Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 septembre 1947, Septembre - Octobre
[" le pR^yiRSEUR I No 5 \\ Vol.XIV, 28- année MONTREAL, SEPTEMBRE-OCTOBRE 1947 Œuvres des Soeurs Missionnaires de Tlmniaculée-Conception AU CANADA MAISON-MERE, 2900, chemin Sainte-Catherine, Montréal 26 (Fondée en 1902) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Procvj-e des missions.Ateher d\u2019ornements d\u2019église, de broderie, de dentelle et de peinture pour le soutien de la Maison-Mère et du Noviciat École de formation de catéchistes chinoises.Cercles de couture de dames et de demoiselles Diffusion d\u2019une revue missionnaire: Le Précurseur.Bibliothèque missionnaire gratmte.NOVICIAT, Pont-Viau, Montréal 9 OU'TREMONT, Montréal 8, P.Q., 514, chemin Sainte-Catherine Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Ouvroir pour les missions Jardin de l\u2019Enfance.HÔPITAL ET DISPENSAIRE CHINOIS, H2 ouest, rue Lagauchetière, Montréal 1\t(Fondée en 1918) Enseignement du catéchisme aux Chinois.Les Sœurs Missionnaires de l\u2019Imma-cuIée-Conception visitent aussi les Chinois malacies dans les hôpitaux catholiques ou protestants lorsqu\u2019on les y appelle.NOMININGUE, P.Q.(Béthanie) (Fondée en 1914) Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Œuvre de la Sainte-Enfance.VILLE DE RIMOUSKI, rue Saint-Germain\t(Fondée\ten 1918) École apostolique pour les aspirantes aux missions.Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Atelier d\u2019ornements d\u2019église.Ouvroir pour les missions Jardin de l\u2019Enfance.Cours privés de français, d\u2019anglais, de musique et de peinture.VILLE DE JOLIETTE, 750, rue Saint-Louis\t(Fondée\teu 1919) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Adoration du Saint Sacrement.Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Ateher d\u2019ornements d\u2019église.Ouvroir pour les missions.VILLE DE QUÉBEC, 4, rue Simard (Fondée en 1919) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Récollections pour jeunes filles.Ouvroir pour les missions Leçons privées de peinture Visite des Chinois ma- lades dans les hôpitaux et à domicile.Enseignement du catéchisme aux enfants et aux adultes chinois.VILLE DE VANCOUVER, 236, rue Campbell\t(Fondée en 1921) Hôpital Oriental Refuge et dispensaire pour les Chinois Cours prives de langues et de catéchisme pour les enfants et adultes chinois.Visite des Chinois à domicile.VILLE DES TROIS-RIVIÈRES, 466, rue Bonaventure\t(Fondée en 1926) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance Ouvroir pour les missions.Jardin de l\u2019Enfance.QUÉBEC, 651, rue Saint-Cyrille (Fondée en 1928) Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Ouvroir pour les missions.VILLE DE GRANBY, 35, rue Duffe-rin\t(Fondée en 1930) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance Retraites fermées pour dames et jeunes filles Patronage pour jeunes filles Ouvroir pour les missions.Ecole.Jardin de l\u2019Enfance.CHICOUTIMI, Cartier 61, rue Jacques-(Fondée en 1930) Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Ouvroir pour les missions.Patronage pour jeunes filles.VILLE DE GRANBY, 279, rue Principale\t(Fondée en 1931) Patronage de « l\u2019Immaculée-Concep-tion » pour jeunes filles.Ecole Maternelle.SAINTE-MARIE DE BEAUCE (Fondée en 1932) Retraites fermées pour dames et demoiselles.VILLE DE SAINT-JEAN, P.Q., 430, rue Champlain (Fondée en 1935) Retraites fermées pour dames et jeunes filles.Bureau diocésain de la Sainte-Enfance.Ouvroir.VILLE DE VANCOUVER, 3080, rue du Prince-Édouard (Fondée en 1946) Hôpital Oriental.(/I suivre a la page 3 de la couverture) Bienfaiteurs de la Société des Soeurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception 1.\t\u2014 Sont fondateurs ceux qui assurent à la Société un capital de $1,000.00 et plus.2.\t\u2014 Sont protecteurs ceux qui, par une somme de $500.00, pourvoient à l\u2019entretien d\u2019une novice pauvre.Une paroisse, une communauté ou une famille, en réunissant leurs aumônes, peuvent avoir droit à ces titres.Un diplôme de fondateur ou de protecteur est décerné aux personnes qui font les offrandes plus haut mentionnées.3.\t\u2014 Sont souscripteurs ceux qui versent une aumône annuelle de $25.00.4.\t\u2014 Sont associés ceux qui donnent la somme de $2.00 par an.La Société considère aussi comme ses bienfaiteurs, tous ceux qui, par une offrande quelconque, soit en argent, soit en nature, viennent en aide à ses œuvres.Avantages accordés aux bienfaiteurs Tout en laissant à Dieu le soin de récompenser lui-même, selon leur générosité, leurs différents bienfaiteurs, les Sœurs Missionnaires de rimmaculée-Conception leur assurent une participation aussi large que possible au mérite de leurs travaux apostoliques, ainsi qu\u2019aux prières et souffrances de tous les malheureux confiés à leurs soins.En outre, les bienfaiteurs ont droit aux avantages spirituels suivants: 1° Un souvenir particulier dans toutes les messes entendues et les communions faites par les religieuses; 2° Une messe chaque mois à leurs intentions; 3° Tous les vendredis et dimanches, de l\u2019année, les religieuses, se succédant auprès du Saint Sacrement exposé dans la chapelle de leur maison-mère, offrent l\u2019heure d\u2019adoration tout entière aux intentions de leurs bienfaiteurs (les noms des fondateurs et des protecteurs sont déposés sur l\u2019autel de l\u2019exposition) ; 4° Aux mêmes fins, est faite tous les jours, par les membres de la communauté, la Garde d\u2019honneur de Marie, laquelle consiste dans la récitation ininterrompue du Rosaire au pied de l\u2019autel de la Sainte Vierge.Cette Garde d\u2019honneur est faite aussi en Chine, à la léproserie de Shek Lung.Là, les pauvres lépreuses se succèdent, par groupes de quinze, pour offrir à l\u2019intention des bienfaiteurs de la Société, les prières du saint Rosaire; 5° Un service est célébré, chaque année, pour les bienfaiteurs défunts; 6° Aux bienfaiteurs défunts est aussi appliquée une participation aux mérites du chemin de la Croix fait chaque jour par les religieuses; 7° Chaque semaine, dans la chapelle des Sœurs Missionnaires de rimmaculée-Conception, deux messes sont célébrées spécialement pour les abonnés au Précurseur et les bienfaiteurs vivants et défunts. MERCI Â NOS CHERS BIENFAITEURS POUR LE BON RIZ QU\u2019ILS NOUS PROCURENT! Bulletin des ê>oeur£( iHissiionnaircs be rSnrmaculée^Conception Publié avec Vaulorisation de Monseigneur VArchevêque de Montréal M .XIV.28\" arnée\tMontréal, Septembre-Octobre 1947\t\t^o 5\t \t\t\t \t\t\tw SOMMAIRE\t\t\tP La Patronne des Missionnaires .\tLa Rédaction\t231\tlé- Cinquante ans dans la gloire\t\t\t236\tW \tLa Rédaction\t\t Parents modèles.\tLa Rédaction\t239\t Hommages à S.Exc.Mgr Maurice Roy\t\t241\t,.T En souvenir du Congrès Marial d'Ottawa\tLa Rédaction\t242\til Départ de Missionnaires .\t\t251\t Tout ce que vous avez fait au plus petit.\tLa Rédaction\t252\t Pas de mal à ça.\tLa Rédaction\t254\t Congrès de la J.0.C et de la J.A.C.\tLa Rédaction\t255\t L'hymne de la Nature .\tLa Rédaction\t.256\t Ce qu elle aimait\tJ.Lesaunier, ptre\t258\t \t\t\t Conversion d'un apostat\t\t\t.260\tP Vingt-cinq ans au service des Retraites Eermées\t\t261\t \tLa Rédaction\t\t Le bienheureux Théophane Vénard\tChanoine F.Trochu\t264\t1 Sur les plages lointaines .\t\t\t1 Au Noviciat .\t\t280\t1 La Page des Enfants.\t\t.283\t Reconnaissance.\u2014 Recommandations.\u2014\tNécrologie .\t.288\tP W: Pattonne deâ miààionnaiteà Par un beau soir d\u2019hiver, au foyer d\u2019Alençon, S\u2019éveillait à la vie, un fragile enfançon; Et les cloches bientôt annonçaient son baptême : A Thérèse, déjà, Jésus disait : « Je t\u2019aime ! » Et l\u2019enfant de répondre à l\u2019amour par l\u2019amour.Dès l\u2019âge de trois ans, au terrestre séjour; Pour gagner à Jésus des multitudes d\u2019âmes.Elle brûla très tôt d\u2019apostoliques flammes. Ses peines, ses plaisirs et ses devoirs d\u2019enfant.Tout servait à l\u2019envi son zèle triomphant; Du clavier de l\u2019amour, elle montait la gamme.Trouvant tous les degrés en son petit programme.Or, en croissant en âge, elle sut, en secret.Rester toujours petite, et, par ce doux attrait.Eut bien vite conquis le cœur du divin Père Qui se plaît à donner autant qu\u2019on en espère.Du sacrifice obscur, elle prisait les fleurs Qui jonchent nos sentiers, en ce vallon de pleurs; Apportant un grand soin à n\u2019en laisser aucune.Avec grande ferveur, elle cueillait chacune.Puis les offrait, joyeuse, au cher Enfant Jésus, Avec les fruits nombreux des plus humbles vertus.Chaque heure de ses jours en devenait féconde Et les âmes, ainsi, se sauvaient par le monde.De sa vie ici-bas, hâtif fut le couchant.Mais sa mort, de l\u2019amour, fut un ultime chant; Elle est montée aux deux, la jeune et douce Orante, Pour poursuivre là-haut sa course conquérante.De l\u2019univers entier, elle parcourt encor.Des âmes, la moisson, pour cueillir l\u2019épi d\u2019or; Car du sein de la gloire où son Dieu la couronne, Rome l\u2019a dit : des Missions, elle est Patronne.