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Titre :
Interface : la revue de l'ACFAS
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences,1984-2000
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'ACFAS
  • Successeur :
  • Découvrir (Montréal, Québec)
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Interface : la revue de l'ACFAS, 1994-11, Collections de BAnQ.

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VOLUME QUINZE • NUMÉRO SIX • NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1994 5,50$ 4 ' o D JJ U • Pharmacies et médicaments au XIXe siècle • L'endettement étudiant • Aïcha Achab: la Sherlock Holmes du paléozoïque Association canadienne-français\poür J' Montréal (Québec) H2L 2M7 Envoi de pù nces, adresse de retour: 4 registrement n° 6489 a Gauchetiere Est 01001026651806 Nous pensons à l'avenir dans toutes nos actions Nous nous sommes engagés à donner à notre clientèle québécoise le meilleur service au moindre coût possible.Au moindre coût, mais pas à n'importe quel prix.L'équilibre de l'environnement nous préoccupe tous.C'est pourquoi, nous choisirons tou- jours le projet qui conciliera le mieux l'économie et l'écologie.Pour améliorer notre qualité de vie, nous ne mettrons jamais en jeu celle des prochaines générations.Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes æ- U LJ LJ U U U VOLUME QUINZE S NUMÉRO SIX • NOVEMBRE-D O M M A I R E 5 COMMENTAIRE PLACE À LA SIMPLICITÉ ET À L’EFFICACITÉ Daniel paillé 64 TRANSFERTS 66 SCIENCEMONDE L’ÉCOLE DE LA PAYSANNERIE Claire Gagnon 68 SCIENCE-INTER FACE À FACE AÏCHA8A£HAB La Sher ock Holmes du paléozoïque Pascale Guéricolas Qu’y avait-il sur la Terre il y a 300, 400, 500 millions d’années?Une géologue enquête, microfossile par microfossile.L RECHERCHE 16 Des ^eux « high tech » pour les astronomes René Racine Depuis les miroirs de 10 m de diamètre jusqu'aux systèmes les plus complexes pour vaincre la gravité et l'atmosphère, les astronomes ne reculent devant rien; même pas devant les coûts «astronomiques» de leurs installations.Passage de la «guerre des étoiles» à la «course aux étoiles».69 CHERCHEURS RECHERCHÉS 70 SOURCES 72 À SUIVRE 32 DE LA PHARMACIE A LA Un Kill1 siècle révélateur Johanne Collin L’omniprésence des médicaments dans notre vie n’est pas un phénomène récent.Déjà au XIXe siècle, pilules, sirops et remèdes de toute sorte soulageaient nos ancêtres.à leurs risques et périls, dans certains cas.ou «qui s’instruit s'appauvrit» ENJEUX Jacques Keable Les faits sont simples: les étudiants et étudiantes s'endettent de plus en plus.Faut-il s’inquiéter?Un dossier complexe où le consensus est loin de régner.ÉCEMBRE 1994 SCIENCECLIPS 52 DU TAÏ CHI POUR LUTTER CONTRE L’OSTÉOPOROSE 53 LE NORD-OUEST QUÉBÉCOIS: UN NOUVEL ELDORADO?55 L’ORIGINE DU CODE GÉNÉTIQUE REVISITÉE 57 DE L’ÉVEIL AU SOMMEIL: LA COURSE CONTRE L’HORLOGE 59 LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMPHIBIEN 60 LE VIGABATRIN, UN ANTIÉPILEPTIQUE RÉCENT 61 UN NOUVEL ALLIAGE AU NIOBIUM « npeut continuer à tout temps Vétude, non pas Vécolage : la sotte chose qiïun vieillard abécédaire! » Michel de Montaigne, Essai II, 28 Le devoir COMMENTAIRE Place à la simplicité et à l’efficacité PAR DANIEL PAILLÉ Au moment où ces lignes vont sous presse, mon mandat à titre de ministre de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie débute à peine.Pourtant, c’est sans hésitation que j’ai accepté de livrer aux lecteurs et lectrices d’interface un aperçu des intentions de mon ministère à l’égard du développement des activités scientifiques et technologiques au Québec et, plus particulièrement, au sujet des moyens qu’il entend prendre à court terme pour favoriser le développement technologique de nos entreprises.Il n’est pas exagéré, en effet, de parler d’urgence sur ce plan.Au Québec, une étude menée en 1992 par le Conseil de la science et de la technologie révélait que 49 p.cent de nos entreprises n’employaient alors aucune technologie générique (CAO, FAO, robots, machines à commandes numériques, etc.).Or l’utilisation de telles technologies constitue un élément essentiel pour l’amélioration de la compétitivité.Il existe, c’est l’évidence, un lien direct entre leur emploi et la capacité des entreprises à exporter, et donc à profiter ainsi pleinement d’un contexte économique mondial désormais dominé par la libéralisation des marchés.Cette situation correspond à l’héritage laissé tant par le gouvernement précédent que par le gouvernement fédéral.Mais l’on pourrait taxer mes propos de partisane-rie.Permettez-moi plutôt de citer quelques faits.