L'ingénieur, 1 décembre 1959, Hiver
H I V E t 19 5 9 ANNÉE 4 5 I è m • 1 8 0 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE RÉSERVOIR DE RETENUE |i ÿ Forage du plus grand réservoir régulateur du monde ALIMENTATION À LA CENTRALE ÉLECTRIQUE .À LA CENTRALE ELECTRIQUE DE L’ALCAN À CHUTE-DES-PASSES Au cours de la construction de cette centrale souterraine d’un million de h.p., pour rAluminum Company of Canada, les entrepreneurs ont foré un conduit d’alimentation de six milles dans la roche compacte et creusé le réservoir régulateur le plus grand du monde.Il a fallu pour cette réalisation 10 millions de livres d’explosifs, soit près de deux fois plus que pour la canalisation et l’aménagement hydro-électrique du St-Laurent.Au cours des vastes opérations de creusage que comportait le projet, l’entreprise Perini-McNamara-Quemont a dû résoudre des problèmes de sautage particulièrement ardus.Les ingénieurs du service technique des explosifs de la C-I-L sont fiers d’avoir pu aider à résoudre ces problèmes.Canadian Industries Limited, Division des explosifs.Explosifs “Explosifs à toutes fins .partout au Canada” I -W-W' - — * w w mm W 1 ARTS 1 ECONOM1E 1 CULTURE I REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE HIVER 1959 VOLUME 45 No 180 CONSEIL DE L'ASSOCIATION DES DIPLÔMÉS DE POLYTECHNIQUE Officiers : MM.Léo Roy, Ing.P., président Georges Demers.Ing.P., 1er vice-président Charles R.Laberge, Ing.P., 2ème vice-président Jacques Laurence, M.Sc., Ing.P., secrétaire-trésorier Directeurs : MM.André Aird, Roger Bernier, Guy Cyr, J.R.Desma-rais, Jean Guay, Bernard Lavigueur, Guy Monty, Marcel Papineau, Paul-Emile Piché, Edouard Prévost, Lucien Rolland, Geo.-E.de Varennes.L’AIR DANS LH BÉTON par Edmour Chain et.9 Directeurs ex-officio : MM.Philippe-A.Dupuis, J.G.Chênevert, Henri Gaude froy.Représentants : MM.Philippe-A.Dupuis et Georges Demers.section de Québec Walter J.Manning, section Ottawa-Hull Jacques Limoges, section du Nord de Québec et Ontario Henri Gaudefroy, Corporation de l’Ecole Polytechnique Claude Racine, Association des étudiants de Polytechnique EVOLUTION A HAUTES TEMPÉRATURES DES STRUCTURES MICROGRAPHIQUES DES ALLIAGES NIMONIC par Gilles Gagné.17 NOUVELLES TECHNIQUES DE TRAVAUX SOUS-MARINS par A.G ale nie .19 COMITÉ D’ADMINISTRATION DE L'INGÉNIEUR L’ÉPOPÉE DE LA CÔTE NORD par Huet Massue.23 MM.Henri Gaudefroy, D.Sc., Ing.P., directeur de l’Ecole Polytechnique et président Ernest Lavigne, D.Sc., Ing.P., secrétaire-administratif Léo Gareau, Ing.P., trésorier Ignace Brouillet, D.Sc.A., Ing.P., président de la Corporation de l’Ecole Polytechnique Léo Roy, Ing.P., président de l’Association COMITÉ SCIENTIFIQUE DE L'INGÉNIEUR MM.Jean-C.Bernier, M.Sc., Ing.P., directeur du Centre de recherches à Polytechnique — président Roger-P.Langlois, M.Sc., Ing.P., professeur agrégé à Polytechnique — secrétaire Roger Brais, Ph.D., Ing.P., professeur titulaire à Polytechnique Georges Walter, D.Sc., professeur titulaire à Polytechnique • ADMINISTRATION E.Lavigne, Ing.P.secrétaire RÉDACTION Louis Trudel, Ing.P.rédacteur en chef PUBLICITÉ Représentants Les Éditions Commerciales Inc.3587, ave Papineau, Montréal 24 Tél.: LA.5-1665 UNE APPLICATION ÉPROUVÉE DU BÉTON PRÉCONTRAINT par Claude Lanthier 31 COUP D’OEIL SUR L’INDUSTRIE ET SUR LA TECHNOLOGIE 35 VIE DE L’ÉCOLE 37 VIE DE L’ASSOCIATION 40 NOUVELLES DES DIPLÔMÉS 44 REVUE DES LIVRES 60 INDEX DE L’ANNÉE 1959 54-55 INDEX DES ANNONCEURS 56 PHOTO DE COUVERTURE Un plongeur fait du forage sous-marin au marteau-piqueur.Voir article page 19.EDITEURS : L’Association des Diplômés de Polytechnique, C.P.501, Snowdon, Montréal 29, Canada, Tél.: RE.9-2451.— Parution : mars, juin, septembre et décembre.— Imprimeurs : Pierre Des Marais.— Abonnements : Canada et Etats-Unis $5 par année, autres pays $6.— Autorisée comme envoi postal de la seconde classe, Ministère des Postes, Ottawa.— Droits d’auteurs: Les auteurs des articles publiés dans L’INGENIEUR conservent l’entîère responsabilité des théories ou des opinions émises par eux.— La reproduction des gravures et du texte des articles parus dans L’INGENIEUR est permise à la condition d’en indiquer la source et de faire tenir à la Rédaction un exemplaire de la publication les reproduisant.Tirage certifié : Membre de la Canadian Circulation Audit Board #%**¦*- i*.«, .5 / v> 7 [y -i____ "OSMOSE" EST-IL LONGTEMPS EFFICACE sous des conditions normales de service?Depuis 1936, ayant reçu une foule de renseignements au sujet des préservatifs OSMOSE à la suite d’épreuves en laboratoires et de rapports établis sur les lieux nous pouvons affirmer comme toujours qu’ils prolongent de 3 à 5 fois la durée du bois.Nous sommes fiers de notre première application commerciale.En 1936, une section d’une dalle humide à bois à pâte dans la région du Saguenay, a été traitée avec OSMOSE.Au cours des 23 années qui suivirent, à cause de la pourriture, toutes les autres sections ont dû être remplacées par du bois traité avec OSMOSE tandis que celle déjà traitée (photographiée ci-dessus) est encore intacte, solide et résistante à la pourriture.Depuis, la même compagnie a construit d’autres dalles sur une distance de plusieurs milles, avec des poteaux et du bois entièrement traités avec OSMOSE.Plusieurs autres travaux — ponts, digues, dalles humidesy poteaux, toitures, traverses — qui ont été traités il y a plus de 20 ans, donnent encore un service sûr, sans exiger dfentretien.Voilà la preuve que Vapplication en chantier du préservatif OSMOSE est un traitement simple, économique et efficace pour la préservation du bois.Consultez notre service de renseignements gratuits.WOOD PRESERVING COMPANY OF CANADA LIMITED 1080 AVENUE PRATT, MONTRÉAL, P.Q.TRURO • TORONTO • WINNIPEG EDMONTON VANCOUVER 2— HIVER 1959 L'INGÉNIEUR Ce réservoir à sédimentation de 60,000 gallons pesant 40 tonnes fut fabriqué par Dominion Bridge pour la nouvelle addition des raffineries d’Imperial Oil à Calgary.Mesurant 55 pieds de hauteur et d’un diamètre de 18 pieds, il se classe parmi les plus gros récipients expédiés tout d’une pièce au Canada.Pour ce projet, Dominion Bridge, à ses usines de Calgary et d’Edmonton, fabriqua ving-quatre de ces réservoirs.Les usines Dominion Bridge, réparties dans toutes les grandes villes du pays, sont en mesure de fabriquer des pièces en tôle d’acier pouvant répondre aux rigoureuses exigences de toutes les industries.Tôlerie de DOMINION BRIDGE QUATORZE USINES —D'UN OCEAN A L'AUTRE Combinaison Imbattable.ALLIAGES ÉLECTRIQUES NORANDA et SERVICE TECHNIQUE NORANDA 11 y a toute une nuance à établir entre une piètre utilisation de certains produits et les résultats fort satisfaisants qu’on peut en obtenir.Le concours du service Technique de Noranda à la mise en oeuvre de ces alliages de pièces électriques en est une partie tout aussi intégrante que leur qualité de fabrication.Le Service Technique de Noranda est intrinsèquement le produit d’une expérience acquise tant au laboratoire qu’en fait de pratique.C’est donc un produit qui ne vous coûte pas un seul sou et peut vous être éminemment profitable.Les alliages Noranda pour utilisation et produits électriques LE CUIVRE TELLURIUM : Pour toutes pièces électriques.Son haut degré de conductivité, s’ajoutant à ses excellentes facultés de malléabilité, fait de cet alliage un produit qui s’adapte à merveille à tous genres de pièces.Il se forge à chaud dans des conditions remarquables.BARRE OMNIBUS ET CONDUIT OMNIBUS : Pour tous genres d’utilisation d’importance dans l’industrie ou en matière de distribution de l’énergie électrique, les barres omnibus et conduits omnibus, classés en grandeurs régulières, satisfont à toutes exigences individuelles.BRONZE PHOSPHOREUX : Voici un alliage trempé à super-tension qui convient particulièrement aux interrupteurs à ressort, bagues collectrices de courant, contacts à ressorts, de même qu’à des pièces radiophoniques et électroniques.MAILLECHORT : Métal doué d’une résistance électrique exceptionnelle.Excellentes facultés de souplesse.Pour contact, interrupteurs et dispositifs identiques.Communiquez avec votre bureau de ventes Noranda le plus proche.Pour votre commodité, demandez notre aide technique.Noranda Copper and Brass Limited " Bureaux de ventes : Montréal, Toronto, London, Edmonton, Vancouver 4 —HIVER 1959 L’INGÉNIEUR FAITS DIVERS FRANK! CLIENT : Hôpital St-Charles.Joliette.P.