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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1994-09, Collections de BAnQ.

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MTERFACE A TA 1 LA REVUE DE LA RECHERCHE ctromque autoroute /33J raves Association canadienne-française pour l'avancement des sciences adresse de retour: 425, rue De La Gauchetière Est, Montréal (Québec) H2L 2M7 ^j^voi de publication - Enregistrement n 6489 JB?01001026651805 Le sans jrontières à tré Mathématiques appliquées * Génie électrique et informatique * Métallurgie et génie des matériaux SiUS jJjJHlIjJJï Gsms apli-gèiliuis y CèiJiS djiüM'liJï G sills blumbiïiwl Çjwïm îniJiËiiM L’Ecole Polytechnique de Montréal est la plus grande institution francophone de génie en Amérique du Nord.Elle reçoit des subventions substantielles pour la recherche et le développement dans 11 disciplines différentes.Ces argents servent principalement au financement (bourses, postes d’assistants de recherche) des meilleurs candidats inscrits à la maîtrise et au doctorat, venus des 5 continents pour élargir encore les frontières du savoir.Génie civil Consultez notre dépliant Fi d’information sans jrmurcs «Montreal Projrjnuuf» dfiiutlUM* ECOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL VOLUME QUINZE • NUMÉRO CINQ • SEPTEMBRE-OCTOBRE 1994 SOMMAIRE 5 COMMENTAIRE L’AUTOROUTE DE L’INFORMATION, LA VOIE DE L’AVENIR David Johnston 62 SCIENCEMONDE LES PETITS PAS DE L’INNOVATION INDUSTRIELLE Gilles Drouin CHRONIQUES 60 TRANSFERTS 66 SCIENCE-INTER 67 CHERCHEURS RECHERCHÉS 69 SOURCES 72 À SUIVRE 3 jfr FACE À FACE 8 PIERRE TRUDEL et hors- a-loi au Far West virtuel Richard Fortin Droits d’auteur, vie privée, culture francophone.saurons-nous contrôler la nature des contenus qui circuleront sur l’autoroute électronique?Faudra-t-il légiférer?Et comment?Point de vue d’un professeur et chercheur en droit public RECHERCHE Jean-Guy Lacroix, Gaëtan Tremblay, Kevin Wilson et Marc Ménard Tronçons d’autoroute.projets de circulation ambitieux.il n’est pas facile de s'y retrouver, dans le nouvel univers numérique.Aussi jetons-nous ici un coup d’œil du côté des principaux acteurs: l’État, les industries, et les futurs utilisateurs et utilisatrices.26 LA «VIDEO A LA DEMANDE)) premier véhicule de autoroute Jean-Guy Rens, Huguette Guilhaumon, Gil Tocco et Edouard Dermardiros Les abonnés du téléphone pourront-ils commander et visionner à volonté des produits offerts dans les vidéothèques du monde entier?Les scientifiques de Recherches Bell-Northern y travaillent.ENJEUX 38 culture de «zappeurs» ou culture d’auteurs?Edith K.Ackermann Les autoroutes électroniques nous menacent d’une overdose d’information privée de sens.à moins que l’on se réapproprie tous ces savoirs déversés tous azimuts, à moins que l’on redevienne des créateurs et des créatrices.André Boudreau Un message du président de l’Acfas le triple rôle de l’Acfas SCIENCECLIPS 46 ICI, RADIO BINAIRE.47 GESTION DES DÉCHETS: ET POURQUOI PAS LA TARIFICATION À L’UNITÉ?48 UNE SOCIÉTÉ DISTINCTE.DE BÉLUGAS 49 INFOGRAPHIE: PLACE À L’ACTEUR DE SYNTHÈSE! 51 UN PEU D’ESPOIR POUR LES ANIMAUX DE LABORATOIRE 53 DES VACHES, DU BIOLOGIQUE ET DU BUSINESS 54 UN NOUVEAU REGARD SUR LE HANDICAP 55 DU CASTOR À LA STRASTOSPHÈRE: LE PROJET BOREAS 56 C’EST LA FAUTE À MEYNERT! 58 MORUES: PETITES LARVES DEVIENDRONT-ELLES GRANDES?76^70215 SClftlTIFIQUE QUÉBEC FILM DU Montréal—Jardin botanique + cinéma ONF Québec—Musée de la civilisation o?SEPTEMBRE MJ IVt OCTOBRE T994 En collaboration avec Gouvernement du Québec Ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie H Québec M Sciences et Culture Canada LE SOLEIL northern telecom H PRATT& WHITNEY CANADA MUSÉE DE LA CIVILISATION Ville de Montréal COMMENTAIRE L/autoroute de l'information LA VOIE OE L’AVENIR D3 a r D a o i J o fi n s / o n Pourquoi l’autoroute de l’information devrait-elle traverser le Québec?Pour plusieurs raisons : la géographie du Québec, son économie, ses besoins socio-économiques, etc.Dans les régions éloignées du Québec, l’autoroute apportera, grâce au commerce électronique, au télé-enseignement, à la télémédecine et à l’accès à toute la gamme de services dont jouissent les grands centres, une amélioration de la qualité de vie, et y ouvrira une voie d’accès à tous les emplois et marchés créés par notre nouvelle société de l’information.Les expressions «autoroute de l’information» et «autoroute électronique» font certes couler beaucoup d’encre depuis quelque temps dans tous les médias canadiens.Nombreux sont ceux et celles, qu’ils soient des milieux des sciences, des affaires ou de l’enseignement, qui s’y intéressent et se renseignent à son sujet.L’autoroute canadienne de l’information se veut un «réseau de réseaux« qui raccordera les foyers, les entreprises, les administrations publiques, les maisons d’enseignement et d’autres établissements.Tous les Canadiens et Canadiennes pourront ainsi avoir accès à une vaste gamme de services dans des domaines comme l’enseignement, le commerce, la santé, les services bancaires et les loisirs.Beaucoup de gens discutent déjà âprement de contenu canadien, de coût abordable, d’accès universel, de protection des renseignements personnels, de protection de la propriété intellectuelle et de réglementation de l’autoroute.Ces débats devraient d’ailleurs s’animer davantage à mesure que le grand public s’apercevra que les ramifications du projet dépassent largement les questions techniques, qu’elles peuvent toucher à moyen et à long terme la vie quotidienne de tous et de toutes.Déjà, le Québec a commencé à bâtir l’autoroute.Il possède même une longueur d’avance.Je ne peux qu’encourager des initiatives telles que le projet UB1 (Universalité, Bidirectionnalité, Interactivité) auquel participent le Groupe Vidéotron ainsi que six autres entreprises, dont la Banque nationale du Canada, Hydro-Québec, Loto-Québec, la Société canadienne des postes, Vidéoway Multimedia et la Hearst Corporation.Grâce à ce projet, dès l’automne 1995, environ 34 000 foyers de la région de Chicoutimi pourront effectuer des opérations bancaires à la maison et du téléachat, et recevront sous forme électronique de la publicité et de l’information.Par ailleurs, doté d’un budget