Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (2)

Références

Interface : la revue de l'ACFAS, 1994-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
- ¦ 1 9 9 4 5,5 0 $ VOLUME QUINZE • NUMERO TROIS • MAI-JUIN -J' r * ,• i.v-.'J' ' 55 » f ' >'¦*?¦ Association canadienne-française pour l'avancement des sciences adresse de retour: 425, rue De La Gauchetière Est, Montréal (Québec) H2L 2M7 Envoi de publication - Enregistrement n° 6489 0 IUU lu C.UUJ i s 01001026651803 La Faculté des études supérieures Importance 10 837 étudiants ?la plus importante au Canada ?décerne environ 275 doctorats et 2 100 maîtrises, certificats et diplômes d’études supérieures spécialisées chaque année.Un corps professoral de grande qualité A obtenu plus de 238 millions de dollars en subventions de recherche en 1992-1993 ?s’est mérité au cours de la dernière année de nombreux prix nationaux et internationaux.Politique de financement À même les subventions de recherche des professeurs ?charges de cours et assistanats d’enseignement ou de recherche pour les meilleurs étudiants ?l’Université consacre 2,6 millions de dollars en aide directe sous forme de bourses d’excellence ?ses étudiants se sont mérité plus de 12 millions de dollars en 1992-1993 auprès des grands organismes subventionnaires.Une Faculté dynamique Création de nouveaux programmes multidisciplinaires et de modèles d’encadrement des étudiants ?maintien de standard de qualité de niveau international ?réduction de la durée des études.Maîtrise des langages de base Effort particulier pour que les étudiants maîtrisent : français, anglais, informatique, méthodes quantitatives.La Faculté des études supérieures propose ?50 certificats et diplômes d’études supérieures ?116 programmes de maîtrise ?75 programmes de doctorat et un programme d’études postdoctorales dans les secteurs des sciences fondamentales et appliquées, des sciences humaines et sociales, et des sciences de la santé.Demandes d’information pour l’Université de Montréal Bureau des admissions Université de Montréal C.P.6205, suce.Centre-ville Montréal (Québec) Canada, H3C 3T5 Tél.: (514) 343-6426 pour l’École Polytechnique Bureau du registraire École Polytechnique de Montréal C.P.6079, suce.Centre-ville Montréal (Québec) Canada, H3C 3A7 Tél.: (514) 340-4713 pour l’École des Hautes Études Commerciales École des Hautes Études Commerciales 5255, avenue Decelles Montréal (Québec) Canada, H3T 1V6 Tél.: (514) 340-6151 Université de Montréal 2 5 ANS UQAM Université du Quebec a Montréal A L'OCCASION DE SON 25! ANNIVERSAIRE, L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL EST HEUREUSE D'ACCUEILLIR LES PARTICIPANTS AU 62! CONGRÈS Dt l’ACFAS ET LEUR SOUHAITE LA BIENVENUE.Dès sa fondation, l'UQAM s'est donné comme rôle de développer la recherche et la création.Au cours des années, elle a ainsi mis sur pied plusieurs groupes de recherche de pointe, dont les centres et laboratoires suivants: ATO (Centre d'analyse de textes par ordinateur) CINBIOSE (Centre d'étude des interactions biologiques entre la santé et l'environnement) GRADE (Centre interdisciplinaire de recherche sur l'apprentissage et le développement en éducation) CIRST (Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie) CREFE (Centre de recherche sur l'emploi et les fluctuations économiques) GRID (Groupe de recherche informatique et droit) GEOTOP (Centre de recherche en géochimie isotopique et en géochronologie) GREF (Groupe de recherche en écologie forestière) LACIM (Laboratoire de combinatoire et d'informatique mathématique) LNC (Laboratoire de neuroscience de la cognition) LAREHS (Laboratoire de recherche en écologie humaine et sociale) TOXEN (Laboratoire de recherche en toxicologie de l'environnement) Plus que jamais, l'UQAM veut répondre aux besoins de la société québécoise en développant des programmes d'études avancées et des champs de recherche originaux et novateurs. AVENIR NOUS TRANSPORTE À l’aube du prochain millénaire, les impératifs économiques, sociaux et politiques convergent tous vers un même point : un développement durable et responsable.Les instances gouvernementales exigent désormais des fabricants automobiles des produits moins lourds et, surtout, moins lourds de conséquences.Léger, durable, recyclable et résistant à la corrosion, l’aluminium peut être utilisé efficacement tant dans la structure que dans les panneaux extérieurs des véhicules.Deux fois plus léger que l’acier, il permet aussi aux fabricants de construire des automobiles qui consomment moins d’essence et émettent moins de gaz d’échappement.Aujourd’hui, tous les fabricants automobiles reconnaissent les avantages de l’aluminium.Alcan a d’ailleurs établi trois centres de génie appliqué pour l’industrie de l’automobile en Europe, aux États-Unis et au Japon qui, de pair avec les constructeurs, se sont consacrés aux applications de l’aluminium dans le secteur du transport de même qu’au développement de véhicules entièrement recyclables.Pour Alcan, cette façon de faire trace la voie du développement durable.C’est aussi le signe manifeste du bon sens en affaires.ALCAN ALCAN VOLUME 8 COURRIER 11 COMMENTAIRE LES TRIBULATIONS ADMINISTRATIVES D’UN UNIVERSITAIRE À L’UNIVERSITÉ Daniel Latouche 78 SCIENCEMOMDE PLANTATIONS DE CAJOU AU VIETNAM: APRÈS LA NOIX, LE JUS?Bruno Dubuc CHRONIQUES 76 TRANSFERTS 80 SCIENCE-INTER 83 CHERCHEURS RECHERCHÉS 85 SOURCES 88 À SUIVRE QUINZE • NUMÉRO TROIS • MAI-J SOMMAIRE FACE À FACE 14 dit le samouraï Jacques Keable De l’expérience scientifique à l’expérience esthétique, du laboratoire au jardin zen, il n’y a aucun fossé pour Richard Béliveau, mais une seule et même quête d’harmonie.RECHERCHE 22 Enquête sur un désastre Louis Fortier Un regard à la fois scientifique, politique et historique sur un désastre: l’effondrement des stocks de morue.Que s’est-il donc passé?42 De la réalité aux modèles Louis Phaneuf Comment reproduire la réalité complexe et fluctuante des cycles économiques?Une nouvelle approche propose de faire intervenir les choix économiques des individus dans les modèles.# ENJEUX 52 54 Vers une Michel Serres 56 Recherche, 'J .: du choc et de la divergence des idées Sophie Malavoy 57 De Berlin à Berkeley: ' ' sa place à [ université Marie Chalouh IN 19 9 4 SCIENCECLIPS 62 DES DINOSAURES MORTS DE FAIM?64 UN ANTIBIOTIQUE POUR LES ORMES 65 SOCIOBIOLOGIE DU DONJUANISME 66 DES FOSSILES QUÉBÉCOIS DE 2,7 MILLIARDS D’ANNÉES 70 LE SECRET DE LA MITOCHONDRIE 71 LE DÉCLIN DE L’ANGUILLE: LE CHANT DU CYGNE DES GRANDS LACS IGOR MEL’CUK, LE MENDELEÏV DE LA LINGUISTIQUE 74 L’USINE QUI LAVE SES EFFLUENTS SALES.EN FAMILLE 7750216^2^6681 09381985 ^ I Robotique-télécommunications observation de la Terre-sciences et technologies spatiales-autant de créneaux où excellent l’industrie et la communauté scientifique du Canada.Par son action dans le domaine de la coopération internationale, l’Agence spatiale canadienne stimule la mise en oeuvre de partenariats prometteurs dans ces secteurs de pointe.Canada Agence spatiale Canadian canadienne Space Agency I CANADA PRIME MINISTER -PREMIER MINISTRE Je salue avec grand plaisir tous les délégués réunis à l'occasion du 62e congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences.Cette réunion à laquelle participe des représentants de la communauté scientifique de langue française provenant des quatre coins du pays met en évidence la qualité de la recherche fondamentale et appliquée menée dans plusieurs domaines porteurs des sciences et des technologies.En poursuivant sa mission de diffusion de l'information scientifique, l'ACFAS aide non seulement les scientifiques à étendre leurs horizons, elle contribue également à l'évolution des mentalités dans notre société de plus en plus axée sur le savoir.Je vous souhaite un congrès des plus enrichissants et vous offre mes meilleurs voeux de succès pour l'avenir.OTTAWA 1994 UNE DENT CONTRE LE MERCURE CONSEIL D'ADMINISTRATION 1993-1994 ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES André Boudreau(ler vice-président), langue et linguistique, Université Laval Paul Brazeau (2e vice-président), neuroendocrinologie, Hôpital Notre-Dame Pierre J.Carreau, génie chimique, Centre de recherche appliquée sur les polymères, École polytechnique Jean Doucet, chimie physique, Centre de recherche et de développement Arvida, Alcan International Ltée Colette Dubuisson, linguistique, Université du Québec à Montréal J.André Fortin, biologie, institut de recherche en biologie végétale, Université de Montréal Nicole Gallo-Payet, médecine, Service d’endocrinologie, Faculté de médecine, Université de Sherbrooke Pierre Gaudet, étudiant, fabrication aérospatiale, École polytechnique Catherine Graham, étudiante, littérature dramatique et théâtre, Université McGill Gilles Jean, énergie, CANMET - LRDE, Énergie, Mines et Ressources Canada François Labrousse, gestion et informatique, Le Groupe C.G.I., Sillery Jean Lafontant, sociologie, Collège universitaire de Saint-Boniface Maryse Lassonde (présidente désignée), neuropsychologie, Université de Montréal Normand Luc Marceau, biologie cellulaire et moléculaire, Centre de recherche, Hôtel-Dieu de Québec Raymond N.Morris, sociologie, Université York, Collège universitaire Glendon, Toronto Bernard Motulsky, affaires publiques, Bourse de Montréal Henri Navert (président sortant), médecine, Phoenix Internationale/Sciences de la vie, Montréal Ginette Ouellette, mathématiques, Collège de Maisonneuve Chantal Saint-Pierre, sciences infirmières, Université du Québec à Hull Jennifer Stoddart, droit civil, Direction des enquêtes, Commission des droits de la personne du Québec Guy Villeneuve (trésorier), administration, Université du Québec à Montréal Francis Weil, physique et mathématiques, Université de Moncton L’article sur le mercure dans votre numéro de mars-avril me rappelle une autre possibilité d’intoxication par ce métal.On a publié assez d’articles à ce sujet dans les médias populaires pour que le profane soit alerté du danger.Mais il doit se fier aux autorités pour se protéger, ce métal étant, comme vous le signalez, assez difficile à détecter.Confiance souvent injustifiée, comme le démontre cet article paru dans Interface au début de l’année 1992 à propos de l’utilisation d’un amalgame de mercure pour obturer les cavités dans les dents.On ignore le danger que comporte la présence dans la bouche de plusieurs grammes de ce métal redoutable, tout en se faisant souvent rappeler le risque de consommer du poisson d’eau douce qui pourrait en contenir quelques parties par million.Lorsque j’ai soulevé la question de l’utilisation de tels amalgames en dentisterie au ministère de la Santé, on m’a répliqué qu’on n’avait pas prouvé la toxicité de ce produit, qu’on utilise depuis des siècles comme si de rien n’était.Sachant que le mercure se vaporise à la température ambiante, et que les plus faibles traces de ce métal affectent les reins et le cerveau, qui peut me prouver que l’amalgame que j’ai dans les dents ne me détériore pas lentement?On dit que faire enlever les amalgames comporte encore plus de risques et qu’il faut prendre des précautions extraordinaires pendant cette opération.Ce métal est tellement dangereux que les dentistes n’osent plus le manipuler que par instruments interposés.On ne se soucie pas du patient ou de la patiente qui portera du mercure dans la bouche pendant le restant de ses jours.Quand va-t-on bannir l’utilisation du mercure en dentisterie?LOUIS DE KINDER Germain Godbout (secrétaire), chimie, directeur général, Acfas Jean-Marie Demers (archiviste), biologie, professeur retraité, Département des sciences biologiques, Université de Montréal INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBLIÉE À L’INTENTION DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L’INDUSTRIE, DU COMMERCE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE, DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA, DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES ET DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GÉNIE.DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ACFAS: GERMAIN GODBOUT SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JOCELYNE THIBAULT COMITÉ DE RÉDACTION: PATRICK BEAUDIN, THÉRÈSE BOUFFARD-BOUCHARD, MONA NEMER, DENISE PELLETIER, CARY SLATER, YANICK VILLEDIEU RÉVISION LINGUISTIQUE: HÉLÈNE LARUE DIRECTION ARTISTIQUE: LORTI/MOUSSEAU ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE: GENEVIÈVE CÔTÉ PUBLICITÉ: PIERETTE LEFRANÇOIS TÉL.: (514) 466-3095 TÉLÉC.: (514) 466-0952 REPROGRAPHIE: PHOTO-SYNTHÈSE IMPRESSION: IMPRIMERIE QUEBECOR SAINT-JEAN LES ARTICLES D’INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À L’ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÈRE EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7.TÉL.: (514) 849-0045, TÉLÉC.: (514) 849-5558.LA REVUE INTERFACE EST RÉPERTORIÉE DANS POINT DE REPÈRE ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489 MAI 1994, DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, DEUXIÈME TRIMESTRE 1994 ISSN 0826-4864 INTERFACE Québec MESSAGE DU PREMIER MINISTRE Au nom du gouvernement du Québec, je suis heureux de souligner la tenue du soixante-deuxième Congrès de l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences.À lui seul, le nom de cet événement se veut porteur d'espoir et illustre un objectif fondamental dans l'édification de notre société.Par l'influence déterminante qu'il occupe dans notre vie quotidienne, le progrès scientifique constitue le fruit d'efforts considérables qui donnent à l'étude et la recherche leur sens le plus élevé.Aussi, il m'est agréable de mettre en relief la contribution qu'apportent à cet égard ceux et celles que réunit un tel forum.A tous les délégués, je souhaite que ce rassemblement d'envergure s'inscrive dans la fructueuse continuité qui en assure chaque année la pertinence et le grand intérêt.Daniel JoMnson Québec 1994 Ecole des Hautes Études Commerciales Affiliée à l'Université de Montréal flflfE niLE F Visions nouvelles Le changement est désormais une donnée incontournable de notre environnement.S'il faut le gérer, il importe aussi de l'étudier afin d'en dégager les grandes tendances et d'en saisir les implications.Mouvance des marchés, dimensions humaines et mutations dans l'organisation, gestion de la technologie, rendement sous toutes ses formes et mondialisation des marchés sont autant de sujets traités par les professeurs et les chercheurs de l'École des HEC.Cette nécessité d'élaborer des visions nouvelles, ils y font face en adoptant une attitude proactive envers le changement, de façon à contribuer à l'accroissement des connaissances et à l'amélioration des pratiques de gestion.La recherche à l’École des HEC: ¦ la Chaire de commerce Orner DeSerres ¦ la Chaire de gestion des arts ¦ la Chaire d'entrepreneurship Maclean Hunter ¦ la Chaire de sciences comptables ¦ le Centre de gestion des coopératives ¦ le Centre de recherche sur les transports51' ¦ le Centre d'études en administration internationale ¦ le Centre d'études en qualité totale ¦ le Groupe contrôle de gestion ¦ le Groupe de recherche en finance ¦ le Groupe de recherche en image et animation par ordinateur MIRAlab ¦ le Groupe de recherche en systèmes d'information ¦ le Groupe de recherche et d'enseignement en marketing ¦ le Groupe de recherche sur les entreprises familiales ¦ le Groupe d'études et de recherche en analyse des décisions** ¦ le Groupe d'études et de recherche sur le management et l'écologie ¦ le Groupe Femmes, Gestion et Entreprises Demandez notre brochure sur la recherche: _ i u • , .• Direction de la recherche ¦ le Groupe humanisme et gestion * , , T T ^ ^ r ° Ecole des Hautes Etudes Commerciales * centre conjoint: Université de Montréal, École Polytechnique, 5255, avenue Decelles École des HEC Montréal (Québec) ** centre conjoint: École des HEC, École Polytechnique, H3T 1V6 Faculté d'administration de l'Université McGill Tél.: (514) 340-6256 L'esprit d'entreprise COMMENTAIRE Les tribulations administratives d’un universitaire à l’université PAR DANIEL LATOUCHE En l’espace de quelques jours, au début du mois d’avril, le petit monde de la recherche universitaire québécoise a été traversé — transpercé, devrait-on dire — par trois affaires: l’affaire Poisson, l’affaire Cloutier et l’affaire Gagné.La première concerne la falsification d’un protocole de recherche par un médecin de l’hôpital Saint-Luc, la deuxième les conditions financières de départ fort généreuses dont a bénéficié l’ex-recteur de l’Université de Montréal et la troisième, un abri fiscal de quelque 20 millions de dollars élaboré par Monsieur Paul Gagné et dont il aurait été par la suite évincé.Toutes ces affaires n’ont pas la même importance et au moins l’une d’entre elles — celle des émoluments des recteurs et des cadres de l’Université de Montréal — est certes financière, mais ne touche qu’indirectement la recherche scientifique et universitaire.On ne peut cependant s’empêcher de penser — surtout si notre perspective est celle de ceux qui manipulent les microscopes, qui mesurent les temps de réaction ou qui élaborent des cadres théoriques — que tout cela est intimement relié.Vu d’en haut, je ne doute pas qu’il s’agisse d’éléments isolés et qui n’ont « rien à voir ».Mais vu d’en bas — ce qui est la seule perspective que je connaisse —, tout cela fait partie de la même «problématique», du même «paradigme» pour parler savant.Ces «affaires» font ressortir, avec plus d’acuité qu’aucun rapport ne pourrait jamais le faire, certains points de tension qui risquent bientôt d’éclater.L’univers de la recherche universitaire est plus divisé que jamais.Par exemple, un fossé sépare ceux qui ont accès aux millions des abris fiscaux de ceux qui doivent encore se contenter de subventions ou qui, pire encore, n’ont pas besoin, ou du moins ne devraient pas avoir besoin de subventions extérieures pour pousser leur réflexion.Cela pose évidemment la question de savoir si tous les professeurs universitaires doivent effectivement «faire» de la recherche.Et s’il y avait trop de recherche universitaire actuellement?Les universités sont ruinées et elles le seront encore plus d’ici quelques années.On ne doit donc pas se surprendre si elles sont prêtes à tout pour arrondir leurs fins de mois.Je n’aimerais pas être vice-recteur aux finances par les temps qui courent.Les abris fiscaux ne sont à ce sujet que la partie émergée de l’iceberg.Et l’on sait que c’est celle qui demeure sous l’eau qui fait le plus mal.À l’intérieur de nos universités, on sent un déplacement du pouvoir en faveur de ceux qui gèrent, de près ou de loin, l’une ou l’autre des nombreuses composantes de la recherche.À l’extérieur de l’université, on voit apparaître une multitude de programmes d’appui à la recherche, pas tous pertinents mais qui tous insistent pour rendre la recherche universitaire plus efficace.On veut des retombées à tout prix, des partenariats, des réseaux, des ententes.Une véritable maladie.On passe maintenant sa vie à faire des demandes, à évaluer celles des autres et à rédiger des rapports d’étape.Pourquoi ai-je donc l’impression que personne «en haut» n’a la moindre idée de ce qu’est devenue la vie du chercheur moyen?Il y a quelque temps, je suis en train de réfléchir à ces questions et aux «affaires», quand je reçois de l’administration de mon université un document en 12 pages et deux annexes concernant «la politique des frais de déplacement, de séjour et de représentation pour le Québec, le Canada (excluant Québec et Ottawa), les États-Unis et autres pays».Douze pages, il faut le faire! Et encore, le document n’aborde même pas l’épineuse question du remboursement de la TPS et de la TVQ.Je m’attends à un autre 10 pages pour bientôt.DANIEL LATOUCHE EST CHERCHEUR À L'INRS-URBANISATION.IL COLLABORE RÉGULIÈREMENT AU JOURNAL LE DEVOIR.MAI - JUIN INTERFACE c m x i Heureusement, mon courrier cette journée-là m’annonce aussi l’établissement d’un nouveau programme de coopération universitaire en science et technologie avec les États-Unis.L’affaire se présente plutôt bien.Une jolie brochure, remplie de drapeaux et de mains tendues.Et puis, qui n’a pas rêvé de collaborer avec des Américains?Les doutes commencent quand je découvre que le programme est administré conjointement par la Direction de la coopération de la Direction générale des affaires universitaires et scientifiques du ministère de l’Éducation et la Direction des États-Unis du ministère des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles.Que de monde, que de directions.Sommes-nous effectivement aussi perdus dans le décor pour avoir tant besoin de direction?Mais c’est vrai qu’ayant été absent du Québec pendant quelques semaines, j’ai manqué le dernier épisode de la valse des ministères.Où est donc passé l’Enseignement supérieur?Qu’est-il arrivé de la Science?La Direction des États-Unis s’occupe-t-elle de la communauté culturelle américaine installée au Québec?Ce n’est pas tout de faire de la recherche, il faut se tenir à jour: changements de politique, d’organigrammes et de nomenclatures d’une bonne demi-douzaine de ministères, sans compter les organismes.Chaque semaine, je découvre de nouveaux acronymes.Je tique ensuite quelque peu sur la terminologie.Voyez-vous, je suis de la vieille école où l’on se contentait de demander soit une subvention, soit un renouvellement.Maintenant, il faut d'abord faire une «demande d’accès au programme», ensuite une «demande de projet» et éventuellement une «demande de renouvellement du soutien au projet».Je constate ensuite que le formulaire du programme de coopération est de l’école CEAFV, c’est-à-dire «Combien-d’étudiants-allez-vous-faire-vivre?».C’est à peine si on s’intéresse à ma petite personne et à mes réalisations; par contre, on veut tout savoir sur le nombre d’étudiants, de diplômés et de post-doc que j’entretiens.Je suis devenu un conseiller en c.v.pour étudiants.On veut ensuite que je dresse la liste de mes publications des cinq dernières années.On me permet même d’y consacrer trois pages entières.En cinq ans, je n’ai publié que quatre livres et vingt-deux articles.Cela ne va prendre qu’une demi-page.De quoi vais-je avoir l'air?Je suppose que je pourrai toujours faire un peu de remplissage avec mes articles dans Le Devoir et mes nombreux «services à la collectivité».J’aurais dû écouter mon directeur qui, depuis trois ans, insiste pour que j’inscrive dans le GFR, le Grand Fichier de nos Réalisations, la moindre entrevue que je donne à Radio-Canada, le moindre article publié dans un Prie-avec-l’Église local et la moindre rencontre avec un groupe de stagiaires de Bamako en cavale à Montréal.Bon, je passe maintenant au projet comme tel.On me demande de le décrire dans ses «éléments essentiels» (en prenant soin de préciser qu’il est «à l’avantage des requérants que le texte soit intelligible pour les non-initiés»).Est-ce une référence au jury qui va évaluer mon projet?Cela promet! Ils veulent aussi que je «précise le champ d’application industrielle du projet de recherche et le potentiel de retombées socio-économiques ainsi que les délais raisonnables prévus pour que ces retombées se manifestent pour le Québec ».Je sens que je n’y arriverai pas.Rien de moins, et en cinq lignes.Je résiste fortement à l’envie d’écrire «Diminution de 1,34 p.cent du taux annuel d’augmentation du chômage».Si jamais j’apprends que c’est un de mes anciens étudiants qui a rédigé ce formulaire, je démissionne.Pire en core, je demande mon affectation à la Direction de la coopération de la Direction générale.Cette fois, je dois répondre à une page et demie de questions sur la coopération comme telle: «Quelle est la contribution spécifique attendue de l’équipe québécoise?», «Justifier mon choix de l’équipe partenaire américaine» et — celle que je préfère — «Énoncer le critère qui permettra de dire que la coopération avec le partenaire américain aura été un succès», etc.Ils veulent maintenant que je leur parle de mon équipe.Je dois d’abord indiquer le nom des membres.Rien de plus normal.Ensuite, je dois préciser le rôle particulier de chaque étudiant-chercheur.Une bouffée de nostalgie m’envahit.C’est fou ce que moi aussi j’aurais aimé être étudiant-chercheur dans mon temps, et non pas simplement graduate student parmi des milliers d’autres.En core un progrès qui est survenu trop tard pour que j’en profite.Les assignations particulières! C’est toujours la question que je redoute le plus.Comment faire pour déter miner dix mois à l’avance ce que chaque étudiant — oh pardon: chaque étudiant-chercheur — va faire.Habituelle ment, je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire la semaine prochaine et eux de ce qu’ils vont rédiger comme thèse de doctorat.Rien ne me culpabilise davantage que cette nouvelle tendance où l’on exige des chercheurs qu’ils aient trouvé avant d’avoir cherché et des étudiants que leur thèse soit complétée avant de l’avoir commencée.Au point 4.1.2, je dois maintenant entretenir la Direction de la «reconnaissance de l’équipe et de ses membres par les grands organismes subventionnaires au cours des cinq dernières années».Heureusement, ils n’ont prévu qu’une demi-page à cet effet.Je vais m’en tirer.En 4.1.3, je dois leur parler des «autres types de reconnaissance (prix, décoration, etc.)».C’est le etcétéra qui m’inquiète.En 4.1.4, on revient à la charge avec les publications de l’équipe.Cela commence drôlement à ressembler à une INTEKÏACE formule d’inscription pour les cours de préparation au mariage.Cette fois, ils exagèrent: en 4.1.5, ils veulent que je les entretienne des «autres réalisations de l’équipe (intervention, découverte, création)».Heureusement, il n’y a pas de etcétéra.Je me demande ce qu’ils veulent dire par « création » : création du monde, création d’énergie ?La fusion à froid.Et en 4.1.6, ils veulent que je leur parle pendant une demi-page de la «compétence spécifique de l’équipe québécoise».Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre que je n’ai pas déjà mentionné trois fois?En 4.2.1,4.2.2, 4.2.3 et suivants, je dois faire le même exercice pour l’équipe américaine.J’en arrive finalement au point 5, soit le «Plan de déroulement du projet et soutien requis».J’ai l’impression qu’effectivement, je vais avoir besoin de beaucoup de soutien.En 5.1.1, ils veulent mes objectifs pour la première année.Normal.Qu’est-ce que j’ai mis en 2.1 pour les objectifs du projet et en 3.1 pour les objectifs de la coopération?Attention à la contradiction, mon vieux.Je craque: en 5.1.5, ils veulent seulement que je «précise les éléments sur lesquels portera le jugement» pour ce qui est de l’évaluation du projet en première année, mais en 5.1.6, on me demande de «préciser les critères qui permettront d’évaluer les éléments identifiés».Et je dois aussi préciser les «critères des éléments» pour la deuxième et la troisième année.J’ai l’impression d’être en charge du projet Manhattan ou de la mission Apollo.Et quand j’ai terminé tout cela, qu’est-ce que je découvre: que mon magnifique projet avec ses objectifs, ses critères, ses étudiants-chercheurs et sa pluie de retombées (sur trois années), tout cela doit être d’abord évalué par mon vice-recteur à la recherche, à qui on demande de mettre une note (A, B, C, D).Je suis inquiet, de plus en plus inquiet.Mais ce n’est pas grave: en relisant la section sur les moyens financiers mis à la disposition des équipes, je constate qu’on parle de sommes allant de 3 000 $ à 8 000 $ au chapitre des frais de déplacement.Un doute m’envahit.Dix-huit pages de formulaire pour 3 000$ de frais de déplacement, ils sont bien capables d’avoir imaginé une telle horreur.Et dire que les anciens recteurs de l’Université de Montréal ont droit à des conseillers en placement! Cela m’en prendrait un.+ LA CONSERVATION DE L'ENVIRONNEMENT ACTION ET PRÉVENTION Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a le mandat d'assurer des pêches viables à la population canadienne, en protéseant le poisson et son habitat En tant que partenaire important de la phase II du Plan d'action Saint-Laurent, le MPO travaille à mettre en valeur les habitats marins, à évaluer la qualité des habitats côtiers ainsi qu'à accroître la sensibilisation de la population et à favoriser son engagement.Le MPO poursuit le plan de rétablissement du béluga et évalue les effets des contaminants sur les espèces de poissons.Il continue aussi à recueillir des informations qui seront cruciales lorsqu'il s'agira de prendre, en collaboration avec des partenaires, des décisions ayant des impacts potentiels sur le Saint-Laurent.¦ Pêches Fisheries |t| et Océans and Oceans Canada ÉLÉMENTS DE METHODOLOGIE ET DE STATISTIQUE POUR LES SCIENCES SOCIALES Alain Cilles UN LIVRE NOUVEAU • Conçu spécifiquement pour l'enseignement de la statistique dans les disciplines des sciences sociales.• Qui offre une perspective originale en intégrant la méthodologie et la statistique.• Qui, au lieu de présenter la statistique uniquement comme une discipline mathématique, montre l'utilisation qui peut en être faite dans la description et l'analyse en sciences sociales.McGraw-Hill, Éditeurs 750, boul.Marcel-Laurin, bureau 131 Saint-Laurent, (Québec) H4M 2M4 Tél.: (514) 744-5531 Téléc.: (514) 744-4132 FACE À FACE RICHARD Chercheur étoile de TUniversité du Québec à Montréal (UQAM), Richard Béliveau est un spécialiste du transport membranaire, une discipline où l’on étudie les mécanismes d’échange à l’échelle des cellules humaines.Mais c est peu PAR JACQUES KEABLE dire du scientifique et encore moins du person- nage.Fasciné par le raffinement de la culture japonaise traditionnelle et fortement inspiré par la pensée zen, Richard Béliveau a, en effet, une vision bien à lui de la science et du monde qui nous entoure.Émotions, idées et convictions d un amoureux du Soleil levant.Créateur parfois distrait, Dieu avala un jour quelques verres de saké, se trompa d’éprouvette et implanta une macromolécule d’âme japonaise dans un chou trifluvien.ce qui fit naître, sur ce sol étranger à tout soupçon de zen, un singulier samouraï au nom assez peu asiatique: Richard Béliveau! S’étant tout naturellement fait, au fil des ans, judoka puis kendoka, Richard Béliveau flamba toute sa première paie d’adolescent chez un vendeur d’estampes japonaises et s’engagea résolument sur le chemin du moine-guerrier, en une joyeuse quête d’unité et d’harmonie.Biochimiste formé à l’Université du Québec à Trois-Rivières, à l’Université Laval et à l’Université Cornell, il devint, très jeune, chercheur scientifique de pointe puis directeur du Laboratoire de membranologie moléculaire de l’UQAM.Mais il aménagea aussi, pour la beauté et le repos, un jardin zen dans sa cour.Pour faire bonne mesure, il décora son bureau à la japonaise.Et suivit des cours de cuisine japonaise! Puis obtint un diplôme d’une école japonaise d’arrangements floraux! Fit trois voyages au Japon, dont il visita les coins les plus reculés, et apprit à parler ce qu’il appelle un «ja-< ponais de survie».Puis collectionna les sabres anciens, 5 les antiquités japonaises et chinoises.Il rigole : « Mes amis ï japonais disent que je suis plus japonais qu’eux!.» 0 On le devine : rencontrer Richard Béliveau le chercheur, 1 c’est inévitablement faire un détour, un long détour par le Japon.Et pour tout dire, par un Japon plutôt de bonne humeur, merci! Ici, rien, mais vraiment rien de commun avec les attitudes graves et sombres de ces «convertis», prosélytes et déculturés, qui réussissent, au mieux, à réveiller chez vous une fringale de sirop d’érable et de soupe aux pois!.Richard Béliveau, c’est l’envers de ça.Aucun reniement: ses racines sont ici, mais ses branches s’éclairent et se nourrissent de tous les soleils, avec un faible pour le Soleil levant.Le Japon, le Japon traditionnel s’entend, dont Richard Béliveau parle d’abondance, sans pourtant en aucune manière en faire une passion exclusive, c’est celui d’une prise particulière sur la Vie, universelle, multiple et une.Tout cela remonte au début des années 60.Adolescent, Richard Béliveau se voyait égyptologue, archéologue ou déchiffreur d’hiéroglyphes.C’est dans ce débroussaillage qu’il en vint à aimer la calligraphie japonaise, puis l’art japonais, puis la culture japonaise.Trente ans plus tard, la séduction demeure: «C’était global.En Occident, les chevaliers faisaient la guerre et les artistes faisaient des arts.Au Japon, le même samouraï préparait la cérémonie du thé, combattait et faisait de la calligraphie.De même, les généraux, avant d’aller se battre, faisaient la cérémonie du thé et écrivaient des poèmes sur l’évanescence de la vie ou la fragilité du bambou.» Il ricane : «Voyez-vous Schwartzkopf en train de faire de la calligraphie?!.On a reçu, ici, le champion du monde de kendo, un escrimeur issu d’une des grandes familles de samouraï, 8e dan au MAI - JUIN INTEM ACE 1.GLOBULES BLANCS (EN ROND) ATTAQUANT UNE CELLULE CANCÉREUSE (EN LONG).2.APRÈS L’ATTAQUE, IL NE RESTE QUE LE SQUELETTE CELLULAIRE DE LA CELLULE CANCÉREUSE.3.GLOBULE BLANC ATTAQUANT UNE BACTÉRIE (EN VERT, EN BAS), 4.CAPILLAIRES SANGUINS ISOLÉS D’UN CERVEAU HUMAIN.5.GLOBULES ROUGES EN TRAIN DE CONSTITUER UN CAILLOT AVEC LE FILET DES MOLÉCULES DE FIBRINE.6.LYMPHOCYTE (ROSE) ATTAQUÉ PAR LE VIRUS DU SIDA (BLEU).judo, 9e dan au kendo, une armoire à glace! Et que fait cet homme durant ses temps libres?Il dirige une école d’arrangements floraux! «Le plus grand samouraï de l’histoire, Hiyamoto Mu-shashi, a fini sa vie comme moine à pratiquer la calligraphie.J’ai une calligraphie de lui, chez moi, c’est simplement une branche portant un oiseau.C’est comme un coup de sabre.Une beauté extraordinaire, parce que c’est simple.Les maîtres de la calligraphie décrivent toujours le geste du pinceau de la même façon que les maîtres du kendo, du sabre, décrivent le mouvement du sabre.C’est un.«Fondamentalement, la culture japonaise vise à extraire l’essentiel des choses, à dire: ça c’est important, le reste est négligeable.Les lignes esthétiques japonaises sont toujours dépouillées, simples.Toute la philosophie, toute la culture japonaise sont basées là-dessus.J’ai toujours aimé aller au coeur des choses, mais d’une façon simple.Comprendre l’essentiel des choses.Tout cela se rejoint dans ce que je fais comme scientifique.» • L'ART, LA SCIENCE, LA PHILOSOPHIE • Fasciné depuis sa jeune adolescence par l’esthétisme des calligraphies orientales puis par l’art ancien, japonais surtout (très attiré par les arts et les lettres, il en sera «détourné» vers les sciences par un de ses frères qu’il remercie encore aujourd'hui), le voilà qui, récemment, consacre une journée entière à faire voir, sur écran lumineux, à une Betty Goodwin apparemment troublée, les merveilles du microcosme, la beauté de la cellule, la magie fabuleusement esthétique de la Vie.Dommage qu’aucun vidéaste n’ait «tourné» cette rencontre entre l’artiste, venue par curiosité intellectuelle, et le savant-hôte! Riche fusion des expressions artistiques à travers le temps, l’espace et les cultures, et du savoir scientifique universel le plus complexe et le plus actuel.«Ce qui réunit la science et l’art, dira Béliveau, c’est l’imaginaire.Plusieurs de mes amis sont du milieu des arts.Le scientifique se pose des questions sur l’univers; sur le sens de la vie, au sens littéral.Les chercheurs, en sciences de la vie, sont fondamentalement des philosophes et des artistes.Leur questionnement, c’est : < qu’est-ce que la vie?, qu’est-ce que la mort?>.« Dans le tao, on dit : < Si vous arrachez un brin d’herbe, vous ébranlez l’univers >.C’est un concept oriental.Les Orientaux sont écologistes depuis 4 000 ans.Il y a longtemps que, dans le bouddhisme, on respecte toute la vie.Les moines bouddhistes marchaient nus pieds pour éviter d’écraser des insectes.Ça fait longtemps que le concept de l’universalité de la vie, de l’être humain qui fait un avec l’univers, a été développé.En Occident, cela ne s’est fait que tout récemment, essentiellement avec le développement de l’écologie, notre culture scientifique ayant été très proche des cultures religieuses qui pla- çaient l’humain au-dessus de la création.Or l’humain n’est pas au-dessus de la création et on est en train de s’en apercevoir parce qu’on est en train de mourir dans nos excréments et dans nos déchets.L’humain n’est au-dessus de rien, il fait partie de la création, il fait partie intégrante de son environnement.«Ces questions rejoignent la pensée scientifique profonde.Qu’est-ce qui fait que ça vit ou que c’est mort?Un artiste exprime cela à travers ce qu’il est.Le scientifique l’exprime de l’extérieur.Chaque fois que je regarde, dans un microscope, une cellule en mouvement, ce n’est pas une expérience scientifique, mais une expérience esthétique.C’est beau.Il y a une beauté, dans le vivant, qui est indescriptible.L’art ne fait que copier la beauté intrinsèque.«En bout de ligne, ce qu’on cherche, comme scientifique, ultimement, c’est de voir le modèle.Le voir.C’est de comprendre et de savourer.Il y a une satisfaction esthétique dans l’élaboration d’un modèle.C’est une jouissance esthétique.C’est un plaisir.Les scientifiques ne sont pas des robots.Ce sont des gens qui courent après cette jouissance esthétique-là, cette saveur de comprendre.Ce n’est pas seulement quelque chose d’intellectuel.La démarche est intellectuelle, mais dans son accomplissement, elle est esthétique.« Quand Betty Goodwin est venue, je me suis dit que j’allais donner à cette grande artiste, en une journée, une expérience esthétique du microcosme.Que je lui ferais découvrir ce que c’est, vraiment, la vie.La cellule dans toute sa beauté et sa complexité.Les machines que nous fabriquons sont d’une grossièreté aberrante quand on regarde le vivant! C’est sans comparaison.On est des milliers de fois plus complexes que les machines, en termes de raffinement et de structures.Ma rencontre avec Betty Goodwin, c’était juste pour le plaisir d’alimenter l’imaginaire de cette grande artiste-là.» LE ZEN ET LA SCIENCE • «Le zen?C’est une discipline d’action.C’est simplement d’apprécier la vie, au quotidien, dans ce qu’elle a de bon et de pas bon.» — Il y a des pratiques associées au zen.«Oui.c’est beaucoup lié aux arts martiaux.Pour les Japonais, le moine bouddhiste et le samouraï, c’était pareil.Le zen, c’est la prise de conscience du moment présent et l’utilisation de toute sa concentration pour faire ce qu’on a à faire.Quand un élève demande au maître zen ce qu’est le zen, il répond: «Le zen fait partie intégrante de mon travail de chercheur.Autrement, je ne serais pas capable de faire ce que je fais.» C’est que le zen, dira encore Richard Béliveau, est «a-dogmatique.Il n’y a pas d’écrit qui dise ce que c’est.MAI • JUIN inte!6 ace *9> fl '* «Chaque fou que je regarde dans un microscope une eel-lute en mouvement, ee n'est par une experience scientifique, niais une expérience esthétique.» Chaque individu en décide en fonction de ce qu’il est et de sa façon de s’épanouir.C’est l’épanouissement de l’individu.Il n’y a pas de dogmatisme et, en science, c’est important.Il faut vraiment regarder les faits puis bâtir ses hypothèses à partir des faits expérimentaux».Et procéder essentiellement par intuition, ajoute-t-il: «Ce qui fait un bon chercheur, ce n’est pas la déduction, qui n’est qu’une application logique.C’est l’intuition, c’est le nez, c’est le filon.Dans le zen, c’est la même chose.Le zen, c’est l’intuition et la synthèse.L’intuition, la saisie, pour les Japonais, ça s’appelle le < satori >, c’est l’illumination soudaine, la saisie des relations entre les choses.C’est l’objectif d’une vie.Pour un chercheur, pour moi, c’est un objectif quotidien de saisir intuitivement la relation qu’il y a entre deux phénomènes.Quand je suis chez moi, c’est savourer l’équilibre de mon jardin zen, puis quand je suis au laboratoire, c’est savourer l’équilibre des relations qu’il y a dans la cellule normale et de comprendre ce qui fait que la cellule cancéreuse se déséquilibre par rapport à elle.C’est le même principe.C’est l’harmonie.Le mot-clé, c’est l’harmonie.» Et puis, le zen est une discipline de tolérance qui permet d’accepter la vie comme elle est.Y compris les échecs.Et les échecs, en recherche scientifique, sont nombreux.«Le zen m’a aidé à les encaisser.Le chercheur pose une hypothèse et fait tout pour la détruire.Le zen m’a aidé à accepter que l’hypothèse posée, et qui avait coûté beaucoup d’efforts, n’était pas nécessairement la bonne.» • SCANDALEUX ! • Richard Béliveau ne tarit pas d’éloges pour l’UQAM, qui soutient remarquablement bien son laboratoire, dit-il, et pour son équipe animée par «un goût d’absolu.Des gens très brillants, très enthousiastes.C’est ma famille, mon équipe.C’est une vie familiale, un laboratoire comme le mien.» Aussi prend-il soin, quand il recrute de nouveaux membres pour cette «famille», d’en maintenir la cohésion interne.D’où la nécessité de recruter, dans toute la mesure du possible, des personnes qui sont susceptibles de bien cadrer avec l’équipe en place et qui ont, en plus, «le sens de l’humour! L’essentiel, en recherche, c’est la créativité.Et la créativité, ça naît de la synergie entre les gens, puis d’un contexte de travail agréable.C’est important d’être heureux puis d’être bien, pour faire de la bonne recherche, parce que c’est un métier exigeant.» Mais voilà! On a beau être zen et de bonne humeur, la faculté de se scandaliser devant des injustices ne s’éteint heureusement pas pour autant.«Le pouvoir de pression des chercheurs, c’est le même que celui des philosophes et des artistes! Faire de la recherche, c’est une vocation.un feu sacré.Alors les sociétés se disent: pourquoi les payer, ils vont le faire de toute façon!» Résultat net: ces scientifiques en route vers le doctorat ou en études postdoctorales dans un laboratoire comme celui du Dr Béliveau, qui compte une quinzaine de chercheuses et de chercheurs (étudiants ou étudiantes à la maîtrise, au doctorat et stagiaires postdoctoraux), vont toucher des revenus annuels de 12 000 à 15 000 $ (faut-il noter que le cas n’est pas exclusif aux laboratoires de sciences exactes).«Moi, je trouve ça scandaleux.Ça n’a aucun bon sens! Il y a des gens plus âgés que moi, dans mon laboratoire, qui font un doctorat.Des gens qui ont des familles.Le gars qui a deux enfants et un salaire de 13 000$.faut le faire!» Entre le discours politicien qui fait épisodiquement l’éloge de la nécessaire recherche et les politiques réelles, le fossé est un peu large merci.Le système des subventions aux projets de recherche est, lui aussi, insatisfaisant.Les projets sont subvention nés pour une durée de deux, trois, au maximum cinq ans.Il y a donc là, d’une certaine façon, une obligation de résultats à court terme qui constitue un frein à des recherches plus complexes et qui exclut les projets à hauts risques, les projets qui ne conduisent pas nécessairement à la publication rapide de conclusions.Au Japon — encore le Japon! — «on fait des plans de développement, d’investissement, sur 50 ans, 100 ans.On travaille, par exemple, sur l’intelligence artificielle, la culture de neurones ou de cellules, sur des bio-ordinateurs cellulaires, avec des neurones: ça prendra 10 ans, 50, 100 ans.Ça ne donnera peut-être rien, mais quoi qu’il arrive, en bout de ligne, eux auront commencé, pas nous!» Et de citer le cas de Bell Research Laboratories, aux États-Unis, qui embauche des chercheurs chevronnés et leur offre «une subvention à vie! Ces chercheurs peuvent passer dix ans sans publier! Ils peuvent travailler à des projets à hauts risques.Ça a donné, par exemple, le laser, les microprocesseurs, la fibre optique.C’est pas mal, comme effets sur la société, trouvez pas?Ici, ça ne se fait pas.C’est dommage à dire, mais il n’y a que les plus grosses multinationales qui le font».• LA CULTURE SCIENTIFIQUE • Ici, l’inquiétude: l’état de la culture scientifique, puis aussi de la culture tout court et surtout, peut-être, l’écart qui s’accroît entre ceux et celles qui détiennent le savoir et les autres.«Il y a un manque de culture scientifique chez les journalistes! Quand j’entends, à Radio-Canada, le 150e reportage sur les greffes cardiaques! Ça date des années 70! Puis le sida, le sida! Va pourtant falloir qu’on en sorte, du sida! Ils parlent toujours aux mêmes personnes et toujours des mêmes problèmes! Faudrait peut-être qu’ils sachent, les journalistes, qu’il y a des équipes de chercheurs qui font des percées majeures en virologie, en oncologie, en néphrologie et dans toutes sortes de secteurs!» — Mais les chercheurs ont leurs jargons particuliers.