Ç.ARCHITECTE : Pierre Rinfret INGENIEURS-CONSEILS : Deslauriers & Mercier INGÉNIEURS-CONSEILS : Piette.Audy & Lépiney ENTREPRENEURS-GÉNÉRAUX : Gréqoire Perreault Inc.NOMBRE D UNITÉS : 770 Caissons Franki armés CHARGES PORTANTES : 120 tonnes LONGUEURS DES CAISSONS : Longueur moyenne foncée — 32' Longueur moyenne bétonnée — 2T PROTOCOLE DE SONDAGE DESCRIPTION DU SOL TERRE ARABLE GRASSE SABLE BRUN FIN FORTEMENT MPRÉGNÉ D'EAU ARGILE GRIS BLEU LIMONEUSE ARGILE BLEUE LIMONEUSE MÉLANGÉE DE GRAVIER ROC PROFONDEUR De la littérature sur les différents systèmes de fondation Franki et les publications périodiques “FRANKI FACTS" vous seront envoyées sur demande.Ecrivez à Franki of Canada Limited, 187, Boulevard Graham, Montréal 16, P.Q !;v ¥1X1 * ta r».; ,w *1* rrr rrr nmirTnfflM * rn rtf , 183 888 181 W W mm~ mmm- W * w ni «fi m w w ~mm *88 881 111 HI HI HI in 811 181 1*3 818 111 HI 881 H» «' mm» 888 888 118 118 811 !"* *** 1’ 811 8- 8** T 811 81! ¦ ,/i ï&îï: ; ppFljh 111 183 111 111 T «Kl ^¦1 ir ¦ Si >• ¦ ¦ >v* m Caissons Franki garantissent la stabilité et la sécurité d’hôpitaux FRANK OR CANADA LIMITED Siège Social: 187 BOULEVARD GRAHAM.MONTRÉAL 16, P.Q.QUÉBEC • OTTAWA • TORONTO • EDMONTON • VANCOUVER i Problème Une étude de terrain avait indiqué une couche de sable brun en surface ayant une épaisseur d'environ I I pieds, fortement imprégné d'eau, suivi d'un sous-sol de très faible capacité portante composé d'argile gris-bleu limoneuse allant jusqu'à 43 pieds de profondeur.Étant donné que les charges concentrées pour cet édifice variaient de 120 à 780 tonnes, il fallait à tout prix éviter tout tassement différentiel.Solution 770 Caissons Franki armés d'une capacité portante de 120 tonnes, avec leur base élargie forgée dans le sol et reposant sur le roc, furent choisis.Ils offraient toutes les garanties de stabilité et de sécurité qu'exigeait un édifice de l'importance de l'hôpital St-Charles à Joliette. Mmiwnoii ii/nn no nnhio rlri rla lAlIpJ liUUVudtl type tie IdUtu Lie pUioodiîbü tie t/dfldUd WHe La gaine ondulée le rend plus facile à manipuler et à plier même avec des conducteurs à section importante, sans outils spéciaux.Il est étanche à la vapeur et aux liquides.C O R 1 FLEX ISOLATION OC CAOUTCHOUC CONDUCTEUR CUIVRE BOURRAGE TRAITÉ GAINE D'ALUMINIUM ONDULÉE, ÉTANCHE AUX GAZ ET À .;:?: « KA1 Ml ÜI ; * * £$ ;.KQ , : K Fig.8 — Pavoge de la cour de Fleurimont.Apparence d’une dalle coulée sans air passé qu'un hiver.La ligure 6 comporte un exemple expérimental de ce phénomène.Nous avons préparé deux mortiers, l'un (A) contenant de l'air et l'autre (B) n'en contenant pas Chaque échantillon comportait, enrobé dans le mortier et recouvert de l/%" de mortier, un fragment S de schiste et un fragment C de calcaire.Les 2 échantillons ont bien résisté jusqu'à 260 cycles de gel et dégel.La figure 6 représente les échantillons à 300 cycles.L'échantillon B sans air s'est écaillé et le fragment de schiste a éclaté, faisant sauter le mortier qui le recouvrait.L'échantillon A avec air est resté intact.Une autre série d'essais s'inspire du même souci de déceler la gélivité du calcaire schisteux.Nous avions en main 3 types d'agrégats de grosseur maximum 3/4", dont les résistances aux expansifs (soundness), au gel et à l'abrasion apparaissent au tableau III.En conformité de la spécification de l'ASTM C-33-57 pour agrégats de béton, à l'article "soundness", nous avons préparé 3 bétons de mêmes caractéristiques, chacun contenant l'un des 3 agrégats A, B et C du tableau II.Nous leur avons fait subir 200 cycles de gel et dégel.La résistance au gel du béton C, contenant moins de schiste, fut la meilleure.Les bétons A et B résistèrent moins bien.En conclusion de ces 2 expériences sur la gélivité des calcaires schisteux, on peut affirmer que l'air dans le mortier protège le béton contre la dilatation excessive inhérente au schiste.Cet article donne un aperçu un peu succinct de la question de l'air occlus dans le béton.Cependant, j'espère que les grandes lignes de la théorie de l'occlusion d'air que j'ai esquissée et que les essais pratiques et expérimentaux que j'ai expliqués contribueront à confirmer dans l'esprit des spé- TABLEAU III Provenance de l'agrégat Soundness Gel et dégel Los Angeles Calcaires Trenton perte en % perte en % usure en % A — TÉTRAULTVILLE 16.0% 12.5% 22.0% B — ROSEMONT 11.5% 4.3% 25.3% C —ST-MICHEL 5-4% 15% 26.5% cialistes, l'importance essentielle de quatrième matériau du béton que constitue l'air.Nous habitons un pays où le froid et l'eau conjuguent leurs efforts pour détruire les oeuvres que nous avons édifiées.Des matériaux usuels, tels que le calcaire, le marbre, le grès, malgré des résistances à la compression de 20 à 30,000 livres par pouce carré, tombent souvent en ruine sous l'action du gel.Il est donc d'une importance capitale de protéger un matériau artificiel comme le béton, qui ne possède pas congénitalement la permanence qu'on se plaît à lui accorder.Nous habitons la grande ville d'Amérique qui est la plus près de la ligne de feu du froid.Apprenons donc à protéger nos matériaux contre son action destructive.L'air dans le béton est le mode le plus efficace.Je ne puis terminer cet article sans remercier ceux dont le travail en a permis en partie la publication.M.Philippe Lecompte, technicien en essais de béton et M.Roch Rivard, analyste, ont exécuté avec compétence et patience les longs essais que j'ai mentionnés.Bibliographie (1) T.C.Powers — The air requirement of frost resistant concrete.Proceedings of the Highway Research Board 1949 (2) T.C.Powers — The physical structure and engineering properties of concrete — Portland Cement Ass.— Research Department — Bulletin 90.(3) N Czernin — Travaux sur la tenue au gel des ciments — Revue des matériaux, août-septembre 1957.(4) American Concrete Institute Standards 1957 — ACI 613-54.(5) 4ième volume des livres des Standards de l'ASTM 1958.(6) Journal de l'ACI, juillet, août septembre, octobre 1958.(7) Jackson et Timms et Holstead et Chaiken — Public Roads, février 1954 (8) T.Ç.Powers — Void spacing as a basis of producing air-entrained concrete — Portland Cement Ass.— Research Department.Bulletin 49.(9) Bpown et Pierson — Linear Traverse technique for measurement of air in concrete — Journal de l'ACJ — octobre 1950.(10) A STM des Standards 1958 — P 4, page 1.16 —HIVER 1959 L’INGÉNIEUR Sommaire L'auteur a fait une étude de la relation qui pourrait exister entre la structure métallurgique et le caractère tout à fait spécial de la courbe reliant la température et les allongements unitaires après cassure.La composition complexe du Ni-monic 80A met en jeu plusieurs équilibres dont les principaux ont rapport à la précipitation du carbure de chrome en bordure des grains et la précipitation d'une phase s'approchant de la composition Ni3 Al qui renferme une quantité de titane dont la teneur varie avec la température.Summary A study was made of the possible relationship between the metallurgiral structure and the percent elongation after fracture which, in the case of Nimonic 80A, shows a peculiar variation with temperature.The complex composition of Nimonic 80A results in several struc- Évolution à hautes températures des structures micrographiques des alliages Nimonic par Gilles Gagné, Ing.P, Ce mémoire est extrait d'un projet de fin d'études.Le travail a été accompli à l'École Polytechnique, au Département de Génie Métallurgique dont le chef est Monsieur André Hone, D.Sc., Ing.P.tural changes taking place simultaneously while the temperature