de 50 millions de dollars, le Fonds de l’autoroute de l’information du ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie du Québec sera chargé de soutenir les entreprises s’engageant dans la voie de l’autoroute de l’information.Cet autre projet est aussi digne de mention.Le Comité consultatif sur l’autoroute de l’information, dont je suis président, marque le début de la participation du gouvernement à l’élaboration d’une stratégie pour l’autoroute canadienne de l’information.Dans le discours du Trône de janvier 1994 et le budget de février, le gouvernement fédéral annonçait son intention de lancer une telle stratégie.Par la suite, le ministère canadien de l’Industrie créait (en mars) un comité consultatif chargé de favoriser un dialogue pancanadien et de conseiller le gouvernement sur le rôle qu’il devrait jouer et, en particulier, sur les mécanismes politiques et réglementaires qu’il devrait mettre en place.Or le Comité ne peut s’acquitter de son mandat sans la participation du plus grand nombre possible d’intéressés — utilisateurs, fournisseurs de contenu et distributeurs — pour susciter un échange d’idées fructueux et faire connaître les intérêts de tous.À cette fin, on a créé cinq groupes de travail thématiques pour discuter de questions précises: la R-D; l’accès universel; la compétitivité; la création d’emplois; la formation, la culture et le contenu canadiens.Formé de représentants de tous les secteurs d’activités et de tous les milieux canadiens, le Comité compte parmi ses membres André Bureau (président-directeur général du groupe de radiodiffusion Astral), André Cha-gnon (président-directeur général de Vidéotron) et Francis Fox (président du conseil d’administration de Rogers Can-tel inc.), des personnalités fort connues au Québec.Je m’attends à ce que ces personnes, ainsi que tous les autres membres, réussissent ensemble à élaborer une stratégie PROFESSEUR DE DROIT À L'UNIVERSITÉ McGILL, DAVID JOHNSTON PRÉSIDE LE COMITÉ CONSULTATIF SUR L'AUTOROUTE DE L’INFORMATION.IL ÉTAIT JUSQU'EN JUIN DERNIER RECTEUR DE L’UNIVERSITÉ McGILL.INTERFACE 4ft* _ 'UMWMt 1» *$ *>***4 /yfT , * //'%mwk DES GENS AU SERVICE DES GENS 1-800-465-7748, POSTE 423 nationale qui tienne compte de tous les objectifs du Comité ainsi que des intérêts du Québec et des francophones partout au Canada.Le Comité consultatif compte veiller à ce que toutes les démarches — rencontres, études ou consultations — permettant de mener à bien le mandat du comité soient entreprises.J’aimerais préciser que le Comité n’a pas pour mandat de construire l’autoroute, mais plutôt de tenir compte des besoins de tous et de résoudre des questions telles que le contenu acheminé sur l’autoroute, la compatibilité du matériel informatique, la protection de la vie privée, la sécurité du réseau, le rôle du secteur public et du secteur privé.Nous serons ainsi en mesure de formuler des recommandations au gouvernement sur la structure de l’autoroute de même que sur les politiques et la réglementation requises.La dimension linguistique de ce projet est sans doute l’un des défis les plus grands et préoccupe sans contredit les francophones du pays.C’est là une des questions sur lesquelles nous avons l’intention de nous pencher.Je constate avec intérêt qu’il existe déjà un projet en vue de franciser le réseau Internet.Mené par Alis Technologies de Montréal et par le Centre de recherche informatique de Montréal, ce projet vise à mettre au point une architecture ouverte qui fournira un soutien multilingue à Internet.Une telle initiative ne pourra qu’enrichir la future autoroute de l’information, reflétant ainsi cette dualité linguistique qui nous est propre.Si elle doit répondre aux impératifs canadiens, l’autoroute de l’information ne doit pas, dans sa conception, homogénéiser le pays.Au contraire, elle doit être à l’image de la diversité de notre société et du dynamisme de nos régions.Nous devons accorder la priorité à la construction d’un réseau doté d’une technologie de pointe, au contenu et à l’accessibilité de l’autoroute ainsi qu’aux avantages que les Canadiens et Canadiennes pourront en tirer.Le Canada peut miser sur une infrastructure technologique parmi les plus avancées, complète et universellement accessible.Précurseur dans de nombreux domaines liés aux technologies de l’information et des communications, le pays se doit d’être aussi à l’avant-garde dans ce domaine de pointe et de construire sans plus tarder son autoroute de l’information.INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBLIÉE À L’INTENTION DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L’INDUSTRIE, DU COMMERCE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE, DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA, DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES ET DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GÉNIE.DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ACFAS : GERMAIN GODBOUT SECRÉTAIRE DE RÉDACTION: JOCELYNE THIBAULT COMITÉ DE RÉDACTION: PATRICK BEAUDIN, THÉRÈSE BOUFFARD-BOUCHARD, MONA NEMER, DENISE PELLETIER, GARY SLATER, YANICK VILLEDIEU RÉVISION LINGUISTIQUE: HÉLÈNE LARUE DIRECTION ARTISTIQUE: LORTI/MOUSSEAU ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE: LORTI/MOUSSEAU PUBLICITÉ: PIERETTE LEFRANÇOIS TÉL.: (514) 466-3095 TÉLÉC.: (514) 466-0952 REPROGRAPHIE: PHOTO-SYNTHÈSE IMPRESSION: IMPRIMERIE QUEBECOR SAINT-JEAN LES ARTICLES D’INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À L'ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÈRE EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7.TÉL.: (514) 849-0045, TÉLÉC.: (514) 849-5558.LA REVUE INTERFACE EST RÉPERTORIÉE DANS POINT DE REPÈRE ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489 SEPTEMBRE1994, DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, TROISIÈME TRIMESTRE 1994 ISSN 0826-4864 INTE 6FACE àîtfÆ wæm mm tâ&M: •'¦M-VS! fry- XÏiiiï ¦y •'¦VC :'ÎVÿf\V.V.''i SU •:Jj§ m# Ml Vi': .•:; :%¦; ¦¦^;!.\\:^ ,,r.''^À\ •V/.Vjr.'