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Titre :
Québécoises deboutte!
Éditeurs :
  • Montréal :Front de libération des femmes (FLFQ),1971-1974,
  • Montréal, Québec :Centre des femmes
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Québécoises deboutte!, 1973-02, Collections de BAnQ.

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Faire de la libération des femmes une revendication de la classe ouvrière QUEBECOISES DEBOUTTE! publié par le centre des femmes vol.1, no.3 -févri er 1973 les garderies: une lutte politique Dernièrement le gouvernement fédéral a refusé de renouveler les subventions accordées aux garderies populaires dans le cadre des projets d'initiatives locales.Le gouvernement refuse sous prétexte que ces garderies fonctionnent sans permis.C'est alors l'occasion pour chacun des gouvernements de se renvoyer la balle, comme ils le font toutes les fois qu'ils ne veulent pas vraiment régler la situation.Le gouvernement du Québec peut tout au plus décider d'accorder les permis en sachant que le fédéral donnera quelques subventionzà quelques garderies: c’est facile,c'est peu coûteux.Mais on serait bien loin de dire que le problème est résolu.Puisque d’une part, les projets financés par le fédéral le sont pour une période bien courte.Il faut ajouter que ce n'est pas en favorisant la création de quelques vingt garderies et ce, pour un temps limité, pour tout le Québec, que le gouvernement prend en charge l'éducation des enfants et favorise l'entrée des femmes sur le marché du travail.D’autre part, nous savons que le ministère des Affaires sociales n’a pas du tout Vintention de prendre la relève au niveau du financement des garderies.D’ailleurs le ministre "s’est opposé au programme d’initiatives locales justement parce qu’il ne respectait pas les priorités québécoises et qu'au moment où les projets prennent fin, les promoteurs se tournent vers Québec pour obtenir les subventions".Mais il faut bien le dire, les priorités du gouvernement ne sont pas les mêmes que celles de la population.La mise sur pied d’un véritable programme de garderies publiques dans toutes les régions autant dans les milieux de travail que dans les quartiers, et fonctionnant 24 heures sur 24, encouragerait les femmes à entrer sur le marché du travail.Dans les conditions présentes où le chômage atteint des proportions élevées, le gouvernement n’a surtout pas intérêt a ce que 2 les femmes commencent à revendiquer le droit au travail.Par contre, ce qu’il veut c'est que les fermes restent à la maison mais demeurent disponibles au cas où on aurait besoin d'elles (cf.pendant la dernière guerre mondiale, les femmes ont été appelées sur le marché du travail pour remplacer les hommes qui étaient au front).De cette façon, les femmes sont appelées à assurer l'existence d'une réserve de "cheap labor" dont les patrons et les compagnies savent profiter.Pour ce qui est du fédéral, il essaie de faire bonne figure.En ayant accepter de subventionner pendant quelques mois certains projets, le fédéral se montre généreux.En refusant de renouveler les subventions, il se montre astucieux.En effet, l ’ gouvernement cherche à dire: "je veux: bien vous financer mais vous fonctionner dans l'illégalité" et "ce n'est pas de ma faute mais celle de Québec".Mais une question se pose encore: pourquoi le fédéral a-t-il suspendu ses subventions à cette période-ci?Cependant, la politique du gouvernement en ce qui concerne les garderies a des répercussions immédiates sur la situation des fermes au Québec.Et dans ce sens, ce problème est bien plus qu'une querelle de juridiction fédêrale-provinciale .Des gouvernements si intimement liés aux intérêts économiques des exploiteurs ne peuvent aller à l'encontre des impératifs de profit.Or maintenir les femmes au foyer s'avère éminemment rentable.Quelle confiance pouvons-nous accorder à ces gouvernements?Nous ne pouvons certainement pas réclamer d'eux qu'ils prennent en main la garde des jeunes enfants.Ce que par contre nous serions en droit d'attendre d'un gouvernement populaire.Mais nous n'avons qu'à penser au système de l'éducation au Québec (cf.polyvalentes-casernes) pour vite nous rendre compte que l’organisation des garderies contrôlées par l'Etat (capitaliste et exploiteur) enrégimenterait les enfants dans une sorte de "parking" où ils apprendraient très jeunes les comportements nécessaires à ce pourquoi ils sont destinés: Cheap labor du capital.Que faire?Il reste que les quelques garderies qui continueront à exister, seront nettement insuffisantes à l'échelle du Québec.Et pourtant, nous savons qu'elles sont un besoin réel.3 Nous devons donc organiser la lutte, pousser la revendication des garderies jusqu'à ses limites pour qu’apparaissent toutes les contradictions.Parce que cette revendication est un des objectifs que nous poursuivons à long terme, un objectif qui ne pourra être réalisé que lorsque travailleurs, travailleuses, ménagères, nous aurons renversé la classe des exploiteurs et pris en main le pouvoir politique qui seul nous permettra d'organiser la société en fonction de nos besoins.Ce que nous voulons, ce sont des garderies permanentes, ouvertes 24 heures par jour, gratuites, autogérées par les parents et ce dans tous les quartiers comme sur les lieux de travail.Cette revendication, nous le savons, un gouvernement capitaliste ne nous l’accordera pas.Dans l’immédiat, notre travail au niveau des garderies doit donc viser surtout à donner aux fermes cet instrument essentiel qui leur permettra de se regrouper, de briser leur isolement et d’avoir le temps et l’occasion de mener la lutte contre toutes les formes de leur oppression.Et cela sans jamais oublier de soulever dans toutes nos batailles partielles (créations de garderies dans les quartiers, inclusion des garderies parmi les revendications syndicales, etc.) l’objectif à long terme, ceci afin de dénoncer les contradictions actuelles du système et ainsi d'éviter toute forme de récupération.errata : P.Il de Québécoises Deboutte de décembre 1972: (.) et la classe des travailleurs .Bien qu'elle soit minoritaire, la classe possédante domine la classe des travailleurs du seul fait qu'elle détienne le pouvoir économique et (.) et (.) La classe des travailleurs est dominée parce qu'elle est o-bligée, pour vivre de vendre son travail (sa force de travail).4 LA CONQUETE ET L’INSURRECTION 11760-1040) 1-SITUATION DU PEUPLE ET Au sortir de la Conquête,'nous retrouvons les colons dans le secteur clef de l'économie québécoise: le commerce des fourrures.D'un autre coté se développe en même temps la "destinée agricole" de notre peuple.Celle-ci possède pour l'époque certains avantages dont celui de combattre l'assimilation en se tenant à distance des conquérants et celui de pouvoir utiliser les terres à bon marché.Par la suite nos colons se verront confinés à ce seul secteur économique où ils ne prennent même pas de décisions (comme aujourd'hui d'ailleurs) .Le commerce du bois fera une timide apparition à la fin du siècle pour se concrétiser par la suite.En 1791, on divise le pays en Haut et Bas Canada.Ce qui assure une majo-' rité canadienne-française à l'Assemblée, du Bas-Canada.Ce qui cause aussi bien des problèmes aux Anglais et les pousse à soumettre au Parlement vers 1820, un projet d'union des deux provinces, sans en parler au peuple.Papineau et Neil-son réussiront à faire rejeter le projet.L'hostilité contre les Anglais se fait de plus en plus sentir chez le peuple.Ainsi, quand en 1773, l'Angleterre fait appel à des volontaires pour comb- DES FEMMES: battre les Américains, ils n'enrôleront que 500 au lieu des 6,000 escomptés."Les femmes elles-mêmes font de la cabale contre 1'enrôlement." (1) L'attitude du clergé irrite fort aussi les canadiens français devant leur politique "collaboratrice" avec les conquérants, ce qui a pour effet d'assainir quelque peu l'influence de l'Eglise et le niveau de pratique religieuse.La situation s'envenime graduellement surtout au niveau agricole, les seigneurs augmentent le taux des concessions, on enregistre souvent de mauvaises récoltes pour des raisons climatiques.La population ayant augmenté, l'espace alloué à l'agriculture s'avère insuffisant par rapport aux besoins et plusieurs cultivateurs se voient obligés de s'exiler aux Etats-Unis.L'immigration devient de plus en plus importante et cause vers 1830 une terrible épidémie de choléra.En 1832, lors