Argus, 1 janvier 2002, Automne
[" M5 01 ses imprc^' dessinant la « 'j^Bogpesie ai ^momept^try Mont-Saint-J O \\ - LA CULTURE CONTRE LES INTÉGRISMES > - CENSURE et BIBLIOTHÈQUES -\tFiltrer ou ne pas filtrer : quelques éléments de réponse - La censure et vous : ce que vous devez savoir -\tChildren's Internet Protection Act -\tOrange, la bibliothèque censurée -\tQUAND FOI ET CULTURE SE RENCONTRENT > - LA RELÈVE, À QUI LE TOUR ?Vol.31, n° 2, automne 2002 : J ' données enfin sur Plus d\u2019un million et demi de références disponibles, d\u2019un simnlp rlir! CHOIX - REPERE - DAVID - LOGIBASE sur Internet vous offrent les avantages suivants : Accès à l'ensemble des notices, descriptions ou références produites par SDM depuis 1964, y compris les données concernant les documents en cours de traitement >\tMise à jour continue >\tListes hebdomadaires des nouveautés traitées par SDM >\tNotices électroniques disponibles (en format MARC ou ASCII) pour CHOIX, DAVID et LOGIBASE sur Internet, en liaison avec notre service TRANSIT >\tAccès illimité sur tous les postes de travail de votre organisme >\tAccès souple et convivial aux informations : recherche libre (simple ou élaborée) et recherche thématique >\tRecherche par sujet élargi (sujet + titre + annotation) Liens hypertextes sur plusieurs clés d\u2019accès documentaires (auteur, sujet, indice Dewey, etc.) Pour plus de détails ou pour s\u2019abonner : CHOIX CHOIX jeunesse REPÈRE DAVID LOGIBASE http://choix.sdm.qc.ca http://choix-jeunesse.sdm.qc.ca http://repere.sdm.qc.ca http://david.sdm.qc.ca http://logibase.sdm.qc.ca SDM SERVICES DOCUMENTAIRES MULTIMÉDIA INC.75, rue de Port-Royal Est, bur.300, Montréal (Québec) Canada H3L3T1 Tél.: (514) 382-0895 Téléc.: (514) 384-9139 http://www.sdm.qc.ca 450 000 notices de livres de langue française destinés aux adultes aussi bien qu'aux jeunes >\tBest-Sellers de tous domaines >\tRomans >\tScience-fiction >\tRomans policiers >\tLivres pour enfants >\tBandes dessinées >\tBiographies >\tTechnologies de l'information >\tEt plusieurs autres 320 000 références d'articles de périodiques de langue française >\tPériodiques québécois >\tPériodiques européens >\tMagazines d'actualité >\tRevues d'intérêt général >\tRevues professionnelles ou spécialisées >\tRevues pour enfants et adolescents >\tTexte intégral de plusieurs revues >\tLiens aux articles disponibles sur Internet y DAVID 66 000 références de documents audiovisuels >\tDocuments éducatifs >\tVidéos documentaires >\tVidéos de fiction >\tDisques compacts >\tLivres-cassettes yLOGIBASE 11 500 références de CD-ROM et logiciels >\tLogiciels éducatifs >\tCD-ROM multimédias >\tBases de données spécialisées >\tJeux >\tLogiciels d'application >\tEncyclopédies Sommaire Comité de rédaction Cécile Lointier, présidente Audrey Attia\t3\tLe mot de présentation Cécile Lointier Catherine Bernier\t\t Alex Guindon Audrey Laplante\t\tStyle libre Traduction Hélène Roy\t5\tLa culture contre les intégrismes Alex Guindon Michelle Bachand\t\t Révision Catherine Bernier\t7\tCyberthécaire Filtrer ou ne pas filtrer : quelques éléments de Page couverture Line Bodiguel\t\tréponse Cécile Lointier Infographie\t\t Linda Bernier Impression\t\tCensure et bibliothèque CRL Imprimerie\t15\tOpinion / La censure et vous : ce que vous devez Line Glaude\t\tsavoir (514) 845-3327\t\tCharles Montpetit Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0315-9930 Poste publication 1472763 Tirage 1000 exemplaires ARGUS est une revue publiée trois fois l\u2019an par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) dont le siège social est situé au 307, rue Sainte-Catherine Ouest, bureau 320, Montréal (Québec), H2X 2A3.Téléphone : (514) 845-3327 Télécopieur : (514) 845-1618 Courriel : info@cbpq.qc.ca Tous les textes publiés dans la revue expriment les points de vue et opinions des auteurs et n'engagent que ceux-ci.L\u2019abonnement annuel est de 30 $ (12 $ le numéro) tarif individuel au Québec, 34 $ (12 $ le numéro) tarif institutionnel au Québec, 42 $ (15 $ le numéro) au Canada, 42 $ US (15 $ US le numéro) à l\u2019extérieur du Canada et 19 $ pour les étudiants.Toute demande concernant les numéros manquants doit être envoyée au plus tard un mois après la date de parution, au Secrétariat de la C.B.P.Q.Toute reproduction des articles, en totalité ou en partie, doit être autorisée par le Comité de rédaction.Les articles de la revue son indexés dans Pascal Thema, T205 : Sciences de P information-documental ion, Information Science Abstracts, Library and Information Science Abstracts (LISA), Library Literature et Repère.21 Children\u2019s Internet Protection Act : les outils de filtrage et la censure dans les bibliothèques publiques Catherine Bernier 25 La bibliothèque d\u2019Orange face à la censure Audrey Attia 29 Quand foi et culture se rencontrent : Exemple de valorisation des sciences humaines à l\u2019Université de Montréal Jacques Messier 33 La relève : à qui le tour ?William M.Curran 38 33e congrès annuel de la CBPQ : un peu, beaucoup, passionnément ! Diane Sauvé État des milieux 43 La bibliothèque de la Société Radio-Canada Marilyne Coté Comptes rendus 46 Recherche d\u2019information et compétence informationnelle : une préoccupation d\u2019actualité Paulette Bernhard ARGUS/Vol.31, n 2, Automne 2002 Regard 1______________________________ 1 Le logiciel de gestion de bibliothèques et de centres de documentation utilisé par plusieurs centaines d\u2019établissements Coup d\u2019œil sur la version sous Windows : Multimédia \u2022\tRecherche Web \u2022\tZ39.50 \u2022\tImportation/exportation compatible avec le format MARC \u2022\tThésaurus et fichiers d\u2019autorités intégrés \u2022\tCatalogue collectif \u2022\tGestion de succursales \u2022\tRéservation à la période et à la journée (matériel, locaux, etc.) \u2022\tInterface bilingue \u2022\tService d\u2019installation clé en main (serveur SQL, réseau, postes, serveur Web) Grâce à ses banques de données adaptables, Regard s\u2019avère le système idéal pour gérer à la fois les actifs matériels et numériques (textes, photos, hyperliens et autres).Pour voir Regard de plus près, communiquez avec notre service à la clientèle au (514) 251-3730 www.grics.qc.ca/regard GRICS Le mot de présentation Ce deuxième numéro de 2002 est placé sous le signe de la lutte contre la censure.II débute avec la chronique Style libre, où Alex Guindon nous parle de l\u2019intégrisme, de ses dangers et de notre position privilégiée, en tant que « gardiens de la connaissance », pour le combattre.Nous vous proposons un numéro thématique sur la censure et les bibliothèques publiques.À la suite de l\u2019incident survenu à Hull à la fin de l\u2019année 2001 et aux démêlés judiciaires de l\u2019American Library Association (ALA) avec le gouvernement fédéral américain au sujet du Children\u2019s Internet Protection Act, l\u2019équipe de rédaction d\u2019Argus a pensé qu\u2019il serait intéressant de faire le point sur la situation de la censure au Canada et de voir quels sont les recours des bibliothèques.C\u2019est ce que se propose de faire dans son article Charles Montpetit, le président du Comité sur la liberté d\u2019expression de l\u2019Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ).Pour sa part, Catherine Bernier nous explique la bataille qui fait rage entre P ALA et le gouvernement fédéral américain au sujet du filtrage de l\u2019information sur l\u2019Internet dans les bibliothèques publiques.En parallèle, dans la chronique Cyberthécaire, je me penche sur les aspects techniques et les limites du filtrage sur Internet, et je m\u2019interroge sur leur utilisation dans les bibliothèques publiques.Enfin, Audrey Attia nous propose une entrevue avec Catherine Canazzi, ex-responsable de la bibliothèque publique de la municipalité d\u2019Orange (France), qui décrit pour nous l\u2019instauration de la censure avec la prise de contrôle par la municipalité de la politique d\u2019acquisition.Dans un autre domaine, Jacques Messier nous expose les différentes stratégies mises en place depuis 1990 pour enrichir les collections en sciences religieuses de l\u2019Université de Montréal et illustre le projet de plusieurs exemples concrets.Pour sa part, William Curran s\u2019interroge sur la relève dans les bibliothèques universitaires canadiennes, qui pourrait représenter un problème pour les années à venir.Enfin, Diane Sauvé nous offre un compte rendu très enlevé du dernier congrès de la CBPQ qui s\u2019est tenu à Joliette en mai dernier.Pour terminer, deux comptes rendus d\u2019ouvrages complètent ce numéro.Bonne lecture ! Cécile Lointier Présidente du comité de rédaction c_lointier@yahoo.com VISARD La solution documentaire adaptée