Interface : la revue de l'ACFAS, 1 novembre 1985, Cahier 1
2,50$ Volume 6, numéro 6 LA REVUE DES CHERCHEURS Novembre-décembre 1985 Face à face : JEAN-MARC LALANCETTE Savoir concilier recherche et administration PER A-522 EX.2 «JTERFACE genese a fumée de tabac Le français écrit au secondaire La recherche orientée La science et les médias Un nouveau composite résistant à l'usure Le Centre de recherche en immunologie Le programme d'actions structurantes du Gouvernement du Québec subventionne cinq équipes de l’Université Laval 1.L’optique et l’électronique: avec une équipe du Laboratoire de recherche en optique et laser: une subvention de 1 554 000 S.De gauche à droite: Claude Delisle, Henri H.Arsenault, See Leang Chin, Réal Tremblay et Roger Lessard.2.Les sciences et la technologie du lait: avec une équipe du Département de sciences et technologie des aliments: une subvention de 1 468 000 $.De gauche à droite: Ronald Simard, Jacques Goulet, Paul Paquin, Jean Amiot et Christophe Lacroix.François Castaigne était absent.> « 3.Des cultures abritées plus productives: avec une équipe regroupant des chercheurs de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, et de la Faculté de foresterie et de géodésie.4.La génétique, les maladies héréditaires et la démographie du Québec: avec une équipe pluriuniversitaire regroupant des chercheurs de l'Université Laval, de l'Université McGill et de l'Université du Québec à Chicoutimi.Quelques membres de l’équipe: au premier rang, de gauche à droite: Jean-ttienne Parent, Robert Lagacé, André Gosselin.Au second rang, de gauche à droite: Régis Boily, Marc-J.Trudel, Blanche Dansereau, Jacques-André Rioux, Pierre-André Dubé.Les membres de l’équipe de l’Université Laval: au premier rang, de gauche à droite: Louis Nicole, Jean Morissette, Robert Tanguay.Au second rang, de gauche à droite: Michel Vincent, Jean-Paul Valet, Jean Dussault et Claude Laberge.Absente au moment de la photo: Marie-Christine Thibault.5.La télédétection et le graphisme numérique: collaboration avec le Centre d'applications et de recherches en télédétection - CARTEL -de l'Université de Sherbrooke.De gauche à droite: Gilles Ladouceur, Keith Tomson et Jacques Jobin.PROGRÈS NOTRE FORCE! O O O UNIVERSITÉ LAVAL INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1985 SOMMAIRE INTERVIEW Face à face JEAN-MARC LALANCETTE Propos recueillis par Claude de Launière 10 CANCÉROGÉNÈSE DE LA FUMÉE DE TABAC : une étude chez le hamster doré André Castonguay, Abraham Rivenson et 16 Hans Tjâlve LE FRANÇAIS ÉCRIT AU SECONDAIRE : drame ou espoir?Conrad Bureau 22 UN NOUVEAU COMPOSITE RÉSISTANT 28 À L'USURE Biaise Champagne, Michel Fiset et Roch Angers Interligne Editorial LES EXIGENCES DE L'EXCELLENCE Robert Lacroix 8 Science et politique LA RECHERCHE ORIENTÉE : wright ou faux?34 Guy Berthiaume Modem LA SCIENCE ET LES MÉDIAS : 36 le public a vraiment soif! lean-Marc Gagnon Gros Plan LE CENTRE DE RECHERCHE EN IMMUNOLOGIE : 39 un petit groupe, de gros projets Pierre Sormany 100°C UN POSTDOC, QU'OSSA DONNE?Cari Séguin 42 Science-inter Sophie Malavoy 44 Subventions et bourses 48 À suivre 50 Sources 51 Chercheurs recherchés 53 INTERFACE Édition :Association canadienne-française pour l’avancement des sciences Directeur : Guy Arbour Rédaction : Sophie Malavoy Conseil à l’édition : Jean-Marc Gagnon/Science-Impact Comité de rédaction : Josiane Ayoub, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler et Robert Stampfler Comité scientifique : Josiane Ayoub, Gérard Boismenu, André Girard, Claude Hamelin, Marianne Kugler, Fernand Labrie, Roger P.Langlois, Paul-André Linteau, Michel Normandin, Gilles Paquet, John Sichel et Robert Stampfler Publicité : Jean Bonin, Serpro International Inc.7063, boul.St-Michel, Montréal H2A 2Z6 Tél.: (514) 374-7000 Correction d’épreuves et typographie : Paul Paiement Graphisme : Marie-Josée McGowan Illustrations : Jacques Goldstyn Photo de la page couverture : René Decarufel (Commanditée par le Conseil de la langue française) Revue sans but lucratif, INTERFACE est publiée bimestriellement à l’intention de la communauté scientifique par l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie du Québec.Les articles d’INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l’origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s'adresser à l’ACFAS, 2730, Cote-Ste-Catherine, Montréal (Québec) H3T1B7 —Tél.: (514) 342-1411.Courrier de deuxième classe Enregistrement n° 6489 9 novembre 1985 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Troisième trimestre ISSN : 0826-4864 Pour compléter en exploration la télédétection l’image, géologique: Si vous faites de la prospection, la télédétection vous donne une longueur d’avance.Elle vous offre une vue d’ensemble qui vous aide à reconnaître les diverses formations géologiques.Par l’analyse de la flore et des formations de surface, la télédétection vous aide à déduire ce que recèle le sous-sol.Intégrées aux données provenant d’autres sources, les images obtenues par télédétection vous donnent une vue d’ensemble insurpassable.Grâce à la télédétection, vous évitez les terrains les moins prometteurs, planifiez mieux vos explorations et prenez de meilleures décisions.De nombreuses sociétés utilisent déjà cette technique ultramodeme dans leurs travaux d’exploration géologique.t ¦ k.¦ Le Centre canadien de télédétection (CCT), en collaboration avec d’autres spécialistes, améliore constamment la qualité et l’utilité des images prises par satellite.De concert avec l’industrie, il en perfectionne sans cesse les techniques d’interprétation.Venez assister à la démonstration de cette technologie de pointe au Pavillon canadien à Expo 86.Pour une vue d’ensemble sur nos récents progrès en télédétection, communiquez avec: Assistance aux utilisateurs et commercialisation Centre canadien de télédétection 2464, chemin Sheffield OTTAWA (Ontario) K1A 0Y7 Le Centre canadien de télédétection Les ressources de la technique au service de la gestion des ressources.