* * ?Chère petite sœur, de la sainte Sion, Auprès de nos chrétiens, parfais ta mission : Enseigne au tout petit comment de son baptême Rayonner le bonheur d\u2019un pôle à l\u2019autre même.Apprends à la jeunesse, avide de bonheur.Que la suprême joie et le plus grand honneur Est d\u2019être de Jésus de généreux apôtres.Se donnant sans compter pour le salut des autres.Entraîne tous les cœurs vers les plus hauts sommets Du rude Apostolat.Que chacun désormais.Vivant au sein du monde ou dans le Monastère, Devienne de sa foi le Héraut sur la terre.Obtiens pour la Moisson des Ouvriers nombreux.Qui rejoignent, là-bas, le bataillon de Preux Qui succombent, hélas ! sous le labeur immense De cueillir les épis, de jeter la semence ! Le Précurseur. Cinquante ans bans la gloire Il y a cinquante ans, le 30 septembre 1897, mourait à Lisieux une jeune moniale que le monde entier ignorait.Le souvenir de sa vie humble et effacée devait, semble-t-il, se perpétuer uniquement dans l\u2019étroit cimetière de son couvent.L\u2019opinion humaine avait même hasardé ce pronostic: « Ma Sœur Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus va bientôt mourir et je me demande ce que notre Mère en pourra dire après sa mort.Elle sera bien embarrassée, car cette petite Sœur Thérèse, tout aimable qu\u2019elle est, n\u2019a pour sûr rien fait qui vaille la peine d\u2019être raconté! » Et voilà que peu après le départ de la petite Sœur Thérèse pour l\u2019au-delà, VHistoire d'une âme, sa propre histoire, escortée d\u2019une pluie de roses, franchit le seuil du Carmel, saute les limites de Lisieux, les frontières de la France et les bornes de l\u2019Europe, passe les mers, pénètre les deux Amériques, s\u2019enfonçant dans les glaces du Pôle et sous les feux de l\u2019Équateur, se répand en Afrique sur les pis+es des déserts et dans les sentiers de brousse, débarque en Australie, s\u2019aventure en Asie et se faufile dans les vénérables caractères chinois, étonnés de tant d\u2019audace et de tant de candeur occidentales; mieux encore, elle va s\u2019introduire au Vatican où elle obtient, des Souverains Pontifes Benoît XV et Pie XI, des lettres de créance qui feront s\u2019accréditer la petite voie auprès des générations présentes et futures.En dépit du matérialisme de notre siècle enflé de science, de vanité et de mensonge, la petite voie, cette lumineuse doctrine renfermée dans l\u2019autobiographie et les écrits de l\u2019angélique carmélite, continue de ravir les cœurs, les attirant dans les bosquets de la sainteté.Ils sont innombrables ceux qui, à son invitation, se sont réfugiés dans le silence des monastères ou se sont enrôlés dans les armées royales missionnaires afin de la mieux comprendre et de la vivre plus parfaitement.Ils sont légions les indifférents, les pécheurs, les incroyants que la seule lecture de VHistone d\u2019une âme a fait tomber à genoux, anéantis de repentir, mais pleins de confiance en l\u2019Amour miséricordieux.Il faudrait les compter par millions les affligés, les malades et les désespérés qui, ayant eu recours à l\u2019aimable sainte, ont reçu d\u2019elle la rose mystique du miracle ou celle, plus inestimable encore, de l\u2019amoureuse acceptation de la souffrance en vue du salut d\u2019autrui.Du séjour glorieux, Thérèse triomphante s\u2019intéresse à l\u2019Église, aux missions et à toutes les âmes, comme jadis le faisait sur terre la petite Thérèse Ici-bas, son Carmel ne fut point un asile de paix et de repos; là-haut son trône est en quelque sorte un bureau d\u2019affaires où affluent les suppliques de tous Montréal LF PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 237 genres.Mourante, elle avait annoncé: « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.Ce n\u2019est pas impossible, puisque au sein de la vision béati-fique, les Anges veillent sur nous.Non, je ne pourrai prendre aucun repos jusqu\u2019à la fin du monde! Mais lorsque l\u2019Ange aura dit: « Le temps n\u2019est plus », alors je me reposerai parce que le nombre des élus sera complet.» Depuis cinquante ans, tout simplement et combien admirablement, Thérèse tient ses promesses, inondant les cinq continents d\u2019une pluie de roses.Mais qu\u2019a-t-elle donc fait durant sa vie mortelle, cette humble moniale, pour mériter d3 devenir une semeuse de roses, l\u2019étoile du pontificat de Pie XI, l\u2019ange tutélaire des missionnaires et des missions, la petite Fleur chérie de l\u2019univers?Sa gloire tient du prodige: pour voir Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus sur les autels, l\u2019Église, toujours si sage dans ses mesures de prudence, abrège les délais canoniques; de leur côté, pour s\u2019assurer d\u2019une manière spéciale l\u2019aide puissante de celle qui s\u2019était écriée avec flammes: « Une seule mission ne me suffirait pas: je voudrais en même temps annoncer l\u2019Évangile dans toutes les parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées.Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l\u2019avoir été depuis la création du monde et continuer de l\u2019être jusqu\u2019à la consommation des siècles » ; oui, pour travailler de concert avec cette âme de feu, l\u2019épiscopat missionnaire, ayant à sa tête l\u2019apôtre du Keewatin, S.Exc.Mgr Ovide Charlebois, O.M.I., la réclame auprès du Saint-Siège, en octobe 1927, comme patronne des missionnaires et des missions.Et en réponse à la pétition que lui adressent plus de deux cent trente pasteurs occupés sur tous les points du globe à agrandir le bercail de l\u2019Église catholique, le Saint-Père promulgue, dès le 14 décerhbre de la même année, le décret nommant sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus « Patronne, à titre spécial, de tous les missionnaires, hommes et femmes, et aussi des missions existant dans tout l\u2019univers ».Plus loin, le texte précise: « Elle devient ainsi leur patronne principale, à l\u2019égal de saint François Xavier, avec tous les droits et privilèges que comporte ce titre.» Enfin, pour chanter les grandeurs de la petite Fleur, l\u2019affection et la reconnaissance mondiales lui dédient, dans la ville même où elle s\u2019est épanouie, une majestueuse basilique.Mais, répétons-le, qu\u2019a-t-elle donc fait, cette vierge du Carmel, pour mériter tant de vénération et tant d\u2019honneurs ?Ce qu\u2019elle a fait ?Comme une fée mystique, pourrait-on dire, elle a enchanté, avec la baguette magique de l\u2019amour, les moindres actes de sa vie quotidienne, les offrant à Notre-Seigneur pour lui sauver des âmes et le consoler de son amour méconnu; ainsi les joies, les saciifices, les souffrances, les riens du devoir d\u2019état se changeaient entre ses mains en de petites fleurs qu\u2019elle jetait à la face de son Bien-Aimé.Tout le secret de la sublime sainteté de Thérèse est contenu dans ces deux strophes de l\u2019un de ses poèmes.Jeter des fleurs : Jeter des fleurs, c\u2019est t\u2019offrir les prémices.Les plus légers soupirs, les plus grandes douleurs.Mes peines, mon bonheur, mes petits sacrifices.Voilà mes fleurs.Jeter des fleurs! Jésus, voilà mon arme.Lorsque je veux lutter pour sauver les pécheurs, La victoire est à moi, toujours je te désarme Avec mes fleurs. 238 Montréal LE PRECURSEUR Scptcmbrc-Octobrc 1947 Tel est le programme qu\u2019elle a suivi et qu\u2019elle a ensuite tracé elle-même aux âmes qui veulent s\u2019engager dans sa petite voie.De prime abord cela semble facile, presque enfantin, tant il y a de fleurs.Cependant, si l\u2019on examine de près, ou mieux, si l\u2019on essaye de mettre ses pas dans ceux de cette gracieuse maîtresse de spiritualité, l\u2019on découvre aussitôt quelle force d\u2019âme, quel héroïsme surhumain fut le sien! Marcher dans la petite voie est impossible à quiconque traîne derrière soi une personnalité précieuse et encombrante.Qui se détermine à prendre cette route faite de simplicité évangélique doit s\u2019alléger du moi humain, c\u2019est-à-dire se dépouiller de son égoïsme et de sa vanité et, par là, se paire petit.Se faire petit, voilà ce qu\u2019on apprend à l\u2019école de la petite Thérèse; là est le point de départ et le point final de son art d\u2019aimer le bon Dieu.Ah! si toute l\u2019humanité s\u2019inscrivait à l\u2019école du petit docteur de Lisieux, il n\u2019y aurait plus de haine ni de guerre: la terre serait un paradis où fleuriraient la charité et la paix! La virginale enfant du Carmel est la sainte des temps modernes que le Tout-Puissant a prise par la main pour la montrer au monde radieuse dans sa petitesse.Et si, depuis cinquante ans.Dieu ne cesse d\u2019exalter son humble servante, c\u2019est pour mieux authentiquer la mission qu\u2019il lui a confiée de donner sa petite voie aux âmes.5apon Pour la première fois depuis 1940, trois séminaristes japonais sont arrivés à Rome, en vue d\u2019y poursuivre leurs études ecclésiastiques au Séminaire de la Propagande; M.Sa-wada, fils de l\u2019ancien ambassadeur du Japon au Brésil, M.Kawaguchi et M.Yamada.Ce dernier, qui a perdu, lors du bombardement atomique de Nagasaki, son père, sa mère, sept frères et sœurs et de nombreux parents, n\u2019a plus d\u2019autre famille maintenant qu\u2019un frère, religieux à la Trappe de Hakodate.\u2014 Profitant des circonstances exceptionnellement favorables, les Missions catholiques intensifient leur effort dans tout le Japon.Partout, les conférences religieuses vont se multipliant, dans le but de faire connaître la doctrine catholique sur les diverses questions culturelles et sociales, et obtiennent un succès toujours croissant.Celles de l\u2019Université catholique de Tokyo, en particulier, ont attiré un public nombreux et choisi.La conférence inaugurale a été donnée par M.Tanaka Kôtarô, professeur de Droit à l\u2019Université Impériale et ministre de l\u2019Instruction publique, sur le thème « Autorité et liberté en éducation ».\u2014 Lors de son voyage au Japon, S.Eminence le cardinal Gilroy, archevêque de Sydney, a tenu à se rendre à Nagasaki pour y saluer S.Exc.Mgr Yamaguchi, son ancien confrère d\u2019études au Collège de la Propagande de Rome.Assisté par les Ordinaires des deux villes martyres de Nagasaki et de Hiroshima, Son Eminence a béni la nouvelle église provisoire d\u2019Urakami et y a célébré la première messe, devant plus de 2,500 fidèles, survivants du bombardement atomique du 9 août 1945, qui presque tous ont reçu, la sainte communion.\u2014 Le nombre des catholiques japonais qui, en 1943, s\u2019élevait à 117,710 est actuellement descendu à 109,000, en raison des pertes de vies humaines causées par la guerre, les bombardements et surtout la destruction radicale de Hiroshima et de Nagasaki-Urakami.Le total des prêtres japonais est passé, pour les mêmes raisons, de 161 à 145, tandis que celui des missionnaires s\u2019élevait de 236 à 253.Soit au total, 398 prêtres pour assurer le service religieux de 109,000 catholiques et travailler à la conversion de 80 millions de non-croyants.