varies.In particular, chromium carbide may precipitate more or less markedly at the grain boundaries.Another phase Ni3Al contains some titanium in solid solution, the amount of which varies with the temperature.Description de l'alliage Les alliages Nimonic ont été spécialement créés pour offrir une grande résistance aux températures élevées.Ces alliages, par exemple, servent à la fabrication de pièces pour moteurs d'avions à réaction.Les températures d'utilisation de cette série d'alliages, dont le Nimonic 80A est le plus employé, peuvent s'élever jusqu'à 1100°C.Le Nimonic 80A est un alliage composé de 18 à 21% de chrome, 0.5 à 1.8% d'aluminium, de 1.8 à 2.7% de titant et d'environ 70% de nickel.Le nickel qui est l'élément de base offre une grande résistance à l'oxydation aux températures élevées.Le chrome augmente cette résistance à l'oxydation.L'aluminium et le titane augmentent la résistance mécanique de l'alliage aux températures élevées.La courbe reliant l'allongement et la température des essais dits de courte durée présente une curieuse anomalie dans le cas de ces alliages.En se reportant à la Figure 1, on voit que l'allongement diminue rapidement à partir de 400°C pour ensuite reprendre une allure normale.Pour comprendre la raison d'être de cette anomalie, nous avons fait l'étude de la microstructure de cet alliage après l'avoir soumis à diverses températures.Région au-dessous de 500°C Les structures micrographiques sont illustrées sur la courbe étudiée.Les lignes d'écrouissage sont facilement visibles dans la région de 20 à 500°C; elles tendent à disparaître avec l'élévation de température.La précipitation qui apparaît continue en bordure des grains tend à devenir discontinue.On pense que le précipité est du carbure de chrome Cc7C3.Non seulement on en voit en bordure L'INGÉNIEUR HIVER 1959— 17 UJ so »O0#C 200*C 600*C TEMPÉRATURE D’ESSAI 1 a * 400 *C 730 *C 1000 *C Figure 1 — Relation entre la température d'essai et l'allongement à la cassure.Les micrographies donnent une idée de la variation des structures en fonction de la température.Grossissement micrographique : 870.des grains mais on en trouve aussi dans le grain.La précipitation de ce carbure appauvrit les zones adjacentes et par conséquent influence les propriétés mécaniques à ces endroits.La phase Ni3Al (y) est aussi illustrée sur les micrographies par de petits points noirs.Cette phase est l'élément durcissant principal.Une partie des atomes d'aluminium est remplacée par des atomes de titane dans la structure de Ni3Ai.La dureté des alliages Ni-monic est due à la précipitation contrôlée de Ni3 (Ti,Al) qui a une structure cubique.Région 500-900°C Dans cette région de températures, les caractéristiques de flua-ge et de rupture sont maximum.A environ 875°C, la phase Ni3Al est en solution complète et seulement la phase Ni3Cr est présente à des températures plus élevées Dans cette région, la phase Ni3Al (y) précipite à partir de la solution et une partie de l'aluminium est remplacée par le titane.Cette substitution entraîne un dérangement entre les réseaux cristallins de la phase y et de la matrice.Ce dérangement favorise la substitution du titane à la place de l'aluminium.Une augmentation des propriétés de fluage et de rupture est accompagnée par un décroissement de la ductilité.Une migration continuelle du chrome vers les particules de Cr7C3 de la bordure ou du grain lui-même est constatée comme auparavant.La bordure est aussi altérée à ces températures.Région au-dessus de 900°C Il esiste seulement une phase NijCr à ces températures.La phase mineure Cr7C3 est aussi présente dans les bordures des grains sous la forme idéale d'une chaîne continuelle de particules.Une migration du chrome est plus prononcée vers ces particules globulaires et par conséquent la matrice est affaiblie autour de ces particules.La ductilité est augmentée considérablement.Conclusion Les alliages Nimonic doivent leurs bonnes propriétés de fluage et de rupture à de hautes températures à la précipitation d'une phase intermétallique y, Ni3 (Ti,Al).Une température d'utilisation plus élevée deviendrait possible si le rapport du titane à l'aluminium tendait vers les valeurs de la fin de la zone d'homogénéité de y.La distribution du carbure de chrome à la bordure du grain a un effet prédominant sur le fluage.Les traitements thermiques utilisés sur ces alliages ont aussi un effet très marqué sur les propriétés mécaniques.Bibliographie W.Betteridge and A.W.Frankun — Revue Metall.LUI (1956), 273.F.L.Versnyder — Journal of Metals 8 0956), 1445.A.Taylor — Journal of Metals 8 (1956), 1356 The Nimonic Alloys — Henry Wiggin & Co.Ltd.(1955).W.Betteridge and R.A Smith — A.S.T M Spécial Tech.Publ.No.174 29 E.D.Ward and W.G.Talles — A.S.T M Special Tech.Publ.No.174,35.W.Betteridge and A.W.Frankun — Journal Inst.Metall 85, (1956-57), 473 R.Nordheim and R.J.Grant — Journal of Metals 6 (1954), 211 L.B.Pfeil, N.P.Allen and C.G.Conway.Iron Steel Inst.Special Rep, 43 (1952), 37 18 — HIVER 1959 L'INGÉNIEUR WÊÊÊgm NOUVELLES TECHNIQUES DE TRAVAUX SOUS-MARINS par André Golerne Président, International Underwater Contractors Limited Montréal et Toronto Historique En 1943, l'ingénieur Emile Ga-gnan et le Commandant Cousteau de la Marine Nationale Française mirent au point un appareil de plongée qui permettait à l'homme de respirer sous l'eau avec la plus grande aisance quelles que soient les différences de pressions toujours importantes et parfois très rapides auxquelles les corps se trouvent soumis dans cet élément.Cet appareil appelé le Scaphandre Cousteau Gagnan ou Aqualung et complété par l'équipement d'homme grenouille mis au point pendant la guerre, fut le départ d'une révolution dans le domaine de la plongée sous-marine.En effet, les quelques rares individus qui jusqu'ici descendaient dans les profondeurs aquatiques étaient considérés comme des êtres intrépides ou inconscients et le nombre des accidents dans ce domaine n'était pas pour encourager les néophytes.Du jour au lendemain la situation fut retournée et le monde sous-marin devint familier à des centaines de personnes.Néanmoins, on s'aperçut très vite que l'appareil n'était pas tout, de même que le fait de posséder une bonne automobile ne fait pas automatiquement un bon chauffeur, et qu'il était nécessaire de connaître les règles de la plongée comme le code de la route.C'est cette raison même qui incita en 1946 un groupe de jeunes spéléologues à se perfectionner dans cette technique qui leur é'ait d'une aide considérable au cours de leurs explorations de rivières sous-terraines.Ils devinrent par la suite si experts dans ce domaine qu'ils reléguèrent la spéléologie au second plan pour se consacrer plus particulièrement à la plongée.En 1952, l'Electricité de France ayant à inspecter certains de ses barrages hydroélectriques en haute montagne décida de leur confier cet ouvrage.C'est ainsi que se créa la Société Générale de Travaux Maritimes ou SOGE-TRAM, qui en quelques années est devenue une des plus grandes entreprises de travaux sous-marins et qui avec International Underwater Contractors (IUC) en Amérique, Travaux Sous-Marins (TSM) en Belgique et SOGETRAM en Allemagne emploie actuellement quelque 140 plongeurs dans le monde entier.TjLédk Un plongeur sort de l’eau glacée du Saint-Laurent L'INGÉNIEUR HIVER 1959 — 19 Ce plongeur vient d'effectuer un travail sous la glace Equipements Les équipements eux aussi ont été considérablement améliorés sur le plan du confort comme sur celui de la sécurité.La plongée est un sport, les travaux sous-marins un métier.Au fur et à mesure de la progression de la Compagnie, il s'avéra de plus en plus qu'il était nécessaire pour les plongeurs d'avoir une formation professionnelle très complète.L'industrie réclamait des techniciens, pas des amateurs.Formation Une école technique de plongée et de travaux sous-marins fut donc créée pour les plongeurs de la compagnie.Chacun d'eux doit y faire au minimum