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Titre :
Les herbes rouges
Éditeurs :
  • Ville Jacques-Cartier, Qué. :Les herbes rouges,1968-[1993],
  • Montréal :Les herbes rouges
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
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Les herbes rouges, 1982, Collections de BAnQ.

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les herbes rouges octobre 1982 françois hébert marcel hébert andré roy Abonnement: 6 numéros, $ 9.00; 12 numéros, $ 18.00 Dépôt légal / 4e trimestre 1982/ Bibliothèque nationale du Québec.ISSN: 0441-6627 Membre de l’Association des Editeurs de Périodiques Culturels Québécois.les herbes rouges C.P.81 Bureau E Montréal, Québec H2T 3A5 JEAN-MARC DESCENT TRANSFIGURATIONS du même auteur: SCRAP-BOOK Éditions Cul-Q, 1974 FRANKENSTEIN FRACTURÉ ColF mium/mium, Éditions Cul-Q, 1975 JARDIN COMESTIBLE Éditions Cul-Q, 1978 DANS TES LÈVRES PARASITES DES PALMIERS DE SANG (en collaboration avec Jean-Paul Daoust) Éditions Les Lèvres Urbaines, 1979 FAILLITE SAUVAGE Les Herbes Rouges, numéro 94, 1981 AUX TRACES MÊME DE LA PANIQUE Coll.Coulée continue, L'Atelier de l'Agneau (Belgique), 1981 en préparation: O COMME AGRESSION, roman-peur GRAPHISMES TROPICAUX, textes critiques EDGAR POE RETRADUIT, texte à Anne Lemonde 1 je biffe ce qui ne m'appartient pas.ma défiguration, alors, que des états à vif, éloquents et inutiles, des machines violentes, éphémères, celles que je ne saisis pas.ça me produit étrange, exactement présent (?) déjà fait et refait quand même.il y a des traces qui me réinventent, ce serait comme marqué, il y a quelques morceaux qui me font me mordre quand la mort devient la latence de toutes mes énergies, si bien que je ne sais plus, de mes deux mains, laquelle est caressée et celle qui est chirurgiée.— réinvention des traces.— marqué, masqué.— morsure de ce qui est latent.— révéler par éclats ce qui me génère et ce qui me repousse.l'ambiguïté encore, comme à chaque fois dans mes élancements, mes volontés: ces maudites crampes noires qui surgissent imprévisibles.6 avril 1483 quand un certain raphaël vint au monde.4 raffaëllo quelque chose, raffaëlla aussi, autant, je n'ai pas à m'expliquer là-dessus, cette beauté arriva, on n'y peut rien, est-ce bien le 6 avril quand ses fresques offraient le spectacle de la fusion, quand elles montraient la réalisation d'un rêve séculaire, dommage qu'il soit disparu aussi tôt, il avait de si belles mains, il n'y a que la dénonciation qui soit possible, beaucoup d'êtres massacrés à même le travail, le cri arraché à quelque torturé parce qu'il ne peut s'imaginer qu'on aille aussi loin dans le fond de son intimité, alors l'art comme fil du rasoir, une tendresse qui attend, une musique, des vagissements sans appartenance, l'inconnu.— l'art torturé qui s'imagine aller au fond de mon intimité.— le cri entendu tant de fois si peu musical.— la dénonciation massacrée au fil du rasoir, quinze septembre mil neuf cent cinquante et un, il s'agissait d'un cadavre bien conservé, est-ce de la poudre ou de la peau morte qui traînait au-dessus de sa peau, un vieil alchimiste travaillait déjà l'intérieur de sa marmite, petit pantalon vert, rayures jaunes, caleçon en tissu-papier, genre hôpital, genre jeter après usage, caleçon en tissu-papier déchiré à la cuisse gauche, j'appuie volontairement sur le mot «déchiré», les marques du sexe s'étalent, c'est à ce moment qu'il faut dire que le caleçon n'était qu'un enduit, sorte de périphrase des actes manqués.— j'aurais bien aimé lui toucher au seul niveau de la panthère érotique, avoue le médecin légiste, d'ailleurs, plusieurs l'ont dit après lui.lui toucher la vivacité, lui fouiller la bouche, l'oeil, le temple indien, lui palper l'organe babylone, lui osculter l'asie, la Sibérie mentale, lui soupeser la vallée de la séna jusqu'à son île des ossements, petites pantoufles brunes, imitation alligator, il s'y sentait si animal, bas verts (comme son pantalon), placard parcheminé sur le minuscule scrotum, ongles longs non brisés présentent du sang figé noir et brun, après examen, il s'agit du sang d'un autre individu, sans doute provenant des graffignures faites à un assaillant possible, sous l'aisselle, fragment de peinture bleue collé par la sueur, il se révéla que ce fragment de peinture bleue était une image condensée des abandons qu'on lui avait déjà fait subir, m'y noyer, l'ai-je fait exprès quand tout a monté si vite que je ne