• Une analyse exhaustive de l’équité des dépenses fédérales en R-D entre 1979 et 1991, analyse effectuée à l’intérieur d’une étude dont dispose le Ministère, mène à des conclusions sans équivoque.Pendant cette période, l’Ontario a enregistré un surplus de 3 milliards et le Québec, un sous-financement de 2,5 milliards.Contrairement à la «juste part» observée pour les autres provinces canadiennes, la proportion des dépenses fédérales de R-D au Québec reste en dessous de la fourchette des 23 p.cent - 26 p.cent correspondant à son poids démographique ou économique.• D’autres analyses révèlent qu’en 1991, le poids des entreprises québécoises dans l’effort de financement de R-D global au Canada s’élevait à 32,9 p.cent, tandis que seulement 20,6 p.cent des dépenses fédérales totales en R-D étaient concentrées au Québec.• Selon des compilations récentes, le Québec, avec 30 p.cent des entreprises actives en R-D, ne reçoit que 13,9 p.cent des dépenses intra-muros de R-D en sciences naturelles et génie, déséquilibre dû principalement à la présence beaucoup plus importante en Ontario qu’au Québec, de centres de recherche.Considérant l’effet structurant qu’exercent de tels centres dans leur environnement — implantation d’entreprises de haute technologie, octroi de contrats de recherche.—, l’on mesure aisément le handicap que représente pour le Québec cette répartition des ressources fédérales.• Au Québec, en matière de R-D, l’échec du gouvernement précédent apparaît manifeste.En mai 1993, le ministre de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie lui-même reconnaissait, au moment de l’étude des crédits de son ministère, que son gouvernement n’avait pas atteint, pour ses dépenses intérieures de R-D, l’objectif de 2 p.cent du produit intérieur brut qu’il s'était fixé en 1988.• Le plan d’action du gouvernement précédent, par ailleurs, misait sur une plus grande participation du gouvernement fédéral.Or les chiffres démontrent clairement que c’est l’inverse qui s’est produit.La part de la valeur des contrats de recherche accordés par le gouvernement fédéral dans le cadre de sa politique d’impartition a été au Québec de 11,8 p.cent en 1993-1994 alors qu’en 1988-1989, elle se situait à 14,1 p.cent.DANIEL PAILLÉ EST MINISTRE DE L’INDUSTRIE, DU COMMERCE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE DU QUÉBEC DEPUIS LE LUNDI 26 SEPTEMBRE 1994.interface cmxciv Autre point.À notre arrivée au Ministère, nous avons demandé à voir tous les formulaires que les entreprises devaient remplir pour ce qui touchait les programmes gouvernementaux.En examinant un répertoire des activités scientifiques et technologiques du gouvernement du Québec publié en 1991 et ayant trait aux activités de 1988-1989, nous avons compris pourquoi il y en avait tant.Dressant un portrait éloquent de la complexité de l’ensemble de l’appareil gouvernemental, ce répertoire énumérait les programmes par dizaines, avec mesures fiscales à l’avenant, et des champs et axes d’intervention multiples mettant en cause un nombre impressionnant d’unités administratives, réparties dans plusieurs ministères.Mais je m’arrête ici.Ce n’est pas aux chercheurs et chercheuses qu’il faut parler du temps à consacrer à la préparation des dossiers visant un investissement en R-D ou un soutien à l’innovation technologique! Il est certain que la gestion des fonds publics commande, dans chacun des secteurs d’intervention du Ministère et en toutes circonstances, un suivi rigoureux et, partant, des outils de planification et de contrôle