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Titre :
Les herbes rouges
Éditeurs :
  • Ville Jacques-Cartier, Qué. :Les herbes rouges,1968-[1993],
  • Montréal :Les herbes rouges
Contenu spécifique :
Octobre - Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
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Les herbes rouges, 1968, Collections de BAnQ.

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pçç t.V.WS herbes rouges jacques ferron andré major claude dansereau jean-paul filion lorenzo morin marcel bébert maryse grandbois louispbilippe bébert i les herbes rouges octobre - novembre 1968 ex = Itfcng léon patenaube mmmmm : “ ' ' ' c - i '¦ • ¦ ^ ^ ' ¦¦ ¦.v' r T 'X < y s v ; M-i» ' 1 jç' ce blason représente les armes des patenôtriers en bois et corne sommaire jacques ferron la mort de monsieur borduas .p.3 andrê major poème .p.9 claude dansereau poèmes.p.12 jean-paul filion poèmes.p.14 lorenzo morin poèmes .p.19 marcel hèbert poème.p.24 maryse grandbois risette.p.25 louis-philippe hêbert poèmes.p.27 notes 1.La revue tire son titre d’un recueil de poèmes de Jean-Paul Filion, publié en 1962 aux éditions de l’Hexagone, Demain les herbes rouges.2.Tous les auteurs publiés dans ce numéro sont connus, à l’exception des directeurs.Nous espérons pouvoir publier des inconnus dans les prochains numéros.Nous invitons les lecteurs à nous envoyer des textes. jacques ferron la mort de monsieur borduas UATELIER DE MOUSSEAU : SCÈNE I Mousseau — Lefebure Au lever du rideau, on se rend compte que les trois coups ont été frappés par Mousseau; il rive une chaînette à un médaillon.Il travaille lentement.avec une sorte de patience heureuse.Quand son oeuvre est achevée, il la pend à un clou et la contemple.Lefebure, chapeau haute forme, redingote, gants, fringant comme un cheval de parade entre, et jette un paquet sur l’établi.LEFEBURE — Je vous apporte l’habit.MOUSSEAU — Vous quoi ?LEFEBURE — Je dis que je vous apporte l’habit, le plastron, les gants, l’attelage de cérémonie.MOUSSEAU — Pourquoi vous ?LEFEBURE — A cause de mon chapeau.Depuis que je le porte, il m’est impossible de tutoyer personne.Je comprends maintenant pourquoi Monsieur Borduas a exigé que nous nous costumassions.MOUSSEAU — Costumassions ?LEFEBURE — Oui, costumassions.Ça va avec le chapeau, les gants et l’enterrement.Monsieur Borduas a voulu par le cérémonial nous 3 vieillir de vingt ans et nous permettre ainsi de nous avancer jusqu’à son âge, jusqu’à sa mort.MOUSSEAU — Tu as l’air d’un gigolo.Il te manque la fleur à la boutonnière.Moi, je ne comprends pas Borduas.Tout cet habillage c’est de l’académisme.LEFEBURE — On ne discute pas les volontés d’un mort.Un mort a toujours raison, la preuve en est qu’il ne donne pas d’explications.Habille-toi.(Mousseau, sans enthousiasme, disparaît dans Valcôve.) LEFEBURE — Sais-tu une chose; depuis que j’ai cet habit sur le dos, ce chapeau sur la tête, j’éprouve à l’égard de ma grand’mère une sorte de vénération.Je me figure que c’est celle de Marcel Proust.Cependant, ce sentiment n’est pas seul; il entraîne avec lui une sorte de mélancolie, car je garde assez de lucidité, malgré mon chapeau .MOUSSEAU — Enlève-le ! LEFEBURE — Merci.Je garde assez de lucidité pour constater que les lettres de Madame de Sévigné ne sont pas au chevet de ma grand’mère; elle préfère les Annales du frère André.Entre ces deux littératures, je trouve un rapport et je suis mélancolique parce que le même rapport existera peut-être entre mon oeuvre et celle de Proust.MOUSSEAU — Comprends rien.LEFEBURE — Aucune importance, parce que je n’ai jamais rien compris moi-même à l’algèbre.Même si l’équation : Frère André moi Sévigné Proust est juste, d’une part je n’en serai jamais certain, et d’autre part, si je n’ai pas de génie, je ferai des miracles.MOUSSEAU — Tu parles trop.LEFEBURE — C’est le chapeau.MOUSSEAU — Ote-le que je t’ai dit.LEFEBURE — Je préfère le garder.Il me donne la sensation d’avoir une tête.MOUSSEAU — Merde ! LEFEBURE — Tu ne me suis pas ! MOUSSEAU — Viens m’aider à attacher ce maudit collet. SCÈNE II Gauvreau Il marche de long en large, comme ours en cage.Voix de Lefebure : Vas-y pour le monologue : tu es seul sur la scène.Gauvreau continue sa réflexion.Voix de Lefebure : Il va nous le placer en pleine conversation, au moment où les réparties commencent à être vives : c’est la manière Gauvreau.