six mois de stage pendant lesquels, outre l'entraînement physique indispensable dans ce Plongeur avec flash électronique pour la photo 20—HIVER 1959 genre de profession, il doit suivre des cours de physique, chimie et physiologie de la plongée, techniques des Travaux Publics, et utilisation des outils et des matériaux couramment utilisés dans le domaine de la construction, démolition et réparation des ouvrages immergés, qu'ils soient de bois, d'acier, ou de béton.Au sortir de ce stage, le plongeur devra donc être à la fois, sportif, travailleur de force, charpentier, mécanicien, électricien, soudeur, découpeur, photographe, artificier, arpenteur-géomètre, expert en bétons, parfois même électronicien et, bien sûr, plongeur.Il va de soi qu'une certaine spécialisation doit se faire et nous avons donc maintenant des équipes de spécialistes en télévision, d'autres en expertises, d'autres dans les travaux de bétons, etc .De plus, un plongeur n'est considéré comme professionnel qu'a-près être resté deux ans dans la compagnie. Actuellement, le plongeur descend dans l'eau quelle que soit la température.Il a une combinaison entièrement étanche ce qui lui permet d'avoir constamment un certain volume d'air entre le vêtement et le corps, et en plus des sous-vêtements de laine isothermiques ou même thermogènes.L'air qu'il respire lui est fourni ou par des bouteilles d'air comprimé attachées dans le dos, ou, et le plus souvent, par un compresseur portatif de faible encombrement, relié à son détendeur par un tuyau souple de petit diamètre.Cette seconde solution a l'avantage de lui permettre de rester sous l'eau aussi longtemps qu'il le désire sans avoir à changer ses bouteilles.Le plongeur dispose, évidemment, d'un téléphone qui lui permet de communiquer aisément avec la surface pour transmettre ses relevés, diriger les engins de levage, ou de dragage, pour la pose de cables, etc.et bien sûr demander de l'aide en cas de difficultés.Sécurité Il est à noter qu'aucun plongeur de la compagnie ne travaille indi- viduellement.Ils forment tous des équipes de trois plongeurs au minimum pour les travaux, deux parfois pour les expertises de petite envergure.Chaque plongeur de l'équipe descendra donc à tour de rôle, le second lui servant d'assistant et le troisième dirigeant le chantier.De plus, en cas d'accident, l'un des deux autres pourra toujours descendre lui porter secours.Cette méthode nous permet d'assurer au client un minimum de cinq à six heures de travail effectif sous l'eau par jour et ceci pendant plusieurs mois de suite si cela est nécessaire.De plus, si un des plongeurs tombe malade ou est accidenté, les deux autres pourront toujours continuer le travail.D'autre part, la compagnie prend soin d'assurer tous ses plongeurs pour les accidents qui pourraient leur survenir aussi bien que ceux qu'ils pourraient causer à des tiers au cours des travaux qu'ils effectuent.Les plongeurs sont évidemment employés toute l'année et touchent un salaire régulier et fixe même quand ils ne travaillent pas.Ils n'ont aucune prime spéciale de plongée ce qui évite d'avoir des hommes qui se surmènent pour gagner plus et risquent ainsi de provoquer des accidents, ou qui s'efforcent de faire durer un chantier le plus longtemps possible ce qui est toujours désagréable pour le client.Outils Il est évident que l'outillage couramment utilisé dans les travaux de surface a dû être entièrement modifié à l'usage des travaux sous-marins et souvent même ces nouvelles techniques ont provoqué l'invention de nouveaux outils.Les engins pneumatiques sont le plus souvent employés : scies, perforatrices, meules, brise-bétons, batteurs de palplanches, marteaux, etc.La soudure à l'arc et le découpage à l'oxy-arc sont de plus en plus utilisés au détriment des appareils à oxy-propane d'un réglage trop délicat.Appareils photographiques, caméras de prises de vues et étanches sont d'usage courant dans les expertises.Les lances de soudage et de nettoyage, branchées sur des pompes à haute pression donnent d'excellents résultats.Les bétons sous-marins sont la grande spécialité de la Compagnie.Un plastifiant naturel, le "Fluol" ajouté à l'eau de gâchage du béton permet de couler celui-ci jusque dans un courant de 3 pieds par seconde.Il a de plus l'avantage de rendre le béton légèrement expansif, ce qui permet des rebouchages parfaits de fissures ou de cavités dans des ouvrages détériorés.Des produits nouveaux ont été également mis au point dans les laboratoires de la Compagnie.Elastomères de silicones pour reboucher des fissures très fines Préparatifs de l'explosion d'un caisson en béton armé coulé près de Québec.Deuxième plus grosse explosion sous-marine du nord de l'Amérique — 25,000 livres de dynamite.L'INGÉNIEU R HIVER 1959 2I Plongeur en train de serrer un coffrage à la centrale des Cèdres, près de Montréal dans le béton.Ces rebouchages restent élastiques, ce qui permet dans le cas d'ouvrages qui travaillent (barrages, réservoirs, cuves), d'éviter que les fissures ne se reforment.Des peintures qui s'appliquent au pinceau et sèchent sous l'eau permettent également la protection des constructions métalliques.La formation technique du personnel, des méthodes modernes et une organisation exceptionnelle mise à la disposition de l'industrie et de la construction d'un pays jeune et dynamique comme le Canada, sont un apport qu'il ne faudrait pas négliger dans l'expansion économique de ce pays.La Compagnie International Underwater Contractors travaille dans ce but depuis deux ans et a déjà réalisé des chantiers difficiles pour des entreprises importantes comme l'Hydro-Québec.Shawini-gan Engineering, E.G.M.Cape, A.Janin, le Département des Travaux Publics et le Département des Transports, Simard et Frères, la Ville de Montréal, etc.Nul doute que son expansion lui permettra de rendre de nombreux services à l'industrie nationale.22- HIVER 1959 L’INGÉNIEUR : n L'ÉPOPÉE DE LA CÔTE NORD par Huet Massue, Ing.P.Directeur général L'Association pour le progrès du Golfe et du Bas St-Laurent Tout ingénieur soucieux du progrès de l'économie canadienne et du bien-être qui en découle pour ses concitoyens ne peut que se réjouir des développements prodigieux qui depuis 1950 se poursuivent avec célérité sur la Côte Nord du Bas St-Laurent.La population qui en 1941 ne s'élevait qu'à 29,000 passa à 43,-000 en 1951 et s'établit présentement à quelque 80,000 habitants.On croit qu'elle atteindra environ 170,000 vers 1971 (Fig.1).Les investissements dans l'exploitation des ressources forestières, hydrauliques et minières de la région dépassent déjà le milliard de dollars.Les entreprises maintenant en voie de développement et celles que l'on peut prévoir sous peu, font pressentir que les investissements atteindront et peut-être même dépasseront deux milliards et demi de dollars en 1970 (Fig.2).C'est là une somme fabuleuse, égale à la valeur taxable de la cité de Montréal en 1959.D'autre part, il est permis d'anticiper que la valeur de la production forestière, hydraulique, minière et industrielle des exploitations de la région, ainsi que celle des services publics et autres qui les accompagnent, passera de $200 millions qu'elle était en 1957 à plus de $700 millions en 1970 (Fig.3).On prévoit également que les entrées et expéditions des principaux ports de l'estuaire et du golfe St-Laurent atteindront près de 50 millions de tonnes en 1970 (Fig.4).On estime que ce chiffre sera comparable au volume de fret que transporteront alors les canaux du St-Laurent et presqu'au-tant que celui que transporte actuellement le canal de Panama.A coup sûr, ces développements auront une répercussion importante sur l'économie du Canada, sur celle du Québec et en particulier sur toute la région du golfe et du Bas St-Laurent qui avant longtemps bénéficiera d'une navigation efficace à l'année longue (Fig.5).Ce sont là les faits les plus saillants qui découlent de l'étude de l'évolution économique de la Côte Nord.Ce vaste territoire de quelque 440,000 milles carrés de superficie au Nouveau-Québec et au Labrador, est en grande partie situé au-delà du 50° degré de latitude nord.Bornée à l'ouest par les baies James et Hudson, la région se prolonge au nord jusqu'au détroit d'Hudson et à la baie d'Ungava.