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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1985-05, Collections de BAnQ.

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Volume 6, numéro 3 LA REVUE DES CHERCHEURS Mai-juin 1985 PER ,A-522 ix.2 MTERFACE actionnaire des oeuvres littéraires du Québec L’électrochimie moderne : son rayonnement et ses impacts Les discours contemporains sur la famille québécoise Face à face : THERESE GOUIN DÉCARIE Cerner l’intégration de l’enfant dans l’univers «sa Beechcraft Starship I PRATT & WHITNEY CANADA lft§§8S®| Il est splendide.Profilé et révolutionnaire.Conçus, mis au point et construits ici, Sa puissance provient de moteurs signés ils sont à rajouter aux 27 000 autres que l'on Pratt & Whitney Canada.retrouve dans 144 pays à travers le monde. S O M M R E Face à face THÉRÈSE GOUIN DÉCARIE Propos recueillis par Jean-Marc Gagnon 10 LE DICTIONNAIRE DES OEUVRES LITTÉRAIRES DU QUÉBEC 15 Alonzo Le Blanc L'ÉLECTROCHIMIE MODERNE: son rayonnement et ses impacts Guy Bélanger et Ashok K.Vijh LES DISCOURS CONTEMPORAINS 20 SUR LA FAMILLE QUÉBÉCOISE Anita Caron 26 Éditorial Université-industrie-laboratoires publics : LA TRIPLE- ALLIANCE, VERSION 1985 Jean-Marie Demers et Guy Arbour 6 Science et Politique LE RATTRAPAGE SCIENTIFIQUE EST-IL POSSIBLE?Gilbert Paquette 31 Modem LA SAGA DU SYSTEME MÉTRIQUE AU CANADA 35 Guy W.-Richard L'INTERACTION UNIVERSITÉS-INDUSTRIE : où en sommes-nous?Claude Lajeunesse 37 Gros Plan UN NOUVEAU SIECLE, UN NOUVEAU DÉPART : la transformation technologique d'Alcan Hélène G.Seni 39 100°C LE PARCOURS DU 3e CYCLE: l’université ne veut que les bons chevaux! Nicolas St-Cyr 43 Science inter Sophie Malavoy 45 Subventions et bourses 50 À suivre 52 Sources 55 Chercheurs recherchés 58 Édition :Association canadienne-française pour l’avancement des sciences Directeur : Guy Arbour Rédaction : Sophie Malavoy Conseil à l’édition : Jean-Marc Gagnon/Science-Impact Comité de rédaction : Josiane Ayoub, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler et Robert Stampfler Comité scientifique : Josiane Ayoub, Gérard Boismenu, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler, Fernand Labrie, Roger P.Langlois, Paul-André Linteau, Michel Normandin, Gilles Paquet, John Sichel et Robert Stampfler Publicité : Jean Bonin, Serpro International Inc.7063, boul.St-Michel, Montréal H2A 2Z6 Tél.: (514) 374-7000 Correction d’épreuves et typographie : Paul Paiement Graphisme : Marie-Josée McGowan Illustrations : Jacques Goldstyn Photo de la page couverture : Louis Pépin (Commanditée par le Conseil de la langue française Revue sans but lucratif, INTERFACE est publiée bimestriellement à l’intention des membres de la communauté scientifique par l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie du Québec.Les articles d’INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l’origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s’adresser à l’ACFAS, 2730, Côte-Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T1B7 —Tél.: (514) 342-1411.Courrier de deuxième classe Enregistrement n° 6489 9 mai 1985 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre ISSN : 0826-4864 PRET POUR LAN 2000?À quinze ans à peine du 21e siècle, le Québec doit consentir d'importants efforts de recherche s'il veut s'affirmer dans les grands secteurs d'avenir.Pour ce faire, il a entre autres mis en oeuvre un Programme d’actions structurantes pour le soutien d’équipes de recherche liées au virage technologique.DÉJÀ.14,5 MILLIONS $ EN SUBVENTIONS Viennent d'être octroyées par le ministre de l'Enseignement supérieur de la Science et de la Technologie, M.Yves Bérubé, 12 subventions de l'ordre de 1 à 1,5 million $ réparti sur 5 ans; elles concernent les secteurs et les équipes suivantes: Biotechnologies : 1 nouvelles thérapeutiques des cancers hormonodépendants (Laboratoire de recherche en endocrinologie moléculaire, Faculté de médecine de TUni-versité Laval, sous la direction du Dr Fernand Labrie); 2 manipulations génétiques de plantes et de microorganismes appliquées à l'agriculture et à la foresterie (Faculté de foresterie et de géodésie de F Université Laval, sous la direction de M.Maurice Lalonde); 3 immobilisation des matériaux biologiques actifs (Centre de recherche sur les cellules et organes artificiels, Faculté de médecine de l'Université McGill, sous la direction du Dr Thomas Chang).