«Oui, mais on peut tout expliquer pour que les gens comprennent.C’est qu’on a peur de passer de l’informa- 18 ACI c m x c LES TRAVAUX EN COURS Au Laboratoire de membranologie moléculaire du docteur Richard Béliveau, à l’UQAM, on étudie à l’échelle moléculaire, comme le nom l’indique, les phénomènes associés aux membranes cellulaires.Les membranes, explique le docteur Béliveau, servent à la communication entre le vivant et le non-vivant de même qu’aux échanges avec l’environnement.Lieu de transmission d’information, de transport des substances nutritives et de sécrétion des produits de communication entre les tissus, les membranes sont aussi le lieu où s’exprime le phénomène de la malignité cellulaire.Trois projets principaux sont en cours.1.Tumeurs cérébrales «Ce projet porte sur l’analyse des mécanismes par lesquels les tumeurs cérébrales se protègent contre le traitement de chimiothérapie.» Le laboratoire a d’abord, et notamment, mis au point une méthode permettant d’isoler des capillaires cérébraux qui irriguent le cerveau.C’était une première.Puis la recherche a permis de détecter la présence massive, dans ces capillaires cérébraux isolés, parfaitement sains et normaux, d’une protéine appelée «gly-coprotéine-P» (voir «La pellicoprotéine, agente de sécurité du cerveau», Interface, / 992, vol.13, n° 6, p.52-53).Cette protéine, qui agit à la manière d’une «pompe refoulante», a pour fonction d’expulser, du sang des capillaires, toute substance étrangère indésirable, y compris malheureusement les médicaments.Ce qui était étonnant, c’était que cette protéine n’avait été retrouvée jusqu’alors que dans les cellules cancéreuses du corps humain, avec pour effet qu’elle protégeait le cancer contre la médication.Elle contrait ainsi, au moins partiellement, l’effet de la chimiothérapie.Autrement dit, on a découvert que cette protéine, qu’on associait exclusivement aux cellules cancéreuses, et ce, dans tout le corps, se retrouvait, mais ici tout normalement, dans les capillaires cérébraux sains, normaux, et agissant comme gardienne vigilante contre toute attaque contre le cerveau.y compris donc contre le cerveau malade! Cette percée scientifique aura conduit à la mise au point de médicaments nouveaux, de la famille de la cyclosporine, visant à bloquer l’action de la glycoprotéine-P et donc à rendre la chimiothérapie enfin efficace contre les tumeurs cérébrales, et donc plus efficace aussi, du même coup, contre l’ensemble des autres tumeurs cancéreuses.Cette nouvelle médication est actuellement à l’essai en divers coins de la planète, y compris à Montréal, à l’hôpital Sainte-Justine.2.Oncogènes RAS Ces oncogènes étant à l’origine de 35 p.cent de toutes les tumeurs chez l’être humain, il est important de comprendre au niveau du rein, un autre lieu d’échange important, les mécanismes par lesquels ces oncogènes s’expriment et ce qui contrôle leur fonction.Pour entrer en fonction, les protéines RAS codées par les oncogènes RAS doivent, comme toute protéine, être modifiées par un ensemble de processus biochimiques (maturation).Dans leur cas, cette transformation fait intervenir une réaction particulière: la méthylation.Les travaux menés au laboratoire visent à élucider les mécanismes responsables de cette méthylation et de l’expression de ces protéines dans les fonctions physiologiques normales du tissu rénal, de même que dans les cancers.Les chercheurs tentent également d’élaborer une médication capable d’inhiber cette réaction.3.Physiopathologie du tissu rénal pour ce qui touche les phénomènes de transport Le rein joue un rôle capital dans le maintien de l’équilibre physiologique.En effet, c’est dans le champ rénal que la composition du sang est normalisée pour la teneur en sucres, acides aminés et ions qui composent le plasma.Plus qu’un organe d’excrétion, le rein est avant tout un organe de réabsorption.Le sang y est filtré à un débit de 180 litres par jour, soit 4,5 fois la quantité de liquide du corps entier.C’est dans les tubules rénaux que va se produire la réabsorption de toutes les substances filtrées du plasma.Ces tubules sont constitués de cellules épithéliales dont la fonction est de transporter vers les liquides interstitiels tous les éléments essentiels à la survie du corps.Le rein est donc un excellent tissu pour étudier les phénomènes de transport moléculaire au niveau des membranes cellulaires.En particulier, les scientifiques de l’UQAM essaient de comprendre comment les reins, par les cellules rénales, arrivent à maintenir l’équilibre ionique du sang, soit l’homéostasie physiologique.Quels sont les mécanismes et les enzymes en cause dans le contrôle de la fonction de transport?Et comment se fait-il que, dans certaines pathologies comme l’hypertension, le rachitisme ou l’insuffisance rénale, cette fonction-là dégénère?VULGARISATION SCIENTIFIQUE À LA JAPONAISE BÉLIVEAU! LE LUTTEUR DE SUMO, C’EST LA CLVCOPROTÉINE-P.DANS LE COURANT DE LA RIVIÈRE, NAGENT DES.NINJAS, DES TUEURS À CAGES, AUTREMENT DIT DES MÉDICAMENTS INJECTÉS EN CHIMIOTHÉRAPIE.LE PUISSANT LUTTEUR RETIRE DU COURANT CES TUEURS QU’IL JUGE INOPPORTUNS.COMME, DANS LES CAPILLAIRES CÉRÉBRAUX, LA GLYCOPROTÉINE-P POMPE LITTÉRALEMENT LES MÉDICAMENTS, CORPS ÉTRANGERS, DESTINÉS À ÉLIMINER LES TUMEURS CÉRÉBRALES.QUI A DIT QUE LA BIOCHIMIE, C’EST DIFFICILE À COMPRENDRE, POUR UN CHRÉTIEN MOYEN?! ILLUSTRATION: RICHARD BÉLIVEAU, PIERRE RENAUD I tion, dans les médias.Peur que ça soit trop indigeste.Peur d’éduquer! On se dirige vers une société de plus en plus polarisée, avec des gens qui, d’un côté, en savent de plus en plus et, de l’autre, une culture de masse de plus en plus amorphe.Le fossé se creuse à une vitesse vertigineuse.Quand je sors de mon laboratoire et que je regarde la télévision, le soir.«On est une société de clips, d’audiovisuel.Faut pas que ça dure plus de 15.30 secondes! On est Américains comme ça se peut pas! C’est une culture de fast-food intellectuel!» L'ÉTHIQUE • Tombé à terre, en faisant un grand fracas (à retardement, toutefois!), le Dr Roger Poisson ne pouvait pas ne pas être proposé au commentaire de Richard Béliveau.Le commentaire vint plutôt vite.et un brin agacé, le samouraï passant ici à l’attaque: «Ce n’est pas un chercheur! Les gens vont-ils finir par s’enlever ça de la tête?C’est un chirurgien, le docteur Poisson.Un clinicien.11 n’a pas de formation en recherche, ce gars-là! Les journalistes tombent sur la tête des chercheurs, mais ce n’est pas un chercheur! «Vous, les journalistes, cherchez toujours la bête noire! Regardez la quantité de chercheurs et de chercheuses.Regardez le nombre de fois qu’une fraude se produit.Moi, tous les scientifiques que je connais ont, sans exception, une éthique que je situe au niveau de la stratosphère! La peur viscérale, fondamentale, d’un chercheur ou d’une chercheuse, c’est de publier des résultats qui sont faux, à la suite d’une erreur expérimentale ou d’autre chose.L’idée de modifier des résultats, c’est la négation même de ce qu’est la recherche.Une fraude, j’en ai déjà vu une! C’est l’antithèse de l’esprit scientifique! C’est une tare! Quand j’entends Simon Durivage dire: .Le gars qui écrit un torchon dans Allô Police, est-ce que ça remet votre crédibilité à vous, journaliste, en cause, puis celle de Simon Durivage?Pourtant, c’est la même affaire.» Passe alors un petit nuage interrogatif.• L'INSTANT PRÉSENT Cette culture de fast-food n’accorde évidemment que peu d’espace et d’estime au travail à long terme et à la réflexion patiente.Ce qui fait qu’on finit par considérer comme équivalents l’opinion du premier venu sur une question donnée, et le résultat de l’analyse de la même question par une personne qui y travaille et y réfléchit depuis 20 ans! La culture du «vite fait», et facilement, sans trop d’efforts, se concilie mal avec les exigences du «cent fois sur le métier.» «J’ai eu des gens très brillants qui sont venus travailler avec moi et qui n’ont pas pu survivre à l’échec, au fait qu’il faut travailler très fort.Je reviens au Japon : au kendo, vous allez vous faire taper dessus pendant des mois et des années avant de réussir une touche.C’est une école.Il faut apprendre à tomber avant de faire tomber les autres: à encaisser avant de percer, d’aller plus loin.L’important, ce n’est pas d’être tombé par terre, c’est de ramasser pour soi, en se relevant, quelque chose du plancher.disait le professeur Racker, quand j’étais à Cornell pour effectuer mon stage postdoctoral dans le laboratoire du professeur McCarthy.» À 41 ans, après avoir décliné déjà des offres venues de grands laboratoires étrangers et ultra-équipés, alors qu’il réfléchit à une possible année sabbatique au.Japon — «mais je peux difficilement quitter mon laboratoire aussi longtemps» —, alors aussi que lui et son équipe d’une quinzaine de personnes signent des articles dans les revues scientifiques les plus prestigieuses sur le plan international, Richard Béliveau dit ne pas avoir de rêve: «Je fais ce que j’ai toujours voulu faire.Je suis heureux dans ce que je fais et je pense que je le fais bien.Je n’ai pas de rêve d’avoir plus que ce que j’ai présentement: comprendre, trouver, continuer à comprendre et à trouver.» Ce qui n’interdit pas les objectifs — « légers », dirions-nous — à atteindre.Par exemple, au cours des prochaines années, celui d’approfondir véritablement le «japonais de survie» qu’il sait parler, celui aussi d’apprendre le chinois.Un détail, quoi.Comme ça, en marge du laboratoire, entre les exercices de kendo et les parties de tennis, la lecture et les nombreux éclats de rire! Ça doit être zen! 4- r^l vous croyez que la recherche en santé et en sécurité du travail, ce n’est pas L votre domaine Nous avons des nouvelles pour vous 505, boul.de Maisonneuve Ouest Montréal (Québec) H3A 3C2 La santé et la sécurité du travail touchent toutes les facettes de l’activité humaine et concernent toutes les disciplines scientifiques.Depuis plus de dix ans, l’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec (IRSST) joue un rôle clé dans ce domaine.L’Institut alloue aux chercheurs de différentes disciplines des bourses, des subventions ou des contrats pour leur permettre de contribuer à la découverte de solutions applicables en milieu de travail.Si vous êtes actuellement actif en recherche, vous pouvez donner une nouvelle dimension à vos travaux en exploitant leur potentiel pour la santé et la sécurité des travailleurs.Pour plus de détails, contactez votre Service de recherche universitaire* et demandez une copie de la pochette d’information de l’IRSST à l’intention des chercheurs.* Ou adressez-vous à la Direction de la recherche externe de l’IRSST, au (514) 288-1551.IRSST Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec >¦ * •• Y-* V. RECHERCHE t Enquête àur un déàaàtre Soyez la crainte et l’effroi de tous les animaux de la terre et de tous les oiseaux du ciel, comme de tout ce dont la PAR LOUIS FORTIER terre fourmille et Mère des civilisations Scandinaves, moteur réel de la de tous les pois- e la mer: découverte de notre coin de continent, épine dorsale de l’économie de Terre-Neuve, livrés en- la morue franche est en voie de disparaître de nos eaux, menacée par la trop grande mains.efficacité des chalutiers hauturiers.Mais la pêche hauturière est-elle l’unique grand Genèse, ix, 2 vilain responsable du déclin des stocks ?Qu’en est-il des fluctuations naturelles dans sons de la mer: ils sont livrés en- tre vos mains.la taille des populations?De l’incapacité des scientifiques à prédire ces fluctuations?De l’incurie des gestionnaires et des politiciens ?De Brigitte Bardot et des phoques ?p Du réchauffement global ?Du trou dans la couche d’ozone et de l’augmentation des UV?Et, au-delà U | du lynchage des responsables, existe-t-il un espoir de trouver des solutions efficaces au problème g apparemment insoluble de la gestion des stocks ?inte20face MCMXCIV Au début des années 80, l’avenir s’annonce serein pour le pêcheur de morue franche de la côte est de Terre-Neuve.Les prises de morue du Labrador (Northern cod) sont en hausse et les scientifiques de Pêches et Océans Canada prévoient une forte croissance des stocks dans les années à venir.On emprunte à la banque pour se construire un bateau et on se fait pêcheur.En 1982, les captures de morue du Labrador atteignent 230 000 tonnes métriques (t), soit un peu plus que le quota de 215 000 t fixé par les gestionnaires.Tout va bien! Mais dès 1987, les choses se gâtent.L’industrie n’arrive pas à capturer le quota de 380 000 t alloué cette année-là.La croissance des stocks prévue par les scientifiques n’a pas eu lieu: la morue franche n’est pas au rendez-vous.En 1988, la crise s’étend à l’ensemble des poissons de fond.De Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse en passant par le golfe du Saint-Laurent, plusieurs stocks de morue franche, d’aiglefin, de goberge, de sébaste et de plie s’éclipsent à tour de rôle.En 1992, les prises de morue franche du Labrador ne sont plus que de 44 000 t! Devant cette situation alarmante, les gestionnaires stoppent l’exploitation du stock.En 1993, le moratoire s’étend à presque tous les poissons de fond dans presque toutes les régions.Pour les pêcheurs et l’industrie de la transformation du poisson, c’est le marasme.Plus de 35 000 emplois perdus, dont 25 000 à Terre-Neuve.Dans des régions comme la Basse-Côte-Nord du Québec, où la vie commence et finit avec la pêche, le taux de chômage atteint 80 p.cent.La crise dans les pêcheries ne se limite pas à l’Atlantique Nord-Ouest.Bien que la pêche aux crustacés (p.ex., crevette, homard) et aux poissons pélagiques (p.ex., hareng, maquereau) se porte relativement bien, on observe partout dans le monde une dégradation de nombreux stocks de poissons de fond et une baisse du rendement de l’industrie.En utilisant la morue franche comme modèle, nous essaierons ici de comprendre les causes et les conséquences du drame socio-économique et écologique que représente le déclin de ces ressources halieutiques.Avant Groenland Morue du ?Groenland \ Mer du Labrador Labrador Québec orue du ibrador Terre-Neuve ?Morue du sud Morue i du golfe Nez des * •du- 1 : S Grands Bancs1 Edouard Morue du banc ?Grands Bancs de > A Saint-Pierre Terre-Neuve , | ?Morue du ?Morde des Banquereau Grands Bai ?Moruttde - LMh’uc]1 ^île de Sable /-V 'r^ds Nouveau- Brunswick États-Unis ?Moru$du banc Lcéan Atlantique du banc ?Georges A !u Maine FIGURE 1 Distribution des principaux stocks de morue franche (Gadus morhua) dans l’Atlantique Nord-Ouest.La ligne en tirets indique la limite des 200 milles nautiques qui définit la zone d’exploitation exclusive au Canada.À trois exceptions près, cette zone englobe le plateau continental peu profond où se trouvent la morue franche et 95 p.cent des ressources halieutiques.Les trois exceptions sont le Bonnet flamand, ainsi que le nez et la queue des Grands Bancs, qui sont toujours accessibles aux chalutiers hauturiers étrangers.Or, lorsque le niveau des stocks est bas, les morues franches restantes ont tendance à s’accumuler au large, à la limite des bancs.Alors même que l’exploitation de la morue franche est interdite à l’intérieur de la zone des 200 milles nautiques pour permettre aux stocks de se reconstituer, 60 à 70 chalutiers hauturiers étrangers patrouillent nuit et jour le Bonnet flamand ainsi que le nez et la queue des Grands Bancs, saignant à blanc des populations déjà fort mal en point. de résumer l’historique et l’ampleur de ce drame, nous décrirons les protagonistes (morue franche, pêcheurs, scientifiques et gestionnaires).Nous tenterons ensuite de retracer les circonstances qui ont entraîné le déclin de la plus importante population de morue franche de ce côté-ci de l’Atlantique, soit la morue du Labrador.Différentes hypothèses quant aux causes naturelles du déclin des stocks (p.ex., changements climatiques, phoques, dégradation du milieu) seront discutées.Enfin, nous brosserons un tableau des solutions scientifiques et économiques envisagées à l’heure actuelle pour améliorer la gestion des stocks.Nous nous attarderons en particulier aux travaux menés conjointement par une équipe de chercheurs des universités Laval, McGill, Memorial et Dalhousie, qui s’intéressent aux facteurs environnementaux déterminant la survie larvaire et la taille des populations de morue franche.LA MORUE FRANCHE (GADUS MORHUA LINNAEUS.1758) • Poisson de belle taille (2 à 10 kg, exceptionnellement jusqu’à 96 kg), à la chair particulièrement fine et floconneuse, la morue franche était exploitée par les Basques, les Portugais et les Espagnols sur les bancs de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent bien avant l’arrivée de Jacques Cartier.Il s’agit d’un membre particulièrement vorace de la famille des gadidés.La morue franche se nourrit aussi bien sur le fond qu’entre deux eaux, de tout ce qui semble de près ou de loin comestible.Au stade adulte, le régime alimentaire de ce Pantagruel des mers boréales et subarctiques comprend surtout d’autres poissons tels le capelan, le lançon, le sébaste, le hareng, l’alose, la morue arctique, la tanche-tautogue, plusieurs espèces de plie, l’aiglefin, le merlu, le maquereau, etc., mais aussi des invertébrés comme le calmar, la mye (clam), le buccin, la moule, les nudibranches, les tuniciers, les concombres de mer et bien d’autres1.À cela s’ajoute une propension marquée au cannibalisme.En somme, un vrai Barbe-Bleue.Comme la plupart des poissons osseux marins, la morue franche est extrêmement féconde.Bien que variable selon la latitude, le nombre d’œufs produits annuellement par une femelle adulte augmente de façon exponentielle avec sa taille2: en moyenne, de 320 000 œufs par an à 50 cm à 3,5 millions à 100 cm.Au total, une morue âgée de 20 ans aura produit environ 50 millions d’œufs au cours des 15 ans de sa carrière de génitrice.Si une fraction infime, par exemple 1 p.cent, de ces œufs survivait jusqu’à l’âge adulte, la Terre serait couverte de morue franche.En fait, il suffit qu’en moyenne seulement 2 des 50 millions d’œufs pondus par chaque femelle mature au cours de ces 15 ans survivent jusqu’à maturité pour que le stock se maintienne (un œuf pour remplacer la femelle et un autre pour remplacer un géniteur mâle de façon à garder la taille de la population constante).Faites le calcul: 2 œufs sur 50 mil- lions, ça nous fait un taux de survie de 0,00000004 sur 15 ans ou 0,0000000027 par année.C’est donc (heureusement) une fraction non pas infime mais infinitésimale des milliers de billions d’œufs de morue franche produits chaque année ( 1015) qui survit pour atteindre l’âge adulte.On sait que le gros de cette mortalité massive (99,99999973 p.cent) se produit dans les premiers mois de vie plancto-nique des œufs et des larves qui éclosent de ces œufs.La morue franche forme (ou plutôt formait, jusqu’à son récent déclin) d’immenses populations des deux côtés de l’Atlantique Nord.Ces populations ou stocks se partagent le plateau continental, c’est-à-dire la zone peu profonde ( en surfusion.L’augmentation récente de la glace dans le 2 courant du Labrador aurait accéléré la fréquence de ces O £ contacts et donc la mortalité des larves et, peut-etre, celle des juvéniles.Cette hypothèse, pour le moins intrigante et qui demande à être vérifiée in situ, pourrait expliquer en partie le lien entre la salinité et le recrutement pour le stock du Labrador, mais non pour les stocks du sud des Grands Bancs ainsi que du banc de Saint-Pierre-et-Miquelon.En effet, au moment de l’éclosion, les larves de ces stocks n’ont tout simplement pas à braver des températures suffisamment froides pour les congeler.Une hypothèse plus classique est celle du «match/ mismatch» développée par le célèbre David Cushing9 de l’Institut des pêches de Lowestoft (Royaume-Uni).Transposée à la morue franche du Labrador, cette hypothèse veut que la baisse récente des températures hivernales et estivales des eaux de surface du courant du Labrador retarde la reproduction printanière de minuscules crustacés planctoniques appelés «copépodes».Or les larves de morue franche fraîchement écloses se nourrissent essentiellement des stades nauplii de copépodes (les nauplii sont les premiers stades planctoniques qui suivent l’éclosion des œufs de copépodes).La reproduction de la morue franche, et donc l’éclosion des larves de morue, se produisant de façon immuable à la même époque chaque année, un retard (mismatch) dans la production des nauplii entraînerait une mortalité massive par famine.Pour le stock arcto-norvégien, on a constaté que de faibles températures des eaux de surface dans la mer de Norvège retardent effectivement la reproduction de Calanus fin-marchicus, le copépode dont les nauplii servent de nourriture pratiquement exclusive aux jeunes larves de morue de cette région10.Ainsi, pour ce stock, une année froide amène invariablement une faible classe d’âge (une année chaude peut amener un recrutement fort ou faible, ce qui montre bien qu’une température élevée est une condition nécessaire mais non suffisante pour une forte classe d’âge).De là à proposer qu’un mécanisme semblable sous-tend la relation salinité-température-recrutement pour le stock du Labrador, il n’y a qu’un pas.Un refroidissement des eaux lié à un changement climatique récent explique, du moins en partie, la baisse du recrutement chez les stocks situés à la limite septentrionale de distribution de la morue franche.Cependant, le même mécanisme explique mal le déclin du recrutement chez les populations plus méridionales.Plusieurs autres hypothèses ont été formulées pour expliquer la faiblesse récente des classes d’âge chez ces populations.• BRIGITTE BARDOT ET LES PHOQUES • Le blanchon, nouveau-né du phoque du Groenland (Phoca groenlandica), est un animal fort attendrissant, au moins aussi séduisant que Brigitte Bardot dans Boulevard du rhum.En 1984, l’actrice française, Greenpeace et plusieurs autres organismes de protection de la nature mettent un terme à l’exploitation du blanchon et de sa mère dans le golfe du Saint-Laurent et à Terre-Neuve, après une longue campagne de presse.Les marchés européens boycottent bientôt la fourrure de phoque, faute de débouchés, l’exploitation s’arrête d’elle-même.Par exemple, 50 000 phoques du Groenland ont été récoltés en 1993 alors que le quota était fixé à 186 000 animaux.Son unique prédateur paralysé par la belle environnementaliste, la population des phoques du Groenland de l’Atlantique Nord-Ouest explose, atteignant environ 3 millions d’indi- inte3Qface (jlcî vidus aujourd’hui.Or un phoque se nourrit essentiellement de poisson.L’enfer étant pavé de bonnes intentions, la belle Brigitte et les autres écolos seraient-ils involontairement responsables d’un déséquilibre à la source du déclin de plusieurs espèces et de la quasi-annihilation de la morue franche dans l’Atlantique Nord-Ouest?C’est exactement ce que croient bien des pêcheurs qui, marchés ou pas, envisagent de ressortir leurs gourdins.Mais on ignore toujours le rôle exact joué par les phoques du Groenland dans le déclin des stocks de morue franche.Les travaux récents de Michael Hammill, de l’Institut Maurice-Lamontagne, et de ses collaborateurs ailleurs au pays, indiquent que le phoque du Groenland se nourrit surtout de capelan et que la morue franche ne représente que 2 p.cent en masse du régime alimentaire de l’espèce.Par ailleurs, un phoque adulte (80 kg en moyenne) se nourrissant principalement de capelan consommerait environ 3 p.cent de sa masse corporelle par jour pendant les 150 jours qu’il passe dans l’aire de distribution de la morue franche (le phoque migre en été vers l’Arctique au-delà du royaume de la morue franche).En tout, 360 kg de poisson, dont 2 p.cent serait de la morue franche.Soit environ 7 kg de morue par phoque par année.Pas de quoi écorcher un phoque, direz-vous! Cependant, vous rétorquera le pêcheur, il y a 3 millions de phoques du Groenland en circulation à l’heure actuelle dans l’Atlantique Nord-Ouest.Ce qui représente environ 22 000 t de morue par an.Un détail, direz-vous aussi, comparé aux centaines de milliers de tonnes pêchées avant le moratoire pour le seul stock du Labrador.Oui, mais les morues capturées par le phoque sont essentiellement de jeunes pré-recrues, c’est-à-dire des morues de moins de 20 cm qui pèsent en moyenne à peu près 250 g.Ainsi, 22 000 t métriques de morue de 250 g, ça nous fait 88 millions de pré-recrues de moins pour le recrutement futur dans l’ensemble de l’Atlantique Nord-Ouest.Si on le compare aux recrutements historiques (400 millions d’individus par an pour le seul stock du Labrador), ce chiffre de 88 millions peut sembler insignifiant.Mais dans l’état actuel des stocks de morue franche, l’effet du phoque du Groenland sur le faible potentiel de recrutement pourrait être important.Ces données permettent de suggérer ceci: bien que les phoques du Groenland ne soient probablement pas à l’origine du déclin des stocks de morue, la pression que les énormes troupeaux exercent maintenant sur la survie des juvéniles pourrait contribuer à ralentir une reprise du recrutement et la reconstitution de ces stocks.Dans le golfe du Saint-Laurent, le phoque gris (Halichœrus gry-pus), moins abondant (120 000 têtes) mais plus gros (jusqu’à 300 kg), plus sédentaire et plus amateur de morue franche (environ 10 p.cent de son régime) que son cousin du Groenland, pourrait aussi contribuer à miner la reprise des stocks.Enfin, tout dernier bouc émissaire dans la longue liste des pêcheurs: l’aiguillat commun, un petit requin amateur de morue, qui s’est multiplié récemment dans les eaux du golfe.Responsable du déclin des stocks?Probablement pas.L’explosion des aiguillats a suivi et non précédé le déclin.Cependant, quel rôle joue désormais l’abondant requin dans la reprise des stocks de morue?La réponse: plus de recherche, encore plus de recherche.