Interface : la revue de l'ACFAS, 1 mars 1989, Cahier 1
IA Df \/ lie ne IA pcrucpri-IF 3,50 $ MARS-AVRIL 1989 VOLUME 10, NUMERO 2 PER A-522 EX.2 IMTERFACE Le cerveau et le mouvement La surdité professionnelle : un problème social La philosophie à l’école primaire O' 3 Up ï La crise de la modernité FCAR : quand les moyens manquent Les best-sellers, la résistance à la chimiothérapie, la fonte des bancs de neige, la maladie d’Alzheimer, une bactérie pour la détection des CFC Face à face Jean-Jacques Nattiez A la recherche du langage des notes jfgpjsjajjin mmm HU C: \ > POUR INFORMATION 1-800-363-2252 / (514) 737-3340 NOTRE SCIENCE AU SERVICE DE LA VÔTRE Processeur Mémoire : 32 bits, 80386.32 bits, architecture entrelacée à état d’attente zéro.I, 2, 4, 8 et 16 Mo disponibles.25 Mhz Vitesse : 25 Mhz Système d’exploitation : MS-DOS, MS-OS/2 et Unix 386.Accès vidéo : Adaptateur graphique VGA 34010.Support : Clavier : Stockage : Écran : Unité de disque standard de 3 1/2” 1.44 Mo.Unité de disque de 5 1/4” en option.102 touches 103 Mo (capacités supérieures disponibles).19” haute résolution /1024 x 768. SOMMAIRE INTERFACE MARS • AVRIL 1989 ENTREVUE FACE À FACE JEAN-JACQUES NATTIEZ Propos recueillis par Ginette Boucher 6 ARTICLES LE CERVEAU ET LE MOUVEMENT Anne Beuter II LA SURDITÉ PROFESSIONNELLE : UN PROBLÈME SOCIAL 18 Raymond Hétu LA PHILOSOPHIE À L’ÉCOLE PRIMAIRE 23 Pierre Lebuis CHRONIQUES FCAR : QUAND LES MOYENS MANQUENT 5 Charles Terreault LA CRISE DE LA MODERNITÉ 30 Alain Touraine LES BEST-SELLERS, LA RÉSISTANCE À LA 35 CHIMIOTHÉRAPIE, LA FONTE DES BANCS DE NEIGE, LA MALADIE D'ALZHEIMER, UNE BACTÉRIE POUR LA DÉTECTION DES CFC TRANSFERTS Gilles Drouin 41 SCIENCE-INTER Sophie Malavoy 43 SUBVENTIONS, BOURSES ET PRIX Jocelyne Thibault 46 À SUIVRE Jocelyne Thibault 50 SOURCES Jocelyne Thibault 52 CHERCHEURS RECHERCHÉS Jocelyne Thibault 56 INTERFACE Revue bimestrielle sans but lucratif, INTERFACE est publiée à l’intention de la communauté scientifique par l'Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas), avec l’aide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ainsi que du Fonds FCAR.Note : le genre masculin est utilisé dans INTERFACE au sens neutre et désigne aussi bien les femmes que les hommes.Directrice générale de P Acfas (intérim) : Françoise Braun Rédactrice en chef : Sophie Malavoy Adjointe administrative : Jocelyne Thibault Direction artistique : Mathilde Hébert.Annie Pencrech Typographie : Composition Solidaire inc.Révision linguistique : Hélène Larue Publicité : Yves Ouellette, SOCREP, 2730, chemin de la Côte- Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B7.(514) 342-1411 Photo de la page couverture : René De Carufel Comité de rédaction : Thérèse Bouffard-Bouchard, Jean Hamann.Claude Hamelin, Laurent Lewis.Denise Pelletier.Normand Séguin et Jean-Pascal Souque.Les articles d’INTERFACE peuvent être reproduits sans autorisation à condition que l'origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s’adresser à l’Acfas.2730, chemin de la Côte-Sainte-Catherine.Montréal (Québec) H3T 1B7, (514) 342-1411, FAX : (514)342-9552.La revue INTERFACE est répertoriée dans Point de repère Courrier de deuxième classe, enregistrement n° 6489, 3 mars 1989 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, premier trimestre 1989.ISSN : 0826-4864 ÉDITORIAL MODEM SCIENCECLIPS Spécialistes en ergothérapie, physiothérapie, chiropratique, ergonomie, sciences de l’activité physique et autres Désirez-vous améliorer votre compétence professionnelle en acquérant de nouvelles connaissances sur le mouvement humain ?Voulez-vous vous intégrer à une équipe multidisciplinaire ?r ¦jè A 30?T, L’UQAM vous propose un programme de 2 e cycle sur les aspects neurophysiologiques et psychophysiologiques de la motricité humaine.Vous pourrez également bénéficier d’une formation théorique et pratique en ergonomie, en réadaptation et en activité physique adaptée aux personnes handicapées.Vous pourrez approfondir des sujets tels que La façon dont les informations parviennent au système nerveux central pour y être analysées et le mode de réalisation des transformations sensori-motrices nécessaires à la production d’un mouvement.L'influence des malformations ou des lésions nerveuses centrales et périphériques sur le mouve- ment dans les activités physiques et sportives, et en situation de travail.Les méthodes informatiques d’acquisition, de traitement et d’analyse des signaux biophysiques, les modèles mathématiques de simulation du mouvement humain et les techniques d’analyse de tâches.Renseignez-vous Maîtrise en kinanthropologie Concentration NEUROCINÉTIQUE Téléphone : (514) 282-3723 Responsable: Lise Carrière Université du Québec à Montréal Département de kinanthropologie Montréal, C.P.8888, suce.A, Qc H3C 3P8 JOURNEE PORTES OUVERTES LE MERCREDI 15 MARS de 9h à 21h PAVILLON LAFONTAINE, 1301, rue SHERBROOKE EST, BUREAU L-1025 ITORI FCAR : QUAND LES MOYENS MANQUENT PAR CHARLES TERREAULT Au cours de la dernière année, le Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche (FCAR) a franchi uneétape importante de son développement : il a défini ses priorités et a fixé son orientation.En effet, en recommandant au gouvernement,du Québec de consolider le développement de la recherche universitaire plutôt que de se lancer dans la création tous azimuts de centres de recherches spécifiques, le Fonds FCAR a fait montre de sagesse et de réalisme.Pourtant, malgré l’aval donné par le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science au plan d’action proposé par le Fonds, les mesures concrètes de financement de l’effort qui doit absolument être consenti pour sauvegarder, mettre à jour et développer la recherche universitaire québécoise tardent à venir.LA FORMATION DE CHERCHEURS Le premier des domaines dans lesquels le Fonds FCAR doit jouer un rôle prépondérant est celui du renouvellement du personnel de recherche.Le vieillissement de la cohorte des chercheurs se fait indéniablement sentir ; quant à la pénurie de spécialistes et de chercheurs de bon calibre au Québec, elle n’est plus à démontrer.On doit très souvent recruter à l’extérieur et ce recrutement se révèle souvent difficile, parce que les chercheurs qualifiés représentent une denrée rare et convoitée par de très nombreuses entreprises et universités.Voir à une meilleure formation d’un plus grand nombre des spécialistes dont notre société a besoin est certainement l’un des rôles essentiels du Fonds.Dans le but d’encourager vraiment la poursuite d’études avancées, le Fonds propose avec raison d’augmenter substantiellement la valeur des bourses annuelles de maîtrise et de doctorat actuellement offertes par son intermédiaire (7 500 $ à la maîtrise et 10 000 $ au doctorat).Cela pourrait constituer une mesure déterminante dans les domaines qui sont particulièrement importants pour le Québec et où l’attrait du marché du travail après un premier cycle de formation universitaire est très grand.Afin de faciliter l’insertion des jeunes spécialistes dans les équipes de recherche actuelles, le Fonds a mis sur pied un programme d’aide à l’établissement des nouveaux chercheurs.De plus, l’orientation qu’il a donnée à l’ensemble de ses programmes est résolument axée sur une formation de grande qualité dans les meilleures équipes et les meilleurs centres de recherche.Malheureusement, même si ces mesures importantes ont été annoncées dans les milieux intéressés, elles n’ont pas encore fait l’objet d’un financement adéquat par le gouvernement qui, pourtant, s’est montré largement en accord avec l’orientation proposée par le Fonds.L'AIDE À LA RECHERCHE Le renouvellement du parc d’équipements scientifiques universitaires est un autre domaine dans lequel le Fonds devrait intervenir d’une manière urgente.L’insuffisance et la désuétude de ces équipements sont d’ailleurs reconnues depuis longtemps.La nécessité de résoudre ce problème dans les meilleurs délais s’impose encore davantage dans une perspective d’accentuation de la collaboration université-entreprise.Il importe particulièrement, non seulement de renouveler ce matériel, mais encore de doter les chercheurs universitaires d’équipements scientifiques de pointe.En raison des nouveaux besoins insatisfaits en ce domaine, le Fonds a récemment déposé un énoncé de politique de financement des équipements de recherche.Si elle était appliquée, cette politique permettrait au Fonds de jouer le rôle important qu’on attend de lui.LES BUDGETS Le gouvernement devra par ailleurs résoudre le problème budgétaire structurel du Fonds qui, ajouté à l’insuffisance des montants alloués depuis plusieurs années, rend encore plus difficile l’atteinte des objectifs visés.Chaque année, le Fonds doit gérer ses concours de subventions et de bourses à partir de prévisions budgétaires hypothétiques.En effet, les budgets annuels dont le Fonds peut disposer ne sont connus que lorsque l’évaluation des demandes qui lui sont soumises est à toutes fins pratiques terminée ! Une telle façon de procéder place le Fonds dans une situation particulièrement difficile, surtout (comme c’est le cas cette année) lorsqu’il met sur pied de nouveaux programmes et qu’il compte sur des augmentations de budget importantes pour les réaliser.Force lui est donc de gérer des programmes pour lesquels il ignore s’il aura les crédits nécessaires.Le Fonds doit aussi assumer les risques d’un éventuel refus du gouvernement de donner suite aux demandes budgétaires formulées pour de nouveaux programmes « approuvés en principe ».Inutile d’ajouter que si pareille éventualité survenait, elle porterait un dur coup à la crédibilité du Fonds et mettrait en péril toute action novatrice ultérieure.La formule actuelle de financement condamne donc le Fonds FCAR, soit à courir des risques indus pour répondre de façon dynamique aux besoins du milieu qu’il sert, soit à se résoudre à l’immobilisme.Par contre, s’il s’abstenait de proposer de nouveaux modes de financement ou de nouveaux programmes, et que le gouvernement décidait de lui consentir des crédits additionnels importants, son action serait alors improvisée et n’aurait certainement pas l’impact de l’action planifiée, cohérente qui doit être envisagée.Un autre élément rend la position du Fonds en matière budgétaire plus difficile encore : il doit accorder les subventions pour des périodes de trois ans, alors que ses crédits lui sont consentis sur une base annuelle.Ainsi, une augmentation des crédits du Fonds pour une année, qui lui permet de bonifier un programme, devrait nécessairement être reportée pour les deux années suivantes, sans quoi le groupe de chercheurs dont la subvention triennale arrive à terme au cours de cette même année serait indûment favorisé.En fait, seul un budget couvrant trois ans permettrait au Fonds FCAR de planifier correctement ses activités et d’assurer une équipe indispensable aux chercheurs dont il subventionne les travaux.Voilà une autre amélioration qui s’impose de toute évidence ! Au seuil des années 90, souhaitons que l’action de l’organisme subventionnaire que le Québec a choisi de créer pour aider à former la main-d’œuvre hautement qualifiée et les chercheurs de fort calibre dont il a besoin pour garantir son avenir et assurer le développement de la recherche, soit assortie d’un financement adéquat.Car, pour peu que la situation perdure, les carences actuelles sont telles que la capacité du Québec de se maintenir dans le rang sur les plans scientifiques et technologiques, face à la concurrence canadienne et internationale, se trouve menacée.I 5 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 Charles Terreault est vice-président adjoint à l’Ingénierie chez Bell Canada.Il est également président sortant de l’Acfas. INTERFACE MARS • AVRIL 1989 FAC ACE JEAN-JACQUES NATTIEZ À LA RECHERCHE DU LANGAGE DES NOTES PROPOS RECUEILLIS PAR GINETTE BOUCHER La musique est un langage et c ’est à l’étude de ce thngage que Jean-Jacques Nattiez se consacre depuis plusieurs années.Linguiste et musicologue, ce professeur à la Faculté de musique de l’Université de Montréal a apporté une énorme contribution au domaine de l’analyse musicale.Il a, entre autres, développé une nouvelle discipline : la sémiologie musicale.Son curriculum vitae fait tout juste une page et demie.La liste de ses écrits et de ses activités ?Vingt-cinq feuillets bien tassés ! Voilà qui donne un bon portrait de Jean-Jacques Nattiez.Une seule passion : la recherche.Et il tient à ce que sa réflexion ne reste pas lettre morte.Aussi, chercheur en musicologie depuis à peine 20 ans, il a déjà à son actif un nombre de publications qui témoigne en général d’une carrière bien complétée.Ce n’est pourtant pas le cas.La quarantaine à peine entamée, Jean-Jacques Nattiez n’a pas l’intention d’arrêter.En congé pour trois ans, grâce à une année sabbatique conjuguée à une bourse Killam 1988-1990, il termine présentement des projets amorcés il y a plus de quinze ans.Son domaine?Surtout la sémiologie musicale, discipline qu’il définit comme l’étude de toutes les relations symboliques possibles avec le fait musical.^occupation a été de fai musicoloc laines.» Ce qui l’intéresse dans la recherche, ce sont les ambiguités, les énigmes, l'inconnu.« Cet intérêt s’explique moins par une perversité qui me serait naturelle que par une constatation d’ordre épistémologique : c’est devant un phénomène musical ambigu que les analyses divergent le plus, c’est donc à leur sujet qu'il est le plus aisé de s’interroger quand il est question de fonctionnement de l'analyse musicale, de ses critères d’élaboration et de construction.» Autant par la coloration et la clarté de ses propos que par sa personnalité très forte et attachante, l’homme séduit.Et ça ne date pas d’hier ! Dans son domaine de recherche, Jean-Jacques Nattiez est un pionnier, un original.« Jusque dans les années 60, ce qui se disait sur la musique était en marge des grands courants linguistiques ou anthropologiques.Ma préoccupation a été de faire entrer la musicologie dans le giron des sciences humaines.» C'est en s’inspirant de la linguistique que Jean-Jacques Nattiez développe dans ses débuts la sémiologie musicale, une nou- velle branche de la musicologie qui fait appel à des méthodes inusitées pour analyser des œuvres musicales.C’est le contexte politique de mai 1968 qui a été le déclencheur de cette investigation.Français d’origine, Jean-Jacques Nattiez obtient en 1967 une licence en lettres modernes de la Faculté de lettres d’Aix-en- Provence puis en 1968, une licence en linguistique et une maîtrise en lettres modernes.« A ce moment, l’engagement marxiste était très répandu.Comme mes collègues des autres disciplines qui se demandaient si la peinture ou le cinéma étaient des langages, j’ai cherché à savoir si la musique en était un, pour évaluer si cet art pouvait être un véhicule d’idéologie et de contenu politiques.C’est pourquoi je me suis tourné vers la linguistique.J’y ai alors découvert des modèles rigoureux d’analyse.Avec le temps, j’ai gardé la sémiologie, mais sans la lecture marxiste.» A-t-il la nostalgie de 68 ?« Oui et non, hésite le professeur.Pas de l’événement politique.Mais certainement de cette période 8 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 où j’ai l’impression qu’on s’intéressait à quelque chose.On croyait avoir toutes les solutions.On était dans le faux, mais on était heureux.Aujourd’hui, on vit dans une société sans projet.La passion intellectuelle qu’on avait en mai 68 n’est plus au rendez-vous.Assisterons-nous à l’éveil d’un nouvel idéal chez les jeunes, confrontés aux problèmes linguistiques actuels?» La question demeure sans réponse.Mais à cette autre interrogation : « La musique est-elle un langage?», Jean-Jacques Nattiez a consacré son mémoire de maîtrise.Son directeur était Georges Mounin, un linguiste de réputation internationale.« Grâce à l’enseignement de Mounin, j'ai adopté très rapidement une position critique envers ceux qui, comme Barthes et Kristeva, plaquaient les concepts linguistiques sur la réalité littéraire avec un certain manque de rigueur.» En 1973, Jean-Jacques Nattiez termine son doctorat en sémiologie musicale à l’Université de Paris VIII.Sa thèse sera la première version des Fondements d’une sémiologie de la musique, un ouvrage de synthèse ambitieux et important publié en 1975 dans la collection 10/18.Dans l’avant-propos de ce livre, le chercheur écrit qu’il n’est pas facile « de se réclamer d’une discipline dont on peut se demander si elle n’est pas une duperie d’intellectuels en mal d’originalité ou une de ces - nésciences» qui, encouragées par les gazettes, parasitent les recherches les mieux fondées ».Son premier chapitre débute d’une façon tout aussi incisive.« La sémiologie n’existe pas.« C’est un livre que je ne cesse de réécrire », souligne avec amusement Jean-Jacques Nattiez, qui a publié en 1987 chez Christian Bourgois le premier volume d’une refonte complète des Fondements sous le titre Musicologie générale et sémiologie.Il devait y avoir deux tomes.Il y en aura trois.Si la version de 1975 est essentiellement reliée à l’application des modèles linguistiques, il en va autrement de l'ouvrage édité douze ans plus tard.Le musicologue y expose une théorie plus générale de la sémiologie, celle de la tripartition proposée par Jean Molino, « un chercheur à surveiller de très près », selon M.Nattiez.« Je me demcm î 'ZÊrsnwàirmrmi stnmun ruttL s L'mim immnvmrwswim ^g| A I.A RECHERCHE Dans le cadre de cette théorie, on considère que la description sémiologique d’un fait humain quelconque comprend non seulement la description des structures immanentes, mais également l’étude des processus de création et de perception.« Molino affirme que le processus de création est différent de celui de la perception.Pour lui, la communication entre émetteur et récepteur est un cas d’exception.C’est très original, car la plupart des sémiologues posent la communication comme une donnée acquise », explique avec enthousiasme le musicologue.« Comme professeurs, nous ne som pas là pour donner des vérité aux étudiants.» Il admet qu'au fil des ans, son évolution dans le domaine de la sémiologie musicale a considérablement modifié le contenu des cours qu’il donne à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.