‘r’/.iri ¦#3ii8P mm UNIVERSITE D’OTTAWA s=J UNIVERSITY OF OTTAWA Service de l'admission, 550 Cumberland, Ottawa (Ontario) KIN 6N5 (613) 564-3928 96 PHOTOS: JEAN-PHILIPPE FAUTEUX FACE À FACE ôhérifs ei hors -la-loi au hJar TSJest oiriuel Pierre Trudel par hRicharcf hhoriin Au-delà des guerres d'empire entre les compagnies de câblodistribution et celles de téléphone, au-delà des percées technologiques, les projets d'autoroutes électroniques soulèvent déjà certaines inquiétudes.Saurons-nous protéger la vie privée ?les droits d'auteurs ?Pourrons-nous contrôler la nature des contenus qui y circuleront?Et surtout, saurons-nous sauvegarder notre culture francophone ?Se pose alors la question des moyens à prendre pour éviter tout dérapage.Des moyens légaux, entre autres.Voici le point de vue de Pierre Trudel, directeur du Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal.sfeJS® i te l L’autoroute électronique est pavée de bonnes intentions.Songez qu’il s’agit de libérer l’humanité souffrante des contingences de la réalité cruelle pour l’ouvrir au monde enchanté de la réalité virtuelle, un pays de lait et de miel où nous serons égaux et libres, comme des cow-boys dans les plaines du Far West au temps jadis.L’utopie technologique de la fin du millénaire a ses racines aux États-Unis et ce n’est pas par hasard que son principal promoteur se nomme l’«Electronic Frontier Foundation», une référence évidente à la mythologie de la conquête de l’Ouest.Mais le mythe implique aussi la lqtte des bons et des méchants, et partant, le maintien de la loi et de l’ordre.Le caractère anarchisant de la réalité virtuelle fait peur et plusieurs réclament un shérif pour y faire régner le droit.«11 faut réglementer, explique Me Pierre Trudel, parce qu’il y a peut-être des contradictions entre cet espace un peu mythique, un espace ouvert et sans limite apparente, et un certain nombre de valeurs que nous considérons importantes.Je dis bien < peut-être > parce que je ne le sais pas: il faut y regarder de plus près.Mais il est certain que les raisons traditionnelles pour lesquelles on trouvait nécessaire de réglementer l’information ne vont pas disparaître par magie du fait qu’il s’agisse d’un univers dit < virtuel >.Cependant, et c’est important de le souligner, on ne pourra plus faire les choses de la même façon.» INTERFACE CIV Alors il faut chercher.Et c’est pour cela qu’il existe un Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.De nos jours, les données numériques respectent assez peu l’étoile et le colt du shérif.• UN CHERCHEUR AU PAYS DE LA VÉRITÉ RÉVÉLÉE • Pierre Trudel n’a rien d’un Jimi Hendrix ou d’un Toulouse-Lautrec, mais tout de même, dans le monde extrêmement conservateur du droit, il fait figure de non-conformiste.«Ce n’est pas l’innovation qui est valorisée dans le droit, c’est le conformisme.On ne devient pas célèbre en innovant, on devient célèbre en gagnant des causes.Mais le monde change et le droit doit voir venir.Or ce n’est pas dans sa mentalité.Il y a encore des juristes qui croient que le droit est arrivé comme ça, que , comme une espèce d’Esprit saint.Mais c’est la société qui crée le Législateur et nous devons observer la société en évolution pour l’éclairer, ce législateur.C’est le rôle de la recherche en sciences humaines en général et en droit en particulier.» S’il n’est en rien le Che Guevara du droit, Me Trudel n’a tout de même pas eu une carrière classique.Son papa n’était ni juge, ni intellectuel, lui-même n’a jamais rêvé d’être Perry Mason et son goût pour la recherche (et pour le droit) doit plus au hasard qu’à la vocation.Il est né à Montréal, dans la Petite Patrie, au temps des ruelles et des hangars; son père était boucher et travaillait pour son grand-père.Il a fréquenté l’école du quartier, puis l’école secondaire Saint-Viateur où il a fait un cours scientifique en pestant contre les mathématiques (qu’il abhore toujours).Ce qu’il aimait, c’était l’histoire, qu’on ne lui enseignait pas d’ailleurs.Et le journalisme.Au Collège de Maisonneuve, il a abondamment écrit dans le plus vieux journal étudiant du Québec, Le Trait d’union, avant d’être embauché par les hebdos métropolitains, pour lesquels il a travaillé pendant ses études en droit.«J’ai fait le droit par hasard.Je voulais étudier en histoire, mais un ami m’a convaincu de faire mon droit avant.Au début, j’ai trouvé cela aride, mais j’ai fini par être fasciné: c’est une construction intellectuelle très intéressante.Mais je n’ai jamais rêvé de porter la toge.La recherche m’a intéressé, et comme j’étais journaliste, j’en suis venu spontanément au droit de l’information.» C’est comme directeur de la recherche du Groupe de travail sur la politique de radiodiffusion (rapport Sauvageau-Caplan) que Pierre Trudel a vraiment pris la mesure de l’ampleur de la tâche du chercheur dans le domaine des technologies de la communication.Et tout naturellement, il s’est intéressé à l’autoroute électronique, qui, selon lui, devrait au premier chef concerner le droit.SEPTEMBRE - OCTOBRE INTERFACE «Le droit sert précisément à réglementer les échanges d’information, et l’autoroute électronique bouleverse absolument la manière dont ces échanges se feront dans l’avenir.Comme chercheurs, nous sommes appelés à proposer de nouvelles manières d’envisager la règle de droit et à démontrer qu’elles ne sont pas en porte-à-faux par rapport aux innovations technologiques et aux nouvelles façons de faire en société.Il est curieux qu’on s’intéresse si peu à l’aspect juridique des nouvelles technologies de l’information.Mais que voulez-vous, les seules personnes qui ont droit de cité de nos jours sont les gens d’affaires, les ingénieurs et les gestionnaires.» • LA LOI DANS SES GROS SABOTS • Parce qu’elle est intangible, ubiquiste, qu’elle appartient à tout le monde et à personne à la fois, l’information qui circule sur les grands réseaux planétaires a de quoi donner des maux de tête aux juristes.En cas de litige, qui est responsable?