• CFC, 03, UV-B ET RECRUTEMENT • Et pourquoi pas?Les chlorofluorocarbones (CFC) libérés dans l’atmosphère ont creusé au cours des dernières années un joli trou dans la couche d’ozone (03) qui nous protège des rayons ultraviolets, en particulier des UV-B (280-300 nm).Quel rapport avec le recrutement de la morue franche?Eh bien, après la ponte, les œufs de morue flottent dans les eaux superficielles entre la surface et 50 m de profondeur.Les UV-B, rayons durs très énergétiques, pénètrent en profondeur dans cette couche superficielle.Les œufs de poisson qui y flottent seraient particulièrement vulnérables à ces rayons durs11.Or des régions situées aux latitudes intermédiaires comme le golfe du Saint-Laurent et le plateau néo-écossais sont fortement touchées par l’augmentation récente du rayonnement UV-B12.On a donc émis l’hypothèse que la baisse récente du recrutement dans ces régions serait liée à l’agrandissement du trou dans la couche d’ozone.Science-fiction, direz-vous?Une prédiction liée à l’hypothèse des UV-B veut que les cohortes d’œufs de morue produites au printemps soient plus affectées que celles produites en hiver, saison où le rayonnement solaire est moins fort.Au début des années 80, deux cohortes de morue franche pondaient sur le plateau néo-écossais: la première en hiver (décembre à janvier) et la seconde au printemps (mars à mai).Des campagnes d’échantillonnage récentes (1990 à 1993) montrent que la vague de ponte du printemps a pratiquement disparu, ce à quoi on pouvait s’attendre si la survie des œufs de printemps avait été réduite sévèrement par une augmentation des UV-B depuis 1980.Coïncidence?Peut-être.Pour ce qui est du déclin du recrutement dans le golfe du Saint-Laurent, notons que les stocks s’y reproduisent au printemps et que les œufs y sont aussi potentiellement vulnérables à une augmentation des UV-B.Mais qu’en est-il du maquereau, qui pond ses œufs pélagiques dans le golfe comme la morue et, qui plus est, le fait en plein été au moment où la radiation est la plus La prévision précise du recrutement, plusieurs années avant l’établissement des quotas, est la clef de voûte qui manque à une gestion efficace des pêcheries.MAI - JUIN I NTI00FACE ¦ forte?À moins que ces œufs ne possèdent une protection pigmentaire spéciale, l’espèce aurait dû disparaître depuis longtemps.• L'HYPOTHÈSE ÉCOSYSTÉMIQUE • Dans certaines régions comme le golfe du Saint-Laurent, la morue franche n’est plus elle-même.Les individus sont malingres; la robe tachetée du poisson, normalement Petrel V, un navire ayant servi aux recherches sur les larves juvéniles étincelante, est pâlotte.Le pauvre poisson n’est pas seulement rare, il se porte mal.Les chercheurs de l’Institut Maurice-Lamontagne soupçonnent que l’écosystème même de la morue du golfe s’est modifié au cours des dernières décennies.Ces modifications auraient altéré la distribution des morues, leur patron de migration et le synchronisme de leur reproduction.Par exemple, les morues du golfe se distribuent désormais sur des fonds moins hauts que ceux qu’elles fréquentaient autrefois.À ces plus grandes profondeurs, la disponibilité d’oxygène est sensiblement moins élevée.En déficit d’oxygène, la morue se nourrit moins (il faut de l’oxygène pour la digestion), ce qui contribuerait à une moins bonne croissance, à une maturation sexuelle lente, à une performance faible de la reproduction et à la production de larves ayant un faible potentiel de survie.Mais pourquoi la morue irait-elle s’étouffer dans les bas-fonds du golfe?Mystère.Quelles modifications du milieu sont à l’origine de ce comportement suicidaire?Autant de questions auquelles travaillent avec acharnement les océanographes de Pêches et Océans.LA PREVISION A LONG TERME DU RECRUTEMENT: LE GRAAL DE LA BIOLOGIE DES PÊCHES • La prévision précise du recrutement, plusieurs années avant l’établissement des quotas, est la clef de voûte qui manque à une gestion efficace des pêcheries.Au début du siècle, le Norvégien Johan Hjort, pionnier de la recherche en biologie des pêches, avait remarqué que la force ou la faiblesse d’une classe d’âge était apparente dès que les jeunes poissons avaient atteint l’âge d’un an13.Ainsi, la INTE$4 ACE HW FIGURE 5 int^3^ace M CMXCIV force fantastique de la classe d’âge de 1904 du hareng de Norvège, qui allait permettre des captures phénoménales jusqu’en 1916 (la durée de vie du hareng étant d’une douzaine d’années), avait été décelée dès 1905 dans la pêcherie au hareng juvénile (sardine nordique).Depuis quelques années, les scientifiques de Pêches et Océans ont fortement développé leurs programmes de recherche sur les stades juvéniles de plusieurs espèces d’importance commerciale.L’objectif est d’estimer la force des classes d’âge le plus grand nombre possible d’années avant la maturation des jeunes poissons et leur recrutement dans la pêcherie.Si elle est efficace, cette approche permettrait de prévoir le rendement de la pêche à la morue franche jusqu’à quatre ou cinq ans à l’avance.Cependant, le but ultime (le vrai Graal) de la biologie des pêches demeure la prévision à long terme du recrutement.En effet, la prédiction à moyen terme du recrutement basée sur l’évaluation de l’abondance des juvéniles ne requiert aucune compréhension des mécanismes qui déterminent la force des classes d’âge.En corollaire, cette approche ne permet nullement de prévoir comment le recrutement sera affecté à long terme par un changement des conditions du système, par exemple une modification du climat ou de l’équilibre entre les espèces d’une région.Dès 1914, Hjort avait suggéré que la force d’une classe d’âge était proportionnelle à la survie des larves planc-toniques et que la prévision à long terme du recrutement passait par l’élucidation des facteurs qui contrôlent cette survie initiale des larves14.Les hypothèses quant à ces facteurs ne manquent pas.Cependant, comme il est virtuellement impossible de suivre le devenir de la multitude d’œufs et de larves produits par un stock, au cours de leur dérive planctonique de plusieurs mois dans l’immensité de l’océan, les progrès dans le but de vérifier ces hypothèses ont été lents.Traditionnellement, on a tenté de comprendre les fluctuations dans la survie larvaire des poissons marins en essayant de déterminer quelles conditions du milieu tuent les larves.Or les taux de mortalité étant de l’ordre de 99,999999 p.cent, la norme pour une larve de poisson est de mourir.Ce qui est exceptionnel, c’est de survivre.De plus, les larves qui meurent sont justement celles que vous n’attrapez jamais dans vos filets à plancton.Ainsi, et bien que la différence entre les deux approches puisse paraître subtile, l’étude des causes de la mortalité massive des larves est une avenue moins prometteuse pour comprendre les fluctuations du recrutement que l’étude des caractéristiques des quelques larves qui survivent pour former la classe d’âge.Récemment, une équipe de chercheurs des universités Laval, McGill, Memorial, Dalhousie ainsi que de Pêches et Océans Canada a appliqué cette nouvelle façon de voir à l’étude du déterminisme du recrutement chez la morue franche du plateau néo-écossais.Cette équipe a tenté de déterminer ce qui différencie la poignée de larves qui survit pour former la classe d’âge, des trillions de consœurs qui périssent.Pour ce faire, on a suivi le devenir de cinq cohortes de larves pondues par la morue franche sur le banc de l’île de Sable (trois cohortes de printemps et deux cohortes d’hiver).L’échantillonnage des œufs, des larves et des juvéniles de morue a nécessité 270 jours de travail en mer, répartis en 27 missions mensuelles de mars 1991 à mai 1993.L’ensemble des variables abiotiques (salinité; température; sels nutritifs; circulation Otolithe de juvénile de morue franche (Gadus morhua) (coupe dorso-ventrale du lapilli gauche grossi 250 fois en microscopie électronique à balayage).L’analyse de l’otolithe indique que ce spécimen de 24,5 mm capturé sur le plateau néo-écossais en février 1992 était âgé de 104 jours.L’otolithe est une minuscule concrétion calcaire contenue dans une capsule tapissée d’un épithélium très sensible.L’ensemble sert d’organe d’équilibration au poisson (l’équivalent de notre oreille interne).Ainsi, si l’otolithe repose sur l’épithélium qui tapisse le plafond de la capsule, le poisson peut en déduire qu’il nage à l’envers et corriger son tir.Le poisson est équipé de trois paires d’otolithes (sagit-ta, lapilli et asterici), chaque élément d’une paire étant localisé d’un côté de la tête.Tout comme les anneaux concentriques sur la section d’un tronc d’arbre, le décompte des anneaux de croissance sur l’otolithe permet de calculer l’âge (en jours) d’une larve de poisson depuis l’éclosion de l’œuf.De plus, tout comme chez l’arbre, l’épaisseur de l’anneau reflète la croissance de la larve.Ainsi, il est possible de reconstituer la trajectoire de croissance d’un individu, une donnée extrêmement utile dans l’étude du déterminisme du recrutement.photo: Guylaine Desbiens Fréquence (%) i^RECfi % 30-60 jours jeunes postlarves n=116 60-90 jours juvéniles pélagiques n=112 90-120 jours juvéniles démersaux n=128 0-30 jours larves à la première nutrition n=136 novembre décembre janvier FIGURE 6 Distribution de fréquence des dates de naissance des larves et des juvéniles de morue franche capturés sur le banc de l’île de Sable au cours de l’hiver 1991-1992.Les données ont été regroupées pour différents intervalles d’âge correspondant grossièrement à différents stades de développement.Notez comment les individus nés en novembre ont remarquablement bien survécu jusqu’au stade juvénile démersal (qui vit près du fond) alors que seule une faible fraction de ceux nés à la fin de décembre et en janvier ont survécu.océanique; météo; etc.) et biotiques (production d’algues; abondance et distribution verticale des proies, des prédateurs; composition de l’assemblage zooplanctonique; etc.) qui caractérisent l’environnement des œufs et des jeunes stades de morue ont été mesurées avec l’instrumentation et les méthodologies les plus modernes.Un travail titanesque.Cependant, là où l’approche utilisée se démarque de celle des études antérieures, c’est dans le traitement en mer et l’analyse subséquente en laboratoire des jeunes morues échantillonnées.En effet, les larves de poisson capturées en mer sont habituellement immédiatement marinées dans le formol, en vrac avec le reste de l’échantillon de plancton, pour être triées, étiquetées et analysées plus tard au laboratoire terrestre.Dans ce cas-ci, chaque jeune morue a été isolée du reste du plancton immédiatement après sa capture, étiquetée, filmée en vidéo à l’état frais et préservée individuellement dans l’azote liquide.Jour et nuit, par temps calme ou mer démontée, techniciens, étudiants et chercheurs, à bord du navire Pétrel V, ont trié des larves et des juvéniles de morue au fur et à mesure de leur capture.Des milliers de larves et de juvéniles ont ainsi été prélevés, isolés, filmés, empaquetés et surgelés afin de tâter le pouls des cohortes de jeunes morues qui se sont succédé pendant plus de deux années sur le banc de l’île de Sable.En laboratoire, on déchiffre ensuite les images vidéo pour obtenir les mesures morphométriques de l’individu et caractériser son phénotype.Un œil de la larve est disséqué et confié au laboratoire de génétique, où l’analyse de l’ADN permettra de mettre en évidence une éventuelle composante parentale à la survie.Les otolithes, de petites concrétions calcaires dans l’oreille interne primitive du poisson, sont disséquées et analysées pour déterminer l’âge (en jours) de la larve ou du juvénile et son historique de croissance (figure 5).Le tractus intestinal est lui aussi disséqué pour identifier, mesurer et énumérer les proies.Finalement, le reste de la carcasse est confié aux biochimistes, qui quantifient la condition physiologique générale de la larve au moment de sa capture en déterminant l’abondance et la nature des lipides emmagasinés.Toutes ces variables étant mesurées pour chacune des jeunes morues (une première dans les annales du domaine), l’approche permet de travailler au niveau de l’individu plutôt que de la sous-population.L’ensemble des résultats préliminaires déjà obtenus par les différents laboratoires suffiraient à plusieurs thèses et à des dizaines de publications scientifiques sur le déterminisme du recrutement chez la morue franche.Nous nous contenterons ici de résumer comment l’analyse des otolithes, l’un des nombreux volets du programme de l’équipe, peut éclairer notre lanterne quant aux conditions du milieu ou aux caractéristiques des larves qui favorisent la survie initiale et déterminent la force des classes d’âge chez la morue franche.INTÉWfACE L'OTGLITHOMÉTRIE OU LES PREMIERS JOURS DANS LA VIE D'UNE LARVE • L’otolithométrie est à la larve de poisson ce que la den-drochronologie est à l’arbre: l’analyse des anneaux de croissance de l’otolithe permet non seulement d’estimer l’âge de la larve (en jours) au moment de sa capture, mais également de reconstruire sa trajectoire de croissance.Comme on connaît sa date de capture, on peut calculer la date d’éclosion de chaque individu.Munis de cette donnée, les biologistes se transforment en actuaires et construisent la distribution de fréquence des dates de naissance des larves qui ont survécu jusqu’à un certain âge ou un certain stade de développement.La comparaison de ces distributions pour différents stades de développement permet de déterminer à quel moment au cours de l’ontogénèse la distribution finale s’établit.Il est fort probable que la force de la classe d’âge soit fixée à partir de ce moment où la distribution de fréquence des dates de naissance ne change plus.Par exemple, pour la cohorte d’hiver de morue franche pondue de novembre 1991 à janvier 1992 sur le banc de l’île de Sable, la distribution de fréquence des dates de naissance des survivants devient à peu près constante après l’âge de 30 jours, ce qui suggère que la force de la classe d’âge est fixée dans les premières semaines de vie après l’éclosion.Cette période correspond au moment où la larve commence à se nourrir des nauplii de copépodes qu’elle trouve dans le plancton.Cependant, l’utilité principale de la comparaison des distributions de fréquence des dates de naissance des survivants est la détermination de fenêtres de survie exceptionnelles au cours de la saison de ponte.Ainsi, toujours pour la cohorte d’hiver 1991-1992 de morue franche, la survie des larves nées en novembre et jusqu’à la mi-décembre fut excellente alors que virtuellement, aucune de celles nées après le 15 décembre n’a survécu jusqu’au stade juvénile (figure 6).En comparant les conditions biotiques et abiotiques prévalant à l’intérieur et en dehors de cette fenêtre de survie, on peut tester simultanément plusieurs hypothèses quant aux facteurs favorisant la survie.Par exemple, l’hypothèse de la période critique de Johan Hjort propose que la disponibilité de proies adéquates au moment de la première nutrition est déterminante.Or on a constaté que les larves de morue nées en décembre et en janvier se sont gavées de larves de mollusques plutôt que de nauplii de copépodes, leurs proies habituelles.Des études antérieures en laboratoire ont montré que la valeur nutritive des larves de mollusques est insuffisante pour permettre à des larves de hareng (Clupea harengus) ou de bar rayé (Morone saxatilis) de survivre.Ces résultats encore préliminaires suggèrent donc qu’une prolifération de larves de mollusques au moment de la première nutrition des larves de morue franche pourrait être néfaste au recrutement.Évidemment, l’ensemble de données re- cueillies au cours des 27 mois d’échantillonnage ne font que commencer à livrer leurs secrets, et bien d’autres hypothèses restent à tester.À court terme, ce type de recherche ne risque guère de résoudre la crise dans les pêcheries.Cependant, l’élucidation des mécanismes écologiques qui déterminent la survie initiale des larves et la force des classes d’âge contribue déjà pour certaines espèces à une prédiction améliorée du recrutement.À plus long terme, la description de ces mécanismes est la seule avenue qui puisse permettre de prévoir les conséquences, pour les ressources halieutiques, de déséquilibres comme le réchauffement global ou la surexploitation des stocks.• LE GASPILLAGE À GRANDE ÉCHELLE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES • C’est dans l’inefficacité de l’industrie et dans le gaspillage effroyable des ressources halieutiques que la faillite de l’exploitation et de la gestion moderne des stocks est le plus évidente.La surpêche entraîne rapidement une diminution du rendement des captures.Pour compenser, on augmente la flotte.Un plus grand nombre de navires débarquent de moins en moins de poisson et chaque kilo de poisson coûte de plus en plus cher à débarquer.À l’échelle mondiale, le gaspillage dû à la surpêche représenterait entre 15 et 30 milliards de dollars par an selon la FAO (Food and Agriculture Organization).Le cinquième de l’effort de pêche actuel suffirait à l’exploitation du tonnage maximal que la mer est capable de fournir sans que la ressource soit menacée.Les prises accessoires, soit les espèces capturées accidentellement avec l’espèce cible, représentent la deuxième facette du grand gaspillage.Par exemple, le pêcheur qui cha-lute la morue franche attrape souvent du sébaste (et vice versa).Or, si le quota de sébaste est déjà atteint dans la région ou que la demande pour le sébaste est nulle, ce sébaste est illico rejeté à la mer.Trop maigres ou trop moches, les morues capturées ne satisfont pas aux exigences de l’industrie de la transformation?Rejetées à la mer elles aussi.Tant mieux pour elles, direz-vous.Pas vraiment, car seule une fraction infime des poissons rejetés survit à la suite des traumatismes subis au moment de la capture.Le gaspillage est énorme.Les prises accessoires représentent jusqu’à 40 p.cent de la prise totale dans certaines pêcheries.À l’échelle Une réforme en profondeur du comportement de l’exploitant (petit ou gros) est le seul moyen d’en arriver à briser le cycle subsides-surcapacité de pêche-effondrement des stocks.37 ace |^:H mondiale, de 8 à 16 millions de tonnes de poissons sont capturées et rejetées chaque année par la seule pêche à la crevette! Soit l’équivalent de 8 à 16 p.cent des débarquements mondiaux, qui ont atteint 100 millions de tonnes en 1989.• DES SOLUTIONS EN VUE?• En général, le pêcheur ne possède pas la ressource qu’il exploite.Son point de vue est celui du chasseur et non celui du fermier.Il lui semble tout à fait paradoxal de laisser des poissons dans la mer pour assurer le renouvellement.En effet, ce pêcheur n’est nullement assuré que le poisson qu’il épargne aujourd’hui ne sera pas capturé demain par un autre pêcheur.En toute logique, mieux vaut pour lui dans ces conditions attraper le dernier géniteur commercialisable et en faire son profit que de laisser un concurrent le faire à sa place.Les Néo-Zélandais et les Australiens se sont attaqués à ce paradoxe15.Ces deux nations ont appliqué une approche différente (encore expérimentale) à la gestion de certains stocks: le quota de prise est divisé en parts (dans le sens d’un titre boursier), qui sont distribuées aux pêcheurs.Ces derniers sont encouragés à échanger ou vendre leurs parts.Plus le stock est fort, plus le quota s’élève et plus les titres prennent de la valeur.L’idée est que si le pêcheur se considère propriétaire en partie du stock, il aura tendance à préserver ce stock de façon à augmenter la valeur marchande de ses titres.De plus, le pêcheur qui se retire de l’industrie peut réaliser ses parts du quota ou les léguer à son successeur.Autrefois, le seul moyen pour lui de reprendre ses billes était de surexploiter au maximum le stock de façon à grossir son capital avant de se retirer.Désormais, il peut laisser les poissons à l’eau en partant.Cette nouvelle approche semble prometteuse dans l’hémisphère Sud.Déjà, certaines modifications de l’attitude des pêcheurs ont été observées16.En particulier, les exploitants tentent de réduire au maximum les rejets de l’espèce cible en mettant en marché les poissons de moindre qualité.On a même vu des pêcheurs refuser de capturer la totalité d'un quota, préférant laisser le poisson atteindre une plus grande taille afin d’obtenir un meilleur prix plus tard.Au Canada, où des expériences similaires sont en cours depuis 1984, le système de quotas particuliers n’a pas donné de tels résultats.Le pêcheur canadien, méfiant, pratique régulièrement le surclassement (high-grading).Il n’hésite pas à rejeter à l’eau un poisson tout à fait commercialisable s’il croit pouvoir en capturer un de meilleure qualité qui ira chercher un prix légèrement supérieur.La hantise du profit à court terme le pousse à se voler lui-même puisque ce poisson qu’il rejette à la mer lui appartient.Mais, que voulez-vous, on ne se refait pas.Un homme et son péché.CONCLUSION • En résumé, on s’entend pour attribuer deux causes principales à la crise du poisson de fond : d’une part, la surcapacité de l’industrie (trop de petits exploitants et des gros exploitants utilisant une technologie trop efficace) et, d’autre part, une faillite naturelle du recrutement non prévue par les scientifiques et dont on ignore les causes exactes.À moyen terme, la réduction inéluctable de la capacité de l’industrie et une reprise éventuelle du recrutement (toujours imprévisible) vont sans doute régler cette crise.Mais qui empêchera le cycle subsides-surcapacité-effondrement de recommencer lorsque la morue reviendra?La solution à long terme au problème de la gestion des pêches ne repose pas uniquement sur une prédiction améliorée du recrutement.D’aucuns croient qu’une réforme en profondeur du comportement de l’exploitant (petit et gros) est le seul moyen d’arriver à briser le cycle.II faut réformer non seulement l’instinct de chasseur qui mène au gaspillage sans limite de la ressource, mais aussi l’instinct de trafiquant, qui détermine l’attitude de l’exploitant au regard de la gestion de la ressource.En effet, tout en continuant à blâmer le gestionnaire, le phoque, l’aiguillat et sa belle-mère pour l’effondrement des stocks de poissons de fond, le pêcheur admet publiquement que, durant toutes ces années de gestion basée sur les quotas, il a tenu deux carnets de débarquements distincts: le carnet personnel, où les prises réelles sont inscrites, et le carnet destiné à l’inspecteur des pêches.Faut-il préciser que les débarquements inscrits dans le carnet de l’inspecteur étaient systématiquement minimisés de façon à camoufler des débarquements qui ont toujours excédé les quotas de prise?À l’échelle mondiale, on estime que ces prises au noir représentent de 30 à 50 p.cent des prises déclarées, ce qui explique la disparition mystérieuse de nombreuses classes d’âge et la santé économique remarquable d’entreprises qui fonctionnent officiellement à perte depuis des années.Comment effectuer cette réforme du comportement du pêcheur?En faisant participer celui-ci à tous les échelons du processus de gestion.L’idée est de rendre les exploitants responsables au même titre que les scientifiques, les gestionnaires ou le ministre, des déboires de la ressource qu’eux seuls exploitent et des malheurs que leurs instincts leur attirent.Aide-toi et le fédéral t’aidera.C’est en quelque sorte la stratégie mise en pratique par Pêches et Océans Canada à travers le Conseil pour la conservation des ressources halieutiques.En consultant systématiquement l’industrie, le Conseil (et par lui le ministre) retourne la balle dans le camp du pêcheur.Il ne reste plus qu’à attendre le retour de la morue franche pour voir si ces nouvelles règles rendront plus équitable le jeu de massacre entre les gadidés et les hominidés.MAI - JUIN inte3$ \ce j^RECfi Professeur au Département de biologie de l’Université Laval, Louis Fortier est chercheur et coordonnateur de la recherche au Groupe interuniversitaire de recherches océanographiques du Québec (GIROQ).RÉFÉRENCES 1.SCOTT, W.B.et M.G.SCOTT.«Atlantic Fishes of Canada», Canadian Bulletin of Fisheries and Aquatic Sciences, 1988, vol.219, 731 pages.2.MAY, A.W.