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Titre :
Argus
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ),[1971]-2021
Contenu spécifique :
Printemps - Été
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
trois fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de nouvelles (Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec)
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Argus, 2010, Collections de BAnQ.

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[" PcLUi Pour une histoire des bibliothécaires québécois La bibliothèque 2.0 entre réalité et illusions Etat des milieux: les universités en vedette Virtualisation et délocalisation d\u2019une bibliothèque collégiale Professionnels de l\u2019information et numérisation du monde Entente modèle à Saint-Jean-sur-Richelieu La Bibliothèque numérique mondiale Érudit: des milliers d\u2019articles en accès libre Encore une reunion ! Portrait de COBA Bibliothèque Les oiseaux de bibliothèques apprivoisent Twitter Le livre numérique verrouille Corporation\tCorporation des bibliothécaires of Professional professionnels\tLibrarians du Québec\tof Quebec PER ^RGUS BAnQ f La revue québécoise des professionnels de l\u2019information documentaire voltage: WorldCat.org donne à votre bibliothèque plus de visibilité sur le Web.Il met en valeur votre matériel sur le plus grand réseau de bibliothèques au monde.Vos utilisateurs trouveront beaucoup plus \u2014 plus de matériel, plus de formats, plus d\u2019options de socialisation, plus de langues \u2014 dans votre bibliothèque, dans votre groupe et ailleurs.Voyez comment établir plus de connexions avec vos utilisateurs au www.worldcat.org.Établissez LUS de connexions ^\\WorldCat OC LC Les bibliothèques du monde, connectées Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec Corporation of Professional Librarians of Quebec [ sommaire 1 Rédaction Jean-François Barbe, rédacteur en chef Marie D.Martel, responsable de la section Tribune libre Frédéric Champoux, responsable de la section État des milieux Linda Patry et Aminata Keita, responsables de la section Comptes-rendus Traduction Brigitte Lafond Révision Véronique Parenteau Jean-François Barbe Page couverture Fig Communications figcom@sympatico.ca 3 le mot de présentation par Jean-François Barbe 5 tribune libre Le livre numérique verrouillé par Patrick M.Lozeau 7 Virtualisation et délocalisation d'une bibliothèque collégiale par Roger Charland 10 Pour une histoire des bibliothécaires québécois par Marcel Lajeunesse Graphisme Manon André manonand@videotron.ca 14 La Bibliothèque numérique mondiale par Isabelle Lorrain Impression CRL Imprimerie Publicité Rodica Demian (514) 845-3327 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0315-9930 Poste publication 40021801 Tirage 1000 exemplaires ARGUS est une revue publiée trois fois l'an par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (C.B.P.Q.) dont le siège social est situé au : 353, rue St-Nicolas, bureau 103, Montréal (Québec), H2Y 2P1 Téléphone : (514) 845-3327 Télécopieur : (514) 845-1618 info@cbpq.qc.ca 15\tUne entente modèle à Saint-Jean-sur-Richelieu par Guy Desjardins 16\tLa bibliothèque 2.0 entre réalité, illusions et nouvelles aspirations par Olivier Le Deuff 21 Les oiseaux de bibliothèques apprivoisent Twitter par Marie D.Martel 23 Les professionnels de l'information et la numérisation du monde par Jean-Philippe Accart 29\tEncore une réunion! par Stéphanie A.Grenier 30\tUn SIGB pour le secteur scolaire, COBA Bibliothèque par Richard Coveny Tous les textes publiés dans la revue expriment les points de vue et opinions des auteurs et n'engagent que ceux-ci.33 Érudit, des milliers d'articles en accès libre par Tanja Niemann et Émilie Paquin Abonnement annuel 33$ (Québec tarif individuel 12$ le numéro ) Québec institutionnel 40$ (15$ le numéro) Canada 48$ (17$ du numéro) États-Unis 48 $ US (17 $ US du numéro) Étranger 50$ US Étudiants 23$ Toute demande concernant les numéros manquants doit être envoyée au plus tard un mois après la date de parution au Secrétariat de la C.B.P.Q.Toute reproduction des articles, en totalité ou en partie, doit être autorisée par le Comité de rédaction.37 état des milieux Les universités en vedette par Frédéric Champoux Technologies et services techniques à l'UQO par Sylvie Gervais 41 Les services techniques à l'Université Concordia par Daniel Paradis Les articles de la revue sont indexés dans: \u2022\tPascal Thema.T 205, Sciences de l'information-documentation \u2022\tInformation Science Abstracts \u2022\tLibrary and Information Science Abstracts (LISA) \u2022\tLibrary Literature \u2022\tRepère 44 Traitement documentaire et gestion des systèmes à l'UQAR par Isabelle-Annie Lévesque et Denis Boisvert 47 comptes-rendus par Joachim Schôpfel et Dominique Lapierre [ 1 l Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] PPPKPP1 tROS LOT eco Consultez notre site www.librairiemonet.com nous réinventons la librairie Galeries Normandie \u2022 2752, de Salaberry, Montréal (Québec) H3M1L3 \u2022 Sortie 4 de l'autoroute 15 \u2022 514.337.4083 la Librairie Monet un salon des nouveautés mensuel, des espaces de travail, des libraires d\u2019expérience et un service personnalisé.Un service aux institutions qui s\u2019adapte à vos besoins! photo Denis Bernier [ le mot de présentation 1 Jean-François Barbe ' Ji\trédacteur en chef Oui, l'aventure a été belle Est-il possible de trouver des bibliothèques encore plus dégarnies que celles que l\u2019on trouve dans le milieu scolaire?Oui, c\u2019est possible.C\u2019est ce que montre en nos pages Roger Charland.Lisez-le bien.Car que dit Roger Charland?Que le pouvoir d\u2019achat de sa bibliothèque collégiale équivaut à 600 livres par année ou à 0,4 livre par étudiant.Oui, 0,4 livre par année, par étudiant.Mais il est vrai que cette bibliothèque se situe hors des yeux et de la vue des faiseurs d\u2019opinions qui habitent les beaux quartiers de Montréal et de sa banlieue! Cette situation est proprement scandaleuse, car elle met en péril l\u2019avenir de nos jeunes qui n\u2019ont pas tous la possibilité de s\u2019approvisionner à la Grande Bibliothèque.Après quatre ans à la barre d\u2019Argus, il est maintenant temps de tirer ma révérence.Marie D.Martel et Vincent Chapdelaine, tous deux de la Ville de Montréal, prendront le relais à compter du numéro d\u2019automne.Ils donneront alors une autre dimension à cette revue que j\u2019ai beaucoup aimée.Je tiens à remercier, du fond du cœur, les collaborateurs et les artisans de la première heure, soit les Guy Desjardins, Dominique Lapierre, Olivier Le Deuff, Isabelle Lorrain et Denis Thibault, ainsi que les Frédéric Champoux, Richard Coveney, Stéphanie A.Grenier, Marie D.Martel et Tristan Müller qui se sont joints, un peu plus tard, à cette solide équipe.Avoir contribué à l\u2019expression de ces talents a constitué ma plus grande source de satisfaction.Un merci tout particulier à Véronique Parenteau, ma complice de plus de dix ans en édition.Merci à Linda Patry et à Aminata Keita, responsables de la section des comptes-rendus.Merci à Mance Lanctôt qui a imaginé de belles, de si belles couvertures.Merci à Manon André qui a accompli avec style la refonte graphique de la revue.Au final, je crois que notre équipe aura réussi à enrichir la mémoire du monde québécois de la documentation ainsi qu\u2019à mieux mettre en évidence notre milieu, ses rêves et ses idéaux.Ce qui est la mission même d\u2019Argus, comme l\u2019a si bien dit Gaston Bemier dans le livre Bibliothécaire : passeur de savoirs (Carte Blanche, 2009).Oui, nous avons réussi.lia *ï iLUinuiîn Mitai \u2022 la VStffL.: 310-,;:! im: sin Eiasms iMBlBL tmmtL* i üï\" * i l&Tr \u201cUBfe , i:r.v ~ Source : www.ahmetertug.com Et l\u2019aventure a été belle.Oh oui! Elle a été belle.Merci, merci à vous, mes chers camarades.Finalement, mes salutations aux enfants de l\u2019Ecole du Phare qui ont créé de très jolies cartes \u2014 dont certaines ont été reproduites dans ces pages! \u2014 afin de financer une bibliothèque scolaire qui n\u2019avait de « bibliothèque » que le nom.Tant que cela durera, chers lecteurs, tant qu\u2019un jeune de 16 à 25 ans sur trois sera incapable de lire un texte comme celui-ci, tant qu\u2019un garçon sur trois décrochera du système scolaire, ayons la rage au cœur.Et refusons l\u2019endormissement, la complaisance et l\u2019insignifiance.Vivement, retroussons-nous les manches.De grands chantiers sont devant nous.Au Québec, terre d\u2019un peuple corseté de toutes parts mais toujours capable de grandes choses.Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [3] www.bibhomondo.com DSI Entrepôts de données CAP Géolocalisation 3D Méta recherche Portails Libre-service SIGB Gestion de postes publics GED Vivez l'innovation ! [ tribune libre 1 Patrick M.Lozeau pmlozeau@gmail.com Le livre numérique verrouillé Premier dimanche du printemps, je me trouve dans la situation appréciée de tout bibliophile : je dois choisir le prochain bouquin que je vais lire.J\u2019ai soudainement souvenir d\u2019avoir téléchargé un livre numérique le mois précédent.En fait, la maison d\u2019édition l\u2019offrait gratuitement pendant une campagne promotionnelle et j\u2019ai découvert son existence grâce à un contact sur le réseau social Twitter.Cela tombe bien, car, depuis le téléchargement du livre, je me suis procuré une liseuse, un de ces appareils utilisant l\u2019encre électronique, dédié à la lecture de livres numériques.L\u2019ironie, c\u2019est que je l\u2019ai acheté sur un site web de petites annonces qui contribue au déclin des revenus des journaux papier.Je sais parfaitement que la technologie de ces appareils n\u2019est pas à pleine maturité et qu\u2019il y aura beaucoup d\u2019améliorations dans les mois à venir, mais je veux expérimenter de mes propres mains cette lecture mobile en format numérique.Je raccorde ma liseuse à mon ordinateur et tente de transférer le fichier téléchargé sur mon nouveau gadget.Pour accomplir la tâche, j\u2019utilise le logiciel de gestion de livres numériques Calibre, mais j\u2019échoue, car celui-ci n\u2019est pas en mesure d\u2019ouvrir ou de transférer le fichier.Je me tourne par la suite vers le logiciel recommandé à la fois par la maison d\u2019édition et l\u2019entreprise qui a produit ma liseuse, Adobe Digital Editions.Je joue de malchance, un message m\u2019informe que je ne possède pas les autorisations pour y transférer le fichier.