L'ingénieur, 1 mars 1982, Mars - Avril
No 348 68e année Mars/avrll 1982 •Hr Postage paid Port payé Bulk En nombre third troisième class classe F-353 Montréal C.P.6079, Suce.A, Retour garanti Montréal, Québac H3C 3A7 a qualité JL ans l’entreprise JO J J J: r/jjuüS^t yuüüuuSte &JJUÜULL L-w__^lll ISliUbi L Pt-O».J J .üâ-v * l r ¦» -T-»*.î> -» f -v» J JJ il JJ J J JJ JIUJJJJJJJ jjjjJjtfja i ELUL krlai-^ JJJiJ KïwîwS ’ v •'"i‘ ®xi rite.ï r» m» uluiu i »iî ‘tir1 é iVÀ lit T=tHE3- gKfci 91% des municipalités québécoises choisissent les pompes submersibles Pourquoi?Parceque le nom de Flygt n’est plus à faire en matière de rendement et d’excellence de service de ses pompes d’égout.Qui mieux est: Flygt jouit d’une réputation admirable grâce à plus de 91% des municipalités québécoises.Alors.ça coule en douce avec FLYGT CANADA Pointe-Claire (Québec) (514) 695-0100 Succursales: Montréal, Québec, Sept-lles, Coquitlam, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Toronto, Hamilton, Sudbury, Ottawa, Moncton et Saint-Jean (Terre-Neuve). mars avril 1982 I ingénieur mars avril 1982 No 348, 68e annee Administration et rédaction a/s École Polytechnique Case postale 6079, Succursale A Montréal, Québec H3C 3A7 Tél (514) 344-4764 Conseil des administrateurs provisoires Guy Drouin, ing président Guy Sicard, mg secrétaire André Brossard, ing Émeric G Léonard mg Carol Wagner mg Directeur général Yolande Gingras Comité consultatif de rédaction Gérald Bélanger mg directeur Denis Angers mg Michel Bilodeau mg G -Réal Boucher, mg Médéric Desrochers, mg Yvon M Dubois mg Claude Guermer mg Maurice Laçasse, mg Sylvio Richard, mg Charles Villemaire, mg Rédacteur Charles Allam Conception graphique Jean-Claude Rousseau Direction des communications de I Université de Montréal Publicité Jean Séguin & Associés Inc courtiers en publicité 601 Côte-Vertu Saint-Laurent, Québec H4L 1X8 Tél (514) 748-6561 Éditeur Les Publications L INGÉNIEUR Inc L’enseignement du génie au Québec de 1920 à 1940 Paul Tourigny, mg Pendant l’entre-deux-guerres, l'enseignement du génie au Québec est partage entre deux institutions l’École Polytechnique et la Faculté de génie de l'Universite McGill Le contraste qui les caractérise a des résultats pour le moins inusités l'Université McGill, de langue anglaise, forme quatre fois plus d’ingénieurs que l'École Polytechnique, ce qui est inversement proportionnel à la composition de la population québécoise à l’époque L'article entend identifier les causes et les effets de cette asymétrie, en s’appuyant en particulier sur les liens étroits qui existent entre les deux institutions et le milieu dont elles sont issues 5 La qualité : pourquoi ?Comment ?Pierre F.Caillibot, ing Cet article traite des questions suivantes Pourquoi rechercher la qualité ?Non seulement pour elle-même mais également pour augmenter la productivité et réduire les coûts.C’est quoi la qualité ?L’aptitude à satisfaire un besoin donné Les étapes à franchir : la définition, la conception, l’exécution et l'emploi du produit.La maîtrise de la qualité passe par la qualification, le contrôle et l'audit des produits, des procédés et des systèmes.Un exercice de prévision technologique : la modernisation des pâtes et papiers Daniel Leblanc, Michel Rigaud, ing.et Henri Schreiber, Ph D Cet article veut servir à démontrer l’utilité de la prévision technologique comme méthode de travail efficace et accessible pour les ingénieurs ayant des décisions a prendre dans un environnement socio-économique, écologique et politique complexe.L'article prétend donner une image partielle de la modernisation du secteur des pâtes et papiers au Québec et au Canada d’ici la fin du siècle, tant à ce qui a trait à l'approvisionnement qu’en ce qui concerne les procédés de fabrication.Il est à prévoir que l'industrie des pâtes et papiers au Canada restera un leader à l’échelle mondiale, tout en continuant d’exercer son leadership de façon conservatrice au niveau des innovations technologiques L’ingénieur et.l’immobilier Gilles Delisle, ing Imprimeur Presses Élite Inc 3744 rue Jean-Brillant Montréal.Québec H3T 1P1 Abonnements Canada 15$ par année Étranger 20$ par année À l unité 3$ 27 28 32 Abstracts Offres d’emploi Répertoire des annonceurs Droits d'auteurs j Les auteurs des articles publiés dans