d'une élection partielle, les Tories déclenche une émeute, tuent trois paisibles citoyens et blessent plusieurs patriotes.Ce qui n'a pas empêché les patriotes de gagner les élections de 1834 par 483,^39 votes contre 28,27-8, 5 Toutes ces épreuves et frustrations mises ensemble ne pouvaient qu'aboutir aux évènements de 1837-38.Les femmes au coeur de tous ces problèmes étaient les premières à souffrir de par l'accroissement de travail qu'exige d'une part la pauvreté, la mi-sere et d'autre part des familles de 14-15 enfants.C'est donc dire que leur esclavage était accentué par un état de grossesse quasi incessant, ce qui n'était pas pour les ménager.Michèle La-londe nous dit que les femmes de l'époque avaient la vie courte3 mouraient en couches ou succombaient jeunes encore à quelque maladie_, si bien que bon nombre de patriotes se marièrent deux3 trois ou quatre fois, j Pour ce qui est de leur situation et de leur influence à l'intérieur de la famille, les historiens du temps nous rapportent qu'elle était très grande.Les hommes ne prenaient aucune décision sans prendre au préalable les conseils de leur épouse.Elles sont également plus instruites, la plupart savent lire et écrire, ce qui est plus rare chez les hommes.Néanmoins, on ose dire que "La femme "domine" l'homme sans lui être insoumise'.' (1.) Montgomery Martin).Sans aucun doute, nous sommes en présence d'un de ces historiens qui ont créé le mythe du matriarcat au Québec sur la base ridicule d'une influence "psychologique" bornée au seul milieu familial, alors que dans les faits le pays n'était gouverné que par des hommes.Car si le patriarcat signifie que ce sont les hommes qui prennent les plus importantes dé cisions engageant l'avenir de toute une collectivité, nous constatons que jamais les femmes du Québec, à quelqu'époque que ce soit, n'ont assumé ce rôle.Si donc elles avaient une si grande influence, il est peu probable que les patriotes aient été à l'encontre de la volonté de leurs femmes en déclenchant l'insurrection.D'ailleurs, de par leur situation, elles avaient tout intérêt à revendiquer pour un meilleur avenir, au même titre que les hommes.Bien sûr que les femmes de la "Haute" devaient désapprouver la lutte des patriotes, de" par leur situation de classe, mais il est étonnant que l'histoire ne fasse mention que de ces "chouayennes" dressées contre les patriotes.2- L’INSURRECTION ET LA PARTICIPATION DES FEMMES: Mai 1837: les patriotes s'organisent en tournée de protestation pour sensibiliser la population au fait que les Anglais par la voix de Lord Russel font les recommandations suivantes: "pas de conseil législatif électif; pas de conseil exécutif responsable de 1'Assemblée; advenant le refus de l'Assemblée de voter le budget, le contrôle du budget par le gouverneur; la confirmation du titre légal British American Land Co." Parmi les douze résolutions adoptées par la Chambre d'assemblée à la suite de ces recommandations, l'une d'elles ordonne le boycottage des articles importés et recommande la consommation de produits fabriqués par les canayens.Cette résolution légalise même g la contrebande.Les femmes se mettent donc à filer et à tisser des étoffes du pays, à s'en vêtir de même que leurs familles sans plus d'égard pour la mode anglaise.Mme Paltier et Mme Lafontaine furent les deux premières femmes à paraître vêtues de ces étoffes à Montréal.A l'été de 1837, un groupe de femmes de St-Benoit-des-Deux-Montagnes sous la direction de Mme J.J.Girouard s'est réuni pour réclamer au Comité Central et permanent de former une association.Elle a réuni un groupe de femmes pour prendre ensemble des résolu-tvons a l'effet de concourir3 autant que la faiblesse de leur sexe le leur permette3 à faire réussir la cause patriotique.(extrait du texte de la pétition) Ce qui fut approuvé.Elles portèrent le nom de "Association des Dames patriotes du comté des Deux-Montagnes.En Septembre de la même année s'est formé un groupe para-militaire "Les fils de la Liberté" qui réunissait de jeunes patriotes, étudiants pour la plupart.En octobre, on émet 26 mandats d'arrestation contre les chefs politiques de la rébellion pour haute trahison.Le 23 novembre, les patriotes remportent la victoire à St-Denis dans un combat armé mais y laissent 12 des leurs.Quatre jours plus tard, ils seront défaits à St-Charles où les pertes sont de 40.Le 5 décembre, Gosford décrite la loi martiale.Les têtes des patriotes sont mises à prix.Le 14 décembre, à St-Eustache, ils perdent à nouveau, les soldats incendient et pillent tout sur leur passage et ce, jusqu'à Montréal.Pour cette occasion, les patriotes furent obligés de se fabriquer dés armes (épées, poignards, etc.) et des jeunes femmes les ont aidé à fondre des balles pour leurs mauvais fusils.Durham, nouveau gouverneur, exile 24 patriotes.Les Canayens exilés aux Etats-Unis se préparent à une invasion en force, on dit que 200,000 habitants étaient mobilisés tant au Canada qu'aux Etats-Unis.L'armée de libération se prépare pour novembre 1838 et prévoit des soulèvements dans tous le Bas-Canada mais seul le sud de Montréal répond à leur appel.Le reste est une succession de défaites.99 des 753 prisonniers patriotes sont condamnés à mort.Douze seront effectivement mis à mort, 5S seront déportés en Australie, 2 seront bannis du pays, 27 libérés sous caution.uurant toute la période 1837-38, on a fui dans les campagnes la venue des soldats anglais.Ils incendiaient et pillaient tout, laissant les femmes et les enfants quasi nus, sans plus aucun bien, dans des froids hivernaux.Souvent ces mêmes canayens mettaient du temps à trouver un refuge, les gens ayant peur des représailles s'ils les prenaient chez eux.Mmes Dumouchel, Lemaire, Girouard et Masson sont laissées ainsi presque nues sur le seuil de leur maison incendiée.On avait défendu aux Des patriotes faits prisonniers en 1837.«7^ ¦ ' K %Sf igf LL*#* ¦ 7 habitants de les secourir parce qu'elles étaient les femmes des plus ardants patriotes.Des citoyens courageux les ont recueillis quand même.Mais deux jeunes filles n'y survécurent pas: Olive Lemaire et Cléophée Masson.Une dame Benjamin Maynard a été arrachée de son lit par les Loyalistes a-r vec un bébé de deux jours dans les bras.Elle en subit un tel choc qu'elle mourut le lendemain.Une dame Merizzi auxquels des soldats ordonnent de quitter sa maison parce qu'ils vont l'incendier, refuse catégoriquement de sortir et proteste qu'elle préfère brûler dans sa maison que de se rendre.Ils mettent le feu, puis a-doucis par son courage et sa fermeté, ils l'éteignent.La maison sera ainsi sauvée.On a d'autre part retrouvé dans les bois de Lacolle près de Napierville, une femme morte un bébé dans les bras et deux enfants près d'elle tous morts de faim au pied d'un arvre.Elle avait accouché là de l'enfant qu'elle tenait sur elle.Mad.Julien Gagnon née Régnier, se fait aussi "visiter" par les soldats.Elle fuit avec ses huit enfants et sa vieille mère de 75 ans vers les Etats-Unis, on l'attaque de nouveau en chemin, on la pille et elle continue sa route.Elle se rend aux Etats-Unis où elle rejoint son mari à Corbeau près de la frontière.L'hiver passé, elle revient au Canada prendre possession de ses biens et ensemencer la terre car sa famille est sans aucune ressource.Elle réussit à semer quelques minots de grains.Son mari venait la voir par les bois la nuit.Un traître les dénonce, les soldats reviennent donc en vue cette fois de prendre Gagnon au piège, mais Gagnon ne se montre pas.Alors pour faire parler sa famille, ils garottent son fils, blessent la vieille grand-mère, etc.Le lendemain, Mad.Gagnon reprend gdonc péniblement la route des Etats-Unis.Mad.Théophile Barbeau a marché de St-Hyacinthe à Albany, pieds nus.Les autres femmes citées dans l'histoire sont celles qui ont soufferts de la mise à mort de leur époux.Nous ne rapporteront pas ici leurs noms ni leur histoire.Michèle Lalonde nous dit a propos de la participation des femmes: (à st-benoit) L.i, il y eut massacre de gens sans armes.à ¦s**, ¦' *¦¦**¦«< K "Les patriotes eux-memes semblaient d'ailleurs attendre d'elles une forme d'engagement qui ne contredisait en rien les vertus considérées comme proprement féminines.Lors d'un banquet donné en l’honneur de Papineau et Lafontaine, le 26 juin 1867, on porta un toast "à Josette, omee de toutes les vertus domestiques, la meilleure et la plus fidèle amie de Jean-Baptiste, et dont le patriotisme égale la modestie et les charmes"." 