Évidemment, je n\u2019ai aucun moyen d\u2019obtenir de l\u2019aide pour corriger la situation.Frustré de mon expérience utilisateur, je me défoule avec un message de 140 caractères sur Twitter et je quitte mon appartement avec un livre en format papier.Aucune chance qu\u2019on m\u2019interdise la lecture de celui-ci et, dans le pire des cas, on me fera payer des frais de retard pour ne pas l\u2019avoir retourné dans les délais prescrits par ma bibliothèque.Le lendemain, j\u2019ai souvenir qu\u2019au moment de télécharger le fichier la maison d\u2019édition m\u2019a forcé à installer le logiciel d\u2019Adobe de façon à télécharger et à ouvrir ce livre numérique.Je me rends compte qu\u2019au moment de télécharger le fichier, je n\u2019ai pas créé d\u2019identifiant personnel nommé Adobe ID et que c\u2019est la raison pour laquelle le logiciel refuse d\u2019ajouter le fichier sur ma liseuse.Les technologies de gestion des droits numériques sont-elles nuisibles?Qu\u2019est-ce qui peut bien s\u2019être passé pour qu\u2019une situation pareille survienne?La vérité?Je suis une autre de ces personnes honnêtes qui ont subi les effets secondaires des technologies DRM.Les technologies de gestion des droits numériques, mieux connues sous l\u2019acronyme anglophone DRM pour Digital Rights Management, sont notamment nées pour empêcher la copie et la distribution illégale de fichiers numériques.Les DRM ajoutent un verrou virtuel sur les fichiers sonores, vidéos et textes en leur attribuant les caractéristiques d\u2019un objet physique.Pour ouvrir ces fichiers verrouillés, il faut utiliser des logiciels et des appareils spécialement sélectionnés par l\u2019entreprise qui impose les DRM.Les entreprises culturelles affirment ainsi protéger le droit d\u2019auteur et la perte de revenus que le partage, la copie et le piratage engendrent selon eux.Le livre numérique n\u2019échappe pas à cette stratégie.De leur côté, les détracteurs des technologies de DRM mettent de l\u2019avant que les DRM nuisent aux utilisateurs légitimes et respectueux du droit d\u2019auteur plutôt que de contrecarrer la distribution illégale de fichiers.Un exemple de cette situation remonte à 2004 quand Sony Music distribuait un CD avec une technologie DRM qui installait un logiciel espion sur les ordinateurs où il était consulté.Un autre exemple plus récent est celui de la compagnie Ubisoft qui souhaite empêcher le piratage de ses jeux vidéo et qui force ses clients à maintenir un lien Internet constant avec ses serveurs pour avoir la simple possibilité de jouer à leurs jeux.La première fin de semaine d\u2019opération, le serveur d\u2019Ubisoft est devenu inaccessible, ce qui a provoqué une interruption d\u2019accès pour les utilisateurs.Une alternative possible au DRM est de favoriser une technique comme le tatouage numérique (aussi connu sous l\u2019appellation anglaise watermarking).Cette technologie identifie la propriété d\u2019un fichier en insérant une trace non intrusive sur le fichier au moment du téléchargement.On pourrait, par exemple, songer à une stratégie déjà proposée par certains éditeurs de livres numériques qui insèrent des informations personnelles de l\u2019utilisateur sur le document au téléchargement (nom, numéro de carte de crédit, etc.).Dans le contexte d\u2019une bibliothèque, ceci pourrait prendre forme par l\u2019ajout du nom de la bibliothèque, du nom de l\u2019usager, ainsi que son numéro de téléphone.De cette façon, un utilisateur qui souhaite partager illégalement un document y réfléchirait deux fois avant de l\u2019envoyer à une personne de son entourage.Peut-être même que l\u2019usager préférera lui suggérer de se procurer le document à la bibliothèque.Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [ 5 ] HH ¦ [ tribune libre 1 En acceptant d\u2019utiliser les technologies de DRM sur les ressources numériques en bibliothèque, nous devenons les entremetteurs d\u2019un mécanisme intrusif nuisible à l\u2019expérience d\u2019utilisation de nos institutions.Les usagers des bibliothèques risquent de blâmer la bibliothèque qui leur a fourni le fichier plutôt que le fournisseur qui nous a fait payer si cher les ressources électroniques.En effet, les usagers sont rarement en mesure d\u2019identifier la source véritable du problème qui se trouve brouillée entre les services de la bibliothèque et celui de nos fournisseurs.C\u2019est la réputation de la bibliothèque auprès des usagers qui en sera affectée, plutôt que l\u2019image du fournisseur.Revenons à mon histoire du début.Plus tard dans la journée de dimanche, un ami me suggère, par l\u2019entremise de Twitter, de faire une recherche sur les réseaux de piratage disponible sur Internet.J\u2019y ai jeté un coup d\u2019œil et je n\u2019ai pas trouvé le livre peu connu d\u2019une maison d\u2019édition universitaire américaine.Cependant, j\u2019ai découvert un blogue qui m\u2019expliquait comment retirer les DRM des fichiers de livres numériques.Je l\u2019ai testé et ça fonctionne.Voyez, plutôt que de protéger le droit d\u2019auteur, les DRM ont enrichi mon aversion de cette technologie nuisible à la diffusion de la culture et m\u2019ont amené à développer mes compétences informatiques pour mieux les utiliser contre les DRM que je rencontrerai à l\u2019avenir.Patrick Lozeau est conseiller en communication web au Bureau des communications et des relations publiques de l'Université de Montréal.Il a enseigné le cours Gestion des technologies en bibliothèque à l'EBSI pendant la session d'hiver 2010.En savoir plus : http://pmlozeau.ca.Vous avez envie d'écrire pour Argus?Vous désirez partager vos expériences?Creuser vos interrogations?Faire part de vos lectures?Nous mettre sur une bonne piste?Contactez-nous à l'adresse into@cbpq.qc.ca Solutions de rangement Z PRISmA 1-888-248-4030 Agent distributeur exclusif des produits MONTEL -\tSpécialiste en rayonnages de bibliothèques -\tVaste choix d\u2019accessoires facilitant le classe- -\tChariot à livres (métal ou bois) -\tPrésentoir à nouveautés ou périodiques -\tMobilier sur mesure -\tPanneaux et dessus finis bois pour vos étagères existantes ou neuves -\tService de déménagement et installation des étagères existantes ou * neuves NOUVEAU! Mobiliers pour enfants JonTi Craff For leornmg, for a lifetime: [ ARGUS J Vol.39f n° 1, printemps-ete 2010 Virtualisation et délocalisation d'une bibliothèque collégiale Roger Charland charro1010@gmail.com Exposition des motifs et des modalités de la mise en place d'une bibliothèque virtuelle au Cégep Beauce-Appalaches de Saint-Georges de Beauce.Trois moments sont saisis comme une image fixe dans le temps : la réalité d'une bibliothèque traditionnelle en 2008, le plan de développement et un bilan temporaire des changements apportés à cette bibliothèque.Virtualization and delocalization of a college library Presentation of the establishment of a virtual library at Cégep Beauce-Appalaches in Saint-Georges de Beauce.Three aspects : the reality of a traditional library in 2008; the development plan; and a preliminary assessment of changes that occurred in this library.« L\u2019éternité n \u2019est guère plus longue que la vie.» René Char, Feuillets d\u2019Hypnos En août 2008, la bibliothèque du Cégep Beauce-Appalaches se caractérisait par deux éléments importants.Le premier, la nécessité de répondre à une clientèle répartie dans trois centres distincts : Saint-Georges (1 200 étudiants), Ville de Lac Mégantic (150 étudiants) et le CIMIC (100 étudiants).Le second, l\u2019absence d\u2019une vue d\u2019ensemble d\u2019un service de bibliothèque.Historiquement, aucun bibliothécaire n\u2019avait vraiment occupé le poste de spécialiste en moyen et technique d\u2019enseignement, sauf récemment pour une période de huit mois.Malgré tout, la bibliothèque avait suivi le mouvement d\u2019achats de banques de données en ligne, de modernisation de bases de données bibliographiques et de mise en place de collections de documents selon les demandes de la clientèle.Cela se faisait toutefois sans politique de développement de collection et sans véritablement s\u2019appuyer sur les besoins des enseignants et des étudiants.Mais surtout, il manquait à cette collection une structure de diffusion à distance et un accès simple et protégé via Internet.Cette situation n\u2019est pas unique à ce cégep.Elle est en effet vécue par plusieurs établissements collégiaux, même par des collèges de grande taille.Chaque ordre d\u2019enseignement connaît un niveau spécifique d\u2019accès au savoir et l\u2019utilisation des moyens technologiques est hors du contrôle des acteurs des bibliothèques.Une situation connue des ordres d\u2019enseignement primaire et secondaire.La faiblesse des bibliothèques de ce secteur implique qu\u2019à l\u2019entrée au collégial, les étudiants des régions n\u2019ont à peu près jamais eu accès à une bibliothèque digne de ce nom et ne connaissent rien de son fonctionnement1.Malgré quelques efforts des dernières années de la part du ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), le retard demeure.Et dans certaines régions, il est criant.La situation de la collection était la suivante.TABLEAU 1 Livres et périodiques \tImprimé - physique\tÉlectronique-virtuel Périodiques\t100\t Base de données commerciales\t\t4 000 Open Accès (DOAJ; Revues, org; etc.)