Interface : la revue de l'ACFAS, 1 mai 1992, Mai
VOLUME 13, NUMÉRO 3 5,00 $ MONTRÉAL, VILLE SCIENTIFIQUE?à0mi o f > i.ü!!!:: : iü iSiiâ'üiii iSsHgüÜiii î É«s*@3K > PIN;?SS ! Sîîssi:’!' SiiBgSSS .! iiîl5*SS,,!!SS’ss 1 Ibssshkh» j «sssgggggiiiibsaBa j ¦sïSsSw Siisip iiiilSii:: giisgv ssjîgB; |!|1 il [Rb® ïSüis a remonter ADRESSE DE RETOUR.CASE POSTALE 6060, MONTRÉAL (QUE.) H3C3A7 ENVOI DE PUBLICATION • ENREGISTREMENT N3 6489 .I.U LA REVUE RECHERCHE jzïls: AA 977082648600523 m La Faculté des études supérieures Importance 10 000 étudiants ?la plus importante au Canada ?décerne environ 260 doctorats et 2 000 maîtrises, certificats et diplômes d'études supérieures spécialisées chaque année.Un corps professoral de grande qualité A obtenu plus de 145 millions de dollars en subventions de recherche en 1990-1991 ?s’est mérité au cours de la dernière année de nombreux prix nationaux et internationaux.Politique de financement À même les subventions de recherche des professeurs ?charges de cours et assistanats d’enseignement ou de recherche pour les meilleurs étudiants ?l’Université consacre 2,2 millions de dollars en aide directe sous forme de bourses d’excellence ?ses étudiants se sont mérités 10,4 millions de dollars en 1990-1991 auprès des grands organismes subventionnaires.Une Faculté dynamique Création de nouveaux programmes multidisciplinaires et de modèles d’encadrement des étudiants ?maintien de standard de qualité de niveau international ?réduction de la durée des études.Maîtrise des langages de base Effort particulier pour que les étudiants maîtrisent : français, anglais, informatique, méthodes quantitatives.Demandes dïnfoimation : pour l’Université de Montréal Service des admissions Université de Montréal C.P.6205, succursale A Montréal (Québec) Canada, H3C 3T5 Tél.: (514) 343-6426 pour l’Ecole Polytechnique Bureau du negistraire École Polytechnique de Montréal C.P.6079, succursale A Montréal (Québec) Canada, H3C 3A7 Tél.: (514) 340-4713 pour l’Ecole des Hautes Études Commerciales École des Hautes Études Commerciales 5255, avenue Decelles Montréal (Québec) Canada, H3T 1V6 Tél.: (514) 340-6151 La Faculté des études supérieures propose ?49 certificats et diplômes d’études supérieures ?115 programmes de maîtrise ?74 programmes de doctorat dans les secteurs des sciences fondamentales et appliquées, des sciences humaines et sociales, et des sciences de la santé.Université de Montréal MAI- JUIN 1992 VOLUME 13, NUMÉRO 3 MMAI ÉDITORIAL 5 SCIENCECLIPS Montréal, ville scientifique: oui, mais- Mario Polèse FACE À FACE 9 Profession: chercheur.Ville: Montréal Gilles Brassard Emil Skamene Philippe Gros Martine Turenne INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBLIEE A L'INTENTION DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L'ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE IA SCIENCE ET DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L'ACFAS: FRANÇOISE BRAUN SECRETAIRE DE RÉDACTION: JOCELYNE THIBAULT COMITÉ DE RÉDACTION: THÉRÈSE BOUFFARD-BOUCHARD, LAURENT LEWIS, MONA NEMER, DENISE PELLETIER ET YANICK VILLEDIEU DIRECTION ARTISTIQUE ET PRODUCTION GRAPHIQUE: MATHILDE HÉBERT ET ANNIE PENCRECH RÉVISION LINGUISTIQUE: HÉLÈNE LARUE ILLUSTRATION DE LA COUVERTURE: HONO LULU PUBUCITÉ : PIERETTE LEFRANCOIS TÉL (514) 466-3095 TÉLÉC (514)466-0952 ÉPREUVES UNOTRONIC : TYPOGRAPHIE SAJY INC.IMPRESSION : RICHARD VEILLEUX INC LES ARTICLES D'INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION A CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER A L’ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÉRE EST MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7, TÉL: (514) 849-0045 TÉLÉC (514)849-5558 LA REVUE INTERFACE EST REPERTORIEE DANS POINT DE REPÈRE ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489 MAI 1992 DÉPÔT LÉGAL BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC.DEUXIÈME TRIMESTRE 1992 ISSN : 0826-4864 INTERFACE EST IMPRIME SUR DU PAPIER RECYCLE !ÏÏ^ urui mz.Dennis R.Senik Le grand collisionneur hadronique: une machine à remonter le temps 26 Claude Leroy Jacques Keable MODEM Montréal, ville de culture.scientifique?L’habitation à Montréal: feu sur les idées reçues 45 Sir Frobisher, chercheur d’or 47 L’asclépiade: du coton québécois 49 ¦-TZ ' Le cerveau musicien 53 La culture in vitro des plantes médicinales 55 Université et PME: la coopération est-elle possible?55 De l’eau potable grâce à la télédétection 60 msm sa à CHRONIQUES TRANSFERTS 63 SCIENCE-INTER 67 SOURCES 71 CHERCHEURS RECHERCHÉS 74 À SUIVRE 75 ¦ PRATT&WHITNEY CANADA IMAGINATION POUVOIR 8 5 |AL INTERFACE MAI • JUIN 1992 MONTRÉAL, ’ VILLE SCIENTI PAR MARIO POLÈSE IFIQUE: OU II, MAIS.La science ne se porte finalement pas si mal à Montréal.Il suffit de lire les articles qui suivent pour s’en convaincre.Et que de chemin parcouru dans l’espace d'une génération! Combien de centres de recherche, d’instituts, de laboratoires, etc., dont ce numéro d'interface fait état, existaient en 1960?Mon institut, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), n’a pas encore fêté ses 25 ans.Nous sommes à des années-lumière de la «grande noirceur», des années 50 où la science était la chose des «autres», où, toutes proportions gardées, cinq fois plus d’étudiants sortaient des universités de langue anglaise que des universités de langue française.Oui, le Québec a connu une révolution.Les résultats de cette révolution ne se voient pas uniquement en matière de science et de recherche, mais aussi dans la disparition de l’écart de revenus entre francophones et anglophones (qui se rappelle encore du rapport Laurendeau-Dunton et de ses cris d’alarme à cet égard?), dans l’essor de l’entrepre-neurship québécois (nommez-moi trois grandes sociétés industrielles francophones en 1960) et dans les changements profonds de la structure économique de notre province.Bien sûr, bien sûr, tout ne va pas bien, loin de là, surtout en cette période de récession et de confusion constitutionnelle.Mais, avant de sombrer trop facilement dans un pessimisme à la mode, il n’est pas mauvais de s’arrêter un petit instant pour prendre toute la mesure d’où nous sommes partis.Les comparaisons à n’en plus finir avec Dieu sait quel autre groupe, pays ou ville (avons-nous plus de laboratoires per capita que la Corée du Sud ou Atlanta?) me paraissent moins intéressantes que de savoir si nous progressons dans le bon sens, à un bon rythme.De toute façon, je fais peu confiance aux chiffres et aux comparaisons internationales en matière de dépenses en R-D (c’est le chercheur qui parle), ces données étant notoirement faussées par des interférences fiscales et autres.Il suffit que l’État consente de nouvelles déductions d’impôt pour que des entreprises, avec l’aide d’un bon comptable, se découvrent soudain une vocation en R-D! Et comment, dans le secteur tertiaire moderne (disons le génie-conseil), distinguer les activités de R-D des activités normales de production ou de prestation de services?Notre employé de SNC-Lavalin, en train de concevoir un meilleur système de gestion de l’eau pour la ville de Dakar, fait-il de la R-D ou non?Cette parenthèse étant fermée, revenons à Montréal.Sa situation, comme ville de science, n’est ni glorieuse ni catastrophique.Nous ne sommes ni Boston, ni San Francisco, et il ne faut pas s’en scandaliser.Cependant, j’ai la conviction, mais sans posséder tous les chiffres à l’appui, que nous nous comparons favorablement à bien des métropoles de taille semblable.Mais, je le répète, là n’est pas la question.La première révolution (tranquille) révolue, vers quels objectifs faudra-t-il maintenant se tourner pour assurer le progrès de la science et de la recherche chez nous?La question est trop vaste pour un petit éditorial de quelques pages; aussi, je ne prétends pas posséder toutes les données nécessaires pour y répondre.Puisque j’ai commencé par évoquer la révolution tranquille, je vais Mario Polèse est professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation).CONSEIL D'ADMINISTRATION 199M992 ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES Bruno Battistini, étudiant, délégué du Regroupement des étudiants en maîtrise et doctorat de l'Université de Sherbrooke (REMDUS), Faculté de médecine, Université de Sherbrooke André Boudreou, langue et linguistique, adjoint à la vice-rectrice aux ressources humaines, Université Laval Françoise Braun (secrétaire), anthropologie, directrice générale, Acfas Maurice Cohen, mathématiaues, vice-recteur, Relations institutionnelles et finances, Université Concordia Alain Marc Couturier, étudiant, administration scolaire, Université Laval James de Finney, études françaises, vice-doyen, Faculté des études supérieures et de la recherche, Université de Moncton Gilles Y.Delisle (président), génie électrique, professeur, Faculté des sciences et de génie, Université Laval François Dubé, biologie cellulaire, professeur-chercheur, Département d'océanographie, Université du Québec à Rimouski André Fauchon, géographie, professeur, Faculté des arts et des sciences, Collège universitaire de Saint-Boniface Michel Guindon (trésorier), administration des affaires, professeur, Hautes études commerciales, Montréal Brigitte Jaumard, recherche opérationnelle, professeure-chercheuse, Département de mathématiques appliquées, Ecole polytechnique de Montréal Réal L'Archevêque (président sortant), génie électrique et électronique, vice-président, Recherche et technologie, le Groupe SNC, Montréal Maryse Lassonde (2* vice-présidente), neuropsychologie, professeure, Département de psychologie, Université de Montréaf Pierre Yves Leduc, mathématiques, doyen, Faculté des sciences, Université de Sherbrooke Marcienne Lévesque, psychopédagogie, professeure, Faculté des sciences de l'éducation, Université de Montréaf Bruno Maranda, biologie cellulaire et microscopie, chercheur scientifique, Maranda Technologies inc., Gatineau Henri Navert (1" vice-président), médecine, directeur médical, Phoenix International/Sciences de la vie, Montréal Edouard Potworowski, immunologie, professeur, Institut Armand-Frappier, Laval Louise Quesnel, génie, vice-présidente, Développement corporatif, Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) François Ricard, littérature française, professeur, Département de langue et littérature françaises, Université McGill Jean-Pascal Souque, éducation, directeur adjoint, Musée national des sciences et de la technologie, Ottawa Jean-Marie Demers (archiviste), biologie, professeur retraité, Département des sciences biologiques, Université de Montréal 6 INTERFACE MAI • JUIN 1992 m’attaquer à un dernier poids du passé dont nous devons maintenant nous libérer pour assurer l’avancement des sciences chez nous.Je parle de la question linguistique.Il y a peu de temps, Jacques Parizeau, dans une entrevue accordée à la revue Times (globalisation oblige), affirmait qu’il «botterait le derrière à quiconque ne sait pas parler anglais».Je me rappelle vaguement que René Lévesque, au moment du dépôt en Chambre de la Charte de la langue, la défendait à peu près dans les termes suivants: sa mise en application permettrait enfin aux Québécois de parler anglais sans complexes.Or, il est temps de le dire tout haut, aujourd’hui, plus de quinze ans après l’introduction de la loi 101 (une mesure à laquelle je demeure toujours très largement favorable), tout Québécois avec la moindre ambition, surtout s’il cherche à poursuivre une carrière scientifique, se doit absolument de maîtriser l’anglais.Que cela puisse encore faire l’objet d’un débat me dépasse.Cela n’a rien à voir avec le patriotisme, la fierté nationale ou la défense de la langue; ce n’est plus une question politique, ou du moins ne devrait plus l’être.C’est une question de culture scientifique, de culture tout court.L’Acfas y a un rôle à jouer, précisément parce qu’elle porte l’adjectif «française» dans son nom.Elle doit décider où se situe sa priorité: si c’est la promotion de la culture scientifique des Québécois et des autres francophones du Canada, alors promouvoir l’apprentissage de la langue anglaise en sera forcément un élément.Et il faudra le faire sans pudeur.L’association coréenne pour l’avancement des sciences (ou quelque chose du genre, si elle existe) pousse certainement ses membres à apprendre l’anglais, et y voit sans doute un geste d’affirmation nationale.Plus ses membres seront instruits, plus la collectivité sera forte sur la scène internationale; le même raisonnement vaut ici.Nous ne sommes pas la seule collectivité dont l’élite scientifique doive aujourd’hui s’exprimer dans une langue seconde pour réussir; c’est plutôt la règle.Ce sont les Américains, les Britanniques, qui sont l’exception.Comment peut-on même discuter de l’utilité d’apprendre la principale langue scientifique de notre époque?C’est une donnée, c’est tout.On peut comprendre que plusieurs n’aiment pas cet état de choses.L’époque où le français était encore une vraie langue internationale n’est pas si lointaine; il avait même un certain poids comme véhicule scientifique international.Mais, ce L’électricité et le développement durable, plus qu ’un engagement Satisfaire les besoins réels daujourd'hui et léguer les ressources aux générations futures afin