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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1993-11, Collections de BAnQ.

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UN RENDEZ-VOUS AVEC LA SCIENCE msm O 26651 " 8 19 9 3 N U IVHÉ R-Q>, QUATORZE VOLUME tue» LA REVUE DE LA RECHERCHE WÆ mm Les "réseaux des centres d'excellence Branle-bas'd^ combat au FRSQ f Le Citation Index: un indice pour qui?Association canadienne-française pour l'avancement des sciences adresse de retour: 425, rue De La Gauchetière Est, Montréal (Québec) H2L 2M7 Envoi dé publication - Enregistrement n” 6489 S ; • : '-V ''¦/ ^ 'jfi A-riz do/J v.av .t \ H' 010010266518 ¦KM Le genie sans frontière L’Ecole Polytechnique, la plus grande École d’ingénieurs au Canada, s’attache à former des ingénieurs capables de dépasser les frontières et de relever les défis avec dynamisme et créativité.Forte de ses réalisations, elle entend contribuer plus activement que jamais au progrès de l'industrie et de la société.C.P.6079, succursale A Montréal, Québec H3C 3A7 Canada ECOLE POLYTECHNIQUE Téléphone: (514)340-4936 Télécopieur: (514) 340-3213 affiliée à l’Université de Montréal VOLUME QUATORZE NUMÉRO 19 9 3 4 COMMENTAIRE BRANLE-BAS DE COMBAT AU FRSQ: UN INSTANT, S.V.P.Yvon Gauthier, Maryse Lassonde, Laurent Mottron, Philippe Robaey et Alex Schwarzman 50 SCIENCEMONDE COMBATTRE LE PALUDISME: DE LA NOIX DE COCO À LA MOUSTIQUAIRE Martine Turenne CHRONIQUES 48 TRANSFERTS 54 SCIENCE-INTER 57 CHERCHEURS RECHERCHÉS 61 SOURCES 64 À SUIVRE JH m — TTC ¦ HHH SIX • NOVEMBRE-DECEMBRE SOMMAIRE SCIENCECLIPS FACE A FACE Dans le courant de l'eau salée Jacques Keable Plein emploi, libre-échange, justice sociale: voilà autant de questions qui préoccupent l’économiste Pierre Fortin, un homme dont les idées sont imprégnées d’eau salée.W RECHERCHE LA VIE QUI NAÎT Un rendez-vous avec a science Marc-André Sirard Adieu veaux, vaches, cochons «naturels»! Les nouvelles technologies de reproduction animale ont rendez-vous avec la vie.24 Alain Chanlat Un bilan des pratiques de nos dirigeants et gestionnaires peu enclins, pour la plupart, à l’humanisme.38 2400 M AU FOND DES MERS 40 ENTRE BÉTON ET BITUME: LA COMPLAINTE DE L’ARBRE URBAIN 42 LE SUICIDE: UNE AFFAIRE D’HOMMES?LE MONDE INVISIBLE DU TÉLÉPHONE CELLULAIRE 44 GESTION: LES PARADOXES CHINOIS JPi ENJEUX 32 Anne-Marie Simard 46 MORT À LA LISTERIA 36 LE «ION INDEX»: lin indice pour qui?Yves Joanette, Marc-André Bédard et André Roch Lecours 29^129005^04 COMMENTAIRE Branle-bas COMBAT AU FRSQ un instant, s.v.p.e 7 septembre dernier, le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) annonçait que les réseaux de recherche centrés sur les universités allaient disparaître pour être remplacés par des réseaux provinciaux organisés autour de grands thèmes de recherche: le cancer, la santé mentale, etc.Le regroupement de chercheurs et de chercheuses dans des équipes, centres ou réseaux n’est pas une nouveauté.Tous les scientifiques savent que les ressources dont ils peuvent disposer sont limitées et que la mise en commun des moyens et des compétences permet de faire plus avec moins.Tous sont convaincus du bien-fondé de ce mode d'organisation du travail, qui constitue également un facteur d’enrichissement intellectuel et de progrès.Cependant, même si des critiques pouvaient être formulées sur le fonctionnement des réseaux universitaires, fallait-il faire table rase de tout le travail accompli pour finalement promouvoir la même idée?Le FRSQ avait encouragé la mise en place de ces structures; alors pourquoi ne pas développer et encourager le mouvement sur la base de l’expérience acquise?L’annonce soudaine de la suppression des réseaux universitaires a engendré beaucoup d'interrogations et d'anxiété dans des équipes qui s’étaient formées les dernières années grâce à ces réseaux.C’était aussi bien mal récompenser les efforts consacrés par beaucoup de gens au développement de pôles de recherche compétitifs au Québec.Que penser aussi de l’absence totale de directives, de priorités à l’intérieur des réseaux à constituer?On cherche en vain dans les documents du FRSQ une politique cohérente pour la recherche, des buts clairs et précis, une vision d’avenir, en dehors des priorités définies par le ministère de la Santé et des Services sociaux.On peut admettre que le FRSQ ne voulait pas donner de directives strictes aux chercheuses et aux chercheurs, mais il a choisi une solution de facilité en réaménageant profondément le mode de financement de la recherche sans avoir organisé des concertations préalables, dans un climat de pénurie et de grande confusion.Comme les équipes en place s’organisent, et c’est normal, pour préserver leurs positions, le premier résultat de la réforme a été le déclenchement de grandes manœuvres qui obscurcissent beaucoup les relations entre chercheurs.Les secteurs en émergence, plus faibles par nature, se retrouvent particulièrement menacés dans les rapprochements à venir.Que dire enfin des délais extrêmement courts qui nous ont été donnés pour nous organiser, puisque l’ensemble des chercheurs québécois apprenaient le 7 septembre qu’ils devraient s’associer dans des réseaux pour le 29 novembre! Une collaboration scientifique de qualité suppose la constitution de liens fonctionnels, solides et durables, fondés sur l’estime et la confiance réciproques.La précipitation qui gouverne la constitution des réseaux risque de laisser de nombreux points en suspens et de soulever demain bien des problèmes.De plus, si l’on voulait encourager la formation de réseaux à l'échelle du Québec, pourquoi avoir consacré à cet ambitieux projet une somme aussi modeste?N’aurait-il pas mieux valu commencer le développement prévu par un ou deux secteurs, avec des moyens suffisants et une concertation satisfaisante, pour que les scientifiques apparaissent comme des acteurs du changement, et non comme ses victimes?par Yvon Gauthier, Maryse Lassonde, Laurent Mottron, Philippe Robaey ET ALEX SCHWARZMAN INTERFACE M C M X C I II L’autorité morale du FRSQ tient sans aucun doute au fait que les chercheurs et chercheuses du Québec acceptent certaines règles touchant la répartition des moyens, que ces règles sont bien connues et que l’ensemble du processus se déroule d’une manière transparente.Pour l’heure, ces conditions ne président pas à la constitution des réseaux.La communauté des chercheurs et chercheuses en santé mentale méritait un meilleur traitement.La recherche a besoin, pour avancer, d’un climat de coopération et de confiance.Force est de constater que nous sommes aujourd’hui loin du compte et que l’autorité du FRSQ en sort ébranlée.Yvon Gauthier, ancien doyen de la Faculté de médecine, ENSEIGNE LA PSYCHIATRIE À L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL.IL EST ÉGALEMENT DIRECTEUR DE LA RECHERCHE EN PÉDOPSYCHIATRIE À L’HÔPITAL Sainte-Justine.Maryse Lassonde enseigne la neuropsychologie à l’Université de Montréal.Elle est également chercheuse associée à l’Hôpital Sainte-Justine.Laurent Mottron, psychiatre, est chercheur au Laboratoire de psychophysiologie cognitive et de neuropsychiatrie de l'Hôpital Sainte-Justine.Philippe Robaey dirige le Laboratoire de psychophysiologie cognitive et de neuropsychiatrie de l’Hôpital Sainte-Justine.Alex Schwarzman dirige le Département de psychologie de l’Université Concordia.NOTE Ce texte a été rédigé à la suite d’une réunion des membres du réseau de santé mentale de l’enfant.CONSEIL D’ADMINISTRATION 1993-1994 ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES André Boudreau (Ie vice-président), langue et linguistique, Université Laval Paul Brazeau (2e vice-président), neuroendocrinologie, Hôpital Notre-Dame Pierre J.Carreau, génie chimique, Centre de recherche appliquée sur les polymères, École polytechnique Jean Doucet, chimie physique, Centre de recherche et de développement Arvida, Alcan International Ltée Colette Dubuisson, linguistique.Université du Québec à Montréal J.André Fortin, biologie, Institut de recherche en biologie végétale, Université de Montréal Nicole Gallo-Payet, médecine, Service d'endocrinologie, Faculté de médecine, Université de Sherbrooke Pierre Gaudet, étudiant, fabrication aérospatiale, École polytechnique Catherine Graham, étudiante, littérature dramatique et théâtre, Université McGill Gilles Jean, énergie, CAMNET - LRDE, Énergie, Mines et Ressources Canada François Labrousse, gestion et informatique, Le Groupe C.G.I., Sillery Jean Lafontant, sociologie, Collège universitaire de Saint-Boniface Maryse Lassonde (présidente désignée), neuropsychologie, Université de Montréal Normand Luc Marceau, biologie cellulaire et moléculaire, Centre de recherche, Hôtel-Dieu de Québec Raymond N.Morris, sociologie, Université York, Collège universitaire Glendon, Toronto Bernard Motulsky, affaires publiques, Bourse de Montréal Henri Navert (président sortant), médecine, Phoenix Internationale/Sciences de la vie, Montréal Ginette Ouellette, mathématiques, Collège de Maisonneuve Chantal Saint-Pierre, sciences infirmières, Université du Québec à Hull Jennifer Stoddart, droit civil, Direction des enquêtes, Commission des droits de la personne du Québec Guy Villeneuve (trésorier), administration, Université du Québec à Montréal Francis Weil, physique et mathématiques, Université de Moncton Sophie Malavoy (secrétaire), génie métallurgique, directrice générale par intérim, Acfas Jean-Marie Demers (archiviste), biologie, professeur retraité, Département des sciences biologiques, Université de Montréal INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBLIÉE À L’INTENTION DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA SCIENCE, DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA, DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES ET DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GÉNIE.DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTRICE GÉNÉRALE DE L'ACFAS PAR INTÉRIM: SOPHIE MALAVOY SECRÉTAIRE DE RÉDACTION: PATRICIA ROSS COMITÉ DE RÉDACTION: PATRICK BEAUDIN, THÉRÈSE BOUFFARD-BOUCHARD, MONA NEMER, DENISE PELLETIER, CARY SLATER, YANICK VILLEDIEU RÉVISION LINGUISTIQUE: HÉLÈNE LARUE DIRECTION ARTISTIQUE: LORTI/MOUSSEAU ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE: JACQUES COURNOYER PUBLICITÉ: PIERETTE LEFRANÇOIS TÉL.: (514) 466-3095 TÉLÉC.: (514) 466-0952 REPROGRAPHIE: PHOTO-SYNTHÈSE IMPRESSION : IMPRIMERIE QUEBECOR SAINT-JEAN LES ARTICLES D’INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À L’ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÈRE EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7.TÉL.: (514) 849-0045, TÉLÉC.: (514) 849-5558.LA REVUE INTERFACE EST RÉPERTORIÉE DANS POINT DE REPÈRE ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489 NOVEMBRE 1993, DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, QUATRIÈME TRIMESTRE 1993 ISSN 0826-4864 E §FAC C M X C I I I Hill PIERRE FACE À FACE DANS LE F O RT PAR JACQUES KEABLE ENTRE LA PRODUCTION DE LA RICHESSE ET LA DISTRIBUTION DE CELLE-CI, OÙ EST LA PRIORITÉ?EXISTE-T-IL UNE JUSTICE SOCIALE, ÉCONOMIQUEMENT VIABLE?DES ÉCONOMISTES S’INTÉRROGENT DEPUIS LONGTEMPS DÉJÀ.ET POUR CERTAINS, COMME PIERRE FORTIN, LA RÉPONSE EST CLAIREMENT DU CÔTÉ DE L’EAU SALÉE.AVEC PEUT-ÊTRE UN NUAGE D’EAU DOUCE.Ça va mal! Il suffit de marcher au centre-ville de Montréal pour voir la misère affichée.Le chômage sévit comme un mal épidémique, il y a de mauvais virus dans l’air du temps.Les courbes des statisticiens piquent du nez vers le bas ou, dans le meilleur des cas, surnagent en ligne droite et plate.Les gros chiffres sont, le plus souvent, précédés d’un signe «moins», les régions se dépeuplent, les poissons ont été mangés.Les ressources naturelles qui restent coûtent trop cher pour qu’on puisse songer à les vendre, pendant que les entreprises, celles qui ne déménagent pas leurs pénates vers le «Sud-pas-cher», remplacent la main humaine par de formidables technologies sous le regard ébahi des cohortes de gens mis à pied.Ça va décidément mal.«Le libre-échange, le GATT qui fait tout pour libéraliser le commerce international, la mondialisation des marchés.ça vous fait peur?- Aucunement! répond aussitôt Pierre Fortin.Il faut distinguer profondément les conséquences du libre-échange et les conséquences de la politique monétaire canadienne.Depuis 1989, en même temps qu’on entrait dans l'accord de libre-échange avec les États-Unis, la Banque du Canada a imposé au pays la pire récession qu’il ait connue depuis les années 30.C’est pas la trouvaille du siècle! À peu près 98 p.cent de ce qui s’est produit dans le domaine de l’emploi au Canada, depuis 1989, est dû aux restrictions monétaire et budgétaire combinées de l’administration fédérale.» Et Pierre Fortin de rappeler que des restructurations économiques, le pays en a connu plusieurs importantes dans le passé, «même si les gens disent qu’il n’y a jamais rien comme ça qui s’est produit avant», sans que cela ne provoque de dramatiques crises de l’emploi.Les restructurations récentes et en cours «sont absolument nécessaires, dit-il, et l’économie aurait pu les absorber si l’on avait eu, par ailleurs, une politique macro-économique qui eût maintenu le chômage à 7 p.cent».Or, on ne le sait que trop, non seulement le gouvernement ne s'est pas muni d’une politique de plein emploi, mais plus encore, il a adopté des mesures qui ont plongé le pays dans une très profonde récession.Quarante-neuf ans, nerveux, un peu tourmenté, Pierre Fortin, l’économiste sans doute le plus voyant en ville, hait donc John Crow, par les temps qui courent ! Il le hait même à temps plein, ce gouverneur de la Banque du Canada, responsable selon lui des «cratères» que sa politique monétaire restrictive a creusés dans l’économie nationale.La croisade de Crow contre l’inflation s’est exprimée par des taux d’intérêt élevés (près du double de ceux des États-Unis) et par un dollar canadien à valeur gonflée.Résultats: investissements freinés en raison du coût excessif NOVEMBRE - DÉCEMBRE INTERFACE PHOTOS: PATRIC MEUNIER des emprunts; hausse automatique du déficit national qui, partageant le même ascenseur que les taux d’intérêt, monte avec eux; difficulté d’exporter parce que nos produits coûtent trop cher en raison de la valeur excessive du dollar; baisse de la production, forcément hausse du chômage et baisse de la consommation.l’engrenage infernal.Si Pierre Fortin hait tant John Crow, c’est que le plein emploi constitue l’alpha et l’oméga de sa pensée économique.