«Fecundity of Atlantic Cod», Journal of the Fis-cheries Research Board of Canada, 1967, vol.25, p.1531-1542.3.GARROD, D.J.«North Atlantic Cods: Fischeries and Management to 1986», Fish Population Dynamics, 2e édition, J.A.Gul-land (éd.), Wiley, 1988, p.185-218.4.MYERS, R.A., DR1NKWATER, K.F., BARROWMAN, N.J.et J.W.BAIRD.«Salinity and Recruitment of Atlantic Cod (Gadus morhua) in the Newfoundland Region», Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 1993, vol.50, p.1599-1609.5.SUTCLIFFE, W.H., LOUCKS, R.H., DRINKWATER, K.F.et A.R.COOTE.« Nutrient Flux onto the Labrador Shelf from Hudson Strait and its Biological Consequences», Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 1983, vol.40, p.1692-1701.6.MYERS, R.A.et al.Op.cit., p.1599-1609.7.Loc.cit.8.VALERIO, P.F., GODDARD, S.V., KAO, M.H.et G.L.FLETCHER.«Survival of Northern Atlantic Cod Eggs and Larvae Exposed to Ice and Low Temperature», Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 1992, vol.49, p.2588-2595.9.CUSHING, D.H.The Production Cycle and the Number of Marine Fish, Symposium of the Zoological Society of London, 1972, vol.29, p.213-232.10.ELLERSTERN, B., FOSSUM, R, SOLEMDAL P.et S.SUNDBY.Relation Between Temperature and Survival of Eggs and First-Feeding Larvae of Northeast Arctic Cod (Gadus morhua L.), rapport et procès-verbaux des réunions du Conseil international pour l’exploration de la mer, 1989, vol.191, p.202-219.11.ATMOSPHERIC ENVIRONMENT SERVICE.Atelier sur les effets de la hausse du rayonnement des UV-B, Toronto, avril 1993, Environnement Canada 93-009.12.HUNTER, J.R.«Assessment of Effects of U.V.Radiation on Marine Fish Larvae», dans Calkins, F.R.(éd.), The Role of Solar Radiation in Marine Ecosystem, 1982, p.459-495.13.HJORT, J.Fluctuations in the Great Fisheries of Northern Europe Viewed in the Light of Biological Research, rapport et procès-verbaux des réunions du Conseil permanent international pour l’exploration de la mer, 1914, vol.20, p.1-228.14.Loc.cit.15.The Economist, 19 mars 1994.16.Loc.cit.Coopération scientifique et technologique entre le Québec et la France APPEL DE PROJETS 1994 U Forêts et pâtes et papiers Écosystèmes forestiers Pâtes et papiers Bioalimentaire Biotechnologies appliquées Développement durable Admissibilité Tout projet conjoint de recherche émanant d’un établissement d’enseignement supérieur, d’un centre de recherche, d'un laboratoire, d’une entreprise ou d'une collectivité locale du Québec est admissible.Date limite le 10 juin 1994.Ville Dynamiques géographiques et spatiales des villes: étalement urbain, politiques locales Génie urbain: gestion des infrastructures, développement durable.Québec ss ™ n r: i : ?n ?nnooo ?Pour information Marc Filteau ou Rita Poulin Direction générale France Ministère des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles 525, boul.René-Lévesque Est, 4e étage Québec (Québec) G1R 5R9 Tél: (418) 649-2330 Téléc: (418) 649-2654 Des professeurs chercheurs chevronnés qui partagent leur savoir Des programmes de formation adaptés aux nouveaux besoins Des programmes importants de bourses et de soutien financier Une université complète sur un campus complet Des liens étroits avec l'entreprise privée et le marché du travail UNIVERSITE LAVAL LE SAVOIR DU MONDE PASSE PAR ICI POURQUOI CHOISIR L’UNIVERSITÉ LAVAL POUR VOS ÉTUDES DE 2e ET 3e CYCLES ?POUR LE SAVOIR (418) 656-2464 1-800-561-0478 Faculté des études supérieures Pavillon Jean-Charles Bonenfant, Québec, Canada G1K 7P4 a diffusion et le partage d'informations scientifiques sont essentiels à l'évolution d'une société porteuse d'avenir Gérald Tremblay À l’occasion du 62e Congrès de l’ACFAS, je suis très heureux de souligner la contribution importante de l’ACFAS à la diffusion des connaissances scientifiques et technologiques, un enjeu qui prend une importance croissante.La communauté scientifique dispose par l’entremise du Congrès de l’ACFAS, d’une tribune exceptionnelle pour faire connaître et pour vulgariser ses travaux de recherche.Les nombreux colloques qui y sont proposés permettent d’ailleurs d’illustrer de manière éloquente la vitalité de la recherche menée dans les établissements d’enseignement, les laboratoires et les centres de recherche privés du Québec.L’évolution des sciences et de la technologie exige que de façon croissante les travailleurs, les gestionnaires et les chercheurs s’approprient des connaissances scientifiques et technologiques dont ils pouvaient se passer autrefois pour exécuter leur travail.Plus que jamais auparavant, l’information scientifique et technologique constitue une composante essentielle de l’économie et du développement, car pour assurer le développement de leurs entreprises, les gestionnaires doivent faire des choix en matière technologique, décider des ressources à investir en R-D et des investissements à faire dans la formation de leurs employés.Parce qu’un nombre sans cesse croissant d’activités sociales et économiques sont influencées par la science et la technologie, il est donc capital que la communauté scientifique et les acteurs socio-économiques accroissent leurs échanges afin de préparer le Québec de demain.Et à ce titre, je suis particulièrement heureux d’être associé à un événement comme le vôtre qui favorise les échanges entre ces acteurs.Je souhaite à toutes et à tous un excellent congrès.Gérald Tremblay Gouvernement du Québec Ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie RECHERCHE aux modèles L'économie a ses caprices, c’est bien connu.Si bien que de la réalité économique aux modèles chargés de reproduire cette réalité, il y beaucoup plus qu’un pas.surtout en ce qui concerne la modélisation des cycles économiques.C’est pourtant ces pas que tentent de franchir Louis Phaneuf et son équipe, avec une approche originale qui fait intervenir les choix économiques des individus.Taux de chômage élevés et persistants, déficits budgétaires de plus en plus lourds des gouvernements, dette publique per capita qui ne cesse d’augmenter, valeur du dollar qui diminue, voilà autant de facteurs qui contribuent à accentuer, auprès de la population, l’impression que nos gouvernements ont graduellement perdu le contrôle de la situation économique.Plus inquiétant encore est le sentiment croissant, pour un certain nombre d’économistes professionnels, que les théories et les modèles macro économiques traditionnels n’offrent plus un cadre d’analyse adéquat pour guider le choix des politiques économiques.Pendant de nombreuses années, l’étude des cycles ^ économiques a surtout été centrée sur l’explication des < 2 phases successives de contraction et d’expansion de la £ production totale de biens et de services (le produit inté-2 rieur brut, PIB réel) dans l’économie.Toutefois, ce do-° maine d’études a connu au cours des dix dernières an- O S nées un changement majeur d’orientation.D’abord, son champ d’application s’est élargi considérablement.En effet, plutôt que de se limiter à expliquer les fluctuations du PIB, on s’intéresse maintenant à un éventail beaucoup plus large de faits.En particulier, on met davantage l’accent sur l’explication des co-mouvements des variables macroéconomiques, comme le taux de chômage, les prix moyens, le taux d’inflation et les taux d’intérêt, au cours du temps et entre les pays.On s’applique à comprendre pourquoi les changements de plusieurs de ces variables se suivent de près et d’autres pas.Par exemple, pourquoi les inte4C*ace changements du PIB et ceux de l’emploi se suivent-ils étroitement alors qu’il semble que ce ne soit pas le cas des changements du PIB et du salaire moyen versé aux travailleuses et aux travailleurs?Pourquoi les changements du PIB et ceux des prix moyens se font-ils en sens inverse?Ensuite, l’étude moderne des cycles vise à déterminer les principales sources d’instabilité économique et à expliquer leurs effets sur l’activité économique globale.Enfin, on cherche aujourd’hui à développer un cadre d’analyse qui permette de mieux comprendre les décisions ou choix économiques des individus et des gouvernements, ainsi que de mieux prévoir l’effet des politiques économiques sur l’économie.Le présent texte est un bref compte rendu des principaux développements récents dans le domaine de l’etude des cycles.Après avoir présenté quelques définitions propres à l’analyse des cycles, nous mettons en évidence quelques-unes des ressemblances entre les cycles économiques au Canada et aux États-Unis.Certaines de ces ressemblances, frappantes, ont à voir avec des aspects de la dynamique du marché du travail; elles sont d’autant plus intéressantes que les deux pays affichent des différences marquées au chapitre du taux de syndicalisation de la main-d’œuvre, des lois relatives à l’assurance-chômage, du type de conventions collectives entre les entreprises et leur personnel, etc.En outre, le texte retrace les développements théoriques réalisés dans l’étude des cycles et met en évidence l’apport original de certains travaux effectués par un groupe du Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).LE CYCLE ÉCONOMIQUE • Un cycle économique peut être décrit par un ensemble de statistiques calculées à partir de données tirées de la réalité.Ces statistiques portent sur des agrégats, soit des variables macro économiques mesurées pour l’ensemble de l’économie.Parmi les agrégats qui suscitent le plus d’intérêt, on compte le PIB (mesure de tous les biens et services finis produits domestiquement), le taux d’inflation et le taux de chômage.Les statistiques couvrent généralement trois aspects de l’évolution des variables macro-économiques ou agrégats au cours d’un cycle: - la taille des fluctuations des agrégats; - le degré de covariation des agrégats avec le PIB; - le degré de synchronisation des fluctuations des agrégats par rapport au cycle.La taille des fluctuations d’un agrégat est mesurée par son écart type exprimé en pourcentage, l’écart type mesurant la dispersion d’une variable aléatoire autour de sa moyenne.Cette statistique renseigne sur la variabilité de l’agrégat au cours du cycle et permet plus généralement de déterminer les composantes plus instables de l’activité économique, celles dont les fluctuations sont les plus fortes.Le degré de covariation d’un agrégat et du PIB est mesuré par le coefficient de corrélation entre cet agrégat et le PIB à la période courante, ce coefficient révélant si les fluctuations des deux éléments se suivent de près au cours de la période courante (corrélation contemporaine).Si ces changements se font dans la même direction (à la hausse ou à la baisse), le coefficient de corrélation est positif et on dit de l’agrégat qu’il est «procyclique»; si les variations se font en sens inverse, le coefficient est négatif et on dit de l’agrégat qu’il est «contracyclique».Quant au degré de synchronisation des fluctuations d’un agrégat par rapport au cycle, il permet de dire si ces fluctuations devancent ou suivent celles du PIB dans le temps.Il s’agit d’abord de calculer les coefficients de corrélation entre le PIB mesuré à la période tet un agrégat mesuré aux périodes f-z (z=l,2,.,N) et aux périodes t+j(y=l,2,.,N).Généralement, les périodes sont des trimestres.Si le coefficient de corrélation le plus élevé en valeur absolue est celui entre l’agrégat à la période f-z (z>0) et le PIB à la période t, les fluctuations de l’agrégat devancent le cycle, c’est-à-dire que les variations de l’agrégat devancent celles du PIB.Par contre, si c’est le coefficient de corrélation entre le PIB à la période t et l’agrégat à la période t+j (j>0) qui est le plus élevé, les fluctuations de l’agrégat suivent le cycle.• UNE COMPARAISON DES CYCLES AU CANADA ET AUX ÉTATS-UNIS • Les statistiques rapportées aux tableaux 1 et 2 permettent de comparer les cycles économiques au Canada et aux États-Unis.Ces chiffres révèlent plusieurs ressemblances frappantes entre les deux pays.Au tableau 1, la qu’aux États-Unis.Il faut noter que les dépenses de consommation constituent environ 60 p.cent du PIB, les dépenses d’investissement environ 16 p.cent et les dépenses publiques, 24 p.cent.Apparaissent ensuite les colonnes marquées x(t-5) à x(f+5).Dans chacune, on trouve le coefficient de corrélation entre les agrégats mesurés à une période antérieure ou postérieure à la période f et le PIB mesuré à la période t.La colonne x(t) contient donc les coefficients de corrélation, pour la période donnée, entre les agrégats et le PIB.Selon les statistiques de cette colonne, les dépenses de consommation et d’investissement sont assez fortement procycliques, alors que les dépenses publiques le sont TABLEAU 1 Évolution cyclique de la production et de ses composantes au Canada Données trimestrielles de 1947 à 1992 Corrélation croisée du PIB réel à la période t avec production totale est divisée en ses composantes agrégées pour la période s’échelonnant de 1947 à 1992.Les dépenses totales en biens et services finis produits do-mestiquement sont égales au PIB.Le PIB est lui-même la somme des dépenses totales de consommation et d’investissement, des dépenses publiques et des dépenses d’exportations nettes.La colonne «Variabilité» montre que les fluctuations du PIB réel ont la même amplitude dans les deux pays.De plus, la variabilité relative des composantes du PIB est à peu près la même d’un pays à l’autre; c’est ce que permet de constater la colonne «Variabilité relative».Par contre, les dépenses de consommation sont presque deux fois moins variables que la production totale, et les dépenses d’investissement presque trois fois plus volatiles.Quant aux dépenses publiques, elles fluctuent deux fois plus que le PIB.Finalement, les exportations nettes, soit la différence entre les exportations et les importations, varient davantage au Canada faiblement.Quant aux exportations nettes, elles sont procycliques au Canada et faiblement contracycliques aux États-Unis.Les fluctuations des dépenses de consommation et d’investissement n’ont tendance ni à devancer ni à suivre le cycle.Les fluctuations des dépenses publiques semblent suivre le cycle au Canada.En général, tous les modèles modernes du cycle économique peuvent simuler ces faits sans trop de difficultés.Bien que la croissance économique à long terme de pays comme le Canada et les États-Unis dépende de la croissance du stock de capital (stock de machines, d’équipement, etc.) et du développement de la technologie, environ les deux tiers des fluctuations du PIB à court terme sont liées aux variations de l’emploi.Le tableau 2 présente des statistiques décrivant certains aspects de la dynamique du marché du travail.Cette fois, en raison de la disponibilité des données dans les deux pays, la période couverte s’échelonne de 1966 à 1992.Encore inte4#ace une fois, on remarque plusieurs ressemblances entre les deux pays.D’abord, le nombre total d’heures travaillées est à peu près aussi variable que le PIB.Ce total étant lui-même le produit des heures moyennes par personne employée et du nombre total de travailleuses et de travailleurs, il est intéressant de séparer les deux composantes.On voit que dans les deux pays, les fluctuations du nombre total de travailleuses et de travailleurs sont beaucoup plus fortes que celles des heures moyennes par personne employée.Ces chiffres suggèrent que dans les deux pays, les entreprises ajustent la quantité de travail dont elles ont besoin en variant le nombre de personnes employées plutôt que la quantité d’heures moyennes par personne.La comparaison des CyÇiCS économiques au Canada et aux États-Unis révèle plusieurs ressemblances frappantes entre les deux pays.quer le cycle de façon satisfaisante.À cette fin, des systèmes mathématiques «simples» sont d’abord conçus, puis simulés numériquement afin d’engendrer «artificiellement» des données qui permettent de calculer des statistiques semblables à celles qui sont rapportées aux tableaux 1 et 2.Les statistiques engendrées dans l’économie TABLEAU 2 Évolution cyclique de la production et de ses composantes aux États-Unis Données trimestrielles de 1947 à 1952 Corrélation croisée du PIB réel à la période t avec Quant aux coefficients de corrélation entre les agrégats, les données révèlent que la corrélation, pour la période couverte, entre le salaire réel et le PIB est faiblement négative au Canada alors qu’aux États-Unis, elle est faiblement positive.La corrélation à la période courante entre les heures totales travaillées et la productivité moyenne des travailleuses et des travailleurs, obtenue en divisant le PIB par le nombre total d’heures travaillées, est modérément négative au Canada et presque nulle aux États-Unis.• LA STRUCTURE DE BASE DES NOUVEAUX MODÈLES • Le but principal du programme de recherche sur la dynamique du marché du travail et les fluctuations économiques est de construire des modèles dynamiques du cycle économique et d’évaluer leur capacité à expli- artificielle sont ensuite comparées au même ensemble de statistiques calculées à partir des données tirées de la réalité.Si le modèle utilisé reproduit assez bien l’ensemble des statistiques caractérisant le cycle économique, nous sommes en droit de penser qu’il constitue possiblement une simplification utile du fonctionnement de l’économie.Cependant, il est possible que le modèle soit en mesure de reproduire certains aspects du cycle mais pas d’autres.Dans ce cas, les résultats de la simulation numérique peuvent indiquer des avenues de recherche possibles en vue d’améliorer le pouvoir explicatif des modèles.La structure des modèles du cycle utilisés pour la simulation numérique constitue également un élément novateur de ce programme de recherche.Traditionnellement, les modèles qui ont servi à expliquer les fluctuations économiques et à guider le choix des politiques macroéconomiques par les gouvernements ont mis l’accent sur la division de l’économie par marchés.Ces modèles sont i f MAI - J U I N INT EFFACE développés par blocs d’équations, l’un d’eux représentant le marché des biens et des services produits dans l’économie, un autre le marché monétaire, un autre le marché du travail, etc.Les fluctuations économiques sont le résultat de l’interaction entre ces marchés.Toutefois, on reproche habituellement aux modèles traditionnels de ne pas rendre explicites les processus par lesquels les individus font leurs choix économiques.Il est alors difficile de rationaliser le comportement de ces derniers et de prévoir les modifications qu’ils y apporteront en réponse à des politiques économiques nouvelles.la firme a aussi accès à un certain niveau de technologie, lequel, dans le modèle standard, est exogène à la firme.• LES CHOCS TECHNOLOGIQUES ET LE CYCLE • Le premier modèle du cycle fondé sur cette structure a été élaboré par Finn Kydland de l’Université Carnegie Mellon et Edward Prescott de l’Université du Minnesota1.II s’agit d’un modèle avec agent représentatif, où le gouvernement ne joue aucun rôle et où l’économie n’est perturbée que par des chocs sur le niveau de technologie uti- 1 La structure des modèles récents du cycle est très différente.Elle fait appel, comme pierre angulaire, à l’hypothèse d’un agent représentatif, en quelque sorte d’un ménage typique, dont les préférences sont explicitement représentées dans le modèle.Ces préférences portent habituellement sur un choix entre un certain niveau de consommation, lequel exige que le ménage typique consacre une partie de son temps disponible au travail, et un certain niveau de loisirs, soit la partie de son temps disponible allouée au divertissement.Les choix du ménage sont tels qu’ils lui procurent la satisfaction la plus élevée étant donné «ses moyens».Cette contrainte budgétaire stipule que les dépenses qu’il effectue doivent être inférieures ou égales aux fonds disponibles.Dans ce modèle, la production est organisée par une firme typique qui utilise un stock de capital et une quantité d’heures de travail.Pour produire, lisé par la firme.Le fait que les chocs technologiques, c’est-à-dire les facteurs qui influent sur la vitesse du progrès technologique des entreprises, soient considérés dans ce modèle comme la seule source des cycles constitue un facteur qui le démarque des modèles macroéconomiques traditionnels; ceux-ci ont plutôt mis l’accent sur les chocs de demande globale (chocs d’investissement, chocs fiscaux, chocs monétaires, etc.) comme facteurs à l’origine des fluctuations économiques.De plus, dans le modèle de Kydland et Prescott, aucun facteur ne vient entraver l’ajustement des prix et des salaires en réponse aux chocs.L’une des faiblesses de leur modèle est que les variations du total des heures travaillées dans l’économie sont entièrement attribuables aux changements des heures moyennes par personne employée, le nombre de INTFz&f ACE ilRECÏH 'V personnes étant maintenu constant par hypothèse.Outre que ces hypothèses ne sont pas conformes à la réalité du marché du travail, elles contribuent à éloigner certaines des statistiques engendrées par l’économie artificielle des statistiques tirées de la réalité.Par exemple, la variabilité du total des heures travaillées engendrée par le modèle est faible par rapport à celle du PIB, alors que dans les faits, les variabilités devraient être à peu près égales.De plus, la corrélation, à la période courante, entre les heures totales travaillées et la productivité moyenne des travailleuses et des travailleurs prédite par le modèle est fortement positivé alors qu’elle est dans les faits modérément négative ou nulle.Motivé par l’objectif d’accroître le pouvoir explicatif des modèles du cycle concernant la variabilité relative du total des heures travaillées par rapport au PIB, Garry Hansen2 utilise une hypothèse d’indivisibilité du travail développée par Richard Rogerson3, qu’il incorpore au modèle du cycle de Kydland et Prescott.Cette hypothèse s’appuie sur l’observation que bien souvent, l’individu n’a pas l’option, dans la réalité, du choix de son nombre d’heures de travail au cours d’une période donnée: ou bien il détient un emploi qui l’oblige à travailler un nombre fixe d’heures déterminé par la firme pour une période — une semaine, par exemple —, ou bien il est sans emploi.Cette fois, cependant, ce sont les heures moyennes par personne employée qui ne varient pas alors que le nombre de personnes peut changer.Cette modification a pour effet de rapprocher la variabilité du total des heures travaillées engendrée par le modèle de celle qui est observée.Cependant, la variabilité de la productivité moyenne des travailleuses et des travailleurs prédite par le modèle baisse substantiellement par rapport à la variabilité observée.De plus, la corrélation pour une même période entre les heures totales travaillées et la productivité moyenne demeure toujours aussi élevée.Jang-Ok Cho, de l’Université Queen’s ainsi que du Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, et Thomas Cooley de l’Université de Rochester ont donc introduit un ajustement du total des heures travaillées par les heures moyennes par personne employée et par le nombre de personnes4 5.Bien qu’il s’agisse là d’un élément réaliste par rapport aux modèles précédents, le pouvoir explicatif du modèle n’est pas amélioré de façon significative.Il semble donc que malgré les enrichissements possibles, un modèle qui s’appuie sur les chocs technologiques comme seule source d’un cycle ne puisse engendrer l’ensemble des faits caractérisant le cycle.