quelles puissent en profiter.C'est ta garantie que nous offrent l'hydroélectricité et les économies d'énergie.: L K - ¦ * Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes 7 INTERFACE MAI • JUIN 1992 n’est pas la faute des Québécois (ce n’est la faute de personne finalement) si les États-Unis ont surgi, au cours de ce siècle, comme la puissance scientifique de la planète, si l’anglais s’est installé comme la langue seconde, aujourd’hui incontestée, dans tous les grands pays d’Asie (Japon, Inde, Corée, Chine, Indonésie), sans oublier sa pénétration en Europe, Allemagne, Scandinavie, Pays-Bas, et qui dépasse de plus en plus les limites de l’Europe germanique.Je me demande s’il existe encore quelque part, en 1992, un pays non anglophone dont la principale langue seconde apprise à l’école ne soit pas l’anglais?A part les pays du Maghreb pour le français, et peut-être quelques pays de l’Est pour l’allemand (la Hongrie, la Slovénie?) ou le russe (!), aucun autre exemple ne vient spontanément à l’esprit.Je répète, l’on ne demande pas aux Québécois d’aimer cet état de choses, mais seulement d’en tirer les conclusions qui s’imposent, si l’on désire promouvoir la recherche scientifique chez nous.Aussi, disons-le sans crainte, ce n’est pas parce que l’on entendra parfois parler anglais dans nos laboratoires, parce que nos scientifiques écriront souvent en anglais, que la langue française sera menacée sur notre territoire.Elle ne sera pas pour autant une langue plus pauvre, moins utile ou moins belle.Ma foi! toutes les sociétés de la planète ne peuvent pas exiger en même temps que leur langue propre soit aussi la langue scientifique internationale; mais cela ne les empêche pas pour autant de faire respecter leur langue sur leur territoire.Notre condition à cet égard n’est pas exceptionnelle.Et les mesures à prendre ne demandent pas de réflexion spéciale.Revenons donc à Montréal.Il n’y a aucun doute que l’histoire mouvementée du Québec (du moins à l’échelle de notre continent) depuis les années 1960 n’a pas rendu plus facile le développement de la recherche scientifique.Les problèmes de recrutement ont incontestablement freiné l’évolution des activités de recherche à Montréal.Mais comment pouvait-il en être autrement?Il fallait sans doute passer par là.Or, passons maintenant à l’étape suivante.La recherche scientifique est avant tout une question de ressources humaines; ou vous les formez vous-même, ou vous les importez.Une société de notre taille n’a d’autre choix que d’en «importer», tout en assurant la formation des ressources locales.En termes concrets, il faut que les laboratoires de Montréal puissent, sans problèmes, faire venir des collègues du Texas, de Californie ou du Japon et que les nôtres puissent communiquer (et être connus) là-bas.Bien entendu, le chercheur étranger qui arrive ici comme immigrant, avec l’intention d’y demeurer, doit s’intégrer (ou du moins ses enfants) à la culture de notre pays.C’est bien pour cela que les principales provisions de la loi 101 doivent rester en vigueur.Il est tout aussi normal que la production scientifique au Québec (comme dans le reste de la francophonie) se fasse surtout en français; ce n’est pas demain que je vais soumettre un travail en anglais au congrès de l’Acfas ou à un ministère québécois.Mais tout cela ne devrait pas nous empêcher de promouvoir, dans nos écoles, nos instituts, nos laboratoires, etc., une culture et une ambiance scientifiques qui accorderont à la langue anglaise la place essentielle qui lui revient, pour que Montréal devienne, encore plus qu’elle ne l’est aujourd’hui, une ville d’accueil et de rayonnement pour la communauté scientifique internationale.¦ L'Université de Sherbrooke Un choix de vie jliiùP • w « > v ï' ¦ Q \uelque 18000 étudiants choisissent de profiter de la vie à l'Université de Sherbrooke dans un environnement favorable au travail intellectuel et à l'épanouissement personnel.Un encadrement pédagogique exceptionnel et la dimension humaine des relations entre les étudiants et les professeurs font de Sherbrooke une université où l’enseignement conduit à la réussite.Renseignements sur les programmes: (819)821-7681 1-800-267-UdeS (sans frais) UNIVERSITE DE SHERBROOKE UN PAYS DE CONNAISSANCE CANADA mm PRIME MINISTER-PREMIER MINISTRE Je suis heureux de transmettre mes plus cordiales salutations à tous les délégués du 60e congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, qui se tient à l'Université de Montréal.En ce monde en constante évolution qui est le nôtre, la science occupe une place de premier plan et joue un rôle essentiel dans le développement social et économique de nos sociétés.Le congrès de l'ACFAS témoigne à cet égard de l'importance et de l'excellence des travaux de la communauté scientifique d'expression française.Non seulement il est l'occasion d'interactions enrichissantes, mais il permet aussi de mettre en commun des expériences originales et de jeter un regard neuf sur les grandes questions de l'heure.Je félicite les organisateurs du congrès et vous souhaite à tous et à toutes de très fructueux débats.OTTAWA 1992 PROFESSION: CHERCHEUR VILLE:, MONTREAL GILLES BRASSARD.EMIL SKAMENE ET PHILIPPE GROS: QUEL EST LE POINT COMMUN?CES PROFESSEURS l IENNENT CHACUN DE REMPORTER UNE RÉCOMPENSE PRESTIGIEUSE POUR LEURS TRAVAUX.LA GLOIRE EN QUELQUE SORTE.DE PLUS.ILS HABITENT TOUS LES TROIS À MONTRÉAL.MAIS L'ANALOGIE S'ARRÊTE LÀ.CE SONT TROIS PARCOURS DIFFÉRENTS QUE NOUS VOUS PRÉSENTONS ICI.QUI TÉMOIGNENT D'UNE CHOSE: IL SE FAIT DE LA RECHERCHE DE HAUT CALIBRE À MONTRÉAL.TROIS EXEMPLES ET NON TROIS EXCEPTIONS.CAR ILS NE SONT PAS SEULS.GILLES BRASSARD DANS L'UNIVERS DES CODES SECRETS Gilles Brassard est un cas! À 35 ans, cryptologue le plus en vue au pays, concepteur d’un prototype unique au monde, ce jeune scientifique vient de remporter coup sur coup deux prestigieux prix: la bourse Steacie, dont on dit qu’elle est «la plus haute distinction décernée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada», et le prix Urgel-Archambault, décerné annuellement par l’Acfas pour des recherches en sciences physiques, mathématiques et génie.Gilles Brassard a deux ans devant lui pour faire ce qu’il veut.Grâce à la bourse Steacie, qui n’est offerte qu’à quatre chercheurs à travers le pays chaque année, le jeune professeur d’informatique, déchargé de sa tâche d’enseignant, a toute la latitude nécessaire pour mener à bien ses propres projets, sans comptes à rendre à qui que ce soit.«Je suis entièrement libre.Je peux partir en voyage demain matin si je veux.Mais bon, j’ai bien des choses à faire ici.» Entre autres choses: la concoction d’un prototype nouveau genre en collaboration avec l’Ecole polytechnique de Montréal, la rédaction d’articles qu’il n’a pas eu le temps d’effectuer depuis 15 ans, l’étude approfondie de la physique quantique et, encore et toujours, de la recherche fondamentale, à un niveau théorique «dans le sens délirant du terme», pré-cise-t-il.Ces deux prix viennent s’ajouter à un parcours sans fautes pour Gilles Brassard.Il obtenait son baccalauréat à 17 ans, une maîtrise trois ans plus tard et un doctorat à l’Université Cornell à 24 ans.Neuf ans plus tard, en 1988, il devenait à 33 ans le plus jeune professeur titulaire de l’histoire de l’Université de I NTT RF ACE MAI • JUIN 1992 Montréal.Le reste de son curriculum vitae est à l’image de cette précocité: chercheur invité à Berkeley; une quarantaine d’articles, à la fois pour des revues et des encyclopédies; trois livres; une soixantaine de conférences à travers le monde et des découvertes saluées partout.Des revues comme Nature, Science, Scientific American ou La Recherche ont fait largement écho à ses recherches.Et Gilles Brassard trouve aussi le temps d’être éditeur en chef de la revue savante de sa branche scientifique: le Journal of Cryptology.ILS NE SONT PAS SEULS Jacques de Champlain, professeur de médecine à l'Université de Montréal, a remporté le prix Izaak-Walton-Killam 1991 (voir l'entrevue dans Interface, vol.12, ri 5, septembre-octobre 1991).Petit prodige des sciences, issu d’une famille de chercheurs, Gilles Brassard s’est amené en informatique à l’Université de Montréal alors qu’il n’avait que 13 ans! «D’accord, ce n’est pas la norme, mais ce n’est pas exceptionnel non plus!», dit-il aujourd’hui.A peine adolescent dans un univers de jeunes adultes, Gilles Brassard n’a pas eu alors l’impression d’être une bête curieuse.«A 13 ans, j’étais plus à ma place à l’université qu’à 12 ans au début du secondaire.Mais ce genre de précocité est plus évident en sciences pures et appliquées, plutôt qu’en sciences sociales où là, la maturité a beaucoup d’importance; avoir 13 ans, dans ce cas-là, c’est beaucoup trop jeune.» DE LA CRYPTOGRAPHIE.À travers l’informatique théorique et appliquée, Gilles Brassard commença à s’intéresser à la cryptologie, à laquelle il appliquera des années plus tard la théorie de la physique quantique.La cryptologie, c’est à l’origine la science des codes secrets, divisée en deux branches soeurs mais distinctes: la cryptographie, qui consiste à chiffrer ou coder une information de manière à la rendre inintelligible, et la cryptanalyse, utilisée justement pour briser cet encodage, pour déchiffrer le secret.«Ce sont deux sciences complémentaires, mais bien différentes.» Cryptologie et informatique sont en soi reliées.Le premier ordinateur, Colossus, a été conçu en Angleterre durant la Deuxième Guerre mondiale par des cryptanalystes.Il s’agissait alors de trouver un moyen efficace pour briser les codes secrets allemands.«Cet ordinateur est resté complètement secret jusqu’en 1970.Même les Allemands ignoraient tout de son existence et ne savaient absolument pas que les Alliés avaient percé leurs codes secrets durant la dernière guerre mondiale.» L’ordinateur a ainsi bouleversé les fondements mêmes de la cryptanalyse.«Ce qui est ironique, explique Gilles Brassard, c’est que l’ordinateur a vu le jour grâce au travail des cryptanalystes, mais est essentiellement utilisé aujourd’hui par des cryptographes, qui s’en servent pour codifier des données.L’ordinateur permet ainsi de chiffrer des systèmes tellement sophistiqués que même l’appareil le plus perfectionné que l’on connaisse ne peut en briser les codes.Du moins dans l’état actuel de nos connaissances.Résultat: l’ordinateur a créé les conditions de la chute même de son concepteur: la cryptanalyse.» Voilà où nous en sommes.C’est à ces questions que Gilles Brassard et son collègue Charles Bennett, des laboratoires de recherche d'IBM à Yorktown Heights dans l’État de New-York, travaillent présentement.«On ne peut pas exclure pour l’instant la découverte de nouveaux algorithmes qui pourraient permettre de détruire ou de décoder ces systèmes.Le prototype que nous avons mis au point, mon collègue et moi, doit justement démontrer l’invulnérabilité absolue de notre système.Mais nous sommes très loin, de toute façon, de pouvoir décoder les systèmes existants.Ce n’est donc pas a priori inquiétant.Mais si ça devient un jour possible, il y a là d’énormes dangers.Ça risque de déclencher une pagaille inimaginable.Par exemple, si quelqu’un réussissait à briser un système commercial, c’est toute l’économie qui risquerait de se trouver par terre.» Il n’y a aucune preuve que ça ne se fera jamais.«Peut-être dans un milliard d’années, je ne sais pas! La principale raison d’être de mes recherches, c’est de mettre au point un système cryptographique dont on pourrait démontrer l’invulnérabilité absolue.Je peux dire déjà que c’est théoriquement réalisé.Mais nous sommes encore loin d’une application convaincante.» Une voie «plus pratique» a cependant été découverte en 1979.Un prototype, conçu par Gilles Brassard et Charles Bennett, se trouve aux États-Unis dans les laboratoires de recherche d’IBM.«Ce n’est qu’un jouet.Il est parfaitement inutile du côté pratique.Mais il réussit à démontrer que notre idée de base n’est pas du pur délire, que c’est essentiellement vrai.» Le joujou en question ne permet de communiquer que sur une distance de 32 centimètres! «On est loin du réseau mondial!», dit Gilles Brassard en riant.Mais le deuxième prototype, qui sera mis au point au cours des prochaines années en collaboration avec l’École polytechnique, tentera de se rendre à 100 mètres.Ce sera nettement plus convaincant, mais tout cela reste au niveau de l’inapplicable à une échelle moyenne.» Plus réaliste, en tout cas, que le prototype qui existe déjà chez son collègue Charles Bennett.«Mais pas assez pour intéresser qui que ce soit de l’industrie, pour le côté mercantile de la chose.» Ce côté «mercantile» ne préoccupe pas Gilles Brassard.«Je ne m’occupe pas des conséquences pratiques de mes recherches.Bon, disons que je m’en préoccupe! Mais je ne me demande pas, lorsque je travaille sur quelque chose, si cela pourra un jour être mis en application.» L’industrie, pour l’instant, ne manifeste pas d’intérêt pour les recherches de Gilles Brassard et Charles Bennett.«Tout simplement parce que nous n’avons pas démontré que les systèmes peuvent être violés.En fait, c’est presque sûr qu’ils ne peuvent pas l’être, du moins dans l’état actuel des connaissances, encore une fois.