Énergie, Mines et Energy, Mines and Ressources Canada Resources Canada L’Hon.Robert Layton Hon.Robert Layton Ministre d’État (Mines) Minister of State (Mines) Canada INTERLIGNE INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 INTERLIGNE est le courrier des lecteurs et lectrices.Vous êtes prié de faire parvenir vos textes à la rédaction d'INTERFACE, 2730, chemin de la Côte Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1 B7.Tél.: (514) 342-1411.SUR LES FINALITÉS DE LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE Vous êtes devant un chercheur amateur dont les propos doivent être considérés comme tels.Cet amateurisme a différentes sources.D'une part, je suis loin d'être informé sur les différents problèmes du secteur de la recherche, tout particulièrement dans le domaine des sciences «lourdes».D'autre part, malgré des demandes suffisamment nombreuses au cours des dix dernières années, je n'ai reçu aucune subvention du programme FCAC et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.En somme, suis-je vraiment un chercheur?Dans le monde universitaire d'aujourd'hui, je mérite de moins en moins ce qualificatif.Les critères d'appréciation tendent en effet à pondérer davantage le budget de recherche de l'universitaire que son apport à l'accroissement public des connaissances compris dans ses multiples dimensions.C'est une situation vraiment étrange : les inputs ou intrants deviennent plus valorisés que les outputs ou produits finals.Vous pouvez produire de la camelote, mais l'important est de conserver des coûts de production élevés, avec plusieurs assistants, beaucoup d'espace, une quincaillerie impressionnante, de nombreux voyages, sans oublier toutefois le sigle de votre institut, laboratoire ou groupe qui apparaît sur tous les bouts de papier inimaginables.Vous répondrez que j'exagère.Les subventions de recherche ne sont-elles pas accordées par un processus concurrentiel impliquant le jugement des pairs?N'est-ce pas là une garantie que le bon grain est séparé de l'ivraie?Que les «pas bons» ne reçoivent rien?Comme je suis personnellement trop impliqué dans cette question, permettez-moi de vous renvoyer à une chronique publiée dans Newsweek par Milton Friedman\ Prix Nobel d'économique de 1976.Il y prône l'abolition de la National Science Foundation en avançant les arguments suivants : «En quoi l'augmentation du budget de la recherche peut-elle s'avérer néfaste?Premièrement, en faisant de la quête de subventions un élément de succès professionnel aussi important que la contribution scientifique elle-même.Deuxièmement, en orientant la recherche économique dans les directions privilégiées parles bailleurs de fonds de la N S F.En économique, ce bilan a signifié une recherche hautement mathématisée — entreprise sans doute grandement valable, pourvu qu'elle ne se fasse pas au détriment des autres types de recherches.Troisièmement, la méthode de financement a étouffé l'innovation.Le système d'évaluation par les pairs favorise à la fois les scientifiques reconnus et les voies de recherche bien établies.En tirant son revenu de son emploi au Bureau suisse des brevets, Einstein se trouve à avoir été financé par le gouvernement pour développer la théorie de la relativité.Que serait-il advenu de son projet sous un régime d'évaluation par les pairs?Eût-il seulement été formulé?» (Traduction libre.) Mais si ce raisonnement apparaît bien fondé, il n'en découle pas nécessairement un enseignement précis pour la recherche à l'Université Laval.Notre institution n'est en effet qu'un joueur dans tout le secteur de la recherche et elle doit s'adapter ou répondre aux règles et incitations déterminées ailleurs.Si, comme exemple, le gouvernement fédéral désire financer plusieurs centres de recherche sur la paix, l'Université devient aussitôt intéressée à implanter un tel centre, même si son contenu est fort difficile à préciser.C'est la même situation pour le fameux virage technologique que nous crée de toute pièce le gouvernement du Québec.Parallèlement, l'importante priorité implicite accordée par le gouvernement provincial à l'accessibilité à des études universitaires de qualité indéfinie invite les universités à ouvrir toutes grandes leurs portes et à développer une gamme de programmes-consommation.Si Tune d'elles se refuse, les institutions concurrentes se substitueront comme en témoignent les présences de l'UQAR à Lévis et en Beauce, l'UQTR à Ste-Foy et même l'Université de Montréal avec un certificat en gestion des services de santé offert au CHUL Même si l'université n'est qu'un joueur dans le secteur de la recherche, son rôle n'est pas entièrement passif.Elle conserve cependant un pouvoir discrétionnaire suffisant pour décider de certains choix ou orientations.C'est maintenant à un de ces choix que je veux m'adresser pour améliorer ma productivité.Le mot chercheur caractérise de façon imprécise mon emploi du temps.Je préfère le concept moins prestigieux de traducteur.Mon rôle consiste presque essentiellement à essayer de traduire à mon milieu les connaissances ou travaux de ma discipline.Voilà ma place dans la division internationale du travail intellectuel.En utilisant les mots de la fable bien connue de La Fontaine, je suis comme la grenouille qui n'a aucun intérêt à se faire aussi grosse que le bœuf.Mes travaux ne visent pas à l'originalité, même si cet aspect est privilégié par les organismes subventionnaires.Ils doivent toutefois être jugés par leur pertinence, c'est-à-dire par leur aptitude à expliquer les phénomènes sociaux. INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1985 AVIS AUX AUTEURS Ce rôle de traducteur exige un recours assidu aux services de la bibliothèque.Puis-je exprimer mon dépit devant la détérioration, que je perçois depuis plusieurs années, de la documentation que m'offre la bibliothèque?Voici quelques éléments de la situation dans le secteur où je travaille le plus, l'économique du secteur public.La bibliothèque a annulé ses abonnements à plusieurs revues majeures ou de premier plan, telles que le National Tax Journal en taxation ou le Social Security Bulletin pour les politiques sociales.De plus, comme mon terrain dépend principalement de l'emploi des données de Statistique Canada, je vous conseille de visiter le coin de la bibliothèque consacré à ces publications pour ne pas vous surprendre de la présence de trous importants dans les collections.Je n'ai pas à insister sur l'état du deuxième étage au cours des dernières années.Enfin, pour peut-être mieux «prendre le virage technologique», la bibliothèque a récemment décidé de suspendre sa commande permanente aux publications de la Rand Corporation.En somme, je perds une partie non négligeable de mes outils de travail.Le loisir devient alors une