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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1991-03, Collections de BAnQ.

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FACE A FACE Louise Filion Apprivoisée par le Nord MARS-AVRIL 1991 ¦RO 2 / / i • La genetiqui moléculaire des psychoses majeures ' w' G NUOKIiœ Les croyances des Québécois EDITORIAL MODEM \ i oninre aes militaires La recherche scientifique dans un Québec indépendant SCIENCECLIPS Des puces sous rayons X Enfants maltraités et contexte social Le secret ou papier magnétique Les mots croises, reflet d’une culture Des plastiques renforcés au bois La ruse en pédagogie ADRESSE DE RETOUR: CASE POSTALE 6060, MONTRÉAL (QUE.) H3C 3A7 COURRIER DE 2- CLASSE ENREGISTREMENT N° 6489 PER A-522 EX, 2 LA REVUE DELA RECHERCHE 977082648600512 ¦ LES CAHIERS DE L'ACFAS Dernières parutions Les cahiers scientifiques Le paradoxe de la gestion universitaire: pour une nouvelle problématique Consultations publiques et stratégies de planification Une démocratie technologique?Colloque sur la fabrication automatisée Territoires et minorités: de l'Amérique française au lac Meech Bioéthique, méthodes et fondements La pensée économique au Québec français Génétique et éthique: identification et thérapie des maladies génétiques L'Utilisation du processus d'apparition du handicap: approche conceptuelle dans la recherche ___ «Sexe faible» ou travail ardu?Recherches sur la santé et la séci travailleuses L'Actualité de la recherche en lecture Iconographie et image de la Révolution française Les avenues de la science politique: théories, paradigmes et scientificité La paix comme projet de justice Droits - Liberté - Démocratie La série politique et économie La Théorie générale et le keynésianisme Le nécessaire combat syndical La politique économique canadienne à l'épreuve d^confiN Friedrich Hayek, philosophie, économie et politique Investissement, emploi et échanges internationaux La quête du développement: horizons canadien et africain Vente en librairie (distribution Prologue) ou à l'Acfas 0 M M A I R E MARS-AVRIL 1991 VOLUME 12, NUMÉRO 2 EDITORIAL A I ombre des militaires Yves Gingras FACE À FACE Louise rilion Michelle Dubuc La genetique moléculaire des psychoses majeures: le défi des années 90 Vincent Raymond et Michel Maziade Les croyances des Québécois 19 INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBUÈE À INTENTION DE IA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L'ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS), AVEC L'AIDE DU MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DELA SCIENCE.Raymond Lemieux DIRECTRICE GENERALE PAR INTERIM DE L'ACFAS: FRANÇOISE BRAUN ¦ RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MA1AVOY ADJOINTES ADMINISTRATIVES: JOCELYNE THIBAULT, MICHÉLE BIAIS COMITÉ DE RÉDACTION: THÉRÈSE BOUFFARD-BOUCHARD.JEAN HAMANN LAURENT LEWIS ET DENISE PELLETIER DIRECTION ARTISTIQUE: MATHILDE HÉBERT, ANNIE PENCRECH TYPOGRAPHIE: COMPOSITION SOLIDAIRE INC.RÉVISION UNGUIST1QUE: HÉLÉNEIARUE PHOTO DE LA PAGE COUVERTURE: RENÉDECARUFEL ET LA COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA MODEM La recherche scientifique dans un Québec indépendant Danielle Ouellet et René Vézina SCIENCECLIPS LES ARTICLES D1NTERFACE PEUVENT ETRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L'ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEl-GNEMENTS.S'ADRESSER À L'ACFAS, 2730, CHEMIN DE IA CÔTE-SAINTE-CATHERINE.MONTRÉAL (QUÉBEC) H3T1B7, TÉL: (514) 342-1411.TÉLÉC.: (514) 342-9552 IA REVUE INTERFACE EST REPERTORIEE DANS POINT DE REPÈRE COURRIER DE DEUXIÈME CLASSE, ENREGISTREMENT N 6489, MARS 1991 DÉPÔT LÉGAL BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC PREMIER TRIMESTRE 1991 ISSN : 0826-4864 Des puces sous rayons x 32 Enfants maltraités et contexte social 33 Le secret du papier magnétique 34 Les mots croisés, reflet d'une culture 35 Des plastiques renforcés au bois 36 La ruse en pédagogie 37 CHRONIQUES TRANSFERTS 38 SCIENCE-INTER 40 BOURSES ET PRIX 43 À SUIVRE 46 SOURCES 48 CHERCHEURS RECHERCHÉS 55 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 A L'OMBRE DES MILITAIRES PAR YVES GINGRAS Yves G ingras enseigne l’histoire des sciences à l’Université du Québec à Montréal.Il est également chercheur au Centre de recherche en développement industriel et technologique (CREDIT).Lf importance accordée par les médias au caractère technologique de la guerre du Golfe, nous offre l’occasion de réfléchir sur le rôle que les scientifiques, les ingénieurs et les ingénieures jouent dans l’entreprise militaire contemporaine.L’histoire légendaire d’Archimède qui, lors du siège de Syracuse en 214 avant J.-C., aurait réussi à repousser les Romains en construisant des miroirs paraboliques géants qui auraient mis le feu à leurs bateaux, est là pour nous le rappeler : même si les savants aiment bien croire à leur indépendance, ils ont toujours été présents au moment où l’État avait besoin d’eux.Ce n’est toutefois qu’au cours de la Première Guerre mon-,diale que les gouvernements ont enrôlé les scientifiques de façon systématique.La domination industrielle de l’Allemagne dans les secteurs des technologies avancées de l’époque, comme la chimie et les produits optiques de haute qualité, obligea en effet les pays alliés à se mobiliser pour produire chez eux ce qu’ils avaient pris l’habitude d’importer.Sur le plan strictement militaire, la mise au point du sonar pour détecter les sous-marins ou d’antidotes contre le gaz moutarde, ne sont que deux exemples des inventions dues à un travail systématique de R-D de la part des scientifiques, des ingénieurs et des ingénieures des pays alliés.C’est d’ailleurs dans ce contexte que le Conseil national de recherches du Canada a été créé en 1916, suivant l’exemple fourni par l’Angleterre et les États-Unis quelques mois plus tôt.On connaît la suite : mobilisation lors de la Seconde Guerre, mise au point du radar et surtout conception de cette arme ultime qu’est la bombe atomique.Fruits de conjonctures de guerre, ces contributions à l’arsenal militaire ont pu faire la fierté des scientifiques et des spécialistes en génie car elles étaient perçues comme le résultat de situations exceptionnelles.La guerre terminée, les savants ont pu retourner à leurs activités de recherche, assurés d’avoir accompli leur devoir envers leur patrie.Cette idéologie de la neutralité de la recherche scientifique par rapport aux besoins militaires ou autres des nations, s’est d’ailleurs exprimée de façon éclatante lorsque, au grand dam des savants alliés, le prix Nobel de chimie pour l’année 1919 fut remis à Fritz Haber pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac.Ce chercheur, quelques années plus tôt, avais mis au point les armes chimiques allemandes utilisées pour la première fois, sous sa supervision directe, sur le front belge, à Yprès, en avril 1915.Les bataillons canadiens avaient d’ailleurs été parmi les premiers à respirer ces nouveaux poisons chimiques.Depuis les années 1960, il est devenu plus difficile de croire à cette idée de la neutralité des sciences et des technologies.En effet, dans un grand nombre de secteurs dits de pointe, la recherche et le développement sont inséparables des demandes militaires.Tant du point de vue des sources de financement que de la définition même des problèmes, des secteurs comme les matériaux nouveaux, la micro-informatique, l’électronique, l’optique et les lasers, sont développés avant tout en fonction des besoins militaires.Ce n’est pas un hasard si l’une des grandes inventions québécoises, le laser C02-TEA, a été mis au point au Centre de recherche pour la Défense de Valcartier.Ceux et celles qui doutaient encore de l’intérêt que représentent les lasers sur le plan militaire, même si leur puissance est faible, ont pu constater à souhait, au cours des dernières semaines, leur importance pour guider les missiles.Si l’armée américaine est l’une des mieux outillées au monde, c’est que le gouvernement de ce pays n’a jamais lésiné sur les moyens.Il suffit de se rappeler que la moitié de tous les scientifiques, ingénieures et ingénieurs à l’emploi du gouvernement fédéral américain sont employés par la Défense et que, en 1989, environ 65 p.cent de l’investissement total en R-D fut de nature militaire, pour comprendre que la guerre « nintendo » ne se fait pas avec des cacahuètes.Il est d’ailleurs assez inquiétant d’observer qu’il s’agit là d’une augmentation de 80 p.cent par rapport aux données de 1980.Cette tendance a aussi affecté les milieux universitaires, qui, depuis 1986, reçoivent autant d’argent de la Défense que de la National Science Foundation, symbole de la recherche fondamentale.La croissance des investissements militaires de la dernière décennie, dont l’incarnation la plus connue est sans doute le projet de « guerre des étoiles » du président Reagan, s’observe aussi, à un degré moindre, en France et en Grande-Bretagne, pays qui, à l’instar des États-Unis, ont cru ainsi pouvoir relancer leurs industries civiles en déclin.Le problème de ces politiques économiques axées sur l’industrie militaire?Pour survivre, elles doivent vendre leurs produits de « haute technologie » à des pays qui, comme on le voit aujourd’hui, risquent de les pointer un jour dans leur direction.Évidemment, au Canada, et a fortiori au Québec, les scientifiques, les ingénieures et les ingénieurs sont dans une situation différente, l’industrie militaire n’ayant pas la même envergure que celle de nos voisins du Sud.Cependant, l’importance accordée ici au développement d’industries de pointe ne devrait pas nous faire perdre de vue que, très souvent, ces industries sont fortement liées aux demandes générées par le secteur militaire américain.Avant d’encourager aveuglément tout ce qui relève de la « haute technologie », il faut donc s’assurer que ce terme ne serve pas d’euphémisme pour « industrie militaire ».Lorsque, pour annoncer qu’elle est une entreprise de « haute technologie », une compagnie met côte à côte des photos de technologies civiles et d’un missile, elle contribue à banaliser la technologie militaire.Les retombées civiles de la R-D militaire étant plus que douteuses, nous avons tout intérêt à orienter nos ressources scientifiques et technologiques vers des secteurs comme le domaine biomédical et l’environnement, qui sont propices à la création de nouvelles technologies.Contrairement à un grand nombre de leurs homologues américains, nos futurs diplômés et diplômées en sciences et en génie pourront alors exercer leur métier et contribuer à l’essor technologique du pays dans des secteurs dont l’utilité sociale et économique ne fait pas de doute.¦ 5 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 CONSEIL D'ADMINISTRATION 1990-1991 ASSOCIATION CANADIENNE-FRANCAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES Denis Barabé, biologie végétale, botaniste, Jardin botanique de Montréal, chercheur invité, Département de sciences biologiques, Université de Montréal Bruno Battistini, étudiant, vice-président à l'administration pour le Regroupement des étudiants en maîtrise et doctorat de l'Université de Sherbrooke (REMDUS), Faculté de médecine, Université de Sherbrooke Hatem Boualtour, étudiant, vice-président externe, Association des étudiants aux cycles supérieurs de Polytechnique, Montréal André Boudreau, langue et linguistique, adjoint à la vice-recteure aux ressources humaines, Université Laval, Sainte-Foy Françoise Braun (secrétaire), directrice générale par intérim, Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas) Maurice Cohen, mathématiques, vice-recteur, relations institutionnelles et finances, Université Concordia James de Finney, études française, vice-doyen, Faculté des études supérieures et de la recherche, Université de Moncton Gilles Y.Delisle (1 er vice-président), génie électrique, vice-doyen, Faculté des sciences et de génie, Université Laval, Sainte-Foy Michel Guindon (trésorier), administration des affaires, professeur, Ecole des hautes études commerciales, Montréal Pierre Hubert, génie électrique, vice-président adjoint, Systèmes de réseau, Recherches Bell-Northern limitée, Montréal Réal L'Archevêque (président), génie électrique et électronique, vice-président, Recherche et technologie, Le Groupe SNC, Montréal Marcienne Lévesque, psychopédagogie, professeure, Faculté des sciences de l'éducation, Université de Montréal Camille Limoges (président sortant), histoire et socio-politique des sciences, professeur, Centre de recherche en évaluation sociale des technologies (CREST), Université du Québec à Montréal Guy Lusignan, éducation, professeur, Département des sciences de l'éducation, Université de Montréal Bruno Maranda, biologie cellulaire et microscopie, Hull Henri Navert (2e vice-président), médecine, directeur médical, Phoenix International / Sciences de la vie, Montréal Louise Quesnel, génie, vice-présidente, Administration et développement corporatif, Centre de recherche informatique de Montréal (CRIMJ David Reed, traduction, jurilinguiste-conseil, Institut Joseph-Dubuc, Collège universitaire de Saint-Bonirace (Manitoba) Fernand Rheault, physique, directeur, Institut national de la recherche scientifique (INRS-Energie) Guildo Rousseau, littérature comparée, professeur, Centre d'études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières Jean-Pascal Souque, éducation, directeur adjoint, Musée national des sciences et de la technologie, Ottawa Louise Thibault, nutrition, professeure, Département de diététique et nutrition humaine, Collège Macdonald, Université McGill, Montréal Jean-Marie Demers (archiviste), biologie, professeur retraité, Département de sciences biologiques, Université de Montréal VOLUME 3, NUMÉRO 1 AM mm «VéVéVéV*' ARAnAnAnA TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET SOCIÉTÉ 1990 INFORMATIQUE ET GESTION SOMMAIRE Éditorial Automation de la conception de bases de données: une approche par gabarits Michel VÉZINA, Jean TALBOT Systèmes experts et SIAD : enjeux et conséquences pour les organisations Jean-Charles POMEROL L'évaluation ergonomique des logiciels: une approche décompositionnelle Vincent GROSJEAN, Denis J AV AUX Informatique de l'utilisateur final: nouvelles pratiques et nouvelles performances Sylvie DESQ, Bernard FALLERY Conflits et gestion de conflits dans l'implantation de systèmes informatisés Henri BARKI, David M.SAUNDERS Problématique de l'informatisation des PME Louis RAYMOND, François BERGERON, Lin GINGRAS, Suzanne RIVARD Prix à l'unité : 18$ Abonnement: 1 an 2 ans 3 ans (3 numéros) (6 numéros) (9 numéros) Individus 45$ 72$ 81$ Institutions 80$ 120$ 144$ Pour vous abonner, écrire ou téléphoner aux: Presses de l’Université du Québec C.P.250 Sillery (Québec) G1R 2R1 Tél.: (418) 657-3551, poste 2854 Télécopieur: (418) 657-2096 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 S3 "T'"' ïilll la&m En 1972, après un baccalauréat en géographie à l’Université Laval, Louise Filion se déniche un emploi d’été dans le Nord québécois.Elle se retrouve sur un bateau, au beau milieu des glaces et des guides inuit chassant le phoque sur la banquise.« C’était très exotique ! J’ai eu le coup de foudre pour ces paysages dénudés et grandioses.» Directrice du Centre d’études nordiques (CEN) de l’Université Laval depuis quatre ans, Louise Filion a tout de même eu l’occasion de faire quelques tournées dans le sud du Québec.Entre sa maîtrise et son doctorat en biologie, tous deux effectués dans le Nord (on s’en serait douté !), elle a visité des dizaines de sites dans le Québec méridional, en tant que conseillère scientifique pour le Conseil consultatif des réserves écologiques du défunt ministère des Terres et Forêts.« J’ai adoré cet emploi.Pendant deux ans, j’ai eu le privilège de visiter des sites exceptionnels, parmi les plus beaux du Québec.» Malgré cela, Louise Filion n’a jamais envisagé une minute des études sous les tropiques, ni même sous un climat tempéré chaud.La formation de Louise Filion est à l’image de la vocation du CEN : multidisciplinaire.Ainsi, elle conjugue géographie, physique et biologie, tout comme près de la moitié des 12 autres chercheurs du Centre.Les recherches de Louise Filion — elle tient mordicus à poursuivre ses recherches tout en dirigeant le CEN — portent, entre autres, sur l’histoire des changements climatiques dans la région subarctique québécoise (voir INTERFACE, vol.9, n° 6, « Les écosystèmes naturels du Nord-Est américain à l’heure du changement global » par Serge Payette, Louise Filion et Michel Allard).« J’étudie le climat à travers ses manifestations dans les paysages, grâce à des indica- LOUISE FILION APPRIVOISÉE PAR LE NORD PAR MICHELLE DUBUC PLUSIEURS D'ENTRE NOUS RÊVENT DE FOULER UN JOUR LE SOL DÉNUDÉ DES GRANDS ESPACES DU NORD QUÉBÉCOIS.LOUISE FILION L'A FAIT, UNE FOIS, DEUX FOIS.PUIS LE NORD L’A APPRIVOISÉE AU POINT QU’ELLE Y A CONSACRÉ 5/1 CARRIÈRE DE CHERCHEURE.ELLE DIRIGE ACTUELLEMENT LE CENTRE D’ÉTUDES NORDIQUES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL. 7 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 teurs biologiques et géomorphologiques.Le Subarctique est une zone biogéographique qui a beaucoup changé au cour de l’Holocène, c’est-à-dire depuis la dernière période glaciaire, il y a de cela 7 000 ans.» Pendant plusieurs années, Louise Filion s’est affairée à retracer l’évolution des climats au cours des derniers millénaires, notamment par le biais de l’étude des dunes.« Il existe des dunes de sable en milieu froid comme en milieu chaud, fait-elle remarquer.Parmi les changements majeurs survenus dans le Subarctique depuis 3 000 ans, il faut mentionner la déforestation causée par les feux.Or, un sol sableux soumis à un feu est sujet à l’érosion éolienne et forme des dunes.» Louise Filion a étudié de près les paléosols (les différentes couches de sols résultant d’une évolution ancienne) de ces dunes.QUAND LES ARBRES PARLENT Mais la véritable marotte de la chercheure, c’est la dendro-chronologie.Cette méthode consiste à faire parler les arbres, témoins du passé.Les cernes annuels de croissance dans le bois représentent un peu la mémoire météo de l’arbre : durant les saisons de croissance clémentes, ces anneaux sont plus larges que durant les saisons de croissance rigoureuses.Ainsi, en établissant des séries dendrochronologiques (voir encadré) de référence pour une espèce, on peut arriver à retracer l’évolution des climats sur quelques centaines d’années.