Ça ne se change pas.(Entre Sullivan — couverte d’un ample manteau; elle l’enlève et l’on comprend pourquoi elle marchait sur la pointe des pieds; elle porte le tutu, la grâce et l’air ambigu qui rendent si aimable une ballerine.Le Dr Vaillancourt la suit, un peu dépaysé.) SULLIVAN — Bonsoir.GAUVREAU — Bonsoir.VAILLANCOURT — Bonsoir.GAUVREAU — Bonsoir.( Silence.) Gauvreau montrant un divan : Assoyez-vous.(Le divan est large.Sullivan y trouve son aise.Vaillancourt, pas; il se tient droit.Autre silence.) VAILLANCOURT — Où est le corps ?GAUVREAU — Quel corps ?VAILLANCOURT — Mais .le corps de Monsieur Borduas.GAUVREAU — Il est dans l’auto de Murielle.(Vaillancourt est de plus en plus perdu.Il se tait poliment.Paraissent Mousseau et Lefebure.) MOUSSEAU — Ce maudit collet, il m’étouffe.C’est comme si j’étais dans les bras de Monsieur Maillard.GAUVREAU — Tu penses qu’il t’étranglerait ?MOUSSEAU — Oui, je le pense.LEFEBURE — Comment ça ?MOUSSEAU — Parce que s’il ne m’étranglait pas, c’est moi qui le ferais.LEFEBURE — Tu exagères, cet habit te va à merveille.Il est vrai que tu es un peu rouge, mais c’est normal : un peintre de bonne foi, jusque-là bohème, rougit toujours un peu lorsqu’il est reconnu par les milieux officiels.Cet habit est en quelque sorte, mon cher Mousseau, une répétition avant la première.On commence à reconnaître ton génie.5 MOUSSEAU — Merde ! LEFEBURE — Mettez le chapeau : elle passera.VAILLANCOURT — Il vous va très bien.LEFEBURE — Regardez-vous dans le miroir.MOUSSEAU, s’étant regardé, éclate de rire.Son rire est contagieux.Sullivan fait quelques pas de danse, puis le calme étant revenu, Mousseau conclut — J’ai l’air du croque-mort.GAUVREAU — C’est de circonstance.LEFEBURE — Monsieur Borduas connaît son métier; s’il a voulu que tu t’habilles, c’est qu’il avait besoin de toi.MOUSSEAU — J’ai l’impression de mettre en terre la peinture.GAUVREAU — Eh quoi ! C’est ce qui arrive : Monsieur Borduas est sûrement mort à cette heure.Il va falloir l’enterrer.Lefebure qui se trouve gracieux dans son accoutrement, va le raser gracieusement.Il n’y a rien d’aussi gracieux que le geste d’un jeune barbier rasant un mort.Murielle va l’embaumer, l’oindre et le parfumer, comme une sainte femme.Toi, Mousseau, tu vas le mettre dans le trou.SULLIVAN — Et moi, je vais danser sur sa tombe.(Elle esquisse quelques pas.) VAILLANCOURT — Et moi ?LEFEBURE — Vous, Docteur, s’il n’est pas mort, on vous le passera.GAUVREAU — Mais il est certainement mort.SULLIVAN — Pauvre Monsieur Borduas ! LEFEBURE — Envolé ! GAUVREAU — Le terme est juste, Lefebure, il s’est envolé comme un oiseau, comme le Saint-Esprit après qu’il eut connu Marie.Son passage parmi nous a été rapide, mais il nous a laissé le principal, puisque par ses oeuvres, nous portons en chacun de nous, une chose irremplaçable : l’automatisme.LEFEBURE — Notre situation est intéressante, ça ne fait aucun doute, mais Borduas étant mort, l’oiseau ayant quitté sa cage, à défaut du véritable, il faudrait à l’Automatisme un père putatif.MOUSSEAU — Qui arborera le lys ?GAUVREAU — Moi.(Prononcé fermement ce « moi » fait impression, et personne dans l’assistance ne songe à envier le rôle magnifique dévolu désormais à Gauvreau.) GAUVREAU — Je serai votre père putatif; je veillerai à ce que l’âne et le boeuf ne vous mangent pas, à ce que, perdus dans le 6 Temple, en l’occurrence l’Ecole des Beaux-Arts, on vous retrouve et vous redonne à votre génie.LEFEBURE — Bravo ! MOUSSEAU — C’est chic de ta part, mon vieux.