\t\t10 000 et plus Livres\t45 000\t \t\t60 Films documentaires - fictions Vidéos\t800\t DVD\t200\t À distance (ONF)\t\t900 Aucune de ces banques de données n\u2019était accessible à l\u2019extérieur du Cégep.Seul le catalogue de la bibliothèque l\u2019était.Enfin, le logiciel Regard de la GRICS venait d\u2019être retenu comme système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB).Il Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [7] s\u2019agit davantage d\u2019une base de données de titres que d\u2019un véritable SIGB.Plan de développement Trois éléments ont été décisifs dans la mise en place d\u2019un plan de développement.\u2022\tLa situation de délocalisation du Cégep Beauce-Appalaches; \u2022\tUne capacité budgétaire limitée telle qu\u2019en connaissent les bibliothèques de cégeps.Délocalisation du Cégep Cette réalité oblige la bibliothèque à couvrir à distance les besoins d\u2019une clientèle ayant les mêmes besoins d\u2019information.Ainsi, bien que la majorité des enseignants et des étudiants mènent leurs activités à l\u2019ancien séminaire de Saint-Georges de Beauce, deux autres lieux sont à desservir de manière permanente, soit le Centre collégial de Lac-Mégantic (CECLM) et le CIMIC3.Si les besoins du CECLM sont en partie identiques à ceux de Saint-Georges, la situation est un peu différente pour le CIMIC.Au CIMIC, il faut répondre aux besoins d\u2019une clientèle rattachée à trois programmes techniques : technologie du génie civil, technologie du génie industriel et gestion de projet en communications graphiques.La clientèle est partagée géographiquement.La bibliothèque n'achète que 602 livres par année.Dans la mouvance de plusieurs établissements d\u2019enseignement supérieur, la délocalisation a été un défi important.La réalité propre à la dématérialisation de la production savante a été un facteur déterminant et, pour nous, un facteur aidant.L accès à distance aux abonnements de banques de données a été mis en place trois mois après notre arrivée.Les banques de données sont devenues accessibles dans tous les lieux où nous offrons des cours.Il en a été ainsi pour des lieux de formation non récurrents via un accès Internet à l\u2019ensemble de la collection numérisée.Le même service s\u2019applique, dès que la personne inscrite a un statut d\u2019étudiant du cégep.Nous avons aussi ajouté à notre collection de départ l\u2019accès au Petit Robert en ligne et davantage de ressources dans le panier Eureka.SIGB d'ancienne génération Notre logiciel de gestion de bibliothèque ne répond que partiellement à nos besoins.Nous n\u2019avons pas accès à certaines fonctionnalités importantes telles que la gestion de fils RS S, la gestion financière, la gestion des abonnements et des commandes.C\u2019est pourquoi je parle d\u2019une base de données plutôt que d\u2019un logiciel de gestion de bibliothèque.Cela dit, nous avons intégré au catalogue une banque de documents électroniques.Nous permettons ainsi l\u2019accès à deux banques différentes : une première se limite aux publications imprimées ou vidéos, c\u2019est-à-dire la collection matérielle, et une deuxième comprend les documents électroniques, quel que soit le type (pages web, revues électroniques, encyclopédies, outils pédagogiques, matériel didactique), c\u2019est-à-dire la collection virtuelle.Capacité budgétaire limitée Les budgets des bibliothèques collégiales sont très limités.Le financement, pour un cégep comme le nôtre, représente environ 35 $ par étudiant.Le MELS considère que le prix moyen d\u2019un document est de 43 $.Cette somme doit aussi répondre à de nouveaux besoins de banques de données, d\u2019abonnements de périodiques et de journaux, de documents vidéo.En somme, en utilisant le mode de calcul du MELS, j\u2019aurais acheté environ 1 200 documents.Pourtant, les données publiées dans Statistiques de l\u2019édition au Québec3 indiquent que le coût moyen d\u2019un manuel scolaire est de 68 $ et de 30 $ pour un livre.Notre clientèle requiert surtout des manuels scolaires dans certains cas, par exemple en soins infirmiers, et dans d\u2019autres, on utilise principalement des livres.On peut donc affirmer que le coût moyen est davantage de 49 $ et non de 35 $ tel que prévu par le MELS.Avec ce nouveau taux par livre, ma capacité d\u2019achat est donc de 1 061 livres au lieu de 1 200.Cela reste à relativiser, puisque je consacre 6 500 $ à l\u2019abonnement de périodiques imprimés, 4 000 $ à l\u2019achat de vidéos et de licences de visionnement, et 12 000 $ aux abonnements à des bases de données en ligne.Il ne reste plus, à la bibliothèque, qu\u2019un pouvoir d\u2019achat équivalent à 602 livres par année.Et donc, en moyenne, 40 livres par département ou 0,4 livre par étudiant.Le « déploiement » du budget des bibliothèques des cégeps est caractérisé par le fait suivant : l\u2019enveloppe budgétaire est partagée entre les départements et la bibliothèque.La responsabilité de la bibliothèque touche surtout le renouvellement des abonnements (base de données, périodiques) et la mise à jour des ouvrages de référence.La part dite départementale sert majoritairement à l\u2019achat des monographies.Les suggestions d\u2019achat proviennent du personnel enseignant et, à l\u2019occasion, peuvent être « filtrées » par le bibliothécaire.Ce filtrage est minoritaire et place le bibliothécaire souvent hors des sentiers de sa politique de développement des collections.En ce sens, les bibliothécaires ferment les yeux, ou n\u2019appliquent tout simplement aucune politique de développement de collection.Bilan du développement Nous avons fait un inventaire des périodiques imprimés, élagué ceux qui étaient vétustes et rationalisé les abonnements.Nous avons ainsi défini des critères pour les besoins de la clientèle et comparé notre collection de périodiques avec celles des cégeps de même taille.Enfin, nous avons cessé certains abonnements et transféré les sommes vers de nouveaux abonnements qui répondaient mieux aux besoins de l\u2019enseignement [8] [ ARGUS ] Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 TABLEAU 2 Ressources imprimées Livres et ouvrages de référence imprimés\t50 000 Abonnements actifs\t100 Documentaires et films de fiction\t1 000 Abonnements inactifs ou n\u2019étant plus publiés\t250 Ressources électroniques Ebsco\tCanadian ressource center Cedrom sni\tPanier Actualité-Québec Courrier international\t DeMarque\tÉtat du monde Encyclopédie Universalis SDM\tRepère Statistique Canada\tE-Stat collégial.Nous avons aussi fait une avancée importante dans l\u2019utilisation des périodiques publiés en accès libre (Open Access).Un autre projet consistait à mettre en place l\u2019accès à nos bases de données à distance.En misant sur la technologie EZProxy, nous avons déployé une bibliothèque virtuelle de très bonne qualité.L\u2019accès aux bases de données est complété par un accès aux publications électroniques des gouvernements fédéral et provincial, des sites Internet de qualité, des publications électroniques et des livres électroniques.Après avoir mis en place une bibliothèque virtuelle digne de ce nom, il reste bien des éléments à ajouter.Nous envisageons une phase deux, ou un second plan de développement.Dans les mois qui viennent, c\u2019est vers la mise en place de certains produits issus de l\u2019Open source que nous voulons concrétiser notre vocation de diffuseur des connaissances.Nous pensons, dans un premier temps, mettre en place un blogue, le logiciel SubjectPlus, un outil de recherche fédérative tel que dbWIZ ou SORL - Ariane 2.0 de l\u2019Université Laval, un outil de gestion de portail, et Zotero ou les outils de gestion bibliographique de OpenOffice Bibliographie Project (OooBib).Bien du temps, beaucoup de planification, mais des résultats orientés vers l\u2019utilisateur final.L\u2019an dernier, 110 000 personnes ont visité la bibliothèque et autant ont fréquenté la bibliothèque virtuelle.Pour un cégep de 1 450 étudiants, il s\u2019agit d\u2019un taux de fréquentation très intéressant.Rénovation du lieu Enfin, en plus de tous ces projets, nous avons procédé à la rénovation physique de la bibliothèque.Un projet de rénovation du comptoir du prêt est devenu, après quelques réunions, un projet de rénovation de l\u2019espace et de modernisation du mobilier.En bout de piste, cela a notam- ment conduit à regrouper les livres et les périodiques sur un même étage, et les ouvrages de référence et les nouveautés, sur un autre.L\u2019objectif était de concentrer sur un seul étage tout ce qui pouvait exiger une intervention du personnel.L\u2019amélioration des services aux usagers a entraîné une hausse de la fréquentation de près de 100 personnes par jour.En effet, au cours de l\u2019automne dernier, le nombre d\u2019entrées a atteint 650 personnes par jour.Il ne se passe pas une minute dans la vie d\u2019un bibliothécaire sans que les mots virtualisation et délocalisation virevoltent dans son esprit.Ces termes font partie de son quotidien depuis des lunes.Des gestes, des politiques, des pratiques, toutes ces actions mènent inéluctablement à une réalité simple et concrète : la vie n\u2019est plus un long fleuve tranquille, mais plutôt une suite de mouvements, de changements vers autre chose, le « bougisme », nous dit Taguief.« Le bougisme est le degré zéro du progressisme, ce qui reste du progressisme quand on a éliminé de celui-ci son rapport aux fins de l\u2019humanité.Mais il fonctionne en même temps comme un ultraprogressisme, en tant que machine à détruire toute trace du passé et à légitimer sa totale éradication.»4 Mais est-ce bien du progressisme ou seulement son idéologie que nous mettons en boîte dans nos nouveautés?En fait, c\u2019est un peu des deux.Nous faisons preuve de progressisme « positif », car nous améliorons nos services, mais, en même temps, il y a conformisme et même, dans ces actes, traditionalisme moderniste.Notes 1.