« Et en étudiant des pièces de bois fossiles, insiste-t-elle, il est possible de reculer très loin dans le temps, jusqu’à plusieurs millénaires.» Grâce à cette méthode, on peut, par exemple, dater de manière très précise des glissements de terrain.« Nous sommes parvenus à démontrer que quelques glissements de terrain anciens survenus dans la vallée de la Rivière-du-Gouffre près de Baie Saint-Paul et rapportés par les Jésuites dans les Relations publiées en 1663, étaient associés au fameux tremblement de terre survenu en février de la même année, dont la magnitude a été estimée à 7 à l’échelle de Richter.La datation dendrochronologique effectuée à l’année près est la seule méthode qui permette de dater aussi précisément un tel phénomène.La datation au carbone 14 se fait plutôt au siècle près.» Louise Filion veut poursuivre ces recherches afin de vérifier si d’autres mouvements de masse se sont produits la même année, mais dans d’autres régions, telles que le Saguenay et la Mauri-cie.Le CEN est, au dire de Louise Filion, le groupe le plus actif pour ce qui touche l’application de la dendrochronologie.On utilise cette méthode pour connaître les climats passés, mais elle peut servir en écologie, en géomorphologie, en hydrologie.Louise Filion est intarissable sur le sujet.« En dendro-écologie, par exemple, nous sommes parvenus à reconstituer l’histoire d’une érablière intacte (ni feux, ni coupe) de la réserve écologique de Tantaré, au nord de la ville de Québec.Nous avons ainsi réussi à démontrer que, paradoxalement, les arbres de cette vieille forêt sont relativement jeunes et que le taux de renouvellement de la forêt est plus rapide qu’on n’aurait pu l’imaginer.» LA DENDROCHRONOLOGIE les spécimens d'arbres plusieurs fois centenaires sont rares.Etablir une échelle dendrochronologique de référence consiste à reconstruire un arbre fictif qui aurait vécu pendant ces quelques dernières centaines d'années.Pour ce faire, on utilise plusieurs individus d'une même espèce, morts et vivants, provenant d'une même région.En comparant les anneaux de croissance des différents arbres deux à deux, on arrive à trouver des séquences d'anneaux identiques si ces arbres ont vécu simultanément durant une certaine période de temps.On prélève une tranche du tronc ou une « carotte » (échantillon cylindrique de la taille d'un crayon).Les séquences d'anneaux sont alors lues par un micromètre jumelé à un micro-ordinateur.On parvient ainsi à établir une séquence d'anneaux de croissance qui put couvrir plusieurs siècles : c'est ce qu'on appelle une « série dendrochronologique de référence ».V INTERFACE MARS AVRIL 1991 « L’histoire ».Voilà un mot qui revient souvent dans la bouche de Louise Filion.Pas étonnant qu’elle ait hésité entre la géographie et l’histoire au moment d’entrer à l’université ! « Dans le Nord, les séries dendrochronologiques de la pruche établies par le CEN remontent au début du XIIIe siècle.Dans le Sud, une série établie avec la pruche nous a permis de remonter à l’an 1524.Ces séries sont très utiles, en particulier pour cette dernière espèce qui a été très utilisée dans la construction, notamment du vivant de Jacques Cartier.Elles servent donc à dater des pièces archéologiques.Nous avons réussi à dater une embarcation retrouvée sous le Musée de la civilisation à Québec lors de la construction.Elle est aujourd’hui exposée au Musée.» Les tentatives de datation de pièces archéologiques ne connaissent pas toutes un dénouement heureux.Ainsi, le Laboratoire de dendrochronologie a essayé de dater des bateaux basques naufragés à Red Bay, le long de la côte du Labrador.Ces navires rapportaient en Europe des chargements d’huile de baleine.Malheureusement, les troncs d’arbres du Labrador disposés entre les barils d’huile pour donner du lest étaient trop petits pour permettre toute datation.Aucune série chronologique de référence n’était disponible pour la région.Au hasard des demandes, Louise Filion offre donc volontiers sa collaboration aux archéologues, qui, à l’occasion de fouilles, lui apportent des pièces de bois.Actuellement, la chercheure tente d’établir une série dendrochronologique de référence pour le pin.Il lui reste à combler le hiatus entre l’an 1663, année du tremblement de terre, et 1750.L’idée est venue à Louise Filion d’utiliser, par un juste retour des choses, des échantillons de bois provenant des poutres des vieilles maisons de la ville de Québec, puisque toutes les constructions datent à peu près de cette époque.Elle souhaite pour ce faire solliciter à son tour la collaboration des historiennes, historiens et architectes de Québec.LE CENTRE D'ÉTUDES NORDIQUES La grande priorité de Louise Filion demeure le CEN, qui fêtera cette année son 30e anniversaire d’existence.C’est le seul centre canadien à œuvrer spécifiquement dans le domaine des environnements et des paléoenvironnements nordiques.Le CEN administre une station de recherche située à Whapma-goostui-Kuujjuarapik (Poste-de-la-Baleine), sur la côte est de la baie d’Hudson.On y trouve cinq édifices, plus une serre expérimentale.A l’intérieur de cette serre, on fait croître des semis ou des boutures d’espèces rustiques ou à croissance rapide, tels le bouleau glanduleux et le peuplier baumier.Ces travaux, subventionnés par la Fondation canadienne Donner et Hydro-Québec, ont pour but la restauration de sites perturbés.Et le site expérimental par excellence, c’est le village lui-même.En effet, « l’érection du village en 1955 a transformé le paysage du village en quasi-désert.Le sable affleure partout.Il faudrait stabiliser le sol en plantant des espèces à croissance rapide ».Les recherches poursuivies au CEN sont issues d’un heureux mariage entre la géographie physique et la biologie.« Notre apport principal est certainement d’avoir développé une approche multidisciplinaire qui intègre à la fois les aspects physiques et biologiques du milieu.» Par exemple, Louise Filion mène un projet en collaboration avec un entomologiste, Conrad Cloutier; ils visent à reconstituer l’historique des épidémies d’un insecte phytophage s’attaquant au mélèze, ces épidémies causant un bruit de fond dans le signal climatique contenu dans les cernes annuels.Un autre exemple de collaboration interdisciplinaire fructueuse : la rencontre des spécialistes du pergélisol avec des ingénieurs et ingénieures.« Historiquement, les ingénieurs et ingénieures n’ont pas travaillé de près avec les spécialistes des sciences naturelles.Les disciplines ont plutôt eu tendance à évoluer en milieu fermé.» ET LA BAIE JAMES?Comme spécialiste du Nord, que pense-t-elle du projet d’aménagement de la phase II de la baie James ?Sur ce terrain, Louise Filion est moins loquace et plus prudente.Comme tout bon chercheur, elle veut connaître l’ensemble des éléments d’un problème avant de poser son diagnostic.« Nous sommes nous-mêmes très peu informés du contenu des nombreuses études d’impact effectuées dans le cadre de ces projets.A-t-on suffisamment évalué l’impact de la phase I pour s’engager immédiatement dans la phase II ?Par ailleurs, le territoire de la Grande rivière de la Baleine présente des caractéristiques différentes de celles du territoire de la phase I.» Ce nouveau territoire, Louise Filion le connaît bien.« Il y fait plus froid que dans la zone boréale ; c’est la zone subarctique.Les possibilités de revégétation sont plus faibles.De plus, la présence du pergélisol, notamment dans la zone où l’on projette de construire la grande centrale de Grande-Baleine-I, pourrait poser certains problèmes aux ingénieurs et ingénieures.Il y a aussi la question de l’"hydraulicité" (potentiel hydraulique).Certaines indications nous laissent supposer que le faible niveau d’eau dans les barrages d’Hydro-Québec au cours des cinq dernières années fait partie d’un processus naturel de fluctuations des grandes nappes d’eau.» 9 WÈËKëêIËÈÈÊÊÈÊÊÊÊÈ INTERFACE MARS • AVRIL 1991 Les changements dans les niveaux d’eau, elle connaît! Après avoir étudié les fluctuations du niveau d’eau du Lac à l’Eau Claire, le second plus grand lac naturel du Québec, le CEN, sous la responsabilité d’Yves Bégin, se propose d’étudier celles du lac Bienville, qui fait partie du projet d’aménagement de la phase IL « Le lac va s’agrandir à cause des inondations : son régime naturel va être modifié.Il vaut mieux l’étudier avant qu’il ne change.» Et pour retracer la dynamique des fluctuations du niveau d’eau au cours des derniers siècles, on utilisera, bien sûr, la dendrochronologie.« Je crois qu’il faut agir avec beaucoup de prudence : la constance de l’apport en eau est-elle suffisante pour justifier un investissement financier aussi important?» Et l’effet de serre dans tout ça?La chercheure croit que si le réchauffement de quelques degrés Celsius annoncé pour les cinquante prochaines années devait se produire, la réalisation du projet hydroélectrique ne serait peut-être pas facilitée.Les ingénieurs et ingénieures pourraient, par exemple, rencontrer de sérieux problèmes, car le pergélisol risquerait de se dégrader.Cela pourrait alors entraîner des glissements de terrain et autres mouvements de masses (solifluxion), et compromettre ainsi l’ancrage de certaines structures (pylônes) dans le pergélisol.« De plus, on comprend mal comment les écosystèmes de manière générale pourraient s’ajuster à un changement climatique aussi rapide.» Louise Filion ne doute toutefois pas que cela occasionne certains changements.« S’il se produisait véritablement un réchauffement de deux à trois degrés Celsius au cours d’une période aussi courte, les régions arctiques et subarctiques pourraient être sérieusement affectées par la dégradation du milieu.» « Par ailleurs, il faudrait voir le projet d’aménagement de la phase II de la baie James dans une stratégie de développement du Nord.On construit des lignes de transport qui vont vers le sud du Québec et vers les Etats-Unis.Actuellement, on envisage davantage le développement du Nord au profit du Sud.» Comment voit-elle le développement du Nord?« Il faudrait s’efforcer de développer le Nord pour le Nord.» Louise Filion croit que l’exploitation de la ressource est un premier pas.Selon elle, il faudrait penser au développement d’infrastructures au sein même des villages du Nord et favoriser les initiatives locales.Et l’avenir du CEN ?Louise Filion a son idée.Elle souhaite en faire un centre-réseau.« Je privilégie la collaboration avec d’autres groupes, plutôt que d’augmenter indéfiniment le nombre de chercheurs et chercheures au sein même du CEN.Je tiens beaucoup à garder une cohésion et une bonne entente entre les membres du groupe ainsi qu’à maintenir une cohérence sur le plan scientifique.C’est d’ailleurs, je crois, un des facteurs de réussite du CEN.» Pour la chercheure, un centre doit avoir une vie interne intense et sa taille optimale serait d’une quinzaine de personnes.DE LA DÉTERMINATION À la tête d’un groupe de 12 hommes, Louise Filion se sent très à l’aise.La quarantaine à peine entamée, elle dirige le CEN, en administre le budget (près de deux millions de dol- jjlflfWl • """a L- - '' 3.- * -J2ÉÉ' -V .7.Station de recherche du Centre d’études nordiques située à Whapmagoostui-Kuujjuarapik (Poste-de-la-Baleine) sur la côte est de la baie d’Hudson.lars), poursuit ses propres recherches, conseille étudiants et étudiantes, donne un cours en dendrochronologie et, à travers tout cela, élève deux jeunes adolescents.Elle se compte chanceuse de trouver en la personne de son mari, Serge Payette, chercheur et ex-directeur du CEN, un collaborateur.« Nous nous comprenons.Je n’ai pas besoin de justifier chaque fois le fait d’aller carotter des arbres dans le Nord.» Cela facilite la vie de famille.Louise Filion part d’ailleurs chaque été dans le Nord avec son mari, mais aussi avec leurs deux enfants.Cependant, les choses n’ont pas toujours été faciles.Elle a eu ses enfants pendant son doctorat alors qu’elle faisait, en plus, de l’enseignement.« Pendant environ cinq ans, j’ai eu un horaire assez chargé ! » Elle a dû faire quelques compromis.Elle aurait, entre autres, souhaité faire son doctorat en Scandinavie, mais famille et enseignement obligent ! Des qualités d’organisation, de leadership et un certain sens de la décision, direz-vous ?Elle dit les tenir de son père, Gérard Filion, homme d’affaires et ancien directeur du Devoir.« Entre 25 et 35 ans, tout arrive en même temps : il faut faire ses preuves professionnelles, faire son doctorat, publier, faire des enfants.si on en veut, bien sûr! Et avoir une bonne santé.» A ce chapitre, la chercheure tente de combattre la sédentarité des 10 mois passés dans un bureau à l’université, par de l’exercice et du ski de randonnée.« Pendant les deux mois que durent nos travaux dans le Nord, nous sommes extrêmement actifs.» Le changement est tel qu’elle ne ressent pas le besoin de prendre des vacances à son retour à Québec.« Nous revenons généralement ressourcés de ces expéditions, plutôt regaillardis que fatigués.» À chacun de ses voyages dans le Nord, elle apprécie l’humilité qu’inspirent les paysages nordiques.Mais, dit-elle, « le Nord ne convient pas à tous les tempéraments.A cause des mauvaises conditions météorologiques, on doit parfois attendre des jours avant de pouvoir prendre l’hydravion ou le bateau.Il faut faire preuve de patience.» Et de détermination ?¦ LA GENETIQUE MOLECULAIRE DES PSYCHOSES MAJEURES : LE DÉFI DES ANNÉES 90 PAR VINCENT RAYMOND ET MICHEL MAZIADE Un gène déficient ou une SIMPLE ERREUR SUR L'ADN pourraient-ils jouer un RÔLE DANS L'APPARITION DE PSYCHOSES MAJEURES À COMPOSANTES HÉRÉDITAIRES, COMME LA SCHIZOPHRÉNIE ET LA PSYCHOSE MANIACO-DÉPRESSIVE ?EN QUOI CONSISTE-T-ELLE, CETTE ERREUR ?L'IDENTIFICATION, GRÂCE AU PROGRÈS DU GÉNIE GÉNÉTIQUE, DE CAUSES HÉRÉDITAIRES DE MALADIES COMME LA MYOPATHIE DE DUCHENNE OU LA FIBROSE KYSTIQUE DU PANCRÉAS, A SOULEVÉ DE GRANDS ESPOIRS.La PSYCHIATRIE N'EST pas indifférente à cet engouement, comme en TÉMOIGNENT LES TRAVAUX DE L'ÉQUIPE DE VINCENT RAYMOND ET MICHEL MAZIADE.Vincent Raymond est directeur du Laboratoire de neurogénétique moiécuiaire au Centre de recherche Université Lavai Robertüiffard.Michel Maziade dirige l'Unité d'épidémiologie psychiatrique et génétique familiale du même centre.Au Canada, une personne sur cinq souffre à un moment donné d’une maladie mentale au cours de sa vie.Une incidence considérable.Les différents ministères fédéral et provinciaux de la santé consacrent plus de 15 p.cent de leur budget annuel à la lutte contre ces maladies.A titre d’exemple, mentionnons que la schizophrénie a engendré à elle seule, en 1986, des frais médicaux de 1,7 milliard de dollars '.Les maladies mentales sont extrêmement variées.Il peut s’agir de troubles passagers, comme la dépression réactionnelle à la suite du décès d’un être cher ou le délire provoqué par l’absorption de substances psychoactives (alcool ou drogues), ou de désordres biochimiques intrinsèques de l’organisme.Ces derniers, par exemple, sont responsables de pathologies sévères comme l’autisme infantile ou la maladie d’Alzheimer.La schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive relèvent également de désordres biochimiques intrinsèques.Ces deux maladies mentales touchent particulièrement les jeunes adultes âgés entre 15 et 35 ans, sans discrimination de sexe ni de statut social.Quand la personne atteinte est en période de crise, ces maladies entraînent une profonde détérioration des interactions entre le ou la malade et son entourage, de sorte qu’on classe ces maladies dans le groupe des psychoses majeures.Chaque pathologie possède ses caractéristiques propres.Ainsi, la schizophrénie recouvre un ensemble hétérogène de symptômes comprenant des hallucinations, des délires, une désorganisation de la pensée et une profonde mésadaptation sociale.La psychose maniaco-dépressive se distingue, pour sa part, par des troubles de l’humeur qui oscillent entre une extrême hyperactivité physique et intellectuelle — la phase de manie — et une dysphorie sévère — la phase de dépression.Cet état déviant de l’humeur s’accompagne de symptômes physiologiques : changements de masse corporelle, troubles du sommeil, accroissement ou diminution de la libido, etc.; les personnes maniaco-dépressives sont souvent tourmentées, de plus, par l’idée du suicide.On dénombre au Canada plus de 200 000 schizophrènes et près de 300 000 personnes souffrant de psychose maniaco-dépressive, soit l’équivalent de 1 p.cent de la population.Aucun test clinique n’est encore disponible pour établir le diagnostic de ces deux maladies.Celui-ci repose essentiellement sur les conclusions d’une évaluation psychiatrique approfondie pouvant parfois s’étendre sur plusieurs mois.Seuls des traitements pharmacologiques palliatifs comme l’administration de neuroleptiques, d’antidépresseurs ou de lithium, associés à des thérapies de support psychologique, peuvent remédier à certains des symptômes.Il n’existe actuellement aucun traitement curatif.LE CENTRE DE RECHERCHE UNIVERSITÉ LAVAL ROBERT-GIFFARD Le Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard fut créé en 1987 par l'Université Laval, le Centre hospitalier Robert-Giffard et l'Hôtel-Dieu-du-Sacré-Cceur de Québec.Le but : organiser et coordonner la recherche multidisciplinaire en psychiatrie adulte et infantile dans l'est du Québec et en Acadie.D'autres hôpitaux, dont le Centre hospitalier Restigouche à Campbellton au Nouveau-Brunswick et le Sanatorium Bégin du lac Etchemin, se sont récemment joints au Centre de recherche.Le système de santé de ces régions favorise un tel réseau : la majorité des 110 psychiatres y œuvrent en milieu hospitalier.D'autres hôpitaux participent aux différents projets du Centre, dont l'Hôpital de l'Enfant-Jésus et le Centre hospitalier de l'Université Laval à Québec.Le groupe de recherche sur les composantes épidémiologiques et génétiques des psychoses majeures comprend plus de 30 personnes dont des chercheures et chercheurs fondamentaux, des chercheures et chercheurs cliniciens, des étudiantes et étudiants aux 2e et 3e cycles, des stagiaires post-doctoraux, des résidents et résidentes en psychiatrie, des assistants et assistantes de recherche et du personnel de soutien essentiel au projet.Plusieurs psychiatres rattachés à 15 hôpitaux de la région de Québec ont participé au recrutement des familles étudiées.Le groupe se compose de cinq équipes dont les membres sont des spécialistes dans leur discipline respective.Un des aspects uniques de ce projet est l'étroite collaboration entre toutes ces personnes.Les chercheurs principaux sont Vincent Raymond et Michel Maziade.Les cliniciens sont Denis Cliche, Jean-Pierre Fournier, Yvon Garneau, Noël Montgrain, Christian Shriqui et Chantal Caron. 