«Et puis, ce n’est pas du tout évident que mon système, que son concept, puisse être implanté dans la vraie vie à des coûts raisonnables.Et comme le danger paraît vraiment trop loin, trop hypothétique, une industrie ne va pas investir des sommes astronomiques pour un danger qui n’existe peut-être pas.Et moi.jetai sur le plu meniale.- M 01 Tonifies possibles entre le ma Brassard et tfe.-Lepr tique et la Sttplïrfii années 60.[ à nuée mai.«ni® de Junîrencoi Posium.en Il crvnt fltose si nine*! » nteni le tque.detellefaçi Pourraii k [ Utilise, 1 H S.%|; H foité Slip, « 11 INTERFACE MAI • JUIN 1992 moi, je n’ai pas du tout envie de me battre pour les convaincre.Je reste sur le plan de la recherche fondamentale.» .À LA MÉCANIQUE QUANTIQUE Toutes ces recherches ont été possibles grâce à la rencontre entre le mathématicien Gilles Brassard et la physique quantique.«Le premier qui a vu un rapport entre la physique quantique et la cryptologie est Stephen Wiesner, à la fin des années 60.11 en a alors parlé à un de ses amis, Charles Bennett, qui lui-même m’a entretenu de la question lors d’une rencontre à un symposium, en 1979.Ça m’a aussitôt intéressé.» Quel est le rapport entre la physique quantique et la cryptographie?«La physique quantique dit la chose suivante: toute observation d’un phénomène va nécessairement le perturber.En partant de cette loi physique, il s’agit d’encoder un message de telle façon qu’on pourrait aussitôt déceler un espion qui entrerait en contact avec le système par la perturbation créée.» Gilles Brassard avoue que ses connaissances de la théorie de la physique quantique sont aujourd’hui trop limitées pour les prochaines étapes de ses recherches.«J’en connais finalement peu.Enfin, c’est évidemment très relatif.Mais je sais que je vais utiliser une partie des deux années que j’ai devant moi pour étudier à fond cette théorie, à partir d’ouvrages sérieux.» La physique quantique, découverte au début de ce siècle par Max Plank et Niels Bohr, reste pour Gilles Brassard la plus grande découverte en physique de ce siècle.Un cran devant la théorie de la relativité.«D’ailleurs, Einstein a contribué au début au développement de la quantique, mais il en est vite devenu le principal opposant.Et si on met les deux théories en opposition, elles peuvent effectivement se contredire.Mais on travaille présentement à les unifier.Ce sont deux très belles théories: la quantique se penche sur T infiniment petit et la relativité, sur l’infiniment grand.» Gilles Brassard ignore pour quelles raisons la théorie de la relativité a beaucoup plus frappé l’imaginaire des gens que la quantique.«Peut-être parce qu’on est plus naturellement fasciné par les grands que par les La physique quantique a été largement appliquée au domaine des sciences sociales.Une analogie boiteuse, selon Gilles Brassard.«Si on observe des indigènes, c’est vrai que plus on les approche avec une caméra, plus ils vont être perturbés.Mais cette limite que vit l’anthropologue n’est pas une limite fondamentale, imposée par la nature, comme dit la physique quantique.C’est une limite imposée par la maladresse.Bien sûr, il y a une analogie dans les conséquences, mais on ne peut pas en tirer une loi.Le ou la sociologue peut à la rigueur se cacher dans un arbre ou montrer plus de discrétion.» Cela dit, il conçoit fort bien ce que cette théorie puisse avoir de séduisant pour toute une école de pensée en sciences sociales.Gilles Brassard cessera d’enseigner au cours des deux prochaines années, mais continuera de s’occuper de ses étudiants petits.Mais pour moi, si une des deux théories n’est pas bonne, tivité.» c’est celle de la rela- INTERFACE MAI • JUIN 1992 : .¦ ¦' de maîtrise et de doctorat.Deux ans d’arrêt qui ne sont pas pour lui un répit indispensable.«L’enseignement est ma première passion.» Cela doit se sentir puisqu’il a mérité l’an dernier le Prix d’excellence en enseignement de la Faculté des arts et sciences de l’Université de Montréal.«Il y a ici à Montréal une très grande liberté dans la recherche et l’enseignement.Il n’y a aucune ingérence de l’université dans mes sujets de recherche et beaucoup de souplesse pour l’enseignement.» Cette liberté, qu’il ne croit pas retrouver ailleurs, est l’un des facteurs qui l’incitent à vouloir demeurer à Montréal.Ses étudiants l’aident d’ailleurs à vaincre le relatif isolement dans lequel il se trouve.Montréal ne regorge pas de cryptolo-gues informaticiens.«Mais il y a aujourd’hui tellement d’occasions de rencontrer des collègues du monde entier, tellement de manières ultra-rapides de communiquer ses dernières recherches, que la présence physique, si elle est souhaitable, n’est plus essentielle.» Grandir au Québec.Nous y croyions en 1911.Nous y croyons aujourd’hui.Nous sommes ici depuis 1911.Aujourd’hui, notre équipe compte quelque 2 500 employés.A Montréal.A Bromont.Ailleurs au Québec.Kt nous serons là demain.Knsemble.Au nom du progrès.IBM rs| iinr mannir rr 2000 PP 87,12 40000 e‘: électron e*: positron p: proton p: antiproton 28 INTERFACE MAI • JUIN 1992 2.LES PARTICULES ELEMENTAIRES On considère comme particules élémentaires les plus petits constituants de la matière que l'on puisse isoler.Chaque particule élémentaire est caractérisée par sa masse, sa durée de vie, son spin (moment cinétique intrinsèque), sa charge électrique ainsi que d'autres nombres quantiques comme l'étrangeté, le charme, la beauté, etc.A chaque particule est associée l'existence d'une antiparticule de même masse, de même durée de vie mais de charge électrique opposée.Par exemple, l'antiparticule de l'électron e’ est le positron e+.On peut répartir en deux grandes classes les particules: celles qui agissent comme médiatrices des quatre interactions (bosons) et celles qui constituent la matière (fermions).Le tableau suivant récapitule les particules élémentaires connues à ce jour.Certaines, comme le quark «t» ou la particule de Higgs, sont toutefois des prédictions du modèle standard et n'ont pas encore été observées.Bosons: particules médiatrices des interactions Interaction forte: 8 gluons m=0 spin=l Interaction électromagnétique: photon m=0 spin=l Interaction faible: bosons intermédiaires W+ W,Z° 0^=80 GeV/c2 spin=l mz=90 GeV/c2 spin=l particule de Higgs H° mH=?spin=0 Interaction gravitationnelle: graviton (?) m=0 spin=2 Fermions: particules constituant la matière 6 quarks: u m„ = 0,3 GeV/c2 c mc= l,5GeV/c2 spin = i/2 charge électrique =2/3 t m, = ?(> 200 GeV) - d md = 0,3 GeV/c2 -, s m, = 0,5GeV/c2 spin = 1/2 charge électrique = -1 /3 b mb = 5GeV/c2 J 6 leptons: électron e' m,.= 0,0005 GeV/c2-, muon \i ny = 0,l GeV/c2 spin = 1/2 charge électrique = -1 tau t' m,_ = 1,8 GeV/c2 -J 3 neutrinos ve vH.et v , m = 0 (?) spin = 1/2 charge électrique = 0 breuses années à la mise au point de détecteurs de particules, ainsi qu’à l’analyse des données fournies par ceux-ci.Après avoir participé à la conception et à la construction du détecteur OPAL utilisé au LEP, nous collaborons à la conception d’un nouveau détecteur pour le LHC, dénommé «EAGLE», et à la préparation d’un programme d’analyse des résultats.À LA QUÊTE DES PARTICULES Notre compréhension de la structure de la matière a considérablement progressé depuis le début du siècle.Ce progrès est le résultat de théories audacieuses que sont venues confirmer les expériences menées dans des accélérateurs de plus en plus puissants (encadré 1).Grâce à ces machines, l’analyse de la matière n’a cessé de s’affiner: de l’atome au noyau entouré de son nuage d’électrons, aux protons et aux neutrons qui composent à leur tour le noyau, puis aux quarks3 qui forment le proton et le neutron.De fait, la mise en exploitation d’accélérateurs de particules, depuis 1950, a considérablement augmenté le nombre de particules connues (encadré 2).L’image qu’on se fait aujourd’hui de la matière est relativement simple.On peut réduire les constituants de la matière à un nombre fini de fermions fondamentaux: les quarks et les leptons.Chacune de ces particules fondamentales a son antiparticule (anti-quarks et antileptons).De plus, ces particules ne semblent pas avoir de structure, tout au moins aux distances explorées jusqu’à ce jour (environ 10,6cm).Toutes les connaissances acquises en physique des particules sont résumées dans le modèle dit «standard»4, qui énumère les constituants de base connus dans la matière et les forces qui régissent leur comportement ainsi que les particules médiatrices qui communiquent ces forces.Ce modèle prédit toutefois l’existence de deux particules qui n’ont pas pu être détectées aux énergies de collision obtenues jusqu’ici: le quark «t» (top) et la particule de Higgs5.On pense que ces particules ont une masse importante.Leur détection nécessitera donc l’atteinte d’énergies très élevées, ce que devrait permettre le LHC.LES QUATRE FORCES D'INTERACTION Il y a en principe quatre forces qui régissent le monde des particules.Ce sont les forces électromagnétique, faible, forte et gravitationnelle.Les forces d’interaction électromagnétique et gravitationnelle nous sont les plus familières puisque nous saisissons certains de leurs effets dans la vie aucun rôle dans la cohésion de la matière, ne se manifeste, en fait, que dans certaines collisions entre particules (collisions par neutrinos, par exemple) et dans certaines réactions de désintégration nucléaire.L’interaction forte est, quant à elle, responsable de la cohésion des constituants du noyau (neutrons et protons).Les particules soumises à cette interaction s’appellent des «hadrons».Il peut s’agir soit de baryons, comme le proton et le neutron, soit de mésons comme les pions (qui peuvent exister sous trois états de charges: 7t+, w et 7t°).D’un point de vue fondamental, les hadrons sont composés de quarks et de gluons (particules médiatrices de l’interaction forte).Un coup d’oeil au tableau 1 permet de constater que la force de gravitation joue un rôle négligeable au niveau des particules: 1 pour l’interaction forte, 10‘2 pour l’interaction électromagnétique, 105 pour l’interaction faible et 10‘38 pour la gravitation.Il faut bien dire que les masses en cause sont très petites: celle de l’électron est de 0,511 MeV ou 9,109 10 31 kg et celle du proton est de 938 MeV ou 1,672 10'27 kg — l’énergie (e) est reliée à la masse (m) par la célèbre TABLEAU 1 Comparaison des quatre forces régissant le monde des particules La force de gravitation joue un rôle négligeable au niveau des particules.Force Importance relative Portée Exemple Gravitationnelle 1Q-38 Infinie Mouvement des planètes Faible 10'5 10',6cm Désintégration radioactive Electromagnétique 102 Infinie Structures atomiques Forte 1 10'l3cm Liaison des quarks à l'intérieur du proton et du neutron de tous les jours.C’est ainsi, par exemple, que nous percevons l’interaction électromagnétique à travers les lois de l’électricité et du magnétisme.Cette interaction, qui est responsable de la force entre les électrons et les noyaux dans les atomes et les molécules, contrôle également le monde de la chimie.De son côté, la gravitation, une force attractive entre deux objets qui croît avec la masse de ceux-ci, est responsable de la pesanteur terrestre et gouverne le mouvement des planètes.Les forces faible et forte nous sont moins apparentes car elles se révèlent lorsqu’on examine le comportement des constituants de la matière à un niveau qui échappe à nos sens.L’interaction faible, qui semble ne jouer équation d’Einstein: e=mc2.Nous ne considérons donc pas la gravitation dans le contexte présent.Par contre, les forces électromagnétique, faible, forte ont des points communs et, pour ce, semblent pouvoir être décrites par des mathématiques très similaires.En effet, l’interaction entre particules via chacune de ces forces est «médiée» par des bosons vectoriels, plus spécifiquement par une particule d’échange appelée «quantum d’interaction» (signalons que c’est le cas également de la gravitation, qui est médiée par un boson tensoriel, le graviton).Prenons le cas de l’interaction électromagnétique.Nous savons que cette force qui s’applique aux particules 61e Congrès de l'Acfas du 17 au 21 mai 1993 à Rimouski Date limite pour présenter une communication : 4 décembre 1992 Date limite pour organiser un colloque scientifique : 13 novembre 1992 Université du Québec à Rimouski Acfas 2730, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1 B7 Tél.: (514) 342-1411 Téléc.: (514) 342-9552 n c e S c i e Mc GRAW-HIU, ÉDITEURS • 750, BOUL LAURENTIEN, SUITE 131, MONTRÉAL, QUÉBEC H4M 2M4 • TEL : 744-5531 • FAX: 744-4132 31 INTERFACE MAI • JUIN 1992 FIGURE 2 Interaction électromagnétique (a) (b) L'interaction électromagnétique est «médiée» par les photons y.On observe en (a) la diffusion d'un électron e’ sur un autre électron e‘ par échange d'un photon y et en (b) la diffusion d'un électron e‘ sur un proton p toujours par échange d'un photon y.