(Sullivan cueille un lys et le tend à Gauvreau.Celui-ci qui avait prévu sa nomination, tire de sa poche une barbe vénérable.Avec la barbe et le lys, il est si bien dans son rôle, qu’il n’éprouvera phis le besoin de parler.) SCÈNE III Les memes personnages et Ferron-Hamelin FERRON-HAMELIN — J’ai reçu le mot de Monsieur Borduas.J’accours.C’est vrai alors ?MOUSSEAU — Oui, à cette heure, il est mort.FERRON-HAMELIN — Pauvre Monsieur Borduas ! LEFEBURE — Dites plutôt, pauvres nous ! Lui, il est parti, il s’est envolé à tire-d’aile, il est actuellement dans le Paradis surréaliste avec Rimbaud, Lautréamont, Artaud; il est assis sur les marches du trône comme un chérubin au milieu des séraphins .Il attend avec eux la venue de Dieu : Le trône est encore vide, mais André Breton mourra, c’est écrit, et ce fut précisément pour ne pas rater son arrivée au ciel que Borduas s’est suicidé.VAILLANCOURT — Quoi, il s’est suicidé ?(U se lève) Allons-nous en, Françoise.(Sullivan ne bougeant pas, il se rassoit.) LEFEBURE — Oui, avec un mélange mortel de rouge Congo, de bleu de méthylène et d’iode.Il est resté grand coloriste jusqu’à la fin.FERRON-HAMELIN — Je m’y attendais.MOUSSEAU — C’est terrible, surtout quand je pense que c’est moi qui le mets dans la fosse.LEFEBURE — Moi, je le rase, Murielle l’embaume.SULLIVAN — Moi, je danse sur sa tombe.FERRON-HAMELIN — Et Claude, qu’est-ce qu’il fait dans tout cela, avec la barbe et le lys ?LEFEBURE ET MOUSSEAU — Lui, c’est le père nourricier de l’automatisme.FERRON-HAMELIN — Vous êtes bien chic, Claude.Et le Docteur Vaillancourt ?LEFEBURE — Le Docteur Vaillancourt nous donnera le certificat de décès. VAILLANCOURT — Ah ça ! non, par exemple.SULLIVAN — Oui.VAILLANCOURT — Voyons, vous savez bien .SULLIVAN — Oui.VAILLANCOURT — Oui.MOUSSEAU — Et puis, si Monsieur Borduas n’est pas mort, il l’achèvera; c’est un médecin.VAILLANCOURT — Oui, n’est-ce pas ?SULLIVAN — Oui.FERRON-HAMELIN — Mais alors, où est-il, Monsieur Borduas ?VAILLANCOURT — Dans l’auto de Murielle.FERRON-HAMELIN — Comment ça ?VAILLANCOURT — Je n’en sais rien.LEFEBURE — Voici comment.Il sort d’ici avec le mélange mortel contenu dans une immense cruche.Il prend l’auto de Murielle, se rend au Gesù, stationne devant l’entrée du théâtre.C’est alors qu’il v boit le mélange mortel.Murielle sort et nous le ramène mort.GAUVREAU — Les voici.SCÈNE IV Les mêmes.Borduas et Murielle.FERRON-HAMELIN — Vous n’étiez pas mort ?BORDUAS — Non, mais je suis comme gris.Où est la cruche, Murielle ?MURIELLE — La voici : on vous en a gardé.FERRON-HAMELIN — Et cette histoire de suicide ?BORDUAS — Une histoire.Et puis, peut-être bien que je me suis suicidé, mais alors Murielle m’a ressuscité, Murielle, merci.MURIELLE — Vous croyiez que j’étais pour me promener avec un mort ?Non ça, je tiens à ma réputation.FERRON-HAMELIN — Alors ce n’est qu’une comédie ?MURIELLE — Et une mauvaise comédie, puisque je ne parais qu’à la scène finale.BORDUAS — Oui, mes enfants, je tenais à commencer la soirée sur une note gaie : c’est pour cela que je me suis suicidé.As-tu la cruche, Murielle ?MURIELLE — Oui, Monsieur Borduas.RIDEAU Sainte-Agathe, le 29 avril, 1949 JACQUES FERRON andré major je voulais vous parler de mon pays, oh ! je voulais un instant le tendre au bout de mes bras vers l’oeil ardent d’avril et vous l’offrir avec le grand sourire des dieux qui ne dorment jamais et que l’ombre seule et le vent couchent dans le ruisseau blanc je voulais vous montrer le visage dur et jeune de mon pays pour que votre caresse le déride un peu, mais savais-je, moi, qu’il était aussi sauvage, aussi criblé de conifères ?non mais j’aurais tant voulu le soulever du lit de ses tristesses savais-je que j’étais faible de sa