alternative plus intéressante.Et si je m'y adonne allègrement, je diminue l'encombrement a l'université, y compris celui de mon secrétariat et j'aurai la convention collective pour me protéger.?Gérard Bélanger Département d'économique Université Laval NOTES 1.FRIEDMAN, M., An Open Letter on Grants, Newsweek, 18 mai 1981, p.99.Pour certains, les voyages du professeur Friedman au pays du président Pinochet le discrédite, même s'il a conseillé les administrations de la Chine et de la Yougoslavie.?INTERFACE est une revue multidisciplinaire bimestrielle éditée par l'ACFAS pour les membres de la communauté scientifique.Elle contient des articles de recherche de même que des interviews, des opinions et des informations générales sur la recherche et les chercheurs.Il n'est pas nécessaire d'être membre de l'ACFAS pour y contribuer.L'été (numéro de juillet-août), un bottin des chercheurs regroupant les noms des membres de l'ACFAS, les institutions et les organismes de recherche est publié.Les articles de fond doivent être des bilans chargés de diffuser l'état des recherches dans un domaine particulier.Tout texte est systématiquement soumis à deux arbitres, trois en cas de litige.Sa clarté et son accessibilité constituent également des critères d'acceptation.Le sujet doit être introduit de façon à faire ressortir l’importance et l’intérêt des travaux effectués, comme leurs implications sociales, économiques et politiques.Il est opportun de situer la recherche par rapport aux autres travaux scientifiques et d’indiquer, le cas échéant, les limites atteintes et les développements possibles.Les chroniques Science et politique et Modem sont ouvertes à ceux et celles qui veulent commenter respectivement les affaires de politiques scientifiques et les questions de fond touchant la recherche.La chronique 100°C est une tribune largement ouverte aux étudiants diplômés qui désirent communiquer leurs expériences ou préoccupations.L’Éditorial est généralement rédigé sur invitation à partir des préoccupations du comité exécutif de l’ACFAS.Il ne représente pas nécessairement la position de l'Association.Toute personne peut toutefois proposer un projet d’éditorial.L’interview Face à Face, la revue des livres Sources, les capsules d’information Science Inter et la chronique Gros Plan sont du ressort de l’équipe de rédaction d’INTERFACE.Les lettres des lecteurs sont publiées dans Interligne avec les réserves de circonstance touchant les propos diffamatoires ou non fondés.Enfin, les chroniques Subventions et bourses, À suivre et Chercheurs recherchés sont ouvertes à toute personne ou organisme désireux de rejoindre la communauté scientifique.Pour obtenir les normes de rédaction, prière de contacter : Sophie Malavoy ACFAS Tél.: (514) 342-1411 INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 Les exigences de l'excellence par Robert Lacroix Robert Lacroix est directeur du Centre de recherche et développement en économique à l'Université de Montréal.Il a présidé le Croupe de travail sur les priorités dont le rapport La Poursuite de l'excellence a été déposé en août dernier au Comité de la planification de l'Université de Montréal.?J'ai présidé l'année dernière un groupe de travail dont le mandat était en partie d'établir, dans la mesure du possible, la position relative de l'Université de Montréal dans le monde universitaire québécois et canadien, quant à la recherche et à l'encadrement des étudiants aux études supérieures1.L'impression retirée de l'ensemble des indicateurs de performance compilés pour la recherche est que la position relative de certaines universités francophones, dans le monde universitaire canadien, demeure souvent bonne et même très bonne dans les sciences humaines, les arts et les lettres, mais rarement, sinon jamais, remarquable en sciences naturelles et en sciences appliquées.Ces derniers secteurs sont d'ailleurs proportionnellement moins importants dans les universités francophones du Québec que dans les autres multi-universités canadiennes2.Doit-on inférer de ce qui précède que la seule possibilité d'améliorer la performance, en recherche comme dans l'encadrement des étudiants aux études supérieures de nos universités, est d'augmenter le nombre de professeurs?Absolument pas.En même temps qu'il faudra veiller au renouvellement du corps professoral, il faudra aussi voir à ce que soient plus fréquentes au Québec des concentrations de professeurs et d'étudiants diplômés, dépassant les seuils critiques, variables d'un secteur à l'autre, mais partout nécessaires à une recherche de pointe.On devra accepter de plus en plus que, si au premier cycle l'enseignement universitaire gagne à se donner là où il y a un certain bassin d'étudiants, aux études supérieures, les étudiants doiventaller là où se concentrent un nombre important de bons chercheurs dans leur spécialisation.Quant aux inscriptions et à la « diplômation» de troisième cycle en sciences naturelles, en sciences appliquées et en sciences de la santé, on ne trouve pas d'université francophone québécoise dotée d'une performance voisine de celle de la majorité des multi-universités canadiennes.La situation est évidemment meilleure en sciences humaines et en lettres.Nos données ne nous ont pas révélé d'amélioration de la position relative des universités francophones du Québec dans le domaine de la recherche, au cours des dix ou quinze dernières années.Dans certains cas, il semblerait même y avoir eu une certaine détérioration.Cette situation est inquiétante puisque, au cours de la dernière décennie et particulièrement en sciences naturelles, la structure d'âge du corps professoral des universités francophones du Québec était très favorable à une haute performance en recherche.L'austérité budgétaire que ces universités vivent depuis les quatre dernières années, combinée avec l'abolition de l'âge de la retraite, risque d'accélérer le vieillissement de leur corps professoral et d'en réduire la performance en recherche.On pourrait alors assister à une détérioration de la position relative de ces universités en sciences naturelles et en sciences de la santé et, par la suite, dans tous les autres secteurs de la recherche universitaire.UN PREMIER PAS À notre grande surprise, nous avons réalisé que nous ne pouvions compter que sur très peu d'études antérieures pour servir de point de départ à nos propres recherches.Notre