L INGÉNIEUR conservent r entière responsabilité des théories et des opinions émises par eux Reproduction permise, avec mention de la source on voudra bien cependant faire tenir à la Rédaction un exemplaire de la publication dans laquelle paraîtront les articles Engineering Index Biol Chem Sci Abstracts Periodex et Radar signalent les articles publiés dans L INGÉNIEUR - ISSN - 0020-1138 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec Couverture Tirage certifié membre de la Canadian Circulation Audit Board ccab À l'aide d'un ordinateur, un employé de la division de commutation générale de Northern Telecom à LaSalle exécute des essais sur un redresseur qui alimentera un commutateur DMS-1.(Photo gracieuseté de Northern Telecom Canada Ltée) MOW- • X** SM'fefcA •r —' -V «V TEXEL.le meilleur sous-vêtement souterrain tent de résister aux contraintes importantes.Texel, c’est finalement une couche séparatrice qui empêche les sols de se contaminer.Vraiment le meilleur géotextile.Pour informations, composez sans frais 1-800-463-8866 .et un drain de première qualité Texel est un géotextile aiguilleté de très haute qualité.Ses utilisations sont multiples: construction de routes et voies d’accès, chemins de fer, travaux hydrauliques et fondations d édifices.Il est d’abord et avant tout un drain très efficace.Il favorise la collecte des eaux par sa structure tout à fait particulière.Celle-ci lui confère une grande perméabilité dans le sens normal et radial,toujours supérieure au sol environnant.Texel agit aussi comme filtre.Il retient grâce à sa texture, les fines particules et laisse passer l’eau par la normale à son plan.C est également une armature conçue pour améliorer la capacité portante d un sol.Son pourcentage élevé d’élongation et sa résistance à la traction lui permet- Autres utilisations stationnements, berges, jardins, lignes de transmission, piscines, digues et toitures inversées.485, des Érables, St-EIzéar, Beauce-Nord Québec, Canada GOS 2J0 Tél.: (418) 387-5910 pou nen au monde.mnfr Un nouvel assistant pour Philippe Brassard, conseiller en administration: leVünlagel2deBell.dus de quarante fonctions qui simplifient et accélèrent les communications des PME et rendent la vie plus toctie Par exemple, vous pouvez du bout du doigt organiser une conférence téléphonique, faire en sorte que vos appels soient professionnels Un outre avantage du monde essentiel de Be81 Pour obtenir de plus amples informations sur ie Vbnfage 12 de Bell, composez sons frais le 1 800 361-5605.Bell QU HT PENROAD HT MAMTENANT Le géotextile Penroad® existe toujours, mais il porte maintenant le nom de Mirafi?Mirafi est un nom de commerce bien connu dans le domaine des géotextiles.Et, comme en octobre 1981 Dominion Textile a acquis les actifs Mirafi de Celanese Corporation aux États-Unis, il est logique que Penroad ait maintenant adopté ce nom reconnu dans le monde entier.Mais, même si le nom est changé, Penroad/ Mirafi demeure exactement le même géotextile canadien de qualité supérieure et comporte toujours les mêmes spécifications.Il connaît le même succès dans la construction de chemins de fer, d’autoroutes et de dispositifs de drainage et de contrôle de l’érosion.Il est toujours fabriqué au Canada selon les mêmes standards rigoureux de qualité et est toujours distribué de la même façon.De plus, Mirafi vous donne tout le rendement et toute la durabilité que vous attendiez de Penroad.Seul le nom est changé, les qualités restent." Avec ce nouveau nom viennent l’expertise technique et la technologie d’utilisation dont bénéficient depuis longtemps les clients de Mirafi.Ainsi, nous pouvons mettre à votre service toutes ces années d’expérience pour vous aider à résoudre vos problèmes d’utilisation spécifique.Donc, lorsque vous aurez besoin d’un expert qui connaît à fond les dessous de la construction, dites le mot de passe: Mirafi.Seul le nom est changé.Pour de plus amples renseignements, communiquez avec: Directeur des ventes, produits géotextiles Dominion Textile Inc.1950, rue Sherbrooke ouest Montréal, Québec H3H 1E7 (514)937-5711 poste 331 ^n^lRAFI mars avM 1982 • tnganteur L’enseignement du génie au Québec de 1920 à 1940 Paul Tourigny.ing., M.Sc.Pendant l’entre-deux-guerres, l’enseignement du génie au Québec est partagé entre deux