pouvais plus en revenir, je le dirai un peu plus loin: «la mer, c'est très spécial.» j'y étais moi aussi sur ce bateau qui rapportait, le soir, dans ses cales, de quoi nourir et de quoi parler, qui rapportait des mots particuliers, très exotiques, j'y étais moi aussi sur ce voilier qui avait une voile noire parce que la nuit était tombée, je m'y percevais tellement mal quand, à fond de cale, je me prenais pour un esclave, un poisson, ou des rêves austraux jamais vraiment vécus, cette voile noire pour aller jusqu'à l'amour, ce signe de confusions, ces milliers de signes abstraits ou visibles ou secrets qui ne disent rien, cette voile noire 6 périmée, c'est que je ne dis rien, c'est que je suis périmé.ce mauvais signal lancé à bianc quand ce n'est pas encore le temps, à moins que ce soit urgence, alors là, c'est autre chose, l'urgence, «l'ambiguïté encore.» caresser l'insolence, l'insupportable, sans la limite durcie de ce qui est permis, enduré, toléré, «au-delà de l'apparence» moite des mots, l'inefficacité, le déploiement de mes violences cachées, réduites depuis trop longtemps à faire couler de l'encre, je me replace à l'instant où ça se produit, reproduit, je me replace à l'instant où je pouvais encore parler, avant que les graphismes ne viennent couvrir les cris, avoir envie de délirer sans arrêt, parce que c'est une rythmique folle, de s'approcher le plus possible de ce noyau central en constante dérive qui me fait tant chavirer, de voir comment c'est quand ça s'agrippe à la perte du langage, quand c'est le corps qui se met à gémir dans ses noeuds, deviner la puissance, les pulsions, le fonctionnement et le disfonctionnement du cerveau, à ce moment-là, parfois, je rejette ce qui m'entoure, j'assassine ceux que j'aurais voulu garder en vie.alors, parfois, j'ai l'instinct qui tue jusqu'à l'insoutenable, jusqu'à la minute physique où l'on ne se sent plus en soi.ce lieu d'où sort ce qui nous déconstruit tant, ce qui nous fait aimer pourtant, aussi, l'essentiel des désirs, des sacrifices humains, seulement pour me faire patienter les longues et mesquines morts qui con- somment mon dérisoire statut de vivant, est-il question d'évanouissements.Thybride tremble.se refaire (si c'est possible) par l'ouverture de l'écorce.se creuser un réseau sans fonction précise.avoir le besoin de se perdre.ne pas avoir à se supporter.je suis dans tous mes états, toutes mes identités.je me retrouve, incroyable, sur l'île de pâques à écrire du début à la fin mes déviations, mes synthèses, mes rêves idiots.des fauves.des brumes.de longs matins nerveux.au réveil, quand les songes sont gercés.des égarements.et le moi comme expérience vide, la-la-la un air fracassé dans ma voix, il y a la trachée mais elle était ouverte, il y a bien l'appareil phonatoire mais ça ne valait plus la chance de risquer un seul son.il y a bien autre chose mais je n'ai rien trouvé de 8 mieux, la-la-la une mélodie venue du début du langage.je savais comment recréer le moment où les passions avaient envahi les cordes vocales, j'avais le moyen de me faire voir comment je suis arrivé à me rencontrer, à me confondre, à me glisser dans mes aboiements, c'était au tout début près d'un puits, d'un bar, près d'ailleurs, il n'y avait, devant moi, plus aucune perspective, je chantais la-la-la.c'était un blues, une négression.j'étais billie holliday essayant de retrouver sa voix, incarné comme un carnage, je chante avec toute ma peur, que la peur, il n'y a que la peur qui ait pu me rendre aussi vertigineux. évacuer la tribu, évacuer parce qu'un bateau-citerne s'effondre et fait les marées noires, parler des peuples, des villes, des centrales électriques qui craquent, l'évacuation, «que la peur, il n'y a que la peur qui ait pu me rendre aussi vertigineux.» la descente, la remontée.les crises, les trous laissés blancs, je suis celui qui possède ce qu'on ne sait pas encore, sorte de prêtresse.sorte de devin branché sur le débordement du quotidien, sur ce qui s'en vient, sur ce qui n'existe déjà plus, révulser, renverser sur ma chaise, dans mon lit, n'entendre qu'un fond sonore, humm continu, ces résonnances toutes méditatives qui vibrent, l'espace est sonore, disions-nous, il sortirait de moi de terribles barbaries, des impolitesses majeures, quand je me fonds dans l'invisible, dans la carcasse salie des oiseaux maritimes, dans la fulgurance de mon intensité, quand je me crispe et crains, l'incontrôlable est dans mes habitudes, c'est de l'étrange en moi.je m'énerve jusqu'à la confusion, la contagion, l'éparpillement fou.tout est contagion, exploration de l'équivoque, il partira pour florence en 1504.là, dans la ville du lis, 10 l'attendaient la vierge du grand duc et celle de saint antoine, une certaine joconde (combien de fois l'a-t-il redessinée), la belle jardinière et plusieurs autres qui n'ont pas voulu que je révèle leur identité, je dis que je ne serai pas là à son arrivée mais que j'irai sans doute travailler avec lui dans la chambre des signatures.