surprise ne fut pas moins grande lorsque nous avons constaté que beaucoup de données requises pour effectuer une telle étude comparative étaient, dans certains cas, inexistantes ou de piètre qualité.Il nous a donc fallu constituer nous-mêmes un certain nombre de banques de données et imaginer les indicateurs de performance que nous utiliserions pour effectuer le classement des universités et de leurs principaux secteurs.Compte tenu des ressources que nous avions à notre disposition et de la durée de notre mandat, nous n'avons pas pu raffiner notre analyse autant que voulu.Il s'agit plutôt d'un premier déblaiement de terrain dont on contestera, dans certains milieux, la méthodologie, les données et, bien sûr, les résultats.Dans la mesure où notre étude permettra de faire avancer les discussions sur les missions de nos universités et l'évaluation de leur performance, elle aura joué un rôle.C'est ce qui se passe actuellement au sein de l'Université de Montréal où le rapport du Groupe de travail est étudié, discuté et, quelquefois, contesté dans les unités d'enseignement et de recherche.Cet exercice permet, cependant, à tous et à chacun, de réfléchir sur le sujet et de remettre en question des comportements, des structures et des orientations.C'est un premier pas dans la bonne direction. INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1985 Au sein de chacune des universités, on devra tout faire pour recruter les meilleurs candidats et n'accorder les promotions et la permanence qu'à ceux qui ont clairement fait la démonstration non seulement de leurs aptitudes, mais aussi de leur goût pour la recherche et l'enseignement universitaires.Il est aussi essentiel que les professeurs soient le moins possible distraits de leurs tâches de recherche et d'enseignement.C'est pourquoi, la direction par comités et sous-comités, qui souvent ne sert qu'à diluer les responsabilités et à retarder les prises de décisions difficiles, doit être remise en question dans chacune de nos institutions universitaires.Enfin, il m'apparaît essentiel que soient mis en place, dans nos universités, des moyens incitatifs, monétaires et non monétaires, pour qu'il devienne du plus grand intérêt de tous d'effectuer les meilleures recherches possibles, de donner un bon enseignement et de bien encadrer les étudiants diplômés.Pour atteindre l'excellence, il faut non seulement le vouloir, mais aussi prendre les moyens qui y mènent.?NOTES 1.GROUPE DE TRAVAIL SUR LES PRIORITÉS, La Poursuite de l'excellence, Université de Montréal, juillet 1985, 440 p.2.N.D.L.R.: Multi-université est pris ici dans le sens d'une institution d'enseignement supérieur fortement impliquée en recherche et offrant une gamme complète de programmes d'études, à tous les cycles et dans toutes les disciplines.Les universités canadiennes ainsi retenues sont : Colombie-Britannique (UBC), Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Toronto, Western Ontario, McMaster, McGill, Laval et Dalhousie.Conseil de la Science et de la Technologie publications Rapport annuel 1983-1984 (en vente chez l’Editeur officiel) Avis sur les technologies de l’information — Identification des secteurs prioritaires (février 1984) récentes Avis sur le v'ra9e technologique — Programme d’action économique 1982-1986 (février 1984) Mémoire au groupe de travail sur les politiques et programmes fédéraux en matière de développement technologique (février 1984) Bilan de l’activité scientifique et technologique de la région Mauricie/Bois-Francs/Drummond (avril 1984) Les priorités de la politique scientifique et tecnologique du Québec — Compte-rendu d’un colloque tenu sous les auspices du Conseil le 8 février 1984 à Montréal, rédigé par Péjean Landry Avis au ministre de la Science et de la Technologie sur le programme de soutien à l’emploi scientifique du ministère de la Science et de la Technologie (juin 1984) Bilan de l’activité scientifique et technologique de la région de l’Estrie (novembre 1984) La protection des programmes informatiques par le droit d’auteur (Mémoire au sous-comité sur la révision du droit d’auteur de la Chambre des Communes du Canada) (mars 1985) Bilan de l’activité scientifique et technologique de la région de l’Abitibi-Témiscamingue (avril 1985) Avis sur le développement industriel des biotechnologies au Québec (mai 1985) Les publications sont disponibles gratuitement au: Conseil de la Science et de la Technologie Service des publications 1275, boulevard Charest ouest Québec (Québec) G1N 2C9 Pour tout renseignement: Québec: (418) 643-6179 Montréal: (514) 873-3493 Québec INTERFACE/ NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 JEAN-MARC LA LANCETTE Savoir concilier recherche et administration propos recueillis par Claude de Launière tA fean-Marc Lalancette a obtenu son Ph.D.en chimie de l'Université de Montréal.En 1960, il acceptait un poste de professeur à l'Université de Sherbrooke et contribuait à la mise sur pied du Département de chimie.Il assuma les responsabilités de directeur de ce département, celles de doyen à la Faculté des sciences, de vice-recteur à la Recherche et de directeur du Programme de recherche sur l'amiante.En 1979, il acceptait de relever un nouveau défi en accédant au poste de vice-président à la Recherche et au Développement de la Société nationale de l'amiante.Depuis mai dernier, il est retourné au secteur privé, comme consultant.Jean-Marc Lalancette n'est pas l'homme d'une seule passion.Il a livré de nombreuses batailles comme chercheur et comme administrateur; deux carrières qu'il a brillamment su mener de front.Il vient de recevoir, pour sa contribution au domaine de l'amiante, le Prix Manning, une distinction que très peu de Québécois ont à ce jour obtenue.?Assis dans la salle à manger, l'homme parle lentement, d'une voix timide.À première vue, il ne répond pas à l'image du scientifique fonceur capable de faire déboucher sur la place publique ou dans les milieux industriels le fruit de ses travaux.Mais, aussitôt qu'il aborde ses sujets de prédilection, la glace se brise, la conversation démarre réellement et mes premières impressions se dissipent sous un flot de paroles.