2 Deux femmes se sont illustrées contre les patriotes, Rosalie St-Jacques et Hortense Prévost, qui n'hésitaient pas à prendre les armes quand elles s'y croyaient obligées.Elles étaient cependant accusées par les patriotes de ne posséder aucune des qualités qui ornent la femme, aussi n'est-il pas étonnant de trouver peu d'exemples de tant d'audaces chez nos femmes patriotes.Leur rôle resta passif.Cependant parmi les femmes du temps, Marcelle Reeves-Morache en cite une, Mad.Timothée Kimber, née Emilie Boileau de Chambly qui se montrait plus décidée et plus audacieuse que la majorité et ne craignait pas de prendre les armes.Voici ce que Robert Bouchette raconte d'un passage chez le docteur Kimber alors que celui-ci était absent: "A peine y étions-nous entrés, que nous vîmes les personnes .qui occupaient le fond de la salle se diviser respectueusement pour laisser passer une dame qui s 'avançait vers nous avec calme et dignité.Elle tenait dans sa main droite un pistolet dont le canon reposait sur son bras gauche.M.Drolet me présenta à Mad.Kimber." 3 et maintenant.Les femmes ont subi la rébellion de 1837-38 ou y ont joué un rôle de soutien dans la mesure où on le leur permettait.On retrouve les mêmes phénomènes dans les grandes révolutions qui ont déterminé l'histoire (1789-1871-1917-1949) A l'heure actuelle, le peuple québécois s'est engagé dans une lutte qui vise à renverser le système capitaliste.Quelle sera la participation des Québécoises à cette lutte?Accepteront-elles de se laisser définir leur rôle ou décideront-elles de lutter pour mettre fin à toutes les formes d'exploitations?S'organise ront-elles enfin pour mener la bataille à partir de leur revendication fondamentale: l'élimination de la division du travail et des tâches sociales sur une base sexuelle?citations (1) Ryerson, Stanley B.: The Founding of Canada, beginnings to 1815, cité dans G.Bourque, Classes sociales et Ouestion nationale 1760-1840.“ (2) Lalonde, Michele, "La femme de 1837-38", revue Liberté,vol.7, nos 1-2, janvier-avril 1965.(3) ibid.bibliographie 1 - Reeves-Morache, Marcelle, "La canadienne pendant les troubles de 1837-38", dans Revue D'Histoire de l'Amérique Française, vol.V, no.1, 1951, p.99-117.2 - Lalonde, Michèle, "La femme de 1837-38", dans la revue Liberté, vol.Vil 1965, nos 1-2, janvier-avril, p.146-173.3 - Bourque, Gilles, Classes sociales et Question nationale au Québec 1760-1840, Parti-Pris, Montréal, 1970.4 - L.-J.Papineau, Histoire de l'Insurrection du Canada en 1837, Réédition- Québec, 1839.5 - L.-J.-Amédée Papineau, Journal d'un Fils de la Liberté , Réédition-Québec.6- Bergeron, Léandre, Petit Manuel d'Histoire du Québec., Editions Québécoises.9 A LA REGENT KNITTING .En 1916, la Regent Knitting Mills s'installe dans la région de Saint-Jérôme.Depuis 1939, on compte sept grèves dans cette usine de textile, toutes aussi combatives les unes que les autres.Pour chaque renouvellement de leur convention collective, les travailleurs/ses ont été victimes du même chantage de la part de la compagnie: fermeture d'usine et production transférée à l'usine de Montréal.Mais cette fois la menace devient de plus en plus dangereuse.En effet, plusieurs opérations auparavant faites à Saint-Jérome ont dores et déjà été transférées à Montréal dont le tricotage, la filature de la laine peignée, le taillage, le calendage, la couture et la laine en balle.Cette situation a en-trainé depuis le mois d'avril quelques 200 mises à pied.Par ailleurs, il nous semble important de souligner ici, que la grande majorité de ceux touchés par • les mises à pied sont des femmes.10 Dans une entente survenue le 15 octobre dernier, la compagnie s'engageait à ré-embaucher graduellement les licenciés/ées.Toutefois cette entente n'a pas été respectée.Face à cette situation, les travailleurs/ses décident le 30 novembre d'occuper l'usine.Cette occupation prend d'autant plus d'importance qu'elle est l'aboutissement de trente années de lutte à travers lesquelles s'est développé une solidari- té entre les ouvriers/ières.Toutefois ce n'est qu'à partir de la quatrième semaine de l'occupation que la compagnie accepte de négocier.Pour ce qui est du résultat des négociations, il semble que les points de l'entente ne correspondent pas à la plupart des revendications des travailleurs/ses.Elle^permettrait qu'à quarante des licenciés/ées de reprendre le travail.Elle accepterait également le transfert de certains départements à l'usine de Montréal.On sait fort bien que la presque totalité des employés de ce département étaient des femmes.La situation qui prévaut à l'usine de Saint-Jérôme est ni plus ni moins le portrait de celle qui existe dans l'industrie du textile au Québec.Les femmes qui comprennent en grande partie la main-d'oeuvre de ce secteur sont les plus touchées par les conditions inhumaines de travail en particulier dans le secteur du vêtement où elles composent 80% de la main-d'oeuvre.La discrimination qu'elles y subissent est impressionnante.Sous-payées, elles sont les premières victimes des misés-à-pied lors des fermetures partielles d'usine.Il ne s'agit pas là d'un effet du hasard.Dans le système actuel, les femmes n'ont pas une reconnaissance égale sur le marché du travail.L'organisation capitaliste du travail engendre la dépendance économique des femmes et les placent très souvent dans une position servile.Les patrons leur font croire qu'elles travaillent pour un salaire d'appoint en disant qu'elles ne sont pas soutien de famille même si elles le sont parfois.En utilisant ce prétexte, le patron exerce une pression sur les ouvrières en les obligeant à travailler plus, à augmenter leur cadence de production pour pouvoir obtenir un salaire convenable (travail à la pièce, bonus).De plus, ils préfèrent provoquer des fermetures partielles d'usine (slaker les ouvrières) parce qu'en augmentant le chômage dans la région, ils peuvent après un certain temps les réembaucher à un salaire plus bas et accentuer l'exploitation.Il est rare que l'on s'alarme devant une femme sans emploi; les patrons le savent et en profitent.Le rôle qui nous est socialement attribué est celui d'épouse, de mère et de ménagère.L'attribution aux femmes de ces fonctions a pour conséquence immédiate d'exclure la possibilité d'un travail salarié pour un grand nombre de femmes ou du moins de le rendre particulièrement difficile: double journée de travail, absence de garderie, salaire travail.Par ce fait même, ils passent vite devant les revendications telles que: à travail égal salaire égal, garderies dans les usines, congés de maternité payés, chances d'avancement égales».De plus, les syndicats manifestent une attitude de mépris vis-à-vis les femmes.Les seuls postes occupés par celles-ci ne sont souvent que des fonctions de secrétaires.On les utilise aussi pour accomplir toutes les tâches ingrates lors d'une grève: dactylographier les textes, faire les sandwiches et servir le café.Le rôle des femmes est un rôle de soutien, rarement de responsable.De plus, l'éducation que nous avons reçue est déterminante.En effet, on nous a toujours appris .à laisser aux hommes le soin de nous défendre.D'autre part, les femmes étant astreintes à une double journée de travail (travail salarié, travail ménager), elles ne peuvent participer aussi activement que les hommes aux luttes syndicales.On oublie 66^.-letneftt- que les femmes Scmt les plus menacées par l'insécurité d'emploi: elles sont les premières mises à piedjtec» a pour effet d'intensifier leur isolement par rapport aux luttes.Elles veulent à i j.mm i ' moins élevé, emploi subalterne.Les patrons cherchent aussi à diviser les travailleurs et travailleuses, en faisant accroire que ces dernières volent les emplois des hommes.On doit résister à cette tentative de division en inscrivant au sein des luttes ouvrières les revendications qui concernent l'oppression spécifique des femmes.Mais et Sont les femmes elles-mêmes qui doivent assumer la responsabilité d'organiser ces luttes.D'autant plus que les syndicats n'ont pas encore remis en cause la surexploitation des femmes sur le marché du tout prix conserver leur emploi: les débouchés sur le marché du travail leur é-tant limités.Il est donc important, à l'heure actuelle, de se regrouper afin de mener les luttes nécessaires qui permettront à de plus en plus de femmes de prendre conscience de leur oppression spécifique.Mais c'est en arrivant à faire de la libération des femmes une revendication de la classe ouvrière que nous réussirons à mettre fin au système d'exploitation actuel.J] humour noir Berceuse pour les Femmes On n'a pas à écouter longtemps une émission populaire de radio pour entendre une chanson à l'eau de rose.Mais si on nous les sert si souvent, c'est bien parce qu elles sont un instrument idéologique de la classe daminctntê de premier ordre; et d'ailleurs, ça s'avère très rentable (cf.l'industrie du disque).C'est par la culture que "cette idéologie -peut être véhiculée et ainsi servir à renforcer les bases socio-économiques du système capitaliste.C'est l’image de la femme tournée vers son rôle de mère et d'épouse qui sert de base aux manifestations culturelles.