«Ma motivation première, dit-il, ce sont les questions sociales.Je n’ai jamais dévié des préoccupations de justice et de plein emploi.J’ai eu des professeurs qui ont vécu la Grande Dépression et qui m’ont inculqué, notamment à Berkeley, que c’était fondamental, le plein emploi.Et quand on regarde l’évolution de la société actuelle, on voit que la montée des inégalités est en grande partie due à l’augmentation du chômage et aux baisses relatives des salaires des gens à plus bas revenus.» • L e,EAU SALÉE» • Où loge exactement Pierre Fortin, idéologiquement?Sa réponse: «D’emblée du côté de l’eau salée.» Comprendre ceci: aux États-Unis, explique-t-il, on peut déterminer deux tendances majeures, en économie.Chez les économistes des universités installées dans les régions maritimes, côtes est et ouest, donc près de l’eau salée — MIT, Berkeley, etc.—, l’accent est mis particulièrement sur la distribution, juste et équitable, des biens et services, "if autrement dit de la richesse.À l’intérieur du continent — Chicago, Rochester.—, donc côté eau douce, les économistes mettent davantage l’accent sur la production efficace des biens et services, bref de la richesse.En outre, l’économie d’«eau douce» serait plus «mathématisée», plus «pure» que celle d’«eau salée», laquelle ferait plus volontiers appel aux sciences humaines.Pierre Fortin, maître en mathématiques (Université de Montréal) et docteur en économique de Berkeley-eau-salée, pourrait donc avoir des affinités avec les deux eaux, mais il s’en défend bien.11 se réclame clairement et fermement de la tradition keynésienne et de la pensée «libérale» américaine, par opposition au laissez-fairisme néo-libéral qui sévit un peu partout.La remise en cause de cette économie néo-libérale, qui gagne maintenant un peu de terrain chez les économistes européens, n’a toutefois pas déteint sur les USA, note Fortin, qui s’identifie davantage aux tendances nord-américaines, mais côté «libéral» ou «eau salée».• LE SALAIRE MINIMUM • Pourtant, il y a eu, par exemple, l’affaire du salaire minimum.Résumons: dans les années 1979-80, Pierre Fortin recommande un ralentissement du taux de croissance du salaire minimum.En 1986, dans Interface (vol.7, n°l), il va plus loin : « Il devient de plus en plus évident qu’un salaire minimum universel et unique est une aberration historique qu’il faudrait peut-être songer à supprimer tout simplement».Puis en 1993, revirement apparent, Fortin dénonce les salaires trop bas.Face à tout cela, le chrétien moyen a quelque misère à quantifier la teneur en sel de l’eau.«II y a toujours une tension, en économie, si tu veux avoir une vision large, entre les objectifs de justice et les objectifs d’efficacité.Après 20 ans dans ce domaine-là, précise Fortin, j’ai l'impression que l’équilibre se trouve au centre, comme nous a dit.saint Thomas (ici, quelques propos piquants sur le matraquage thomiste d’antanl).Mais je me rends compte que les torts de la société découlent la plupart du temps de positions extrémistes.À certains moments, j’ai pu insister plus sur des questions qui touchent la justice distributive et, à d’autres moments, sur des questions qui touchent plus l’efficacité.Et si j’ai pu dire, à un moment donné, à une époque, que le salaire minimum est une mesure régressive, mauvaise ou au sujet de laquelle il faut être prudent, c’est parce que je craignais beaucoup que les pertes d’emploi potentiellement dues à un salaire minimum élevé, ne soient plus graves, pour les personnes à bas revenus.Bref, la question est de savoir si c’est mieux de chômer à un salaire minimum de 10$ l’heure ou bien de travailler à un salaire minimum de 6$.Le dilemme est passablement cornélien.mais maintenant, de toute façon, la science écono- NOVEMBRE - DÉCEMBRE 8 AC mique elle-même a évolué pour ce qui touche le salaire minimum.On ne pense plus qu’il a un effet négatif aussi important.À l’époque où j’étais plutôt réticent face à cette mesure-là, on avait des résultats contraires.» La longue explication du professeur Fortin illustre assez bien cette définition qu’au passage il donne de l’économique, «une science du comportement et non pas une sous-discipline de la logique mathématique».Tellement «comportementale», pourrait-on dire en caricaturant quelque peu, qu’aux yeux mêmes de Pierre Fortin, l’intuition, disons sociopolitique, d’une personne particulièrement expérimentée et responsable peut, à la limite, tenir lieu d’analyse.Ou tout au moins la confirmer par des détours singuliers.Ainsi raconte-t-il qu’étant conseiller du premier ministre Lévesque, en 1984-85, il participa à une réunion dont l’objectif était d’établir la position officielle du Québec face à l’hypothèse de l'accord de libre-échange Canada-USA.Il y avait là des hauts fonctionnaires, des analystes, des ministres, René Lévesque et Fortin bien sûr, qui rapporte que le premier ministre «a jeté à terre les rapports des fonctionnaires et a tranché la question en disant: Si l’on avait forcé Sylvie Bernier à ne plonger que dans les piscines de Sainte-Foy ou Gilles Villeneuve à ne courir que sur la piste de San-Air de Trois-Rivières, jamais ces gens-là ne seraient arrivés au niveau d’excellence mondiale où ils sont arrivés.Il faut donner de l’oxygène à notre monde, leur donner l’occasion d’aller au niveau international.Il faut le faire de façon progressive et humaine.» On l’a fait, mais en mettant de côté, comme le note Pierre Fortin, la «façon progressive et humaine».Hélas.Pierre Fortin, bien sûr, est d’accord avec l’analyse que faisait alors René Lévesque, montrant en cela, outre l’estime qu’il porte à l’homme, son accord profond avec le fait qu’un économiste universitaire, théoricien et chercheur assume aussi le risque, bien réel, de s’aventurer en terrain très concret, sur le plancher des vaches, mettant ainsi sa crédibilité et son savoir dans la balance.Un économiste digne de ce nom, soutient-il, doit tout à la fois générer des idées nouvelles, les vérifier scientifiquement avec les outils appropriés et tenter de les faire appliquer.M.Fortin dira: «Il vaut mieux que les détenteurs de connaissances s’engagent dans le débat, par la persuasion ou même l’action directe, que de laisser monopoliser le débat par les charlatans de tout acabit et les groupes d’intérêt corporatistes1.» • TOUS AZIMUTS • Pierre Fortin est cohérent avec son propos, comme en fait foi son curriculum vitæ, incomplet malgré ses.25 pages: il en laboure large! À l’heure où nous écrivons ces lignes, il devient chercheur associé à l’Institut canadien de recherche avancée, institut de très haut niveau présidé par un Prix Nobel, Kenneth Arrow, et comprenant des membres aussi illustres que, par exemple, le cosmologiste anglais Stephen Hawking.Sautons les prix, médailles et bourses pour voir que cet universitaire, professeur à l’UQAM, chercheur et conférencier, s’active à divers titres à l’intérieur de plusieurs organismes et publications scientifiques, et ne dédaigne pas de collaborer avec des médias plus populaires comme Les Affaires, Maclean’s, The Financial Post; qu’après avoir participé à une mission académique en Chine, il fut conseiller du ministre canadien des Finances tout juste avant de devenir conseiller économique du premier ministre René Lévesque à l’époque du «beau risque», et puis encore ceci.et puis encore cela.et puis que le voici, depuis 1990, membre du Comité de prospective de l’Assemblée des évêques du Québec.Ce dernier poste aura même fait de lui en quelque sorte, au carême 1993, un.prêcheur dont le «sermon», présenté dans le cadre des Conférences Notre-Dame de Québec, porte un titre simple et limpide qui, tout compte fait, résume peut-être remarquablement, à lui seul, le rêve, l’ambition — car il n’en est manifestement pas dépourvu — et la pensée profonde de Pierre Fortin.Ce titre : Pour une société compétitive et juste.Titre mélange d’« eau salée » NOVEMBRE - DÉCEMBRE Ef) FAC 1 et d’«eau douce», titre tension qui entend résoudre la quadrature du cercle, qui suggère qu’on puisse avoir le beurre et l’argent du beurre.C'est sans doute cette constante et délicate tension entre les deux pôles qui aura amené Pierre Fortin, à l’occasion, à proposer des remèdes qui semblaient d’«eau douce» (l’affaire du salaire minimum, upe stabilisation à la baisse des salaires dans les services publics syndiqués, des modifications à l’assurance-chômage, certaines déréglementations.), pour des raisons qui tenaient, elles, de l’«eau salée» (le plein emploi, une plus grande équité socioéconomique, une société plus juste.).Il dira un jour, en 1992 : «La plus grande partie de l’humanité vit dans la pauvreté, le chômage et la dépendance.Cette question a toujours été, à mon sens, la plus importante2.» Pierre Fortin croit donc, tout à la fois, au libre marché et à la justice sociale.Il rêve, pour que sa conviction prenne forme, de concertation entre les gouvernements, les entreprises et les syndicats (le syndicalisme québécois est, selon lui, en avance de 10 à 15 ans sur les «dinosaures» syndicaux du Canada anglais et des États-Unis), un peu à la manière allemande, autrichienne, suisse et japonaise.Mais là-dessus, il est — et c’est rare — plutôt pessimiste: le Canada, dit-il, est «un pays de fous», l’Ouest détestant l’Est, les «gens du poisson» détestant Ottawa, avec le Québec au cœur de cela.Invité à témoigner devant la commission Bélanger-Campeau, fin 1990, il appuiera sans équivoque l’idée d’«affirmer» notre mais financièrement modeste.Moraliste, Fortin dit: «Pas assez d’argent, c’est dangereux, mais trop d’argent, c’est dangereux aussi.» Son père, très conservateur, médecin et malade chronique, dut se faire humble fonctionnaire, ce qui ne l’empêchera pas d’offrir à son fils, comme tout naturellement dans ce milieu, une éducation supérieure.Chez les Jésuites.«Modeste», la famille n’en compte d’ailleurs pas moins quelques individus assez remarquables: un oncle, le Dr Louis-Philippe Hamel d’illustre mémoire, anti-duplessiste, militant de l’Action libérale nationale et célèbre notamment pour avoir réclamé, bien avant l’heure, la nationalisation de l’électricité; un grand-père, Émile Fortin, député et sénateur conservateur; une cousine qui chante et qui s'appelle Marie-Philippe; le tout baignant dans un monde «ordinaire» de comptables, d’avocats.La lignée, soit dit en passant, n’est d’ailleurs pas en péril : marié à une sociologue, cadre supérieure à Radio-Canada, Pierre Fortin est père de cinq enfants (3,6 fois la moyenne nationale!).Son optimisme fondamental est sans faille.C’est pourquoi, par exemple, l’idée du «partage social du travail», à la mode, lui donne de l’urticaire! C'est une vue pessimiste des choses qui est à l’origine de cette idée, dit-il.C’est le plein emploi qu’il faut viser, non pas le partage du «petit pain».Pierre Fortin est à l'évidence un homme de foi.Par les temps qui courent, c’est rare.Et conséquemment, dirait l’économiste, et non sans raison, précieux.RENE LEVESQUE ET i.K.CALBRAITH, VUS PAR PIERRE FORTIN De René Lévesque: «(.) une personnalité très complexe.Ce qui m’a le plus émerveillé, chez René Lévesque, c’est son enracinement dans le bon sens populaire.Toujours mal à l'aise avec les grands de ce monde (.) Son assise politique, c’était le peuple; son jugement était, la plupart du temps, très sûr (.)» pleine autonomie politique, puis de renégocier d’égal à égal la forme de notre association économique et politique avec le reste du Canada.Avec clarté et fermeté, mais sans arrogance, avec prudence et flexibilité, mais sans compromission et sans délai inutile.Ce «libéral» au sens états-unien, cet universitaire nord-américain, ce nationaliste raisonnable, est d’une vieille lignée canadienne-française catholique qui a laissé sa trace dans l’histoire nationale.Il vit le jour à Lévis, dans une famille de la «petite bourgeoisie professionnelle» De John Kenneth Galbraith: «(.) un outsider.C’est un très grand intellectuel, j’ai du respect pour son jugement, mais il ne passe pas, chez les économistes, tant de gauche que de droite, pour avoir fait progresser les connaissances en économie.Il n’aura pas le prix Nobel à ce titre (.)» REFERENCES 1.Introduction à la macro-économie, Parkin, Phaneuf et Bade, ERN, 1992, p.433.2.Ibid., p.434.10 FNEEQ Avec uf\ fevémrioo oat'iokjacs vet> '\&C4 ores er oe^> &ü£&\&OAhjrt> do &o&b&c , *-.i w- \ , K ¦ ¦:¦¦:¦¦VSBJfrW': s>r~ v v/j *-!r^ i-m avÆ’ V •• vc w mÈ&F ILLUSTRATION: JACQUES COURNOYER «TEC fl % RECHERCHE par Marc-André Sir arc) Elles intriguent.Elles font rêver.Elles font peur.Les NOUVELLES TECHNOLOGIES DE REPRODUCTION ACTUELLEMENT DÉVELOPPÉES PAR LES SCIENTIFIQUES VONT-ELLES BOULEVERSER NOTRE FAÇON DE FAIRE NAÎTRE LA VIE?Et QU'EN EST-IL VRAIMENT DE CES NOUVELLES TECHNOLOGIES?UN COUP D'ŒIL SUR LES RECHERCHES EN REPRODUCTION ANIMALE S’IMPOSE.UN RENDEZ-VOUS AVEC LA SCIENCE 13 M C M X C Qà CH E n l’espace de quelques années seulement, les découvertes scientifiques dans