appropriés.Cela dit, une telle complexité appelle à coup sûr un examen sérieux.J’estime que, face à une telle situation, il faut mettre en pratique les principes que monsieur Parizeau nous enjoignait d’appliquer lors de notre nomination au conseil des ministres.Un: ne jamais faire compliqué quand on peut faire simple.Deux: cesser de croire au «mur à mur» ou, si l’on veut, de faire comme si ce qui convient à une région, une communauté, une entreprise était nécessairement ce qui convient à une autre.Ces principes, je les trouve inspirants parce que fondés sur le bon sens, et parce qu’ils traduisent le désir de l’équipe de mon ministère de faire plus et mieux en misant notamment sur les actions suivantes: • revoir, à brève échéance, l’ensemble de la politique scientifique et technologique du Québec; • mettre en place une politique axée sur le transfert technologique orienté vers les petites et moyennes entreprises, en favorisant le repérage des technologies et l’adaptation de celles-ci aux besoins de l’entreprise, en facilitant l’accès au financement et en simplifiant l’intervention gouvernementale; • clarifier les interventions du gouvernement du Québec en science et technologie afin de favoriser une meilleure utilisation des ressources qui y sont consacrées et de faciliter l’accès aux programmes offerts; • faire appel à la collaboration des institutions financières pour mettre sur pied un programme de garantie de prêt dont le premier volet visera l’acquisition de technologies de fabrication et le second, l’amélioration des produits et l’innovation; • contribuer à réduire le contrôle de l’État sur les entreprises et à simplifier les mécanismes de traitement de l’administration publique à leur endroit.Bien sûr, il est trop tôt pour juger des fruits des actions et intentions énoncées ici, et l’heure est encore au tour du propriétaire.Mais une chose est sûre: le Ministère mettra tout en œuvre pour développer la «culture technologique» de nos entreprises, accroître l’efficacité de l’activité gouvernementale et, grâce à cette rationalisation, parvenir à financer de nouveaux programmes.Dans son discours inaugural, monsieur Parizeau déclarait: «Le Québec nous a élus pour faire bouger les choses, pas les virgules.» C’est bien là notre intention.H INTERFACE REVUE BIMESTRIELLE SANS BUT LUCRATIF, INTERFACE EST PUBLIÉE À L’INTENTION DE LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE PAR L’ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES (ACFAS) AVEC L’AIDE DU MINISTÈRE DE L’INDUSTRIE, DU COMMERCE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE, DU PROGRAMME SCIENCES ET CULTURE CANADA, DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES ET DU CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES NATURELLES ET EN GÉNIE.DIRECTRICE ET RÉDACTRICE EN CHEF: SOPHIE MALAVOY DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ACFAS: GERMAIN GODBOUT SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JOCELYNE THIBAULT COMITÉ DE RÉDACTION: PATRICK BEAUDIN, THÉRÈSE BOUFFARD, MONA NEMER, DENISE PELLETIER, GARY SLATER, YANICK VILLEDIEU RÉVISION LINGUISTIQUE: HÉLÈNE LARUE DIRECTION ARTISTIQUE: LORTI/MOUSSEAU PHOTO DE LA PAGE COUVERTURE: PHILIP ROSENBERG PUBLICITÉ: PIERETTE LEFRANÇOIS TÉL.: (514) 466-3095 TÉLÉC.: (514) 466-0952 REPROGRAPHIE: PHOTO-SYNTHÈSE IMPRESSION: IMPRIMERIE QUEBECOR SAINT-JEAN LES ARTICLES D’INTERFACE PEUVENT ÊTRE REPRODUITS SANS AUTORISATION À CONDITION QUE L’ORIGINE EN SOIT MENTIONNÉE.POUR TOUTE DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS, S’ADRESSER À L’ACFAS, 425, RUE DE LA GAUCHETIÈRE EST, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2L 2M7.TÉL.: (514) 849-0045, TÉLÉC.: (514) 849-5558.LA REVUE INTERFACE EST RÉPERTORIÉE DANS POINT DE REPÈRE ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT N° 6489 NOVEMBRE 1994, DÉPÔT LÉGAL: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC, QUATRIÈME TRIMESTRE 1994 ISSN 0826-4864 |Vj';âKgÿ1 .'J'AVJ iNH *f*ÉSÉ lj|i{|H|j Imm imm • .vv‘«>-';o MB£ sa& ô’i.’wï; rsswssssv# >*£& ;'.V.V.» ¦'.’ ',>' ' ¦ %«; ‘.Wl'-W ;v->;« mm *mm UNIVERSITÉ D’OTTAWA ______UNIVERSITY OF OTTAWA Service de l'admission, 550 Cumberland, Ottawa (Ontario) KIN 6N5 (613) 564-3928 .PHOTOS: YVES MÉDAM FACE À FACE Aïe ha Achab la Sherlock Holmes du paléozoïque paSc Permien, carbonifère, dévonien, silurien.Si les géologues arrivent à s’y retrouver dans les différentes périodes qui constituent l’ère primaire ou paléozoïque, c’est entre autres grâce aux enquêtes d’Aïcha Achab, directrice de l’INRS-Géoressources et du Centre géoscientifique de Québec.Microfossile par microfossile, elle reconstitue, avec la minutie d’une détective, les assemblages de microflores et de microfaunes qui vivaient sur la Terre il y a 300, 400, 500 millions d’années.Il était une fois.La vie de chaque individu comporte un bon nombre de hasards et d’heureuses coïncidences, mais certaines personnes semblent les attirer plus que d’autres.La directrice de l’INRS-Géoressources (Institut national de la recherche scientifique) appartient sans doute à cette catégorie.Qu’il s’agisse de choisir un domaine d’études à l’Université d’Alger, de partir en France, de trouver un travail au Québec ou d’obtenir un doctorat d’État à l’Université de Rennes en Bretagne, sa carrière professionnelle se caractérise à chaque étape par un petit coup de pouce du destin.Mais une fois l’impulsion donnée, cette fonceuse déterminée ne se laisse pas ballotter par le courant.Non.Aïcha Achab se prend en main, décide, tranche, et atteint le but fixé sans faux regrets ni remords hypocrites.En toute rationalité.Alger, 1967.Une jeune fille, d’origine modeste, choisit d’étudier les sciences de la Terre à l’université, poussée par des liens d’amitié avec d’autres élèves.Elle parvient à faire comprendre à sa mère, soutien de famille depuis plusieurs années, que ses études lui permettront d’obtenir un meilleur salaire plus tard.1967, c’est aussi les premières années d’indépendance de l’Algérie, l’enthousiasme devant la naissance d’une jeune nation.«J’ai vécu INTERFACE CMXCIV la guerre d’Algérie, l’indépendance, et ma famille a donné son lot à la résistance algérienne, raconte Aïcha Achab.Je n’étais pas engagée dans la vie politique, mais nous l’étions tous un peu sans nous en rendre compte.On contribuait au développement du pays.» Pourtant, lorsque la jeune diplômée, embauchée dans une entreprise d’exploitation pétrolière récemment nationalisée, découvre qu’elle n’a plus rien à apprendre sur place, elle n’hésite pas un instant et traverse résolument la Méditerranée.En France, malheureusement, le marché de la main-d’œuvre pétrolière affiche complet, et il semble difficile de mener de front vie étudiante et vie professionnelle.Le salut va venir de l’Ouest.Par hasard, encore une fois, Aïcha Achab apprend que l’INRS de Québec cherche une ou un palynologue pour participer aux activités d’exploration pétrolière de la SOQUIP, la toute nouvelle société d’État québécoise.«J’ai écrit au directeur de l’INRS et j’ai reçu une réponse qui commençait par < Ma chère Aïcha >, raconte la chercheuse, un sourire au coin de l’œil.Il s’agissait de Michel Desjardins, un Québécois avec qui j’avais travaillé dans un laboratoire en Algérie pendant un an ou deux.» Et comme l’ange gardien de la spécialiste québécoise des microfossiles préhistoriques prend rarement des vacances, elle entre en 1973 à l’INRS-Pétrole.D’abord stagiaire, puis associée de recherche et enfin professeure.Sa mission consiste à reconnaître les assemblages de microfaunes dans les séquences stra-tigraphiques des forages pétroliers des basses terres et du golfe du Saint-Laurent.Aujourd’hui, vingt ans plus tard, Aïcha Achab a franchi toutes les étapes et dirige conjointement le centre INRS-Géoressources et le Centre géoscientifique de Québec.En restant fidèle à ses amours de jeunesse : les microfossiles organiques et les restes de pollen.