à vos besoins Spécialiste de la gestion de l'information, Visard Solutions vous conseille sur la meilleure combinaison de logiciels et services répondant à votre environement.Gestion de bibliothèques et centres d'information : Academus Aeademus, le logiciel de gestion intégré et modulaire, vous donne la possibilité de constituer à la carte votre propre solution documentaire.Sa richesse fonctionnelle et la souplesse de son paramétrage vous assurent une diffusion immédiate de l'information.Avec Academus WEB, créer la bibliothèque virtuelle est une action simple et rapide.AtADEAMA ®RKIS Gestion de base de données Multimedia : Ajaris Pro Pour le traitement de vos images, Ajaris et Ajaris WEB vous apportent un ensemble d'outils puissants et simples, permettant la gestion centralisée et sécurisée de plusieurs centaines de milliers d'images fixes et animées, sons, documents composites, entrant dans la conception et la fabrication d'outils de communication.A IS Y S T E n IM to Gestion Electronique de Documents : DIP MAKER Au sein de l'entreprise, DIP MAKER est le logiciel de Gestion Electronique de l'Information et des Documents Existants (GEIDE) qui fédère tout type d'information interne et externe (documents numérisés, photographies, fichiers bureautiques, pages HTML.) à travers une interface unique.Bases documentaires : EdiBase iw5 EdiBase iw5 vous aide à créer et organiser des bases textuelles structurées pour la terminologie, la documentation juridique, les fonds d'archives et toute EdiB@se.net autre collection de textes.EdiB@se.net permet la diffusion sur Internet ou Intranet.WEBFOUO Gestion de documents et WorkFIow sur Intranet : WebFolio WebFolio vous permet de centraliser dans une base unique tous les documents de votre organisation.Chaque document est publié dans son format natif et indexé intégralement.L'application s'appuie sur le système de courrier électronique pour avertir les utilisateurs de la publication ou de la modification des documents. Style La culture contre les intégrismes Alex Guindon guindona@alcor.concordia.ca One hears too often the suggestion that some form or other of totalitarianism is inevitable.Many who because of their intelligence and training should be held responsible for what they say, announce that there is no escape from it.[.] They argue that democracy, in order to fight totalitarianism, is forced to copy its methods and thus to become totalitarian itself.Karl R.Popper La lutte pour la liberté est un combat sans fin, on l\u2019oublie trop souvent.Dans un monde où le cynisme et l\u2019apathie sont maîtres, il arrive parfois que les événements viennent bousculer nos tranquilles existences et nous obliger à prendre position et à mesurer le chemin parcouru par les sociétés libérales depuis qu\u2019elles se sont extirpées du joug de l\u2019ignorance et des pouvoirs absolus.Bien sûr nos sociétés occidentales sont imparfaites, elles restent largement inégalitaires et le pouvoir y est toujours concentré dans les mains d\u2019une élite politico-économique arrogante et souvent inculte.Les multiples scandales politiques et financiers nous rappellent que les règles ne sont pas les mêmes pour tous, quoiqu\u2019en dise M.Bush.Mais ces tristes constats ne diminuent en rien les progrès immenses de la liberté, de l\u2019éducation et du droit à la dissidence au sein des régimes libéraux.Ces libertés que nous prenons aujourd\u2019hui pour acquises ont été arrachées de haute lutte à tous les pouvoirs politiques et religieux, et ce à travers les siècles.Ces progrès ne sont pas achevés et sont tout à fait réversibles, il serait naïf de croire le contraire.Car, face aux sociétés ouvertes - pour reprendre l'expression de Popper -, se dresse le spectre de l\u2019intégrisme.Celui-ci est multiforme et, paradoxalement, tire son énergie des sociétés libres qu\u2019il honnit.Pour le combattre, autant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur de notre civilisation, les meilleures armes ne sont ni les missiles ni la CIA, mais plutôt l\u2019éducation et une meilleure répartition des richesses sans laquelle rien n\u2019est possible.Qu\u2019est-ce que l\u2019intégrisme?C\u2019est une forme d\u2019aveuglement qui, en donnant des réponses simples et réconfortantes à ses adhérents, parvient à faire de ceux-ci des croyants chez qui il n\u2019y a plus de place pour le doute.Tout est dit - ou écrit -, il ne reste plus qu\u2019à convaincre les brebis égarées.Et il ne faut pas croire que l\u2019intégrisme se limite au champ religieux au sens strict, l\u2019économisme qui domine actuellement nos Etats est un autre bel exemple d\u2019intégrisme.Bien sûr, il y a des formes d\u2019intégrismes plus virulentes que d\u2019autres comme les événements du 11 septembre nous l\u2019on rappelé.Mais toutes ont en commun une vision simplificatrice de la réalité et un rejet radical des valeurs qui leur sont étrangères.Le terreau de l\u2019intégrisme, c\u2019est l\u2019ignorance et la pauvreté.Puisque l\u2019intégrisme est par définition obscurantiste, il lui est facile de prendre pied dans les sociétés où la majorité est peu éduquée.C\u2019est là qu\u2019entrent en jeu la culture et ce qui la sous-tend, l\u2019accès à la connaissance et à l\u2019information.Bien qu\u2019il y ait de nombreux exemples de personnes éduquées et cultivées tombées dans le piège de l\u2019intégrisme, il est tout de même plus difficile de faire avaler des vérités toutes prêtes à des gens articulés et qui ont développé un esprit critique.Seule une véritable éducation reposant autant sur l\u2019acquisition de connaissances que sur le développement de la pensée critique et, pourquoi pas, sur l\u2019étude des notions de méthode, de science et de doute rationnel peut prémunir efficacement contre le virus de la pensée unique.Un esprit doté d\u2019une bonne dose de scepticisme a rarement tendance à proclamer la guerre sainte.Et avec la culture vient l\u2019ouverture à l\u2019autre, l\u2019inévitable prise de conscience du relativisme des valeurs véhiculées par les différentes visions du monde.Cette attitude ne consiste pas à dire que tous les points de vue sont nécessairement égaux, mais plutôt que la vérité ne réside pas une fois pour toutes d\u2019un côté de la clôture, achevée et absolue.Bref, la position rationaliste, que je soutiens ici, consiste à favoriser la discussion et la mise à l\u2019épreuve de nos « vérités », en somme l\u2019évolution des idées, des normes et des valeurs de chacun.Cette évolution n\u2019est possible que si l\u2019on accepte d\u2019emblée qu\u2019il y a matière à débat et que Y Autre a voix au chapitre.Evidemment, c\u2019est plus facile à dire qu\u2019à faire.Il m\u2019apparaît même assez clair que la position rationaliste, consistant à la perpétuelle remise en question des certitudes, est une des attitudes les plus difficiles à adopter pour l\u2019homme si friand de vérité et de réponses claires et définitives.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi l\u2019histoire est remplie de guerres religieuses, culturelles ou ethniques.La possibilité même d\u2019adopter une telle attitude dépend non seulement de l\u2019éducation que l\u2019on a reçue, mais aussi, comme nous l\u2019avons dit, de l\u2019accès à l\u2019information.Il est évident que tout le processus de formation d\u2019un citoyen éclairé repose sur la possibilité pour celui-ci de s\u2019informer librement et de consulter des sources diverses et contradictoires.ARGUS/ Vol.31, ri 2, Automne 2002 5 Cela n\u2019est pas une grande découverte et tous les régimes totalitaires l\u2019ont compris : la meilleure façon de contrôler les gens, c\u2019est de limiter l\u2019accès à l\u2019information et de manipuler cette dernière.Cette volonté de contrôle prend des formes diverses selon les sociétés, mais ne se limite certainement pas aux cas les plus flagrants de propagande et de censure que l\u2019on voit dans les régimes dictatoriaux.Ainsi, il n\u2019est guère rassurant de jeter un coup d\u2019œil à l\u2019état actuel des médias canadiens.Est-il besoin de souligner l\u2019importance des bibliothèques - mais aussi des bibliothécaires, qui ont un rôle déterminant dans la diffusion et la sélection de l\u2019information - dans le processus de dissémination de la connaissance?En la matière, je pense que le constat est plutôt positif, dans les sociétés occidentales s\u2019entend : la majorité des intervenants reste convaincue de l\u2019importance du libre accès à l\u2019information par le plus grand nombre.De façon générale, on peut aussi dire que les individus et associations sont conscients de l\u2019importance de lutter contre toute forme de censure.1 Mais notre position privilégiée de gardiens de la connaissance nous impose aussi d\u2019autres responsabilités, dont celle de protester contre tous les abus politiques perpétrés contre les droits fondamentaux, même - surtout?