À la limite, tous ceux et celles qui ont accès au réseau Internet, par exemple (environ 50 millions d'utilisateurs), produisent de l’information.Outre que l’application des lois nationales se révèle difficile, il faut voir également que la législation en ce qui concerne l’information de type diffamatoire ou haineuse varie d’un pays à un autre.Les producteurs de cette information ne sont donc pas nécessairement imputables des fautes commises.On peut supposer que celles et ceux qui la reçoivent et la diffusent seront les responsables qui devront en répondre devant la justice.Confrontés à un tel casse-tête, les juristes ont tendance à exiger du législateur qu’il fasse des lois.Mais dans un univers virtuel, les règles de conduite ne sont pas nécessairement énoncées dans des lois.D’autres véhicules formulent des normes que les juristes doivent apprendre à maîtriser.Le droit a-t-il les outils conceptuels pour réfléchir autrement qu’en termes de lois et de règlements?Me Trudel croU que oui.«On pense souvent que le droit n’intervient qu’en édictant des lois.C’est faux.Le droit peut évoluer autrement.Les lois ne changent pas, mais nos droits et nos obligations changent.Si dans les années 40, on pouvait interdire à un Noir l’accès à une taverne au nom de la liberté de contracter ou pas avec un client, on condamnait absolument cette pratique dans les années 60 en invoquant le préjudice fait à la personne.Pourtant, la loi n’avait pas changé.On observe le même phénomène tous les jours, et c’est souvent lié aux changements technologiques.Ainsi, la télécopie n’était pas admise en preuve il y a quelques années.Or, même si elle est toujours inacceptable en droit strict pour des raisons nébuleuses et anachroniques, les juges, qui ne sont ni plus bêtes ni plus malins que les autres, l’acceptent généralement en l’absence de preuve manuscrite.Même chose pour les transactions basées sur des numéros de carte de crédit.On considère aujour- d’hui que le contractant qui a donné son numéro de carte de crédit a signifié son accord à la transaction.«Dans un réseau ouvert, de deux choses l’une: ou l’on fait une réglementation pour rassurer les gens tout en sachant qu’elle ne sera pas appliquée, ou l’on réfléchit vraiment aux obligations qu’on devra imposer à ceux et celles qui exercent un contrôle sur la diffusion de l’information.Et pour réfléchir, il faut faire de l’expérimentation.Le droit ne se développe pas a priori.La recherche juridique nous permet d’observer le phénomène, d’en comprendre le fonctionnement et de se demander comment le droit peut intervenir efficacement.Il faut voir comment les gens jouent, comment ils se comportent et en quoi leurs comportements pourraient être préjudiciables.Nous en sommes là: nous observons le phénomène afin d’établir les motifs et la nature des interventions à faire.» • CYBERPROBLÈMES DANS LE CYBERSPACE • Qu’observe-t-on?On observe que c’est toute la manière dont le droit appréhende l’information qui est en train de changer.Et cela a des effets généraux dans tous les domaines.Dans un monde où l’information circulant librement à la vitesse de la lumière est accessible à toutes les personnes qui utilisent le réseau, la crainte qui émerge le plus spontanément a trait à la violation permanente de la vie privée des personnes.Le « Big Brother» d’Orwell serait d’une discrétion exemplaire à côté d’une infernale machine électronique capable de scruter en temps réel le moindre de nos faits et gestes.Curieusement, Pierre Trudel estime que cette question est largement surestimée.«Le cyberspace n’est pas sous la maîtrise d’une autorité unique et centralisée.C’est pour cette raison que la métaphore du Big Brother ne tient pas.De plus, on peut aussi se servir de la technologie pour développer des mécanismes plus appropriés pour maîtriser l’information, notamment l’information confidentielle, que ceux qui existent actuellement.Au Québec, dans le domaine de la protection des renseignements personnels, nous avons failli.Notre loi est inutilement complexe et n’est pas efficace.Malgré cette loi, par exemple, une simple demande de prêt autorise le créancier à fouiller dans notre vie privée.Les réseaux ouverts, puisqu’ils posent clairement le problème de la protection de la vie privée, pourront peut-être nous aider à le résoudre.» D’autres questions restent sans réponse.Ainsi, comment protéger la propriété intellectuelle sans support matériel ?Pas de livres, pas de disques, pas de journaux, pas de documents écrits: les créateurs et les créatrices, dont on sait qu’ils ont des moyens limités pour faire respecter leurs droits, sont-ils condamnés à céder gratuitement leurs œuvres au patrimoine universel?«Il faut se demander dans quelle mesure les modes de rémunération vont devoir s’ajuster à la réalité virtuelle.Quand nous aurons accès à 1000 canaux musicaux, nous INTElO ACE pourrons choisir entre peut-être 10 000 pièces musicales celle que nous voulons entendre.Nous pourrons même transférer sur notre propre système l’œuvre choisie, sans avoir besoin de l’acheter.La même chose pour les livres.La diffusion tend donc à se confondre avec la reproduction (vente) sur support physique.Or, actuellement, les droits d’auteur ne sont pas les mêmes dans les deux cas, les droits de reproduction étant plus élevés.On peut alors imaginer des modes de perception des redevances à la fois collectifs et individualisés.L’auteur ou l’auteure toucherait une redevance sur chaque diffusion d’une œuvre.La technologie permet aussi d’avoir des données plus précises sur les taux d’utilisation des œuvres.Une chose est certaine: à partir du moment où la bibliothèque ou la discothèque électronique deviendront les principaux canaux de diffusion des œuvres, on ne pourra plus compter uniquement sur la rémunération reposant sur la vente de support papier ou plastique.«De toute façon, si l’on ne trouve pas le moyen de payer les créateurs convenablement, rien ne circulera sur la superbe autoroute électronique de plusieurs milliards de dollars.Et l’exercice aura été un peu futile, n’est-ce pas?Pourtant, on ne se préoccupe pas du tout au Canada de ce qu’on va mettre sur cette fameuse autoroute.On préfère investir dans la quincaillerie.D’ailleurs, quand nous avons approché les responsables du projet fédéral d’autoroute électronique CANARIE pour obtenir du financement, nous avons appris que seuls des investissements dans le développement d’applications technologiques (mode de transmission, etc.) étaient prévus.Il paraît que le contenu ne crée pas d’emplois.C’est ridicule.» Les réseaux ouverts donneront aussi accès à de l’information qui risque d’attenter à la réputation, à l’intérêt, à la dignité des personnes.Ainsi, les messages ou les images de nature pornographique, dont on estime qu’ils occupent déjà près de 60 p.cent du total des mégaoctets acheminés sur l’autoroute électronique (une image occupe toutefois beaucoup plus d’espace que du texte), créent beaucoup de soucis aux promoteurs de la réalité virtuelle.Pierre Trudel estime que la censure ne serait ni appropriée, ni efficace pour contrôler le phénomène.