Les herbes rouges, 1 janvier 1988, No 165
herbes rouges André Roy LE SPEC1ACLE DE L’HOMME ENCORE VISIRLE ~/i I r c fm 4.•• 1 / EsJr m les herbes rouges us ISSN 0441-6627 ISBN 2-89272-043-5 Directeurs: François Hébert Marcel Hébert Adresse: C.P.81, Bureau E, Montréal, Québec, H2T 3A5 Abonnement: 10 numéros, 25,00$ Distribution: Québec Livres 4435, boulevard des Grandes-Prairies Saint-Léonard, Québec, H1R 3N4 TéL: (514) 327-6900 Zénith 1-800-361-3946 La revue les herbes rouges est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec.La revue les herbes rouges est membre de l’Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Dépôt légal: 1er trimestre 1988, Bibliothèque nationale du Québec © Les Herbes Rouges et André Roy, 1988 André Roy LE SPECTACLE DE L’HOMME ENCORE VISIBLE (Nuits 2) poèmes DU MEME AUTEUR revue Les Herbes Rouges N’importe qu’elle page,n® M, 1973 et 1984.Vers mauve,no2%, 1975.D’un corps à l’autre, nos36-37,1976.Corps qui suivent, n® 46,1977.Le Sentiment du lieu, no62,1978.Petit Supplément aux passions, n°s79-80,1980.Monsieur Désir, nos 1981.Les Lits de l’Amérique, nos \\6-Ml Nuits, no 126,1984.Question de cinéma 1, essais, no 139,1985.C’est encore le solitaire qui parle, no 144,1986.Question de cinéma 2, essais, no 155,1987.éditions Les Herbes Rouges L’Espace de voir, 1974.En image de ça, 1974.Les Passions du samedi, 1979.Les Sept Jours de la jouissance, 1984.Action Writing, 1985.autres éditeurs Formes.Choix de poèmes, L’Atelier de l’Agneau (Belgique), 1977.Marguerite Duras à Montréal (textes réunis et présentés par Suzanne Lamy et André Roy), Éditions Spirale et Éditions Solin (France), 1981 et 1984.La Leçon des ténèbres, Ecbolade (France), 1983.L’Accélérateur d’intensité, Écrits des Forges et le Castor Astral (France), 1987. À J.E. .nous assistons certainement au spectacle encore incompréhensible de «Thomme visible».Jean-Louis SCHEFER L’Homme ordinaire du cinéma Toute une nuit Comme si le film soufflait.Homme aux yeux mauves comme les grandes solitudes, Passé présent futur, Tu regardes tout le monde souffrir En parlant.11 C’est toi, la tête se vidant.Plusieurs fois l’espace du couple aimé, Plusieurs fois changeant, Tu disparais quand tu es trop proche. L’histoire du criminel, c’est celle de celui qui a dit non*.Parfois le visage est de trop, La vie, solo.Plus égale moins, Une image ajoute à une autre ce que tu n’es pas.* La Vie criminelle d’Archibaldde la Cruz de Luis Bunuel. Libre, pas loin comme un enfant, En fait trop proche pour ne pas être moi, Plus patient que les images, Tu ne te réveilles pas assez long pour penser, Pas aussi long que la nuit Qui rend l’orphelin utile. Tu passes une commande au paysage, Acceptant qu’il tremble en montrant Ce que nous n’attendions plus pour pleurer, Que les idées risquent de sortir de nos corps Comme d’un cimetière.15 Toute une nuit tu restes muet, C’est-à-dire libre de te prêter à toute matière, Entre je me moi nous.La mélancolie s’infiltre dans tes vêtements d’enfant.Le corps est un exemple rapide*.* À propos du corps burlesque. Chaque image, un fantôme occupé à parler, La poussière accompagnant la matière; Les images de verre, de vent, de sable, C’est le son vu à la loupe Dans ta tête trop grande.17 La peur, un événement, tu dors avec elle, Et tout passe par les trous du cerveau, Quantité d’étoiles, mais ce sont des corps de trop Pour l’homme emmailloté sur l’écran Souffrant d’être encore visible.18 Tous les détails du temps qui pend, Tous s’ouvrant, se refermant pour s’ouvrir, L’ombre indiquée à l’heure pensée parfaite, Tu ne représenteras plus personne.Ces détails haletant en toi, grands dragons qui mangent ton cœur. Images penchées sur nous, Les fantômes piétinent à l’horizon, Prêts, entiers, penchés pour mordre, Alors que le temps vieillit à l’étranger, Que quelque chose d’autre gémit en nous.Le: Mu ! L,il I ¥ Cet 20 Le silence est violent*.Musique: ciel affolé par les étoiles.L’image au bord de la mer, c’est ce rien Qui nous mange comme un monstre, Cet écho des derniers animaux songeant à la Terre qui est encore trop ronde.