Énergie.4 hautes températures et plasmas thermiques (une équipe de chercheurs de trois établissements — Université de Sherbrooke, Université McGill et INRS-Énergie — sous la direction de M.Maher Boulos).Informatique: 5 conception de circuits fiables à très grande échelle (Centre de recherche informatique de Montréal, sous la direction de M.Nicholas Reumin); 6 télématique (Centre de recherche informatique de Montréal, sous la direction de M.Gregor Bochmann).Nouvelles technologies électroniques: 7 conception et commande des manipulateurs roboti ques (Laboratoire de vision et de robotique, Faculté de génie, Université McGill, sous la direction de M.Pierre Bélanger); 8 développement de procédés, de techniques de fabrication et de techniques de caractérisation de matériaux électroniques (Groupe de recherche sur la physique et la technologie des couches minces École Polytechnique de Montréal et Université de Montréal, sous la direction de MM, Arthur Yelon et John Brebner).Transport: 9 conception assistée par ordinateur de systèmes véhiculaires pour l'industrie du transport du Québec (Groupe de recherche sur les systèmes véhiculaires, Département de génie mécanique, Université Concordia, sous la direction de M.Seshadri Sankar).Secteur ouvert: mines: 10 application de l'informatique à l'industrie minérale (Groupe de recherche en automatisation appliquée à l'industrie minérale, Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval, sous la direction de M.Gilles Barbery).Secteur ouvert: matériaux polymériques et composites: 11 recherche appliquée sur les polymères (Centre de recherche appliquée sur les polymères.École Polytechnique et Université McGill, sous la direction de MM.Pierre Garreau et Musa Kamal) Secteur ouvert: pâtes et papier: 12 utilisation d'essences à croissance rapide (Centre de recherche en pâtes et papier, Université du Québec à Trois-Rivières, sous la direction de M.Jacques Valade).Gouvernement du Québec Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie - i Quinze nouveaux projets de recherchÆt m seront retenus d'ici septembre 1985 et une douzaine d autres l'année suivante.£e bud get total de ce Programme d'actions structurantes pour le soutien d'équipes de recherche liées au virage technologique est de 75 millions $ Æ mm sâf> dans telle catégorie.Il s'exprime aussi par l’évaluation personnelle des oeuvres.Dans la mesure où un dictionnaire doit d’abord fournir un résumé de l’oeuvre, non pour s’y asseoir, mais pour permettre d'aller plus loin, une évaluation critique trop explicite peut constituer un appendice gênant pour la propre démarche du lecteur (adolescent ou adulte!).Nous avons cependant maintenu ce principe de l’évaluation des oeuvres, avec la pleine conscience des erreurs possibles et inhérentes à toute «institution», avec la conscience également que notre propre écriture, comme toute action, comme tout jugement, s’inscrit dans une durée, avec l’inévitable reflet de notre époque.L’hétérogénéité dans l’écri-turedesarticles,combinéeà une triple ou quadruple lecture éditoriale, est garante d’une objectivité, qui n’est cependant jamais tout à fait atteinte, qu’il s’agisse de l’évaluation d’un recueil de poèmes ou de la valeur dramatique d’une pièce de théâtre.Il est évident, par exemple, qu’un certain nationalisme est sous-jacent à telle ou telle lecture d’oeuvre.Ce problème de l’objectivité n’est pas spécifique aux littéraires.Une subjectivité se pointe aussi dans la démarche de l’historien ou du scientifique obligé d’effectuer un choix au sein d’une foule de données ou de matériaux.QU’EST-CE QU’UNE OEUVRE «LITTÉRAIRE»?Il faut admettre qu’il y a eu glissement ou rétrécissement volontaire du concept d’oeuvre «littéraire» appliqué dans le tome I à des oeuvres jalonnant la fondation du pays (par exemple, Les Voyages de Samuel de Champlain, Les Relations des jésuites, les premières « Histoires du Canada »), et, dans le tome V, à des oeuvres strictement « littéraires» selon