À l'est se trouvent les quelque 110,000 milles carrés du Labrador, puis au sud ce sont les 700 milles du littoral du St-Laurent s'étendant de l'embouchure du Saguenay à Blanc-Sablon dans le détroit de Belle- Isle.Du sud au nord la région a jusqu'à 1,000 milles de longueur et de l'ouest à l'est jusqu'à 800 milles de largeur.Quatre siècles d'inactivité C'est en 1534 que Jacques Cartier, côtoyant pour la première fois la rive nord du St-Laurent, du détroit de Belle-Isle jusqu'à Havre exprima l'idée que ce devait être là "la terre que Dieu donna à Caïn".Il serait pour le moins ébahi s'il lui était donné de voir aujourd'hui les travaux gigantesques qui se poursuivent dans la région.C'est au cours de ce même voyage, alors que se trouvant dans une petite baie au nord des îles Mingan, le 10 août, fête de Saint-Laurent, il notait dans son journal de bord : "Nous nommas-mes la dicte baye la baye Sainct Laurens".C'est de cette coïncidence que découle le nom Saint-Laurent, maintenant appliqué au fleuve tout entier.Fleuve contenant, paraît-il, la moitié du volume d'eau douce du monde.Durant les quelque trois siècles et demi qui s'écoulèrent depuis la découverte de cette région par Jacques Cartier et le début du 20e siècle, l'activité industrielle des habitants de la Côte Nord se limita pratiquement à la chasse et à la pêche.INGÉNIEUR HIVER 1959- 23 COTE NORD-BAS ST-LAURENT PROGRESSION OE LA POPULATION MILLIERS OE PERSONNES ACCPCi:sTvN'r RFC;:*-T DT I.A POPULATION PREV V S I O N 88 REALI TE ' 6/n/n 1921 1931 1941 1951 1959 1961 1966 197 / IerJUIN OE CHAQUE ANNÉE H.t^âSSUË Fi g.1 A partir de 1850, il y eut bien l'installation de quelques moulins à scie qui ont disparu pour la plupart depuis.En 1867, il y eut aussi l'installation de hauts fournaux à l'embouchure de la rivière Moisie dans le but d'y exploiter les sables magnétiques de la région.Mais l'entreprise, administrée par la Moisie Iron Works, dut fermer ses portes en 1875 à cause, paraît-il, des tarifs douaniers trop élevés exigés par les Etats-Unis où elle devait écouler ses produits.Les archives de la Hudson's Bay Company contiennent les premiers récits de voyage d'exploration sur la Côte Nord.Les explorateurs français et les missionnaires ont aussi pénétré dans le territoire au cours des 18e et 19e siècles.D'après le rapport géologique No 75, "Le Nord de Québec", le père Louis Babel, O.M.I., a laissé un croquis d'une exactitude surprenante de la carte de la partie sud-est du territoire qu'il a visité à quatre reprises entre 1866 et 1870.C'est toutefois au grand explorateur et géologue A.P.Low que l'on doit les premières descrip- tions détaillées des caractères des régions côtière et intérieure du territoire.Ces rapports de A.P.Low, relatant les renseignements accumulés de 1885 à 1904, demeurent fondamentaux après plus de cinquante années pour tous ceux qui s'intéressent au Labrador et à cette importante partie de la province de Québec.Eveil de la région C'est à partir du début du 20e siècle que l'économie de la Côte Nord commence à prendre plus d'ampleur.C'est d'abord, en 1901, l'installation à Clarke City sous l'initiative des frères Clarke d'une usine à pâte de bois, comportant aussi la construction d'un chemin de fer de quelque neuf milles de longueur, joignant Clarke City à la baie de Sept-Iles.L'usine en opération depuis 1908, est administrée par la Gulf Paper and Pulp Company et a maintenant une capacité de production de 150 tonnes par jour.L'année 1916 marque le début des opérations forestières de l'Ontario Paper Company à Shelter Bay sur la Côte Nord.Par la suite, ce fut le tour des compagnies (Tableau I) maintenant intéressées aux ressources forestières de la province de Québec.Le parachèvement de la papeterie de Baie Comeau en 1937 marque réellement l'éveil industriel de la Côte Nord.L'usine maintenant d'une capacité de production de 175,000 tonnes de papier-journal par année, est administrée depuis 1938 par la Quebec North Shore Paper Company, filiale de l'Ontario Paper Company.C'est à l'occasion de l'inauguration de cettç usine que la centrale hydro-électrique (70,600 hp) de la Rivière-aux-Outardes fut mise en marche.Dans le domaine minier, les explorateurs James et Gill, alors à l'emploi de New Quebec Company, découvraient en 1929 des gisements de minerai de fer à haute teneur dans la région du Lac 24 —HIVFR 1959 L'INGÉNIEUR Ruth au Labrador.C'est à la suite de ces découvertes que Labrador Mining and Exploration Company Limited fut organisée en 1936 et reçut du gouvernement de Terre-Neuve, un permis d'exploration sur un territoire de 20,-Ü00 milles carrés de superficie.Les travaux de recherche, sous la direction de J.A.Retty, géologue en chef de la compagnie, ne tardèrent pas à révéler des amas considérables de minerai de fer à haute teneur dont en 1938 celui de Burnt Creek à Schefferville, site des activités de Iron Ore Company of Canada.En 1941, la Hol-linger-North Shore Exploration Company Limited obtenait du gouvernement de la province de Québec le droit d'exploration sur un territoire de 3,900 milles carrés adjacent à la concession de Labrador Mining 6c Exploration Co.Ltd.Egalement en 1941, J.A.Retty découvrait au lac Allard, à quelque 30 milles au nord de Havre St-Pierre, un gisement de minerai de titane (ilmenite) estimé contenir 200 millions de tonnes de minerai et considéré comme le plus important au monde.En 1948, Quebec Iron and Titanium Corporation était formée dans le but d'exploiter les dépôts de minerai de titane de Havre St-Pierre.L'année suivante, en 1949, Iron Ore Company of Canada était à son tour incorporée dans le but d'exploiter les gisements de minerai de fer des deux filiales de Hollinger Consolidated Gold Mines : Labrador Mining and Exploration Co.Ltd., et Hollinger North Shore Exploration Co.Ltd.De même en 1949, Hollinger-Hanna Limited obtenait une charte fédérale et assumait la direction des affaires de Iron Ore Company of Canada.Depuis 1950, l'exploration minière sur la Côte Nord s'est considérablement accélérée et se poursuit actuellement avec intensité.En particulier, des gisements considérables de minerai de fer TABLEAU I COMPAGNIE Consolidated Paper Corp.Ltd.Donnacona Paper Co.Ltd.Anglo-Canadian Pulp & Paper Mills Ltd.St.Regis Paper Company St.Lawrence Corporation Ltd.Canadian International Paper Co.ENDROIT Escoumains, Portneuf-sur-Mer.Port Me- nier Sault-au-Mouton, Bersimis Forestville Godbout Baie Trinité Pentecôte CÔTE H0R0 - BAS ST-LAURENT PROGRESSION DES INVESTISSEMENTS Investissement Total.MILLIONS DI DOLLARS EXPLOITATIONS MINIERES ET INDUSTRIELLES AMENAGEMENTS HYDROÉLECTRIQUES Fig.2 L’INGÉNIEUR HIVER 1959 — 25 999999 COTE HOW-BAS ST-LAURENT YALEUR DE LA PRODUCTION 700 «I MILLIONS DE DOLLARS 75 AUTRES ELECTRICITE ALUMINIUM MINERAI oe TITANE 200 5°° MINERAI oe FER «Till*! 