\tDans les centres urbains, les étudiants ont accès à des bibliothèques publiques palliant l\u2019absence de bibliothèques scolaires.Il faut le dire, au Québec, les infrastructures sont très mal réparties.Il serait intéressant de faire une comparaison entre les milieux urbains centraux que sont Québec et Montréal et les centres régionaux au niveau du nombre de livres disponibles par citoyen.Dans les régions, il y a un manque flagrant d\u2019infrastructures de bibliothèques, et ce, malgré l\u2019excellent travail du Réseau Biblio du Québec et le dévouement de certains conseils municipaux.2.\tS\u2019ajoutent des cours dans certaines municipalités et un nouveau campus à Sainte-Marie de Beauce qui démarrera à l\u2019automne 2010.3.\t2008.Statistiques de l\u2019édition au Québec.4.\t2001.Taguieff, Pierre-André.Résister au bougisme.Démocratie forte contre mondialisation techno-marchande.Paris : Mille et une nuits, pp.75-76.Idée aussi développée de ce côté de l\u2019Atlantique par Christopher Lasch dans : 2002.Le seul et vrai Paradis.Paris : Climats et dans 2000.La Culture du narcissisme.La vie américaine à un âge de déclin des espérances.Paris : Climats.Roger Charland a été spécialiste en moyen et technique d'enseignement au Cégep Beauce-Appalaches.Vol.39, n\" 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [9] Pour une histoire des bibliothécaires québécois Marcel Lajeunesse marcel.lajeunesse@umontreal.ca En plus d'apporter des solutions aux défis d'aujourd'hui et d'anticiper les développements futurs, une profession mature doit connaître et assumer son passé.La connaissance de son évolution ne peut être comprise sans la prise en compte de l'apport de ses principaux artisans.L'histoire des bibliothécaires au Québec est ainsi une contribution à la connaissance de la discipline et de la profession en notre milieu.For a History of Quebec Librarians In addition to facing today's challenges and anticipating future developments, a mature profession must be aware of and understand its past.The evolution of the profession cannot be considered without taking into account the contribution of its main artisans.The history of librarians in Quebec is therefore a contribution to the knowledge of the discipline and of the profession in our milieu.Il y a de nombreuses pièces dans la vaste maison de l\u2019histoire du livre.L\u2019histoire des bibliothèques en est une.Pratiquée depuis longtemps dans le monde anglo-saxon, elle a fait une entrée remarquée en France à la fin de la décennie 1980 avec la parution des quatre volumes de Y Histoire des bibliothèques françaises.Si l\u2019histoire des bibliothèques s\u2019est surtout intéressée aux institutions et a produit un certain nombre de monographies de qualité, elle a souvent négligé la biographie de ceux qui ont créé, dirigé, orienté, animé ces institutions, en l\u2019occurrence les bibliothécaires.Il faut faire exception pour les États-Unis qui publient depuis 1978 le commode Dictionary of American Library Biography, avec suppléments en 1990 et en 2003.On retrouve dans ce dictionnaire les notices biographiques après décès de tous les bibliothécaires importants du pays.En France, le Centre de recherche en histoire du livre a tenu, en 2003, un premier colloque dans une perspective d\u2019histoire comparée afin de favoriser une vision plus globale de l\u2019histoire des bibliothécaires en France comme dans d\u2019autres aires géographiques.Le responsable du colloque, Frédéric Barbier, avait dégagé trois axes autour desquels ce chantier de recherche pourrait s\u2019articuler : le statut social et administratif du bibliothécaire, les fonctions matérielles et culturelles liées à cette charge, et enfin le rôle du bibliothécaire.En somme, il s\u2019agit de bien situer le bibliothécaire parmi les métiers du livre et de faire ressortir l\u2019évolution de son statut, de sa fonction et de son rôle (Moledina, 2004).Dans le prolongement de ce colloque, le professeur Dominique Varry reconnaissait que la figure du bibliothécaire, en France surtout, méritait mieux que les études dispersées qui lui avaient été consacrées et qu\u2019elle n\u2019avait guère attiré les biographes.Pourtant, pour lui, s\u2019intéresser à l\u2019histoire des bibliothécaires, c\u2019est s\u2019intéresser à l\u2019histoire des pratiques et des savoirs professionnels (Varry, 2005).En 1988, Gilles Gallichan posait la question de la conscience historique des bibliothécaires québécois.Il fustigeait la méconnaissance des pionniers et des professionnels marquants de la bibliothéconomie en notre milieu.Trop préoccupés au cours de la dernière génération par les impératifs technologiques du moment et de l\u2019avenir, les bibliothécaires en étaient venus, selon lui, à ignorer l\u2019évolution de leur profession et de ceux qui l\u2019ont soutenue et développée (Gallichan, 1988).Il est évident que l\u2019informatique et les technologies de l\u2019information ont été des agents puissants de changement, mais elles ne constituent que l\u2019un des nombreux changements vécus par les bibliothécaires au cours des ans et principalement depuis la deuxième révolution de l\u2019imprimé au XIXe siècle.Il faut se rappeler l\u2019assertion d\u2019Alberto Manguel dans Une histoire de la lecture, à savoir qu\u2019il y a plus de différences entre une bibliothèque de 1960 et celle de l\u2019an 2000 qu\u2019entre les bibliothèques que consultait Érasme au début du XVIe siècle et celles de la fin du XVIIIe siècle.Au Québec, l\u2019histoire des bibliothécaires est un domaine qui a intéressé peu de chercheurs.Elle contribuerait pourtant à dessiner plus nettement le développement de la discipline et de la profession en ce coin d\u2019Amérique avec les caractéristiques propres de l\u2019histoire socioculturelle du Québec.Même s\u2019il y a des bibliothécaires depuis qu\u2019il y a des bibliothèques, il est impossible de dessiner le pourtour de la fonction de bibliothécaire dans les bibliothèques collectives de la Nouvelle-France, que ce soit au Collège des Jésuites de Québec, chez les Sulpiciens montréalais, au Séminaire de Québec ou au Conseil souverain.Le Collège des Jésuites a marqué l\u2019histoire des bibliothèques canadiennes.On lui a consacré, en 1972, une exposition et un catalogue à la Bibliothèque nationale du Canada.Depuis, on n\u2019a de cesse de reconstituer sa collection.Malgré cela, on sait très peu de choses concernant sa gestion, si ce n\u2019est qu\u2019un régent professeur d\u2019humanités et de rhétorique, Pierre-Michel Laure, en était le responsable lors des obédiences de 1716 et qu\u2019il est probablement l\u2019auteur du catalogue [ 10] [ ARGUS ] Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 de 1720 {Dictionnaire biographique du Canada, à l\u2019avenir DEC, notice par Victor Tremblay, vol.II).Relayant le Collège des Jésuites après la Conquête, le Séminaire de Québec a développé une collection considérable et le catalogue de 1782 décrivant ses quelque 5000 volumes est l\u2019œuvre de l\u2019abbé Arnaud-Germain Dudevant, en poste au Séminaire de 1775 à 1783 {DBC, Claude Galameau, IV).Les Sulpiciens ont été, dès leur arrivée à Montréal en 1657, de gros importateurs de livres, et plusieurs de leurs supérieurs, Queylus, Dollier de Casson, Vachon de Belmont, Montgolfier, étaient des clercs de vaste culture et de grands moyens financiers.En 2007, Bibliothèque et Archives nationales du Québec a publié un catalogue d\u2019exposition, qui donnait une sélection des 5000 volumes de BAnQ provenant des bibliothèques des Sulpiciens.Il est vraisemblable que la bibliothèque des Sulpiciens ait été au XVIIIe siècle aussi considérable que celle du Collège des Jésuites et que le supérieur Étienne Montgolfier soit l\u2019auteur du catalogue manuscrit de la bibliothèque, rédigé autour des années 1780 {DBC, Lucien Lemieux, IV; Dominique Deslandres, John A.Dickinson et Ollivier Hubert, Les Sulpiciens de Montréal.Une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007, 2007).La Conquête britannique apporta à la nouvelle province de Québec deux nouveaux types de bibliothèque : d\u2019abord la bibliothèque « de souscription », The Quebec Library/la Bibliothèque de Québec, fondée en 1779 à l'instigation du gouverneur Haldimand, et ensuite la bibliothèque parlementaire créée en 1802 à la suite de l\u2019établissement de la Chambre d\u2019assemblée du Bas-Canada.Les François Romain, père et fils, ont exercé la fonction de bibliothécaire dans les deux bibliothèques, et ce sont les premières personnes à qui on peut accoler l\u2019exercice de cette fonction avec suffisamment de données {DBC, Yvon Thériault, VI; Gilles Gallichan, Livre et politique au Bas-Canada, 1791-1849, 1991).Tout au long du XIXe siècle, cette bibliothèque parlementaire a eu à son emploi plusieurs bibliothécaires de grande envergure.Pensons à Étienne Parent qui, pendant son court mandat de 1833 à 1835, a voulu, à l\u2019instar de la Library of Congress de Washington, faire de celle de Québec une bibliothèque nationale ouverte à tous les citoyens (Gallichan, Livre et politique au Bas-Canada).Nous connaissons mieux l\u2019Œuvre de Georges-Barthélémi Faribault, le père de la bibliographie canadienne, qui s\u2019était imposé, dès 1837, par la publication de son Catalogue d\u2019ouvrages sur l\u2019histoire de l\u2019Amérique, et qui, en dépit des incendies survenus à la bibliothèque du Parlement en 1849 et en 1854, reconstitua les collections {DBC, Yvan Lamonde, EX; Gallichan, « Georges-Barthélémi Faribault et le Catalogue d\u2019ouvrages sur l\u2019histoire de l\u2019Amérique », in L\u2019histoire de la culture et de l\u2019imprimé.Hommages à Claude Galameau, 1996).Antoine Gérin-Lajoie a été nommé bibliothécaire sous l\u2019Union des Canada en 1856 et il est l\u2019auteur du Catalogue de la Bibliothèque du Parlement {DBC, Jean-Charles Falardeau; XI; René Dionne, Antoine Gérin-Lajoie, homme de lettres, 1978).La Bibliothèque de l\u2019Assemblée législative du Québec a été dirigée de 1867 à 1912 par deux bibliothécaires remarquables, l\u2019un avocat et homme de lettres, Pamphile Le May {DBC, Maurice Pellerin, XTV; Pellerin et Gallichan, Pamphile Le May, écrivain et bibliothécaire, 1987), l\u2019autre médecin, historien et bibliographe, Narcisse-Eutrope Dionne {DBC, Gallichan, XTV; Gallichan « Un pionnier de la bibliographie québécoise : Narcisse-Eutrope Dionne », Cahiers du livre ancien du Canada français, 7(1984)), tous deux soucieux d\u2019enrichir les collections et d\u2019en faire un instrument efficace pour le travail parlementaire.Au XXe siècle, Georges-E.Marquis, directeur de 1934 à 1952, a eu droit à une notice biographique (Jean-Guy Pelletier, « G.