— caresse-moi.— caresse-moi.—- tu passes tes doigts en tournant sur mon pénis.— tu fermes ta main sur mon gland.— tu lis.— tu me lèches.— tu me lécheras les testicules jusqu'à l'épuisement.— caresse-moi plus vigoureusement, maintenant.— tu dessines.— je coule, tout ce sperme dans ta bouche.— je coule, tout ce liquide sur tes lèvres.— caresse-moi.— car'esse-moi.je dis que j'irai dans la chambre des signatures, il y restera quelques années à finir ce qu'on n'avait jamais peint avant lui.inventer ses gestes, trouver sa façon d'organiser ses images, perdre les documents réels, faire comme s'il y avait la fonction de fugacité et celle de l'effacement, est-ce bien ce même jour, est-ce bien cette même année.quinze septembre mil neuf cent cinquante et un la rigidité cadavérique s'était installée aux quatre mem- bres et au cou.elle s'est accentuée durant les heures qui ont permis ce rapport final, figé comme le jade (est-il nécessaire de répéter que le jade est carnivore), et ces clichés-témoins obligatoires, juridiques pour bien garder en tête la machinerie des sévices, comme ça, il était difficile d'admettre l'existence d'une certaine virginité de l'attentat, les victimes tiennent de l'archange.évacuer quand les retombées atomiques risquent de s'éterniser, évacuer le pressant besoin, tous les pressants besoins d'une humanité aussi périmée que les voiles noires, aussi invisible que mon signal à blanc urgent et ambigu, d'une humanité provisoire de toute signature.— caresse-moi.— caresse-moi.— non.je n'arrive pas à savoir ce qui me touche quand je fais du texte de mon seul désenchantement, évacuez, évacuez, comme j'ai voulu ne plus être de ce côté-ci (un subtil affaissement de mes fonctions mentales), j'ai pourtant tout mis en place pour que je ne m'échappe pas, pour que j'aille là où je voulais aller, mourir à venise quand s'écroulerait d'un bloc toute la renaissance, et rien ne surgirait plus de ses cendres mouillées, rien, mourir à venise ou ailleurs, j'y suis assez indifférent, comment vais-je avec mes multiplicités, avec mes si nombreux autres, avec ma tête dou- loureuse.le noir soudain dans le théâtre neurologique, coma, ou spasme.quand ça s'arrête pour un oui, pour un non.quand le salé me revient à la bouche.l'odeur des vêtements assez forte pour y reconnaître l'identité de celui ou celle qui les porte.anxieux.variable.l'agitation des cellules, de toutes les formes, la texture du nylon, ce beau nylon qui couvre, recouvre, qui efface les traits, ce beau nylon comme un océan beige.la fluidité.la légalité, les illégalités qui m'appartiennent, ça s'agite, ça s'échauffe, mêlé au gaspillage de mes petits engrenages très personnels, l'horreur du corps, de ses gonflements, de ses promptitudes.je voulais absolument la tranquillité, on me bouffait, l'avidité de l'être, de «tous les pressants besoins», ça me venait, me montait, alors je sortais pour me sentir mieux spectaculaire. faire vite, très vite, je serais l'imperceptible, tout se bousculerait, en moi, comme dans un accélérateur d'atomes, en moi, les copeaux, les scories, les rognures.ça se bousculerait dans un immense tapage, je serais des rumeurs insupportables, des bruits, pour marquer la fin de la pensée.— qu'est-ce que je disais.ah! oui, le plein-vide de ma marginalité, de ma position inattendue, difficile, ce qui s'infiltre sans être vu.ce qui me transforme, ce qui me déjoue avec tant d'intelligence.ce qui abat toutes les politiques de restriction.ah! oui, la vitesse, il faut faire vite parce que bientôt l'immense inondation des mondes (on nagera sur les fonds marins dans le corps gonflé de ma noyade), parce que c'est le tournis pour longtemps, la mer, c'est très spécial, y jouer entre deux vagues, le jeu.les jeux, tout ce ludique devrait aussi s'inscrire quelque part, le maritime, le si sensuel silence qu'on y disparaît, le vase clos étonnant, très salé, y chanter un début des temps. je suis comestible dans