le domaine de la reproduction ont révolutionné celui des productions animales.Insémination artificielle, contrôle du cycle reproducteur, production d’embryons in vitro ou transfert d’embryons en sont quelques exemples.De plus, d’autres technologies devraient, dans un futur plus ou moins rapproché, conduire à des applications intéressantes, comme le clonage d’embryons ou le transfert de gènes.On ne compte plus le nombre de chercheurs et de chercheuses qui, de par le monde, se consacrent, tout comme notre groupe de recherche (encadré), à ce domaine dont les enjeux — il faut le dire — sont énormes: sur le plan économique, tout d’abord, ne serait-ce que pour leurs retombées dans le secteur de l’agro-alimentaire.Sur les plans social, moral et juridique, ensuite, car certaines des technologies mises au point chez les animaux trouvent et trouveront des applications chez l’humain.Une commission royale d’enquête sur les nouvelles technologies de reproduction a été créée en 1989 et elle devrait rendre son rapport dans quelques semaines.Mais en quoi consistent-elles, au juste, ces nouvelles technologies de reproduction?DES GENES MANIPULES MARC-ANDRÉ SIRARD ENSEIGNE À L'UNIVERSITÉ LAVAL.IL EST DIRECTEUR DU GROUPE DE RECHERCHE EN BIOLOGIE DE LA REPRODUCTION.IL EST ÉGALEMENT TITULAIRE DE LA CHAIRE SEMEX-CRSNG DE BIOTECHNOLOGIES APPLIQUÉES AUX GAMÈTES LE GROUPE DE RECHERCHE EN BIOLOGIE DE LA REPRODUCTION (GRBR) -4^ Le Croupe de recherche en biologie de la reproduction (GRBR) de l’Université Laval a été créé en novembre 1 992.Il est né du désir de regrouper et de consolider des structures de recherche en reproduction animale qui collaboraient depuis plusieurs années à de nombreux projets.Ces structures sont le Département des sciences animales de la Faculté d’agriculture et d’alimentation de l’Université Laval, le Département d’obstétrique et gynécologie — plus particulièrement l’Unité de recherche en ontogénie et reproduction du Centre de recherches du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) — le Département de biologie de l’Université de Sherbrooke ainsi que la station de recherches d’Agriculture Canada à Lennoxville.L«s thème dation et II de la repu docteurs) fiwe Bail Plusieurs s diantsetét lanls iiasr Le génie génétique est certainement l’une des disciplines qui a le plus modifié notre façon de travailler au cours des 15 dernières années.En fournissant les outils qui allaient nous permettre de disséquer les gènes, il a permis un bond prodigieux au cœur de la vie (encadré).La possibilité de modifier le génome animal par manipulation embryonnaire permet d’envisager des applications originales chez les animaux domestiques.Ainsi, de l’ADN recombinant a pu être introduit efficacement dans des embryons de souris (1981), de moutons (1988), de chèvres (1990) et de bovins (1992).Toutefois, malgré ces succès, la technique de transgénèse s’est révélée beaucoup moins efficace chez les animaux domestiques que chez la souris.En effet, deux problèmes ralentissent l’application de cette technique chez les animaux de la ferme : le nombre restreint d’embryons produits in vivo et l’opacité des embryons, qui complique sérieusement l’introduction de gènes par micro-injection.De plus, pour des raisons que l’on ignore, l’ADN étranger s’intégre moins souvent dans le génome des grands animaux que dans celui de la souris (taux de succès de 6 p.cent chez la souris et de 0,8 p.cent chez le bovin).Les coûts associés à la production d’animaux transgéniques varient ainsi d’une espèce à une autre : on estime qu’il en coûtera 2 000 $ pour une souris, 7 000 $ pour un lapin, 60 000 $ pour un mouton et 200 000 $ pour une vache.Par différentes approches techniques, nous cherchons donc à réduire les énergies et les sommes nécessaires à la production de porcs et de vaches transgéniques.Dans un premier temps, nous avons réussi en 1987 à «recycler» le matériel génétique précieux que constituent les ovules, en développant des milieux de culture ainsi qu’en établissant les conditions qui permettent la maturation et la fécondation in vitro d’ovules provenant d’ovaires recueillis à l’abattoir1.Ces ovaires, plutôt que de prendre le chemin de la poubelle, nous fournissent une moisson de plusieurs centaines d’embryons par jour de récolte.Chez le porc et le bovin, l’approvisionnement en embryons pose donc de moins en moins de problèmes.Dans un deuxième temps, afin de contourner le problème de la micro-injection, qui est un stress traumatique énorme auquel ne survivent pas tous les embryons, nous avons développé en 1990 une approche originale par laquelle les spermatozoïdes sont utilisés comme véhicule pour transporter l’ADN étranger jusque dans les ovules au moment de la fécondation2.Pour assister le spermatozoïde dans sa mission, nous lui faisons subir un léger choc électrique qui induit l’ouverture de pores dans sa membrane plasmique (enveloppe du spermatozoïde).Plusieurs copies du gène étranger peuvent alors s’infiltrer dans le spermatozoïde et s’attacher à la membrane.En utilisant un marqueur radioactif, nous avons pu démontrer qu’un gène extérieur pouvait être efficacement entraîné dans l’embryon au moment de la fécondation.Il nous reste à trouver df ufimégrati rétdelatr, Chez le po weaccél ensurexpr ipléesdi te ulcères isenècii ipressic «tut la mi *®mani Chez les i ‘‘«Plutôt ttn bio-réai Wines t laine, c sgéniqu NOVEMBRE - DÉCEMBRE 14-ac IM» pprocha énergies, irtsetir inUI/i nstituert ure ainsi un*-d'on® Il : preste I Hi* : [étoile, jiiorts jlfprtr JH’.-I fill® lepirli-’ véhitole »so«ilfS peite*’ igertW same»1' pliisiete; ¦rdansie otilis"1 rerfl^j line in1* isr»lei Les thèmes de recherche abordés par les membres du CRBR sont la production des gamètes, la fécondation et le développement embryonnaire, l'interaction foetomaternelle ainsi que les biotechnologies de la reproduction.Les membres du GRBR sont les docteurs Jacques J.Dufour, Michel A.Fortier, Louis A.Guilbault, Jean-Paul Laforest, Raymond D.Lambert, Pierre Matton, François Pothier et Marc-André Sirard.Plusieurs stagiaires post-doctoraux, plus de 30 étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs, des assistants et assistantes, des techniciennes et techniciens s’ajoutent à l’équipe.trouver des moyens pour favoriser un taux plus élevé d’intégration du transgène.Du point de vue des applications en agriculture, l’intérêt de la transgénèse varie selon les espèces manipulées.Chez le porc et les poissons, on a surtout ciblé la croissance accélérée par une meilleure utilisation des aliments, en surexprimant le gène de l’hormone de croissance.Aux effets bénéfiques comme le taux de gras réduit, se sont ajoutées des manifestations adverses comme le diabète, les ulcères gastriques et l’infertilité.Ces aberrations ont mis en évidence la nécessité de bien contrôler le niveau d’expression et le moment où le transgène doit devenir actif.Malgré ce demi-succès, l’Australie annonçait récemment la mise en marché de viande de porcs génétiquement manipulés.Chez les espèces comme la vache, le mouton et la chèvre, c’est plutôt la capacité de synthèse protéique de la glande mammaire qui intéresse la ou le biologiste moléculaire.Cette partie de l’anatomie de la femelle peut être vue comme un bio-réacteur pouvant générer des kilogrammes de protéines thérapeutiques destinées à la consommation humaine.C’est ainsi qu’ont vu le jour les premières brebis transgéniques synthétisant dans le lait de I’a-antitrypsine, une protéine nécessaire pour soulager des milliers d’individus qui souffrent d'emphysème.Pour y arriver, les chercheurs de la compagnie de biotechnologie PPL (Pharmaceutical Proteins Ltd) ont dirigé l’expression du gène humain de l’a-antitrypsine dans la glande mammaire en y fusionnant des séquences du gène de la /5-lactoglobuline qui est actif dans la glande mammaire.Ces brebis trans- formées en usine pharmaceutique représentent une source de revenus considérables: la compagnie Bayer vient de débourser plusieurs millions de dollars pour avoir le privilège de récolter le lait provenant de ces brebis! Pour notre part, nous nous intéressons à l'adaptation de la composition du lait de vache pour les besoins de l’industrie de la transformation, qui représente un pilier de la production agricole au Québec.Nous avons entrepris de surexprimer une des protéines du lait de la vache, la caséine kappa, responsable de la stabilité du lait à haute température.Cette caséine constitue la cible des enzymes responsables des premières étapes menant à la production du fromage.La modification génétique qui nous intéresse ne fait qu’accroître la production d’une protéine normalement présente dans le lait; elle devrait favoriser un rendement fromager plus élevé pour chaque kilogramme de lait transformé.Nous avons déjà extirpé de librairies d’ADN la portion codante pour le gène de cette protéine chez la vache.Toutefois, à l’heure actuelle, il n’existe qu’une seule vache transgénique au monde, en Hollande.Elle synthétise dans son lait de la lactoférine, une protéine absente normalement dans le lait de vache, mais présente dans le lait humain.Dans un avenir rapproché, verrons-nous apparaître des troupeaux de vaches destinées à la fabrication de cheddar aux côtés de troupeaux dont le lait sera adapté à la consommation par les nourrissons?• AU TOUT DÉBUT, L'OVULE Le génie génétique ne nous permet pas d’aborder les recherches en reproduction sous toutes leurs facettes.Par diverses autres techniques, nous cherchons à intervenir à presque tous les stades du phénomène, dans le but d’accroître nos connaissances, mais aussi de fournir de nouveaux outils à l’industrie de la reproduction animale.Au tout commencement de la reproduction, nous voulons maîtriser le nombre d’ovules, généralement très limité, qu’une femelle peut soumettre à la fécondation au cours de son cycle de vie.Par exemple, la physiologie normale de la vache ne permet l’ovulation que d’un seul œuf par cycle et que d’un seul veau par année.Dans toute une vie, une vache n’aura guère que trois à quatre descendants.Elle aura fourni des centaines d’ovules, mais la plupart d’entre eux n’auront pas pu atteindre un stade de développement suffisant.Pourquoi?Et comment remédier à cet état de fait?Dans les ovaires, chaque ovule est entouré de couches concentriques de cellules, plus ou moins nombreuses, qui forment les follicules.Les follicules sont présents dans les ovaires de la femelle avant même la naissance de VERRONS-NOUS UN JOUR APPARAÎTRE DES TROUPEAUX DE VACHES DESTINÉES À LA FABRICATION DE CHEDDAR AUX CÔTÉS DE TROUPEAUX DONT LE LAIT SERA ADAPTÉ À LA CONSOMMATION PAR LES NOURRISSONS ? LE GÉNIE GÉNÉTIQUE rjRECH Au début des années 1 980, naissaient les premières souris transformées par la main humaine.Ces animaux «transgéniques» possèdent un gène supplémentaire introduit dans l’embryon au stade de la cellule.Le gène s’insère au hasard et en nombre de copies variable dans le génome de l’animal.Comme l’ADN étranger est injecté très tôt au cours du développement, le transgène va contribuer au bagage génétique de toutes les cellules, y compris les cellules germinales (cellules reproductrices).On compte à ce jour plusieurs milliers de ces souris modifiées.La plupart ont été créées en vue de développer des modèles pour l’étude du contrôle des gènes et des maladies humaines.Les oncogènes, ces gènes qui causent le cancer, ont été parmi les premiers à être ciblés dans les différents tissus de la souris.Leur expression forcée a conduit à l’apparition de tumeurs dans la glande mammaire, le foie ou le pancréas selon les éléments régulateurs utilisés.De même, les séquences ADN du ré-trovirus HIV ont été introduites dans les embryons de souris avec comme résultats des souris transgéniques qui développent certaines pathologies associées au sida.Des chercheurs de notre groupe ont généré des souris transgéniques spécialement conçues pour l’étude du système reproducteur mâle.La spermatogenèse de ces animaux est perturbée à la suite de l’expression d’un gène perturbé dans le testicule.Ces souris subissent une castration génétique qui s’installe graduellement peu de temps après l’atteinte de la maturité sexuelle.celle-ci.Toutefois, il faut attendre la puberté pour qu’ils cessent de dégénérer systématiquement après leur développement.Par contre, lorsque la femelle devient apte à se reproduire, certains follicules entreprennent leur phase finale de croissance et de maturation menant à l’ovulation.Dans cette phase, les cellules folliculaires deviennent plus nombreuses, forment plusieurs couches superposées et se différencient.Une cavité interne, appelée «antre», se forme et grossit constamment en se remplissant d’un liquide.Grâce à ces modifications morphologiques combinées à une activité hormonale intense, le follicule pourra atteindre des diamètres de plus de 15 millimètres et relâcher alors son ovule au moment de l’ovulation.Nous cherchons donc à déterminer quelles sont les conditions qui font qu’un follicule pourra arriver jusqu’à la phase d’ovulation.On sait déjà depuis longtemps que tout est question de rythme: les hormones participant au fonctionnement des ovaires, au développement des follicules et à la maturation des ovules ne sont pas sécrétées de façon constante chez la femelle, mais plutôt selon une périodicité particulière à l’espèce.Or l’hypophyse est un peu le chef d’orchestre de ce grand ballet.Elle relâche deux hormones, la FSH (hormone folliculostimulante) et la LH (hormone lu-téinisante), qui affectent directement l’activité des ovaires.Par exemple, la FSH stimule les follicules au bon stade de croissance et seulement eux, afin de stimuler davantage leur croissance ultérieure.En réponse à la FSH, ces follicules sécrètent, en effet, les hormones «féminines» par excellence, les œstrogènes, qui vont contribuer à préparer la maturation finale de l’ovule, mais cette hormone prépare en même temps l’utérus à recevoir l’embryon et déclenche chez les animaux les périodes de chaleurs.Chez les mammifères, en effet, sauf chez l’humain, des concentrations élevées d’œstrogènes causent des modifications souvent déterminantes du comportement de la femelle et ce n’est qu’à ces moments précis qu’elle accepte de se laisser monter par un ou plusieurs mâles.