-E.Marquis, conservateur de la bibliothèque (1934-1952).Un tempérament impétueux », Bulletin de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale, 25(1996).De son côté, son successeur Jean-Charles Bonenfant, muté à la bibliothèque en 1939 en raison d\u2019un changement de gouvernement, en devint directeur de 1952 à 1969.Il a acquis la réputation d\u2019un grand intellectuel et d\u2019un grand bibliothécaire au point que ses contemporains l\u2019ont vu comme un bibliothécaire modèle (Galameau, « Jean-Charles Bonenfant (1912-1977 », Cahiers des Dix, 51 (1996); Gaston Bemier, « Jean-Charles Bonenfant, un bibliothécaire modèle », Documentation et bibliothèques, 48 (2002)).Les bibliothèques montréalaises du XIXe siècle ont laissé le nom de leurs bibliothécaires dans l\u2019ombre.Que savons-nous du directeur de l\u2019Œuvre des bons livres, le sulpicien Jacques-Victor Arnaud qui en a été fondateur, du créateur du Cabinet de lecture paroissial Louis Regourd, des bibliothécaires de ces associations littéraires qui ont fleuri au milieu du siècle et qui s\u2019appelaient l\u2019Institut canadien de Montréal, l\u2019Institut national, l\u2019Institut canadien-français, l\u2019Union catholique, le Cercle Ville-Marie, le Mechanics\u2019 Institute?Dans leurs composantes, elles avaient toutes une bibliothèque.Il faut attendre Ægidius Fauteux, bibliothécaire de la Bibliothèque Saint-Sulpice de 1912 à 1931 et directeur de la Bibliothèque municipale de Montréal de 1931 à son décès en 1941, pour qu\u2019un bibliothécaire acquiert une telle notoriété.Pour ses contemporains, il était le bibliothécaire idéal (Gallichan, « Ægidius Fauteux : l\u2019intellectuel généreux », Cahiers des Dix, 51(1996); Olivier Maurault, « Ægidius Fauteux », Cahiers des Dix, 6(1941); R.Baillargeon, Ægidius Fauteux, bibliophile et homme de lettres.Etude monographique, 1992; Jean-René Lassonde, La Bibliothèque Saint-Sulpice, 1910-1931,1986).À la Bibliothèque municipale de Montréal, il faut retenir le nom d\u2019Éva Circé-Côté, directrice adjointe de l\u2019institution pendant trois décennies, féministe, écrivain, journaliste sous plusieurs pseudonymes (A.Lévesque, « Journaliste au masculin : Éva Circé-Côté (1871-1949) » in É.Tardy et al.Les bâtisseuses de la Cité, 1992), de Frédéric Villeneuve, directeur de 1909 à son décès en 1915, qui est l\u2019auteur du second volume de Y Essai de bibliographie canadienne de Philéas Gagnon, d\u2019Hector Gameau, le petit-fils de l\u2019historien national, historien lui-même, directeur de 1916 à 1930, et de Léo-Paul Desrosiers, romancier et historien, qui a dirigé la bibliothèque de 1941 à 1952 et qui a beaucoup fait pour son développement (Gallichan, « Léo-Paul Desrosiers, la vocation littéraire (1896-1967) », Cahiers des Dix, 51 (1996)).À Montréal, il faut souligner également l\u2019apport de Pierre Boucher de Crèvecœur qui dirigea au cours des trois premières décennies du XXe siècle le Fraser Institute et qui donna à cette bibliothèque publique une grande réputation parmi les institutions culturelles Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [ 11 1 de la ville (Edgar C.Moodey, The Fraser-Hickson Library.An Informal History, 1977).La bibliothèque de l\u2019Université McGill fut dirigée pendant trois quarts de siècle, soit de 1892 à 1964, par trois bibliothécaires remarquables, Charles Henry Gould, ami de Melvil Dewey, président de l\u2019American Library Association, Gerhard R.Lomer et Richard Pennington, qui, l\u2019un après l\u2019autre, ont enrichi les collections de cette université et en ont fait l\u2019une des meilleures bibliothèques universitaires du Canada, probablement la meilleure au cours de la première moitié du siècle précédent (DBC, Peter McNally, XIV; McNally, «Scholar Librarians : Gould, Lomer and Pennington », Fontanus, I (1988).La mise sur pied d\u2019un programme régulier d\u2019enseignement de la bibliothéconomie à McGill au cours de la décennie 1920, la création de l\u2019École de bibliothécaires de l\u2019Université de Montréal, en 1937, par le trio formé d\u2019Ægidius Fauteux, de Marie-Claire Daveluy et du père Paul-A.Martin, et de l\u2019École de bibliothécaires de l\u2019Université d\u2019Ottawa, en 1938, par le père Auguste-M.Morisset (Richard Greene et Jean LeBlanc, « Un pionnier de la bibliothéconomie au Canada français : Auguste-Marie Morisset, OMI », Documentation et bibliothèques, 56, 2000) ont fait faire un grand pas à la professionnalisation de la profession.On pouvait dorénavant apprendre le métier de bibliothécaire autrement que par apprentissage.Marie-Claire Daveluy (Auguste-M.Morisset, « Marie-Claire Daveluy, bibliothécaire, bibliographe, écrivain », in Georges-A.Chartrand, Livre, bibliothèque et culture québécoise, 1977)) et Juliette Chabot à la Bibliothèque municipale de Montréal, Hélène Grenier (Françoise Jobin-Brulé, « Hélène Grenier, encore \u2018too much\u2019 à 74 ans », Argus, 4 (1975) et Alvine Bélisle à la Commission des écoles catholiques de Montréal, Raymond Tanghe à l\u2019Université de Montréal, puis à la Bibliothèque nationale du Canada (Guy Sylvestre, « Raymond Tanghe (1898-1969) », Bulletin de l\u2019ACBLF, 15 (1969)) furent des professionnels issus de ces programmes d\u2019études entre les années 1920 et 1950.Pour cette période, il faut souligner le rôle capital du père Paul-A.Martin dans le domaine des bibliothèques.On a décrit la carrière protéiforme de cet acteur du monde documentaire et culturel québécois (Réjean Savard, « Le père Paul-Aimé Martin, bibliothécaire », Documentation et bibliothèques, 49 (2003); Jacques Michon, Fides.La grande aventure éditoriale du père Paul Aimé Martin, 1998).La fin de la décennie 1950 et la décennie 1960 furent une période cruciale pour le développement des bibliothèques au Québec.L\u2019Assemblée législative vota en décembre 1959 la première loi des bibliothèques publiques.Par l\u2019action du Service des bibliothèques publiques dirigé par Gérard Martin et Pierre Matte, on vit de véritables bibliothèques publiques chasser du paysage québécois les bibliothèques paroissiales qui avaient fleuri en notre milieu pendant un siècle.À cette époque, tant l\u2019Université de Montréal que l\u2019Université Laval questionnèrent l\u2019enseignement prodigué par leurs collèges classiques affiliés.Les collèges se dotèrent de bibliothèques centrales dirigées par un bibliothécaire professionnel.Jean-Rémi Brault a exposé de main de maître dans son livre, Regard sur l\u2019évolution des bibliothèques québécoises : récit d\u2019un itinéraire professionnel, 2004, premier volume de mémoires écrit au Québec par un bibliothécaire, le dynamisme des bibliothèques de collège au cours de ces années.Brault y a associé, dans cette œuvre commune de création des bibliothèques de collège et de la Centrale des bibliothèques, plusieurs de ses collègues de l\u2019époque, notamment Raymond Boucher, Jean-Bernard Léveillé, Gabriel Allard, Victor Coulombe, Maurice Auger, Médard Laroche.Une livraison de Documentation et bibliothèques, 50 (2004) complète ce tableau d\u2019histoire de ce genre de bibliothèque.Par leurs travaux d\u2019informatique et d\u2019indexation automatique des périodiques au Centre de documentation de l\u2019Université Laval pendant la décennie 1960, Guy Forget et Rosario de Varennes ont été des pionniers des sciences de l\u2019information en notre milieu.En 1961, l\u2019École de bibliothéconomie avait été créée en tant que département de l\u2019Université de Montréal et elle avait pris le relais de l\u2019École de bibliothécaires, initiative privée, qui avait toujours eu peu de moyens.La nouvelle école se voulait, dès sa fondation, l\u2019égale des autres écoles du continent agréées par F American Library Association, avec mission d'offrir un programme de bibliothéconomie de nature scientifique.De son côté, l\u2019Association canadienne des bibliothécaires de langue française (ACBLF) se fit, à partir du tournant des années 1960, par ses congrès, par sa revue, ses publications, ses représentations auprès des gouvernements, le promoteur d\u2019une discipline et d\u2019une profession adaptées à une société laïque, en quête d\u2019une reconnaissance sociale, en accord avec les profondes transformations de la société québécoise.En 1973, elle devenait l\u2019Association pour l\u2019avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED).Ce faisant, elle prenait en compte la création, par une loi de l\u2019Assemblée nationale en 1969, de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.La formation de cette corporation avait signification de la reconnaissance du caractère professionnel du bibliothécaire au Québec.En 1967, la fondation de la Bibliothèque nationale du Québec s\u2019avéra un geste important d\u2019affirmation nationale.Georges Cartier fut sans conteste le protagoniste de la mise sur pied de cette grande institution (Céline R.