ce liquide aux épices, circé et circonscrit, il me faudrait passer près des sirènes, leurs charmes, oh! c'est une mort approchant, visible, audible.la folle écoute d'un silence empoisonné, leurs voix rafraîchissantes (je coule à pic et c'est voulu), sabordage continuel, abordé, charmé, vaincu, à bâbord, rien, le vaste, à tribord, les rivages blanchis d'os, couverts d'os, des débris, de grandes mécaniques sont venues s'y défaire, griffées, labourées, elles s'y sont étendues, finissant le cycle, bouclant la boucle du périple, étaient-elles du surhumain passé dans la chair, je coule déchiré dans leurs mains tendres desserrant mon tympan, l'ouvrant à des musiques nouvelles, j'entends, mon tympan dégagé, écoutant la marche des villes, de ceux qui sont effrayés du rythme de l'aberration, mon oreille, le marteau, cet écran fragile fixé sur la sonorité du monde.— la bousculade des scories.— les jeux formant le tournis.— à bâbord mon tympan est débris.— circé m'aborde: «il me faudrait y passer.» — la chair bouclée, effrayée dans l'usine, sur ma table de travail.— serrer le surhumain ossement.— à l'abordage des bruits d'où je sors.— déchiqueté par tendresses.mes identités usées, la fuite des êtres, que sont mes amis devenus, et du silence, qui se déchire, s'écroule 16 et refait (involontairement) surface, c'est la simple flottaison de ma fragilité de vivant, pour la première fois, il fallait qu'il se presse.1519.ce tableau, en lui, prenait toute la place, excitait ses nerfs, dérangeait terriblement sa quotidienneté.«La transfiguration» qui lui avait coûté tant de rêves échevelés, il fallait la donner à aguicher, connaître pourquoi, en la reproduisant sur une surface bi-dimension-nelle, tous les dimanches, en particulier, ce corps divin, flottant au milieu de l'espace, l'avait tant obsédé, d'ailleurs, il en parle longuement, très tôt, nous dit-il, il avait pris contact avec « la transfiguration», inexplicablement, pourtant, cette image lui revenait, une compulsion, dans sa mémoire, elle vivait, est-ce bien de mémoire qu'il s'agit, je cite: «Intensément, on me projetait, j'en étais saisi, cloué sur place, devant les yeux, ce corps souple, rond, moelleux, baignant dans des vêtements sensuels, que j'interprétais sensuels, presque transparents; cette fluidité des linges me ramenant à ce qu'il y avait de caché derrière.Je me disais ce corps est un luxe.Il s'élevait délicatement par une sorte de danse mentale dans le non-lieu du plaisir léger.L'air caresse.Cet être, au-dessus du monde, souriant de bien-être lascif, semblait m'appartenir à moi tout seul.J'étais certain d'être le seul à le voir tel qu'il était» (in Pittura e schizzi, 1530).des milliers d'esquisses, des centaines d'heures de travail, uniquement pour cette peinture, lui ont-elles permis de s'en libérer.17 l'obsession, la périlleuse obsession, tout y est chatte, miaulements reconnaissables, ce transfiguré, mièvre pourtant, si tissu que nu, mi-dieu, mi-déesse, mi-chair, mi-passion, au genou qui bouge, me travaille l'énigmatique, me travaille le genou tellement il est avancé langoureusement, provocant l'invitation, le contact, l'étreinte, l'envie m'a pris, si souvent, j'avais six ans, de me frotter à cette jambe éloquente, la beauté, la beauté.— la jambe, ma volonté.— mon âge, le trouble.en quel jour de quelle année, raphaël s'était-il métamorphosé en mon phantasme, en ce que je ne pourrai plus être dorénavant.quinze septembre mil neuf cent cinquante et un, maintenant au tronc, à la poitrine droite supérieure, c'est-à-dire vers la clavicule, il y avait là une plaie.plaie vive.plaie qui bouge.encore.plaie peuplée.de monstres.plaie autre que toute autre.celles qui se trouvaient en lui ne peuvent faire l'objet d'une description, pourtant, il le faudrait, une coupure particulière à la lèvre tombante, comme une languette.sans parler des commissures qui présentent l'horreur de l'acte supposé, la résistance, le refus, assailli, il avait cherché à se débattre, impossible Tadmission que le réel ne soit que ça.son agressivité avait été une provocation, l'examen microscopique montre qu'il y a eu inflammation, pourissement, couteau répugnant, globules blancs, oedème, la pénétration de l'objet offensif avait été calculée, elle s'est produite deux heures avant le décès, hasard indifférence, qu'y avait-il de si dangereux en lui.son petit corps montre combien, malgré son âge, il avait été lacéré, son visage crie, ordures.quatre centimètres de