(.) On fera en sorte que les intérêts et les préoccupations de la femme soient des questions familiales (éducation des enfants, soins du ménage,.) ou concernent les rapports homme/ferme (comment plaire à un homme, corment garder son mari.)" (1) En effet, l'après-midi, ces émissions ont une haute cote d'écoute du côté des femmes et le soir (avec une variante un peu plus "in" cependant), ce sont les a-dolescentes qui prennent la relève.Des berceuses pour enfants, on en est rendu aux chansons qui cherchent à endormir les femmes et à leur donner des recettes de soumission; ainsi "Aimez-le si fort" que chante Ginette Reno est une de ces chansons que vous pourriez insérer dans votre album de folklore d'oppression idéologique.Mais nous aimerions vous la présenter avec tout ce qu'elle demande d'effacement à la femme.Somme toute, elle enseigne que la règle invariable de l'amour se situe dans "un sourire et c'est tout" et ceci indépendamment des conditions matérielles, sociales et psychologiques.12 (1) Mobilisation no 6, avril 1972, p.15 Quand il dit en entrant Cherchez la lueur Je suis là Dans son regard Ses yeux-vous diront S’il est aux rires ou aux pleurs Aimez-le si fort Si fort qu’il en crie de bonheur WWji.Ne lui donnez que le meilleur Aimez-le plus fort Quand il n’a pas envie de parler Un mot de vous pourra tout changer Posez la main sur sa joue Un sourire et c’est tout 13 S’il çoule, tendez-lui la main Ne coupez pas le lien S'il oublie de vous dire j'e t 'aim* C’est à vous de résoudre le problème C’est un homme y laissez-le tout risquer L'aventures le succès y le remord ¦mn Pour luiy le seul trésor C’est vous, si vous savez l’aimer Refrain: Aimez-le si fort Si fort qu’il en crie de bonheur Ne lui donnez que le meilleur Aimez-le plus fort 14 SUR NOTRE CONDITION Au moment où de plus en plus de femmes prennent conscience de l'exploitation qu'elles subissent, il est important de préciser quelle est la situation des femmes au Québec.En effet, on ne peut entreprendre de lutte valable ni faire aucune revendication sans connaître le plus précisément possible la situation à laquelle nous voulons nous attaquer .Les médias, à l'heure actuelle, essaient de masquer les réels objectifs des luttes qui se mènent dans différents pays, en particulier des luttes pour la libération des femmes.Le pouvoir veut "récupérer" ces luttes en diffusant de fausses informations.Une des meilleures armes contre ces tentatives de récu- pération, c’est une connaissance très précise du fonctionnement de la société dans laquelle nous vivons et, plus spécifiquement pour nous autres femmes, une connaissance exacte du rôle que nous attribue cette société et des raisons pour lesquelles elle le fait.Si nous avons cette connaissance, nous serons alors capables de constamment répondre aux mensonges qui sont diffusés autour de nous, à la radio, dans les journaux, dans notre milieu, etc.C'est seulement à partir d'une analyse de notre situation et d'un échange de nos expériences de lutte dans notre milieu (coopératives, syndicats, garderies etc.), que nous pourrons découvrir des formes de lutte, appropriées à la réalité des québécoises.Pour cette raison, nous jugeons important d'aborder les différentes facettes de l'exploitation des femmes au Québec, dans les prochains numéros du journal.Nous commencerons par analyser la situation des ménagères avant d'aborder le problème des femmes sur le marché du travail.C'est que la majorité des femmes au Québec (les 2/3) sont ménagères; même si elles travaillent à l'extérieur, elles sont tout de même ménagères (c'est elles qui s'occupent des travaux ménagers et des soins aux enfants).La situation des femmes sur le marché du travail est d'ailleurs en grande partie déterminée par leur rôle de "mère-épouse-ménagère": on donne des bas salaires aux femmes, sous prétexte qu'elles sont mariées; de plus, on les pousse dans des jobs "féminines", correspondant à leur role habituel (cuisinières, couturières, infirmières etc.) Cette analyse de la situation des femmes, nous la ferons en utilisant la recherche "Analyse socio-économique de la ménagère québécoise"; nous tâcherons, par la même occasion, de simplifier et de vulgariser les principaux points qui cernent plus précisément l'exploitation de la ménagère.Ce travail se fera en collaboration avec quelques - unes des militantes qui ont rédigé ce dossier.15 LA MENAGERE PRODUCTRICE Chaque fois qu 'une soupe est faite ou qu'un bouton est cousu sur un vêtement3 cela constitue une production3 mais ce n'est pas une production pour le marché, j En effet, il existe deux formes de production dans un système capitaliste: la production de "valeurs d'usage" et la production de "valeurs d'échange".Les biens que produit la ménagère à la maison ont une valeur d'usage, c'est-à-dire qu'ils sont immédiatement consommés (usés); tandis que les biens produits dans l'industrie ont une valeur d'échange, c'est-à-dire qu'ils sont échangés et vendus sur le marché (commerce).La production de la ménagère est multiple: elle fabrique des produits domestiques (vêtements, nourriture, etc.) et elle fournit des services (éducation des enfants, administration du budget, soins ménagers.).Son travail se compare à celui des .travailleurs et des travailleuses du secteur tertiaire qui fournissent ce qu'on appelle communément des "services" (couturières, cuisiniers, enseignants, comptables, infirmières, femmes de ménage etc.).De nos jours, les ménagères produisent plus de services que de biens domestiques.L MÉNAC L'exploitation d d'abord sur une bas travail des ménagères tivité économique dont compte dans la prod mais qui a pourtant un portance.Nous allons tudier le rôle de la que productrice, puis, article, son rôle en trice.la m( La moman s'lève La moman a mal au ventre3 La moman prend deux midols3 La moman prépare les enfants pour l'école3 La moman fait des toasts3 La moman brasse un verre de quick3 La moman fait des jokes3 La moman fait le devoir d'arithmétique3 La moman va les reconduire sa galerie3 La moman est rien qu’en jaquette, La moman leu 'donne chacun’bec3 TRAVAIL INV Les produits domestiques ne vont pas sur le marché et sont donc des "valeurs d'usage".Par contre, ces mêmes biens et services, lorsqu'ils sont produits en dehors de la famille, retrouvent leur "valeur d'échange" et donnent droit à un salaire.Nous constatons donc que le travail ménager a trois caractéristiques principales: c'est un travail invisible, privé et gratuit.16 Le travail de la ménagère est un travail invisible parce que sa production est immédiatement consommée dans le ménage.sa production demeure en dehors de l'échange et du marché.- elle ne touche pas de salaire pour son travail; donc ce travail n'est pas comptabilisé dans le revenu national. iGÈRES 3n des femmes repose base économique.Le -res constitue une ac-dont on tient rarement production nationale, it une très grande im-Llons commencer par é-la ménagère en tant )uis, dans un prochain ï en tant que consomma- moman La moman ventre d’un coup sec, La moman s 'pogne le doigt dans porte, La moman s'frotte avec du stuff, La moman r’garde la table, La table est pleine de sirop d’érable, La moman ramasse les dégâts, Pis a s'met à laver les plats, La moman a fini la vaisselle, La moman sort les poubelles, La moman est rien qu 'en caquette, invisible: la production nationale ne comprend que la production de valeurs d'échange (produits manufacturés) mais ne comprend pas la production de valeurs d'usage (produits domestiques).la ménagère n'est pas considérée comme faisant partie de la main-d'oeuvre active mais comme une marginale, au même titre que les handicapés, malades mentaux, étudiants, retirés etc.