• L'INTRODUCTION DU GOUVERNEMENT DANS LES MODÈLES MODERNES DU CYCLE • En vue d’améliorer le pouvoir explicatif des modèles du cycle, certaines personnes envisagent l’incorporation d’autres sources de fluctuations que les chocs technolo- On reproche aux modèles traditionnels de ne pas rendre explicites les processus par lesquels les ifldlVICiUS font leurs choix économiques.giques.C’est ce que font Lawrence Christiano et Martin Eichenbaum de l’Université Northwestern6, qui introduisent le gouvernement dans le modèle de Hansen.Vient alors s’ajouter à la contrainte budgétaire du ménage typique une contrainte budgétaire du gouvernement, laquelle stipule que les dépenses publiques sont égales aux fonds disponibles.Le rôle du gouvernement dans ce modèle consiste simplement à effectuer des dépenses de consommation qui viennent en partie se substituer aux dépenses privées de consommation.Le gouvernement offre, en effet, des services pour lesquels l’individu n’a plus à dépenser (dépenses privées).De plus, ce modèle s’appuie sur l’hypothèse que le gouvernement finance ses achats de biens par des taxes forfaitaires, soit un montant fixe d’impôt à payer qui est indépendant des revenus et des dépenses de consommation.Les préférences du ménage sont fonction des loisirs et de la consommation totale, laquelle dépend, à son tour, des dépenses privées et publiques de consommation.Les dépenses publiques étant exogènes, l’incorporation du gouvernement permet d’introduire les chocs sur les dépenses publiques comme deuxième source du cycle.Cet ajout améliore quelque peu la capacité du modèle à reproduire le cycle.Toutefois, l’effet du choc fiscal sur le cycle n’est pas aussi important qu’on aurait pu le souhaiter.Steve Ambler et Alain Paquet, du Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques78, enrichissent l’analyse du rôle que le gouvernement est appelé à jouer au cours du cycle.Abandonnant l’hypothèse des dépenses publiques exogènes, ils étudient le rendement d’un modèle du cycle où le gouvernement choisit le niveau de ses dépenses publiques de façon optimale.Dans leur modèle, ce niveau des dépenses est choisi de manière à maximiser le bien-être du ménage.L’apport important du travail de Ambler et Paquet est que le comportement du gouvernement, tout comme celui des individus, est rationalisé.Malgré cette amélioration importante sur le plan théorique, le modèle produit artificiellement des statistiques qui ressemblent encore à celles du modèle de Christiano et Eichenbaum.LES CONTRATS DE TRAVAIL, LA POLITIQUE MONÉTAIRE ET LE CYCLE En raison des difficultés des modèles précédents à expliquer l’ensemble des faits rattachés au cycle, certains chercheurs ont emprunté une avenue de travail qui se démarque de façon assez nette de celle que Kydland et INT 47 ace i^RECfc w Un modèle qui s'appuie sur les chocs technologiques comme seule source d'un cycle économique ne peut engendrer l'ensemble des faits caractérisant ce cycle.Prescott avaient ouverte.Cette voie de recherche est motivée par la constatation que le principal problème des modèles du cycle que nous venons de décrire est d’engendrer les statistiques liées à la dynamique du marché du déterminée.Évidemment, au cours de cette période, les prix ne sont pas réajustés même si l’économie est frappée par des chocs qui étaient imprévus au moment où les prix annoncés furent choisis.Il peut arriver toutefois que des circonstances exceptionnelles obligent une entreprise «à revenir sur sa parole» et à changer ses prix plus tôt que prévu.Dans ce cas, l’entreprise doit être prête à assumer le dommage qu’une telle décision peut infliger à sa réputation.Cependant, l’exemple le plus frappant concerne la façon dont les salaires sont déterminés dans l’économie.En fait, l’une des caractéristiques institutionnelles les TABLEAU 4 Évolution cyclique des variables liées au marché du travail aux États-Unis Données trimestrielles de 1966 à 1992 Corrélation croisée du PIB réel à la période tavec travail, notamment la variabilité relative entre les heures totales travaillées, le PIB et la productivité, ainsi que la corrélation, à la période courante, entre la productivité moyenne des travailleuses et des travailleurs et le total des heures travaillées.Tout en conservant la structure du modèle d’agent représentatif, cette nouvelle ligne de recherche est fondée sur la remise en question de l’hypothèse de la parfaite flexibilité des prix et des salaires en réponse aux chocs qui heurtent l’économie.Cette remise en question s’appuie elle-même sur l’observation que dans les faits, les prix et les salaires ne sont pas continuellement réajustés.Par exemple, on peut penser aux entreprises qui se servent de catalogues pour annoncer leurs produits et qui s’engagent à facturer le prix indiqué au cours d’une période plus importantes de la dynamique du marché du travail est que plusieurs aspects de la relation entre employeurs et employés sont régis par des ententes contractuelles, qu’il s’agisse de conventions collectives ratifiées ou d’ententes «scellées par une poignée de main» et fondées sur la confiance mutuelle.Le choix du salaire constitue certainement la composante la plus importante de l’entente contractuelle entre employeurs et employés.De façon typique, un contrat stipule le salaire que recevra une personne au cours des 12, 24 ou 36 prochains mois.Dans un tel environnement institutionnel, les salaires ne peuvent être réajustés avant l’expiration du contrat.Il se peut cependant que le contrat prévoie des augmentations de salaire différées, par exemple au bout d’une année, ou qu’il contienne une clause d’indexation automatique au INTERSPACE coût de la vie.Ces clauses sont prévues dans le contrat.Or, lorsque nous disons que les salaires ne peuvent être réajustés avant l’expiration des contrats, nous parlons d’un réajustement qui aurait été souhaitable en principe en réponse à des chocs imprévus lors de la signature des contrats, mais qui n’aura pas lieu dans la pratique à cause des contrats.Ce non-réajustement des contrats peut avoir un effet important sur la quantité totale d’heures de travail effectuées par les entreprises.Les entreprises qui ne peuvent absorber les chocs imprévus qui les heurtent en réajustant les salaires pourront toujours modifier le nombre de leurs employés, du moins à court terme, les POLITIQUE MONÉTAIRE ET CONSOMMATION PRIVÉE Avec les modèles du cycle que nous venons de décrire, il est possible d’évaluer les coûts associés à diverses politiques économiques.Par exemple, nous avons calculé avec Jang-Ok Cho et Thomas Cooley la baisse du niveau de consommation privée à long terme qui découlerait d’une politique monétaire «passive» dans une économie avec contrats de salaire.Nous entendons par «politique monétaire passive», une politique monétaire qui n’aurait pas pour objectif d’atténuer les fluctuations du PIB.Nous avons trouvé que la combinaison des contrats de salaire et de la politique monétaire passive engendrait dans l’économie américaine un niveau de consommation privée à long terme en pourcentage du PIB de 1 à 2,5 p.cent inférieur à ce qu’il aurait été autrement (politique monétaire non passive).De la même façon, il est en principe possible d'évaluer le coût des politiques de taxation du gouvernement.employés ayant en général des contrats de salaire mais pas de contrat d’emploi.La reconnaissance des contrats de salaire pourrait donc en principe accroître la variabilité des heures totales travaillées dans les modèles du cycle.Nous avons, avec Jang-Ok Cho, développé un modèle du cycle où le salaire de l’agent représentatif est déterminé par un contrat qui maintient le salaire au cours d’une période pouvant s’échelonner de un à trois ans910.Le modèle inclut un gouvernement responsable de la gestion de la politique fiscale et une banque centrale (l’équivalent de la Banque du Canada) qui s’occupe de gérer la politique monétaire.Dans ce modèle, le cycle peut être frappé par trois types de chocs : technologiques, fiscaux ou monétaires.Le gouvernement finance une partie des dépenses publiques par des taxes proportionnelles sur la consommation (taxe de vente), sur le revenu du travail (impôt sur le salaire) et sur le revenu du capital.L’autre partie est financée par les emprunts ou par une taxe forfaitaire.Quant à la politique monétaire, elle est exogène.Nos travaux répondent à trois questions: les contrats de salaire affectent-ils quantitativement l’effet des chocs sur le cycle?L’effet est-il le même pour les trois types de chocs?L’introduction des contrats de salaire a-t-elle pour effet d’améliorer le pouvoir explicatif des modèles du cycle?Les réponses à ces questions sont respectivement oui, non et oui.Nous nous sommes attaqués au problème en simulant d’abord une économie artificielle sans contrats de salaire, puis avec les contrats de salaire.Une comparaison des résultats obtenus avec les deux modèles permet d’évaluer la contribution des contrats de salaire au cycle économique.Sans les contrats, seuls les chocs technologiques ont un effet significatif sur le cycle.De plus, les problèmes dont nous avons parlé plus tôt restent les mêmes.L’incorporation des contrats de salaire au modèle produit des résultats très différents.D’abord, les contrats accroissent l’effet de tous les chocs sur le cycle.Par contre, l’effet qui est le plus amplifié par les contrats est celui des chocs monétaires, suivi dans l’ordre par l’effet des chocs fiscaux et l’effet des chocs technologiques.En fait, avec les contrats de salaire, les chocs monétaires ont un effet plus important sur la variabilité du total des heures travaillées que les chocs technologiques.L’hypothèse avancée un peu plus tôt est donc confirmée.De plus, les contrats améliorent considérablement le pouvoir explicatif des modèles du cycle.Lorsqu’on tient compte de tous les chocs simultanément, l’économie artificielle avec contrats peut engendrer des statistiques remarquablement semblables à celles que nous avons rapportées aux tableaux 1 et 2.• CONCLUSION • Ces nouveaux modèles peuvent se révéler très précieux pour évaluer les conséquences de certaines politiques gouvernementales.Nous pouvons, par exemple, en simulant le niveau de la consommation privée à long terme, avec et sans une politique gouvernementale, calculer le coût de cette politique sur la consommation.Toutefois, l’évaluation des effets des politiques économiques en place et des nouvelles politiques doit d’abord s’appuyer sur des modèles qui expliquent la réalité de façon satisfaisante.La recherche du modèle «satisfaisant» est un processus qui évolue continuellement.Le programme de recherche que nous venons de survoler a un élément caractéristique : les choix économiques des individus y jouent un rôle de premier plan.De plus, le cadre d’analyse est assez souple pour permettre l’incorporation d’éléments institutionnels importants de la dynamique du marché du travail.INTBlÇFACE «tt.*(* fit.** •***' ''W&fcs-.vras Jg§|' iatre num tstfvendu 12$ / an 14$ / an iprise 51 89, Côte-des-Neiges, H3T IYI Tél.: (514) 342- A0ÀDOCTORAT de ifpf nlverslté de Montréal SAVEZ-VOUS CE QUE RENSENT LES 8000 ETUDIANTS A LA MAITRISE ET L UNIVERSITE DE MONT e dira.numéro etranger %RECH Louis Phaneuf est directeur du Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques et professeur au Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).REFERENCES 1.KYDLAND, F.E.et PRESCOTT, E.C.«Time to Build and Aggregate Fluctuations», Econometrica, novembre, 1982, vol.50, p.1345-1370.2.HANSEN, G.« Indivisible Labor and the Business Cycle », Journal of Monetary Economies, 1985, vol.16, p.309-327.3.ROGERSON, R.D.«Indivisible Labor, Lotteries and Equilibrium», Journal of Monetary Economics, 1988, vol.21, p.3-16.4.CHO, J.-O.et COOLEY, T.F.«Employment and Hours Over the Business Cycle», Journal of Economic Dynamics and Control, sous presse, 1994.5.CHO, J.-O., COOLEY, T.F.et PHANEUF, L.The Welfare Costs of Nominal Wage Contracting, miméo.Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, 1994.6.CHRISTIANO, L.J.et EICHENBAUM, M.«Current Real Business Cycle Theories and Aggregate Labor Market Fluctuations», American Economie Review, 1992, juin, vol.82, p.430-450.7.AMBLER, S.et PAQUET, A.Endogenous Government Spending and the Business Cycle, miméo., Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, 1994.8.PAQUET, A.Dépenses publiques et taxation proportionnelle dans les modèles du cycle réel, cahier n° 17, Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, 1994.9.CHO, J.-O.et PHANEUF, L.Optimal Wage Indexation and Aggregate Fluctuations, cahier n° 14, Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, 1993.10.CHO, J.-O.et PHANEUF, L.A Business Cycle Model With Nominal Wage Contracts and Government, miméo., Centre de recherche sur l’emploi et les fluctuations économiques, 1994.DES GENS AU SERVICE DES GENS 1-800-465-7748, POSTE 423 LA FACULTE DES SCIENCES D'UN PAYS DE CONNAISSANCE 'i v » ''Æ'i > MigggMpMBI .i A i tt i * î i i î fr JS#?.MW $io§æ«g if* ! #r/V ê u Ètk M i i .|lpmJ| ' ' t* -« La recherche à la Faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke : une tradition, un mode de vie.é des sciences dispose d’équipements et d’infrastructures nécessaires à la recherche scientifique de pointe.Les équipes de recherche, jeunes et dynamiques, se distinguent par leur esprit novateur.Elles offrent une solide formation et un individualisé dans un milieu qui favorise anouissement personnel.Faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke champs de formation à la recherche vont i siologie animale à la biologie moléculaire; de ologie animale à l’écologie végétale; de la chimie -organique à l’électrochimie; des matériaux industriels a chimie théorique; de la physique des supraconduc-rs à celle des semi-conducteurs lll-V et à l’optoélec-ônique; du génie logiciel aux réseaux neuronaux; de Igèbre aux mathématiques des points fixes; des proba-ités à la recherche opérationnelle; de l’informatique théorique aux télécommunications.Ww' J.» Au coeur des sciences il y a la vie en pays de connaissance 0-26 ?*• ; -, m Æ " H v ; 4P4** Faculté des sciences DE mm R WVA- :-jaags '*&*¦ \VS3 V>Cs^ .4 \A>-U V \>v> i- W * ILLUSTRATION: MARC KOKINSKI ENJEUX L'université nord-américaine connaît actuellement de profondes transformations qui remettent en question jusqu à sa fonction même dans la société.Et le discours des universitaires — empreint de nombreuses contradictions — est le reflet de ces interrogations: faut-il voir la recherche comme l'essence même de la mission universitaire ou, au contraire, comme une menace pour le projet constitutif de l'université?Quelle place faut-il accorder à la création artistique universitaire?Que sera, en fait, l'université de demain?L’universite Une réflexion s'impose.C'est pourquoi le Comité des politiques universitaires du Syndicat des professeurs et professeurs de l'Université du Québec à Montréal (SPUQ) a entrepris à l'automne 1992 une étude sur la recherche et la création universitaires.Les conclusions de cette étude viennent d'être publiées dans un rapport1 que le philosophe et membre de l'Académie française Michel Serres a été invité à commenter lors du lancement du document, le 30 mars dernier.Étant donné l'importance de cette question, nous avons décidé d'y consacrer l'« Enjeux» de ce numéro-ci.Nous vous présentons un extrait de la communication de Michel Serres, suivi d'un résumé de l'étude publiée par le SPUQ.Nous complétons ce dossier par le compte rendu d'une conférence donnée le 12 avril à l'Université de Montréal par Burton R.Clark, professeur à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), sur l'intégration entre recherche, enseignement et apprentissage.INTE50F ACE Vers une nouvelle forme d’université Nous sommes face à un MICHELSERRES séisme considérable dont je ne connais ni les variables ni les causes, mais qui perturbe complètement notre métier à la fois d’enseignant et de chercheur.En effet, nous sommes devant une mutation de la civilisation, une mutation qui sera pourtant, je crois, à moyen ou à long terme, favorable à l’Université.Je m’explique.Nous souffrons, mais de quoi souffrons-nous en particulier?Il y a des souffrances légères et des souffrances lourdes.La souffrance légère, déjà très lourde hélas, c’est le blocage administratif de nos demandes.Un chercheur passe le tiers, la moitié, les trois quarts de sa vie à chercher les conditions de la recherche.Qu’ils soient des sciences humaines ou des sciences exactes, ce qu’on entend des chercheurs, c’est : « Regardez à quel point nous ne cherchons plus!» Autre souffrance: nous n’avons plus de liberté.Nous n’avons plus cette liberté d’avoir une pensée globale, liberté de penser, liberté de chercher, simplement parce que nous sommes trop pris par des exigences de rivalités entre universités.Toutes les contraintes qui pèsent sur nous pèsent sur notre liberté de penser.Est-ce que moi, chercheur, j’ai le droit de penser ce que je veux en génie, en physique, en sciences humaines ou en philosophie?Bien, ça dépend des patrons, des groupes de pression.Ça dépend de qui tient l’édition, les revues; de qui tient les «conseils».Nous souffrons d’avoir peut-être perdu ce qui caractérisait précisément notre vocation profonde, c’est-à-dire celle de penser librement.Par ailleurs, alors que depuis longtemps l’idéologie courante dans toutes les universités européennes et nord-américaines tend à glorifier la différence, la particularité, la singularité, ce que l’on entend des chercheurs, c’est: «Écoutez, nous avons perdu tout programme unitaire de recherche, unitaire de pensée.» Or, que se passe-t-il aujourd’hui?Aujourd’hui, je rentre dans une pièce, il y a un type devant une console d’ordinateur et puis, dans une autre pièce, une autre console d’ordinateur, une autre pièce.Je ne vois plus, de façon comportementale, de différence entre un mathématicien, un physicien, un astronome, un linguiste, un historien, un philosophe, un philosophe transcendantal! Nous faisons tous du numérique et il y a peut-être là quelque chose à vérifier sur l’unité ou la diversité du savoir.C’est peut-être au moment où on est en train de favoriser l’idéologie de la différence, de la singularité, de la particularité de chacun d’entre nous, que nous faisons tous la même chose.Et là, peut-être, la notion d’universalité est en train de revenir.Cette unité, au lieu de se faire derrière une clarification des sciences idéologiques, divines, théologiques, elle est en train de se faire sous l’aspect algorithmique.Autre chose: que cela soit dans les humanités ou les sciences exactes, l’explosion de détails a favorisé «l’expertise».L’homme des sciences humaines forme des «experts» qui seront demain matin «experts» auprès du maire du village ou auprès du P.-D.G.d’une grande compagnie.De la même façon, dans les sciences dures, on forme des «experts» en calcul du béton, en génie électrique, etc.L’Université se met tout à coup à former non pas des penseurs, mais des «experts»; non pas des gens formés à la liberté de penser et à la critique, mais des gens qui seront réellement adaptés à la société telle qu’elle est.Et là, vraiment, c’est une souffrance.Nous avons perdu de notre destin en nous adaptant à la société telle qu’elle est.Or c’est peut-être dans les humanités qui sont en train, partout, de mourir que vit encore l’exigence de penser et de critiquer dont on demande le maintien.C’est peut-être dans les humanités qu’est réfugié, pour la dernière fois, quelqu’un qui a lu et médité Don Quichotte et qui comprend ce que veut dire l’enchantement.Qui comprend ce que c’est d’être ensorcelé par une pensée générale et qui, à force de réfléchir sur la manière dont un imbécile a trop lu de romans de chevalerie, comprend enfin pourquoi une société qui voit trop la télévision est elle-même enchantée! Et, donc, qui a lu Don Quichotte, qui a lu L’Odyssée finit par avoir sur notre temps cette idée globale dont certains regrettent la disparition.Je rencontre encore, parmi les gens qui sont dans les humanités, des personnes qui ont justement cette maîtrise, cette vue large du malheur humain, cette large vue des dimensions historiques des problèmes, ce recul, quelquefois millénaire, quelquefois multimil-lénaire, sur les problèmes que pose notre civilisation.N’est-ce pas là ce qu’il faut sauver?N’est-ce pas à l’endroit même où nous perdons tout que tout est désormais rassemblé?Il fut un temps où les physiciens et les chimistes dé- MAI - JUIN INTE54F ACE PHOTO:UQAM couvrant les atomes, au début du siècle, avaient lu Lucrèce.Qui parmi les savants, maintenant, lit de la littérature précédant de plus de 20 ans sa propre discipline?Reste les souffrances lourdes.Reste que, dans le tremblement de terre colossal que nous sommes en train de subir, il nous faut, au lieu de réfléchir discipline par discipline, poste par poste, réfléchir sur le destin global de l’Université comme modèle datant du Moyen Âge, mais aussi comme modèle de civilisation, de pensée, d’enseignement et de recherche.Dans les années 1920, à Paris, une grosse université n’avait pas 1000 personnes.Nommé à l’âge de 25 ans dans une université de province, je me souviens avoir invité à dîner, chez moi, tous les professeurs de l’institution: ils étaient onze ! Ça, c’était une université ! Depuis, j’ai vu la courbe démographique, la courbe financière, la courbe des dépenses en enseignants, la courbe des constructions de campus et la courbe, alors là verticale, de l’administration croissante, nous écraser! Est-ce que cette université croissante peut encore croître?Je crois que c’est là le séisme.Peut-on encore se payer les énormes concentrations démographiques, financières, matérielles et d’enseignement que nous nous sommes payées jusqu’à maintenant?Si nous avons des difficultés, c’est peut-être que ce modèle est en train de mourir, tout MICHEL SERRES simplement parce que nous ne pouvons plus le soutenir.Les universités sont devenues des dinosaures, d’immenses estomacs trop remplis.Après, on s’étonne d’avoir des difficultés de digestion! Depuis le Moyen Âge, le vieux modèle universitaire voulait dire que le savoir était concentré quelque part: concentration de bibliothèques; de savants; de laboratoires et d’enseignants.Une fois les personnes, les biens et l’information capitalisés, on tapait le tambour et les gens venaient s’abreuver à cette fontaine, à cette concentration.Ce modèle est-il encore possible?Autrement dit, pourquoi garder la concentration?Nous sommes à l’ère des réseaux, alors pourquoi ne pas penser que c’est le savoir qui circulera et que ce sont les enseignés qui ne circuleront plus?Si les enseignés ont jusqu’à présent circulé vers la concentration du savoir, est-ce que demain, ce ne sera pas le savoir qui va circuler vers la dispersion des enseignés?Ne serait-ce pas une université à distance, enfin l’ensemble des universités à distance, qui va résoudre le problème?La souffrance lourde pour l’université vient du fait que ce qui est en question, c’est le modèle universitaire dans un nouvel État social en crise.Or l’une des portes de sortie de cette énorme crise que nous traversons, c’est la formation du plus grand nombre de personnes pour éviter le chômage, la misère, etc.Toutefois, si on augmente la formation, ce n’est plus 40 000 Québécois qui seront à l’UQAM, mais 160 000.Eh bien, les 160 000, vous ne pourrez plus les soutenir.On ne peut pas, de même, soutenir une Sorbonne avec un million d’étudiants.Il y a contradiction entre les besoins croissants de formation et le blocage des crédits.Par conséquent, c’est le modèle même de concentration du savoir et des moyens qui va exploser.Il ne faudrait pas croire qu’un modèle d’université à distance laissera les gens solitaires.De fait, l’université à distance a pour projet de supprimer les distances, distances physiques, distances financières (tout le monde ne peut pas aller à l’université), distances psychologiques (certains n’osent pas aller vers le savoir), distances socio-logiques, etc.De plus, la distance ne va pas supprimer la possibilité de confrontations, mais ces confrontations pourront être faites de différentes manières.Ce n’est pas la peine d’être tous, tout le temps, au même endroit pour confronter des idées.L’université à distance n’est pas une université inhumaine.C’est peut-être maintenant les universités à grosse concentration qui vont le devenir.Il faut rejouer petit.Or il se trouve que précisément parce qu’on est tous comme ça devant notre console d’ordinateur, on est tous plus ou moins sur un modèle d’interconnexion universelle.Et est-ce que ce n’est pas ce réseau universel qui va favoriser un nouveau modèle qui sera alors réellement en harmonie avec la signification profonde, fondamentale, c’est-à-dire littérale du mot «université», c’est-à-dire la pensée de tout le monde: universelle.L’université, c’est l’universel, c’est-à-dire un réseau de connexions qui partagera le savoir pour tout le monde en temps réel.Mon idée, c’est qu’il y a, en effet, des souffrances à poids différents, dont les unes sont d’enjeux lourds mais simplement particuliers, et d’autres, d’enjeux décisifs et alors universels.Aux problèmes universels correspond probablement une nouvelle forme de l’université.