11 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 FIGURE 1 Complexité du génome humain Le territoire à explorer est immense : à l'intérieur du noyau d'une cellule, on trouve 23 paires de chromosomes, constituée chacune de deux brins d'acide désoxyribonucléique (ADN).La totalité de l'information héréditaire est inscrite sur ces 23 chromosomes à l'aide de quatre unités chimiques dénommées « nucléotides » ou « bases azotées » : l'adénine (A) ; la guanine (G) ; la cytosine (C) ; la thymine (T).Il faut environ trois milliards de nucléotides pour former l'ADN d'un individu.Une suite de trois nucléotides constitue un code spécifique pour chacun des 20 acides aminés nécessaires à la synthèse des quelque 100 000 protéines de notre organisme.Une séquence de 10 000 nucléotides en moyenne forme un gène qui encode l'information nécessaire à la synthèse d'une protéine (il faut donc plus de 3 000 acides aminés pour former une protéine).Toute erreur sur le plan du code génétique, comme une altération du nombre de nucléotides ou un changement d'une base azotée par une autre, pourra entraîner une modification de la protéine correspondante.Celte altération, dénommée « mutation », peut être 1 ) silencieuse en ne produisant aucun effet détectable ou 2) pathologique en entraînant une maladie héréditaire ou 3) léthale en survenant lors du développement fœtal et en provoquant un avortement spontané.CHROMOSOME (frn Lxrxm ADN L'EMERGENCE DE LA PSYCHIATRIE GENETIQUE Depuis plusieurs décennies, les spécialistes de la neurochimie tentent de mieux comprendre les mécanismes pathologiques des psychoses majeures.Les progrès ont été fructueux dans certains secteurs de cette recherche, mais la complexité du cerveau limite encore cette approche à l’étude de nouvelles thérapies qui agissent principalement sur les symptômes sans en cerner les causes.Toutefois, il y a une dizaine d’années, une nouvelle discipline, la psychiatrie génétique, est née à la suite de développements enregistrés dans les domaines de l’épidémiologie psychiatrique, de la statistique et de la biologie moléculaire.Cette jeune spécialité médicale ouvre de nouvelles voies d’investigation qui devraient permettre d’élucider les mécanismes à la base de l’étiologie et de la pathogenèse des psychoses majeures.Deux objectifs guident ce type de recherche : 1) découvrir les causes génétiques des maladies mentales à composantes héréditaires; 2) comprendre l’interaction entre ces causes et l’environnement au sens large du terme, ce dernier référant à toute substance ou influence d’origine extérieure à un organisme : diète, virus, stress psychosociaux, composés chimiques, cigarette, etc.Reconnaissant les possibilités de cet axe fort prometteur et l’incidence des maladies mentales au Québec, le Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard a entrepris en 1988 un important programme portant sur les composantes épidémiologiques et génétiques des psychoses majeures (encadré 1).Les trois approches complémentaires de cette nouvelle discipline y sont réunies.Un premier groupe, spécialisé en épidémiologie psychiatrique, procède à l’investigation clinique de familles fortement touchées par les psychoses majeures.Un deuxième, le Laboratoire de neurogénétique moléculaire, étudie l’ordre et la fréquence des différents gènes sur les 23 paires de chromosomes.Enfin, des statisticiens analysent l’association des différents gènes, normaux ou anormaux, avec les individus atteints dans les familles étudiées.Par ailleurs, notre étroite collaboration avec le Centre interuniversitaire des recherches sur les populations (SOREP) facilite la recherche des ancêtres et l’étude de la génétique des populations.Les études faites jusqu’ici démontrent clairement que des facteurs héréditaires (les gènes) jouent un rôle prépondérant dans l’apparition de la schizophrénie3 et de la psychose maniaco-dépressive4.Ces études se divisent en trois types principaux : les études familiales, celles de jumeaux et celles d’adoption.Les études familiales ont permis d’établir que chez les proches de patients et patientes psychiatriques non schizophrènes, le risque d’être atteint de schizophrénie est aussi élevé que celui enregistré dans la population en général, soit environ 1 p.cent.Par contre, chez les proches de patients et pa- tientes schizophrènes, le risque est six fois plus élevé.Des résultats similaires ont été observés chez des familles souffrant de troubles de l’humeur : les proches de patients et patientes atteints de psychose maniaco-dépressive sont de 5 à 10 fois plus susceptibles de souffrir de cette maladie que les groupes contrôles.Dans le langage génétique, on dit que ces deux maladies « s’agrègent » dans les familles à risque.Le deuxième type d’études, qui portent sur les jumeaux, permettent de confirmer le rôle de gènes anormaux comme facteurs prédisposant aux psychoses majeures5,6.Les jumeaux se classent en deux catégories : 1) les jumeaux monozygotes, ou « identiques », qui partagent le même matériel héréditaire; 2) les jumeaux dizygotes, non identiques, qui proviennent de deux fécondations indépendantes et ne partagent qu’environ la moitié de leur matériel génétique, comme des frères et sœurs.Si un jumeau ou une jumelle identique souffre de schizophrénie ou de psychose maniaco-dépressive, la probabilité que son jumeau ou sa jumelle éprouve le même trouble est supérieure à 50 p.cent.Cette probabilité chute à moins de 10 p.cent chez les jumeaux dizygotes de même sexe.Les facteurs familiaux et environnementaux étant relativement semblables à l’intérieur d’une même paire de jumeaux, ces études démontrent que la concordance pour la maladie entre jumeaux monozygotes est beaucoup plus forte qu’entre jumeaux dizygotes.On obtient des résultats similaires avec des groupes de jumeaux séparés en bas âge.Ces études infèrent donc qu’au moins un gène déficient est responsable d’une susceptibilité accrue aux psychoses.Par ailleurs, elles suggèrent également que des facteurs environnementaux interagissent avec ces gènes déficients.En effet, bien qu’un jumeau ou une jumelle monozygote partage les mêmes gènes que son homologue malade, ses possibilités de souffrir de psychose ne sont que de 50 p.cent.Dans un cas sur deux, cette personne restera saine et l’on peut penser que des facteurs environnementaux soit protègent l’individu normal, soit affectent de façon plus marquée celui qui est atteint.D’où l’hypothèse selon laquelle d’autres facteurs non héréditaires moduleraient l’expression des gènes de susceptibilité à la maladie.Le troisième type d’études, les études d’adoption, confirment ces résultats.UN NOUVEL AJ.LIÉ : LA BIOLOGIE MOLECULAIRE Depuis la fin des années 70, les nouvelles technologies de la biologie moléculaire ont engendré dans le domaine médical une révolution d’une portée aussi considérable que l’invention du microscope.Grâce aux progrès du génie génétique, l’étiologie de plusieurs maladies graves est maintenant connue, ce qui ouvre la voie au développement de nouvelles approches diagnostiques ou thérapeutiques.Men- 12 donnons la découverte des gènes responsables de certaines maladies héréditaires comme la myopathie de Du-chenne (une dégénérescence musculaire chez l’enfant), la mucoviscidose (fibrose kystique du pancréas), la neurofibromatose périphérique (dénommée, à tort, « maladie de l’homme éléphant »), la tumeur rénale de Wilms et le rétinoblastome (tumeur du fond de l’œil).Les plus récents succès de la biologie moléculaire portent sur les maladies héréditaires à transmission mendélienne, où, pour chaque pathologie, un seul gène, parmi les quelque 100 000 situés sur les 23 paires de chromosomes humains, est atteint (figure 1).Cette atteinte consiste en une mutation dans la portion d’acide désoxyribonucléique (ADN) codant pour ce gène.L’information génétique codant pour un caractère héréditaire est ainsi altérée.Deux types principaux de maladies mendéliennes sont connus.D’une part, les maladies à caractère récessif, comme la mucoviscidose, se manifestent lorsque les deux gènes équivalents qui proviennent de chacun des chromosomes formant une paire donnée, sont anormaux.D’autre part, pour observer une maladie à caractère dominant, il suffit qu’un seul gène sur un seul des deux chromosomes homologues soit anormal ; l’ostéogenèse imparfaite, une maladie touchant la formation osseuse, est un exemple de maladie à caractère dominant.Toutefois, un grand nombre des 3 000 maladies héréditaires répertoriées résultent de l’altération d’au moins deux gènes ou de l’interaction entre le matériel génétique, l’ADN et l’environnement7.Ces maladies ne suivent donc pas les lois de transmission énoncées par Mendel au siècle dernier; elles sont dites « maladies complexes à transmission non mendélienne ».Les psychoses majeures en font partie, de même que l’hypertension artérielle, les maladies coronariennes, le diabète adulte, certaines formes d’épilepsie et les formes familiales de la maladie d’Alzheimer.Dans ces cas, la présence de gènes déficients rend l’individu plus susceptible d’être éprouvé par l’une des pathologies.Comment identifier les gènes de susceptibilité aux psychoses majeures ?La recherche de ces gènes et de leurs mutations peut se comparer, par exemple, au travail requis pour FIGURE 2 Analyse de l'ADN des membres d'une famille L'ADN nécessaire à la description génotypique de chaque membre vivant d'une famille est extrait de globules blancs obtenus par ponction veineuse.Il est ensuite coupé par des enzymes de restriction qui reconnaissent des séquences spécifiques de 6 à 8 nucléotides et sectionnent l'ADN à ces endroits.On obtient alors des fragments d'ADN, de longueur variable, que l'on sépare par électrophorèse en les faisant migrer à travers un gel d'agarose (les fragments les plus courts migrent plus rapidement).Certains fragments sont ensuite marqués par une sonde radioactive, appelée « marqueur génétique », qui vient s'accrocher comme une étiquette sur les fragments qu'elle reconnaît.Les fragments marqués sont ensuite visualisés par autoradiographie.ÉCHANTILLONS DE SANG COUPURE DE L'ADN PAR ÉLECTROPHORÈSE À TRAVERS UN GEL D'AGAROSE DÉPÔT D'UNE SONDE RADIOACTIVE (MARQUEUR GÉNÉTIQUE) C\ EXPOSITION DU FILM AUX RAYONS X (AUTORADIOGRAPHIE) trouver une faute typographique dans un livre dont le contenu équivaudrait à celui de 23 annuaires téléphoniques de la ville de Montréal ! Comme il serait impensable de lire un tel livre d’une couverture à l’autre, il faut simplifier la méthodologie de recherche.Poursuivons la comparaison.La première étape consiste à localiser le tome contenant le mot mal typography : à l’échelle moléculaire, il s’agit d’identifier le chromosome porteur du gène déficient.Dans un second temps, on doit trouver dans quel chapitre l’erreur est située : le gène déficient est délimité à une région de quelques millions de nucléotides sur le chromosome.Puis, on procède à la lecture du chapitre pour trouver le mot erroné : l’identification finale de la mutation se fait par « séquençage » en déterminant puis en comparant la suite (séquence) des bases azotées du gène déficient avec celle du gène normal d’un individu sain.Analysons plus en détail ces étapes.On effectue d’abord, chez tous les individus vivants appartenant à une même famille, une ponction veineuse afin d’extraire, des globules blancs, l’ADN nécessaire à la description génotypique (figure 2).Comme il faut une certaine quantité d’ADN pour réaliser la totalité des analyses, on immortalise les globules blancs de chaque individu par infection avec le virus d’Epstein-Barr.Les lignées cellulaires ainsi obtenues servent de sources inépuisables d’ADN (toutes les cellules d’une lignée ont le même ADN) et il n’est alors pas nécessaire de faire plusieurs prises de sang.Pour chaque individu, l’ADN est ensuite coupé par des enzymes de restriction qui reconnaissent des séquences spécifiques de 6 à 8 nucléotides et sectionnent l’ADN à ces endroits.On obtient alors des fragments d’ADN de longueur variable que l’on sépare par électrophorèse en les faisant migrer à travers un gel d’agarose (les fragments les plus courts migrent le plus rapidement).Certains fragments sont ensuite marqués par une sonde radioactive, appelée « marqueur génétique », qui vient s’accrocher comme une étiquette sur les fragments qu’elle reconnaît (ces fragments possèdent tous à un endroit la même séquence de nucléotides complémentaire à la séquence de nucléotides composant la sonde).Chaque marqueur génétique étant spécifique d’une région d’un chromosome, le marquage permet de sélectionner dans l’ensemble des fragments d’ADN, ceux et seulement ceux qui présentent cette région.Les fragments marqués sont ensuite visualisés par autoradiographie.Ils apparaissent alors comme des bandes de taille plus ou moins longue (figure 3).Fait intéressant, les patrons de bandes obtenus pour un marqueur donné diffèrent d’un individu à l’autre.En effet, l’ADN de chaque individu (polymorphisme) varie de façon minime par rapport à celui d’un autre, si bien que les enzymes de restriction ne coupent pas l’ADN au même endroit.En comparant les différents patrons de bandes chez les membres d’une famille, on peut alors suivre la transmission de fragments particuliers — chaque paire de chromosomes est constituée d’un brin hérité du père et d’un brin hérité de la mère — et établir des corrélations avec la manifestation de la maladie chez certains membres de la famille (figure 4).Par exemple, si l’on trouve chez un parent schizophrène (l’autre étant sain) et chez ses enfants atteints de la même maladie et seulement chez ceux-là, un même fragment (même taille), on peut penser qu’une mutation (dans notre exemple : l’erreur typographique) dans la région du chromosome « étiqueté » par le marqueur génétique, est liée à l’apparition de la maladie.On appelle cette méthode « analyse de liaison génétique par études de polymorphismes ».Elle a été décrite pour la première fois en 1980 par Botstein, White, Skilnick et Davis8.L’analyse de liaison permet d’attribuer à une maladie héréditaire une déficience dans une portion d’ADN, soit le chromosome ; cela peut se comparer à la recherche de f annuaire contenant l’erreur typographique.Reste ensuite à trouver le chapitre en cause, soit une région proche du gène déficient.Or, l’analyse de liaison nous renseigne également sur la composition de la portion d’ADN qui entoure le fragment suspecté, sur des distances qui peuvent parfois couvrir quelques millions de nucléotides.On peut alors connaître, avec un certain degré d’exactitude, la nature des gènes voisins du fragment qui seront cohérités avec ce dernier.La distance entre le gène de susceptibilité pour une maladie héréditaire complexe (un individu qui possède ce gène est susceptible de développer la maladie) et le fragment est estimée par des analyses statistiques détaillées.Lorsqu’un gène de susceptibilité pour une maladie héréditaire complexe et un marqueur se retrouvent à proximité l’un de l’autre, soit à moins de 20 millions de nucléotides, ils sont dits « liés ».Cette liaison détermine le locus (site) de susceptibilité.De nouveaux marqueurs, plus rapprochés, pourront alors être développés pour restreindre la taille du locus à moins de 2 millions de nucléotides.Gusella et ses collaborateurs démontrèrent dès 1983 la puissance de l’analyse de liaison.En utilisant cette méthode, ils localisèrent le gène associé à la maladie de Huntington (une forme de démence accompagnée de tremblements et de mouvements anormaux) sur une des extrémités du chromosome 49.Cette même technique servit par la suite à localiser les gènes responsables de plus de 20 autres maladies héréditaires.Elle est actuellement employée pour cartographier l’ensemble du génome humain.Pour l’étape ultime, soit la caractérisation de la mutation héréditaire, on a recours aux techniques de séquençage de l’ADN.Au cours des dernières années, cette méthodologie a rapidement évolué.Il est actuellement possible pour un laboratoire de taille moyenne de « lire » près de 10 000 paires de bases azotées par semaine.Il existe même des appareils automatiques qui permettent de sé-quencer l’ADN de 3 à 5 fois plus vite qu’avec les techniques manuelles.Une fois le gène identifié, la mutation pourra être caractérisée.Celle-ci sera étendue et englobée par plusieurs milliers de nucléotides ou ne comprendra que quelques paires de bases.L'IMPORTANCE DES MESURES , CLINIQUES ET EPIDEMIOLOGIQUES Tout progrès en psychiatrie génétique dépend de la validité et de la fidélité des mesures cliniques et diagnostiques.Avant même de pouvoir établir une nosographie valable et comparer les résultats des différentes équipes de recherche, il est essentiel d’obtenir des mesures diagnostiques fiables et reproductibles à l’intérieur d’une même équipe.Il est reconnu que la méthode du « meilleur estimé diagnostique établi par consensus », une 13 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 FIGURE 3 Patron de bandes d'un individu Les fragments d'ADN marqués par un marqueur génétique radioactif apparaissent, après autoradioara-phie, comme des bandes de taille plus ou moins longue.Or, le patron de bandes diffère d'un individu à l'autre : l'ADN de chaque individu (polymorphisme) varie de façon minime par rapport à celui d'un autre, si bien que les enzymes de restriction ne coupent pas ce dernier au même endroit.Sur cette figure, on remarque que les fragments de 0,3 Kb, 9 Kb et 14 Kb sont présents chez tous les individus.L'individu 1 possède en plus les fragments de 1,6 Kb et de 2,4 Kb ; les individus 2 et 3, le fragment de 2,3 Kb.Ces fragments ( 1,6 Kb, 2,3 Kb et 2,4 Kb) sont absents chez les individus 4 et 5.