force prisonnière, que le froid a plus de vie que la tendresse, parfois, que sa chevelure demeurerait encore et longtemps collée à la boue gelée de ses saignées ? entendez-vous sous la neige qui fume et qu’infuse le soleil se détendre toutes les racines et se gonfler de jus amers, l’entendez-vous sous ses blessures gémir, ce pays, comme dans l’étreinte d’un empire aveugle aux longues mains fouilleuses ?et qui craque ! et se relève, comme ta jeunesse me sauve de l’abandon, toi et ton épaule qui repoussez la mienne, tombante aux soirs de fervente complicité et moi, dans cette souffrance, je suis le fils de pauvres montagnes usées jusqu’au coeur le fils de sombres sapinages et fils aussi d’une ville où l’âge n’a pas le temps de passer de passer comme le passé ma mère entend chanter dans le lointain de son sang ces cornemuses qui ont dit au père du père de mon père qu’il était défait dans sa race étrange et mêlée mon père, ô vous qui avez voilé votre visage trop brun, était-ce un mal d’avoir vu le soleil naître du ventre d’une femme entre montagnes et plaines rondes d’ormes et d’avoir été l’enfant d’un père obscur au sang plus noir que rouge ?suis-je infirme, moi, d’avoir un peu de votre femme venue jadis des landes et beaucoup de vous-même ?toi, mon amour, ta grande bouche secrète m’accueille pour toujours et m’enveloppe de tant de tendresse que j’y meurs un peu chaque fois chaque fois ANDRÉ MAJOR Extrait des Poèmes pour durer (à paraître) claude dansereau vers la cime du cône Ici, dans le décor.Et c’est un paysage, C’est déjà un rayon dont tu traces le tour.Aux arêtes du vide un monde s’organise, Des hommes au travail s’y fixent tout autour.Ici, dans la lourdeur.Une terre promise Se hisse dans le fer.Une terre possible Avivera le feu.Les signes de l’épée Habilleront de chair le silence des voix.Vers la cime du cône se porte le regard, Il dit l’Oiseau Phénix et la Terre Osiris.Nous ne sommes plus seuls.Demain portera Taube.Il faut faire un pays que tu nommes désir.12 présence du feu Le poids de glaise vit d’un double feu d’amour; Le vide n’est plus rien, tout chargé d’éternel.Le poème mort glisse pour habiter l’azur; Nous élirons le vent dans l’acanthe du jour.Levée en frondaisons comme mouette vive La palme de l’espace érigée dans le vent.Il y a que l’oiseau de son aile de givre Abolira le temps.Voici le feu venir.CLAUDE DANSEREAU jean-paul filion chant à deux temps Rien de mort comme cette mort sur toutes choses allongées Ma demeure j’ai bâtie pour la détruire aussitôt Le fer j’ai forgé pour que naisse la rouille J’ai vécu pour mourir Rien de beau comme cette aube qui couronne ton doigt Longue nuit j’ai connue pour le clair de ton front Dure terre j’ai creusée pour la danse de ton eau Dans le temps ton seul nom m’a coûté le charnier Il est triste le bois qui s’acharne à mes murs La table où je mange est une table cassée Le lit de mes nuits une image de cercueil Quel cimetière créé par le jardin proscrit Elle est grande la lumière qui éclate de ton corps Je m’y baigne elle me gorge elle est ma mer féconde Comme l’arbre je vivrai pour mieux boire ton espace Et me ferai azur pour mieux t’entendre chanter Adieu ma barque adieu mon naufrage Une saison à mes yeux s’est muée en statue Est-ce ma faute où est-ce le temps qui tue Je sais seulement que Tailleurs est mon dieu Ces poèmes paraîtront dans la collection « poèmes et chansons » No 2.Aux éditions de l’Hexagone. Mon rivage j’ai quitté pour la main de ton île Ta peau est une grève un fleuve ton odeur A nouveau je suis né pour la vie de ta voix Et j’irai long chemin au bras de long amour Il n’est pas de rivière qui remonte à sa source Entre nos bouches éteintes a germé le silence Vois le vent qui emporte la poussière de nos mots Et vois la cendre aussi que nos désirs ont faite Si longtemps j’ai ressemblé à un matin d’hiver Que j’ai peine à nommer