- si ceux-ci sont peipétrés au nom de la lutte contre les forces obscurantistes, en l\u2019occurrence le terrorisme.Comme plusieurs commentateurs l\u2019ont justement rappelé, la liberté est malheureusement la première victime du terrorisme.Les islamistes doivent rire dans leur barbe! Il est primordial d\u2019éviter d\u2019employer des méthodes qui contournent nos acquis démocratiques sous peine de retourner plusieurs années en arrière dans le long combat pour la liberté.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, c\u2019est là le principal enjeu de la « guerre au terrorisme.» Déjà, les lois adoptées en réponse aux attentats, autant au Canada qu\u2019aux États-Unis, vont trop loin en facilitant l\u2019écoute électronique et en donnant des pouvoirs extraordinaires aux forces policières.Répétons-le, cette « guerre » ne sera jamais gagnée par des moyens traditionnels : on peut certes limiter les dégâts en multipliant les mesures de sécurité, mais il est complètement illusoire de penser enrayer le terrorisme par la force.Cette vision qui pourtant semble, à l\u2019heure actuelle, la seule qui soit à l\u2019ordre du jour en Amérique, s\u2019attaque uniquement aux manifestations violentes d'un mal dont on n\u2019essaie même pas de saisir l\u2019origine.En attendant que nos gouvernements se ressaisissent, si jamais cela arrive, il nous reste à jouer notre rôle en profitant de notre formation et des ressources à notre disposition pour continuer à lutter pour l\u2019accès à l\u2019information et contre les abus des pouvoirs politiques.Il nous reste, en somme, à adopter une attitude de questionnement et d\u2019ouverture, ce qui est toujours la voie la plus difficile! Note 1 Voir les autres textes sur le même sujet dans ce numéro.La Corporation des bibliothécaires déménage Veuillez prendre note qu\u2019à compter du 1er novembre 2002 la CBPQ aura déménagé son bureau au : 353 rue St-Nicholas, Bureau 103 Montréal (Québec) H2Y 2P1 Téléphone: 514-845-3327 Télécopieur: 514-845-1618 info@cbpq.qc.ca www.cbpq.qc.ca 6 ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 yberthécaire Filtrer ou ne pas filtrer : quelques éléments de réponse Cécile Lointier, responsable du centre de documentation, Centre d\u2019information Artexte c_lointier@yahoo.com Depuis l\u2019entrée de l\u2019Internet dans les bibliothèques publiques, les bibliothécaires sont confrontés à un nouveau problème : le contrôle des sites Web consultés par les usagers.Certains pays comme les États-Unis1 tentent de contrôler les contenus accessibles sur l\u2019Internet, d\u2019autres, comme le Canada, ne le préconisent pas, au moins officiellement.Enfin, des entreprises qui offrent des subventions aux bibliothèques publiques s\u2019en mêlent et exigent l\u2019absence de filtrage en échange d\u2019argent (Microsoft a donné des bourses à des bibliothèques publiques québécoises pour l\u2019achat de matériel informatique et la connexion à Internet.En retour, les bibliothèques s\u2019engageaient à ne pas filtrer les informations consultées par le public).Doit-on contrôler ce que fait un usager avec l\u2019ordinateur ?Ou doit-on le laisser libre de choisir ce qu\u2019il peut voir ?Faut-il faire une différence si c\u2019est un enfant ou un adulte ?Et a-t-on les moyens de la faire?Pour régler ce « problème », certains responsables ont choisi le filtrage.L\u2019objet de cette chronique est de présenter les logiciels qui permettent de filtrer le contenu disponible sur Internet, d\u2019en montrer les limites et de s\u2019interroger sur leur place et leur utilité au sein d\u2019une bibliothèque.Comment fonctionne le filtrage ?Tout d\u2019abord, on parle en français de logiciels de filtrage.Mais aux États-Unis, deux termes sont utilisés selon que l\u2019on soit pour ou contre l\u2019utilisation de ces logiciels.On parle de filtering software (positif) et de censorware (négatif), que l\u2019on traduit par logiciel de censure.?Les techniques de filtrage Le filtrage s\u2019exerce grâce à des logiciels qui recherchent le contenu à bloquer.Ils utilisent plusieurs techniques comme, par exemple, le blocage par des mots-clés, le blocage par l\u2019ordinateur hôte (Host blocking) et le blocage par les protocoles.Ils bloquent des pages HTML, des courriels, des fichiers, etc.Blocage par mots-clés Le logiciel cherche sur le site Web des mots ou des expressions.Ainsi, il compare des listes de mots-clés au contenu du site.Ces listes peuvent être subdivisées en catégories.L\u2019utilisateur peut alors décider de bloquer seulement le contenu de certaines catégories.Ces listes sont soit générées automatiquement par des robots qui cherchent des termes sur Internet, soit par des équipes d'humains ou par les deux.Elles sont fournies par l\u2019entreprise qui commercialise le logiciel.Elles ne sont pas publiques et sont cryptées.Elles sont parfois modifiées à la suite de plaintes de clients.Les termes bannis peuvent apparaître dans le texte ou dans l\u2019adresse URL.Si aucun terme banni n\u2019est trouvé dans l\u2019URL, la page est téléchargée et est comparée à la liste avant d\u2019être affichée dans le logiciel de navigation.Ce système a des limites importantes.En effet, si une liste contient le mot « sein » et bloque tous les pages Web où il apparaît, il bloquera également des pages qui traitent du cancer du sein.Des sites d\u2019information médicale se sont ainsi retrouvés bloqués à cause du vocabulaire qu\u2019ils utilisaient.Et les exemples ne manquent pas, illustrant les limites de ce système.Blocage par le serveur/ l\u2019ordinateur hôte2 Il s\u2019agit de bloquer un site Web au complet, par le biais de son adresse URL, et plus seulement certaines de ses pages.Ce système fonctionne lui aussi avec des üstes faites par les entreprises qui vendent les logiciels de filtrage.Il peut y avoir deux sortes de listes : les sites autorisés (listes blanches) et les sites interdits (listes noires).Un des gros désavantages de ce système est que le blocage de l\u2019ordinateur hôte est réactif et pas proactif : il faut que le site soit identifié et apparaisse dans les listes afin qu\u2019il soit bloqué.Cela suppose une mise à jour régulière des listes par l\u2019entreprise et par chaque utilisateur du logiciel (de même que nous devons mettre à jour régulièrement les définitions de virus de notre logiciel anti-virus).Un autre des désavantages, comme pour la technique précédente, est que les listes sont secrètes et qu\u2019il est difficile de savoir parfois pourquoi un site est bloqué.De nombreux dérapages ont déjà eu lieu.Par exemple, en décembre 2001, en Belgique, le site éducatif EducWeb3 qui s\u2019adresse aux enseignants et à leurs classes, ainsi que le site d\u2019information Alterfocus4, ont été bloqués par la Communauté française Wallonie-Bruxelles (CFWB).Alerté par des enseignants, le webmestre a contacté la CFWB qui a mis les deux sites sur sa liste blanche, après avoir constaté son erreur, ce qui a débloqué les sites pour la Wallonie.Que ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 7 s\u2019est-il passé ?Leurs adresses se sont retrouvées sur une liste noire achetée à une entreprise américaine, 8e6 Technologies, par la CFWB.Pourquoi ?Mystère.Le webmestre a contacté l\u2019entreprise et n\u2019a pas réussi à avoir de réponse claire.Elle a ôté les sites de sa liste noire trois jours après l\u2019incident avec de vagues explications.Mais les sites, bien que de nouveau accessibles en Wallonie, ne le furent pas dans d\u2019autres zones du monde qui achetaient la même liste, tant que 8e6 Technologies ne l\u2019eu pas corrigée.Blocage par les protocoles Le logiciel bloque les sites qui utilisent un certain protocole.Cela concerne surtout les protocoles FTP (utilisé pour le transfert de fichiers) et NNTP utilisé par le système de discussion Usenet (employé pour discuter et échanger des fichiers).Comme pour les deux autres techniques présentées, ce système bloque trop de choses (c\u2019est-à-dire des choses qui ne devraient pas être bloquées) et est trop strict.Si on bloque, par exemple, le protocole FTP, alors plusieurs mises à jour de logiciels ne seront plus possibles, car beaucoup transfert de fichiers l\u2019utilisent.Autres techniques D\u2019autres techniques permettent de bloquer du contenu sur Internet selon les noms des utilisateurs, les numéros d\u2019identification des stations de travail, l\u2019heure de la journée ou un système d\u2019évaluation (Web Rating System comme PICS, dont nous reparlerons plus