«Dans la tradition canadienne, on a souvent recours à la censure comme moyen-réflexe pour résoudre des difficultés.Les environnements en réseaux ouverts supposent de développer des méthodes moins rudimentaires pour faire face aux conflits résultant de la circulation de données indésirables.Dans les discours euphoriques, on a beau prétendre que ces réseaux s’étendent à la grandeur de la planète, il faut, pour y accéder, passer par des réseaux locaux qu’on appelle des < passerelles > (par exemple, pour accéder au Québec à Internet, il faut automatiquement passer par des universités: ces institutions pourraient alors exercer un certain contrôle).C’est peut-être au niveau de ces passerelles qu’il faut exercer une sorte de régulation ou encourager une autorégulation.Dans une certaine mesure, les réseaux se policent eux-mêmes.Il faut soutenir cette autodiscipline.Une chose est sûre : il n’y a pas de solution simple au problème de la diffusion de propagande haineuse ou de matériel pornographique.» Sur une échelle plus globale, on peut s’inquiéter de l’effet des réseaux ouverts sur la souveraineté des pays.En effet, pour qu’une nation existe, il faut qu’elle exerce une certaine maîtrise sur les données qui la concernent, soit sur ses citoyens, soit sur son propre fonctionnement.Autre problème de souveraineté, peut-être plus profond et plus grave: le tronçon canadien de l’autoroute électronique, largement sous influence américaine, garantira-t-il des fenêtres de diffusion pour les produits culturels canadiens et en particulier francophones?Sommes-nous en train de paver la voie aux contenus étrangers?«Il ne s’agit pas d’élever des barrières pour empêcher les produits étrangers d’entrer au pays.De toute façon, c’est impossible.Le défi sera d’assurer une place aux produits en provenance de cultures minoritaires.Nous ne sommes pas les seuls touchés: le monde entier est menacé, sauf les États-Unis.Dans ce domaine, nous avons besoin de mesures réglementaires; le marché ne peut pas réglementer tout seul.Autrement, nous aurons un village global, mais ce sera un village américain.» Et il est fort possible après tout que les décisions importantes ordonnant notre vie culturelle et sociale soient prises dans l’avenir quelque part aux confins des plaines du Far West (en Californie, par exemple) par des cow-boys cravatés bien plus dangereux et bêtes que leurs folkloriques aïeux.©® inteMface RECHERCHE L'autoroute PLUS QU’UNE MÉTAPHORE ?UBI.SIRIUS.TELEDESIC, CANARIE, INTERNET.Si tous ces projets et ceux à venir voient le jour, notre planète sera bientôt « tricotée serrée» par un réseau d'autoroutes électroniques de toutes sortes.Réseau des réseaux de l'information, village global, les technologies numériques permettent les rêves les plus fous.Qu'adviendra-t-il vraiment?Personne ne le sait.Un coup d'œil sur les politiques gouvernementales des deux dernières décennies, sur la structure et les stratégies des principaux concurrents et promoteurs d'autoroute électronique ainsi que sur les usages sociaux vantés par ces derniers, permet d'alimenter la réflexion.m-Guj Lacroix, Gaëtan Trembla), SEPTEMBRE - OCTOBRE INTEfâACE M C M X C I V 13418706 Æ * ¦ >¦.4f ¦¦fh Le 11 janvier dernier, à Los Angeles, Albert Gore, vice-président des États-Unis, promettait — à l’occasion du lancement de la machine interactive américaine baptisée NII (National Information Infrastructure) — un «big bang» dans les industries du câble, des télécommunications et de l’informatique.Les information highways firent alors la première page de la plupart des quotidiens du monde.Depuis, ce sujet est devenu fort populaire.Le mot d’ordre est donc lancé: «Tous vers le XXIesiècle par les autoroutes électroniques».Mais pour beaucoup, cet avenir «branché» n’est pas sans poser une multitude de problèmes dont le premier, et non le moindre, est la définition.de ce dont on parle! La réponse la plus simple et actuellement le plus généralement admise consiste à dire qu’il s’agit de réseaux de communication à haut débit capables de transmettre de n’importe quel lieu à n’importe quel lieu, et simultanément, du son, de l’image et du texte sous forme numérique (c’est-à-dire des conte- La convergence administrative a précédé et « nourri » la convergence technologique des différents secteurs de l'information et des communications.nus transformés par informatique en signaux binaires).On pourrait également dire que l’autoroute électronique, c’est la convergence du téléphone et du câble ainsi que du satellite et du micro-ordinateur, qui permettent à quiconque, n’importe où, de recevoir ou de transmettre n’importe quel type d’information1.Ces définitions laissent supposer qu’il s’agit d’un système unique reliant tous les réseaux actuels et futurs de communication.Un genre de réseau des réseaux, en quelque sorte2.Comme nous le verrons un peu plus loin, cette perspective optimiste élaborée à partir du potentiel prêté aux nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) est loin d’être probable.Les projets d’autoroutes sont en effet très nombreux (encadré) et souvent fort diversifiés, en plus d’être proposés par des promoteurs aux intérêts la plupart du temps très différents — sinon divergents.De sorte que la première question sur la définition des autoroutes électroniques induit automatiquement un enchaînement d’autres questions qu’on peut résumer par : « Des autoroutes électroniques : Comment?Quand?Par qui?Pour qui?Pour aller où?Pour transporter quoi?Pour quoi faire?» Ces questions paraissent simples à première vue.Elles portent cependant à la fois sur les conditions qui ont fait que les autoroutes électroniques sont devenues possibles, voire nécessaires, et sur celles qui font qu’on pourrait encore douter de leur utilité.C’est à l’ensemble de ces interrogations que les chercheurs du GRICIS (encadré) se sont intéressés à l’intérieur