Jeune théâtre, 1 février 1982, Février
EX.2 Vol.9, No 2, Février ’82 THÉÂTRE GAI “Bent” est une pièce américaine de Martin Sherman, écrite il y a neuf ans et montée off-broadway, cinq années plus tard, à New-York.Après plusieurs productions de la pièce, de 1979 à 1981 (New-York, Vancouver, Toronto, Bruxelles), voici que Montréal et simultanément Paris, s’approprient les droits d’auteur, pour une certaine période, et traduisent “Bent”.BENT est avant tout un plaidoyer pour l’amour, la tendresse.Ce plaidoyer s’appuie sur une partie de l’histoire assez bien camouflée jusqu’ici, soit la répression dont furent victimes les homosexuels sous le Troisième Reich.Certains reprochent au texte de Sherman sa première partie trop informelle qui, à mon sens, est esentielle, non seulement pour situer historiquement le spectateur (Berlin, la nuit des longs couteaux), mais aussi pour universaliser le thème et créer, à certains moments, l’illusion de l’intemporel, comme si tout avait pu se passer n’importe où, n’importe quand.En 1982, l’homosexuel est encore le cobaye parfait pour que l’autorité continue d’expérimenter certaines vieilles méthodes d’oppression, soit l’intimidation, l’humiliation et autres de même inspiration.Nous sommes loin de Dachau où l’on faisait bouillir les testicules des homosexuels jusqu’à la mort, mais ce n’est qu’un changement à l’application de la méthode.D’autres reprochent au texte sa construction insolite, sa montée dramatique dangereusement émouvante qui, mal interprétée, tomberait, la tête haute, dans le piège du mélo.Beaucoup sont complètement bouleversés, parfois même choqués, par la scène où les deux hommes, sans aucun attouchement ni regard, parviennent à l’orgasme.Chose assurée, la production montréalaise de BENT (les Productions Germaine Larose) a réussi, avec peu de moyens, à atteindre les objectifs que l’oeuvre de Sherman s’est toujours habilement fixés: créer controverses et discussions sur le thème de l’homosexualité et sur le traitement de celui-ci et, avant tout, concevoir un spectacle sur la tendresse et le respect humain.Théâtre d’information et de lutte Quelqu’un qui n’a pas vu la pièce m’a demandé pourquoi nous n’avons pas choisi de faire un spec- tacle sur l’homosexuel de 1982, sur les bars, le cruising .J’aurais pu répondre “être homosexuel c’est être homosexuel quelque soit la date” ou encore ”il y avait des bars en 1934” mais j’ai préféré lui rappeler que nous étions encore voisins de la loi abolie en 1969 (instituée en 1934) qui visait à éliminer de la race aryenne les homosexuels, les schizophrènes, les épileptiques, les drogués, les hystériques, les aveugles et ceux qui avaient des malformations congénitales.En 1979, il y a eu, en Asie, plusieurs exécutions de gens “coupables” d’être homosexuels.Le quelqu’un en question a été tellement surpris que j’en suis venu à vouloir de plus en plus sensibiliser par les chiffres et les statistiques.Mais sensibiliser qui?A qui s’adresse un spectacle sur l’homosexualité?A tout lemonde.Mais quel public avons-nous rejoint majoritairement?Avec humour et sans aucun mépris, faut-il le dire, j’ai compté dans la salle du Conventum, un samedi soir, 89 moustaches sur 140 spectateurs (type cowboy urbain).Nos grandes idées d’aller chercher unpublic insensible au thème venaient d’éclater.de rire.Aurait-il fallu publiciser “spectacle sur l’amour” sans préciser qu'il s’agissait d’une distribution entièrement mâle?Il ne faut pas être dupe.La salle était pleine.La société gaie était majoritaire et, cette fois-ci, ailleurs que dans les bars.Les spectateurs quelques soient étaient émus.Car le public pour qui l’univers homosexuel fait partie de l’inconnu interplanétaire, dont la culture doit avoir les couleurs de l’absurde, s’est, à moins d’ornières inébranlables, laissé toucher.Ce public a par le fait même accepté, pour une fois, d’avoir les mêmes sentiments qu’une marginalité pour laquelle il n’éprouvait jusque-là que de la pitié, un certain dédain, un malaise, ou encore une angoissante peur de la contagion.Un pas de fait. Implication personnelle Vol.9, No 2, Février ’82 AU SOMMAIRE Théâtre gai Théâtre et rôles masculins Feu les Fleurs du Mal Festival de théâtre amateur Le 24e congrès Le secteur amateur De la Côte-Nord Sur les Etats Généraux Une association.Annonces Calendrier