+ inte^ace Recherche, et creation sonne ne devrait être embauchée comme professeure ou professeur sans être à la fois chercheuse ou chercheur.On souhaite aussi que l’université attribue automatiquement, et non de façon discrétionnaire et incomplète, des dégrèvements d’enseignement aux professeures et professeurs débutants, et ce, pendant plusieurs années.Dans le secteur des sciences expérimentales, on admet le bien-fondé et la nécessité de la recherche subventionnée.On souhaite également que l’université reconnaisse l’excellence de certains membres de son personnel enseignant et qu’elle encourage le développement de cette excellence, en attribuant, par exemple, une prime à celles et ceux qui ont voué toute leur carrière à la recherche.De plus, on demande que l’université tienne compte des différences entre le secteur de la recherche expérimentale et les autres secteurs dans l’attribution des ressources.Par exemple, les fonds de recherche requis pour l’encadrement des étudiantes et des étudiants diffèrent selon les secteurs.divergence des idées du choc et de La recherche universitaire ne peut être présentée comme un bloc monolithique.On compte de la diversité des secteurs en cause, ce que les auteurs du rapport du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ) ont fait.Trois axes principaux ont été retenus pour l’analyse : les sciences expérimentales, les humanités et le domaine de la création.Il en résulte trois visions différentes, pour ne pas dire divergentes, de la place et de la nature de la recherche universitaire.Il est important de préciser que ce rapport ne peut être considéré comme exprimant la position du SPUQ ni celle de l’ensemble des professeures et professeurs de l’UQAM.Les conclusions qu’on y retrouve sont celles des 12 membres du Comité des politiques universitaires du SPUQ, comité présidé par Normand Baillar-geon (sciences de l’éducation).Son objectif?La discussion.SOPHIE MALAVOY Les humanités: valoriser la connaissance synthétique et non l'excellence La généralisation du modèle universitaire nord-américain a contribué à la généralisation d’un modèle de recherche instrumental , une situation non seulement néfaste mais suicidaire pour le secteur des humanités.La recherche en sciences expérimentales est jugée comme désintégrée et atomisée.Elle n’existe plus que sous la forme d’une infinité d’entreprises instrumentales ne pouvant ni ne voulant plus viser à produire quelque synthèse que ce soit.De même, certaines pratiques actuelles de la recherche dans le secteur des humanités sont perçues comme ne présentant pas la moindre trace de pensée et n’existant que parce qu’elles sont subventionnées.Ces pratiques sont alors tenues pour l’exacte négation de l’essence même de l’université, en particulier de son devoir d’élaboration de synthèses, de réappropriation et de transmission critique de la tradition.L’université se doit donc de recruter ses professeures et professeurs en fonction de la maîtrise qu’elles ou ils détiennent dans leur domaine, de leur capacité d’intégrer à la problématique d’ensemble du développement de leur discipline, les progrès cruciaux accomplis dans les autres domaines de connaissance et de recherche.Sur cette base, des changements de cap importants sont nécessaires.Par exemple, toutes les recherches immédiatement pragmatiques, utilitaires, visant Les sciences expérimentales tout pour Dans les sciences expérimentales (les sciences basées sur un travail en laboratoire ou sur le terrain, ce qui n’exclut pas certaines recherches en sciences humaines), ne pas disposer d’un équipement de pointe signifie tout simplement ne pas faire partie de la communauté scientifique, ne pas accéder à la publication de haut calibre et ne pas avoir de crédibilité pour l’enseignement, parfois même au premier cycle.La recherche dans ce secteur est donc largement tributaire du financement, mais aussi d’un environnement qui doit lui fournir le personnel et les services adéquats.Par conséquent, les chercheuses et chercheurs en sciences expérimentales souhaitent que le mot d’ordre de l’ensemble de la communauté universitaire soit «Tout pour la recherche», à tous les paliers, pour toutes les instances, y compris le syndicat.Plus une seule per- INTE^ACE 399114 en tout premier lieu à répondre à des besoins ponctuels, devraient être laissées à des instances extrauniversitaires, comme des ministères ou des centres de recherche spécialisés travaillant sous contrat.Des étudiantes ou étudiants pourraient, au cours de leur formation, y faire des stages; mais l’objectif de ces organismes n’est pas celui de l’université, qui se perd elle-même à vouloir répondre à de tels besoins immédiatement traduisibles en objectifs.La création: pour un statut de professeur-créateur La présence de la création à l’université est un phénomène récent et on n’associe que rarement création artistique et recherche universitaire.Aussi les artistes travaillant à l’UQAM demandent-ils depuis longtemps — et en vain, jusqu’à présent — l’introduction du statut de professeure-créatrice et de professeur-créateur.La redéfinition récente du rapport entre création et université s’inscrit dans le contexte du déplacement des frontières classiques du domaine esthétique.En outre, il faut souligner que la création artistique, dans ses pratiques actuelles, inclut comme l’un de ses moyens le recours aux nouvelles techniques.On peut même observer que certaines pratiques artistiques devancent et stimulent les recherches proprement technologiques.Ainsi, la création artistique, dans ce qui fait sa modernité, nécessite un savoir non seulement théorique et critique, mais aussi scientifique et technologique.Ce double rapport au savoir fait que les créatrices, les créateurs sont aussi à leur façon des chercheuses et des chercheurs.Toutefois, les artistes connaissent quelques difficultés à faire valoir leur travail en tant qu’objet de recherche, puisqu’elles ou ils ne répondent pas aux critères de la recherche scientifique et que les objets créés sont très souvent considérés comme objets de commerce.Il faut donc inventer des modalités permettant d’assurer la contribution de l’université au financement des ateliers de création.RÉFÉRENCE 1.COMITÉ DES POLITIQUES UNIVERSITAIRES DU SPUQ.«La recherche et la création à la recherche d’elles-mêmes», Analyses et discussions, n° 4, hiver 1994, 60 p.Comité des politiques universitaires: Normand Baillargeon et Pierre-Yves Paradis (sciences de l’éducation); Claude Braun (psychologie); Gaëtan Breton (sciences comptables); Paul Cham-berland (études littéraires); Michel Freitag et Stephen Schecter (sociologie); Michel Goulet (arts plastiques); André Hade et Benoit Marsan (chimie); Laurent Poliquin (sciences biologiques) et André Vidricaire (philosophie).Les textes des communications présentées le 30 mars feront l’objet d’une publication ultérieure par le SPUQ.De Berlin à Berkeley: la recherche a toujours sa place à l’université Quand ils ne sont pas MARIE CHALOUH dans une classe ou dans un amphithéâtre en train de donner un cours magistral, où sont donc les professeurs d’université?Ces professeurs «qui n’enseignent que quatre ou cinq heures par semaine», où passent-ils donc le reste de leur temps?Sur un terrain de tennis?Bien pire encore! Ils passent le plus clair de leur temps à faire de la recherche, «à l’abri» de leurs étudiants et au détriment de l’enseignement, qui devrait être leur mission première.Cette critique à l’emporte-pièce s’inscrit dans le débat opposant la recherche et l’enseignement à l’université.Pour bien des personnes, le temps consacré à la recherche est du temps volé à l’enseignement; pour beaucoup d’autres, les heures d’enseignement sont du temps perdu pour la recherche.Prenant fait et cause pour la recherche, Burton R.Clark, professeur émérite en enseignement supérieur et en sociologie à l’UCLA, affirme que, loin d’être incompatibles, la recherche et l’enseignement sont au contraire très souvent complémentaires.Selon lui, la recherche est en quelque sorte la voie royale et de l’enseignement et de l’apprentissage: «En participant aux projets de recherche de leurs professeurs, les étudiants établissent avec ces derniers des relations privilégiées.Le laboratoire, contrairement à une salle de cours si petite soit-elle, permet d’entretenir des rapports plus étroits, plus personnels.Les étudiants n’y sont pas que des stagiaires; ils deviennent des collaborateurs.Et ils ont ainsi la possibilité d’apprendre ce qui ne s’apprend ni dans les livres ni dans les cours, notamment l’attitude à adopter face à un problème, la souplesse qu’il faut acquérir, l’entêtement dont il faut parfois faire preuve, etc.» La place de choix qu’occupe aujourd’hui la recherche dans bien des universités et qui suscite une si vive controverse n’est cependant pas un phénomène nouveau.Burton R.Clark en retrace les origines à Berlin, en 1810, à l’époque où Wilhelm von Humboldt énonça une nouvelle doctrine que beaucoup considèrent révolutionnaire encore de nos jours: «Humboldt eut l’audace d’affirmer que l’université n’était pas d’abord et avant tout au service des étudiants ni même des professeurs, mais qu’elle avait principalement pour mission de faire de la recherche et d’élargir le champ des connaissances.De même, le professeur n’était pas, selon lui, au service de l’étudiant, chacun ayant un rôle bien défini à jouer dans leur quête commune de la vérité.» Cette nouvelle conception de la relation maître-élève, cette idée de faire participer les étudiants aux recherches, ne tarda pas à faire son chemin.En 1926, dans la petite université provinciale de Giessen, le chimiste Justus Liebig fonda une école de pharmacie où les cours se donnaient l’été, le reste de l’année étant consacré aux travaux pratiques.Liebig confiait à ses étudiants des projets de recherche à la fois utiles à leur formation et à ses propres recherches.Son laboratoire, qui connut un essor prodigieux, est considéré par les historiens des sciences comme «le premier grand laboratoire moderne d’enseignement et de recherche ».De Berlin à Berkeley, c’est-à-dire du XIXe siècle allemand à la fin du XXe siècle américain, l'intérêt pour la recherche s’est maintenu.Mais le professeur Clark estime que la force des universités américaines aujourd’hui les plus réputées réside dans le maintien d’une étroite relation entre la recherche et l’enseignement: «Comme la quantité de connaissances à assimiler dans chaque discipline augmente aujourd’hui à un rythme effréné, il faut que les étudiants acquièrent ces connaissances et donc que des professeurs les leur enseignent! Ce bagage théorique est indispensable à quiconque veut faire de la recherche.D’une certaine façon, on peut parler de deux types de formation: une formation pour la recherche et une formation par la recherche.» LAVERY DE BILLY AVOCATS MONTRÉAL QUÉBEC OTTAWA BUREAU 4(XX) BUREAU 500 20e ÉTAGE 1, PLACE VILLE MARIE 925, CHEMIN SAINT-LOUIS 45.RUE O’CONNOR MONTRÉAL (QUÉBEC) QUÉBEC(QUÉBEC) OTTAWA (ONTARIO) H3B 4M4 GIS ICI KIP 1A4 (514)871-1522 (418) 688-5000 (613) 594-4936 TORONTO, OTTAWA, CALGARY, VANCOUVER ET LONDRES, ANGLETERRE CABINET ASSOCIÉ BLAKE, CASSELS & GRAYDON À cet égard, il souligne qu’il est important que l’université diversifie ses sources de financement, car cela lui assure une plus grande souplesse quant à la répartition des fonds.«11 vaut mieux dépendre partiellement de plusieurs bailleurs de fonds que dépendre totalement d’un seul, car ce dernier pourrait bien décider de financer séparément la recherche et l’enseignement, et exiger la même séparation dans la pratique.» Selon Burton R.Clark, l’apprentissage, l’enseignement et la recherche sont indissociables; ils se complètent et s’enrichissent mutuellement.«L’enseignement universitaire doit accorder à la recherche une place aussi grande qu’à la connaissance des classiques.Si seuls les étudiants qui veulent devenir chercheurs ont besoin d’une immersion, il est indispensable de donner aux autres au moins un aperçu de la recherche, de ses méthodes, de ses modes de penser.Idéalement, cette sensibilisation à la recherche devrait s’élargir à l’ensemble de la population car elle se révélera un outil précieux pour relever les défis que le XXIe siècle réserve à notre société.» + UQAR AUX DIMENSIONS D'AUJOURD'HUI L'Université du Québec à Rimouski, hôte du 61e Congrès de l'ACFAS, souhaite un franc succès à l'UQAM et au Comité organisateur du 62e Congrès de l'ACFAS.Les personnes désireuses d'obtenir le Guide des études de deuxième et de troisième cycles de l'UQAR sont invitées à communiquer avec le Service des communications, Université du Québec à Rimouski, 300, allée des Ursulines, C.P.3300, Rimouski (Québec), G5L3A1.Téléphone: (418)724-1446 Télécopieur: (418)724-1869 Université du Québec à Rimouski >lV*VVw ÜSRH :'r"' jfeîÿj: ip§w&l >?*:•; cv* 1MM0 MÉ Jfc [wN"' É3g| MS ps$@$S3S8£ Efrïi1' &$»$*] gsugMa^âa /.XV ¦.VJ.'-.' ,,'.V-1 \ üü Avk WjiVWAfe’ f/Ai-yÇ: >>»' •y»/ ^'^6*'.^.aàtef ÜÉP !.’ .•V-CîsA.-S 'WWW.-, ^'.•'•Lviî màmm mmmsss mm i&B Sîsæs; UNIVERSITE D’OTTAWA UNIVERSITY OF OTTAWA Service de l'admission, 550 Cumberland, Ottawa (Ontario) KIN 6N5 (613) 564-3928 Depuis sa création, l'Association canadien ne-française pour l'avancement des sciences a toujours agi comme dépositaire du patrimoine scientifique québécois et ce, dans tous les champs du savoir.C'est là un rôle extrêmement important, et l'Association s'en acquitte de façon admirable.Si les échanges qu'entretiennent les membres de l'Acfas, notamment dans les pages du Magazine Interface, s'étendent sur toute l'année, il n'en reste pas moins que le congrès annuel constitue le point culminant de cette interaction scientifique.Je suis heureux de souhaiter, à ceux et celles qui se réunissent à l'Université du Québec à Montréal, du 16 au 20 mai, des travaux qui soient à la fois fructueux et satisfaisants.Le ministre de l'Éducation ^ÙST~ Jacques Chagnon O O Gouvernement B O du Québec f= LEXIQUE DES SERVICES DE SANTÉ LE FONDS FCAR nouveauté Ce lexique anglais-français, français-anglais présente un ensemble de termes et d'expressions propres au secteur des services de santé en général au pays.C'est un ouvrage de base qui prendra plus d'expansion au fur et à mesure de son actualisation.Il est divisé en deux parties, traitant des services de santé mêmes et des appellations officielles qui s'y rattachent.Cette publication s'adresse aux professionnels de la santé et aux traducteurs, terminologues et interprètes.* Publié par le Secrétariat d'Etat, le lexique a été élaboré par le réseau Entraide Traduction Santé (ETS), un groupe de traducteurs oeuvrant dans le domaine de la santé.Bulletin de Terminologie 205, 1991 Code GCC-É : 029401 1068 entrées 14,95$ (17,95$ à l'étranger) Disponible par la poste auprès du: Groupe Communication Canada - Edition Ottawa (Ontario) Canada Kl A 0S9 Tél: (819) 956-4802 ou par l'entremise des librairies associées ¦ Medical Research Conseil de recherches B^B Council of Canada médicales du Canada Secrétariat d’État du Canada Department of the Secretary of State of Canada J 10 ANS D’INVESTISSEMENT EN RECHERCHE ET EN FORMATION AU QUÉBEC.UNE VALEUR SÛRE! ?À chaque année, le Fonds FCAR octroie près de 50 000 000$ à plus de 4 000 chercheurs et étudiants québécois oeuvrant dans tous les domaines: De l'Architecture à la Zoologie [[un avenir de découvertes! Fonds pour la Formation de Chercheurs et l’Aide à la Recherche 3700, me du Campanile, Bureau 102 Sainte-Foy (Québec) G1X4G6 Tél.: (418) 643-8560, Téléc.: (418) 643-1451 -'¦mm- I SCIENCECLIPS Des dino morts de faim ART SWEET, DE LA COMMISSION GÉOLOGIQUE DU CANADA, A RACONTE UN PEU MALGRÉ LUI LA FABLE DU LION ET DU MOUCHERON; POUR ÊTRE PLUS PRÉCIS, DU DINOSAURE ET DU MOUCHERON.IL A EN EFFET MONTRÉ QUE VERS LA FIN DU CRÉTACÉ (IL Y A À PEU PRÈS 65 MILLIONS D’ANNÉES), LES PLANTES À FLEURS DE LA SASKATCHEWAN ET DU MONTANA AVAIENT MASSIVEMENT DISPARU.EN ANALYSANT LES POLLENS DE CES PLANTES ET LEUR DISPERSION DANS DES COUCHES SÉDIMENTAIRES RELATIVEMENT FACILES À DATER, IL A DÉCOUVERT QUE LES ANGIOSPERMES (LES PLANTES À FLEURS) DES PLAINES DE L’OUEST AVAIENT SUBI UNE EXTINCTION MASSIVE À LA CHARNIÈRE des ères secondaire (Crétacé) et tertiaire, leur disparition coïncidant avec la disparition des dinosaures.Il n’en fallait pas plus pour convaincre deux géologues et paléontologues américains, Doug Nichols et Jack Wolfe, du US Geological Survey à Denver , pas d’angiospermes, pas de fourrage, donc pas d’herbivores.Et encore moins de dinosaures herbivores.CQFD.Les deux Américains se basent également sur des travaux effectués par Kirk Johnson, du Musée d’histoire naturelle H de Denver, sur la flore de la fin du Cré-¦s tacé au Dakota du Nord.Là aussi, on a “ observé une disparition massive (85 t p.cent) de tous les végétaux.Conclusion u de Nichols et Wolfe: les dinosaures ne sont pas morts parce qu’un coin du ciel est tombé sur le Yucatan, ils sont bêtement morts de faim.Art Sweet est toutefois plus réservé.«Je laisse le problème de la disparition des dinosaures à mes collègues.Ce qui m’intéresse, c’est l’hécatombe végétale comme telle.Or, ce que je remarque dans le cycle de disparition qui est intervenu à la fin du Crétacé au centre de l’Amérique du Nord, c’est que les premières victimes sont les types d’angiospermes d’habitude pollinisés par les insectes.D’autres angiospermes ont suivi et finalement les gymnospermes, soit les conifères, ont disparu eux aussi.Cette cascade suggère fortement un refroidissement graduel.Les insectes disparaissent d’abord, puis les plantes à fleurs, puis les résineux.» Même si le chercheur ne se permet pas de faire le saut des plantes aux animaux, il reconnaît toutefois la vraisemblance de l’inférence des deux Américains: plus de moucherons, plus de plantes pollinisées par les moucherons, donc moins de fourrage et moins de nourriture à la base même de la chaîne trophique.Et comment Art Sweet a-t-il fait pour savoir que les plantes à fleurs de la fin du Crétacé furent directement ou indirectement victimes du froid?En appliquant les techniques d’investigation de la pallinologie, la science des végétaux préhistoriques, dont la star québécoise est Aïcha Achab, professeure à l’INRS-Géoressources et directrice du Centre géoscientifique de Québec.«Notre travail, explique cette dernière, commence comme celui du paléontologue, soit par la récolte d’un échantillon de sol.D’après la composition en minéraux de la roche , nous obtenons une première approximation de l’âge.Nous appliquons aussi un principe simple: plus c’est profond, plus c’est vieux.Ensuite, pour débarrasser les spores, les grains de pollen et les autres microorga- MAI - JUIN INTEd^ACE nismes végétaux de leur gangue de roche, nous dissolvons cette dernière.Les acides fluorhydriques ont raison des silicates et les acides chlorhydriques, des carbonates.La matière organique végétale résistant à ces produits, on obtient à la fin des structures végétales intactes, soit des pollens et des spores fossilisés.» Et là, aux étapes finales, c’est le grand jeu?Isotopes radioactifs, genre carbone 14 et spectrométrie de masse?«Pas du tout.Simplement, on pose l’échantillon entre deux lamelles et on le regarde au microscope.La datation se fait «sur la gueule du client», pour ainsi dire.Nos connaissances taxonomiques sont mises à contribution.Nous savons aussi que certaines combinaisons d’espèces sont typiques de certains habitats pendant une période précise.Art Sweet, lui, s’intéresse aux aberrations, aux groupes incomplets de populations.11 se demande pourquoi telles espèces, qui devraient se trouver à tel moment en compagnie de certaines autres, n’y sont pas.» Que pense Aïcha Achab des grandes extinctions végétales de la fin du Crétacé?