Interface : la revue de l'ACFAS, 1 mars 1985, Cahier 1
2,50 $ Volume 6, numéro 2 LA REVUE DES CHERCHEURS Mars-avril 1985 V.MTERFACE La biotechnologie et le secteur de la santé Les études stratégiques : une nouvelle discipline Tissu adipeux et obésité lîvt'v'',' m; m 51\W.v .•*5*.-'¦••sK*vXv îi%$\ ¦M \ s£j5S*/ Face à face : BERNARD BONIN L'économie : plus qu'une activité universitaire A*eNr«* V- -^P < & xjfvC LE TEMPS: La valeur qui grandit de jour en jour.LES MICROSCOPES ÉLECTRONIQUES HITACHI vous épargnent du temps.Des circuits électroniques de la troisième génération rendent possible des montages rapides dans les meilleures conditions, un débit rapide des échantillons, et l’obtention de résultats supérieur - d’une performance sans égale ¦ dans la QUATRIÈME DIMENSION.NISSEI SANGYO CANADA, INC.* 89 Galaxy Blvd., Suite 14, Rexdale, ' Ontario M9W 6A4, Canada Tel: (416) 675-5860 HITACHI roscope à balayage explore _ DIMENSION ¦HHHH ihhihbhih Face à face O M M INTERVIEW BERNARD BONIN propos recueillis par Marc Belva Interligne Éditorial Science et politique Modem Gros Plan 100°C Science inter Subventions et bourses À suivre Sources Chercheurs recherchés ARTICLES LES BIOTECHNOLOGIES ET LE SECTEUR DE LA SANTÉ par Aurèle Beaulnes LES ÉTUDES STRATÉGIQUES une nouvelle discipline par Michel Fortmann TISSU ADIPEUX ET OBÉSITÉ par Michèle Houde Nadeau CHRONIQUES par Michel Normandin POUR UN CENTRE QUÉBÉCOIS EN MICRO-ÉLECTRONIQUE par Adrien Leroux LES UNIVERSITÉS SE DÉFINISSENT DE GRANDS AXES DE RECHERCHE LES NOUVELLES THÉORIES SCIENTIFIQUES un nouveau paradigme par Bruno Deschênes LE GIROQ : une collaboration réussie par Marianne Kugler L’IMPLICATION SOCIALE DES ÉTUDIANTS par Christian Veilleux par Gilbert Ouellette INTERFACE 30 34 36 39 40 45 47 48 49 Édition :Association canadienne-française pour l’avancement des sciences Directeur : Guy Arbour Rédaction : Sophie Malavoy Conseil à l’édition : Jean-Marc Gagnon/Science-Impact Comité de rédaction : Josiane Ayoub, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler et Robert Stampfler Comité scientifique : Josiane Ayoub, Gérard Boismenu, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler, Fernand Labrie, Roger P.Langlois, Paul-André Linteau, Michel Normandin, Gilles Paquet, John Sichel et Robert Stampfler Publicité : Jean Bonin, Serpro International Inc.7063, boul.St-Michel, Montréal H2A 2Z6 Tél.: (514) 374-7000 Correction d’épreuves et typographie : Paul Paiement Graphisme : Marie-Josée McGowan Illustrations : Jacques Goldstyn Photo de la page couverture : Louis Pépin (Commanditée par le Fonds FCAR) Revue sans but lucratif, INTERFACE fait suite au Bulletin de l’ACFAS et est publiée bimestriellement à l'intention des membres de la communauté scientifique par l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur de la Science et de la Technologie du Québec.Les articles d'INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l’origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s’adresser à l’ACFAS, 2730, Côte-Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T1B7 —Tél.: (514)342-1411.Courrier de deuxième classe Enregistrement n° 6489 9 mars 1985 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 1985 ISSN : 0826-4864 I N T E LIGNE INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 R Courrier des lecteurs LE NOM DE MICHEL IURDANT POUR LE PRIX DES SCIENCES DE L'ENVIRONNEMENT En 1985, l'ACFAS, en collaboration avec Environnement Québec et avec le soutien financier d’Hydro-Québec, lance un nouveau prix: «Le Prix des sciences de l’environnement».Ce prix ne porte pas encore de nom.Notre proposition vise justement à le baptiser «Prix Michel-jurdant».À plus d’un titre, nous considérons que l’écologiste Michel Jurdant, décédé en novembre dernier, mérite cet honneur.Michel jurdant est le symbole même de l'environnement.Chez lui, ce mot a pris toute sa signification intégrant les paramètres physiques et biologiques du milieu et de l’homme, ainsi que leurs multiples interrelations.Par ses travaux de recherches en environnement, il a apporté une contribution scientifique impressionnante dont les retombées se sont fait sentir ici au Québec, en Amérique du Nord, en Europe et dans le monde.Il n’est pas étonnant que l’encyclopédie Larousse de l’écologie consacre à ses travaux quelques pages.Michel Jurdant est né en 1933.Ingénieur forestier, il a obtenu une maîtrise de l'Université Laval en écologie et un doctorat en pédologie de l’Université Cornell.Pendant 22 ans, il a oeuvré comme chercheur scientifique à Environnement Canada dans les secteurs de l'écologie, de la cartographie écologique du territoire et de la planification écologique.Il était, au moment de son décès, professeur agrégé au Département de géographie de l’Université Laval.Une semaine après son décès, les Éditions Boréal Express publiaient le point culminant de sa réflexion de chercheur, son ouvrage « Le Défi écologiste».Au Québec, il a laissé une marque importante sur la connaissance écologique de territoires comme ceux du Saguenay-Lac-St-jean et de la Baie James.Ses travaux ont permis de développer une méthodologie facilitant la connaissance et la compréhension de l'écologie de nos milieux de vie, et favorisant une saine planification écologique.Hydro-Québec, qui soutient financièrement ce prix de l’environnement, a été l'un des tout premiers bénéficiaires des recherches environnementales de Michel Jurdant.Le ministre de l’Environnement, monsieur Adrien Ouellette, dont le ministère a contribué avec l'ACFAS à mettre sur pied le Prix de l'environnement, a rendu, à l’Assemblée nationale le 8 novembre dernier, un hommage à Michel Jurdant, qui justifie notre requête.Ainsi, monsieur Ouellette affirmait que Michel Jurdant était «un des grands penseurs en matière d'écologie et d'environnement au Québec».Il ajoutait que «sa compétence, reconnue dans plusieurs milieux, et la richesse de son oeuvre vont certes constituer un héritage des plus importants pour ceux et celles qui suivent ses traces et militent en faveur d'une meilleure qualité de l’environnement et du milieu de vie».Le ministre terminait son éloge en souhaitant « que son exemple, son enseignement et son oeuvre auront contribué à favoriser l'émergence de la connaissance environnementale de la population en général et également celle des gouvernements».Nous considérons donc que l'oeuvre et la carrière scientifique de Michel Jurdant, son apport au développement de méthodologies nouvelles et éminemment utiles en environnement, son rayonnement partout au Québec et dans le monde, l’approche multidisciplinaire et humaine de son concept d’environnement, ses luttes et combats en cette matière, justifient que l’ACFAS accorde au nouveau Prix de l'environnement le nom «Prix Michel-jurdant».G Léopold Gaudreau, biologiste Directeur des réserves écologiques et des sites naturels Jean-Pierre Drapeau,journaliste Directeur du magazine Forêt Conservation INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Ingénieur civil de formation, Michel Normandin fut successivement doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Sherbooke, président fondateur du CRIQ, président de la Commission de la recherche universitaire au Conseil des universités du Québec et président du Conseil de la politique scientifique de 7979 à 7983.Il s'occupe actuellement de mettre sur pied un groupe interdisciplinaire de recherche sur l'évaluation technologique à l'École Polytechnique de Montréal.L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ÉPOUSE LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE : POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ?par Michel Normandin ?En décembre dernier, le Premier ministre du Québec, M.René Lévesque, procédait de façon imprévue à un remaniement ministériel, à certains égards significatif.Au-delà des inévitables déplacements horizontaux liés à de tels remaniements, ce dernier comportait un élément inusité qui ne manqua pas de surprendre certains observateurs politiques bien que, malgré tout, il passa presque inaperçu auprès d’un bon nombre de ceux qui risquaient d’être touchés par la démarche inattendue du Premier ministre.Cet élément, relatif à la division du ministère de l’Éducation en deux ministères distincts et à la fusion du ministère delà Science et de la Technologie avec le nouveau ministère de l’Enseignement supérieur, comporte donc deux aspects différents qu'il nous faut examiner séparément.L'idée de mettre sur pied un ministère des collèges et universités ou ministère de l’Enseignement supérieur n’est certes pas nouvelle car elle a déjà été préconisée à plusieurs reprises, particulièrement à l’occasion des grandes remises en question ou à la suite de certaines crises qui ont secoué le monde de l'éducation au cours des vingt dernières années.Cette perspective rencontrait en général peu d’opposition de la part des milieux les plus directement concernés par une telle initiative : au contraire, on l’envisageait avec beaucoup de sérénité et parfois même avec enthousiasme.On comprend mal alors pourquoi le gouvernement actuel et ses prédécesseurs, après avoir fait miroiter cette possibilité à maintes occasions, se soient refusés dans le passé à poser un geste justifié, à plusieurs titres.En effet, le ministère de l’Éducation est une énorme machine qui, du simple point de vue administratif, ne peut que gagner à être scindée en deux unités plus restreintes répondant à des objectifs différents mais complémentaires.En dépit de sa très grande importance, la mission des secteurs primaire et secondaire est simple et ne présente en général pas d'ambiguïtés, sinon celles qui lui sont parfois imposées pour satisfaire des objectifs discutables.Cette mission varie peu d’un établissement à un autre, d’une structure régionale à une autre ou d’un secteur à un autre.Elle exige donc la mise en place d’infrastructures de gestion, plutôt remarquables par leur simplicité et leur uniformité, bien qu’elles encadrent des clientèles fort diverses quant à leur origine, leur langue de communication, leur dispersion géographique, leur autonomie de fonctionnement et même leurs croyances.Par contre, les réseaux collégial et universitaire doivent répondre à une mission complexe comportant de multiples composantes qui présentent parfois des facettes contradictoires et dont les orientations doivent être fréquemment réconciliées par rapport aux responsabilités de formation, de recherche et d’aide au milieu.On ne saurait minimiser l'importance de maintenir un équilibre entre ces trois composantes, équilibre qui doit varier entre les réseaux et entre les établissements d’un même réseau.Aussi nécessaire qu'elle puisse paraître à certains, cette multiplicité des rôles respectifs des réseaux et des établissements doit respecter l'intégrité de la mission complexe associée à cet ensemble et, à ce titre, elle exige un effort de collaboration entre les divers partenaires et nécessite parfois l’application de mesures de coordination souvent impopulaires.Le triple rôle de ces réseaux, dans le contexte d’une réponse aux besoins de la société, impose la multiplication des échanges avec les autres partenaires du milieu et la recherche d’une concertation continuellement renouvelée.Bien qu’elle soit désirable, une telle concertation ne s’impose aucunement dans le cas des réseaux primaire et secondaire.La séparation du ministère de l’Éducation en deux entités ministérielles distinctes se justifie donc si l'on tient compte non seulement de l'intérêt certain de réduire la taille d’une très lourde machine administrative, mais surtout de la différence des missions et des objectifs assignés par l’État à ces deux entités.Le second aspect de l'élément relatif au remaniement de décembre dernier, soit l’intégration du ministère de la Science et de la Technologie (MST) au nouveau ministère de l'Enseignement supérieur, soulève une question préalable qui, en elle-même, ne modifie pas de façon significative le résultat de notre analyse, mais dont l’ambivalence exige qu’on en examine de plus près les deux facettes.Cette question touche au mandat du MST et à la façon dont il a été interprété jusqu'à maintenant.Si l’on s'en tient au texte de loi créant ce ministère et aux multiples documents qui en ont préparé la mise sur pied, son mandat fondamental lui assigne la responsabilité d’assurer la coordination de l’ensemble des programmes et des activités scientifiques des organismes gouvernementaux et paragouverne-mentaux et de favoriser la concertation avec leurs partenaires de la communauté scientifique québécoise.Il semble plutôt que la démarche poursuivie jusqu’à maintenant par le MST l’assimile bien davantage à un véritable ministère sectoriel qui cherche à développer ses infrastructures et à y intégrer le plus grand nombre d’organismes, de programmes et d’activités, dont plusieurs se retrouveraient plus normalement à l’intérieur des ministères sectoriels traditionnels.Cependant, quelle que soit l'orientation donnée à son mandat, son intégration au sein d’un nouveau ministère de l’Enseignement supérieur pose un INTERFACE / JANVIER-FÉVRIER 1985 problème de crédibilité à l’endroit des agents vers lesquels il doit diriger normalement son action.Crédibilité, d'abord, pour le ministre responsable qui ne saurait préserver totalement son indépendance par rapport aux gestes qu’il aura à poser à l’endroit des établissements d’enseignement supérieur, que ce soit en matière de formation, de recherche ou d’aide au milieu.Crédibilité, ensuite, vis-à-vis les représentants du monde industriel qui accepteront mal cette intégration et qui se sentiront laissés pour compte à l’intérieur d’une structure conçue avant tout à partir de critères élaborés par et pour le milieu universitaire.Crédibilité, enfin, quant à une véritable compréhension, par les dirigeants de ce nouveau ministère,de la nécessité etdesexigencesde politiques d’innovation, de « faire faire», d'achat, etc., élaborées en fonction des besoins réels de l’entreprise privée et des contraintes particulières du développement technico-économique.Par ailleurs, les ministres les plus impliqués dans le domaine scientifique (Affaires sociales, Industrie et Commerce, Communications, Énergie, Environnement, etc.) accepteront-ils facilement le rôle d'arbitre dans les débats scientifiques que le gouvernement vient de confier à leur collègue de l’Éducation ou n’auront-ils pas plutôt tendance à vouloir se soustraire à une nécessaire coordination des éléments d’un dossier pour lequel le coordonnateur est lui-même partie prenante ?Ceux qui se souviennent encore du rôle tout à fait marginal joué au début des années soixante-dix par le ministère de l’Éducation dans le dossier du développement scientifique, qui lui avait alors été assigné, ne manqueront pas de retrouver leurs vieilles inquiétudes.Le gouvernement devra multiplier les démarches auprès de la communauté scientifique pour éviter que son geste récent ne soit interprété comme un recul certain de l'importance du dossier scientifique.En effet, à moins qu’il ne vise à mettre en veilleuse le dossier scientifique, ce geste du gouvernement s’explique assez mal, car il n'est pas propice à établir une plus grande sérénité dans le dialogue entre les parties ni à favoriser une plus grande concertation entre d’éventuels partenaires qui rencontrent déjà suffisamment de difficultés à faire oeuvre commune et à accepter les exigences d’une meilleure coordination de l’action.Il laissera malheureusement dans un certain désarroi ceux qui attendent plus de limpidité du discours gouvernemental et il aura peut-être pour effet de refermer les avenues de concertation qui avaient commencé à se dessiner avec des partenaires trop souvent effarouchés par des décisions ne visant pas toujours la plus grande cohérence et ne s’appuyant pas sur une nécessaire continuité de pensée et d’action.?AVIS AUX AUTEURS ?INTERFACE est une revue multidisciplinaire bimestrielle (relâche en juillet-août) éditée par l'ACFAS pour les membres de la communauté scientifique.Elle publie des articles de recherche de même que des interviews, des opinions et des informations générales sur la recherche et les chercheurs.Il n'est pas nécessaire d'être membre de l'ACFAS pour y contribuer.Les textes publiés n'engagent que les auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de l'ACFAS.Les articles de fond doivent être des bilans chargés de diffuser l’état des recherches dans un domaine particulier.Tout texte est systématiquement soumis à deux arbitres, trois en cas de litige.Sa clarté et son accessibilité constituent également des critères d’acceptation.Le sujet doit être introduit de façon à faire ressortir l’importance et l’intérêt des travaux effectués, comme leurs implications sociales, économiques et politiques.Il est opportun de situer la recherche par rapport aux autres travaux scientifiques et d’indiquer, le cas échéant, les limites atteintes et les développements possibles.Les chroniques «Science et politique» et «Modem» sont ouvertes à ceux et celles qui veulent commenter respectivement les affaires de politiques scientifiques et les questions de fond touchant la recherche.La chronique «100°C» est une tribune largement ouverte aux étudiants diplômés qui désirent communiquer leurs expériences ou préoccupations.L'Éditorial est généralement rédigé sur invitation à partir des préoccupations du comité exécutif de l'ACFAS.Il ne représente pas nécessairement la position de l'Association.Toute personne peut toutefois proposer un projet d'éditorial.L'interview «Face à Face», la revue des livres «Sources», les capsules d'information «Science Inter» et la chronique «Gros Plan» sont du ressort de l'équipe de rédaction d'INTERFACE.Les lettres des lecteurs sont publiées dans «INTERLIGNE» avec les réserves de circonstance touchant les propos diffamatoires ou non fondés.Enfin, les chroniques «Subventions et bourses», «À suivre» et «Chercheurs recherchés» sont ouvertes à toute personne ou organisme désireux de rejoindre la communauté scientifique.Pour obtenir les normes de rédaction, prière de contacter : Sophie Malavoy ACFAS Tél.: (514) 342-1411 N Hydro-Québec invente et développe en vue de préparer l'électrifficacité de demain.Elle assure aussi un service de qualité à ses clients.L'électrrfficacité et du com INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Bernard Bonin est professeur à l’École nationale d'administration publique depuis 7979.Après avoir obtenu sa licence en sciences commerciales aux HEC, il poursuivit ses études à Paris où il obtint en 7966 le titre de docteur en sciences économiques.CE A FACE BERNARD BONIN L’économie : plus qu’une activité universitaire propos recueillis par Marc Belva Si l'on reproche à de nombreux chercheurs et professeurs de se tenir en marge de la vie sociale, économique et politique, ce n'est pas le cas de Bernard Bonin.Economiste influent et respecté, auteur de nombreux ouvrages et articles, il participe à plusieurs conseils et commissions.Il a également été deux fois sous-ministre adjoint, d’abord à l'Immigration, puis aux Affaires intergouvemementales (Québec).?« Je pense que la place occupée par l'économie a suivi fidèlement l’intérêt suscité par les questions économiques, que ce soit au niveau de la population en général ou dans les milieux scientifiques.Jadis, on considérait les économistes comme des thaumaturges, avec une sorte de candeur naïve.On en est revenu, probablement parce que l’avenir n’a pas toujours correspondu à ce qu'ils nous faisaient espérer.« De nos jours, cette science connaît une popularité croissante.Nombre d'adultes formés dans divers domaines suivent des cours d’économie.« Toutefois, le marché du travail qui s’offre aux détenteurs d’une formation spécialisée en économie n’est pas très développé.À part l’enseignement, où le nombre de postes est fatalement limité, il n'y a guère que la fonction publique, à laquelle on "serre la vis" depuis quelque temps, et de rares entreprises privées car, en général, elles préfèrent les diplômés orientés vers la gestion.» Bernard Bonin se dirigeait d'ailleurs vers une carrière en gestion quand, sous l’influence de son maitre Roland Parenteau, il décida plutôt d’opter pour une nouvelle orientation : celle de la recherche en économie appliquée.À l'époque, c’est-à-dire dans les années 50, l’économie était une science à peu près ignorée et les facultés qui enseignaient cette matière étaient relativement rares.De nos jours, elle est certes plus « populaire », mais Bernard Bonin n'est pas vraiment satisfait de la façon dont les cours d’économie et d’économique sont dispensés.«Je me demande s’il n'y aurait pas moyen d’adapter l'enseignement de l’économie aux besoins spécifiques des futurs diplômés.Par exemple, quelqu’un pour qui le baccalauréat sera le diplôme terminal aurait avantage à ce qu’il soit moins spécialisé.Dans son cas, les notions les plus sophistiquées sont inutiles.En se documentant là-dessus, il perd donc un temps qu’il pourrait mettre à profit en étudiant une autre matière.On pourrait envisager, par exemple, un baccalauréat "à l’anglaise", avec majeure en économique et mineure en gestion, ou bien une combinaison entre la science économique et une autre science sociale, politique ou sociologie, par exemple.« La présence de trois cycles pourrait également être remise en question.Nous avons quelque peu copié le système américain en oubliant que, dans beaucoup de disciplines, la maîtrise américaine est soit un diplôme terminal conçu comme tel dès le départ, soit un "prix de consolation" pour quelqu’un qui s'est inscrit au doctorat, mais décide d’abandonner en cours de route.« Par ailleurs, nos cours du niveau "baccalauréat et maîtrise” sont tellement exigeants que les professeurs cherchent par tous les moyens à éviter de donner des cours au doctorat.Aux États-Unis, où il est possible d’éliminer les cours au niveau de la maîtrise, le problème est moins aigu.Donc, si l’on veut éviter que les étudiants et les professeurs ne parviennent "essoufflés" au niveau du 3e cycle, il faudrait sans doute sérier le contenu des cours de premier et de second cycles.«Chaque cycle universitaire devrait donc être conçu comme une entité.Ceux qui se bornent au baccalauréat se destinent à une certaine catégorie de professions où les notions enseignées au niveau de la maîtrise et du doctorat jouent en général des rôles plus qu’effacés.Comme le titulaire d’une maîtrise trouve souvent un emploi de décideur collectif, les cours devraient le préparer à jouer ce rôle de façon efficace.Seuls les docteurs occupent des postes exigeant une analyse très fouillée, et c'est donc au niveau du doctorat que les matières les plus élaborées devraient être enseignées.» Le « virage technologique » est un slogan mobilisateur qui ne correspond pas à une réalité très profonde.Bien que l’innovation industrielle ne fasse pas partie des préoccupations habituelles de Bernard Bonin, il a été amené à s’y intéresser suite à sa participation à des organismes comme le Conseil de la science et et de la technologie et les commissions du Conseil des universités.Il va de soi que l’implantation de nouvelles technologies aura des répercussions sur l'ensemble de l’économie.C'est pourquoi ce problème lui semble crucial.« On parle beaucoup, depuis quelque temps, de "virage technologique".Certes, c’est un slogan mobilisateur, mais cela reste un slogan qui ne correspond pas à une réalité très profonde.Si certains prétendent que le Québec a déjà adopté les nouvelles technologies, d'autres soutiennent que non. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 « De toute façon, ce n'est pas si simple.Si vous estimez que votre société a accumulé un certain retard technologique, ce n'est pas, parce qu’on se met à en parler, à décréter subitement “Il faut prendre le virage technologique !'' que 500 000 personnes vont emboîter le pas ! «Cela dit, les conditions au Québec ne sont probablement pas aussi mauvaises qu'on semble le croire parfois.Ce qui pourrait être dangereux, et nous promet à coup sûr des jours un peu plus difficiles, c'est que nous pourrions être tentés de faire trop de choses en même temps, sans prendre le temps de canaliser les efforts dans des domaines donnés.Nous risquons aussi de privilégier, comme champs d’avenir, des domaines qui offrent assez peu de garanties quant à la nature du risque technique et du risque du marché qu'ils comportent.« On propose souvent au Québec de se lancer dans certains “secteurs d'avenir’’ et, quand on examine les secteurs en question, on constate qu’ils sont déjà occupés par des entités nationales considérables (les États-Unis, le japon, la France.).On se demande alors comment une petite entité comme le Québec pourrait bien être appelée à y jouer un rôle déterminant.Ses chances de succès semblent minces à première vue.«Personne ne sait vraiment quelles sont les industries d’avenir, mais on a parfois affaire à quelqu'un qui est persuadé de le savoir.Lorsqu’il parvient à convaincre les décideurs du bien-fondé de ses convictions, il peut entraîner le pays dans une aventure.On pourrait donc assister à un phénomène que je nomme le “saupoudrage’’, c'est-à-dire que les énergies disponibles seraient dispersées dans des secteurs où elles ne représenteraient qu’une goutte d’eau dans la mer.» Toujours dans le domaine de la technologie, Bernard Bonin s’est aussi intéressé au rôle qu’y jouent les multinationales.Il a en particulier publié, dans la revue L’Actualité économique qu’il a dirigée pendant cinq ans, un texte sur la firme plurinationale comme véhicule de transmission internationale de la technologie (janv.-mars 1971).À l’époque de sa rédaction, il avait constaté que la naissance des multinationales semblait amorcer un processus de partage de la recherche et de la technologie.Cette tendance s’est-elle concrétisée depuis ?« Dans le contexte du partage de la technologie et de la recherche, l'entreprise multinationale ne représente qu’un canal qui offre certains avantages, mais qui n’est pas le seul disponible, les associations et autres joint ventures présentant également quelque intérêt.À l’heure actuelle, la plupart des pays insistent pour qu’une certaine partie des services de recherche et de développement soient installés chez eux.Or, pour bon nombre d'entreprises, en particulier pour les américaines, il est essentiel que les laboratoires de recherche soient situés dans le pays d’origine de la société mère, non loin de son siège social, mais surtout de ses services de marketing, de finances, etc.« Cette situation adonné lieu à un fameux débat sur le brain drain ou, si l'on préfère, l'exode des cerveaux.«Les États sont donc intervenus et, pendant quelques années, ont pris des mesures destinées à amener chez eux une certaine partie de la recherche.Cependant, la nécessité pour ces laboratoires de fonctionner en liaison avec ceux de la maison mère, ceci afin d’assurer une certaine cohérence aux recherches, limite les possibilités dans ce domaine.On connaît quelques sociétés qui ont fragmenté leurs recherches entre plusieurs pools de chercheurs, mais les initiatives restent assez timides et il ne s’agit pas d'une tendance marquée.«Toutefois, c’est un phénomène nouveau.Lorsque j’ai abordé ce sujet dans ma thèse de doctorat au début des années 60, on ne connaissait pas beaucoup d’exemples de sociétés ayant décentralisé leurs services de recherche et de développement.Au cours années 70, sous la pression des États nationaux, certaines entreprises ont été amenées à agir dans cette direction.Cette tendance devrait se maintenir, mais en tout état de cause elle n’est pas encore très affirmée et il semble évident que les progrès dans ce domaine seront nécessairement lents.» Il n'est pas évident que la croissance des investissements étrangers au Canada sera spectaculaire.Comme on le sait, l’économie tend à devenir démodée pour céder la place à l'économique, science plus vaste qui étudie à la fois l’économie et la politique, ainsi que les interactions qui existent entre elles.Les phénomènes qui font l’objet de l’économique sont incroyablement nombreux et d’une étonnante variété.C'est pourquoi Bernard Bonin s’est limité à nous donner son opinion sur les aspects les plus actuels de cette question, soit la redéfinition du rôle de FIRA (Foreign Investment Review Agency), l’Agence canadienne de tamisage des investissements étrangers, par le gouvernement Mulroney. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 « FIRA devait auparavant examiner deux grands types d’investissements étrangers : les prises de contrôle, c'est-à-dire les investissements qui se font par l’acquisition d’une société, et aussi les nouveaux investissements.Ce rôle ne concernait que les investissements d'une certaine importance, les transactions mineures n’étant pas passées au crible.« Maintenant, on semble vouloir changer de philosophie pour en faire un organisme de promotion.Mais il faut se rappeler que, selon la loi.Fl RA n’a jamais eu pour but de limiter les investissements étrangers, mais plutôt de maximiser les gains que le Canada pouvait en retirer.Les restrictions n’ont jamais été très importantes, puisque 90 p.cent des dossiers à FIRA ont reçu son aval.Par contre, un certain nombre d'investisseurs ont pu s’abstenir de présenter des demandes, sachant qu’elles seraient "filtrées”.«Les investisseurs potentiels ont d’ailleurs tout intérêt à exagérer les inconvénients attribuables au rôle de FIRA, de façon à supprimer des démarches dont ils ne tirent aucun bénéfice.«Par ailleurs, le ralentissement des investissements étrangers au Canada a commencé dans les années 60, bien avant la création de FIRA, et avant même que le consommateur ne commence à s’interroger sur le bien-fondé de ce type d’investissements.En fait, ce ralentissement coïncide plutôt avec la création de la Communauté économique européenne, ce qui n’est sûrement pas un hasard.La création en Europe d'un marché substantiellement élargi a poussé les investisseurs américains à y prendre pied avant que la concurrence ne s'installe.Déjà apparent dans les années 60, ce mouvement a pris rapidement de l’ampleur et ne s'est ralenti qu’après 1973, du fait d'une diminution générale de la croissance.« Cette situation peut aussi être attribuée au fait que, dans de nombreux secteurs, il a fallu moderniser l’équipement, économiser l’énergie, etc., si bien que le ralentissement dont nous parlons fut à peu près général.» Que va-t-il donc se produire ?« Bien sûr, le nouveau rôle de FIRA signifie qu'il y aura, pour les investisseurs, un obstacle de moins.Toutefois, la Communauté européenne élargie, le lapon qui commence à s'ouvrir et les nouveaux pays industriels attireront sans doute un nombre important d'investisseurs.Le Canada fait donc face à une concurrence considérable, et il suffirait que les pays de l'Est se libéralisent un peu à cet égard pour que cette concurrence dispose d'arguments écrasants.«Un autre facteur ne joue pas en faveur du Canada, je demande souvent à mes étudiants : tentez donc de trouver un besoin, ne fût-ce qu’un désir du consommateur canadien, que Ton ne soit pas déjà en mesure de satisfaire, soit par une production d'ici, soit par une importation.Sachant que le consommateur canadien ne manque de rien, qu'il est même "gâté” à certains égards, pourquoi une compagnie étrangère viendrait-elle s’établir ici ?Il est relativement facile de percer dans un marché où Ton constate un vide, mais lorsqu'on veut offrir un produit ou un service déjà disponible, il faut faire sa niche parmi la concurrence, ce qui implique qu'on dispose d'avantages sérieux.«Tous ces phénomènes se conjuguant, il n’est pas évident que la croissance des investissements étrangers au Canada sera spectaculaire.» je ne crois pas que le libre-échange soit une utopie.Parmi les questions qui préoccupent les économistes, il en est peu qui soulèvent les passions comme le libre-échange ou son contraire, le protectionnisme.Chacun semble avoir son opinion là-dessus ou, à tout le moins, disposer d’arguments en faveur de l'un ou l’autre système.Depuis quelques années, certaines mesures protectionnistes ont été largement publicisées, notamment le contingentement des importations d’autos japonaises.On est donc en droit de se demander si le libre-échange est devenu une utopie, ou bien si la prolifération des firmes plurinationales rend illusoires les contrôles protectionnistes. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 «,/e ne crois pas que le libre-échange soit une j utopie.Je pense que, tout compte fait, nous en sommes probablement plus proches que jamais, et nous nous en approcherons davantage lorsque les traités douaniers et tarifaires les plus récents seront tous en vigueur, ce qui surviendra en 1987.Toutefois, je ne pense pas que ce soient les entreprises multinationales qui ont donné naissance à ce mouvement.Bien sûr, une suppression de toutes les barrières, tarifaires ou autres, faciliterait considérablement la planification à l'intérieur de ce type d’entreprises.L’ensemble de leurs activités serait favorisé et elles pourraient considérer le monde comme leur univers.Cependant, les entreprises multinationales ont démontré qu’elles pouvaient s'accommoder, voire tirer profit des restrictions de toutes sortes que les États peuvent imposer.Si les frontières nationales continuent d’avoir un sens, c'est essentiellement dans la segmentation et la différenciation des divers marchés nationaux.« Pour tirer profit de cet état de choses, l'entreprise multinationale use d'un procédé déjà bien connu : la production est conçue pour qu'une partie du travail d'effectue dans les pays où les coûts sont les plus bas.Le produit semi-transformé est ensuite réexporté, et ainsi de suite.L’existence de multiples nations permet également à la multinationale d'utiliser certaines astuces pour tirer parti des différentes politiques fisacles, sociales et autres, en vigueur dans chaque pays.« Notons également que la majorité des multinationales ont des racines anciennes qui remontent en général à la seconde moitié du XIXe siècle.Au cours de leurs quelque 75 ans d’existence, elles ont réussi à traverser plusieurs guerres, ainsi que les conséquences protectionnistes qui en ont résulté.«La recrudescence des tendances protectionnistes part de la "première"crise de l'énergie, comme on a baptisé celle de 1973.Cette tendance s’est encore accrue au cours de la récession que nous avons connue récemment.«Les mesures prises dernièrement — contingentement et autres restrictions — illustrent bien le fait que ce sont les États qui s'opposent au libre-échange.Le plus souvent, d’ailleurs, ce ne sont pas des multinationales qui sont visées par les mesures protectionnistes.Dans la chaussure, la bonneterie, le textile naturel et le vêtement, la "multinationalisation" est peu poussée ; ces secteurs sont pourtant tous en difficulté au Québec.» L’État est un moyen, non une fin.Toutes ces questions ont amené Bernard Bonin à se pencher sur le rôle de l’État dans l'économie.L’un de ses récents travaux porte sur la décentralisation et nous lui avons demandé si cette dernière constituait un modèle essentiel, ou bien s’il envisageait d’autres techniques pour améliorer l’efficacité de l’État dans la résolution des problèmes économiques.« La décentralisation n’est pas un remède-miracle.En fait, il existe autant de cas où l'on devrait avoir recours à une plus grande centralisation qu'à une décentralisation.L'essentiel, c'est que les décisions soient prises au niveau où les effets seront ressentis.«Le Canada est un pays très vaste qui présente de multiples facettes.Outre les distinctions de langue, les particularités géographiques des régions font que les besoins et les goûts varient considérablement.Les problèmes économiques des Maritimes ont peu de points communs avec ceux des Prairies, par exemple.Comme on n’arrivera jamais à homogénéiser ni les goûts ni les besoins, il semble que les mesures prises par un pouvoir central soient trop uniformes pour satisfaire l'ensemble de la population.Par ailleurs, en pratiquant la décentralisation, il faut bien s'arrêter quelque part car, à la limite, les goûts varient d'un individu à l'autre.« En somme, il existe deux moyens de régler la question.Ou bien le fédéral devra différencier son action en tenant compte des particularités régionales, ou bien l'application de certaines mesures devra être confiée aux gouvernements locaux, qu’ils soient provinciaux ou municipaux.« Quant au rôle de l'État, il me semble qu'on a un peu perdu de vue sa nature véritable.L'État est un moyen, non une fin.«Cependant, à observer le comportement de certains gouvernements ou de leurs organismes, on a l'impression qu'ils partagent un point de vue différent et que l'expansion du rôle de l'État — ou des organismes qu’il régit — est devenue une finalité en soi.En outre, les économistes jouent un rôle trop effacé.Au Québec, par exemple, sur 40 ministres, on ne trouve guère plus de trois ou quatre économistes de formation.Les économistes servent plus souvent à titre de conseillers, de sorte que, leurs interventions n’étant pas publiques, leurs arguments peuvent être déviés ou amenuisés. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 «Par ailleurs, les objectifs de l'État en matière d’économie sont doubles et quelque peu contradictoires.Dans l'application d’une mesure, il hésite entre l'efficacité et l’équité.Les deux ne sont pas incompatibles, mais il y en a fatalement une qui domine.Or, si l’efficacité donne des résultats pragmatiques, son rendement est à peu près nul en termes de capital politique alors que l’équité est importante aux yeux de tous et que la moindre inégalité cause un certain remous, quand elle ne soulève pas un tollé de protestations.Dans ce contexte, ceux qui proposent une analyse positiviste, avec un minimum de jugements de valeur, passent pour des empêcheurs de tourner en rond.« Entre la rationalité pensante et la rationalité agissante, qui sont deux univers très différents, le monde politique opte pour la première, car il ne peut pas vraiment fonctionner sur des concepts scientifiques.Il a besoin de visions colorées et brosse donc, de l’activité économique humaine, des grandes fresques très pittoresques, mais qui manquent absolument de nuances et sont le plus souvent erronées.Lorsque le fonctionnement d'un organisme ne convient pas, je ne crois pas qu'il faille mettre en cause les fonctionnaires, mais plutôt les règles du jeu.« Pour le commun des mortels, lorsqu’une loi, un règlement ou une politique se révèle inefficace, il en attribue le démérite à ceux qui sont chargés de les appliquer, hommes politiques ou fonctionnaires et, bien entendu, il leur suppose des motifs plus ou moins honnêtes et désintéressés.Pour ma part, je ne crois pas qu'il soit nécessaire d’y mettre de la mauvaise foi ou de l’iniquité pour qu'une mesure n'atteigne pas à l’efficacité.Certes, comme le disait déjà Bolingbroke au XVIIe siècle, nous avons tendance à favoriser nos amis et à nuire à nos ennemis, et cela a peu changé depuis.Mais je ne crois pas que cela explique l’inefficacité que l’on peut constater à divers niveaux.Je ne crois pas que l'homme soit pervers, mais bien souvent les meilleures volontés n’accomplissent rien de plus que ceux qui exécutent leur tâche sans aucun enthousiasme.Lorsque le fonctionnement d’un organisme ne convient pas, je ne crois pas qu'il faille mettre en cause la compétence ou la probité des fonctionnaires, mais plutôt les règles du jeu.On exige des fonctionnaires une certaine conformité à des normes : rendement correct, travail bien fait.À la limite, ils ont le pouvoir, mais ils n’ont aucun moyen de refaçonner le monde, ce qui appartient exclusivement aux hommes politiques.« Dans l'ensemble, les structures de la machine étatique obéissent à une vaste quantité de règles rigides, ce qui en fait une mécanique très complexe, aussi complexe que la machine économique.Lorsque le fonctionnement de ces machines fait défaut, je ne crois pas qu’il faille s'en prendre à leurs rouages, mais , bien à leur conception d’ensemble.Il va de soi que celle-ci est extraordinairement rigide, et que les pro- : moteurs d’une vision nouvelle se heurtent aux "consolideurs”, partisans d’une amélioration progressive des structures existantes.Mais si l’on veut améliorer la cohérence interne de l'État, son efficacité et sa transparence, ce sont bien les règles du jeu, et non pas les individus, qu’il faudra interroger.» Finalement, Bernard Bonin nous avouera que l’enseignement de l’économie le laisse un peu sur sa soif.Comme les relations suivies entre les étudiants et les professeurs ne sont pas faciles, le temps manque pour aborder des questions de fond et se lancer dans la discussion pour le plaisir de la discussion, à la manière des maîtres de jadis.Il trouve aussi que, depuis la victoire du keynésianisme sur l'institutionnalisme, victoire qui remonte aux années 30, certains aspects de l’économie ont été systématiquement écartés de l’enseignement, ce qui est regrettable.Il déplore, par exemple, que l'on en soit venu à adopter des modèles mathématiques en négligeant des élé- ; ments importants comme le processus de décision ou encore l’histoire de l'économie, matière désuète selon certains, mais qui comporte bien des éclaircis- < sements pour celui qui veut la fouiller.Il souhaite donc que l’on élargisse quelque peu le champ d’étude de l'économique et que l’on se tienne au courant des grands mouvements politiques en poussant plus loin que l'allocation des ressources, qui reste le seul champ d’analyse dans ce domaine.Peu partisan de la routine, Bernard Bonin a décidé de consacrer son temps à se documenter et à rédiger des livres.Un peu las de se limiter à l’économie, ce qu’il attribue au « syndrome de la mi-carrière », il aime surtout écrire et, dans ses futurs ouvrages, n'hésitera pas à aborder des domaines plus vastes.Son ouvrage sur les centres de décision sera un essai sur le pouvoir, sans doute moins scientifique que ses travaux précédents, mais probablement plus passionnant, du moins à en juger par l’enthousiasme communicatif avec lequel il a accepté de nous en livrer quelques éléments.? &****:£ ¦•>.: v SBBfeg /sSjRf; SWÜÜ8 .A Tf^Hl N®l«@SiSSB ¦ ->: sg»g& .T^- |ct.V- SÏ&gS&iî ram'nlrïr.V ¦'Aht-vA'-VAA iÉ||s®gÉ :îA&&i âiÉgsÉ ini Ism ;:ÊMmM npMpmiQi wM'-y yM&M b:M: 3K œ* Eisas! ¦ÿfâgh'à-; mm&ïV M0B.|fp^-': ‘.O* JM, J,H B*t* #>'.' H trrtlMI - t>*ll»*C Æ>?» * * %.v''vMV ¦••• .NM£Çg@$g£ f-TA mm #?w a»" kü*’ UN REGARD NEUF SUR LES AFFAIRES.Avec la publication récente du Devoir économique-un nouveau cahier exceptionnel réalisé par une nouvelle équipe de journalistes chevronnés-le journal Le Devoir vient combler un manque et devient le seul quotidien à offrir un contenu économique et financier exhaustif.Cotes boursières américaines et canadiennes, indice général individuel, taux d’escompte, devises étrangères, performance du dollar et des métaux, marché des options, contrats à terme, fonds mutuels, mercuriale, évaluation de la performance dans chacun des secteurs, statistiques économiques, nouvelles des compagnies, résultats financiers, nouvelles émissions, avis de dividendes, conjoncture économique nationale et internationale, graphiques, analyses.Tout y est! À tous les jours! Dans une mise en page intelligente, spécialement structurée pour un maximum d’efficacité et un minimum de temps de lecture.Le Devoir, c’est aussi un regard franc sur le monde politique, social et culturel.Abonnez-vous! LE DEVOIR ESSENTIEL! wtm iiil '’vXvX Aurèle Beaulnes est directeur de l'Institut Armand-Frappiera.INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 La biotechnologie et le secteur de la santé par Aurèle Beaulnes La biotechnologie ne tient plus de la fiction : déjà d'importantes applications sont prévues à court terme, en particulier dans le secteur de la santé.Qu'il s'agisse de la synthèse d'hormones, du développement de nouveaux vaccins ou de la mise au point de moyens de dépistage et de traitement des maladies virales comme du cancer, cette nouvelle science promet de jouer un rôle de premier plan dans le secteur des produits pharmaceutiques, biologiques et diagnostiques.?Dans son roman «Les Caves d’acier», publié ilya plus de trente ans, Isaac Asimov, ce maître de la fiction scientifique, évoque diverses facettes de la vie robotisée du XXIe siècle dans la mégalopole côtière du Nord-Est américain.L’un des personnages-clés de ce roman, Clousarr, est un conspirateur, membre d’un mouvement clandestin de « retour-à-la-terre», mais c’est aussi un zymologiste fier de sa mission, soit de contribuer à l’alimentation de six des huit milliards d’habitants du vaisseau-terre qui survivent alors presque entièrement sur des levures à haute teneur en protéines cultivées dans de gigantesques fermenteurs situés à Yeast-town, dans le New Jersey.Le zymologiste est très fier des réalisations de son laboratoire, telles que des fraises hors saison, toutes artificielles, fabriquées à partir d’une souche de microorganismes à haute teneur en sucre, auxquels on a ajouté un peu de colorant et une pincée d’additif savoureux.Ce même scientifique a aussi développé une variété de levure dont le contenu en corps gras, élevé de 15 à 87 p.cent, s’est imposé comme agent de graissage idéal des voies rapides du réseau souterrain de la mégalopole.En devin perspicace, Asimov présageait alors l’avènement des biotechnologies et leur impact sur les industries alimentaire et chimique.Ces fermenteurs géants d’Asimov auraient-ils déjà fait leur apparition ?Oui, en terre japonaise principalement.Citons, en exemple, la maison Kyowa Hakko qui opère, depuis 1970 déjà, un ensemble de 20 réservoirs de 250 000 litres chacun, permettant à l’aide de micro-organismes de convertir le sucre en divers acides aminés.Mais, du gigantesque, passons à l’infini ment petit et, à tout seigneur, tout honneur, présentons l’un des artisans de la révolution biotechnologique : Sac-charomyces cerevisiae, ouvrier modèle et factotum aux ressources illimitées.Journée de travail : vingt-quatre heures.Sobre en tout, ses besoins énergétiques sont minimes.Son grand but dans la vie : se reproduire, aussi souvent que possible, soit sexuellement, par le mariage de spores différentes qu’il fabrique lui-même, soit asexuellement, par un simple bourgeonnement issu de son propre organisme.Sa polyvalence et ses capacités d’adaptation sont phénoménales.Il sait faire lever la pâte du boulanger et transformer le sucre des plantes en alcool de consommation ou de combustion.Il fabrique en lui-même, à bon marché, de puissantes enzymes qu’on lui extirpe et qui deviennent d’utiles catalyseurs industriels.Fait surprenant, ce petit être manifeste une grande affinité pour certains métaux, dont l’uranium, qu’il peut capter et condenser à sa surface.Comble de permissivité, cet étonnant micro-organisme accepte volontiers la greffe de nouvelles parcelles d’hérédité de source humaine ou animale, capables de générer, dans son propre corps cellulaire, des substances potentiellement très utiles en médecine, telles que l’insuline et l’interféron, mais qui lui sont, par ailleurs, aussi étrangères qu’inutiles.Ce travailleur méconnu et tous ses frères industrieux de la grande famille des levures et des champignons microscopiques, capables de produire plusieurs antibiotiques, ainsi que leurs innombrables vieilles cousines, les bactéries, forment une puissante armée au service des biotechnologies, anciennes ou nouvelles.NOTIONS DE BIOTECHNOLOGIE Sous le vocable de biotechnologie se trouve regroupé un ensemble de techniques, anciennes ou nouvelles, utilisant la biomasse, c’est-à-dire l’ensemble des ressources naturelles renouvelables, comme matière première, et des cellules vivantes ou des substances qui en sont extraites comme outil d’intervention, en vue de la production de divers biens et services.Grand carrefour interdisciplinaire au confluent de la biologie, de la chimie et de l’ingénierie, la biotechnologie connaît un développement accéléré en raison de plusieurs facteurs : 1) les progrès réalisés en sciences fondamentales depuis deux décennies, notamment dans le champ de la microbiologie et de la biologie cellulaire et moléculaire ; 2) l’avancement dans les technologies de fermentation, ce dénominateur commun de la plupart des biotechnologies ; 3) la perception subite, autant chez les scientifiques quedansla communauté en général, du vaste et troublant potentiel du génie génétique et des autres biotechnologies nouvelles; 4) la convergence des trois grandes crises internationales de la dernière décennie, aux plans de l’énergie, de l’alimentation et de l’environnement.! led Leu moi L Pil( di;i ¦ tent [ oeu : sert ; moi I ht pi que née i à i ait L eue soil i «a ( oui dam link ¦ ni I I ou i 1 I i nieli I dava hi liqui les» I thiss I 'fell I "'lit! «ne laili mon W0mmM INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 