Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Les herbes rouges
Éditeurs :
  • Ville Jacques-Cartier, Qué. :Les herbes rouges,1968-[1993],
  • Montréal :Les herbes rouges
Contenu spécifique :
No 186
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Les herbes rouges, 1990, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
PER H~78 EX » 2 s herbes rouges pZi'j&'M PIERRE-A.LAROCQUE Et si les pâtisseries étaient moisies ?ROMAN les herbes 186 rouges ISSN 0441-6627 ISBN 2-89272-060-5 Direction : François Hébert Marcel Hébert Administration : Claude Masse Adresse : C.P.81, Suce.E, Montréal, Québec, H2T 3A5 Distribution : Diffusion Dimedia inc.539, boulevard Lebeau Saint-Laurent, Québec, H4N 1S2 TéL: (514) 336-3941 La revue les herbes rouges est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec.La revue les herbes rouges est membre de l’Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Dépôt légal : deuxième trimestre 1990, Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada © Les Herbes rouges et Onil Dupuis, 1990 Pierre-A.Larocque Et si les pâtisseries étaient moisies ?roman 1987-1988 DU MÊME AUTEUR revue Les Herbes rouges Splendide Hôtel, nos 171-172, fictions, 1988.éditions Les Herbes rouges Le désir du cinéma, fiction, à paraître.Tableaux baroques, scénarios de théâtre, à paraître.autre éditeur Ruines, roman, Éditions du Jour, 1974. À mon frère Georges et à mon seul ami d’enfance André Béland.Est-il genre littéraire en fait plus inconvenant et délicieusement pornographique, que celui si ancien, si clandestin aussi par certains côtés, de la recette de cuisine ?Jean-Pierre Richard ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?0 Un train crie dans la banlieue déserte.Miss Avon a froid dans sa maison solitaire et prépare un gâteau des anges pour T Halloween.Miss Avon est dépressive.Au même moment, Dick Tracy pénètre au Green Garden café.Un train s’arrête.Un voyageur en descend, s’éloigne.C’est le professeur Freud.Le gâteau sera immangeable, pense le chien sous la table. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?1 Le Dr Freud a froid dans Détroit désert.La nuit.Il serre contre lui ses Essais de psychanalyse appliquée et frôle les murs.Il suit les rues identiques de la banlieue psychanalytique et tente de s’y retrouver.Marche rapidement.Ses pas résonnent.Le danger vous guette à chaque coin de rue, la nuit, c’est bien connu.Mort de fatigue, il se sera risqué jusqu’ici tout de suite à la descente du train.Il a été appelé au chevet de Miss Avon.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?2 Miss Avon est dépressive et le Dr Freud la suit, jour et nuit, dit Dick Tracy.Elle s’enferme toute la journée dans sa maison de banlieue.Serre contre elle sa robe de chambre prune défraîchie, elle si propre autrefois.Ses bigoudis roses et verts, tout de travers sur la tête.Elle craint les voleurs, les violeurs, les autostoppeurs, les vidangeurs, les nettoyeurs, les voyeurs.ainsi que nous le verrons par la suite.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?3 Dick Tracy, son feutre gris abaissé sur ses yeux fatigués, lunettes fumées, pénètre au Green Garden café à New York à trois heures du matin.Toutes les tables, sales, encombrées, sont occupées.Il suit à la trace une piste impossible qui l’aura amené jusqu’ici.Une femme d’intérieur fidèle a fait disparaître son mari.Et vous, comment vivez-vous ?5 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?4 Scénario habituel.Se lève à trois heures de l’après-midi.Pluie toute la journée.Rêve de New York en ruine la nuit.La vaisselle sale traîne dans l’évier : restes de mets chinois, hamburger, pizza all dressed.Pas envie de faire la vaisselle dont les piles s’entassent jusque sous la table.Le fait pourtant.L’eau boueuse.Les restes flottent à la surface.Remet de l’ordre.Passe la balayeuse (bruit envahissant le paysage sonore téléphonique).Qui ?ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?5 Madame Avon rêve toutes les nuits que la lessiveuse déborde, recouvre, inonde son beau tapis rose à poils longs du salon.Son mari, ce bon vieux Sigmund, rentre à la maison par effraction.Il ne cesse de lui poser des questions indiscrètes qui la gênent horriblement.Miss Avon rêvasse aux caresses de Dick loin sur les docks.Elle en a assez de la routine psychanalytique, dit le commentateur à la télévision.Et vous, à quoi rêvez-vous ?ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?6 Lorsque j’arrive en taxi jaune au Green Garden café chinois à New York, il est trois heures trente-trois secondes, note Dick Tracy sur son calepin moisi.Ah ! voilà.Il a envie de pipi.À travers la vitre embuée, il peut lire le menu : spareribs, egg-rolls, chicken almonds, fried rice, biscuits chinois.Il se fait l’impression d’un archéologue ou d’un ethnologue.Il a en vue les cuisses lisses des actrices.Il descend en vitesse aux toilettes vertes dans le sous-sol où le téléphone sonne sans arrêt.Ça se précipite. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?7 Subitement si froid, malgré le col de fourrure.Je regarde à droite et à gauche.La banlieue industrielle me semble bien triste à cette heure, à la nuit tombée.Je résiste mal au désir de revenir en arrière, de repartir.Mais il n’y a plus de train, c’est la nuit, j’ai faim, j’ai froid et on me poursuit.Cette impression ne me quitte plus depuis le début.Du rêve, c’est certain.Minuit à ma montre, mais les lampadaires éclairent mal et il doit être beaucoup plus tard.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?8 Le viol de Miss Avon On sonne à la porte.Elle ouvre.C’est Mistère Freud.Elle peut lui faire confiance.Il enquête sur la libido liquide.Elle le fait entrer poliment.Il laisse de grosses taches sales sur son tapis mauve.Elle se précipite à genoux et frotte.Ses larmes coulent dans son kleenex (mouchoir en papier doux trois épaisseurs à 1,95$, pourquoi s’en priver).Elle croque des aspirines toute la journée en cachette.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?Dans le sous-sol sale du Green Garden, le téléphone sonne sans cesse.Allez-y voir.Le détective Dick Tracy décroche.Une voix anonyme de femme lui raconte une histoire de meurtres en série, en pleurant.Il remonte l’escalier en vitesse.Le restaurant ne dérougit pas de la nuit.On dirait qu’on y tourne un film de série B, très différent de ceux que comme moi, Miss Avon, vous regardez tous les soirs à la télévision.Qu’a-t-elle bien pu lui raconter ?7 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?10 Les voilà bientôt tous trois réunis, c’est-à-dire Miss Avon, le pauvre Dr Freud et Dick Tracy le perspicace, au Green Garden à New York à trois heures trente-trois du matin.Moi, sous la table accroupi, j’attends ma boîte de Pal.Quelle vie de chien! Ma maîtresse, Madame Avon, est vraiment bonne pour moi.Jamais elle ne me nourrit d’autre chose que de ces cinq sortes de viandes.Je m’appelle Milou et je suis à la retraite.Avec mes dents, je suis bien dressé, j’ouvre le téléviseur.Que va-t-il se produire ? ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT RAMOLLIES ?11 Pauvre Dr Freud.Il erre, seul, dans les rues vides de la capitale du crime.Il erre, vide.Les rues sont sombres.Les poubelles n’ont pas été ramassées depuis des semaines.Les rats édentés courent partout.Sous son vieux manteau de réfugié juif.Il voit la mort lente dans les yeux des rares passants pressés.Il tète son gros cigare baveux.Il pleut.Il pleure peut-être.Sa bouche fume dans le froid de la nuit malsaine.Il pénètre enfin au Clean Garden avec son bran de scie sur le tapis, où on l’attend.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT ROUSSIES ?12 Longs ongles aigus crispés sur un hamburger débordant de ketchup.Ceux de Miss Avon, qui s’est teint les cheveux rouge vif.Le restaurant est plein à trois heures trente-trois, trente-trois secondes, du matin : prostituées, vendeurs de drogue, adolescents fatigués, vieux clients édentés.Dick Tracy s’est déguisé en serveur au Mean Garden.Même s’il tranche sur les garçons chinois, personne ne semble s’en apercevoir.Il dessert les tables, le revolver sur la hanche, sous le tablier sali.9 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT DÉFRAÎCHIES ?13 Dick Tracy fréquente assidûment, lui aussi, le divan du Dr Freud.Depuis quelque temps, il rate toutes ses enquêtes.N’aboutit pas.Il conduit une vieille Cadillac des années cinquante aux nombreuses ratées, toujours en panne quand il ne le faut pas.Il habite au Motel Tropicana inn.Le Dr Freud regarde encore une fois sa montre Timex en bâillant.Il a hâte d’aller manger car l’attend le bon pâté chinois habituel, quand Martha ne regarde pas trop les quiz à la télévision.Il l’interrompt en lui disant: « Racontez-moi vos phantasmes.» ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT RACORNIES ?14 Quand le professeur Freud pénètre, souvent tard la nuit, au Meat Garden, ce restaurant chinois aux mets bizarres, il ressent toujours cette sensation de gêne, qu’il analyse lui-même.Il regarde, examine, scrute.Il sent bien, sait, qu’on le dévisage.Qu’il est trop vieux, trop digne pour se trouver dans un endroit pareil, mais un curieux carton, à la suite d’un appel téléphonique, l’a convoqué ici.Une urgence, a-t-on dit.Quelqu’un aurait besoin de ses précieux services.Et sans trop savoir pourquoi, numéro 14, il a l’impression qu’il va enfin vivre l’aventure de sa vie.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT JAUNIES ?15 Miss Avon, les cheveux teints rouge carotte, rit aux larmes au-dessus de sa tasse de thé Sanka refroidi, tandis que le feuilleton se poursuit comme à la télévision.Le restaurant est plein d’embaumeurs, de beaux parleurs et de grands fumeurs à quatre heures du matin.Dick Tracy va sortir son revolver et tirer si elle n’arrête pas de ricaner.Le vieux Dr Freud s’interpose et leur propose un peu de poudre blanche qui ressemble à du Ajax.Tout rentre dans Tordre.Tout le monde se remet a lire Hebdo police, Allô police, Photo police, Echos vedettes, Photo vedettes, Midi-Minuit.10 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT VERDIES ?16 Toute la nuit, passé minuit, Dick, appuyé contre un mur de briques, épie.Il observe, examine, scrute.Il vous guette.Vous voit vous dévêtir.Vous suit.Et disparaît.Comme l’Homme invisible.Dans de beaux draps.Une bande dessinée perverse sous le bras gauche.Parfois, il inspecte la vaisselle en cachette ou fouille votre vieux linge sale que vous aviez jeté à la poubelle.Il sait que vous grignotez des chips au lit, que vous buvez et mangez un peu trop, ajoute le commentateur intrigant.Pour compenser quoi ?ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT ROUGIES ?17 Dans le restaurant encore bondé, à quatre heures quarante-quatre du matin, Miss Avon la vamp — paranoïaque, psychotique, schizoïde, maniaco-dépressive, frigide et hystérique (c’est beaucoup pour une seule personne !), commente le psy de service — Miss Avon ne mange pas la pâtisserie crémeuse qui lui rappelle vaguement quelque chose d’impudique.Elle la glisse en cachette dans sa sacoche en crocodile et descend en vitesse aux toilettes où elle trouve un Hebdo police, dont elle lit les petites annonces : veuve, trente-trois ans, jolie, cherche petit mari gentil.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT POURRIES ?18 Le viol de Miss Avon (suite) Elle pleure accroupie sur son tapis mauve à poils ras.On sonne.C’est le livreur de pizza.Il a seize ans, est sexy, une stature de Tarzan.Elle le fait pénétrer dans son intérieur douillet.Elle se jette sur lui, le déshabille.Il apprécie.(Ici, scène osée que je n’ose vous décrire.) Tous les deux ensuite se prélassent sur son divan de cuirette verte.H se prénomme Dick et quand il rit, il a de grands crocs sur le devant.11 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT NOIRCIES ?19 Ensuite, elle parfume l’appartement au Florient.Pin ou lilas, au choix.Puis elle regarde Mission invisible à la télévision.Mais elle s’est sans doute trompée d’émission car ils ont tous l’air d’extra-terrestres.Non, c’est Dallas.Autrefois, Miss Avon servait le thé à ses amies, l’après-midi.C’était immanquable, à chaque fois elle échappait les pâtisseries à la crème sur le tapis, s’agenouillait pour les ramasser et les autres pouffaient de rire.Maintenant, elle ne reçoit plus, ne sort plus qu’au Velvet Garden, la nuit, note le détective dans son carnet défraîchi.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?20 La famille Freud, au grand complet ce soir, mange de la pizza refroidie.Vous savez pourquoi.Et des Kraft dinners décongelés.Ils sont tous autour de la table d’arborithe verte dans la cuisine bien rangée.Madame Avon, Martha de son prénom, c’est bien connu, les sert.Leur grand fils de quinze ans lit une bande dessinée qui cache une revue porno.Le professeur boude, car il aurait voulu du pâté chinois.Il prend une fourchette bien aiguisée et la plante d’un geste brusque dans la main de sa femme qui hurle.Miss Avon se réveille en sursaut, elle aura rêvé.Je me rendors tranquillement sous le lit, le nez dans la poussière.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT SI.?21 Maintenant, Madame Avon se rassoit.Elle commande un dessert abondant à la crème pâtissière que Dick Tracy en serveur stylé lui apporte aussitôt pour qu’elle se tienne tranquille, sous son étole de vison jaune serin mitée qu’il vient de ramasser dans le bran de scie.Autour, les fausses filles avec leurs longues jambes ont l’air d’échassiers, de perruches ou de flamants roses qui caquettent bruyamment.Le vieux Dr Freud, son souteneur ou un client, se dit-elle, l’écoute patiemment raconter sa sombre histoire de famille dont nous connaîtrons la suite la semaine prochaine. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT AUSSI.?22 Madame veuve Avon ne dort plus.Elle se maquille et se promène de longues heures dans la maison déserte en baby-doll rose fané.Elle se raconte alors des histoires de Green Garden et on dirait qu’elle y est, la nuit.Parfois, aussi, la figure couverte de cold cream et de tranches de concombres, elle fait peur à voir.Elle regarde alors la télévision toute la journée sans arrêt, et mange des chips ondulés.Ou elle frotte sans cesse, penchée au-dessus de l’évier ou à genoux sur le plancher.Parfois, on dirait qu’elle est en train d’avorter, même si elle n’est pas enceinte.Je le sais bien, c’est. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT AINSI ?23 Elle sort du restaurant presque en courant.Dick Tracy (le saviez-vous?), le détective de service, la suit à petits pas pressés.La pâtisserie dans sa sacoche, imitation crocodile, car elle craignait qu’on l’empoisonne.Elle prend un taxi jaune qui sillonnait les rues, les ruelles surtout, maintenant poursuivie par Dick Tracy dans sa vieille Chevrolet noire qui risque de tomber en panne à chaque arrêt.À une intersection (du récit?), le chauffeur se retourne, retire son cigare de la bouche et lui demande : « Et ensuite, où va-t-on ainsi ?» ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT INSIPIDES ?24 Le taxi rouge s’arrête enfin.Chaque nuit, comme une somnambule, Miss Avon rend visite en cachette au Dr Freud dans son cabinet.Toujours aussi froid, glacé, que s’il venait de quitter le frigo.Chaque fois qu’elle a une crise de propreté aiguë, surtout, il lui fait une injection.Car Madame Avon est propre, propre, propre.Ils sont en train, ensemble, de manigancer des épisodes imprévus pour me perdre.Elle lui confie alors qu’elle consomme beaucoup de Javex, de Windex, de kleenex, parfois du Drano, du sel Eno, du Jell-O.C’en est trop ! ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT INFINIES ?25 Mais non, elle est toujours assise sur la banquette verte crevée du restaurant chinois.Elle se sera endormie.Le serveur vietnamien lui dit presque en riant : « Chow mein, Madame ?» Elle a à peine touché son Jell-0 couvert de crème fouettée qui tombe dans le décolleté de sa robe quand elle essaie d’en manger.Elle tremble trop, ce soir, elle a besoin d’un calmant.Et puis c’était un millefeuille, le taxi était jaune non rouge.Qu’est-ce qu’on a mis dans son verre, ce liquide acide ?ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT HUMIDES ?26 Madame Avon voit tout trop vif.Son étole de lapin jaune serin.Sa robe de cuirette bleu popsicle.Le chat-mein dans son assiette est vert lime et le liquide dans son verre, jaune clair.On dirait une parodie.Le patron du restaurant ou le gérant est derrière une grille, comme dans une cage, et compte des billets de banque phosphorescents en liasses.Dick Tracy, vieilli, grossi, son revolver à la main, l’oblige à boire.Elle le repousse et il tombe assis dans le bran de scie sali.