(voir "Recensement du Canada 1971, catalogue 94-546).TRAVAIL PRIVE ET gratuit: Engels, dans son ouvrage "L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat',' explique que dans les socié- tés primitives: la direction du ménage, confiée aux fermes, était une industrie publique de nécessité sociale, au même titre que la fourniture de vivres par les hommes.2 L'apparition de la propriété privée donna naissance à la famille monogamique patriarcale telle que nous la connaissons aujourd'hui (un père, une mère et des enfants) qui isola les femmes de la production sociale.De plus, les femmes se retrouvaient chacune dans leur foyer pour effectuer un travail privé et non plus public.Ce caractère privée du travail ménager cache la valeur sociale et l'intérêt public qu'il représente.En effet, si les femmes ne faisaient pas le travail qu'elles font, la société devrait s'en charger.C'est-à-dire que les patrons devraient payer pour des cantines convenables, des pouponnières, garderies, des buanderies etc.ce qui diminuerait beaucoup leurs profits.Mais le fait que la femme accomplisse ce travail, seule à la maison, permet aux patrons et au gouvernement d'appeler son travail "une activité privée" et donc, à ce titre, de ne pas la payer.Le caractère privé du travail ménager exclut également toutes possibilités de règlementation.Il a été calculé que la mère d'une famille moyenne (3 à 4 enfants) travaille de 80 à 90 heures par semaine.Elle n'a pas droit aux vacances payées, pas de fond de pension, pas d'allocations pour accidents de travail (mauvais accouchements, dépression nerveuse, etc.), et évidemment pas le droit de se syndiquer.De plus, si son mari part, elle reste sans ressources, et elle n'a pas en général une formation suffisante pour trouver un bon emploi à l'extérieur.47 eZZe est profitable à ceux qui détiennent les moyens de production.* Cela permet aux patrons de maintenir les salaires à un niveau plus bas et d'accroitre leurs profits.5 Une des conséquences de cette situation est d'une part la dépendance é-conomique de la femme vis-à-vis du mari.Elle n'a pour salaire que son entretien.D'autre part, les ménagères se retrouvent isolées les unes des autres: elles sont chacune dans leur cuisine.Cette situation rend particulièrement difficile la naissance d'une prise de conscience collective de leur oppression spécifique.Pour ce qui est des travailleurs (ses), la situation est différente: ils ont en commun un milieu de travail à partir duquel ils peuvent s'organiser.Il est important, à l'heure actuelle, d'envisager les formes de luttes qui nous permettront le mieux de rejoindre les ménagères.Mais il est aussi important de connaitre les bases mêmes de notre oppression.C'est un instrument qui nous permettra de mieux lutter contre les deux systèmes d'exploitation: capitaliste et patriarcal.* Moyens de production: 13 machinerie, les usines et les bâtiments , soit le stock physique de capital qui servent à produire les biens et les services.1- MANDEL, Ernest, Introduction to Marxist Economy Theory, N.Y., 1967, p.10-11.cite par Margaret Benston dans "Pour une économie politique de la libération des femmes", Revue Partisans 54-55, p.24.2- ENGELS, Origine de la Famille, de la Propriété privée et de l'Etat, page 71.3- Rapport de la Commission Royale d'Enquête sur la Situation de la Femme, page 36.4- Rapport Bird, page 37.5- Revue Mobilisation, avril 1972.Donc, le caractère "privé" (soi-disant) de son travail, assure la gratuité de celui-ci.Or, dans plusieurs pays, on a essayé d'évaluer en argent le travail gratuit des ménagères.Selon la Commission Royale d'Enquête sur la Situ- ation de la Femme au Canada: Le travail des ménagères représenterait 11% du produit national brut.En 19683 ce pourcentage eut été l'équivalent de 8 milliards de do l lavs.3 En 19653 une étude faite aux Etats-Unis .évaluait le travail ménager à un peu plus de 21% du produit national brut.4 Belle économie pour les capitaliste! Egalement, le travail gratuit des femmes à la maison peut alors être considéré comme une "taxe cachée" sur le salaire des ouvriers.La quantité de travail non payé accompli «g par les femmes est énorme; mm Depuis deux mois nous faisons paraître "Québécoises Deboutte", un journal féministe révolutionnaire, qui au départ se fixait plusieurs objectifs.En effet, ce journal voulait être d’abord un instrument de formation pour les militantes engagées dans un milieu particulier, une source où elles pourraient puiser des informations nécessaires à leur travail, mais aussi un organe qui nous permettrait d’opérer une liaison continue entre les divers groupe^ militant à partir de l'oppression des femmes.Finalement, le journal voulait constituer un instrument de mobilisation pour certaines femmes déjà sensibilisées à leur condition mais qui, isolées dans leur milieu, parvenaient difficilement à créer des moyens de luttes.Malgré le peu d'effort que nous a-vons mis à encadrer la distribution du journal (i.e.organiser la discussion et la critique de certains textes), les réponses soit enthousiastes, soit tempérées mais positives, viennent nous confirmer le besoin, à l'étape actuelle, d'un tel instrument.Et pour nous, militantes du Centre : des femmes, la parution du journal coin-cidait avec une réorientation de notre travail # partir d'une analyse critique de^notre cheminement depuis un an.Quel a été ce cheminement?Quelles en étaient les principales contradictions?Comment avons-nous travaillé à les résoudre?®r>ef ,qu* est-ce cjue le Centre des femmes? organiser la révolte Le Centre des femmes avait été mis sur pied par le F.L.F.pour répondre au problème pressant de l'avortement au Québec et pour servir de local au mouvement.En janvier '72, après la dissolution du F.L.F., un petit noyau de militantes s'y regroupaient pour étendre les activités du Centre autour d'un objectif précis: travailler à créer les conditions nécessaires à l'émergence d'un mouvement autonome de femmes directement lié à la lutte du peuple québécois contre toutes les formes d'exploitation.Si l'objectif semblait clair, les moyens pour y parvenir l'étaient beaucoup moins.D'ailleurs, la situation à l'époque était particulièrement pénible et confuse.Le F.L.F.était mort après avoir discrédité le féminisme.Il avait soulevé plusieurs questions qui restaient toujours sans réponse.Des militantes qui y avaient mis beaucoup d'énergies étaient complètement démobilisées, ou niaient désormais la nécessité d'un regroupement de femmes.Mais d'une prise de conscience, la révolte qui peut en découler, ce n'est pas l'organisation.Dès lors, pour des militantes féministes révolutionnaires, il restait à étendre cette prise de conscience, faire en sorte que la révolte s'organise et devienne ainsi un instrument de frappe imposant dans la lutte contre l'oppression du peuple québécois.20 Pour le petit noyau que nous étions la mort du F.L.F.n'était pas la mort du féminisme révolutionnaire.Ce n'est pas en deux ans qu'on définit une idéologie, une stratégie et des moyens d'action.Le F.L.F.était plus un signe qu'une étape.Son existence exprimait un début de prise de conscience, rien de plus.Et après deux ans, c'est tout ce qu'il lai-s sait.quant aux moyens Quant aux moyens, il fallait un point de départ.Pour nous, il se situait d'abord au niveau des structures.Nous avons décidé de nous constituer en petit noyau de travail, politiquement homogène, dont la tâche étai+- de créer des instruments qui répondraient à ce que nous concevions être les besoins actuels de la lutte.Nous avons mis sur pied trois secteurs: la recherche, la propagande et l'hygiène sexuelle.Chacun de ces secteurs visait un objectif précis, juste en soi.Dans la pratique, des contradictions ont surgi qui ne remettaient pas tant en cause le but visé, mais reflétait plutôt une contradiction plus profonde au niveau de l'orientation générale du travail au Centre.Nous disions théoriquement que nous voulions créer des instruments qui contribueraient à la mise sur pied d'une organisation révolutionnaire autonome de femmes.Mais nous accomplissions ce travail èn vase clos, sans définir clairement que notre priorité c'était l'organisation avec les tâches qu'elle supO-se: travail d'implantation, de propagande, formation de militantes, ces tâches définissant par la suite les instruments que nous devions nous donner.Un exposé sur chacun des secteurs et la façon que nous avions d'y penser le travail peut le mieuXyillustrer cette contradiction. I ¦ i | * .