« J’ai toujours considéré mon enseignement comme expérimental.Et, à mon avis, c’est à cela que doit servir l’université.Comme professeurs, nous ne sommes pas là pour donner des vérités aux étudiants.Je passe d’ailleurs mon temps à essayer de leur expliquer pourquoi ce que j’enseigne n’est pas nécessairement la vérité.» Venu au Québec par hasard avec un contingent militaire de coopérants français, resté par choix, le chercheur avoue avoir été quelque peu ébranlé, au début des années 70, par l’attitude des étudiants québécois.« Débarquant d’une France contestataire, j'arrivais parmi des gens qui attendaient des réponses, des vérités.Cette attitude venait peut-être du catéchisme, qui me semble avoir représenté quelque chose d’important dans la culture québécoise.Je voulais surtout former des esprits critiques.» Le mot « vérité » revient constamment dans les propos de Jean-Jacques Nattiez.Pour lui, la vérité n'existe pas de façon absolue.Pour l’analyse d'un même phénomène, on peut en proposer plusieurs qui varient selon la façon dont le chercheur sélectionne et organise les faits.Il épouse ainsi l’idée de l'historien Paul Veynequi, en 1971.proposait le concept d’intrigue dans son livre Comment on écrit l’histoire.Ce chercheur du Collège de France indiquait que ses confrères, consciemment ou non, faisaient des choix parmi les éléments historiques dont ils disposaient.Ils agençaient les faits à l’intérieur d’une intrigue pour donner un sens aux événements retenus.« J’ai appliqué cela à l'analyse musicale », explique Jean-Jacques Nattiez, qui se défend toutefois de plaider pour une liberté totale d’interprétation des œuvres comme le faisait Roland Barthes.« On ne peut pas dire n’importe quoi, car il y a des choses plus vraies que d’autres.Il est possible de proposer plusieurs intrigues et ces intrigues peuvent être bouleversées quand on découvre un fait nouveau.Mais toutes les intrigues ne sont pas acceptables.» 9 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 Bïi MilKJife icons villi* ait lliSjSi isp Entre, d’une part, la position dogmatique de certains historiens de la musique qui affirment que l’œuvre a un seul sens, une seule vérité et, d’autre part, la position de la nouvelle critique qui propose la libre interprétation, Jean-Jacques Nattiez tente de se glisser entre les deux.Comment réussir à définir ce qui se trouve dans la zone du possible ?Il mentionne un principe parmi d’autres : recourir à l’explication systématique des critères utilisés dans l’analyse.l'ai essayé de montrer quelle est la )tion sémiologique chez Proust et en quoi il en a fait un modèle i littérature.» Le concept d’intrigue, Jean-Jacques Nattiez l’a appliqué à l’œuvre de Proust dans un essai paru en 1984, Proust musicien.Il a tenté de donner une nouvelle interprétation pour expliquer la construction de A la recherche du temps perdu.« J’ai essayé de montrer quelle est la conception sémiologique de la musique chez Proust et en quoi il en a fait un modèle de la littérature.» Selon Jean-Jacques Nattiez, la musique est chez Proust le fil conducteur qui guide le lecteur vers la création de l’œuvre absolue.« Les descriptions de la musique par l’écrivain sont empruntées à des œuvres réelles que j’ai cherché à identifier », explique-t-il.Ainsi, les premières approches de la Sonate de Vinteuil, un compositeur imaginaire de A la recherche du temps perdu, évoque la musique impressionniste de Debussy ; le stade intermédiaire, celle de Wagner ; et l’aboutissement, dans le Septuor de Vinteuil, se réfère aux quatuors de Beethoven.« Par opposition à la musique impressionniste, qui est descrip- tive, et à la musique de Wagner, qui parle par le biais des leitmo-tive, Proust arrive à la musique pure avec les quatuors de Beethoven.Il tend, en même temps, vers l’œuvre absolue.C’est en tout cas l’intrigue que j’ai proposée.» Pourquoi A la recherche du temps perdu ?« Par amour, répond sans hésiter le chercheur.C’est non seulement le roman que je préfère, mais c’est aussi l’un des plus grands livres de la littérature française.» Jean-Jacques Nattiez s’intéresse également beaucoup à Wagner.Préoccupé par les problèmes de l’authenticité de l’interprétation, il a publié en 1983 Tétralogies (Wagner, Boulez, Chereau), essai sur l’infidélité, toujours chez Christian Bourgois.D travaille présentement à un autre livre concernant la façon dont Wagner théorise la relation entre poésie et musique dans l’opéra.Le titre de l’ouvrage est tout un programme : Wagner androgyne.Au fil de ses recherches, Jean-Jacques Nattiez a en effet remarqué que Wagner faisait le lien entre poésie et musique en utilisant la métaphore de l’androgynie.Le poète, c’est le principe masculin ; la musique, c’est le principe féminin.« A la fois poète et musicien, Wagner se considère donc comme androgyne.Cette analyse m’a conduit à réévaluer la Tétralogie de Wagner.J’ai trouvé des passerelles entre la théorie et le contenu même de l’œuvre.Certains personnages m’apparaissent, par exemple, comme étant des incarnations allégoriques des concepts théoriques de Wagner.Siegfried, c’est le poète ; Brunhilde, c’est la musique.» Pour expliquer l’apparition de l’image de l’androgynie chez Wagner, le chercheur proposera, dans ce livre qui devrait paraître en 1990, différentes intrigues dont il évaluera de façon critique les capacités d’explications.Autre champ d’intérêt de Jean-Jacques Nattiez : les jeux vocaux des Inuit.Mais quel lien y a-t-il entre Wagner, Proust et les jeux de gorge des autochtones du Nouveau-Québec et de la Terre de Baffin ?« C’est la même chose !, souligne mi-plaisantin, mi-sérieux, le musicologue.Ce qui m’intéresse chez Wagner, c’est comment il voit la relation entre poésie et musique.En eth-nomusicologie, la verbalisation de la musique par les autochtones retient beaucoup l’attention.Autant chez Wagner que dans les sociétés de tradition orale, cela se fait grâce à un jeu de métaphores.» Jean-Jacques Nattiez a travaillé sur la culture inuit parce qu’il voulait appliquer ses concepts de sémiologie musicale à de la musique autochtone canadienne.Il tenait à ce que sa théorie s’adapte autant à la musique classique qu’à celle de tradition orale.Mais un jour, par hasard, il entend les jeux vocaux des femmes inuit.C’est le coup de foudre ! Pour assurer la pérennité de ces chants, il enregistre sur disque Chants et jeux des Inuit, avec la collaboration de son équipe de recherche et l’appui de l’UNESCO.Un an plus tard, en 1979, l’album remporte le Grand prix international du disque de l’Académie Charles-Cros.Dans la même foulée, il a réalisé un disque consacré à la musique des Aïnous du Japon et a reçu de nouveau le Grand prix, en 1987, pour la réédition de la Collection universelle de musique populaire enregistrée.Cette collection avait été préparée dans les années 50 par un ethnomusicologue roumain, Constantin Brailoiu. 10 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 Jean-Jacques Nattiez parle de cet ensemble de disques avec beaucoup d’émotion.Il l’a réalisé à partir d’une collection de 78 tours retrouvés dans les caves de l'UNESCO à Paris ! Ces disques comportaient, entre autres, un chant de sorcellerie d’un paysan français de 1904, un chant funèbre d’une femme roumaine composé pour son bébé qui vient de mourir et la musique d’une population juive d’Espagne exterminée pendant la Deuxième Guerre mondiale.D’autres disques sont en préparation.Pour le musicologue, ce volet de son travail est extrêmement important.« Elargir la conscience de ce qui est reconnu comme musical à travers le monde, c’est là une des utilités de la recherche », croit-il.En plus d’être chercheur, professeur, auteur d’importants ouvrages de synthèse ou d’essais, conférencier invité dans un nombre impressionnant de congrès internationaux et éditeur de disques, Jean-Jacques Nattiez est aussi coresponsable, avec le compositeur Pierre Boulez, de la collection « Musique/Passé/Présent » publiée à Paris chez Christian Bourgois.Essoufflant ?Attendez ! Il a déjà été directeur du Groupe de recherches en sémiologie musicale, de 1974 à 1980, vice-doyen de la Faculté de musique de l’Université de Montréal durant un an, éditeur de numéros spéciaux de certaines revues spécialisées dont Musique en jeu et rédacteur en chef, section française, pour les six premiers numéros de la Revue de musique des universités canadiennes.Il dirige également une collection consacrée à la sémiologie musicale aux Presses de l'Université de Montréal.J’allais oublier : il a également été chef d’orchestre et directeur musical de l’Orchestre symphonique de Joliette-Lanaudière de 1984 à 1987! « C’est monstrueux, un orchestre.Dès qu’on s’engage dans la gestion, c’est foutu : tout notre temps y passe ! », s’exclame-t-il.Et pour le reste?« J’ai de l’énergie ! », affirme le chercheur.Sa recette, il la donne bien volontiers : utiliser le plus rationnellement possible son temps, se servir judicieusement des « trous » ainsi qu’ouvrir et fermer successivement les différents tiroirs de ses recherches.« Choisir?Je serais malheureux d’avoir à le faire, mais j’opterais pour l’écriture, car je ne peux pas supporter d’avoir des idées vagues.Il faut toujours que je les organise.Les choses qui restent dans les cartons ou à l’état de paroles en l’air, je trouve ça dommage.» Il faut dire qu’il écrit avec beaucoup de facilité.« J’ai eu un père qui m’a entraîné à l’écriture.Je lui dois cette aisance », poursuit le chercheur.Professeur de français dans un lycée, M.Nattiez père était aussi critique musical pour le quotidien de la ville d'Amiens.Le fils a donc baigné dans un environnement musical toute sa jeunesse.Jusqu’en 1962, il suit d’ailleurs des cours au Conservatoire de musique de sa ville natale.À ceux qui lui reprocheraient un certain éparpillement, le musicologue répond par « interdisciplinarité ».« Aujourd’hui, regrette-t-il, les chercheurs ont tendance à devenir beaucoup trop spécialisés.À l’inverse, je préfère m’intéresser à plusieurs domaines pour établir des passerelles.L’essentiel, c’est que je maintienne un axe épistémologique très ferme à travers les divers sujets qui m’intéressent.» Quelqu'un demanda un jour à Claude Lévi-Strauss ce qu’il pensait des critiques qu’on faisait de lui.L'auteur avait répondu : « Je ne lis jamais les critiques car si elles sont négatives, ça me met en colère et si elles sont positives, c’est qu’il y a eu forcément des malentendus ! » Paraphrasant ce célèbre ethnologue français, Jean-Jacques Nattiez avoue lire les critiques qu’on fait de lui.« Ça ne me met pas en colère et parfois il y a des malentendus ! », précise-t-il en riant, ajoutant qu’avec sa conception de la vérité, il peut difficilement se mettre en colère.« H y a sans doute des erreurs ou des lacunes dans mes publications.Je les assume.Je préfère courir ce risque plutôt que d’entreprendre le livre parfait qui ne sera jamais terminé.» Après son congé, Jean-Jacques Nattiez voudrait ne faire .qu’une seule chose.« Après les balbutiements théoriques du 10/18 de 1975 et les études empiriques plus spécifiques qui ont suivi, je suis maintenant dans une phase de consolidation.J’hésite entre une histoire de l’ethnomusicologie et une biographie de Pierre Boulez, parce que je crois que c’est l’un des compositeurs les plus importants du XXe siècle.» Que pense-t-il de la musique populaire?Silence.« Jusqu’à tout récemment, raconte M.Nattiez, je m’interdisais de poser des jugements de valeur.Mais ils s’imposent par le choix que l’on fait de parler ou non de certaines musiques.Si on relativise la notion de vérité, il n’y a pas de raison de ne pas faire des choix esthétiques.Bref, avec deux enfants à la maison, j’en entends beaucoup.J’en écoute peu.» Et la musique contemporaine?« Je l’aime beaucoup.Cela ne m’empêche pas d’être très critique.Que voulez-vous, chez moi, c’est le côté gauche de mon cerveau qui contrôle le côté droit ! », fait-il remarquer avec humour.En plus des importantes distinctions reçues pour ses disques, Jean-Jacques Nattiez a été élu membre de la Société royale du Canada en juin 1988.Quelques mois plus tard, il recevait la médaille Dent de la Royal Musical Association.Cette prestigieuse institution britannique la remettait ainsi pour la première fois à un musicologue à cheval sur plusieurs branches de cette discipline.Ce prix lui a énormément fait plaisir.Toutefois, la traduction de ses écrits en anglais et en italien le flatte davantage.Il rapporte à ce sujet deux expériences particulières.Un jour, en vacances chez ses parents, Jean-Jacques Nattiez reçoit un coup de fil d’un collègue d'Angleterre : il vient de traduire Proust musicien, pour son plaisir, et parce qu’il aimait le livre.Cette traduction paraîtra aux Presses de l’Université de Cambridge ! Trois mois plus tard, une collègue tchèque glisse timidement dans la conversation qu’elle a traduit son livre de la collection 10/18 pour ses collègues de travail.« Dans les deux cas, j’ai été bouleversé.Ça me touche beaucoup plus que les prix », dit-il.Que souhaite laisser ce pionnier de la sémiologie musicale ?« Je voudrais que les musicologues continuent à utiliser certains de mes principes et modèles, sans toutefois recourir à l’appellation de sémiologie.Ce serait le signe que cette discipline s’est intégrée naturellement dans l’analyse musicale », conclut Jean-Jacques Nattiez en prenant bien soin de mentionner que le dernier mot ne sera jamais dit sur rien.Surtout son dernier mot.I LE CERVEAU ET LE MOUVEMENT 11 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 PAR ANNE BEUTER DE L'EXÉCUTION D’UN TRIPLE SALTO ARRIÈRE À LA SIMPLE ACTION DE SE LEVER, LE MOINDRE MOUVEMENT FAIT APPEL À DES MÉCANISMES TRES COMPLEXES.UNE ÉNORME QUANTITÉ D'INFORMATIONS DOIT ÊTRE REÇUE, TRAITÉE PUIS EXPÉDIÉE PAR LE CERVEAU.ANNE BEUTER NOUS PRÉSENTE ICI CERTAINS ASPECTS DE CES MÉCANISMES, EN PARTICULIER CEUX QUI CONCERNENT LA RÉTROACTION SENSORIELLE DANS L'EXÉCUTION DE MOUVEMENTS COORDONNÉS.Anne Beuter estprofesseure-chercheure au Département de kinanthropoiogie de l'Université du Québec À Montréal Le corps humain comprend au moins 600 muscles, qui déplacent une charpente osseuse de plus de 200 os pour l’exécution d’un nombre presque infini de mouvements.Tous ces mouvements sont contrôlés par le système nerveux.Celui-ci ne contient pas moins de 10 12 neurones fonctionnant, en série et en parallèle, plus vite que n’importe quel superordinateur.Des mécanismes très complexes permettent aux informations d’être recueillies à la surface du corps, puis amenées au cerveau ; là, elles sont interprétées et transformées en commandes, qui repartent vers la périphérie pour produire une réponse motrice.A première vue, il semble donc plus facile de comprendre comment la NASA peut construire des navettes spatiales qui se posent sur la lune que d’expliquer comment les astronautes réussissent à grimper dans ces vaisseaux.De nombreux chercheurs s’intéressent à ces mécanismes de contrôle du mouvement.Ils les étudient à différentes échelles allant des molécules et des synapses au système nerveux central, en passant par les réseaux nerveux.Dans le présent article, nous allons décrire les défis auxquels on fait face actuellement dans ce domaine de recherche et en particulier en neurocinétique, où on étudie à une échelle macroscopique le mouvement humain dans ses rapports avec le système nerveux.L'ORGANISATION D'UN MOUVEMENT SIMPLE La plupart des mouvements que nous exécutons dans la vie de tous les jours sont des mouvements volontaires effectués sous le contrôle de la vision.Prenons l’exemple d’une personne qui veut appeler l’ascenseur.Ce mouvement intentionnel se décompose en trois phases.1) D’abord, organiser l’intention, c’est-à-dire repérer le bouton de commande de l’ascenseur pour déplacer l’index vers celui-ci selon une trajectoire prédéterminée dans l’espace.Cette première phase est sous la responsabilité du cortex cérébral.2) Puis, établir un plan d’action, c’est-à-dire transformer les coordonnées extrinsèques du bouton de commande en coordonnées intrinsèques permettant d’ajuster les angles articulaires formés par le bras, l’avant-bras et la main.Cette deuxième phase met en jeu des structures sous-corticales comme les noyaux gris centraux et le cervelet.3) Finalement, contrôler la coordination neuromusculaire, c’est-à-dire spécifier les groupes musculaires qui vont intervenir, les forces qu’exerceront les muscles pour déplacer les segments du bras et l’ordre d'activation de ces muscles pour produire un geste fluide, économique et juste.Cette troisième phase est sous la responsabilité des motoneurones, qui acheminent les commandes vers la périphérie, et des récepteurs sensoriels, qui transportent l’information de la périphérie vers RENÉ DE CARUFEl INTERFACE MARS • AVRIL 1989 1.LA PHYSIOLOGIE DU CONTRÔLE MOTEUR Les structures qui sont le plus sollicitées dans le contrôle du mouvement volontaire sont la moelle épinière, le tronc cérébral, le cortex moteur et le cortex prémoteur.Les commandes motrices sont d'abord élaborées par le cortex prémoteur et le cortex moteur à partir d'informations provenant d'aires corticales non motrices et de structures sous-corticales comme les noyaux gris centraux et le cervelet (planification et programmation).Ces informations, qui circulent dans des boucles de rétroaction, sont constamment réajustées.Les commandes motrices sont ensuite envoyées par le cortex moteur à la moelle épinière.Elles sont alors transmises à la périphérie (muscles) par les motoneu-rones (exécution).Les motoneurones sont des neurones ayant leur corps cellulaire dans la moelle épinière et dont l'axone se termine sur le muscle qu'ils innervent.Pour que les mouvements soient précis et rapides, le système nerveux doit continuellement recevoir des informations sensorielles de la périphérie afin d'apporter les corrections nécessaires (correction).Les informations sont données par les extérocepteurs (les coordonnées spatiales des objets) et les propriocepteurs (la position des articulations et du corps dans l'espace ainsi que la longueur et la tension des muscles).Ces deux types de récepteurs informent également sur les conséquences de nos