La plus ancienne des biotechnologies, la fermentation, est un procédé vieux comme le monde : notre grand-père Noé, patriarche digne, la pratiquait déjà.Il y a en effet bien longtemps que les micro-organismes oeuvrent de façon empirique au service de l’homme pour fermenter le vin et la bière, faire lever le pain ou produire yogourts et fromages, mais ce n'est que depuis une centaine d'années que l’on connaît son mécanisme intime.Pasteur la définissait comme « la vie sans air».On en donne aujourd’hui une définition industrielle plus lâche, soit tout procédé à haute échelle catalysé par des microbes avec ou sans aération.Technologie éprouvée depuis plusieurs décennies déjà, la culture cellulaire vise à produire dans un milieu artificiel, à variables bien contrôlées, de grandes quantités de cellules végétales ou animales, aux fins d’utiliser ce matériel biologique comme catalyseur ou porteur, ou encore d’en extraire enzymes, médicaments ou autres composants intracellulaires à des fins expérimentales ou industrielles.Ce sont toutefois les nouvelles biotechnologies qui ont davantage contribué à cet engouement qui anime non seulement la communauté scientifique, mais tout autant les Etats, les organismes internationaux et les investisseurs.Le génie génétique a comme objectif principal l’enrichissement du patrimoine génétique d’une cellule dans le but de lui faire produire, à des fins utiles et en grandes quantités, une substance nouvelle, tout à fait étrangère à cet organisme, telle qu’une enzyme, une hormone ou un antigène.Le génie enzymatique consiste principalement dans l’utilisation sélective des enzymes microbiennes, souvent immobilisées dans des supports artificiels, qui deviennent ainsi des « microusines » destinées à l’élaboration ou la transformation de divers produits agro-alimentaires ou chimiques.L’une des biotechnologies nouvelles les plus prometteuses consiste dans la fusion cellulaire génératrice d'hydridomes, c'est-à-dire de cellules à croissance rapide, dotées du pouvoir hérité d’une autre cellule de produire une substance à propriété très spécifique, habituellement un anticorps monoclonal utilisé à des fins analytiques, diagnostiques ou, éventuellement, thérapeutiques.D’avant-garde et de potentiel illimité, le biomimétisme copie la nature et construit des modèles biologiques tels que membranes et virus artificiels, biotransistors et modèles photosynthétiques.LES SECTEURS D’APPLICATION DES BIOTECHNOLOGIES Parmi les différents secteurs d'application des biotechnologies, ceux de la santé et de la chimie industrielle s’avèrent prioritaires en raison des retombées prévisibles à court ou moyen terme.À plus long terme, les secteurs alimentaire, agro-forestier, énergétique et environnemental, et celui des ressources non renouvelables subiront également, et de façon très significative pour l’ensemble de l’humanité, l’impact de la révolution biotechnologique.Dans le secteur de la santé, de nouveaux procédés de production des produits biologiques et de divers produits pharmaceutiques perturberont le régime traditionnel de fabrication de ces produits et contribueront à la mise sur le marché de nouveaux produits.Des approches thérapeutiques inédites fourniront de nouvelles armes contre le cancer et les déficiences immunologiques.Enfin, de nouveaux réactifs et de nouvelles méthodes analytiques et diagnostiques permettront la simplication et le raffinement de la détection des agents pathogènes et des désordres génétiques et immunologiques.Comme le secteur de la santé, celui des produits chimiques offre un énorme potentiel de retombées économiques à moyen terme, par le recours à de nouveaux procédés moins énergivores et moins polluants, et la mise au point de nouveaux produits, réactifs et catalyseurs.D’ici la fin du siècle, un impact économique estimé à 15 milliards de dollars par an est prévu pour des douzaines de produits chimiques nouveaux ou fabriqués selon de nouvelles voies.Parmi les groupes de produits qui seront affectés par l’avènement des biotechnologies nouvelles, il convient de citer les plastiques et les résines, les parfums et les essences, le caoutchouc synthétisé, les produits chimiques médicinaux, les pesticides et, non les moindres, les dérivés primaires du pétrole.En effet, il est à prévoir que le gigantesque marché de la pétrochimie nord-américaine, évalué présentement à quelque 40 milliards de dollars, sera beaucoup affecté autant par le coût grandissant de la matière première que par la compétition inévitable avec les produits et procédés biotechnologiques.À plus long terme, quatre autres secteurs majeurs subiront l’impact des technologies biologiques : 1) le secteur énergétique, par la production de biocombustibles de remplacement ainsi qu'en raison de l'exploitation plus efficace des réserves énergétiques actuelles ; 2) le secteur de l’a’imentation, grâce au développement de nouvelles denrées pour l’homme et l’animal,et de nouveaux procédésde production et de transformation des aliments ; 3) le secteur agro- forestier, par le harnachement de la fixation de l’azote, la mise au point de nouvelles lignées végétales, la culture des cellules végétales, dont l’impact sera majeur sur l'approvisionnement en glycosides, alcaloïdes et autres groupes pharmacologiques importants, et le développement de nouveaux engrais et pesticides ; 4) le secteur de l’environnement et des ressources non renouvelables, grâce au développement de nouvelles techniques de traitement des déchets et de lutte contre la pollution, et suite au recours à de nouvelles méthodes d’exploitation minière et pétrolière reposant sur l’emploi des microorganismes.LE SECTEUR DE LA SANTÉ Dans le secteur de la santé, huit groupes de produits pharmaceutiques, biologiques ou diagnostiques subissent déjà ou subiront l’influence du développement rapide des biotechnologies.Il s’agitdes hormones peptidiques, des lymphokines, des vaccins, des anticorps, des enzymes, des sondes génétiques, des antibiotiques et même des protéines plasmatiques humaines.1.Les hormones peptidiques Les hormones peptidiques forment le premier groupe mis en lumière par le génie génétique.La biosynthèse de la somatostatine en 1977, celle de l’insuline en 1978, de l'hormone de croissance humaine en 1979 et enfin celle de la /1-endorphine en 1980, issues d’un transfert génétique dans des micro-organismes, s’avéreront sans aucun doute des étapes-clés dans l’histoire des sciences et de la médecine.Plusieurs autres peptides biologiques doués de propriétés hormonales importantes ont été biosynthétisés plus récemment, tels que la thymosine, la calcitonine et le facteur de croissance épidermique. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Le dossier de l'insuline illustre la plus grande rapidité de transfert et d'application des découvertes en matière de biotechnologie.En effet, deux années seulement se sont écoulées entre le premier clonage efficace du gène codant pour l'insuline humaine et l'amorce des premiers essais cliniques en 1980, et deux années seulement pour démontrer son efficacité et procéder à la commercialisation du produit suite à son approbation en Angleterre à l’automne 1982 et aux États-Unis, quelques mois plus tard, soit environ deux ans avant les meilleures prédictions faites quatre ou cinq ans auparavant.Une semblable accélération caractérisera le dossier de l’hormone de croissance humaine biosynthétique dont la mise sur le marché est imminente.Il existe un pool connu d’une cinquantaine de types hormonaux peptidiques doués de propriétés pharmacologiques intéressantes, connues ou soupçonnées.Pour un grand nombre de ces hormones, leur disponibilité en trop faibles quantités, leur coût souvent prohibitif et leur utilité restreinte en raison de la nécessité de procéder à une administration parentérale ont beaucoup limité les travaux expérimentaux et surtout les essais cliniques.Afin de situer la place de la biotechnologie dans ce domaine, il est utile de comparer les diverses technologies disponibles pour la production de ces substances.Ces hormones peuvent être extraites d’organes humains ou animaux, du sérum ou de l’urine.Elles peuvent être produites dans des cultures cellulaires ou par fermentation microbienne après génie génétique.Mais, elles peuvent également être synthétisées de toute pièce.Un facteur important dans le choix de la méthode sera la longueur de la chaîne d’acidesaminésformantla molécule.Puisque la synthèse chimique de peptides de poids moléculaire faible comprenant moins de 40 acides aminés devient, entre les mains de chi- mistes compétents, une tâche de plus en plus aisée, cette approche devient nettement compétitive en regard des techniques biologiques.La synthèse chimique présente un avantage marqué, dans un contexte de recherche, soit la production d’analogues de la molécule naturelle, plus ou moins différents ou spécifiques au plan des propriétés pharmacologiques et des effets secondaires.2.Les lymphokines Le domaine des lymphokines, ces modulateurs de l’immunité produits par les globules blancs, tels que l’interleukine-2 et de multiples facteurs de croissance, connaît un développement accéléré depuis quelques années et pourrait fort bien s'avérer l'un des réservoirs les plus prometteurs de produits pharmaceutiques nouveaux.Le précurseur de ce nouveau groupe de produits biologiques, l’interféron, connaît cependant une évolution incertaine.Jamais n’a-t-on vu autant d’investissements massifs et de compétition effrénée autour d’un tel produit dont les propriétés bénéfiques, antivirales ou oncolytiques, demeurent controversées.Présentement, pas moins de 22 compagnies américaines et 19 compagnies japonaises sont engagées dans cette course, principalement par le recoursau génie génétique.Un nombre considérable d'essais cliniques sont en cours avec des interférons de divers types et de diverses sources.Le pouvoir préventif des interférons dans certaines infections virales, herpétiques notamment, semble se confirmer, mais leur pouvoir curatif demeure incertain.Dans le domaine du cancer, seules des conclusions partielles et prudentes peuvent être tirées.Avec quelques exceptions, les tumeurs qui répondent le mieux à l’interféron (certains lymphomes, des papillomes bénins et la leucémie) sont aussi celles qui répondent le mieux à la chimiothérapie.Le verdict final ne pourra être rendu qu’a-près plusieurs années de recherche.La solution réside peut-être entre les mains du chimiste organicien ou du biologiste moléculaire qui pourront possiblement faire mieux que la nature par la synthèse d’analogues plus spécifiques, plus puissants et moins toxiques.3.Les vaccins À court terme, un des champs d’application les plus prometteurs du génie génétique s’avère le développement de vaccinscontre les maladies parasitaires ou virales de l’homme ou de l’animal.À la perspective d’une production de vaccins moins coûteux, plus purs et entièrement « sécuritaires», s'associe la possibilité de la mise au point de vaccins jusqu’à maintenant impossibles ou très difficiles à développer par les approches traditionnelles.La première cible, déjà atteinte, est la fièvre aphteuse, cette grave maladie virale des bovidés contre laquelle un antigène vaccinant, produit par recombinaison génétique chez une bactérie, peut maintenant être produit commercialement.Le recours au génie génétique permet d’entrevoir à moyen terme le développement de vaccins efficaces contre des maladies aussi graves et débilitantes que le paludisme, le trachome, la dysenterie amibienne, les hépatites A et B, l’herpès et même le SIDA.Plusieurs laboratoires s'efforcent présentement de synthétiser des antigènes paludéens par clonage moléculaire.Un succès à ce niveau pourrait faciliter le développement d’outils prophylactiquescontre les autres grandes maladies parasitaires — schistosomiase, filariose, leishmaniose et trypanosomiase — véritables fléaux des continents en développement.L’impact humanitaire, social, économique et politique résultant d’une baisse de la morbidité et de la mortalité dues à ces grandes endémies serait, de toute évidence, considérable.En Amérique du Nord, les deux vaccins viraux les plus importants commercialement, soit les vaccins contre l’influenza et la poliomyélite, représentent des cibles de choix justifiant une concentration d’efforts en vue de la biosynthèse d’antigènes vaccinants.Ici encore, cependant, on voit poindre à l'horizon, au-delà du génie génétique, l'approche de la pure synthèse chimique des antigènes vaccinants.4.Les anticorps monoclonaux Le vaste domaine des produits et services diagnostiques subira également l'influence des biotechnologies et, plus spécifiquement, de la fusion cellulaire du type hybridome.En effet, la préparation d’anticorps spécifiques, dits monoclonaux, par des lignées cellulaires hybrides produites en laboratoire fournit à la recherche de précieux outils d’analyse et permet d’envisager la mise au point de techniques ou trousses diagnostiques d’un grand intérêt pour le dépistage des maladies virales et du cancer, et même pour leur traitement.Les prévisions du marché nord-américain des produits dérivés des hybridomes dépassent le milliard de dollars pour l’année 1990.5.Les enzymes Certaines enzymes throm- bolytiques, telles que la streptokinase, issue de certaines espèces de streptomycètes, et l'urokinase, produite en culture de cellules rénales ou extraite de l’urine, jouissent d’une popularité croissante au Japon et en Allemagne, dans le traitement desthrombosesetembolies.Ces produits font aussi l’objet d’essais de production par génie génétique.Dans ce domaine, le tPA (tissue plasminogen activator) offre cependant beaucoup plus d'espoir, en raison de son action plus spécifique sur une période plus longue.La biosynthèse du tPA par recombinaison génétique rendra bientôt pos- INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 sible des essais cliniques plus étendus avec cette substance prometteuse.Les enzymes de restriction, ces cadeaux de la nature isolés de diverses espèces bactériennes et synthétisés, selon toute évidence, comme moyen de défense, ont la propriété de découper des séquences d’acides nucléiques en des sites très spécifiques.Extraites des bactéries qui les fabriquent, ces enzymes sont vite devenues d'utiles outils analytiques de recherche et, notamment, les scalpels du génie génétique.Mais, elles s’avèrent aussi des réactifs de diagnostic polyvalents et très spécifiques, qui permettent de distinguer, par exemple, des sous-espèces de virus herpétique très difficiles à caractériser par les méthodes traditionnelles.Ajoutons que l’utilisation des enzymes de restriction s’impose dans le champ complexe du diagnostic des déficits génétiques.6.Les sondes génétiques Les sondes dites génétiques ou d’hybridation sont des brins d’ADN simples — marqués à la biotine, par exemple — capables de reconnaître, sur une cible à identifier, la séquence qui lui est complémentaire.Un des plus récents outils analytiques et diagnostiques, la sonde d'hybridation,connaîtra certes un développement aussi rapide et prometteur que celui des anticorps monoclonaux.Les principales applications des sondes génétiques sont : 1) le diagnostic des maladies infectieuses (troubles diarrhéiques microbiens, maladies transmises sexuellement et diverses maladies virales telles que l’hépatite, l’herpès, les infections à rotavirus et cytomégalovirus) ; 2) le diagnostic prénatal des anomalies congénitales (anémie à hématies falciformes, /3-thalassémie et dystrophie musculaire) ; 3) le diagnostic de la susceptibilité à certaines maladies, comme l’athérosclérose.7.Les antibiotiques Il ne faudrait pas oublier, à ce chapitre, la place considérable occupée depuis quarante ans par les antibiotiques.Aux techniques désormais classiques de cultures massives en fermen-teursde micro-organismes générateurs d’antibiotiques s’associent maintenant de nombreux raffinements et des possibilités nouvellesempruntéesà la fusion cellulaire et à la recombinaison génétique.8.Les dérivés sanguins Le marché international des produits issus du fractionnement du sang humain (albumine, facteurs VIII et IX, globulines) s’élève présentement à un milliard de dollars.Deux approches sont disponibles : 1) la technique traditionnelle et bien éprouvée d'extraction à l’éthanol