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT PÉRIPÉTIES ?27 Non, il est tombé de tout son long sur le dos dans le bran de scie glacé et il est incapable de se relever.Les travestis rient à gorge déployée.Surtout qu’elles sont fausses.Leurs poitrines, bien sûr.Le professeur diagnostique un manque de confiance en soi dû à une situation infantile mal réglée où la mère aurait joué un rôle ambigu.Dick est danseur nu la nuit et, le jour venu, vend des produits ménagers.Lorsqu’il se présente, comme lors de l’épisode précédent chez Madame veuve Avon, elle le phantasme en détective sexy ou en. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT APHASIE ?28 .livreur d’épicerie, comme tous les samedis.Voilà plusieurs semaines que Miss Avon ne sort plus, ne se coiffe plus, ne s’habille plus.Pourtant qui est ce grand corps tout étalé au milieu du salon dans une flaque rouge cerise ?Le livreur entre, elle lui offre un dessert qui a un goût rance, bizarroïde.Le garçon évidemment s’appelle Dick ou Paulo ou Rick et travaille de nuit au supermarché voisin.En vente cette semaine : cuisses de poulet, fromage Kraft fondu, Kraft dinner, Old Dutch.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI SI ?29 Assez, assez, crie Dick Tracy étendu de tout son long dans le bran de scie frigorifié tandis que Madame veuve Avon comme soudainement devenue folle l’écrase de son talon haut aigu.Le Dr Freud à la retraite, directeur de l’endroit, restaurant ou club de troisième ordre, voudrait intervenir mais Miss Avon brandit un revolver dont il ignore le contenu.Elle dit qu’elle veut être remboursée, que la pâtisserie n’était pas fraîche, que la crème était tournée (tiens ! tiens !), menace de tirer quand soudainement Milou sous la table se met à hurler.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?30 Noir.Ou blanc.Enfin, une pause.En profiter pour rétablir la vérité.La fiction.Je suis donc entré au Green Garden café dans New York citée à trois heures trente-trois minutes trente-trois secondes du matin, ce samedi soir-là, à THalloween.Une forte envie d’uriner m’a forcé à descendre aussitôt en vitesse aux toilettes.Je suis bien élevé.Tous les téléphones, comme tous les soirs, sonnaient sans discontinuer.On a décroché, répondu.Une femme en banlieue, en train de devenir folle, une simple ménagère racontait une sombre histoire.La sienne.Elle avait, disait-elle, tué quelqu’un. ET SI LA TAPISSERIE ÉTAIT MOISIE ?31 Madame Martha veuve Avon, dont la main tremble fortement, tire enfin.C’est un pistolet à eau éjectant un liquide vert lime qui vient l’imbiber.Dick Tracy, en sous-vêtement fané, sous son tablier, trempe dans la flaque comme dans du sang de punaise.Il se met à rire subitement.Ça la désarme.Le Dr Freud, en sarrau blanc, le salaud, dit: «C’est bien, vous avez été parfaitement convaincant et convaincu.» C’est ainsi qu’il traite ses patients : psychodrame à cinquante dollars de l’heure.Il vous reste encore trente secondes pour me confier vos passions.ET SI LE FEUILLETON ÉTAIT MARRON ?32 Le viol de Miss Avon (suite et fin) La vive Madame Avon rentrait à la maison avec son sac d’épicerie rempli à ras bords dans les bras.Soudainement : coup de feu, en provenance d’une vieille Cadillac noire de seconde main.Elle tombe à quatre pattes, écrase les œufs, les boîtes de Kam et de petits pois roulent et s’éparpillent, le pot de moutarde cassé et le ketchup l’inondent, si bien qu’on ne sait plus si elle saigne, si elle est blessée.J’en profite pour regarder sous sa robe.Aujourd’hui, elle ne m’a pas donné mon os en caoutchouc et toute déviation est mortelle.ET SI LES FEUILLETÉS ÉTAIENT MINÉS ?33 Voilà la fin du feuilleton marron, se dit Milou, enfin sorti de sous la table.Mais quelle table ?Par terre, une femme en étole de vison vert lime élimée est étendue, recroquevillée, sur le prélart sali et elle baigne dans une flaque jaune acide.Dans sa main, comme une liasse de billets de banque baveux, un millefeuille qu’elle serre de toutes ses forces, qu’elle écrase ainsi et dont la crème s’écoule, s’échappe.Debout, jambes écartées, au-dessus d’elle, celui qui est sûrement l’assassin, un feutre abaissé sur les yeux, semble l’observer.C’est Dick Tracy, bien sûr, vous l’aviez deviné.Milou se précipite et avec son museau humide ferme le téléviseur. ET SI LE MILLEFEUILLE ÉTAIT EN DEUIL ?34 Voilà que ça recommence sur une autre piste.Un autre roman-savon sans doute, sur une autre chaîne.Un autre canal.Un train crie quelque part dans la banlieue déserte de Détroit ou d’ailleurs.Dick Tracy inspecte la maison solitaire où tout est rose-mauve, comme dit le commentateur à la télévision, qu’il vient d’ouvrir.Certainement le professeur Freud s’adressant à sa patiente lasse allongée sur son canapé psychanalytique cliché et lisant, en attendant, un roman-photo dont le titre est : Et si Vassassin était votre voisin ?18 ET SI LE DESSERT ÉTAIT PERVERS ?35 Dick Tracy, l’intrépide, serre contre lui son Manuel de parfait petit détective et inspecte une à une les pièces de cette maison déserte, semble-t-il.Le ménage n’a pas été fait depuis longtemps.L’aspirateur, au long boyau serpentant, traîne au milieu du salon.La cuisine est sens dessus dessous.Une vraie boucherie.Partout des casseroles sales, de la vaisselle empilée jusque sur le plancher, du verre brisé.D’un doigt connaisseur, sur les parois d’un bol qui traîne, il goûte un fond de préparation pour gâteau éponge qui a une saveur étrange.ET SI DÉTROIT ÉTAIT DÉSERT ?36 Dans le four à micro-ondes actionné au maximum, oui, on dirait une tête.Oui, c’est ça.Il me semble avoir déjà vu ces traits quelque part: comme une barbiche carbonisée.Ça ressemble vaguement à Papa, se dit le petit Dick en culottes courtes dans la cuisine encombrée.Mais non.Il ne s’agit que d’un soufflé.Il a actionné le blender, le mixeur, la laveuse, la balayeuse et ne sait plus comment les arrêter.Ça a l’air d’un cauchemar. ET SI LA PSYCHIATRIE ÉTAIT INFINIE ?37 Le petit Dick a dix ans et est seul dans la maisonnette trois pièces en banlieue de Détroit.Il a peur.Sa mère travaille de nuit au Green Garden et dort toute la journée.Elle crie dans son sommeil.Son père, chauffeur de taxi, a disparu.Toute la cuisine est à l’envers tandis qu’il lit la recette que lui a laissée sa mère dans Comment apprêter les restes.De qui ?Prendre le pâté chinois d’il y a trois jours ou plus et le passer au blender.Émietter les restes de hamburger et recouvrir de savoureux fromage Kraft.Savourer aussitôt.ET SI LA POÉSIE ÉTAIT FINIE ?38 Le blender tourne à toute vitesse, le four à micro-ondes déborde en poussant un rugissement et le fromage chaud, fondu, inonde le comptoir, la balayeuse ronronne de plus en plus fort, le chien hurle enfermé dans la salle de bains.De l’eau chaude me coule sur les pieds alors que j’essaie d’ouvrir, depuis un bon moment déjà, une éternité, m’apparaît-il, la porte des toilettes qui résiste.Tandis qu’une main armée d’une brosse à dents surgie du mur veut me poignarder.Et puis, en me retournant, je vois Papa Freud, en robe de chambre et sans doute somnambule, en train, oui, en train de passer la tondeuse à gazon sur le tapis du salon.