actions afin de pouvoir prévoir les actions futures.Les mécanismes moteurs et sensoriels sont évidemment intimement liés.VOIES DESCENDANTES 1 VOIES ASCENDANTES ¦ BOUCLES CORTICALES I 1 PLANIFICATION-PROGRAMMATION AIRES CORTICALES NON MOTRICES CORTEX PRÉMOTEÜR 3 CORRECTION 2 EXÉCUTION MOELLE EPINIERE RETROACTION SENSORIELLE PROPRIOCEPTEURS EXTÉROCEPTEURS DEPLACEMENTS MUSCLES 13 mffîmm INTERFACE MARS • AVRIL 1989 la mœlle épinière et les hémisphères cérébraux (encadré 1).Une action apparemment aussi simple que déplacer son index fait intervenir de nombreuses structures du système neuromusculaire.En effet, un tel mouvement met non seulement en jeu plusieurs articulations du bras, mais aussi celles du tronc et des jambes, qui se réorganisent dans une nouvelle posture stable.Les structures nerveuses gèrent cette réorganisation ainsi que la planification, l’organisation et l’exécution des mouvements.Le rôle exact de ces structures nerveuses et de leurs interactions dans la réalisation de mouvements volontaires n’est pas encore complètement connu.Le mouvement du bout de l’index est la somme d’une combinaison verctorielle des actions de plusieurs articulations.D’importants aspects de la participation du système nerveux au contrôle moteur restent à élucider.Ce sont : 1) la programmation du mouvement (p.ex.: quelles sont les variables contrôlées dans un mouvement ?La force ou la vitesse?) ; 2) l’organisation hiérarchique du mouvement (p.ex.: quelles sont les unités de mouvement d’une action coordonnée, c’est-à-dire la portion de mouvement effectuée avant de pouvoir apporter une modification?) ; 3) le rôle de la vision dans le mouvement (p.ex.: combien de temps faut-il à l’information visuelle pour influencer la trajectoire du mouvement ?) ; 4) la codification directionnelle des mouvements (p.ex.: quelle est la représentation interne du monde perçu visuellement quand les yeux, la tête et le tronc ne sont pas alignés?) ; 5) la connaissance de la position des segments avant et pendant le mouvement (p.ex.: qu’est-ce qui contribue à la conscience des segments du corps ?) ; 6) le rôle de certaines structures corticales dans l’organisation des mouvements (p.ex.: comment des lésions du cortex affectent-elles la représentation du mouvement ?)1.L'APPROCHE EXPÉRIMENTALE DU MOUVEMENT La plupart des expériences sur les systèmes moteurs font intervenir des perturbations du mouvement, en vue de déstabiliser le système étudié.La déstabilisation du système est particulièrement intéressante car elle permet de mettre en évidence les aspects non linéaires qui caractérisent le contrôle moteur.Par exemple, la transition de la marche à quatre pattes à la marche debout, ou le passage de la marche à la course, s’effectuent de manière discontinue au moment où un ou plusieurs des paramètres de contrôle atteignent une valeur critique.Ainsi, la faible variation d’un seul paramètre de contrôle peut suffire pour induire un changement qualitatif majeur du système.Nos recherches actuelles portent sur les interactions entre le contrôle central préprogrammé du mouvement et les rétroactions visuelles et proprioceptives qui arrivent constamment de la périphérie pendant l’exécution du mouvement.Les recherches effectuées dans ce domaine depuis le début du siècle n’ont pas encore fourni une explication complète du rôle de cette rétroaction sensorielle dans l’exécution de mouvements coordonnés.D’après Bizzi2, il semblerait que le système nerveux central envoie des signaux préprogrammés qui spécifient une trajectoire de référence ainsi qu’une position finale aux articulations.Que se passe-t-il alors lorsqu’une correction est nécessaire ou qu’une perturbation se produit soudainement?Par des expériences, nous avons tenté de comprendre comment les informations visuelles et proprioceptives interviennent dans une tâche motrice simple chez l’humain.Pour ce faire, nous avons perturbé systématiquement un paramètre important du mouvement, à savoir le temps de délai de la rétroaction visuelle.Normalement, ce délai comprend le temps de conduction nerveuse, les délais de transmission aux synapses, les périodes de latence musculaire et de traitement de l’information de l’influx dans une boucle allant de la périphérie au système nerveux central puis à la périphérie.Nous avons également augmenté le gain, c’est-à-dire l’amplitude de la réponse motrice, de façon que la commande d’un petit ajustement par les sujets produise un déplacement plus grand que celui observé dans des conditions normales.Dans ces expériences, les sujets sont assis et leurs avant-bras reposent sur des supports rigides.Ils doivent placer et maintenir leur index droit en face d’une cible fixe.Les sujets ne voient pas leur main, mais ils regardent l’écran d’un oscilloscope sur lequel deux lignes horizontales sont affichées.L’une de ces lignes est fixe et correspond à la cible ; l’autre suit les microdéplacements de l’index.On demande au sujet de maintenir les deux lignes le plus proche possible l’une de l’autre.Dans cette tâche motrice simple, le doigt n’est jamais FIGURE 1 Déplacements du doigt en fonction du temps : le doigt n'est jamais immobile et de légères fluctuations involontaires se produisent en permanence.Celles-ci correspondent au tremblement normal du doigt et leur fréquence se situe entre 8 et 12 Hz.Ces oscillations sont ici amplifiées par un facteur 15.lb TEMPS (s En introduisant un temps de délai (1500 ms) entre le capteur fixe sur l'index du sujet et l'oscilloscope, on obtient, superposées aux oscillations normales, des oscillations de grande amplitude et de faible fréquence ayant une période proportionnelle au temps de délai inséré.De plus, ces oscillations sont tantôt régulières, tantôt irrégulières.Le système comporte donc deux modes de fonctionnement distincts séparés par une transition. 14 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 FIGURE 2 2a 3 2 -1 UJ c u E -2 0 10 20 30 40 50 TEMPS (s) Déplacement du doigt d'un sujet parkinsonien en fonction du temps.On note l'augmentation de l'amplitude du tremblement, par rapport au sujet normal, ce qui est une des manifestations de la maladie de Parkinson.2b TEMPS (s) L'introduction d'un temps de délai (1000 ms) dans l'expérience du pointage du doigt avec des sujets parkinsoniens n'a pas donné de résultats véritablement différents de ceux obtenus avec des sujets normaux.On observe là encore des oscillations de plus grande amplitude, les oscillations étant tantôt régulières, tantôt irrégulières.Cela indique que les noyaux gris, partie du cerveau affectée par la maladie de Parkinson, ne participent pas de manière directe aux changements produits par l'introduction d'un temps de délai.immobile et de légères fluctuations de position involontaires se produisent en permanence.Celles-ci correspondent au tremblement normal du doigt et leur fréquence se situe entre 8 et 12 Hz.Ces oscillations sont amplifiées par un facteur 15 sur l’écran de l’oscilloscope (figure la).Si on introduit un temps de délai entre le capteur fixé sur l’index du sujet et l’oscilloscope, la position du doigt vue sur l’écran correspond à la position du doigt à l’instant passé.Le sujet tente donc de compenser les erreurs dues aux oscillations involontaires amplifiées de son index en utilisant des informations proprioceptives en temps réel, mais des informations visuelles retardées.Le temps de délai normal pour une tâche de ce type est d’environ 160 à 180 ms.En augmentant ce temps de délai jusqu’à 1500 ms, nous avons obtenu des résultats surprenants3.Nous avons en effet enregistré, en plus des oscillations normales dues au tremblement, des oscillations de grande amplitude et de faible fréquence ayant une période proportionnelle au temps de délai inséré (figure lb).Ces oscillations lentes et amples ont déjà été observées expérimentalement dans les systèmes respiratoire et cardio-vasculaire après l’introduction d’un temps de délai, mais c’est la première fois qu’on les observait dans le système moteur.Ce qui nous a semblé unique dans le cas du système moteur, c’est que ces oscillations étaient tantôt régulières, tantôt irrégulières.Le système comporte donc deux modes de fonctionnement distincts séparés par une transition.Tout se passe comme si, pendant le déroulement de l’expérience, un autre paramètre non contrôlé expérimentalement entrait en action et produisait un changement qualitatif ou une transition dans la réponse du sujet.Quelles sont les structures du système nerveux susceptibles de produire un tel comportement ?Quels sont les caractéristiques de cette transition et son rôle fonctionnel ?Voilà les questions que nous nous sommes posées.Pour expliquer nos résultats, il faut brièvement rappeler comment l’information progresse des récepteurs sensoriels vers le système nerveux central et revient vers la périphérie pour déplacer le doigt du sujet.L’information arrivant de la rétine par le nerf optique est traitée et interprétée au niveau du cortex visuel (dans le lobe occipital) et du cortex somato-sensoriel (dans le lobe parié- tal).L’information arrivant des proprio-cepteurs et autres récepteurs articulaires ou cutanés en passant par le thalamus est décodée entre autres dans le cortex somato-sensoriel, avant d’être envoyée aux cortex prémoteur et moteur du lobe frontal.Les informations provenant des noyaux gris centraux et du cervelet arrivent également au cortex moteur par le thalamus et servent à moduler le geste désiré de manière indirecte, c’est-à-dire sans agir directement sur la mœlle épinière.Du cortex moteur, l’influx nerveux descend directement vers la mœlle avant d’être acheminé vers les muscles.Même une représentation simplifiée comme celle de l’encadré 1 montre la complexité de l’organisation et du contrôle d’un simple mouvement de l’index.Les structures du système nerveux fonctionnent en série et en parallèle avec de nombreuses boucles de rétroaction.On constate que les informations visuelles et proprioceptives en provenance de la périphérie empruntent initialement des voies séparées pour atteindre le cortex.Un des sites possibles d’interaction entre les informations somato-sensorielles et visuelles se trouve au niveau des aires d’association du cortex et plus particulièrement dans une zone reliant les lobes pariétal, temporel et occipital.Donc, l’augmentation du temps de délai pourrait affecter la transformation des informations en perception dans cette région du cortex.D’autres sites possiblement affectés se trouvent dans la région du cervelet et des noyaux gris centraux.Pour mieux comprendre le rôle des diverses structures du système nerveux dans le contrôle moteur, nous avons soumis à des tests des patients atteints de lésions circonscrites au cerveau.LES PATHOLOGIES DE LA MOTRICITÉ Les pathologies du mouvement sont multiples et même si leurs manifestations sont évidentes, l’identification des structures ou mécanismes responsables de ces pathologies peut être très complexe4.Récemment, les pathologies du système nerveux ont été classées selon une approche mathématique des systèmes physiologiques.Les pathologies du contrôle moteur peuvent prendre trois formes générales se manifestant par l’un ou l’autre des phénomènes suivants : 1) l’apparition d’une oscillation dans un système moteur normalement stable ; 2) un changement dans la forme des oscillations existant déjà dans 2.LES PATHOLOGIES DE LA MOTRICITÉ En neurophysiologie classique, les symptômes des anomalies de mouvement peuvent être classés en quatre catégories correspondant à des augmentations ou des diminutions du mouvement, des anomalies du tonus musculaire et des anomalies des mouvements complexes comme la locomotion '.Ces pathologies peuvent affecter différents éléments du système neuromusculaire, y compris le muscle, la jonction neuromusculaire, les motoneurones, la moelle épinière, le tronc cérébral, la capsule interne et le cortex.Les causes les plus courantes de ces lésions sont d'origine traumatique, toxique, infectieuse, vasculaire, dégénérative, néoplastique (tumeur) ou congénitale.Les manifestations pathologiques de mouvement ne représentent qu'un des nombreux aspects du diagnostic neurologique.Les neurologues parviennent à localiser les lésions avec précision en s'appuyant sur d'autres mesures comme l'évaluation fonctionnelle des principaux muscles, i'étude de la sensibilité superficielle et profonde, les réflexes, le tonus musculaire, le liquide céphalo-rachidien, etc.Référence 1.CHUSID, J.F.Manuel d'anatomie et de physiologie neurologiques, Paris, Masson, 1982.Paralysie cérébrale infantile Traumatismes cranio-cérébraux CORTEX Accidents vasculaires1 '-C Accidents vasculaires1 Sclérose en plaques Poliomyélite Sclérose latérale amyotrophique2 MOELLE ÉPINIÈRE Neurone afférent Amyotrophies spinales progressives2 Sclérose en plaques Traumatismes : contusions, compressions CELLULES DE LA CORNE ANTÉRIEURE Motoneurone périphérique efférent Dystrophies musculaires Myopathies Myasthénie 1 hémorragies, tromboses, embolies 2 amyotrophie = atrophie musculaire 16 le système moteur concerné ; 3) la disparition d’une oscillation (encadré 2).Ce qui intéresse les chercheurs c’est de comprendre le comportement dynamique de ces systèmes physiologiques, c’est-à-dire de savoir comment ces systèmes évoluent qualitativement dans le temps lorsque les paramètres de contrôle sont modifiés de manière continue et que des oscillations apparaissent, changent ou disparaissent.La respiration, par exemple, change en fonction de paramètres de contrôle comme la concentration en gaz carbonique ou la pression sanguine.Ces paramètres agissent avec un temps de délai et un gain qu’on peut manipuler expérimentalement de manière à induire des changements ou transitions dans les oscillations caractérisant la respiration.Le tremblement est un comportement qui ressemble à la respiration : il est de nature oscillatoire dans des conditions normales et il peut être modifié lorsque certains des paramètres de contrôle prennent des valeurs extrêmes.Les pathologies du mouvement peuvent correspondre à la destruction de voies nerveuses ou à la modification de mécanismes nerveux intacts.Dans le cas d’une hémorragie cérébrale, par exemple, une structure nerveuse peut être détruite.Cette destruction peut lever une inhibition des centres nerveux contrôlés par cette structure et entraîner l’apparition d’anomalies du mouvement.Dans le cas du syndrome de Guillain-Barré, les mécanismes nerveux sont intacts, mais la démyélinisation des axones affecte le fonctionnement général du système du patient, entraînant une paralysie.Souvent, la destmction et la modification des structures nerveuses se combinent.Ainsi, dans la maladie de Parkinson, il y a lésion au niveau des noyaux gris centraux combinée avec une déplétion de dopamine dans les neurones restants.Une des manifestations de cette maladie est un ralentissement du mouvement.On peut concevoir qu’en retardant l’arrivée de l’information visuelle concernant les mouvements du doigt, on laisse plus de temps au sujet pour réagir.Sa performance devrait donc être améliorée.Cette hypothèse est d’autant plus plausible qu’on peut faire disparaître un bégaiement chez des sujets en leur faisant entendre leur voix avec un temps de délai d’environ 300 ms.Nous avons soumis à l’expérience de pointage du doigt huit parkinsoniens.Leur comportement ne semble pas modifié de façon significative par rapport à celui de sujets normaux, ce qui semble signifier que les noyaux gris centraux ne participent pas de manière directe aux changements produits par l’introduction d’un temps de délai (figures 2a, 2b).Nous avons maintenant l'intention de soumettre au test des patients atteints de lésions précises au niveau du cervelet.Nous savons que chez le singe, le refroidissement de certains noyaux profonds du cervelet entraîne un délai dans la réponse motrice ainsi que l’apparition d’oscillations lentes et amples du bras.Chez les humains atteints de lésions cérébelleuses, celles-ci affectent particulièrement les activités combinant le mouvement et la vision.Il est connu que ces sujets déclenchent leurs mouvements avec un temps de délai supérieur à celui observé chez des sujets normaux et qu’ils ne peuvent estimer correctement l’amplitude, la force et la portée de leurs gestes.Contrairement aux sujets parkinsoniens, les sujets cérébelleux ont, pendant le mouvement, un tremblement qui manque de fluidité, ce qui peut expliquer leur difficulté à réaliser un mouvement alternatif rapide des mains ou des doigts.Nous avons donc l’intention de soumettre au test des patients ayant des lésions cérébelleuses unilatérales pour savoir si on observera des oscillations lentes en retardant l’information visuelle et si ces oscillations seront intermittentes.L’observation de patients atteints de lésions circonscrites du système nerveux central nous fournit des informations précieuses sur le rôle de ces structures dans l’organisation et le contrôle du mouvement.Cependant, cette approche n’est pas sans poser de problèmes.Les lésions sont parfois difficiles à évaluer précisément et les effets secondaires des médicaments absorbés par les patients rendent le contrôle des expériences difficile.LA MODÉLISATION DU CONTRÔLE MOTEUR Une branche des mathématiques, la dynamique non linéaire, devrait également nous permettre de mieux comprendre comment une boucle particulière du système peut en influencer le comportement dynamique et interagir avec les autres boucles.Nous avons donc cherché à concevoir un modèle mathématique simulant les interactions des boucles spinales, corticales et cérébelleuses lors de l’exécution du mouvement de pointage de l’index vers une cible.Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, des mécanismes aussi compliqués que ceux qui contrôlent le mouvement simple d’un doigt pourraient être décrits par des modèles mathématiques relativement simples.En 1977, M.C.Mackey et L.Glass, dans un article intitulé « Oscillations et chaos dans les systèmes physiologiques5 », ont présenté les développements récents de la dynamique non linéaire, qui sert à étudier les systèmes physiologiques.Dans cette branche des mathématiques, les systèmes physiologiques ne sont pas considérés comme stables (homéostasie) mais oscillatoires.En effet, les variables physiologiques tendent à osciller autour d’une valeur moyenne, qu’il s’agisse de la pression sanguine, de la température ou du taux de sucre dans le sang.Mackey et Glass ont entre autres montré que des modèles mathématiques simples représentant des systèmes physiologiques pouvaient produire des comportements dynamiques variés, allant d’états d’équilibre à des oscillations stables ou à des dynamiques irrégulières, apériodiques et complexes appelées « chaos ».FIGURE 3 3a À partir d'une équation différentielle du premier degré mettant enjeu un mécanisme de rétroaction simple, on peut représenter les oscillations simulées en fonction du temps.3b En modifiant légèrement un paramètre qui pourrait correspondre à la rapidité avec laquelle un sujet corrige la position de son index par rapport à la cible, on obtient des oscillations différentes.Il reste à comprendre quel type de paramètre peut produire ces deux types d'oscillations de manière intermittente. 17 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 3.LE GROUPE DE NEUROCINÉTIQUE DE L'UQAM Le Groupe de neurocinétique, formé en 1985, réunit huit professeurs-chercheurs du Département de kinanthropologie de l'Université du Québec à Montréal.Les recherches sur le mouvement humain menées par le groupe portent essentiellement sur deux dimensions étroitement intégrées : d'une part, la dimension biophysique, étudiée à l'aide de paramètres cinématiques comme le déplacement, la vitesse et l'accélération angulaire, ou à l'aide de paramètres cinétiques comme les forces ou les moments de force ; d'autre part, la dimension neurophysiologique et psychophysiologique étudiée à l'aide de techniques d'enregistrements électrophysiologiques permettant de détecter et de mesurer l'activité complexe du système nerveux dans la production des mouvements.Les mécanismes nerveux sont étudiés dans des situations expérimentales telles que l'ajustement postural, la rééducation musculaire par électrostimulation, l'apprentissage moteur, le développement de la coordination multiarticulaire ou la modélisation théorique et mathématique du contrôle moteur.La maîtrise en neurocinétique offerte par le Département de kinanthropologie de l'UQAM vise à former scientifiquement des professionnels qui pourront analyser les mouvements humains dans un contexte de réadaptation, d'ergonomie ou d'éducation physique adaptée aux personnes handicapées.4.LE CENTRE DE DYNAMIQUE NON LINÉAIRE EN PHYSIOLOGIE ET EN MÉDECINE DE MCGILL Au cours des dernières décennies, il est devenu de plus en plus clair que l'origine de phénomènes naturels et complexes observés dans des domaines aussi variés que l'économie, l'écologie et la physiologie pouvait être mieux comprise à l'aide des concepts de la dynamique non linéaire.Cette constatation a incité des chercheurs à former le Centre de dynamique non linéaire en physiologie et en médecine de l'Université McGill.Ce centre regroupe six chercheurs de l'Université McGill (Département de physiologie), de l'Université de Montréal (Département de mathématiques) et de l'Université du Québec à Montréal (Département de kinanthropologie).Il accueille des étudiants de 2e et 3e cycles ainsi que des chercheurs de niveau post-doctoral en physiologie, physique et mathématiques.Les activités du centre sont organisées dans une perspective interdisciplinaire physiologique et médicale.Les recherches actuelles portent surtout sur l'application de la dynamique non linéaire en cardiologie, en hématologie et en neurologie.Ces recherches entraînent l'utilisation de techniques de modélisation mathématique complexes.Le centre encourage donc la collaboration avec des spécialistes en mathématiques appliquées capables d'adapter les modèles mathématiques actuels pour décrire la dynamique des systèmes biologiques oscillatoires.Les activités de ce nouveau centre devraient favoriser la formation interdisciplinaire d'étudiants en dynamique non linéaire ayant une expertise en physique, en mathématiques et en physiologie, qui seront capables d'appliquer leurs connaissances dans le domaine de la santé.Il est possible de modéliser mathématiquement des systèmes physiologiques dans lesquels des changements qualitatifs discontinus, appelés bifurcations, se produisent lorsqu’on fait varier des paramètres de manière continue.On peut penser au cheval qui passe du trot au galop, ou au dauphin qui passe d’une nage de type linéaire à une nage de type ondulatoire lorsque la résistance de l’eau contre ses nageoires dépasse une valeur critique.Et chez l’humain?Revenons à l’analogie du doigt : on peut faire l’expérience de frapper doucement ses index sur la table de manière alternative en augmentant progressivement la fréquence.Inévitablement, on observera un changement dans le mode de coordination des deux doigts, qui passeront d’un fonctionnement en opposition de phases à un fonctionnement en phases.D est souvent difficile d’identifier les mécanismes conduisant à une bifurcation dans le système nerveux humain.C’est qu’il existe très peu de modèles humains dans lesquels on puisse caractériser la dynamique produite après une manipulation des paramètres6.Pour induire des bifurcations, on peut manipuler soit le temps de délai, soit le gain (amplitude) dans une boucle de rétroaction sensorielle.Les systèmes moteurs se prêtent plus facilement que d’autres systèmes physiologiques à ce genre de manipulation.C’est pourquoi la tâche motrice que nous avons choisie pour notre expérience est intéressante.L’action de maintenir l’index stable, qui semble extrêmement simple, met enjeu des structures à tous les niveaux du système nerveux central et produit une dynamique finalement complexe.Dans le cas de l’index, il est possible de décrire mécaniquement les mouvements en utilisant une équation différentielle du second degré avec une force de restitution retardée.Cette force correspond à l’action des muscles extenseurs et fléchisseurs de l’index.Elle est modulée par la vision, la proprioception et la motivation du sujet.Comment arriver à comprendre le substrat nerveux de ces influences?En combinant une approche de type expérimental avec une approche mathématique, et en comparant les prédictions du modèle avec la performance de sujets dont les caractéristiques pathophysiologiques sont différentes.A partir d’une équation différentielle du premier degré mettant en jeu un mécanisme de rétroaction simple, on peut représenter les oscillations simulées en fonction du temps (figure 3a).En modifiant légèrement un paramètre qui pourrait correspondre à la rapidité avec laquelle un sujet corrige la position de son index par rapport à la cible, on obtient encore des oscillations.Cependant, celles-ci sont qualitativement différentes (figure 3b).0 reste à comprendre quel paramètre peut produire ces deux types d’oscillations de manière intermittente.Une analyse de cette équation, c’est-à-dire une caractérisation des bifurcations lorsqu’un paramètre est modifié, permettra de mieux comprendre la dynamique du contrôle d’un mouvement simple du doigt autour de l’articulation métacarpo-phalangienne.C’est la comparaison entre les prédictions du modèle et les observations enregistrées en laboratoire qui permettra de raffiner le modèle, de mieux comprendre les modifications de la dynamique conduisant à des anomalies du contrôle moteur, et de mettre au point de nouvelles stratégies de détection et d’intervention dans le traitement des maladies dynamiques du mouvement.CONCLUSION La recherche dans le domaine du contrôle moteur n’est pas la propriété exclusive d’une discipline.A Montréal, plusieurs équipes se spécialisent dans l’étude du contrôle moteur, comme le Groupe de neurocinétique de l’Université du Québec à Montréal (encadré 3), le Centre de dynamique non linéaire en physiologie et en médecine de l’Université McGill (encadré 4) et le Groupe de sciences neurologiques de l’Université de Montréal.L’approche utilisée pour comprendre les comportements moteurs à partir de leur dynamique met l’emphase non pas sur les aspects stables de ces comportements, mais sur les aspects instables lors de la transition d’un mode de fonctionnement à un autre.Ces transitions ou bifurcations contiennent à notre avis des informations précieuses et représentent des sortes de carrefours physiologiques, psychologiques ou biomécaniques qu’il est important d’explorer.H est intéressant de noter que cette approche semble applicable à tous les systèmes physiologiques et que sans expliquer la nature des comportements, elle permet de les décrire et de les prédire.L’application de cette approche au contrôle moteur devrait améliorer notre compréhension des anomalies de mouvement qui se produisent dans les maladies neuromusculaires.Elle pourrait également servir à concevoir des robots capables de se déplacer en terrain accidenté et d’une dextérité quasi humaine.¦ Remerciements Je tiens à remercier Lise Carrière, Christiane Labrie et Jean Milton pour leurs commentaires sur ce texte.Références 1.JEANNEROD, M.The Neural and Behavioural Organization of Goal-Directed Movements, Oxford, Clarendon Press, 1988.2.BIZZI, E.« Motor Control Mechanisms », Neurologic Clinics, vol.5, 1987, p.523 à 527.3.GLASS, L., BEUTER, A., LAROCQUE, D.« Time Delays, Oscillations and Chaos in Physiological Systems », Mathematical Biosciences, vol.90, 1988, p.111 à 125.4.LOHR, J.B., WISNIEWSKI, A.A.Movement Disorders, New York, The Guilford Press, 1987.5.GLASS, L., MACKEY, M.From Clocks to Chaos : The Rhythms of Life, Princeton, Princeton University Press, 1988.6.MILTON, L, LONGTIN, A., BEUTER, A., MACKEY, M., GLASS, L.« Complex Dynamics and Bifurcations in Neurology », Journal of Theoretical Biology, 1989 (sous presse). 18 LA SURDITÉ PROFESSIONNELLE : UN PROBLEME SOCIAL PAR RAYMOND HÉTU BRUIT DE SCIES, DE MARTEAUX, DE FOREUSES : LE BRUIT AU travail est UN FAIT CONNU.MAIS CONNAÎT-ON TOUS LES FACTEURS DE RISQUE QUI Y SONT LIÉS ?Les mesures de prévention sont-elles efficaces ?Et que PEUT-ON FAIRE POUR AIDER LES TRAVAILLEURS ATTEINTS D'UNE PERTE AUDITIVE ?Ces trois questions sont à la base des travaux PRÉSENTÉS DANS CET ARTICLE.RAYMOND HÉTU EST PROFESSEUR À L'ÉCOLE D'ORTHOPHONIE ETD'AUDIOLOGIE DE LA Faculté DE médecine de l'Université de Montréal, il dirige le Groupe d'acoustique de l'Université de Montréal (GAUM) ET CO-DIRIGE L'ÉQUIPE ayant pour thème de recherche, Méfaits ET contrôle du bruit., associéeà l'Institut de recherche en santé et en sécurité du travail.n en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables.On ne pouvait plus ni se parler ni s’entendre.» L.-F.Céline VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT Ces impressions de L.-F.Céline, décrites au cours des années vingt, résument l’expérience quotidienne de centaines de milliers de personnes qui, au Québec comme dans la majorité des pays industrialisés, sont encore aujourd’hui exposées au bruit à leur travail.Malgré un siècle de recherche scientifique, le bruit est un agresseur omniprésent dans les milieux de travail industriels et la surdité qui en résulte est la maladie professionnelle irréversible de loin la plus répandue.Ce paradoxe a LE GROUPE D'ACOUSTIQUE DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Le GAUM est un groupe de recherche qui se consacre principalement à l'étude des effets du bruit en milieu de travail.Ses activités sont surtout orientées autour de trois axes : la réadaptation des victimes de surdité professionnelle ; la nocivité des bruits impulsionnels ; la détection des avertisseurs sonores de danger en milieu de travail bruyant.Le GAUM collabore étroitement avec le Groupe d'acoustique de l'Université de Sherbrooke (GAUS), qui réunit des ingénieurs et physiciens engagés dans la recherche sur le contrôle du bruit.Le GAUM et le GAUS forment ensemble une équipe associée à en quelque sorte gouverné la démarche des chercheurs de notre équipe, le Groupe d’acoustique de l’Université de Montréal — le GAUM (encadré), nous mettant au défi non pas de faire avancer la connaissance en tant que telle mais bien de contribuer, au moyen de travaux de recherche, à la solution de ce s * problème social considérable.Lorsque l’on s’intéresse, comme chercheur, aux environnements sonores des milieux de travail, on constate d’emblée que le bruit intense est un fait de la vie industrielle.Le premier règlement québécois limitant les niveaux d’exposition au bruit en milieu de travail est entré en vigueur en 1972, dans la foulée de l’intérêt collectif que suscitaient alors les problèmes d’environnement.Il s’inspirait du tout premier règlement en matière d’exposition professionnelle au bruit adopté trois ans plus tôt aux États-Unis ; mais la surdité due au bruit avait été scientifiquement établie comme maladie professionnelle près d’un siècle auparavant.Par ail- l'Institut de recherche en santé et en sécurité du travail (IRSST), ayant pour thème de recherche « Méfaits et contrôle du bruit ».Les membres du GAUM sont Raymond Hétu, Louise Getty, professeure agrégée à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, Chantal Laroche, chercheure, Hung Tran Quoc, ingénieur, Jean Beaudry, agent de recherche.Un certain nombre d'étudiants de 2e et 3e cycles participent régulièrement aux travaux du groupe.Ces travaux ont pu être réalisés pour une bonne part grâce au soutien financier de l'IRSST, mais aussi avec l'aide de Santé et Bien-être social Canada (PNDRS) et du Conseil québécois de la recherche sociale.?t 7i 19 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 FIGURE 1 Caoutchouc-plastiques (n=1011) Transformation de métaux (n=1186) Mines-carrières (n=1652) Industrie du bois (n = 1100) Produits métalliques (n=2921) Forêt-scieries (n=3175) I I t -I—-1-1 0 10 20 30 40 50 PREVALENCE D'ATTEINTES AUDITIVES SIGNIFICATIVES (%) La mise au point d'une procédure rigoureuse d'enquête audiométrique2 a permis d'estimer l'importance numérique du problème de la surdité professionnelle dans un certain nombre d'entreprises bruyantes.La figure montre la prévalence des atteintes auditives significatives dues au bruit.Il s'agit de pertes d'audition dont l'ampleur est supérieure à l'effet de l'âge, après exclusion des autres facteurs de déficience auditive dans cette population.On remarque que la proportion de travailleurs affectés dépasse 40 p.cent dans plusieurs secteurs d'activité industrielle dans lesquels des enquêtes ont pu être réalisées (n : effectif considéré).leurs, une étude démographique rendue publique en 1974 montrait qu’aux États-Unis, environ 60 p.cent des employés du secteur manufacturier étaient exposés quotidiennement à des bruits nocifs pour leur audition, alors que la technologie pour contrôler le bruit était disponible pour la très grande majorité des postes de travail1.Des conclusions très semblables ont émergé d’un récent bilan québécois d’interventions en santé du travail dans les secteurs définis comme prioritaires par la Commission de santé et de sécurité du travail.En effet, plus de 56 p.cent des 144 285 travailleurs des 5325 établissements industriels visités dans le cadre de cette enquête étaient étaient exposés à des niveaux de bruit dommageables pour l’audition2.Enfin, des enquêtes audiométriques rigoureuses, menées récemment, ont montré que la prévalence d’atteintes auditives imputables à l’exposition au bruit dépasse 40 p.cent dans certains secteurs : forêts et scieries, fabrication de produits métalliques, industrie du bois, mines et carrières, première transformation de métaux (figure 1)3.Avant d’en arriver à considérer la surdité professionnelle comme un problème social, nous nous sommes intéressés aux conditions d’exposition qui rendent le bruit nocif, ainsi qu’aux interventions qui peuvent contribuer à prévenir la perte d’audition.C’est en nous attaquant à la question de l’aide aux victimes de surdité professionnelle que nous avons pénétré au cœur du problème, lequel réside dans la nature des conséquences psychosociales des déficiences auditives causées par le bruit.Ces différentes questions ont dicté le choix des méthodes d’investigation, souvent empruntées à des disciplines étrangères à l’acoustique.Les travaux ainsi réalisés peuvent être regroupés sous les trois thèmes suivants : les facteurs de risque, les interventions préventives et les interventions curatives.LES FACTEURS DE RISQUE Des enquêtes épidémiologiques, d’une part, ont montré que le risque de surdité était déterminé par le niveau sonore et la durée d’exposition.Des études de fatigue auditive (ou perte tem- poraire d’audition due à l’exposition au bruit) menées en laboratoire, d’autre part, ont mis en évidence la contribution probable d’un autre facteur de risque : le manque de temps pour récupérer après cette fatigue, entre deux journées d’exposition.Ce dernier facteur a retenu l’attention au moment de l’adoption de limites réglementaires d’exposition au bruit, particulièrement en Amérique du Nord.Ainsi, on a accordé une grande importance au bénéfice qu’on pourrait tirer de pauses au cours de la journée de travail.Les législateurs ont estimé que, par l’introduction de périodes de repos pour l’oreille au cours de la journée d’exposition, le risque de surdité était considérablement diminué.Les niveaux de bruit tolérables pouvaient donc être élevés.Cette position reposait en fait sur les résultats d’un nombre très limité d’études faites en laboratoire, dans lesquelles les pauses représentaient des conditions effectives de récupération après une fatigue auditive.L’importance des enjeux et le doute quant à la validité de telles observations pour le milieu de travail, nous ont motivés à mener un certain nombre d’expériences en usine4 et en laboratoire5,7 pour bien comprendre les facteurs en cause.Il s’est avéré que le niveau de bruit pendant la pause doit être inférieur de 15 à 20 décibels (dB) aux niveaux qui prévalent dans la plupart des locaux industriels lorsque les opérations sont arrêtées ou lorsque les travailleurs bénéficient d’une période de repos.En effet, les niveaux sonores atteignent généralement 75 à 80 décibels audiométriques, ou dBA (les dBA sont des niveaux sonores en décibels, corrigés pour la sensibilité de l’oreille humaine : 75 dBA correspond au niveau sonore auquel il faut élever la voix pour être compris d’un interlocuteur situé à une distance d’environ 1 mètre).Or, la récupération, après la fatigue auditive, se produit de façon optimale dans des ambiances sonores de moins de 60 dBA.Par ailleurs, l’effet bénéfique d’une pause pour l’oreille exposée au bruit est inversement proportionnel à la durée du cycle bruit-silence.En fait, pour observer une diminution importante de l’ampleur de la fatigue auditive provoquée FIGURE 2 os __W Z O ~ ““ü » « » 3 15* 5 [# f# :I6Ü fi Kil* jjilS é i# *i# lii* si?