À l’ovulation, le follicule qui a protégé et nourri l’ovule jusqu’au terme de son développement n’a pas encore fini son travail.Ses cellules internes se transforment alors en un organe très spécial, le corps jaune, dont le rôle essentiel est la production de la progestérone, l'hormone de la gestation.Celle-ci continue à préparer l’utérus pour la réception des embryons.Si une fécondation survient, l’embryon assure, en signalant sa présence, le maintien du corps jaune qui, en retour, produira la progestérone nécessaire à la poursuite de la gestation.Au contraire, une absence de développement embryonnaire résultera en une régression rapide du corps jaune dans les quelques jours suivant sa formation.Cette régression permet au développement folliculaire de reprendre plus activement et à l’ovulation de se reproduire.Chaque jour, selon les espèces, un à quarante follicules primordiaux, alors à l’état de dormance, démarrent leur processus de croissance.Le taux de croissance des follicules varie en fonction de leur stade de développement.On estime, par exemple, que chez la brebis, le temps requis pour qu’un follicule croisse depuis sa sortie de la réserve (30 microns) jusqu’à l’apparition de l’antre (160 microns) est d’environ 130 jours, mais de seulement 45 jours pour la phase terminale de sa croissance jusqu’au stade préovulatoire (6-8 millimètres).À tout instant, il y a donc dans l’ovaire des follicules à différents stades de développement qui sont prêts théoriquement à évoluer vers des phases terminales de différenciation et même vers l’ovulation.Malgré cela, seul un nombre bien déterminé d’ovules, propre à chaque espèce, sera libéré à des intervalles ré- 16 guliers.Notre groupe de recherche s’intéresse à l’étude de ces phénomènes de sélection folliculaire.Quatre personnes travaillent sur ce sujet.Depuis l’avènement de l’ultraso-nographie, une technique permettant de suivre la dynamique folliculaire à des intervalles fréquents, l’existence de processus de sélection folliculaire a pu être confirmée chez plusieurs espèces dont le nombre d’ovulations par cycle est faible (1 à 3-4 ovulations/cycle).On a en outre montré que la croissance folliculaire, du moins à compter d’un diamètre de 2-4 mm chez la vache, se réalise d’une façon hautement coordonnée (encadré).À l’intérieur de chaque cycle cestral, lequel sépare deux périodes de chaleurs chez les animaux domestiques, des périodes préférentielles de développement folliculaire permettent à un groupe de 3 à 8-10 follicules d’entrer dans la phase terminale de leur développement (figure 1).Bien que plus près du but final, le destin de ces follicules recrutés est encore loin d’être assuré puisque seulement une minorité d’entre eux ovuleront.Par exemple, chez la vache ou la femme, un seul follicule sera sélectionné pour l’ovulation.Une fois cette sélection opérée (phase de dominance), la croissance des autres follicules sera inhibée.Nous avons montré que chez les bovins, ce phénomène a un effet sur les réponses aux traitements de superovulation: si la femelle reçoit un traitement hormonal de superovulation au moment où un follicule est en phase de dominance, les taux d'ovulation et de production d’embryons sont amoindris.Le cycle œstral de la vache comporte ainsi deux ou trois périodes préférentielles de développement folliculaire, aussi appelées «vagues folliculaires», alors qu’on observe une seule de ces vagues chez la femme pendant le cycle menstruel.Au GRBR, nous essayons donc de mettre au point des méthodes de contrôle du follicule dominant, afin d’améliorer les systèmes de production d’embryons.• LA FÉCONDATION IN VITRO • Non seulement on peut manipuler le taux d’ovulation en donnant des hormones stimulantes à l’animal, mais pour faciliter l'application de ces nouvelles techniques, on peut maintenant reproduire certains de ces phénomènes in vitro.Nous nous intéressons depuis près de 10 ans à ces techniques de fécondation in vitro.Depuis, que de progrès ont été accomplis! En 1981, naissait le premier veau éprouvette grâce à la collaboration d’un vétérinaire québécois, Daniel Bousquet et d'un chercheur américain, Ben Brackett3.En 1985, nos travaux ont donné naissance à Eugénie, le premier veau éprouvette au monde issu d’une méthode permettant de traiter l’infertilité, soit la laparoscopie4.Comment?On a visualisé les ovaires au moyen d'un tube et on a utilisé une grande aiguille pour aspirer des ovules mûrs.Une anecdote illustre le peu de connaissances que nous avions alors dans le domaine de la création d'embryons in vitro.Après avoir aspiré les ovules, nous utilisions une solution héparinée pour prévenir la coagulation puisqu’un peu de sang coulait avec le liquide folliculaire.Par ailleurs, pour que les spermatozoïdes puissent féconder l’ovule, ils doivent normalement subir une série de transformations, appelée «capacitation», qui n’apparaît qu’après un séjour de plusieurs heures des spermatozoïdes dans les voies génitales de la femelle.Comment la fécondation in vitro a-t-elle pu avoir lieu?En fait, on a constaté que l’héparine de la solution se fixait sur les ovules.Or cette dernière molécule est justement une jumelle du facteur naturel permettant la capacitation des spermatozoïdes de taureau.EN 1981, NAISSAIT LE PREMIER VEAU ÉPROUVETTE.DEPUIS, D’IMPORTANTS PROGRÈS ONT ÉTÉ ACCOMPLIS.cerveau atrésique ovulation progestérone temps d’un cycle complet (p.ex., bovins : 21 jours) FIGURE 1 LA SÉLECTION FOLLICULAIRE LA SÉLECTION FOLLICULAIRE PERMET L’OVULATION D'UN NOMBRE RESTREINT D’OVULES POUR TENIR COMPTE DES PARTICULARITÉS D’ESPÈCES.CHEZ LA VACHE, PAR EXEMPLE, LES FOLLICULES SE DÉVELOPPENT CONSTAMMENT JUSQU’À UNE DIMENSION DE 3-4 MM, DIMENSION OÙ LA PRÉSENCE DE FSH (HORMONE FOLLICULOSTIMULANTE) PERMET LA POURSUITE DE LEUR CROISSANCE.PAR L'INTERMÉDIAIRE DE SES PRODUITS DE SÉCRÉTION (PAR EX., INHIBINE, ŒSTROGÈNES), LE FOLLICULE EN VOIE DE DEVENIR LE FOLLICULE SÉLECTIONNÉ (6-8 MM) PROVOQUE UNE BAISSE DE FSH, CE QUI LIMITE LA CROISSANCE DES AUTRES FOLLICULES ET ENTRAÎNE LEUR DÉGÉNÉRESCENCE (ATRÉSIE).LE FOLLICULE DOMINANT NE SE REND À L’OVULATION QUE LORSQUE LES NIVEAUX DE PROGESTÉRONE DIMINUENT EN FIN DE CYCLE ŒSTRAL ET QUE LE PIC DE LH (HORMONE LUTÉINISANTE) SE PRODUIT.AUTREMENT, LE FOLLICULE DOMINANT ÉVOLUE VERS L’ATRÉSIE, CE QUI ENTRAÎNE L'ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE VAGUE DE CROISSANCE FOLLICULAIRE.17 MCMXCIII LE BAL DES FOLLICULES '€ Sans cette chance inouïe, les progrès auraient été beaucoup plus lents.D'ailleurs, si la capacitation est mieux connue depuis quelques années, c’est surtout grâce aux travaux effectués in vitro pour tenter de reproduire de tels phénomènes.Pour l’aspiration des ovocytes, une nouvelle approche, l’échographie, permet de diriger une aiguille d’aspiration jusqu'aux ovaires sans faire de chirurgie.Les ovules utilisés (figure 2) sont prêts pour la fécondation.Us ont déjà franchi un pas de la méiose, la division cellulaire qui k * Chez les espèces où un seul rejeton naît à la fois, la sélection folliculaire est fonction du niveau d’interaction entre les follicules en phase de croissance terminale dans l’ovaire et le centre hypothalamo-hypophysaire.D'une part, et comme son nom l’indique, l’hormone folliculostimulante (FSH), d'origine hypophysaire, favorise la croissance folliculaire.D’autre part, pendant sa croissance terminale, le follicule relâche à son tour des substances (estradiol et inhibine, entre autres) qui inhibent la sécrétion de FSH.Il provoque ainsi une baisse de la FSH à un niveau inférieur à celui requis pour assurer la croissance des follicules subalternes, mais qui reste encore suffisant pour assurer sa propre croissance.Le follicule sélectionné pourra alors continuer de se développer dans un milieu appauvri en FSH alors que les follicules subalternes seront condamnés à la dégénérescence, qu’on appelle «atrésie».Une fois le follicule sélectionné, l’hormone lutéini-sante (LH), également d’origine hypophysaire, est indispensable à l’ovulation.Pendant les quelques FIGURE 2 LA PRODUCTION D’EMBRYONS IN VITRO IL EST MAINTENANT POSSIBLE DE RÉCUPÉRER À L'ABATTOIR LES OVAIRES DES ANIMAUX DESTINÉS À LA CONSOMMATION ET D'Y ASPIRER QUELQUES DIZAINES D'OVOCYTES IMMATURES.ON PEUT SÉLECTIONNER CES OVOCYTES PAR LEUR APPARENCE DE FAÇON À UTILISER CEUX QUI VIENNENT DE FOLLICULES SAINS ET ENSUITE LES METTRE EN CULTURE POUR 24 HEURES DANS UN MILIEU QUI CONTIENT DES SELS, DES ACIDES AMINÉS.DES VITAMINES, DU SÉRUM ET TROIS HORMONES IMPORTANTES POUR LA MATURATION: LA FSH, LA LH ET L'ESTRADIOL.DANS CES CONDITIONS, LA MATURATION PRODUIT DES OVULES QUI SERONT FÉCONDÉS APRÈS UNE COCULTURE DE I 8 HEURES AVEC ENVIRON 50000 SPERMATOZOÏDES PAR OVULE.LES EMBRYONS AINSI OBTENUS SONT LAVÉS POUR ENLEVER LES SPERMATOZOÏDES EN EXCÈS ET MIS EN CULTURE AVEC DE PETITES VÉSICULES DE CELLULES PROVENANT DE L'OVIDUCTE, DE FAÇON À REPRODUIRE IN VITRO LES CONDITIONS ESSENTIELLES À UNE BONNE SURVIE EMBRYONNAIRE.APRÈS UNE SÉLECTION SOUS MICROSCOPE, LES 30 À 40 P.CENT D'EMBRYONS QUI SE DÉVELOPPENT EN SEPT JOURS AU STADE DU BLASTOCYTE (ENVIRON 100 CELLULES) PEUVENT ALORS ÊTRE TRANSFÉRÉS À UNE RECEVEUSE QUI EST ELLE AUSSI AU SEPTIÈME JOUR DE SON CYCLE, POUR ASSURER UNE SYNCHRONIE PARFAITE ENTRE L'EMBRYON ET L'UTÉRUS HÔTE.permet de réduire leur nombre de chromosomes, mais ils attendent l’arrivée du sperme pour compléter leur division.Environ 50 000 spermatozoïdes sont alors placés en présence de l’ovule, dans un milieu de fécondation, pendant 12 à 24 heures.Les ovules fécondés sont ensuite retirés et placés dans un milieu de développement qui contient en général du sérum de la même espèce.Il est important, chez certaines espèces comme les bovins, d’ajouter à ce milieu des cellules de l’oviducte (l’équivalent des trompes de Fallope chez la femme) en suspension pour induire le développement embryonnaire ou permettre la conservation des embryons jusqu’au stade où ils peuvent être transférés.On recrée ainsi en quelque sorte un oviducte artificiel où est même conservé le mouvement vibratile de ses cils microscopiques.Chez la plupart des espèces, il est possible de retourner l’embryon dans une receveuse par chirurgie ou par les voies naturelles pendant les quelques jours suivant son arrivée normale dans cet organe.Seulement, les ovules prêts pour la fécondation ne courent pas les rues, puisqu’ils ne peuvent être prélevés que sur des vaches en chaleur et ne peuvent pas être conservés! Une autre possibilité nous est alors apparue en 1986: si nous arrivions à partir non plus d’ovules mûrs, mais de n’importe quels ovocytes (ovules qui n’ont pas encore atteint la maturité), le problème serait résolu.En effet, les ovocytes peuvent être récupérés, à longueur d’année et à un coût négligeable, sur les ovaires de vaches conduites à l’abattoir.Les nombreux follicules sont constam- 18 Ifo J Misé-Won rminale Tysaire.»mo«( iire.fi-«ndant on tous (K) qui nsi ni* i requis Itemes, propre 5 «Mien FSH iimnés lutéini-ire, esi lelques jours qui précèdent cette transformation, la sécrétion de LH augmente progressivement, puis celle-ci est enfin relâchée en quantité massive: c'est le pic de LH.Ensuite seulement, l’éclatement du follicule libérant l’ovule a lieu.On a observé que la LH a par ailleurs un rôle à jouer dans le maintien ou l’atrésie du follicule sélectionné pendant sa phase de dominance.Mais la production d’une autre hormone, la progestérone, par le corps jaune issu du dernier follicule a avoir ovulé, inhibe la sécrétion de LH.Les besoins en LH du follicule dominant ne sont alors plus comblés et il dégénère rapidement.Lorsque le follicule dominant entre en atrésie, une deuxième et souvent une troisième vague de croissance peuvent alors démarrer.Ce n'est que lorsque le corps jaune sécrétant la progestérone commence à régresser, en fin de cycle œstral, que l’inhibition de la progestérone sur la LH est levée et que le follicule dominant peut atteindre le stade de l'ovulation.liquide folliculaire renferme une base de la famille des purines, l’hypoxanthine, qui empêche la dégradation d’un messager intracellulaire, I'AMP (adénosine monophosphate) cyclique.Nous avons récemment montré que la présence constante de ce messager est nécessaire pour empêcher la maturation spontanée.Lorsque ce messager diminue à la suite de la séparation de l’ovule et du follicule, la maturation reprend.Chez les autres mammifères domestiques, nous avons aussi remarqué l’importance de I’AMP cyclique, mais te.ovaire de foetus ou de nouveau-né O O ?croissance en gel i dissection sommaire follicules primordiaux digestion enzymatique i, mais.ci leur .plater law, Mile Blin- ¦ d’ajou- întdes npi« dire la invert tidtf bialie its* iieiiü 5(11(1' ,[gan(-;ion »( rélevés as être ppariie siaùit .olu-t" #;: saches ment en croissance dans les ovaires et les ovocytes qu’ils contiennent ont un diamètre suffisant pour être fécondés (figure 3).Le fait de retirer l’ovocyte de son follicule provoque, et ce, en 12 à 48 heures selon les espèces, une maturation précoce, la méiose, soit la division de la cellule aboutissant à la réduction de moitié du nombre de chromosomes contenus dans son noyau (figure 4).La maturation