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT UNE PARODIE ?39 Dick parvient enfin à ouvrir la porte de la salle de bains débordante de mousse savonneuse rose.L’émission est alors interrompue par un commanditaire : Tide, Javex ou Old Dutch.La T.V.couleurs, où Miss Avon regarde un film d’horreur banal aux allures de science-fiction, est toute déphasée.Déréglée.Miss Avon en robe de chambre transparente en profite pour vite se faire un sundae à la cuisine.Tout est en ordre, propre, reluit, quasiment trop.Pas un grain de poussière tandis qu’elle ouvre la porte du réfrigérateur.20 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?40 Mais qu’est-ce que cette histoire de fou?C’est à n’y rien comprendre.J’ai dû perdre la tête, se dit le lecteur, je tente de me ressaisir.Je me rassois calmement et tente de faire le vide, de repartir à zéro.Un froid subit m’envahit.Une lumière glauque sort du congélateur.La cuisine du Green Garden, restaurant japonais en banlieue de Détroit, semble soudainement bien vaste.Des carcasses sont suspendues, où je crois reconnaître des individus vus aux tables plus tôt, quand je servais, mon revolver sur la hanche, sous le tablier long comme une jupe, pour me protéger des violeurs, des voleurs, des vandales, des sauvages, des débiles, des morbides.MAIS SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOITES ?41 Le restaurant s’est vidé.Il est presque six heures du matin maintenant.Une longue journée difficile s’annonce pour Miss Avon qui va devoir servir aux tables, faire le ménage, s’occuper de la caisse parce que le gérant, le Colonel, dort derrière le comptoir et qu’elle n’ose le réveiller.Son costume blanc de serveuse est déjà tout taché.Quelques clients, vieux, fatigués, ou trop saouls ont roulé sous les tables parmi les restes de poulet Kentucky.Un policier en uniforme entre dans la cuisine par la porte arrière.Elle saisit un long couteau.PUIS LES PÂTISSERIES ÉTAIENT UNE PLAISANTERIE ?42 Le serveur chinois dans un coin, calme jusque-là, sort son paquet de cigarettes Pall Mall et en offre une à la serveuse dépressive décontenancée.Elle qui, il y a quelques instants, voulait se faire hara-kiri, soudainement conquise par ce regard brûlant, sourit.Le policier prend l’initiative indue de se verser un peu de café réchauffé, pendant qu’elle caresse toujours la lame du couteau de cuisine du bout de ses ongles acryliques, déjà en train de décoller, se demandant.21 CAR SI LA PÂTISSERIE ÉTAIT INTERDITE ?43 Miss Avon, arrêtée le couteau à la main, se demande toujours ce qui a pu se passer.Le temps passe longuement.L’enquête très sérieuse du professeur Freud piétine.Dick Tracy, en pyjama rayé, est encore allongé sur le sofa affaissé où se remplacent les patients en série, selon l’humeur du jour ou l’humour du genre.Il dit, d’un ton neutre: «J’attends toujours vos récits soi-disant passionnants.Je suis psychanalyste et m’intéresse aux péripéties savantes que peuvent dresser votre cerveau malade, détraqué, cet inconscient obscur où se cache votre enfance.ces souvenirs obsessifs, ces obsessions latentes, ces phantasmes répétitifs.» DONC LES PÂTISSERIES ÉTAIENT DURCIES ?44 Alors Dick Tracy, bavard, déballe sa panoplie habituelle au docte Dr Freud, qui en douce aspire un peu de poudre blanche sur son bureau fraîchement poli au Pledge.Car, Pledge rend tous vos meubles brillants, pratiquement malgré vous.Dans la cuisine, Martha fait des cigares au chou qui sentent jusque dans son cabinet, ce qu’il déteste plus que tout.Dick est ravi.Ça lui rappelle son enfance.Le souper familial autour de la table de cuisine.Et tant de beaux souvenirs à raconter.Ce serait lui le narrateur, le reporter ?OU LES PÂTISSERIES ÉTAIENT OUBLIÉES ?45 Il a de graves problèmes de mémoire, il emmêle tout, note le professeur Freud sur son bloc magique.Parfois le salon est rose, d’autres fois bleu, la cuisine sale ou trop propre et surtout il ne sait plus souvent qui il est : détective, danseur nu, travesti, livreur de pizza ivre, psychanalyste travesti.Il faudra sûrement, encore une fois, que je rétablisse la vérité, moi si peu doué pour cela pourtant.J’oublie tout, voilà pourquoi je note sans arrêt dans ce petit calepin.Et je soupçonne Martha de trafiquer mes diagnostics. NI SI LES PÂTISSERIES AVAIENT DISPARU ?46 Miss Avon achève enfin son geste demeuré en suspens depuis quelques secondes qui lui ont paru des heures (pendant que l’auteur s’était absenté, pour prendre sa tasse de thé glacé).Elle n’a pas dormi de la nuit, assise sur la banquette crevée.Elle a pris trop de médicaments.À la télévision, au haut du comptoir, elle suit toujours le film où le policier Dick Tracy pénètre chez le nettoyeur chinois Nicky.Il est fatigué.Il cherche sans succès cette femme qui assassine tous ses maris.Le Chinois a Pair d’un vieux vampire, traits tirés.Il lui dit que sur son imperméable fané, cette tache rouge est impossible à détacher.C’est donc du.23 CAR SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT SÉMIOLOGIQUES ?47 Le vieux nettoyeur vietnamien s’inquiète.Cette tache, c’est du sang, dit-il.Il essaie de s’enfuir, mais se prend les pieds dans le fil du fer à repasser automatique qui s’entortille autour de lui.Il tombe de tout son long, se fracasse le crâne sur le coin du comptoir.Ça ressemble (quel mauvais goût !) à une pizza all-dressed.Dick, ce détective de bande dessinée délavée, toujours loin sur les docks quand il s’agit d’agir, que je lis tous les soirs au lit, dit Miss Avon convaincue, sort son revolver et l’achève (tout ce temps, ce détour phrastique de la narration, pour éviter ce geste, reculer le temps où il sera posé le plus loin possible), c’est donc lui l’assassin, c’est certain.On s’en doutait ! OR SI NI LES PÂTISSERIES NI LES RAVIOLI QUI ?48 Après le meurtre du vendeur de souliers vietnamien, au Yellow, Dick Tracy s’enfuit, sa bande dessinée sous le bras en sueur, après avoir baissé tous les stores du magasin, avoir empilé tous les vêtements sous emballages de cellophane et mis le feu.Dehors, il y a une panne d’électricité générale, toute la ville est dans le noir.Il court dans les rues sombres, sales, encombrées de décombres, ce 24 décembre 1999, de plus en plus essoufflé (quel soufflé?), avec l’impression qu’on le poursuit: bruits de talons hauts.Pour le soufflé avarié, voir le numéro 36. MAIS OÙ EST DONC CAR NI OR SI ?49 Il fuit dans les rues noires.Toujours cette panne d’électricité insistante.Il lui semble que ça ne finira jamais, cette poursuite insensée.Ces pas qui résonnent.Il se retourne et aperçoit la personne qui le suit : vêtue d’un imperméable beige et d’un chapeau gris pâle abaissé sur les yeux, qui empêche de voir ses traits.En fait, elle porte ses propres vêtements, sa propre petite panoplie de détective amateur.Et elle serre une arme à feu dans sa main gauche, pointée vers lui.Pour se cacher, il entre en vitesse dans le premier endroit venu : un cinéma.Il n’a pas eu le temps de lire le titre du film.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?50 Reprenons.Je n’y comprends plus rien.Et j’ai les jambes mortes de fatigue à force de courir ainsi de gauche à droite.De gauche à droite ?Qu’est-ce que c’est que cette histoire insistante de chapeau gris sale et d’imperméable froissé ?Moisi.Ça sent jusqu’ici.J’en ai plus qu’assez.Moi, Milou.Et mes rhumatismes en plus.Bientôt, je vais tout lâcher et m’en aller vivre en Floride.Au soleil.Comme les oranges, les pamplemousses et les vieux rentiers.Reposer mes vieux os.Nous voici donc au centre du livre, de la bande dessinée, du roman-photo, enfin, appelez ça comme vous voulez.À la limite, appelez ça : la pâtisserie.ET SI LAID PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?51 Le film est déjà plus qu’à moitié commencé.Ça ressemble à Tremblement de terre two.Dick Tracy s’enfonce dans une banquette pour se cacher de celle qui le poursuit depuis si longtemps.C’est l’histoire du Dr Faust, un écrivain maniaque.Il écrit un roman avec trente-trois meurtres en série.