• DE LA PALYNOLOGIE TOUT USAGE • Le renouveau d’intérêt, actuellement, au sujet des dinosaures aura au moins eu l’avantage de hisser le paléontologue pratiquement au même niveau que le pompier dans le cœur des enfants de moins de 12 ans! Mais les travaux d’Aïcha Achab se situent encore plus profondément dans l’histoire de l’écorce terrestre puisqu’elle traque impitoyablement les traces de microfossiles emprisonnés dans les roches.«On peut définir la palynologie comme une discipline de base, essentielle aux géologues pour effectuer des datations.Grâce aux pollens et aux microfossiles organiques, on peut reconstituer les microflores et les microfaunes d’une période déterminée afin de dater les différentes strates sédimentaires.» Pour parvenir à fournir aux géologues des dates assez précises, les palynologues prélèvent des roches, puis leur font subir des bains d’acide en laboratoire pour en extirper les matières organiques.«Nous travaillons dans le monde du petit.Nous ne pouvons pas voir les fossiles à l’œil nu et c’est un peu frustrant, reconnaît la chercheuse.Mais pour chaque type et chaque âge de roche, on s’attend à une forme particulière d’assemblage.» L’échantillon fait ensuite l’objet d’un examen au microscope et on le classifie selon ses caractéristiques.Toutefois, cette recherche ne sert pas uniquement à contenter une poignée d’érudits qui parlent le silurien dans le texte (silurien: période géologique qui remonte à environ 440 millions d’années).La palynologie constitue également un outil d’analyse très prisé par les compagnies d’exploration pétrolière.«Dans les années 1975, au moment de l’explosion de la recherche pétrolière, chaque compagnie possédait son propre laboratoire.Les microfossiles organiques étaient utilisés pour vérifier si les prévisions de dates et de niveaux correspondaient à la réalité.» Les échantillons prélevés dans les roches indiquent non seulement quel est l’âge du terrain, mais aussi si celui-ci risque de contenir des hydrocarbures.En effet, les microfossiles jouent le rôle d’un mesureur de variations thermiques.Plus ils présentent une couleur jaune ambrée, plus il semble plausible que le terrain géologique dans lequel ils se trouvent ait connu des conditions thermiques favorables à la présence d’hydrocarbures liquides générés par la matière organique.Mais si les microfossiles sont noirs et ressemblent à un reste de sauce collé au fond de la casserole depuis des heures, le terrain risque d’avoir contenu du pétrole ou du gaz.quelques millions d’années plus tôt.Les spécialistes qualifient alors ces séquences géologiques de «trop cuites».Les palynologues peuvent-ils se définir comme des marmitons de la croûte terrestre au service des géologues?Aïcha Achab joue un instant avec l’idée, avant d’affirmer haut et fort que la palynologie comble un besoin essentiel en fournissant aux autres disciplines de la géologie des clefs indispensables pour se repérer dans les séquences géologiques.Ainsi, une partie des travaux de la chercheuse porte sur le type d’environnement présent sur la Terre durant l’ère primaire.Elle s’efforce no- AÏC H A, LA VOYAGEUSE On peut voyager entre deux avions, deux valises, deux rendez-vous.On peut voyager pour le plaisir de montrer «qu’on y était» ou pour découvrir des œuvres d’art.Aïcha Achab voyage, elle, pour rencontrer les habitants d’un pays; elle s’attarde souvent dans les marchés à regarder les gens vivre.«J’aime visiter les musées d'art populaire pour voir ce que les gens font avec leurs mains.J’aime imaginer les bijoux exposés portés par leurs propriétaires.Je suis très sensible à l’esthétique brute, pas trop travaillée, car pour moi, elle permet de percevoir l'essence d’un peuple.» Comme toute bonne voyageuse, la directrice de l'INRS-Géoressources prend autant de plaisir à visiter une région qu’à préparer son départ, notamment en lisant.Parfois, cette soif de lecture lui joue des tours, en particulier dans les villes très connues comme Paris.«En me promenant dans les rues, des souvenirs de lecture soit historiques, soit d’un passé récent me reviennent en mémoire, remarque-t-elle.