profondeur, pourquoi quatre, avec quelle précision, on avait joué de la lame, abdomen, tronc, épaule gauche, tout étale ses érosions significatives, on l'a tourné, retourné pour comprendre le geste, la tribu ne connaît pas sa férocité.la force de ses coups, la puissance de son amour, l'étouffement devient l'unique explication, je me rendrai bien sûr jusqu'à la fin.jusqu'à l'endroit cynique où se termine brusquement l'illusion, «la fin des temps» où est-ce dans ma carte céleste, dans ma main gravée, dans l'écorce fragile du sol.je compte déjà les années, ça rétrécit, ça rétrécit, je me rendrai bien sûr nulle part en tournant sur moi-même sans fatigue.avec quelques saletés autour de la bouche, ce sont ces bonbons noirs sucés avec tant de plaisir, la réglisse, l'anis.le goût à s'en chauffer l'intérieur des joues, à paris, tour saint-jacques, à ne savoir la direction des siècles, quand me suis-je déroulé, à quelle époque, comme se déroule la fausse mémoire des li- 19 vres, des musées, des plaques commémoratives, ça vit en même temps, dans Tinnocente rafale séculaire, quitter paris pour la Camargue, s'étendre de paris à ste-marie comme on s'étend sur les galets brillants, la rapidité de la lumière, j'y suis, sur une grève, de la faim, sur une grève, idée d'apaisement et idée d'ouvriers en colère, sur mon pénis, je glisse et tourne mes doigts, comme pour polir mon gland, mon galet, à quel âge de quel temps, je m'amuse, je joue avec cette verge dure, découverte de ce que je croyais perdu, je ne parle plus, c'est la patiente montée du plaisir, c'est la patiente descente au fond des âges, au fond des eaux, la belle noyade que je me paie, douceur, me dire que ma matière est insaisissable, frondeuse, divaguer, enfler, maigrir, inexister et en avoir le droit, ça finira par sortir, couler, et remonter vers ici.d'où j'attends le moment de me refaire surface, de gré ou de force, même si on crie au front, de chaque côté, l'envers de l'os, majeur, facial, c'est resserré, la tête, l'étau.les malencontreuses décisions unanimes, cette piqûre bouddhique trop rapide, n'avoir rien à ajouter, congelé pour la conservation de la race, on pense, air noir.20 ton bassin.les autres quantités aquatiques, pour régler définitivement le cas à la maladresse, causée, subie.agrémentée de toute fascination.vitrines quoi.pour hmage classique.le très maternel, la très redoutable fermeture.ça s'épouvante tellement.instantanée la mort.au fait, ma maladie mentale.brûle, bave.n'y revenir que plus tard, après, quand, après.«mêlé très mêlé.» glissements, opacité, sonore, prétentieuse, temporelle ou non.j'en demeure convaincu, et c'est excès.tout de même on s'y accroche, on s'y incruste.le nom des revenants complexes.à épeler, à prononcer, dans leur ensemble.ces naïves, si naïves pensées égarées. dans l'anecdote, ça arrache toute focalité.ça m'épargne la vision juste, quand on ne vient pas en rajouter, les longs déjeuners, les longs dîners en tête à tête avec ce manuscrit trouvé sur les bords d'un vieil atlantique, c'est tout de même important, je change l'histoire, la redessine, les indes occidentales, je m'y enfonce pour mieux comprendre, partir très tôt, au bout de ces nouvelles terres si propices à la création d'un nouvel objet.partir, rester, hésiter, voilà mes seuls voyages, à moins qu'ils soient tellement rapides que je ne vois rien, fort possible, je ne guette que les détails étiolés d'un souvenir fort défectueux, avions, bateaux, trains, j'allais et venais en si peu de temps que je m'imaginais être voyage, perdu dans l'éclat lumineux des espaces, je pars pour loin, indépistable, «to reach.» mais c'est encore dans mon temps à moi.trop réduit, minimalisé à l'extrême, je cavale en douce dans des lieux sordides pour me faire croire à l'innovation de ma démarche, je décolle, je glisse, je roule dans la lenteur, je saisis au passage mon inutilité débordante, dans la décharge de toute agressivité, rome.londres.je suis nulle part, il n'y a que cette chambre bien ordinaire, inventions à me faire sourire, à la sortie du cinéma, lequel, j'erre encore davantage, c'est le vingt-quatre images/seconde qui me déplace aussi allègrement, je devine que mes bagages sont légers, trop légers, on se méfie, on 22 dit que je ne voyage pas vraiment, je pense à tout malgré moi.et pourtant je n'habite pas ce qui me défi nit.— déjeuner de ce manuscrit atlantique.— partir qu'avec force détails étiolés.— la lenteur du voyage.