# que Tony W.Johnson présente ainsi : « Comme Socrate, un professeur soucieux de recherche philosophique est en quelque sorte un “provocateur" qui exhorte les élèves à prendre des risques sur le plan intellectuel, qui les encourage à penser pour eux-mêmes, qui les aide à découvrir les présuppositions sous-jacentes aux propos, et qui les accompagne dans leur recherche de solutions appropriées et significatives21 ».Cette pédagogie socratique fait appel à des habiletés et à des attitudes particulières en vue de susciter, au cœur de la classe, une réflexion philosophique : la volonté de s’inscrire dans une perspective de recherche, le souci d’éviter tout dogmatisme et toute forme d’endoctrinement, le respect des opinions émises par les jeunes, la création d’un climat de confiance, l’habileté à écouter minutieusement ce que disent ou cherchent à dire les enfants, à retracer les structures logiques qui se trouvent dans les conversations enfantines, à reconnaître la dimension philosophique des sujets d’intérêt des enfants, à animer des échanges et à encourager les enfants à penser de façon autonome22’23.Au-delà de l’implantation du Programme de philosophie pour enfants, l’attention portée à la formation philosophique du personnel enseignant débouche sur des considérations plus générales.Pour Ann Margaret Sharp24, le type de formation offert dans les ateliers de « pratique philosophique » ne se limite pas à produire des intervenants de qualité en philosophie pour enfants.On y prépare les enseignants à pouvoir enseigner toutes les disciplines scolaires selon une approche réflexive et philosophique, en sachant recourir continuellement à la communauté de recherche que constitue la classe pour assurer la construction de savoirs significatifs.¦ Références l.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F.Philosophy in Classroom, 2e édition, Philadelphie, Temple University Press, 1980, 231 p.2.SHARP, A.M.«Philosophical Teaching as Moral Education », Journal of Moral Education, vol.13, n° 1, 1984, p.3 à 8.3.LIPMAN, M.« Le raisonnement éthique et le métier de la pratique morale », traduction par Pauline Perras de « Ethical Reasoning and the Craft of Moral Practice », dans A.Caron et al., L'éducation morale en milieu scolaire.Analyse de situation et perspective, Montréal, Fides, 1987, p.113 à 129.4.LIPMAN, M., op.cit., p.117.5.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F., op.cit., p.160.6.LIPMAN, M., op.cit., p.118.7.Ibid., p.122.8.Ibid., p.128.9.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F., op.cit., p.80.10.LIPMAN, M.« The Cultivation of Reasoning Through Philosophy* , Educational Leadership, septembre 1984, p.52.11.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN.F., op.cit., p.82.12.LIPMAN, M.« Philosophie pour enfants et pensée critique », traduction par Patricia Don-nely.Arrimages, n° 6, 1988, p.10 à 19.13.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F., op.cit., p.22 à 25.14.Ibid., p.171.15.SCHLEIFER, M., LEBUIS, P., CARON, A.« The Effect of the Pixie Program on Logical and Moral Reasoning », Thinking, vol.7, n° 2, 1987, p.12 à 16.16.DANIEL, M.-F., SCHLEIFER, M., LEBUIS, P., CARON, A.« L’enseignement de la philosophie pour enfants : effets sur le développement du raisonnement logique des enfants et de la formation philosophique des maîtres », communication présentée au Congrès de l’Acfas, Ottawa, 1987, 15 p.17.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F., op.cit., p.102 à 128.18.LIPMAN, M., op.cit., 1984, p.53.19.Entrevue avec Matthew Lipman, Philosophiques, vol.XII, n° 2, 1985, p.407.20.Ibid., p.408.21.JOHNSON, T.N.Philosophy for Children : An Approch to Critical Thinking, Bloomington, Phi Delta Kappa, 1984, p.25.22.LIPMAN, M., SHARP, A.M., OSCANYAN, F., op.cit., p.84 à 89.23.LIPMAN.M., op.cit., 1984, p.53.24.SHARP, A.M.« Pedagogical Practice and Philosophy : The Case of Ethical Inquiry ».Analytic Teaching, vol.7, n° 2, mai 1987, p.4 à 6. 30 1 "l r l ml LA CRISE DE LA MODERNITÉ PAR ALAIN TOURAINE Il y a trente ans, on qualifiait de société' postindustrielle la société de relative opulence qui naissait alors.Mais aujourd’hui, nous sentons bien que notre société est en crise : crise économique, crise morale, crise sociale.Peut-on alors encore parler de société post-industrielle ?C’est à cette question que le sociologue Alain Touraine, invité de la 15e Conférence Augustin-Frigon, a tenté de répondre le 26 octobre dernier.Sociologue, Alain Touraine dirige le Centre d’analyse et d’intervention sociologiques de l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris.Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont : Sociologie de l’action (Seuil,1965), La société postindustrielle (Denoël-Gonthier, 1969), Production de la société (Seuil, 1973) et Le retour de l’acteur (Fayard, 1984).Notre siècle s’achève.Et devant la formidable modernisation que nous avons connue depuis cent ans, nous serions tentés de dire qu’il est le siècle de la modernité, que sa pensée doit être une pensée de la modernité et du succès.Or il n’en est rien.On aurait beaucoup de peine à citer des penseurs du XXe siècle qui soient des penseurs de la modernité et des penseurs optimistes : la pensée du XXe siècle est critique et souvent anti-moderniste.Ce siècle qui s’achève est dominé par la dissociation entre, d’une part, la modernisation de notre environnement technologique ou même économique et, d’autre part, la conscience du monde, de la culture, de la société, de la personnalité, qui dérive de plus en plus loin des thèmes de la modernité.Étudions d’abord les faits avant les idées.Le XIXe siècle a été dominé par l’expansion mondiale du rationalisme, de la science, de la technologie, des armes, de l’Occident qui s’identifiait à la pensée rationnelle.Le XXe siècle, sur le plan planétaire, est régi, à l’inverse, par la revanche, la résistance de toutes les forces, culturelles, sociales et politiques, qui se sont senties dirigées par cette raison orgueilleuse, souvent arrogante, de l’Occident moderne.Le grand thème dominant de notre siècle, c’est la révolte des nations, des catégories sociales, des thèmes culturels écrasés par le XIXe siècle et par sa volonté d’austérité morale, sociale, économique, au service de l’accumulation et du développement industriel.Le XXe siècle restera dans l’histoire, à l’échelle mondiale, le siècle de l’émergence des États contre l’universalisme occidental.Ainsi, le thème de l’identité, de la spécificité, n’a cessé de prendre de l’importance, souvent opposé au thème de la modernité.La force la plus considérable, celle dont le développement est le plus surprenant en cette fin du XXe siècle, c’est la religion au sens classique, c’est-à-dire l’appel à la communauté ; car il n’y a pas de religion séparée d’une communauté, d’un groupe social : elle est ce qui lie, la croyance collective du groupe social, croyance dans laquelle ce groupe social se représente sa propre légitimité ou sa propre histoire. INTERFACE MARS • AVRIL 1989 hongrois, français, entraînés dans un formidable mouvement d’in- * V*» &J1, nri Or, répétons-le, le XXe siècle, qui est né avec le scientisme, le naturalisme et même le positivisme sous quelque forme que ce soit, s’achève dans un vif mouvement de retour à l’identité et à la communauté.Un des thèmes dominants de nos pays occidentaux est la nécessité de sauver les grands équilibres écologiques, de nous replacer dans la nature, de rompre avec cette suprématie de la nature préconisée par Descartes et exprimée par l’empereur Auguste dans Cinna, de Corneille : « Je suis maître de moi comme de l’univers.Je le suis, je veux l’être.» Ce fut notre leitmotiv pendant trois siècles, mais, aujourd’hui, qui oserait encore le répéter ?Nous voulons gérer, être sensibles à l’ensemble des relations entre nous-mêmes et notre environnement, tandis que notre moi lui-même, depuis que Freud nous l’a révélé, éclate entre un ça, un moi et un surmoi ! A l’échelle des grands changements du monde, nous avons donc transformé notre vision des choses.Mais revenons plus précisément sur ce qu’a été notre conception de la modernité et arrêtons-nous un instant aux critiques qui ont conduit à la destruction de cette image classique de la modernité.Nous, Européens, avons une conscience aiguë du destin tragique de l’Europe au XXe siècle : ce siècle n’est pas pour nous celui du premier être humain sur la lune, de l’automobile ou des ordinateurs, mais celui des camps de concentration.Auschwitz et le Goulag l’ont marqué au fer rouge.Comme l’a dit si justement le philosophe allemand Max Horkheimer : « On ne peut plus penser de la même manière après Auschwitz.» Parce que les gens qui y sont morts étaient les gens qui s’étaient le plus identifiés à l’universalisme de la raison ; ces Juifs allemands, autrichiens.tégration à partir de la fin du XIXe siècle, avaient réussi à identifier complètement leurs traditions, leurs lois, leur culture, dont la spécificité est millénaire, avec l’universalisme des Lumières.Ainsi sont morts à Auschwitz non seulement une catégorie de gens, mais aussi la philosophie des Lumières à laquelle ils s’étaient identifiés.La croyance en la Raison a été tuée dans ces camps de concentration.Quant au Goulag, comment oublier que ce régime totalitaire a été conçu au nom de la science et de la raison, au nom de l’application des lois de l’histoire ?Répétons-le : le problème que nous pose à tous le drame de l’Europe du XXe siècle, c’est que, ou bien la raison a été massacrée, ou bien on a massacré au nom de la raison.Quelle était la conception européenne, classique, de la modernité?La grande idée de la modernité, telle qu’elle fut conçue à partir de la Réforme, du développement capitaliste des XVe, XVIe, XVIIe siècles, et aussi à partir de la création des Etats absolus, est que pour construire un monde neuf, il faut faire table rase, rompre avec tout le passé.C’est la conception calviniste, lancée dans un monde qui vivait, depuis saint Augustin, avec l’idée que notre salut est prédestiné, que nous devons attendre dans la crainte et le tremblement le jugement final.Cette séparation radicale entre Dieu et les humains a permis le développement du monde de l’action, de la science, de la technologie, indépendamment de la religion, de la communauté et des traditions.Cela signifie que la modermte est révolutionnaire, au sens de l’abandon des vieilles traditions et de l’entrée dans un état de disponibilité, de nudité culturelle aussi poussé que possible dans la modernité.Mais c’est aussi un modèle d’une extrême brutalité, puisque, pour pénétrer dans cette modernité, il nous faut nous débarrasser de parties importantes de la société, celles qui ne correspondent pas au modèle de l’être humain rationnel : on a marginalisé les femmes, jugées « hystériques », comme le disait 'T-'-f' sang, sans motivation, sans volonté, sans passion ni engagement ?Voilà la première grande crise, l’impuissance de la raison moderne.Vient, après la guerre, une deuxième grande crise.Celle-ci n’est pas produite par la montée et le triomphe du nazisme, mais par le triomphe d’abord des régimes staliniens et ensuite de la perversion rapide des régimes nationalistes nés de la décolonisation.Dire que la modernité est désorientée, qu’elle n’a plus de fin, qu’elle n’est qu’un système de moyens, est insuffisant.En réalité, ce système sans transcendance, sans finalité au-delà de la vie humaine, a une fin : augmenter sa capacité de contrôle sur ses différentes parties, exactement comme l’essor scientifique permet de développer des servo-mécanismes.Par conséquent, cette modernité, qui se définit comme le développement de la subjectivité, n’est-elle pas aussi le processus qui fabrique des sujets, un processus d’assujettissement ?Est-ce qu’à travers les sciences, et en particulier les sciences humaines, ne s’opèrent pas un contrôle de la personnalité et l’élimination des déviants, celle-ci conduisant à l’enfermement des malades, des fous, des porteurs de sida ou autres par l’imposition d’un modèle de normalité qui entraîne des processus de normalisation, donc d’exclusion ?Ne tendons-nous pas à être de plus en plus manipulés en fonction d’un but unique, à savoir la maximalisation de la capacité d’intervention du système ?Est-ce que nous ne sommes pas, donc, dans un monde où, au nom de la libération de l’individu, on a assujetti celui-ci, qui doit lutter pour se libérer ?C’était ce thème que, sous une forme un peu rudimentaire, un peu brutale, exposait dans les années soixante Herbert Marcuse, membre de l’Ecole de Francfort passé aux États-Unis, en décrivant la société américaine.Ajoutons, et la remarque est d’importance, que ce monde moderne nous apparaît comme un monde où la multipücité de nos rôles, de nos activités, où la diversité de la vie collective font que le moi tend à disparaître.L’être moderne est un être shakespearien, un être à la Borges ou à la Pessoa, c’est-à-dire un être qui ne croit plus qu’il est un moi.La dernière étape de la critique de la modernité est ce qu’on appelle aujourd’hui le courant post-moderne.Le mot « modernité », nous le devons à Charles Baudelaire qui le définissait Freud ; on a donné un statut inférieur aux enfants, incapables de se dominer (voir l’importance donnée au thème de la masturbation, au XIXe siècle, en France et en Angleterre) ; on a considéré les travailleurs comme des paresseux ou comme des personnes qui ne pensent pas ; et, naturellement, on a laissé de côté les « sauvages », les colonisés, qui ne sont pas à l’intérieur de ce monde de la modernité occidentale.On est arrivé, donc, à un monde tranché entre le domaine de la raison et celui des forces « naturelles », passionnelles, traditionnelles, irrationnelles.Au XXe siècle, les travailleurs, les peuples colonisés, les femmes et les enfants, c’est-à-dire la plus grande partie de la population, se sont soulevés contre cette domination de la raison adulte, mâle et occidentale.Arrêtons-nous maintenant un instant à l’histoire des idées, c’est-à-dire à l’expression intellectuelle de cette crise.Je distingue trois étapes et trois formes de cette crise de la modernité classique.La première, évoquée plus haut, a été provoquée par le nazisme et surtout par la conscience de l’impuissance de la raison.Max Horkheimer, déjà cité, ainsi que le cardinal Lustiger, réfléchissant tous deux sur le nazisme, ont employé la même phrase : « La raison n’est pas suffisante pour défendre la raison.» L’Allemagne des années vingt était sûrement le pays le plus avancé, celui où la science, la pensée, l’art, la culture fleurissaient de la manière la plus extraordinaire.C’était, sous la République de Weimar, le monde des intellectuels, de la social-démocratie, des syndicats.Qui aurait pu imaginer qu’un dictateur raciste allait s’emparer de ce pays où s’épanouissaient la civilisation, la modernité?Les grandes « masses » qui proclamaient : « No pasaran » (« Ils ne passeront pas »), n’ont eu qu’à choisir, très rapidement, entre le camp de concentration, la mort et la fuite.Elles n’ont pas résisté.Comment se fait-il que la raison riait pas mobilisé, que ce modèle, qui semblait si puissant, se soit révélé impuissant ?Parce qu’il était défini uniquement par la rupture avec les croyances, les traditions et les communautés, par la séparation kantienne entre le monde des valeurs, le monde des noumènes hors de notre atteinte et le monde de la raison instrumentale, ce monde de la modernité ne s’est-il pas réduit à un monde technique qui devient sa propre fin, c’est-à-dire qui n’a plus de fin, où les moyens deviennent une fin ?N’y a-t-il pas perversion, puisque ce monde si puissant, ce monde d’objets, de machines, est un corps sans IHHHIWMiill Hfifflfiia: INTERFACE MARS • AVRIL 1989 t • .• •: •-C».» r -h • "> f t*.r- y- ¦ -'"r , ; N -, ¦ i, .4.tV n ., tâté'': '' Ecorce cérébrale d’un sujet atteint de la maladie d’Alzheimer Récemment, l'équipe a consacré plus d’une année à vérifier une hypothèse voulant que la substance contenue dans une noix de l'île de Guam joue un rôle dans la sclérose latérale amyotrophique, une autre maladie neurodégénérative.Les résultats font ressortir qu’une réaction toxique surviendrait effectivement, mais non du type recherché.Les études épidémiologiques menées à Guam suggèrent que l'incidence de cette pathologie chez les insulaires chute radicalement lorsque la substance toxique est éliminée de leur alimentation.Les travaux des chercheurs torontois sur cette petite île située au bout du monde ont permis de constater plusieurs traits communs (dégénérescence neurofi-brillaire.présence d’aluminium) entre ces maladies neurodégénératives et la maladie d'Alzheimer.C'est un signe encourageant.« Qui sait, nos recherches à Guam nous permettront peut-être de mieux comprendre la maladie d’Alzheimer ».espère le Dr Bergeron.CLAUDE FORAND Ecorce cérébrale d’un sujet normal mm, i'Mm-A MM 36 LES BEST-SELLERS : D'ABORD POUR S'INSTRUIRE Près de la moitié des amateurs de best-sellers lisent d’abord pour apprendre et se documenter.La distraction et la détente apparaissent au second rang des motivations de lecture dans un peu plus de 40 p.cent des cas, tandis que la lecture pour le simple plaisir de la lecture ne compte que pour 8 p.cent.Voilà quelques-unes des constatations auxquelles est arrivée l’équipe du Projet best-sellers du Département de littérature de l’Université Laval.Le best-seller est un genre boudé par les « littéraires ».Forme éculée, morale, simpliste, lui reproche-t-on entre autres.« Mais cette littérature se développe sans le moindre rapport avec la littérature reconnue », souligne Denis Saint-Jacques, responsable de l’équipe.D’ailleurs, le best-seller n’a pas toujours Jjesoin de la critique pour constituer succès.