(Lts Mitsiont caiholigu$s.) 4\t\\ ^ parents mobèleë Si nous fêtons, en ce mois de septembre 1947, le cinquantenaire de la mort d\u2019une Sainte qui, en l\u2019espace de vingt-quatre ans, put atteindre les sommets ardus de la perfection, après Dieu, ne devons-nous pas l\u2019attribuer aux parents admirables qui donnèrent à l\u2019Église et au monde cette incomparable enfant ?Louis Martin et Zélie Guérin, parents de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, étaient de ces chrétiens à la foi simple et profonde qui ne transigent jamais avec leur devoir.Unis l\u2019un à l\u2019autre pour accomplir la volonté du bon Dieu qui les appelait à l\u2019état du mariage, ces époux vraiment pieux n\u2019avaient qu\u2019une ambition: procurer la gloire de leur Père céleste en multipliant le nombre de ses enfants sur la terre et celui de ses élus dans le ciel.Leur vœu fut réalisé, puisque deux garçons et sept filles firent leur apparition dans cet heureux foyer.Quatre cependant ne firent que se montrer ici-bas et se hâtèrent d\u2019aller grossir les phalanges célestes.Parmi eux comptaient deux petits en qui les braves parents aimaient à voir un futur prêtre ou missionnaire.La disparition de ces enfants chéris affligea profondément les époux Martin, mais ne les découragea point.Leurs prières se firent plus instantes pour obtenir enfin le prêtre si vivement désiré.Le 2 janvier 1873, pour la neuvième fois, un petit être égayait le berceau familial, mais, hélas! ce n\u2019était pas un garçon! Le Seigneur n\u2019avait donc pas entendu les soupirs de ces cœurs fervents ?Oh! oui, et si pour eux l\u2019avenir avait levé ses voiles, de quelle jubilation et de quelle reconnaissance leur âme n\u2019aurait-elle pas été inondée, en voyant le parfait accomplissement de leurs souhaits! Non seulement leur petite Thérèse serait missionnaire, mais Patronne des Missionnaires.Et si jamais, sur la terre, elle ne devait franchir les portes de son cloître pour aller missionner chez les infidèles, son rôle d\u2019apostolat actif devait commencer après sa me rt et sur toutes les plages, on devait la voir semer les roses de ses grâces et de ses bienfaits, et travailler avec ses frères, les Missionnaires, à étendre le règne de son Roi d\u2019Amour.A la piété envers Dieu, M.et Mme Martin joignaient l\u2019amour du travail et la générosité.Mme Martin fut la Femme forte par excellence, sachant mettre la main à tous les travaux et ne reculant devant aucune fatigue.Elle écrivait à son frère: « Je suis debout depuis quatre heures trente du matin jusqu\u2019à onze heures du soir.» Son époux imitait sa vaillance.Aussi virent-ils une honnête prospérité récompenser leurs efforts.Mais loin de ces deux cœurs 240 Montiéal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 le désir de s\u2019enrichir: leur seule ambition consistait à assurer l\u2019avenir de leur famille.Aux âmes généreuses et fidèles, le Seigneur ne craint pas d\u2019envoyer la Croix, don précieux qu\u2019il accorde à ses amis préférés.L\u2019épreuve vint plus d\u2019une fois fondre sur leur maison.Pour la jeune maman, ce fut surtout, nous l\u2019avons dit, la perte de quatre enfants.Pour le père, ce fut ensuite le départ pour l\u2019au-delà de la compagne de sa vie.Puis, le Seigneur, content sans doute de l\u2019héroïque résignation avec laquelle son serviteur avait accepté cette première séparation, vint lui demander le sacrifice de ses filles.« Le bon Dieu me les avait données, il me les enlève; que sa sainte Volonté soit faite! » Telle fut la réponse de M.Martin au divin Maître.Et sans aucun murmure, il leur donna sa bénédiction et les accompagna l\u2019une après l\u2019autre à la porte du cloître.Belle leçon pour les parents qui hésitent et même se cabrent devant l\u2019appel du Maître invitant leurs fils ou leurs filles à le suivre dans la voie du sacerdoce ou de la vie religieuse! Dans le ciel maintenant, ces parents modèles voient briller sur leur front une couronne enrichie de neuf pierres précieuses, dont l\u2019une resplendit d\u2019un éclat particulier.C\u2019est celle de la petite Reine, la sainte incomparable qui marche à la tête du glorieux bataillon des apôtres du Christ, avec son grand frère d\u2019armes, le brûlant saint François Xavier! Puissent M.et Mme Martin trouver en notre pays, et par tout l\u2019univers, de nombreux imitateurs chez les parents chrétiens, et l\u2019on pourra envisager l\u2019avenir avec plus de confiance.C\u2019est du sein de la famille, en effet, que sortent les individus destinés à former la société.Si, à ce premier foyer, les âmes sont pétries de piété, de justice et de charité, il ne pourra se faire que la grande famille sociale n\u2019en soit à son tour imprégnée, vivifiée, et que le monde ne soit rénové! Veillée en famille au foyer de M.ET Mme Martin Il n\u2019est pas de pauvres, ni de miséreux, il n\u2019est pas d\u2019infirmes, d\u2019affamés ou d\u2019assoiffés aussi éprouvés que les hommes privés de la connaissance et de la grâce de Dieu; aussi, de toute évidence, ceux qui se montreront miséricordieux envers les plus malheureux de tous les hommes auront droit à la miséricorde et aux récompenses divines.Pie XI. VI » Au nouvel Archevêque de Québec ^on excellence Jïïonsjetgneur Jîlaurice 9^oî> LE PRÉCURSEUR est heureux d'offrir ses hommages de profond respect et ses voeux les plus ardents de long et fructueux épiscopat sur le Siège de sa ville natale. \u20acn soubenir bu Congrès marial b\u2019(!^ttaiiia Depuis deux mois déjà, les solennelles et inoubliables assises du grand Congrès marial d\u2019Ottawa, véritable apothéose en l\u2019honneur de la Vierge, sont terminées.Le cortège imposant des Princes de l\u2019Église, des archevêques et évêques venus de l\u2019Europe, de l\u2019Asie, des deux Amériques et de l\u2019Océanie, et des milliers de prêtres et religieux, s\u2019est peu à peu dispersé.La foule des fervents pèlerins, qui du 18 au 22 juin s\u2019est déversée en flots pressés dans la Capitale canadienne, a tranquillement repris son cours ordinaire.Après le triomphe sans précédent dont elle a été l\u2019objet, notre Madone nationale, la Vierge du Cap, est revenue, les pieds usés par les baisers des fidèles, vers son sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine.Le magnifique Congrès marial, dont le succès a certes dépassé toutes les espérances qu\u2019avait pu concevoir son pieux instigateur, S.Exc.Mgr A.Vachon, est donc maintenant inscrit au livre du passé.Et pourtant, le Congrès se poursuit.Oui, il se continue, on n\u2019en peut douter, car les impressions profondes, inexprimables, qu\u2019il a suscitées demeurent gravées dans le cœur non seulement des pèlerins d\u2019Ottawa, mais de tous les catholiques du pays et pour ainsi dire de l\u2019univers.C\u2019est tout le Canada, en effet, et même l\u2019Église entière qui se sont unis aux milliers de fidèles rassemblés aux pieds de la Vierge du Congrès, pour lui rendre leurs hommages et implorer ses miséricordes.Comme les pèlerins d\u2019Ottawa, on s\u2019est agenouillé au sein des familles, alors que la voix du Saint-Père arrivait en notre pays, portée sur les ondes, exhortant ses fils à l\u2019amour de Marie et au culte des belles traditions canadiennes et catholiques.Tous les fronts se sont inclinés sous la main paternelle du Souverain Pontife qui, de l\u2019autre côté des mers, dans la Ville Éternelle, se levait pour bénir ses enfants du Canada.C\u2019est encore le pays entier qui a applaudi aux paroles vibrantes des éminents orateurs sacrés qui ont su raviver dans les cœurs l\u2019amour filial et la dévotion fervente envers la Vierge Immaculée.Avec la masse compacte des pèlerins groupés au reposoir du Congrès, des milliers de fidèles du Canada et même de l\u2019étranger ont suivi, grâce à la radio, les émouvantes cérémonies de la grand\u2019messe pontificale du dimanche, de la Consécration au Cœur Immaculé de Marie, au cours de l\u2019après-midi, puis de la dernière et splendide manifestation de clôture dans la nuit du 22 au 23.Alors qu\u2019en cette soirée idéale, les Anges du Paradis avaient suspendu leurs innombrables lampadaires d\u2019or à la voûte céleste, pour mieux jouir du spectacle de cette apothéose triomphale en l\u2019honneur de leur Reine; alors qu\u2019une foule incalculable se pressait pour entonner son dernier chant d\u2019amour et de reconnaissance au Dieu de l\u2019Eucharistie et à sa divine Mère, sur tous les points de la terre canadienne on veillait dans les foyers, et ceux qui n\u2019avaient pu se rendre en personne au Congrès unissaient leur voix à celle de leurs frères, pour adresser leur dernière supplication à Jésus par Marie et implorer la paix, pour redire leur gratitude en entonnant le chant du Magnificat et du Te Deum, et pour offrir à leur Reine leurs promesses de constante fidélité à son service et à l\u2019Église du Christ. Montréal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 243 A Ottawa, c\u2019est çette Église de Jésus-Christ qui s\u2019est montrée dans toute sa grandeur et sa beauté.Aux yeux des hommes de toutes races, de toutes langues et de toutes croyances, elle est apparue revêtue de l\u2019incomparable parure de son unité, de son universalité, de sa force et de sa charité.Entre tous ces pèlerins parlant des idiomes divers, appartenant à des peuples souvent ennemis sur un autre terrain, a régné la plus parfaite union, la charité la plus cordiale et le même désir de glorifier une même Mère.BUT REALISE Les organisateurs du Congrès marial n\u2019avaient pas tant pour but d\u2019exciter la curiosité populaire par une grandiose exposition religieuse mettant en vue les œuvres de cent quinze Communautés différentes, ou encore d\u2019attirer les foules par des représentations ou jeux scéniques de haute valeur, mais bien de rendre hommage à la Vierge et d\u2019implorer par elle la paix.La réalisation du Congrès a pleinement répondu aux conditions posées naguère à Fatima, par la Mère de Dieu, pour l\u2019obtention de cette paix tant désirée: la prière et la pénitence.La prière: elle s\u2019est élevée incessante vers le Seigneur, en passant par sa Mère, durant cette grande semaine.Le Saint Sacrifice de la Messe surtout, prière par excellence, fut offert sans interruption et le jour et la nuit, dans la chapelle