— débordement des définitions inutiles. 4 de la plage à la chambre, je ne savais pas très bien où je mettais les pieds, je ne savais plus très bien comment discerner mon temps des autres, de quelle époque au juste, j'avais le plus souvenir, sur le lit, traînaient quelques livres, le moyen âge.je ne vivais que dans le gothique, le roman, le musulman, j'y étais, j'y vieillissais, ces édifices fascinants visités de nuit quand tout s'y promène, quand tout est possible, ma peau ride, la peste, l'ensoleillement, le supplice de la roue, ce n'est que le sable et le sel.je m'huile pour faire semblant de m'occuper de moi.je m'huile jusqu'à me glisser des mains, l'errance, je m'échappe comme en distance, sorte de parallèle, là où l'on ne compte plus pareil, l'éloignement comme mouvance, sorte de croisée d'ogives des durées, des longueurs, vitraux mixés d'en dedans, d'en dehors, mes architectures me travaillent, j'y apparais voûté, tellement vieilli, tellement froissé, ma charpente médiévale, nos corps soutenus de poutres chimériques, je m'huile davantage, je 24 glisse encore plus, et toujours ce tympan-sirène qui se met à vibrer, écoute tous les bruits que se font les siècles en s'entrechoquant, et toujours ce tympan-sirène sculpté de figures intemporelles, je m'imagine venir de loin, de très loin, de plus loin que ça encore, repoussant le premier instant de la peur, parcourir jusqu'à me rappeler mon peu de rapport au réel, ou simplement par bribes, par hasards, par croisements momentanés.être là (où est-ce) par plaisir dans quelques morceaux choisis de ce si haut moyen âge.ces démons, tirant la langue, taillés à vif dans la pierre, ces corps tordus, si tordus, dans des enlacements impossibles.gargouilles, gargouillis, c'est ma frayeur manifeste.mais il y a aussi les chasses aux sorcières, les bûchers, ces corps féminins traqués, les rêves désastreux d'une morale impensable, j'engendre de l'invisible (difficile progéniture) sans en pouvoir survivre tant mon angoisse se mêle à ces milliers de monstres, sortant des tours, à la chevelure vivace, je suis flamboyant.je suis inhabitable, se sentir où je ne suis pas tout à fait, où je ne suis plus du tout, incertitude je m'huile, je me perds et reprends contact plus tard quand il n'y a plus ni plus tard, ni plus tôt.il ne reste de moi que des galeries souterraines où je m'égare, où je découvre des sectes secrètes parcourant mes espaces laissés gris, des chants montant haut et tenant en suspension de longs moments de moi-même, aux alys-camps, ce lieu visité de ma préhistoire où j'ai perçu ce qui m'avait produit, aux alyscamps, ce jour-là, mes trous béants, mes craintes d'être seul, je n'ai pas pu me croire aussi absent, je suis une rupture, ah! raffaëllo-raffaëlla.après sa transfiguration, il fallait se refaire, tes structures, il semblait si affaibli, si affaissé, tes lignes de force, tes problèmes d'illusion, ta fascination pour la décoration, chercher dans tes couloirs secrets, les motifs délivrant, les figures t'ouvrant à toi-même, les voûtes, les piliers, les parois, empreintes de ton délire de beauté, il fallait rendre le monde à l'esthétique comme si l'art était un dégel du réel, l'incandescence, tes désirs, mes fantaisies projetées partout sur les murs, sur les meubles même, basculant dans la démesure imaginaire, tout était, pour nous, des écrans, visionnement possible d'un espace utopique.«Je refais le mythologique à partir de mon insondable problème d'être.Suis-je vivant?Réellement ou apparemment vivant?Travailler dans toutes les dimensions comme s'il me fallait devenir, par mes constructions, au-delà des identités, des nations, de mes angoisses, comme s'il me fallait être l'instant de puissance quand rien n'échappe à la vivacité du corps et de l'esprit.Tout en moi demande d'aller avec nouveauté.Je veux peindre et édifier les dernières choses possibles pour traverser plus facilement le mystère qui fait de moi une existence blessée sans écorchure visible» (in Pittura e schizzi, 1530).quinze septembre mil neuf cent cinquante et un cajo- 26 lé, toujours si cajolé, pour les membres tels le poignet gauche et la main droite, enveloppés de linges, de lambeaux, «.cette fluidité des linges me ramenant à ce qu'il y avait de caché derrière» disait raphaël.caressé, trop caressé de draps, de serviettes de bain, caressé jusqu'à l'asphixie.tout ce doux tissu servait (sert toujours) à dissimuler de sérieuses entailles, plaies de vitre, fragments de verre