Ça se passe à Détroit, ville de désir et de mort.Dans un motel de troisième classe où habitent les ratés, les paumés, les pauvres, les désabusés.et ainsi de suite, dit la commentatrice exhibitionniste à la radio.De grosses coquerelles courent sur son écran de télévision, toujours ouvert, aux couleurs framboise et saumon.Turquoise.Quand se produit la catastrophe attendue. ET SI LAID PÂTES EN SÉRIE ÉTAIENT MOISIES ?52 La porte s’ouvre avec violence.L’individu, vêtu d’un imperméable verdi et d’un chapeau, comme il a été dit, s’avance dans l’allée vide.Ses pas résonnent fortement.Tout vibre dans la salle.C’est Miss Avon.On voit son étole de mouton vert lime sous l’imperméable entrouvert.Elle tire sur le Dr Faust qui n’arrête pas de parler et de gesticuler.L’écran crève et le film s’interrompt momentanément.Enfoncé, englouti dans son siège, Dick Tracy, adolescent punk, pense devenir fou et tremble de tous ses membres pourtant vigoureux.ET SI LAID PÂTES EN SÉRIES TÉTAIENT MOISIES ?53 Miss Avon qui s’est remise à travailler après sa dépression, passe dans l’allée du cinéma sans voir le jeune Dick sur son siège défoncé.Elle tient une lampe de poche à la main comme tout bon placier et s’avance jusqu’aux premiers bancs.Dick, ébahi, la voit pénétrer dans l’écran par la déchirure qu’a causée le coup de feu.La toile se referme derrière elle comme une surface d’eau un instant troublée.Il se dit qu’il a de la culture, ça lui passe à l’esprit sans trop qu’il sache pourquoi.Incapable de contrôler ses pensées.Elle se retrouve dans la chambre du motel avec le cadavre du Dr Faust.Un chien jappe quelque part.ET SI LAID PÂTES EN SÉRIES N’ÉTAIENT MOITIÉ ?54 Un chien hurle longuement dans le motel désert.C’est sans doute Milou, petit poodle teint en mauve.Il se tient sous la table de chevet et regarde Miss Avon qui traîne le cadavre du Dr Faust, déjà en train de se décomposer, jusque dans la salle de bains rose.Le tapis est tout taché.Un nettoyant ne suffira pas.On entend un bruit d’eau prolongé.Et le docteur revient dans la chambre, frais et dispos, comme si rien ne s’était passé.Tout est à recommencer.Le pauvre petit chien n’en revient pas, il en avale quasiment son os en plastique rose (est-ce bien un os ?subitement un doute affreux me vient) de travers. HÉ ! SI LAID PÂTES EN SÉRIE MÉTAIENT MOISIES ?55 L’agent Dick Tracy a perdu la trace de ce qu’il traquait avec tant d’attention.Pour ces meurtres en série.Il ne sait plus où il en est.D’abord, le Green Garden à trois heures du matin, puis la maison de banlieue dévastée, le meurtre du Yellow, puis le cinéma.porno ?Son enquête inquiète, piétine.Surtout que maintenant il sait qu’on enquête sur lui.On a chargé un psychiatre bien connu d’examiner son dossier et il lui semble qu’on étudie ses moindres faits et gestes.Comment il se lave les mains maniaquement, comment il fume et pourquoi et quoi d’autre ?HÉ ! ICI LAID PÂTES EN SÉRIE ZÉTAIENT MOISIES ?56 Dick Tracy, adolescent, s’assoit en silence sur le lit.Il est tout confus.À la radio joue Strangers in the night.Miss Avon revient de la salle de bains où elle s’est enfermée longuement, en s’essuyant les mains, et s’assoit près de lui, sur le pied du lit, épuisée.Elle sent le pin à plein nez.Il regarde son visage à peine maquillé, délavé par les lannes, et elle essaie de sourire.Il s’approche d’elle et la prend tendrement, maladroitement, dans ses bras.Ils se laissent aller sur le couvre-lit de chenille turquoise.Ils roulent dans les restes de mets chinois, renversent le cendrier.Le feu commence à prendre sous le lit, dans le tapis.HÉ ! ICI LAID PÂTES EN SÉRIE TÉTAIENT MOI SI Y ?57 Heureusement, le petit caniche très bien élevé de Miss Avon passait par là.Il s’empresse (qu’est-ce qu’on ne me fait pas faire !) de pisser sur le feu naissant et de se précipiter ensuite dans les bras de sa maîtresse, au moment où elle atteignait l’extase suprême dans ceux de Dick, adolescent passionné.Le Dr Freud qui surveille toujours ses patientes de très près, parfois trop, ouvrit la porte subitement et projeta un liquide blanchâtre sous pression avec l’extincteur approprié à la circonstance.Ou peut-être préférez-vous une autre variante ? HÉ ! ICI LAID PATATES EN SÉRIE PÉTAIENT MOI SI Y ?58 Miss Avon, hors d’elle, menace Milou de le transformer en étole ou en descente de bain, même si sa fourrure est mitée, s’il recommence à la déranger.Mais le charme est rompu.Dick Tracy vieillissant (à vue d’œil) se rassoit tristement sur le pied du lit du Motor inn qui sent le feu refroidi.Il ne b.(est-ce que je peux vous le dire?Non, d’accord) plus.Miss Avon repasse son costume de femme de ménage et installe la petite coiffe sur ses cheveux platine tenus en place par beaucoup de spray net et des bobépines.Elle s’aperçoit qu’elle a une large morsure dans le cou.Serait-ce Milou ?28 OUF ! ICI LES TRACASSERIES SONT QUASIES MENT FINIES ?59 Hier soir, le Dr Freud, psychanalyste diplômé de son état, a pris trop de cocaïne : il en a oublié ses nombreux rendez-vous avec sa femme, sa famille, le chien.Il est resté couché toute la journée (sans faire la vaisselle, le ménage.), dans cette chambre de motel du Desert inn.Dick Tracy, lancé sur sa piste, Fa retrouvé dans la salle de bains trempé, inondé, riant comme un enfant, en train, eh oui !, de danser au son d’une musique punk.Le téléphone sonnait sans discontinuer, aussi a-t-il décroché, répondu : « Allô, ici Dick Tracy, détective privé, reporter, que puis-je faire pour vous ?» Et on lui a dit la phrase énigmatique.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?60 Reprenons-nous.Un peu de sérieux, de gravité, de sentiment, d’émotion.De vécu enfin.De senti.Il est cinq heures de l’après-midi.La nuit déjà venue.Dans cette ville.À Détroit.Ville de métal et de verre, de minerai noir.Je rentre.L’appartement est sombre, calme, tranquille.À peine éclairé par une lumière lointaine, provenant du fond du couloir, de la salle de bains.J’allume le téléviseur.Seul éclairage et je vaque à mes occupations quotidiennes.Faire la vaisselle, passer la balayeuse, la tondeuse.dans l’éclairage oscillant gris-bleu, parfois mauve, car la télévision est déréglée et toutes les couleurs sont emmêlées : cheveux bleus, lèvres vertes, peau trop rose parfois jaune. ET SI LE MEURTRIER ÉTAIT AU REZ-DE-CHAUSSÉE ?61 C’est le bus-boy de service qui est venu en rêve — il est somnambule — rendre visite à Madame Avon dans sa chambre de motel numéro 33.Miss Avon lui ouvre toute grande la porte de son cœur, même si le Dr Freud, caché dans la garde-robe, les examine en détail pour ériger sa théorie rieuse sur la libido solide.Le bus-boy se nomme Carl Gustav, d’après ce qu’il lui dit, ce qui semble bien improbable, bien impropre, non, pardon, bien improbable, avec son air typiquement américain.Et la femme de chambre se fait passer pour une actrice célèbre, dont ce serait le xième film de fiction, près des chutes Niagara.En fait, c’est une expérience peu commune commandée par la nas a pour.MAIS SI LE MEURTRIER ÉTAIT DÉCHAUSSÉ, SI ?62 Oui, la nasa est chargée d’emmêler toute l’histoire pour imaginer ce que pourrait être un récit space: la vie sur une autre planète et surtout la façon de penser de ses habitants.Pour ce faire, ils ont emmêlé un récit d’expériences sur les rats, une recette de cuisine et une enquête secrète.Visant à voir les points de concordance et là où ça s’éloigne.Tout cela a été filmé à l’infrarouge, projeté dans le cerveau de trois individus, dont les gènes se trouvent dorénavant emmêlés.Et la bande inversée, jouée à l’envers, depuis le début.Les voix méconnaissables, défaisant la parole.On vit comme des rats, dit l’auteur absent.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT DO.PÉES ?63 Depuis des heures, son mari, le docte Dr Sigmund, passe la tondeuse sur le tapis de son bureau haut perché.Dick joue aux cartes pornos (décorées de nus) sur le canapé éventré en regardant son père qui le garde depuis que sa femme travaille de nuit au delicatessen et au Motor Hôtel, où elle fait le ménage.De grandes chambres trop chères décorées sans goût.Le docteur reprend sa place qu’il a quittée un instant.Reprend ses esprits.Regarde la photo sur son bureau.C’est un gros plan de son chien Milou, chien intelligent, intellectuel par excellence.30 ET SI VOUS AIMIEZ LES PÂTISSERIES TROP CRÉMEUSES ?64 Pauvre vieux Milou.Il se tient tranquille, il n’ose bouger, les oreilles basses, caché sous le lit, le nez dans la poussière.Une forte envie de pisser encore le tenaille, mais il n’ose faire un mouvement, même lent, de peur de déranger sa maîtresse inquiète qu’un rien agresse.Insomniaque ?Il sait que la dernière fois, la veille de Noël, par distraction ou autrement, elle a failli le mettre au four à micro-ondes à la place de la dinde.Madame Avon perd de plus en plus la tête, parfois, mais elle est heureuse.Il se dit qu’il aime beaucoup les bruits bucaux.ET SI VOUS RÊVIEZ DE SITUATIONS DANGEREUSES ?65 Vous souvenez-vous ?Madame veuve Avon rentrait à la maison en banlieue de Détroit (il y a maintenant trente-trois épisodes) avec son sac d’épicerie rempli à ras bords dans les bras.Soudain, coup de feu en provenance d’une vieille Cadillac rose.C’était Dick.Elle tombait à quatre pattes, s’écrasait en larmes parmi les boîtes de tomates et les œufs.J’en profitais pour jeter un coup d’œil sous sa robe en frétillant du museau, quand Dick sortait de l’auto et me prenait par la peau du cou et m’entraînait, me jetait sur le siège arrière en démarrant en vitesse.ET