À 51 ans, Jean-Marc Lalancette est bien connu dans les milieux universitaires et industriels.Il a derrière lui une carrière d'une richesse étonnante.Professeur, chercheur, administrateur, travailleur acharné, doué d'une imagination débordante, il a à son actif 28 brevets, 33 publications scientifiques et de nombreuses réalisations, notamment dans le secteur de l'amiante auquel il a consacré huit années de sa vie.Une industrie pour laquelle il entrevoit un avenir intéressant à certaines conditions.Il vient de mériter le Prix Bombardier 1985 de l'ACFAS et le Prix Manning (Fondation Manning de Calgary) parce qu'il a su, plus que tout autre, contribuer à l'innovation technologique.«Vous savez, les titres de professeur, d'administrateur, de doyen, de vice-président, ont été autant de chapeaux que j'ai portés, mais en fait ma véritable coiffure est celle d'un homme de science intéressé à résoudre des problèmes concrets.entre autres dans le domaine de la chimie.» Mais attention! M.Lalancette n'est pas qu'un bon chercheur, comme le prouve la liste impressionnante de responsabilités administratives qui lui ont échu depuis ses débuts.Il sait bien administrer.Comment être à la fois un bon gestionnaire et poursuivre un travail de recherche sérieux?La réponse du chimiste est simple : «Premier point essentiel, il faut s'intéresser aux deux fonctions.On doit évidemment dépenser beaucoup d'énergie, mais il y a moyen de coordonner toutes ces activités.N'oubliez pas qu'administrer, c'est avant tout déléguer une partie de ses responsabilités, c'est-à-dire savoir à qui faire confiance et lui faire confiance.» C'est dans la capitale de l'Estrie, à l'Université de Sherbrooke, que Jean-Marc Lalancette a trouvé une première occasion d'exercer ses multiples talents.L'absence dans cette université d'un département de chimie n'était sûrement pas une condi- tion favorable au développement de la recherche dans ce secteur.Notre scientifique s'est donc lancé «corps et âme» dans la mise sur pied d'un nouveau département, aujourd'hui l'un des plus réputés au Canada, avec des professeurs de renommée mondiale comme Pierre Deslongchamps et André Bandrauk.«C'est probablement le défi le plus intéressant que j'aie rencontré dans ma carrière.du moins jusqu'à maintenant.Il a fallu recruter des professeurs, procéder à la construction d'un pavillon, à la conception de locaux, concevoir des programmes et faire du recrutement d'étudiants.« J'ai été le premier dans la région de Sherbrooke à recevoir un octroi du CNRC, à l'automne 1960.Un modeste 1 000 $ qui nous a permis de démarrer la recherche.«Ce n'était pas tout d'avoir la vision d'un tel projet, il nous fallait des étudiants et des moyens financiers.D'autant plus que je voulais, pour garder forte l'option recherche, faire entrer au département des spécialistes, ce qui présupposait du recrutement très sélectif.Je dois admettre que j'ai eu beaucoup de support de la part du doyen de l'époque dans l'édification du département II faut bien réaliser que, au début, j'avais un nombre de professeurs légèrement plus élevé que celui des étudiants.Nous en étions à nos débuts et notre crédibilité restait à établir.«Mon dernier "bon coup", à la fin de mon mandat comme directeur, a été de recruter comme professeur Pierre Deslongchamps qui travaillait alors à l'Université de Montréal.M.Deslongchamps est sûrement le meilleur organicien au Québec et l'un des plus grands au Canada.C'est d'ailleurs à partir de ce moment que l'Université de Montréal, entre autres, a commencé à prendre nos activités au sérieux.» Jean-Marc Lalancette a cumulé les fonctions de directeur et de professeur durant plus de six ans, ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre ses recherches sur les dérivés organiques du bore.Cette période d'activité intense dans le monde universitaire lui a même permis de faire ses premières armes dans le domaine de la recherche à des fins industrielles.«Les recherches que je poursuivais alors concernaient la chimie du bore.À cette époque, on ne peut pas dire que je faisais réellement de la recherche appliquée.Il s'agissait plutôt de travaux classiques fondamentaux, mais orientés vers le développement de nouveaux réactifs de synthèse.Déjà, ce n'était pas pure philosophie, ça se voulait utile à quelque chose. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 «D'ailleurs, dans cette période j'ai également fait de la consultation avec une société qui s’intéressait a mes travaux, j'ai donc pu travailler avec eux pour développer de nouveaux produits en me basant sur l'expérience acquise dans mes travaux universitaires.Ces études nous ont permis de développer des voies nouvelles de synthèse, via des réactifs, qui sont maintenant devenues classiques pour certaines préparations organiques.» J'ai toujours refusé de délaisser le laboratoire.Lorsqu'il se retrouva doyen de la Faculté des sciences, notre chimiste ne modifia pas sa vision du travail universitaire.Tout ce qui changea, c'est l'orientation de ses travaux.«J'ai toujours refusé, contrairement à beaucoup de professeurs qui prenaient la commande d'un poste administratif, de délaisser le laboratoire, peut-être parce que nous vivons à un siècle où, dans l'administration, les titulaires se succèdent rapidement.Mais je pense que c'est surtout par goût personnel que j’ai conservé des liens étroits avec la recherche.J'étais, et je demeure, fasciné par les transformations que la chimie me permet d'accomplir avec la matière.«Ce fut même ma période de recherche universitaire la plus intense.Je me rappelle avoir conduit trois thèses de maîtrise et deux de doctorat dans une même année.J'avais alors une équipe de recherche assez substantielle, ce qui m’a permis d'exercer d'une façon soutenue mon type d'enseignement préféré : la direction de thèse.Fondamentalement, la démarche qui m'intéresse le plus, c'est celle de la recherche.J'aime la vivre en initiant un jeune à la méthode scientifique.Il s'agit d'une expérience très stimulante que je répéterais encore longtemps, si l'occasion s'y prêtait.» Durant cette période, notre chimiste s'est intéressé à la chimie des métaux insérés dans le graphite.Il s'agit, avec ces composés, un peu d'un nouvel état de la matière où les produits insérés à l'intérieur du réseau présentent des propriétés différentes de celles qu'ils possèdent à l'état massif.Ces travaux se sont déroulés dans un contexte beaucoup plus industriel que ceux sur le bore, en vue d'applications précises.Ils ont permis de grossir les «droits d'auteur» de notre scientifique et la fabrication de nouveaux catalyseurs à base de graphite.