froid ; 2) la technique chro-matographique, nouvelle et peu rodée, mais moins coûteuse et à rendement accru.Cette dernière technique a été retenue par les deux nouveaux centres canadiens de fractionnement sanguin en construction, l’un au Winnipeg Rh Centre et l’autre sur le campus de l’Institut Armand-Frappier.En 1981, la maison Genen-tech réalise une percée considérable, soit la production de l’albumine sérique humaine des micro-organismes suite au transfert du gène codant pour cette grosse protéine de 585 acides aminés.Présentement, le Japon et la Suède s’impliquent intensément dans ce formidable défi.Aux États-Unis, la maison Upjohn s’est résolument engagée dans un programme de production d’albumine à haute échelle par génie génétique.Ce n'est toutefois probablement pas avant une décennie qu’une telle albumine humaine biosynthétique fera son apparition sur le marché.Tel n'est peut-être pas le cas des facteurs antihémophi-liques VIII et IX.En effet, plusieurs laboratoires rapportent des progrès significatifs dans la biosynthèse de ces deux produits.L'hypothèse de la commercialisation de ces produits au cours de la prochaine décennie devient de plus en plus plausible.On commence à peine à mesurer l’impact que ces développements amèneront dans le monde de l’or rouge et le système du fractionnement sanguin.CONCLUSION L’un des impacts les plus significatifs de la biotechnologie s’avérera probablement sa contribution au développement de la recherche biomédicale dans des secteurs complexes tels que le système immunitaire, le système endocrinien, le système nerveux et le cancer.Par le recours aux moyens d'étude inédits qu’offre la biotechnologie, des connaissances nouvelles sont acquises sur le fonctionnement du cerveau, sur la nature du comportement et sur les mécanismes de contrôle des grandes fonctions de l'organisme qui permettront, à leur tour, de concevoir de nouvelles approches thérapeutiques et de mettre sur pied de nouveaux médicaments.Dans le vaste domaine des produits de la santé comme tels, il està prévoirque le recoursaux biotechnologies nouvelles jouera un rôle prépondérant autant dans le secteur des produits pharmaceutiques que dans celui des produits biologiques et des produits diagnostiques.Hormones, modulateurs de l’immunité, nouveaux vaccins, anticorps monocionaux, sondes génétiques, enzymes thrombo-lytiques, antibiotiques et même protéines plasmatiques humaines : voilà autant de groupes de choc de l’arsenal thérapeutique et diagnostique moderne qui subissent déjà et subiront davantage l'impact des biotechnologies nouvelles.Enfin, si la biotechnologieHS s'avère pour les pays industriali-Hfl sés un puissant facteur de développement économique et de mieux-être, elle représente incontestablement pour le Tiers-Monde un outil privilégié de développement socio-économique et d’autosuffisance.Le génie génétique et la fusion cellulaire devraient bientôt permettre la fabrication de vaccins et d’anticorps moins coûteux et d’administration plus simple qui faciliteront les campagnes de dépistage et de vaccination massive dans les pays en voie de développement.De pair avec l'amélioration de la santé, le rôle des biotechnologies dans le domaine agro-alimentaire pourrait être encore plus significatif, grâceau développement de nouveaux types d’aliments protéiques d’origine végétale ou microbienne, à l'approvisionnement en engrais azotés peu coûteux et au développement d’espèces végétales à croissance rapide et capables de fixer l’azote.Enfin, les biotechnologies appliquées au secteur énergétique représentent pour les paysen développement une voie de salut et un moyen d’échapper, à moyen terme, à l'esclavage pétrolier.?NOTE a.Ce texte est issu d'une communication présentée par M.Beaulnes lors du 56e Congrès de l'Association des médecins de langue française du Canada. LES ÉTUDES AVANCÉES À L’UQAC \\}n r ^nué*00 * fcMcO^' Wlon Principal mmmr> m Située au coeur du Saguenay—Lac-Saint-Jean, l’Université du Québec à Chicoutimi vous offre la possibilité de faire des études de maîtrise ou de doctorat dans une atmosphère vraiment spéciale.Les programmes d’études couvrent plusieurs domaines de formation supérieure, se caractérisent par leur approche multidisciplinaire et sont adaptés aux besoins de notre société.Ce sont: En sciences de la gestion • Maîtrise en gestion de projets • Maîtrise en gestion des petites et moyennes organisations En sciences de l’homme et en arts • Maîtrise en sciences de l'éducation • Maîtrise en théologie (études pastorales) En sciences naturelles et en génie • Maîtrise en sciences de la terre (géologie du Précambrien) • Maîtrise en ressources et systèmes Doctorat en sciences de la gestion • Maîtrise en arts plastiques • Maîtrise en études littéraires • Maîtrise en études régionales • Doctorat en théologie Maîtrise en productivité aquatique Doctorat en ressources minérales * * En voie d'approbation ADMISSION La date limite pour faire parvenir une demande d'admission à l'un ou l’autre programme d’études avancées est le 1er juin 1985.Pour obtenir un formulaire de demande d'admission et la brochure d’information sur l’ensemble des programmes de maîtrise et de doctorat offerts par l'Université du Québec à Chicoutimi, retournez le coupon ci-dessous au: Bureau du doyen des études avancées et de la recherche, Université du Québec à Chicoutimi, 555, boulevard de l'Université, Chicoutimi (Québec) G7H 2B1."I Université du Québec à Chicoutimi | Veuillez me faire parvenir la brochure d'information sur les programmes d’études avancées.NOM:.PRENOM: ADRESSE:_____ CODE POSTAL:.TÉLÉPHONÉ:. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 LES ÉTUDES STRATÉGIQUES : une nouvelle discipline par Michel Fortmann Michel Fortmann est professeur d’études stratégiques au Département de science politique de l’Université de Montréal.Aucun pays ne peut de nos jours se permettre d'ignorer les questions touchant à sa défense.C'est pourquoi les Études stratégiques constituent un domaine de recherche de toute importance.Dans les lignes qui suivent, Michel Fortmann nous présente cette nouvelle discipline, la «mal aimée» des sciences, où il souhaiterait que le Québec investisse plus d'efforts.?Dans un éditorial acerbe, mais, à notre sens, exact, Marcel Adam soulignait récemment la pauvreté du débat concernant les questions de défense au Québec1.Celui-ci seraitainsi marqué par la recherche du sensationnalisme et l’incapacité « d'expliquer convenablement le pourquoi et le comment d’événements qui mettent en cause la survie de l’humanité »2.Après avoir reconnu la responsabilité des médias dans cette situation, M.Adam lançait une flèche de Part he aux universités : il notait ainsi que, même si les joumalistes faisaient convenablement leur travail d'information, cela « ne dispenserait pas les experts du monde universitaire d’apporter au débat public une contribution.irremplaçable».Et il ajoutait : « Nos universitaires auraient moins de raisons de se plaindredescarencesdes médias canadiens si eux-mêmes se montraient moins avares de leurs connaissances.»3 Ces propos sévères qui, malheureusement n’ont pas suscité de réponses immédiates, n’ont cessé de me préoccuper depuis leur parution.Ils demandaient réflexion et c’est le fruit de celle-ci que j'aimerais proposer ici.UNE QUESTION QUI NOUS CONCERNE TOUS Un premier point m’apparaît essentiel à souligner.Le débat entourant les problèmes de défense — ceux du Canada comme ceux de la plupart des États — n'a pas seulement les dimensions d’une simple mode politique.Son enjeu n’est pas uniquement technique, électoral ou diplomatique.Il met concrètement en question notre capacité de survie dans un monde marqué par l’absence d’un ordre international reconnu et bannissant l’usage de la force.En d'autres mots, la question fondamentale que soulève le débat politico-militaire des dernières années serait : Sommes-nous capables, d’abord, de comprendre puis de maîtriser la force armée de façon à garantir la stabilité du système international et, conséquemment, notre propre survie ?Ceci est une question qui, d’évidence, n’est pas à prendre à la légère.Elle nous concerne tous ; mais, plus particulièrement, elle s’adresse aux scientifiques qui ont déclenché, dans la première moitié de ce siècle, la «révolution nucléaire»4.La science, en effet, a changé la nature de la menace militaire.Celle-ci ne promet plus seulement les destructions qui ont toujours été l’apanage des guerres, mais l’annihilation complète et totale de la civilisation5.La communauté scientifique porte donc la responsabilité d’avoir créé cette menace et de continuer à la perfectionner.Elle devrait donc répondre, en dernière analyse, de l’usage qui en est fait.Sur un plan général, Marcel Adam a donc parfaitement raison de pointer du doigt le monde universitaire.Ce dernier a une part importante de responsabilité dans le débat actuel sur la défense et il existe assurément un besoin fondamental de réflexion à ce sujet.Il devient donc essentiel de savoir dans quelle mesure la communauté universitaire a répondu à ce besoin.Qu’en est-il actuellement des recherches sur la guerre et la paix ?Existe-t-il un effort concerté de recherche et d’enseignement orienté vers la compréhension du phénomène guerre ?Comment cet effort se structure-t-il ?Comment a-t-il évolué ?Quel est son statut actuel ?Nous tenterons de répondre brièvement à ces questions pour, finalement, porter notre attention vers le Canada et le Québec.Il nous paraît, en effet, intéressant de voir dans quelle mesure la communauté universitaire canadienne a contribué, et contribue, à la recherche dans ce domaine ainsi que les lacunes et les problèmes qui peuvent freiner le développement de cette contribution.LES ÉTUDES STRATÉGIQUES Livrons-nous d'abord à un petit exercice d’étiquetage.Les études de sécurité et de défense sont affligées de toute une série d’alias : il s’agit, en fait, d’une famille nombreuse dont les membres comprennent : les études stratégiques, la recherche pour la paix (Peace Research), la polémologie, les études de défense, les études de sécurité, le contrôle des armements, la gestion des crises et bien d’autres.Ces diverses dénominations répondent parfois à un découpage thématique, disciplinaire ou politique mais, pour plus de facilité, nous utiliserons ici le terme d’études stratégiques. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Pour les définir succinctement, les études stratégiques ont pour objet d’analyser la force armée et son usage à des fins politiques par des gouvernements ou des groupes organisés6.Le phénomène social précis qu’analysent les études stratégiques est la guerre et la violence organisée lorsque cette dernière prend la forme du terrorisme ou de la guérilla.Rien de ce qui concerne la force militaire, sa préparation, son financement, son organisation, son contrôle ou ses opérations n’est, en fait, étranger à ce champ de recherche.J’ajouterai à cela une nuance importante concernant la finalité des études stratégiques.Contrairement à ce qu’avancent certains, celles-ci ne sont pas simplement une discipline normative, un how to do it7.Leur but n’est pas seulement d’indiquer aux autorités politico-militaires quel est le meilleur usage de la force armée ni, à l’inverse, de promouvoir la cause de la paix.Leur but est la compréhension du phénomène guerre sous tous ses aspects, qu’il s’agisse de ses origines, de sa conduite ou de ses conséquences, et ceci inclut son contrôle ou même son élimination8.Malheureusement, cette conception n'est pas acceptée par tous et c’est précisément une des raisons pour lesquelles ce secteur reste divisé en factions irréductiblement hostiles, les uns prévalant pour la sécurité, les autres pour la paix9.Si, malgré tout, on applique notre conception globale, il devient possible de définir un champ de recherche structuré, comprenant quatre grandes branches, dont trois que l'on pourrait qualifier de traditionnelles, la quatrième étant d’origine assez récente.Le tronc des études stratégiques, tout d’abord leur foyer d’origine, est constitué par l’histoire militaire et plus spécifiquement par le flot continu des mémoires et des relations qui décrivent ou analysent les guerres, les campagnes, les batailles ou les personnalités des grands chefs militaires10.Cette tradition remonte évidemment à l’antiquité et débouche sur les études de conflits récents, qu’il s’agisse du Vietnam ou de la «guerre» des Malouines.Les recherches, dans ce domaine, n’ont donc aucunement perdu leuractualité,au contraire ; elles servent aussi de base au second axe de recherche traditionnel : la pensée stratégique.Celle-ci puise dans l’histoire afin de dégager de grandes synthèses théoriques telles que celles de Clausewitz, Liddel, Hart, Mahan, H.Kahn et Thomas Schelling11.On peut d’ailleurs distinguer, à l’intérieur de cet axe, deux sous-secteurs, l'un portant sur la stratégie conventionnelle12, l'autre sur la stratégie nucléaire13 et, particulièrement, la dissuasion.Il est d’ailleurs ironique de constater à ce propos que dans la pensée stratégique, dont les constructions intellectuelles sont avant tout tournées vers la pratique, l’usage optimal de la force soit devenu maintenant la science du non-emploi de l’arme nucléaire.Il est aussi pertinent de souligner que la réflexion concernant la dissuasion a donné naissance à ce concept ambigu qu'est le contrôle des armements ou, si l'on préfère, l'art de gérer l’équilibre de la terreur14.Notons, finalement, que la pensée stratégique contemporaine est née et s’est développée essentiellement aux États-Unis depuis 1945.Ce quasi-monopole existe encore actuellement tant il est vrai que la réflexion en matière de défense se concentre là où se développent les techniques militaires15.La troisième branche traditionnelle des études stratégiques est constituée par ce que Ton peut nommer les sciences militaires qui intègrent l’ensemble des connaissances théoriques et appliquées, nécessaires à la pratique du métier des armes et, en particulier, l’étude du commandement, de la conduite des opérations et des techniques militaires16.Plus encore que la pensée stratégique, les sciences militaires constituent un monopole non plus national, mais institutionnel.Il s’agit, concrètement, de la chasse gardée des institutions gouvernementales chargéesde la sécurité nationale et, plus spécifiquement, des institutions d’enseignement et d’études à vocation militaire.C'est donc un secteur de recherche très fermé dont l’accès serait pourtant essentiel au développement des études stratégiques dans leur ensemble.Pensons simplement au rôlequ’a joué et que joue encore la technologie de l'armement dans le déclenchement ou dans les conséquences des conflits internationaux17 pour voir qu’il y a là un problème majeur à résoudre.La branche «moderne» des études stratégiques, quant à elle, englobe en général l’apport des sciences sociales.Ce dernier est extrêmement varié et nous ne prétendrons pas en donner ici une description exhaustive.Parmi les courants de recherche principaux, cependant, nous en citerons quatre qui nous paraissent essentiels.La polémologie, d’abord, dont le père est Gaston Wright18, étudie les causes sociales, politiques et économiques des conflits.Parmi les recherches récentes dans le domaine, on peutciterlestravauxde D.Singer, B.Russett et A.Organski19 qui se concentrent particulièrement sur l’analyse statistique des conflits afin d’en déterminer les facteurs d’origine.Les études touchant à la sécurité internationale, ensuite, analysent les situations régionales et le système international sous l’angle de la sécurité, ainsi que les différentes politiques de défense nationales.Cette sous-branche est étroitement liée au secteur des relations internationales, et il serait difficile d’y distinguer les recherches portant exclusivement sur la sécurité.Parmi les foyers de recherche les plus connus dans le domaine, il faut pourtant citer l’Institut international d’études stratégiques de Londres, «la Mecque» des études stratégiques20.L’irénologie ou recherche pour la paix est, quant à elle, plus difficile à définir vu son caractère pluridisciplinaire.Elle regroupe, en fait, les efforts à la fois des sciences sociales et des sciences pures ou appliquées dans le but implicite, sinon explicite, de promouvoir la paix21.On y