d’un programme d’études mené conjointement (1990-1994) avec deux équipes françaises (le GRESEC — Groupe de recherche sur les enjeux de la communication, de l’Université Stendhal de Grenoble, et le Laboratoire des sciences de la communication de l’Université Paris-Nord).Ce programme portait sur l’informatisation, dans les industries québécoises et françaises, des télécommunications et de la câblodistribution.Il a été soutenu par le ministère des Affaires internationales du Québec et celui des Affaires étrangères de France dans le cadre des Accords franco-québécois de coopération universitaire3.Il prendra fin d’abord avec la publication, par les Presses de l’Université du Québec (septembre 1994), d’un livre intitulé De la télématique aux autoroutes électroniques.Le grand projet reconduit, qui fera la synthèse de ces travaux, puis avec la tenue d’un symposium international qui se déroulera du 29 septembre au 1er octobre 1994 à l’Université du Québec à Montréal sur le thème «La convergence des techniques de communication».• DES CONSTRUITS SOCIAUX • L’informatique a fait une entrée remarquée au cours de la Seconde Guerre mondiale.Puis la technologie, l’industrie ainsi que les produits et services informatiques ont entrepris leur longue marche.Il a cependant fallu attendre le milieu des années 70 et la grave crise socioéconomique (d’envergure structurelle) qui a caractérisé cette période pour qu’on parle d’informatisation sociale plutôt que seulement d’informatique et qu’on fasse de celle-ci un projet global de société.Depuis, un ensemble de tendances animant la mouvance informatique4 ont commencé à interagir de façon de plus en plus serrée, ce qui a porté le processus d’informatisation sociale à un moment crucial de son déroulement et, en fait, à un tournant qui pourrait être concrétisé par les autoroutes électroniques.L’objectif du présent article est de montrer comment le contexte de la convergence et les projets d’autoroutes qui le caractérisent sont des construits sociaux qui relèvent de l’interaction de trois niveaux d’action sociale: les politiques publiques de communication; les structures industrielles et les stratégies d’entreprises; les usages sociaux des nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC).• LE POLITIQUE ET L'AVÈNEMENT DE LA CONVERGENCE AU CANADA • En 1969, le ministère des Communications du Canada (MCC), créé une année plus tôt, mit sur pied un groupe de travail, la Télécommission, dont le mandat était de INTE14 ACE Autoroutes électroniques: quelques projets, quelques tronçons.UBI : Projet de Vidéotron, en association avec Hydro-Québec, la Banque Nationale, Loto-Québec, la Société canadienne des postes et Hearst Corporation (un géant américain des médias) et avec la collaboration de IBM pour la compression des signaux.On prévoit pour l'an 2000, à un coût d'environ 750 millions, la construction d'un réseau pouvant transporter plus de 200 canaux de télévision, des services télévisuels transactionnels et commerciaux, des services télévisuels interactifs, de la formation à distance, etc.Un essai est prévu à l'automne 1995 dans la région du Saguenay, où 34 000 foyers auront accès aux services UBI.SIRIUS: Projet de l'alliance Stentor (Bell Canada, BC Telecom, SaskTel, NBTel, Maritime Tel & Tel et Newfoundland Telephone).On propose une autoroute électronique pancanadienne pour l'an 2005, au coût de 8 milliards (2,1 milliards au Québec), qui permettra de commander des films à domicile, d'échanger des messages vidéo, de consulter des bases de données, etc.TELEDESIC : Ce projet piloté par Microsoft et McCaw Cellular prévoit pour 2001 la mise en place, à un coût variant entre 9 et 12,6 milliards selon les déclarations publiques, d'un réseau mondial de télécommunications utilisant 840 satellites gravitant à faible altitude et permettant l'acheminement, d'un point à un autre de la pla- nète, de divers types d'information (communications téléphoniques ordinaires, images médicales à haute résolution, téléconférences, etc.).CANARIE : Projet piloté par le gouvernement fédéral depuis 1993 en collaboration avec le secteur privé.Se propose d'être d'ici 1999, pour un coût d'environ 1,2 milliard (115 millions pour la phase 1), le réseau CANadien pour l'Avancement de la Recherche, de l'Industrie et de l'Enseignement, d'où son nom.Ses promoteurs le voient comme un tronçon important de l'autoroute de l'information au Canada, offrant une large bande de transport à grande vitesse de signaux (par opposition à des bandes plus étroites et très lentes, comme c'est le cas pour les actuels fils téléphoniques).Il offrira également la possibilité de se raccrocher à INTERNET.INTERNET: Réseau américain existant déjà depuis environ 20 ans, auquel sont reliés des équivalents canadien (CANET) et québécois (RISQ: Réseau interordinateurs scientifique québécois), desservant des utilisateurs répartis dans plus de 90 pays, donnant accès à une très grande diversité de banques de données (certains avancent le chiffre de plus de 40 000) et permettant aux utilisateurs d'échanger des données et de faire des travaux communs.INTERNET compte actuellement entre 1 5 et 20 millions d'abonnés.réfléchir à la question de l’informatisation de la société canadienne.Le terme «convergence» n’était pas encore popularisé, mais on se préoccupait déjà des intersections qui se développaient entre les secteurs des télécommunications et de l’informatique.On parlait alors de «relations étroites», de «mariage», de «chevauchement», voire de «fusion»5.Vingt-cinq ans plus tard, les événements semblent donner raison à ce discours «futurologiste».Cependant, ce moment de l’histoire récente a été parsemé d’initiatives qui peuvent être regroupées en périodes de façon à faciliter le repérage des interventions gouvernementales qui ont eu une incidence déterminante sur le processus d’informatisation sociale au Canada.Nous centrerons notre attention sur les initiatives fédérales, car c’est ce palier de l’État qui possède les pouvoirs les plus étendus en matière de communications au Canada.