À tel point que j’ai souvent l’im- j pression d’avoir déjà visité l’endroit alors que je : n’y suis jamais allée.» On l’aura compris, Aïcha f Achab appartient à cette race de voyageurs et voyageuses contemplatifs qui préfèrent passer I des heures à flâner sans but apparent, plutôt -que de s'obliger à visiter une liste de curiosités -fixée d’avance.«Chez moi, j’ai posé sur un mur jj une affiche de Ghardiaïa, une ville aux portes du # désert en Algérie.Le style d’architecture, les * S tons roses et pastels respirent l’harmonie.Et $ pourtant, lorsqu’on l’a construite, il n’existait | pas de plan d’urbanisme.» tamment de reconstituer les successions et les assemblages de microflores et de microfaunes à des endroits déterminés.«Lorsqu’on découvre un nombre important de spores, on peut en conclure que le terrain se situait à proximité d’un milieu terrestre, tandis que des microfossiles planctoniques indiquent un milieu marin», explique Aïcha Achab.• SUR LES TRACES DU PALÉOZOÏQUE • En accumulant indices et données, Aïcha Achab s’efforce de découvrir les raisons qui entraînent parfois le renouvellement total de la faune ou de la flore au cours d’un passage entre deux périodes.Même si ses études se concentrent sur l’ère primaire, le système d’analyse qu’elle a mis au point pourrait expliquer notamment la disparition des dinosaures par un changement brutal de flore (voir «Des dinosaures morts de faim ?», Interface, 1994, vol.15, n° 3, p.62-63).De la même façon, elle met en relation le bouleversement subi au Québec par les plantes et les micro-organismes entre l’ordovicien (il y a environ 500 millions d’années) et le silurien — deux périodes de l’ère primaire (paléozoïque) — avec une période de glaciation.Véritable Sherlock Holmes du paléozoïque, la directrice de l’INRS-Géoressources reconstitue donc, microfossile par microfossile, des échelles stratigraphiques capables d’aider les autres scientifiques à recréer l’histoire géologique, à construire des environnements ou à repérer les grandes fluctuations climatiques.«Il y a encore du travail pour plusieurs générations en paléontologie en vue de combler les trous de connaissances entre les séquences.Mais de nombreux postes de professeur en paléontologie n’ont pas été renouvelés ces dernières années», déplore Aïcha Achab.Elle craint ainsi que les disciplines de base de la géologie ne fassent les frais de la vague environnementaliste.Selon elle, on a trop tendance à les considérer comme un acquis.Si jamais l’exploration pétrolière reprenait dans quelques années, l’industrie pourrait se retrouver face à un cruel manque de compétences.L’énergique directrice a donc mis sur INT EfQr ACE • t: * pied, en collaboration avec l’Université Laval, un programme conjoint de deuxième et troisième cycles dans les différentes spécialités de la géologie.Une fois de plus, sa ténacité et sa détermination ont été mises à rude épreuve tant le parcours comportait d’embûches administratives, selon le directeur du Département de géologie de l’Université Laval, qui a travaillé avec elle au projet.«C’est une personne très rationnelle, remarque Michel Rocheleau.Elle m’a souvent aidé à prendre du recul par rapport à des obstacles qui semblaient insurmontables, plutôt que de m’énerver.Par contre, lorsqu’elle en a assez d’une situation, elle peut se mettre très rapidement en colère.» En la côtoyant au fil des semaines, le professeur a beaucoup appris sur l’art et la manière de rechercher le consensus avec une équipe de travail pour dénouer les conflits administratifs.Inlassablement, Aïcha Achab reprenait les discussions avec les membres de son personnel pour leur faire comprendre ce qu’elle attendait d’eux.Pour elle, ce souci du dialogue semble couler de source puisqu’elle a la sensation de «gérer un groupe uni, avec beaucoup de cohésion».Tout comme son accession à la tête de l’INRS-Géoressources, le rayonnement qu’elle exerce dans une discipline aride où les femmes de son âge brillent surtout par leur absence ne l’incitent pas à bomber le torse ou à brandir le drapeau féministe.La question de son statut de femme, et particulièrement de femme néoquébécoise dans un univers masculin, paraît même un peu l’agacer.