( 1 Kb = 1000 nucléotides) TAILLE DES FRAGMENTS OBSERVES (Kb) 14 FIGURE 4 Comparaison des patrons de bandes d'une famille En comparant les différents patrons de bandes des membres d'une famille, il est possible de suivre la transmission de fragments particuliers et d'établir certaines corrélations avec la manifestation de la maladie chez certains membres de la famille.Ici, par exemple, on peut voir que le fragment de taille 8, porté par deux des filles et le seul fils, provient du père, qui le tient lui-même de sa mère.Par contre, le fragment de taille 5, porté par la grand-mère du côté maternel, n'est pas transmis à la descendance.PEDIGREE D'UNE FAMILLE GRANDS-PARENTS ENFANTS FRAGMENTS FRAGMENTS (Kb) 1000 NUCLÉOTIDES) PATRONS E BANDES LEGENDE HOMME FEMME méthode fondée sur des sources multiples d’informations, est celle qui répond le mieux à ces critères10.Nous avons optimisé cette méthode (figure 5) en retenant trois sources d’informations.Après avoir expliqué l’étude à chaque sujet individuellement, on procède à une entrevue psychiatrique structurée où chaque membre d’une famille, atteint ou en santé, est interrogé par un clinicien ou une clinicienne expérimentés.Pour les besoins de l’étude de la population québécoise, nous avons utilisé une version améliorée d’une entrevue standardisée, le SCID (interview clinique structurée pour les maladies men- tales) 11, ce qui nous permet de comparer nos résultats avec ceux de la majorité des groupes internationaux.Comme les meilleurs répondants sont souvent les proches d’individus malades, on dresse ensuite l’histoire familiale : chaque individu est questionné confidentiellement sur les symptômes des membres de sa famille.Enfin, la troisième source d’informations consiste en une revue des dossiers médicaux.A l’instar du processus moléculaire, cette démarche respecte aussi des règles d’éthique et de confidentialité strictes.Une fois ces informations recueillies, tous les dossiers sont rendus ano- nymes et un comité de quatre psychiatres chercheurs-cliniciens établit un diagnostic par consensus.Les psychiatres ne reçoivent aucune information sur les données moléculaires, le diagnostic du probant et les relations familiales.Selon cette méthode, chaque psychiatre établit un diagnostic de façon indépendante d’après des critères rigoureux décrits par l’American Psychiatrie Association et reconnus mondialement12.Cette tâche comporte deux volets.Il faut : a) déterminer la présence ou l’absence de caractéristiques cliniques spécifiques ; b) utiliser ces critères comme éléments de repère permettant de poser le diagnostic.Dans une minorité de cas, lorsqu’il y a discordance entre les évaluations des psychiatres, il faut soit différer l’établissement du diagnostic pour quelques mois afin d’obtenir plus d’informations, soit attendre que la symptomatologie se précise selon l’évolution clinique.On classifie ensuite les diagnostics selon une hiérarchie permettant de minimiser l’effet du large spectre de symptômes.Une personne souffrant de psychose maniaco-dépressive depuis plusieurs années et ayant, par exemple, subi de nombreux épisodes de manie et de dépression, sera considérée comme sérieusement atteinte alors qu’un individu n’ayant souffert que d’un épisode de dépression mineur sera jugé comme légèrement atteint.Une telle classification permet d’établir un niveau de certitude et de sévérité quant au diagnostic clinique.Ainsi, un individu de personnalité paranoïde sera considéré comme moins atteint qu’une personne souffrant de schizophrénie paranoïde.Cette classification est de plus essentielle pour procéder aux analyses statistiques nécessaires à l’identification des gènes de susceptibilité à la schizophrénie et à la psychose maniaco-dépressive.LES RÉGIONS CHROMOSOMIQUES CANDIDATES ET LES GENES CANDIDATS La connaissance que nous avons de certaines régions chromosomiques et de certains gènes nous permet de soupçonner que ces deux groupes de facteurs pourraient intervenir dans l’étiologie ou la pathogenèse des psychoses : il s’agit des régions chromosomiques dites « candidates » et des gènes dits « candidats ».On effectue dans un premier temps l’analyse de liaison entre les psychoses, d’une part, et ces régions chromosomiques et gènes candidats, d’autre part.Si aucun des marqueurs spécifiques de ces gènes ne se révèlent liés à l’une ou l’autre des psychoses, on procède ensuite à l’analyse de liaison avec d’autres marqueurs de façon à couvrir systématiquement tout le génome humain.Ainsi, l’observation d’anomalies chromosomiques associées aux psychoses permet de démarquer rapidement des régions chromosomiques candidates.Par exemple, une région située sur le bras long du chromosome. 15 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 5 pourrait contenir un gène de susceptibilité à la schizophrénie.En effet, Bassett et ses collaborateurs rapportaient en 1988 qu’un individu et son oncle d’origine asiatique souffrant tous deux de schizophrénie étaient porteurs d’une trisomie partielle du chromosome 513.Cette découverte suscita un immense intérêt.Plusieurs chercheurs explorèrent cette région pour identifier un marqueur qui serait lié à la schizophrénie.Gurling et ses collaborateurs réussirent deux ans plus tard à démontrer une liaison entre des marqueurs localisés sur le bras long du chromosome 5 et la schizophrénie dans des familles provenant de l’Islande et du nord de l’Angleterre14.Or, ces résultats ne peuvent être reproduits dans des familles du nord de la Suède ou de l’Ecosse, ce qui suggère que plusieurs gènes seraient responsables de la susceptibilité à la schizophrénie.Nous analyserons plus loin les principes de cette hétérogénéité génétique.Par ailleurs, des études en cours auprès de populations sélectionnées pourraient aussi nous aider à localiser des régions chromosomiques candidates.Ainsi, la communauté amish de Pennsylvanie est fort intéressante pour la recherche en psychiatrie génétique.Cette communauté vit selon des règles morales strictes : les boissons alcoolisées et la pilule anticonceptionnelle y sont proscrites, le célibat y est découragé.Les femmes sont donc très fertiles et les familles, nombreuses.En 1987, Egeland et ses collaborateurs rapportaient une association étroite entre des marqueurs du bras court du chromosome 11 et la psychose maniaco-dépressive dans un pedigree amish fortement touché15.Toutefois, la réévaluation, en 1989, de personnes nouvellement atteintes et l’ajout de deux branches de ce pedigree à cette étude ne purent confirmer cette association16.La recherche des ancêtres et l’analyse de nouveaux loci de susceptibilité devraient permettre d’établir une association étroite avec d’autres marqueurs.Baron et ses collaborateurs ont rapporté en 1987 une forte association entre le daltonisme relié au chromosome X et la psychose maniaco-dépressive dans quatre familles israéliennes séfarades17.En Belgique, l'équipe de Mendlewicz retrouva aussi une association entre cette maladie et des marqueurs du chromosome X18.Ces derniers, situés à environ 40 mil- lions de nucléotides de ceux du daltonisme, laissent entrevoir encore une fois la possibilité d’hétérogénéité génétique.Tout dernièrement, plusieurs groupes de chercheurs rapportèrent qu’une translocation (un échange de deux bras de chromosomes non homologues) du bras long du chromosome 11 était associée à une susceptibilité accrue aux maladies mentalesl9.Toutefois, chez les trois familles identifiées, aucune symptomatologie particulière n’émergeait.Il se peut qu’un gène résidant sur le chromosome 11 prédispose aux maladies mentales sans être spécifique d’aucune psychose particulière.En accord avec ces résultats, la stratégie d’approche favorisée au Laboratoire de neurogénétique moléculaire est d’étudier d’abord les chromosomes 5, 11 et X comme régions candidates.Une seconde stratégie consiste à tester si les gènes qui codent pour des protéines exprimées spécifiquement au cerveau ne seraient pas liés aux psychoses.En effet, environ 50 p.cent des 100 000 gènes de notre organisme sont exprimés spécifiquement au cerveau.Les gènes codant pour les récepteurs des neurotransmetteurs, comme les récepteurs dopaminergiques ou sérotoninergiques, pourraient être en cause dans l’étiologie des psychoses ; ce seraient de bons gènes candidats.Il est reconnu que les neuroleptiques (médicaments agissant contre les psychoses) bloquent ces récepteurs.Chaque année, plusieurs nouveaux gènes agissant au cerveau sont isolés; chacun représente un nouveau candidat à tester dans nos analyses de liaison.Si ces tentatives se révèlent infructueuses, notre troisième stratégie consiste à couvrir systématiquement tout le génome humain.En utilisant des marqueurs dispersés régulièrement — en moyenne, à tous les 10 à 20 millions de nucléotides —, nous pouvons couvrir le génome avec environ 200 marqueurs.D’après des analyses statistiques, la probabilité qu’un de ces FIGURE 5 Procédures épidémiologiques et moléculaires des études de liaison génétique Schéma des étapes menant à l'analyse de liaison génétique et à la caractérisation d'un locus de susceptibilité.Tous les membres d'une famille sont visités à domicile par l'équipe travaillant « sur le terrain ».Les entrevues, histoires familiales et dossiers médicaux sont rendus anonymes et un diagnostic est établi selon la méthode du meilleur estimé.De façon concomitante, on étudie l'ADN de chaque individu à l'aide de marqueurs génétiques.Grâce à des méthodes statistiques complexes, l'analyse de liaison permet de mettre en évidence un lien entre un marqueur et une maladie.De 100 à 200 marqueurs devront probablement être typés avant qu'on n'établisse une liaison entre un marqueur et la schizophrénie ou la psychose maniaco-dépressive.RÉSEAU DES PSYCHIATRES DE L'EST DU QUÉBEC DEPISTAGE GÉNÉALOGIE DÉMOGRAPHIE ?DIAGNOSTIC PRESENCE DE LIAISON LOCUS DE SUSCEPTIBILITE DE LIAISON ABSENCE MARQUEURS GÉNÉTIQUES COORDONNATRICE DU PROJET PRÉLÈVEMENTS SANGUINS COMITE DE RECHERCHE DIAGNOSTIQUE ANALYSE DE UAISON DOSSIERS HOSPITALIERS HISTOIRE FAMIALE INTERVIEW NEUROGENETIQUE LABORATOIRE DE MOLECULAIRE EQUIPE SUR LE TERRAIN: PSYCHIATRE ÉPIDÉMIOLOGIQUE, ASSISTANTS ET ASSISTANTES PROFESSIONNELS DE RECHERCHE, INFIRMIERS ET INFIRMIÈRES 16 marqueurs se trouve à proximité d’un des gènes de susceptibilité aux psychoses majeures s’élève à plus de 90 p.cent.L'APPORT UNIQUE DE L'EST DU QUEBEC La recherche des gènes de susceptibilité aux psychoses majeures est grandement facilitée par le recrutement de grandes familles.Les études statistiques démontrent que l’information! obtenue à partir d’une analyse de liaison génétique est fonction de la taille de la famille, du nombre de personnes souffrant de la maladie et de la distribution des membres atteints dans cette famille20.Pour un nombre égal d’individus atteints, un pedigree étendu sur plusieurs générations est proportionnellement beaucoup plus informatif que plusieurs familles plus petites.Ainsi, un pedigree contenant plus de 100 membres répartis sur 3 ou 4 générations est extrêmement puissant pour mettre en évidence une liaison génétique.A cet égard, le Québec offre six avantages majeurs qu’on rencontre rarement à l’échelle internationale : 1) des familles nombreuses, où l’on peut encore dénombrer de 10 à 12 enfants et plus par fratrie; 2) une certaine homogénéité génétique sans toutefois constituer un isolat; en effet, le Québec est une société moderne de 6,6 millions d’habitants, principalement des Québécois d’origine française mais aussi des autochtones, des Britanniques, des Ecossais, des Irlandais, des Allemands, des Américains de la Nouvelle-Angleterre, etc.21; 3) une stabilité démographique, résultant à la fois des rigueurs du climat (rappelons-nous l’isolement hivernal des populations de la Gaspésie, des îles de la Madeleine ou du Saguenay—Lac-Saint-Jean, il n’y a que quelques décennies) et de la ténacité à vouloir conserver notre identité culturelle ; 4) des registres des naissances, mariages et décès intacts remontant jusqu’au XVIIe siècle, facilitant la recherche des ancêtres ; 5) un système de santé gratuit et universel ; 6) un taux de participation exceptionnel des membres des familles touchées par les maladies étudiées.Grâce à la collaboration des départements de psychiatrie de 15 hôpitaux de la grande région de Québec, nous avons recruté plus de 50 familles de taille moyenne (plus de 30 personnes vivantes) où au moins 3 membres souffraient de schizophrénie ou de psychose maniaco-dépressive.Au stade du dépistage, nous avons identifié plus de 40 familles atteintes de schizophrénie plus ou moins avancée (tableau 1).Certaines de ces familles comprennent jusqu’à 16 frères et sœurs, et comptent jusqu’à 6 membres malades.Par ailleurs, dans les 29 familles recrutées souffrant de psychose maniaco-dépressive à des degrés divers, les fratries peuvent comprendre jusqu’à 18 enfants avec parfois 6 membres atteints (tableau 2).Déjà, à ce stade, nos résultats surpassent ceux de Pulver obtenus dans l’Etat du Maryland.En effet, à partir de 258 familles recrutées sur une période de 5 ans, Pulver ne put répertorier que 36 familles avec plus de 2 membres d’une même fratrie atteints d’un trouble psychotique ou ayant été hospitalisés pour des raisons psychiatriques22.Une des principales raisons du taux de dépistage si élevé au Québec est la taille moyenne des familles québécoises, qui est plus importante que celle des familles américaines.Le taux de malades n’est donc pas plus élevé.La grande mobilité de la société américaine fait aussi qu’il est très difficile de retrouver tous les membres d’une même famille dans des régions avoisinantes.Plusieurs des pedigrees de l’est du Québec furent étendus sur plus de 3 générations (figure 6).Chacun comprend entre 350 et 500 membres vivants et certaines branches comptent de 12 à 15 p.cent de personnes définitivement atteintes.Ces familles re- groupent des membres de toutes les classes de la société, hommes et femmes à part égale.Chacun des grands pedigrees devrait être suffisamment important pour qu’on puisse localiser un gène de susceptibilité aux psychoses majeures.Etant donné l’homogénéité relative de chaque grande famille, il sera toutefois difficile de généraliser à l’ensemble de la population les conclusions obtenues quant aux interactions entre les facteurs héréditaires et environnementaux.En effet, ces grandes familles pourraient être influencées, par exemple, par les mêmes stress psychosociaux ou un même virus, différents de ceux d’une grande population contrôle.L’étude des pedigrees de taille moyenne nous permettra cependant d’appliquer ces conclusions à l’ensemble de la population.Comme plusieurs individus de TABLEAU 1 Dépistage des familles éprouvées par la schizophrénie dans l'est du Québec Ce tableau présente les diagnostics au stade préliminaire, avant leur évaluation par le comité de recherche diagnostique.Un premier individu, le probant, est contacté.Le statut des proches est ensuite déterminé par l'équipe sur le terrain.Dans une même famille, plusieurs membres peuvent être atteints.Certaines, qui comptent jusqu'à 16 frères et soeurs, ont 6 membres malades.Taille de Nombre de Nombre de frères ou sœurs atteints en plus du probant Nombre de parents atteints la fratrie familles 1 2 3 4 >5 1 2 1 2 2 0 2 1 0 - 0 0 3 3 1 0 2 0 4 2 0 0 0 - 2 0 5 4 1 0 0 0 2 0 6 5 1 0 0 1 0 2 0 7 4 2 0 0 1 0 1 0 8 2 1 1 0 0 0 1 0 9 9 3 2 3 1 0 2 0 10 6 2 1 1 0 0 1 0 11 1 0 1 0 0 0 0 0 12 6 1 3 0 0 0 1 0 13 1 1 0 0 0 0 0 0 14 0 0 0 0 0 0 0 0 15 2 1 0 0 0 1 0 0 16 2 1 0 0 0 0 1 0 Total : 50 15 8 4 3 1 17 0 17 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 TABLEAU 2 Dépistage des familles éprouvées par la psychose maniaco-dépressive dans l'est du Québec Ce tableau présente les diagnostics au stade préliminaire avant leur évaluation par le comité de recherche diagnostique.Sur les 29 familles retenues, la plus importante (18 frères et sœurs) a 6 membres atteints.Une des principales raisons de ce taux de dépistage élevé est la taille moyenne des familles québécoises, qui est plus importante que celle des familles américaines.Le taux de malades n'est pas plus élevé.Taille de Nombre de Nombre de frères ( )u sœurs atteints en plus du probant Nombre de parents atteints la fratrie familles 1 2 3 4 >5 1 2 1 0 0 0 2 2 2 1 3 2 0 0 0 0 4 2 1 0 0 2 0 5 5 2 0 1 0 1 0 6 3 2 0 0 0 0 1 0 7 0 0 0 0 0 0 0 0 8 4 1 0 2 0 0 2 0 9 1 0 0 0 0 0 1 0 10 0 0 0 0 0 0 0 0 11 2 0 0 0 1 0 1 0 12 3 1 1 0 0 0 1 0 13 0 0 0 0 0 0 0 0 14 1 0 0 0 0 0 0 0 15 1 1 0 0 0 0 0 0 16 1 0 0 0 0 0 0 0 17 1 0 0 0 1 0 1 0 18 1 0 0 0 0 1 1 0 Total : 29 10 1 3 2 1 12 0 ces grandes familles sont déjà âgés entre 60 et 80 ans et que le taux de natalité au Québec a considérablement diminué, une de nos priorités est d’obtenir rapidement la participation des aînés et aînées.LES FACTEURS CONFONDANTS ET LEURS SOLUTIONS Des facteurs peuvent masquer la mise en évidence d’une liaison entre un marqueur génétique et les deux maladies héréditaires à transmission non mendélienne que nous étudions.Des méthodes d’analyse statistique complexes ont été conçues pour contrer l’effet de ces facteurs dits « confondants ».Ainsi, un sujet atteint d’une psychose pourrait n’être porteur d’aucune mutation, sa maladie résultant de causes non héréditaires comme l’absorption de substances psychoactives ou un stress exogène.La présence des phénocopies (sujets malades mais non porteurs de la mutation génétique) peut diminuer de façon significative la puissance des analyses de liaison.Pour pallier l’action des phénocopies, les personnes faisant usage de substances psychoactives sont exclues de nos études.L’utilisation de critères rigoureux de classification et l’établissement d’une hiérarchie où seulement les cas sévèrement atteints sont considérés comme malades, minimisent aussi l’effet des phénocopies.Le phénomène inverse peut survenir.Un individu peut être porteur de la mutation mais demeurer sain — peut-être parce qu’il est protégé par des facteurs non héréditaires encore inconnus.Ce phénomène de pénétrance variable (la maladie saute une génération) altère à un moindre degré les analyses de liaison.Les programmes de statistiques peuvent être facilement modifiés pour tenir compte de ce phénomène.Deux à dix gènes de susceptibilité pourraient être responsables de l’une ou l’autre des psychoses.Pour contrer ce phénomène d’hétérogénéité génétique (plusieurs gènes déficients provoquant la même maladie), certains groupes de recherche ont calculé qu’il faudrait un minimum de 50 à 100 familles nucléaires (deux parents et leurs enfants, où deux membres sont atteints) pour homogénéiser les différentes contributions géniques.Une meilleure approche consisterait à identifier des familles nombreuses souffrant de l’une ou l’autre des psychoses20.Ces grandes familles étant relativement homogènes, on prévoit une seule mutation pathologique.