loin).?Les types de logiciels de filtrage Les logiciels de filtrage appliquent ces différentes techniques soit du côté client5, soit du côté serveur6.Ainsi, il existe deux grands types de filtres : Côté client : le logiciel est installé sur un ordinateur individuel ou à travers un réseau interne (un LAN).Les pages Web sont bloquées quand elles arrivent sur l\u2019ordinateur.Les filtres peuvent être inclus dans le logiciel de navigation.Ex.de logiciels : CyberPatrol, Surfwatch.Côté serveur : Serveur Proxy7 : un serveur secondaire, géré par l\u2019éditeur du logiciel de filtrage, permet de filtrer les requêtes des logiciels de navigation.Ex.de logiciels : Bess, Javelin.Filtrage des paquets : sur l\u2019Internet, l\u2019information circule sous la forme de paquets, des blocs composés de bits et d\u2019éléments numériques de service qui constituent une partie de message.Avec ce système, l\u2019information est filtrée sur le serveur auquel est connecté l\u2019ordinateur de l\u2019usager.Le logiciel analyse le trafic sur le réseau et regarde quels sont les protocoles utilisés, qui demande le paquet, etc., et décide s\u2019il a le droit ou non de le voir.Notons qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019analyse du contenu proprement dite.Il peut définir une liste de sites interdits pour chaque ordinateur et usager connecté au réseau.Ex.de logiciels : Choicenet.Scheme-dependent filter : le logiciel utilise un système d\u2019évaluation externe, souvent basé sur les métadonnées incluses dans les pages HTML.Ces dernières sont définies par les créateurs des pages.Les logiciels de navigation bloquent les sites selon l\u2019estimation qui en est faite (rating).Le système d\u2019évaluation le plus connu est PICS (Platform for Internet Content Selection).D\u2019autres systèmes, comme ICRA ou Safesurf, ont développé leur propre système d\u2019évaluation PICS.Ex.de logiciels : NetShepherd.Notons que les gouvernements s\u2019intéressent aussi au filtrage.La Commission européenne a par exemple mis sur pied le projet Safer Internet Action Plan pour développer un prototype européen de système de filtrage polyglotte pour les parents et les enseignants.?Le protocole PICS C\u2019est un protocole de filtrage de l\u2019information développé par le World Wide Web Consortium (W3C), une instance responsable du développement et de l\u2019interopérabilité8 des protocoles et des normes utilisés sur l\u2019Internet.Le protocole PICS est basé sur une évaluation du contenu des sites Internet et est utilisé par plusieurs logiciels de filtrage.Il est présenté comme un produit « neutre » par plusieurs, comme la solution pour régler les problèmes des logiciels de filtrage.Comment ça marche ?Cette évaluation se fait grâce à des métadonnées descriptives incluses au début de chaque page HTML ou associées à son adresse URL.Elle peut se faire avec ou sans la collaboration des concepteurs de pages Web.Ces derniers doivent tout d\u2019abord choisir quel vocabulaire d\u2019évaluation ils veulent utiliser.Le W3C recommande de se servir d\u2019un vocabulaire déjà utilisé par d\u2019autres sites et fournit une liste.Ensuite, le concepteur de pages Web choisit un service d\u2019étiquetage, à qui il décrit en ligne ses pages en répondant à un questionnaire.Il reçoit alors les métadonnées à inclure au début de ses pages HTML, entre les balises HEAD (invisibles pour l\u2019internaute).D\u2019un autre côté, une agence d\u2019évaluation indépendante peut étiqueter des sites Web, après avoir bien sûr adopté un vocabulaire d\u2019évaluation.Après l\u2019étiquetage des sites Web, au lieu de mettre les métadonnées dans les pages HTML (ce qui obligerait à contacter les responsables des sites et de s\u2019assurer de leur collaboration), l\u2019agence d\u2019évaluation stocke l\u2019information sur un serveur d\u2019étiquettes (label bureau).Ensuite, les logiciels de filtrage peuvent consulter ces étiquettes accolées aux pages Web afin de voir s\u2019il faut les bloquer ou non.Des moteurs de recherche utilisent également les étiquettes.De plus, n\u2019importe qui peut créer ses propres étiquettes.Plusieurs logiciels de filtrage le permettent en stockant les étiquettes sur l\u2019ordinateur utilisé par l\u2019internaute et en s\u2019y référant à la place du serveur qu\u2019ils consultent habituellement.Au niveau de l\u2019usager, quand il demande à voir une page Web sur son logiciel de navigation, le logiciel de filtrage télécharge le document et demande au serveur d\u2019étiquettes celles qui décrivent l\u2019URL demandée.Il décide ensuite s\u2019il la bloque ou non.8 ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 Un fournisseur d'accès à Internet pourrait décider d\u2019utiliser le protocole PICS pour filtrer les requêtes sur son réseau.L\u2019utilisateur de base n\u2019aurait alors aucun contrôle technique là-dessus.Cela pourrait même être fait à son insu.Enfin, le protocole PICS fonctionne avec tous les documents qui ont une adresse URL, comme les pages HTML, XML et le FTP.Les messages et les groupes de discussion Usenet ont également des adresses URL.Un schéma d\u2019étiquette pour 1TRC (un service de bavardage écrit en ligne en temps réel) est en cours de préparation.Certains logiciels permettent même à leurs utilisateurs d\u2019évaluer les sites Web.Le protocole PICS est utilisé par plusieurs logiciels de filtrage, comme CyberPatrol et CYBERsitter.Limites du protocole PICS Une des premières limites du protocole PICS à considérer est liée à l\u2019indépendance et le sérieux des organismes qui étiquetent les sites Web et les autres informations sur l\u2019Internet.Quand on pense à la taille qu\u2019atteint maintenant l\u2019Internet, on comprend que les coûts pour étiqueter toutes les adresses URL sont faramineux, en termes financiers et de ressources humaines.La masse d\u2019information est bien trop importante pour être totalement classifiée.Alors qui va assumer les coûts pour que le système fonctionne ?De plus, y aura-t-il assez d\u2019organismes indépendants pour garantir la pluralité d\u2019opinion ?Et qu\u2019en est-il des minorités linguistiques, dont font partie les francophones ?Devront-elles se soumettre aux critères des organismes dominants, qui sont pour la plupart américains ?Le risque n\u2019est-il pas de voir s\u2019imposer des valeurs morales américaines, assez puritaines ?Enfin, face aux différents vocabulaires d\u2019étiquetage, ne va-t-on pas choisir ceux des plus grands bureaux d\u2019étiquetage, pour la plupart américains ?Une autre limite, ou plutôt un risque pour la liberté induit par le protocole PICS, est qu\u2019il peut être installé au niveau d\u2019un point d\u2019accès national à l\u2019Internet, où toutes les requêtes d\u2019un pays ou d\u2019une région pourraient être filtrées, même à l\u2019insu des usagers.C\u2019est déjà ce qui arrive dans certains pays, comme la Chine.Enfin, un autre danger est le mauvais étiquetage d\u2019un site.S\u2019il est fait à l\u2019insu de son auteur, il ne pourrait l\u2019apprendre que si des internautes le préviennent, ne pouvant plus y accéder.Que devrait-il faire ensuite pour corriger la situation ?Si, après avoir contacté l\u2019organisme ou l\u2019entreprise qui l\u2019a mal évalué, ce dernier refuse de revoir son évaluation, quels seront ses recours ?Les tribunaux ?On voit qu\u2019il manque aux PICS un cadre réglementaire pour réguler les excès possibles ou avérés.Remarquons que le même problème se pose avec les techniques qui utilisent des Estes de mots-clés et d\u2019adresses URL.Les limites des systèmes de filtrage Il existe une cinquantaine de systèmes de filtrage.Les techniques qui utilisent les listes de mots-clés et d\u2019ordinateurs hôtes sont les techniques les plus utilisées.Elles sont pour la plupart pro-actives.Les systèmes de filtrages ont des limites, dont certaines ont déjà été évoquées plus haut, des limites importantes à connaître avant de décider ou non de les implanter au sein d\u2019une bibliothèque : La subjectivité : les listes de catégories de sites à bannir sont vaguement définies et l\u2019évaluation laisse toujours un peu de place à la subjectivité de l\u2019évaluateur.Cette subjectivité peut même subir des influences extérieures, notamment de groupes de pression organisés, prônant par exemple le respect des « bonnes mœurs ».Prenons l\u2019exemple de la catégorie « Contenu explicite ».Une page montrant l\u2019appareil génital d\u2019un homme sur un site d\u2019éducation sexuelle pour les adolescents contient-elle du contenu explicite ?Si oui, faut-il la bloquer au même titre qu\u2019une page contenant du matériel pornographique ?Et bien, plusieurs logiciels de filtrages