« Moins les gens sont scolarisés, plus ils admettent volontiers que la lecture de best-sellers, qu’il s’agisse de romans ou de biographies, leur permet d’apprendre des choses », précise Denis Saint-Jacques.Ce caractère informatif du best-seller constitue un des ingrédients clés de la recette du succès.« On retrouve dans ces ouvrages un contenu encyclopédique extrêmement poussé », soutient Denis Saint-Jacques.Le best-seller apporte à son lecteur une information vulgarisée, facile et agréable à lire.Par exemple, plutôt que de lire un ouvrage savant sur l’histoire du Japon, on préférera Shogun de James Clavell.Mais les gens ne recherchent pas uniquement une information simplifiée.Ils sont aussi en quête de modèles, de leçons de morale pouvant s’appliquer à différentes situations qu’ils vivent réellement.Le lecteur type de best-sellers, une femme ayant entre 45 et 60 ans, s’identifie au personnage principal, qui vit des aventu- res tout à fait vraisemblables.Denis Saint-Jacques estime cependant qu’il n’y a pas de recette infaillible pour connaître le succès avec un livre.« L’opportunité du thème et la maîtrise de l’art du récit jouent évidemment un rôle important, mais la stratégie de mise en marché est essentielle, comme le montre le cas du livre Les tisserands du pouvoir.» Malgré les efforts des écrivains québécois, le marché des best-sellers est toujours largement occupé par les auteurs américains, par des romans qui ont d’abord connu le succès en France.« L’industrie du livre en France joue un rôle de fdtre de la littérature américaine, explique Denis Saint-Jacques.Nous ne connaissons les best-sellers américains que s’ils ont obtenu du succès en France.» La culture de Mickey Mouse n’entre donc pas au Québec que par la télévision.Depuis le début des années 80, toutefois, une nouvelle génération d’auteurs tî Ht USi * ôocpsrr* TROUBLEES PAR LES CFC ACIDES AMINES ENERGIE LUM.INEUSE \ AT P ADP + Pi SCHEMA : BACTERIE HALQPHILE EXTREME québécois fait son apparition sur les listes de best-sellers.« Les auteurs qui ont connu le succès dans les années 70 provenaient du circuit de la critique littéraire », explique Denis Saint-Jacques.Les Anne Hébert, Gabrielle Roy ou Michel Tremblay avaient un impact tel dans ce réseau restreint que cette notoriété leur suffisait pour gagner un public plus large.« Maintenant, le Québec compte des auteurs qui tentent d’écrire de véritables best-sellers, alors qu’autrefois, on essayait plutôt d’écrire des chefs-d’œuvre québécois », remarque le chercheur.La mutation s’est opérée assez rapidement, en moins d’une dizaine d’années.« Avant 1975-76, les auteurs québécois avaient l’impression de jouer un rôle social au sens large.Dans toute œuvre littéraire ou théâtrale de l’époque, il y avait toujours une sorte de présupposé implicite qui voulait que le héros soit presque toujours le Québec », souligne Denis Saint-Jacques.Vers le milieu des années 70, la réorientation de l’idéologie dominante québécoise vers les sciences dures, le marché, la finance et l’économie, a peut-être fait en sorte d’éloigner les auteurs du nationalisme.« Il est apparu clairement alors que les littéraires n’écrivaient pas pour tout le monde, mais qu’il y avait de la place pour ceux qui voudraient le faire », note Denis Saint-Jacques.C’est au tour des Yves Beauchemin, Claude Fournier, Alice Parizeau, Arlette Cousture de percer.Yves Beauchemin, par exemple, fait relire ses manuscrits, et on lui propose des corrections.Alice Parizeau écrit carrément des histoires pour le grand public.« On se retrouve avec des gens qui ne croient pas que leurs “tripes” et leur authenticité soient ce qui compte le plus.Il y a aussi une coupure comparable avec le féminisme.Même si le thème de la promotion économique des femmes est très présent, l’étiquette féministe n’est pas désirée.» L’équipe de Denis Saint-Jacques tentera maintenant de cerner les caractéristiques de cette nouvelle vague de best-sellers québécois, question de savoir en quoi ils se distinguent de ceux de nos voisins du Sud ou de nos « cousins » d’Outre-Atlantique.GILLES DROUIN Halobacterium halobium est une étrange bactérie : il lui faut beaucoup de chaleur, du soleil et.du sel.Outre la couleur pourpre de sa membrane, elle possède l’importante caractéristique d’être un des organismes photosynthétiques les plus primaires que l’on connaisse.Mais ce mécanisme photosynthétique connaît des ratés quand la bactérie est exposée aux chlorofluorocarbones, ces fameux CFC qui menacent notre précieuse couche d’ozone.Cette propriété, François Boucher et Alan McIntosh, chercheurs au Centre de recherche en photobiophysique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), tentent d’en tirer parti pour mettre au point un biosenseur capable de détecter les chlorofluorocarbones.Halobacterium n’utilise l’énergie lumineuse que comme énergie d’appoint, quand elle ne dispose pas de suffisamment d’oxygène pour que la chaîne respiratoire normale (phosphorylation oxydative) produise l’énergie nécessaire à son métabolisme.Dans ces conditions, une protéine incluse dans la membrane de la bactérie, la bactériorhodopsine, utilise l’énergie fournie par un photon pour pomper un proton de l’intérieur vers l’extérieur de la membrane et établir un gradient de protons.L’énergie ainsi emmagasinée sert ensuite à la synthèse de l’ATP (acide adénosine triphosphorique), la forme universelle de l’énergie chez les êtres vivants.Les bactéries pourpres, au contraire des plantes, ne métabolisent donc pas le C07 et ne synthétisent pas le glucose.« Le pompage de protons est relié aux changements de conformation de la protéine, précise Francois Boucher.Nous avons découvert que la bactériorhodopsine passe par au moins cinq formes différentes lors du transfert du proton.Chacun de ces états transitoires correspond à une position différente du proton.En présence de chlorofluorocarbones, une de ces étapes est court-circuitée.La protéine passe par les mêmes états de conformation, comme nous le montre la spectros-copie d’absorption transitoire, mais le pompage du proton ne se produit pas.Il n’y a pas d’énergie chimique stockée et toute l’énergie du photon est ultimement dissipée en chaleur.La pompe fonctionne dans le vide ! » Les chlorofluorocarbones comprennent divers gaz servant comme anesthésiques, propulseurs ou agents réfrigérants (fréons).Le mode d'action des CFC sur la membrane d'Halobacterium reste un mystère.« D’ailleurs, remarque François Boucher, on ne sait pas non plus exactement comment un anesthésique agit sur 38 AINSI FONDENT LES BANCS DE NEIGE.La neige qui emmitoufle le sol forestier n’est pas un simple réservoir passif, mais un laboratoire grouillant d’activités physiques, chimiques et microbiologiques.Quels sont les mécanismes qui régissent ces activités ?Voilà la principale question que se pose Gérald Jones, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Eau).Il vient de réaliser le premier modèle chimique de simulation des eaux de fonte qui ait pu être validé sur le terrain.L’eau de fonte, c’est tout simplement l’eau qui provient de la fonte des neiges.Comme la neige capte toutes sortes d’éléments chimiques (ions, gaz et particules atmosphériques) avant de se déposer au sol, l’eau qui provient de cette neige contient elle aussi de nombreuses particules ioniques.Certaines sont responsables de l’acidité (tels le chlore, le sulfate ou le nitrate) alors que d’autres (tels le calcium et le magnésium) sont plutôt basiques.une membrane de cellule nerveuse ! Dans le cas de l’action des CFC sur les membranes pourpres, il y a deux possibilités : ou les molécules de CFC agissent directement sur la bactériorhodopsine, ou elles se solubilisent dans la partie lipidique de la membrane et perturbent les interactions bactériorhodopsine-lipides, menant probablement ainsi à la recombinaison du proton.Nous étudions actuellement ces deux possibilités en comparant le comportement des membranes pauvres ou riches en lipides.» Les bactéries pourpres sont sensibles aux CFC même si ceux-ci sont présents à une concentration nettement inférieure à 1 p.cent.Jusqu’ici, les chercheurs n’ont trouvé aucune autre molécule affectant de cette façon le mécanisme photosynthétique chez Halobacterium.« Nous avons ainsi une sonde sensible à une famille de « En arrivant à prévoir quels polluants seront présents dans l’eau de fonte, et en quelle quantité, on pourra évaluer l’impact qu’aura cette eau dans l’écosystème », souligne le professeur Jones.On comprend donc l’intérêt d’un modèle de simulation comme le sien.Pour mettre au point ce modèle, nommé SNOQUAL 1, il a d’abord fallu étudier l’évolution physico-chimique du couvert de neige.C’est dans la forêt Montmorency, une forêt coniférienne située à 80 km au nord de Québec, que les données ont été recueillies.Constatation intéressante : même durant les périodes froides des mois de janvier et de février, alors qu’on ne note aucune averse de neige ni aucun changement apparent de la neige, les concentrations ioniques présentes dans un banc de neige fluctuent avec le temps.Selon Gérald Jones, c’est plutôt un changement de la microstructure du banc de neige qui expliquerait molécules assez restreinte », dit Alan McIntosh.Actuellement, le dosage des CFC dans l’industrie s’effectue par des méthodes plus compliquées : mesure par spectros-copie infrarouge et chromatographie à détecteur de flamme (la compagnie Du Pont s’est d’ailleurs montrée très intéressée par les recherches en cours à l’UQTR).Les travaux de l’équipe de l’UQTR visent actuellement à établir la sensibilité des membranes pourpres aux CFC et à déterminer la propriété la plus facile à exploiter pour réaliser un biosenseur.Mesurera-t-on les caractéristiques électriques, thermiques et optiques des membranes bactériennes ?Par exemple, le biosenseur pourrait prendre la forme d’un petit dispositif formé de deux petites électrodes cette fluctuation.« Avec le temps, précise le chercheur, les cristaux de neige se transforment en grains de neige par la libération de vapeur d’eau.Cette évaporation, croit-on, provoquerait la migration des ions.» Avec l’arrivée du printemps et le réchauffement de la température, ce sont davantage la fonte des neiges et la pluie qui entraînent la perte ou la redistribution des ions.Au fil des jours, ce processus diminue l’acidité des strates supérieures des bancs de neige alors qu’il augmente graduellement celle des strates inférieures.Globalement, toutefois, les bancs de neige deviennent de moins en moins concentrés en polluants acides, ce qui se reflète, bien entendu, dans les eaux de fonte.Il n’est donc pas étonnant que le « choc acide printanier » se produise lors des premiers jours de fonte.Eventuellement, selon le professeur Jones, on pourra prévenir ce choc printanier.Après avoir identifié certains paramètres (quantité et qualité de précipitations, durée d’ensoleillement, température extérieure, température de la neige, etc.), on les insérera dans le modèle de simulation et on saura s’il y a lieu de réagir.(1 cm2), une opaque et l’autre transparente.Entre les deux, des membranes bactériennes isolées, orientées de façon que les pompes à protons fonctionnent toutes dans la même direction.Les variations des caractéristiques électriques (tension et courant) du dispositif dénonce- l raient la présence de CFC.De tels biosenseurs pourraient être fabriqués facilement, à partir de bactéries élevées sur une grande échelle.Les membranes pourpres sont heureusement très stables, pouvant être conservées 10 ans au réfrigérateur sans perte d’activité.L’action des CFC sur la bactériorhodopsine est généralement réversible, sauf dans le cas de fortes concentrations de certaines molécules très réactives.RAYNALD PEPIN 39 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 ,fK ïiîî S epli îévapo- ii» sale .ctsn b [it :la ¦ mis me lïEîi ifc Kde gtscco-1 MJliï en de iifïlî B te ïssi cprinta- us pan-rsipifr efo- j# jlèlîdi j de ttî- Cependant, à l’heure actuelle, bien que le modèle SNOQUAL 1 soit très valable, « on est encore loin du but », avoue humblement Gérald Jones.« Voyez-vous, poursuit-il, la modélisation environnementale est beaucoup plus complexe que la modélisation de systèmes physiques.Elle fait intervenir un nombre incroyable de processus dont certains demeurent pour le moment inconnus, sinon insoupçonnés.» Le professeur Jones a noté que le bilan ionique annuel des eaux de fonte est déficitaire en azote.Ce déficit semble par ailleurs proportionnel à la quantité de matière organique présente dans la neige.Quels sont donc les microorganismes qui, associés à la matière organique, utilisent l’azote ?Captent-ils cet azote sous forme de nitrate ou sous forme d’ammoniac?En fait, diminuent-ils l’acidité des eaux de fonte ou, au contraire, l’augmentent-ils ?Voilà quelques-unes des questions auxquelles M.Jones espère pouvoir répondre.Pendant ce temps, Jean Stein, de l’Université Laval, et des chercheurs d’Environnement Canada, étudient comment, du point de vue physique, les eaux de surface s’acheminent vers les lacs.William Hendershot, de l’Université McGill, tente quant à lui de mettre au point un modèle simulant les interactions entre les eaux et le sous-sol.Une fois réunies, toutes ces données permettront de prévoir comment se reflétera, tant dans les écosystèmes forestiers que lacustres, la diminution des émissions de polluants atmosphériques.LYNELAUZON tf-f life* tP fente entéite JL# S# K# il# J# M le.$• LA RÉSISTANCE À LA CHIMIOTHÉRAPIE : DÉMASQUÉE Malgré ses pénibles effets secondaires, la chimiothérapie demeure une des meilleures armes contre le cancer.Toutefois, chez de nombreux patients, cette arme est inutile, le cancer entraînant une résistance aux médicaments.Les tumeurs résistent à plusieurs drogues très différentes chimiquement les unes des autres, le plus souvent à tout l’arsenal connu.Ce phénomène, nommé « résistance pléiotro- pique », est la principale cause de l’échec de la chimiothérapie.Mais les travaux d’un chercheur montréalais laissent croire qu’on saura bientôt neutraliser cette résistance et mettre au point des diagnostics et des traitements plus efficaces.Philippe Gros, du Département de biochimie de l’Université McGill, a en effet réussi à identifier et cloner une famille de gènes responsables de ce phénomène de résistance, ce qu’on n’avait jamais réussi à faire.L’équipe de Philippe Gros a d’abord obtenu plusieurs lignées de cellules de souris résistantes à la chimiothérapie, par culture dans des milieux contenant des concentrations croissantes des diverses drogues utilisées.Il a constaté que toutes ces cellules étaient porteuses des trois mêmes gènes.De plus, ces gènes étaient « actifs » chez les cellules résistantes, c’est-à-dire que la machinerie génétique des cellules les transcrivait en protéine.Ces observations ont amené le chercheur à soupçonner ces gènes d’être à l’origine de la résistance pléiotropique.Pour vérifier son hypothèse, Philippe Gros a d’abord cloné ces trois gènes (il en a obtenu une copie conforme).Puis, il a inséré par manipulation génétique une 40 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 m „ itffl JH copie d’un des gènes dans des cellules non résistantes.Résultat : celles-ci ont immédiatement développé tous les caractères de la résistance pléiotropique.Hypothèse vérifiée ! Des analyses subséquentes ont démontré que les mêmes gènes étaient présents dans les tumeurs humaines.Ds constituent donc un système répandu dans la nature.Dans un second temps, Philippe Gros a entrepris d’élucider le fonctionnement de ces gènes.Comment confèrent-ils cette fameuse résistance aux cellules?« En dirigeant la production d’une protéine bien particulière, répond-il.Celle-ci est logée dans la membrane cellulaire.Elle se comporte comme une véritable pompe, barrant le passage aux drogues qui tentent de pénétrer dans la cellule et rejetant à l’extérieur celles qui sont entrées.» Un mécanisme admirable et machiavélique ! Mais qui pourrait, comme le veut l’adage « Mieux connaître pour mieux détruire », être utilisé à de bonnes fins par les médecins.« Grâce à la cartographie à l’échelle moléculaire de cette pompe, on pourrait mettre au point des anticorps monoclonaux ou des sondes génétiques qui lui seraient spécifiques, affirme Philippe Gros.Ces anticorps et ces sondes pourraient être utilisés pour localiser les cellules résistantes, déterminer si le cancer résistera ou non à l’action des drogues, et ajuster le traitement en conséquence.» D’ici deux ans, cet objectif pourrait être atteint.Ces recherches pourraient aussi donner lieu à une application thérapeutique.« On pourrait mettre au point, spécule Philippe Gros, une substance analogue aux drogues utilisées, qui se fixerait au site actif de la pompe et la bloquerait.» Il y a de bons espoirs de réussite, car on comprend de mieux en mieux le fonctionnement de la pompe.L’équipe de McGill a prouvé, par exemple, que cette pompe puise son énergie dans l’ATP (acide adé-nosine triphosphorique), le réservoir énergétique cellulaire.Ces découvertes soulèvent une autre question, d’ordre plus fondamental : d’où provient cette pompe ?A quoi sert-elle chez les cellules normales ?Philippe Gros croit tenir des éléments de réponse : « C’est peut-être le vestige d’un mécanisme archaïque, explique-t-il, servant à protéger les cellules intestinales contre des agents agresseurs.Elle serait alors fort habile à repousser les agents chimio-thérapeutiques car il s’agit en général de petites molécules naturelles qui ressemblent à ces agents agresseurs.» Le mécanisme de la résistance pléiotropique ressemblerait beaucoup, d’ailleurs, à celui de la résistance à la chloroquine chez Plasmodium, l’agent de la malaria.Philippe Gros et son équipe ont commencé, en collaboration avec l’Hôtel-Dieu et l’hôpital Royal Victoria de Montréal, l’analyse de tumeurs humaines prélevées chez des patients en cours de traitement de chimiothérapie.On analyse ces échantillons afin de déterminer si une relation existe entre le taux d’expression du gène et le degré de résistance au traitement.Si c’est le cas, la résistance à la chimiothérapie sera peut-être vaincue bientôt.MICHEL GROULX HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL PAR GILLES DROUIN 41 INTERFACE MARS • AVRIL 1909 CONTRÔLE BIOLOGIQUE Richard Reeleder, du Département de phytotechnique du collège McDonald, est présentement à la recherche d’un partenaire commercial pour la mise en marché d’un champignon capable de limiter considérablement les dégâts causés par la pourriture sclérotique sur les haricots, le soja et d’autres cultures.Des essais sur le terrain, réalisés en 1987 et 1988, ont montré que le champignon Epicoccum purpurascens a réduit d’au moins 60 p.cent les dommages causés par le champignon Sclerotinia sclerotiorum, responsable de la pourriture.Certaines des souches dont dispose l’équipe de Richard Reeleder sont résistantes aux fongicides couramment employés.Il est donc possible de les utiliser en même temps que des fongicides chimiques pour augmenter l’efficacité du traitement.Les travaux du chercheur de McGill ont permis d’améliorer les souches de façon qu’elles produisent plus de spores, permettant ainsi une meilleure reproduction.L’équipe a également en main d’autres microorganismes d’une efficacité comparable à celle d'Epicoccum.SIGNESSUR VIDÉODISQUE Des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) ont mis au point un système associant vidéodisque et micro-ordinateur pour l’enseignement du langage par signes aux malentendants et aux personnes qui vivent ou travaillent avec eux.