des spectacles COORDINATION Suzanne Lemire COLLABORATION Louise Filteau Claire Fortier Linda Provençal COLLABORATION SPÉCIALE Sylvie Bérubé Michel Brais Jean-Luc Daigle Gilbert David Robert Dion Louise Filteau Claire Fortier François Pierre Le Scouarnec Pierre Mino Claude Poissant CONCEPTION GRAPHIQUE ET MONTAGE Yves Alix PHOTOCOMPOSITION Les Presses Solidaires IMPRESSION Imprimerie Bourget JEUNE THÉÂTRE est une publication de (’ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DU JEUNE THÉÂTRE, société ayant siège social et secrétariat au 426 est, Sherbrooke, Montréal, H2L 1J6, téléphone: (514) 288-3722.Dépôt légal: Bibliothèque Nationale du Québec, premier trimestre 1982: Jeune Théâtre.Les opinions publiées dans Jeune Théâtre sont assumées par leurs auteurs et n’engagent pas la responsabilité de l’organisme.Répétitions: dans le groupe des comédiens et artisans du spectacle, les opinions variaient sur les traitements à apporter aux différentes scènes de la pièce.Plusieurs y décelaient une montée dramatique complète en soi et priorisaient un jeu et une approche stanislavskienne.D’autres optaient pour une distanciation dans les moments plus informels.Et d’autres pensaient intérieurement à ce qu’aurait pu donner une approche parfaitement dogmatique.Mais, trêve de complaisance, une forte dose de militantisme régnait: nous étions tous là pour la même cause, le théâtre, instrument de conscientisation face à une thématique gaie.Nous vivions tous l’univers gai de façon différente, parfois même idéologiquement confrontée, ce qui n’entravait en rien nos relations, mais au contraire, égayait (le mot est juste) notre recherche, notre démarche et miltipliait nos énergies.C’était avant tout le texte de Sherman (traduction de Rose-Marie Bélisle) qu’il nous fallait s’approprier à partir de “nos” réalités; celles-ci devenaient d’ailleurs complémentaires et se fondaient en une seule et unique parole.Le travail collectif entrepris par toute l’équipe de BENT était merveilleusement motivé par le choix de la pièce puisque pour plusieurs, il n’était pas fréquent de jouer des personnages liés d’aussi près à notre condition sociale et émotive.Et je suis outré de voir que j’écris à l’imparfait alors qu’un spectacle m’est aussi présent en mémoire.Une amie qui n’a pas particulièrement apprécié le spectacle, pour des raisons théâtrales ou cérébrales ou personnelles, me faisait remarquer qu’un impact assez violent et combien nécessaire, prenait toute sa dimension lorsque le spectateur voyait les sept comédiens/hommes venir sur scène, exécuter le salut final.“On n’est pas habitué de voir des gars prendre la parole pour parler d’eux et non des autres”.A-t-on besoin d’un théâtre gai?Au Québec, le théâtre “gai” en est à ses premières armes.Il est d’ailleurs prématuré d’accoller une épithète de la sorte au mot “théâtre”.Il y a eu si peu de travail théâtral qui, au Québec, s’est penché sur le vécu homosexuel, qu’il est facile de se remettre en mémoire les rares expériences dramaturgiques qui ont traité d’homosexualité.Hormis les personnages de Tremblay (Hosanna, Sandra, Les anciennes odeurs) quelques tentatives de théâtre expérimental,les ateliers de théâtre gai animés par Michel Breton, quelques amorces dans des créations québécoises (Les pommiers en fleurs de Serge Sirois, Bernadette et Juliette d’Elizabeth Bourget, Avec l’envie soudaine d’une nuit blanche de Lise Roy et Michel Breton, As-tu vu?Les maisons s'emportent! du Théâtre des Cuisines, Le marché j’aime des Gens d’en Bas, .), quelques traductions (Aux yeux des hommes et des humains de John Herbert, Bent de Sherman), et hormis les expériences populistes de (suite p.7) 2 théâtre et rôles masculins “Mesdames et messieurs! Qu’y a-t-il derrière le silence des hommes?Et bien ce soir, pour vous, des hommes de différents milieux et de différentes occupations montent sur scène pour se raconter, non pas par métier ou par habitude mais bien par implication personnelle.Pourquoi?Pour aller voir, au coeur même de notre silence, une possible complicité dans l’état actuel d’inégalité entre les hommes et les femmes, et même, si possible, pour se découvrir un désir de s’éclater dans une égalité totale et voluptueuse, vers un plaisir égal et enfin partagé.Bref, mesdames et messieurs, et si ’allais jusqu’à dire.” (extrait) Des