97 FORET 1957 1970 PRODUITS et SERVICES H.MASSUE Fig.3 estimés contenir des milliards de tonnes de diverses teneurs, ont été localisés.D'après des autorités en la matière, un pourcentage minime de la superficie de la Côte Nord aurait jusqu'ici été exploré.Parmi les gisements de minerai de fer les plus importants découverts, outre ceux de la région de Schefferville, se trouvent ceux des monts Wright et Reed, à 200 milles au nord de Port Cartier et ceux du lac Wabush à environ 200 milles au nord de Sept-Iles.Essor économique prodigieux L'année 1950 marque le début sur la Côte Nord, d'une ère d'ac-vité économique sans précédent.C'est d'abord le parachèvement du chemin de fer de 27 milles de longueur unissant le lac Allard à Havre St-Pierre et la mise en oeuvre par Quebec Iron and Titanium Corporation des mines de la région.C'est le début des expéditions de titane( ilmenite) vers So-rel, où est située l'affinerie de la compagnie.De 1950 à 1959, les expéditions de ce minerai s'élevèrent à quelque 4.0 millions de tonnes, dont 815,000 en 1957 seulement, et les investissements de capitaux de la compagnie sur la Côte Nord et à Sorel à $75 millions.L'année 1950 marque aussi le début de la mise en oeuvre des gisements miniers d'Iron Ore Company of Canada sur la Côte Nord.Ces travaux exigèrent une mise de fonds de quelque $300 millions pour le développement des gisements, l'érection de deux villes, les cours de triage, un port d'expédition, la construction d'un chemin de fer de 360 milles de longueur et tout l'équipement qu'une telle opération nécessite.C'est le 31 juillet 1954 qu'eut lieu la première expédition de minerai de fer de la région.Depuis cette date jusqu'à la fin de 1959 quelque 54 millions de tonnes de minerai auront été expédiées de Sept-Iles.En temps normal les expéditions de Sept-Iles se font au rythme de 70,000 tonnes par jour.Cela représente le contenu de 700 wagons d'une capacité de 100 tonnes chacun.On a ainsi une idée de l'intensité du trafic du chemin de fer qui joint Schefferville, lieu des opérations minières à Sept-Iles lieu des expéditions.En 1956 débute la construction de l'aluminerie de Baie Comeau comportant une mise de fonds de $150 millions et l'installation de cuves d'une capacité de 180,000 tonnes.En décembre 1957, la Canadian British Aluminium Co.Ltd., avait complété l'aménagement du premier stade (45,000 tonnes) de son usine et produisait son premier lingot d'aluminium.En mars 1959, l'installation du second stade (aussi de 45,000 tonnes) était complétée et l'usine fonctionnait à pleine capacité soit au rythme de 90,000 tonnes par année.L'installation des troisième et quatrième stades du dévelop- ?6 HIVFR 1959 L'INGENIEUR MILLIONS tE TONNES RÉALITÉ PROGRESSION DU VOLUME OE5 CARGAl SONS .1952- 1970 PORTS DU GOLFE ET DU BAS ST-LAURENT Fig.4 pement de l'aluminene, chacun de 45,000 tonnes, dépendra de l'amélioration déjà commencée de la demande mondiale d'aluminium.Quebec Cartier Mining Company, ayant obtenu sa charte de Québec en 1957, annonce la mise en valeur des gisements de minerai de fer de la région du Mont Wright, à quelque 200 milles au nord de Port Cartier.L'entreprise en voie de développement exigera un investissement de quelque $300 millions et produira quelque 8 millions de tonnes de minerai concentré une fois en pleine activité.Ceci, paraît-il, nécessitera le traitement annuel de quelque 20,000,000 de tonnes de minerai soit quelque 60,000 tonnes par jour.L'année 1961 est indiquée comme date probable des premières expéditions.En 1957, l'usine de traitement de feldspath de la Spar Mica Corporation à Johan Beetz est complétée au coût de $4 millions et la première expédition de minerai (4,000 tonnes) vers Camden, New Jersey, a lieu le 11 novembre de la même année.En avril 1958, Cargill Grain Company annonce la construction à Baie Comeau de silos à grain d'une capacité de quelque 12 millions de boisseaux.Actuellement, l'installation procède rapidement et l'on s'attend à ce que les expéditions de grain aient lieu dès cet automne.On s'attend que d'ici quelques années il s'expédiera annuellement de Baie Comeau quelque 75 millions de boisseaux de grain, soit l'équivalent de quelque 2 millions de tonnes de cargaisons.En mai 1958, la Wabush Iron Company annonce la construction d'une usine de traitement de mi- nerai de fer concentré au coût de quelque $250 millions et capable de produire 5 millions de tonnes par année.Présentement, un chemin de fer de 42 milles de longueur est à se construire.Il reliera la mine du Lac Wabush ainsi que celle de I.O.C.C.à Carol Lake au mille 224 du Quebec North Shore and Labrador Railway.On croit que la construction de cet embranchement hâtera l'aboutissement du projet ci-haut mentionné.ùo4 X \ St*** Fig.5 En mars 1959 Iron Ore Company of Canada annonce sa décision de procéder à la mise en oeuvre des gisements de Carol Lake, 40 milles à l'ouest du Quebec North Shore and Labrador Railway.L'usine de traitement aura une capacité de 6 millions de tonnes de concentrés par année.Le projet entier comporte un investissement de quelque $150 millions.On prévoit pouvoir expédier du minerai concentré dès 1962.Le 6 juin 1959, le Financial Post indiquait que le projet de Unga-va Iron Ores Ltd., dans la baie d'Ungava, deviendrait bientôt une réalité.11 s'agit, paraît-il, d'un investissement de $200 millions L'INGÉNIEUR HIVER 1959 -27 CÔTE NORD-BAS ST-LAURENT AMÉNAGEMENTS HYDROÉLECTRIQUES MILLIERS DE HP M A N ICOU A6A N OUTARDES STE* MAC3UECITE ET AUTRES 195*0 1955 I960 1965 1970 A LA FIN DE L'AISNE E Fig.dans l'établissement d'une usine de concentration de quelque 5 millions de tonnes de minerai, la construction d'un chemin de 1er de 20 milles de longueur, l'installation de deux ports de chargement, un à Hope's Advance Bay, en Ungava, et l'autre à Rype Island, au Groenland, et l'aménagement d'une usine hydro-électrique près de la mine.6 Développements hydrauliques L'aménagement des ressources hydrauliques de la Côte Nord à la fin de 1958 s'élevait à 1,600,410 hp., qui se compare à 82,510 hp.seulement en 1950.Le tableau II fait voir l'accélération de l'aménagement durant ces dernières années.Avant 1954 jamais plus de 69,300 hp.avaient été instal- lés en une année alors qu'en 1958 l'installation atteignit 570,000 hp.En 1952 et 1953 avait lieu l'installation des deux premiers groupes, de 56,200 hp.chacun, à l'usine de la Manicouagan Power Company.L'installation d'un nouveau groupe de 60,000 hp.en 1957 et de deux autres groupes de la même puissance en 1958 portait la productivité de cette usine à 292,400 hp En 1959, l'installation des trois premiers groupes à l'usine Bersi-mis II de l'Hydro-Québec ajoutera 513,000 hp.à l'aménagement hydraulique de la Côte Nord.L'installation en 1960 des deux derniers groupes de Bersimis II (342,000 hp.) et la mise en marche de l'usine de Quebec Cartier Mining Co.(60,000 hp.) ajouteront 402,000 hp.à l'installation hydro-électrique qui alors atteindra 2,515,410 hp.A la fin de 1958, les 1,600,410 hp.de force hydro-électrique de la Côte Nord se répartissaient ainsi, parmi les principales rivières de la région.Le tableau III indique aussi quels en étaient les principaux propriétaires.Le 17 août dernier, feu l'Hono-rable Maurice Duplessis annonçait le prochain harnachement, au coût de centaines de millions de dollars, des forces hydrauliques de la rivière Manicouagan, qui d'après les experts du gouvernement s'élèvent à 6,000,000 hp.Il est intéressant de noter que l'accroissement des besoins d'électricité dans la province de Québec de 1930 à 1960, se poursuivit au rythme de 5.2% par année.Si cela se continue durant 1960 il faudrait pourvoir à l'installation de quelque 8 millions hp.additionnels durant cette période.Il n'y a pas de doute que la rivière Manicouagan sera appelée à fournir une forte proportion de ces besoins (Fig.6).28 - - HIVER 1959 L’INGÉNIEUR TABLEAU II ANNÉE ADDITION TOTAL Avant 1924 11,560 hp 11,560 hp 1927 1,300 12,860 1929 350 13,210 1937 69,300 82,510 1947 300 82,810 1952 56,200 139,010 1953 56,200 195,210 1954 25,200 220,410 1956 450,000 670,410 1957 360,000 1,030,410 1958 570,000 1,600,410 TABLEAU III RIVIÈRE PROPRIÉTAIRE INSTALLATION Bersimis Hydro-Québec 1,200,000 hp Manicouagan Manicouagan Power Co 292,400 Outardes Quebec N.S Paper Co 70,600 Ste-Marguerite Gulf Power Co 24,000 Ste-Marguerite Gulf Power Co 10,960 Petites Bergeronnes — 1,200 Godbout — 600 Grande Trinité — 350 Riverin — 300 Total 1,600,410 hp Incorporation de diverses sociétés minières de la Côte Nord papier-journal depuis 1938, la région devint productrice de minerai de titane en 1950, de minerai de fer en 1954 et de feldspath en 1957.L'inauguration de l'alumine-rie de Baie Comeau en décembre 1957, la venue de Cargill Grain Co., en 1958 et l'aménagement de quelque 300,000 hp.par