¦ a _ la recherche C'était le secteur que nous privilégions.Nous voulions en faire un instrument pour nous et pour les autres femmes militantes.Nous connaissions très peu de choses sur la situation réelle des femmes québécoises, tant au niveau du travail servile que salarié.Il nous semblait impossible dVantrepren-dre aucune action avec les femmes, ménagères ou travail leu s es-, tant que nous n'avions->.pas un minimum â*information.—* 4 • J> - * • $ • Théoriquement’, nous avions une conception 'relativement "dynamique" de là recherche.Nous ne voulions pas nous i-solér dans une tour d'ivoire et étudier dans les livres "la question des femmes'.' Nous pensions qu'il fallait rencontrer les famines en milieu, apprendre d'elles les problèmes et nos conditions d'exploitation.Et nous espérions (!) qu'à partir de ces rencontres surgiraient des possibilités d'organisation.C'était peut-être une conception "dynamique" de la recherche mais ce n'était sûrement pas une conception révolutionnaire.D'une part, nous considérant comme un groupe de militantes dont la priorité était de travailler à l'organisation révolutionnaire des femmes, nous subordonnions l'organisation à la recherche et nous la laissions au hasard des rencontres.Nous avions une attitude petite-bourgeoise, très répandue dans les milieux universitaires: "je veux tout savoir avant de m'engager" et "allons étudier sur le terrain les phénomènes d'exploitation".C'était'une contradiction flagrante que nous percevions de plus en plus clairement, mais nous a-vons mis du temps à la résoudre.Pratiquement, nous avons quand même realise certaines choses.Nous avons recueilli des données sur la situation des femmes et commencé à monter des dossiers (ouverts pour la consultation).Nous a-vons une petite bibliothèque ouverte é-galement à la consultation.Mais surtout la preoccupation constante que nous a-vions de mieux connaître la situation des Québécoises nous a entraîné dans plusieurs discussions qui nous ont aidé à clarifier et à systématiser le peu de connaissances que nous avions.Comme pour les autres secteurs, il a fallu que nous posions clairement qui nous étions et quelles devaient être nos tâches prioritaires pour que la recherche, préoccupation juste en soi, reprenne cependant des proportions "normales" par rapport à l'ensemble de notre travail.b .la propagande Ce secteur était mis en veilleuse.Il devait à ce moment explorer les diverses possibilités au niveau de la diffusion des informations sur la situation des Québécoises et tenter de formuler un contenu idéologique pour ce que nous appelions le féminisme révolutionnaire.C'était bien dire des choses qui dans les faits ne voulaient rien dire.Cbr dans les faits, nous vivions un cercle vicieux parfait.21 ^^4709705^59395563 Diffuser de l'information, nous ne le pouvions pas : nous attendions que la recherche, secteur privilégié, ait fait son travail.Formuler un contenu idéologique devenait aussi impossible.Une i-déologie s'élabore toujours à partir d'une réalité concrète.Or, de cette réalité, nous pensions ne rien savoir.Encore là, il fallait attendre la recherche .Pendant une longue période, nous nous sommes contentées de répondre aux demandes.Après la dissolution du F.L.F.le Centre des femmes était resté une des seules bases identifiées à la libération des femmes.Nous recevions des lettres et des appels de femmes qui voulaient plus d'informations sur le "mouvement" ou sur le féminisme.Nous répondions au courrier, nous acceptions de donner des conférences et nous diffusions les quelques documents en notre possession.C'était finalement une propagande tout à fait incohérente.Elle était conçue, comme la recherche, indépendamment des impératifs de l'organisation.Nous nous adressions à tout le monde sans discernement, sans aucune perspective d'encadrement.Nous pensions pour plus tard (2 ans) mettre sur pied un journal.Mais ça restait un projet lointain et nous ne savions pas très bien quels éléments interviendraient pour poser sa nécessité.C'est seulement à partir de l'été '72 que nous avons commencé à critiquer cette incohérence.c.1 > hygiène sexuelle En janvier '72, la clinique d'information sur l'avortement fonctionnait déjà très bien.De nombreuses femmes y venaient chaque semaine.La plupart se contentaient de recevoir l'information et ne redonnaient pas signe de vie.Mais certaines se montraient enthousiastes ou intéressées et poursuivaient les relations par la suite.Nous avons donc décidé de maintenir la clinique, d'abord parce que nous la considérons comme un service essentiel, mais aussi pour d'autres raisons: 1) cela nous permettait d'établir des contacts avec des femmes de divers milieux et régions ; 2) nous donnions à l'information un contenu politique et dans notre optique, ça valait mieux que rien; 3) c'était alors la seule façon que nous ayons de rencontrer des femmes, donc d'essayer de comprendre comment elles percevaient leurs problèmes; 4) finalement, c'était pour nous une excellente école de for- mation: nous devions parler, expliquer, faire le lien entre un problème qui au premier abord semble apolitique, avec une situation générale d'oppression, vécue entre autres au niveau de la sexualité.Mais nous avons créé un secteur "hygiène sexuelle" parce que nous ne voulions pas en rester au problème de 1' avortement.La répression sëxuelle est un facteur important parmi tous ceux qui déterminent l'exploitation des femmes.Il ne faut pas oublier que la division des tâches sociales s'effectue sur une base sexuelle.Que cette division vienne servir les intérêts des exploiteurs, c' est juste, mais ce que nous voulions comprendre ou du moins mieux voir, c' était l'articulation entre répression sexuelle et répression politico-économique.Ceci, afin d'analyser s'il était possible à partir de la répression sexuelle de mobiliser les femmes dans des luttes qui remettraient tout le système en cause.22 Nous avions remarqué à la clinique, qu'il était relativement facile de déboucher sur des problèmes socio-économiques à partir de la question de l'avortement par exemple.Pour des femmes qui majoritairement sont exclues de la vie publique donc souvent insensibles à tout ce qui s'y déroule, une possibilité nous apparaissait d'aborder des questions politiques par le biais de ce qui les touche profondément, i.e.leur vie quotidienne .Nous voulions donc essayer de systématiser cette expérience.Encore là, nous avons mis la charrue avant les boeufs.Au lieu d'aller vérifier dans la pratique si notre hypothèse était juste au lieu de commencer un travail avec les quelques groupes ou individus qui a-vaient demandé notre aide, nous avons décidé qu'avant de travailler à organiser, il nous fallait certains instruments: une meilleure formation sur le plan médical, des brochures d'information vulgarisées et une meilleure compréhension de la relation pouvoir-ré-pression sexuelle.Repoussant al nsi les perspectives d'organisation, nos instruments se sont laissés définir de manière tout à fait subjective.Nous en sommes venues à penser que diffuser de l'information "politisée" sur la situation sexuelle au Québec était suffisant, que c'était une action libératrice en soi.Donner aux femmes le moyen de contrôler leur corps, faire cesser la fatalité de la grossesse non-désirée, c'était leur permettre potentiellement de contrôler leur vie également.Nous n'allions pas plus loin.Et comme les instruments que nous voulions nous donner ne répondaient pas à des objectifs précis à l'intérieur des tâches organisationnelles, nous n'arrivions pas à les concevoir clairement: pourquoi des brochures?