Les herbes rouges, 1 janvier 1985, No 133
&( a Ml-: ' les herbes rouges ISSN 0441-6627 ISBN 2-89272-017-6 Directeurs: François Hébert Marcel Hébert André Roy Adresse: C.P.81, Bureau E, Montréal, Québec, H2T 3A5 Abonnement: 10 numéros, 20,00$ Distribution: Messageries littéraires 900, rue Ontario est, Montréal, Québec, H2L 1P4 Tél.: (514) 525-2811 Distique 9, rue Édouard-Jacques 75014 Paris, France Membre de l’Association des éditeurs de périodiques culturels du Québec Dépôt légal: 1er trimestre 1985, Bibliothèque nationale du Québec ©les herbes rouges et Guy Moineau, 1985 Guy Moineau Nous ne serons jamais intacts du même auteur revue les herbes rouges Traverse de figures, poèmes, no 41, 1976 La fuite et la conversation, poèmes, no 59, 1978 Aucune intention de bonheur, poèmes, no 122, 1984 autres éditeurs Falaises sur fables, poèmes.Editions cul Q, 1976 Chien, poèmes.Editions NBJ, 1985 Tu es l'absence, au cœur même de la vie, qui t'a commise à la vie; tu es l'absence, au cœur même de ton livre, qui t'a démise du Livre et promise à l'impérissable soif.Carole Massé, L'existence Nous surgissons comme des flambeaux au milieu des preuves d'amour, un disque lunaire tatoué en partie sur les lèvres.Au commencement tout serait drôle, je chercherais l'émotion dans les sosies que tu laisses en arrière sans le secours des engrenages civils.Tout serait drôle et très sûr puisque tu dis tu dors en pyjama, château coupant près du cœur et robe de soirée.Le chemin de la bête en soi se réclame d'une plaque au cerveau, nous éprouve aussi lestement qu'un tourniquet.La première pensée la bonne, tes cheveux sont trop courts pour m'oublier selon l'art heureux de trahir.4 Une voilette rabattue sur le haut du visage, c'est habituellement ainsi que tu t'échappes aux plaisirs obstinés de la conscience.Für Elise mille fois, Beethoven aggrave en l'écrivant son amour archevêque pour Thérèse Malfatti.Que tout soit clair un jour et l'on tombe du coup dans le mensonge, sujet indomptable des entrailles qui nous quitte fatalement pour une soustraction.La ponctualité grisante du cosmos m'affaiblit, fait que je me retrouve à l'origine de chaque mystère.Für Elise en pleine route, pédale au plancher, l'ironie du sort ne constituera jamais une entrave.La signature seule propose le mythe.5 Perdre sa beauté étymologique et ses jaguars de feu, rien que cela.Assis devant les tableaux du silence, jambes croisées, velours, les yeux en éventail afin de s'arracher aux aimants méthodiques de la chasteté.Comme ça que je définis le courage virtuose de plaire en sachant que l'impossible fait partie du mal.Tu racontes que tu rêves, qu'une explosion effrite tes dents.Tu dis c'est un signe, c'est écrit quelque part et la mort, sans délivrer, trouve sa place en des zones interdites et crues.Les yeux dans l'eau, la parole facile.Deux drinks.Peut-être qu'une mystique sauverait nos vies de ses plateaux empêchés de sens.Ou la jalousie. Western existentiel, étions-nous en amour ou en état d'ébriété?Tout va bien dans le désert, il arrive que tout aille bien et c'est sans limite.Dans tes bras je sais que nous allons au péril même avec les baisers d'une prononciation folle qui subsiste en nous comme un pays étranger.Et si l'on s'offrait une abstraction, un mirador primitif, une plainte siècle dernier mourant sur scène d'une étude complémentaire au cerveau?Les blessures nous appartiennent en cobra et l'indifférence qui va de pair.Surtout rien à foutre, rien à foutre je t'en prie.Drink to that. Pas de réponse juste des questions.Nous nous étalons en feuillage par surprise, désespérément.Est-ce que je suce la matière par le bon bout, est-ce que je suis à ce point réel pour sortir du sommeil et affronter l'espace documentaire sans bouclier ni machine?Adolescents miraculés, nous ne parvenons toujours pas à fendre à l'anecdote des jours inutiles.La vie publique devient un refuge où l'on s'embrasse comme des êtres inquiétants et mal faits.Je longe les caprices en m'attribuant une figure germanique et des symboles, l'univers, vision