étant essentielle à la fécondation, nous fûmes un temps enchantés par la reprise spontanée de la méiose in vitro des ovocytes.Il devenait possible de récupérer quelques dizaines d’ovocytes par femelle tout simplement en se rendant à l’abattoir pour récupérer les ovaires, à n’importe quel jour du cycle.Mais notre joie fut de courte durée : seulement 30 p.cent des embryons ainsi obtenus atteignaient le stade auquel ils peuvent être transférés dans l’utérus d’une receveuse.La grande majorité des ovocytes étaient donc déficients.Deux tiers au moins des fécondations in vitro étaient vouées à l’échec.L’année dernière, nous avons finalement démontré qu’un développement complet de l’ovocyte dans le follicule est nécessaire durant les quelques heures précédant l’ovulation.La solution consistait donc à reconstruire le follicule in vitro et à y induire la méiose.Pour y parvenir, il nous fallait dans un premier temps inhiber la reprise spontanée de la maturation, qui survient dès l’extraction du follicule.Si cette inhibition est facile chez la souris, toutes les difficultés n’ont pas encore été vaincues chez les grands mammifères domestiques.Chez la souris, le production d'ovocytes in vitro ( plusieurs centaines/ovaire) fécondation in vitro modification génétique sélection génétiqu' sexage congélation clonage en série embryon de 7 jours transférable FIGURE 3 LA REALISATION DE TOUTES LES ÉTAPES IN VITRO IL EST DÉJÀ POSSIBLE CHEZ LA SOURIS DE PRENDRE LES FOLLICULES AU TOUT DÉBUT DE LEUR CROISSANCE ET DE LES EXTRAIRE DU TISSU OVARIEN PAR DISSECTION ET DIGESTION ENZYMATIQUE AFIN DE STIMULER LEUR CROISSANCE SUR GEL IN VITRO.CETTE APPROCHE, EN VOIE DE RAFFINEMENT DANS NOS LABORATOIRES POUR LES ANIMAUX DE LA FERME, OUVRE LA PORTE À UNE PRODUCTION DE CENTAINES D’OVULES À PARTIR DE LA MÊME DONNEUSE.UNE FOIS LES OVULES À MATURITÉ, ON PEUT PENSER QUE LES DIFFÉRENTES MANIPULATIONS DÉJÀ POSSIBLES LORSQUE RÉALISÉES INDIVIDUELLEMENT SERONT APPLICABLES EN SÉRIE.DONC.CES OVULES POURRONT, PAR EXEMPLE, SERVIR DE MATÉRIEL POUR LE CLONAGE DE PLUSIEURS DIZAINES DE JUMEAUX IDENTIQUES DONT LE SEXE ET CERTAINES COMPOSANTES GÉNÉTIQUES AURONT AU PRÉALABLE ÉTÉ DÉTERMINÉS ET DE CONGELER LE TOUT POUR UN USAGE FUTUR OU POUR L'EXPORTATION.CES TECHNOLOGIES PEUVENT DONC MODIFIER CONSIDÉRABLEMENT LA FAÇON DONT LES ÉLEVEURS GÈRENT LES ESPÈCES DOMESTIQUES À TRAVERS LE MONDE.INTEj^ACE FIGURE 4 DE L’EMBRYON AU VEAU H A) EMBRYON À HUIT CELLULES EMBRYON DE VACHE PRODUIT PAR FÉCONDATION IN VITRO, AU TROISIÈME JOUR DE SON DÉVELOPPEMENT.À CE STADE, LE NOUVEAU GÉNOME DE L’EMBRYON PREND LE CONTRÔLE JUSQUE-LÀ EXERCÉ PAR LE CYTOPLASME DE L’OVULE ET DONC HÉRITÉ DU BAGAGE GÉNÉTIQUE DE A MÈRE.VA*.B) EMBRYON AVEC DEUX PRONUCLÉI EMBRYON DE VACHE, 1 2 À 1 8 HEURES APRÈS LA FÉCONDATION.ON PEUT VISUALISER LES NOYAUX HAPLOÏDES EN FORMATION (PRONUCLÉUS).POUR POUVOIR ÊTRE VISUALISÉ, CET EMBRYON DOIT SUBIR UNE CENTRIFUGATION.ON PEUT ALORS INJECTER DANS SES PRONUCLÉI PLUSIEURS CENTAINES DE COPIES DU CÈNE QUE L’ON SOUHAITE INSÉRER DANS SON GÉNOME.&jgggg D)VEAUX VEAUX OBTENUS PAR FÉCONDATION IN VITRO.EN 1985, EUGÉNIE (AU CENTRE) FUT LE PREMIER BOVIDÉ NÉ À LA SUITE DE L'UTILISATION D'UNE MÉTHODE CLINIQUE POUR TRAITER L'INFERTILITÉ CHEZ LA VACHE.CETTE TECHNIQUE EST MAINTENANT UTILISÉE PAR LA SOCIÉTÉ BOVITEQ, À SAINT-HYACINTHE, POUR SOIGNER LES PROBLÈMES DE FERTILITÉ CHEZ LES ANIMAUX À TRÈS HAUT POTENTIEL GÉNÉTIQUE.C) EMBRYON POUR LE CLONAGE EMBRYON DE VACHE AU STADE DE I 6-32 CELLULES (MORULA), DONT LES CELLULES SONT EXTRAITES UNE PAR UNE POUR PROCÉDER AU CLONAGE.LES CELLULES INDIVIDUELLES OBTENUES SERONT FUSIONNÉES EN ENTIER AUX OVULES ÉNUCLÉÉS.LA SURVIE DE L'EMBRYON, CONSIDÉRÉ PAR L'UTÉRUS COMME UN CORPS ÉTRANGER, CONSTITUE UN PARADOXE QUE LA SCIENCE COMMENCE À PEINE À ÉLUCIDER.cette substance ne parvient pas à remplacer l’effet du follicule.Il a fallu imaginer d’autres mécanismes responsables du contrôle du cycle cellulaire.Présentement, le blocage de la maturation est rendu possible en utilisant des inhibiteurs de synthèse protéique ou des portions de follicules en coculture avec les ovocytes.Il semble qu’un «bon» ovocyte doive renfermer des brins d’ARN (acide ribonucléique) particulièrement résistants à la dégradation.Pour que cet ARN soit formé, il est essentiel que les chromosomes soient encore actifs et non pas condensés complètement, comme dans le cas des ovules qui reprennent leur maturation.En isolant et en reproduisant les facteurs responsables de cette condensation, nous pourrions alors reconstituer les conditions présentes dans les jours qui précèdent l’ovulation.Les applications de ces recherches pourraient révolutionner la production d’em- bryons in vitro puisqu’il deviendrait possible, d’une part, de cultiver des ovocytes pour des périodes plus longues et, d’autre part, de produire des ovocytes compétents par milliers pour certaines applications commerciales chez les bovins ou les porcs, par exemple.• L'EMBRYON «TOUT VIANDE» • Les conséquences de cette production de masse sur le monde agricole et agro-alimentaire seront à n’en pas douter très importantes.Au Québec, elle pourrait, par exemple, influer sur le prix du bœuf.Présentement, nous mangeons peu de veau mais beaucoup de bœuf de l’Ouest, notre industrie de production de viande étant peu développée.Si des embryons étaient produits par la fécondation in vitro d'ovules de vaches appartenant à des races bouchères (différentes des races laitières), au moyen de spermatozoïdes de taureaux de races similaires, on obtien- 20ac fjRECfl drait un embryon «tout viande» qui pourrait alors être transféré à un vache laitière québécoise.La diversification de la production des agriculteurs québécois pourrait influer sur la qualité et le prix du bœuf dans les supermarchés.Encore ici, les techniques de production in vitro sont requises si l’on veut atteindre un coût abordable.Qui plus est, le clonage pourrait permettre de multiplier en des dizaines d’exemplaires chaque embryon jugé intéressant.Cette technologie est l’une des rares en reproduction à avoir été utilisée, à partir de 1985, d’abord chez les grands mammifères.En effet, les embryons de ces derniers se différencient plus lentement et leurs cellules gardent plus longtemps le potentiel de reformer un embryon complet.Ces cellules ont le potentiel pour fabriquer tous les tissus nécessaires au nouveau-né.Mais pour que ces cellules divisées puissent survivre, elles doivent être fusionnées à du matériel de base, à savoir des ovules préalablement énucléés.Cette opération est réalisée grâce à la microchirurgie et à la fusion électrique (figure 5).Les premiers clonages de moutons ont été réussis en 1985 en Angleterre, par l’équipe du professeur Willadsen5.Il est même possible que ces embryons clonés puissent à leur tour être divisés et servir de nouveau comme matériel génétique.De fait, ces clonages en série fonctionnent parfois jusqu’à quatre ou cinq générations, mais techniquement, ces séquences sont très difficiles à réaliser et quelques problèmes subsistent.Tout d’abord, les taux de survie de ces embryons fusionnés sont relativement bas (30-50 p.cent) et les taux de gestation à terme encore plus bas.Nous travaillons actuellement à la mise au point d’une nouvelle technologie basée sur l’inhibition des facteurs qui induisent ce fort taux de mortalité.En effet, à ce stade du développement, l’ADN des embryons n’est pas condensé, afin que la division cellulaire et le transfert de données génétiques puissent se poursuivre.En revanche, dans l’ovule, la chromatine est encore condensée.Nous avons démontré que la fusion de l’embryon et de l’ovule induit donc une condensation précoce de l’ADN dans l’embryon, ce qui brise l’ADN.Pour éviter cela, nous tentons de préactiver chimiquement l’ovule par des inhibiteurs de synthèse protéique qui lui enlèveraient sa capacité à condenser la chromatine.Ces produits chimiques sont les mêmes que ceux qui permettent de bloquer la méiose des ovocytes dans les opérations de maturation in vitro.Trois ou quatre heures avant la fusion de l’embryon et de l’ovule, ce dernier est traité à l'aide de ces inhibiteurs.Il nous reste à déterminer si les embryons que nous produisons par cette méthode ont au final un taux de mortalité plus bas que dans le cas d’un clonage classique.• LE REJET DE L'EMBRYON • L’embryon créé naturellement ou in vitro poursuit son développement tout d’abord dans l’oviducte, où il entreprend un lent voyage vers l’utérus.On pourrait penser qu’il «ÿ&h W ovules obtenus par maturation in vitro séparation des cellules d’un embryon de quelques jours recyclage des embryons 2,5 ou 25?générations * * * V « * » • * ® .V % * ovule mature microchirurgi énucléation fusion électrique (initie le développement) G développement in vitro (5 jours) transfert à une receveuse (après caractérisation, sexage et congélation) FIGURE 5 LE CLONAGE DES EMBRYONS LE CLONAGE PERMET D’OBTENIR DES COPIES (CLONES) D’UN EMBRYON ORIGINAL.CHEZ L’ANIMAL, LE JEUNE EMBRYON EST CONSTITUÉ DE CELLULES QUI CARDENT UNE CERTAINE TOTIPOTENCE (CAPACITÉ À DEVENIR N’IMPORTE QUEL TISSU) JUSQU’À UN STADE DE 1 6 À 64 CELLULES.IL EST DONC POSSIBLE DE PRENDRE CHACUNE DE CES CELLULES INDIVIDUELLEMENT PAR MICROCHIRURGIE ET DE LES FUSIONNER ÉLECTRIQUEMENT À UN OVULE RÉCEPTEUR QUI A PRÉALABLEMENT ÉTÉ ÉVIDÉ DE SON MATÉRIEL GÉNÉTIQUE PROPRE.LE RÉSULTAT DE CETTE FUSION SE COMPORTE COMME UN EMBRYON FRAÎCHEMENT FÉCONDÉ ET APRÈS UN CERTAIN GONFLEMENT DE SON NOYAU, CET EMBRYON VA SE DIVISER DE LA MÊME FAÇON QU’UN CONTEMPORAIN FÉCONDÉ.NON SEULEMENT IL EST AINSI POSSIBLE DE MULTIPLIER UN EMBRYON EN 16 COPIES OU PLUS, MAIS LES EMBRYONS OBTENUS PEUVENT ÊTRE À NOUVEAU UTILISÉS AFIN DE MULTIPLIER D’AUTANT LE NOMBRE DE COPIES POSSIBLES.MALHEUREUSEMENT, PRÉSENTEMENT, UN FAIBLE POURCENTAGE DES NOYAUX SURVIVENT (INFÉRIEUR À 30 P.CENT) MAIS LES TRAVAUX EN COURS POUR MIEUX CONTRÔLER LA SYNCHRONIE DU CYCLE CELLULAIRE ENTRE DONNEURS ET RECEVEURS PERMETTENT DE CROIRE EN UNE AMÉLIORATION RAPIDE DES TAUX DE SURVIE ET UNE EXTENSION DES APPLICATIONS COMMERCIALES DÉJÀ EXISTANTES.y trouvera un milieu favorable à son développement.En fait, il n’en est rien, puisqu’il doit lutter avec agressivité pour se maintenir en vie.Chez les espèces ayant de nombreux rejetons, les embryons se déplacent dans l’utérus pour s’espacer les uns des autres.Ils défendent ensuite leur territoire utérin, car de cet espace vital dépend leur survie jusqu’à la fin de la gestation.Mais leur pire ennemi à leur arrivée dans l’utérus est la réaction de ce dernier.Tout d’abord, il est animé de contractions mécaniques que NOVEMBRE - DÉCEMBRE râÜFACE c m xc 111 EMBRYON CONTRE UTÉRUS: UNE BAGARRE HORMONALE POUR LA SURVIE tolérance antigènes immunosuppressifs / \ y v PGE2 CTCÆBS lyse cellulaire .«c > FIGURE 6 H L’embryon doit établir très tôt dans sa vie un dialogue avec l’organisme maternel pour l’inciter à accepter sa présence dans l’utérus.Cette communication nécessite un échange d’information sous forme de messages chimiques hormonaux, qui devient de plus en plus complexe avec l’évolution de la gestation.Tout d’abord, en signalant sa présence à l'utérus, l'embryon empêche la disparition du corps jaune afin de maintenir une production élevée de progestérone.Cette hormone modulera les sécrétions utérines pour les rendre plus propices à la survie de l’embryon et préviendra les contractions utérines.Chez plusieurs espèces, l’embryon ne se contente pas de remettre ses chances de survie entre les mains du corps jaune.Il peut, dans certains cas, se mettre à sécréter des œstrogènes.Puis, peu après la placentation, le fœtus sécrète sa propre progestérone placentaire et prend lentement le contrôle de la physiologie utérine.Il sécrète alors différentes hormones, selon l’espèce, qui vont passer dans la circulation maternelle et influer LA TOLÉRANCE IMMUNITAIRE LA RÉACTION DU SYSTÈME IMMUNITAIRE FACE À L’EMBRYON SE TROUVE PERTURBÉE SI ON LA COMPARE À UNE RÉACTION ENVERS UN AUTRE TISSU ÉTRANGER.NORMALEMENT, LES ANTIGÈNES ÉTRANGERS À L’ORGANISME RECEVEUR SONT RECONNUS ET GOBÉS PAR DES CELLULES SPÉCIALISÉES DU SYSTÈME IMMUN, LES CPA, POUR ENSUITE ÊTRE PRÉSENTÉS AUX LYMPHOCYTES T.PARMI CES DERNIERS, CERTAINS PRODUISENT LES CYTOKINES QUI SERVENT À ACTIVER LES CELLULES IMMUNES ENGAGÉES DANS LA LYSE DU CORPS ÉTRANGER ET DANS LE REJET DU GREFFON.L'INTERLEUKINE 2 (IL2), UNE CYTOKINE, JOUE ALORS UN RÔLE PRÉPONDÉRANT, TRANSFORMANT LES CELLULES NK EN LAK ET LES CTL EN CTC.EN CONSÉQUENCE, LES CELLULES IMMUNES DEVIENNENT BEAUCOUP PLUS AGRESSIVES OU LYTIQUES, CONDUISANT À L'ÉLIMINATION DU GREFFON OU DU CORPS ÉTRANCER.DANS LE CAS DE L’EMBRYON, SOUS L’ACTION DE FACTEURS IMMUNOSUPPRESSEURS, LES LYMPHOCYTES T N'ACTIVERONT PAS L’IL2, MAIS L’ILIO, CE QUI EMPÊCHERA LA TRANSFORMATION ULTÉRIEURE DES NK EN LAK ET DES CTL EN CTC.l'embryon doit calmer par le jeu de sécrétions hormonales (encadré).Ensuite, le système immun de la mère a tendance à considérer l’embryon comme un corps étranger.La survie de l’embryon, dans un milieu hostile à tout corps étranger, constitue un paradoxe que la science commence à peine à comprendre.Notre groupe s’est intéressé à ces problèmes immuns depuis quatre à cinq ans.De fait, au cours des dernières années, l’immunologie de la reproduction est devenue un sujet de recherche extraordinairement populaire, appliqué tant chez l’humain que chez les animaux.Il y a quelques années encore, nous pensions que les avortements spontanés ou les accouchements prématurés étaient surtout reliés à des problèmes génétiques.Nous avons maintenant la preuve qu'une partie des échecs a pour cause des problèmes immuns.Peu de temps après sa formation, l’embryon commence à exprimer les gènes transmis par le