SI L’ASSASSIN ÉTAIT SOL.LIT AIR AIREMENT ?66 Oui, après que Dick Capone l’eût enlevé par la peau du cou et du coup l’eût jeté sur le siège arrière poussiéreux de la voiture (une limousine vert lime), il se dirigea à toute vitesse vers le Green Garden café.Il freina rapidement derrière, parmi les poubelles débordantes, devant la porte de cuisine, délogea Milou de dessous la banquette où il s’était réfugié et où il jappait à fendre l’âme.Il l’offrit au cuisinier en chef pour en faire du chowmein.Mais, heureusement, c’était le Dr Freud qui s’était déguisé en Chinois pour prendre le contrôle des événements.Milou fut donc sauvé de justesse.Il y a donc une justice pour tous.Fin du deuxième cycle infernal. ET SI L’ASSASSIN ÉTAIT LA.?67 Voici donc que s’annonce le troisième cycle.Nous verrons alors revenir les trois principaux personnages, peu remis de leurs émotions, propulsés dans de nouvelles sphères aventurières, sur d’autres planètes fictionnelles : Miss Nova, soit Madame Avon enfin sortie de sa cuisine, Dick Tracy sorti de sa bande dessinée et qui aspire à y retourner, le professeur Freud, vieux ventru fesseur effronté — ce n’est sans doute pas le vrai, il aura emprunté ce nom pour mousser sa publicité en ce xxe siècle — qui fume le cigare et sniffe de la coke.Vus par ce regard coquin de Milou.Qui repose encore la question fatidique: «Et si les extra-terrestres étaient en vous ?» Question existentielle, par excellence, se dit le petit reporter.ET SI LA FEMME FATALE ÉTAIT LA.MI.?68 Le professeur Freud dirigeait la brigade des stupéfiants à Détroit, lorsqu’il descendit du train express, en novembre dernier (alors que vous commenciez ce récit).Il se dirigeait vers le poste de police principal pour y débuter son périple.Ne sachant trop s’il allait échouer ou mener à bien cette enquête sur le racket qui se produisait dans cette ville : la traite des blanches, filles transformées en femmes de ménage, quantités de cocaïne qui avait fait l’objet de descentes, disparues, revendues, ainsi qu’une sombre histoire enchevêtrée dont on ne parvenait pas à rassembler les fils épars et qui se déroulait entre ici, Détroit et New York, reliés par un train rapide.ET SI LA FAMILLE ÉTAIT RE.?69 L’inspecteur Freud avait alors découvert un vieux gâteau des anges ranci dans une cuisine désaffectée en banlieue.Dans un coin de la cuisine, une petite fille de cinq ans qui ne pleurait pas, l’air très sage, tranquille, disait s’appeler Martha.Elle ne cessait de répéter : « Les valises sont rouges », et lui racontait une histoire de science-fiction où un appareil ressemblant à un four à micro-ondes, mais qui n’en était pas du tout un, l’avait fait rajeunir de cinquante ans, et qu’autrefois elle aurait été.32 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?70 Ça va très vite.Trop vite.Je suis incapable de me ressaisir, saisir toutes les implications de ce que je lis, de ce que je vois.À la télévision ou ailleurs.La télévision toute déphasée.Toute la journée.Je regarde les quiz.Je change de poste sans arrêt.Dans l’appartement pénombreux, le téléviseur.Gros meuble des années soixante ou soixante-dix, trouvé chez un antiquaire ou un brocanteur, brun acajou, contient une radio et une table tournante, qui joue en sourdine sur le son coupé de la télé.Que je ne sais plus comment arrêter souvent, quand je suis trop saoul ou que le produit pharmaceutique ne fait plus effet.Mais qui suis-je ?qui suis-je?C’est sans doute ce gâteau vieilli, aux herbes et à l’alcool, qui m’a mis dans cet état.Je vous promets que la prochaine fois, je vous raconterai mieux cette histoire, je vous la chanterai. ET SI LE LIVRE AVARIÉ VIRAIT À LA.?71 Miss Avon, qui s’est rétablie de sa dépression, s’est remise à travailler.Tous les matins, à neuf heures, dans un édifice chic du centre-ville, elle sort de l’ascenseur avec sa mallette de cuirette marron, remplis à ras bords de produits de beauté légèrement avariés, depuis le temps.Aujourd’hui, elle sonne à un appartement du septième étage.On tarde à venir lui ouvrir.Elle sonne longuement, avec insistance.Une femme vient lui répondre, mais elle tente de refermer aussitôt.Elle glisse le pied habituel dans la porte et crie de douleur.MAIS SI LE ROMAN-PHOTO DÉCADENT DÉLIRAIT ?72 Miss veuve Avon pénètre enfin dans l’appartement en boitant.La femme est en robe de chambre prune défraîchie, l’air très fatigué.Des bigoudis mauves et verts sur la tête tout de travers.La télévision joue à tue-tête.Elles s’assoient sur le divan de peluche jaune serin.Elle lui fait essayer des rouges à lèvres crémeux.Aussitôt la femme a l’impression que le divan commence à monter en l’air, graviter doucement.Madame Avon a ouvert sa mallette comme une boîte à surprise.34 OU SI LA BANDE DESSINÉE OUVRAIT SUR.?73 Le divan gravite toujours dans les airs, maintenant rendu à la hauteur du lustre en cristal importé de Hong-kong.La mallette de Madame Avon contient des crèmes, des laques, des rouges à lèvres aux mille et une saveurs, qu’elle essaie à mesure sur la résidente de cet appartement.Qui commence à ressembler avec tous ces essais à un monstre de film d’horreur et qui est au bord des larmes.Miss Avon, en bonne vendeuse, parle, parle, parle et elle sent ses dents s’allonger à mesure.La pauvre femme a maintenant perdu toute contenance et elle essaie de sourire à travers ses larmes.ET SI LE VIDÉO DEVENAIT OUVERTEMENT PORNO ?74 Le divan tangue et gravite, presque au plafond.La femme d’intérieur, Miss Brodie XXX, tente de s’agripper au lustre.Le divan redescend lentement comme s’il se désoufflait et Miss Avon jacasse toujours comme si de rien n’était.Le petit Dick qui jouait dans la pièce d’à côté, avec son tricycle et son revolver à eau, pénètre en courant dans le salon et surprend sa mère en train de se balancer après le luminaire.Il se demande ce qui se passe.Miss Avon lui offre une sucette.DONC SI LE SOAP-OPÉRA PERMUTAIT.?75 Le petit Dick lèche la sucette au Windex que Miss Avon vient de lui offrir.Il se sent un peu gris et vois les sept boules de cristal du capitaine Tournesol.Un chien surgi d’on ne sait où jappe à tout rompre, mais c’est comme s’il riait entre ses dents.Ou une crème glacée.Oui, Miss Nova offre une crème glacée au petit Dick, qu’elle vient de tirer de sa mallette.Pas le petit Dick, la crème glacée, qui a un peu souffert de ce séjour, a ramolli, est à moitié fondue.Le petit Dick l’accepte et s’inquiète pour sa mère suspendue au lustre qui commence à fondre à son tour et de grosses gouttes rouges tombent sur le tapis shaggy. CAR SI L’ÉTOLE DE VISON DE MISS AVON.?76 Miss Brodie XXX est toujours suspendue au lustre en train de fondre.Miss Nova, assise sur le divan avec une mallette mauve circulaire, a maintenant l’air d’une petite fille de cinq ans, et elle joue au docteur avec le fils de cette première.Ils ont pris de l’acide et se demandent comment cette histoire va se terminer.Le professeur Fred II, chef inspecteur de la police locale, ne tardera pas à rentrer comme la dernière fois, et ils auront droit à une fessée.La seule solution évidente serait de.NI SI LA VOISINE DEVENAIT MARILYN ?77 .de les supprimer.Ce serait trop long de raconter toute l’histoire qui les a menés là : Miss Avon était serveuse au delicatessen, elle a fait une dépression, le Dr Freud la soignait quand tous les rôles se sont emmêlés et que Dick Tracy s’est mis à les suivre, à les espionner.Celui-ci a rajeuni, le professeur Freud a été promu inspecteur spécial et Miss Avon s’est remise à vendre des crèmes de beauté.Une lectrice s’est introduite dans le récit et tout a commencé à virer à la science-fiction.Tout vient sans doute de ce gâteau des anges, aux impulsions libidineuses, que Miss Avon préparait le soir de l’Halloween.OR SI DÉTROIT ÉTAIT DÉSERT DEPUIS ?78 Oui, tout venait du gâteau éponge que Madame veuve Avon préparait la veille de Noël, un peu défraîchi depuis et qu’elle a quand même recouvert de Dream whip.Oui, du rêve en canette, pour aussi peu que.Vous n’avez qu’à agiter le contenant, d’un mouvement de poignet vigoureux et le jet se fait rarement attendre.Son mari, le Dr Sigmund Pavlov, était rentré et avait surpris les deux enfants en train de jouer au docteur sur son divan en fumant du Acapulco gold numéro 9.Il se fait une ligne rapidement à la poudre magique, ça le calme, il s’assoit près d’eux et écoute la ligne ouverte.36 PUIS SI NEW YORK ÉTAIT EN RUINE DEPUIS ?79 Miss Nova remballe ses produits coûteux dans sa mallette en crocodile.Son action de perversion a réussi : les deux enfants à qui elle a offert du gâteau congelé rient aux larmes en se roulant sur le tapis.Leur mère suspendue au lustre qui a fini de fondre tombe enfin sur les genoux du Dr Pavlov (c’est pas possible, se dit-il) déguisé en chauffeur de taxi, qui ne sait comment s’en débarrasser (où cela va-t-il nous mener?Et si.).Elle ne cesse de l’embrasser et il se laisse faire.Madame Avon a considérablement changé : elle a de longs ongles laqués noirs, un maquillage en lignes droites et elle est vêtue d’un ensemble en cuir tout cintré.Elle s’échappe en douce de l’appartement.