purement explicative, aborde sa fidélité occulte.Pas nous.Pour ces choses-là, il faut avoir un don, une discipline compliquée des effets. Dans les rues, tu marches souvent quelques pas devant moi, une broche mauve fixée dans la chair pour aveugler.Je vais à ta rescousse en visiteur de légende et tu tombes alors comme si l'on entamait un pèlerinage obscur de prima donna sans habileté ni couteau.Chambre d'hôtel ou faire l'amour sous un banc de parc, il n'y a pas d'issue, que des observations vacantes.Les amoureux, croit-on, sont seuls au monde et scientifiques.Comment supporter de se voir?C'est Valéry qui écrit ça.9 Tu pleures souvent, tu échappes tout, la vaisselle occupe les raies luisantes du vertige.La fièvre telle une classe à part des molécules que nous accrochons au passage.Mal au cœur pour de bon, l'infini est un héros banal quand l'espèce chahute en chacun de nous.Un bracelet noir, un anneau autour du poignet et des bouteilles de bière ouvertes.Encore des objets pour nous rendre furieux.Seulement des idées et des livres à écrire.Coupe canard.Au Saint-Sulpice, tu tiens ma main pour traverser la foule.Une bissectrice fend la salle pour mieux alléger le miracle. Robe noire et souliers plats, je t'imagine au moment de prendre le train en direction du Mexique.Une plus grande ville, toujours une plus grande ville où respirer les effets des réacteurs atomiques et des âmes indirectes.Nos bras s'agitent comme des qua-rante-onces difficiles ou posthumes.C'est une convention entre nous, un charme.Avant de monter dans le wagon, tu as marché sur un tapis que j'avais préparé avec les photographies insupportables de Tlaloc alors qu'il allait mourir à Teotihuacan.Conjuration des sorts, vieille sorcellerie.Mexico zen.La pluie.11 Les lèvres impriment sur les verres une marque rose et raffinée, une technique principale.Boire.Boire jusqu'à la résolution des monuments à la démence et des minutes à perdre si imperceptiblement.Tu bois moins pour me faire plaisir, tu t'attendris à l'idée du retour de la mer dans les phrases et le bruit.On cherche dans la suite des bars les six hasards de notre rencontre, en attendant que les oiseaux se posent sur nos épaules.Les romans de Kundera guident la fascination, insinuent des rapports.On ne devinera jamais ce que la consistance réserve mais je sais que notre unique raison de vivre est d'exister.Il y a là un inventeur sévère des équilibres, une tournée des grands-ducs.12 Le tour du monde.Un paquebot panthéon en 1925.Nous sommes résolument riches, épouvantables, corde au cou et du drame délicat brille contre nos veines.Sur le pont, les témoignages affluent, les lettres d'une entreprise cachée.Pas moyen d'éviter les confettis qui volent vers nous, les serpentins.Je revois le gâteau de mariage, la pression de ta main sur la mienne, le couteau qui s'enfonce.Puis on rit parce que ce n'est pas vrai, parce que nos têtes se frôlent impunément.Le paquebot se contente de l'immédiat, de l'affection.On efface tout.La reprise donne une oeuvre différente.Parlons de l'étendue.13 Vie normale.Je balbutie les unités volontaires de la mort.En nous végètent des shérifs périssables, un processus que l'on supporte avec des matières décimales.La mer préconise la dématérialisation des principes ardents du moindre obstacle.La mer préconise et me blesse.Deux amants sur un pont, corps penchés en avant, envoient des baisers malades aux apparences qui défilent pour les regarder partir.Regard exténué sans tes verres, la signification des dommages te tourmente.Indéfiniment.Lors de la photographie officielle, nous adoptons le touch me if you can attitude.14 L'éternité ressemble à un médicament douloureux, à un royaume trouble où l'on distingue la figure princesse du désir qui empoisonne.Chacun son rôle avec un bandeau pénétrant, chacun sa légende et ses batailles.Je n'arrive pas encore à saisir ce que l'on entend par delta.Incroyable paradigme dans les rues d'Atlantic City.Nous allons partout afin que la division des territoires nous éloigne des flammes.Tu