ce midi de juillet Qui m’ensoleille et me fait rire de l’étranger que je fus Comment dire le pays qu’en toi j’ai découvert Nous sommes à la tombée de notre ancien été C’est la neige à la fin qui a raison de nous Pourquoi chercher l’aurore pourquoi vouloir crier Quand notre paix est telle qu’elle a couleur de nuit D’un amas de fumée tu as fait un château D’un hier en lambeau tu fait beau l’aujourd’hui Les chemins à venir auront grand vent d’amour Et nous ferons long feu et nous irons très loin Plus loin que notre voyage Plus loin que notre vie Je t’aime écoute Chaque seconde dévoilée me verse son héritage Du jour chaque battement d’aile me remplit de ton nom Ecoute le cri qui fait gerbe à ma gorge Entends le chant que ma voix fait fleurir J’aime te porter tel un sang nouveau Accouché d’un vent d’Est Au hasard d’un été d’Orléans J’aime te créer ainsi qu’un blé sur la pierre Ainsi qu’un rire sur le pleur Telle une eau de source Sur le sombre des heures Ma mémoire houleuse est un fleuve en naissance Tu as germé sur le bleu de ma chair Jusqu’à devenir une île Jamais amour n’a tant ressemblé A la couronne de feuillage au front d’un lac troublé Jamais visage n’a tant fait penser A l’anneau d’or passé au doigt de la brunante A l’astre fou qui danse En plein mur de minuit De ma vigie métallique En ce grand vent de toi J’assiste la mer aux yeux A ton passage répété Obsédant Multiplié Et cela me rappelle Que le phare à éclats vient toujours embellir Le matelot qu’il éclaire Tu es ma fleur de feu dans cette ville étrangère Je goûte ton incendie comme l’arbre le soleil Le verre de tes lèvres dans ma bouche a versé L’alcool d’un pays inventé pour moi seul Et pour cela Je te nomme Ma Fête à la belle étoile Ma Lumière de Bengale Je marchais tout à l’heure entre fer et béton Dans une allée de briques Où les morts d’habitude font de l’oeil aux néons Je marchais tout à l’heure J’étais seul Et toi tu battais ton plein Au beau coeur d’un Montréal Devenu tout à coup Un Carnaval de mai Un Carnaval de toi Ton visage a ri sur toutes les pierres de toutes les devantures Tes cheveux ont dansé aux branches de tous les escaliers Sur toutes les maisons ton regard m’a regardé Et ta main-hirondelle a frôlé toutes les dalles Comme vent d’éternité sous ma lente semelle Je marchais tout à l’heure entre toi et toi Je marchais j’étais seul Et j’étais ton écorce JEAN-PAUL FILION lorenzo morin air de muse Frayeur de muse en brume d’yeux Quand tes mains grinchent dans ma paume mouillée Irai-je dans l’amphore de cette nuit où tu niches Quérir le nymphe-secret de ton immensité Verser des sèves dans l’alcôve de ton sourire Où dardent des ardeurs Irai-je sous l’ombrelle de ta voix m’absoudre de tout recul Naître plus que paître dans l’herbe-moi de la continuité Troquer le sceptre du roi contre le bâton du berger Puiser au mitan de ma pastorale les eaux de l’urne amarrée Ré-entendre ces osmoses d’éternelle mer Remonter l’aval du vécu et le flux d’une souvenance qui chavire Qui coule de ton flanc à la cadence du dam Immerge l’éden-idole où dévalle l’obole Où se déréalise la nuée des corps oubliés Où l’heure cerne la douleur et la lie au bonheur Contourne la tige qui stagne déçue Quand le gel de l’aubier envahit son écorce blessée Amorce le délire de l’agonie Récital des agapes dans les tumultes de la fusion Quand l’espion s’engouffre dans les tournois du giron l’aile des dieux Mon pleur c’est l’espace Un monde sans rive déferle des immensités du regard A trop se lover mon corps a perdu l’aile de sa déité A l’éclosion de la main un élan d’ange s’en fut La faune des éternités déambule dans la corolle de ma voyance Je deviens souvenance des puissances vécues Dieu et captif de tous les spectres du devenu Je sursis à tous les spectacles du défilé planétaire Berce toute cette âme qui déverse d’innombrables vies M’aligne à la meute des