brisé, câliné de vitre, est-ce possible, les veines, les tendons coupés entièrement, la coulée de sang, le flot continu des pertes, sur les jambes, au-dessous du genou, trois graffignures.une longue coupure sur la cuisse donne à penser que la volonté de sacrifice a déterminé les gestes posés, l'ensemble doit être fouillé, envahi, les pieds n'étaient pas propres, ils avaient été longuement traînés par terre, touché, toujours trop touché qu'il ne pouvait plus supporter la moindre marque d'affection, alors je dirigeais la marche du navire avec les moyens du bord, par élans, par cris, dans la coulée majestueuse de mes huiles, ça se répandait tellement, l'abondance.c'était de l'océan, de tous les côtés à la fois, d'un continent à l'autre, sans entrave, sans arrière-fond, sans arrière-pensée, j'allais par l'énergie immense de nos évidences, de nos remous, de nos retours et dépassements.c'était des charges énormes, des dégringolades, des éclatements de toutes sortes, je bousculais les tragiques apparences, enfin, la montée des eaux délivrait mes antécédents de sauvage, mes provenances indigènes, ma si particulière symbolique, je parlais de ce qui vit jusqu'à troubler, jusqu'à détruire, touffu.mes disproportions.pour partir, encore.pour déplacer mon reste, ma carcasse.perturber.pour visiter les palaces de morts, nos places cadavériques.langues, cordes vocales arrachées.partie la fonction de crier, de dénoncer, alors, pour l'avoir si souvent vu, le sort qui passait par les briques écartées de la rue saint ambroise.l'hiver, l'été quand on mourait en moi, aussi.je touche tes pubis, en gouttelettes, simplement pour indiquer ma présence floue, effleurement des fesses, des eaux aux lèvres, tu te soulèves pour mieux saisir Téclair.mais le calme cède, inatteignable, parce que nous sommes sans cesse à forcer les cadres de nos enfermements.de montréal jusqu'à venise pour jouer de mes multiples, pour me jouer de l'ennui, ma main, les teintes orangées, la mollesse de nos peaux, il y avait d'innombrables vagues chaudes, mais, le calme a cédé devant mes microcosmes violentés, mes objets non identifiés, mes infinis troués, ma paume gonflée, cherche, incrédule de ce que peut donner la sensibilité des corps, ça vieillit, ça vieillit, les fatigues rapides, les anxiétés à la pelle, les pattes aux yeux qui rendent l'oeil intéressant (illusion fabriquée pour réduire la blessure), je suis à me défaire, tes odeurs de chevelures découvertes par le plus pur des hasards. 5 pour reproduire le moindre de vos mouvements, il me faudrait être longtemps, en osmose régulière, translations constantes afin d'envahir chaque parcelle d'existence, chaque surgissement de pensée, mais je ne suis qu'une métamorphose, qu'une deuxième, une troisième apparence, ne pouvant contenir ni vos cris, ni vos enchantements, lettre morte, ça restera lettre morte, je le dis.même ce délire qui me mène loin dans vos ignorances, dans mes crimes politiques, il ne restera que lettre morte des aberrations mécaniques, quand le vide que nous sommes, répétera, sans le savoir, les absurdes instants de nos fabrications postindustrielles.nous sommes à évacuer le lieu que nous emplissons.nous sommes à percevoir notre inimportance, alors, je veux m'asseoir, m'endormir un peu, sommeiller bêtement parce qu'il me faudra revenir à la charge, reprendre ce que j'avais perdu en chemin, dorénavant méfiant, je vous passerai au peigne fin, je me reniflerai.je relierai un à un les soulèvements passés quand 30 vous vous sentiez si physiquement mis en pièces, malaises, emportements.— les gestes de métamorphoses.— les crimes politiques de nos fabrications.— égarements reniflant Tapparence.ce quinzième siècle de ta création du monde, cette florence improbable où nous nous sommes vus, son-gés.ces discussions éternelles sur ce qui ne devait plus advenir, raffaëllo-raffaëlla, et cette aurore de temps nouveaux sur laquelle nous travaillions tous les deux, toi dans tes chapelles sacrées, moi dans la chambre bien ailleurs, tu te conçois par beautés, par désirs de millions d'individus, transformant la cité en paysages édéniques.cette cité emmurée que tu voulais ouvrir, cet éden éveillé que tu voulais rêver, comme si tu y étais, comme si j'aimais y être, ce lieu, peut-être trop mental, de réconfort, d'apaisement de nos amours, les tiens en fragilité, les miens en instance de présent, ce paradis, quand tu le peins doucement avec des couleurs claires, éclatantes, avec mes lignes