spermatozoïde.Cela entraîne l’expression d'antigènes étrangers à l’utérus porteur et l’embryon, dès ce moment, devient, sur le plan immun, l’équivalent d’un corps étranger.On a longtemps pensé que le fœtus prévenait le rejet immun tout simplement en ne déclenchant pas de réponse immune.Toutefois, contrairement à ces croyances initiales, on a constaté que le fœtus déclenche une réponse immune.En effet, la proportion de cellules immunes, ou leucocytes, dans les tissus utérins augmente considérablement au cours d’une gestation et parmi elles, les cellules NK («natural killer» : leur nom veut tout dire!) comptent pour environ 75 p.cent.L’embryon doit donc assurer sa propre protection en «ami-calisant» le système immun maternel pour le rendre inoffensif.La réaction immune contre l’embryon devient donc un peu spéciale, car au lieu d'aboutir à la défense de la mère, elle résulte en une tolérance naturelle.Bien mieux, le système immun produirait même des facteurs de croissance bénéfiques au développement fœtal! Au moment d’une transplantation d’organe, les greffons sont tolérés par l’organisme receveur à condition qu'il y ait un traitement empêchant le déclenchement de la réponse immune.Sans ce traitement immunosuppresseur, les antigènes étrangers à l’organisme receveur sont reconnus et gobés par des cellules spécialisées du système immun, les CPA, pour ensuite être présentés à d’autres cellules du système immum, les lymphocytes T.Parmi ces derniers, certains produisent les cytokines, qui servent à activer les cellules immunes engagées dans la lyse du corps étranger et dans le rejet du greffon.L’in- NOVEMBRE - DÉCEMBRE 22 sur divf le rejet-date, i proprie gestatit aussi la nue de toiie de miqued rag!andi terleuki ponder (Tien monts ( à l'élimi L’emt reorient descytr la prodt sente pi stimule raient t! nantie fetomp «Uni* «mole, fentes i tyrothé fefeioe C M X C I I I sur divers processus physiologiques pour prévenir le rejet.Chez la vache ou la brebis, des protéines spéciales, qui s'apparentent aux interférons ayant des propriétés antivirales, indiquent à la mère que la gestation doit se poursuivre.Cependant, peu importe l’espèce, l’effet de l’embryon sur la physiologie utérine semble être médié ultimement par les prostaglandines produites et sécrétées par l’utérus, puis détruites très rapidement.La prostaglandine F-2a, par exemple, stimule les contractions utérines.Elle cause aussi la disparition du corps jaune à la fin du cycle, ce qui permet une nouvelle ovulation.La prostaglandine E-2, au contraire, peut prévenir la régression du corps jaune et ainsi permettre une sécrétion continue de progestérone, indispensable à la gestation.Ainsi, on pense que les sécrétions embryonnaires en début de gestation modifieraient l’activité sécrétoire de l’utérus pour favoriser la libération systémique de prostaglandine E-2 au détriment de la prostaglandine F-2a.terleukine 2, une cytokine, joue sur ce plan un rôle prépondérant, transformant les cellules NK en LAK et les CTL en CTC (figure 6).En conséquence, les cellules immunes deviennent très agressives ou lytiques, conduisant à l’élimination du greffon ou du corps étranger.L’embryon, lui, n’est pas rejeté.L’une des hypothèses les plus sérieuses6 pour expliquer ce paradoxe suggère qu’au cours d'une gestation normale, l’embryon-fœtus réorienterait la production de cytokines de rejet (1L2) vers des cytokines de tolérance (IL10).De plus, des facteurs immunosuppresseurs produits par l’embryon, par les cellules immunes elles-mêmes et par l’utérus réduiraient la production d’IL2 pendant que des facteurs de croissance provenant principalement du placenta et de l’utérus stimuleraient la croissance fœtale et placentaire.Nous travaillons présentement à la caractérisation et à la détermination de ces facteurs immunosuppresseurs qui pourraient expliquer que l’activité des cellules immunes cernant l’embryon soit amoindrie.Nous tentons également de comprendre comment agissent ces facteurs sur les plans cellulaire (quels types de cellules immunes affectent-ils?) et moléculaire (inhibent-ils certains gènes?).Nos expériences ont porté jusqu'à présent sur le lapin, mais nos hypothèses seront prochainement testées chez le bovin et l'humain.Grâce à cela, nous espérons mieux comprendre certains cas d’infertilité et mettre au point des traitements de lutte contre les rejets de l’embryon au niveau de l’utérus.Nous travaillons d’ores et déjà avec des équipes de recherche s’intéressant à des questions d’infertilité chez la femme ou d’avortements spontanés répétitifs.De ces recherches pourrait aussi découler dans les cinq années à venir une meilleure compréhension des phénomènes de rejet au moment des transplantations d’organes.La boîte de Pandore de la reproduction est maintenant ouverte toute grande.C’est à nous d’en utiliser le contenu avec discernement.Les diverses méthodes qui ont été envisagées par la nature pour satisfaire ce besoin ultime qu’est la reproduction ne cessent de fasciner ceux et celles qui s’y intéressent.Chaque réponse à une question en reproduction animale résulte en des centaines de nouvelles questions toutes aussi fascinantes.L’utilisation de nos connaissances en reproduction et les travaux de recherche permettant de les accroître davantage ne sont ni bons ni mauvais en soi.Cependant, dans nos sociétés utilitaristes où l’embryon et le fœtus sont souvent considérés plus comme un objet que comme un sujet, la tentation, de la part des récupérateurs et des utilisateurs de technologies, de transgresser les lois simples de l’éthique sera toujours présente.Le respect de la vie et de sa merveilleuse odyssée qu’est la reproduction ne tient, en définitive, qu’à la sagesse des humains.NOTE Cet article a été écrit en collaboration avec les membres du Groupe de recherche en biologie de la reproduction.RÉFÉRENCES 1.SIRARD, M.-A., LEIBFRIED-RUTLEDGE, M.L., PARRISH, J.J., WARE, C.et FIRST, N.L.«The culture of bovine ovocytes to obtain developmentally competent embryos», Biol.Reprod., 1988, vol.39, p.546-552.2.GAGNÉ, M.-B., POTHIER, F.et SIRARD, M.-A.«Electroporation of bovine spermatozoa to carry foreign DNA in ovocytes», Reproduction and Development, 1991, vol.29, p.6-15.3.BRACKETT, R.B., BOUSQUET, D., BOICE, M.L., DONAWICK, W.J., EVANS, J.F.et DRESSEL, M.A.«Normal development following in vitro fertilization in the cow», Biol.Reprod., 1982, vol.27, p.147-158.4.SIRARD, M.-A.et LAMBERT, R-D.«Birth of calves after in vitro fertilization using laparoscopy and rabbit oviduct incubation of zygotes», Vet.Rec., 1986, vol.119, p.167-169.5.WILLADSEN, S.M.«Nuclear transplantation in sheep embryos», Nature, 1986, vol.320, p.63-65.6.WEGMANN, T.G., LIN, H.,' GUILBERT, L.et MOSMANN, T.S.« Bidi-rectionnal cytokine interactions in the maternal-fetal relationship : is successful pregnancy a Th2 phenomenon?», Immunol.Today, 1993, vol.14, p.353-356.NOVEMBRE - DÉCEMBRE 23 C M XC pltaï® 3U©I®I® U.S.funds hjD AND ASKED ,_U« » KM SSL» 1 ' ' ; X :àâ>isv/diaj jH:~Ü (MM IM ;T;' :fi pppi hèh ociete malade de ses gestionnaires ILLUSTRATIONS: DANIEL SYLVESTRE K RECH RECHERCHE PAR ALAIN CHANLAT A U DÉBUT DU XIXe SIÈCLE, LE PHILOSOPHE ET ÉCONOMISTE FRANÇAIS SAINT-SIMON RÊVAIT DU JOUR OÙ, GRÂCE AU PROGRÈS TECHNIQUE, «L’ADMINISTRATION DES CHOSES SE SUBSTITUERAIT AU GOUVERNEMENT DES PERSONNES».UNE IDÉE À LAQUELLE ADHÈRENT LA MAJORITÉ DES GESTIONNAIRES ET DIRIGEANTS ACTUELS, AVEC POUR RÉSULTAT LA CRISE PROFONDE QUE NOTRE SOCIÉTÉ TRAVERSE.CHÔMAGE, LICENCIEMENTS, RATIONALISATION À TOUT PRIX: PEUT-ON PARLER DE PROGRÈS S'IL N'EXISTE PAS DE «GOUVERNEMENT DES PERSONNES» À LA HAUTEUR DE «L’ADMINISTRATION DES CHOSES»?Chaque semaine, chaque jour les médias nous rapportent de nouvelles fermetures d’usines ou l’adoption de plans draconiens de rationalisation des effectifs.Ces mesures se traduisent par des milliers de licenciements et par la mise à la retraite anticipée «volontaire» d’un nombre croissant de personnes à des âges toujours plus jeunes.Quant aux perspectives de nouveaux emplois, elles sont loin d’être réjouissantes.Des entreprises comme IBM, Mercedes, Michelin ou Bell, qui jouissaient d’une réputation mondiale et étaient souvent citées en exemple, sont à leur tour engagées dans des restructurations pénibles et dans des compressions de personnel.Sur le front de l’offre, les professions qui, autrefois, n’arrivaient pas à répondre à la demande ont, elles aussi, de plus en plus de mal à placer leurs membres.Ainsi au Québec, huit pour cent de l’ensemble des ingénieurs et ingénieures, soit 3 000 personnes, sont actuellement au chômage.Un nombre croissant de diplômés et de diplômées en comptabilité et en administration n’arrivent pas à trouver de débouchés.En d’autres mots, nous vivons une crise.Les pays développés se retrouvent devant une société fonctionnant à deux vitesses, partagée entre un groupe dynamique qui recueille pleinement les fruits de tous ces changements, d’une part, et une partie croissante de la population qui connaît les affres du chômage de longue durée et qui doit composer avec l’institutionnalisation de la vie précaire, d’autre part.Cette situation affecte principalement les jeunes, les femmes et les immigrants.Or qui, parmi les théoriciens du «management» des années 1950 ou 1960, et même après, aurait pu prévoir que nous serions amenés à un constat aussi inquiétant?À cette époque, le contexte mondial était euphorique.Les activités de reconstruction qui avaient suivi la Deuxième Guerre mondiale entraînaient des indices de croissance soutenue et de chômage bas.Parallèlement, l’État favorisait la création d’entreprises publiques fortes, mettait en place des systèmes de protection sociale très généreux tout en rendant accessible à un plus grand nombre l’enseignement secondaire et supérieur.C’est à cette époque qu’est né le « managérialisme » — néologisme que je crée parce que je n’ai rien trouvé de mieux pour qualifier cette idéologie qui s’en remet, pour résoudre les problèmes de nos sociétés, à la toute-puissance et à l’omniscience des «managers».Un bel exemple de cette idéologie se trouve dans Le Défi américain, un succès de librairie que fit paraître Jean-Jacques Servan Schreiber en 1967 et qui eut un retentissement considérable dans toute l’Europe occidentale et en Amérique latine.L’auteur attribuait le succès des multinationales américaines, qui prenaient le contrôle d’un nombre sans cesse croissant d’entreprises européennes, à la supériorité dont faisaient preuve leurs «managers» dans l’utilisation des techniques modernes de gestion.À ce moment-là, je faisais mes études de MBA à la George Washington University et le gestionnaire modèle était Robert McNamara (P.-D.G.chez Ford puis secrétaire à la Défense des États-Unis; Kennedy chargea McNamara de résister aux pressions du Pentagone; sous Johnson, le Pentagone submergea McNamara, ce qui conduisit au désastre vietnamien).On le croyait capable d’agir avec succès dans n’importe quel secteur parce qu’il introduisait partout où il passait ces principes et méthodes modernes qui se multipliaient dans tous les domaines de la gestion.Au moment de rédiger ma thèse de doctorat, j’avais pris conscience des limites de cette idéologie.Progressivement, je m’intéressai à ce que j’appelais «les faces cachées de la gestion», qui avaient trait au poids de l’histoire, à la place capitale prise par les activités de parole, par les émotions et par les symboles.En allant sur le terrain comme je l’avais fait, on constatait à quel point une entreprise peut être vue comme un ensemble de tribus, aux mœurs, aux mentalités et aux langages particuliers selon la nature de leurs activités et les niveaux hiérarchiques considérés.La clé de la compréhension de ces phénomènes se trouvait dans des sciences humaines comme l’histoire, la linguistique, la psychanalyse, l’anthropologie et dans l’adoption Alain Chanlat ENSEIGNE LA GESTION DES RESSOURCES humaines À l’École des Hautes Études Commerciales.Il est le fondateur ET LE DIRECTEUR DU groupe Humanisme et gestion.BRE - DÉCEMBRE 25 d’une méthode interdisciplinaire.Mes travaux, ceux des élèves et collègues avec lesquels je m’associe, s’inscrivent dans une telle démarche.Nos objectifs?Comprendre la crise que nous traversons et surtout offrir quelques pistes de réflexion pour y remédier.Avoir des préoccupations humanistes en gestion n’est toutefois pas un phénomène nouveau.Depuis les débuts de la révolution industrielle, on a tenté beaucoup d’expériences pour défendre et promouvoir la personne dans les milieux de travail et pour humaniser le capitalisme.Outre l’Église, qui n’a cessé de rappeler à travers de nombreuses encycliques le rôle social de l’entreprise, beaucoup d’espoir a été mis dans le syndicalisme, dans la formule coopérative et dans l’autogestion.Sans nier les effets bénéfiques de telles expérimentations, nous devons toutefois constater que ces nouvelles institutions et ces processus de déci- : C Fl Ensuite, de 1972 à 1984, j’ai eu la chance de pouvoir étudier de près le cas Hydro-Québec.Cette entreprise représentait alors un terrain privilégié pour observer l’importance de dimensions négligées jusque-là, dans la théorie en gestion.Ainsi, les exploits techniques (la mise sous tension d’une ligne de 745 kV et la construction à Manie-Outardes du plus grand barrage à voûtes multiples, deux premières mondiales) et administratifs (l’intégration réussie en un temps record de 11 compagnies d’électricité privées plus que disparates, réalisée après la nationalisation de 1962) trouvent leur origine dans l’histoire de l’entreprise, qui avait formé un personnel expérimenté après la nationalisation de la Montréal Light, Heat and Power en 1944.Avec ces succès, Hydro-Québec devint, pour son personnel et la population en général, le symbole de ce que les Canadiens français étaient capables d’accomplir dans un domaine nou- «Une entreprise peut ensemble de tribus et aux langa sion plus participatifs ne garantissent pas à eux seuls le respect de l’être humain au travail.C’est pourquoi, compte tenu, d'une part, de la croyance aveugle et croissante dans le managéria-lisme qui ignore tout des dimensions humaines et, d’autre part, de la crise de l’emploi, je me suis mis à réfléchir plus particulièrement à la part de responsabilité importante qui revient aux dirigeants occidentaux et à ceux qui les ont formés.