bloqueront cette page alors qu\u2019elle présente un contenu informatif intéressant, un contenu auquel une bibliothèque doit pouvoir donner accès.Limitations techniques : un hébergeur de sites Web gratuit ou une université peuvent avoir des pages contenant de la violence ou de la pornographie qui représentent une infime partie de toutes leurs pages HTML.Or, des logiciels de filtrage pourront bloquer l\u2019accès à toutes les pages de ces sites.Ils peuvent aller encore plus loin en bloquant les sites qui pointent vers eux et les domaines Internet qui les hébergent (et donc tous les autres sites hébergés sur ce domaine).C\u2019est extrême.Le secret : les listes noires sont secrètes car les éditeurs de logiciels les considèrent comme des secrets commerciaux.On ne sait pas quels sites sont interdits.Cela laisse place à des dérives, dont le bannissement de sites inoffensifs présentant une grande valeur informationnelle.Le manque d\u2019efficacité : les logiciels de filtrage ne font pas simplement bloquer l\u2019accès à des contenus tendancieux, ils bloquent également l\u2019accès à des informations utiles.Les logiciels ne prennent pas en compte le contexte dans lequel est utilisé un mot.Le mot « nègre » n\u2019aura pas la même connotation dans un texte raciste que dans un texte dénonçant le racisme.Du contenu de première importance est bloqué à cause de la limitation de ces logiciels eux-même.Est-ce acceptable ?L\u2019American Library Association (ALA) décrit aussi d\u2019autres problèmes liés aux logiciels de filtrage.Ainsi, le rôle des bibliothécaires est de conseiller et d\u2019assister les usagers dans leurs recherches.Ils n\u2019ont pas à assumer un droit et une responsabilité uniquement dévolus aux parents, c\u2019est-à-dire décider ce que leur enfant peut voir ou non.Il n\u2019entre pas dans les responsabilités du bibliothécaire de surveiller ce que lisent les enfants au sein d\u2019une bibliothèque.Le temps des index est révolu.Et T ALA pousse le raisonnement plus loin, en ARGUS/ Vol.31, n 2, Automne 2002 9 montrant que l\u2019utilisation des logiciels de filtrage dans les bibliothèques crée un contrat implicite entre la bibliothèque et les parents, selon lequel les enfants n\u2019accèderont pas à des contenus à caractère tendancieux.Et c\u2019est un contrat, conclue l\u2019ALA, que les bibliothèques ne sont pas en mesure de respecter en raison des limitations techniques des logiciels de filtrage.Des études sont réalisées régulièrement pour évaluer l\u2019efficacité des logiciels de filtrage.Et les résultats sont inquiétants.En 2001 par exemple, le projet NetProtect a évalué 50 systèmes de filtrage (10 logiciels les plus populaires et 40 outils).11 a conclu qu\u2019ils bloquent des sites inoffensifs, et que sur 10 logiciels de filtrage, aucun ne possédait toutes les qualités auxquelles l\u2019on peut attendre, c\u2019est-à-dire l\u2019efficacité, la capacité de configuration, la transparence et la simplicité d\u2019usage.Au niveau du blocage des contenus dangereux, on est bien loin des 100% d\u2019efficacité.Par exemple, le célèbre logiciel C YBERSitter a intercepté 46% de sites dangereux et Cyber Snoop 65%.Cette étude met en lumière le gros problème des logiciels de filtrage : le blocage de sites inoffensifs.Ces derniers sont bloqués car ils contiennent des éléments (mots clés, URL) utilisés pour bloquer des sites dangereux, bien qu\u2019ils les utilisent dans un contexte différent.D\u2019autres organismes surveillent les systèmes de filtrage et évaluent leur efficacité.Par exemple, le site The Free Expression Project a publié le rapport du National Coalition Against Censorship, qui a évalué en 2001 19 logiciels parmi les plus populaires.Son bilan n\u2019est pas plus positif que celui de NetProtect.Il présente une liste de sites bloqués en 2001.On apprend notamment que le logiciel CyberPatrol bloquait une partie du site de la ville d\u2019Hiroshima et des sites sur le peintre Vincent Van Gogh.Le logiciel C YBERsitter bloquait tous les sites de gais et lesbiennes ainsi qu\u2019une partie du site d\u2019Amnistie Internationale.Et, fait étrange, quatre des logiciels les plus populaires, BESS, SurfWatch, CYBERsitter et Net Nanny bloquaient le site du National Coalition Against Censorship, qui combat entre autres la censure sur Internet.Enfin, un dernier exemple édifiant, le logiciel SafeSurf bloquait la déclaration d\u2019indépendance des États-Unis et l\u2019ensemble des pièces de Shakespeare, des contenus hautement dangereux (!).Conclusion Le filtrage de l\u2019information est nécessaire sur Internet à cause de la somme immense d\u2019information disponible.Les professionnels spécialisés en veille et en recherche de l\u2019information en savent quelque chose.Les filtres peuvent donc être utiles pour trier l\u2019information et sélectionner ce dont on a besoin.Mais ont-ils pour autant leur place dans une bibliothèque publique ?On fait un parallèle entre le choix d\u2019acheter ou non un livre dans une bibliothèque et le fait de filtrer le contenu sur l\u2019Internet.Mais ce n\u2019est pas la même chose.C\u2019est le logiciel qui choisit ce qu\u2019il bloque, pas le bibliothécaire.Ce dernier peut définir quelques paramètres, par exemple choisir des catégories de sites à bloquer, mais il n\u2019a pas ou peu de contrôle sur les listes qui sont créées.C\u2019est l\u2019éditeur du logiciel, sans expérience en sciences de l\u2019information, qui choisit ce que l\u2019on bloque ou non.C\u2019est donc son point de vue qui compte pour la sélection de l\u2019information, pas celui du bibliothécaire.Alors, si les sites interdits le sont pour de mauvaises raisons, une bibliothèque doit-elle l\u2019accepter ?Certains argueront que si les usagers veulent consulter les sites interdits, ils n\u2019ont qu\u2019à le faire de chez eux ou d\u2019un cybercafé.Mais les bibliothèques sont pour beaucoup de personnes le moyen d\u2019avoir accès gratuitement à l\u2019Internet, moyen sans lequel ils ne le pourraient pas.Il y a bien sûr des centres d\u2019accès communautaire à Internet, mais ils ne sont pas forcément très connus.On pourrait plutôt comparer le fait de choisir d\u2019acheter un livre à la mise à la disposition des usagers de listes d\u2019adresses URL sous forme de bookmarks (ou favoris) ou sur le site Web de la bibliothèque.Dans ce cas, le bibliothécaire a choisi les adresses URL et fait son travail de professionnel de l\u2019information en sélectionnant des sources qu\u2019il juge pertinentes et fiables pour ses usagers.N\u2019oublions pas que le bibliothécaire est un médiateur entre l\u2019information et les usagers.Une de ses principales tâches est de les orienter et de mettre à leur disposition une documentation exhaustive.Une bibliothèque doit être un lieu de savoir et d\u2019ouverture, pas un lieu d'interdiction et de fermeture.La solution au problème de l\u2019accès à l\u2019information sur l\u2019Internet réside dans l\u2019éducation de l\u2019équipe de la bibliothèque et des usagers, dans l\u2019établissement de politiques d\u2019utilisation de l\u2019Internet au sein de la bibliothèque, dans des séances de formation et de sensibilisation des usagers, et notamment les parents, aux ressources disponibles sur l\u2019Internet, aux limitations des logiciels de filtrage et à la sécurité des enfants.De plus, de petits trucs tout simples peuvent aider à éviter les abus, par exemple installer les postes d\u2019accès de manière à ce que le ou la bibliothécaire à la référence voie l\u2019écran; ou alors, si on juge que le public doit avoir accès à tout, des protège-écrans qui empêchent le public de voir en passant ce que regarde l\u2019internaute.Lors de la recherche pour la rédaction de cet article, je n\u2019ai pas trouvé beaucoup d\u2019informations sur la situation dans les bibliothèques publiques québécoises.Alors je lance un appel à nos lectrices et nos lecteurs.Écrivez-nous (comite_argus@yahoo, ca) pour nous faire part de votre expérience, pour nous dire si vous utilisez des logiciels de filtrage et pour nous communiquer vos commentaires.10 ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 Références American Library Association.CIPA Resources.Page consultée le 4 août 2002.Adresse URL : http://www.ala.org/cipa/ resources.html American Library Association.Libraries & the Internet Toolkit : Tips and Guidance for Managing and Communicating about the Internet.Page consultée le 3 août 2002.Adresse URL : http://www.ala.org/alaorg/oif/ intemettoolkit.html Archimbault, François.