, ces graines de l’érable, aurait marqué sir George Cayley, surnommé le père de l’aéronautique.Elle a fait comprendre à Cayley que c’est la forme de l’hélice et la rapidité à laquelle elle tournoie qui ralentissent cette chute.Et c’est le mouvement de l’hélice qui permet à la samare de demeurer dans les airs.La grenouille des bois a poru sa part une caractéristique bien particulière.Elle parvient à sru-vivre à des températures sous zéro pendant des mois en se congelant elle-même.«Pendant des mois, toutes ses fonctions vitales s’interrompent pour ne reprendre qu’au printemps, après le dégel.» Pour ce faire, la grenouille des bois se fabrique un antigel.Cette grenouille intéresse la recherche de traitements contre le diabète.Qn aimerait aussi imiter son antigel pour fabriquer des vêtements qui permettraient aux hommes de survivre au froid.Qn pourrait continuer en parlant du scarabée de la Namibie, qui boit la tête en bas poru capter la brume matinale par ses éljùres et la faire couler jusqu’à sa bouche.Qn voudrait s’en inspirer pour capter l’eau qui se dégage des bâtiments.Gu encore de la moule, qui fabrique une colle qui résiste à tout, qu’on pourrait imiter pour coller des implants dentaires.Qn explorera aussi l’invention du velcro, né de l’observation de la bardane, ou celle du réveille-matin, inspiré du grillon.Bref, les possibilités de la nature sont infinies; reste à l’humain de mettre tout en oeuvre, s’il le peut, pour être aussi malin qu’elle.Le Devoir QUAND LA NATURE INSPIRE LA SCIENCE Histoires des inventions HUMAINES QUI IMITENT LES PLANTES ET LES ANIMAUX lyiatt Fournier Éditions Plume de Carotte Paris, 2011,157 pages PUL Véquipe des PUL vous souhcdîe une ISonne cannée 2012 ! Jean des Gagniers Presses de rUniversité Laval lEAN OEî» CjAijNIEKs Ll.i^-ANlOlN-t SaVATsD et la FORÈl l.p l.N’CHAMTEMF.MTS C^élix-Antoine Sovord et la For êt ou Le royaume des enchantements D'aulres ont célébré nos splendides for ôts ; P ersoime ne fa lait de façon aussi intense, aussi puissamment imagée et de tant de manièies.Si Menaud, jnaÿre-draveurlcDi pénétrer le lecteur dons une lorêt souffrante, tragique même, son auteur peut aussi, comme il le fait en I950 devant les ingénieurs forestiers du Québec, prendre la défense d'un patrimoine vital qu'il soit vulnérable et menacé.En librairie le 11 janvier prochain 160 pages • 29,95 $ Bientôt disponible sur Ipad m En partenariat avec Nu-Book m Suivez-nous sur Faœbook i ____________________________________i Abonnez-vous Ë INFO-PUL www.pulaval.com http://www.pulaval.com
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