À cet égard, comme nous l’avons déjà mentionné, la population du Québec présente des caractéristiques avantageuses qui nous permettent de pallier l’hétérogénéité génétique.L’âge d’apparition des symptômes, qui varie d’un individu à l’autre, peut aussi diminuer la puissance des analyses.Une personne saine à l’âge de 20 ans pourrait devenir schizophrène cinq ans plus tard.La pénétrance de la maladie observée en 1990 serait donc inférieure à celle mesurée en 1995.L’évaluation sur une base régulière, c’est-à-dire tous les trois ou quatre ans, de tous les membres d’une famille est indispensable pour détecter tous les cas atteints.Pour ce qui concerne les maladies complexes, la considération des facteurs confondants est essentielle à la mise en évidence d’une liaison génétique.LE DÉFI DES ANNÉES 90 U y a moins de 20 ans, connaître la séquence d’un gène relevait du domaine de la science-fiction.Aujourd'hui, on organise de vastes laboratoires où le génome humain sera entièrement séquencé.Une des premières étapes ou visées de ce mégaprojet est d’obtenir une carte détaillée du génome.Cette carte, dont on disposera d’ici cinq à dix ans, devrait permettre de couvrir l’ensemble du génome de marqueurs distants de 1 à 5 millions de nucléotides.Ces derniers nous aideront à définir de meilleures stratégies d’analyse.La conception de nouveaux systèmes de polymorphismes.permettant de détecter plus de tailles variables de fragments, augmentera aussi la vitesse à laquelle les différentes régions chromosomiques pourront être explorées.Enfin, une technologie de pointe, l’amplification des séquences spécifiques de l’ADN par la réaction en chaîne à la polymérase (PCR : Polymerase Chain Reaction) révolutionne actuellement la biologie moléculaire.Cette technologie permet d’analyser plusieurs marqueurs 18 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 FIGURE 6 Pedigree type d'une famille éprouvée par la schizophrénie Pour garder la confidentialité, un pedigree de taille moyenne représentatif mais non réel, est dessiné.Certaines branches sont libres de maladie mentale, d'autres ont fortement été touchées par la schizophrénie ; cela suggère la présence d'une transmission dominante.On peut facilement étendre un tel pedigree à plus de 300 individus grâce aux caractéristiques uniques de la population de l'est du Québec.^0 9 éf sr p • ?o^opo do o h 6 ?9 9~ 9 (j> O» 9 o^515tïj9 ?¦?Ai o SAApoAcopA AAoAAAopp popAppA AiSi LEGENDE ?HOMME srO PROBANT 0 SCHIZOPHRÉNIE PROBABLE ?DÉPRESSION RÉACTIONNELLE E PSYCHOSE MANIACO-DÉPRESSIVE 0 FEMME 0 DÉCÉDÉ Ô SUICIDE Q SCHIZO-AFFECTIF ¦ SCHIZOPHRÉNIE simultanément et, combinée à des systèmes de polymorphismes complexes, elle fournit une vaste quantité d’informations pour chacun des marqueurs testés.Il est alors raisonnable de croire qu’un marqueur fiable pour l’une ou l’autre des psychoses sera identifié au cours des prochaines années.Avant même de pouvoir caractériser un gène de susceptibilité, il nous sera possible de mieux comprendre le rôle des facteurs environnementaux.Les enfants et adultes à risque, porteurs des gènes pathologiques, pourront être identifiés; ils seront suivis à l’aide d’études longitudinales pour évaluer les facteurs non héréditaires qui interagissent avec les facteurs génétiques.En éliminant ou en diminuant ces facteurs de risque, il sera peut-être possible de prévenir l’apparition de la schizophrénie ou de la psychose maniaco-dépressive, ou tout au moins, de diminuer la sévérité des symptômes.Par ailleurs, l’identification de marqueurs génétiques aidera le clinicien ou la clinicienne à établir un diagnostic plus précoce, améliorant ainsi la qualité des traitements subséquents.La caractérisation du gène ouvrira de nouvelles voies à la compréhension des méca- nismes étiologiques et au développement de thérapies agissant directement sur la cause de la maladie.¦ Remerciements Nos travaux bénéficient de subventions accordées par le Conseil de recherches médicales du Canada, le Fonds de la recherche en santé du Québec et la Fondation canadienne de la recherche en psychiatrie.Nous remercions Rock Boivin et Paule Marcotte pour les judicieux commentaires qu’ils ont apportés lors de la lecture de ce texte.Références 1.JONES, B.« Developing a National Plan for Schizophrenia Research », Can.J.Psychiatry, 1990, vol.35, p.655-656.2.KAPLAN, H.I.et SADOCK, B.J., éd.Comprehensive Textbook of PsychiatiylV, 5e édition, vol.1, Baltimore, Williams and Witkins, 1989.3.McGUE, M.et GOTTESMAN I.I.« A Single Dominant Gene Still Cannot Account for the Transmission of Schizophrenia », Arch.Gen.Psychiatr., 1989, vol.46, p.478-479.4.REICH, T., RICE, J., CLONINGER, R„ WETTE, R.et JAMES, J.« The Use of Multiple Thresholds and Segregation Analysis in Analysing the Phenotypic Heterogeneity of Multifactorial Traits », Ann.Hum.Genet., 1979, vol.42, p.371-389.5.KENDLER, K.S.« 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INTERFACE MARS • AVRIL 1991 \\ 'SrV' ->• *£> wm wwmm m vr+ïz*-:*- Œ^^ViÆÎ-y- mm mm /s»*.' ^SHA ^miêm WÊ&ÿH &£!&&&$ r^Vï LES CROYANCES DES QUÉBÉCOIS PAR RAYMOND LEMIEUX Les Québécois croient-ils en dieu ?AUX EXTRATERRESTRES ?AUX ASTRES ?AU DESTIN ?DE FAIT, IES CROYANCES TRADITIONNELLES, PRINCIPALEMENT CELLES ISSUES DE LA TRADITION JUDÉO-CHRÉTIENNE, SONT ACTUELLEMENT MISES À L'ÉPREUVE.ELLES FONT FACE À UN VÉRITABLE « MARCHÉ DE CROYANCES» OÙ CHACUN PEUT, SELON SES ASPIRATIONS, SES BESOINS, SON EXPÉRIENCE PERSONNELLE, « MAGASINER » SA PROPRE CROYANCE.Raymond Lemieux est directeur du Groupe DE RECHERCHE EN SCIENCE DE IA RELIGION À l'Université Laval.Il dirige également le PROGRAMME DE MAÎTRISE EN SCIENCES HUMAINES DE IA RELIGION.ul ne conteste la prodigieuse évolution de la culture religieuse au Québec depuis 30 ans.Mais l’analyse des résultats de cette évolution est loin de faire l’unanimité.Pendant les années 70, l’inter- prétation dominante de la situation religieuse a été celle de la sécularisation.Le ciel québécois traditionnel s’était effondré.On en conservait certes la nostalgie dans certains milieux, mais il fallait bien accepter le fait que le Québec n’était plus un « pays de chrétienté ».Du monolithisme d’autrefois, dont l’image quelque peu mythique avait été exploitée sans remords par les théoriciens et les propagateurs de la Révolution tranquille, on était en train de passer à une société d’où la religion était vraisemblablement en voie de disparaître, face à la victoire présumée de la raison.Les années 80 ont quelque peu forcé la révision de cette conclusion.La prolifération des mobilisations religieuses, souvent paradoxales, à l’extérieur comme à l’intérieur du catholicisme institutionnel, le développement des « sectes » (entendant par ce mot tout ce qui n’est pas conforme à l’idée qu’on se fait de la tradition), des mouvements ésotériques, des gnoses et des spiritualités, les neiias iffimff INTERFACE MARS • AVRIL 1991 &* :V>; X ;C |g|ægngæ&&££ g^SÉÉ&É! iip ltsB»J ¦MB ils»» quêtes du Nouvel Age comme les résurgences intégristes ou fondamentalistes sont devenues choses évidentes.Au moins 800 groupes de toutes sortes, couramment appelés nouvelles religions, s’activent dans la seule région de Montréal, selon les estimations du Centre d’information sur les nouvelles religions.On en compte plus de 10 000 aux États-Unis.Les spiritualités dites « alternatives » trouvent facilement place en librairie et dans les mass média, d’où elles alimentent des réseaux qui traversent les frontières confessionnelles et les appartenances religieuses.Bref, on parle désormais moins de sécularisation, comme si l’histoire avait un sens qui ne pouvait se réaliser que dans l’assomption de la raison technique, que dans un éclatement du religieux.Celui-ci se manifeste souvent dans des formes inédites, non plus tributaires d’une tradition unique mais traduisant des influences et des inspirations multiples.Il confronte les traditions dans un monde devenu lieu d’échanges sans limites, marché des représentations globales où chacun fait provision de sens, dans une pratique de la religion à la carte1,2 Si les Québécois et Québécoises ne peuvent définir clairement leurs appartenances religieuses, comme on suppose qu’ils le faisaient autrefois, disposent-ils en contrepartie de points de référence capables de structurer leur vision du monde et de donner sens commun à leur vie?Si le marché du religieux s’adresse d’abord aux individus qu’il pourvoit de consommations de sens, comment réagissent-ils à ses sollicitations?Au-delà des groupes, des intérêts, voire des idéolo- gies, nommément religieuses ou non, qui se font concurrence à court terme, n’y a-t-il pas un imaginaire religieux qui perdure ?Bref, si les appartenances sont éclatées, qu’en est-il des représentations du monde ?Telles sont les questions qui ont été à l’origine de la recherche menée, pendant quatre ans, par une équipe rattachée au Groupe de recherche en sciences de la religion de l’Université Laval (encadré 1).QU'EST-CE QU'UNE CROYANCE?Il n’est pas facile d’aborder directement, par la seule recherche empirique, un univers de représentations.Très peu de chercheurs ou chercheures l’ont fait jusqu’ici.À première vue, c’est un champ de sables mouvants : opinions, préférences, principes moraux, idéologies, savoirs de toutes provenances, traditions, valeurs, modes langagières s’y côtoient.Rien n’y laisse présager une nervure capable de guider la recherche.Il a donc fallu, au point de départ, effectuer des découpages arbitraires pour tenter de définir ce qu’on voulait chercher.C’est à une telle exigence heuristique qu’a d’abord répondu le concept de croyance.Qu’entend-on par cette expression ?Tout simplement, les « énoncés — c’est-à-dire des faits de langage — concernant des réalités objectives ou posées comme telles, énoncés non vérifiables par les moyens normaux de la raison mais mobilisateurs pour les sujets ».Nous n’exphciterons pas ici tous les termes de cette définition.Disons simplement qu’elle s’est révélée opérationnelle au moment de la recherche empirique.À travers elle, les membres du Groupe ont été mis en présence d’un ensemble d’énoncés de croyance, plus de 450 dès la première étape de la recherche, allant des plus généraux, comme dieu, l’univers, le cosmos, l’être suprême, l’amour, la justice, la paix, aux plus particuliers : mon ange gardien, ma carte du ciel, l’influence de la Lune, la force intime du moi, l’énergie trouvée dans tel rite de fusion au cosmos, tel être extraterrestre, les feuilles de thé, etc.À l’analyse, cet univers d’énoncés présentait une structure qui a servi de base aux recherches subséquentes.On a ainsi pu en extrapoler quatre pôles définissant deux axes par rapport auxquels chaque énoncé peut prendre sa place.Ces quatre pôles sont ceux des croyances « religieuses », des croyances de type « cosmique », des croyances renvoyant au « moi » et des croyances de type « social » (figure 1).Les croyances « religieuses » proprement dites correspondent à des signifiants provenant d’une tradition religieuse dénommée et identifiée.Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de l’univers religieux catholique et plus largement judéo-chrétien : Dieu, Marie, la Providence, les saints, la grâce, les sacrements, l’Église, la prière, etc.Les signifiants de ce type représentent environ 45 p.cent de tous ceux qui ont été recueillis.Dans les croyances de type « cosmique », les signifiants, provenant des cosmogonies contemporaines, traduisent une vision immanente et totalisante capable d’expliquer la formation et le développement de l’univers, de même que la place des être humains dans celui-ci.Ce pôle, représentant près de 25 p.cent des énoncés recueillis, est lui aussi très varié dans ses contenus : il inclut tout autant les extraterrestres mis au monde par la science-fiction ou les cosmogonies diffusées par des groupes religieux ésotériques, que l’ordre immanent de l’univers, le cosmos, le déterminisme matériel, l’influence des astres, la force régénératrice de la nature de même que des notions plus vagues, comme le destin.MES TEMPS DE LA RECHERCHE Premier temps : constitution d'une banque d'énoncés de croyance et analyse de contenu de ce matériel.Méthodologie : encart publié dans 15 journaux régionaux, où l'on demandait de répondre à deux questions : En quoi croyez-vous ?En quoi les autres autour de vous croient-ils ?Loin de représenter une liste exhaustive, les résultats n'en fournissent pas moins un matériel permettant d'effectuer des regroupements significatifs.Deuxième temps : test des catégories obtenues auprès d'un échantillon de la population de la région 03 (région de Québec).Méthodologie : 150 entrevues semi-dirigées.L'échantillon respede les catégories d'âge, de sexe, de niveau de vie et d'habitat qu'on trouve dans la région.Celle-ci, choisie d'abora pour des raisons d'économie — l'équipe de recherche pouvant y circuler à peu de frais — est également ¦ iludd, ceimime us Idole Ht» l’éoducés isenidt me foies I foil®- I renée a j nuis », te ! K», te ( s te fall i te situai;-iée.ta iils'isi : : Dieu, sas.!j •b, Il ecetypî ni® $ ‘ ffll-suite s, iriiiii- eiioiali- livers, é \00 518# dans ss «lie»’ tp* uo#6 sub* 0@ iste,! ji# .«if *K Jp FIGURE 1 LA STRUCTURE DES CROYANCES RELIGIEUX SOCIAL • MOI COSMIQUE L'axe religieux-œsmiquea comme caractéristique de poser une réalité extérieure à l'être humain comme fondement de la vision du monde, altérité transcendante dans le cas du religieux (la plupart du temps référence aux traditions chrétiennes), immanente dans le cas du cosmiaue, référence à un ordre du monde inscrit dans la nature ou dans le cosmos.L'axe social-moi définit plutôt un mode d'appropriation du monde, articulé sur la réification des valeurs collectives à un pôle et sur celles du moi à l'autre pôle.S'il y a théoriquement antagonisme des pôles religieux et cosmique, de même que des pôles social et du moi, il peut très bien y avoir complémentarité des pôles n'appartenant pas au même axe.La force du moi, capable de sortir de toute impasse, peut se concevoir comme une parcelle de la force cosmique.L'amour, susceptible de sauver le monde, peut être l'expression privilégiée du divin, etc.Ainsi s'articule une structure de l'imaginaire qui n'est pas, comme on pourrait le penser trop rapidement, le fruit du hasard, mais qui permet à chaque individu de concevoir le monde et de lui donner sens à partir d'une production de cohérence qui lui est propre.Les croyances renvoyant au « moi » sublimé et réifié, capable par sa seule réalité de résoudre ou dépasser les problèmes liés à la contingence du vécu et possédant, lui aussi, une force intime inaliénable, caractérisent le troisième pôle.Cette force est parfois décrite comme une parcelle de la divinité cosmique (au total, 18 p.cent des énoncés).Enfin, les croyances de type « social » (11 p.cent des énoncés) renvoient à la réification de valeurs comme l’amour, la paix, la justice, l’intelligence, la raison, le progrès, toutes réalités susceptibles de « sauver » les être humains, dans une vision « œcuménique » du monde.L’antithèse en est représentée d’ailleurs par les forces du mal, la haine, la guerre, les exclusions, etc., qui sans cessent mettent en danger ce salut.Chaque pôle représente, on le voit, un univers de significations offertes par le marché des croyances.Ce marché est lui-même extrêmement ouvert et capable d’intégrer des produits concurrentiels dont les finalités sont théoriquement contradictoires.L’exemple le plus typique de cette situation est celui de la croyance en la réincarnation, croyance exogène à la culture québécoise que 25 p.cent des personnes interrogées à l’occasion de divers sondages acceptent volontiers, alors même que bon nombre d’entre elles acceptent en même temps la croyance en la résurrection telle que diffusée par les traditions chrétiennes.Ces dernières continuent d’ailleurs de détenir, sur ce marché, une importance loin d’être négligeable.Elles sont cependant influencées profondément par d’autres croyances, notamment par celles qui semblent être en progression, telles les croyances du type cosmique : les extraterrestres, les astres, etc.Les pôles qu’on vient de décrire, en effet, sont interactifs : ils ne sont pas exclusifs les uns des autres mais ils peuvent très bien, parfois tous les quatre en même temps, contribuer à la conscience du monde d’un individu donné.Ainsi, une dame d’une quarantaine d’années, catholique pratiquante, expliquait sa guérison d’une maladie grave par l’intervention de la « providence », ses succès en affaires par la force de son « moi » et son divorce comme conséquence du « des- tin ».Les croyances sont acceptées par les individus non pas parce qu’elles s’imposent de l’extérieur mais plutôt dans la mesure où elles démontrent leur pertinence.Chaque attribution prend, dans l’imaginaire individuel, une place relative.De l’extérieur, le résultat peut paraître hétéroclite.De l’intérieur, il révèle autant de façons pour les sujets de définir leur cohérence propre par rapport au monde.Tout arrangement peut devenir sensé quand il est jugé à la lumière de l’expérience de la personne qui l’énonce.La cohérence que chaque individu donne à ses représentations ne correspond pas d’abord à une logique rationnelle, dogmatique ou empiri-co-déductive.Les croyances sont des essais de réponse à des quêtes de sens.Leur logique n’est pas seulement cognitive ; elle est, prioritairement, effective.L’individu adhère à une croyance dans la mesure où elle l’affecte, où ses effets positifs sont repérables dans son expérience des choses, où elle a, pour lui, du bon sens.Il n’y adhère pas comme à une nécessité universelle, intéressante par ses caractéristiques.On y trouve un centre métropolitain avec ses banlieues, un milieu rural relativement homogène et un ensemble important de petites villes dans Portneuf, Charlevoix, le long de la rivière Chaudière, etc., petits centres qui sont autant de pôles intermédiaires d'une dynamique culturelle en voie d'urbanisation.De plus, cette région du Québec est particulièrement homogène sur le plan ethnique.On peut donc penser y trouver le portrait du Québécois moyen, celui dont les assises culturelles renvoient à la tradition.Troisième temps : mise à l'épreuve de certains énoncés particuliers, dont le signifiant « dieu ».Méthodologie : enquête par questionnaire auprès d'une population de jeunes adultes (20-35 ans), auprès d'une population d'élèves de 3e, 4e, 5e secondaire et enfin auprès d'une population à échantillons stratifiés (600 personnes).21 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 mais comme à une façon vraisemblable de répondre aux questions de sens qui se posent, actuellement, dans sa vie.Il pourra en changer, tout comme il sait qu’il en a déjà changé dans le cours de son histoire personnelle (encadré 2).UNE DYNAMIQUE DU PROVISOIRE La validité d’un objet de croyance, pour la personne qui l’adopte, ne s’établit pas a priori.Elle n’est pas non plus reconnue une fois pour toutes.Au contraire, l’objet de croyance doit continuer d’être crédible.Il doit pouvoir être expérimenté dans ses effets bénéfiques — pour continuer d’être appréhendé positivement.Une des caractéristiques majeures du monde contemporain des croyances, est que les individus qui les adoptent sont la plupart du temps conscients de la fluidité et du caractère provisoire de leur position.Chacun sait comment, dans le courant de son existence, il a été amené à modifier ses visions du monde.Il lui est possible d’identifier les influences et les événements qui ont présidé à ces transformations.Il présume donc qu’il pourra encore être amené à en changer.Malgré leur caractère à première vue hétéroclite, toutes les croyances présentent pourtant un trait commun : elles sont pour l’individu l’expression d’une voie de salut, c’est-à-dire de sa capacité de dépasser les blocages et les contingences de sa vie.Le fait qu’on soit capable d’en envisager le caractère provisoire ne signifie pas qu’on n’y tient pas.Loin de là.On sait très bien que sans ces « réalités » d’où se nouent les représentations du monde en un système cohérent, il n’y aurait plus de sens possible, voire plus de raison de vivre, et que l’ordre du monde lui-même deviendrait friable.Il peut paraître paradoxal de trouver en même temps, comme structuration formelle de la conscience du monde, le sens du relatif et celui du nécessaire.Le religieux, pour être bien compris, ne suppose-t-il pas le rapport à l’absolu ?Or, — sans doute est-ce pour le Québec un des effets majeurs de la Révolution tranquille — les fondements psychosociaux de l’acte de croire ne reposent plus, s’ils l’ont déjà fait, sur des expressions dogmatiques structurant un imaginaire collectif capable d’imposer ses paramètres aux W/ÆM MM! iC.r£»v t »V r*VV C;.».