Étiquetage et filtrage : possibilités, dangers, et perspectives.Page consultée le 31 juillet 2002.Adresse URL : http:// www.iris.sgdg.org/documents/rapport-ce/ annexe6.html Bastian, Jeannette Allis.Filtering the Internet in American Public Libraries : Sliding Down the Slippery Slope.First Monday, vol.2 , no 10, 1997.Adresse URL: http://www.firstmonday.dk/issues/ issue2_10/bastian/ Beeson, Ann; Hansen, Chris; Steinhardt, Barry .Fahrenheit 451.2 : Is Cyberspace Burning ?: How Rating and Blocking Proposals May Torch Free Speech on the Internet.Page consultée le 5 août 2002.Adresse URL : http://www.aclu.org/ issues/cyber/buming.html EducWeb et AlterFocus inclus dans une «liste noire».Page consultée le 5 août 2002.Adresse URL : http:// www.educweb.org/AlterFocus/Dossiers/ Filtrage/index.htm FAQ - Frequently Asked Questions about Filtering and Censorware in Public Libraries : Section A - Filtering, Censorware and other schemes.Page consultée le 30 juillet 2002.Adresse URL : http ://www.nofil ters.org/faq/ section_a.html ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 Heins, Marjorie; Cho, Christina.Internet Filters : A Public Policy Report.Page consultée le 9 août 2002.Adresse URL : http://www.fepproject.org/issues/ filteringreports.html Hunter, Christopher D.Filtering the Future ?: Software Filters, Porn, PICS, and the Internet Content Conundrum.Page consultée le 9 août 2002.Adresse URL : http://www.ala.org/alaorg/oif/ hunterchap3.html National Coalition Against Censorship : http ://ww w.ncac.org / Net Protect : http://www.net-protect.org/ en/default.htm The Internet Filter Assessment Project.The Internet Filter Assessment Project : A Talking Paper on Internet Filters.Page consultée le 5 août 2002.Adresse URL : http://www.bluehighways.com/tifap/ talker.htm World Wide Web Consortium.Platform for Internet Content Selection (PICS).Page consultée le 30 juillet 2002.Adresse URL : http://www.w3.org/PICS/ Notes 1\tCf.l\u2019article de C.Bernier à propos du Children\u2019s Internet Protection Act.2\tSelon l\u2019Office de la langue française, c\u2019est « l\u2019ordinateur qui, dans un réseau, fournit aux utilisateurs finals divers services (programme, accès à des bases de données) et gère les commandes d\u2019accès au réseau.» Et « On appelle parfois ordinateur hôte, l\u2019ordinateur central qui fournit à un ensemble de terminaux les informations dont ils ont besoin.» 3\twww.educweb.com 4\twww.alterfocus.com 5\tC\u2019est-à-dire sur l\u2019ordinateur où P utilisateur fait sa demande.6\tC\u2019est-à-dire sur l'ordinateur hôte où s\u2019exécute les logiciels et auquel est relié l\u2019ordinateur de l\u2019usager.7\t« Logiciel de sécurité servant d\u2019intermédiaire entre le navigateur d\u2019un internaute utilisant un réseau local protégé par un coupe-feu, et le serveur Web qu\u2019il veut consulter, permettant ainsi à des données de sortir du réseau local et d\u2019y entrer, sans mettre en danger la sécurité du réseau.», Office de la langue française.8\t« Aptitude que possèdent des ensembles informatiques hétérogènes de fonctionner conjointement et de donner accès à leurs ressources de façon réciproque.», Office de la langue française.Vous avez envie de réagir après la lecture d\u2019un article de la revue?La rubrique « Boîte aux lettres » est conçue spécialement pour vous.Toute personne désireuse d\u2019apporter son point de vue, ses réflexions ou ses commentaires peut les expédier par courrier, au 307, Sainte-Catherine ouest, bureau 320, Montréal (Québec), H2X 2A3, par télécopie : (514) 845-1618 ou par courriel : info@cbpq.qc.ca, à l\u2019intention du Comité de rédaction, au secrétariat de la CBPQ. Lire*- décrypter la complexité du monde c\u2019est vivre Lir©c>est comprendre l\u2019autre Culture et Communications e I\tES lui Quebec es es Recherche, Science et Technologie ,\u2014\\\t> 1 ES ES Québec es es i Société pour la promotion de la science et de la technologie la science se livre Une initiative pour le développement durable de la lecture et de l\u2019animation scientifique dans les réseaux publics du livre Les Innovateurs à l\u2019école et à la bibliothèque Lire pour comprendre et le livre documentaire La science pour les poètes Science et contes Les Prix de la Science se Livre 2002 L\u2019image des scientifiques dans les romans québécois pour la jeunesse Pour en savoir plus : www.spst.org 417, rue Saint-Pierre, bureau 808 Montréal (Québec) H2Y 2M4 Tél.: (514) 844-5501 Téléc: (514) 844-5504 Dossier censure et bibliothèques Charles Montpetit, Comité sur la liberté d\u2019expression, Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) cmontpetit@hotmail.com Catherine Bernier Bibliothécaire de référence Université de Montréal Catherine.bemier@umontreal.ca Le témoignage de Catherine Canazzi.ancienne responsable de la bibliothèque municipale d\u2019Orange, en France.Plusieurs événements récents nous ont convaincus d\u2019aborder le thème de la censure au sein des bibliothèques publiques.Il y a eu le cas de la bibliothèques municipale de Hull.Fin 2001, à la suite d\u2019une plainte d\u2019une citoyenne dénonçant le « contenu pornographique » de certaines bandes dessinées, le conseil municipal a voté une résolution selon laquelle les bandes dessinées pour public averti seraient conservées à la bibliothèque centrale dans une section fermée.Seuls les employés devraient y avoir accès et les bandes dessinées seraient soumises à un examen interne.Il y a eu ensuite le jugement de la Cour Suprême américaine donnant raison à F American Library Association (ALA) contre le gouvernement fédéral au sujet du filtrage dans les bibliothèques publiques.Le gouvernement ira en appel et, même avec cette victoire, la bataille du filtrage n\u2019est pas gagnée.Propos recueillis par Audrey Attia, conseillère en solutions documentaires Visard Solutions Inc.audattia@yahoo.ca La censure peut parfois être visible et facilement identifiable, mais elle est plus souvent cachée, voire acceptée en l\u2019absence de débat face à des décisions isolées, faites ou non sous la pression d\u2019éléments extérieurs.Nous verrons quelle est la situation de la censure au Canada et quelles pistes s\u2019offrent à nous pour réagir face à des demandes de censure.Nous allons également nous intéresser à la bataille de l\u2019ALA contre le gouvernement américain et, dans la chronique cyberthécaire (p.7), aux aspects techniques du filtrage.Enfin, Catherine Canazzi partage avec nous son expérience relative à une municipalité extrémiste et les moyens que cette dernière a utilisé pour imposer la censure dans la bibliothèque municipale.ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 13 EBSCO Bases de données sur Internet Par 1 intermédiaire d\u2019Internet, EBSCO/îo.s7 vous donne accès à de l\u2019information provenant du monde entier.Nos bases de données sont façonnées pour les chercheurs de tous niveaux et de toutes disciplines.Elles fournissent des textes complets, des index et des résumés de millions d\u2019articles.Des magazines, bien sûr, mais également des journaux, des livres de référence et des brochures.\u2022\tPlus de 70 bases sur différents sujets.\u2022\tMise-à-jour constante.\u2022\tRecherche plein texte.\u2022\tAccès illimité sur le campus (adresse IP) et hors campus (par mot de passe).\u2022\tStatistiques d\u2019utilisation du produit (via EBSCCWmm).\u2022\tGraphiques, tableaux et photos.\u2022\tNote informant l\u2019usager si le titre est disponible en format papier à la bibliothèque.Parce qu\u2019EBSCO/tosf™ porte le nom d\u2019EBSCO, vous avez la garantie que vous recevrez le service de qualité auquel vous êtes habitué.EBSCO Canada Ltée, une équipe branchée pour un service performant! EBSCO CANADA.Ltée.Membres du groupe EBSCO Information Service.2, Boul Desaulniers, suite 660 \u2022 St-Lambert, Québec \u2022 J4P 1L2 (450) 672-5878 / 1-800-361-7322 Opinion / La censure et vous : ce que vous devez savoir Charles Montpetit, Comité sur la liberté d\u2019expression, Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) cmonlpetit @ hotmail .com Nous croyons généralement vivre dans un pays libre, où les échanges d\u2019idées constituent un droit fondamental pour l\u2019ensemble de la population.Nos bibliothèques publiques fournissent au public une grande variété de points de vue pour élargir ses horizons, et la prolifération des médias crée en nous une impression de surabondance permanente.Il nous est donc difficile de croire au rationnement de l\u2019information qui nous parvient.La réalité est pourtant tout autre.Si vous avez déjà tenté de commander une publication à l\u2019étranger par le biais d\u2019un catalogue, vous avez peut-être remarqué une petite note en marge du bon de commande : « À notre clientèle canadienne : nous n\u2019assumons aucune responsabilité pour les confiscations aux Douanes.» Le Canada est en effet reconnu comme l\u2019un des pays industrialisés les plus répressifs en matière de liberté d\u2019expression.Non seulement nos canaux de diffusion sont de plus en plus regroupés sous la houlette d\u2019une poignée d\u2019entreprises, non seulement la dissentiment est de moins en moins toléré par nos forces de l\u2019ordre, mais le gouvernement ne se gêne pas pour contrôler nos lectures par le biais de lois formelles.Tout cela finit par avoir un effet catastrophique quant à la disponibilité de bien des documents sur les rayons.Mais commençons par le début.La censure canadienne est régie par quatre principaux documents : - Le Code criminel (1959) : Interdit la publication ou la distribution de matériel obscène, c\u2019est-à-dire celui dont une caractéristique dominante est l\u2019exploitation indue de la sexualité.Ce qui est « indu » n\u2019est pas précisé.Personne ne peut prétendre ignorer qu\u2019un objet était obscène.L\u2019intention des individus accusés n\u2019est pas pertinente.