à qui s'adresseraient-elles?quel en serait le contenu politique?.Nous posions des questions, mais la réponse devait venir quand collectivement nous avons réalisé que nous étions engagées dans une impasse et qu'alors tious avons posé la question qui englobait toutes les autres : Quelles sont les tâches prioritaires, à l'étape actuelle, pour des militantes dont l'objectif a moyen terme est de travailler à créer u- ne organisation autonome révolutionnaire de femme s ?vers la remise en , Cette question, elle ne s'est posée clairement qu'au bilan tenu à la fin novembre '72.Jusque-là (comme nous l'avons dit précédemment) nous percevions certaines de nos contradictions mais quand nous discutions des problèmes qu'elles engendraient, nous le faisions toujours de manière partielle.C'est que très souvent, nos autocritiques ne partaient pas d'une analyse de la situation concrete de la lutte des femmes au Québec mais relevaient plutôt de la perception subjective que nous en avions.Ainsi, a la mi-juin par exemple, nous avons fait un premier point où nous avons contesté la priorité du secteur recherche.Or sans plus d'analyse approfondie , nous avons conclu que la prépondérance devait être accordée à la propagande.Pourquoi la propagande?Pourquoi à cette étape précise?Et quelle sorte de propagande?Sans répondre aux premières questions, nous avons abordé la troisième.Et c'est alors que nous avons résolu de produire "Québécoises Deboutte", un journal qui s'adresserait à des femmes engagées surtout, qui serait pour elles un instrument de formation et d'information et qui pourrait permettre une certaine liaison entre tous les groupes impliqués dans la lutte contre l'oppression des femmes.Mais pourquoi la formation?Et quel type de liaison?Une liaison en vue de quoi?Ces questions devaient être "frôlées" mais elles nous menaient fin novembre, date de notre bilan.nn 0071 OÙ en étions-nôus fin novembre?D'abord, notre petit noyau s'était sensiblement élargi.Le premier numéro de "Québécoises Deboutte" avait paru au début du mois et le deuxième numéro e-tait sous presse.Nous avions tout un réseau de contacts avec des groupes ou des individus, à Montréal comme en province, et ce dans différents milieux: quartiers, écoles secondaires, cegeps, universités, associations populaires, groupes politiques, P.Q., très peu cependant dans les milieux de travail.La plupart de ces groupes ou individus a-vaient soit demandé notre aide pour a-morcer un travail d'organisation dans leur milieu, soit avaient tenté d'établir certaines formes de collaboration avec nous (échanges d'information, de services).Les liens et le travail avec ces groupes ou individus se poursui-vaiént informellement, sans politique d' ensemble, un peu au gré des événements.qirest-ce que le centre des femmes P Mais cette incohérence nous pesait de plus en plus lourdement.D'autant plus que toutes les militantes étaient impliquées dans ce travail.Elles y mettaient beaucoup d'énergies sans trop voir de résultats (et pour cause).Et finalement cela les empêchait de remplir les tâches de leur secteur, tâches qui n'avaient souvent aucun rapport avec les besoins organisationnels qui se dégageaient de plus en plus de notre pratique .A cette date, nous nous définissons comme un noyau de militantes féministes révolutionnaires dont 1'objectif à moyen terme est la création d'une organisation révolutionnaire autonome de, femmes, organisation dont les tâches seront: 1) mener des luttes regroupant travailleuses, ménagères, étudiantes à partir des revendications que viennent définir l'oppression spécifique des femmes.Luttes visant à long terme le renversement du système capitaliste et du système patriarcal qui en établissant la division des tâches sociales sur une base sexuelle vient renforcer l'exploitation capitaliste.2) faire de ces revendications et de ces luttes les revendications et les luttes de la classe ouvrière.Le bilan de novembre n'a pas "tout" réglé.Son aspect positif, c'est qu'il est venu poser la question fondamentale de l'organisation.Nous avons pu ainsi déblayer le terrain quant aux tâches prioritaires qui nous attendent.Les prochains bilans mensuels viendront préciser ces tâches à partir de l'analyse que nous ferons de notre pratique.24 Ceci étant posé, nous considérons que nos tâches prioritaires sont: 1) travail d'implantation dans les secteurs de production où les femmes prédominent, dans les quartiers, dans les milieux étudiants: formation de noyaux mi- litants dont la tâche sera d'éten dre la prise de conscience des femmes par un travail d'information et de propagande et d'organiser cette prise de conscience autour de revendications précises ; 2) travail de clarification idéologique particulièrement au niveau de l'articulation patriarcat-capitalisme ; 3) travail de formation de militantes ; 4) travail de systématisation des liens avec d'autres noyaux féministes ; 5) “rupture de l'isolement: prise de contact avec les groupes qui travaillent à la création d'une organisation politique de la classe ouvrière.MIS! L ' ' LJ « Une force de frappe imposante dans la lutte.27 Des lors, tout notre travail est repensé en fonction de ces tâches.Au niveau de l’implantation, la première tâche que nous avons décidé d'entreprendre, c'est l'évaluation de nos possibilités actuelles.Nous faisons une analyse critique du travail effectué avec les groupes et individus qui nous avaient contacté.Pour ceux avec qui nous décidons de poursuivre le travail, nous tentons de définir une orientation, claire qui nous permettra de ne plus nous laisser charrier par les événements.Finalement nous essayons de pénétrer le milieu- de travail auquel nous n'avions accordé jusqu'ici qu'une importance théorique mais qui est désormais prioritaire.Toutes les militantes du Centre sont impliquées dans ce travail mais il y a toutefois un noyau qui en assume la coordination et la direction.De plus, nous sommes maintenant organisées en quatre secteurs: 1) propagande: son principal outil est toujours "Québécoises De-boutte" qui s'adresse toujours à des militantes ou des femmes déjà sensibilisées.Le contenu est systématisé en chronique pour répondre aux impératifs de formation théorique (analyse de la situation des femmes, analyse des conjonctures.) et pratique (analyse des expériences de luttes.).Mais la liaison n'est plus laissée au hasard.C'est le secteur (élargi) qui l'organise.2) formation: divisée en trois é-quipes thématiques, sa tâches est d'assurer une formation politique minimum aux militantes du Centre et de fournir certains instruments d'analyses dont pourront bénéficier les militantes d'autres noyaux.3) documentation: il doit rassembler l'information dont nous aurons besoin dans nos secteurs d'int ervention.4) hygiène sexuelle: évalue à 1' heure actuelle, dans la pratique (i.e.avec des groupes déjà constitués) les possibilités d'organiser la lutte autour de la répression sexuelle et plus globalement autour du problème de la santé.Le secteur tente également d'évaluer les possibilités d'organiser une première prise de conscience des femmes à par-r tir de la sexualité.pour faire avancer notre cause Ce bilan peut paraître sévère.Mais en tant que militantes, nous pensons que nous devons toujours avoir une attitude très critique face à notre travail.Nous pensons que nous ne devons pas craindre de révéler nos erreurs: leur analyse sert justement à éviter qu'elles se répètent.Il ne s'agit pas d'être négatives et de donstamment dénigrer notre| -ravail.na critique et l'autocritique sont deux pratiques’ militantes qui.ne peuvent que faire avancer notre cause.26 « sexe » et «politique » .Nous avons parlé dans les deux nurné-, nos précédents de l'avortement libre et gratuit, de campagnes d'information popu* laires sur les moyens contraceptifs.Aujourd'hui nous allons tenter de montrer en quoi les lois régissant l'avortement et la publicité sur les méthodes contraceptives répondent aux intérêts de la classe dirigeante.Selon les besoins particuliers de cette classe, les lois visent à accroître ou à diminuer le taux de natalité.A l'époque de Talon, il était impérieux de peupler la colonie pour avoir une main-d'oeuvre coloniale capable.de répondre aux besoins de la métropole.Talon encourageait donc le mariage des hommes dès 18 ans et des jeunes filles dès 14 ans.Et pour s'assurer que ceci soit respecté il pénalisait ceux qui ne se mariaient pas en imposant une taxe aux célibataires, tandis qu'il allouait des bonis à ceux et celles qui se mari courageaient les femmes à avoir beaucoup d'enfants, cette fois-ci pas pour peupler les terres, mais pour répondre au besoin de main-d'oeuvre dans l'industrie.Même si leurs impératifs étaient, différents de ceux de la métropole française du 17e et du 18e siècle, les capitalistes anglais.avaient eux aussi grand intérêt à accroître la population.’ • .' "S'il y a -plus d’ouvriers à la disposition du capitaliste qu’il y en a en activité, autrement dit s’il existe .constamment des chômeurs à 1a recherche du travail, le capitaliste peut réduire plus facilement le salaire des ouvriers en activité.Les capitalistes ont donc besoin3 pour réduire 1e salaire des ouvriers3dru-ne armée permanente de chômeurs; ils en ont besoin aussi3 afin de disposer de forces de travail suffisantes Planification des Naissances ou Contrôle des peuples ?aient très jeunes.De plus les familles de 10 enfants et plus recevaient une allocation du roi.Puis au 19e siècle, la révolution industrielle a changé radicalement l'économie.Le Québec est passé d'une économie de chasse, de pêche et de culture à une économie à prédominance industrielle.Donc, la classe dirigeante, sous le couvert de l'Eglise et de l'Etat,, en- lorsqu’en fonction de la conjoncture ils doivent faire face a de nombreuses commandes et qu’il leur faut un nombre accru d’ouvriers .Pour cette raison, ils ont grand intérêt à ce que s’accroisse la population." m Toutefois, à partir des années '60, il semble qu'il y ait eu un revirement de politique.On assista à line série de mesures à apparences progressistes: lpi 27 s 4m I ü * i m X 9 * ’f' , * I Æ V # La "revanche des berceaux" pour ¦peupler le pays.création au sein du Ministère de la Santé d'une division "Planification familiale" (budget d'un million et demi ), la mise sur pied du Centre de Planification Familiale, l'allocation d'un budget de $400,000 à la Fédération de Planification Familiale pour une campagne de publicité nationale sur la planification des naissances, l'apparition d'affiches publicitaires dans les autobus et le métro, et la modification de la loi sur l'avortement de façon à permettre l'avortement 'thérapeutique dans les hôpitaux accrédités.A la même i époque, les Etats-Unis lançaient un cri d'alarme, - la surpopulation.L'administration Nixon créait un Bureau démographique au sein du département d'Etat et augmentait subitement les budgets des organismes qui s'occupaient de planification.L'Agence Internationale de développement, entre autres,a vu son budget passer de $10.5 millions à $250 millions en quatre ans.Le président Eisenhower a justifié ainsi son ap- 2g pui au contrôle démographique: "Lorsque j’étais président3 je pensais et j’ai déclaré que le contrôle des naissances ne relevait pas du gouvernement fédéral .Les faits m’ont fait changer d’avis.Aujourd’ hui3 tout comme l ’ancien président Truman, je suis président honorifique de la I.P.P.F.j parce que je suis désormais convaincu que l'explosion démographique est le plus grave problème de l’heure." (2) Toutefois, d'après un rapport des Nations-Unies, "le problème de l’alimentation sera dans un proche avenir3 bien plus celui des surplus que celui de la famine." (3) De plus, le rapport indique qu'il y a, à l'heure actuelle, seulement un dixième de la surface cultivable de la terre, qui est cultivé.Ce n'est donc pas, comme on aurait pu le croire, un manque de denrées alimentaires qui motive l'inquiétude autour de l'explosion démographique.De plus, l'Agence Internationale de développement (américain) a mis sur pied soixante cliniques au Honduras où la densité de population est l'une des plus faibles de tout l'Occident.Dans ce cas on ne peut pourtant pas brandir le spectre de la surpopulation. Alors pourquoi les présidents américains et les grosses compagnies privées telles les fondations Ford et Rockefeller, la Dupont Chemical Corporation et Continental Can jugent-ils l'explosion démographique un des graves problèmes de l'neure à l'échelle mondiale,et décident-ils d'investir à coup de millions pour contrôler la natalité dans les pays "moins développés"?Il faut donc chercher ailleurs les éléments d'une réponse.Le président de la I.P.P.F., le docteur Alan F.Guttmacher, révélait l'importance pour les grands magnats de l'industrie d'investir soit dans le contrôle de la population soit dans le développement économique pour maintenir les pays "moins développés" sous leur tutelle économique.Au cours des années '60, il disait: "Une augmentation démographique démesurée sans croissance économique parallèle, mène à une baisse constante du niveau de vie.Une telle baisse, accompagnée d'un accroissement de la pauvreté et dje la famine, livre la population à toutes les formes de "ismes"s qu’il s’agisse du communisme, du fascisme, du pan-ara-bisme, et les éloigne de la démocratie." ( 4) le mouvement «-des femmes et Toutefois il semble que les programmes de planification soient beaucoup moins coûteux que les programmes de développement économique’ de type conventionnel.Selon le président Johnson: "investir moins de $5 dans le contrôle des populations équivaut à investir $100 pour la croissance économique.” (5) Donc, il apparait que ce n'est pas pour répondre au "grave problème de la surpopulation", mais bien plutôt pour mieux continuer de saigner à blance les pays du Tiers-Monde, que les grands magnats de l'industrie investissent à coup de millions dans des programmes de contrôle des natalités^ La contraception pour limiter la main-d’oeuvre industrielle.la planification des naissances Le mouvement de libération des femmes américain a lancé le mot d'ordre "Contrôlons nos corps, nous contrôlerons nos vies".Ce mot d'ordre a été repris ici jusqu'à un certain point sous la forme ue revendications pour l'avortement libre et gratuit et pour la diffusion d''information sur les méthodes contraceptives .29 Le mot d'ordre tel quel n'est pas juste; il est incomplet.Nous ne pouvons prétendre avoir le contrôle de nos vies lorsque nous sommes acculées par notre situation matérielle à éviter ou à refuser une grossesse.Car, c'est ceux-là même qui d'une main nous tendent la pilule, qui de l'autre voient à nous donner un salaire de crève-faim.Tant qu'il n'y aura pas de garderies gratuites, de congés de maternité payés, de services de travaux ménagers communautaires, etc.nous ne pourrons considérer que nous a-vons le choix.En Amérique Latine, les grands magnats de l'industrie arrivent en grands samaritains, limiter les naissances pour sauver la population de la famine qu'eux mêmes ont créée.Par exemple, à Porto-Rico, une île pourtant très riche en produits agricoles, le coût de la vie é-tait de 25% plus élevé qu'aux Etats-Unis car toute la production devait être exportée pour ensuite être réimportée pour la consommation locale.Pour contenir la population grandissante et donc pouvoir continuer à retirer le maximum de profits, une filiale de l'I.P.P.F., a installé des cliniques à travers l'île et en 1965, un tiers des femmes en âge d'avoir des enfants à Porto-Rico avaient é-té stérilisées.Prévenir une insurrection appréhendée quend l'exploitation coloniale est trop brutale : voilà donc la deuxième raison d'être du contrôle de la natalité.En effet, la planification des naissances est une arme insidieuse qui peut être utilisée contre les peuples colonisés (noirs, sud-américains, québécois) en réduisant leur nombre.Au Québec, elle peut être une sérieuse menace à la francophonie.Il est intéressant de noter entre autres, que les expériences cliniques sur le stérilet copper T, conçu par des médecins a-méricains, se font au Québec! Nous en arrivons donc à dire, qu'à l'heure actuelle, la ligature des trompes, la pilule, le stérilet et l'avortement nous offrent la possibilité à une échelle individuelle d'éviter ou de refuser une grossesse non-désirée.Toutefois, nous ne devons surtout pas crier victoire et nous laisser éblouir par l'apparence progressiste des réformes gouvernementales (voir la loi légalisant l'avortement aux Etats-Unis 23-1-73).Nous devons au contraire constamment expliquer le jeu du gouvernement et nous unir pour mettre fin au système d'exploitation actuel.C'est seulement alors que nous pourrons avoir un véritable contrôle de nos corps et de nos vies.références (1) Reich, Wilhelm.La Lutte Sexuelle des Jeunes, Editions Maspéro, Paris 1972.Pages 40-41.(2) APLQ Bulletin no.80.Article de Bonnie Mass: Le Génocide Préventif en Amérique Latine.Semaine du 4 au 12 octobre 1972.Pages VIII à XIV.(3) Ibid no.2 (4) Ibid no.2 (5) Ibid no.2 30 Abonne me n t s Québécoises Deboutte, paraîtra régulièrement tous les mois.Si vous désirez vous y abonner, les conditions sont les suivantes: 1) abonnement individuel:.$3.00 pour 12 nos, une copie 2) abonnement de groupe:.$6.00 pour 12 nos, cinq copies 3) abonnement de soutien:.$15.00 pour 12 nos, cinq copies Vous pouvez adresser vos mandats à Québécoises deboutte 3908 Mentana Montréal Québec.FORMULE D'ABONNE MENT NOM: (individu ou groupe).ADRESSE: .N0.DE TELEPHONE: .ABONNEMENT IND.: .ABONNEMENT DE GROUPE: .ABONNEMENT DE SOUTIEN: .31
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