• LES ANNÉES 70: DU RÊVE TECHNOLOGIQUE À LA CONVERGENCE ADMINISTRATIVE • Le discours sur les phénomènes de convergence technologique, dans cette première période, est résolument optimiste au sujet des possibilités que laissent entrevoir alors les nouveaux développements techniques.Les deux premiers documents produits par le ministère fédéral des Communications sur la «noce» entre l’informatique et les télécommunications en témoignent éloquemment6.La plus importante des interventions gouvernementales durant ces années est sans conteste le programme Télidon, dans lequel le Canada investira 40 millions de dollars entre 1978 et 1982.On veut alors développer un système de vidéotex — c’est-à-dire un système de communication reliant des terminaux dotés d’une capacité graphique à des bases de données possédant également des documents graphiques — concurrentiel par rapport au système anglais, Prestel, et au système français, Antiope.Bell Canada s’associe à l’aventure en 1979 et conduit, entre 1981 et 1983, quelques expériences de développement de contenus vidéotex et l’implantation de terminaux (projet Vista).Vidéotron fait de même et le ministère fédéral des Communications investit, la même année, près de 2 millions dans le développement d’un système d’information à domicile utilisant la norme Télidon (projet SID-Télidon), l’ancêtre du système Vidéoway.Aucune loi d’importance n’est adoptée durant cette période, ni sur les télécommunications, ni sur la radiodiffusion.Cependant, la loi de 1968 est amendée en IN T ACE Le GRICIS Le GRICIS (Groupe de recherche sur les industries culturelles et l'informatisation sociale) de l'Université du Québec à Montréal fut fondé en 1983.Depuis 1986-1987, il est co-dirigé par Jean-Guy Lacroix (sociologie) et Gaëtan Tremblay (communication).Il rassemble plusieurs autres chercheurs universitaires: Kevin Wilson, du Module de communication de la Télé-Université à Montréal; Gilles Pronovost, du Département des sciences du loisir de l'Université du Québec à Trois-Rivières; Michaël Dorland, du Département de communication de l'Université Carleton; un professionnel, Michel Saint-Laurent; des chercheurs postdoctoraux : Marc Ménard et Philippe Bouquil-lion; et plusieurs assistants, dont les plus anciens sont tous étudiants au doctorat: Pierre Lizotte, Claude Gauvreau et Gerba Malam.L'objectif du GRICIS est à long terme de développer une théorie des industries culturelles et de l'implantation des nouvelles technologies d'information et de communications.Les principaux chantiers auxquels le groupe s'intéresse actuellement sont: l'industrie de la télévision et de la câblodistribution; l'évolution du secteur des télécommunications; l'industrie de la production audiovisuelle indépendante; les politiques culturelles et des communications; le développement de la télématique; la question de la convergence technologique et de l'intégration économique dans les pays industriels avancés; l'insertion des nouvelles technologies d'information et de communication dans les cycles de croissance socioéconomique; les conditions socioéconomiques de travail et de vie des artistes.1976, faisant ainsi passer les télécommunications sous la juridiction du CRTC, sigle qui, désormais, signifiera Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada.Était-ce un indice de la convergence à venir?Chose certaine, à compter de ce moment, on peut parler de convergence administrative, et affirmer que celle-ci a précédé et «nourri» la convergence technologique.On peut également penser que cette convergence administrative a accentué la tendance à l’intégration d’entreprises de communication, qui a retenu l’attention de l’actualité économique depuis une année: fusion avortée de Bell Atlantic et de TCI (Tele-Communications Inc.), prise de contrôle de Paramount par Viacom, achat de Maclean Hunter par Rogers Communications de Toronto, etc.).• LA PREMIÈRE MOITIÉ DES ANNÉES 80: PRIORITÉ A LA CÂBLODISTRIBUTION ET AUX CONTENUS CANADIENS • Au cours de cette deuxième période, la grave crise qui afflige la plupart des économies occidentales conduit le gouvernement fédéral à abandonner ses prétentions à faire du Canada un leader mondial dans la définition des normes techniques et à mettre sur pied une industrie nationale d’équipement (hardware) informatique.Il met du même coup sous le boisseau son projet d’un système canadien grand public de vidéotex — Télidon sera définitivement «enterré» en 1985 — tout en continuant d’affirmer que le développement des nouvelles technologies d’information et de communication est stratégique pour la société canadienne7.Dans le domaine des communications, le CRTC s’interroge, dès la fin des années 70, tout particulièrement sur la domination des émissions étrangères, surtout américaines.La publication en 1982 du Rapport du comité d’étude de la politique culturelle fédérale (Rapport Applebaum-Hébert) annonce le changement de cap.Prenant acte du nouvel environnement technologique issu de la multiplication des canaux de télévision (le passage généralisé à des câbles d’une capacité de 36 canaux s’achève à ce moment, du moins dans les grands centres), on met l’accent, entre autres, sur la nécessité de produire davantage de contenus canadiens, surtout par la voie de l’entreprise privée.À cet effet, on crée, en 1983, un Fonds d’aide à la production télévisuelle indépendante, dont la gestion est confiée à Téléfilm Canada.N’ayant pas réussi à imposer son produit (Télidon) sur le marché des nouveaux systèmes de vidéotex grand public, le ministère fédéral des Communications misera, à partir de ce moment, sur une technologie relativement bien établie et entièrement aux mains de propriétaires canadiens.En 1983, le ministre Francis Fox annonce que la câblodistribution sera désormais «le véhicule privilégié de la révolution informatique au Canada8».Dans cet esprit, les nouveaux services d’information et de communication grand public qui s’annonçaient alors devaient, au Canada, emprunter la filière de la télédistribution plutôt que celle de la télécommunication.Ce parti pris politique ne fut pas sans conséquence pour les performances économiques et, à moyen terme, pour la structure de l’industrie de la câblodistribution.Nous avons en effet montré que, à la suite de cette prise de position et des décisions réglementaires du CRTC qui la concrétisèrent, les revenus et les bénéfices nets des entreprises de télédistribution augmentèrent substantiellement.Dans le cas de Vidéotron, cette croissance fut radicale entre 1983 et 1989, soit respectivement de 618 p.cent et de 1 169 p.cent9.