que je compose par réapparitions de ta volonté, cette douce ryth-mie de nos sexualités ravissantes, raffaëllo-raffaëlla, tu pensais te mouvoir dans une atmosphère de joie quand ta volupté délicate, tendre, se brisa, il fallait qu'on le dise, qu'on en souligne le moment, quinze septembre mil neuf cent cinquante et un et finalement le cou.on devait en arriver là.caché ce qui s'est effectivement déroulé ne servirait à rien, le dire. l'étouffement, il y avait infiltration de haines en dessous du sillon traversant les gros vaisseaux sanguins du cou.ce sillon si bien tracé, si bien labouré dans cette peau encore fraîche de la nouveauté au monde, on lui avait donné une chaînette en cadeau, présent reçu, sans doute, en toute innocence, sa fin y était dissimulée.une belle chaînette en or (métal précieux si résistant), on lui a donné la mort par compression suffisante à bloquer la circulation, la respiration, ses yeux révulsés, ont-ils vu, à cet instant, la force qu'on mettait à lui couper le souffle, les yeux révulsés, ahuris, horrifiés, cordon familial, de génération en génération, solide, dur, produisant l'incessante strangulation, cette chaîne de reproduction, en or pur, faite surtout d'inconsciences, on l'a retrouvée, collée à son cou, pénétrée dans sa chair transperçant la carotide, creusant la jugulaire, on peut s'imaginer la jubilation tribale à voir marquer un autre de ces membres, les fameuses initiations, l'amour est si pur, si résistant, en résumé, cet examen a déjà trop duré, selon nos constatations d'autopsie, l'étouffement aigu, par strangulation si volontaire, n'est qu'une violence de plus, un processus affectif simple et normal, quinze septembre mil neuf cent cinquante et un ce petit corps asphixié pour l'amour de la persistance.c'est qu'il fallait vivre très rapidement, sans réfléchir, pour réduire l'hypnotique obsession de sa défaite certaine.se masquer de bruits, si ça se fait, c'est que je me devais d'aller et venir dans l'histoire (grande ou petite, comment est-ce) de l'humanité pour inventer des chiffres sur des faits sans gravité, mettre en exergue de ce déplacement: «.quand j'écris, est-ce que je plie ou est-ce que je brise.» raconter l'éclat, le drame ou le vide de toute expérience, sorti des eaux, on me l'a raconté, tant de fois, revenir constamment sur cette folie dans l'émergence du langage, arrangement épileptique d'une mélodie phonétique, le plaisir, le parfum, le talc posé doucement, l'os et les couteaux cachés, absorbtion par vagues spectrales de l'étrangeté, de l'être.l'horrible état grégaire, le réflexe familial. l'extraordinaire divinité des fissures.ce qui rend abstrait, discret.petit ventre.petite queue.changer pour la déroute, pour la puissance toujours possible du dissimulé, du secret, la belle subversion désorbitée, en chute libre, la tornade de l'épiderme, et pour trancher, l'angélisme parfait, mais odieux, de notre mécanique.v montrer plutôt les dominations, celles qui m'épuisent quotidiennement, celles qui m'obstruent les conduits digestifs, indiquer les insidieuses oppressions, les luttes à mener, afin de porter un coup à la mort, mais je ne suis qu'une marge, ce seul espace que l'on m'a permis.une marge d'où je perçois mal mon encercle- ment, je parviens seulement à toucher le fond, à toucher de la mémoire, du rayonnement, de la sclérose, du manque, des absences si cruelles, je retrouve de vieux souliers, de vieilles chemises, de vieux chandails.je remets un doigt, pour la dernière fois, sur mon corps cru et sur la fureur imbécile de ma continuité, il me reste la conscience de ce qui me brusque, de ce qui me chante, me perd, sachant qu'il ne se passera plus rien, être l'égarement de toutes choses, c'est déjà la fin d'un ancien monde, celui des fragments silencieux.mars/octobre 81 JO- ppur les artistes de métier PROPOS D’ART, 3774 rue St-Denis, Suite 201, Montréal (Québec) H2W 2M1 Tél.: (514) 842-8956 ABONNEMENT ?régulier 10$ ?institution 18$ ?hors Québec 18$ (mandat bancaire) ?soutien 25$ Distribution : Messageries littéraires des éditeurs réunis 900 est, rue Ontario Montréal, Québec H2L 1P4 (514) 525-2511 Distique 9, rue Édouard-Jacques 75014 Paris Maquette de la couverture : André Roy Illustration : Raphaël, La Transfiguration (fragment) Composition : Typographie Vidéo RM Itée Impression : Ginette Nault et Daniel Beaucaire St-Félix-de-Valois (514) 889-2140 Imprimé au Québec, Canada
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