mutants Faufile mon arantelle dans le dédale de ma cécité M’écoule au gré des âges de ma nuit Tisonne le feu face-à-face du seul amour couru Il et fil de l’Elle qui nomme l’immortel Eau et flot des rêves de mon berceau 20 Vappel L’appel s’élance Et noue son cri aux deux bouts de la vie L’Elle surgit Frissonne sur les mouvants miroirs de l’eau Vibre et s’agrippe aux lianes de la harpe des joies Amorce la secousse sismique jusqu’à l’éboulis du géant Rocs d’ombres qui tourbillonnent d’émoi Torrent homme qui effraie les aurores de la vallée Et le branle vire l’aile Etreint le cap des jours perdus S’abat à coups drus sur les berges de la crue Les transes du duel parsèment le sol Le ciel écoule les fracas de sa prunelle Ruisselle sur des bras qui se jumellent La pieuvre entrelace ses doigts sur l’étrange secret Loge la criée de son vierge détroit S’égare dans les bavardages du silence Chuchote les clameurs de sa pensée File et fuit frayeur de proie Erre sur le nu des amours où sa voile chancelle et rit le don Vol et choc d’une image apparue Gît lui la nuit Les yeux braqués dans l’hallucination Des yeux de panique et d’eau Aigle qui résiste dans la stupeur de l’hésitation Brave le gouffre où nul n’a bu le rayon de vin qui luit Lèvre d’avare à coupe d’or L’hôte a fui le festin A transgressé le seuil et parcouru le destin Affairé à léguer le mot acrobate de son gré Sitôt lésé à la hoirie du baiser Horrifié du creux des solitudes et de sa pensée Emerge du lit de ses boues Dénude sa nostalgie L’ébène au glaive de l’éclair s’est livrée Le ciel de sa vie en deux pans s’est déchiré évocation Visages allants mirages des masques volants Fantômes dont les noms se gravent sur la fresque des temps Magie qui se délie au fil secret des instants Immortalise la mélodie des élus Féeries d’un paradis dont la matrice n’est jamais tarie La veuve des sols a renoncé aux grappes de sa vigne Le fleuve qui l’arrose s’est détourné de son lit L’évocation assemble les génies de l’oasis Les ombellules en ombelles sur leurs pédoncules s’épient Irisent la saccade torrentielle où l’Elle amoncelle son fût Bourdonne belle dans les roulis de sa pulsion Jette sur les sommeils du ber des arômes d’air Asperge d’une eau de vie le midi de son inflorescence Hisse le soleil qui la hante dans les suaires de sa nuit L’immole d’un mot guise d’adieu Ancrée aux gradins d’un arc-en-ciel Ahurie de métamorphoses et de lueurs Drôle d’un tel jour sans lieu Affolée de la danse des lampes d’une fenêtre ajourée Vacillante et nue dans les jactances de sa ronde Au guet de l’invité L’âme en feuilles chues dans la volée de sa retombée LORENZO MORIN marcel hébert corps dencre les épis du marteau je les laisse dormir sous la loupe mes lèvres à leur ballon de vie tombés de l’emmanchure du matin ils habitent la page chauds comme un café MARCEL HÉBERT maryse grandbois risette — i — J’ai cinq ans.Mon nom c’est Risette.Mais je ne ris pas souvent.Je suis très grande et je suis laide.Ce n’est pas important, parce que j’ai cinq ans.J’ai un cousin, Robert.Il a six ans.C’est mon frère.J’ai une grand-maman aussi.Je voudrais qu’on vive tous les trois près des arbres.Robert et moi, nous avons une plate-forme, avec des roches, du ciment et une clôture pour pas qu’on tombe.Grand-maman habite au coin de la rue.Notre plate-forme est enterrée de gens : nos mamans, nos papas, les tantes vieilles filles et grand-père.Le bon Dieu donne une famille à tout le monde.C’est pour qu’on sache où dormir.Noël approche.Nous sommes des rois mages.Nous partons du bout de la plate-forme, là où le soleil vient.Dans quinze jours, nous serons à la crèche.Nous faisons le chameau chacun notre tour.Robert s’est noirçi le visage pour être un vrai Balthazar.Je mets de la glace sous mon manteau, je prends un air fatigué, comme maman quand jojo n’étais pas né.Alors, je suis Marie.25 Robert veut tuer ma tante demain.J’ai hâte.Il est certain de réussir.Il dit qu’à six ans c’est facile de tuer.C’est vrai.L’autre jour, il a tué un rat.Mais ma tante Laure est plus grosse qu’un rat.J’ai effacé dans mon cahier neuf.J’ai déchiré le coin de la page.Je pensais à ma tante qui ne viendrait plus me reconduire à l’école, à maman qui adopterait Robert.J’étais contente.Maman ne veut pas que j’aille sur la plate-forme demain.Pour que j’apprenne à effacer.Je ne verrai pas Robert tuer ma tante.