hommes en question Dans le cadre du programme théâtre des Services à la collectivité du Cegep de Rosemont, un atelier sur les comportements masculins: Théâtr’hommes.Des hommes autour de la trentaine lancés dans l’aventure du théâtre d’amateurs.De mariés et pères à amoureux éclatés, d’inconditionnellement hétérosexuel à principalement hétérosexuel, de cadre à réceptionniste en passant par fonctionnaire, étudiant, professeur, permanent syndical, chômeur, ., ne se connaissant pas ou peu, et, pour la plupart, sans expérience du théâtre, tous partageaient un même désir plus ou moins clairement formulé, plus ou moins pressant: passer de l’état de spectateur tentant de s’ajuster aux revendications des femmes, de nos femmes, de nos blondes, à l’état d’acteur de notre propre changement, de notre propre prise de conscience de nos comportements.Les points de vue sur le féminisme étaient divergents au départ mais il était évident pour tous que nous n’étions pas un groupe de résistance aux pressions féministes ni ne voulions faire oeuvre de séduction nouveau style.Telles sont les prémisses de cette série d’ateliers qui dura d’octobre ’80 à mai ’81: environ 200 heures à deux soirs par semaine, plus quelques fins de semaines et des ateliers qui inspirèrent la création de “Et si j’allais jusqu’à dire.”.Toujours en tournée à l’heure actuelle, ce spectacle qui parle sans pour autant devenir discours ou confessionnal, a déjà été joué 21 fois devant 3,150 personnes.Nous nous retrouvions donc en atelier entre hommes, sans la présence de femmes pour stimuler notre goût de la performance, à développer tout fin seuls ce désir de saisir intimement la réalité quotidienne de notre masculinité, collective et personnalisée.Et pour nous, hommes, qui avons si peu le pied marin quand il s’agit de passer de nos certitudes à notre vague à l’âme, l’entreprise ne pouvait qu’être trébuchante.Dans ce contexte, le théâtre apparaissait comme un instrument particulièrement approprié.En fait, il me semble même souvent difficile de départager la démarche de théâtre de la réflexion puisque le travail d’acteur recoupait constamment notre propos; il s’agissait bien de rôles, de masques et de rapport spectateur/acteur, de performance, de confiance, de contrôle sur la situation, d’exprimer nos émotions, de jouer le ridicule.D’ailleurs, même en représentation, la différence n’est pas simple à faire entre l’inexpérience des comédiens à jouer des émotions et notre difficulté, en tant qu’hommes, à exprimer, voire à ressentir, l’émotion.Et, à mon sens, ce problème ne concerne pas seulement les comédiens amateurs.3 La réflexion par la création Alors, d’une part, le fait d’associer notre réflexion à un projet d’action concret et limité dans le temps, la création, nous imposait dans nos échanges un rythme et une forme dynamiques.Nous évitions ainsi de nous enliser trop souvent autour d’une table, à discuter de considérations d’ordre général ou encore à nous demander si le changement passe par l’individu ou la collectivité; l’occasion aurait été trop belle de se cacher derrière des analyses toutes faites, faisant bel état de notre habileté à manier les idées.Au contraire, le jeu facilitait la complicité dans nos rapports, l’aveu de nos peurs, la détente de nos systèmes de défense devant tout ce qui s’appelle intimité.En fait, oeuvrant à un projet commun et vivant les hauts et les bas d’une démarche insécurisante, les relations affectives entre nous se développèrent rapidement et demeurent le moteur essentiel à notre continuité.D’autre part, il faut dire aussi que nous utilisions plus souvent l’improvisation comme méthode de recherche et d’échange plutôt que comme un moyen de chercher des formes pour étayer un contenu déjà articulé.Nous ne voulions pas diffuser ce que nous savions déjà mais ouvrir, chercher, confronter, nous surprendre.Dès lors, l’improvisation servait à provoquer l’apparition de formes/contenus qui nous ravissaient ou nous confrontaient, éclairant notre topo, inventant les images et les scènes qui élaguées, précisées et retravaillées, deviendraient scènes du spectacle.Par ailleurs, ce sont souvent des formes qui étaient retenues parce que signifiantes et éloquentes, comme l’utilisation de masques stéréotypés pour illustrer des rôles culturels, ou encore, des