À l’aide d’un Macintosh II et du logiciel HyperCard, Florent Vignola et Pierre Paradis ont conçu un outil expérimental qui compte 139 signes différents.Chaque signe est constitué de gestes, qui nécessitent parfois des mouvements complexes.Un vidéodisque pourrait emmagasiner les images pour environ 600 signes sur chacun de ses côtés.Le Macintosh contrôle le vidéodisque en permettant la recherche des images et le suivi du mode de défilement.D présente aussi le contenu ‘c jC !¦*»' v* .ri BIORÉACTEUR TRIPLEX Le Groupe SNC a obtenu les droits exclusifs d’exploitation d’un bioréacteur mis au point par une équipe du Département de génie chimique de l’École polytechnique de Montréal, dirigée par les professeurs Raymond Mayer et Denis Rouleau.Le bioréacteur est d’abord destiné au biotraitement anaérobie des effluents des industries alimentaires ainsi que des usines de pâtes et papiers.Les modèles qui seront commercialisés par SNC pourront produire quotidiennement jusqu’à 20 mètres cubes de gaz, à 85 p.cent du méthane, par mètre cube de réacteur.Par exemple, un bioréacteur de 1000 mètres cubes pourra produire 7,5 millions de mètres cubes de gaz par année, ce qui en fera un des réacteurs les plus efficaces au monde.Cinq ans de travaux et plus de 300 000 $ provenant de l’Institut de recherche en biotechnologie de Montréal ont permis à l’équipe de l’École polytechnique et au Groupe SNC de concevoir le bioréacteur.Celui-ci a la particularité d’être divisé en trois compartiments.Le même processus de biotraitement se déroule dans chaque section, alimentée séparément.Cette disposition permet une meilleure répartition de la charge polluante à traiter et facilite le contrôle des paramètres de la réaction.L’École polytechnique a également obtenu la collaboration de la compagnie Kraft pour la construction de l’usine pilote. INTERFACE MARS • AVRIL 1989 H théorique de chaque démonstration.Le système fonctionne sur les modèles Macintosh II, Plus et SE.L’équipe de Rimouski tente actuellement d’adapter le système aux micro-ordinateurs de la famille IBM.Pour l’instant, elle négocie avec des représentants de la communauté des sourds du Québec pour augmenter le contenu du système.Elle explore également les possibilités d’appliquer le système à d’autres domaines d’enseignement général individualisé.DIDACTICIEL CHALEUREUX Une équipe du Département de génie mécanique de l’Université Laval a réalisé, pour le compte de la papetière Maclaren, un didacticiel qui servira à la formation des opérateurs de la centrale thermique d’une usine.Le système, appelé TALAR dm, repose sur trois ordinateurs Compaq 38620.Il permet à l’opérateur d’intervenir à 600 endroits, de manipuler 6000 variables et de visualiser, m sur trois écrans cathodiques, l’effet de ses manœuvres sur l’ensemble de la centrale thermique.Conçus d’abord à partir d’équations fondamentales, tous les éléments du modèle mathématique de TALAR dm ont été vérifiés dans l’usine en collaboration avec la compagnie.Sous la direction de Stanislav Tarasiewickz, l’équipe de Laval s’affaire présentement à transformer TALAR dm en superviseur de la centrale, une tâche qui sera vraisemblablement terminée à la fin du printemps 1989.Les Prix des communications 1989 - Appel de candidatures Le ministère des Communications du Québec décerne quatre prix : Communication et technologies Communication et médias Communication et société Communication et entrepreneurial Beaucoup de gens reçoivent des félicitations.Lesquels méritent une médaille?Les personnes, groupes ou organismes qui désirent proposer des candidats-tes doivent le faire avant le 20 mars 1989 (le cachet postal attestant de la date d'envoi) à l'aide de la fiche de présentation de candidature disponible aux bureaux de Communication-Québec à travers le Québec et au Secrétariat des Prix des communications.PRIX DCS COMMUNICATIONS 1989 Secrétariat des Prix des communications Ministère des Communications 1037, De La Chevrotière Edifice G, 3e étage de la Tour Québec G1R4Y7 (418) 643-1529 Québec 43 SCIE giMTER INTERFACE MARS • AVRIL 1989 PAR SOPHIE MALAVOY QUAND LES Ph.D.SE FONT RARES Les Américains sont inquiets.Inquiets parce que le nombre d’étudiants inscrits à des Ph.D.en sciences stagne, pour ne pas dire décroît — on préfère le business aux sciences ! Inquiets parce qu’ils anticipent pour l’an 2000 une forte demande en Ph.D.(environ 18 000) et que seulement 8 000 diplômes en sciences ont été accordés en 1988.Inquiets, finalement, parce que les efforts déployés pour intéresser aux sciences les femmes et les minorités ne produiront pas de miracles.En effet, le nombre de femmes diplômées en sciences n’augmente déjà plus.Quant aux membres des minorités, s’ils obtiennent effectivement plus de Ph.D., cela ne suffira pas à combler le manque.Il est par ailleurs intéressant de noter au sujet des minorités que si la proportion de Ph.D.décernés aux Asiatiques et aux hispanophones a augmenté, le nombre de doctorats décernés en sciences et en génie aux Noirs a chuté de 288 en 1967 à 222 en 1987.Ce dernier chiffre correspond à peine à 1,8 p.cent du nombre total de doctorats décernés dans ces disciplines aux États-Unis, alors que les Noirs représentent 12 p.cent de la population.Reste donc les « importés ».Mais, là encore, même si la moitié des étudiants étrangers aux cycles supérieurs restent aux États-Unis après leurs études, leur apport ne suffira pas à satisfaire la demande.C’est effectivement inquiétant.Sources VETTER, B.M.• How Many Ph.D.Is Enough », The AAAS Observer, 6 janvier 1989, p.10 MclNTOSH, H.« Where Are Today’s Black Scientists?», The Scientist, vol.3, n° 1, 9 janvier 1989, p.1.UN ÉTUDIANT DE L'UQAM GAGNE LE PRIX EDMOND-DE-NEVERS C’est un étudiant de l’Université du Québec à Montréal, Robert Laliberté, qui a remporté cette année le prix Edmond-de-Nevers pour son mémoire L’imaginaire politique de Victor Segalen.Ce mémoire sera publié par l’Institut québécois de recherche sur la culture.UNE DEUXIÈME AILE POUR L'IRCM L’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) recevra un montant de 11 143 000 $ du gouvernement du Québec pour la construction et l’aménagement d’une nouvelle aile au sud de l’immeuble actuel, situé à l’angle de la rue Saint-Urbain et de l’avenue des Pins.Grâce à cette subvention, l’IRCM pourra augmenter d’au-delà de 50 p.cent la surface de ses locaux, et ainsi intensifier la recherche actuelle et développer de nouveaux champs d’étude.Selon le directeur scientifique, le docteur Michel Chrétien, les travaux, qui débuteront à l’été 1989, devraient se terminer au début de 1991.L’Institut offrira alors de nouveaux postes pour 24 chercheurs (M.D.ou Ph.D.), 60 techniciens et 44 employés de soutien.Les nouvelles orientations que l’agrandissement permettra d’envisager concerneront les composantes cliniques et génétiques de la mémoire, le sida, les mécanismes fondamentaux de la douleur et les maladies dégénératives.BAISSE DES EFFECTIFS ÉTUDIANTS À L'HORIZON L’effectif étudiant des universités québécoises connaît, depuis une dizaine d’années, une croissance remarquable.Mais rien n’est jamais acquis et cette situation pourrait bien se renverser au cours des deux prochaines décennies.En effet, d’après une étude effectuée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science, l’effectif étudiant passera de 148 808, qu’il était en 1987, à 125 615 en 2007, ce qui représente une diminution de près de 16 p.cent en 20 ans (l’effectif est ici calculé en termes d’équivalence temps complet).La baisse de l’effectif affectera plus particulièrement les universités de langue anglaise (McGill, Concordia et Bishop).Une diminution de 24 p.cent y est attendue.Le poids relatif du réseau de langue anglaise glissera ainsi de 26,2 p.cent à 23,5 p.cent.Par contre, la chute de l’effectif sera relativement deux fois moins importante dans les établissements de langue française : on prévoit en effet une baisse de 13 700 personnes, soit 12 p.cent.Évidemment, ce taux variera sensiblement selon les établissements.L’Université de Montréal connaîtra la plus faible diminution (9,5 p.cent), l’Université Laval, la plus importante (16 p.cent).A l’Université du Québec, où l’on prévoit une décroissance de près de 11,5 p.cent, certaines constituantes connaîtront une diminution particulièrement sensible de leur effectif : ce sera notamment le cas à Rimouski (18,4 p.cent), à Trois-Rivières (14,5 p.cent) et à Montréal (13 p.cent).Cette diminution marquée de l’effectif étudiant tient essentiellement à l’importante chute anticipée de la population québécoise.Même si la propension des gens à fréquenter l’université (propension mesurée par les taux de fréquentation) demeurera à la hausse, cela ne suffira pas pour compenser l’effet de la chute démographique.Sources MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA SCIENCE.« Effectif étudiant des universités québécoises : importante diminution à l’horizon ».Fine pointe, vol.4.n° 5, 1989.p.1-2.LESPÉRANCE, A.et LA HAYE, J.Les prévisions de l’effectif étudiant universitaire pour investissements : méthodologie générale et prévisions 1987-1988 à 2007-2008.Direction générale de l’enseignement et de la recherche universitaires, ministère de l’Enseignement supérieure et de la Science.1988.On peut se procurer cette étude en s’adressant à la Direction des communications au (418) 643-7923. INTERFACE MARS • AVRIL 1989 L'ACFAS A BESOIN DE VOUS NOMINATIONS Madame Andrée G.Roberge, actuellement présidente de l’Acfas, anciennement présidente de la Commission de la recherche de l’Université Laval, a été nommée en janvier dernier directrice de l’Institut Armand-Frappier.Monsieur Marc Blain, directeur du Service de la recherche et création de l’Université du Québec à Montréal, vient d’être nommé président de l’Association des administrateurs de recherche universitaire du Québec (ADARUQ).R-D : ENCORE QUELQUES CHIFFRES En 1987, les organismes privés sans but lucratif (fondations, organismes bénévoles de santé, associations, sociétés et instituts de recherche) ont dépensé, au titre de la R-D, 97 millions de dollars.l’UQAM.D’ici là, le comité a besoin de vos idées et suggestions.L’Acfas aura bientôt 67 ans.Après la période de croissance qui a marqué les dix dernières années, le moment est venu de faire le point.Le conseil d’administration de l’Acfas a donc créé, lors de la réunion du 2 décembre dernier, un Comité de planification stratégique.Formé de membres de l’exécutif de l’Acfas, de certains exprésidents et d’un spécialiste de la planification, ce comité devra évaluer la pertinence dans le contexte actuel de la mission, des objectifs et des orientations de l’association.Il s’agira ensuite de faire des choix et de définir, s’il y a lieu, les nouvelles orientations, gages d’un avenir toujours plus prometteur.Les travaux du comité s’échelonneront jusqu’à la fin de l’année en cours et un premier bilan sera présenté pour consultation à l’assemblée générale en mai à Cette somme représente environ 1 p.cent des dépenses intérieures brutes au titre de la R-D pour tout le Canada (7,6 milliards).Toutefois, la contribution de ces organismes à la R-D universitaire dans le domaine de la santé est loin d’être négligeable : elle voisine les 23 p.cent.Source STATISTIQUE CANADA.« Dépenses au titre de la R-D des organismes privés sans but lucratif », 1987, Statistique des sciences, vol.12, n° 11, déc.1988.HONNEURS Laurent Beaudoin, président du Conseil et chef de la direction de Bombardier inc., et Pierre Deslongchamps, professeur au Département de chimie de l’Université de Sherbrooke, viennent d’être nommés respectivement compagnon et officier de l’Ordre du Canada.Par ailleurs, à l’Université de Montréal, Jean Papineau-Couture, professeur émérite, le recteur Gilles Qoutier et Jeannine Pelland, professeure à la Faculté des sciences infirmières, ont été nommés respectivement grand officier, officier et chevalier de l’Ordre national du Québec.L’Acfas vous concerne-t-elle ?A-t-elle encore sa raison d’être ?Que sera l’Acfas de l’an 2000 ?Quelles en seront les principales activités ?Que seront devenus le congrès, la revue INTERFACE, les Cahiers de l'Acfas, les causeries, les Prix de la recherche scientifique, de journalisme et de l’enseignement des sciences ?Qui seront les membres et combien seront-ils ?Finalement, Arnold J.Drapeau, professeur à l’École polytechnique, a été reçu membre de l’Ordre des francophones d’Amérique.Ces questions vous interpellent ?Répondez-y maintenant en écrivant au président du Comité de planification, M.Réal L’Archevêque, secrétariat de l’Acfas, 2730, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B7.Votre contribution est essentielle au succès de cette initiative.Voici votre chance d’influencer le devenir de votre associa- NAISSANCE D'UN TROISIÈME CYCLE EN RÉADAPTATION À McGILL Le Comité C’est une première canadienne ! Le premier programme de doctorat en réadaptation vient en effet de voir le jour à l’École de physiologie et d’ergothérapie de l’Université McGill.Ce programme devrait permettre de combler un manque de professionnels et de chercheurs en réadaptation.DEUX NOUVELLES CHAIRES À MONTRÉAL Une nouvelle chaire industrielle consacrée à la recherche sur les matériaux réfractaires de pointe vient d’être mise sur pied à l’École polytechnique de Montréal.Son titulaire, Michel Rigaud, est professeur au Département de génie métallurgique.Il s’intéressera en premier lieu à l’amélioration des performances des céramiques qui entrent dans la composition des creusets où sont coulés les aciers : résistance à l’usure, aux chocs mécaniques et thermiques.La création de cette chaire a été rendue possible grâce à des subventions de près de 3,5 millions de dollars provenant du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), de huit entreprises industrielles et de l’École polytechnique.Le versement de cette somme sera étalé sur une période de cinq ans.Par ailleurs, la compagnie pharmaceutique SQUIBB vient de donner 2,5 millions de dollars à l’Université de Montréal pour la création d’une chaire de recherche fondamentale en sciences de la 45 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 santé.Cette somme, qui sera versée à raison de 500 000 $ par an, permettra la mise sur pied d’un laboratoire d’immunologie, de biologie du développement ou de génétique moléculaire.REFONTE DES SCIENCES DE LA NATURE AU COLLÉGIAL D’ici trois ans, les élèves inscrits à des études collégiales en sciences de la nature profiteront d’une refonte complète du programme qui leur est offert.Le nouveau programme sera plus polyvalent.Chaque élève devra suivre au moins deux cours de biologie, deux cours de chimie, deux cours de mathématiques, deux cours de physique et un cours d’informatique.L’enseignement sera axé sur la relation entre les sciences, la technologie et la société.L’histoire des sciences sera ainsi abordée dans tous les cours du programme et l’un des quatre cours obligatoires de philosophie sera adapté pour qu’y soient traitées des questions comme la méthode scientifique, l’épistémologie et l’éthique.Source MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA SCIENCE.