Ça s’est passé juste avant le dîner.Ma tante bondit dans la cuisine.Elle criait : « Il m’a tuée ! Il m’a tuée ! » J’étais bien contente.Le beau cadeau de Noël ! L’ambulance est venue.Papa et grand-père aussi.Maman a dit : « Robert est un voyou ».Qu’est-ce qu’un voyou ?Sûrement quelqu’un de brave, comme tarzan.L’après-midi, ma tante est venue nous reconduire à l’école.Elle n’était même pas malade, elle n’avait qu’un petit pansement sur la couture de sa tête.Robert a dit : « la prochaine fois, je ne la manquerai pas.» Il va s’acheter un fusil, quand il sera grand.Ça tue mieux.J’ai dit à grand-maman que Robert est un voyou.Elle m’a répondu : « c’est vrai ».Elle sait que mon frère est brave.Extrait d’une nouvelle à paraître dans la revue CHATELAINE. louis-philippe hébert tropiques pour une couveuse Les rues coulent en plein coeur d’un New-Work chaud, pendant que les horloges assises aux fenêtres lancent des bulles sur les poissons chauves, et que les parapluies tombent à reculons sur des têtes rondes que chacun garde pour soi, nous W et ON un instant couvés par une poule énorme et lectrique puis étourdis dans des éventails mais propulsés magiciens en l’air, comme si tous les lapins sautaient en même temps des hauts-de-forme, humons des cigars d’eau en nous voyant sortir des oranges de la bouche, et soyons donc des pieuvres volantes comme des ballons pleins de plumes, dans une ville où les lits dorment sur les toits. forêt troisième La grande fleur s’attarde sur le coin de la rue où poussent les autobus plus haut que les édifices du dernier siècle, puis d’une même volée paie son passage et se laisse couler par les fontaines de visons roses. la tristesse des soupers de famille Près des appareils téléphoniques, c’est toujours la même chose : une balle molle, semblable à celle des enfants de la maison, assis au-dessus des arbres, d’autres couchés dans le sable comme pour déterrer un os, en fait occupés à lui faire une tombe dont elle rebondit, sans qu’une bouche ne l’avale ou qu’une dent ne la perce avant qu’elle retombe.Comme une balle de caoutchouc en équilibre sur la fourchette des gencives, hors la balle se trouve-t-il vraiment quelqu’un avec de la faim dans l’estomac ?ou enduite de la bave jaune du chien qui la rapporterait avec sa gueule, une balle électrique, et il n’ose japper de peur qu’elle lui échappe, on n’entend plus un mot.Que dans sa rondeur naïve le soleil se présente ainsi ou non, à la portée de la main, les hiboux perchés ne bougent plus depuis des heures, ni pour le dégonfler mais, sans un geste, accomplir une cérémonie qui pend des cravates noires sous leur menton.Il suffit alors d’une mère accoudée sur son balcon pour que la balle se retrouve sur les genoux près d’une table où le père de famille enseigne comment fumer sa nourriture au travers d’une barbe nouée autour du cou, où déjà les enfants ont perdu l’oreille et la balle roulé loin des rotules.Les viandes pourrissent dans l’assiette, tandis que le téléphone grésille parmi les pois verts et les verres d’eau.D’un seul coup, ce sont des personnages blancs, des branchages sans écorce poussés des chaises, qui parlent à voix hautes comme s’ils étaient seuls dans un trou au centre du repas.Ils conversent.Sous la nappe les pieds roulent avec leurs jambes.Ils conversent, sans voir la balle jaunir et s’approcher à pas de chien, en sautant pardessus les