Mani-couagan Power Company et de 2 millions hp.par Hydro-Québec sur la rivière Bersimis donnèrent une nouvelle impulsion à l'économie de la région.Dans un avenir immédiat on verra, de plus, la production annuelle de millions de tonnes de minerai de fer concentré par Quebec Cartier Mining Company en 1961, Iron Ore Company of Canada en 1962 et Wabush Iron Company Limited probablement en 1963.On prétend que d'ici peu d'années, la production de minerai de fer naturel et concentré sur la Côte Nord atteindra 35 millions de tonnes dont peut-être 8 millions devront être expédiées en hiver.L'incorporation, depuis 1950, des compagnies minières suivantes donne une idée de l'intérêt croissant des aciéries canadiennes et américaines pour les ressources minières de la Côte Nord (Tableau IV).Outre ces sociétés, il en existe un grand nombre dont l'activité s'est limitée jusqu'ici à l'exploration du vaste territoire que constitue le Labrador et le Nouveau Québec.Conclusion Après quelque quatre siècles d'inactivité à la suite de sa découverte, la Côte Nord du Bas St-Laurent est en train de devenir une des plus importantes régions industrielles du Canada.Fournissant des produits de la forêt depuis le début du siècle, de la pâte de bois depuis 1908 et du Fig.7 — Le North Gaspé de la Clarke Steamship Company Limited arrive au quai de Pointe-au*Père pendant l'hiver 1959.L'INGÉNIEUR HIVER 1959 — 29 Année TABLEAU IV COMPAGNIE PRINCIPAL INTÉRESSÉ 1951 Canadian Javelin Ltd.Pickhands Mather & Co.Mt.Wright Iron Mines Co.Ltd.— 1952 Bellechasse Mining Corporation Ltd.Pickhands Mather & Co.Quebec Cobalt & Explorations Ltd.Jones & Laughlin Steel Corp.Aconic Mining Corporation — 1953 Spar Mica Corporation Strategic Materials Corp.Atlan.ic Iron Ores Ltd.Cyrus S.Eaton 1954 Oceanic Iron Ore Ltd.Rio Tinto Mining Co.Ungava Copper Corporation Ltd.— 1955 Consolidated Fenimore Iron Mines Ltd.— 1956 Wabush Iron Ore Mather Iron Co.1957 Quebec Cartier Mining Co.Steel Co.of Canada U.S.Steel Ungava Iron Ores Co.Cyrus S.Eaton Great Whale Iron Mines Ltd.— Oliver Iron & Steel Corp.Ltd.—— sant de passagers et un volume de fret toujours plus important.Il appert que déjà certaines pistes d'atterissage sont inadéquates; les autorités compétentes verront sans aucun doute à corriger cette situation difficile.Jusqu'ici l'industrie privée a joué un rôle gigantesque dans l'évolution de la Côte Nord.Il suffit de se rappeler les centaines de millions de dollars qu'elle y a investis avant d'en retirer un sou de revenu.Les faits mentionnés tout au long de cet article indiquent que cette politique se poursuit avec célérité.Ce sera aussi bientôt l'aménagement de millions de horsepower de la rivière Manicouagan qu'exigeront les industries du Québec.Ceci attirera vers la Côte Nord de nouvelles industries en quête de fortes quantités d'électricité à bon marché.Il est évident que le plus grand succès des entreprises de la région et le bien-être de la population croissante dépendront entièrement des facilités de transport ferroviaire, routier, maritime et aérien qu'on y aménagera.Déjà plusieurs milles de chemins de fer transportent les ressources naturelles aux principaux ports du territoire, d'autres sont en voie de construction; aucun d'entre eux cependant ne permet encore l'échange de communication entre le Nouveau Québec et le reste de la province.Le temps sans doute réglera ce problème.Heureusement, lorsque la route reliant Sept-Iles à Tadoussac sera bientôt terminée, il sera alors possible aux habitants de la Côte Nord d'atteindre par voiture, et en tout temps, soit la ville de Québec sur la rive nord ou Pointe-au-Pè-re sur la rive sud par l'intermédiaire d'un traversier que l'on projette de construire.Pour ce qui est du transport maritime on est en voie de l'amé- liorer.La construction du nouveau port de Pointe-au-Père, au coût de $3 millions en est le meilleur indice.Il y a aussi d'autres améliorations importantes projetées aux ports de Pointe-au-Pic, Baie Comeau, Sept-Iles, Dalhou-sie et Corner Brook.L'achat, par le ministère des Transports, de la ligne canadienne du système Decca à l'embouchure du St-Laurent est une autre preuve de l'intérêt du gouvernement fédéral à l'égard de la navigation.Il y a aussi l'assurance donnée par le même ministère d'un nombre additionnel de brise-glaces durant les deux prochaines années.Chaque année, il y a de plus en plus d'envolées d'observation de la glace dans l'estuaire et le Golfe St-Laurent.Jusqu'ici le transport aérien a joué un rôle de tout premier plan dans l'évolution industrielle de la Côte Nord.Les découvertes auxquelles on doit l'expansion actuelle n'auraient pas été possibles sans le rôle qu'il a joué dans l'exploration de toute la région et lors de la construction des 365 milles de chemin de fer reliant Sept-Iles à Schefferville.Aujourd'hui l'aviation continue de poursuivre son rôle en transportant un nombre toujours crois- II est heureux que les gouvernements s'intéressent de plus en plus à l'établissement des moyens de transport qui permettront à ces industries de papier, d'aluminium, de minerai de fer et de titane et autres, de concurrencer avantageusement leurs compétiteurs canadiens, américains ou d'outremer.On peut déjà prévoir que dans un bref délai, les gouvernements seront amplement remboursés de leurs dépenses par les taxes qu'ils retireront d'une population croissante et d'industries prospères.La Côte Nord est sûrement le pays de l'avenir, l'abondance des ressources naturelles qu'il contient assure à la région une longue prospérité.C'est bien là, la conclusion contenue dans le Rapport Géologique 75 de 1957, du Ministère des Mines de la Province de Québec : "En se multipliant, les recherches minières révéleront certainement l'existence de gîtes minéraux encore insoupçonnés dans cet immense secteur du Bouclier canadien; leur mise en valeur démontrera l'abondance des richesses minérales de ce vaste territoire et leur exploitation sera un apport considérable à l'économie générale de la province".30 — HIVER 1959 L’INGÉNIEUR L'idée de base de précontrainte des matériaux remonte à très loin dans l'histoire de la civilisation.Cependant, ce n’est que récemment que les rapides développements de la science appliquée ont lait des réalisations pratiques et économiques de cette méthode de construction.Le béton semble être le matériau qui se prête le mieux à cette technique de la précontrainte.Mais avec les progrès de la science moderne, une théorie appliquée donne naissance à une autre; de sorte que, déjà, le béton précontraint, tout nouveau qu'il soit, a un concurrent dans le domaine de la précontrainte : son rival de toujours, l'acier précontraint.Enfin, revenons à l'avant-dernier de la famille : le béton précontraint.En Amérique, nos difficultés à maintenir à un bas niveau les coûts de construction sont bien différentes de celles auxquelles font face nos cousins d'Europe.En effet, notre main-d'oeuvre, relativement plus chère, et la haute mécanisation de nos méthodes de construction exigent que la précontrainte s'unisse à la préfabrication pour rendre cette technique applicable économiquement sur notre continent.Nos voisins du Sud sont déjà très avancés dans ce domaine.En effet, dans la construction de bâtiments autant que dans la cons- UNE APPLICATION ÉPROUVÉE DU BÉTON PRÉCONTRAINT par Claude Lanthier Ingénieur Conseil, Montréal truction lourde de ponts, le béton précontraint préfabriqué est établi solidement et surtout, est très compétitif avec ces deux autres matériaux plus connus ; le béton armé et l'acier de structure.L'élément structural le plus populaire, aux Etats-Unis, dans ce genre de construction est, sans contredit, la dalle en double-T préfabriquée de béton précontraint.