«Vous savez, même avec 28 brevets, les retombées monétaires sont satisfaisantes, mais elles demeurent modestes.D’autant plus que plusieurs de mes brevets sont assignés a des employeurs.» Ce travail de recherche n'a pas empêché M.Lalancette d'être doyen à cent pour cent.Une expérience qu'il a bien aimée.«La Faculté des sciences était en pleine expansion et il nous fallait procéder à un réaménagement majeur des locaux.Nous avons également développé plusieurs programmes et conçu de nouveaux champs de recherche pour les deuxième et troisième cycles.Le programme informatique, convoité par plusieurs facultés, nous a finalement échu.Il regroupe aujourd'hui plus de 50 p.cent des étudiants inscrits en sciences et présente une incidence importante sur le profil actuel de la Faculté des sciences de l'Université de Sherbrooke.» L'environnement est un secteur de recherche qui intéresse grandement notre scientifique.Avec le professeur Bernard Coupai, ingénieur chimiste, il s'est passionné pour l'utilisation de la tourbe à des fins de dépollution des eaux industrielles usées.Le procédé issu de ces travaux est aujourd'hui appliqué commercialement sur un site aux États-Unis.« Au Québec nous avons convaincu beaucoup d'industriels de la valeur de notre système, mais les pressions législatives n'étaient pas suffisantes pour justifier les investissements de l'industrie.J'ai appris beaucoup de cette première expérience avec le milieu industriel.J'ai vu comment raisonnent les gens d'affaires face aux questions qui touchent l'environnement. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 «L'expérience nous a également permis de progresser beaucoup sur le plan du développement d'un procédé, ce difficile passage de la théorie à la mise en application.Le procédé fonctionne bien et il peut être économique, surtout au Québec où la tourbe est une matière première abondante.Mais les choses n'ont jamais vraiment démarré ici, avec cette technologie.» M.Lalancette a également eu l'occasion d'occuper le fauteuil de vice-recteur à la recherche, toujours à l'Université de Sherbrooke, aux prises alors avec une crise financière aiguë.Le titre et les fonctions de vice-recteur ne l'ont pas empêché de continuer ses activités de recherche et d'ajouter quatre autres brevets à son actif.«À la fin de mon premier terme de vice-recteur, j'ai décidé de ne plus faire d'administration et de consacrer toute mon énergie à la recherche et l'enseignement.En 1975, j'ai profité d'un congé sabbatique pour me replonger dans mes travaux et réaliser un stage à l'Université de Californie, j'en suis revenu à l'automne 1976 avec l'intention de pousser à fond ma recherche sur les composés de graphite.» Avant 1975, au Québec, tant dans les milieux universitaires qu'industriels, personne ne s'intéressait à l'amiante, un minerai pourtant primordial dans l'économie de régions entières.Personne.sauf un fonctionnaire isolé au ministère des Richesses naturelles et Jean-Marc Lalancette qui, au début des années 70, avait développé un projet personnel de recherche sur le sujet.Ce fut la venue d'un nouveau recteur, à Sherbrooke, M.Yves Martin, préoccupé par la mise en place d'axes de développement propres à la région, qui allait faire pénétrer l'amiante dans le monde de la recherche universitaire.En raison de son expérience administrative importante et de sa connaissance du dossier, M.Lalancette fut invité à prendre la direction de ce programme de recherche.Une offre qu'il finit par accepter malgré l'orientation qu'il entendait alors donner à sa carrière.«Je me souviens que l'intérêt manifesté par l'Université de Sherbrooke pour l'amiante avait provoqué des "vocations tardives".D'autres organismes, voyant que nous demandions des fonds pour mettre en marche notre programme, s'étaient empressés de faire de même.Le ministre des Richesses naturelles de l'époque avait alors, comme tout bon ministre, mis sur pied un comité pour trancher la question : le-comité-des-partenaires-québécois-concernés-par-la-recherche-sur-l' amiante.Son responsable, le sous-ministre des Mines, Daniel Perlstein, allait par la suite devenir président de la Société nationale de l'amiante (SNA).L'arbitrage fit tourner les choses en faveur de l'Université de Sherbrooke.» L'année 1976 marqua également la prise du pouvoir par le Parti québécois.Le développement du secteur de l'amiante était un des points de la politique du nouveau gouvernement.« En 1976, il restait encore des années en or pour l'industrie de l'amiante.C'était l'époque de la croissance fulgurante, j'ai alors monté un programme de recherche qui était financé par le ministère des Richesses naturelles.La première subvention fut de 300 000 $; l'année suivante, elle fit plus que doubler.» Un an plus tard, le gouvernement forma un bureau de l'amiante.Jean-Marc Lalancette fut nommé consultant auprès de ce dernier, tout en continuant à diriger le programme de recherche à Sherbrooke.En 1979, la Société nationale de l'amiante naissait et son président, Daniel Perlstein, demanda à Jean-Marc Lalancette d'assurer le poste de vice-président à la recherche et au développement.«Avec l'arrivée de la SNA, la recherche sur l'amiante a pris un virage nettement industriel dans ses orientations.Elle ne cadrait plus avec les objectifs de l'Université de Sherbrooke.Les locaux n'étaient plus adéquats et la dynamique de la boîte ne correspondait pas aux nécessités de la recherche industrielle.Notre Centre de recherche déménagea donc dans de nouveaux locaux mieux adaptés à nos besoins et la recherche véritablement industrielle put alors démarrer.Nous étions en 1980.«A cette époque les mines d'amiante allaient bien.Beaucoup de monde oublie qu'en 1981, lorsque la SNA termina sa première année d'opération avec la mine Bell, elle enregistra des profits de quatre millions de dollars.Évidemment, aujourd'hui, elle est dans le rouge.Le volume d'amiante produit a diminué de 50 p.cent.» Nous nous sommes attaqués de front au problème fondamental de la toxicité appréhendée de la fibre d'amiante.Dès ses débuts, la SNA accorda beaucoup d'importance à la recherche et au développement.Plusieurs projets furent élaborés et mis en marche.Certains donnent lieu aujourd'hui à des applications industrielles, d'autres sont en devenir.