retrouve, ainsi, autant des études techniques concernant les effets des radiations22 que des écrits très radicaux23 ou des analyses extrême ment sophistiquées concer-nant la course aux armements24.Le foyer de Tirénologie est l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm.Il publie annuellement un compendium, unique en son genre, qui offre, en particulier, une description détaillée des derniers développements en matière de technologie militaire25.La sociologie militaire, finalement, s’intéresse à l’institution militaire en tant que telle ainsi qu’à ses rapports avec le pouvoir politique.Elle aborde des sujets tels que la professionnalisation et la socialisation des soldats, les rapports civils-militaires, le militarisme et le phénomène des coups d’Etat militaires, spécifiquement dans le Tiers-Monde.Institutionnellement parlant, la sociologie militaire a aussi un centre de rayonnement : il s’agit du séminaire ™*-*™ iksss 3SHWSS ¦n INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 interuniversitaire Forces armées et société, dirigé par M.Janowitz de l’Université de Chicago26.Sans même avoir épuisé les différents sous-secteurs de recherche, on peut donc se rendre compte que les études stratégiques constituent un domaine extrêmement riche et varié.Il existe, en quelque sorte, une base de connaissances théoriques et méthodologiques ainsi qu’un réseau universitaire étendu qui devraient permettre aux études stratégiques d’accéder au statut de sous-discipline, sinon de discipline à part entière.Cela est-il le cas actuellement ?On peut en douter si l’on considère les débats récents sur cette question aux États-Unis27.En pratique, comme nous l'avons suggéré, les études stratégiques, malgré leur dynamisme, demeurent un secteur institutionnellement et politiquement divisé non seulement entre civils et militaires, mais aussi entre stratèges et pacifistes.Quoi qu’il en soit, pour revenir aux propos de Marcel Adam, il nous paraît inexact d’avancer que les universitaires — du moins aux États-Unis et dans certains pays européens — ont été avares de leurs connaissances.Tout au contraire, ils s’expriment abondamment et la masse de publications actuelles en est une preuve, même si personne ne s’entend sur les conclusions de ces recherches.Mais qu’en est-il, maintenant, du Canada et du Québec ?Peut-on tenter un bilan des recherches et de l’enseignement dans le domaine delà défense et de la sécurité ?Comment nous situons-nous par rapport aux États-Unis et à l’Europe ?LES ÉTUDES STRATÉGIQUES AU CANADA ET AU QUÉBEC : UN BILAN MITIGÉ Considérant le tableau d’ensemble que nous venons de brosser, un premier constat s’impose immédiatement.La contribution canadienne aux études stratégiques n’a été, dans le passé, ni originale, ni significative.Comme l’a souligné R.Byers dans un récent article28 : «Les Canadiens ont généralement laissé à d’autres — spécialement aux Américains — les enjeux les plus globaux de la sécurité nationale qui affectent le Canada.Il n’y a, en effet, aucun stratège canadien de stature internationale.» Et l’on pourrait ajouter qu’il n’existait récemment au Canada que très peu d’universitaires de grand calibre dans le secteur académique des études stratégiques.Il serait faux cependant de considérer que l’effort de recherche est inexistant.D’une part, il y a au Canada un nombre croissant de foyers d’étude et d’enseignement spécialisés.D’autre part, ces dernières années, le gouvernement fédéral ainsi que de nombreux groupes privés ont vigoureusement soutenu et appuyé la recherche dans le domaine29.Il existe ainsi dans une douzaine d’universités canadiennes, soit des chaires d'enseignement, soit des programmes spécialisés en études stratégiques.Les programmes de l’Université York, ceux des universités de Dalhousie et de Calgary sont les plus connus, mais on peut aussi mentionner des foyers tels que l’Université Laval, l’Université Queen’s, l’Université de Colombie-Britannique (UBC) et l’Université de Winnipeg.Plusspécifiquement.si nous prenons l’exemple de Calgary30, le programme d’études stratégiques occupe huit enseignants-chercheurs qui travaillent dans quatre domaines de recherche, à savoir la sécurité collective, le contrôle des armements, la théorie stratégique, les problèmes de sécurité globale et les études arctiques.Ce programme est d’ailleurs très prolifique : 46 articles et écrits divers depuis septembre 1983.Le programme de l’Université York31 est encore plus remarquable puisqu’il comprend 24enseignants-chercheurs, poursuit une quinzaine de projets de recherche et organise annuellement jusqu’à six conférences.Il y a donc maintenant au Canada une base institutionnelle solide dans le domaine, à laquelle viennent s'ajouter une série de centres spécialisés de fondation récente.Parmi ceux-ci, mentionnons le Centre canadien d'études stratégiques32 (Toronto), le Centre canadien pour le contrôle des armements33 (Ottawa) et l'Institut canadien pour la paix et la sécurité mondiale (Ottawa).D’ailleurs, ce dernier disposera, ces prochaines années, d’un fonds important pour promouvoir la recherche dans ce domaine.En ce qui concerne l’aspect financier, les sommes destinées au développement des études stratégiques ont nettement augmenté, ces derniers temps, comme l'indique le tableau 1.Il faut souligner que les chiffres présentés ici ne font pas état du financement privé, consacré aux recherches pour la paix.Ce dernier, d’après nos sources, serait largement supérieur au financement gouvernemental.En résumé, les études stratégiques sont donc, au Canada, dans une phase de décollage.Il serait prématuré, en conséquence, de tenter de faire un bilan substantiel des recherches actuellement en cours.Tout au plus, peut-on dire que celles-ci couvrent toute la palette des axes de recherche que nous avons cités depuis les études de sécurité globales jusqu’au contrôle des armements, en passant par les recherches en socio- logie militaire et en théorie stratégique.Il est clair, bien sûr, que les chercheurs canadiens portent une attention toute particulière aux problèmes touchant à notre sécurité nationale.Ceux-ci incluent, par exemple, nos rapports avec les États-Unis, notre participation à l’OTAN ou aux forces des Nations Unies, mais aussi la défense et la surveillance des zones arctiques ainsi que notre industrie militaire.Dans l’ensemble, cependant, les résultats de ces recherches sont à venir ; nous n’en traiterons donc pas ici.Il suffit de dire que les textes que nous avons consultés jusqu’à présent promettent une production de grande qualité.Après tout, plusieurs chercheurs canadiens, dont messieurs A.Legault et Rod Byers, ont fait leur marque sur la scène internationale et la nouvelle génération leur fera certainement honneur.Qu’enest-il maintenantdu Québec ?Si au Canada, en effet, le secteur des études stratégiques est en pleine expansion, la situation ici est bien différente.Qu’on enjuge ! Il n’existe actuellement, au Québec, qu’un seul centre universitaire spécialisé, à l’Université Laval : le Centre québécois de relations internationales34.Celui-ci, dont la vocation dépasse d’ailleurs les études stratégiques, produit régulièrement un certain nombre de publications, dont les revues Études internationales et Études stratégiques et militaires, et il organise depuis 1981 uncolloque annuel sur des questions de sécurité et de défense. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Cependant, mis à part ce centre, les universités francophones québécoises ne disposent d’aucune base institutionnelle dans le domaine.Aucune université québécoise n’offre spécifiquement de programme de recherche ou, a fortiori, de diplôme dans le champ des études stratégiques.Aucune chaire d’enseignement spécialisé n’a été créée pour l’instant.Autrement dit, les universitaires francophones qui s’intéressent aux études stratégiques doivent, en ce moment, se tourner soit vers les États-Unis ou l’un des grands centres canadiens s’ils veulent accéder à un enseignement pertinent et complet ou aux ressources universitaires nécessaires au développement de leur recherche spécialisée.Il va sans dire, d’ailleurs, que la documentation disponible dans des bibliothèques universitaires francophones, particulièrement à Montréal, est presque inexistante.Compte tenu de l'expansion que connaissent les études stratégiques dans le reste du Canada, les universités québécoises risquent donc d’accumuler un retard croissant qu'il sera probablement difficile de combler si une série d’initiatives concrètes ne remplacent pas l’attentisme actuel.Nous pensons, en particulier, qu’il existe au Québec un climat favorable en ce moment au développement d’un effort dans ce domaine.D’ailleurs, le fait que plusieurs revues et associations québécoises, dont la Société québécoise de science politique (SQSP), aient manifesté leur intérêt pour les problèmes militaires semble révélateur35.Tableau 1 Financement fédéral des études stratégiques 1.Programme d’études stratégiques et militaires (MSS) du ministère de la Défense nationale Montant Année (en dollars) 1981-82 488 250 1982-83 553 190 1983-84 586 380 1984-85 615 700 Total 2 243 520 2.Assistance financière dans le secteur du désarmement et du contrôle des armements (Affaires extérieures) 1983- 84 180 000 1984- 85 230 000 Note : Ces chiffres ne comprennent pas le fonds pour le désarmement (Disarmament Fund) qui sera alloué à l’Institut canadien pour la paix et la sécurité ; celui-ci s’élèverait à 5 millions de dollars environ pour les cinq années à venir.Source : Information communiquée par M.Michael Slack, coordonnateur du programme d’études stratégiques de l’Université York de Toronto.La question prioritaire, maintenant, nous semble être celle de l’organisation et de la coordination.Il est, en effet, exclu que l’initiative du développement des études stratégiques puisse être laissée à quelques chercheurs éparpillés ou même à un département en particulier.Une telle initiative devrait être, dès le départ, appuyée et structurée par les autorités universitaires chargées de la promotion de la recherche et de l’enseignement.Un point de départ pourrait être, par exemple, la mise au point d'un ou de plusieurs programmes de développement de l’enseignement qui feraient appel aux fonds de la Défense nationale prévus à cet effet.De tels programmes prévoiraient la création d’une banque de cours spécialisés à laquelle plusieurs départements pourraient contribuer (par exemple science politique, sociologie, histoire, etc.).L’idée centrale serait de permettre aux étudiants spécialisés dans l’une ou l’autre branche de développer leurs connaissances dans le champ des études stratégiques en complément à leur formation principale.Parallèlement à la mise en place du programme d’enseignement proprement dit, une structure d’accueil pour les nouveaux chercheurs devrait être créée au niveau des études supérieures, dans le cadre, par exemple, d’un programme d’études stratégiques dont la vocation serait de développer les recherches de façon intégrée.Celui-ci, qui pourrait être attaché à un département spécifique, comme c'est le cas à l’Université York, ferait ainsi appel aux fonds fédéraux déjà mentionnés ainsi qu'à d’autres sources provinciales éventuellement.L’étape finale du développement serait, on peut le concevoir, la fondation d’un Institut québécois d’études stratégiques s’appuyant sur un financement encore plus diversifié qui favoriserait la diffusion des recherches et le rayonnement universitaire du programme initial.Nous n’imaginons pas que ce bref plaidoyer en faveur des études stratégiques pourra convaincre tout le monde.Après tout, la vague d’intérêt actuelle pour le sujet peut passer et les sources de financement peuvent conséquemment se tarir aussi rapidement qu’elles ont surgi.Cependant, si nous avons fait admettre que la défense constitue un objet d’étude et de recherche, à la fois important et légitime dans le cadre universitaire, que l’inaction n'est pas une solution face à ce sujet et que les universités québécoises ne peuvent laisser se développer l’écart existant entre elles et leurs homologues des autres provinces dans ce secteur, nous aurons largement atteint notre objectif.Après tout, si la communauté intellectuelle du Québec ne se préoccupe pas des questions de défense, nous ne savons que trop bien qui s’en chargera pour nous.Si nous ne le voulons pas, des choix sont à faire.maintenant.? INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 NOTES 1.ADAM, M., « Des causes de la pauvreté au débat sur la défense», La Presse, 21 janvier 1984.2.Ibidem.3.Ibidem.4.BRODIE, B., The Absolute Weapon : Atomic Weapon and World Order, Harcourt & Brace ed., 1946.5.MANDELBAUM, M., The Bomb, Dread and Eternity, International Security, automne 1980, vol.5, n° 2, p.3.6.Toute une série de textes qui définit les études stratégiques ou la recherche pour la paix.Nous nous référons ici particulièrement à SINGER, J.D., An Assessment of Peace Research, International Security, été 1976, vol.1, n° 1, p.134.7.Ceci est la conception défendue par GRAY, C.dans Strategie Studies, Aldwych Press, 1982, p.8.8.Nous entendons par là le désarmement.9.Cette division est bien décrite dans SINGER, J.D., op.cit., pp.118-137.10.Pour un ouvrage de base à ce sujet, voir DELBRÜCK, H., History of the Art of War, Greenwood Press, 1980 (4 volumes).11.LIDDEL HART, B., Strategy, Signet Books, 1974, NAVILLE, P., MAHAN, A., Et la maîtrise des mers, Berger-Levrault, 1981 et SCHELLING, T., The Strategy of Conflict, Harvard University Press, 1980, KAHN, M., On Thermonuclear War, Princeton Univ.Press, 1961.12.EARLE, E.M., Les Maîtres de la stratégie (2 vol.), Berger-Levrault, 1980.13.FREEDMAN, L., The Evolution of Nuclear Strategy, St.Martin's Press, 1983.14.KINCADE, M.et al.(ed.), Negotiating Security, An Arms Control Reader, Carnegie Endowment for International Peace, 1979.15.Une description historique mais fascinante du développement des études stratégiques aux États-Unis est soutenue dans KAPLAN, F., Wizards of Armageddon, Simon and Schuster, 1983.16.Un exemple de ce type de recherche est représenté par LEE, R.G., Introduction to Battlefield Weapons System and Technology, Brassey's, 1981.17.Consulter à ce sujet DUPUY, J.N., The Evolution of Weapons and Warfare, Bobbs Merril, 1980.18.BOUTHOUL, G., Le Phénomène guerre, Payot, 1967 et WRIGHT Q., A Study of War, Univ.of Chicago Press, 1943.19.SINGER, J.D.et al., Explaining War, Sage Publication, 1979, ORGANSKI, A.F.K.et al., The War Ledger, Univ.of Chicago Press, 1980.20.Ainsi d'ailleurs que la revue International Security (Harvard) qu'il n'est pas possible de passer sous silence.21.Voir SINGER, J.D., op.cit.Voir la note 6.22.SIPRI, Nuclear Radiations in Warfare, Taylor & Francis, 1981.23.Tels que les écrits de GALTUNG, J.24.Voir par exemple les articles consacrés à ce sujet dans The Journal of Conflict Resolution.25.Il s'agit, bien sûr, du fameux SIPRI Yearbook.26.L’oeuvre majeure de JANOWITZ, N.est The Professional Soldier.A Social and Political Portrait, Free Press, 1960.27.Voir BATERMAN, T., Security Studies : A Distinct Subfield, International Studies Notes, automne 1983, vol.10, n° 3, p.18.28.BYERS, R., L’état des recherches sur la paix et des études stratégiques au Canada, Anthropologie et Société, 1983, vol.7, n° 1, p.207.29.Ibidem, p.206.30.Cf.Strategie Studies Program Newsletter (Univ.of Calgary), n° 3, décembre 1984.31.Cf.York Research Program in Strategie Studies, Annual Report, 1983-1984.32.Cf.The Canadian Institute of Strategie Studies, Annual Report, 1984.33.Ce dernier publie régulièrement «Arms Control Chronicle», une chronologie de l'actualité dans le domaine du contrôle des armements.34.