* Comme dans King Lear de Jean-Luc Godard. Tu penses au monde qui pourrit en toi, Et au corps, beau château pour l’araignée.Le déplacement des gaz Dans les plus infimes parties de Lunivers Agit comme l’insecte collé à la pensée. L’histoire de l’homme visible Brassant ses images avec les bras, Aux ombres qui sonnent dans les yeux, Au sexe qui prolonge les choses, Ce sont toutes les matières qui lui ont échappé durant la nuit. La nuit retrouvant son intérieur Se place du côté de notre éternité familière.Les images se reposent, Ressemblant à la piété des pierres Déléguée aux uns et aux autres.La Ui Pr 24 La nuit ouate entre dans la nuit allumée, Un point c’est tout.Prends acte que tu es celui qui ne se contente plus d’avoir plusieurs âmes pour chacune des nuits de la nuit que les anges emportent à toute vitesse. Intérieur nuit Entre tu et vous*, Il est celui du film suivant, Plein d’objets mauves, Indiquant la grande heure où il doit aimer Comme plusieurs femmes et un seul homme.* Titre d’un film de Gilles Groulx.29 Prêt à prêter ton corps, En entier et liquide, Plus patient que n’importe quelle image Dans l’attente de la conflagration, C’est-à-dire dans l’attente que nous t’aimions.30 Les objets présents, passés, futurs, Centaines de météores, d’asphodèles et d’anatomies, Poussière passagère, poussière brûlante, Plus longs la nuit que le jour Se terrant dans ta tête Qui ne cache plus rien.31 Entouré d’ombres et d’objets volants, L’homme intérieur tombe beaucoup, Flotte plus dans la nuit, À la recherche de n’importe qui n’importe quoi, Assuré de ses belles matières comme si c’était la vie. Toute la matière qui nous rend captifs Dans son encre tatouée.Quelque chose arrive dans l’espace Et les dieux s’éjectent de nous En indiquant les choses qui nous séparent.33 La turbulence, c’est la nuit Qui souffle au fond des gens, Fièvre du cheval étique, Aussi inévitable que l’homme visible Qui court en nous avec ses ombres qui vivent plusieurs vies.34 Soncœur se vidant, Homme coagulé se déplaçant plusieurs fois, Avec la musique qui change constamment de place, Tu viens parler dans la lumière: Poussière diamants fleuve.35 La vie derrière nous, Otage de ses propres étoiles, Et nous, ne pensant qu’à brûler Avec l’arrivée de l’éternité Et nos restes qui se reposent du vide. Détails en dedans, dans le désordre, Perdus, retrouvés, tu les souhaites; Images de l’insecte englouti dans la pensée, Le mouvement accompagnant sa disparition, C’est ainsi que tu t’agrippes aux formes de la vie mamanne.37 N’importe qui qui souffre peut aimer Tes intérieurs, tes sauvages, tes draps de nuit, Les bêtes complètes à ta gauche à ta droite, La chambre des passants où tu es une exception. La vie sw/?ra Et plus ou moins nous, Nous de la vie seule Que nous devrions croire possible, Centrée, aiguë, possible pour nos riens. L’histoire de l’aimé, de l’amant, Celle de celui qui nous dit oui.La nuit virant au bleu pour le baiser fatal Jusqu’à ne plus douter que l’éternité deviendra immédiate.40 Nuit.Fuite.Corps de rupture.Tout est aérien, tout est double.Le ciel explose, s’exposant encore À cet endroit appelé cœur*.