«Nous avons entrepris notre travail de recherche suivant deux axes principaux.Premièrement, nous nous sommes attaqués de front au problème fondamental de la toxicité appréhendée de la fibre d'amiante.L'objectif était de la rendre moins toxique, sans lui enlever ses excellentes propriétés technologiques.Je crois que nous y sommes arrivés.«Nous avons expérimenté de nombreuses solutions qui nous ont amenés au concept de phosphatation de la fibre.La passivation de la fibre d'amiante s'obtient par traitement avec des vapeurs INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1985 d'oxychlorure de phosphore.Le procédé a été démontré valable au niveau in vitro dans nos laboratoires.De nombreux laboratoires étrangers, en Italie, en France, en Belgique et aux États-Unis, ont étudié notre nouvelle fibre.Tous ont confirmé nos résultats positifs.» Cette phosphatation, en plus de rendre la fibre beaucoup moins toxique, améliore certaines de ses propriétés, et ce, pour une augmentation très acceptable de son coût.«/Avec cette fibre modifiée, nous avons pu produire des tuyaux haute pression.Auparavant, du fait des caractéristiques de la fibre, il nous fallait la mélanger avec d'autres types de fibres pour obtenir un produit suffisamment résistant.«Il s'agit d'un résultat extrêmement intéressant qui peut ouvrir des marchés substantiels pour cette nouvelle fibre, capable de remplacer la forme la plus dangereuse d'amiante (la crocidolite) avec, en prime, des avantages très intéressants.» À la SNA, on s'est également intéressé à ces montagnes de résidus d'amiante qui donnent, à certains coins de Thetford Mines et de Black Lake, un aspect quelque peu lunaire.«On retrouve dans ces roches (serpentine) beaucoup de magnésium, d'où l'idée de construire une usine pour produire de l'oxyde de magnésium à partir de ces "déchets minéraux".L'usine a connu de petits problèmes de démarrage, mais, comme vient de le confirmer un rapport indépendant produit par une firme d'ingénieurs de Californie, le procédé d'extraction utilisé est tout à fait fonctionnel et l'usine peut maintenant être mise en opération, selon la demande des marchés.«Il y a également l'usine Minutt dont nous sommes très fiers.Si on prend des résidus d'amiante, qu'on les calcine pour en éliminer l'amiante et qu'on réalise un frittage, c'est-à-dire une fusion partielle des grains, on obtient une olivine synthétique, excellente comme sable de fonderie et de jet.Dans les deux cas il y a absence de silice libre et, de ce fait, élimination du risque de silicose.L'usine actuelle fonctionne déjà à pleine capacité produisant 4 000 tonnes par année.La SNA est en négociation avec un partenaire éventuel pour construire une deuxième usine beaucoup plus importante à Thetford Mines.«Les résidus liés au phosphate nous ont également intéressés.Ils nous permettent aujourd'hui de produire un plastique minéral.Cette matière minérale a l'avantage de pouvoir être moulée comme un plastique et de résister indéfiniment à des températures atteignant 1 000°C.C'est probablement une de nos réalisations les plus importantes.Elle est déjà licenciée et sera bientôt utilisée dans l'industrie de l'aluminium pour la coulée des métaux dans la production de produits réfractaires.Elle pourrait également servir dans l'industrie de l'automobile pour fabriquer, par exemple, des silencieux.» Pendant que Jean-Marc Lalancette et son équipe de scientifiques poursuivaient leurs efforts de recherche pour accroître et diversifier les utilisations de l'amiante, celle-ci subissait un déclin accéléré sur les marchés internationaux, en grande partie en raison de sa mauvaise réputation.«La mauvaise réputation de l'amiante est tout aussi exagérée que le comportement inepte de certaines compagnies minières qui ont balayé les problèmes sous le tapis et les ont laissés dormir durant trop d'années.«L'amélioration des propriétés techniques de notre amiante et une meilleure connaissance des substituts actuels qui, eux aussi, vont devenir des "mauvais garçons", comme le montrent déjà quelques études, vont amener dans un certain nombre d'années une vision plus objective des choses.«Entre temps, la fibre modifiée va faire son chemin surtout grâce à ses avantages techniques.Même modifiée, elle demeure économiquement très intéressante.» Je pense que l'amiante a un avenir.L'avenir de l'amiante au Québec?M.Lalancette y croit si.«Il faudra effectuer un certain nombre de virages dans les années qui viennent; par exemple, cesser d'engloutir des quantités faramineuses d'argent dans certaines opérations minières qui sont des culs-de-sac.C'est inimaginable la capacité d'absorption de millions de dollars d'une mine.Quand on dépense un million de dollars dans un centre de recherche, on en voit les retombées.Dans une mine, l'effet est souvent invisible.Avec dix millions de plus, ce n'est guère mieux.«Il existe des mines récentes qui peuvent opérer d'une façon beaucoup plus rentable que les anciennes.C'est avec elles que nous pourrons le mieux contrecarrer la compétition féroce au niveau international.N'oubliez pas qu'on retrouve actuellement, en plus de l'exportation de l'URSS, des mines récentes fournissant de belles fibres dans des endroits comme la Grèce, le Zimbabwe et même la Chine qui vient de joindre le marché international avec le Brésil.Ce sera beaucoup plus difficile pour le Québec de vendre ses matières premières à l'étranger, parce que le développement de notre société entraîne des coûts de production élevés. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 «Cette constatation n'est pas spécifique de l'amiante.Il est beaucoup moins coûteux de produire du nickel en Nouvelle-Calédonie qu'à Sudbury.Et, si on se dirige dans la direction proposée par le rapport McDonald et que l'on supprime les barrières tarifaires, cela deviendra encore plus vrai.«Malgré tout, je pense que l'amiante a un avenir.Elle devra traverser encore quelques années difficiles, mais à moyen et long terme je demeure confiant.Pour le Québec, la solution sera de s'orienter vers sa transformation.Nous pourrons alors stimuler l’exportation de produits d'une forte valeur ajoutée.Il faudra maintenir une recherche importante pour trouver d'autres usages à l'amiante.» Cependant, ces nouveaux virages se feront sans Jean-Marc Lalancette.Depuis mai dernier, il ne fait plus partie de la SNA.