institutions : l’École Polytechnique et la Faculté de génie de l’Université McGill.Le contraste qui les caractérise a des résultats pour le moins inusités : l’Université McGill, de langue anglaise, forme quatre fois plus d'ingénieurs que l'École Polytechnique, ce qui est inversement proportionnel à la composition de la population québécoise à l’époque L’article entend identifier les causes et les effets de cette asymétrie, en s'appuyant en particulier sur les liens étroits qui existent entre les deux institutions et le milieu dont elles sont issues à la fois de recul et d'avance par rapport aux disciplines qu elles dispensent Leurs périodes d'émergence ou de consolidation sont donc des plus intéressantes à observer L’entre-deux-guerres, les années 1920 à 1940, nous a semblé à cet égard particulièrement fertile dans le cas du Québec*3' L'heure des pionniers Au tournant et pratiquement jusqu’au milieu du siècle, deux institutions se partagent l'enseignement du génie au Québec : l'École Polytechnique et la Faculté de génie de l’Université McGill La première est francophone, la seconde anglophone Ces institutions sont liées à deux ensembles sociétaux distincts et distants le premier, français-catholique, est largement majoritaire le second, anglais-protestant, exerce une hégémonie économique sur le premier Les institutions, les pratiques, les idéologies diffèrent et parfois s'opposent Les fonds auprès des marchands et industriels de Montréal Dissymétrie fondamentale L’Université McGill a accordé 1,627 diplômes d’ingénieur entre sa fondation et 1920; l’École Polytechnique, 375 Cette proportion est à l'inverse des populations On peut donc parler d’une première dissymétrie des institutions, dissymétrie qui reflète celle du développement technologique et économique des deux sociétés dont elles émanent Cette situation n’allait guère s’améliorer dans les deux décennies que nous allons étudier Entre 1920 et 1940, l’Université McGill émet 1 640 diplômes d'ingénieur, contre 468 pour l’École Polytechnique ; le rapport est près de 4 à 1 Par ailleurs, les populations étudiantes à la Faculté de génie de McGill ne sont que le double de celles qui fréquentent l’École Polytechnique Il est vrai que le cours d'in- Le discours historique sur les ingénieurs du Québec est peu abondant et ceux-ci y contribuent plutôt modestement Certes, ils aimeront à l’occasion faire état de la carrière de certains des leurs ou encore ébaucher la chronique plus ou moins anecdotique de certaines tranches de leur vie collective Les ingénieurs estiment peut-être que leurs oeuvres et plus spécialement leurs constructions parlent pour eux Les historiens externes au milieu ne dépassent guère ces niveaux.Cette pudeur d’une part, cette courte perception d’autre part, risquent de laisser dans l’oubli l’ingénieur lui-même En effet, le travail de l'ingénieur réside aux niveaux abstraits du concept, de la méthode et de l’analyse critique, et non seulement au niveau de la réalisation Paradoxalement et dans une large mesure, son intervention se traduit par la non-réalisation des objets d’étude si ceux-ci ne répondent pas aux critères de faisabilité qu’il utilise Pour les ingénieurs québécois, l’historiographie de la profession, l’épistémologie des disciplines et l'évaluation des contributions sociales demeurent à faire Parmi les oeuvres de ces ingénieurs, il faut regarder d’abord leur appareil reproducteurs, les écoles de génie Ces lieux de formation, et de plus en plus de recherche, demeurent l’articulation motrice principale de l’ingénierie Ces écoles doivent être en position M.Paul Tourigny obtient un diplôme en génie civil à l'Ecole Polytechnique en 1946 Sa carrière d'ingénieur se déroule dans le secteur des travaux publics et des bâtiments à titre d'ingénieur d'étude dans l’entreprise privée et d'ingénieur-conseil Il se mérite en 1966 un prix de l’Institut canadien de la construction en acier pour les qualités techniques et esthétiques d'un pont haubané Par la suite, il devient professeur en techniques du génie civil dans un collège du Québec.En 1981, à l'Université « What the English speaking navies have done for the security of the seas, the English speaking engineers are doing for the interiors of countries all over the world, bearing as Rudyard Kipling has said the white man's burden ».