de la Paix, tandis que les Avé s\u2019égrenaient en chaîne ininterrompue aux pieds de Notre-Dame.La prière: elle est montée vers le Très-Haut avec les chants solennels des grand\u2019messes pontificales, avec les accents harmonieux de la musique sacrée; elle est sortie pleine de foi, de ferveur, d\u2019humilité, du cœur des milliers de pèlerins qui, sans respect humain, ont lancé leurs cris d\u2019amour, de reconnaissance et de supplication vers la Reine du ciel, l\u2019universelle Médiatrice.Et la pénitence: elle fut volontaire ou imposée par les circonstances, mais combien généreusement pratiquée! Volontaire, car c\u2019est librement qu\u2019on a accepté les fatigues d\u2019un long voyage, puis les heures d\u2019attente sous un soleil de plomb, dans la pression étouffante d\u2019une foule compacte.Volontaire et combien touchante, la pénitence de ceux qui, pour pouvoir vénérer ou simplement toucher la statue miraculeuse de Notre-Dame du Cap, ont suivi le défilé durant parfois plus d\u2019une heure.Parmi ceux-là, qui n\u2019a pas été édifié de voir même un Prélat de la Sainte Église attendant modestement son tour d\u2019approcher la Vierge! Volontaire encore la pénitence des milliers de fidèles, supportant sans le moindre signe de contrariété la suffocante atmosphère d\u2019un oratoire bondé de monde, pour assister à plusieurs messes consécutives.C\u2019est là, dans cette chapelle de la Paix, cœur du Congrès pour ainsi dire, que la Vierge a reçu les plus beaux témoignages de bonne volonté de la part de ses enfants.Les conditions exigées par la Reine du Ciel étant remplies, il y a donc tout lieu d\u2019espérer que cette tendre Mère nous accordera le précieux cadeau que nous désirons: la conversion des ennemis de l\u2019Église et la paix sur toute la terre.IMPRESSIONS DES PÈLERINS Le Congrès marial d\u2019Ottawa a affermi la foi des catholiques, particulièrement ceux de l\u2019Ontario qui vivent disséminés dans une population en grande L\u2019AUTEL DU REPOSOIR AU CONGRÈS MARIAL D\u2019OTTAWA. Moniréal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 2 45 partie non catholique.« Comme cela nous rend fiers d\u2019être catholiques, entendait-on répéter.Nous nous sentons forts et n\u2019avons pas peur de manifester notre foi.» Et, en visitant les kiosques de l\u2019Exposition: « Ce Congrès va nous faire connaître davantage les richesses de notre foi.Nous ne savions pas que l\u2019Église était en même temps si une et si diverse dans ses œuvres! Quel épanouissement de charité! Que d\u2019œuvres magnifiques! Que l\u2019Église est grande! » L\u2019union de l\u2019autorité civile et de l\u2019autorité ecclésiastique dans cette immense manifestation religieuse n\u2019a pas manqué non plus de frapper vivement notre peuple.Il y a vu un motif de confiance et d\u2019espoir pour l\u2019avenir, car là où les Chefs temporels et les Chefs spirituels se donnent la main et se soutiennent mutuellement, le pays est assuré de la paix et de la tranquillité.Dans cette grandiose démonstration, les protestants ont aperçu le vrai visage de l\u2019Église catholique et ont appris à l\u2019estimer.La dévotion à Marie, si bien expliquée par nos grands orateurs sacrés dans les assemblées publiques, comme dans les rencontres privées, par les prêtres et religieux, a certainement été mieux comprise par nos frères séparés.« Quelle force admirable que la Religion catholique! disait une dame protestante.Je comprends maintenant pourquoi vous vivez votre foi et pourquoi les catholiques peuvent mourir pour elle! » « Vous avez la vraie charité, disait une autre, après avoir entendu l\u2019exposé des œuvres missionnaires.Nous, nous donnons beaucoup pour les Missions, mais vous, non seulement vous donnez, mais vous vous donnez.C\u2019est là la vraie charité! » « Que votre foi est forte pour s\u2019épanouir en tant d\u2019œuvres! » déclarait une troisième.Enfin, les foules immenses venues de partout affirmaient d\u2019une manière éloquente la merveilleuse et divine attirance qu\u2019exerce notre sainte foi sur les âmes.Jamais une telle multitude n\u2019avait envahi la Capitale et jamais triomphe marial et catholique ne fut si complet.Puisse le souvenir de ces jours glorieux ne jamais s\u2019effacer de l\u2019esprit et du cœur de ceux qui les ont vécus, et les encourager à conserver toujours et à garder jalousement le riche héritage de leur foi et de leurs traditions catholiques! BREF DE SA SAINTETE PIE XII NOMMANT S.EM.LE CARDINAL J.-C.MCGUIGAN SON LÉGAT POUR LE CONGRÈS MARIAL A Notre Cher Fils, James Charles McGuigan, Cardinal Prêtre de la Sainte Église Romaine, du litre de Sainte-Marie du Peuple, Archevêque de Toronto, PIE DOUZE, PAPE.Notre Cher Fils, Salut et Bénédiction Apostolique.L\u2019archidiocèse d\u2019Ottawa devant bientôt célébrer les cent ans de sa fondation, son zélé chef spirituel veut rendre à la Sainte Trinité de solennelles actions de grâces pour les bienfaits reçus.Et afin que ce juste devoir de religion et de piété à rendre à l\u2019Êternel lui soit plus agréable, il désire en commettre le soin au patronage maternel de la bienheureuse Vierge Marie.Il a pour cela convoqué dans la ville d\u2019Ottawa un Congrès marial pour le Canada tout entier, (çui, par l\u2019éclat des cérémonies sacrées, par l\u2019affluence du clergé et du peuple, par l\u2019exposition des données de la doctrine, par la prédication insistante des pré- ¦;*WÎ :U CHINE ib MîSS JAPON NQVIG s V : KIOSQUE DE L\u2019INSTITUT DES SŒUES MISSIONNAIRES DE L\u2019IMMACULÉE-CONCEPTION À L\u2019EXPOSITION D\u2019OTTAWA. Montréal LE PRECURSEUR Septembre Octobre 1947 24 7 ceptes de la morale, enfin par toute l\u2019opulente moisson de fruits spirituels qu\u2019on en attend, promet d\u2019être en tous points remarquable.Or, ayant à cœur, comme il est de Notre devoir, de favoriser tout ce qui tend à exciter la piété et le zèle des fidèles, non seulement Nous Nous réjouissons ouvertement de pareille célébration, mais encore, tant est grande Notre bienveillance envers la nation canadienne.Nous désirons vivement apporter quelque accroissement à sa joie sainte Nous te choisissons donc.Notre cher Fils, Nous te préconisons et te constituons Notre légat pour présider en Notre nom et par Notre autorité aux solennités du Congrès marial Et Nous ne doutons pas que cette fonction honorable qui t\u2019est confiée, tu sauras t\u2019en acquitter pour le bien de l\u2019Église, à Notre satisfaction et avec d\u2019abondants mérites pour toi-même Il t\u2019appartiendra par conséquent de porter à tous ceux qui viendront à ces fêtes mariales, et en premier heu aux fidèles de l\u2019Église d\u2019Ottawa, Nos vœux et Nos exhortations Or, Nous avons longtemps songé à l\u2019enseignement le mieux adapté à notre temps et le plus salutaire que tu puisses, étant devenu là-bas Notre interprète et Notre voix même, donner aux congressistes assemblés en ces lieux Et voici quelle pensée s\u2019est présentée à Notre esprit Qu\u2019y a-t-il de plus nécessaire à notre siècle et de plus souhaitable que la liberté, et un juste usage de la liberté pour la gloire de Dieu, pour la profession et la défense de la vraie foi \u2019 Liberté, don céleste entre tous, qui fait que l\u2019homme, soumis de son plein gré à la Majesté et à la Loi divines, devient ainsi l\u2019artisan de sa propre noblesse et de son propre bonheur, le gardien et l\u2019observateur attentif de l\u2019ordre universel Or la parole inspirée nous montre avec la plus grande évidence comment cette liberté s\u2019acquiert, à quelle fin elle doit tendre et dans quelles limites elle doit se contenir.« Si vous observez ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous fera libres » {Jean, viii, 32.) Non, ce n\u2019est pas la liberté bien entendue que cette faculté effrénée de tout oser, ni cette honteuse facilité de donner impunément dans l\u2019erreur et le vice.La vérité est la mère de la liberté; elle en est sa lumière, son soutien et sa gloire.Or, le Christ est cette vérité par laquelle nous connaissons les choses cachées et observons la justice; et le Christ, c\u2019est par Marie qu\u2019il a été donné au monde; « La vérité qui est dans le sein du père est née de la terre, en sorte qu\u2019elle a été aussi dans le sein d\u2019une mère.La vérité, qui contient l\u2019univers, est née de la terre, en sorte qu\u2019elle a tenu dans les mains d\u2019une femme.» (S.Augustin, sermon 185, 1; Migne, P.L., t.38, c.997.) Ainsi donc la véritable liberté trouve-t-elle son principe en Marie, la plus libre de toutes les créatures parce que de toutes elle est la plus sainte.Ainsi encore Marie, maîtresse de toutes les vertus, enseigne-t-elle à ses enfants et à ses dévots clients comment se libérer de l\u2019erreur et du mal, comment passer le temps de leur vie mortelle dans la poursuite de leurs intérêts véritables, dans la bienfaisance envers autrui, dans la recherche de la plus grande gloire de Dieu, et comment par là s\u2019élever sans cesse vers des biens meilleurs.Que tous ceux donc qui se disent et qui sont vraiment chrétiens, soutenus par le nom et par le secours de la Mère de Dieu, travaillent et luttent pour défendre, contre ceux qui l\u2019oppriment ou qui la profanent, la dignité de la liberté, espoir et salut du genre humain.Qu\u2019ils modèlent en tout leur conduite sur celle de Marie; car sa vie brille d\u2019une grâce imitable, elle resplendit d\u2019une attirante clarté.