(dit «de Higgs») permettant de construire les masses des bosons intermédiaires W+, W et Z°.Une confirmation complète de la théorie de Glashow, Salam et Weinberg ne sera donc possible qu’au moment de la découverte de cette particule, ce dont nous parlerons plus loin.L’étape suivante dans cette démarche d’unification consistait à y inclure l’interaction forte.Pour ce faire, on a simplement étendu à cette interaction les mécanismes connus pour l’interaction électrofaible et on a introduit d’autres bosons intermédiaires, appelés «gluons».Ces derniers, au nombre de huit, sont les médiateurs de l’interaction forte et ils sont donc continuellement échangés entre les quarks, constituants élémentaires des protons et neutrons.L’interaction forte entre deux quarks est représentée à la figure 4.Cette théorie de l’interaction entre quarks, médiée par les gluons, est appelée «chromodynamique quantique» (CDQ)9.Pour résumer, on peut dire aujourd’hui que les interactions entre particules sont comprises dans le cadre du modèle standard.Ce dernier fait intervenir les interactions électrofaible (via les bosons intermédiaires W+, W-et Z° et les photons y) et forte (via les gluons).Ces interactions agissent sur un nombre fini de constituants fondamentaux de la matière, c’est-à-dire six quarks et six leptons et leurs antiparticules.chargées se manifeste par un échange de photons.Deux exemples faisant intervenir respectivement l’interaction entre deux électrons et l’interaction entre un proton et un électron toujours par échange de photons, sont présentés à la figure 2.La théorie de l’interaction de particules chargées médiées par des photons est appelée «électrodynamique quantique» (EDQ)6.L’interaction faible de particules suit la même image.Elle est médiée par les bosons intermédiaires W+, W (interaction faible dite «par courants charges») et Z° (interaction faible dite «par courant neutre»).Des exemples d’interaction faible sont illustrés à la figure 3 où: (a) la désintégration j3 du neutron est présentée via l’échange d’un boson intermédiaire W- (courant chargé) et (b) la diffusion d’un anti-neutrino sur un électron est représentée via l’échange d’un boson intermédiaire neutre Z° (courant neutre).Depuis le début de la recherche en physique des particules, l’objet de la démarche a été d’unifier les forces électromagnétique, faible et forte, avec évidemment pour but ultime d’inclure aussi la gravitation dans un schéma unifié à quatre forces.Il est possible aujourd’hui de rendre compte d’une description unifiée des interactions électromagnétique et faible: la force électrofaible.Cette unification s’est faite dans le cadre de la théorie proposée par Glashow, Salam et Weinberg au cours des années 607.Dans cette théorie, il est prédit que la force d’interaction électrofaible requiert, en plus du photon (y) — particule de masse nulle médiatrice de l’interaction électromagnétique —, l’existence des trois bosons massifs W+, W' et Z°, de charge électrique +1, Interaction faible n e- e- V / 1 > | 1 1 4,W 1 1 1 1 z° | Ve \ 1 1 > Vu ! > (a) (b) L'interaction faible est «médiée» par les bosons intermédiaires W , W et Z°.On a représenté en (a) la désintégration |3 d'un neutron n en proton p (n -* p e“ vs ) par l'échange du boson W (courant chargé) et en (b) la diffusion d'un anti-neutrino vf sur un électron e’ par l'échange du boson Z° (courant neutre).L'OBJECTIF DU LHC La vérification expérimentale du modèle standard est l’objectif premier du projet du grand collisionneur hadronique qui, créant une énergie totale de collision de 16 TeV, offrira la possibilité de découvrir le boson de Higgs et le quark top.D’une façon plus générale, la construction d’accélérateurs de particules capables d’atteindre des énergies de collision de plus en plus élevées répond à deux nécessités.D’une part, les hautes énergies sont nécessaires pour pouvoir créer, avec une probabilité suffisante, les conditions de production de particules de plus en plus lourdes, ces dernières étant formées de quarks de plus en plus lourds (figure 5).-1 et zéro respectivement, ces trois derniers agissant comme médiateurs de l’interaction faible.La masse de ces bosons est de 80 GeV/c2 pour le W+ et le W*, et de 90 GeV/c2 pour le Z°.Cette théorie a été partiellement confirmée par la découverte, grâce au collisionneur proton-antiproton (SppS) du CERN en 1983, des particules W+, W' et Z° possédant les propriétés prédites par la théorie8.Il faut cependant noter que la théorie de Glashow, Salam et Weinberg prédit aussi l’existence d’une autre particule, appelée «boson de Higgs».Cette particule a été introduite par le théoricien Peter Higgs, pour expliquer les différences de masse entre les photons de masse nulle et les bosons intermédiaires de masse non nulle.Dans le cadre d’une unification électrofaible, il est important, en effet, de pouvoir relier par une symétrie, même brisée (encadré J), les particules médiatrices des deux types d’interaction en cause.Or, la particule de Higgs est la trace du mécanisme 3.LA SYMETRIE DE JAUGE BRISEE L'interaction électrofaible est décrite dans le cadre des théories à symétrie de jauge brisée spontanément.Cette symétrie relie les interactions électromagnétique et faible, et donc le photon et les bosons intermédiaires W*, W’ et Z°, qui en sont les vecteurs.Cette symétrie relie également les quarks et leptons qui subissent ces interactions.De façon générale, une symétrie de jauge implique la possibilité d'une transmutation entre deux particules qu'elle relie.Par exemple, un p- peut se transformer en un vM par émission d'un W+ ou absorption d'un W'.On parle de symétrie brisée spontanément parce que la symétrie n'apparaît pas de manière évidente à l'observation tout en existant dans les équations fondamentales.Un exemple très connu d'une telle symétrie est celle d'une tige rectiligne subissant une force de compression appliquée entre ses deux extrémités.En l'absence de la force, cet ensemble présente une symétrie de rotation par rappod à l'axe de la tige, toutes les directions étant alors équivalentes.Une fois que la force est appliquée, la tige se plie et une direction particulière est ainsi privilégiée.La symétrie de rotation du système, bien que toujours reflétée par les équations qui décrivent le système, se trouve cachée par la flexion de la tige.C'est ce qu'on appelle «brisure spontanée de symétrie».Pour réaliser la brisure spontanée de la symétrie électrofaible, on doit introduire des particules de Higgs, qui jouent le rôle de la tige flexible, tandis que la symétrie électrofaible est le pendant de la symétrie de rotation dans notre exemple précédent.Le mécanisme de Higgs permet alors d'engendrer les masses des bosons intermédiaires W+, W’ et Z° tout en laissant le photon de masse nulle.Les interactions faible et électromagnétique sont ainsi distinguées bien que la symétrie électrofaible soit toujours présente dans les équations. MESSAGE DE LA MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA SCIENCE À l’occasion du 60e Congrès de l’Association canadienne française pour l’avancement de la science (ACFAS), il m’est agréable de souligner la contribution exceptionnelle de l’Association au rayonnement de la communauté scientifique francophone.L’ACFAS se distingue par le souci qu’elle a toujours eu de mettre en valeur les travaux ayant une véritable portée scientifique et par sa volonté de faire de ses assises annuelles un carrefour ouvert aux scientifiques de toutes les disciplines.Grâce au caractère très diversifié des disciplines représentées, à l’intérêt des thèmes retenus et à la qualité des conférenciers, le congrès annuel de l’ACFAS est devenu un important lieu de rendez-vous des scientifiques.Mais, plus encore, il illustre les progrès énormes que l’activité scientifique a connus au Québec au cours des dernières décennies.Cet important rassemblement, auquel participent quelque 4 000 scientifiques, témoigne de notre vitalité scientifique.La contribution de toutes les régions au développement scientifique et technologique est déterminante pour le Québec, en ce qu’elle constitue une force motrice qui a des incidences sur l’ensemble de la société.C’est pourquoi je suis fière de souligner la contribution financière importante qu’apporte le gouvernement du Québec au renforcement du potentiel scientifique et technologique de l’ensemble du Québec.twAx/ Il EJ ' Q Q Lucienne Robillard Québec 33 INTERFACE MAI • JUIN 1992 FIGURE 4 Interaction forte q q L'interaction forte est «médiée» par les gluons.On observe ici l'interaction entre deux quarks q par l'échange d'un gluon g.D’autre part, la construction de ces accélérateurs permet d’explorer la matière à des distances de plus en plus petites.Une étude aux petites distances, c’est-à-dire à des fréquences — donc à des énergies — de plus en plus grandes, permet de confirmer ou d’infirmer l’existence de sous-structures des constituants ultimes de la matière non prévues par le modèle standard.La découverte de telles sous-structures, comme d’ailleurs celle de particules non prévues par le modèle standard, forcerait à repenser notre conception de l’univers et de son évolution.Cette conception est fondée sur le fait généralement accepté que l’univers a débuté par un big bang il y a environ 15 milliards d’années et que son expansion continue aujourd’hui.La température résiduelle de 3 K mesurée en tout point de l’espace témoigne de cette explosion initiale10.L’univers, au départ, était un point dont la dimension était de KL33 cm; donc, une densité d’énergie gigantesque caractérisait cet instant initial.Évidemment, les lois physiques régissant l’univers à d’aussi grandes densités d’énergie défient pour l’instant toute compréhension.A ÎO"43 s après le big bang, la température «ambiante» était de 1032 K.C’était une «époque» de grande unification et de grande symétrie puisque les forces forte, électromagnétique et faible n’étaient pas différenciées et qu’il y avait autant de matière que d’antimatière.La différenciation entre la force forte et la force électrofaible a eu lieu à 1034 s lorsque régnait une température de 1027 K.Cette époque est souvent décrite comme un univers constitué d’un plasma de quarks et de gluons.On pourra peut-être l’étudier grâce à des collisions d’ions lourds dans le LHC.Le plasma de quarks et de gluons a ensuite évolué pour former, à 1CH0 s après le big bang et à une température de 1015 K, un gaz d’hadrons dont les éléments étaient constitués par des ensembles de quarks et d’antiquarks.Les conditions régnant à cette époque pourront être reproduites dans le LHC.Cette période est aussi marquée par la séparation entre les forces électromagnétique et faible.La dominance de la matière sur l’antimatière, commencée au temps du plasma de quarks et de gluons, se renforce alors puisque les antiquarks disparaissent par annihilation avec les quarks et ne sont plus recréés, la densité d’énergie étant devenue trop faible.Cette tendance à la disparition de l’antimatière libre dans l’univers se concrétise à 1 s après le big bang et à une température de 1010 K par l’annihilation des positrons par les électrons qui, eux, subsistent.Trois minutes après le big bang, la température étant de 109 K, les protons et neutrons créés dans la phase du gaz de hadrons peuvent former les premiers noyaux simples: deutérium, hélium et lithium.Il faut attendre 300 000 années, quand la température est de 6103 K, pour que se forment les premiers atomes d’hydrogène, d’hélium et de lithium.Les noyaux plus lourds tels que le carbone et le fer sont créés à l’intérieur des étoiles, 1 milliard d’années après le big bang, à la température de 18 K, alors que la matière de l’univers est répartie en galaxies et étoiles.C’est finalement 15 milliards d’années après le big bang et à une température résiduelle de 3 K que les atomes peuvent s’associer en systèmes plus complexes de molécules pour finalement aboutir à l’être humain.LE PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT DU LHC Le collisionneur LHC sera un accélérateur du type synchrotron et sa cir- conférence sera de 27 km.Son but sera de produire des collisions proton-proton à très hautes énergies.Pour amener des faisceaux de particules de même charge en collision, il est nécessaire de les faire circuler dans des champs magnétiques séparés.C’est pourquoi le collisionneur sera constitué de deux anneaux (chambres à vide) insérés à l’intérieur d’une seule culasse d’aimant et permettant le stockage de deux faisceaux de protons circulant en sens contraires.Les protons gardés en orbites circulaires dans chacun des anneaux seront accélérés à une énergie de 8 TeV environ chacun avant qu’on les amène en collisions frontales.L’énergie totale de collision ainsi atteinte sera de 16 TeV (figure 6).L’utilisation d’aimants supraconducteurs permettra d’obtenir les inductions de 10 teslas nécessaires au stockage sur des orbites stables de faisceaux de protons de 8 TeV.L’anneau LHC nécessitera ainsi 1800 aimants de courbure supraconducteurs, chacun d’une longueur de 9 m, et 400 aimants quadrupolaires de focalisation.Un cryostat maintiendra la culasse d’aimant à une température suffisamment basse pour permettre la supraconduction.La supraconduction est une propriété que certains maté- Masse des particules selon leur famille • t?104 • b 103 - • c • I es • s | 102 - • fi S 101 - • d • u 1 - • e 1 K.=mvM =mv.=0?) 1 1 1 Il III FAMILLE Les particules peuvent être regroupées en trois familles selon leur masse.Nous ignorons toujours la masse du quark «1» (top) et nous ne savons pas encore si la masse des neutrinos ve/ vMet v, est vraiment nulle. 