• LES DIRIGEANTS COMME OBJET D'ÉTUDE • II n’est pas question ici, bien sûr, de transformer les dirigeants en boucs émissaires ni de les rendre responsables de tous les maux.Il existe même des cas où les dirigeants, comme ceux des entreprises Cascades, ont su créer une véritable culture d’entreprise1 (encadré).Mais je ne voudrais pas non plus rater l’occasion qui m’est donnée de souligner comment, pendant toutes ces années, de plus en plus de dirigeants se sont mis à adopter des comportements qui, conjugués les uns aux autres, ont fini par contribuer à la situation désastreuse dans laquelle nous nous trouvons.Cet intérêt pour le comportement des dirigeants ne s’est pas construit en un jour.Le premier jalon important est sans doute un colloque que j’ai organisé en 1980.Cette rencontre internationale intitulée «Les sciences de la vie et la gestion» réunissait plusieurs grands spécialistes des sciences humaines désireux de voir quels apports des disciplines comme la biologie, la psychologie, la linguistique ou l’ethnologie pouvaient avoir dans le renouvellement de l’étude des problèmes de gestion.re vue comme un urs, aux mentalités articuliers.» veau; elle participait, comme institution, au renforcement de l’identité collective des Québécois et Québécoises.Cette donnée explique pourquoi la population vit très mal les déboires actuels de cette entreprise.Grâce à ces contacts répétés, je découvris aussi comment les dirigeants eux-mêmes peuvent être la meilleure ou la pire des techniques de gestion, en particulier, dans ce dernier cas, lorsqu’ils profitent des postes d’autorité qu’ils occupent pour exercer sur leurs subordonnés une violence verbale et non verbale qui perturbe profondément les équilibres physiologique et psychique des employés.À l’occasion du 40e anniversaire de la nationalisation de 1944, parut Gestion et culture d’entreprise: le cheminement d’Hydro-Québec, qui présentait les résultats obtenus et les leçons tirées au cours de ces 12 années d’études2.En 1986, nouveau colloque international aux HEC.Cette fois encore, l’accent était mis sur l’usage des sciences humaines dans la recherche de solutions aux difficultés.Toutefois, en ce qui me concernait, je découvrais que la multiplication de ces éclairages me conduisait à une nouvelle forme d’impasse s’ils n’étaient pas réunis par un fil conducteur et s’ils n’aboutissaient qu’à des réquisitoires contre certaines pratiques de gestion.Le débat épistémologique sur la forme à donner aux théories de gestion tournait en rond et n’intéressait pas les praticiens3.Il fallait donc changer de point de vue.À la suite des travaux de Renée Bédard, qui avait mis au point pour son doctorat un schéma très puissant de compréhension et d’analyse des modes de pensée des dirigeants (encadré), je pris conscience de la nécessité de porter mon regard sur les dirigeants si je voulais intégrer tout ce que j’avais «1 B R E - DÉCEN- 26 ACE CMXCII! fait jusque-là et susciter leur intérêt, leur questionnement4.Second déclic fondateur, celui qui me fit relier cette nécessité de centrer la recherche sur les dirigeants au fait que la société avait déjà elle-même mis les dirigeants au centre du processus économique et social, en faisant d’eux les nouveaux héros de notre temps.Livrés à eux-mêmes, certains dirigeants se sont laissé aller aux pires excès et ont trahi les espoirs qu’on avait mis en eux5.Je devais produire une critique du « managérialisme », montrer que c'est un échec et qu'il porte une lourde responsabilité dans la crise actuelle.De tout temps, il a existé de mauvais chefs.Toutefois, cela restait en général un phénomène relativement circonscrit et marginal.Un des traits qui caractérise l’époque actuelle, c’est la prolifération des dirigeants ayant des comportements que j’appelle «pathologiques» au point que ces derniers en viennent à représenter la normalité statistique.Je voudrais attirer l’attention sur trois types de pathologies qui ont eu tendance à se multiplier à la faveur de l’idéologie du managérialisme.Il s’agit des dirigeants que j’appelle les pseudo-entrepreneurs ou capitalistes financiers, les technocrates fossoyeurs d'institutions et les dirigeants d’opérette aux réputations surfaites.J’attribue une partie de la crise que nous traversons aux effets conjugués des agissements de ces trois groupes.• LE GÉNIE DE LA FINANCE • L’inventivité et le degré de complexité atteints par les outils financiers (reverse take-over, junk bonds et autres leverage buy-outs) ont facilité la prise de contrôle, avec très peu de mise de fonds au départ, d’entreprises solides qui se sont retrouvées entre les mains de gestionnaires ayant pour mobile d’augmenter leur croissance en acquérant des actifs plutôt qu’en développant.Pour pouvoir financer leurs nouveaux achats, ils ont dû réaliser des plus-values en vendant une partie de l’actif acquis.Pendant de nombreuses années, on a vu cette classe de pseudo-entrepreneurs, adeptes du capitalisme financier, se multiplier et tenir le haut du pavé.Ils étaient la coqueluche des médias, courtisés par les pouvoirs publics et offerts trop souvent en exemple dans les programmes des écoles de gestion.Quand les erreurs qu’ils commettent par manque de connaissance du secteur s’ajoutent à l’affaiblissement de l’entreprise provoqué par les saignées dues aux ventes d'actif et aux rationalisations, ils finissent par mettre en péril ou ébranler sérieusement les entreprises achetées.Le réveil a été douloureux.C'est seulement maintenant que l’on commence à se rendre compte, mais un peu tard, de l’ampleur des dégâts et du prix que la société doit payer pour avoir confondu jeux d’écritures comptables et création réelle de richesse.Par exemple, au Québec, dans le commerce alimentaire de détail, les échecs retentissants qui ont suivi la prise de contrôle de chaînes de magasins par des financiers mon- Vv.'v ' ix-uV ’ •1.1 ALAIN, BERNARD ET LAURENT LEMAIRE CASCADES: L'HUMANISME AU QUOTIDIEN L’entreprise de pâtes et papiers Cascades inc., partie de rien en 1963, emploie aujourd'hui 8000 personnes et gère près de 60 usines réparties dans plusieurs pays.Elle constitue certainement une des réussites les plus probantes d’une gestion «à la québécoise», à son meilleur.Les frères Lemaire, qui la dirigent, répètent inlassablement que leur secret réside dans la manière de traiter leur personnel, axée sur la transparence, la franchise, la quasi-absence de hiérarchie; ce qu’ils appellent la «philosophie Cascades».Après plus de 1 50 jours de présence sur le terrain, nous avons constaté qu'il existe dans cette compagnie un haut degré de convivialité, d’engagement, de complicité et de productivité.Ce résultat s’explique par l’absence presque totale de signes manifestes de la rationalité de la gestion classique: pas d’organigramme, presque pas de titres ni de statuts officiels distinctifs; des relations directes et informelles, le droit à l’erreur pour tous; ^ la transparence de toute l’information, y compris les don- I nées financières; l’auto-organisation des équipes de travail, f X un système très généreux de partage des profits et d’usage, JJ à des fins personnelles, des ressources et de l’outillage de | l’entreprise.La leçon de Cascades: l’entreprise d’aujourd’hui ° O ne peut plus se passer de la nécessité d’unir son sort à celui E des travailleurs et travailleuses.Omar Aktouf, professeur aux HEC, membre du groupe Humanisme et gestion.trent de façon éclatante qu'on ne s’improvise pas épicier.Dans ce secteur, comme dans bien d’autres, la marge entre un échec fracassant et une réussite exemplaire est extrêmement faible et dépend beaucoup de la façon dont les responsables connaissent leur métier «sur le bout des doigts».• LA TENTATION DES MATHS • Un autre type de dirigeant se présente en sauveur des entreprises en difficulté.Je veux parler ici de celui que je n’hésite pas à appeler le «technocrate fossoyeur INT&ÇfcACE des traits elle I i f é r a t i o n a n t s a y a n mporteme t h o I o g i q u mmiy .¦ '¦ V’ .t r ‘MF.â£.v Av d’entreprises», qui pousse à l’extrême la démarche technocratique.Face à la réalité qui résiste, l’attitude de ce dirigeant, qui fait actuellement beaucoup de ravages, consiste à considérer que c’est la réalité qui a tort et que, si l’on veut sauver l’entreprise, on doit pousser toujours plus loin les économies d’échelle, la logique de rationalisation des structures et de compression des effectifs.La froide analyse de toutes les données quantitatives, qui remontent jusqu’à lui et qu’il est souvent le seul à intégrer, le place dans une situation de supériorité où il est le seul en mesure de répondre à toutes les objections et d’obliger ceux et celles qui travaillent sous lui à se situer toujours sur son terrain.À partir du système de gestion qu’il a mis en place et de données chiffrées que lui fournissent ses tableaux de bord, il se sent capable de diriger l’entreprise vers la voie du redressement et de réaliser son rêve d’exercer un contrôle intégral.Il éprouve les plus grandes difficultés à aller sur le terrain, à écouter et encore plus à dialoguer avec les personnes qu’il rencontre.À titre d’exemple, je rappellerai les déconvenues de certaines administrations municipales que j’ai étudiées, où un style de gestion abstrait, axé sur le remaniement des organigrammes ainsi que sur la concentration des pouvoirs et des droits de regard, est laissé entre les mains de personnes nullement rompues à l’exercice de fournir des services à la population6.C’est le triomphe de l’administration des choses sur le gouvernement des personnes.De tels gestionnaires soumettent souvent leur personnel à des injonctions contradictoires qui, dans le discours, valorisent l’autonomie et l’initiative alors que dans les faits, ils lui demandent de ne pas s’exprimer, d’obéir aux ordres et aux directives.S’ils se font remarquer par leur rigueur, on vient les chercher pour qu’ils poursuivent ailleurs leur œuvre de démolition systématique.Après leur départ, ceux et celles qui restent découvrent avec consternation les lourdes pertes de savoir-faire et d’originalité.Comme l’a très bien montré Patricia Pitcher7, les technocrates ne supportent pas bien les bâtisseurs.Les pertes de variété dans les talents font que l’entreprise aura de plus en plus de difficulté à résoudre la multiplicité des problèmes qu’elle rencontre (encadré).LES FONDEMENTS PHILOSOPHIQUES DE LA DIRECTION Au terme de 20 ans d’expérience en gestion, avec des dirigeants appartenant à tous les niveaux et provenant d’une très grande variété de secteurs, deux conclusions ressortent de plus en plus clairement des pratiques de direction que j’ai observées: l’existence actuelle dans la société occidentale de trois grandes conceptions de nature très générale que j’appeile des «modes de pensée» (l’esprit de concertation, l’esprit de système et l’esprit scientifique) et le regroupement des préoccupations des dirigeants sous trois grands chapitres ou niveaux qui sont reliés entre eux, mais ne se confondent pas (niveau de l’éthique, niveau de la défense et de la sécurité, niveau de la production des richesses).Ces modes de pensée présentent chacun une configuration propre, et de surcroît très cohérente, où les manières d’être, les modes de connaissance, les valeurs et les savoir-faire sont étroitement reliés entre eux; en découlent des styles et des pratiques de direction, ainsi que des modes d’organisation particuliers.L’utilité de se représenter le travail du dirigeant ou de la dirigeante sous ces différentes formes est de proposer des modes de gestion qui respectent les particularités des différents milieux et niveaux de direction, ainsi que le proposent les modèles de gestion orthodoxes.En plus de faire ressortir quels sont les types de personnes et de comportements adaptés aux U 2 problèmes à résoudre, une retombée importante du schéma § proposé est de permettre au dirigeant de connaître sa propre < structure intellectuelle, de l’aider à composer son équipe en g s'entourant de personnes qui le complètent plutôt que de per- o E sonnes ayant les mêmes caractéristiques que les siennnes.Renée Bédard, professeure à l'École nationale d’administration publique, membre du groupe Humanisme et gestion. ftRECH LA VRAIE VIE DES POLICIERS L'EXCES DE LEGALISME • Autre pathologie «managériale», celle du dirigeant d’opérette à la réputation surfaite.On le retrouve fréquemment dans les organismes gouvernementaux et les entreprises publiques.Il obtient un poste de responsabilité en raison de ses appuis politiques et non de ses compétences.Cette désinvolture dans les nominations permet à beaucoup de licenciés en droit et en sciences politiques de devenir dirigeants dans des secteurs dont ils ne savent pas grand-chose.Cela indique que dans l’esprit de ceux et celles qui ont le pouvoir de nommer, diriger est à la portée de n’importe qui et qu’il n’est pas nécessaire de se former pour diriger.Ce dirigeant ne serait pas dangereux s’il avait l’humilité de reconnaître ses carences et s’il savait s’entourer.J’ai hélas constaté que beaucoup se prennent au jeu, croyant posséder les qualités requises pour relever le défi.Quand le gouvernement changera, on le remplacera par quelqu’un du même acabit.Ainsi se constituera une classe de dirigeants aux C.V.impressionnants, quoique leur réputation soit totalement surfaite.On les retrouvera alors siégeant à des conseils d’administration et on ne s’interrogera jamais sur la nature de leurs réalisations.