>.!/• ÜS&s® PlSiSiw mm individus.Ils se donnent d’abord dans un rapport à l’expérience.L’épreuve du vécu est dans leur cas déterminante et sert de preuve, s’il en faut.En conséquence, les normes qui en découlent sont les résultats d’inductions plutôt que de déductions.La première raison qu’on donne généralement, en entrevue, pour justifier telle ou telle croyance, qu’elle soit de nature religieuse ou autre, est qu’elle est utile : on en a besoin dans la vie, on en a expérimenté les effets.Si cette utilité n’est pas actuelle, on pense qu’on devra peut-être y avoir recours un jour.C’est grâce à elle qu’on surmontera les mauvais coups.Ainsi, quand on adopte une croyance, c’est qu’elle est devenue subjectivement incontournable : sans elle, comment pourrais-je vivre ?Ensuite seulement viennent des motifs qu’on pourrait qualifier de « rationnels » : elle est vraisemblable, raisonnable (elle a du bon sens) ; elle est justifiable devant les autres et même potentiellement universelle : si tous et toutes croyaient ainsi, que le monde serait meilleur.Pour la majorité des personnes interrogées, en effet, les croyances dominantes (celles qui sont affirmées avec le plus de vigueur et généralement en premier lieu) continuent d’être religieuses au sens traditionnel du terme.Dieu y prend une place centrale, de même que les autres signifiants chrétiens majeurs tels Jésus — l’ami, sinon le rédempteur —, la Vierge, les saints.Ces croyances dominantes sont cependant la plupart du temps assorties d’emprunts à d’autres pôles.Il existe dès lors toutes sortes de liens entre dominantes et sous-dominantes, liens dont on peut dresser le tableau, comme l’a fait Micheline Milot3.En règle générale, quand les dominantes sont religieuses, les sous-dominantes viennent soit les corriger, soit en compléter la portée en leur servant d’auxiliaires, ou en redéfinir le contenu et parfois en transformer le sens complètement.Ainsi, on peut croire en la Providence mais, pour tel ou tel événement de la vie, préférer s’en remettre aux forces inscrites en soi-même ou à celles des astres.On peut aussi croire en Jésus mais l’appréhender à travers des lunettes cosmologiques, comme un autre des êtres merveilleux qui, peuplant l’univers, apportent périodiquement des brides de salut aux êtres humains.Ainsi, 85 p.cent des Québécois et Québécoises déclarent volontiers, aujourd’hui encore, « croire en Dieu »4, taux peu éloignés, remar-quons-le, de ceux de 19715 et 19656.Mais si le signifiant « dieu » fait la quasi-unanimité, qu’en est-il du signifié 1 Qui est ce Dieu des Québécois et Québécoises ?Une croyance est avant tout l’expression d’une quête de sens.Cette quête, cependant, n’est pas arrêtée.Elle est moins celle d’un monde défini que celle d’un monde sans cesse en train de se définir, d’un monde fragile, jamais assuré de sa direction.Par ailleurs, quand les dominantes sont de type cosmique ou polarisées par le moi, on ne trouve que difficilement un tel travail de correction et de Il évoque, dans les faits, une réalité contrastée où le paradigme « personne » de la représentation de Dieu, celui qui est diffusé par le christianisme, n’est plus celui qui domine ’imaginaire québécois.Pour la majorité des personnes interrogées, en effet, le signifiant « dieu » représente « moins une personne » qu’une « dimension cachée du cosmos », « de moi-même » ou « du social » (encadré 3).Il permet de parler des « espaces cachés », de railleurs, mais il est devenu impossible de le contenir dans le cadre représentationnel judéo-chrétien, tel que la Tradition l’a livré.Il continue de donner sens au monde, de présider à son commencement et à son terme, de servir de support à l’élaboration d’un sens de la vie, mais il peut le Dans cette quête de sens, toutes les croyances n’ont pas le même statut.Certaines dominent alors que d’autres viennent en appoint.Certaines garantissent, par exemple, l’orientation générale de la vie ; d’autres ne sont évoquées que dans des circonstances particulières dont on reconnaît le caractère épisodique.Pourtant, elles s’influencent constamment les unes les 2.LA REGULATION DES CROYANCES Il n'y a pas de croyances folles.Toute structuration de l'imaginaire est un essai de donner sens à l'existence, visant à répondre à des Impératifs de survie, c'est-à-dire de dépassement des blocages actuels, concrets, qui font de l'expérience humaine une expérience des limites.Certaines croyances dominent le champ de la culture.Elles sont portées par des groupes, des institutions et des traditions.A travers eux, elles exercent une sorte de régulation sur les autres, proposant les distinctions communes entre le « normal » et l'« anormal ».Elles assurent les cadres de référence normaux de la représentation du monde à une époque et dans un milieu donnés, les bases de la stabilité socio-culturelle.C'est ainsi qu'au Québec, quand on dit « croyances », on entend spontanément « croyances religieuses » et quand on dit « religion », on entend christianisme, ou catholicisme, oubliant que le champ religieux déborde largement celui des institutions cherchant à le contenir, et que les représentations du monde, pour faire sens, n'ont pas besoin de ce cadre religieux traditionnel.Au contraire, dans une société médiatique qui offre quotidiennement aux individus le spectacle d'un monde autres.Elles font de la conscience individuelle un champ dynamique qui non seulement traduit les transactions du sujet avec le monde mais qui l’instaure dans un processus toujours renouvelé d’adaptations à ce monde et à ses contraintes.Les croyances individuelles reflètent, en cela, une dynamique de la culture.redéfinition.Elles s’affirment, au contraire, dans l’autonomie et souvent la rupture par rapport au religieux.Autrement dit, les croyances provenant du tronc religieux judéo-chrétien paraissent vulnérables face aux autres instances de l’imaginaire.Elles se défendent mal de leurs influences, alors que l’inverse est moins vrai.Par exemple, les personnes pour lesquelles le cosmique est dominant (disciples de Raël, d’Eckankan, etc.) se laisseront moins influencer par les religions traditionnelles.On pourrait parler, en ce sens, d’une sorte de colonisation de l’imaginaire judéo-chrétien par l’imaginaire cosmique et celui du moi. faire tout aussi bien comme Force sans visage, Loi fondamentale régulatrice des mécanismes de l’univers, Être suprême appréhendé philosophiquement (// faut bien qu'il y ait quelque chose.), que comme Dieu personnel, créateur et sauveur, révélé en Jésus-Christ.Certes, la dimension personnelle de la représentation de Dieu n’est pas exclue de la culture.On la retrouve de plus en plus fortement exprimée à mesure qu’on offre aux personnes interrogées des deuxième et troisième choix.De même, plus leurs croyances sont fortes et intenses, plus elles ont tendance à s’y référer.Ce n’est certes pas de mort de Dieu qu’il faudrait ici parler.C’est plutôt d’un déplacement de son sens, d’une sorte de transfiguration renversée, passant d’un Dieu personnel à un Dieu impersonnel, dont la réalité est rendue nécessaire par la nécessité d’un ordre du monde.Certains évoqueront à son sujet le Dieu des philosophes.Plus prosaïquement, avançons qu’il se présente comme le dieu, polymorphe, de la culture.GROUPES ET SOLIDARITÉS Pour les Québécois et Québécoises, le catholicisme continue de présenter les éléments d’une culture primordiale dont les signifiants majeurs semblent peu évoluer extérieurement mais qui, de l’intérieur, sont peut-être plus profondément « travaillés » qu’on ne le croit généralement.En plus de la croyance en Dieu qui vient d’être évoquée, notons les traits saillants de cette culture religieuse : près de 90 p.cent des enfants qui naissent sont baptisés7, la très grande majorité des couples se marient un jour ou l’autre à l’église et les réseaux familiaux s’y retrouvent immanquablement à l’occasion des rites de funérailles.Dans les écoles primaires, 80 p.cent des parents inscrivent leurs enfants au programme d’« enseignement religieux et moral catholique ».Cela représente cependant, pour le plus grand nombre, les seules pratiques religieuses effectives.La participation religieuse dominicale a connu une chute dramatique depuis 30 ans.De 85 p.cent en 1965, elle se situe maintenant autour de 30 p.cent.Diminuant encore au rythme même de l’éclatement des communautés naturelles (famille, paroisse, village) et du développement des mobilités sociales, il semble qu’elle n’ait pas encore connu son niveau le plus bas.Dans les milieux urbains hétérogènes, elle se situe souvent en bas de 10 p.cent.Si la culture religieuse des Québécois et Québécoises est primordiale-ment catholique — en ce sens que leurs références spontanées, quand on parle de croyance ou de religion, puisent dans les signifiants mis en scène par la tradition catholique —, elle est influencée par des valeurs hétérogènes.Encore sous le choc de la modernité, ses mythes régulateurs ne sont d’ailleurs plus ceux de l’imaginaire religieux mais bien ceux de l’imaginaire technico-rationnel.Le « religieux », naturellement identifié au « catholique », a même régressé dans beacoup de milieux jusqu’à devenir une valeur négative, évoquant les supposés « bourrages de crâne », la « grande noirceur » d’autrefois, là où le technique, manifestant des ruses qui en font une paradoxale religiosité séculière, se présente comme un facteur de progrès8.Il va sans dire que dans un tel contexte, on se réfère peu, pour la conduite de sa vie quotidienne, aux renseignements fournis par une institu- élarqi aux dimensions de l'univers, les sources de représentations sont multiples et c'est en définitive à l'individu qu'incombe la responsabilité d'y effectuer les choix pertinents.Il existe, par ailleurs, des croyances dangereuses, soit parce qu'elles mettent en cause l'ordre social, soit parce qu'elles menacent la vie des autres, sinon celle du « croyant » lui-même.C'est le cas, par exemple, des croyances racistes qui ont jalonné l'histoire, comme des fanatismes de toutes sortes, y compris dans les champs religieux traditionnels.Les sociétés se donnent des outils de régulation des croyances à travers les appareils d'Etat éducationnels, le droit, l'économie et la gestion de la santé.On trouve d'ailleurs souvent, au sein de ces appareils, des connivences entre l'Etat et certaines institutions religieuses — dont les Eglises — qui favorisent le faire-valoir de ces dernières, leur donnant une position d'autant plus centrale qu'elles traduisent une tradition vivante et qu'elles représentent un lieu de culture primordiale pour lo majorité des citoyens et citoyennes.Dans la mesure où éclate le supermarché des croyances, on peut penser que les mécanismes de régulation sont appelés à se développer.A l'instar du marché des autres biens de consommation, il faut en effet faire en sorte que ses transactions ne dégénèrent pas en violence.3.QUI EST DIEU?Références en premier choix à chacun des quatre pôles adultes élèves « personnel » 35,4% 42,0% « cosmique » 26,0% 25,1 % « intérieur » 23,8% 23,7% « social » 16,7% 9,2% Le pôle « personnel » (Dieu est une personne), qui correspond à la tradition judéo-chrétienne, prend la première place sans véritablement dominer.Il est un peu plus fort encore chez les élèves, ce qui reflète sans doute le fait que la moitié d'entre eux étaient inscrits en enseignement religieux catholique.Par contre, quand on considère la cumulation des premier et deuxième choix, la structure ci-dessus change légèrement : c'est le pôle « intérieur » (affirmation sur Dieu qui réfère à une symbolique subjective : « moins une personne qu'une dimension de nous-même ») qui domine chez les adultes (58,3 %), reléguant au deuxième rang le pôle « personnel » (55,6 %), les deux ne laissant que peu de place aux autres.Chez les élèves, le pôle « personnel » reste majoritaire (64,5 %) alors que le pôle « intérieur » passe au deuxième rang pour atteindre la cote de 40,9 %.L'enquête a par ailleurs permis la construction d'une échelle d'intensité des croyances, à six échelons, qui va de l'intensité nulle (niveau 0: 9,8 % des adultes et 10,65 % des élèves) à la très forte adhésion (intensité maximale : 24,9 % des adultes et 8,8 % des élèves).En cumulant les trois échelons supérieurs de cette échelle, on obtient la « tendance vers une croyance forte » (63,6 % des adultes et 56,0 % des élèves).La répartition de ce dernier segment de population entre les quatre pôles est la suivante (premiers choix) : adultes élèves « personnel » 46,0% 49,1% « cosmique » 25,0% 23,6% « intérieur » 16,0% 18,2% « social » 13,0% 9,1% La structure de la représentation de Dieu semble donc assez stable.Chez les croyants et croyantes les plus intenses, le pôle « personnel » prend un peu plus de vigueur que dans l'ensemble de la population.Par ailleurs, le pôle « intérieur » connaît un léger déclin, surtout chez les adultes.Dans tous les cas cependant, il faut remarquer que c'est une minorité qui donne au signifiant « dieu » un contenu personnel.Source REGNALD, R.et MONTMINY, J.-P.« Représentation de Dieu.Une croyance en mutation », les croyances des Québécois.Esquisses d'une approche empirique, sous la direction de Raymond Lemieux et Micheline Milot, Québec, Cahiers de recherches en sciences de la religion, vol.11 (à paraître).tion dont on ne reçoit que les échos médiatiques, parfois spectaculaires, mais la plupart du temps vagues et peu susceptibles d’être crédibles.Malgré la vitalité réelle et sans aucun doute en développement de « communautés chrétiennes » de plus en plus convaincues de leur originalité comme porteuses de sens, le sentiment d’appartenance à l’Église-institution est donc faible.Mais cela ne se traduit pas nécessairement par des « appartenances » autres.Les sociologues savent depuis longtemps, comme le rappelait encore récemment Fernand Dumont, que « les valeurs se recroquevillent dans l’enclos de la vie privée.comme si la personne était une sorte d’atome dépouillé de ses appartenances »9.La recherche d’une rationalité fonctionnelle dissocie la personne de son encadrement social ou communautaire.Dès lors, les mécanismes les plus fondamentaux de la production de son identité sont mis en cause.Et c’est ici qu’entrent en scène les modèles inédits d’ordonnancement des croyances que nous avons évoqués.Si les groupes d’appartenance, qui sont les médiateurs ordinaires des rapports sociaux, ne semblent plus dignes d’être vus, il faut chercher ailleurs sa croyance, dans un soi nucléarisé mais en même temps accroché au monde dans ce qu’il a de plus universel.Dès lors, en tant que structuration provisoire mais efft- SANTÉ SOCIÉTÉ.MSSS jjj siyo rrrjToTjS ïïmÊÊm.Xrf&te&BsS!1 'iv :¦;;!