«j’ai donné ma démission pour plusieurs raisons, mais sans doute la principale est qu'après huit années consacrées au dossier de l'amiante, d'autres défis m'intéressent.» Jean-Marc Lalancette a maintenant rejoint le secteur privé.Il a formé sa propre compagnie et retrouvé ses premières amours : la recherche appliquée.«Je suis chimiste-conseil, toujours en recherche et développement, mais dans des secteurs qui ne touchent plus l'amiante.C'est plein de défis nouveaux et fascinants.» ?P • U • B • L • ! • C • A • T • ! • O • N Paul Aubin et Louis-Marie Côté BIBLIOGRAPHIE DE L’HISTOIRE DU QUÉBEC ET DU CANADA BIBLIOGRAPHY OF THE HISTORY OF QUEBEC AND CANADA 1976-1980 BIBUOCRAHBE M UUSTOIKE IK; Ql'ÉBIX IT I»' i tt'UH Ce recueil bibliographique constitue un outil de premier plan pour l’enseignement et la recherche en histoire du Québec et du Canada.Plus de 20 000 titres ont été répertoriés, couvrant la période de 1976 à 1980.Un classement systématique par périodes, par régions et par thèmes, un classement analytique à l’aide de mots-clés, et un classement des auteurs par ordre alphabétique, permettent à l’usager de s’y retrouver rapidement.Le présent ouvrage fait suite à la Bibliographie de l’histoire du Québec et du Canada, 1966-1975 dont il adopte le plan.Ce premier ouvrage a fait l’objet de nombreux comptes rendus dans les revues spécialisées; parmi plusieurs, nous retenons les commentaires suivants: «La publication de cette bibliographie sera certainement marquante au tableau des instruments de recherche en histoire nationale.» Gaétan Drolet/Gilles Gallichan, Document et bibliothèque, juillet-septembre 1982.«Cette bibliographie [.] me paraît être, à maints égards, la plus importante jamais publiée au Canada français.» André Vachon, de la société Royale du Canada, Revue d’histoire de l’Amérique française, hiver 1985.• 1 316 pages/2 volumes • Index en français et en anglais • Guide d’utilisation • Liste des périodiques dépouillés ISBN 2-89224-055-7 60,00 $ Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à: 6e re°fy Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec (Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 fi .VOUS 5SS5 \K iXiVNP b«rC A« ^%i\aS&xe «««t***"* SS»* jébec‘ Le c07dt ^°0'°rlconrse tïSïfeSStf^ ^eaude'ê«uela98 V_es b'oteCster^no'0rienèo\o9'e -ua°S ?* vo\urnes.es Qu' %&» 3\ asse^e \®s pr°MP \a co'f' à reS°^coora^s d®'strafe '6S nonda^ce foo V V 0ÜN,e gss^ Oa*e de c< ;0mP*e de com marde pro' ix/roce » due " \mpoaa,“ - QUe t .à N° —^ *- p0S&*~JZ~ Q Visa aooC^IdS® oa«^"éa"ce 0anQue‘ n\caW ou w-de «»-* K*» '^Québec»- P7B5 I Office de la langue française Ouéhfin ?¦N > 1 INTERFACE / NOVEMBRE-DECEMBRE 1985 Cancérogénèse de la fumée de tabac : une étude chez le hamster doré par André Castonguay, Abraham Rivenson et Hans Tjalve yHP André Castonguay est professeur adjoint à l'École de pharmacie de l'Université Laval.Il était jusqu'à tout récemment chef de la Section d'immunochimie à /'American Health Foundation.Hans Tjalve est professeur de toxicologie à l'Université suédoise des sciences agricoles à Uppsala.Par contre, le hamster doré, un petit rongeur de 50 à 150 g convient très bien à ces études.Il est résistant aux infections pulmonaires chroniques et développe très rarement des tumeurs spontanées des voies respiratoires.Pour ces études, les hamsters respirent la fumée de cigarette dans une machine à fumer développée par une équipe de chercheurs de l'Association des manufacturiers de cigarettes allemandes3 (figure 1).IL Y A CIGARETTE ET CIGARETTE.Quel que soit le tabac, plus de 90 p.cent du goudron respiré par les hamsters se dépose dans les poumons et 5 p.cent dans le larynx4, où presque tous sont atteints d'hyperplasie sévère.Il s'agit là d'une augmentation importante du nombre de cellules sans modifications pathologiques de leur structure.Pour ce qui est des effets cancérigènes, ils varient suivant les cigarettes, leur composition n'étant pas la même.La moitié des hamsters exposés à la fumée de cigarette anglaise développent des carcinomes invasifs du larynx (tumeurs malignes).Aucun changement néoplasique, c'est-à-dire aucune prolifération de tissus cancéreux, n'est observée dans les poumons4.Avec la cigarette cana- Figure 1 Les hamsters respirent la fumée de cigarette dans une machine à fumer de type «Hamburg II» développée par Dotenwill et al.en Allemagne.L'appareil est équipé d'une tête tournante capable de retenir 30 cigarettes.Une pompe aspire une bouffée de 35 ml pendant deux secondes, de sorte que chaque cigarette se retrouve vis-à-vis l'entrée d'aspiration au bout d'une minute.La fumée de tabac est automatiquement diluée dans l'air dans un rapport de 1 pour 7.Les hamsters étaient exposés à la fumée pendant dix minutes, deux fois par jour, pendant un an.Abraham Rivenson est chef du Service d'histopathologie à /'American Health Foundation.Si la relation épidémiologique cancer-cigarette n'est plus à faire, il reste encore bien des points à éclaircir.Quels sont les composés cancérigènes ?Par quels processus sont-ils actifs?La réponse a ces questions nous ouvrirait peut-être la porte à des moyens de prévention.?La fumée du tabac est un mélange complexe de plus de 3 800 substances dont la nicotine, principal agent responsable de l'accoutumance.Les recherches épidémiologiques effectuées ces dernières années ont permis d'isoler plusieurs substances de la fumée de tabac, de les caractériser par des méthodes physico-chimiques et d'analyser leurs effets cancérigènes chez les animaux de laboratoire.Elles se répartissent en quatre classes chimiques : les métaux, les hydrocarbures polycycliques aromatiques, les amines aromatiques et les N-nitrosamines.Leurs effets peuvent se manifester dans différents organes, ce qui expliquerait pourquoi l'habitude de fumer augmente les risques de cancer au niveau de la bouche, du larynx, de l'œsophage, des reins, de la vessie et du foie1.UN MODÈLE ANIMAL Le singe babouin simule parfaitement l'habitude humaine de fumer la cigarette et constitue certainement le meilleur animal pour l'étude des propriétés stimulantes et toxiques de la fumée de cigarette2.Cependant, ces animaux sont coûteux à entretenir, difficiles à obtenir en grand nombre et leur durée de vie est de 25 à 30 ans.ce qui rend les essais biologiques sur la fumée de cigarette, ou sur tout autre agent cancérigène, très coûteux et difficiles à effectuer. INTERFACE / NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985 Figure 2 t/ssp % < i
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