• DE 1986 À AUJOURD'HUI: MISE EN PLACE D'UN NOUVEAU CADRE LÉGISLATIF ET RÉGLEMENTAIRE • La troisième période est surtout dominée par des préoccupations ou des initiatives juridiques qui définiront de nouvelles règles, lesquelles favoriseront l’émergence de la convergence.Dès 1985, Marcel Masse, alors ministre des Communications du Canada, met sur pied un groupe de travail chargé de réviser le système canadien de la radio-télévision.Le groupe de travail Sauvageau-Caplan remettra son rap- INTEJ6 ACE port en 1986.Après bien des péripéties, une nouvelle loi sur la radiodiffusion sera adoptée en 1991.Elle se situe dans la lignée de celle de 1968 tout en mettant l’accent sur la production cinématographique et vidéographique indépendante.De son côté, en 1986, le CRTC adopte une nouvelle réglementation concernant la câblodistribution.Il libéralise, entre autres, les procédures d’augmentations tarifaires.De plus, en 1987, il accorde une licence à neuf nouveaux services spécialisés qui devront être offerts avec le service de base de la câblodistribution, ce qui permettra aux câblodistributeurs d’accroître encore davantage leur position déjà dominante alors dans l’industrie télévisuelle.Ainsi, en 25 ans, le CRTC a pris un ensemble de décisions qui a grandement favorisé, structurellement, les câblodistributeurs, ce qui, à terme, leur a permis de consolider leur L'ÉCHEC D'UN NOUVEAU SERVICE TÉLÉMATIQUE La firme CETI (Centre d'excellence en télécommunications intégrées) tente en 1987 de lancer le système de vidéotex français Télétel-minitel sur le marché canadien.L'expérience sera une catastrophe et le CETI fermera ses portes l'année suivante.Mais devant cette concurrence potentielle, Bell Canada annonce son propre projet, ALEX.Le 13 avril 1988, Bell Canada demande au CRTC la permission de faire un essai de marché pour un service électronique d'information et de transactions.Nommée ALEX, cette nouvelle technologie d'information et de communication allait en quelques années se révéler un échec.Voici l'histoire d'ALEX.1988 -le CRTC donne à Bell, en décembre, son accord final pour l'expérience, qui est aussitôt lancée à Montréal; 1989 -ALEX est lancé à Toronto et fait l'objet d'une campagne publicitaire intensive.ALEX se trouve 20 000 abonnés individuels; 1989 -le 1er octobre, Bell crée la division Médiatel, dont la tâche sera d'exploiter un certain nombre de services télématiques: INET, ENVOI et ALEX; 1991 -officiellement, ALEX compte 13 740 abonnés à Montréal et 8 760 à Toronto.Cette même année, la courbe des abonnements atteindra son sommet, 32 000, pour ensuite entamer une chute vertigineuse; 1992 -ALEX ne compte plus que 2 000 abonnés à Montréal et 4 000 à Toronto.Le nombre de services offerts et de fournisseurs commence également à diminuer, passant respectivement de 1991 à 1992 de 347 à 284 et de 147 à 94.L'échec d'ALEX ne tient pas au cadre réglementaire imposé par le CRTC ni au manque de moyens financiers.Au contraire, Bell a réussi à négocier des conditions réglementaires plutôt avantageuses et, une fois sa décision prise, a engagé ses ressources pour faire en sorte que le projet soit un succès.Notre analyse de ce cas d'implantation de NTIC nous amène à conclure qu'ALEX fut un échec parce que Bell n'avait pas le savoir-faire nécessaire, et que sa culture organisationnelle autant que sa structure étaient inappropriées pour développer et implanter ce type d'innovation dans un marché en voie de constitution.En effet, Bell ne connaissait pas les partenaires, soit les fournisseurs de services avec lesquels elle devait obligatoirement colla- borer pour mettre en place cette nouvelle offre.Sur la base de la réussite de Télétel, on a pensé qu'un service semblable pouvait être implanté en Amérique du Nord.Cela révèle la méconnaissance de Bell des conditions particulières qui avaient permis le succès du développement et de l'implantation du vidéotex français; mais, surtout, cela révèle son incompréhension fondamentale de son propre marché.Par exemple, la décision de ne pas offrir ALEX à un tarif fixe de base allait à l'encontre des habitudes nourries par des dizaines d'années de pratique du téléphone, le grand public canadien n'ayant pas l'habitude de se voir facturer en fonction du nombre d'appels et du temps d'utilisation (sauf en ce qui concerne les interurbains).De plus, plutôt que d'essayer de comprendre la valeur et l'utilité des nouveaux services qu'on comptait proposer aux consommateurs et tenter de saisir comment ces services seraient comparés et mis en compétition avec d'autres offres (par exemple, la téléinformatique, qui déjà était bien installée), Bell s'est laissée abuser par le postulat essentiellement techniciste voulant que le problème en soit uniquement un d'interface.On a en effet pensé qu'il suffirait de développer une interface simple et conviviale pour venir à bout de la résistance des consommateurs.De fait, Bell a sous-estimé la difficulté de mise au point technique de son produit.Ainsi, à la non-correspondance aux habitudes économiques d'accès du grand public aux services réguliers de télécommunications (par abonnement et une facturation ne tenant pas compte du temps d'utilisation pour les appels locaux), s'est ajoutée l'inefficacité technique (sa lenteur, entre autres).L'interaction de ces deux erreurs allait être fatale à ALEX.Finalement, il semble que des décennies d'exploitation dans un environnement monopoliste aient rendu la culture et l'organisation du géant canadien des télécommunications peu aptes aux manœuvres requises par le nouvel environnement d'information-communication qui commençait déjà à s'esquisser au tout début des années 90.On peut également penser que Bell Canada n'y croyait pas vraiment et qu'il s'agissait davantage pour cette firme d'une stratégie défensive devant la menace représentée par l'initiative du CETI, visant à préserver une éventuelle place sur un marché dont le potentiel était alors très mal connu au Québec et au Canada.INTElÇt ACE M CMXCIV Arec R
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