¦ v; v v-i ;v Élâ&iC Wwo'rtW ,Tr*.if: me ïâîs flHmsHHffli s®® SS ea&gÿ ;v:v;v ;.Loin d’être un épiphénomène de la culture, il en redéfinit les solidarités les plus fondamentales.Or, dans cette redéfinition, ce ne sont plus des groupes qui dominent mais des réseaux, dans un tissu culturel à mailles très larges.L’identité s’y conçoit non plus de haut en bas, dans un rapport à l’histoire et aux lignages, par la reconnaissance d’autorités et de règles objectives, mais horizontalement, par mode d’attraits et d’influences réciproques, dans un rapport provisoire à l’ordre supposé du monde, appréhendé de proche en proche, sur le terrain.Quoique éphémères, les solidarités qui en découlent viennent contrebalancer les pertes d’identité conséquentes aux rapports sociaux éclatés de la vie urbaine, la non-pertinence subjective des régulations sociales autoritaires de même que les intégrations sociales non porteuses de sens (travail, famille, etc.) qu’expérimentent par ailleurs les individus dans leur vie quotidienne.Cependant, elles ne signifient pas nécessairement le rejet des anciennes appartenances pour la constitution de nouveaux groupes ou de nouvelles affiliations.Elles peuvent très bien laisser cohabiter l’ancien et le moderne pour mieux les relativiser.Elles font de l’un et l’autre des vitrines du monde, propositions de symboles, de valeurs et d’idéaux devant lesquels l’individu, déambulant comme le badaud dans un mail arborescent, est appelé à refaire sans cesse ses choix.CONCLUSION Un des intérêts majeurs d’une recherche comme celle qui vient d’être présentée est de permettre de sortir de l’enfermement binaire auquel sacrifient les enquêtes quand elles reprennent, le plus souvent à leur insu, la position religieuse de la question : croire ou ne pas croire, être catholique ou ne pas l’être.La réalité est beaucoup plus complexe.Certes, elle laisse toujours place à des absolus.Aux pôles extrêmes du spectre des opinions, on trouve des minorités qui affirment — face au signifiant « dieu », par exemple — soit une totale insensibilité, soit une très forte intensité de croyance.Entre les deux pourtant, pour 80 p.cent des personnes que nous avons interrogées, la croyance en Dieu comme l’appartenance religieuse sont des réalités friables, exposées aux aléas de l’existence.Pour le commun des mortels, l’Église, comme l’école et l’ensemble des spectacles médiatiques, sont des vitrines du monde où s’enchevêtrent des traditions qu’il n’a pas nécessairement les moyens de juger dans leur valeur intrinsèque.Devant ces voix qui appellent sans relâche, il module des réponses appropriées à ses besoins, accordées à la relativité de son rapport actuel au monde.Peut-être est-ce là la nouvelle sagesse d’une culture où l’organisation du sens ne renvoie plus à la nécessité d’un système social mais à celle, plus aléatoire sinon moins imposante, de faire sa place au soleil.Les sources de la pluralité, au Québec, proviennent tout autant des besoins internes des individus, mis en demeure d’intégrer le monde dans ses dimensions cosmiques, que des influences extérieures qui peuvent être repérées, par exemple, dans la rencontre d’autres groupes ethniques.L’éclatement des représentations transcende, et désormais semble précéder, celui des appartenances.Cela certes nous met en présence d’un imaginaire éclaté mais, en même temps, d’un imaginaire nécessaire, inlassablement reconstitué et réactivé.¦ Références 1.BIBBY, R.La religion à la carte, Montréal, Fides, 1988, 382 p.Traduction de Fragmented Gods, Poverty and Potential of Religion in Canada, Toronto, Irwin Publishing.2.Id.« La religion à la carte au Québec : une analyse de tendances », Recherches sociographiques, vol.XXII, n° 2, octobre 1990, p.133-144.3.MILOT, M.« Typologie de l’organisation des systèmes de croyances », Les croyances des Québécois, esquisses d’une approche empirique, sous la direction de Raymond Lemieux et Micheline Milot, Québec, Cahiers de recherches en sciences de la religion, vol.11 (à paraître).4.BIBBY, R.et POSTERSKY, D.La jeunesse du Canada, tout à fait contemporaine ; un sondage exhaustif des 15 à 25 ans, Ottawa, Fondation canadienne de la jeunesse, 1988, 57 p.5.SÉVIGNY, R.L’expérience religieuse chez les jeunes.Une étude psychosociologique de l’actualisation de soi, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1971, 323 p.6.LARIVIÈRE, J.-J.Nos collégiens ont-ils la foi ?Enquête auprès de 3 000 collégiens et collégiennes, Montréal, Fides, 1965, 211 p.7.LEMIEUX, R.« Le catholicisme québécois, une question de culture », Sociologie et sociétés, vol.XXII, n° 2, octobre 1990, p.145-164.8.MIGUEL, C.et MÉNARD, G.Les ruses de la technique, Montréal, Boréal, 1988, 298 p.9.TURCOTTE, L.« Relancer le développement culturel des régions rurales : Fernand Dumond appelle au repeuplement spirituel du Québec profond », Le Devoir, 5 février 1991, cahier B.p.6.10.BIBBY, R.« La religion à la carte au Québec : une analyse de tendances », Recherches socio-graphiques, vol.XXII, n° 2, octobre 1990, p.133-144.cace de son imaginaire, les croyances d’un individu lui permettent, d’une part, d’intégrer sa place dans le monde en concevant ce dernier comme une totalité cohérente et unifiée, et, d’autre part, de se concevoir lui-même comme acteur autonome de cette globalité.Contrairement à ce qui pouvait être le cas autrefois, les quêtes de sens que traduisent les configurations aléatoires des croyances individuelles ne sont plus structurées par des communautés locales.Elles sont directement aux prises avec un monde représentationnel élargi aux dimensions de l’univers, évitant, ou tenant pour incidence négligeable, les relais obligés que supposaient autrefois la famille, la paroisse, le village, ou même la nation, comme structures collectives porteuses de l’identité individuelle.Peut-être trouvons-nous là la portée la plus avancée du terme « religion à la carte » introduit par les enquêtes de Reginald Bib-by.Comme ce dernier le fait d’ailleurs lui-même remarquer, il s’agit moins au Québec « de choisir de nouveaux groupes que de choisir de nouveaux produits »10.En optant pour des fragments religieux plutôt que pour des institutions de sens, les Québécois et Québécoises, cependant, ne boudent pas la recherche de significations globales dans leur vie quotidienne.Au contraire, ils organisent simplement celle-ci comme une transaction directe, comportant le minimum de médiations, entre eux-mêmes, comme individus, et le monde aux dimensions de la planète, voire du cosmos.L’éclatement des croyances traduit le besoin élémentaire de l’individu de concevoir et de gérer sa place au soleil. ' ¦ ' RenseW^od^00 dotes to"'** Comp°sel 'V Lo fondai de'^udes de n-a-'sri*.4000 Se» de •IfMîM Une autre équipe de i'U O AM.Université du Quebec a Montreal UQAM Le savoir universitaire, une valeur sûre! Elle s'appelle Ginette Thériault Elle a fait un baccalauréat en sociologie à l'UQAM.Elle fait présentement une maîtrise en sociologie à l'UQAM et prépare un mémoire en informatisation et systèmes intégrés dans une entreprise manufacturière.Il s'appelle Guy Bellemare.Il a fait un baccalauréat et une maîtrise en relations industrielles à l'Université Laval.Il fait présentement un doctorat en sociologie à l'UQAM et prépare une thèse sur l'évolution des pratiques de gestion du personnel dans les entreprises québécoises et européennes de transport en commun.Une autre équipe du centre de recherche en évaluation sociale des technologies (CREST).sciences humaines 26 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE DANS UN 9 8 IJTrprpj Le Québec se trouve à un tournant de son histoire, même si l’horizon constitutionnel demeure pour l’instant incertain.Commissions et auteurs de mémoires se succèdent, par moments embarrassés devant l’ampleur de la redéfinition en cours.Les questions financières surgissent au premier plan des préoccupations, même si les données dans ce domaine sont difficiles à interpréter.À cet égard, puisque l’ingéniosité seule ne suffit pas dans la conduite des recherches, le milieu scientifique québécois se trouve lui aussi sur la ligne de feu.Pourtant, il est étonnant de constater la faible représentation des universités devant la commission Bélanger-Campeau.Les universitaires sont venus nombreux pour témoigner, comme experts, de leur vision du Québec de demain; ils se sont cependant gardés de parler de leur milieu immédiat : l’université et la recherche.A l’exception des mémoires présentés à titre personnel, seul le rapport de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) traitait de la question du financement de la recherche.considérée dans la réflexion qui s’amorce.Mais celle-ci s’a-morce-t-elle vraiment ?Si oui, quelles en sont les tendances ?Pour aider à situer le débat, INTERFACE a choisi de rencontrer une dizaine de personnes mêlées d’une façon ou d’une autre à la recherche québécoise.Cet échantillon sans prétention scientifique fait écho aux propos de chercheurs et chercheures comme à ceux d’autorités universitaires ou d’instances politiques.Et ce ne sont pas que discussions théoriques, puisque si l’on se fie au rapport Allaire, le gouvernement du Québec entend être le seul parrain de la recherche universitaire, position de principe qui rejoint évidemment celle du Parti québécois.RAPATRIE.RAPATRIE PAS.Une analyse réalisée pour le compte du Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche (FCAR) présente au départ deux scénarios plausibles dans la perspective d’un réalignement constitutionnel.PU» ®tn fi® cbcl Ce Ns te® Dans! h plu tfcl] raient ftepi s’agit fetii lefond Les enjeux ne sont pas pour autant négligeables.En 1987, le financement interne et externe de la recherche universitaire s’établissait à près de 400 millions de dollars et son taux de croissance était supérieur à celui des dépenses publiques.Avec 38 p.cent des contributions — près de 50 p.cent si l’on inclut les bourses —, le gouvernement fédéral est toujours le principal bailleur de fonds de la recherche universitaire, et cela, même si le gouvernement du Québec assume, avec 21 p.cent des contributions , une part plus importante que les autres provinces canadiennes.Ces données se sont sensiblement maintenues au cours des dernières années.La R-D industrielle ajoute à ces sommes déjà impressionnantes plus d’un milliard de dollars.Moins dépendante des structures politiques, elle profite cependant des encouragements fiscaux mis en place par les gouvernements et doit être La première possibilité tient compte du maintien des conseils fédéraux, c’est-à-dire le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), le Conseil de recherches médicales (CRM) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSFI) ; même si le Québec se donnait un nouveau statut, il resterait ensuite à déterminer quelle serait sa contribution avant que l’on ne procède à la redistribution.Ce modèle s’apparente en fait à celui qu’utilise actuellement la Communauté économique européenne pour la R-D.Il entraîne également l’établissement de nouveaux barèmes dans la gestion et l’allocation des fonds : certains programmes, comme le Réseau des centres d’excellence, reposent sur la collaboration interuniversitaire et il est difficile d’en départager les acteurs.C’est une des complications qu’y voit Anne Marrec, directrice du Fonds FCAR : « Ça ne veut pas dire qu’on ne pourrait No ft[ H N Nt h, Ni H Sj N k \ H \ N QUEBEC INDEPENDANT PAR DANIELLE OUELLETET RENÉ VÉZINA O.OÉSEC (^.viAPA caoè&ec OMAPA aü&3K pas mettre en commun les montants et évaluer au mérite les différents chercheurs et chercheures.Ce serait aussi logique qu’intéressant, parce que cela permettrait un concours international, pancanadien.Par contre, il y a toujours le risque que le Québec verse 70 ou 100 millions et que nos chercheurs et chercheures ne se qualifient pas.» Ces transformations paraissent relativement légères en comparaison de ce qui découlerait du deuxième scénario, le rapatriement complet des compétences et des fonds au Québec.Dans le contexte actuel, c’est l’hypothèse la plus commentée et la plus détaillée.Le rapatriement triplerait les fonds de recherche distribués par le gouvernement provincial.Ils passeraient de 100 à 300 millions de dollars, en autant que Québec accepte au moins de maintenir le soutien au niveau actuel.Il ne s’agit cependant pas d’un simple déplacement latéral.Les questions sont nombreuses, et elles touchent tant la forme que le fond des réaménagements.En ce qui a trait à la forme, une des toutes premières interrogations concerne les mécanismes de distribution de l’argent.Le gouvernement peut choisir de distribuer lui-même les fonds, comme il le fait présentement avec les Actions structurantes et le Fonds de développement technologique.Il peut aussi consolider le statut des organismes subventionnaires en place, comme le Fonds FCAR.le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) et le Conseil québécois de la recherche sociale (CQRS), en leur remettant les commandes.De façon générale, c’est cette dernière idée qui sourit le plus aux personnes du milieu.En fait, les chercheurs et chercheures québécois sont relativement satisfaits du système de financement actuel.Si la question de la souveraineté du Québec ne les préoccupe pas outre mesure, du moins en ce qui concerne la redistribution des montants alloués à la recherche, ils s’estiment en général bien servis par les deux systèmes subventionnaires.Bien des collègues canadiens les envient de pouvoir s’abreuver à deux sources : le Québec est en effet la seule province à posséder ses propres organismes de subvention, d’autant plus que ces derniers ne se posent pas en compétiteurs face au système fédéral.Les programmes provinciaux se sont un peu donné comme mission de permettre aux chercheurs et chercheures de mieux se préparer à décrocher de plus grosses subventions fédérales ou tout simplement de les compléter.« Si on donnait le choix aux universitaires de rapatrier tout cet argent au Québec, remarque Roland Doré, vice-président du CRSNG et président de l’École polytechnique, je ne suis pas certain qu’ils préféreraient cette solution.» Il justifie cette impression en notant, d’une paid, la qualité des pratiques fédérales actuelles et, d’autre part, l’avantage pour les chercheurs et chercheures de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.Robert Lacroix, doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, abonde dans le même sens : « Nous jouissons actuellement du meilleur des mondes.» L’accroissement des tâches administratives lié à la nécessité de remplir différents formulaires constitue certes un inconvénient, surtout pour les centres de recherches qui reçoivent des fonds de plusieurs organismes, mais cet obstacle est largement compensé par une plus grande liberté pour le chercheur ou la chercheure : si ceux-ci voient leur demande refusée à un endroit, ils peuvent toujours se tourner vers l’autre et ainsi éviter parfois les contrecoups des changements d’orientation.Pierre Fortin, économiste à l’Université du Québec à Montréal, voit les choses d’un autre œil.« Évidemment, du point de vue du chercheur ou de la chercheure, un seul organisme au lieu de deux, c’est un désavantage; mais du point de vue de la société, si une demande est jugée mauvaise à un endroit, elle le sera à l’autre.C’est aussi vrai dans un sens que dans l’autre.Le CRSH est aussi rigoureux que le Fonds FCAR.De toute façon, si on met sur pied un organisme global, du type FCAR et CRSH combinés, je ne suis pas sûr qu’un projet aura moins de chance d’être accepté parce qu’il y aura en fait plus d’argent.» Qu’en pense la ministre responsable, Lucienne Robillard, titulaire du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ?Impossible de le savoir, puisque son cabinet a décliné les invitations répétées des auteurs de cet article à préciser sa pensée et celle du Parti libéral du Québec.Sur la banquette d’en face siège Jeanne Blackburn, porte-parole du Parti québécois en matière de science et de technologie.Il va de soi à ses yeux qu’un Québec souverain saurait favoriser la recherche.« Le principe de l’avantage des deux paliers n’est pas signifiant, soutient-elle, et il serait temps de mettre fin à cette pratique qui place les deux gouvernements dans une sorte de concours de popularité au détriment de la véritable recherche.Chacun fait valoir ses intérêts et l’intérêt général ne guide pas les décisions.» Monique Lefebvre est vice-rectrice à l’enseignement et à la recherche à l’Université du Québec à Montréal.Son approche est critique : « Au fédéral, dans les domaines de pointe, les domaines “durs”, nous n’étions pas si bien servis.Est-ce que ce sera beaucoup mieux si tous les pouvoirs sont au Québec ?Quand je regarde la composition de la commission Bélanger- 28 Campeau, où il n’y a pas de représentants du monde universitaire ni de représentants de la recherche, je me demande si c’est une préoccupation qui est valorisée actuellement au Québec (.) Le gouvernement du Québec n’a pas fait du Fonds FCAR une très grande priorité.Chaque année, il faut se battre pour conserver les budgets et en avoir un peu plus (.) Nous n’avons pas la preuve que dans un Québec souverain, ce sera une priorité à ce point marquée.» Robert Lacroix, doyen à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, adopte une position plus optimiste.« Si le passé est garant de l’avenir, il faut voir que le Québec a été de toutes les provinces du Canada celle qui a le plus investi dans le financement externe de la recherche universitaire.» En fait, sa participation s’établissait, en 1967, à 23 p.cent contre 9 p.cent en Ontario.« C’est un point qui m’apparaît positif.Si cette volonté se maintenait, je ne vois pas pourquoi ça pourrait être dramatique.» Le directeur général de l’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec (IRSST), Jean-Yves Savoie, renchérit : « Le financement de la recherche, c’est une question de volonté politique.Quel pourcentage de notre PNB voulons-nous investir dans la recherche et la formation supérieure ?En aurons-nous les moyens?Déjà au Canada, la proportion est faible par rapport à d’autres pays.» De fait, le Compendium 1990 des indicateurs de l’activité scientifique situe le Canada à l’avant-dernier rang, juste devant l’Italie, quand il compare le nombre de scientifiques et d’ingénieurs en R-D par 10 000 travailleurs actifs pour les pays de l’OCDE en 1986.