(Fig.1).Cette pièce de structure est précontrainte par la méthode dite prétendue par adhérence.Cela signifie que la fabrication de telles pièces comprend les principaux stages suivants : 1° On tend des torons à haute résistance de traction 2° On coule du béton à haute résistance à la compression dans des moules d'acier 3° On chauffe le béton dans une atmosphère humide afin d'en accélérer la prise 4° On enlève les pièces coulées des moules et on laisse le béton continuer sa prise en entreposage.Il est à remarquer ici que l'adhérence du toron d'acier avec le béton sert uniquement d'ancrage sans aucune autre sorte d'ancrage.De façon à tirer profit de tous les avantages du béton précontraint, certaines considérations de calcul se traduisent par certaines précautions dans le procédé de fabrication.Ainsi, pour être efficace, l'acier de précontraint doit suivre une courbe parabolique 3-ll7/8" ( 4-0" NOMiNAL) TREiLLIS METALLIQUES e'triers TORONS DE PRECONTRAINTE COUPE AU CENTRE COUPE A L APPUI DALLE DOUBLE-T-DE BETON PRECONTRAINT Fig.1 L'INGÉNIEUR HIVER 1959 — 31 SU FSSM D jc uhir.Dvl £ Ft >LL£ ,FKIC DC?U i f- Ta DEL BÉT < > H P ICECC .UHT 1 4M ».*/ ri.**.c » ' A KL.C, li.t.HÀ»4I r «HIWI A tu ri- MH » ! j 14a._ 1 Oa Ae> tAR IL r Arrw fr fri» H«.rre i ru**.n i*.• ZJ3 o É L> M K.UA.K LTUltl i< • fLECH a • 15 i *«.«.< >M ¦%.*-! L.„ L Fig.2 dans la poutre.Or, dans les éléments préfabriqués, on en vient approximativement à cette courbe en défléchissant les torons aux deux tiers de la longueur totale, de façon à ce que la résultante des forces impliquées par les torons prétendus suive une ligne qui se rapproche très sensiblement de la parabole idéale.Une autre considération importante est celle d'employer des matériaux de qualité supérieure et surtout bien contrôlée.Par exemple : un béton de résistance minimum à la compression de 4,000 lb/po.ca.à 18 heures de prise et de 6,000 lb/po.ca.à 28 jours, combiné à un acier pouvant résister à un effort ultime de traction d'au moins 250,000 lb/po.ca.et ayant un point d'écoulement (à 0.2% d'allongement permanent) d'au moins 212,500 lb/po.ca.(A.S.T.M.Designation : A-416-57 T).Récemment, une compagnie1 ¦* de produits préfabriqués de béton mit à l'essai une de ces dalles dans l'imposant laboratoire d'essai de matériaux de l'Ecole Poly-technique,2).Les résultats de cet essai s'avérèrent très satisfaisants et nous présenterons les principales parties du rapport officiel émis à cet effet.La dalle avait les caractéristiques physiques telles que décrites sur le dessin (Fig.1).Le calcul de la membrure fut effectué en adaptant au béton précontraint les restrictions du chapitre 11 du code 1900 du règlement concernant la construction des bâtiments dans la cité de Montréal, à savoir : Effort permissible de compression dans le béton : 0.40 f'c Effort permissible de traction dans le béton : 0.03 f'c Là où le code de Montréal ne comprenait aucune clause en rapport avec certaines exigences particulières, le calcul fut régi par les "Tentative Recommendations for Prestressed Concrete" du A.C.I.-A.S.C.E.Joint Committee no 323, à savoir : Effort temporaire permissible de compression dans le béton : 0.60 f'ci Effort temporaire permissible de traction dans le béton: 6V f'ci Effort temporaire permissible de traction dans l'acier : 0.70 f's Effort permissible de traction dans l'acier : 0.60 f's 1 — Pressure Pipe Company of Canada Limited.2 — L'essai fut effectué sous la direction de M.J.-E.Hurtubise, professeur de génie civil, assisté de M.Boris Hesketh, assistant professeur de structures.Les charges impliquées furent les suivantes : charge vive (c.v.): 40 lb/pi.ca.dalle : 47 lb/pi.ca.isolant toiture : 10 lb/pi.ca.charge morte (c.m.): 57 lb/pi.ca.charge totale : 97 lb/pi.ca.charge superposée à la dalle : 50 lb/pi.ca.Afin de parfaire l'essai dans des conditions expérimentales se rapprochant le plus possible de la théorie de la résistance des ma- 32 —HIVER 1959 L'INGÉNIEUR tériaux, la dalle fut assise sur des sections de tuyau afin de produire un appui d'un seul point.Des plaques d'acier encastrées dans la dalle agissent pour recevoir cette concentration d'effort et la distribuer sur une section plus grande du béton.Ce comité de l'A.C.I., cité auparavant, recommande qu'une dalle préfabriquée de béton précontraint, ayant ses applications dans la construction des bâtiments, doit résister à une charge ultime d'au moins : 1.2 c.m.+ 2.4 c.v.soit dans notre cas 129 lb/pi.ca.ou 1.8 (c.m.-+- c.v.) soit dans notre cas 128 lb/pi.ca.; la plus grande charge des deux solutions s'appliquant.La charge exigée fut créée en empilant des blocs de béton Haydite (agrégats légers 110 lb/pi.cu.) afin de maintenir un meilleur contrôle et un rythme plus régulier de chargement.Les blocs de maçonnerie furent placés en maintenant un espace entre chacun pour éviter l'effet d'arche impliqué par la cambrure de la pièce.Les déflections furent mesurées, simultanément, au centre de la portée et sur les deux côtés de la dalle à la fois, à l'aide d'un dé-flectomètre et d'un niveau de haute précision; l'ensemble donnant des lectures à 1/64 de pouce.Afin de démontrer le recouvrement de la cambrure après une surcharge, la dalle fut chargée du poids unitaire recommandé et on enleva complètement la dite charge.On peut avoir une idée des principales péripéties de cet essai en consultant le tableau I, dont les résultats sont traduits dans la courbe de la Fig.2.Donc, la dalle a supporté la charge recommandée par les devis précités.Certaines particularités du comportement de la pièce étudiée sont d'un intérêt particulier.1° La flèche sous plein chargement superposé fut de 1-15/32 soit a ; > «flk Fig.3— Dalle supportant la charge 1.2 C.M.plus 2.4 C.V.qui est le chargement ultime minimum recommandé par le Comité conjoint no 323 ACI*ASCE concernant le béton précontraint.TABLEAU 1 Résultats d'essais Temps écoulé Charge superposée Flèche Remarques lb/pi.ca.po.0 0 0 Cambrure 2-3/64 po.24.2 22/32 15 min.50 1-37/64 30 min.0 1/32 Cambrure résiduelle 2-1/64 po.0 0 0 Déchargée 25 21/32 50 1-15/32 75.6 3-13/64 premières fissures capillaires 100 6-47/64 nouvelles fissures capillaires 1 h.15 min.107 8/ 7/64 nombreuses fissures capillaires 129 12-63/64 pas de fissures plus 1 h.45 min.0 larges que 1/100 de po.Toutes les fissures se referment au déchargement.15 min.1 1 h.31/32 3 h.45 min.0 15/16 17 h.15 min.0 7/8 Cambrure recouvrée: 1-9/64 po.L'INGÉNIEUR HIVER 1959 — 33 9t X‘, ; -À Fig.4 — Vue du centre de la portée montrant les fissures caractéristiques qui se sont développées lorsque la dalle fut chargée à la charge ultime minimum recommandée.(La corde indique la ligne de niveau).mmrn Fig.5 — Une fois le chargement ultime minimum enlevé, les fissures ont complètement disparu.1 368 de la portée D'où la flèche calculée pour la charge vive seulement serait de 1/461 de la portée : ce qui est de beaucoup en-dessous de la limite supérieure de 1 360 recommandée comme flèche maximum en vue de prévenir les fissures dans les recouvrements de plancher ou plafond.2° La cambrure est permanente et le chargement ne fait que diminuer cette cambrure, d'où les recouvrements seront toujours soumis à une compression, ce qui est bien préférable au moindre effort de traction.3° Le rapport d'élancement de cette structure est vraiment très bas: 1/41.4° La courbe que prend la dalle sous sa surcharge n'est pas très orthodoxe.En effet, on peut la décrire par une courbe quelconque, au centre, qui unit deux sections de droites se dirigeant vers les appuis.Cette application du béton précontraint en est une parmi des milliers.Déjà, au Canada, surtout en Ontario, de nombreuses entreprises se sont intéressées à cette nouvelle industrie qui présente des débouchés très nombreux.Bientôt, un code bien positif, concernant la construction de béton précontraint, sera émis par l'"American Concrete Institute".Il va sans dire qu'une telle mesure invitera les villes et les institutions gouvernementales à en faire autant et ainsi favorisera l'expansion de cette sphère de l'industrie de la construction qui s'avère très prometteuse.34—HIVER 1959 L'INGÉNIEUR D’OEIL
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