dis tu ne manges pas, tu ne dors presque plus.Tu dis enlève-moi, tu dis qu'il faut fuir avant que plus rien n'existe.15 Un paquebot imaginaire en 1925 s'épuise à la côte atlantique du parc Lafontaine.Marchons, marchons vers le vide et les chocs, soir après soir irrespectueusement, en larguant nos tiares au loin comme un muscle fini d'avance que l'on traîne sans savoir pour quoi.Je veux des faits scientifiques, des serments.Il survient un jour où il faut bien bénir les foules avant de disparaître aux sacrifices audacieux et lents, deux dobermanns hypersensibles à la place des yeux pour encaisser le génie des situations.Tu dis à découvert l'histoire débute en montant les marches d'un escalier, tu dis mes mains sont froides et ton parfum avec un tremblement.16 Parfois je me dis nous sommes en dehors de la science parce que la vibration, ou quelque chose de très classique, tient la raison en écharpe.Clarté qui empêche d'être vu, on ne s'éclaire pas soi-même.L'occasion se présente sur un plateau de refuser nos animaux internes, de fendre proprement en toute impunité.Tu acceptes.Une plaque rouge sur le visage, ventriloque et creux à l'estomac, le seul passage réussi est celui que l'on empêche par un coup de poing brutal à la respiration.L'amour ne fait pas un paragraphe, je suis endommagé.17 Pas comprendre.Pas dans le même bateau.Mais où se découvrir une palpitation qui puisse se bloquer le cas échéant?Les voix sont jointes par-devant, mêlées entre elles à la cassure et aux barreaux.Personne à écouter utilement sous le couvert des vies de saints, des immeubles.Le diaphragme sans cesse épris de ses ficelles lointaines, se déplacer comme dans un documentaire dont la musique nous oblige à craquer avant la fin des conventions sociales.Et de l'esclave en nous.Je ramasse des choses satisfaites et variables, petit nœud autour, j'en détruis les liens.Nous convenons que l'infini révèle des travaux fatals.La vision brune de l'entêtement.Alibi.18 Des confettis sur nos épaules, question de rompre l'humanité de l'innocence, sauf les oiseaux monarques du hasard.Dorénavant un jeu à la lisière de l'occasion, les écritures le prouvent, visiblement interposées.On peut tout accomplir pour l'ascension de la moindre aventure, c'est comme ça.Dans les fusées du système nerveux, l'encyclopédie des inspirations et le déclinable des contagions intimes se partagent les oeuvres de bravoure.On reconnaît la matière à sa démarche tragique, têtue, malade de résurrections et d'exploits.Subir les objets au centre d'un magasin silencieux, somnambulisme moderne par lequel l'on se quitte sévèrement, sans acquis. Les erreurs nous sauvent.Au bar, un verre à la main, tu explores au ralenti les ébauches d'une division magique.Le sort se couche en travers de nos routes, une muraille.Tu dis tu engueules tout le monde parce que j'ai pris un mensonge différent pour t'atteindre.Tu dis ça.L'approche, au minimum de sa dépense, dévoile un clavier résistant, une noyade que l'on peut laisser, abandonner comme on le veut, sans résolutions.Le désir de plaire inmanquablement pour devenir un état facile, une proie quelconque, une race couverte et cendrée.Une autre trouvaille noble et l'on évite de se passer sur le cœur.Je dis les erreurs sauvent et c'est affreux.20 Retentir aux natures mortes des rendez-vous, le présent fragmente les hélices intérieures par addition.Nous ne serons jamais intacts, mais appuyés contre des palissades pour déranger le sentiment avec nos gueules émouvantes et le reste.Tu réprimandes tout le monde et les atomes, tu crois à mon absence.Tout est là.Avoir foi en la disparition de l'autre permet déjà d'occasionner sa perte, du moins son envol, quand bien même on insiste pour affirmer le contraire.La cruauté oscille vers l'émeute, vers la profanation des palaces ainsi que l'entendent les pas marchant dans le verre brisé et les tessons.La chute se poursuit sur un versant distinct, pressée d'en finir sous l'orage.21 On mesure les chambres de l'avenir, les dégâts avec sa carte de membre et ses