34 INTERFACE MAI • JUIN 1992 FIGURE 6 Système d'accélération des particules en exploitation au CERN p (proton) «BOOSTER» proton ion LINAC L'injection des protons ou des ions dans le LHC se fera grâce à deux accélérateurs déjà exploités au CERN: le synchrotron à proton (PS] complété de son «booster» (PSB) et du LINAC (générateur de protons ou d'ions), ainsi que le supersynchrotron à protons (SPS).Le scénario d'injection est le suivant: le LINAC fournit des protons ou des ions qui sont successivement accélérés dans le «booster», le PS, le SPS puis le LHC.Seule une telle chaîne d'accélération permet d'atteindre les énergies voulues (8 TeV par faisceau dans le cas des protons).riaux acquièrent quand on les refroidit à basse température: leur résistance au passage du courant électrique disparaît presque totalement (si la supraconduc-tion était parfaite, la résistance serait nulle).Des intensités élevées peuvent donc circuler dans des câbles supraconducteurs de section réduite avec un coût de fonctionnement inférieur à celui des aimants classiques, lesquels sont généralement construits avec des conducteurs en cuivre ou en aluminium.La seule énergie utilisée dans la production du champ d’un aimant supraconducteur est celle nécessaire pour refroidir les câbles et leur permettre de garder cette propriété de supraconduc-tion.Ces câbles sont faits en niobium-titane.De tels câbles permettent de faire varier l’intensité dans le matériau supraconducteur sans perte de supraconductivité.Cette propriété est la clef même du fonctionnement de l’accélérateur de particules: les champs magnétiques doivent être augmentés pour qu’on puisse maintenir les faisceaux de protons sur leur orbite quand ceux-ci sont accélérés depuis leur énergie d’injection jusqu’à leur énergie de pointe avant la collision.Comme on peut le voir, la construction d’un accélérateur de particules avec de telles performances constitue un énorme défi technologique et fait appel aux ressources apportées par des techniques de pointe tant du point de vue de la recherche fondamentale que de l’industrie.C’est ainsi que les programmes de R-D et de construction des aimants sont le fruit d’une collaboration entre le CERN et l’industrie européenne.Il est prévu d’exploiter également le LHC comme un collisionneur d’ions lourds, sans avoir à apporter de modifications majeures à sa configuration proton-proton.Des collisions entre des faisceaux de plomb sont donc envisagées en vue d’atteindre des densités d’énergie se situant entre 5 et 8 GeV/fm3.Ces densités d’énergie seraient suffisamment grandes pour produire le plasma de quarks et de gluons qui existait à KL34 s après le big bang, lorsque régnait une température de 1027 K et alors que furent différenciées la force forte et la force électrofaible.Nous avons vu plus haut qu’on peut se représenter une particule dite «élémentaire» sous la forme d’un sac con- tenant des quarks et des gluons.A basse densité, c’est-à-dire à la densité de la matière qui nous entoure habituellement (environ 0,165 GeV/fm3), la matière nucléaire est simplement une collection de protons et de neutrons.A une densité suffisamment grande, les protons et neutrons vont s’interpénétrer et leurs constituants vont perdre leur identité, c’est-à-dire que chacun d’eux se verra entouré d’autres constituants qui ne se souviendront plus de leur proton ou de leur neutron d’origine.La matière hadronique atteindra alors un état «chaotique» apparaissant comme un plasma de quarks et de gluons à très haute température et à très grande densité (5-6 GeV/fm3)11.L’état «chaotique» ainsi créé se refroidira en émettant des particules.Une indication expérimentale de cet état est donc une très grande multiplicité de particules produites transportant de l’énergie à grands angles par rapport à l’axe de la collision.La distribution d’énergie résultante est déterminée en mesurant l’énergie transverse.Il faut ajouter aussi que dans une telle situation, la production de paires de leptons telles que e+ e et p+ p- et de photons issus directement du plasma au moment de sa formation, sont des signaux possibles de son existence.LE SYSTÈME DE DÉTECTION POUR LE LHC Les particules produites par les collisions proton-proton ont un temps de vie très court (HL10 s, KL12 s) et se désintègrent rapidement en particules chargées ou neutres donnant la plupart du temps, après une ou plusieurs étapes, des électrons et des muons.Les particules chargées, passant au travers de la matière, ionisent les atomes qu’elles rencontrent sur leur chemin et laissent ainsi des traces de leur passage.C’est là le principe de base de beaucoup de mécanismes de détection12.Les particules neutres, par contre, qui ne produisent pas d’ionisation, ne laissent pas de traces.Cependant, on peut reconstruire leur trajet durant les diverses étapes de la réaction, en analysant les traces des particules chargées, et en appliquant les lois de la conservation de l’énergie et de l’impulsion à chaque vertex (sommet) d’où émergent la ou les trajectoires de particules chargées (visibles) et la ou les trajectoires de particules neutres (invisibles).Un exemple de vertex est illustré à la figure 7. 35 INTERFACE MAI • JUIN 1992 Les expériences qui seront réalisées avec le LHC fonctionnant en mode proton-proton fourniront l’occasion de vérifier le modèle standard en découvrant la particule de Higgs et le quark top, ou de chercher une nouvelle physique, c’est-à-dire de nouveaux leptons lourds, des bosons vectoriels et d’autres particules de Higgs prédites dans les nombreuses extensions possibles du modèle standard.Les systèmes de détection de particules devront s’appuyer sur des technologies nouvelles si on veut pouvoir les adapter aux conditions d’exploitation très exigeantes imposées par le LHC.Ils devront pouvoir fonctionner à des fréquences de collision élevées et détecter la très grande multitude de particules produites — quelques centaines de particules dans le cas de collisions proton-proton et quelques milliers de particules dans le cas ion-ion (ions lourds).De plus, il faudra exploiter ces détecteurs dans un environnement soumis à un haut niveau de radiations.On s’attend à ce que ce bruit de fond de radiation, créé par les collisions des particules avec les divers matériaux présents dans les zones expérimentales, soit surtout produit par des neutrons de basse énergie (d’environ 1 MeV) à raison de 10° neutrons par année et par centimètre carré.Le haut taux répétitif des collisions, à raison d’une collision toutes les 15 ns, nécessitera la recherche de solutions nouvelles pour augmenter la vitesse d’acquisition, de stockage et de traitement des données.Il requerra également des détecteurs à collection de charges très rapides.En vue de résoudre les configurations d’événements très compliquées dues aux nombreuses particules produites à chaque collision, les détecteurs devront finalement montrer une grande granularité.La géométrie même des collisions exige que l’on ait, pour les détecteurs, une structure en baril, ce qui impose des contraintes mécaniques très sévères dans leur construction.Par ailleurs, le nombre élevé et la diversité des événements à étudier imposent la construction d’une variété de sous-détecteurs complémentaires permettant toutes les combinaisons possibles ou presque en vue d’étudier un grand nombre d’événements possédant un large éventail de caractéristiques.La mesure de l’énergie et l’identification des particules seront faites à l’aide de calorimètres électromagnéti- FIGURE 7 Diffusion d'un pion f sur un proton invisible visible Les particules produites par les collisions proton-proton ont un temps de vie très court (10‘10 s, 1012 s) et se désintègrent rapidement en particules chargées ou neutres donnant la plupart du temps, en une ou plusieurs étapes, des électrons et des muons.Les particules chargées (électron, muon, etc.) ionisent les atomes qu'elles rencontrent en traversant la matière et laissent ainsi des traces de leur passage.Les particules neutres, par contre, ne laissent aucune trace; elles sont donc invisibles.Toutefois, en appliquant les lois de conservation de l'énergie et de l'impulsion, on peut reconstruire leur trajet à partir de ceux des particules chargées.Dans l'exemple présenté ici, la diffusion d'un pion it‘ sur un proton p donne lieu dans un premier temps à l'émission de deux particules neutres A° et k°, .Ces dernières se désintègrent ensuite respectivement en un pion n et un proton, ainsi qu'en deux pions r el if.Les pions tri et if se désintègrent à leur tour en des muons p* et p' avec émission des neutrinos vp et vM.Finalement, les muons p+ et p‘ se désintègrent respectivement en un positron et un électron avec émission de deux neutrinos v„ et vM.ques et hadroniques.Les calorimètres de EAGLE auront l’argon liquide comme milieu actif et le plomb comme milieu passif.Ces calorimètres seront exploités dans un champ magnétique de façon à séparer les traces des particules de charges opposées.Des chambres à fils permettront de retracer le passage des particules, c’est-à-dire de déterminer leurs trajectoires à partir du point de collision.A titre d’exemple, nous reproduisons schématiquement, à la figure 8, le détecteur EAGLE qui est proposé pour des expériences proton-proton avec le LHC.Cette description du détecteur, bien que sommaire, a l’avantage de donner une idée des dimensions des sous-détecteurs employés et de leur type.La géométrie de ce détecteur est 36 FIGURE 8 Schéma du détecteur EAGLE Retraçage central et identification des électrons (1 ] Calorimètre électromagnétique (2) Aimant solénoïde central (3) Chambres à fils pour muons (5) Aimant toroidal (6) Calorimètre hadronique (4) La géométrie du détecteur est celle d'un baril en «pelures d'oignon».Au centre se trouve un sous-détecteur (1 ) fait de microbandes de silicium, qui permet de retracer les trajectoires des particules très proches du point de collision et qui sert à l'identification des électrons.Vient ensuite un calorimètre électromagnétique (2), qui permet la mesure de l'énergie des électrons et photons émis lors des collisions.Ce calorimètre est suivi d'un aimant solénoïde central (3) atteignant un champ de 1,5 tesla.Un calorimètre hadronique (4) suit ce solénoïde; il mesure l'énergie des hadrons produits lors des collisions proton-proton.Finalement, de grandes chambres à fils (5) qui servent à retracer les muons sont situées de part et d'autre d'un aimant toroidal (6).celle d’un baril en «pelures d’oignon».Au centre se trouve un sous-détecteur fait de microbandes de silicium, qui permet de retracer les trajectoires des particules très proches du point de collision et qui sert à l’identification des électrons.Vient ensuite un calorimètre électromagnétique, qui permet la mesure de l’énergie des électrons et photons émis lors des collisions.Ce calorimètre est suivi d’un aimant solénoïde central atteignant un champ de 1,5 tesla.Un calorimètre hadronique suit ce solénoïde; il mesure l’énergie des hadrons produits lors des colli- sions proton-proton.Finalement, de grandes chambres à fils qui servent à retracer les muons sont situées de part et d’autre d’un aimant toroidal.Le coût du détecteur EAGLE pourrait atteindre 500 millions de dollars.L’Université de Montréal participe à la recherche et au développement d’un prototype de ce détecteur fait de microbandes au silicium et d’un prototype de calorimètre à argon liquide électromagnétique et hadronique en vue de la construction et de la mise au point de la version finale des détec- teurs qui seront installés dans EAGLE.L’Université élabore aussi un programme de recherche sur l’étude du modèle standard et surtout sur l’exploration de diverses avenues au-delà de ce modèle13.La définition de ce programme, à ce stade préparatoire, nécessite de nombreuses études de type Monte Carlo pour simuler des phénomènes physiques en utilisant la géométrie et la composition des sous-détecteurs qui formeront finalement le détecteur EAGLE.Ces études de simulation permettent d’affiner les recherches et contribuent à l’optimisa- tion du détecteur final.Elles exploitent des ressources considérables en ordinateurs.Le programme de recherche actuel et futur de l’Université de Montréal permet enfin à nos étudiants et étudiantes de poursuivre des études de maîtrise et de doctorat dans le cadre du projet EAGLE (comme c’est déjà le cas, d’ailleurs, avec OPAL).CONCLUSION Les conditions expérimentales fournies par le collisionneur proton-proton LHC rendront possible la vérification 37 INTERFACE MAI • JUIN 1992 de la représentation que nous nous faisons de l’organisation de la matière au niveau de ses constituants ultimes, représentation qui correspond aujourd’hui au modèle standard.Les expériences réalisées auprès du LHC permettront de confirmer l’existence ou non du boson de Higgs et du quark top.Il est fort possible que le modèle standard soit en fait le cas limite d’un modèle plus général.Le LHC permettra alors l’exploration de diverses voies au-delà de ce modèle.La découverte de l’existence de sous-structures des constituants ultimes de la matière, de bosons vectoriels de grandes masses et de petites largeurs, autres que le W et Z, ou de particules de Higgs chargées, prévues par les nombreuses extensions possibles du modèle standard, nous forceraient à réviser notre vision de l’univers et de son évolution depuis le big bang initial.Il est possible que le LHC puisse fournir des informations précises sur certaines phases de la matière qui se sont manifestées au cours de l’évolution de l’univers.En particulier, l’exploitation du LHC comme colli-sionneur ion-ion est susceptible de générer des densités d’énergie suffisamment grandes pour produire le plasma de quarks et de gluons qui existait à 1034 s après le big bang.Pour terminer, soulignons que ce programme de recherche avec le LHC fait apparaître une convergence entre la physique des particules et l’astrophysique dans l’image que nous nous faisons de l’univers et de son évolution et, par conséquent, dans la pour-suite de certains objectifs de recherche.Le problème de la masse manquante de l’univers en est un exemple: le modèle standard tel que nous l’avons décrit dans cet article requiert des neutrinos de masse nulle.La masse manquante telle qu'évaluée par les astrophysiciens requiert des neutrinos ayant une masse de quelques dizaines d’électronvolts.Le LHC ne fournira probablement pas d’indication précise quant à la masse du neutrino.Cependant, il permettra de découvrir, comme on l’a mentionné plus haut, des extensions possibles du modèle standard et donc de proposer une image de l’univers avec des neutrinos massifs.