le sens contemporain du mot.Nos « introductions » aux divers tomes s’expliquent longuement là-dessus.Dans le silence relatif qui a entouré la première colonisation du pays, les moindres écrits deviennent des documents importants, lointaines balises d’une société qui se construit.Plus près de nous, dans cette période bouillonnante de la Révolution tranquille, où se multiplient pamphlets et plaidoyers pour un choix de société, il nous a fallu laisser tomber, parfois à regret, nombre d’écrits polémiques ou didactiques dont la teneur littéraire était mince.Des philosophes, des sociologues et des politicologues se sont étonnés de ne pas retrouver leurs oeuvres mentionnées dans nos colonnes: en ce cas, sauf erreur, elles ne correspondaient pas à l’objectif visé par notre inventaire, qui reste foncièrement orienté vers une mise à jour de l’imaginaire québécois.La priorité est doncaccor-dée aux oeuvres de fiction romanesque, poétique ou théâtrale, ainsi qu’aux essais susceptibles de recevoir une interprétation polysémique.L’un des résultats les plus nets de notre entreprise aura été de rendre possible une relecture complète de ces oeuvres.Il en ressort déjà une interprétation globale décisive, non définitive, car la littérature est précisément un domaine où rien n’est défini- tif — comme dans la science d’ailleurs —, mais pour d’autres raisons.Nous avons entrepris de faire l’inventaire de tous les auteurs et de toutes les oeuvres imprimées qui ont jalonné notre vie littéraire.Si nombre d’auteurs étaient déjà connus grâce à des manuels ou à des répertoires (qui d’ailleurs véhiculaient des erreursd’ordre biographique ou bibliographique), la plupart sont pratiquement inconnus, auteurs d’oeuvres mineures qui ne les ont pas tirés de l’obscurité.Dans de multiples occasions, il nous a fallu faire parvenir à nos collaborateurs et collaboratrices un exem-plaire de l’oeuvre qu’ils acceptaient de recenser, parce que l’ouvrage n'était pas accessible dans les bibliothèques de leur ville ou de leur institution.Alors, nous dira-t-on, pourquoi retourner et ressasser ce vieux terreau national ?N’y a-t-il pas là une attitude ou une volonté de repliement sur soi, une complaisance dans la médiocrité de nos productions nationales?Et cela au moment même où tant de chefs-d’oeuvre de la littérature universelle continuent de nous solliciter?Ces interrogations reviennent toutes à formuler, en fait, la question de l’existence même d’une littérature québécoise.L’EXISTENCE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Il y a eu, jusqu’à une époque récente, une longue et tenace méfiance des professeurs, des critiques et des lecteurs de ce pays à l’égard de la littérature dite canadienne-française, puis québécoise.En 1904, l’abbé Camille Roy ose parler d’une « nationalisation de la littérature canadienne-française »2.En 1909, Jules Fournier, faisant la critique de Nos origines littéraires, de l’abbé Roy, remarque qu’il y a une «disproportion énorme, inconcevable, entre le ton du critique et l’importance des oeuvres qu’il apprécie»3.Il est évident que notre inventaire n’est pas tout à fait à l’abri d’un tel reproche et que nombre d’oeuvres recensées, pour reprendre l’expression de Fournier, «n’offrent guère d’intérêt en elles-mêmes».Toutefois, le même Fournier leur reconnaîtrait une importante valeur documentaire, car ces oeuvres «nous font voir à quoi s’intéressaient nos pères, et ce qui pouvait, il y a 150 ans, émouvoir leurs coeurs ou frapper leurs esprits».En certains cas, «elles n’ont que la valeur documentaire de témoins écrits qui éclairent d’un jour saisissant toute une époque de notre existence nationale»4.Le même journaliste qui, dans une «réplique à M.Ab Der Halden », en 1907, mettait en doute l’existence d’une littérature canadienne-française, terminait sa lettre en concédant que cette littérature, «c’est un beau rêve, Monsieur, dont on pourra, peut-être, entrevoir la réalisation dans une cinquantaine d’années, une magnifique découverte dans l’avenir»5.Ce «beau rêve» s’est parfaitement réalisé.De la même façon que nous sommes «l’avenir » de Jules Fournier, qui, disant cela, composait une Anthologie des poètes canadiens, de