tribunaux personnels.La faille amoureuse génère hypothèse sur hypothèse là où un messager indemne entre en lutte.Les manoeuvres la nuit brûlent à rien, histoire d'en rire après quand les dates des cahiers surgiront pour un caprice ou un bris à la gorge.Les délices de l'autre vie nous poussent à applaudir les destins droits que l'on peut implorer à l'instant où les phrases se déchaînent.Une tendresse de plus et tu réclames inévitablement le pont Jacques-Cartier.Fleuve aussi souple qu'une pulsion noire. Les cagoules nous engagent à pâlir.La nuit, pendant le sommeil, tu t'égratignes les tempes et les joues.Tu refais les actes de la journée, tu commandes le respect en mutilant.Le but précis de la rancune est de s'atteindre interminablement au visage.Expression de sa sortie de secours, la culpabilité a les ongles longs.Dans chaque morceau de chair tremble un message, une paix que l'on éloigne de l'anonymat telle une idée fixe.Simple juxtaposition, les nerfs flanchent au rationalisme dérisoire.J'écris comme on me soigne à mes supposées grandeurs.Dévier de sa quête vers les entrepôts de feux rouges, en camisole, tout au plus une biographie. S'écailler.Une course de chiens, un étalage occulte qui s'effondre.On rassure ses noyaux avec un interdit de passage et de petits frémissements.Il sera toujours l'heure de rentrer à la maison, défaire son lit, mentir à la communauté.Tu dis plus tard on te retrouvera égarée au coin d'une rue, égarée comme une statue célibataire et polyglotte.Je dis je finirai mes jours égaré soûl mort sur un banc de parc, tenant dans les bras un chien blanc ou une pile de livres.La profondeur agit.Qu'est-ce que l'on a au code génétique, qu'est-ce que l'on a à tant vouloir la vérité?24 Tu dis tu aimes à tressaillir et je suis foudroyé par la blancheur de l'espèce et le souvenir exemplaire d'une émotion moulante.Que le corps, que le corps qui compte.L'ivresse s'empare toujours des histoires impeccables en s'obstinant à leur léguer une marque de commerce, un sceau qui prouve que le temps change.Les secrets de l'âme étincellent comme des revolvers que l'on porte sur soi pour aller.J'écoute Carmina Burana c'est ta faute. Les genoux plient face aux amulettes qui témoignent des périls à vivre et du flanc sensible, mal éclairé d'un virage photoroman.A quelle altitude nous rendrons-nous afin que les êtres soient sans danger ni credo?Puisque les croix ferment si mal sur le ravissement.Je donne dans la pharmacie pour une enflure des cellules, une reddition organique et détaillée.Où se trouve le faux, où me manque-t-il que je m'en gave à l'aide des respirateurs artificiels refusant toute indulgence?Tu laisses tout sur ton passage, art incomplet. Tout bonnement, courtois jusqu'à licher sa conscience, les mains tendues au-delà des actes, on se dit adieu pour un phénomène impur de plus.Late movie.Eblouis par les mensonges par les victimes, nous repartons vers le langage effrayant.Jamais simple ce qui nous conduit aux aveux, jamais simple se séparer.Tu sens la peur de perdre, d'inclure dans l'esthétique les fiascos élémentaires d'une maladie des instincts.Bad timing et sans morphine, nous entrons dans la littérature vécue.Ta bibliothèque à aiguilles mon amour.Karma.avril 1984 François Charron François FRANÇOIS CHARRON X«i Hmrbat Rouget Ce livre fait entendre l’histoire d’un jeune garçon qui n’imagine pas de fin à ses désirs.Cette histoire se joue à la limite de son dire: depuis l’extase sexuelle jusqu’à une insondable douleur.Une oeuvre radicalement métaphysique en communion avec la vie elle-même.107 p.- 9,95$ Les Herbes Rouges 900, rue Ontario est, Montréal H2L 1P4 Tél.: 514/525-2811 En vente dans toutes les librairies ou chez l’éditeur. Maquette de couverture: Jean Côté Illustrations: George Tooker, Le Métro (détail) photo d’un aliéné persécuté (Salpêtrière) Photocomposition: Atelier LH R Impression: Ginette Nault et Daniel Beaucaire Saint-Félix-de-Valois Imprimé au Québec, Canada QfST’-SZ ''^w* r* 'v,.::•
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