personnages doubles pour exprimer la distorsion entre ce que nous ressentons et ce que nous disons.La réflexion par la représentation Et, bien sûr, l’utilisation du jeu théâtral agissait comme un miroir, nous renvoyant constamment à notre difficulté d’exprimer des émotions.Notre registre émotif est si mince qu’il limite grandement la gamme de personnages et de situations que nous pouvons jouer, et, plus encore, l’intensité dont il faudrait les investir.Même qu’après beaucoup de travail dans ce sens, lors des premières représentations, le public, et plus particulièrement les femmes, réagissaient en nous disant: “On comprend ce que vous dites mais on vous sent pas.” Encore?Et oui encore! la démarche ne faisait que commencer.Et, à ce niveau, les représentations/discussions ont un double impact: sur le public qui réagit fortement et reste, en grande partie, aux échanges, et, sur nous, pour qui ce contact permet de concrétiser et d'intégrer ce que nous avions incubé entre nous.Ne nous contentant pas de provoquer des commentaires sur la représentation, les échanges après spectacles poursuivent, en l’élargissant, notre réflexion.Les gens sont touchés, s’impliquent et génèrent une énergie nouvelle ayant une incidence certaine sur révolution de notre réflexion et, par le fait même, du spectacle.Qu’en disent les femmes?D’un autre point de vue, nous pouvons dire que les femmes sont généralement plus perspicaces à déceler les lacunes, manifestent parfois un certain scepticisme quant à un possible changement, et nous ramènent souvent, avec beaucoup d’encouragement toutefois, notre retard sur le sujet et la complexité de la tâche.Les hommes, eux, sont plus timides mais plusieurs s’impliquent et se situent par rapport à leur vécu, se reconnaissent et manifestent leur volonté ou leur désir d’en sortir.Mais il s’agit ici d’un tableau bien général voulant décrire une réalité beaucoup plus nuancée.Aussi, ces échanges nous font croire que l’expression, bien que modeste et bafouillante, d'hommes manifestant la volonté, le désir, le besoin de modifier les rapports de pouvoir, ne corrige pas spontanément la situation, mais ébranle nos positions souvent manichéennes dans le débat femmes/hommes, nous obligeant à aborder toute la complexité qu’implique le passage du général au particulier.Chose certaine, c’est que nous, hommes, ne faisons que commencer à soupçonner l’ampleur de nos privilèges, à choisir entre ces privilèges et une vie heureuse, dans une égalité partagée, à saisir notre intérêt à désirer transformer nos rapports entre nous et avec les femmes et les enfants.Cette problématique est vaste comme le monde, et, bien qu’avec cette création nous ne l’ayons qu’effleurée, nous avons, somme toute, créé un spectacle qui nous satisfait pour le moment et qui, ma foi, à en juger par les discussions qu’il suscite, est très efficace.Vous pourrez le voir, si le coeur vous en dit, les 2-3-4 avril à 20 heures, à la SPEC (salle du pavillon d’éducation communautaire), 1691 boul.Pie IX, à Montréal.Michel Brais Feu les Fleurs du Mal ifcd u.*— ém***' mmm mim Le Café-théâtre Les Fleurs du Mal, situé au coin des rues Rachel et Berri, à Montréal, ouvrit ses portes en mai ’80 et se fit cadenasser à l’automne ’81.Son histoire dura assez longtemps pour en faire voir de toutes les couleurs heureuses et plus sombres aux gens qui le firent fonctionner.François Pierre Le Scouarnec, qui entretint des liens constants avec le café et qui s’y impliqua très activement pendant les derniers mois, ravive les souvenirs: — Le café s’est ouvert par la volonté de onze personnes réunies en coopérative.L’équipe formée de techniciens de scène, de comédien-ne-s, offrait de riches possibilités mais évidemment pas d’énormes ressources financières.Tout le monde devait travailler ailleurs pour gagner sa vie et pour faire vivre le café puisque chaque membre s’engageait à fournir une contribution de 15.00$ par semaine pour défrayer les coûts d’opération.Et ça coûtait cher.Faut d’abord dire que l’équipe avait voulu trouver quelque chose rapidement.Le local était bien situé et convenait aux besoins.Mais il était en sous-location et le personnage intermédiaire entre le propriétaire et l’équipe faisait un gros profit.Peut-être n’a-t-on pas assez magasiné.— Combien ça coûtait?