même notre dictionnaire des oeuvres constitue une base élémentaire, l’établissement du corpus littéraire à partir duquel un avenir peut être entrevu et construit.Le brassage et la mise en colonnes de ce terreau littéraire ne peuvent se justifier que par la vive conscience d’un enracinement et par la certitude intime que cette terre nourricière de l’arrière-grand-père saura aussi nourrir l’arrière-petit-fils.La sereine assurance que nous avons de constituer un chaînon entre le passé et l’avenir n’est peut-être pas exempte d’une peur inconsciente, sous-tendant notre projet, comme s’il y avait urgence d’inscrire noir sur blanc ce que, par l’écriture, les Qué-bécoisaurontété.Six mille pages de textes émergeant de la grande marmite nucléaire nord-américaine ! INTERFACE / MAI-JUIN 1985 ni V'*£J L'équipe du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, de gauche à droite : André Gaulin, Denise Doré, Roger Chamberland, Kenneth Landry, Aurélien Boivin, Lucie Robert, Gilles Dorion, Marie-Josée Des Rivières et Alonzo Le Blanc.En médaillon, le directeur du projet, absent au moment de la photo, Maurice Lemire.LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ Les oeuvres analysées dans les deux premiers tomes, par exemple, nous permettent de mesurer d’une façon péremptoire l’ampleur et l’absolutisme du pouvoir clérical qui, surtout après l’échec de la rébellion de 1837-1838, s’installe à demeure et impose pendant plus d’un siècle une idéologie qui marquera profondément la culture et la société québécoises.Les écrivains du dix-neuvième siècle, trop bien encadrés, sont incapables de saisir la problématique de leur société.(Et nous, le pouvons-nous, aujourd’hui ?) Ils ne jouissent pas de la liberté d’inspiration et d’expression essentielle à la conception des grandes oeuvres.Une méfiance tenace se manifeste à l’égard du roman et du théâtre, dénoncés tous deux comme des loisirs dangereux pour les bonnes moeurs et pour la morale.Aussi ne faut-il pas s’étonner de la prédominance, à cette époque, des essais, oeuvres de journalistes, d’historiens, de clercs ou d’hommes politiques.Comme les éditeurs sont rares ou inexistants, les prises de parole se font au sein des journaux où sont publiés poèmes, chroniques et contes.Ceux qui osent s’élever contre cette orthodoxie de la pensée, comme le fait Arthur Buies dans ses Lettres sur le Canada, sont voués à la condamnation.L’influence indéniable d’un Camille Roy sur les lettres québécoises des années 1900-1935 établit un lien nécessaire entre littérature et nationalité, mais elle s’inscrit dans cette même orthodoxie monolithique qui brime la liberté de pensée.On peut mesurer à cet égard l’audace et le mérite d’OIivar Asselin, de Jules Fournier et de Jean-Charles Harvey, pour ne nommer que quelques noms.La querelle entre les régionalistes et les exotiques exprime, dès 1920, une dialectique fondamentale de notre histoire littéraire, où lecteurs et écrivains sont tiraillés entre l’enracinement dans les valeurs du terroir et l’ouverture à des courants de pensée européens qui marquent un accès vers la modernité.Aussi cette tendance vers la modernité est-elle la principale clef d’interprétation de ces décennies qui précèdent la Seconde Guerre mondiale.Les romans régionalistes, un courant important de cette période, cèdent peu à peu la place à des oeuvres plus ouvertes: celles des poètes en particulier qui, prophètes et visionnaires, atteignent l’essence des choses et, semblables au devin Tirésias d’ Oedipe-Roi, dénoncent les courants souterrains et encore inconscients qui se font jour dans la Cité.Cette société rurale et traditionnelle évolue vers l’urbanisation et l’industrialisation.La littérature apparaît comme un sismographe fidèle de ces mutations souterraines aussi bien que des fissures qui apparaissent dans l’orthodoxie évoquée.L’évolution des formes et la libération à l’égard des normes fixes du classicisme — entre autres, à l’égard du vers alexandrin — précèdent d’autres dégels qui surviendront lors de la guerre de 1939-1945 et pendant la Révolution tranquille des années 60.Les querelles littéraires de la première moitié du siècle traduisent cette volonté de gagner