(1) « Laissons à d’autres nations éprises d’idéal ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière.Notre ambition à nous doit tendre et viser plus haut, plus hautes doivent être nos pensées, plus hautes nos aspirations.%,2) groupes se fixent dans une coexistence décrite sous le terme de « deux solitudes »(4) Certaines nécessités obligent toutefois à la collaboration Les techniques sont largement modelées par la technologie américaine Les ingénieurs du Québec travaillent ainsi sur des objets communs et leurs écoles se réfèrent à une didactique qui, sur le fond, est aussi commune Malgré ces convergences, l’enseignement du génie s’inscrit dans le dualisme de la société québécoise À la fondation des deux institutions, les arguments avancés par l’Université McGill pour accaparer tout le champ de l’enseignement du génie échouent Le gouvernement de l’époque tient à ce que les canadiens-fran-çais développent leur propre compétence, il fonde l’École Polytechnique et la soutient financièrement La Faculté de génie de McGill trouvera ses propres de Montréal, il acquiert la maîtrise en histoire et socio-politique des sciences Professeur invité en histoire des sciences et des techniques à l’Université Concordia puis à l'Ecole Polytechnique, l'auteur collabore aussi aux travaux de l'Association des professeurs de sciences du Québec et de l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences II poursuit actuellement des recherches en histoire de l'ingénierie au Québec génieur a été statutairement établi à 4 ans à McGill et à 5 ans à l’École Polytechnique, mais une importante dissymétrie persiste entre les deux institutions si on met en regard les populations étudiantes et les diplômes octroyés ; en somme, la rentabilité du système Chaque inscription en première année se traduit par un diplôme ultérieur dans 80% des cas à McGill, et 33% à Polytechnique.Si l’on comptabilise en élève-années l’enseignement dispensé à tous les niveaux, on constate qu’il faut pourvoir en moyenne 5 élève-années par diplôme octroyé à McGill contre 7,5 pour l’École Polytechnique Le poids pédagogique excédentaire par diplômé est donc d’une élève-année à McGill et de 2,5 à Polytechnique Difficultés à Polytechnique À l’École Polytechnique, la concentration des ressources pédagogiques, et donc monétaires, est faite aux niveaux inférieurs.Ne pouvant compter sur des arrivages aux niveaux intermédiaires, l’École devra miser sur un accroissement par la base La faiblesse des effectifs aux niveaux supérieurs demeure ei retarde l’institution des spécialités L’École dispense un cours de génie civil, mais elle voit cette discipline comme formation générale*5» L’étalement du cours sur cinq ans permet 5 d’aborder des domaines tels que l’électricité, la mécanique et la chimie industrielle Par ce compromis, on espère procurer aux diplômés une ouverture vers le champ industriel et le secteur privé, ouverture qui tarde à se produire Les diplômés de l’École se retrouvent à la fonction publique et pratiquent le génie civil, et ceci même au-delà de la période présentement étudiée alors qu’un régime d’« options » sera créé.Si l’aval de l’institution, le marché ouvert aux diplômés, présente des problèmes, les difficultés sont cruciales à l’amont, difficultés de recrutement Les étudiants qui s’inscrivent à l’École Polytechnique peuvent être partagés en deux catégories principales, suivant en cela le modèle qui prévaut à l’époque, à savoir les « classiques » et les « scientifiques » Les premiers ont été formés dans les collèges classiques, leur bagage académique comporte une prédominance quasi exclusive en humanités ; ils sont munis d’un baccalauréat ès arts, clé de l’entrée aux études universitaires proprement dites et au grand séminaire La seconde catégorie d'institutions alimentant Polytechnique est celle des écoles dites supérieures ; celles-ci sont rattachées en général au réseau public La plus prestigieuse de ces institutions est le Mont-Saint-Louis.Le cours scientifique qu'on y prodigue peut conduire directement en deuxième année à Polytechnique L’institution demeure donc ouverte à tous les milieux, parrainant incidemment une école de préparation.Les élèves provenant des cours classiques et du Mont-Saint-Louis connaissent un