— 2 000.00$ en tout par mois, c'est-à-dire 700.00$ pour les lieux, le reste allant aux frais fixes d’électricité, de chauffage, d’achat-location d’équipement technique, tables, chaises, etc.Et ceci n’incluait pas le fond de roulement nécessaire pour la bouffe et les frais de production des spectacles montés par l’équipe des Fleurs du Mal.— La coopérative était-elle aussi une troupe?— C’était des gens de théâtre qui avaient l’intention de se créer un lieu pour jouer eux-mêmes.Le premier spectacle “L’ouvre-boîte” fut produit par des gens de l’équipe.En un an et demi d’existence, Les Fleurs du Mal présentèrent 25 productions dont 4 de la maison.— Peut-on parler d’orientation quelconque dans le choix des spectacles présentés?— Nous allions vers le jeune théâtre et recherchions ce qu’on peut appeler “un bon show”.Au bout de 6 mois, on recevait en moyenne de 3 à 4 demandes par semaine dont des projets très intéressants.On offrait aux troupes un bon équipement technique et un contrat avantageux.Celles qui sont passées chez nous voulaient revenir.La programmation d’automne ’81 s’annonçait spéciale.Gérard Poirier et Michel Forget nous avaient proposé une pièce.On prévoyait aussi présenter les textes de Marie Uguay qui ont été montés à la Bibliothèque Nationale par, entre autres, Nathalie Naubert et Benoît Dagenais.Ils fianançaient tout.Les accords étaient sympathiques.Compte tenu de notre situation financière critique, on avait senti le besoin d’aller chercher des gens de métier plus connus.On aurait mal vu le jeune théâtre nous critiquer parce qu’on allait chercher des “vedettes”.On aurait pu leur répondre: “Si vous voulez encore jouer chez nous, faut faire vivre le café!” — Quel était votre public?— Des gens dans la trentaine.L’objectif pour l’automne c’était que le café devienne en partie un théâtre de quartier pour adultes et pour enfants.On négociait une entente avec un super marché pour qu’il intègre notre information à leurs feuillets publicitaires.— Comment se passait la vie de la coop?— Les difficultés humaines et financières n’ont pas manqué.Il ne faut pas oublier que le café était ouvert 6 soirs par semaine — présentait un spectacle par soir et souvent 2 en fin de semaine — ça demandait beaucoup d’énergie en plus du travail à l’extérieur.C’était physiquement épuisant, une des membres de l’équipe en fit même une dépression.Pour des raisons diverses, le nombre de membres passa de 11 à 9 puis à 7 et 5.Ce qui alourdissait les responsabilités financières de chacun.Tout au long de l’existence des Fleurs du Mal, on n’a pu ni se payer ni couvrir nos frais.Ce 5 qui fait qu’aux fins de mois, ce sont les gens de l’équipe qui avançaient facilement de 200$ à 300$.Certaines personnes ont dû, en tout, fournir des 3 000$, 4 000$, 5 000$ et ces argents sont définitivement perdus.— Qu’en était-il du fonctionnement administratif?— Il y avait très certainement un gros problème de comptabilité.On ne tenait pas de livres, on fonctionnait sans facture, etc.On a essayé d'instaurer un système plus strict mais ce n’était pas inscrit dans les moeurs, alors comment veux-tu gérer?Et puis ça se passe également ailleurs, le groupe n’a pas été exempt de luttes intestines liées à un individu qui voulait prendre du pouvoir.Un shisme s’est produit.La coopérative est devenue un organisme à but non lucratif, ce qui lui permettait un accès plus facile aux subventions et comme tenancier d’un lieu de diffusion culturelle et comme organisme de production.— En avez-vous eues?— Il fallait avoir 2 ans d’existence pour être éligible.On ne s’est pas rendu jusque-là.Mais faut voir où les sous se trouvent.On a fait des démarches auprès des compagnies privées.Si on avait eu les reins assez forts pour durer un petit peu plus longtemps, on aurait obtenu quelque chose.— Qu’est-ce qui a provoqué la fermeture?