une audience universelle et de mériter une consécration internationale, entendons parisienne et française.Mais la problématique où se situe le Dictionnaire confirme comme critère premier d’une littérature nationale l’établissement d’un contrat implicite entre auteurs et lecteurs d’une même collectivité.Il en sera de même, par exemple, au théâtre en 1948 avec le succès de Tit-Coq, qui marque le début d’une dramaturgie nationale.PREMIER BILAN : LE RÉEL ET L’IMAGINAIRE L’un des objectifs du Dictionnaire est de «refléter l’activité littéraire de chaque époque d’après l’idée qu’elle-même se faisait de la littérature»6.Les introductions aux quatre tomes apparaissent déjà comme des interprétations successives du phénomène littéraire qui nous ont permis de saisir et de faire ressortir les principaux courants de pensée, les influences, les idées et les contraintes sociales qui se sont exercées sur les écrivains comme sur les autres membres de la collectivité.Si la culture se définit comme le mode d’articulation des rapports qui s’établissent entre l’homme et le monde, la littérature du Québec représente l’une des formes les plus spirituelles et les plus achevées de sa culture.Indépendamment de toute interprétation étroitement nationaliste, ce monumental inventaire des écrits des Québécois s’inscrit dans le temps et dans l’espace comme une vaste autobiographie collective, grand signifiant d’un peuple bien caractérisé.À cet égard, l’étude scientifique de notre littérature confirme les données de l’histoire et de la sociologie.Les textes des écrivains sont autant d’aveux, agressifs ou feutrés, d’un individu qui rend compte des conditionnements, des refoulements ou des enthousiasmes dont il a été l’objet.Ainsi se sont accumulés au fil des ans les traits de notre identité et de notre vouloir-vivre.Le tableau qui en ressort, si nous pouvions l’embrasser d’un coup d’oeil et le caractériser en quelques mots, est celui d’un imaginaire collectif en travail, au même titre qu’on peut dire d’une mère (ou d’une forêt) qu’elle est «en travail », immense matrice des rêves et des projets individuels ou collectifs, des frustrations et des utopies, des plaisirs et des langueurs.Ce tissu textuel, comme les courtepointes de nos aïeules, forme le portrait bigarré des lieux communs éternels que sont la vie, la naissance, l’amour, la volupté, le travail, la douleur, la famille, l’échec, la mort.Nous rejoignons la conscience universelle par des voies qui sont les nôtres, et qui sont d’autant plus significatives qu’elles prennent INTERFACE / MAI-JUIN 1985 la forme de confessions individuelles — dans Angéline de Montbrun aussi bien que dans les Belles-Soeurs — exprimées en des termes précis, imagés et parfois longuement mûris.AUTRE BILAN : UNE DOCUMENTATION IMPOSANTE Dans le but de répertorier le contenu «littéraire» des périodiques québécois, l’équipe du Dictionnaire a procédé à l’indexation des journaux et des revues, en utilisant une grille de lecture, qui lui permettait de recueillir des renseignements sur la vie littéraire, en général, aussi bien que sur le contexte historique ou extra-textuel qui a accompagné la parution de chaque oeuvre.Selon le plan de classement établi sur des bordereaux d’indexation et sur des fiches signalétiques, les assistants et les assistantes de recherche rattachés au Dictionnaire depuis une dizaine d’années ont recueilli environ 100000 renseignements bibliographiques (à raison de 20 000 par tome), dans plus de 400 périodiques dépouillés.Ainsi s’est constituée une documentation impressionnante formée non seulement des manuscrits ou photocopies d’oeuvres rares, maisd’une multitude de renseignements sur la vie littéraire (concourset prix littéraires, publications de prospectus et de manifestes, fondation de périodiques, activités dans le monde de l’édition et du théâtre) ; sur les auteurs (entrevues, nécrologies, honneurs littéraires); sur des questions relatives à l’histoire littéraire (études d'un genre, d’un thème, d'une période, étude de mouvements ou de sociétés littéraires) ; sur la création littéraire, sur l’enseignement ou sur la diffusion de la littérature et, enfin, sur la critique littéraire