« Ce qui m'inquiète toujours, poursuit Jean-Yves Savoie, ce sont les visées à court terme en matière de recherche.Beaucoup de gens diront que nous n’avons pas besoin de faire de la recherche, qu’il suffit d’importer la technologie et les connaissances (.) À court terme, ce n’est pas trop grave, mais à long terme, c’est désastreux.» Pour Jeanne Blackburn, la question ne se pose pas.Il faut’ mettre l’accent sur la recherche scientifique pour que le Québec s’assure de sa place au soleil.Certains chercheurs et cher-cheures soulignent d’ailleurs qu’ils hésiteraient moins s’il était possible de démontrer que le rapatriement au Québec de ses contributions au fédéral se traduirait par une augmentation des fonds de recherche.LE PARTAGE DU GÂTEAU En ce qui concerne la recherche, le Québec reçoit-il sa juste part du gâteau ?Selon Anne Marrec, « une fois que le Québec a contribué à l’ensemble des activités fédérales par le biais de la fiscalité, il est extrêmement difficile de départager l’affectation des recettes aux dépenses ».La performance du Québec varie selon les secteurs.En sciences biomédicales et en sciences humaines, la part des subventions octroyées par le CRM et le CRSH au Québec a atteint 34 p.cent du total canadien en 1988-89.L’Université Laval, l’Université de Montréal et l’Université du Québec à Montréal sont les trois premières au Canada en termes de subventions reçues du CRSH.Politicolo- gue à l’Université Laval, Réjean Landry fait d’ailleurs remarquer que « le Québec reçoit plus, proportionnellement, du fédéral, dans les domaines qui coûtent le moins cher comme les sciences sociales et les sciences humaines ».Au cours de la même année, le Québec n’a par contre reçu que 20,6 p.cent des subventions versées par le CRSNG, un taux qui est resté stable depuis dix ans.Pendant ce temps, l’Ontario a augmenté sa part de 41 p.cent à 43 p.cent.Dans son rapport présenté à la commission Bélanger-Campeau, la CREPUQ relie cet état de fait, d’une part, au caractère relativement récent des traditions scientifiques qui se sont développées dans nos établissements universitaires et, d’autre part, à « la pauvreté relative des établissements universitaires québécois, qui ne disposent pas de la marge de manœuvre requise pour consolider et intensifier le développement de leurs activités dans le domaine des sciences naturelles et du génie ».Monique Lefebvre souligne une autre forme de discrimination dont on parle moins souvent, celle de la langue.D’après son expérience personnelle comme membre de plusieurs organismes de subvention, « plusieurs évaluateurs prétendent lire le français alors qu’en réalité ils le lisent très mal ou même pas du tout ».Une telle situation dévalorise les francophones et ce facteur est, à son avis, très réel.De plus en plus de scientifiques francophones rédigent leurs demandes de subvention en anglais, pour être certains d’être bien compris.C’est un état de fait qui risque de s’intensifier, souveraineté ou pas.En fin de compte, les avis sur cette question sont partagés.Jean-Yves Savoie admet qu’il y a eu une correction de tir au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne l’établissement de centres de recherche au Québec par rapport à l’Ontario.Il continue cependant de penser que « si nous investissions ici le même pourcentage d’argent que ce que nous portons maintenant à la contribution fédérale, il se ferait peut-être plus de recherches au Québec ».Alain Caillé, vice-recteur à la recherche à l’Université de Sherbrooke, est d’avis que pour l’instant, le Québec n’est pas perdant : « Il a bien su s’adapter, malgré des résultats moyens, et cela, grâce à l’institution de ses propres organismes qui viennent compléter le fédéral.» Bitten Stripp est vice-doyenne à la recherche médicale à l’Université McGill.Les enjeux lui apparaissent particulièrement importants : l’École de médecine de McGill est la plus ancienne du Canada et son budget de recherche est le deuxième en importance au pays.Mme Stripp ne voit absolument pas en quoi la recherche biomédicale pourrait profiter d’un tel rapatriement : « Il ne faut pas perdre l’élan actuel dans un système qui fonctionne bien.» Quelle que soit la situation actuelle, il n’en reste pas moins que des changements se dessinent.La volonté du Parti libéral — exprimée dans le rapport Allaire — de rapatrier tous les pouvoirs en matière de recherche, rend une telle éventualité de plus en plus vraisemblable.Dans ce sens, la CREPUQ joue la carte du réalisme.Dans son rapport à la commission Bélanger-Campeau, elle affirmait que « les établissements universitaires pourraient s’accommoder d’un arrangement constitutionnel qui conduirait au rapatriement des fonds fédéraux d’aide à la recherche attribuables au INTERFACE MARS • AVRIL 1991 Québec ».Elle mettait cependant le gouvernement en garde contre certains dangers, notamment ceux d’attribuer ces fonds à d’autres fins que celles de la recherche et de créer « des conditions de financement susceptibles de défavoriser, sinon de pénaliser, les chercheurs du Québec qui voudraient se prévaloir des ressources disponibles ».De plus, puisque au Québec, la quasi-totalité de la recherche fondamentale s’effectue dans les établissements universitaires, tout réaménagement constitutionnel devrait assurer la consolidation de la base universitaire de recherche.En fait, toutes les personnes interrogées s’entendent sur trois points majeurs auxquels un Québec souverain devra accorder beaucoup d’attention : le maintien de l’évaluation des chercheurs et chercheures par les pairs, la poursuite et l’intensification d’une ouverture de la recherche sur la scène internationale et l’indépendance d’éventuels conseils subventionnaires face à l’appareil politique.L'ÉVALUATION DES CHERCHEURS Il arrive que l’évaluation d’un projet de recherche, que ce soit au Fonds FCAR ou à l’intérieur d’instituts comme l’IRSST, mette en jeu des conflits d’intérêt, universitaires ou même personnels.Les Japonais ont trouvé une solution à ce problème : leur évaluation se fait en fonction de la performance du produit développé sur le marché.La tradition canadienne est différente.Elle s’appuie sur une évaluation par les pairs, évaluation que le milieu scientifique québécois souhaite conserver.Toutefois, comme le fait remarquer Monique Lefebvre, « le Québec, c’est petit (.) et il est très dangereux que le système d’évaluation ne soit trop fermé (.) Il faudrait s’assurer de la collaboration de Canadiens anglais, d’Américains et d’Européens qui lisent le français ».À cet égard, des problèmes se posent.Comme les systèmes d’évaluation étrangers ne sont pas toujours fondés sur les mêmes critères que les nôtres, il faudra bien informer d’éventuels évaluateurs des objectifs des programmes.Pour éviter la complaisance, il faudra faire preuve de vigilance.Réjean Landry estime que les problèmes surviennent lorsque les évaluateurs ne sont pas de véritables chercheurs : « Il ne faudrait pas assouplir cette règle, parce que ça dérape déjà à Ottawa.» Bitten Stripp s’inquiète de l’évaluation en circuit fermé et du danger de la subjectivité : « Si tous les cardiologues du Québec font une demande, qui pourra les évaluer ?Il y aura forcément des rivalités.» Pour sa part, Alain Caillé est confiant qu’un Québec souverain soit en mesure de contourner ce piège : « Il faut éviter, certes, de nous replier sur nous-mêmes mais nous avons déjà fait la preuve de nos capacités dans ce domaine.» Pour compenser le fait que les chercheurs et chercheures québécois ne profiteraient plus de l’émulation de la concurrence avec leurs collègues canadiens, Pierre Fortin estime qu’il faudra intensifier les exigences de rayonnement international.Les meilleurs chercheurs et chercheures du Québec ont actuellement des contacts avec des collègues à travers le monde.Robert Lacroix affirme : « Le statut politique du Québec ne devrait avoir aucune espèce d’incidence sur les possibilités d’échange avec le reste du milieu scientifique.En effet, des échanges internationaux absolument indispensables à la recherche universitaire ne sont possibles que si vous apportez autant que vous recevez.Les bons chercheurs du monde ne sont intéressés à vous rencontrer que dans la mesure où ils peuvent tirer quelque chose de vous.L’inverse est aussi vrai.» À ce sujet, Réjean Landry est optimiste.Le défi lui paraît intéressant et devrait donner de bons résultats : « De toute façon, notre recherche est déjà séparée de celle du Canada.Nous y puisons des fonds mais nous publions ailleurs dans le monde, dans des revues internationales.On peut prendre en exemple l’évolution de l’entrepreneurship québécois, qui s’affirme de plus en plus sur la scène internationale.Les chercheurs et chercheures québécois font de même, ils compétitionnent maintenant à l’échelle internationale.Ils publient dans les grandes revues, ce qui leur permet d’établir des contacts, un peu comme les accords de R-D entre les gouvernements.» Il cite aussi l’étude d’une économiste européenne qui montre que dans les petits pays, les chercheurs et chercheures ont plus tendance, pour se valoriser, à se référer à la communauté internationale.Cette dimension internationale est reprise dans d’autres commentaires qui suggèrent quelques mesures de renforcement : une plus grande participation aux colloques, des voyages plus fréquents en Europe ou une insertion dans de nouveaux systèmes d’évaluation.Dans l’ensemble, il faudrait faire appel de plus en plus aux compétences externes.Le rapport de la CREPUQ fait par ailleurs remarquer qu’une « nouvelle répartition des pouvoirs est également susceptible d’infléchir les priorités nationales en matière de stratégies de développement et de se répercuter, par un effet de retour, sur les orientations des politiques et programmes d’aide à la recherche.» L'AUTONOMIE À TOUT PRIX Chose certaine, le désir de conserver l’autonomie des conseils subventionnaires fait l’unanimité.Une fois prises les décisions concernant les orientations et les choix en matière de recherche, les organismes doivent absolument garder tout pouvoir sur les modalités d’implantation des programmes.Pour Roland Doré, les organismes subventionnaires fédéraux ont pu jusqu’à présent se distancer davantage des gouvernements que leurs vis-à-vis provinciaux.Il souhaite que la nouvelle situation s’inspire en ce sens du modèle fédéral : « Aurons-nous la sagesse de transposer le meilleur de cela si on veut faire bande à part ?Il est certain qu’un gouvernement a la responsabilité de donner une orientation générale, au point de vue de l’économie, de la recherche et du développement.Mais il me semble que ces orientations ne devraient pas aller jusqu’à influencer le type de programmes conçus dans ces organismes.» 30 INTERFACE MARS • AVRIL 1991 i XT' D’autres craignent pour l’indépendance des chercheurs et chercheures.Bitten Stripp tient à la recherche conçue et développée par les individus.« Lorsque ça vient de la base, c’est plus prometteur.11 faut veiller à ce que les deux volets de la recherche, commandée et indépendante, soient maintenus.» L’analyse menée par le Fonds FCAR insiste largement sur cette source potentielle de conflit.« Au fédéral, la notion de distance critique (arms length) est importante (.) Ils négocient directement avec le Conseil du Trésor.» Au cœur de l’action, le Fonds FCAR tient à accroître si possible son indépendance, pour éviter « une crise de crédibilité et de légitimité ».Pierre Fortin diffère quelque peu d’opinion : « Le Québec va peut-être vouloir recibler ses objectifs de recherche (.) Dans une petite unité territoriale et administrative, on peut canaliser davantage.Actuellement, on donne de l’argent un peu partout (.) Or, il se pourrait qu’un rapatriement rééquilibre les choses.Certains pourraient y perdre, d’autres y gagner.La recherche pourrait changer de visage et des domaines où on excelle pourraient connaître plus de difficultés.D’autres auraient les ressources pour émerger.À l’heure actuelle, on s’oriente peut-être trop vers la recherche libre, et pas assez du côté de la recherche appliquée.Il ne faudrait toutefois pas oublier de favoriser les chercheurs exceptionnels.» Dans cette optique, Réjean Landry croit, quant à lui, que les gouvernements ont par le passé perdu confiance dans les organismes subventionnaires.« Ils veulent que les résultats touchent de près les marchés industriels.C’est ce qui a amené la création des Actions structurantes, des Centres d’excellence et autres initiatives plus dynamiques.» Poursuivant sur cette lancée, Pierre Fortin ajoute : « Je souhaite qu’il n’y ait pas de réduction des budgets de recherche, mais je pense que leur orientation devrait être différente pour que ces recherches deviennent plus pratiques.La question de l’indépendance est cruciale, mais il ne faut pas oublier que l’argent vient des poches des contribuables.» Roland Doré précise cependant : « Au Québec, le financement de la recherche est très très près du pouvoir politique.Si nous avons un jour le mandat de soutenir complètement la recherche universitaire, il serait sage de s’en éloigner quelque peu.» Sensible à ces appréhensions, Jeanne Blackburn réaffirme avec force la nécessité d’éviter toute ingérence des instances politiques dans l’orientation des recherches de type universitaire.« Il faut même en fait accroître leur marge de manœuvre.D’ailleurs, la Caisse de dépôt et le Protecteur du citoyen ne sont pas inféodés au gouvernement (.) Pourquoi les organismes subventionnaires le seraient-ils ?» Bitten Stripp émet d’autres réserves.Elle craint que la transition d’un système fédéral à un Québec souverain ne se fasse pas en douceur.Elle éprouve même une certaine difficulté à l’imaginer : « Il existe un danger de perdre des chercheurs de pointe.Certains penseront peut-être que la situation redeviendra bonne dans dix ans, mais ils ne voudront pas subir l’interruption.Des gens pourraient partir, d’autres pourraient décider de ne pas venir au Québec.Il n’y a rien de pire, pour le financement de la recherche, que l’incertitude.» A l’heure actuelle, le corps professoral compte environ 30 p.cent d’étrangers.D’ici une quinzaine d’années, le Québec devra renouveler environ la moitié des effectifs globaux, soit de quatre à cinq mille professeurs.Il faudra recruter sur les marchés étrangers tout en gardant ceux qui sont déjà installés.Robert Lacroix estime que c’est un aspect non négligeable : « Dans une période de transition vers l’indépendance, l’incertitude risque-t-elle d’être défavorable au recrutement des meilleurs chercheurs du monde?Le problème sera d’autant plus aigu que les universités d’Europe et des États-Unis seront elles aussi en période de recrutement, sans compter la mise en place de grands projets de recherche prévue dans l’Europe de 1992.Au Québec, plus la période d’incertitude sera réduite, plus les coûts reliés à cette transition seront diminués.» Si la question du financement de la recherche québécoise provoque autant de discussions, avec 400 millions de dollars en jeu, qu’en est-il de la R-D industrielle, qui en accapare plus du double ?Les acteurs du milieu universitaire sont naturellement plus discrets sur ce volet qui les concerne moins, encore qu’ils demeurent sensibles au fait que les alliances universités-industrie se soient multipliées ces dernières années.Jeanne Blackburn souligne toutefois qu’il y a là un champ d’intervention idéal pour le Québec.La R-D industrielle, déjà orientée du fait des rabattements fiscaux consentis par les gouvernements, pourrait même être enrichie par l’ajout de nouveaux fonds : « L’actuel fonds de développement technologique pourrait constituer l’embryon d’un organisme financé par une contribution des entreprises équivalente à 1 p.cent de leur masse salariale.» D’autres éléments devront également être pris en compte dans la transmission des responsabilités.Qu’adviendra-t-il des concours nationaux, comme ceux du fonds privé Killam, qui remet des bourses aux chercheurs et chercheures canadiens émérites?Les Québécois et Québécoises y auront-ils toujours accès, ou devront-ils attendre la création de fonds équivalents à leur intention ?Quel sera le comportement des grandes entreprises installées au Québec?Leur réaction d’ensemble aura immanquablement des répercussions qui atteindront les universités et les centres de recherche.Comment s’effectuera la passation des pouvoirs en ce qui concerne les centres de recherche fédéraux installés au Québec ?Chose certaine, il faudra que les instances gouvernementales actuelles précisent leurs intentions avant que les chercheurs eux-mêmes ne puissent savoir à quelle enseigne se loger.Pour l’instant, c’est le mutisme du côté du Parti libéral.Ni les quelques indications préliminaires contenues dans le rapport Allaire, ni même les déclarations d’intentions du Parti québécois ne répondent encore à toutes les questions.Loin s’en faut.¦ DE L'ACFAS du 21 au 24 mai 1991 à l’Université de Sherbrooke La recherche scientifique, une richesse à partager 65 colloques et une soixantaine de sections Au cœur d’une des plus belles régions du Québec UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE SCIE NCEC —"l LIPS DES PUCES SOUS RAYONS X C’est au contact de compagnies comme Northern Telecom électronique, leader canadien et mondial en télécommunications, et Mitel Bromont, qu’Henri Pépin et son équipe ont modifié leur angle de recherche.De la fusion thermonucléaire obtenue à l’aide de lasers, ils sont passés à la génération de rayons X au moyen de plasmas créés par lasers, puis à la microlithographie à l’aide de ces rayons X.Le nom du groupe était tout indiqué : Laser-plasma-matériau.La microlithographie X est au cœur de la recherche d’Henri Pépin.Afin d’obtenir le procédé le plus rentable pour l’industrie, il tente, par différentes simulations, de dégager les conditions permettant de fabriquer la puce la plus performante et la plus petite possible — plus petite qu’un micron ! Grâce aux rayons X, dont la longueur d’onde est inférieure à celle de la lumière visible, on pense ainsi parvenir à réaliser des détails de 0,2 et 0,1 micron.Mais il faut avant tout pouvoir générer avec les lasers des sources de rayons X assez puissantes pour assurer la production industrielle de circuits intégrés de cette dimension.Un projet révolutionnaire ! Les chercheurs de l’INRS-Énergie s’y consacrent depuis plus de cinq ans, avec l’aide du Réseau canadien des centres d’excellence en micro-électronique, qui établit une liaison entre les chercheurs et l’industrie.Henri Pépin espère terminer son projet d’ici trois ans.« Toutefois, lorsqu’il s’agit d'appliquer une nouvelle technologie, tout changement se fait graduellement, explique-t-il.Pour l’industrie, la compétitivité et la rentabilité sont de première importance.C’est pourquoi notre tâche est triple : nous devons nous assurer d'un savoir-faire optimal dans notre domaine, concevoir des procédés de fabrication rentables et former du personnel qualifié pour les industries.» ALAIN FORTIER Small is beautiful.et on n’a encore rien vu ! Des chercheurs de 1TNRS-Energie, à Varennes, mettent présentement au point un procédé avancé de fabrication de circuits électroniques : la microlithographie X.Cette technique permettra d’intégrer sur une même puce électronique près d’un milliard de transistors.Henri Pépin, physicien et coordonnateur d’un groupe de 25 personnes à cet institut, cherche à concevoir le procédé idéal, qui augmenterait au maximum la densité et la performance des circuits intégrés.Pour illustrer l’impact de ce genre de recherche, il suffit de mentionner qu’il y a à peine 30 ans, un circuit d’un centimètre carré contenait un seul transistor.Aujourd’hui, ce même circuit en contient plusieurs millions (voir INTERFACE, vol.11, n° 2, « Microélectronique : les défis de l’intégration », par Yvon Savaria, Pierre Lavoie et David Haccoun).Qui dit mieux?A l’INRS, on est convaincu qu’on peut élever ce ratio et obtenir une puce plus compacte, plus rapide, plus performante.IMAGIX ET INRS Mwriviv'X'iv r A * v * ^ -y Ir.Vi^T V*fc-'
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