¦ Notes et références 1.LEMAITRE, G.Ann.Soc.Sri., Bruxelles, vol.A47, 1927, p.49; id., Mon.Not.Roy.Astron.Soc., vol.91, 1931, p.483; EDDINGTON, A.S.Mon.Not.Roy.Astron.Soc., vol.90, 1930, p.668; pour une revue critique de la question, voir aussi: WEINBERG, S.Gravitation and Cosmology, «Principles and Applications of the General Theory of Relativity», John Wiley & Sons, 1972.2.Design Study of the Large Hadron Collider (LHC).The LHC Study Group, 2 mai 1991, CERN 91-03, Genève, 1991.3.GELL-MANN, M.Phys.Lett., vol.8, 1964, p.214; ZWEIG, G„ CERN preprint 8419/Th., p.412.4.Voir, par exemple: KUN.L.B.Leptons and Quarks, North Holland, Amsterdam, 1982; HALZEN, F.et MARTIN, A.D.Quarks and Leptons, John Wiley & Sons.1984.5.HIGGS, P.W.Phys.Rev.Lett., vol.12.1964, p.132; ENGLERT, F.et BROUT, R.ibid., vol.13, 1964, p.321; HIGGS.P.W.Phys.Rev., vol.145, 1966.p.1156.6.KÀLLEN, G.Quantum Electrodynamics, Addison Wesley, Reading, Massachusetts, 1972; FEYNMAN, R.P.Quantum Electrodynamics, New York.Benjamin, 1962.7.GLASHOW.S.L.Nucl.Phys., vol.B22, 1961, p.579; WEINBERG, S.Phys.Rev.Lett., vol.19, 1967, p.1264; SALAM, A.Proceedings of the 8th Nobel Symposium, 1968, Stockholm.N.Svartholm, Almqvist et Wiksell (éd.), p.367.8.UA (1) ARNISON, G.et coll.Phys.Lett., vol.B122, 1983, p.103; vol.B126, 1983, p.398; vol.B129, 1983, p.273; vol.B134, 1984, p.469; vol.B135, 1984, p.250.UA (2) BANNER.M.et coll.Phys.Lett., vol.B122, 1983, p.476; BAGNAIA, P.et coll.Phys.Lett., vol.B129, 1983, p.130; BAGNAIA, P.et coll.Zeit.Phys., vol.C24, 1984, p.1.9.WILCZEK, F.«Quantum Chromodynamics», Ann.Rev.Nucl.Part.Sci., vol.32, 1982, p.177; MARCIANO.W.et PAGELS, H.«Quantum Chromodynamics», Phys.Rep., vol.36C, 1978, p.137.10.PENZIAS, A.A.et WILSON, R.W.Ap.vol.22, 1950, p.153.11.LEROY.C.«Energy Flow and Multiplicity Measurement in Ultra-Relativistic Nucleus-Nucleus Collisions», Proceedings of the lllrd International Symposium on «High Energy Experiments and Methods», HEXAM’89 at Bechyne Castle, Tchécoslovaquie, 25 au 30 juin 1989, P.Reimer, M.Suk et V.Simak (éd.), University Karlovy, Prague, 1989, vol.47; ibid., «Quelques aspects de la physique des collisions noyau-noyau à énergie ultra-relativiste», conférence aux Deuxièmes Entretiens du Centre Jacques-Cartier, Université de Montréal, 12 au 14 octobre 1988, Canadian Journal of Physics, vol.67, n° 12, 1989, p.1207; WILLIS.’w.J.«Heavy-Ion Collisions», 1988, CERN School of Physics, Lefkada, Grèce, 8 septembre au 1er octobre 1988, CERN 91-01.12.Voir, par exemple: KLEINKNECHT.K.Detectors of Particle Radiation, Cambridge University Press, Cambridge, 1986; FABJAN.C.W.Concepts and Techniques in High Energy Physics III, T.Ferbel (éd.), New York, Plenum Press, 1985, p.281.13.Voir, par exemple: KAZAKOV, D.«Beyond the Standard Model», 1989, CERN-JIRN School of Physics, Egmond-aan-Zee, Pays-Bas.25 juin au 8 juillet 1989, CERN 91-07.Pierre Coulombe Président et directeur général du CRIQ Pierre Coulombe allie la passion de la recherche à l'expérience de la gestion.Il dirige une équipe de 450 spécialistes impatients de s'attaquer aux défis que leur lancent les entreprises manufacturières.Fort de la compétence de ses équipes, le Centre de recherche industrielle du Québec relève les défis de la recherche et du développement, de l'information industrielle et technologique, du transfert de technologie et de la normalisation industrielle.Le CRIQ agit comme partenaire par excellence des industriels décidés à répondre à la concurrence par le développement technologique.Pour rejoindre un conseiller: (418)659-1550 (514)383-1550 La passion des défis CRIQ mm L'Université Concordia, un Centre d'excellence rwli nr^li o Centres de recherche I Kill Kl (Il K Centre de recherche en histoire Centre d’études en radio-télévision Centre d’études sur le batiment (CEB) Laboratoire des structures et matériaux composites Centre d’études en régulation industrielle Centre de recherche en développement humain Centre de recherche des matériaux inorganiques Centre d’études sur les petites entreprises et l’entreprenariat Centre d’études en neurobiologie comportementale (CENC) Centre interuniversitaire en calcul mathématique algébriques Centre de recherche sur la conception de véhicules assistés par ordinateur (CONCAVE) Centre d’études en reconnaissance des formes et de l’intelligence artificielle (CENERFIA) Centre de recherche en traitement des signaux et en communication (CENSIPCOM) Centre d’études en gestion des transports de Concordia Centre de photolyse éclair au laser Centres de recherche interuniversitaire Centre interuniversitaire d’étude des religions (avec l’ÜQAM) Groupe de recherche interuniversitaire en architecture des ordinateurs de haute performance et VLSI Centre de recherche en calcul appliqué (CERCA) Centres de recherche affiliés Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) Société d’informatique et de recherche pour ’industrie de la construction (SIRICON) Concordia •Laspleni BDlîSSfl ¦üsplend 1 L'unique Mm ïtaùl] •Ajoutez; taiîfnicl 'Enfiap teiecimi Erpmn.•iiblede Winiijeni 0 N mm MONTREAL, VILLE DE CULTURE.SCIENTIFIQUE?PAR JACQUES KEABLE e l’argent lourd pour la culture scientifique à Montréal?Y’en a! Y'en a même pas mal! Calculez, une petite minute: • La splendeur qu’est, à tous égards, le CCA (Centre canadien d’architecture), ouvert en 1989: 50 millions de dollars, provenant essentiellement du secteur privé.• La splendeur, à tous égards, que le Biodôme nous promet d’être, dès juin: 50 millions.• L’unique Pointe-à-Callière, centre d’archéologie et d’histoire de Montréal, en mai: 28 millions.• La Biosphère, centre d’interprétation du Saint-Laurent et de l’eau, à l’île Sainte-Hélène, en 1994 au plus tard: 17 millions.• Ajoutez: la rénovation du Planétarium, il y a trois ans; celle, toute fraîche, du musée McCord (histoire et ethnographie); les aménagements spectaculaires des jardins japonais (1988), chinois (1991), l’Insectarium (1990).• Rajoutez le Jardin botanique lui-même et sa fringale de développement, depuis quelques années.sans oublier le vieux musée Redpath (1882) de McGill.• Enfin, peut-être, éventuellement.un Musée des sciences et des techniques, rêvé depuis.1976, une affaire de plus de 150 millions.Et pourtant! Madame Claude Benoit, jeune vétéran insatiable de l’activité muséologique au Québec, à Montréal notamment, et actuellement au coeur et à la tête du projet du Musée des sciences, parrainé par Communications Canada, ne peut s’empêcher de diagnostiquer des failles.À commencer, bien sûr, par l’inexistence d’un musée des sciences à Montréal, l’une des trois seules villes de trois millions d’habitants ou plus, en Amérique du Nord, à ne pas disposer d’un pareil équipement.«Créer une institution, dit Claude Benoit, c’est une façon de dire notre identité.Les sciences naturelles sont bien diffusées, à Montréal.» Parce que bien enracinées dans notre histoire, pourrait-on ajouter, en rappelant le rôle déterminant du frère Marie-Victorin.son incontournable Flore laurentienne, son Jardin botanique, les Clubs 4-H et les Cercles des jeunes naturalistes, qui en sont les fruits.En rappelant aussi, par exemple, René Pomerleau, à l’origine de la mycologie au Québec.«Il faut maintenant.poursuit Claude Benoit, établir un équilibre entre les sciences de la terre et de la vie, d’une part, et les sciences fondamentales, d’autre part.Le pas qui doit maintenant être fait, après le Biodôme et le Musée de la civilisation de Québec, c’est un musée qui va permettre de nous dire, en matière de science et de technologie.» Pour l’instant, au double niveau scientifique et patrimonial, le portrait de la situation que trace Claude Benoit est encore bien insatisfaisant: Bell, par exemple, a discrètement déménagé, de Montréal à Bradford, sa collection sur l’histoire de la téléphonie.Ce qui n’a pas fait grand bruit! La collection Préfontaine (sciences naturelles et minéralogie) de l’Université de Montréal et le musée Rutherford (physique quantique) de McGill, ne sont pas accessibles au grand public.Des collections de différente nature sont dispersées, peu accessibles, et auraient besoin d’être modernisées.Le Musée de l’électricité, à Longueuil, est fermé.«Enfin, dit Claude 1.LA POINTE-A-CALLIERE Ouverture le 17 mai.Au coeur du Vieux-Montréal.Archéologie et histoire de Montréal.Le maire Doré, en mai 1990: «Il était temps que l'une des villes les plus anciennes d'Amérique voie son histoire célébrée sur le lieu même de sa fondation.» Il précise, fier: «On trouve à la tête du chantier une équipe de femmes, ce qui est assez inusité; une équipe dont la compétence et le dynamisme sont amplement reconnus.Je souhaite que cela donne des idées à d'autres.» Le projet: dans la foulée de fouilles archéologiques fructueuses menées à la Pointe-à-Callière, faire voir la «crypte», le premier emplacement de Montréal, un poste et un cimetière amérindiens.Fournir une interprétation historique, dans l'ex-édifice de la Douane, et aménager, sur l'éperon de la Pointe-à-Callière, un nouvel édifice comprenant une salle multimédia, un restaurant, une aire de repos.Les bâtiments sont reliés les uns aux autres par un passage souterrain.Direction du projet: Francine Lelièvre.P*.Pointe-à-Callière, Musée d’archéologie et d’histoire mmmwm îMmiÊÆÊm SiMSÊP-PM mm NggrcgjiB W&&& WMmm ;%yM' mmm fsàtâL um ns *^0k$ rntm S^Vt A >V/.!«* iPi ¦A.e*?"¦d Xm iyyTSpSiSw 2.LA BIOSPHERE Comme on ne voulait surtout pas perdre la boule, même incendiée, de l'île Sainte-Hélène, les projets se sont multipliés pour «faire quelque chose» de l'extraordinaire dôme aéodésique, conçu par le célèbre Buckminster Fuller, pour représenter les Etats-Unis à l'Expo 67.Une entente est finalement intervenue entre Montréal et Ottawa.Durée: 25 ans.Projet: un centre d'interprétation de l'eau et du Saint-Laurent.Objectif: traiter de ces deux thèmes «dans le respect de la pensée de Buckminster Fuller», dit Martin Thivierge, de la CIDEC.Une certitude: c'est à l'intérieur du dôme, dont les panneaux d'acrylique ont été incendiés, que sera construit le centre d'interprétation.Sa définition exacte fait présentement l'objet de la réflexion de cinq consortiums mandatés à cet effet.Date (très optimiste) d'ouverture: 1993.Plus probablement: 1994.Directrice: Annette Viel.DE L'ARGENT, MAIS.Peut-être bien, à cet égard, pourrait-on en vouloir aux scientifiques eux-mêmes, sinon aux organismes qui les encadrent ou qui se donnent une vocation éducative.Un exemple: il y a de l’argent à la traîne, à Montréal, pour soutenir la culture scientifique, mais personne pour le ramasser! «Au cours des trois dernières années, sur quelque 250 demandes “culturelles”, un grand total de deux (oui, 2) touchaient la culture scientifique.Un demi de 1 p.cent du total!» C’est Martin Thivierge qui le dit, et il est bien placé pour le savoir, en tant que responsable du secteur Patrimoine, science et technologie de la CIDEC (Commission d’initiative et de développement culturels) de la Ville de Montréal.Et pourquoi donc en est-il ainsi?