elle-même, qui fournit la partie la plus volumineuse de ce dépouillement.Les biographies des au-teursontété rédigéesà partirdes données relevées dans les actes officiels de naissance, de mariage, de décès des écrivains et d’après un questionnaire-enquête transmis aux auteurs encore vivants.De même, les bibliographies ont été dressées selon une méthode scientifique rigoureuse, volumes en main, pour éviter les erreurs véhiculées dans les anciennes biographies et bibliographies.Cette rigueur, qui a présidé à la composition du Dictionnaire, lui confère une valeur inestimable comme ouvrage de référence.L'importante documentation accumulée peut maintenant servir à d’autres fins.On envisage de mettre bientôt toutes ces données sur ordinateur en vue d’un traitement informatisé et polyvalent.Il serait long et peut-être fastidieux de faire ici la petite histoire des subventions qui ont permis l’éclosion d’un tel projet.Le Dictionnaire depuis bientôt 15 ans a reçu des deux paliers de gouvernement — simultanément ou successivement, de Québec et d’Ottawa, — des subventions s'élevant à un million et demi de dollars.L'Université Laval et la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ont aussi contribué avec des sommes importantes.Ces montantsontservi, entre autres, à la formation de 52 jeunes chercheurs, étudiants-assistants de recherche.S’il a fallu pas moins de sept années pour produire et « sortir » le tome premier (la recherche d’un éditeur compétent n’a pas été facile), nous avons finalement acquis un rythme de production remarquable : un volume à tous les deux ans.L’un des éléments majeurs de la réussite du Dictionnaire aura été la permanence de notre équipe depuis bientôt dix ans.Au fil des années s'est développé entre nous un sentiment de solidarité et d’appartenance qui est profond et qui a joué un rôle décisif aux moments de crise.Les rares velléités d’abandon se transformaient en décisions de rester, car l’oeuvre à accomplir s’imposait à nous comme une nécessité aussi passionnément urgente.Les tâches des responsables ont exigé un engagement total qui demeure le plus sûr garant des oeuvres à venir.À cet égard, le Dictionnaire n’est pas un point d’arrivée, mais un tremplin préparé pour des recherches subséquentes.L'un des résidus les plus nets de nos efforts, c’est de pouvoir maintenant contribuer à mettre sur pied, en collaboration avec d’autres collègues du Département des littératures de l’Université Laval, le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ).Fondé en 1984, ce centre a pour objectif l’établissement du corpus littéraire québécois, l’étude systématique de ce corpus selon des approches multiples, la diffusion des travaux de recherche, la formation de chercheurs et la promotion de la création littéraire.Les spécialisations diverses de la vingtaine de professeurs membres du CRELIQ les amènent maintenant à travailler ensemble à l’élaboration d’un vaste projet qui portera sur l’histoire de la vie littéraire du Québec.Nous en sommes à définir les paramètres d’un tel projet, et les perspectives d’étude sur l’institution littéraire québécoise sont si complexes qu’un premier colloque sur ce sujet s’est tenu récemment à l’Université Laval, sous le patronage de l’Institut québécois de recherche sur la culture, les 25, 26 et 27 avril 1985.La machine est en marche et elle n’est pas près de s’arrêter.?RÉFÉRENCES 1.Je remercie mes collègues de l’équipe du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec et en particulier, monsieur Kenneth Landry, qui m’ont fourni des renseignements utiles.2.ROY, C., La Nationalisation de la littérature canadienne, Bulletin du parler français au Canada, décembre 1904, pp.116-123, et janvier 1905, pp.133-144.3.FOURNIER, J., «Nos origines littéraires», par M.l’abbé Camille Roy, Le Nationaliste, 18 juillet 1909 (reproduit dans Mon encrier, Montréal, Fides, 1965, pp.79-80.4.Ibid., p.81.5.FOURNIER, J., Répliqueà M.Ab Der Halden, Mon encrier, p.48.6.Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome I, Montréal, Fides, 1978, Introduction générale, p.ix. ¦ .¦ m SÛT $s$eW.m £*¦ i Sfc "A ••A- • -//-f mm ¦¦¦:.
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