-\tLa circulaire D9-1-1 (1985) : Énumère ce qui peut être interdit à la frontière, entre autres pour obscénité ou dégradation.Cela va des « descriptions du sang menstruel » jusqu\u2019au « sexe avec violence » (même lorsque ladite violence est consensuelle ou minime \u2014 une fessée, par exemple).La dégradation n\u2019est pas définie.-\tLa décision Butler en Cour suprême (1992) : Juge obscène toute exploitation sexuelle violente, dégradante ou déshumanisante, qui pourrait nuire à autrui selon une communauté donnée.On peut se défendre en invoquant le mérite éducatif ou artistique d\u2019une œuvre, mais il faut le prouver en Cour, après une arrestation ou une saisie.-\tLa loi sur la pornographie juvénile (1993) : Interdit toute représentation sexuelle avant 18 ans \u2014 même si l\u2019âge du consentement est fixé à 14 ans, et la moyenne des premiers ébats, à 15,5 ans.Criminalise la simple possession de matériel.Peut s\u2019appliquer à un baiser et entraîner dix ans de prison (parfois plus qu\u2019un viol).Ces directives sont généralement appliquées par : -\tLes Douanes : Effectuent des saisies sans mandat, le personnel interprétant la loi à son gré, sans rendre de comptes à quiconque.En 2000, la Cour suprême les oblige à justifier leurs saisies en 30 jours (faute de quoi l\u2019importation est permise), mais cela ne se produit que si les destinataires portent ces saisies en appel.-\tLa police : Ne peut faire de descente sans mandat, mais dispose d\u2019une grande latitude pour déterminer ce qui est légal, souvent à la suite d\u2019une seule plainte.Ainsi, selon l\u2019escouade de la moralité ontarienne, le jugement Butler ne permettrait une scène de sexualité explicite que s\u2019il y a un scénario, du romantisme et aucun gros plan.-\tLes régies provinciales du cinéma : Peuvent saisir un film, y exiger des coupures ou l\u2019interdire même s\u2019il respecte le Code criminel (par contre, son approbation ne protège pas le film d\u2019une accusation d\u2019obscénité).Entre autres, le Motion Picture Act (BC) exige que la régie interdise toute scène de sexualité avec violence ou ligotage.-\tLe Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes : Interdit les propos grossiers ou obscènes en ondes.Quand une plainte est émise, il peut intenter une poursuite ou révoquer le permis de diffusion.Cela se produit rarement mais le risque d\u2019avoir à fermer boutique incite les entreprises à la prudence.-\tLes organismes subventionnaires : Peuvent refuser des fonds pour un motif légitime, mais les retirent parfois pour une raison politique.En 1994, par exemple, le gouvernement albertain a exigé que sa Foundation of the Arts veille à ce que les œuvres financées « ne choquent pas la susceptibilité ou les normes communautaires ».Un tel climat encourage la censure à d\u2019autres paliers.Ce peut être : -\tUn groupe de pression qui fait restreindre l\u2019accès à des œuvres (les 180 bandes dessinées mises à P écart à Hull en 2001) ; ARGUS/Vol.31, ri 2, Automne 2002 15 -\tUne librairie harcelée, vandalisée ou menacée à cause de certains titres (F Androgyne, qui a dû fermer en 2002) ; -\tUne œuvre altérée sans l\u2019accord de l\u2019auteure (l\u2019abécédaire De l\u2019ange au zèbre, censuré parTisseyre en 1991) ; -\tUn catalogue qui identifie tout produit controversé (le Répertoire de la Tournée des écrivains, diffusé en 1996) ; -\tUn centre culturel qui exige l\u2019épuration d\u2019une animation (l\u2019artiste Sylvie Rancourt, bannie à La Sarre en 1996) ; -\tUne chaîne d\u2019état qui annule la diffusion d\u2019une émission (Bad Girl mis sur la glace à Télé-Québec en 2001 ) ; -\tToute punition liée à un récit fictif (le jeune auteur d\u2019une composition suspendu à l\u2019école Dalbé-Viau en 2001 ) ; -\tTout individu qui tente d\u2019en faire taire un autre par la force (l\u2019attentat contre le reporter Michel Auger en 2000).Les incidents sont si fréquents que l\u2019UNEQ en a récemment répertorié près de 300 dans le document Liberté d\u2019expression : Guide d\u2019utilisation'.377 ans d\u2019interdictions La censure n\u2019est pas un phénomène récent chez nous.Un échantillonnage historique suffit à le démontrer : 1625 - Premier cas de censure passé à l\u2019histoire : le pamphlet anonyme L\u2019Anti-Coton (contre le Jésuite Pierre Coton) est « brûlé par la main du bourreau » quatre mois après l\u2019arrivée des Jésuites en Nouvelle-France.1685 - Mgr de Saint-Vallier décrète que les pièces de théâtre humoristiques « ne sont pas seulement dangereuses, mais qu\u2019elles sont absolument mauvaises et criminelles, et qu\u2019on ne peut y assister sans péché » .1779 - Outré par les idées voltairiennes de La Gazette littéraire, le Sulpicien Étienne Montgolfier se plaint auprès du gouverneur Haldimand, qui saisit le journal et emprisonne les éditeurs.1810 - Quand le journal Le Canadien prend la défense des francophones, le gouverneur James Craig fait saisir la presse et arrêter les rédacteurs pour sédition.Le Canadien ne reparaît qu\u2019en 1817.1827 - Ludger Duvernay est trois fois emprisonné à cause de textes publiés dans La Minen>e et doit s\u2019enfuir aux États-Unis lorsque le gouverneur en interdit la publication en 1837.Duvernay la relancera après cinq ans d\u2019exil.1914 - Première Guerre Mondiale : le premier ministre Borden fait adopter une Loi sur les mesures de guerre qui le laisse définir ses pouvoirs et permet censure, arrestations et saisies.La loi n\u2019est pas abrogée en 1918.1926 - Une centaine d\u2019enfants ayant péri dans l\u2019incendie du cinéma Laurier Palace, les salles québécoises sont interdites aux moins de 16 ans, et ce, jusqu\u2019à la sortie de Blanche-Neige et les sept nains en 1937.1931-36 - Le Bureau de censure du cinéma interdit près de 100 films français, dont Madame Bovary de Jean Renoir, Lucrèce Borgia d\u2019Abel Gance et Le nouveau testament de Sacha Guitry.1938\t- Maurice Duplessis fait voter la loi dite « du cadenas », qui autorise la police à sceller tout local où l\u2019on produit de la propagande prétendument communiste.La loi est déclarée ultra vires en 1957.1939\t- Deuxième Guerre Mondiale : Mackenzie King ressuscite la Loi sur les mesures de guerre, fait emprisonner 20 000 personnes d\u2019ascendance japonaise et interdit les Témoins de Jéhovah, qui s\u2019opposent à la guerre.1949 - Au Québec, une nouvelle loi contre « les histoires illustrées de crime » permet d\u2019arrêter les vendeurs de Batman et Wonder Woman, entre autres parce qu\u2019ils encourageraient l\u2019homosexualité.1955 - Le Bureau de censure ampute d\u2019une demi-heure chacun des films que Claude Autant-Lara tire des livres Le rouge et le noir et Le blé en herbe.Dans le second cas, il est aussi exigé qu\u2019on taise le nom de Colette.1967 - Les Ballet africains de Guinée, applaudis à Calgary, Winnipeg, Toronto, Ottawa, Kitchener, Québec et Sherbrooke, sont jugés immoraux à Montréal à cause des seins nus des danseuses.L\u2019impresaria est innocentée en 1968.1970 - Pierre-E.Trudeau invoque la Loi des mesures de guerre pour tenir tête au Front de libération du Québec : les autorités tentent d\u2019empêcher les médias de citer les communiqués du groupe.1972 - L\u2019Association des bibliothèques canadiennes crée un fonds de défense quand l\u2019Église de la scientologie poursuit des bibliothèques qui refusent de se départir des ouvrages critiquant cette « religion ».rA NUDE.OANCER XàM :t»i »: m »,d i :« 3 ;1 /I J É w,iir Melody, de Boivin et Rancourt : un de nos rares bestsellers, cette BD est interdite par les Douanes, saisie par la police et vaut à la scénariste d\u2019être évincée d'une maison de la culture.16 ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 1976 - L\u2019exposition Corridart, commandée par Montréal pour parer la rue Sherbrooke lors des Jeux olympiques, est qualifiée de « pollution visuelle » et démontée de nuit, trois jours avant la cérémonie d\u2019ouverture.1982 - Le ministre de la Justice Jean Chrétien propose de punir la représentation visuelle de tout-e mineur-e dont la conduite est « sexuellement explicite ».Il retire le projet quand le député Hnatyshyn le tourne en dérision.1987 - Ray Hnatyshyn dépose son propre projet de loi fédéral contre la pornographie, entre autres définie comme la représentation de rapports sexuels entre adultes consentant-es.Le projet meurt au feuilleton.1990\t- La librairie gaie Little Sister\u2019s de Vancouver et l\u2019Association des libertés civiles de la province déposent une plainte basée sur la Charte des droits contre la censure due aux Douanes.Suite en 1996.1991\t- Montréal adopte un règlement interdisant à tout commerce érotique « d\u2019exposer ou de maintenir à l\u2019extérieur [.] une image qui représente le corps humain ».La loi est jugée inconstitutionnelle en 1992.1992\t- Première saisie en vertu du jugement Butler contre la misogynie : la police torontoise accuse la librairie Glad Day de vendre la revue lesbienne Bad Attitude, qui traite de jeux érotiques entre adultes consentantes.1993\t- Les Douanes retiennent les colis que le grossiste Inland (États-Unis) envoie à 44 librairies universitaires, religieuses et pour enfants.Leurs porte-paroles affirment qu\u2019il s\u2019agit de « vérifications routinières ».1994\t- Un numéro des revues Elle et Wired est retiré des kiosques pour avoir enfreint le silence imposé aux médias quant au procès de Karla Homolka.Un juge va jusqu\u2019à interdire toute mention de l\u2019interdiction.1995\t- Lors de la Freedom to Read Week, les Douanes saisissent 55 titres destinés à la librairie montréalaise l\u2019Androgyne, même si certains sont en vente libre depuis des années.1996\t- Dans l\u2019affaire Little Sister\u2019s ( 1990), la Cour estime que les Douanes ont mal appliqué la loi, mais elle ne l\u2019abroge pas.Les saisies continuent et la librairie porte le jugement en appel.Suite en 2000.1997\t- Le conseil scolaire de Surrey (C.-B.) interdit dans ses écoles tout livre traitant d\u2019homosexualité.La décision sera contestée jusqu\u2019en Cour suprême en 2002.Coût total des procès : plus d\u2019un million.1998\t- Des députés s\u2019opposent à ce que la Canadian Free Speech League loue une salle de la bibliothèque de Victoria pour y tenir des discours racistes.Le personnel juge toutefois que la ligue a les mêmes droits qu\u2019autrui.1999\t- Pendant des mois, des centaines de volumes traitant de sujets gais sont endommagés et cachés dans une librairie Chapters de Calgary.Les livres retrouvés sont exposés sous verre.2000\t- Little Sister\u2019s ( 1996) est entendue en Cour suprême.La Cour reconnaît le tort des Douanes mais n\u2019abroge pas la loi.Les saisies perdurent et la librairie annonce qu\u2019elle intentera un nouveau procès.2001\t- La Cour suprême autorise John R.Sharpe à créer de la fiction érotique juvénile pour son propre usage.Posséder l\u2019œuvre d\u2019autrui ou lui montrer ce qu\u2019on a inventé demeure toutefois un délit.2002\t- Après un procès qui a coûté des millions, le Tribunal canadien des Droits de la personne juge illégal le site Web du révisionniste Ernst Zundel (le site reste toutefois accessible via un serveur situé aux États-Unis).Les livres au pilori Comme c\u2019est le cas pour les viols, gardons-nous de croire que les victimes de censure ont mérité un tel sort et n\u2019avaient pas leur place sur les rayons en premier lieu.Bien au contraire, ce sont souvent les individus les plus avant-gardistes qui se font traîner dans la boue, la plupart du temps pour avoir créé des œuvres qui explorent les limites de la création au lieu de se cantonner en terrain connu et de ressasser des évidences.Des noms ?Aragon, Auf der Maur, Balzac, Bourgault, Bretécher, Burroughs, Chartrand, Colette, Diderot, Duras, Faulkner, Findley, Genêt, Gide, Godin, Goscinny, Gotlib, Hemingway, Hergé, Huxley, Jolin, Joyce, Julien, Kinsella, Mailer, Malraux, Marineau, Miron, Mœbius, Molière, Munsch, Oates, Péan, Proust, Quintin, Racine, Richler, Rushdie, .8 L* S I our sc rendre à Winnipeg, au carnaval des wapitis, rien de mieux que de filer à travers le pays à bord d'un wagon rouge et gris! On peut admirer les paysages.Ah! quel merveilleux voyage! De l\u2019ange au zèbre, de Leclercq et Gagnon : les éditions Pierre Tisseyre suppriment la rime « en buvant du whisky » sans en informer les auteures, laissant un espace vide dans le texte.17 ARGUS / Vol.31, n 2, Automne 2002 Salinger, Sartre, Sernine, Shakespeare, Soulières, Steinbeck, Straram.Thériault, Tibo, Twain, Vigneault, Vonnegut, Wilde, Zola.pour ne mentionner que quelques victimes \u2014 elles se chiffrent par centaines.Des titres ?L'amant de Lady Chatterley, la série Dragonball, la série Faubourg St-Rock, Les fées ont soif, la série Harry Potter, Histoire d\u2019O, Les hommes préfèrent les blondes, des albums Largo Winch, Les mille et une nuits, Nègres blancs d\u2019Amérique, Orange mécanique, la série Le petit Spirou, Peyton Place, Le salaire de la peur, Sa majesté des mouches, Le tambour, la série Titeuf des albums Le vagabond des limbes, Vol au dessus d\u2019un nid de coucou.pour ne citer qu\u2019un échantillon \u2014 un relevé exhaustif en compterait des milliers.Même si la liste est bien plus longue du côté anglophone, il serait erroné d\u2019y voir le signe d\u2019une mentalité moins ouverte qu\u2019au Québec.Si un nombre élevé d\u2019incidents a été répertorié dans les autres provinces, c\u2019est parce que celles-ci dénoncent ce genre de choses depuis plus longtemps que nous.En effet, cela fait plus de dix-huit ans que le Book and Periodical Council organise la Freedom to Read Week2, un événement anti-censure annuel à l\u2019échelle du pays, alors que le pendant québécois n\u2019existe que depuis quelques mois.Qui plus est, il faut admettre que la défense de la liberté d\u2019expression n\u2019est pas encore une tradition bien établie au Québec \u2014 nous avons plutôt tendance à concéder la partie dès qu\u2019une objection est émise : -\tEn Ontario, lorsque le conseil scolaire de Lanark a interdit à une école secondaire d\u2019inclure le recueil Different Seasons dans un choix de lectures proposé aux élèves des classes les plus avancées au secondaire, l\u2019éditeur et trois librairies ont réagi en distribuant 600 exemplaires gratuits dans la région pour démontrer son acceptabilité, et l\u2019opinion publique a promptement amené le conseil à réformer ses agissements.-\tAu Québec, quand un seul individu s\u2019est objecté au titre du monologue Nigger Black d\u2019Yvon Deschamps (un grand classique anti-raciste, réédité au profit d\u2019un organisme charitable en 1998), il n\u2019en a pas plus fallu pour que la Ligue des noirs du Québec monte l\u2019affaire en épingle à la rnK?QU'esr-ce> ûtue-r'eN .p157 , LACUÊZ.- aoï ou je.C(2a.in.c.monaci.defcn.4 d a quo Dj brïdid.ftr.q> ab cf>o Di; aVô.teneat q- nô pot abfolucre nitï y ocefano p qui biidicuoncj imdbgit.cb ercôicanone.p tiiiccnone numnî d n ean cura monilcn/ fm jjnno.in *n perfoai ecdcfullicaj.Zu tn rené 1 e i.ô fup.ne.prda.lMcc antevg fit bii cp pot.ut.f.abiolnno.i.^.u.3 diemo bj ercrecrcqucptrnn ad ci*- »Tdtp poilu plpibcf fuo môaebo: n officiuni Fm glo.m.d.cj.ûô limite' ne oflrratur epo cd du» pcmtàùrio ( Fm Houdu.i de.atrfdàeo.ô lta.1110.Jtpm 'Qa.dc lau.in fum.q- nô.£56 abbaa pllit foldwcrpplb h* oné oare.ft.q> in eecliio q d ationale du Québec mémoire Bibliothèque Grande www.bnquebec.ca Bibliothèque nationale Québec Service FirstSearch d\u2019OCL Des solutions pour le monde entier Le service FirstSearch d\u2019OCLC permet à vos usagers d\u2019accéder à un monde d'information tout en mettant i\u2019accent survotre propre collection.Grâce à des ressources sans pareil tel que WorldCat, améliorées par des fonctions de recherche et des options pouvant s\u2019adapter à vos besoins, le service FirstSearch rend la recherche d'information facile pourvos usagers et abordable pour votre bibliothèque.Avec un contenu canadien toujours en expansion, vos usagers ont non seulement accès aux exemplaires des bibliothèques canadiennes et de milliers de bibliothèques du monde entier mais aussi au texte intégral de plus de 9 ooo publications en série (notamment 3 400 revues électroniques), et, par-dessus tout, aux richesses de la collection de votre bibliothèque.www.odc.org/canada IrP conPlète Notice c mm $
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