«Manque d’information peut-être, concède avec grâce Monsieur Thivierge.Mais aussi, manque d’intérêt des milieux scientifiques.Ils sont peu curieux des moyens à portée de main mis à leur disposition pour rejoindre la population.» En l’occurrence, à la CIDEC, il s’agit d’un soutien financier à la diffusion, à l’exportation, à l’organisation de salons, etc.Plus que l’art, la science peut se développer loin du public.Et, d’une certaine façon, sans lui.Le laboratoire n’est pas une scène, ni une galerie.Il ne faudrait pas en conclure, bien au contraire, que c’est la société qui est peu intéressée à la science qui se fait.L’intérêt populaire pour la science, à Montréal, est pourtant très éveillé.Il se manifeste tout particulièrement sur la base, large et peu discriminatoire, du «loisir scientifique».Plus «loisir» que «scientifique», notent quelques esprits malins.Quand même, la réalité n’en est pas moins impressionnante et assez singulière: le Conseil des loisirs scientifiques de la région de Montréal (Montérégie, Lanaudière, Laurentides, Laval) dénombre, dans son seul territoire, plus de 250 organismes de loisirs scientifiques, répartis en 21 catégories, allant de l’ornithologie à la spéléologie en passant pas l’astronomie, la minéralogie, l’informatique, etc.Signe de vitalité: le Conseil, dit sa directrice, Marie-Hélène Deneault, est financièrement auto-suffisant à plus de 90 p.cent! Budget annuel: 215 000 $ auxquels il faut, dit-elle, ajouter 100 000 $ en biens et services.Subvention annuelle du MLCP (ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche): 20 000 $.Ses revenus, pour l’essentiel, lui viennent des frais, modestes, qu’il impose pour ses multiples animations, dans le cadre des activités du célébrissime Club des petits débrouillards, puis de quelques commanditaires.Astucieux, le Conseil a fait une place, à bord de son conseil d’administration, à Bell Canada.Autres signes de l’intérêt populaire: deux millions de visiteurs annuellement au Jardin botanique; le succès grand public incontestable de l’exposition scientifique estivale Expotec; le succès grandissant du Festival international du film scientifique; les succès plus que spectaculaires des Expo-sciences régionales, pan-québécoises, pan-canadiennes et maintenant internationales depuis 1987 à Québec, puis à Brest en 1989, à Prague en 1991 et, en 1993, au Texas, USA.Deux retombées sympathiques sur Montréal: l’implantation, en 1987, du MILSET (Mouvement international du loisir scientifique et technique), qui rassemble une quarantaine de pays, puis, en 1991, de la Fédération internationale des petits débrouillards! En passant, le prof.Scientifix, qui parle maintenant cinq langues, est effectivement devenu une star internationale! ABATTRE LES TOURS D'IVOIRE DU SAVOIR La liste des initiatives de toutes sortes est longue.N’empêche que cet extraordinaire bouillonnement qui saute aux yeux dès qu’on jette un oeil dans la marmite de la culture scientifique, n’en dissimule pas moins une lacune fondamentale: l’absence de communications systématiques, digestibles et de haut niveau, entre la Science avec un grand S et tous ces gens qui, avec bonne volonté et intérêt, voudraient bien finir par savoir et comprendre! Caricaturons un peu: les diverses tours d’ivoire n’ont de fenêtres qu’aux étages supérieurs, elles ne sont pas reliées entre elles et leurs portes n’ouvrent pas sur le plancher des vaches! Le chrétien moyen qui, même en état Benoit, on ne met pas en valeur le bâti de Montréal du point de vue scientifique et technique: les écluses du canal Lachine, les usines (textile, sucre, minoterie, métaux, etc.) le long du canal, le port, le métro même.Et on ne connaît ni nos chercheurs de pointe, ni ce qu’ils font!» •?"4; hâgë i- i;, v ?'Jé iWj| _ • -7 ¦ V Insectarium de Montréal de grâce, en foule le sol, n’entend le plus souvent que l’écho lointain d’un sabir jargonneux qui ne lui donne finalement qu’une envie: ouvrir son transistor! «11 y a un mur entre ce que font les chercheurs et la capacité des autres à absorber le savoir.Et quand je dis “les autres”, je m’inclus dans le groupe», dit Roland Doré, directeur de l’Agence spatiale, qui s’explique ainsi: «À l’intérieur de chacune des disciplines scientifiques, le savoir s’échange dans un langage spécifique et nécessaire.Un peu, pourrait-on dire, comme la sténo.Il faut en connaître les codes.La conséquence de cela, c’est que ce langage est inaccessible non seulement au grand public, mais bien souvent aussi aux scientifiques des autres disciplines.Nous sommes donc tous des ignorants scientifiques et technologiques! Très rares sont les érudits.Le résultat, c’est que bien des gens, sur toutes sortes de sujets à caractère scientifique — l’effet de serre, la couche d’ozone ou les impacts des grands barrages — parlent à 90 p.cent à travers leur chapeau!» Déjà en 1984, dans ces pages mêmes, M.Doré exprimait ce danger de l’hermétisme.«Les choses, depuis, n’ont pas beaucoup changé», constate-t-il huit ans plus tard.Parce que les scientifiques ne sentent pas le besoin de diffuser leur savoir: «Cela ne leur est pas nécessaire pour être reconnus par leurs pairs, ni pour obtenir des fonds de recherche.» En l’absence d’efforts soutenus pour la diffusion populaire du savoir détenu par des «happy few», les développements de la science et de la technologie plongent et maintiennent la majorité de la population dans l’inculture non seulement scientifique, mais aussi dans l’inculture tout court, donc dans la magie et l’impuissance.Et en bout de ligne, c’est la démocratie elle-même qui en est menacée.«La science et la technologie se | sont insinuées dans la moindre de nos activités.Elles ont révolutionné la vie, mis en place des bouleversements tout à fait radicaux.Et rien n’existe qui puisse me convaincre que le processus en cours puisse être inversé», dit le sociologue Bernard Scheile, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).Dans de telles conditions, selon lui, «il est indispensable, aujourd’hui, pour être “l’honnête homme” du XVIL siècle, pour être au fait des débats majeurs de société, pour ne pas être une espèce d’ectoplasme, d’avoir une culture scientifique.Il y a fort peu de débats qui ne font pas intervenir la science qui, dans ses développements, touche tous les aspects de la vie: éthiques, moraux, sociaux, économiques, urbains.» Logique incontestable: pour que le «citoyen», par opposition au «consommateur», vive et existe, et conséquemment pour que la démocratie ne soit pas un mot creux, la culture scientifique est primordiale.«Comment voulez-vous, interroge M.Scheile, que les gens 3.LE BIODOME Définition: «Le premier jardin-musée consacré à la planète Terre.» Pierre Bourque, son concepteur, explique: «Comment rendre à la Terre un plus bel hommage qu'en reproduisant ses pierres, ses falaises, ses grottes, ses étangs et ses mers, puis sa flore et sa faune: c'est le défi unique du Biodôme.» Contenu: les écosystèmes des Amériques (la forêt tropicale pluvieuse, la forêt laurentienne, le Saint-Laurent marin) et les pôles, le monde polaire (Arctique et Antarctique).Objectifs: émerveiller et faire comprendre.Fournir un lieu éducatif aux jeunes.Diffuser la connaissance: éco-lothèque, bibliothèque, médiathèque.Etablir des liens avec la recherche: le Service de la recherche scientifique sera dirigé par le D'Daniel Gagnon, à la fois de l'UQAM et du Biodôme.Retombées économiques prévues: 50 millions de dollars annuellement.Emplois directs: de 150 à 200 emplois «essentiellement de haut niveau».Coûts d'exploitation: de 10 à 11 millions, autofinancés à 80 p.cent, la Ville assumant la différence.Pierre Bourque a-t-il perdu son âme, dans le feu de l'action propre à pareil grand projet?Au reporter soucieux de l'économie du temps et qui entre dans son bureau, Pierre Bourque dit d'abord: «Regardez! Une orchidée!» La plante trône sur sa table, avant de partir vers une exposition.Il s'émerveille encore. 42 INTERFACE MAI «JUIN 1992 MONTREAL, VILLE SCIENTIFIQUE Une table ronde organisée par l’Acfas: Le vendredi, 15 mai 1992, à 15 h 30 Auditorium de la Maison de la culture Côte-des-Neiges 5290, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal La situation des sciences et des technologies est-elle devenue si déplorable à Montréal que l’on puisse parler de sous-développement?Ou, au contraire, Montréal excelle-t-elle dans plusieurs domaines scientifiques au point de se comparer avantageusement aux autres grandes villes des pays industrialisés ?Présidence: ¦ Louis Berlinguet Président Conseil de la science et de la technologie Avec: ¦ Marcel Côté Associé Sécor (recherche industrielle) ¦ Monique Lefebvre Présidente-directrice générale Centre de recherche informatique de Montréal-CRIM (recherche universitaire) ¦ Claire McNicoll Vice-rectrice, Affaires publiques Université de Montréal (culture scientifique) Hr Acfas 4.LE MUSÉE DES SCIENCES?Au moment où vous lisez ces lignes, peut-être a-t-on déjà bu le champagne de la victoire.Ou peut-être que non! Le rêve date de 1976: le ministre Jean-Paul L'Allier évoaue alors cette idée.1979: le rapport de feu Fernand Seguin.1983: Gilbert Paquette, ministre d'un défunt ministère, celui de la Science et de la Technologie, annonce la création de la «Maison des sciences», à Montréal.Unanimité de la Chambre.L'ex-ministre se souvient de la mort du projet, en 1986: «Les libéraux, après avoir considéré le projet comme un investissement, le classèrent dans les dépenses, après leur prise du pouvoir.» Exit la Maison des sciences.1989: le secteur privé projette, en vain, un «Carrefour des sciences, des technologies et de l'industrie de Montréal».L'actuel projet, parrainé par Communications Canada, devrait débuter en 1992 et ouvrir ses portes en 1997.Lieu: la jetée King Edward, dans le Vieux-Port.Coût: 153 millions de dollars, en deux étapes.Espace: environ 23 000 mètres carrés.Public cible: les jeunes, à l'adolescence.«C'est l'avenir.Leurs cerveaux sont en pleine ébullition.Ceci dit, ajoute Claude Benoit, directrice du projet, sans en écarter les enfants et les gens plus âgés.» (Merci!) Les expos: toutes temporaires, d'une durée de six à douze mois.Puis, itinérance à travers le Québec.Thème du Musée: le changement.Prévus: quatre studios d'expositions, plus un studio consacré aux actualités scientifiques et technologiques.Espaces prévus pour des colloques, mini-congrès, le tout ouvert sur l'extérieur, également lieu d'exposition et d'expérimentation.Les grands axes: la vie, l'espace, le temps, l'énergie, les ressources.Les thèmes: la santé, le transport, les communications, la technologie quotidienne, l'énergie et les ressources.Constatation: l'unanimité à peu près totale du milieu scientifique autour du projet d'un Musée des sciences.Pourquoi alors un tel retard?Tout semble question d'opportunités politiques.Eh! oui! puissent se prononcer sur des questions essentielles — la transplantation d’organes, par exemple — s’ils n’ont aucune idée de base, aucune connaissance minimale, s’ils n’en saisissent pas les enjeux?» Ce qui nous ramène, entre autres, aux principaux médias, à commencer par la télévision.Cinglant, M.Scheile constate qu’aux heures de grande écoute, on se contente de diffuser des .«Juste pour rire»! Et cela, pourtant, alors même qu’au-delà des nations, les États vacillent sous les coups de boutoir d’une mondialisation fondée très largement sur le développement des sciences et de la technologie.Celles-ci, de plus en plus, encadrent le «village global» dont on peut craindre, dans la plus sombre mais non invraisemblable des hypothèses, qu’il ait tendance à glisser plus ou moins lentement sous la coupe d’une technocratie dominatrice et mystifiante.L’envers de la démocratie.Passage obligé du savoir: l’école.«Les grandes institutions, les appareils, ne peuvent pas faire ce que l’école ne fait pas. 43 INTERFACE AAAI • JUIN 1992 On apprend rarement plus que ce qu’on a appris à l’école, dont le rôle est déterminant», dit Bernard Scheile.L’évolution et la complexification des sciences exigent une capacité d’abstraction élevée, comparativement à ce qui se passait dans les sociétés anciennes où l’observation et la comparaison suffisaient pour appréhender le savoir.Comment ne pas reconnaître, en effet, qu’entre le monde de la fonte des métaux et le monde quantique, la marche est plutôt haute.Si la science et la technologie nous rejoignent dans notre quotidien le plus banal et laissent la majorité plongée dans le mystère et la magie devant le télécopieur, le four à microondes, l’ordinateur, pour ne pas dire le téléviseur, le téléphone et l’électricité, elles en viennent aussi à imposer, symbole impressionnant, leur présence fulgurante au coeur même de la culture dite «artistique» la plus ancienne, montrant bien, par là, que l’opposition Arts/Science se dissout et que la culture est une, que son partage ne saurait désormais être que théorique.Montréal, mars 1992.Longiligne, précise comme une lame et toute de blanc vêtue , la danseuse allemande Ilka Doubek apparaît dans la lumière du plateau de l’Agora de la danse.Son art est ancien, donc rassurant, mais, dans les instants qui viennent, il sera propulsé à la pointe de la technologie moderne.Son équipe est du genre «hi-tech»: responsable de la programmation de l’ordinateur.des effets d’optique.On est à mille lieues des tutus et même de Béjart.On est plongé dans un émerveillement tout à la fois naïf et frustrant: les critères classiques s’effritent, on est comme en déséquilibre.Faute de familiarité avec les «trucs du gars des vues», on en est quasi réduit à l’argument d’Autorité, à la Foi en l’artiste et en sa réputation.Foi du charbonnier! La capacité d’analyse s’écroule par pans.Et c’est ainsi que, désormais, même pour apprécier la danse, il nous faudra maîtriser quelques notions d'optique et d’informatique! Comme pour débattre avec un minimum d’intelligence du projet Grande-Baleine, de l’effet de serre, de Tchernobyl, de la couche d’ozone, il nous faudra quelques notions scientifiques de base.Sous peine d’accepter de nous livrer, pieds et poings liés, aux jeux d’intérêts des technocrates omnipuissants! De la même façon, à l’inverse, il faudrait sans doute que les chercheurs pointus et durs se plient à l’apprentissage de quelques éléments primaires d’histoire et de sociologie, nous évitant ainsi le risque, par exemple, de sacrifier un précieux Hôtel-Dieu sur l’autel d’une technologie de pointe en perte du sens.Ce qui nous ramène au début de cet article, aux investissements dans la culture scientifique.L’éventuel Musée des sciences de Montréal, par exemple, sera-t-il à la hauteur des attentes qu’on fonde sur lui, en matière de diffusion de la culture scientifique?