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?80 La nuit vient vite dans ces contrées.En pyjama, j’erre tout le jour dans l’appartement.Je regarde les films de série B à la télévision.Les quiz.Même les émissions où l’on donne des recettes.Ainsi de Comment apprêter les restes.Je vis comme un somnambule.Je déambule.Depuis le vestibule jusqu’à la cuisine.Minuscule.En camisole.J’ai grossi.La barbe longue.Je mange de la pizza refroidie et bois beaucoup trop.Des mets chinois, des mots.ET SI LES MORCEAUX CHOISIS ÉTAIENT MOISIS ?81 Miss Nova se glisse subrepticement vers l’appartement suivant, dans le long corridor vide du bloc d’appartements qui sent la cuisine.Toujours toute de cuir vêtue.Elle a l’air d’une vedette rock ou d’une déesse S.F.Un jeune homme vient ouvrir.Il est en bermuda fleuri.Il lui dit qu’il n’a besoin de rien.Elle insiste.Le repousse dans le meublé, sort de sa mallette une canette de crème à raser qu’elle lui projette dans les yeux.Il sursaute, crie, n’en revient pas.Elle lui glisse un millefeuille à l’éther dans la bouche avant qu’il ne s’évanouisse.37 ET SI LES MÉMOIRES AMAIGRIES ÉTAIENT.82 Ou perdre conscience.Quand il revient à lui, il est allongé sur le divan, presque nu.Il est un peu gêné de se trouver dans cet état, seulement en sous-vêtement Brief.La jeune femme, l’air autoritaire, est encore là.Elle lui dit : « Mon cher Dick, je t’ai préparé une tasse de thé Sanka et un beau gâteau feuilleté Vachon que tu vas me faire le plaisir de dévorer.» Elle lui tend la tasse et le gâteau encore dans son enveloppe, qui craque fortement lorsqu’il le déballe.Il rougit parce qu’elle le regarde, se tient droit, debout à son chevet.38 ET SI LES PLAISANTERIES AIGRIES.83 Madame veuve Avon en vinyle noir lustré, vaguement S.M., qui se tient debout à la tête du divan, dit à Dick: «Qu’est-ce qui vous est arrivé ?Vous étiez tout trempé quand je vous ai retrouvé allongé dans l’entrée de votre appartement.Je vous ai déshabillé et après plusieurs heures vous revenez à vous ! » Il ne sait pas, il ne sait même plus qui il est.Il devra se lever, se laver, enquêter, mais il est si bien allongé, il préfère se rendormir, rêver, rêvasser.Il marche dans les rues de New York, la nuit, sans savoir, se dirige vers un club dont il voit l’affiche au loin : le 333.ET SI LES RÉCITS AVARIÉS.84 Dick se dirige donc vers le 333 où il est danseur nu, pense-t-il.Son imperméable est froissé et il est fatigué.Ça achève, se dit-il.Il pleut un peu.Il fume le cigare, mais il se dit que ce n’est plus lui.Il a vaguement l’impression que, comme dans les films de science-fiction, quelqu’un s’est glissé dans son corps, est en train de prendre contrôle de son esprit.Il se revoit allongé sur le divan dur du docteur à barbiche.Et se dit que tout vient de là.Et vous, vous contrôlez-vous ? ET SI LA POÉSIE.85 Dick marche toujours dans les rues de New York, de Détroit ou d’une ville de banlieue (au choix), il ne sait plus.Une banlieue industrielle en ruine.Il sent que le temps presse, qu’il ne lui reste plus que quinze épisodes à vivre.Il pressent qu’un danger inconscient le menace.Ou le guette dans le noir.(Paranoïa.) Il l’a vu à la télévision comme une prémonition, hier soir.Un chien près d’une poubelle gronde.Il le reconnaît bien, c’est Mi-lou, mais il a beaucoup changé depuis.Sa toison est tout abîmée, son poil arraché et il est d’un rose bonbon déteint par endroits.Il gronde et bave : avec le gâteau avarié de Miss Avon, il a attrapé la rage.ET SI LE MAGAZI.86 Dick Tracy court de toutes ses forces jusqu’au 333, ancien Green Garden café, avec Milou enragé sur ses talons.Il entre en courant dans le bar.Miss Avon, une serviette en turban sur la tête fait le ménage, et le professeur à barbiche Freud II dirige un numéro de cabaret.Bientôt plus que quatorze épisodes, il faut se presser, raconter tout d’un trait.Le compte à rebours est commencé.ET SI LE CATALO.87 Oui, plus que treize épisodes de ce feuilleton feuilleté insensé.Au Night Club, sous hypnose par le Dr Sigmund Pavlov, Dick Tracy est devenu gogo-boy.Il sert aux tables toutes les nuits sans fatigue.Il se ramasse même parfois dans les chambres du haut, au Motel Motor Town.Miss Nova, une riche milliardaire en voyage, Ta fait monter dans sa chambre avec une bouteille de champagne XXX Baby Duck (plaisanterie de mauvais goût) et attend qu’il s’exécute.Son troisième mari, tout aussi milliardaire, se brosse les dents dans la salle de bains annexe quand un grand boum retentit. ET SI.88 C’est ça : le troisième mari milliardaire était en train de se raser dans la salle de bains connexe et quand il a pressé sur sa canette de crème à barbe, il y a eu un grand bruit.Le miroir s’est fracassé en mille miettes, un grand trou s’est creusé au milieu des tuiles et il y a eu des morceaux roses du mari américain (un acteur autrefois bien connu) qui pendaient partout.C’était sans doute un coup d’un commando arabe pour la guerre du pétrole, toujours est-il que tout le personnel de l’hôtel est accouru, surtout le détective de service, le fameux Trick Dacy, et il a trouvé Madame Nova en larmes.E.T.89 Madame Nova en larmes sous le sofa affaissé poussait de petits jappements.Truc Dacy a été incapable de la faire sortir de là car elle grognait et voulait mordre.L’attentat contre son mari avait dû déranger son esprit.Elle n’arrivait plus à les compter.Il se demandait comment il pourrait faire pour l’inciter à sortir de là.Il eut un éclair de génie.Il appela la réception et commanda un plein plateau de pâtisseries de toutes sortes, connaissant son goût pour les sucreries.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOI ?90 Voilà.C’est moi qui ai tout manigancé.Agencé.Moi.Moi qui ?C’est fini.Je termine d’écrire mes maigres mémoires.Une vraie vie de chien.J’en ai assez d’être maltraité, dit le texte.J’ai décidé de prendre le contrôle des événements.Assez de moqueries.Des moquettes.Des tapis.Des tapisseries.Des fourrures mitées et des rats crevés.Des ratures.Le récit s’étire, c’est incroyable.Mais vrai.41 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ! 91 Miss Avon aime beaucoup les pâtisseries : les millefeuilles, les éclairs, les chaussons, les rouleaux.Elle se décide enfin à sortir du dessous du divan où elle s’était réfugiée.Aussitôt Trac Darby l’attrape par le collet et lui passe le collier de chien clouté qu’il a retiré à Milou.Elle se démène, crache, hurle.Une vraie scène de L’exorciste 12.Le professeur Pavlov, consulté pour la circonstance, n’y comprend rien, parle de restes diurnes.A envie de sortir l’eau bénite et de l’asperger.Profitant de sa distraction, elle le mord à un doigt qui se met à pourrir à vue d’œil.Les viandes commencent à s’avarier.Tout serait donc à recommencer ?ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES.92 La main commence à pourrir à vue d’œil, s’avarier, devenir mauve, bleue, verte, jaune.La main jaune.Trick Dacy perd toute contenance.Son visage verdit, rougit.Miss Avon, la bave à la bouche hurle, jappe, court autour de la pièce sur le tapis sali.Le personnel de l’hôtel, accouru au bruit de l’explosion, rit à fendre Pâme, en groupe.Les femmes lèvent leurs jupes et les hommes perdent leurs pantalons et se retrouvent en bermudas fleuris.