«L’hypothèse d’un refroidissement qui aurait eu raison de certains végétaux pollinisés par des insectes, puis des résineux et finalement de beaucoup d’espèces animales est très crédible.C’est la meilleure hypothèse de travail pour l’instant.» Reste à voir si la météorite du Yucatan a quelque chose à voir avec le refroidissement des conditions climatiques de la fin du Crétacé.GUY PAQUIN 1.KURTZIPITES TRISPISSATUS, ANGIOSPERME POLLINISÉ D’UN TYPE DE MORPHOLOGIE SIMPLE QUI A SURVÉCU À LA TRANSITION CRÉTACÉ-TERTIAIRE, 2.AQUILAPOLLENITES REDUCTUS, 3.A.CONATUS, 4.AQUILAPOLLENITES DEUCATUS: ANGIOSPERME POLLINISÉ D'UN TYPE DE MORPHOLOGIE COMPLEXE QUI A DISPARU À LA FIN DU CRÉTACÉ MAI - JUIN INTE^ACE Un MtikM&ique DEPUIS BIENTÔT 50 ANS, UNE MALADIE D’ORIGINE HOLLANDAISE DÉCIME LES ORMES DU QUÉBEC.UNE VÉRITABLE HÉCATOMBE, POUR LAQUELLE AUCUN REMÈDE N’A ENCORE ÉTÉ TROUVÉ.OU PRESQUE.CAR LES TRAVAUX DE PIERRE DESROCHERS, DU CENTRE DE FORESTERIE DES LAURENTIDES, POURRAIENT CONDUIRE AU DÉVELOPPEMENT D’UN NOUVEAU FONGICIDE CAPABLE DE LUTTER CONTRE CETTE MALADIE.CE nouveau produit fonctionnerait sur le même principe que les antibiotiques.En 1983, une équipe de scientifiques, dont font partie Pierre Desrochers, Guille-mond Ouellette et Michel Dessureault, met en culture des fragments de branches d’un orme que l’on soupçonne à tort d’être atteint de la maladie.La vie se manifeste.Un champignon se développe bel et bien dans la boîte de Pétri.Toutefois, il ne s’agit pas du champignon responsable de la maladie hollandaise de l’orme, mais d’un champignon auparavant inconnu, que l’on baptisera Phaeo-theca dimorphospora.Ce dernier fait partie des moisissures, tout comme Pénicillium notatum, le champignon à l’origine de la mise au point de la pénicilline.On se demande alors si le nouveau venu ne pourrait pas sécréter une toxine capable de faire régresser le champignon pathogène responsable de la mort des ormes.Excellente intuition: les plus récents travaux effectués in vitro par Pierre Desrochers viennent, en effet, de confirmer cette hypothèse.L’espoir renaît donc, car tous les ormes < d’Amérique du Nord sont actuellement < menacés par la maladie hollandaise.La < £ maladie a même gagné le Lac-Saint-Jean, o une enclave auparavant épargnée.Le g mécanisme d’action de cette maladie?0 1 Un champignon microscopique, Ophios- ORME MORT DE LA MALADIE HOLLANDAISE toma ulmi, sécrète des toxines qui s’attaquent aux jeunes tissus de l’arbre.Les vaisseaux de l’arbre se bouchent et l’arbre se dessèche.Actuellement, le premier moyen utilisé pour lutter contre la maladie est l’élimination des ormes morts et moribonds.Le scolyte de l’orme, un insecte qui lui est naturellement associé et qui se reproduit abondamment sous l’écorce des arbres morts, transporte d’arbre en arbre les spores du pathogène et propage la maladie.De plus, pour les arbres de grande valeur — par exemple, les ormes du centre-ville de Québec —, on injecte aussi dans le tronc du thiaben- INTE&IFACE dazole, un produit qui n’est pas fongicide mais fongistatique, c’est-à-dire qui empêche seulement la progression du pathogène.Le nouveau fongicide viendrait augmenter de beaucoup l’efficacité de ces injections.Toutefois, il faudra compter plusieurs années pour parfaire la mise au point de ce nouvel outil de lutte.On devra procéder à des essais en serre et sur de véritables ormes pour vérifier la non-toxicité du produit et, advenant des résultats concluants, il faudra tenir compte des contraintes économiques.Traiter un arbre avec une injection de fongistatique coûte déjà entre 150 et 500 $, une dépense que toutes les villes ne peuvent se permettre.Toutefois, la ville de Québec pourrait être intéressée.Dans la région de Montréal, la situation est différente.Plusieurs facteurs techniques rendent la maladie hollandaise de l’orme plus virulente, plus difficile à combattre et les injections, moins appropriées.Les ormes y sont déjà rares.Sur les 35 000 ormes du territoire de la Ville de Montréal des années 1950, il en reste 3 000.Les seuls qui reçoivent encore des injections appartiennent au Jardin botanique.PIERRE DUBOIS C M X C I V MSÉi^ogie GOlpstïu AU JEU DE LA SÉDUCTION, LES HOMMES NE SONT PAS TOUS ÉGAUX ET CE N’EST PAS UNIQUEMENT UNE QUESTION D’APPARENCE PHYSIQUE.JOHN F.KENNEDY ET HENRY KISSINGER, PIERRE ELLIOT TRUDEAU ET RENÉ LÉVESQUE: BEAUX OU NON, LES HOMMES DE POUVOIR ONT DE TOUT TEMPS ATTIRÉ LES FEMMES.PERSONNE NE SERA DONC SURPRIS D’APPRENDRE QU’UN PROFES- SEUR AU DÉPARTEMENT D’ANTHROPOLOGIE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, DANIEL PÉRUSSE, VIENT DE DÉMONTRER que les hommes riches, éduqués et occupant un emploi prestigieux ont en moyenne plus de partenaires sexuels féminins que leurs camarades au bas de l’échelle sociale.Là où le bât blesse, par contre, c’est lorsque l’anthropologue émet l’hypothèse que les hommes recherchant le succès social agiraient — inconsciemment — de façon à augmenter leurs chances de se reproduire.Il faut dire que Daniel Pérusse, à l’instar des sociobiologistes, parle de ce que certaines personnes considèrent comme étant une hérésie, soit que les principes qui gouvernent l’évolution organique influeraient aussi sur le comportement humain.Les tenants de la sociobiologie seraient peut-être plus populaires s’ils dissertaient sur la nature fondamentalement bonne de l’être humain, mais le problème est que la sélection naturelle ne fait pas de telle distinction entre le bien et le mal.Elle ne distingue qu’entre ce qui favorise ou non la reproduction; d’où l’obsession des sociobiologistes avec le succès reproductif.«L’hypothèse de départ, explique Daniel Pérusse, est qu’un comportement, ou un trait physiologique, est sélectionné lorsqu’il a un effet positif sur la reproduction.Cette hypothèse s’applique aussi à la recherche du succès social.Si ce comportement pourtant universel n’avait pas eu d’effet sur le succès reproductif des hommes qui Font adopté, il n’y aurait pas eu de transmission de sa base génétique de génération en génération, et on n’observerait pas de corrélation positive entre le statut social et le succès reproductif.» Or, et c’est ce qui rend les sociobiologistes perplexes, dans les sociétés industrielles, plus les hommes sont riches, moins ils ont d’enfants! Ce constat laisse supposer que la sélection naturelle n’aurait pas opéré sur le comportement qui vise à rechercher le succès social.Pourtant, lorsqu’on regarde du côté des sociétés pré-industrielles et animales, on remarque que dans plusieurs d’entre elles, les mâles au sommet de la hiérarchie sociale laissent plus de descendants.Les sociobiologistes réconcilient ces résultats en apparence contradictoires en invoquant deux inventions résolument modernes: la contraception et l’imposition de la monogamie.«La contraception a dissocié la satisfaction sexuelle de ses conséquences reproductives, relate l’anthropologue, tandis que l’imposition relativement récente de la monogamie a réduit les possibilités de variation du succès reproductif masculin.» INTI{*$ ACE C M X C I V ILLUSTRATION: JACQUES COLDSTYN L’originalité de la démarche de Daniel Pérusse a été de contourner ces obstacles et de positionner son étude «en amont» du succès reproductif, soit au niveau du succès sexuel.Aux 433 hommes et aux 700 femmes qui ont rempli anonymement un questionnaire, le chercheur demandait combien de partenaires ils avaient eus au cours de l’année précédente et combien de relations sexuelles ils avaient eues avec ces partenaires.À partir de ces réponses, il a estimé un nombre de «conceptions potentielles» qu’il a mis en relation avec un indice de statut social englobant le niveau d’éducation, le revenu et l’emploi.Daniel Pérusse a trouvé que les hommes ayant réussi sur le plan professionnel avaient un plus grand potentiel reproductif que les hommes moins prospères.N’eut été de la contraception, conclut l’anthropologue, ces hommes auraient bel et bien connu un succès reproductif supérieur, conformément à la théorie.Quant à la monogamie, le chercheur a vérifié qu’elle limitait le potentiel des hommes vivant avec une conjointe.Après avoir retranché ces derniers de son échantillon, il a trouvé une corrélation entre le statut social et le succès sexuel encore plus forte — celle-ci atteignant jusqu’à 0,7.Puisqu’il n’y a pas lieu de croire que les relations sexuelles qu’ont eues les répondants étaient autres que consensuelles, il s’ensuit que les femmes auraient «choisi» ces hommes.Le statut social constituerait donc un critère de sélection de la part des femmes, estime Daniel Pérusse.Les hommes aussi choisissent leurs partenaires, mais pas sur la base de leur statut social.Ils semblent plus intéressés par l’âge des femmes: plus les répondantes de l’étude étaient jeunes, plus elles avaient de partenaires.À l’origine de ces comportements, réside un conflit d’intérêts vieux comme le monde, disent les sociobiologistes.L’homme, qui n’est théoriquement limité que par le nombre de femmes qu’il peut féconder, cherche à maximiser le nombre de ses descendants.La femme, par contre, ne peut avoir qu’un nombre restreint d’enfants au cours de sa vie et cherche plutôt à maximiser la survie de sa progéniture.Elle devrait donc préférer le partenaire qui va l’aider à augmenter les chances de survie de ses enfants.«Le statut social serait un de ses critères de sélection puisqu’il est relié aux ressources matérielles que l’homme possède», explique Daniel Pérusse.En démontrant une relation entre le statut social et une des composantes du succès reproductif, l’anthropologue québécois a enlevé une épine au pied des sociobiologistes; mais ce faisant, PRÈS DE LA VILLE DE JOUTEL, EN ABITIBI, CES FOSSILES SONT DE 700 MILLIONS D’ANNÉES PLUS ÂGÉS QUE LES PLUS ANCIENNES STRUCTURES TROUVÉES À CE JOUR DANS LA PROVINCE, SOIT AU LAC Mistassini, à Schefferville et sur la côte est de la baie d’Hudson.Certes, il ne s’agit pas là des plus vieux fossiles connus sur la Terre — certains fossiles re- il s’est aussi attiré les foudres de gens qui rejettent les explications évolutives du comportement humain.Pour beaucoup d’entre eux, ce serait surtout par la socialisation que les femmes seraient amenées à choisir leurs partenaires en partie en fonction de leur statut social.Tout en reconnaissant l’importance des influences culturelles, les sociobiologistes renvoient la balle en demandant: mais pourquoi la socialisation se fait-elle ainsi?ANNE VÉZINA trouvés en Australie et en Afrique du Sud sont datés à 3,5 milliards d’années — mais ils sont les plus anciens du nord-est du continent américain.D’ailleurs, si l’on représente l’histoire de la Terre sur une échelle dont les barreaux sont espacés de 100 millions d’années, la naissance de la Terre est au 45e niveau, les fossiles de Joutel au 27', alors que ces jeunots de dinosaures datent du premier niveau.Depuis cent ans, la région de l’Abitibi a fait l’objet de nombreux travaux d’exploration et de géologie.La découverte _ Des.- de 2,7 milliards d'années C’EST EN CHERCHANT DE NOUVELLES SOURCES DE MINERAIS DE ZINC ET DE CUIVRE QUE DES GÉOLOGUES DE LA COMPAGNIE EXPLORATIONS NO-RANDA LIMITÉE ONT MIS LA MAIN SUR LES PLUS VIEUX FOSSILES DU QUÉBEC, DONT L’ÂGE OSCILLERAIT AUTOUR DE 2,7 MILLIARDS D’ANNÉES.DÉCOUVERTS INTé^6 ACE de ces fossiles doit beaucoup à la chance.«En décapant, pour le caractériser, un affleurement de roches, nous nous sommes aperçus que les blocs de calcaire qu’il contenait renfermaient des formes étranges», raconte Mario Masson, l’un des géologues d’Explorations Noranda.«Nous avons alors fait analyser des échantillons par Hans Hofmann, du Département de géologie de l’Université de Montréal.» Un an et demi après leur découverte, les chercheurs ont pu tirer nombre de renseignements de ces mystérieux fossiles.«Nous avons mis en évidence que ces structures, qu’on appelle < stromatolites», sont des incrustations calcaires formées par des microbes», raconte Hans Hofmann.Les parties molles de ces organismes filamenteux de quelques microns de diamètre n’étant pas préservées, il ne reste que l’empreinte des petits monticules, des pics et des crêtes qu’ils ont érigés.Cet édifice est caractéristique de l’existence d’une communauté microbienne datant du Précambrien.Il ressemble d’ailleurs à d’autres structures modernes du même type se formant dans le nord-ouest de l’Australie.Pour la caractérisation des fossiles, la roche est découpée en tranches à l’aide d’une scie à diamant, les surfaces sont polies et la structure est analysée.La datation fait appel à des méthodes classiques de radiométrie du plomb et de l’uranium.Au cours des mois qui viennent, les chercheurs doivent encore préciser la nature des microbes présents.Les stromatolites apportent de nouvelles données sur une page de l’histoire de l’Abitibi.«11 y a 2,7 milliards d’années, cette région était recouverte d’une vaste mer parsemée d’îlots volcaniques.Les colonies microbiennes vivaient vraisemblablement sur des petits atolls, dans des zones assez lumineuses», raconte Hans Hofmann.Lors d’une explosion volcanique, ces structures bâties par les micro-organismes ont été disséminées.«Les blocs contenant les fossiles que nous avons retrouvés près de Joutel résultent de cette explosion.Il nous faut désormais trouver l’endroit précis d’où ils proviennent.» De nouvelles campagnes de prospection, orientées cette fois-ci sur les fossiles, sont en cours.Les géologues des compagnies minières de l’Abitibi participent aussi aux recherches.En effet, la présence de microbes dans la roche peut induire des changements dans sa composition et faire précipiter certains métaux.Ainsi, les stromatolites de Joutel ont été découvertes avec des blocs de sulfure de fer.«Cette pyrite stérile ne présente aucun intérêt d’un point PHOTOS: MARIO MASSON de vue minier, mais nous sommes tout de même intéressés à trouver la source dont elle est issue», explique Mario Masson.Cet été, d’autres compagnies d’exploration sont attendues dans la région.Une ruée vers la stromatolite?VALÉRIE BORDE 1.VUE DU BLOC DE CALCAIRE STROMATOLITIQUE D'ORDRE MÉTRIQUE.LE BLOC EST EN PLACE DANS L'UNITÉ SÉDIMENTAIRE.ON PEUT VOIR L’EFFET DE L’ÉROSION SUR LE CALCAIRE (RELIEF NÉGATIF) AUTOUR DU BLOC DU CÔTÉ GAUCHE.2.VUE RAPPROCHÉE DU MÊME BLOC.ON PEUT VOIR LES LAMINATIONS SUB-PARALLÈLES QUI ONT SERVI À L’IDENTIFICATION DES STROMATOLITES, QUI SONT LE RÉSULTAT DE L’ACTIVITÉ MICROBIOLOGIQUE DATANT DE ± 2,7 MILLIARDS D’ANNÉES ET DE LEUR SÉDIMENTATION.MAI•JUIN INTE T- ¦ .*-*$*.« »Sp É£gjfSâ chauffage et pression ainsi que sa clarification subséquente se font selon des procédés similaires à ceux employés pour le jus de pomme ordinaire.Ces deux étapes ne posent donc pas de véritables difficultés.Survient alors le fameux problème de l’astringence, dont l’élimination est l’une des préoccupations centrales du projet.Les composés chimiques qui sont responsables de ce goût désagréable sont des polyphénols.Les tanins, très présents dans certains vins, font partie de cette famille.«Différentes techniques d’élimination de ces composés astringents ont déjà été testées avec un certain succès dans nos laboratoires», explique Richard Couture, qui a d’ailleurs déjà contribué à un projet d’élimination du goût amer et acide de certains jus de fruits.Les techniques les plus prometteuses sont présentement évaluées à l’échelle pilote et on a bon espoir de trouver d’ici deux ans un traitement acceptable pour une production industrielle du jus de cajou.Il restera ensuite à tester la stabilité du jus et son comportement en mélange avec d’autres jus.Comme le jus de cajou a bien des chances de se retrouver incorporé dans un mélange de jus de fruits exotiques, il sera essentiel de connaître à fond ses réactions dans différentes formulations.On prévoit même essayer de sécher la pulpe obtenue après pressage des pommes de cajou et l’utiliser pour l’alimentation du bétail ou comme engrais.Il s’agirait dès lors de valoriser le sous-produit d’un sous-produit.On est loin du gaspillage initial! Si tout se passe bien, chacune des parties engagées dans le projet devrait y trouver son compte.En échange de sa compétence dans le traitement et la commercialisation des jus, Lassonde Technologie s’assure un approvisionnement de qualité à prix compétitif d’un jus exotique tout à fait nouveau.Du côté vietnamien, on prévoit plusieurs retombées socio-économiques positives, spécialement du côté des fermiers qui ex- ploitent les plantations et des cueilleurs (principalement des femmes et des enfants).En effet, pour relativement peu de travail et de dépenses supplémentaires, ces gens verront leur revenu augmenter d’une façon substantielle.La raison en est fort simple : ce qui était hier un résidu deviendra du jour au lendemain une valeur marchande très en demande! Le transport et le traitement de cette matière première à l’usine de transformation, la DONA, nécessiteront aussi la création de plusieurs centaines de nouveaux emplois et engendreront des revenus additionnels non négligeables pour la compagnie.En plus des chercheurs vietnamiens qui pourront parfaire leurs connaissances techniques et scientifiques dans le domaine de la transformation des fruits, un étudiant vietnamien aura l'occasion de venir effectuer une maîtrise au Québec.L’Université Laval assumera sa formation scolaire tandis que la compagnie Lassonde Technologie et le Centre de recherche et de développement sur les aliments de Saint-Hyacinthe lui offriront des stages pratiques.«Chez Lassonde, on essaie d’avoir des contacts directs avec nos partenaires des pays du Sud sans passer par des intermédiaires», souligne Richard Couture.Ces accords de participation avec ses fournisseurs, la compagnie de Rougemont en a un peu fait sa marque de commerce.La décision du CRDI d’appuyer un projet venant de l’entreprise privée n’est peut-être pas sans rapport avec cette philosophie.Le projet comprend finalement un volet environnemental: on devra préciser les effets des activités de cueillette, de transport et de transformation des pommes de cajou sur l’environnement.Compte tenu de la simplicité des techniques employées et du peu de produits chimiques utilisés, ces effets devraient être plutôt mineurs.INTE79FACE RECHERCHE: QUAND LES SOUS ENTRENT EN JEU Qu’advient-il du financement de la recherche en milieu universitaire?Cette question, on ne cesse de l'entendre de nos jours.Austérité économique oblige.L’Acfas et le Conseil de la science et de la technologie y ont donc consacré un colloque qui s’est tenu le 19 avril dernier, au Musée de la civilisation, à Québec.La réponse?Tout d’abord, certains constats: le manque de financement de la recherche a des effets sur la qualité de l’encadrement (il n’est pas étranger au nombreux abandons aux 2e et 3e cycles).Il aura, de plus, des conséquences dramatiques sur l’émergence des jeunes chercheuses et chercheurs, et risque d’inciter nos scientifiques, jeunes et moins jeunes, à se tourner vers la théorie.Cela sans mentionner le nombre toujours croissant de personnes qui, malgré la qualité de leurs recherches, viennent grossir, faute de fonds, les rangs des «exclus» du financement.BIO-/1/1ËG4 Boehringer Ingelheim Recherche inc.UN CHEF DE FILE EN RECHERCHE PHARMACEUTIQUE AU CANADA 2100, rue Cunard, Laval (Québec) H7S 2G5 Tél.: (514) 682-4640 Télécopieur: (514) 682-8434 SCIENCE-INTER Quant aux nouvelles sources de financement, elles ne vont pas sans poser certains problèmes.Par exemple, l’industrie : environ 90 p.cent des entreprises québécoises sont à faible densité technologique (il se fait 30 fois plus de recherche industrielle au Japon qu’au Canada!).II faudrait donc renforcer d’abord la base technologique de nos entreprises avant de penser au lien avec les universités.De fait, si l’université peut se présenter comme partenaire de l’industrie, elle ne peut se substituer au privé.Il revient aux entreprises de développer leur propre autonomie de recherche.Toutefois, le développement et l’intégration de nouvelles technologies coûtent cher et demandent des compétences adéquates.Et là les industriels de se plaindre qu’on leur transfère beaucoup de savoir, mais peu de savoir-faire.Par ailleurs, l’entreprise — qui, soit dit en passant, ne dénigre pas toujours la recherche fondamentale (p.ex., Recherches Bell Northern ou les industries pharmaceutiques)— veut pouvoir participer au choix du projet de recherche et à l’évaluation de l’étudiant ou de l’étudiante qui travaillent chez elle.Finalement, en ce qui concerne l’action des gouvernements, il a été question des nouveaux programmes spéciaux qui naissent en marge des organismes subventionnaires usuels (p.ex., Réseau des centres d’excellence, Synergie, Actions structurantes).Pour ou contre?Faut-il sans cesse créer de nouveaux programmes ou améliorer les programmes existants?Le débat persiste.Mais une chose est sûre, c’est que si le support à des regroupements de chercheurs et chercheuses permet de créer des lieux d'excellence, rien ne peut se substituer à la qualité individuelle des personnes en recherche.I COMME DANS INTERFACE ET DANS ICONE L’École polytechnique de Montréal et le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) ont inauguré, le 30 mars dernier, le premier laboratoire MAI - JUIN INT^OFACE d’utilisabilité des interfaces personne-système au Québec: le laboratoire Icône.Son rôle?Évaluer les interfaces de systèmes interactifs du point de vue ergonomique afin d’en améliorer l’efficacité, la facilité d’apprentissage et la facilité d’utilisation.APRÈS BIOCAPITAL I, BIOCAPITAL II La société BioCapital inc.(gestion et investissement en biotechnologie) a annoncé en avril dernier la création d’un deuxième fonds d’investissement de 10 millions de dollars destiné à financer le démarrage et le développement d’entreprises travaillant dans le secteur de la santé et des biotechnologies au Québec.Les partenaires financiers du nouveau fonds sont: le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (6 millions), la société Innovatech du Grand Montréal (3 millions) et la société française Inno-lion S.A.(un million).30,6 MILLIONS DE DOLLARS POUR LA RECHERCHE EN ONCOLOGIE La Société canadienne du cancer vient d’octroyer 30,6 millions de dollars à des chercheuses et chercheurs canadiens en oncologie.Ces subventions sont financées à même la campagne de souscription annuelle de la Société.Elles seront distribuées par l’entremise de son organe affilié de recherche, l’Institut national du cancer du Canada.L'IRCM À L'HONNEUR La Société américaine d’hypertension a décerné en mars dernier au Dr Christian F.Deschepper, directeur du Laboratoire de neurobiologie et peptides va-soactifs à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), son prix ASH/ Marion Merrell Dow Young Scholars pour l’ensemble de ses travaux sur les mécanismes moléculaires et biochimiques de l’hypertension. LES PRIX DE L'ACFAS : PALMARÈS 1994 PRIX ANDRÉ-LAURENDEAU Sciences humaines Claire Lefebvre directrice Groupe de recherche sur la genèse du créole haïtien, Université du Québec à Montréal PRIX J.-ARM AND-BOM BAR DI ER Innovation technologique John H.T.Luong chef Groupe en technologie des biosenseurs, Institut de recherche en biotechnologie, Conseil national de recherches du Canada PRIX JACQUES-ROUSSEAU Interdisciplinarité Régine Robin directrice Centre interuniversitaire d’analyse du discours et de sociocritique des textes (CIADEST), Université du Québec à Montréal PRIX LÉO-PARI SE AU Sciences biologiques et sciences de la santé Emil Skamene directeur Centre McGill d’étude sur la résistance de l’hôte, Université McGill PRIX MARCEL-VINCENT Sciences sociales Albert Legault directeur Centre québécois de relations internationales(CQRl), Université Laval PRIX MICHEL-JURDANT Sciences de l'environnement Jean-Claude Therriault chef Division de la productivité du milieu marin, Institut Maurice-Lamontagne, Pêches et Océans Canada PRIX URGEL-ARCHAMBAULT Sciences physiques, mathématiques et génie Serge Kaliaguine directeur Centre de recherche sur les propriétés des interfaces et la catalyse (CERPIC), Université Laval PRIX BERNARD-BELLEAU Santé et produits pharmaceutiques Marc Poitras Doctorat ès sciences en pharmacologie, Université de Sherbrooke PRIX DESJARDINS D'EXCELLENCE POUR ÉTUDIANTS-CHERCHEURS Daniel Chartier Doctorat en études littéraires Université de Montréal Rose-Marie Dubois Maîtrise en chimie organique Université du Québec à Montréal Daniel Durocher Maîtrise en médecine expérimentale Université McGill ¦ ^ ¦ Conseil de recherches en sciences Natural Sciences and Engineering ¦ t | naturelles et en génie du Canada Research Council of Canada PROGRAMME DE PROFESSEURES-BOURSIÈRES 1995-1996 Les candidates doivent être citoyennes canadiennes ou rési dentes permanentes du Canada.Elles doivent détenir un doctorat en sciences ou en génie.La préférence est accordée aux candidates qui ont acquis au plus cinq années d’expérience après l’obtention de leur doctorat.Les professeures-boursières doivent être des employées de l’université et doivent se consacrer à la recherche.Elles peuvent être nommées à un poste permanent ou conduisant à la permanence au cours de la durée de la bourse.La bourse est d’une durée maximale de cinq ans.Le salaire est déterminé par l’université et devrait être équivalent à celui que toucherait un professeur adjoint.Les professeures-boursières reçoivent une subvention de recherche de 15 000 $ par année.Les candidates peuvent demander des fonds additionnels.Les candidatures doivent être transmises au CRSNG par l’université.Les personnes intéressées à être mises en candidature doivent communiquer avec les universités canadiennes de leur choix et entamer des négociations.Date limite : le 15 octobre 1994.Pour plus de renseignements communiquer avec : Le Programme de professeures-boursières, CRSNG 350, rue Albert Ottawa (Ontario) K1A 1H5 Tél.: (613) 996-2009 Canada L’avenir passe par vous ! 417, rue St-Pierre, bureau 808 Montréal (Québec), H2Y 2M4 Vous avez le goût des sciences et des technologies?Faites-le savoir aux jeunes ! Rejoignez le réseau des «Innovateurs à l’École» 1 800 465-INOV «Innovateurs à l’École» est une réalisation de Société pour la promotion de la science et de la technologie Télécopieur (514) 873-9257 Tél.(514) 873-1544 l+l Industrie Canada Communiquer son savoir.et y prendre goût cÛL* -^^4^ Lauréate et lauréats 1994 "yUF* ! ' *' .â —-
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.