À titre d’indication et de comparaison avec l'ensemble du Canada, le programme d'études stratégiques et militaires du CQRI est financé à partir d'une subvention MSS de 74 000 $ (1984).Le programme d’études stratégiques du CQRI n'emploie aucun chercheur à temps plein.35.Deux numéros récents, l'un de la revue Anthropologie et Société, l'autre de la revue Critère, ont été consacrés à la guerre.Le colloque annuel de la SQSP en 1985 portera, lui aussi, sur ce thème.Les cahiers de l’ACFAS 26-QUELQUES RECHERCHES EN BIOMATHÉMATIQUES B/ Quelques recherches Cahiers en blomathémnllques de l'ACFAS 1985 iipilli 27- RECHERCHES EN GÉRONTOLOGIE II 27 Recherches Cahiers en gérontologie il de l'ACFAS 1985 j 28- LE DROIT ET L’INFORMATIQUE Le Droit et l'Informatique Cahiers de l'ACFAS 1985 tj Dernières parutions En vente aux Presses de l’Université du Québec C.P.250, Sillery Québec G1T 2R1 Tél.: (418) 657-3551 Poste 2860 Sans frais d’interurbain : 1-800-463-4799 / ’lit 7^77 £;ÆD P^fJrS/-Y-'^ 'j.Mr.,.,.,.,.,.,.,.,.Vl ÜMTi • • • • •••••• • •••••< v.v.w, y.v.v.', >•••••• »•••••¦ i •••••• a • •••••• i •¦•••• a V ous savez nous sarder continuellement à pied d'oeuvre.Et nous mettre au défi de toujours faire mieux.Pour que les choses fonctionnent mieux, durent plus lonstemps, donnent un meilleur rendement.Mais vous voulez aussi qu'Essojoue un rôle actif dans votre communauté.C'est pour cela que nous appuyons les projets qui vous tiennent à coeur.Et c’est comme cela qu’on peut aller de l’avant.Avec vous.Avec vous, on va de l’avant.WSM mm te te r~/, >' O V J ' 's ^ i - v> ' 'N v % - i t'\ •-/ ¦ rv/w'-K'/, ¦ ¦ ' - .» ' ; /.CA-M'-.- FVv.*-,, v-Aq- -*-• 1 “ “ r/’d-ï' —7 -i* -a"'.' ¦pP^pSïv#; " : P v ?$?¥&«&•! >î v ¦ •; > A ' - v / s v.’ —/ X\ x >/v.|N^'- \ - • m; /•' \ ' V- ( \I >, ’> v v~7- \"i dp y; INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Tissu adipeux et obésité par Michèle Houde Nadeau Michèle Houde Nadeau est professeur au Département de nutrition de l'Université de Montréal.Elle effectue actuellement des recherches sur le développement morphologique et fonctionnel du tissu adipeux.Le tissu adipeux joue un rôle actif dans le développement de certains types d’obésité, soit par une augmentation de volume de ses cellules, soit par leur multiplication.Compte tenu de l’importance prise par cette maladie dans les pays socio-économi-quement développés et suralimentés, ce processus fait l'objet d’intenses recherches que Michèle Houde Nadeau nous présente ici.L'obésité est sans doute la condition que partagent le plus grand nombre de Canadiens.Si l’on joint aux obèses leur famille et relations, de même que tous ceux qui interviennent directement ou indirectement dans le traitement de l’obésité, cette affection constitue certainement une préoccupation majeure dans notre société.Le nombre de théories mises de l’avant, tant sur les causes de l’obésité que sur l’efficacité de ses nouveaux traitements, portent à s’interroger sur les connaissances réelles qu’ont générées les recherches en ce domaine.Puisqu’il est impossible de synthétiser en quelques pages les milliers de rapports scientifiques qui ont paru sur ce sujet depuis une quinzaine d’années, le présent texte vise à mettre en lumière un aspect nouveau et particulièrement dynamique de ces recherches, celui du rôle qu’exerce la morphologie du tissu adipeux dans l’étiologie de l’obésité et les prognostics applicables à son traitement.L'obésité est une condition pathologique caractérisée par une accumulation excessive de graisses corporelles.On identifie grossièrement la présence d’obésité lorsque le poids corporel d’un individu excède de 20 p.cent son poids désirable, compte tenu de sa taille.Cette méthode, qui présente l’avantage de la simplicité, néglige toutefois la composition de l’organisme.Ainsi, l’excès de poids qu’on note chez certains athlètes peut caractériser l’hypertrophie de la masse musculaire plutôt que celle de la masse adipeuse.On a récemment développé plusieurs techniques précises permettant d’évaluer la proportion de graisses corporelles.La mesure de l’épaisseur d'un ensemble de plis cutanés, la densitométrie et l’ultrasonogra-phie en sont quelques exemples.Lorsqu’on utilise ces techniques, on identifie l’obésité si la proportion de graisses, relativement à la masse corporelle, excède 20 à 25 p.cent chez les hommes et 30 p.cent chez lesfemmes.Cette distinction s’explique par la proportion normalement plus élevée de graisses chez la femme.La prévalence de l’obésité est une caractéristique importante des pays socio-économi-quement développés.L’enquête Nutrition-Canada1 rapportait en 1973 un taux élevé d’obésité dans tous les groupes de la population adulte du Canada (Tableau 1).De plus, la prévalence d’obésité semble s’accroître, du moins dans certains groupes d'âge tels que celui des 25 à 44 ans2.L’importance de l’obésité est liée aux problèmes médicaux, psychologiques et sociaux qu’elle engendre (Tableau 2).On sait, en effet, que l'excès de poids est associé à l’augmentation notable de la morbidité et de la mortalité, et que les risques pour la santé augmentent avec la sévérité de l’obésité3.Ainsi, les risques de mortalité associés aux princi- pales maladies cardio-vasculaires, aux calculs biliaires et autresl maladies de la vésicule biliaire, aux hernies et obstructions intestinales sont de 50 p.cent plus élevés chez les obèses.Tableau 2 Problèmes médicaux et psychosociaux associés à l’obésité1 Hypertension Hyperlipidémie Diabète adulte Troubles pulmonaires Syndromes d’hypoventilation Embolie Troubles gastro-intestinaux Cholélithiases Hépatomégalie Hernie hiatale Troubles obstétriques et gynécologiques Éclampsie Accouchement par césarienne Irrégularité menstruelle Infertilité relative Autres complications Maladies de disques intervertébraux Affections articulaires post-traumatiques Varices Infections cutanées Troubles psychologiques Discrimination dans les milieux d'études, de travail et autres milieux sociaux Isolement Dévalorisation personnelle Dépression 1.D’après D.Roncari, dans Clinical Medicine, chap.14, p.23, Harper & Row, Philadelphie, 1982.Tableau 1 Prévalence de l’obésité chez les Canadiens (Pourcentage de la population ayant un indice pondéral1 inférieur à 12,5)2 Croupes d’âge Hommes Femmes 20-39 ans 42,5 % 42,9 % 40-64 ans 61,4 % 65,0 % 65 ans et plus 65,8 % 79,9 % 1.Indice pondéral = Taille en pouces racine cubique du poids en livres 2.Tiré de Nutrition Canada, Enquête nationale.Information Canada, Ottawa, 1973. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 TYPES D’OBÈSITÉ Il est bien connu que l’obésité résulte d’un apport alimentaire trop important relativement à la dépense énergétique.Malgré cette constante, plusieurs types d’obésité, d'étiologies et de manifestations diverses, ont été identifiés.Ils ont récemment été regroupés sous une classification élaborée en tenant compte de l’étiologie (Tableau 3).Même si les obésités de types régulatoire, métabolique et constitutionnel proviennent de causes différentes, elles peuvent se manifester de façon similaire.Par exemple, les obésités régulatoires peuvent entraîner des altérations fonctionnelles et conduire à l’augmentation du nombre d’adipocytes.Le dernier de ces trois types d'obésité, soit l’obésité constitutionnelle, fait l’objet de recherches intenses depuis que de nouvelles techniques ont permis l’étude morphologique du tissu adipeux, soit depuis une dizaine d’années.Loin d’être un réservoir inerte de graisses corporelles, comme on l’a longtemps pensé, le tissu adipeux est constitué de cellules (les adipocytes) pourvues de systèmes enzymatiques très développés qui lui confèrent une activité métabolique propre et un rôle actif dans le développement de l’obésité.Au plan morphologique, on distingue les obésités hypertrophiques caractérisées par l'augmentation du volume des adipocytes, des obésités hyperplasiques dans lesquelles le nombre d’adipocytes est accru.OBESITE HYPERTROPHIQUE Lorsque l’apport alimentaire d’un individu excède sa dépense énergétique, les adipocytes accumulent des quantités croissantes de lipides intracellulaires grâce à l'induction de la lipase lipoprotéique, une enzyme qui extrait du sang les lipides alimentaires et ceux qui sont synthétisés par le foie à partir des excès de protéines et Tableau 3 Classificationdel’obésit^eloM’étiologie Types d’obésité Description Fréquence Régulatoires Altérations du contrôle de l’apport alimentaire exercé par le système nerveux central Rare Perturbation du contrôle de l’apport alimentaire d’origine psychosociale Élevée Métaboliques Altérations hormonales et enzymatiques conduisant à l’augmentation de la lipogénèse et (ou) à la réduction de la mobilisation des graisses Rare Constitutionnelles jAugmentation du nombre d’adipocytes Modérée Figure 1 Obésités chez la femme gynoïde androïde Figure 2 Obésités chez l’homme1 gynoïde androïde de glucides du régime.Le volume des adipocytes augmente parallèlement à l’acquisition de lipides.C’est l'obésité hypertrophique, caractéristique de l’obésité modérée, qui survient à l'âge adulte.OBÉSITÉ HYPERPLASIQUE II * 5 L’hypertrophie du tissu adipeux apparaît à des sites différents chezl’homme et la femme : les obésités de type androïde et gynoïde se distinguent par la prédominance de tissu adipeux respectivement dans la région du thorax, de l’abdomen et des bras ou dans celle des hanches ou des cuisses (Figures 1 et 2).Certains chercheurs4 attribuent à l’obésité de type androïde des conséquences plus graves que celles découlant de l’obésité de type gynoïde.En effet, l’hypertrophie du tissu adipeux a pour effet direct d’augmenter la quantité d’acides gras mis en circulation par les adipocytes.L'afflux de lipides sanguins dans la proximité des organes vitaux, comme c’est le cas pour l’obésité androïde, perturberait le métabolisme de ces organes de façon beaucoup plus importante que l’afflux de lipides à des niveaux périphériques (obésité gynoïde), ces lipides étant partiellement utilisés comme source d’énergie par les muscles.Notons que l’obésité androïde n'est pas l’apanage exclusif des hommes et peut être observée, quoique plus rarement, chez les femmes, surtout chez celles qui souffrent d'une obésité plus sévère.i J i c ?: il II nt Lorsqu’un individu atteint d’obésité hypertrophique perd du poids, le volume des adipocytes ainsi que les perturbations métaboliques et les risques à la santé qui y sont associés retournent à la normale.L’obésité d’origine constitutionnelle se caractérise par l’accroissement du nombre et du volume des adipocytes.Alors que chez l'adulte le tissu adipeux renferme au plus 40 millions d’adiDoevtes.on en a dénombré 1.Illustrations de Nathalie Maurikakis INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 de 60 à 100 millions chez des obèses, leur volume moyen excédant celui des adipocytes provenant d'individus de poids normal.Il s’agit donc au sens strict d'une obésité hyperpla-sique-hypertrophique.L'obésité hyperplasique-hypertrophique a d'abord été observée dans les cas d’obésité juvénile, obésité qui se développe pendant l’enfance.La croissance étant une période de multiplication cellulaire intense, la perturbation des mécanismes qui modulent le rythme du développement du tissu adipeux pourrait conduire à la multiplication excessive des adipocytes et ultérieurement à l’obésité.Chez l’enfant normal, les périodes les plus actives de multiplication des adipocytes se situent entre cinq mois de gestation et environ trois ans de vie.Puis, jusqu’à 11 ans, le rythme de la multiplication ralentit considérablement pour s’accélérer de nouveau entre 11 et 15 ans5.Chez l’enfant obèse, ces périodes sélectives de croissance adipocy-taire disparaissent, et la multiplication des adipocytes reste intense pendant toute la croissance, incluant l’adolescence, si l'obésité continue de progresser6.L’installation de l’obésité pendant l’enfance s’accompagne souvent d’hyperphagie, d’un taux de croissance accéléré et d’une réduction de l’activité physique3.Le nombre d’adipocytes est généralement fixé après I l’adolescence et varie peu chez l’adulte.Toutefois, l’hyperplasie du tissu adipeux peut survenir lorsqu’un individu développe une obésité sévère (poids corporel excédant de 70 p.cent le poids désirable).Les raisons de cette croissance cellulaire sont encore obscures, mais on postule que lorsque le volume des adipocytes atteint un «seuil critique», l’hypertrophie adipocy-taire constitue un stimulus de synthèse de précurseurs d’adipocytes (préadipocytes)7.Lorsque l'individu atteint d’obésité hyper-plasique-hypertrophique perd du poids, le volume des adipocytes diminue mais leur nombre reste élevé.Il est en effet impossible de réduire sensiblement le nombre des adipocytes lorsqu’ils sont déjà formés, sauf dans des situations de sous-alimentation et d’émaciation extrêmes.Ceci implique que la masse de tissu adipeux et, conséquemment, le poids corporel peuvent toujours s’accroître mais ne peuvent décroître sous un seuil minimum.Ce seuil est fixé par le nombre total d'adipocytes combiné à leur propension à conserver leur contenu lipidique.Il devient donc beaucoup plus difficile pour un obèse hyperplasique-hypertrophique de retourner à un poids normal et d’annuler les risques associés à cette condition que ça ne l’est pour un obèse hypertrophique.Illustrons le cas d’un individu de poids normal qui développe un tel type d’obésité (Figure 3).Alors qu'au départ le volume des adipocytes est normal (approximativement 0,4 microgramme de lipides par cellule), l'excès d'apport alimentaire entraîne successivement les séquences suivantes accumulation exagérée de lipides dans les adipocytes, hypertrophie, puis hyperplasie des adipocytes (phases A, B et C).On est alors en présence d’obésité sévère.Si l’apport alimentaire excessif se prolonge après la multiplication cellulaire, les adipocytes accumuleront des lipides jusqu’à ce qu’ils atteignent leur volume maximal, haussant davantage le poids corporel (fin de la phase C).À ce moment, l'individu peut réduire son apport alimentaire et ramener son poids corporel à un niveau intermédiaire entre son poids normal et son poids maximal.Les adipocytes auront alors retrouvé leur volume normal (phase D).Toutefois, pour que le poids corporel retourne à son niveau initial, il faudrait que le volume des adipocytes se contracte jusqu’à atteindre une taille inférieure à la normale (phase E).Or, les études effectuées sur des modèles expérimentaux ont montré que, malgré un déficit énergétique, une proportion importante de l’énergie alimentaire est orientée vers la conservation de quantités normales de lipides adipocy- taires.Une réduction importante du volume des adipocytes requiert donc une lutte soutenue et prolongée de la part du sujet.Ceci explique pourquoi les chances de succès lors du traitement de l’obésité hyperplasique sont très faibles.RÉGULATION DE L’HYPERPLASIE ADIPOCYTAIRE Compte tenu de l’importance de l'obésité hyperplasique dans l'apparition et le maintien de l'obésité humaine, la connaissance des facteurs qui modulent l’accumulation des lipides dans les adipocytes, de même que leur multiplication, est devenue un objectif majeur de recherche.La plupart des informations actuellement disponibles sur ce sujet proviennent d’études effectuées chez des modèles animaux et certaines d’entre elles ont été corroborées chez l’humain.FACTEURS GÉNÉTIQUES L'influence de facteurs génétiques sur l’obésité est indiscutable.Certaines souches de rats et de souris développent une hypertrophie des adipocytes dès leur première semaine de vie et deviennent hyperplasiques même lorsqu'on maintient leur apport alimentaire au même niveau que celui des animaux témoins qui restent maigres.Chez l’humain, il est plus difficile de distinguer l’in- INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Figure 3 4o^Dhologi^^e^djjDoc^teschezl’obès^ PHASES A B C D E Retour au Contraction sous Volume initial Hypertrophie Hyperplasie volume initial le volume initial O O >o (0,4/jg/cellule) (0,8/jg/cellule) (2X) jf o+O ^o-»0 r\ ->0 U >0-^0 (0,4^g/cellule) (0,13^g/cellule) ?O ?O > O > O > O ?O O kg >o x o > o O -> POIDS CORPOREL > ° 135 - 1.Adapté de J.R.Vaselli et coll.Modem Concepts of Obesity.Nutrition Reviews, vol.41, pp.361-373, 1983.fluence des facteurs génétiques de celle de l’environnement.On note toutefois plusieurs similitudes entre le développement de l’obésité chez l’enfant et celui des modèles animaux hyperplasiques.Par exemple, on observe dans les deux cas une extension de la période de multiplication adipocytaire, et l’augmentation des lipides et de l’insuline dans le sang.On a constaté de plus que les jumeaux identiques ont un nombre similaire d’adipocytes, alors que les jumeaux fraternels démontrent beaucoup plus de variation lorsqu’on mesure ce paramètre8.On peut donc supposer que ces facteurs jouent un rôle important chez l’humain.FACTEURS D’ENVIRONNEMENT Les facteurs nutritionnels