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES, 93 Ça achève.Plus que sept épisodes de ce soap-opéra.Ou de ce roman-photo.Qu’il faut feuilleter très vite pour que l’action apparaisse.Voici donc le mode d’emploi.Miss Avon, allongée négligemment sur le divan, rit jaune à n’en plus finir.Le Dr Pavlov observe ses réactions par la caméra qu’il a fait installer dans la paroi de l’appartement.Comme chef de police, il se doit de tout savoir sur son subordonné borné, l’inspecteur Trick Dacy, qui y habite avec cette femme (qui n’en est peut-être pas une ?) et qui semble faire la traite des blanches.42 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ; 94 Oui, le professeur Pavlov suit tout par la caméra qu’il a dissimulée dans la cuisine du 3 1/2 meublé de Miss Abandon.Elle vit dans un bloc d’appartements du centre-ville de Détroit, à l’étroit avec son chum Truck Dacy qui est souteneur, pusher, videur de club, parfois vidangeur dans les périodes creuses.Il semble avoir dix-huit ans et est couvert de tatouages obscènes, de graffiti.Ils ont un petit caniche rose qu’ils ont surnommé Moumoute ou Miloute.43 ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES.95 Le Dr Pavlov ne comprend pas bien par le micro qu’il a glissé dans leur téléphone (c’est ainsi qu’on fait, n’est-ce pas, dans ces récits ?) et qui enregistre toutes les conversations.Malheureusement, ils ne sont pas bavards.Milou, toujours caché sous la table du salon, observe toutes les opérations quand Miss Abandon prépare la nourriture : le gâteau des anges, la dinde glacée, les sandwichs au Paris pâté, la crème glacée trois couleurs.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES) 96 Une panne d’électricité vient interrompre cet épisode.Ça va de plus en plus vite.Ça presse de plus en plus.Miss veuve Abandon ne relâche plus la pression.On dirait un film accéléré.Son malaxeur à toute vitesse.Troc Dacy, son chum, se lève rapidement, ouvre le Frigidaire et s’y cache la tête.Il dit que ça empêche les martiens de s’emparer de lui.Milou sautille sur place et finit par attraper le soufflé dégonflé qui a brûlé au four.Il le traîne jusque sous le lit, près des pantoufles en marabout rose de sa maîtresse. ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ( 97 Oui, ça presse.Une panne générale empêche le Dr Pavlov de voir la suite des événements dans l’appartement voisin, qu’il surveille par une caméra électronique.Il n’entend que des bruits : pas en talons hauts, puis pas d’hommes lourds et pressés sur un escalier de métal.C’est l’escalier de service.Bruits de verres brisés, cris, plaintes retenues, murmures.Un chien jappe mais d’une façon sourde.On dirait qu’il est enfermé quelque part.H peut imaginer le pire.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES : 98 Plus que deux épisodes.Enfin, bientôt vous connaîtrez le dénouement que vous attendez depuis le début.L’électricité revient.Le Dr Pavlov s’attendait à tout retrouver dans l’ordre dans l’appartement d’à côté: Miss Abandon s’activant et son gros Dick ou Jack la tête dans le congélateur pour se protéger des extraterrestres et Milou moumoute défrisée en train de grignoter le soufflé désoufflé moisi dans les pantoufles de sa maîtresse chérie.Mais non.On a poussé le poste de télévision devant la caméra et vous ne connaîtrez le dénouement que demain.ET SI LES PÂTISSERIES ÉTAIENT MOISIES ?99 Le Dr Freud El (moi) réalise soudainement que tout ce qu’il a vu depuis le début, c’était dans le poste de télévision qu’on avait poussé devant sa caméra cachée pour le tromper.D accourt donc dans l’appartement de Miss Avon et trouve celle-ci en train de préparer le fameux gâteau drogué, comme la veille de l’Hal-loween quand tout a commencé, et Dick Tracy à quatre pattes sous la table qui jappe et se prend pour Milou, devenu subitement fou par le feuilleté crémeux qu’elle lui a fait avaler de force.Elle se penche et lui dépose son plat de Pal aux cinq sortes de viandes.L’inspecteur Freud se dit qu’il est temps de tous les arrêter.Il se dirige vers le téléviseur déphasé et le ferme avant qu’apparaisse le mot fin. Des lectures sur mesure Pour les curiosités éveillées, 48 revues culturelles en lien direct avec la création et la réflexion critique dans tous les domaines : littérature, cinéma, théâtre, danse, musique, arts visuels, histoire et philosophie.Un choix varié de revues qui portent un regard québécois nouveau sur la culture d'une société en transformation et vous informent sur les événements culturels de prestige et/ou d'avant-garde.Les revues culiurelies Annales d'histoire de l'art canadien • Apropos • Arcade • ^ria • Cahiers • Cap-aux-Diamants • Copie Zéro • Continuité • Dérives • Espace • Esse • Estuaire • Études françaises • Études littéraires • Herbes rouges • Imagine.• Inter • Interculture • Jeu, cahiers de théâtre • Lettres québécoises • Liaison • Liberté • Lurelu * Moebius * Nbj * Nuit blanche * Parachute * Passages • La petite revue de philosophie * Philosopher • Possibles * Protée * Québec français * Recherches amérindiennes au Québec • Le Sabord • Séquences • Solaris • Sonances • Spirale • Stop • Trois • Urgences • Ven'd'est • Vice Versa • Vie des Arts • 24 images • Voix et images • XYZ SOCIO- H CULTUREL % » q“T \ I ' fcRÉAnON Pour trouver lecture à votre mesure, recevez gratuitement le répertoire des revues culturelles québécoises en écrivant à : L'ASSOCIATION DES ÉDITEURS DE PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS (AEPCQ) C.P.786, Succursale Place D'Armes, Montréal (Québec) H2Y 3J2 les herbes rouges 168-169 20 ans, essais, Roger Des Roches, Lucien Francœur, André Roy, François Charron, Normand de Bellefeuille, André Gervais, Paul Cham-berland, Marcel Labine, Roger Magini, Guy Moineau, France Théoret, Sylvie Gagné, Michèle Drouin, Flugues Corriveau, Carole Massé, André Beaudet, Jean-Marc Desgent, Rosie Harvey, Louise Bouchard, Claude Paré, Jean-Yves Soucy 170 Amen, nouvelle, Jean-Yves Soucy 171-172 Splendide hôtel, fictions, Pierre-A.Larocque 173 Caryopse ou Le monde entier, théâtre, Laurence Tardi 174-175 Porte silence, roman, Paul-André Bibeau 176 L’état de grâce, poésie, Jean-Marc Desgent 177 Cockrell dehors dedans, nouvelles, Christian Mistral 178-179 Veilleurs de nuit (Saison théâtrale 1988-1989), essais, Sylvain Campeau, Gilbert David, Aline Gélinas, Gilles G.Lamontagne, Jérôme Langevin, Paul Lefebvre, Stéphane Lépine, Solange Lévesque, Serge Ouaknine, Diane Pavlovic, Alvina Ruprecht, Jean St-Hilaire, Michel Vais 180-181 Les amoureux n’existent que sur la Terre, poésie, André Roy 182-183 Chose vocale, poésie, Michael Delisle 184-185 Les yeux fertiles (Bilan cinématographique et vidéographique 1989), essais, Daniel Carrière, Michel Euvrard, Gilles Marsolais, Guy Ménard, Torn Perlmutter, Yves Rousseau, André Roy, Jean Tourangeau, Pierre Véronneau formule d’abonnement et de commande ?abonnement: 10 numéros, 30,00 $ débutant au numéro_____ ?le(s) numéro(s) suivant(s)___ numéro simple, 4,00 $ numéro double, 6,00 $ paiement à l’ordre de : les herbes rouges C.P.81, Suce.E, Montréal, Québec H2T 3A5 Nom.Adresse.Ville.Code postal Photocomposition : Typographie Tapai’oeil inc.Impression : Ginette Nault et Daniel Beaucaire Imprimé au Québec, Canada Et si les pâtisseries étaient moisies ?de Pierre-A.Larocque est un roman d’exploration en 99 chapitres qui peut être interprété par le lecteur d’au moins 99 façons.Délire policier ?Farce psychanalytique ?Ou aventure dans le monde de la science-fiction ?C’est tout ça à la fois et bien d’autres choses qui constituent cette histoire racontée par un chien, appelé Milou, qui observe et commente les nombreuses allées et venues de personnages en perpétuelle mutation : Miss Avon, ménagère de banlieue, Dick Tracy, détective, et le professeur Freud, véritables archétypes humains.Cette fiction est le fruit d’une expérience originale tentée en 1987 : diffuser par téléphone, durant trois mois, à raison d’un chapitre par jour, un soap opera que Pierre-A.Larocque nommait alors « roman télé-phonique ».L’auteur le transformait à partir des commentaires et avis des « auditeurs ».C’est la version définitive de ce roman qui est publiée ici.Pierre-A.Larocque, né en 1949, se définissait comme artiste multidisciplinaire : il était à la fois écrivain, metteur en scène et concepteur visuel.Il a publié son premier roman Ruines en 1974.La revue Les Herbes rouges a publié de lui Splendide Hôtel en 1989, l’année de sa mort.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.