• ENSEIGNER À DIRIGER La police a toujours vu l’image de sa force se retourner contre elle.Les puissances occultes, qui la font croire presque toujours omniprésente et malicieuse, ont souvent caché à nos yeux la réalité du métier de policier ou de policière.Pendant un an et demi, j’ai pu observer et partager la vie de policiers et de policières de la plupart des spécialités et de tous les échelons hiérarchiques, et il m’est apparu clairement que les dirigeants gagneraient à comprendre et à prendre davantage en compte le contenu symbolique très riche associé aux activités des policiers sur le terrain.En effet, le modèle de gestion par objectifs adopté par les administrations policières vers les années 1 972-1 973, ne permet pas toujours aux supérieurs (commandants, etc.) de percevoir le sens et la teneur des interventions menées par les policiers patrouilleurs et enquêteurs.Par exemple, le travail d’un patrouilleur ne se limite pas à une série d’interventions ponctuelles et quantifiables comme émettre des contraventions ou effectuer des arrestations.Son action revêt également une dimension symbolique.Sa présence vise à rappeler l’existence de la loi et à faire respecter l’ordre public.De plus, un bon patrouilleur se doit de «patrouiller» son territoire avec l’idée de mieux le connaître et d’y mieux intervenir.Or, comme il est évalué par ses supérieurs selon des actions quantifiables et des objectifs chiffrés, il a plus intérêt à se tenir à des endroits précis, là où il y a le plus d’infractions (près des «arrêts», des feux, etc.).Résultat: il ne patrouille plus, histoire de faire son quota.De plus, une partie du travail du patrouilleur est invisible (ensemble des petits services qu’il rend à la population comme se stationner derrière une auto en panne sur un pont pour éviter un accident) et n’est donc pas perçue par ses supérieurs.Une telle absence de communication et de compréhension peut entraîner une baisse de rendement et obliger à un contrôle plus serré du travail, avec pour résultat une augmentation des coûts et des ressources.Jean-Noël Tremblay, professeur à l’École nationale d'administration publique, membre du groupe Humanisme et gestion.J’ai pu constater, depuis quelque 25 ans d’enseignement de la gestion, à quel point domine dans la formation universitaire une épistémologie scientifique, cela aux dépens d’une vision interprétative où ce qui serait cherché serait le sens, la signification de l’agir.Les écoles de gestion auraient pu harmoniser ces deux courants en embauchant des professeurs appartenant aux deux tendances.Ce qui triomphe, c’est le modèle scientifique emprunté à la physique newtonienne.Or je suis loin d’être sûr que ce dernier convienne à des matières comme la gestion du personnel, le marketing, le management et la comptabilité.Le rationalisme mécaniste ne se prête guère à l’interprétation des pathologies.Cette «scientifisation» de l’enseignement et de la formation conduit à la prolifération des thèses de MBA sur des sujets hyperspécialisés, des recherches sur des thèmes très pointus et la multiplication des disciplines.Un éclatement NOVEMBRE•DÉCEMBRE 29 M C M XCI I PHOTO:SPCUM fiRECH d’ailleurs ratifié par la pléthore de revues savantes chargées d'absorber la prolifération d’articles.La discussion sur les méthodes a fini par prendre le pas sur le sens, sur la nécessité des connaissances produites, sur leurs effets sur la théorie et la pratique.Bon nombre de ces thèses et de ces articles présentent le même intérêt que les discussions sur le sexe des anges à l’époque où la scolastique de la fin du Moyen Âge s’essoufflait en commentaires sur le commentateur d’Aristote! La multiplication de textes inutiles, creux et pontifiants est un effet pervers du managérialisme.Comme l’a très bien montré Richard Déry, si on retirait des articles savants la revue de littérature, la litanie des auteurs cités, les néologismes qui ne sont que des barbarismes, les coups de chapeau aux collègues et aux organismes subventionnaires, la kyrielle des auto-citations destinées à épater les lecteurs, il ne resterait souvent pas autre chose que quelques arguments d’autorité laborieusement rédigés au lieu d’une discussion réelle et capable d’aller au fond des choses89.«Il est indispen LE CROUPE HUMANISME ET CESTION • À la suite de ce diagnostic, j’ai pris l’initiative de créer en 1990 le groupe Humanisme et gestion.J’ai souhaité institutionnaliser dans le domaine de la gestion des pratiques qui auraient pour commun dénominateur des préoccupations humanistes et qui veulent faire contrepoids à l’hégémonie des seules valeurs économiques.Le groupe est fondé sur le constat qu’aujourd’hui, dans les écoles de gestion et dans les entreprises, les activités qui relèvent de la bonne administration des choses ont atteint un degré élevé de «sophistication».Il faut cependant admettre que toutes les activités qui ont trait au gouvernement des personnes sont loin d’être aussi avancées, d’avoir acquis la légitimité qu’elles méritent et d’occuper la place qui devrait leur revenir.Ainsi l’heureux mariage qui devrait exister entre ces deux perspectives reste-t-il à inventer (encadré).Ce parti-pris favorable à l’égard des choses e réhabiliter le point de vue du suj cy , c'est-à-dire la contribution essentielle ans sa vie.» Quand de tels textes sont distribués pour discussion dans les séminaires de deuxième et de troisième cycles, on a l’impression de se retrouver dans l’univers des Femmes savantes ou des Précieuses ridicules de Molière.J’attends avec impatience l’écrivain de génie qui saura décrire, comme Balzac a su si bien le faire, les mœurs des professeurs qui pontifient et des gestionnaires qui tiennent notre sort entre leurs mains.Les errements de ces praticiens et de ces théoriciens pourraient porter à rire si les effets de leurs actions ne nous avaient pas conduits aux résultats désastreux qu’on connaît aujourd’hui.Paradoxalement, ce désastre a le mérite de dévoiler les effets des comportements pathologiques des gestionnaires et des professeurs obnubilés par le managérialisme et le scientisme.Ils se sont trompés, ils nous ont trompés avec leurs vérités absolues.Le capitalisme financier poussé à l’extrême appauvrit la société, la richesse matérielle ne pouvant se développer que s’il existe un capitalisme industriel et commercial pour la produire, et des normes morales très strictes pour l’encadrer.La fuite en avant dans la technologie pour faire des gains sur le coût de la main-d’œuvre peut déboucher sur des pertes d’emplois et même sur une baisse sensible de la qualité des services.On voit mieux aussi comment un libre-échange total, où la seule préoccupation est de maximiser la seule rentabilité financière, est susceptible d’entraîner à long terme une forme de délocalisation généralisée de l’activité industrielle, aux conséquences incalculables.au détriment des personnes a pour conséquence de réduire l’être humain à l’état de rouage ou encore à celui de ressource, et de négliger le sens que les travailleurs, qu’ils soient dirigeants ou simples employés, doivent donner au métier qu’ils exercent.Une telle myopie conduit à des souffrances difficilement justifiables dans les milieux de travail, souffrances qui se traduisent par d’énormes gaspillages économiques contraires à l’objectif initialement recherché10'11.Pour contrer cela, j’estime indispensable de réhabiliter le point de vue du sujet, c'est-à-dire la contribution essentielle du travail dans la construction de son identité et de sa vie affective.L’épistémologie du gouvernement des personnes pratiquée par notre groupe vise à donner au dirigeant et à la dirigeante les moyens de développer dans chaque situation une compréhension très fine du contexte dans lequel ils se trouvent, ainsi que des traits uniques des personnes avec lesquelles ils doivent entrer en relation.Une telle attitude demande que nous luttions contre le courant qui nous pousse vers une formalisation et une abstraction toujours plus grandes comme on peut l’observer tant dans les pratiques de gestion que dans les programmes d’enseignement.Il serait éminemment contradictoire que nous adoptions nous-mêmes, dans nos délibérations, un style froid et guindé, celui-là même qui nous agace quand ce sont les partisans du scientisme ou du managérialisme qui le pratiquent.Remettre la question de valeurs au centre des pro- 30pac -sraBJtCij sf/jy* .3» ¦-je SjS* wmm NOVEMBRE - DÉCEMBRE 3 IF AC blêmes de gestion oblige à abandonner au sein du groupe des attitudes trop formelles qui évacueraient les discussions directes, franches et amicales entre les membres.Nous privilégions la clarté, la simplicité, la concision.Les membres du groupe Humanisme et gestion n’entretiennent aucune illusion excessive sur leurs possibilités réelles de changer la société.L’humanisme n’est pas la prochaine idéologie prophétique.Nous cherchons seulement à nous regrouper avec d’autres personnes dans l’espoir de faire avancer nos milieux respectifs et immédiats.Voulant travailler en accord avec certaines valeurs et exercer les responsabilités liées à nos fonctions sociales, nous prenons position sur des dossiers précis qui touchent de près ou de loin à l’avenir de nos sociétés.Ne nous étonnons pas de ce que la visibilité de notre groupe ne soit pas encore ce que nous souhaitons.Sa création est récente et il n’a pas atteint son rythme de croisière.Avec des membres disséminés du Québec en Afrique du Nord, d’Amérique latine en Europe, Humanisme et gestion prend sa force dans la qualité de sa composition et l'originalité de son fonctionnement, étant un bel exemple de ce que les Anglo-Saxons appellent un «collège invisible».Je lui souhaite, naturellement, une visibilité de plus en plus grande.RÉFÉRENCES 1.AKTOUF, O.et CHRÉTIEN, M.«Le cas Cascades: comment se crée une culture d’entreprise», Revue française de gestion, n° 65-66, novembre-décembre 1987, p.156-166.2.CHANLAT, A.Gestion et culture d’entreprise : le cheminement d'Hydro-Québec, Montréal, Québec/Amérique, 1984.3.CHANLAT, A.La rupture entre l'entreprise et les hommes.Le point de vue des sciences de la vie, Montréal, Québec/Amérique et Paris, les Éditions d'Organisation, 1985.4.BÉDARD, R.et CHANLAT, A.«Être patron aujourd’hui», Revue Notre-Dame, n° 6, juin 1993, p.1-13.5.CHANLAT, A.L’Occident malade de ses dirigeants, lettre à Richard Déry, École des Hautes Études Commerciales, juin 1993.6.CHANLAT, A.L’administration municipale à la croisée des chemins, Centre d’études en administration internationale, École des Hautes Études Commerciales, septembre 1992.7.PITCHER, R «L’Article, l’artisan et le technocrate», Revue Gestion, mai 1993, p.23-29.8.DÉRY, R.«Enjeux et controverses épistémologiques dans le champ des sciences de l'administration», Revue canadienne des sciences de l’administration, vol.1, 1992, p.1-12.9.DÉRY, R.«La multidisciplinarité des sciences de l’organisation», dans L’organisation, un objet multidisciplinaire, compte rendu du 12' Congrès international de sociologie, ISA, Madrid, 9 au 13 juillet 1990.10.CHANLAT, J.-F.L'individu dans l’organisation, les dimensions oubliées, Québec/Amérique et Les Presses de l’Université Laval, Québec/ESKA, 842 pages.11 .AKTOUF, O.Le management entre tradition et renouvellement, Gaëtan Morin éditeur, 1989.HUMANISME ET ÉCOLOGISME: LA NOUVELLE ALLIANCE Science des relations entre les êtres vivants et leur milieu, l’écologie tend à considérer l’humain comme une espèce souvent parasitaire et non comme un individu doué d’intelligence, de créativité et de sensibilité.Dans les entreprises, cette réification de l'humain par le paradigme écologique s’exprime par la domination d’une épistémologie positive qui privilégie des solutions techniques (stations d’épuration, technologies vertes, etc.) plutôt que des solutions humaines (formation, sensibilisation, participation du personnel).Les résultats des recherches que j’ai effectuées jusqu’à présent, entre autres à la raffinerie Shell de Montréal, indiquent que les responsables environnementaux des entreprises (chimistes ou ingénieurs de formation) prennent peu à peu conscience de la nécessité de faire intervenir l’ensemble des individus pour développer des actions écologiques profondes et à long terme.À titre d’exemple, un programme d’information a permis à la raffinerie Shell, il y a cinq ans, de rétablir une situation problématique à sa station d’épuration.En effet, après la construction de cette station, les employés étaient encore peu soucieux des rejets de l’usine, le nouvelle installation étant là pour s’en occuper.Or, la station ne pouvant tout traiter, les objectifs de réduction de la pollution n’étaient pas rencontrés.Heureusement, l’information auprès des employés et la concertation avec ceux-ci a pu corriger la situation.On découvre que la créativité et l’intelligence de l’être humain apparaissent comme les seules ressources inépuisables de l’entreprise.Ce nouvel humanisme dans la gestion des problèmes écologiques x arrivera peut-être à réconcilier l’humain et l’entreprise, dans une ° O vocation commune pour la protection de l’environnement.£ Olivier Boirai, étudiant au doctorat à l’École des Hautes Études Commerciales, membre du groupe Humanisme et gestion. ILLUSTRATION: JACQUES COLDSTYN AT IONS O
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