-Cartier, « Le parcours exigeant et inusité d\u2019un bâtisseur : Georges Cartier, 1929-1994 », Documentation et bibliothèques, 51 (2005)).De ces institutions, plusieurs personnes ont marqué le milieu des bibliothèques au cours de ces années.À l\u2019École de bibliothéconomie, Laurent-G.Denis, Edmond Desrochers, Paule Rolland-Thomas, Réal Bosa et Liana van der Bellen forment l\u2019équipe initiale de l\u2019institution.Un ouvrage de mélanges posthumes a été consacré à Laurent-G.Denis, directeur de 1961 à 1970 (Margaret Anderson, « Laurent-G.Denis as we remember him » in P.Rolland-Thomas, Prospectives en bibliothéconomie et en sciences de l\u2019information.Mélanges dédiés à la mémoire de Laurent-G.Denis, 1990).De son côté, le jésuite Edmond Desrochers fut sans doute le bibliothécaire le plus marquant des années 1950 et 1960.Directeur d\u2019une bibliothèque de recherche, professeur, fort actif dans les associations, ayant des vues sur tous les aspects de la discipline et de la profession, il fut un homme d\u2019influence et de pouvoir, et on a reconnu son apport en lui offrant de copieux mémoires à l\u2019occasion de son soixan- [12] [ ARGUS ] Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 tième anniversaire de naissance; on retrouve dans ce livre plusieurs textes de nature biographique sur l\u2019individu (Georges-A.Chartrand, Livre, bibliothèque et culture québécoise.Mélanges offerts à Edmond Desrochers, s.j., 1977).De 1964 à 1989, Hubert Perron, à qui on a dédié des mélanges posthumes, a été un acteur important à la Bibliothèque nationale du Québec, à la direction de la bibliothèque de l\u2019UQÀM et surtout à l\u2019ACBLF/ ASTED (Silvie Delorme, Mouvance : réflexion sur le développement des bibliothèques universitaires en hommage à Hubert Perron, 1992).Le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord de Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski (1989) fournit, pour sa part, de courtes notices biographiques d\u2019un certain nombre de bibliothécaires qui ont marqué la profession au Québec.On y retrouve les noms de Georges-Barthélémi Faribault, de Pamphile Le May, de Narcisse-Eutrope Dionne, d\u2019Ægidius Fauteux, de Marie-Claire Daveluy, d\u2019Éva Circé-Côté, d\u2019Alfred-Duclos De Celles, de Léo-Paul Desrosiers, de Jean-Jacques Lefebvre, de Raymond Tanghe, de Jean-Charles Bonenfant, d\u2019Antonio Drolet, de Georges Cartier, de Claude Aubry et d\u2019Antonio Drolet, l\u2019historien des bibliothèques; ce dernier a eu droit à une biographie plus développée de la part de Charles-Marie Boissonnault, « Antonio Drolet, bibliothécaire et historien », MSRC, 10, 1972).A l\u2019instar des notices du Dictionnaire biographique du Canada, celles du Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord décrivent davantage l\u2019apport de ces bibliothécaires à l\u2019histoire ou à la littérature, passant sous silence ou effleurant à peine leur carrière de bibliothécaire et leur apport professionnel.Elles demeurent néanmoins des pistes intéressantes pour la compréhension de leur apport culturel et un excellent point de départ pour une notice biographique insistant sur leur contribution à leur profession de bibliothécaire.De plus, la revue Documentation et bibliothèques publie, depuis 2004, une chronique portant sur des retraités récents de la profession : ont été retenus jusqu\u2019à maintenant les noms de Réjean Olivier, Pierre Guilmette, Gilles Caron, Gilbert Lefebvre, Jean-Rémi Brault, Marcel Hudon, Jean-Jacques LeBlanc et My Loan Duong.La députée Fatima Houda-Pépin a décrit l\u2019apport de sa formation de bibliothécaire au travail parlementaire de l\u2019Assemblée nationale (« Bibliothécaire et députée », Bulletin de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale, 33, 2004).Ces chroniques relatant la carrière de bibliothécaires retraités sont intéressantes parce qu\u2019elles fournissent un matériau précieux à une étude sur l\u2019histoire de bibliothécaires au Québec.Si l\u2019on embrasse sur une longue période l\u2019évolution de la profession de bibliothécaire au Québec, trois grandes périodes ressortent nettement.D\u2019abord, antérieurement aux années 1930, ce fut celle du bibliothécaire homme de lettres.En l\u2019absence d\u2019une formation spécialisée dans le domaine et d\u2019un groupe professionnel, et compte tenu de la vision que la société et ses dirigeants avaient des bibliothèques, on nommait à cette fonction un intellectuel, littéraire ou historien, souvent bibliophile, en tout cas reconnu pour ses connaissances et son amour du livre.Plusieurs de ces bibliothécaires, entrés par hasard dans le monde des bibliothèques, sont devenus de grands bibliothécaires qui ont marqué le milieu.Puis, à partir des années 1930, on assiste à un début de professionnalisation avec l\u2019émergence, au Québec, d\u2019écoles de bibliothécaires tant en langue française qu\u2019en langue anglaise.En cela, on ne faisait que suivre, avec un peu de retard, la tendance américaine où fleurissaient déjà un grand nombre d\u2019écoles, à la suite de la première fondée par Melvil Dewey, à l\u2019Université Columbia de New York en 1887.Par la formation reçue dans ces écoles, une plus grande rigueur est mise sur la constitution des catalogues, sur le développement des collections, sur l\u2019émergence de la bibliographie et de la référence, de même que sur la gestion des institutions.Enfin, à partir des années 1960, on constate que la conception de la discipline et la pratique de la profession ont subi des changements radicaux à la suite de la Révolution tranquille d\u2019abord, puis de l\u2019impact de l\u2019informatique et de l\u2019internet.La profession de bibliothécaire prenait aussi en compte la nouvelle donne de la société québécoise, et les conséquences pour la profession en sont une hausse de ses aspects professionnels et scientifiques et une révision de son rôle social dans une société en voie de sécularisation (Lajeunesse, 2004).La recherche sur l\u2019histoire des bibliothécaires doit en dernière analyse nous éclairer sur l\u2019évolution du rôle social de ces professionnels dans la société québécoise.Nous savons bien que l\u2019évolution des métiers du livre au Québec, à cause de la montée en puissance de l\u2019Église catholique des années 1840 à la Révolution tranquille, présente des traits bien particuliers.Celui de bibliothécaire n\u2019y échappe pas.Il est un homme de lettres, estimé certes, mais il exerce un pouvoir limité, soumis qu\u2019il est par le pouvoir politique.La charge de bibliothécaire du Parlement au XIXe et au début du XXe siècle en est l\u2019illustration la plus patente.Par ailleurs, à partir du milieu du XIXe siècle, à la suite de l\u2019emprise de l\u2019Église sur le monde du livre et des bibliothèques, le bibliothécaire fut, pour un siècle, en milieu francophone, sous la tutelle du pouvoir religieux et il fut acculé à devenir en quelque sorte gardien de la morale.Le corridor dans lequel il pouvait exercer sa profession nous apparaît bien étroit.Enfin, à la Révolution tranquille, se libérant de ses tutelles et assumant un nouveau rôle social, le bibliothécaire put se mettre au service de la culture et de l\u2019information.Une histoire des bibliothécaires n\u2019a pas pour but d\u2019édifier un panthéon des gloires professionnelles du passé pour l\u2019édification des nouvelles générations.Par contre, elle peut nous montrer l\u2019apport de ceux qui, au cours des années, ont créé et développé les institutions documentaires dont nous profitons.Ils ont contribué à la connaissance du livre et de l\u2019imprimé, à la diffusion de la lecture et de la culture, à l\u2019essor de la recherche, au développement de l\u2019information et à l\u2019épanouissement des citoyens.C\u2019est en cela que les bibliothécaires d\u2019hier sont nos ancêtres et que nous sommes leurs successeurs et leurs continuateurs.Bibliographie Gallichan, Gilles.1988.« Les bibliothécaires et leur conscience historique », Documentation et bibliothèques, vol.34, no 3 (juillet-septembre), p.99-101.Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [ 13] Lajeunesse, Marcel.2004.« Le bibliothécaire québécois : d\u2019un homme de lettres à un professionnel de l\u2019information », Documentation et bibliothèques, vol.51, no 2 (avril-juin), p.139-148.Moledina, Sheza.2004.« L\u2019histoire des bibliothécaires », Bulletin des bibliothèques de France, tome 49, no 3, p.100-101.Varry, Dominique.2005.« L\u2019histoire des bibliothèques en France.