« Quoi de plus noble que la Mère de Dieu' Quoi de plus splendide que celle que la splendeur même s\u2019est choisie?» (S.Ambroise, Des Vierges, livre 2, C \", 7; Migne, P.L., t.16, c.220.) Voilà, Notre cher Fils, ce que tu diras avec Nos paroles mêmes à l\u2019assemblée d\u2019Ottawa, voilà ce à quoi tu exhorteras les assistants.Et tu les avertiras encore que Nous plaçons notre espérance dans le Canada plein d\u2019activité et très florissant, pour la tâche si urgente et si grave de tout restaurer dans le Christ, de ramener le monde, hélas' trop dévoyé, à la loi et à l\u2019esprit de l\u2019Évangile et de le rétablir dans l\u2019ordre et la tranquillité tant désirés' Et pour que le Congrès marial produise encore de plus grands fruits spirituels.Nous te donnons le pouvoir d\u2019accorder par Notre autorité, au jour de ton choix, après la messe pontificale, la bénédiction apostolique aux fidèles présents, avec indulgence plénière à gagner selon les prescriptions coutumières de l\u2019Église.Il ne Nous reste enfin.Notre cher Fils, qu\u2019à vous bénir dans l\u2019effusion de Notre chanté, toi et Notre vénérable frère l\u2019archevêque d\u2019Ottawa, de même que les évêques, les ENF^NCE i KIOSQUE DE L\u2019ŒUVRE DE LA SAINTE-ENFANCE Â L\u2019EXLOSITION DU CONGRÈS MARIAL. Montréal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 194/ 249 prêtres et les fidèles qui prendront part aux solennelles cérémonies mariales d\u2019Ottawa ou qui y prêtent de quelque façon leur concours.Et Nous souhaitons par-dessus tout que.avec Marie et par Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes, vous soyez tous les amis insignes, les hérauts éloquents de cette vérité et de cette liberté qui sont de Dieu et qui mènent à Dieu.Donné à Rome, près Saint-Pierre, le vingt-cinquième jour du mois de mars, en la fête de l\u2019Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, l\u2019an 1947, de Notre pontificat le neuvième.Pie XII, Pape.ADRESSE DE BIENVENUE DE S.EXC.MGR A.VACHON, ARCHEVÊQUE D\u2019OTTAWA, Â S.ÉM.LE CARDINAL LÉGAT ÉMINENCE RÊVÊRENDISSISME, En VOUS accueillant aujourd\u2019hui dans cette basilique cathédrale, c\u2019est pour ainsi parler le Souverain Pontife lui-même que nous recevons.Il vous a fait le messager de sa parole de paix, le porteur de ses bénédictions, le reflet vivant de sa personne.Vous êtes devenu un autre lui-même.Aussi le Canada tout entier, par ses chefs ecclésiastiques et civils, vous acclame-t-il aujourd\u2019hui, Éminence, comme revêtu de cette dignité suprême et chargé de cette mission honorable entre toutes.Et puisque ces célébrations auxquelles vous venez présider s\u2019adressent à l\u2019auguste Souveraine du ciel et de la terre, souffrez que nous recourions encore à Elle pour exprimer notre joie et notre gratitude, et pour implorer les bénédictions d\u2019en haut sur celui qui vous envoie.O Vierge Marie, Mère du Rédempteur, répandez vos bénédictions maternelles sur le Pontife suprême.Vicaire de votre divin Fils sur la terre.O Vierge bénie, c\u2019est pour exalter votre nom, c\u2019est pour rendre gloire et grâces à l\u2019infinie miséricorde de votre divin Fils, Sauveur du monde, que le Chef visible de l\u2019Église daigne se rendre présent, par son alter ego, à nos supplications et à nos actions de grâces.Veuillez épancher sur lui les trésors de votre cœur compatissant et le secours de votre intercession toute-puissante.O Vierge sans tache.Fille bien-aimée du Père, Mère du Verbe, Épouse de l\u2019Esprit-Saint, l\u2019Évêque de Rome, l\u2019infaillible gardien des enseignements de votre divin Fils, a formé le dessein de proposer solennellement à la foi du peuple chrétien le dogme de votre Assomption glorieuse.Daignez du haut du ciel inspirer sa parole et soutenir sa voix, Conservez et vivifiez le pasteur des pasteurs, rendez-le heureux sur la terre, et ne permettez pas qu\u2019il soit livré à la fureur de ses ennemis.Et sur l\u2019Éminentissime Envoyé du Saint-Père, sur ce pontife rempli de piété et de zèle pour votre gloire, sur ce prélat vénéré et aimé de toute la nation canadienne, sur ce Prince de l\u2019Église que sa piété mariale désignait déjà et que la confiance auguste du successeur de Pierre appelle à la tâche insigne de Vous présenter en notre nom le tribut de nos prières, la consécration définitive de nos vies entières, daignez, ô très douce Souveraine, jeter ce regard de bonté qui a illuminé les voies de vos plus grands, de vos plus nobles serviteurs.Éminence, lorsque, le 8 décembre 1942 Sa Sainteté le Pape Pie XII, glorieusement régnant, consacrait l\u2019humanité au Cœur Immaculé de Marie, il nous semblait voir se renouveler sous nos yeux le spectacle émouvant et auguste qu\u2019on lit dans la Passion du Sauveur.Tel autrefois le Christ agonisant, cloué à la croix rédemptrice, tout couvert du sang de ses blessures, confiait l\u2019Église naissante, dans la personne de l\u2019Apôtre saint Jean, à la garde de Marie, de même, le Vicaire du Christ, abreuvé des amertumes sans nom de la guerre, portant en son âme et dans sa chair la souffrance de tous les peuples, consacrait l\u2019humanité à Marie, Reine de la paix.Vous venez en ce moment, Éminence, répéter, pour ainsi dire, en terre canadienne, le geste inspiré du Pape qui vous accrédite à cette fin parmi nous.Nous attendons votre message.Nous nous inclinons sous votre bénédiction.Et d\u2019avance, nous nous unissons, dans la ferveur et le respect, à la prière et à l\u2019oblation que vous ferez monter pour nous vçrs Jésus par sa Mèr?Imrnaçulée.Ad Jestent per Mariam- 250 Montreal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 DISCOURS DE SON EMINENCE LE CARDINAL LÉGAT Fminentissimes Seigneurs, Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique, Excellence Monseigneur l\u2019Archevêque d\u2019Ottawa, Vénérables Archevêques et Évêques, Mes chers frères.Je vous remercie de tout cœur des paroles de délicate bienvenue que vous m\u2019adressez à titre de Légat de Sa Sainteté le Pape Pie XII, glorieusement régnant Le bien-aimé Pontife, en effet, dans sa bienveillance extrême envers le Canada, et en particulier envers l\u2019archidiocèse d\u2019Ottawa, a daigné me confier le soin de présider, en son nom et avec son auguste autorité, les cérémonies religieuses qui illustreront un événement remarquable le centenaire de la fondation de ce diocèse Mes hommages de profonde gratitude et de filiale vénération à Notre Saint-Père pour cette insigne faveur La piété vigilante du chef spirituel de cette vivante organisation catholique a voulu associer à cette célébration d\u2019une façon splendide le nom de la Vierge Marie, patronne de l\u2019archidiocèse et Reine du Canada.Permettez-moi de lui offrir, au nom du Chef Suprême, mes chaleureuses félicitations et mes vœux les plus ardents pour le succès de cette noble et pieuse entreprise.Le Saint-Père en attend un accroissement nouveau pour l\u2019Église du Christ, une joie intense pour son cœur paternel, et des bienfaits sans nombre pour chacune de nos âmes.Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique, vénérables archevêques et évêques, bien-aimés membres du clergé séculier et régulier, il me tardait de vous donner l\u2019assurance de mon amitié fraternelle et de vous communiquer en même temps les bénédictions «péciales que le Souverain Pontife me confie de répandre sur vous et sur vos diocèses.Mes très chers frères du Canada, je suis heureux de vous rencontrer ici, en cette capitale, et dans une circonstance si remarquablement heureuse et pieuse Et malgré mon indignité vivement ressentie, je suis fier en cette singulière occasion d\u2019être le représentant de Notre Père commun; et c\u2019est une grande joie pour moi de trouver dans ce titre qui m\u2019honore un autre motif supérieur de vous aimer davantage et de pouvoir vous accorder de plus insignes faveurs spirituelles.Lorsque je vous transmettrai le message que le Chef Suprême a bien voulu élaborer pour nous tous, je sentirai ma confiance et mon zèle à vous exhorter grandir, appuyé par la force et la douceur de l\u2019Autorité du Pontife de Rome.Cependant, sans oublier mon auguste mission, il m\u2019est bien loisible de me considérer en cette heure comme un concitoyen, comme un fils de la même Église, comme un frère Et ces titres me permettent de rencontrer ici, dans l\u2019unité et la chanté, tous mes frères du Canada; mes frères des provinces anglaises, qui confessent leur foi dans ma langue mater nelle; mes frères des provinces françaises, très spécialement ceux de Québec, dont « le doux parler » entretient des relations si tendres et conserve des traditions si chères; et mes frères de l\u2019Acadie, deux fois mes frères, à l\u2019accent particulièrement pieux et attachant, et dont le sentiment national et la foi religieuse s\u2019unissent et se confondent, pour ainsi dire, dans VAve Mans Stella.Je n\u2019oubhe pas non plus mes frères ukrainiens, qui par la variété de leur rite religieux'ajoutent à la riche et compréhensive unité de notre Foi Mes chers frères de toutes les parties du Canada, soyons des frères véritablement unis dans la même foi, dans le lien de la paix, selon le conseil de saint Paul: solbcitos servare umlatem fidei, in vinculo pacts Mon premier devoir d\u2019exhortation, mes chers frères, est de vous rappeler le but principal de ce Congrès marial et c\u2019est à y tendre de toutes vos forces et de toute votre ardeur que vous retirerez les fruits désirés, je suis venu pour que vous portiez des fruits et pour qu\u2019ils demeurent.Or, le but de ce Congrès, c\u2019est de rendre grâces à Dieu pour les bienfaits qu\u2019il a répandus sur l\u2019archidiocèse d\u2019Ottawa, depuis cent ans; en même temps d\u2019associer à notre reconnaissance le culte à la glorieuse Vierge Marie, patronne de cet archidiocèse et Reine du Canada Un amour plus grand du bon Dieu, une soumission plus parfaite au Christ et à son Évangile, une piété plus tendre et plus fervente envers la Sainte Vierge Marie, un attachement plus profond à la Sainte Église et plus spécialement au Saint-Père, voilà la riche et glorieuse moisson dont vous allez semer les germes pendant ces jours bénis.La moisson sera grande, car les semeurs sont nombreux.,. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembrv-Octobre 1947 251 Rappelez-vous, mes chers frères, que la Sainte Vierge a aimé le Canada, dès l\u2019origine, qu\u2019elle n\u2019a cessé, au cours de son histoire, de répandre des faveurs insignes sur ce beau pays; que d\u2019autre part la dévotion envers la Sainte Vierge a toujours été une dévotion nationale.Le Canada pourrait peut-être envier des pays que la Reine du Ciel a honorés de plus éclatantes merveilles.La Sainte Vierge dans ses apparitions promettait à ces pays des biens qu\u2019ils avaient perdus.Au Canada, elle nous les garde, et il faut que notre piété envers elle nous les conserve encore longtemps toujours.Le monde bouleversé, inquiet, cherche la tranquillité et la paix; mais le monde demande la paix du monde, et le monde ne peut donner qu\u2019une paix instable.Le Christ promet la paix que le monde ne peut donner.Le Christ a ainsi disposé des choses divines: toutes ses faveurs sont obtenues par l\u2019intermédiaire de sa Mère.C\u2019est à sa Mère donc qu\u2019il faut demander la paix.Demandons, mes frères, la paix pour tout le monde, la paix du Christ dans la soumission de tous les hommes à l\u2019ordre divin, toujours ancien et toujours nouveau, la paix pour chacune de nos âmes dans la charité divine que le Saint-Esprit répand sur nous, et dans la consécration de nos vies au service du bon Dieu.Au nom du Vicaire de Jésus-Christ, par l\u2019intercession de la glorieuse Vierge Marie, je prie le Dieu de toute miséricorde de répandre sur ce Congrès l\u2019abondance de ses grâces de choix pour sa plus grande gloire et l\u2019exaltation de notre Mère la Sainte Église.Z*- ?s Bépart be iîlisisiionnairesi Le 20 juillet dernier, avait lieu la cérémonie du départ de onze Religieuses Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception désignées pour les Missions suivantes: Canton, Chine: Sœur Saint-Alphonse-du-Rédempteur (Antoinette Cou-vrette, de Sainte-Dorothée, P.Q.), Sœur Marie-Auguste (Blanche Gérin, de Coaticook, P.Q.).Kowloon, Chine: Sœur Thérèse-du-Saint-Sacrement (Thérèse Gué-nette, de L\u2019Original, Ont.).Manille, Iles Philippines: Sœur Claire-de-l\u2019Eucharistie (Claire Fontaine, de Québec), Sœur Marie-de-Massabielle (Anne-Marie Lévesque, de West-mount).Mati, Iles Philippines: Sœur Joseph-Armand (Gertrude Gagnon, de Petit-Saguenay).Port-Salut, Haïti: Sœur Marie-Ruth (Émilienne Cantin, de Québec), Sœur Saint-Roch (Marie-Jeanne Bédard, de Québec), Sœur Catherine-de-Jésus (Catherine Drolet, des Trois-Rivières), Sœur Sainte-Valentine (Gladys McLean, de Cabano, P.Q.).Roche-à-Bateau, Haïti: Sœur Jeanne-d\u2019Orléans (Jeanne-d\u2019Arc Nolin, de Québec). tJout ce que boué abe?fait au plus petit.E MOIS DE JUIN 1947 a clôturé une nouvelle année de labeurs pour les bénévoles ouvrières de nos différents Ouvroirs missionnaires.Bien loin d\u2019avoir connu le chômage ou la grève, chaque Cercle a été le foyer d\u2019une débordante activité qui a produit les plus magnifiques résultats.De ces ateliers de charité sont sortis, en effet, des travaux de lingerie aussi précieux que multiples, ainsi que des articles variés, soit pour les chapelles de nos Missions, soit pour nos nombreux dispensaires.Partout les mains se sont faites diligentes à la besogne, chaque ouvrière ayant au cœur l\u2019apostolique ambition de coopérer par ce moyen à la grande œuvre missionnaire, et la douce consolation de sentir qu\u2019en se dépensant pour des frères malheureux, elle travaillait pour Celui qui compte pour fait à lui-même ce qu\u2019on fait au plus petit d\u2019entre les siens.« Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait cela à l\u2019un des plus petits de mes frères, c\u2019est à moi que vous l\u2019avez fait.» {Matth., xxv, 40.) Oui, dévouées pourvoyeuses de nos Missions, c\u2019est Jésus que vous secourez en soulageant les pauvres, les malades et les orphelins; c\u2019est lui que » 'M4 .'-A- Sœur Marie-Rose (Cécile Pilon, de Montréal), Supérieure des Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception des Caves, en Haïti, avec quelques protégées de t La Charité, s\u2019il vous plaît >.Les fileettes ont revêtu les jolies robes envoyées par des bienfaiteurs ATTITRÉS, M.ET MmB J.CaRON.DE PUTNAM.CONN, Montrai LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1947 253 VOUS rassasiez en leur procurant du riz pour leur corps et le pain de la vérité pour leur âme immortelle.Et Jésus lui-même vous donnera la récompense qui vous est due.Pour notre part, nous vous offrons l\u2019assurance de nos humbles prières avec nos plus sincères remerciements.Notre reconnaissance s\u2019adresse aussi à toutes les charitables personnes qui, sans faire partie de nos Ouvroirs, consacrent leurs heures de loisirs à la confection de vêtements en faveur de nos Missions.Leur collaboration est grandement appréciée et provoque notre admiration; elle fait la joie de nos Missionnaires et de leurs protégés qui en sont les heureux bénéficiaires.Les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculêe-Conception.!?\u2022 ?! ÎLa prière La prière est d\u2019abord l\u2019essor de l\u2019âme vers son Dieu.Voyez l\u2019alouette par une belle matinée d\u2019avril: aux premiers rayons du soleil, elle s\u2019élève joyeusement vers lescieux; arrivée à une hauteur où le regard peut à peine la suivre, elle s\u2019arrête, plane dans l\u2019air pur, en formant une espèce de croix avec son corps et ses ailes déployées, et entonne à la louange du Créateur son mélodieux cantique.Puis, ce devoir accompli envers celui dont la main prévoyante a jeté dans le sillon le grain qui doit la nourrir, elle se résigne à redescendre sur la terre pour y chercher sa pâture.Enfants chéris de notre Père qui est aux cieux, imitons l\u2019alouette.Emportés dès notre réveil sur les ailes de l\u2019amour échauffé par la gratitude, élevons-nous dans le recueillement aussi haut que la grâce voudra nous porter.Arrivés à ces hauteurs où l\u2019on oublie ie monde, d\u2019où l\u2019œil découvre de nouvelles terres et de nouveaux cieux, sachons demeurer quelque temps dans ce saint repos, qui résulte d\u2019une contemplation ineffable; rassemblons toutes les ar- deurs de notre âme pour chanter notre hymne d\u2019amour.Puis, ce devoir accompli, redescendons dans les profondes vallées de la vie réelle, pour reprendre notre tâche, creuser gaiement notre sillon, et passer en faisant le bien.Avez-vous encore remarqué cet encens qui brûle dans nos temples, aux jours de nos grandes solennités?Voyez comme il se consume au feu de l\u2019autel; comme il se répand dans l\u2019enceinte sacrée; comme il s\u2019élève doucement vers les cieux.Tel est l\u2019emblème de cet autre encens mystérieux qui s\u2019exhale d\u2019une âme ardente et pure dans la prière.Heureuse la personne qui fait de son âme un encensoir, y met tous les jours des charbons ardents, y verse ses pensées, ses affections, ses rêves, pour qu\u2019ils s\u2019en aillent embaumer le ciel! Le Seigneur l\u2019aime, la bénit; bien des âmes aveugles lui devront un rayon de lumière et bien des cœurs ulcérés lui devront une consolation.L\u2019âme peut avoir cet honneur d\u2019appeler Dieu à son aide, et de lui demander audience à toute heure.On peut lui parler à l\u2019aise, et s\u2019expliquer avec lui en liberté.On peut arriver jusqu\u2019à lui sans faire antichambre, et sans avoir déposé sa carte sur un plat d\u2019argent.Il est plus facile à aborder, plus patient à nous écouter que le dernier de nos fonctionnaires.Comment usons-nous de ce privilège?Hélas! nous prions par cœur, mais non pas de cœur.Soyez avec Jésus comme on est avec un ami, un père, une mère, car Dieu est tout cela, et plus que tout cela, pour l\u2019âme qui sait aimer.R.P.Marchal. Paà de mal a ça\u201e.\u2014 Comment vont les affaires, Marcel ?\u2014 Assez bien.Et toi ?\u2014 Pour moi, très bien! Mais il y en a un qui ne peut pas en dire autant: c\u2019est le pauvre Benoît que j\u2019ai rencontré tout à l\u2019heure.\u2014 Qu\u2019a-t-il donc ?\u2014 Il vient de perdre sa position, sans aucun motif, et en est tout découragé, ça se comprend.S\u2019il avait suivi mes conseils, aussi, ça ne lui serait pas arrivé.Il s\u2019entête à ne pas vouloir faire partie de l\u2019Union.\u2014 Il a peut-être raison.C\u2019est une bonne chose que les Unions ouvrières, le Pape les désire et c\u2019est presque impossible de réussir sans cela, de nos jours, mais il faut voir, avant de s\u2019y enrôler, quel genre d\u2019Union c\u2019est.Il y en a d\u2019excellentes: les Unions catholiques, les Syndicats nationaux, mais il en existe malheureusement de bien suspectes et de très pernicieuses.Il faut donc regarder deux fois avant de s\u2019y engager.\u2014 Que dis-tu de la nôtre ?\u2014 La vôtre, à mon avis, est tout simplement communiste et j\u2019approuve Benoît de ne pas vouloir s\u2019y laisser prendre.Quand on est catholique, on doit rester catholique partout.\u2014 Je ne lui parle pas de changer de religion.Qu\u2019il fasse comme moi.J\u2019ai donné mon nom comme membre; à présent que je suis sur la liste, on me laisse tranquille et je suis protégé.Il n\u2019y a pas de mal là-dedans, je ne vais pas même aux assemblées.\u2014 Bertrand, ma conscience proteste contre pareille conduite.S\u2019enrôler dans les Unions communistes, c\u2019est être bel et bien communiste.Encourager le mal, c\u2019est y participer.Grossir les rangs des associations antichrétiennes, c\u2019est se déclarer ennemi de l\u2019Église et du Christ; c\u2019est agir en lâche et renier sa foi.\u2014 Ça n\u2019a jamais été mon intention.\u2014 Je n\u2019en doute pas et c\u2019est précisément ce manque de réflexion et cette ignorance chez nos catholiques qui donnent tant de chances aux ministres du diable de propager leurs erreurs et de renforcer leurs bataillons.Tu n\u2019assistes pas aux assemblées aujourd\u2019hui, mais on finira par t\u2019y entraîner.Tu seras pris dans ces filets perfides; sans t\u2019en rendre compte, tu t\u2019imprégneras des idées communistes, tu les expliqueras comme on te les a enseignées, puis tu en vivras.La transformation se sera produite d\u2019une façon presque insensible, mais elle n\u2019en sera pas moins radicale.Bertrand sera devenu un sournois communiste ou un ridicule témoin de Jéhovah.Et si par milliers sont ceux qui imitent ton exemple, qu\u2019est-ce que l\u2019avenir réservera à notre pays ?Un peuple qui renie son Dieu se prépare lui-même les grands jours de vengeance et de châtiments qu\u2019il mérite.C\u2019est à nous d\u2019y penser et d\u2019avoir le courage de notre foi ! Si nous, catholiques, avions plus de convictions, nous nous soutiendrions et formerions aussi une Union dont la force opérerait pour le bien ce que l\u2019Union communiste réussit pour la perte des âmes et la ruine des sociétés.Dieu merci, il y en a chez nous de ces Unions vraiment bienfaisantes et conformes aux vrais principes chrétiens: les Syndicats catholiques, les Coopératives, puis tous ces groupements de J.O.C., L.Q.C., J.A.C., U.C.C., pour ceux qui peinent dans les labeurs matériels; la Fédération Canadienne des Universitaires Catholiques, etc., pour les travailleurs de la pensée; voilà des mouvements qui méritent notre estime et notre encouragement, parce qu\u2019ils sauveront notre pays, en \u2019employant à la relève physique, professionnelle et religieuse de tous les ouvriers. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 255 Au contraire, les Unions communistes, en dépit de toutes leurs belles paroles et de leurs séduisantes promesses, travaillent à notre perte, car, comme l\u2019a dit le Pape Pie XI, « le communisme est intrinsèquement mauvais, et personne, parmi ceux qui veulent sauver la civilisation chrétienne, ne peut collaborer avec lui dans quelque entreprise que ce soit ».C\u2019est clair: personne! Benoît a donc raison de ne pas vouloir te suivre dans la voie dangereuse que tu lui proposes.Cependant, il se trompe s\u2019il croit pouvoir se passer de toute coopération.Je vais de ce pas l\u2019encourager et essayer de le faire entrer dans une véritable Union catholique qui pourra vraiment lui assurer protection pour lui-même et sa famille, non seulement au point de vue matériel, mais surtout moral.Congrès de la J.O.C.et de la J.A.C.Le Précurseur ne saurait passer sous silence les événements de haute importance qui ont succédé aux splendides fêtes mariales d\u2019Ottawa, soit la Semaine d\u2019Étude Internationale de la Jeunesse Ouvrière, suivie du Congrès des Jocistes, tenu à Montréal le 29 juin, et de celui des Jacistes, célébré aux Trois-Rivières le 6 juillet suivant.La relation de ces faits, de portée nationale et mondiale, a été faite en son temps.Nous nous contenterons de les rappeler par un simple mot qui nous permette d\u2019exprimer toute notre admiration pour ces deux associations-sœurs qui, en quinze et dix ans seulement, ont accompli un travail de semence en profondeur, lequel déjà rapporte d\u2019abondants et beaux fruits.De si heureux commencements donnent lieu de nous réjouir et d\u2019espérer en des résultats plus magnifiques encore pour l\u2019avenir.A l\u2019occasion de leurs joyeux anniversaires de fondation, nous souhaitons à la J.O.C.et à la J.A.C.canadiennes de réaliser toujours de plus en plus leur idéal de conquête, d\u2019agrandir sans cesse leur champ d\u2019action en s\u2019emparant de tous les milieux ouvriers ou ruraux, et de gagner au Christ la masse entière des jeunes travailleurs, ces jeunes de qui sortira la génération de demain.Vaillants Jocistes et Jacistes, poursuivez vos généreux combats! Vous êtes l\u2019espoir de l\u2019Église, qui compte sur vous pour libérer le monde du joug de ceux qui s\u2019acharnent à le perdre; vous êtes les Chevaliers du Christ qui, un jour, saura couronner vos nobles victoires! L\u2019Apostolat! ce mot sonne comme une musique à l\u2019oreille des chrétiens conscients de leur noble rôle.Ceux qui n\u2019ont pas choisi la voie de la solitude claustrale savent bien qu\u2019ils ne peuvent pas pratiquer un christianisme à huis clos et se sauver à l\u2019abri d\u2019une piété individuelle, quand le monde se perd et que le Christ réclame des siens une mesure d\u2019amour qui les porte jusqu\u2019au don d\u2019eux-mêmes, en faveur de ses divins intérêts dans les âmes.{Le Service d\u2019Amour.) hê Ji^< Je I©.Dans le vaste univers, œuvre de ta puissance, Qui me sert de palais, ici-bas, ô Seigneur, Tout proclame à Venvi ta sublime grandeur, Ta sagesse profonde et ta munificence.De l\u2019humble grain de sable à l\u2019astre glorieux Qui règne au firmament, tout redit ta clémence.Ton immense bonté, ta douce Providence, Ton ineffable amour éclatant en tous lieux.Le matin, quand l\u2019aurore apparaît sur la terre.Déjà, de la nature, un concert merveilleux Monte vers le Très-Haut : tous les êtres joyeux.Avec leurs mille voix, exhalent leur prière.Sur le bord de son nid, l\u2019oiselet matinal Module la chanson de sa reconnaissance Au si bon Créateur, qui pour sa subsistance.Prépare des festins, même au temps hivernal.Les fleurettes des prés, dans leur robe charmante.En groupes ravissants, sous un ciel de splendeur.Par leur discret parfum, leur grâce et leur candeur.Disent à leur façon leur gratitude aimante.Sur sa tige superbe, étalant sa beauté, La reine des jardins entonne son cantique : « Je te bénis.Seigneur ! de la Rose Mystique, Tu m\u2019as faite l\u2019emblème, et c\u2019est là ma fierté ! » Plus richement vêtu que n'étau dans sa gloire Le sage Salomon, le lis immaculé Répète son merci.S\u2019il n\u2019a jamais filé, C\u2019est qu\u2019en la Providence il a su toujours croire.La source cristalline, en jasant tout l\u2019été.Égrène son refrain au Roi de la nature.A tout être vivant, offrant son onde pure.Elle imite, de Dieu, la prodigalité.Lorsque les épis d\u2019or frissonnent sous la brise.Que les fruits sur la branche à nous s\u2019offrent si beaux.Écoutons-les nous dire, en des accents nouveaux : a Oh ! voyez les bienfaits dont Dieu vous favorise ' » De la riche nature, oui.je comprends.Seigneur, Le langage éloquent Dans tes divins ouvrages.Je découvre partout de touchantes images De tes perfections qui ravissent mon cœur.Tu me combles de biens, ô le meilleur des pères, Que te rendre en retour?A t'aimer, te bénir.Je consacre ma vie, et je veux réunir Sous ton sceptre d\u2019amour tous les hommes, mes frères ! Exauce mon désir, ô Maître tout-puissant ! Que toute âme, ici-bas, te connaisse et t\u2019adore Comme son Créateur, quelle t\u2019aime et t'implore.Toi, le souverain Père au Cœur compatissant ! Le Précurseur. uissorjrjefcs Ce qu\u2019elle aimait S\u2019il est un fait que personne ne peut nier, c\u2019est assurément l\u2019amour de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus pour toutes les beautés de la nature.Il suffit de parcourir ses écrits: Histoire d\u2019une âme.Poésies, Lettres, pour tout de suite avoir le sentiment très net que, soit en prose, soit en vers, elle a trouvé dans le spectacle des merveilles créées un élan pour son âme.En voulez-vous quelques exemples?Lisez sa charmante poésie qu\u2019elle intitula: Ce que j\u2019aimais, vous verrez avec quelle spontanéité elle savait, du regard, prendre possession des choses et en couler l\u2019harmonie ou l\u2019éclat dans de jolies strophes à l\u2019image de son cœur.J\u2019aimais les champs de blé, la plaine.J\u2019aimais la colline lointaine; Dans mon bonheur, je respirais à peine, En moissonnant avec mes sœurs.Les fleurs.J\u2019aimais, de la lointaine église.Entendre la cloche indécise.Pour écouter les soupirs de la brise Dans les champs, j\u2019aimais à m\u2019asseoir.Le soir.Il faudrait tout citer.Je vous invite, chers lecteurs, à lire cette délicieuse poésie.Vous y retrouverez, j\u2019en suis sûr, beaucoup de votre âme.Cela vous reposera peut-être de bien des lectures moins simples et moins heureuses.Poursuivons.Elle a noté, comme elle savait le faire, ses impressions de petite fille accompagnant son vénérable père dans d\u2019innocentes parties de pêche.« Ils étaient pour moi de beaux jours ceux où mon roi chéri (son père), comme j\u2019aimais à l\u2019appeler, m\u2019emmenait avec lui à la pêche.Quelquefois, j\u2019essayais moi-même de pêcher avec ma petite ligne; plus souvent je préférais m\u2019asseoir à l\u2019écart sur l\u2019herbe fleurie.J\u2019écoutais les bruits lointains, le murmure du vent.» Voici ses impressions de campagne.Voulez-vous savoir ce qu\u2019elle éprouva devant la mer?Écoutez-la: « Vers l\u2019âge de six ou sept ans, je vis la mer pour la première fois.Ce spectacle me causa une impression profonde, je ne pouvais en détacher les yeux.» Vous plairait-il enfin de connaître ses impressions de montagne ?C\u2019était pendant son voyage à Rome.« Avant d\u2019atteindre le but de notre pèlerinage, nous traversâmes la Suisse avec ses hautes montagnes dont le sommet neigeux se perd dans les nuages, ses cascades, ses vallées profondes remplies de fougères gigantesques et de bruyères roses.Parfois nous étions emportés jusqu\u2019au sommet des montagnes: à nos pieds, des précipices, dont le regard ne pouvait sonder la profondeur, semblaient devoir nous engloutir.Plus loin, nous traversions un village charmant avec ses chalets et Montréal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 2 59 son gracieux clocher, au-dessus duquel se balançaient mollement de légers nuages.Ici, c\u2019était un vaste lac aux flots calmes et purs, dont la teinte azurée se mêlait aux feux du couchant.» Faut-il, par surcroît d\u2019information, vous souligner quelle joie la neige tombée selon son désir le jour de sa Prise d\u2019Habit causa à la petite Sainte ?Quelle peine elle connut à la vue de l\u2019émondage de beaux marronniers au Carmel lui-même?C\u2019est fait.Mais alors, vous comprendrez qu\u2019on ne peut nier l\u2019amour profond de Thérèse pour la création tout entière.Je pourrais continuer mes citations; il vaut mieux maintenant chercher l\u2019explication du fait.Ce fait, tout d\u2019abord, n\u2019a rien qui doive nous surprendre.D\u2019autres Saints nous ont habitués à un tel amour.Je crois bien que le doux saint François de Sales, avec qui Thérèse a tant de parenté, aurait applaudi des deux mains à sa joie poétique.Pourtant, Thérèse fait surtout penser à François d\u2019Assise, l\u2019auteur du Cantique du Soleil.Mais n\u2019allons jamais faire d\u2019elle une rêveuse, une sentimentale, une romantique.Ce ne serait rien comprendre à son âme.Elle n\u2019a point cherché dans la nature un refuge à une mélancolie qu\u2019elle ignorait.Ame merveilleusement équilibrée, âme toute simple, toute détendue, une fois passée la période douloureuse et à part qui précéda la Grâce de Noël, Thérèse, et uniquement, a vu dans la nature un livre de Contemplation divine.Le grand livre d\u2019images que « Papa le bon Dieu » donnait à regarder à sa petite enfant et par lequel aussi « il l\u2019instruisait doucement de ses secrets d\u2019amour ».