succès marqué par rapport à l’ensemble Les premiers constituent 52% des diplômés.Cependant si cette source est intéressante, son apport peut difficilement s’accroître en raison de l’orientation des collèqes vers les carrières libérales et ecclésiastiques*6* La source potentiellement la plus abondante, le secteur primaire-supérieur public, est elle-même peu productive en raison du faible taux de la fréquentation scolaire chez les francophones et des carences en enseignement des sciences*7* Confort à McGill Si à l'École Polytechnique, les étudiants qu’on trouve aux niveaux supérieurs ont accompli à l’institution leurs premières années d’étude, il en va différemment à la Faculté de génie de McGill Cette faculté n’est pas un ensemble « clos » Les quelques sondages ponctuels que permettent les statistiques montrent des « arrivages » importants aux niveaux intermédiaires On note même, pour certaines cohortes ou « promotions », des accroissements en cours de route, indice que les arrivages ont été suffisants pour compenser les pertes par échec ou abandon de cours.La Faculté de génie de McGill reçoit le tiers de ses étudiants de l’exté- Répartition des étudiants dans les deux écoles de génie Niveau : 1 2* 3 4 5 Polytechnique 37% 23% 16% 12% 12% McGill 31% 24% 24% 21% * Ce niveau est celui de la première année à McGill rieur de la province Cette contribution se produit en grande partie aux niveaux supérieurs, la faculté ayant conclu des ententes avec les autres universités du pays qui ne dispensent pas renseignement à ces niveaux.La faculté dispense alors depuis longtemps des diplômes spécialisés dans les disciplines classiques du génie II y a donc intérêt à réunir aux niveaux terminaux des effectifs étudiants nombreux et relativement stables Cette condition est visiblement atteinte Certes, la diversité des effectifs entraîne l’hétérogénéité des étudiants, mais dans l’ensemble, le système éducatif anglophone canadien se réfère déjà à des normes communes de plus en plus consistantes Ce système ne connaît pas la dichotomie collégiale qui différencie dès l’adolescence les populations étudiantes francophones, ni non plus la survalorisation accordée aux humanités par rapport aux sciences.Le milieu anglophone considère l’ingénierie comme une carrière tout aussi prestigieuse que les autres, et les talents s’y dirigent À McGill, la Faculté de génie vient au premier rang pour les effectifs étudiants, elle reçoit aussi une part privilégiée des fonds universitaires Autre critère de sa visibilité, la faculté est l’objet d’un mécénat des plus généreux*8*.L’Université elle-même profite du prestige de cette faculté bien cotée Statut et mission de Polytechnique Alors que la Faculté de génie de McGill s’est établie sur des bases larges et profondes, et est en harmonie avec son milieu, l’École Polytechnique ne jouit pas d’une même visibilité dans le sien.Son statut est celui d’une institution affiliée à l’Université de Montréal Celle-ci incorpore le système collégial classique qui perpétue le culte des humanités au détriment des sciences.L’École ne cherche pas à resserrer davantage son lien universitaire ; elle aspire plutôt à accroître son propre rôle et revendique tout le champ des sciences appliquées Ceci la met en conflit avec l’Université de Montréal et l’Université Laval, celles-ci formant des scientifiques en chimie et en géologie pour les milieux industriels*9*.Mais les ambitions concurrentielles de l'École sont mises en veilleuse et l’institution s'applique à consolider ses propres acquis, et notamment à établir sa propre distance par rapport à l’enseignement technique L’École reconnaît la légitimité de ce secteur mais dans une hiérarchie dont elle occupe le sommet*10* Cette perception est acceptée par l’autorité gouvernementale.On verra ainsi Augustin Frigon, tout en étant directeur de l’École Polytechnique, occuper le poste de directeur de l'enseignement technique du Québec.Incidemment, ce double direc-torat sera considéré, de l’intérieur, comme heureux puisqu’il crée pour l’École un lien immédiat avec le gouvernement ; or, les relations avec le gouvernement sont cruciales pour l’institution.L’École Polytechnique tire l’essentiel de son statut de son incorporation.Sa charte l’établit comme école privilégiée en matière de génie, elle