«Je n’ai jamais éprouvé de sentiment de discrimination, mais il faut dire que je n’essaye pas de le ressentir.Je ne tiens pas compte de la différence de sexe, et l’ensemble de ma vie professionnelle s’est fait ainsi.» Histoire d’enfoncer un peu plus le clou, la chercheuse remarque d’ailleurs que la discrimination positive «ne marche pas».«Il faut offrir la place aux meilleurs chercheurs et chercheuses.Je pense que le milieu du travail est un reflet de la société.En 1989, lorsque j’ai cherché du personnel pour le Centre géoscientifique, il s’est trouvé que j’ai recruté bon nombre de femmes car elles étaient les meilleures et aussi parce qu’elles étaient plus nombreuses sur le marché.» Si jamais la mode des armoiries reprend un jour, Aïcha Achab a déjà trouvé la devise pour décorer son blason: «Aide-toi et le ciel t’aidera!» Ê LES NOUVEAUTÉS DU CRDI ?A FIN D’UN SIÈCLE MILITAIRE?par Albert Legault Dans La fin d'un siècle militaire?, Albert Legault conteste le recours à la guerre comme instrument légitime de résolution des conflits.En s’aidant de données empiriques, l’auteur révèle les conséquences économiques de la guerre, réoriente le débat éthique et éclaire les relations changeantes entre science et société.^TAT DE CHOC La société canadienne et l’environnement par Duncan M.Taylor CHOC Dans État de choc, Duncan M.Taylor constate que l’usage du terme «développement durable» est impropre.En prenant à témoin la crise que traversent au Canada la foresterie et l’agriculture pour indiquer la nécessité de repenser nos politiques économiques et environnementales, l’auteur préconise une stratégie canadienne en faveur de la pérennité des /EGALITE DEVANT SOI Sexes, rapports sociaux et développement international sous la direction de Marie France Labrecque L’Atelier international sur les femmes et le développement a puisé aux différentes sources du féminisme mais aussi dans la pratique et dans l’action pour proposer des réflexions, des études et des analyses qui remettent en question les politiques de développement visant les femmes.ISBN 0-88936-718-3,14,95 $ CA, 120 p., 53/4 x 8% ISBN 0-88936-733-7,14,95 $ CA, 170 p., 5% x 83/4 ISBN 0-88936-686-1,29,95 $ CA, 380 p„ 534 x 83/4 QPQI Pour commander : Les Éditions du CRDI, BP 8500, Ottawa [Ontario) K1G 3H9 Tel: 613-236-6163 (poste 2087), fax: 613-563-0815, internet: order@idrc.ca Le Centre de recherches pour le développement international est une société publique qui appuie des recherches pour répondre aux besoins des pays en développement.10AD94 LES CAHIERS DE L’ACF AS Dernières parutions 63.Une démocratie technologique?64.Colloque sur la fabrication automatisée 65.Territoires et minorités : de l’Amérique française au lac Meech 66.Bioéthique, méthodes et fondements 67.La pensée économique au Québec français 68.Génétique et éthique : identification et thérapie des maladies génétiques 69.L’utilisation du processus d’apparition du handicap : approche conceptuelle dans la recherche 70.«Sexe faible» ou travail ardu?Recherche sur la santé et la sécurité des travailleurs 71.L’actualité de la recherche en lecture 72.Iconographie et image de la Révolution française 73.Les avenues de la science politique : théories, paradigmes et scientificité 74.La paix comme projet de justice 75.Droits - Liberté - Démocratie 76.Montréal : tableaux d’un espace en transformation 77.Registres et fichiers génétiques : enjeux scientifiques et normatifs 78.Discours et mythes de l’ethnicité 79.Les bâtisseuses de la cité Les publications de VAssociation canadienne-française pour Vavancement des sciences sont vendues en librairies (distribution Prologue).Renseignements : ivionireai \uueueo; ncu éivi/ Téléphone : (514) 849-0045 Télécopieur : (514) 849-5558 Acfas Avec oA fevéeàTioo oariokMce vec e-ü^GCAOTes er oet> é-üpzi&OAoTs oo qo&ü&c 1 >ü ^^^7 \ RECHERCHE h Jü, j'jS '' Des yeux «high tech» pour les astrongj H P \\ ¦ / ; / \ par René Racine A / ' X/1 / / 7 /Al VOIR PLUS LOIN, DE PLUS EN PLUS LOIN: AUCUNE NOUVELLE TECHNOLOGIE, MÊME PARMI LES h,
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