État des lieux », Bulletin des bibliothèques de France, tome 50, no 2, p.16-22.Marcel Lajeunesse a été professeur et directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI).Il a notamment écrit Lecture publique et culture au Québec : XIXe et XXe siècles (Québec, Presses de l'Université du Québec, 2004) et Les Sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle (Montréal, Fides, 1982).La Bibliothèque numérique mondiale J Isabelle Lorrain lsabelle.Lorrain@USherbrooke.ca C\u2019est au printemps 2009 qu\u2019a été lancée sur le web la Bibliothèque numérique mondiale (BNM).Réalisé conjointement par l\u2019UNESCO et la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, ce projet vise à promouvoir la diversité culturelle en rendant accessibles, au sein d\u2019une bibliothèque virtuelle entièrement gratuite, des documents et des ressources exceptionnels ou rarissimes que possèdent les grandes bibliothèques nationales et les institutions culturelles des quatre coins du globe.C\u2019est à James H.Billington, de la Bibliothèque du Congrès, que nous devons l\u2019idée de cette bibliothèque, qui est apparue en 2005.Compte tenu de la nature du projet qui rejoignait favorablement ses objectifs éducatifs et culturels, l\u2019UNESCO a décidé de participer à l\u2019aventure.Plusieurs défis technologiques ont dû être relevés, dont la faible quantité de documents numérisés et l\u2019absence de moyens de numérisation dans certains pays.A son arrivée sur le web, en avril 2009, plusieurs ont vu des similarités entre la BNM et Europeana, née en 2008.Il est vrai que les aspirations de ces portails - rassembler et diffuser le patrimoine documentaire et culturel sur le web - sont similaires.Par contre, alors que le contenu d\u2019Europeana est exclusivement européen, la BNM a une couverture planétaire, d\u2019où la complémentarité de ces deux outils.Pour le grand public La BNM s\u2019adresse au grand public et permet d\u2019accéder à plus de 1 200 documents numériques tels que des manuscrits, des livres rares, des cartes, des documents audiovisuels et des photographies.Ce contenu peut être consulté à partir d\u2019une interface très simple traduite dans les six langues officielles de l\u2019ONU (français, anglais, arabe, chinois, espagnol et russe), ainsi qu\u2019en portugais.Sous son apparence modeste, la BNM cache un contenu riche et spécialisé.On peut notamment y feuilleter le roman Le Dit du Genji, une œuvre majeure de la littérature japonaise datant du XIe siècle, regarder diverses peintures rupestres, ou encore consulter la Carte de l\u2019Amiral, datant de 1507, l\u2019une des premières à mentionner l\u2019Amérique.Tous ces trésors culturels sont fournis par les nombreux partenaires de la BNM, parmi lesquels se trouvent la Bibliotheca Alexandria, la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Bibliothèque du Congrès.Bien que pour le moment le contenu proposé soit relativement restreint en quantité, il faut considérer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un projet en constante évolution.Il prendra de l\u2019expansion au fur et à mesure que se grefferont de nouveaux contributeurs qui choisiront de participer à l'entreprise.Ce petit nombre de ressources s\u2019explique également par un souci de qualité qui se traduit par une scrupuleuse sélection de documents intégrés dans un ensemble cohérent et interrelié.La navigation se fait aisément en parcourant les documents classés par lieu, par période, par thème, par type d\u2019élément et par institution.D\u2019ailleurs, en cliquant sur la division « Thème », on reconnaîtra rapidement les grandes classes de la classification décimale Dewey.Pour une recherche par mots-clés, une simple boîte de recherche permet, à travers le site, de lancer des requêtes à l\u2019aide d\u2019un ou de plusieurs termes.Il n\u2019y a pas d\u2019interface de recherche avancée, la BNM ayant décidé de favoriser l\u2019utilisation de facettes.Par conséquent, après avoir choisi un premier critère de tri (par exemple, le heu ou la période) ou effectué une recherche par mots-clés, apparaît, dans la colonne de gauche, une série de subdivisions reprenant les grandes catégories de navigation qui est susceptible d'aider l'utilisateur à préciser sa recherche.Les métadonnées au rendez-vous Les résultats obtenus, présentés par défaut en mode galerie avec une image miniature de chaque document trouvé, sont accompagnés d\u2019une description et d\u2019informations bibliographiques (métadonnées).Ces métadonnées ont été traduites dans les sept langues afin de favoriser le repérage des documents par les moteurs de recherche externes tels que Google et de soutenir l\u2019ambition de la BNM d\u2019être un outil de savoir universel.Les descriptions, suffisamment explicites tout en étant succinctes, ont été rédigées par des conservateurs de musées et des experts.Parfois, on peut même visionner une vidéo du spécialiste parlant du document en question.Dans la fiche de chaque ressource, les métadonnées ont été utilisées pour proposer des documents similaires et susceptibles d\u2019intéresser l\u2019usager.Enfin, après l\u2019ouverture du fichier numérique du document, il est généralement [ 14] [ ARGUS ] Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 possible de le télécharger en format PDF ou TIFF pour les documents visuels, ou en format MPEG ou MP3 pour les documents audio et vidéo.Dans l\u2019ensemble, la navigation et la recherche dans la BNM s\u2019effectuent de manière conviviale et efficace.L\u2019utilisateur n\u2019a pas besoin d'user d\u2019habiletés de recherches particulières puisque les facettes suffisent à circonscrire les sujets.Bien que les fonctions de recherche puissent être qualifiées de limitées, elles ne sont pas, pour l\u2019instant, un obstacle à une recherche fructueuse.Par contre, lorsque la bibliothèque prendra de l\u2019ampleur et que viendront s\u2019ajouter d\u2019autres milliers de documents, il pourrait s\u2019avérer plus ardu de trouver ce que l\u2019on cherche avec les fonctionnalités disponibles à l\u2019heure actuelle, lesquelles sont principalement axées sur l\u2019exploration plutôt que sur la recherche proprement dite.La Bibliothèque numérique mondiale est un outil original avec des objectifs ambitieux qui, bien que technologiquement solide, gagnerait à se voir ajouter « de la chair autour de l\u2019os » sur le plan du contenu.Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle source de documents non négligeable qui vient se joindre à d\u2019autres initiatives telles que Google livres, Gallica de la BnF et Europeana, des outils permettant au grand public de découvrir des trésors autrefois enfouis dans d\u2019obscures bibliothèques ou centres d\u2019archives, et ce, à l\u2019aide des nouvelles technologies.Isabelle Lorrain est bibliothécaire à la Bibliothèque des sciences humaines de l'Université de Sherbrooke.Une entente modèle à Saint-Jean-sur-Richelieu Guy Desjardins Guy.Desjardins@ville.sorel-tracy.qc.ca En 2004, la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu a conclu une entente avec le cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu afin de favoriser l'accessibilité des citoyens et des étudiants aux ressources éducatives et culturelles.La carte d\u2019abonnement de la bibliothèque municipale était ainsi acceptée à la bibliothèque du cégep, et les étudiants et le personnel du cégep ont eu accès au réseau des bibliothèques de la Ville.Les autorités municipales ont défrayé les coûts de salaires supplémentaires afin d\u2019accroître les heures d\u2019ouverture de la bibliothèque du cégep, les soirs et les fins de semaine.Comme les collections de ces bibliothèques sont complémentaires, cela a accru l'accès à un éventail élargi de livres, de DVD, de bases de données et de revues.Les catalogues n\u2019étaient toutefois pas intégrés et chaque institution a géré sa base de données et a assumé son propre développement de collections.À Saint-Jean-sur-Richelieu, réciprocité et complémentarité sont au rendez-vous.Cette entente a en outre permis l'accès gratuit aux stationnements, aux salles des deux institutions ainsi qu'aux programmes respectifs d\u2019activités culturelles et éducatives.En vertu d\u2019un principe de réciprocité, chaque institution a fait parvenir à l\u2019autre les communiqués sur ses activités d\u2019animation afin qu\u2019ils soient diffusés grâce aux outils de communication internes.Après quelques années, et en dépit d'efforts de promotion constante, les lieux restaient peu achalandés à certaines heures de fréquentation supplémentaires.Ainsi, les heures d\u2019ouverture de la bibliothèque du cégep, du dimanche et du vendredi soir, ont été abolies.Récemment, les deux institutions ont révisé l'entente de 2004.La décision fut prise de la maintenir parce que la valorisation de l\u2019éducation était devenue une priorité dans les plans stratégiques du cégep et de la Ville.Il fallait de plus considérer que cet accord donnait accès à la seule bibliothèque d\u2019enseignement supérieur de la région et qu\u2019elle était de nature à aider à contrer une problématique de décrochage scolaire.Dorénavant, le paiement des heures d\u2019ouverture supplémentaires de la bibliothèque du cégep se fera sur la base d\u2019un montant annuel fixe plutôt que selon le nombre d\u2019heures travaillées et facturées.Cela garantit les heures d\u2019ouverture existantes et facilite la gestion de l\u2019entente.Cette alliance entre ces deux institutions est très intéressante et pourrait en inspirer d'autres, ailleurs au Québec, car elle se base sur des principes de réciprocité et de complémentarité.Guy Desjardins est bibliothécaire en chef au Service des loisirs, sports, culture et vie communautaire à la Ville de Sorel-Tracy.Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [15] La bibliothèque 2.0 entre réalité, illusions et nouvelles aspirations a Olivier Le Deuff oledeuff@gmail.com Retour sur l'expression « bibliothèque 2.0 », ses représentations et l'évolution actuelle de cette vision vers de nouvelles prérogatives pour le monde des bibliothèques et les compétences des bibliothécaires.The Library 2.0, between reality, illusions and new aspirations Library 2.0: its representation, evolution and current implications for libraries and the skills of librarians.L\u2019expression « bibliothèque 2.0 » fut pour la première fois employée par Michael Casey en septembre 2005 sur son blogue LibraryCrunch1.Le directeur des technologies de l\u2019information de la bibliothèque publique Gwynett County d\u2019Atlanta désirait montrer l\u2019intérêt du phénomène du web 2.0 pour les bibliothèques ainsi que les incidences sur la profession de bibliothécaire et sur les compétences requises pour l\u2019exercer.L\u2019expression a été discutée, voire quelque peu controversée, principalement parce que, d\u2019une part, elle laissait entendre un changement de paradigme dont le caractère novateur était discutable et, d\u2019autre part, parce que le modèle de la bibliothèque et celui du web 2.0 sont quelque peu antinomiques.Le web 2.0 s\u2019appuie en effet davantage sur des stratégies de popularité et de potentialités d\u2019expressions diverses, tandis que la bibliothèque fait pltuôt référence à l\u2019autorité et à un modèle des savoirs légitimés afin de mettre à la disposition des usagers de l\u2019information pertinente.Nous cherchons ici à montrer révolution du phénomène en essayant de distinguer en quoi le web 2.0 a pu entraîner des évolutions dans les bibliothèques, mais aussi dans la définition du métier de bibliothécaire ainsi que sur la place et le rôle des usagers dans la constitution de l\u2019entité de la bibliothèque.Il semble toutefois que le concept de bibliothèque 2.0 connaisse actuellement un ralenüssement, un peu à l\u2019instar du web 2.0 qui fait désormais pleinement partie du web à tel point que la distinction n\u2019a plus vraiment de sens.Il parait cependant difficile d\u2019affirmer la même chose pour la bibliothèque, les fonctionnalités du web 2.0 n\u2019étant pas totalement intégrées, et ce, même si le catalogue d\u2019accès public (CAP) peut aussi se décliner en 2.0.Une nouvelle fois, en ce qui concerne le phénomène du web 2.0, il convient de s\u2019interroger sur le rôle de la technique au sein d\u2019une institution et d\u2019une profession.Très souvent, le web 2.0 - et, par ricochet, la bibliothèque 2.0 - se résume à l\u2019utilisation d\u2019outils.Il est d\u2019autant plus difficile à définir que certains auteurs n\u2019hésitent pas à évoquer des changements de paradigmes, voire de nouveaux modèles.Nous avons effectué une enquête en ligne auprès de centaines de professionnels des bibliothèques et des centres de documentation afin de voir et d\u2019analyser leur vision du concept.Les principaux résultats de l\u2019enquête sont disponibles sur le web2.Le sentiment général est qu\u2019il reste beaucoup d\u2019efforts à fournir pour faire évoluer les bibliothèques.Il demeure vraisemblablement des obstacles tant techniques qu\u2019organisationnels, notamment en ce qui concerne le recrutement et la formation du personnel.De nouveaux rapports de force s\u2019opèrent également entre des initiés - qui sont souvent les principaux acteurs d\u2019une biblioblogosphère qui cherchent à élargir les potentialités de la bibliothèque et les prérogatives du bibliothécaire - et des acteurs de terrain dont les usages et les réflexions sont restés fortement traditionnels.L\u2019expression «bibliothécaire 2.0 » a également émergé dans ce cadre et peut constituer la marque d\u2019une césure entre ceux possédant une culture technique, notamment en informatique documentaire, et ceux se référant davantage à une culture littéraire.Nouvelle modélisation ou vision outils?Il est tentant d\u2019évoquer une série d\u2019outils lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019évoquer la bibliothèque 2.0.Le blogue apparaît d\u2019ailleurs très nettement dominant dans les réponses à notre enquête.Il Quel outil venant du web 2.0 est selon vous le plus utilisé en bibliothèque ?Réponse\tDécompte\tPourcentage Le blog\t92\t54,76 % L\u2019échange de message avec les usagers via des services de messagerie (type « contacter un bibliothécaire »)\t69\t41,07 % Les réseaux sociaux\t37\t22,02 % Les signets sociaux\t32\t19,05 % Le wiki\t11\t6,55 % Autre\t13\t7,74 % TABLEAU 1 Les outils du web les plus utilisés en bibliothèque [ 16] [ ARGUS ] Vol.39, n\u201d 1, printemps-été 2010 semble le plus utilisé et le plus facilement adopté par les professionnels des bibliothèques du fait des facilités de diffusion de l\u2019information qui lui sont associées.La bibliothèque 2.0 peut aussi être envisagée comme un nouveau modèle qui, sans remplacer l\u2019ancien, s\u2019y grefferait et s\u2019y développerait en son sein.Il demeure que la vision idyllique d\u2019un CAP entièrement 2.0 semble être encore loin d\u2019être concrétisée, à la fois du fait d\u2019usages limités, mais aussi parce que sa pertinence n\u2019est pas toujours avérée.En effet, un tel projet suppose également des « usagers 2.0 ».Or, comme le souligne Bertrand Calenge qui ne croit pas pleinement au catalogue 2.0, il pourrait s\u2019agir d\u2019un leurre, voire d\u2019un investissement au détriment d\u2019autres besoins peut-être davantage sociaux d\u2019ailleurs.L\u2019usager (potentiellement 2.0?) des bibliothèques est beaucoup plus prosaïquement évident : quand on sait que l\u2019immense majorité des visiteurs du catalogue sont des visiteurs du lieu (.), on peut se demander s\u2019il ne faudrait pas déconnecter les arguments 2.0 de leur contexte numérique.Avant de se proposer (se dissimuler?) derrière des outils, ne peut-on prioritairement prendre en compte les désirs de dialogue, d\u2019échange, de participation des usagers « physiques » de nos établissements?4 Il apparaît donc évident que les outils agrémentés de fonctionnalités issues du web 2.0 ne peuvent être de simples gadgets et encore moins des réponses à des impératifs d\u2019adaptation ou de semblant de modernité.S\u2019il existe une bibliothèque 2.0, c\u2019est avant tout dans une politique documentaire et stratégique à long terme qui prévoit des choix technologiques novateurs et l\u2019élargissement des compétences des professionnels de la bibliothèque.Finalement, c\u2019est autant l\u2019évolution des métiers qui importe que celle de l\u2019institution.Le bibliothécaire et le biblioblogueur Par conséquent, la définition du métier évolue.La bibliothécaire américaine Laura Cohen n\u2019hésitait pas à proposer un manifeste du bibliothécaire 2.05.Le canadien Stephen Abram6 Bibliothèque 2.0\tBibliothèque classique - Modèle basé sur la popularité (pas de hiérarchie dans la légitimité de l\u2019expression dans le web 2.0)\t- Modèle des savoirs et de l'autorité (légitimité des auteurs, validation de l\u2019information et des documents disponibles) - Indexation dite libre, (folksonomies)\t- Indexation normalisée (taxonomies, vedettes-matières, etc.) - Les usagers comme participants ou co-créateurs\t- Les usagers comme bénéficiaires de services.- Recommandations populaires émanant des lecteurs et usagers.\t- Recommandations provenant des professionnels TABLEAU 2 Bibliothèque « classique » versus bibliothèque 2.03 avait également défini les qualités requises pour ce bibliothécaire de l\u2019avenir au point d\u2019en faire exagérément « le gourou de l\u2019âge de l\u2019information.» Nous avions tenté de donner une définition prenant en compte l\u2019évolution du métier et ses différentes facettes et responsabilités.Elle semble avoir plutôt convaincu.Le plus notable dans l\u2019évolution des bibliothécaires vis-à-vis du web 2.0, c\u2019est le fort développement d\u2019une « biblio-blogosphère.», c\u2019est-à-dire cette sphère de blogues autour des sciences de l\u2019information et des bibliothèques.Elle forme une communauté d\u2019initiés qui incite beaucoup à l\u2019innovation et offre une image dynamique des bibliothèques et des centres de documentation qui contraste avec une vision parfois vieillotte de l\u2019institution et des professionnels.En ce sens, cette communauté va dans le bon sens.Il reste à l\u2019ensemble de la profession de se mettre au niveau pour mener à bien les chantiers qui s\u2019annoncent.La définition du bibliothécaire 2.0 pourrait-elle la suivante :« un professionnel qui manie les différents outils à sa disposition dans un souci de satisfaction de l\u2019usager et avec une volonté d\u2019innover et de permettre aux différents profils d\u2019usagers de participer davantage à la construction de l\u2019identité de la bibliothèque » Considérez-vous qu\u2019elle vous correspond bien ?Réponse\tDécompte\tPourcentage Oui, plutôt bien (1)\t123\t73,21 % non pas du tout (2)\t8\t4,76 % pas vraiment (3)\t29\t17,26% TABLEAU 3 La définition du bibliothécaire 2.0 Quel avenir?Notre enquête révèle un bilan mitigé dans votre manière de voir l\u2019avenir des bibliothèques, mais vos avis ne témoignent pas d\u2019un fort pessimisme, au contraire, certains entrevoyant même un avenir radieux et riche en possibilités.Tout le monde s\u2019accorde sur une nécessaire évolution professionnelle avec des compétences techniques élargies et avérées (tant informatiques et informationnelles que bibliothéconomiques) et sur le maintien d\u2019une dimension humaine, notamment par le développement de la médiation et le travail de filtrage de l\u2019information et d\u2019apport d\u2019informations pertinentes.Le rapport aux usagers est souvent mentionné.Au final, le numérique n\u2019est pas craint, mais est plutôt perçu comme un élément problématique, en ce sens que des générations de professionnels dont les compétences laissent à désirer continuent de l\u2019ignorer.Les visualisations avec wordle1 mettent en avant le rôle central des usagers.Reste à savoir si l\u2019usager verra sa participation accrue dans la constitution de l\u2019identité de la bibliothèque.Nous y distinguons aussi les nécessaires évolutions et, surtout, le fait qu\u2019il faudra en faire « PLUS » et, donc, veiller à de meilleures formations initiales et continues.Vol.39, n° 1, printemps-été 2010 [ ARGUS ] [17] important\to J ^ monde\t\u2018 ¦S \u2018ss.g- etcE\ts professionnelsa» | 5\to méfierf ©/t?f en pLlblic c «y * v) numériques___\t/ .IJ?''*1 atees g; c\" ¦\u2014\u2022 QJ 3 .«J i bibliothèques i\\ n o 4L ¦_\t¦ \u2022_ * _ \u2022.!*** c B tOUt bibliothécaire | 1\t\u201cus r évolution « ,tC5 H
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