* C’est la logique du mélodrame.41 Images crachées par la mer, C’est l’émotion du dormeur qui ne sait plus de quel film il sort.Nulle part est ailleurs.Là-bas commence dans le lit du hasard. Le visible, c’est ce qui risque de crier seul dans le paysage, L’amoureux qui se permet d’aimer, Le passé tout de suite présent Dans l’avenir d’un sanglot (Car les larmes persistent encore comme musique*).* Gertrud de Cari Th.Dreyer. La nuit A Yves Roy Quelques images plus loin.Quelques sons plus tard.Les rêves continuent de nous voir, Plus forts que la mer Qui nous a abandonnés. Comme le dormeur à l’éveil sort sa dague, Toi tu deviens toi, De plus en plus toi dans une tête Qui appartient aux autres, Aux images apparues après moi. Homme visible, indien de tes douleurs, Tu es relégué aux métaphores, Voué à la peur devenue peur, Écrivant comme si c’était des événements Ce que tu vois de tes restes.51 Te voyant partout, nous t’imaginons partout Comme ces poèmes jadis disparus Ou comme ces images qui traversent les ombres Des enfants qui ont rêvé au monde fini.Partout la vapeur d’être. Poussière d’ange* pour tous.La nuit est beaucoup.En avoir assez pour pleurer.Les images risquent d’entrer en nous pour mourir.Prêts à accompagner les matières.Les dieux nous ont oubliés quelque part.* Titre d’un film d’Edouard Niermans.53 Jusqu’à te toucher comme pure matière, Comme plusieurs fois possible, Tant de fois être.L’état des âmes, c’est l’état des images Que nous prêtons à la vie captive. La tête se coagulant.Les images passées présentes à l’étranger.Aimant ce qui ne peut être aimé.Tes rêves plus forts que la mémoire.La vie déléguée vieillit en nous.55 Le paysage, tu l’acceptes comme fatalité, Passant par son fracas, écho de la solidité du monde.Prêt, entier, celui que tu es, Celui qui nous dirige là où nous n’allons pas. Même paysage, même lumière, même nuit.Le ciel dans le même air que les oiseaux écrivent.Peu ou presque la vie matérielle Sous l’affolement des étoiles Qui meurent à des milliards d’années de nous.57 La nuit, cathédrale de chaleur, Tu en fais une ville rapide et vaste, Quantité d’astres morts pour nous; Tu y confirmes ton droit à la disparition.58 Celui qui dit non est celui qui dit oui.Nuit, hôtel des couleurs où tu passes à l’exception.Même homme, même réel qui a beau remplacer la vie jadis.Pas moi plus que toi ne sachant être humain.Le plus-rien et le pas-plus.59 Quelque chose de muet 1 Plus Répétant le spectacle d’animaux archaïques, Parf Le monde visible découpé dans ta tête J Lav Aussi grande que celle du fantôme ] Lest Qui indique où iront choir tes désirs. Plusieurs fois tel plaisir tel peine.Parfois la chair est de trop.La vie désert.Le sens est un objet du corps ordinaire.61 Visible au milieu.Les autres piétinent en toi.L’infini se vide par le ciel.Des animaux fatigués sortent de ton cœur chasseur.Ton intérieur attend la nuit pour exploser.N’importe qui peut mourir.62 Ta tête que nous voyons voit les crimes lointains, les odeurs cruelles, les meurtres que tu attends de nous, nous malades de la vie miséricorde parce que nous pensons la vie vite.63 Pour les anges de Wim et les fantômes de Raoul A la mémoire de Patrick Straram Maquette de couverture: Jean Villemaire Illustrations des couvertures 1 et 4: photo de René Ménard, Autoportrait, 1987; intertitre àz Nosferatu de F.W.Murnau Photocomposition: Atelier LHR Impression: Ginette Nault et Daniel Beaucaire Saint-Félix-de-Valois Imprimé au Québec, Canada ''^t quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre.”
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