sont certainement les plus importants dans cette catégorie.Ils permettent d’une part l’expression du potentiel génétique, lorsqu’il existe, et, d’autre part, ils exercent leur régulation propre.Ainsi, la plupart des animaux expérimentaux développent de l'obésité lorsqu’on leur offre un régime concentré en énergie, tel un régime riche en graisses.Le jeune animal répondra rapidement par une augmentation de l’accumulation de lipides et de la multiplication cellulaire9.Chez l’animal adulte, on observe un phénomène similaire, quoique beaucoup plus lent et très atténué comparativement au jeune animal.Même si les données sont moins claires chez l’humain, elles semblent corroborer les études faites chez l’animal.Ainsi, chez l’adulte, la prise de poids importante est étroitement associée à l’augmentation du nombre d’adipocytes6.On ne possède toutefois que des évidences indirectes pour l’enfant, les influences génétiques et nutritionnelles étant intimement liées.Pour être confirmée, l’hypothèse, selon laquelle la suralimentation de l’enfant serait un stimulus significatif de la multiplication des adipocytes et une cause de l'obésité constitutionnelle, devra être vérifiée chez des populations génétiquement homogènes soumises à des influences nutritionnelles contrôlées.?RÉFÉRENCES 1.NUTRITION-CANADA, Enquête nationale.Ottawa, Information Canada, 1973.2.BRAY, George A., Obesity in America.Washington :NIH Publication n° 79-359,1979, pp.1-19.3.BRAY, George A., Major Problems in Internal Medicine, vol.9, Philadelphie : W.B.Saunders, 1976.4.BJORNTORP, Per, Adipose Tissue in Obesity.Second Willendorf Lecture, Fourth International Congress on Obesity, New York : octobre 1983.5.KNITTLE, Jerome L.,TIMMERS, Kim et GINSBERG-FELLNER, Fredda, Cross-sectional and Longitudinal Studies of Adipose Cell Number and Size.Journal of Clinical Investigation, vol.63,1979, pp.239-246.6.SJOSTROM, Lars et WILLIAM-OLSSON, Tom, Prospective Studies on Adipose Tissue Development in Man.International Journal of Obesity, vol.5,1981, pp.597-604.7.VASSELLI, Joseph R., CLEARY, Margot P.et VAN ITALLIE, Theodore B., Modern Concepts of Obesity.Nutrition Reviews, vol.41,1983, pp.361-373.8.GINSBERG-FELLNER, Fredda, Growth of Adipose Tissue in Infants, Children and Adolescents.International Journal of Obesity, vol.5, 1981, pp.605-611.9.NADEAU, Michèle H., SALAS-PRATO, Milagros et LEBLANC, Marie-Paule, Energy Status and Proliferation Capacity of Preadipocytes in Young Rats.Fédération canadienne des sociétés de biologie, juin 1984, p.145. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 SCIENCE ET POLITIQUE Pour un Centre québécois de micro-électronique par Adrien Leroux Adrien Leroux est professeur titulaire au Département de génie électrique de l’Université de Sherbrooke.?L’électronique moderne passe actuellement par une quatrième révolution technologique qui demande une action collective si l'on ne veut pas devenir une société sous-développée.En effet, les trois premières révolutions : l’invention du transistor (1947), l'invention du circuit intégré (1959) et l’invention du microprocesseur (1971) nous ont complètement échappé.Le Québec était alors soit dans l’ignorance du monde moderne, soit au début de sa révolution tranquille, soit en pleine transformation de son système d'éducation.Maintenant, voici que l’électronique d’aujourd'hui (la micro-électronique) traverse une mutation qui permettra à toutes les sociétés avancées d’utiliser la puissance des circuits intégrés dans tous les secteurs de l'activité humaine.Comme l’a écrit Christian Stoffaes : « Avec les circuits intégrés, il s’agit de bien davantage qu’une simple innovation importante.C’est une véritable révolution industrielle, telle qu’il s’en produit uneoudeux fois par siècle, analogue à ce que furent la machine à vapeur, l’acier, le moteur à combustion interne ou l'électricité, dans son impact massif sur l’économie et la société.»* 1 En conséquence, il faudrait créer un Centre québécois de micro-électronique, qui serait un centre provincial de conception, de développement et de fabrication de prototypes en micro-électronique.Les grands objectifs d'un tel centre seraient : 1.De répondre aux besoins immédiats en matière de transfert de la technologie vers l’industrie et de conception de prototypes pour l’ensemble du milieu scientifique et industriel.2.D’acquérir et de développer le savoir-faire en micro-électronique en recevant des chercheurs et des étudiants des 2e et 3e cycles.3.De mettre à la disposition de la PME québécoise une expertise de qualité à un coût aussi bas que possible.4.De pouvoir concevoir et fabriquer localement des prototypes de circuits monolithiques à demande en technologie CMOS 1 à 2 microns dans un avenir aussi rapproché que possible.Bien sûr, la note sera appréciable, mais quand on veut se tailler une place dans un secteur économique comme l’électronique moderne, il faut en payer le prix.OÙ VA L’ÉLECTRONIQUE DE 1985 ?Pour celui qui suit l’évolution technologique de l'électronique, il semble se dessiner un monde où les montages préliminaires d’expérimentation (bread board) seront dépassés : on prévoit que la conception assistée par ordinateur (CAO) permettra de concevoir et de simuler les systèmes électroniques les plus avancés pour ensuite les implanter dans du silicium au moyen de la fabrication assistée par ordinateur (FAO).Les coûts et les temps associés à ces étapes seraient suffisamment bas pour qu’elles puissent être répétées jusqu’à l’obtention d'un produit final satisfaisant.Que fera celui qui ne possède pas ces moyens ?Parce que le Québec contient une variété de manufacturiers d’équipements utilisant de l’électronique, parce que ces manufacturiers sont essentiellement des PME et parce que le coût de participation à l’électronique d'aujourd’hui n'est pas à la portée d’une PME, il faut que l’État mette en place l’infrastructure qui nous permettra collectivement de survivre dans le monde technologique de demain.Mes observations de la scène québécoise dans l’électronique m’amènent à postuler que : 1) l’électronique au Québec ne sera pas développée par des étrangers mais par notre volonté collective et l’énergie de nos entrepreneurs ; 2) notre matière grise se compare avantageusement avec celle des autres pays et nous sommes capables d’être concurrentiels sur les marchés internationaux ; 3) il faut fournira la génération montante, que nous formons, les mêmes outils que ceux dont disposent nos concurrents ; 4) le processus d’intégration de cette activité économique dans notre structure industrielle ne peut être instantané et doit faire l’objet d’un plan coordonné.Veut-on prendre place dans le club des nations qui ont acquis la conviction que l’investissement nécessaire doit être fait ?À titre indicatif, signalons les efforts de la Belgique qui annonce pour Louvain 40 millions de dollars US d’investissements et 20 millions de dollars US d’opérations annuelles2.Mieux encore, l’Europe entière s'y est attaquée au moyen du programme ESPRIT (European Strategie Program for Research in Information Technology) où l’on parle de 1,3 milliard de dollars US sur cinq ans, dont la grande partie va à la micro-électronique3.L’Angleterre a déjà engagé 480 millions de dollars US entre 1983 et 1988 dans son plan Alvey (en grande partie micro-électronique3).L’Allemagne de l’Ouest y va de 1,14 milliard de dollars US entre 1984 et 1988, dont 535 millions de dollars US pour l’électronique.Bien sûr, l’Ontario s’y est déjà lancé en 1982 avec plus de 25 millions de dollars et la plupart des États industrialisés des États-Unis ont des engagements plus ou moins poussés dans cette direction.Il faut donc que le Québec ait confiance en lui-même et s’approprie un futur à la mesure de ses capacités.?RÉFÉRENCES 1.STOFFAES, Christian, «Le Programme PUCE», Enjeux n° 49, juillet-août 1984, pp.49-53.2.«Belgians Set Up Advances 1C Lab», Chronique de R&D, Electronic Week, 1er octobre 1984, pp.18-19.3.DEYOUNG, H.Garret, « Can Europe Catch Up in the Technology Race», High Technology, octobre 1984, pp.55-58. INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Les universités se définissent de grands axes de recherche ?INTERFACE vous offre ce mois-ci un baromètre des priorités de la recherche universitaire pour les prochaines années.Mais d’abord, quelques explications.En mai 1984, le ministre de l’Éducation, M.Yves Bérubé, annonçait un nouveau programme d’aide à la recherche, les «actions structurantes», destiné à favoriser l’émergence, le développement et la consolidation de quarante équipes de recherche qui constitueraient autant de pôles de d’excellence québécois dans les secteurs suivants : les biotechnologies, les nouvelles technologies électroniques, l’énergie, les transports, l’agro-alimentaire, la maîtrise sociale des changements technologiques et «tout autre secteur.du virage technologique».Cet intérêt de l’État pour les priorités de recherche était dicté par leurs retombées prévisibles : développement des infrastructures de recherche, essor économique et création d'emplois en général.Cent seize projets ont été soumis par 11 universités du Québec.Chaque projet a demandé environ un mois de préparation.Un comité de quatre personnes — deux du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie, une du Conseil des universités et une du Fonds FC A R — sélectionneront les projets après leur examen par un comité de scientifiques du Fonds FCAR.Dix équipes se qualifieront la première année, quinze supplémentaires la deuxième année et quinze autres la troisième.Fes dix « gagnants» de cette année (inconnusau moment de mettre sous presse) pourraient obtenir, en moyenne, environ 280 000 $ en salaires (durant la première année) et quelque 140 000 $ (net) pour des équipements.Cette équipe moyenne serait constituée de quatre attachés de recherche, « 2,5 » professionnels, une personne de soutien et 12 étudiants diplômés.Il semblerait que les normes du programme soient assouplies de façon à permettre notamment une meilleure rémunération des attachés de recherche.Voici donc les projets soumis.Demandes presentees a ce jour pour d’équipes de recherches (Actions structurantes) (Projections de 1984 à 1987) Projet Responsable Projet Université Concordia * Microbiology * The Computer Communication Group * Research on Computer-Aided Vehicle Systems Design for Transport Industries in Quebec * Économies d'énergie et logiciels concernant l’enveloppe des bâtiments * Matériaux de 2e génération pour la technologie de l’énergie et de l'électronique * Human Factors and New Electronic Technologies — Towards Technologically Enhanced Learning Environments Organization Systems (TELEOS) * Centre de gestion du transport Université Laval * Informatisation, éducation et formation ‘Application de l’informatique à l’industrie minérale * Développement biotechnologique du Centre de recherches en cancérologie de l’Université Laval * Applications pédagogiques des ordinateurs en médecine * Micro-optoélectronique, optique intégrée, capteurs optiques et traitement optique des images * Recyclage biologique et aquaculture * Améliorations de la productivité et de la qualité des végétaux et des micro-organismes par la génétique au moyen de technologies nouvelles * Applications pédagogique des ordinateurs * Croupe de recherche en modélisation numérique * Recherche, développement et applications commerciales des anticorps mononucléaux * Biotechnologie et nouvelles thérapeutiques des cancers hormonaux dépendants R.K.Storms Non précisé S.Sankar P.Fazio C.Langford Educational Technology Group.Dept, of Education Non précisé A.Baby Gilles Barbery Luc Bélanger Georges Bordage S.L.Chin Joël De La Noue Patrice Dion Maurice Fleury Michel Fortin Jean Joly Fernand Labrie * Étude par immunocytochimie ultrastructurale de champignons en culture ainsi que lors de l'infection des plantes * Manipulations génétiques de plantes et de micro-organismes appliqués à l’agriculture et et à la foresterie * Énergies nouvelles dans le bâtiment * Informatique et gestion en secteur agro-alimentaire * Équipe de recherche sur les matériaux et les infrastructures des transports * Évaluation et développement socio-organisationnel de l'informatisation du bureau * Introduction de la micro-informatique dans l’analyse et la gestion des ensembles régionaux * Système de traitement distribué à fins d'analyse et de commandes automatiques : applications à la robotique et la vision artificielle * Compétitivité et technologie dans les entreprises * Application phénotypique du génie génétique à la population du Québec * Productivité des cultures abritées * Représentation du savoir et systèmes experts en milieu francophone * Développement assisté par ordinateur de systèmes organisationnels informatisés * Technologies de la valorisation de la biomasse * Applications numériques en ingénierie * Avancement de la productique * Informatisation de la société * Géomatique Responsable J.Gabriel Lafontaine Maurice Lalonde J.-C.Leclerc Raymond Levailois Jacques Locat Jean Mercier et Pierre Ardouin Jean-Gabriel Migneron Denis Poussart Joël Rahn Claude Laberge A.Gosselin et J.R.Thibault Pierre Maranda Alain Martel J.-C.Méthot Yvon Ouellet Dinh Nguyen Gilles Dussault Jacques Jobin INTERFACE / MARS-AVRIL 1985 Projet Responsable Université McGill * Recherche en biologie moléculaire des plantes visant à l’amélioration des cultures importantes sur le plan agronomique * Support de personnel d’équipe de chercheurs dans « l'immobilisation » des matériaux biologiques actifs * Identification et caractérisation des polluants particulaires dans leurs effets pathogènes * La lutte biologique contre les mauvaises herbes * Conception et commande des manipulateurs robotiques * Centre de recherche appliquée sur les polymères (CRASP) * Développement et production à grande échelle de substances microbiennes présentant des possibilités d'applications industrielles * Création et développement d'une division spécialisée en droit de transport et de télécommunications-informatique * Développement et utilisation de la biotechnologie dans l’étude et le traitement des tumeurs malignes chez l’homme * Technologie géo-environnementale * Programme de recherche pluridisciplinaire en sciences laitières * Amélioration dans les techniques de détection, prévention et contrôle des parasitoses par l’application de la biotechnologie ‘Technologies cognitives pour la pédagogie basée sur l’utilisation des micro-ordinateurs * Épitaxie de matériaux semi-conducteurs par composés organo-métalliques Desh Pal Verma Thomas Chang P.Sébastien A.K.Watson Pierre Bélanger L.E.St-Pierre et M.R.Kamal M.E.Weber Nicolas M.Matte A.Fuks M.Raymond et N.Yong Dr Roger B.Buckland R.K.Prichard Dr Guy J.Groen Professeur D.Walsh Projet Université de Montréal * Projet de développement d’équipe en biotechnologie appliquée * Proposition de projet en télématique dans le cadre des «actions structurantes» * Lettre d'intention dans le cadre des « actions structurantes».Systèmes Intelligents * Développement de procédés, de techniques de fabrication et de techniques de caractérisation de matériaux électroniques * Systèmes experts interactifs-graphiques de planification et de gestion des réseaux et services de transport * Centre de recherche en reproduction animale (CRRA) : « L’établissement de la gestation et de la mortalité embryonnaire chez les grands animaux domestiques» * Lettre d’intention adressée au ministère de l’Éducation * Groupe de recherche sur les maladies infectieuses du porc (GREMIP) * Les nouvelles technologies appliquées à la médecine vétérinaire dans le développement de vaccins de synthèse et le diagnostic * Unité de recherche et de formation de chercheurs en biologie moléculaire * La dimension juridique du virage technologique ‘ Projet de consolidation de l’équipe Télé-Santé " Nouveaux polymères organiques photoconducteurs ; application au développement de cellules photovoltaïques et photoélectrochimiques Responsable Non précisé G.Boshmann et col I.J.Vaucher J.L.Brebner (UdeM)/ A.Yelon J.M.Rousseau KJ.Betteridge Non précisé S.Larivière et col I.Y.Elazhary et coil.Institut du cancer de Montréal Centre de recherche en droit public (CRDP) Institut de recherches cliniques de Montréal D.Gravel et G.Durocher
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