est habilitée à émettre un diplôme de pratique, pouvoir que ne possède pas la Faculté de génie de l’Université McGill Mais la « faveur » gouvernementale se fait surtout sentir au niveau du financement.L'École dès ses débuts est subventionnée directement Elle est ainsi soustraite aux régimes généraux qui structurent renseignement C’est l'une des rares institutions non-confessionnelles que permet un système étroitement serré.Dans un contexte où l’hégémonie du clergé sur l’enseignement est tout particulièrement vigilante, cette échappée révèle le peu d’intérêt que les élites traditionnelles elles-mêmes pouvaient porter au domaine(11).Il faut surtout souligner qu’une vision nouvelle commence à naître au sein des milieux politiques sur le retard des canadiens-français en matière économiques et technologiques.Les instances gouvernementales ont décidé de confier à l’entreprise privée le développement des ressources ; or, « dans les années trente, le gouvernement du Québec ne possède pas les services qui l’eussent rendu capable de dialoguer avec la bureaucratie des entreprises de l’électricité et du papier journal »*12*.C’est sous le signe de l’urgence que se définit donc en quelque sorte le sort de l’École Polytechniqui Cette pression fut suffisamment forte pour briser à un niveau premier une pratique gouvernementale non-interventionniste en matière d’éducation supérieure Remarquons que cette intervention ne touche guère le domaine économique lui-même, qui demeure dans une économie de marché.Si l’École Polytechnique a été créée dans le dessein d’assurer la promotion des francophones dans des champs nouveaux et d’obvier à l’en- I ingemeur mars-avril 196?ccmbrement croissant des carrières libérales, le succès devra être acquis par l’effort individuel.L’École aura tout particulièrement à faire ses preuves, ceci dans un champ général où les anglophones dominent Évolution de la Faculté de génie de McGill La Faculté de génie de McGill n’a pratiquement aucun lien avec le gouvernement du Québec.Elle reçoit toutefois indirectement une partie de la subvention de un million de dollars que ce gouvernement accorde à l’Université McGill en 1921.Ses appuis principaux demeurent toutefois « privés », si on veut bien admettre dans cette catégorie les grandes sociétés à vocation socio-économique comme le Canadien-Pacifique et la Banque Royale.La structure financière de la Faculté diffère de celle de Polytechnique.Alors que pour cette dernière institution les revenus externes sont portés à la rubrique « subvention gouvernementales », c’est sous celle d’« intérêt de capital » qu’ils le sont à McGill.Certes, à l’arrivée de la crise économique, il faudra payer à McGill le prix de ce régime.Les revenus sont à la baisse et il faudra procéder à des coupures, hausser les frais de scolarité, retarder le développement.Malgré ces mesures, les revenus s’élèvent à peine à la moitié des dépenses Ces avatars n’ont toutefois pas compromis le projet de la faculté d’instituer un second cycle.La maîtrise en génie est accordée dès 1931.Par ailleurs, la faculté maintient ses nombreux contacts avec les grands secteurs industriels et les organismes scientifiques fédéraux.A la remontée de l’économie, sa définition multi-disciplinaire lui permet de satisfaire à la demande des premiers secteurs qui se remettent en marche.L’équipe enseignante est demeurée en place Cette équipe, si l’on en croit les historiens, est prestigieuse « Most of these men were well known in the outside world as consultants and were associated with enterprises of great national « pith and moment » This enhanced their standing with the students, geared their teaching to the most up-to-date practice, and provided them with invaluable « contacts » ; that it was also very remunerative was regarded as a rather sordid coincidence »(13> Si l’École Polytechnique et ses diplômés suivent des voies difficiles, la Faculté de génie de McGill et ses diplômés rencontrent des défis d’une autre nature.La faculté doit faire face à la compétition des nouvelles écoles de génie du pays, mais des problèmes communs retiennent son attention ; la faculté contribue ainsi aux travaux de la Commission Wickenden des États-Unis sur la didactique propre au génie
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