— On peut parler de la conjugaison de 2 événements.L’été dernier, on s’entendit verbalement 6 avec une troupe pour des représentations en septembre.L’entente ne fut pas respectée, la troupe s’engagea ailleurs, ce qui nous obligea à trouver vite un autre spectacle et à faire une publicité de dernière minute.De plus, depuis le début, la Ville de Montréal nous tolérait dans des installations illégales.Elle nous demandait de la ventilation, des portes spéciales, des rideaux ignifugés, des sorties de secours, etc.et nous donnait un mois de délai final.Plus encore, pour obtenir des subventions de compagnies d’alcool, fallait obtenir un permis de boisson.Ceci impliquait des installations “sécuritaires” beaucoup plus exigeantes et nous empêchait de continuer notre diffusion du théâtre pour enfants.Légalement, le café-théâtre recevait 72 personnes; comme bar, il n’en aurait accepté que 48.La formule restaurant ne convenait pas non plus.Le loyer de septembre n’était pas payé.Le locateur menaça de fermer.Pris de toutes parts, on décida de rompre le bail.Le locateur changea la serrure et se dédommagea avec les quelques équipements qu’on avait réussi à acheter ou qui appartenaient en propre à des individus.— L’histoire est tragique.En tirez-vous actuellement des leçons?— L’analyse vient avec le recul.Je pense qu’un projet comme celui-là doit s’assurer en partant de plus grandes garanties financières et humaines, de la collaboration d’une personne formée en administration.Ceux qui se sont occupés de l’argent ont vécu un stress continuel.Bell Canada menace encore de couper à la maison si on ne règle pas les comptes du café.Après un an et demi d’efforts continus, on arrive à un cul de sac.Le gouvernement a une certaine responsabilité là-dedans.Il est cependant dangereux de dépendre entièrement de l’État.Mais celui-ci pourrait subventionner des théâtres et encourager, par exemple par des déductions fiscales, les compagnies privées et les financer.— Te rembarquerais-tu dans une pareille aventure?— Je suis comédien, j’ai été obligé de faire des choses que j’aimais moins pour faire vivre un théâtre que j’aime.Au bout du compte, tout ferme.La déception est viscérale, ça fait mal d’en parler, c’est comme évoquer un décès trop récent.Suzanne Lemire rr Québec, novembre’81 festival de théâtre amateur / Kons avez le c-Vioîx.e-nVra * ^SafeUers cCFtVreAÎs , \ du (WeoiLfe pour adffle£eev\ts £u82 rîiti jt.hiqi'c Nationale du QC a/s uise Testier"(d5p2t légal) 1700 vue Tt-Denis Montreal, QC Le THÉÂTRE DE L’OEIL offre un atelier intensif sur la marionnette les samedi et dimanche, 20 et 21 février 1982.L’atelier s’adresse à toute personne désireuse d’utiliser ce médium auprès des enfants.Il vise à donner des moyens pratiques d’action aux participants; l’accent est mis sur la fabrication, la manipulation, le jeu avec les marionnettes de même que l’expérimentation d’une méthode d’approche graduée selon les besoins des enfants.L’atelier aura lieu au 1200 est, rue Laurier à Montréal.La date limite d’inscription est le 15 février 1982.Renseignements: Théâtre de l’Oeil, (514) 845-1045.Entre 10h et 17h l.l.T./ Louise LaHaye a assisté l'été dernier, à Madrid, au 19ième Congrès de l’Institut International du Théâtre.Elle en a rapporté une imposante documentation concernant l’Institut, ses différents comités ainsi que les projets qui leur tiennent à coeur (rencontre internationale des éditeurs de théâtre, symposium sur la formation du dramaturge, colloque sur la scénographie, etc.).Pour plus de renseignements, veuillez vous référer au numéro de décembre 1981 de Dramaturgies nouvelles ou encore vous adresser à l’A.Q.J.T.Il est à noter que le prochain congrès de I’Ll.T.aura lieu en juin 1983 à Berlin est et Dresden.Louise Filteau RENCONTRE ET TRAVAIL À LA CAMPAGNE Vous êtes à la recherche d’un endroit calme pour organiser vos rencontres entre groupes à caractère socioculturel?L’environnement est pour vous une condition importante pour créer ou produire?Vous cherchez à vous divertir à peu de frais?L’Auberge de la Dame de Coeur à Upton vous ouvre ses portes tout au long de l’année, que ce soit pour quelques heures ou quelques jours.Elle met à votre disposition: — des salles de travail; — un piano; — de l’hébergement pour 36 personnes; — un choix de menus santé; — des activités de plein-air; — un bar-théâtre présentant des spectacles en saison.L’aubergiste Gilles Chabot est à l’écoute à (514) 549-4617.veuillez me faire parvenir JEUNE THÉÂTRE à: NOM:____________________________________ ADRESSE: _______________________________ O Dû < Abonnement régulier (10.$) Abonnement de soutien (25.$) Retourner votre chèque ou mandat-poste à: Association Québécoise du Jeune Théâtre, 426 est rue Sherbrooke, Montréal H2L 1J6, Tel: (514) 288-3722
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