« Au collégial, refonte du programme de sciences de la nature », Fine pointe, vol.4, n° 6, février 1989, p.1-2.UNION POUR LES SUPRACONDUCTEURS Un nouveau consortium de recherche sur les supraconducteurs vient d’être mis sur pied par Hydro-Québec, Énergie atomique du Canada et Wire and Cable Limited.L’apport financier de ces compagnies s’élèvera à 2,47 millions de dollars, mais le consortium recevra également 3,23 millions du Programme d’aide à la recherche industrielle (PARI) du Conseil national de recherches du Canada.L’objectif des recherches sera de concevoir et de fabriquer des fils et autres éléments supraconducteurs.UNIVERSITE D’OTTAWA UNIVERSITY OF OTTAWA Leader dans la formation de scientifiques bilingues Nous vous offrons Ottawa, la ville: humaine, politique, scientifique; où il fait bon vivre, étudier et travailler Ottawa, l’Université: à l’image du Canada: bilingue, dynamique, en effervescence et reconnue pour- • l’excellence de son enseignement et de sa recherche; ses programmes de recherche dans plus de 40 domaines du génie, des sciences humaines, des sciences naturelles et des sciences de la santé; • son budget de recherche de plus de 35 millions de dollars; • ses bibliothèques et ses installations de recherche; • sa proximité des ministères et des laboratoires du gouvernement fédéral; • ses nombreux projets de recherche menés de pair avec les chefs de file du secteur privé, qui en font un partenaire très recherché.De plus, elle vous offre l’occasion de devenir bilingue! Pour de plus amples renseignements: Service de la recherche Université d'Ottawa 115, rue Wilbrod OTTAWA (Ontario) Kl N 6N5 Téléphone: (613) 564-5804 NOTE • Pour plus INTERFACE MARS • AVRIL 1989 SUBVENTIONSITTiTJRSES ET PRIX PAR JOCELYNE THIBAULT d’information, contacter les organismes eux-mêmes ou les universités.Vérifier l’exactitude des dates, car elles peuvent être modifiées en cours d’année.CONSEIL DES ARTS DU CANADA Prix commémoratifs Izaak-Walton-Killam.Ces prix ne sont pas rattachés à une réalisation particulière ; ils rendent hommage à une carrière remarquable et à une contribution générale dans le domaine des sciences naturelles, du génie ou de la médecine.Date limite : 30 juin 1989 Bourses de recherche Killam.Pour permettre aux chercheurs de toutes disciplines de se libérer de leur emploi habituel afin d’entreprendre une recherche indépendante.Date limite : 30 juin 1989 Renseignements : Programme Killam Conseil des Arts du Canada 99, rue Metcalfe C.P.1047 Ottawa (Ontario) K1P5V8 (613) 5984310 INSTITUT CANADIEN DE RECHERCHES SUR LES FEMMES (ICRF) Prix Laura-Jamieson.Ce prix couronne chaque année une œuvre de littérature féministe non romanesque qui contribue à faire connaître ou comprendre la vie des femmes.Date limite : 30 juin 1989 Prix Marion-Porter.Prix décerné au meilleur article de recherche féministe publié dans une revue ou une anthologie et qui favorise l'amélioration du statut des femmes.Date limite : 30 juin 1989 Prix Robertine-Barry.Prix décerné au meilleur article ou à la meilleure chronique féministe publié ou publiée dans la presse écrite populaire.Cet article doit apporter une contribution à l’amélioration de la condition féminine.Date limite : 30 juin 1989 Renseignements ICRF 151, rue Slater Bureau 408 Ottawa (Ontario) K1P5H3 (613) 563-0681 FONDS POUR LA FORMATION DE CHERCHEURS ET L'AIDE À LA RECHERCHE (FCAR) Programme Centres de recherche Ce programme assure le financement d’infrastructures de recherche qui facilitent la coordination des activités de plusieurs chercheurs et d’équipes de chercheurs ainsi que l’organisation d’activités de formation, d’encadrement et d’animation scientifique à l’intérieur d’une programmation s’échelonnant sur une période de trois ou cinq ans.Date limite : 15 avril 1989 PROGRAMME DE BOURSES ET DE SUBVENTIONS Entreprise dynamique et à l’avant-garde, Loto-Québec reconduit, pour une quatrième année, son programme de bourses et de subventions à l’intention des étudiants, des professeurs ou des chercheurs universitaires.Les sommes disponibles pour 1989-90 totalisent quelque 85 000 $.Date limite de soumission des projets: 1er mai 1989 Loto-Québec désire ainsi favoriser le développement des connaissances dans un domaine vaste et fort intéressant.Renseignez-vous auprès: - du bureau des bourses et/ou des subventions de votre université - de votre département U:»;J» * * TLÆ.Etudiants de maîtrise: 10 000 $/an Étudiants de doctorat: 15 000 $/an Professeurs/chercheurs universitaires: 30 000 $/an 10 000 $ ou contactez: M.Luc Provost, de Loto-Québec TéL: (514) 499-5006 Domaine de recherche: tout projet portant sur les jeux de hasard et d’argent (acquisition d’habitudes de jeu, criminalité, jeux illégaux, évolution socio-politique valeurs morales et éthiques, concepts et structures de base des jeux, encadrement législatif et réglementaire, la télématique, la loi et les jeux, etc.) h ito-québet Ifti ta Siiî- 47 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 Renseignements : Fonds FCAR 3700, rue du Campanile Bureau 102 Sainte-Foy (Québec) G1X 4G6 (418) 643-8560 SANTÉ ET BIEN-ÊTRE SOCIAL CANADA • Programme national de recherche et de développement en matière de santé • Programme de recherche sur le sida Pour tout nouveau projet de recherche sur ce thème.Date limite : 15 mai 1989 Renseignements : Sheena Lee Directrice Administration de la recherche Programmes de recherche extra-muros Santé et Bien-être social Canada Ottawa (Ontario) Kl A 1B4 (613) 954-8543 FONDS DE LA RECHERCHE EN SANTÉ DU QUÉBEC (FRSQ) • Subvention à la diffusion de l'information scientifique en recherche en santé Date limite : en tout temps • Subvention à la communication de travaux de recherche des chercheurs-boursiers.Permet à 10 chercheurs-boursiers du FRSQ de présenter les résultats de leurs travaux de recherche dans le cadre de la matinée des chercheurs-boursiers.Date limite : 14 avril 1989 • Bourses de perfectionnement pour chercheurs autonomes en biotechnologie du secteur de la santé Date limite : 3 avril 1989 • Bourses franco-québécoises en recherche en santé Date limite : 3 avril 1989 Renseignements : FRSQ 550, rue Sherbrooke Ouest Bureau 1950 Montréal (Québec) H3A 1B9 (514) 873-2114 FONDATION DESJARDINS • Subvention de recherche.Pour une personne déjà inscrite au 3 e cycle et dont le projet de recherche porte sur le thème « Environnement et société ».Date limite : 1er avril 1989 Renseignements : Fondation Desjardins 1, Complexe Desjardins C.P.7, suce.Desjardins Montréal (Québec) H5B 1B2 (514) 281-7171 MINISTÈRE DES TRANSPORTS • Programme d’aide à la recherche-développement en transport.Subvention à la recherche dans les axes suivants : le transport terrestre des personnes ; le transport routier et maritime des marchandises ; l’entretien et la réfection du réseau routier ; le transport aérien et ferroviaire des personnes et des marchandises.Date limite : 1er mai 1989 L'INSTITUT ARMAND-FRAPPIER 1938-1988 Une université de recherche au service de la santé publique depuis 50 ans.MAITRISE EN MICROBIOLOGIE APPLIQUÉE MAITRISE EN VIROLOGIE ET IMMUNOLOGIE DOCTORAT EN VIROLOGIE * * Offert en collaboration avec l’Université de Montréal LES PROGRAMMES DE RECHERCHE: Microbiologie de l'environnement Biotechnologies • Chimie bioorganique Vaccins - biologie cellulaire Immunité-virus-cancer • Ècovirologie Immunologie appliquée Prophylaxie d'infections virales Recherche et développement d'outils moléculaires de diagnostic.Demandes d'admission : HIVER 1989 ÉTÉ 1989 AUTOMNE 1989 1er novembre 1988 1 er mars 1 989 1 er mai 1 989 "I Bureau du registraire.Institut Armand-Frappier 531, boulevard des Prairies, Case postale IOO Laval (Québec) H7N 4Z3 Téléphone : (514) 687-5010 Université du Québec Institut Armand-Frappier Renseignements : Ministère des Transports Direction de la recherche 700, boul.Saint-Cyrille Est 23 e étage Québec (Québec) GIR 5H1 (418) 643-6355 LOTO-QUÉBEC • Subventions à la recherche universitaire • Bourses destinées aux étudiants de maîtrise ou de doctorat Pour favoriser le développement des connaissances relatives aux jeux de hasard et d’argent.Date limite : 1er mai 1989 Renseignements : Programme de bourses et de subventions a/s de Luc Provost Loto-Québec Service de la recherche 500, rue Sherbrooke Ouest, 16e étage Montréal (Québec) H3A 3G6 (514) 282-8000, poste 3517 CONSEIL DE RECHERCHES MÉDICALES DU CANADA (CRM) • Groupes du CRM.La recherche proposée doit favoriser la recherche multidisciplinaire en sciences de la santé au Canada et être fortement axée sur des objectifs communs dans des domaines particulièrement prometteurs et productifs.Date limite : 1er avril 1989 (proposition préliminaire pour les nouvelles demandes et lettre de préavis pour les renouvellements) • Subventions de programmes communs de recherche.En vue de faciliter l’interaction scientifique par l’intermédiaire d’installations et de services utilisés en commun pour des recherches entreprises par une équipe de trois chercheurs ou plus.Date limite : 1er mai 1989 (proposition préliminaire pour les nouvelles demandes et lettre de préavis pour les renouvellements) • Bourses de stagiaires de recherche Date limite : 1er avril 1989 (renouvellements) • Bourses de recherche Date limite : 1er avril 1989 (nouvelles demandes et renouvellements) Renseignements : CRM Immeuble Jeanne-Mance, 20e étage Rue de l’Églantine Parc Tunney Ottawa (Ontario) K1A 0W9 (613) 954-1968 (subventions) (613) 954-1960 (bourses) CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES DU CANADA (CRSH) • Programme de subventions générales de recherche.Octroyées aux universités afin de couvrir certains frais de leurs chercheurs en sciences humaines.Date limite : 1er avril 1989 SJËÜF jgHg» mm Imprimé sur une imprimante matricielle.Imprimé sur l’imprimante DeskJet.Avant d’acheter une imprimante compacte, prenez la peine de comparer les prix.Vous pouvez toujours choisir une imprimante matricielle et vous contenter de la qualité illustrée à gauche.Ou pour seulement 1495$, vous pouvez vous procurer une imprimante DeskJet de Hewlett-Packard et obtenir une impression claire et nette, des graphiques parfaitement définis et une qualité de caractère que vous pensiez sans doute ne pouvoir obtenir qu’avec une imprimante à laser.?- MONTRÉAL (514) 354-6720 EQUSFORCE QUÉBEC (418) 682-8465 COURTIERS EN INFORMATIQUE TORONTO (416) 620-4421 HEWLETT PACKARD 49 INTERFACE MARS • AVRIL 1989 • La famille et la socialisation de l’enfant.Afin de promouvoir et d’encourager une recherche novatrice dont les résultats pourraient éventuellement inspirer de nouvelles politiques sociales au Canada.Date limite : 1er avril 1989 • La science, la technologie et les valeurs humaines.Pour contribuer à une meilleure compréhension de toutes les dimensions culturelles, déontologiques et sociales des sciences et de la technologie dans la société contemporaine.Date limite : 1er avril 1989 • La gestion de l’organisation au Canada.Pour encourager les recherches individuelles ou pluridisciplinaires.Celles-ci doivent présenter un certain potentiel de généralisation.Date limite : 1er avril 1989 • Les femmes et le travail.Pour encourager une recherche non sexiste qui contribuera à mieux faire comprendre l’importance du travail des femmes dans la société.Date limite : 1er avril 1989 • L’éducation et le travail dans une société en évolution Date limite : 1er avril 1989 • Les études canadiennes : outils de recherche.Pour la publication de bibliographies, de guides et de catalogues dans le domaine des études canadiennes.Date limite : 1er avril 1989 • Aide aux petites universités.Pour améliorer les capacités de recherche et de formation de certaines petites universités.Date limite : 1er avril 1989 • Aide aux colloques savants au Canada Dates limites : 30 mars et 30 juin 1989 • Subventions de voyage pour représentation internationale.Couvrent les frais de déplacement des chercheurs canadiens qui occupent un poste au sein d’associations scientifiques internationales.Dates limites : 30 mars et 30 juin 1989 Renseignements : CRSH 255, rue Albert C.P.1610 Ottawa (Ontario) K1P6G4 (613) 992-0691 CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GENIE DU CANADA (CRSNG) • Aide spéciale à la foresterie.Bourses spéciales et stages postdoctoraux.Dates limites : 15 avril et 15 juillet 1989 • Programme d'attachés de recherche du CRSNG Date limite : 1er mai 1989 • Bourses commémoratives E.W.R.Steacie.En reconnaissance des réalisations exceptionnelles de jeunes scientifiques et ingénieurs membres du corps professoral des universités canadiennes afin qu’ils consacrent leur temps à la recherche.Date limite : 1er juillet 1989 Renseignements : CRSNG 200, rue Kent Ottawa (Ontario) Kl A 1H5 (613) 995-6295 Les Presses de l’U niversité de Montréal .NOS TITRES EN GENEALOGIE ¦ naissance d'une population; Les Français établis au Canada au XVIIe s.Charbonneau et al., ISBN PUM 2-7606-0806-9 232 p., 30 $, Prix Lionel-Qroulx 1987 ¦ Dictionnaire généalogique des familles du Québec; Des origines à 1730 Jetté, René, ISBN 2-7606-0646-5 1250 p„ 200 $ Paraîtra bientôt: Répertoire des actes de baptême, mariage, sépulture et des recensements du Québec ancien; Volumes 41 à 45*; 1750-1765 Sous la direction de H.Charbonneau et J.Légaré Approx.3775 p., 500 $ *Prix unitaire sur demande; volumes antérieurs encore disponibles.Communiquez avec notre distributeur exclusif: gaëtan morin éditeur C.P.180, Boucherville, Qc, J4B 5E6 S3 (514) 449-2369 INTERFACE MARS • AVRIL SUIV 15 mars 16e Conférence Augustin-Frigon : « La xérographie : anatomie d’une invention ».Conférencier : Robert H.Marchessault.Organisée par l’École polytechnique, à l’amphithéâtre Bell, à Montréal.Renseignements : Nicole Forest École polytechnique (514) 3404915 16 mars « Application de la culture in vitro en biologie végétale », colloque organisé par la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, à Sainte-Foy.Renseignements : Yves Desjardins FSAA Université Laval (418) 656-2165 16-17 mars « Apprendre différemment : un défi », XIVe Congrès international de l’Association québécoise pour les troubles d’apprentissage, au Centre Sheraton de Montréal.Renseignements : Louise Dandurand AQETA (514) 861-5518 17-18 mars 3e Colloque de psychomécanique du langage, organisé par le Département de langues et linguistique de l’Université Laval, au Fonds Gustave-Guillaume, à Sainte-Foy.Renseignements : Renée Tremblay Patrick Duffley Département de langues et linguistique Université Laval (418) 656-2309 19-22 mars « Gestion du patrimoine : question de technologie et d’économie », 24e Congrès de l’Association québécoise du transport et des routes inc., à l’hôtel Le Roussillon Saguenay à Jonquière.Renseignements : Secrétariat de l’AQTR (514) 274-3573 21-22 mars « Les scientifiques et les médias », colloque organisé par le Centre de formation continue de l’Université de Montréal en collaboration avec l’Association des biologistes du Québec.Conférencier invité : Albert Jacquard, au Complexe Guy-Favreau, à Montréal.Renseignements : Diane Chalifour Université de Montréal (514) 343-5863 22 mars « Perspectives démo-linguistiques pour la région métropolitaine de Montréal ».Conférencier : Jacques Ledent, dans le cadre des déjeuners-séminaires de l'INRS-Urbanisation.Renseignements : Louise Gaulin INRS-Urbanisation (514) 499-4002 22-23 mars Les enjeux actuels des politiques scientifiques et technologiques, colloque organisé par l’École nationale d’administration publique et T INRS, à l’hôtel Le Quatre Saisons, à Montréal.Renseignements : Denise Turcotte ENAP (418) 657-2485 28 mars-1er avril « L’ingénieur d’aujourd’hui pour la forêt de demain », 20e édition de la Semaine des sciences forestières, à l’Uni- versité Laval, à Sainte-Foy.Renseignements : François Guay Faculté de foresterie et géodésie Université Laval (418) 656-3053 30 mars Séminaire Alfred-Houle : « Les perspectives d’avenir de la recherche empirique en sciences comptables portant sur la publication d’informations financières », organisé par le Programme de doctorat en sciences de l’administration, à l’Université Laval, à Sainte-Foy.Renseignements : Anne Falardeau Faculté des sciences de l’administration Université Laval (418) 656-7325 31 mars-1er avril « Les femmes et l’enseignement des mathématiques : quelles différences ?», colloque organisé par le Mouvement international pour les femmes et l’enseignement de la mathématique, section québécoise, au Cégep André-Laurendeau, à Ville LaSalle.Renseignements : Louise Lafortune MOIFEM (514) 279-1540 5 avril « La formation de ménages chez les jeunes ».Conférenciers : Jaël Mongeau, Richard Morin et Damaris Rose, dans le cadre des déjeuners-séminaires de l’INRS-Urbanisation.Renseignements : Louise Gaulin INRS-Urbanisation (514) 499-4002 11-14 avril Congrès international sur l’incinération des déchets urbains, organisé conjointement par Environnement Canada et l’Agence américaine de protection de l’environnement, à l’hôtel Diplomat à Hollywood en Floride.Renseignements : Stéphanie Hunt Coordonnatrice des colloques Direction du développement technologique et des services techniques Environnement Canada (819) 953-5363 12-14 avril « Nouvelles orientations en éducation : vers un développement optimal pour chacun », colloque organisé par les Services de congrès GEMS en collaboration avec le Département d’orientation et de psychologie éducationnelle de l’Université McGill, l'International Academy for Research in Learning Disabilities et l’Association d’éducateurs et d’éducatrices de la petite enfance, au Grand Hôtel, à Montréal.Renseignements : Edward Polak Services de congrès GEMS (514) 485-0855 20-22 avril 8e Congrès de l’AOPF : « Vivre sa langue, vivre sa culture », organisé par l’Alliance ontarienne des professeurs de français, à l’hôtel Skyline, à Toronto.Renseignements : Bernard Courte AOPF-Congrès 1989 (416) 923-6641, poste 2736 24-26 avril 7e Séminaire canadien de la R-D en bioénergie, organisé par Énergie, Mines et Ressources Canada, à l’hôtel Skyline à Ottawa.Renseignements : Mike Boroczki Service des conférences Conseil national de recherches du Canada (613) 993-9009 4-6 mai Congrès de l’Association universitaire canadienne d’études nordiques, organisé en collaboration avec le Groupe d’études inuit et circumpolaires (GETIC), à l’Université Laval, à Sainte-Foy.Renseignements : Secrétariat du GETIC (418) 656-2131, poste 4366 9-10 mai « Santé, sécurité et facteurs culturels des milieux de travail », colloque organisé par la Faculté d’éducation permanente à l’Université de Montréal.Renseignements : Ginette Dion-Brault Éducation permantente Université de Montréal (514) 343-5863 9-10 mai « 89, Objectif espace », colloque organisé par le Conseil national de recherches du Canada, à l’Université d’Ottawa.Renseignements : Huguette Lacoste Service des conférences CNRC (613) 993-9431 10-11 mai (nouvelles dates) « Le développement technologique et le développement des régions du Québec », colloque organisé par T Université de Sherbrooke.Renseignements : Bruno Lévesque Bureau des relations publiques Université de Sherbrooke (819) 821-7385 10-11 mai « Le défi de l’économie du ' §i\ ' £ mn BBÜI INTERFACE MARS • AVRIL 1989 Québec : une main-d’œuvre de qualité », colloque organisé par le Secrétariat de l’enseignement professionnel au Québec conjointement avec l’Université du Québec à Montréal.Renseignements : Secrétariat de l’enseignement professionnel au Québec (514) 523-2626 Guy Saint-Aubin Département des sciences de l’éducation UQAM (514)282-3849 10-11 mai Colloque régional : « Secteurs secondaire, collégial et universitaire.Partenaires de l’excellence », organisé par l’Université du Québec à Rimouski en collaboration avec les collèges de l’Est, à Rimouski.Renseignements : Henriette Lauzier Relations publiques UQAR (418) 724-1425 1L12 mai
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