restes de volailles.Jadis tout montait en une fumée de plumes, pour peu on entendait des mots dans la soupe.Maintenant, quand une balle ordinaire, sauf pour la couleur, s’empare de l’écouteur en bousculant ceux qui vocifèrent tout rouges pour une nuit, c’est une « sphère lisse et lumineuse », selon l’expression aussi « vorace » d’un savant qui descend d’un bonnet pointu sur une 29 chaise du siècle dernier à l’extrémité de la table les yeux grands ouverts (au même endroit, autrefois, au moins un jeune singe aurait fait son apparition au guidon d’une bicyclette), une boule grosse comme la main, qui se colle à l’oreille d’un bond et cueille du bout des doigts un mot au hasard.Entre les lèvres du grand-père des sciences culinaires et celles des interlocuteurs, nulle mention du phénomène qu’ils croient avoir rêvé, saoulés par une phrase, jusqu’à ce qu’une autre bête jaune ne survienne sur le cadran de l’appareil, les observe un temps, puis, de chaise en chaise, dans un saut imprévu, leur enlève même ce verbe.Ils raccrochent vite pour se ruer vers un dictionnaire qu’un amas jaune de boules défend.Dès lors, les maisons ne diffèrent plus : une pièce unique, des escaliers en tous sens, avec, sur les paliers, des lits étroits et, sous l’oreiller, un téléphone.Ils oublient le souper et n’insistent pas.Ils redoutent la moindre parole qui serait à l’instant dévorée, malgré leur bec pointu d’oiseaux, par une de ces balles qui guettent à la course le téléviseur multicolore dans des salons blancs et noirs, la radio sans poumons, le tourne-disque immobile et les murs muets tournant autour à vitesse folle, même les disques et les livres sans intérêt qu’ils reçoivent tous les mois par la poste.Le facteur les contraint alors à signer un reçu qu’un carbone s’efforce de rendre en trois exemplaires avant d’être ingurgité, et lorsqu’ils tentent une question, l’oeil ailleurs, l’homme en uniforme gesticule de se taire en indiquant épinglée sur sa casquette une agglutination ronde qui confond sa couleur à celle de l’insigne luisant.Ils ont compris et cachent précieusement le livre sous le lit en caressant le titre qui les rassure.La nuit passe sous les draps, les enfants dorment sans dessert.A la ville, on signale de plus en plus de disparitions de mots, quand ce ne sont pas les académiciens découverts morts couverts de boules.On colle sa bouche à l’oreille, en formant un cornet avec ses mains pour protéger sa voix.On brosse la moindre apparence jaunâtre.Rien n’y fait : des sons énormes s’évanouissent comme par miracle, les racines grecques et latines sont arrachées sans pitié.Les noms des rues font place aux miaulements sourds de la bête repue qui se dédouble dans un plip qu’elle ravale aussitôt.La température remet son chapeau sur le silence.Puis, au déjeuner, une fenêtre montre la tête; quelqu-un crie : « Je me réjouis.J’ai toutes mes phrases au ventre.» On n’entend rien.Il a une balle dans la bouche.LOUIS-PHILIPPE HÉBERT BULLETIN D’ABONNEMENT les herbes rouges Nom : .Adresse : .Ville : .Abonnement d’un an : $3.00 Abonnement de soutien d’un an : $4.00 et plus Veuillez m’inscrire à partir du numéro : .les herbes rouges C.P.71 — Ville Jacques-Cartier, Que.?No.1 le ci cinema 5380 80UL.STLAURENT 277.4800 CINÉMA DE RÉPERTOIRE a son meilleur REFLET DE LA VIE CINÉMATOGRAPHIQUE INTERNATIONALE 1342, Brébeuf J.O.NAULT INC.ASSURANCES Vie — Auto — Feu — Vols Accident-Maladie — Salaire — Voyage Bureau tous les jours.— Un service de 24 heures Cité Jacques-Cartier Spectacles tous les soirs : 9h.— 1 Ih.Visitez notre salle à manger, ouverte tous les soirs jusqu’à minuit.La seule boîte typiquement québécoise LE PATRIOTE Réservations : 523-1131 Place Longueuil Imprimé par Les Ateliers Jacques Gaudet Liée Saint-Hyacinthe ¦ ¦ mm 0'tâ- le numéro : $0.60 ABONNEMENT 6 numéros : $3.00
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