«C’est une question de choix de société», répond Bernard Scheile, énigmatique et perplexe face aux investissements lourds faits récemment dans les musées.«La question est de savoir, pour parler comme GM aux États-Unis, si ce qui est bon pour le musée est nécessairement bon pour la culture scientifique.» Sourire.Reste à voir, si jamais ce musée, tant rêvé, sort enfin de terre.¦ Réseaux de centres d’excellence Ensemble pour innover Les 15 Réseaux de centres d’excellence relient d’excellents chercheurs de partout au pays qui effectuent des travaux de recherche concertée et orientée dans des domaines d’importance économique stratégique pour le Canada.Chaque réseau fournit aux jeunes chercheurs canadiens un milieu de formation stimulant, et crée des partenariats avec l’industrie en vue d’accélérer le transfert de connaissances et de technologie au secteur privé.Cet effort national de R et D vise à accroître la compétitivité du Canada sur le marché mondial.Renseignements : Programme de réseaux de centres d’excellence 200, rue Kent Ottawa, Canada K1A 1H5 Téléphone : (613) 995-6010 Télécopieur : (613) 992-7356 Canada asm m UQAM Uuniversité actuelle v&w/s/sfflT/y?.Les programmes d’études avancées Vous complétez un programme d’étudesdepremiercycle et vous aurez bientôt àprendre des décisions importantes concernant la poursuite de vos études.L’UQAM vous offre plus de 50 programmes d’études avancées dont plusieurs sont uniques au Québec.Le nombre croissant et le succès des diplômés sont les meilleurs gages de qualité de ces programmes.Inscrivez-vous dès maintenant à l’UQAM pour la session d’automne 1992 ! Arts Art dramatique (M.A.) Arts plastiques (M.A.) Danse (M.A.)* Études des arts (M.A.) Muséologie (M.A.conjointement avec l’Université de Montréal) Education Éducation (Ph.D.en association avec l’UQTR, l’UQAC, l’UQAR et l’UQAH; M.A.et M.Ed.) Enseignement au primaire (M.Ed.) Intégration de larechercheàlapratique éducative (Diplôme) Lettres et communication Communication (Ph.D.conjointement avec l’Université de Montréal et l’Université Concordia; M.A.) Linguistique (Ph.D.et M.A.) Sémiologie (Ph.D Études littéraires (M.A.) Biologie (M.Sc.) Chimie (M.Sc.) Kinanthropologie (M.Sc.) Mathématiques (Ph.D.et M.Sc.) Météorologie (Diplôme) Informatique de gestion (M.Sc.A.) Intervention ergonomique en santé et sécurité au travail (Diplôme)* Ressources minérales (Ph.D.conjointement avec l’UQAC) Sciences de la terre (M.Sc.) Sciencesde l’atmosphère (Ph.D.extentionnéde l’Université McGill; M.Sc.Sciences de l’environnement (Ph.D.et M.Sc.Sciences humaines 1 Droit social et du travail (LL.M.) Études américaines contemporaines (Diplôme) Études interdisciplinaires sur la mort (Diplôme) Études urbaines (Ph.D.conjointement avec l’INRS) Géographie (M.Sc.) Systèmes d’information géographique (Diplôme)* Histoire (Ph.D.et M.A.) Intervention sociale (M.A.) Philosophie (Ph.D.conjointement avec l’UQTR; M.A.) Psychologie (Ph.D.et D.Ps.) Science politique (Ph.D.et M.A.) Sciences des religions (Ph.D.conjointement avec l’Université Concordia; M.A.) Sexologie (M.A.) Sociologie (Ph.D.et M.A.) Sciences de la gestion l’Université McGill et l’Université Concordia) Administration des affaires (M.B.A.- cadre et M.B.A.-recherche) Analyse et gestion urbaine (M.A.conjointement avec l’INRS et l’ÉNAP) Économique (M.Sc.) Gestion de projet (M.Sc.conjointement avec l’UQTR, l’UQAC, l’UQAH, l’UQAR et l’UQAT) Sciences comptables (M.Sc.) Toute information sur un programme qui vous interesse peut être obtenue auprès de la direction de ce programme.Nouveau programme Université du Québec à Montréal L’étude montre qu’à Montréal, le pourcentage de propriétaires occupants est le même, voire supérieur, pour les Canadiens français que pour l’ensemble des Montréalais, soit de 17 à 20 p.cent de la population.En fait, le seul groupe ethnique où la proportion de propriétaires occupants se démarque de la moyenne générale est celui des Européens du Sud (Italiens surtout, puis Grecs et Portugais).Ces derniers sont ¦ .¦ : iïSv’Sÿy; IM «SS laawps y>2?- Sillll t 45 SCIE LIPS INTERFACE MAI • JUIN 1992 les Montréalais Québécois francophones, contrairement à l’idée trop souvent reprise par les sociologues, les historiens et les spécialistes en urbanisme, ne sont pas plus locataires que les autres ethnies à Montréal.Que Montréal soit une ville de locataires, c’est un fait.Mais que les Canadiens français y aient eu moins accès à la propriété foncière que les autres ethnies, non.40 p.cent en 1951 à posséder la maison unifamiliale ou le «plex» qu’ils habitent, reproduisant sans doute des habitudes propres à leurs pays d’origine.11 a fallu plusieurs années à Marc Choko, chercheur à l’INRS-Urbanisation et à Richard Harris, de l’Université McMaster, avec l’appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), pour démonter, chiffres à l’appui, le préjugé selon lequel les Montréalais francophones, «latins imprévoyants et impécunieux», ne possédaient pas leur quote-part d’habitations dans leur métropole.L’étude Choko-Harris porte sur la comparaison entre unités résidentielles et modes d’occupation à Montréal et à Toronto entre 1921 et 1951, Développement de duplex semi-détachés dans les années 50, dans le nord de Montréal.époque où les deux villes se différenciaient le plus.La principale différence entre Montréal et Toronto pour la période considérée réside dans le type de logements habités.Les logements torontois sont à plus de 80 p.cent des habitations unifamiliales et presque jamais des «plex» (1,2 p.cent), alors que ce dernier type domine largement à Montréal (entre 76 et 86 p.cent des logements).Marc Choko commente ainsi cette différence majeure: «La région métropolitaine de Toronto s’est étalée beaucoup plus rapidement que Montréal, par le biais de municipalités autonomes.Des gens à faibles revenus ont ainsi pu acheter à coût modique des terrains loin du centre-ville, donc de leur travail, et construire des logis modestes à cause des règlements moins exigeants de ces municipalités.«A Montréal, par contre, la ville grossit Le boulevard Saint-Joseph dans les années 30. par annexion des municipalités environnantes, territoire auquel elle applique des règlements plus rigoureux.On y construit donc des maisons plus coûteuses.De plus, les spéculateurs fonciers se sont rendu compte qu’il existait deux manières de rentabiliser un terrain: le vendre cher pour du logement luxueux, ou y bâtir un plex, donc une construction en hauteur, qui devient payant à cause du plus grand nombre de sources de revenus qu’il comporte.» D’ailleurs, contrairement au mythe, la majorité des plex à Montréal étaient à caractère locatif, le propriétaire n’y résidant pas.Ajoutons qu’une réglementation municipale plus stricte a empêché à Montréal la construction de domiciles unifamiliaux extrêmement modestes comme à Toronto.En effet, certains promoteurs étant très liés aux conseillers municipaux quand ils ne Tétaient pas eux-mêmes, leur influence sur les règlements de zonage a façonné le développement en plex de quartiers entiers comme Rosemont ou Villeray à mesure que le secteur industriel montait vers le nord, suivi de près par le tramway.L’étude de Marc Choko illustre la rentabilité de l’opération, du moins pour les propriétaires, par des données tirées des rôles d’évaluation de la ville.Entre 1921 et 1951, la valeur unitaire d’un logement dans un plex augmente de 24 p.cent tandis que celle d'une maison unifamiliale ne change pas et que les appartements (les grands «blocs») n’augmentent que de 1 p.cent.Les Montréalais n’ont donc pas choisi d’être locataires de plex.L’offre leur a dicté sa loi, fondée sur la rentabilité du sol et appuyée par des règlements de zonage qui défavorisaient les autres possibilités.Marc Choko voit dans cette explication le contraire du modèle fonctionnaliste, où la demande impose un type de construction et de développement urbain aux promoteurs.«Quand on raconte que les banlieusards ont choisi d’eux-mêmes de quitter les centre-villes et que, de là, ils ont fait pression pour qu’on leur construise des autoroutes et des ponts, on contredit ma façon de voir les choses.Ce sont les zones d’emploi et les infrastructures qui viennent d’abord, suivies par les stratégies d’implantation résidentielle.» GUY PAQUIN Maison en rangée d'un quartier central de Toronto Banlieue ouvrière de Toronto en 1916 Construction d’un plex dans les années 20, dans le secteur Villeray à Montréal « jy0H ,, ^-'Wc; .Jw- i,vABW- ¦ I#®!** 1 1 ****»?/. 47 INTERFACE MAI • JUIN 1992 SIR FROBISHER CHERCHEUR D'OR L'histoire se passe au XVI' siècle dans une île au nord du 60e parallèle, à la terre de Baffin: l’île de Kodlunarn, mot qui signifie «homme blanc» en inuktitut.Un navigateur anglais, Sir Martin Frobisher, y fait entre 1576 et 1578 trois voyages successifs avant de l’abandonner définitivement.Quatre siècles plus tard, des scientifiques de plusieurs pays reviennent sur ses traces à la recherche d’informations nouvelles sur les explorateurs de cette époque et sur leurs contacts avec les communautés inuit.Ces scientifiques font partie du projet international baptisé «Méta Incognita», projet auquel participent des chercheurs de l’Université Laval.Et déjà cette île, le plus ancien site archéologique anglais en Amérique du Nord, commence à livrer ses secrets.«Les voyages de Sir Frobisher avaient pour premier objectif la recherche d’un passage traversant l’Arctique pour atteindre Cathay, c’est-à-dire la Chine.Lors du premier voyage en 1576, il crut avoir découvert un détroit lui permettant de s’y rendre, car les marées y sont de 10 mètres de haut», explique Réginald Auger, archéologue attaché au Centre d’études sur la langue, les arts et traditions populaires des francophones en Amérique du Nord (CELAT) de l’Université Laval.M.Auger fait partie du groupe de travail chargé d’étudier, pendant les étés 1990 et 1991, l’importance du site.«Sir Frobisher n’ira jamais plus loin, poursuit-il, mais s’il l’avait fait, il aurait découvert qu’il s’agissait en fait de ce que l’on appelle aujourd’hui la baie de Frobisher.» Le voyage a été rude et l’explorateur décide de s’installer sur l’île pour quelque temps.Il y découvre des roches noires qu’il rapporte en Angleterre comme preuve de son séjour.Une fois arrivé, il réalise que ces pierres prennent la couleur de l’or lorsqu’elles sont jetées au feu puis arrosées de vinaigre.Après plusieurs expériences, les alchimistes Reservoir or mm© /war k affirment qu’il s’agit bien d’or.«Ils se trompaient.» Un deuxième voyage est alors entrepris en 1577 afin de rapporter ce prétendu précieux minerai.Frobisher en rapporte de 150 à 200 tonnes.11 fait construire une fortification sur l’île de Kodlunarn pour se prémunir contre les éventuelles attaques des Inuit.Déjà au premier voyage, le troc entre Anglais et indigènes ne s’était pas fait sans escarmouches; cinq marins avaient été portés manquants et différents incidents avaient eu lieu.L’explorateur J- c a./ établit son campement 400 fwt u sur cette île parce qu’on y trouve des veines de minerai noir, mais aussi parce qu’il s’agit d’un emplacement stratégique d’où il peut observer les déplacements d’éventuels envahisseurs.Une partie de la recherche sur les voyages de Frobisher porte sur l’influence des Anglais sur la vie du peuple inuit.Des preuves indiquent, en effet, que le souvenir des visiteurs anglais a survécu pendant au moins trois siècles dans la tradition orale des Inuit.«Nous avons découvert des rasades — petites perles de verre — dans les sites inuit avoisinants, indique Réginald Auger.Elles étaient employées dans les échanges entre indigènes et Européens, preuve de l’existence d’un troc entre les deux communautés.» Clochettes, cou- t\pd ! LLflàJ'fL or Counletf of Weuwickj i.teaux et miroirs étaient également échangés.Les Inuit avaient eu la visite des Vikings vers le X' siècle de notre ère.Ils savaient donc que l’homme blanc apportait avec lui des objets de prestige capables de leur procurer certains pouvoirs dans leurs communautés.Les natifs du Grand Nord vinrent donc nombreux, espérant repartir avec l’un de ces objets exotiques.Le troisième voyage, le plus audacieux, comprend 15 bateaux transportant 400 personnes, des maisons préfabriquées et tout ce qu’il faut pour établir une communauté sur l’île.Le trajet est difficile et trois bateaux coulent, dont celui transportant les maisons.Malgré cela, on établit différentes installations 48 INTERFACE MAI • JUIN 1992 lÿve* ¦¦.¦rfr-.v >'^V ifesæ I *•«* ’%Êé£P*io ir.-•"- - •• •Mft.V »M A.VM.V».««.'¦** V,^ *«
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