« Il (Notre-Seigneur) a mis, nous dit-elle, devant mes yeux le livre de la nature, et j\u2019ai compris que toutes les fleurs créées par lui sont belles, que l\u2019éclat de la rose et la blancheur du lis n\u2019enlèvent pas le parfum de la petite violette, n\u2019ôtent rien à la simplicité ravissante de la pâquerette.J\u2019ai compris que si toutes les fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes.Ainsi en est-il du monde des âmes, ce jardin vivant du Seigneur.» Pour elle donc, tout au ciel et sur la terre est œuvre, et œuvre d\u2019amour, de son Père céleste.La pensée de Dieu est intimement liée à son amour de la création.Nature: livre de contemplations, avons-nous dit.Toute petite, elle fera avec bonheur, en compagnie de sa famille, les promenades du dimanche.Elle gardera même longtemps « les impressions profondes et poétiques qui naissaient dans son cœur à la vue des champs de blé émaillés de coquelicots, de bleuets et de pâquerettes ».Déjà elle aimait « les lointains, l\u2019espace, les grands arbres ».En un mot, « toute la belle nature la ravissait ».Elle avait peut-être deux ou trois ans; mais elle ajoute, et cela, c\u2019est elle en plénitude: « Toute la belle nature transportait mon âme dans les deux.» Son élan vient de l\u2019Évangile.Elle « a cru à l\u2019Amour que Dieu a pour nous ».Elle a cru qu\u2019au « commencement, Dieu créa le ciel et la terre et qu\u2019il vit ensuite que cela était bon ».Elle a cru comme saint Paul « que les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l\u2019intelligence par le moyen de ses œuvres ».Elle a aimé surtout la création du même Cœur que Notre-Seigneur.Ne surprenons-nous pas Notre-Seigneur en admiration devant la beauté du lis des champs, mieux vêtu dans sa robe de parfums et de pureté que Salomon lui-même ?Elle n\u2019avait point peur des orages, parce que Dieu lui semblait plus près dans le fracas du tonnerre.Qu\u2019elle nous apprenne à aimer la divine beauté du créé.Pourtant, comme elle l\u2019a senti elle-même, qu\u2019elle nous fasse toucher du doigt sa providentielle et inévitable caducité.Sous nos pas, l\u2019herbe se meurtrit.Dans nos mains les fleurs se flétrissent.« La figure de ce monde passe.» Seul Jésus-Christ demeure.Il était hier.Il sera demain.Hélas! quand il manque, tout manque.Les choses n\u2019ont plus que leur propre visage, humain et terrestre, et se révèlent impuissantes à combler l\u2019abîme d\u2019un cœur qui connaît Dieu.Ce que sainte Thérèse aimait, c\u2019était la présence de Dieu dans le monde et Dieu seul est immuable, J.Lesaunier, prêtre. Conbcrôion b\u2019iJiî apostat ORS de la fondation de l\u2019une des paroisses du Nord Laurentien, un père de famille, à propos d\u2019une question de Fabrique, avait apostasié la foi catholique avec sa femme et ses enfants.Deux des fils seulement étaient restés fidèles à leurs devoirs religieux et, pour cette raison, avaient été déshérités par leurs parents et chassés de la maison paternelle.Crucifix, images pieuses, tout objet religieux enfin avait été impitoyablement mis au feu par ces renégats, à l\u2019exception d\u2019un cadre de la Sainte Famille, auquel la mère tenait beaucoup et qui renfermait l\u2019acte de leur consécration formulé au début de leur vie conjugale.Secrètement, cette femme avait aussi conservé son chapelet qu\u2019elle récitait de temps à autre.Trente ans se passèrent pour eux dans la plus complète indifférence en matière de religion.Mais les années, en s\u2019accumulant sur les épaules de ce chef apostat, avaient rendu ses pas plus lourds et sa santé moins florissante.Vint un jour où celui qui se vantait de pouvoir se passer du bon Dieu et de son Église sentit la main du Tout-Puissant s\u2019abaisser sur lui et le clouer sur un lit de souffrances.Bravant encore à ce moment les foudres vengeresses du Seigneur, le vieux X.faisait la sourde oreille à ceux qui osaient lui parler de réconciliation avec son Dieu.En face d\u2019un danger imminent, son médecin, bon catholique, lui proposa de faire venir le prêtre, mais le malade de riposter en ricanant: « Vous voyez bien que nous ne sommes pas catholiques! \u2014 C\u2019est vrai, dit le praticien, je n\u2019aperçois ici ni crucifix ni images religieuses, mais écoutez-moi: je demande le prêtre et il faut que vous le receviez très bien, sinon je ne vous soigne plus.Vous m\u2019entendez, pensez-y bien! » Averti, le prêtre se rendit au chevet du malade qui se montra poli, mais très narquois et refusa de parler de religion.Comme le mal s\u2019aggravait, on transporta le mourant à l\u2019hôpital.Là, les secours de la religion ne manquaient pas, mais notre endurci résistait toujours.On était au mois d\u2019octobre.Quelqu\u2019un eut alors l\u2019heureuse idée de déposer un chapelet sur le lit du moribond.Celui-ci n\u2019y toucha pas tout d\u2019abord, mais voici qu\u2019un samedi soir, dans une crise plus douloureuse, il saisit le précieux objet et appelant sa femme: « Viens, ma vieille, dit-il, viens réciter le chapelet avec moi comme nous le faisions lorsque nous étions jeunes! » C\u2019en était fait, la grâce avait triomphé de ce pécheur malheureux, au souvenir de la pieuse pratique du chapelet.Le lendemain, fête de Notre-Dame du Rosaire, ce converti de la Vierge quittait la terre réconcilié avec le Dieu des miséricordes. 13mgt=cmq anë au Serb ice bcs retraite^ fermées! Le 15 juin dernier, les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception de Québec et leurs anciennes retraitantes étaient en liesse pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire de l\u2019établissement de la première Maison de Retraites Fermées de la Communauté dans l\u2019archidiocèse.C\u2019est exactement du 11 avril 1921 que date la première retraite fermée prêchée à la Maison de la rue Simard.La célébration de cette fête, retardée d\u2019un an par des circonstances particulières, n\u2019en fut pas moins marquée du sceau de l\u2019allégresse et de la reconnaissance inspirées par le souvenir des grâces et bénédictions célestes répandues sur l\u2019Œuvre en ses vingt-cinq premières années.Le programme de cette journée commémorative a débuté à 2 h.30 de l\u2019après-midi, par la bénédiction de la pierre angulaire d\u2019une nouvelle aile qui sera ajoutée à la Maison de Notre-Dame-du-Cénacle qui reçoit les retraitantes depuis 1928.Cette cérémonie fut présidée par S.Exc.Mgr J.-H.Prud\u2019homme, évêque titulaire de Salde, en présence des Religieuses de la Communauté et de quelques personnes.A 3 h.30, environ six cents dames et demoiselles, anciennes retraitantes accourues de toutes les paroisses du diocèse, se réunissaient dans le Cénacle.Mme Valmore Bienvenue, présidente du Comité d\u2019organisation, adressa quelques mots de bienvenue, puis S.Exc.Mgr Prud\u2019homme, dans une substantielle allocution, exhorta les personnes présentes à remercier le bon Dieu pour toutes les faveurs déversées sur le Cénacle, sur ses Religieuses, ses prédicateurs et ses retraitantes.Il rappela le souvenir de la très révérende Mère Marie-du-Saint-Esprit, Fondatrice de l\u2019Institut des Sœurs Missionnaires de rimmaculée-Conception et première instigatrice des Retraites Fermées féminines collectives au Canada, en 1911, puis du vénéré cardinal Bégin, qui accueillit les Religieuses dans son archidiocèse en 1919 et les autorisa, deux ans plus tard, à s\u2019occuper des Retraites.Son Excellence signala les difficultés que rencontra l\u2019Œuvre à ses débuts, puis son magnifique épanouisssment au cours des dernières années.Après la bénédiction du Saint Sacrement, suivie d\u2019un vibrant Magnificat chanté par la chorale des jeunes filles de la paroisse Saint-Charles-Garnier, avec laquelle alternait toute l\u2019assistance, les retraitantes se dispersèrent par la maison pour revoir les lieux où déjà elles avaient goûté tant de bonheur.La réfection du soir fut prise en famille, dans la plus joyeuse fraternité.A 8 heures du soir, on se rendit à la salle académique du Collège Saint-Charles-Garnier que les RR.PP.Jésuites avaient gracieusement mise à la disposition des retraitantes.Mme Valmore Bienvenue y donna lecture d\u2019une lettre de S.Exç.Mgr G.-L.Pelletier, vicaire capitulaire de Québec, qui ex- A L\u2019OCCASION DES FÊTES DU 25\" ANNIVERSAIRE DES RF; DE L\u2019IMMACULÉE-CONt primait son vif attachement à l\u2019Œuvre des Retraites Fermées dont il fut jadis le prédicateur apprécié, et ses regrets de ne pouvoir assister à la fête de ce jour.Le vénéré prélat formait des vœux pour le progrès constant de l\u2019Œuvre et accordait une paternelle bénédiction à la Communauté et à toutes les retraitantes.Mme la Présidente transmit aussi un message de S.Exc.Mgr Maurice Roy, archevêque élu de Québec, dont la regrettée et digne mère, Mme Ferdinand Roy, fut l\u2019une des premières et plus dévouées zélatrices de l\u2019Œuvre.Suivit un rapport sur les Retraites pour les vingt-cinq ans écoulés; puis l\u2019Honorable Juge Ferdinand Roy intéressa vivement l\u2019auditoire par une agréable et spirituelle causerie sur Louis Veuillot, d\u2019après la correspondance de ce grand catholique à sa sœur et à ses intimes.Une représentation cinématographique vint ensuite clore cette journée de pieuses réminiscences qui s\u2019est inscrite comme date à jamais mémorable dans l\u2019histoire de la Maison de Notre-Dame-du-Cénacle.Les statistiques des Retraites Fermées à Québec fournissent les chiffres suivants: de 1921 à 1928, à la Maison de la rue Simard: 4,394 retraitantes; de 1928 à 1946, à la Maison de Notre-Dame-du-Cénacle: 32,065 retraitantes, soit un total de 36,459 retraitantes pendant ce quart de siècle.Ces consolants résultats donnent lieu de bénir le Seigneur.Si les difficultés ne furent pas épargnées à celles qui entreprirent cette Œuvre de restauration spirituelle, son heureux développement et les fruits abondants RETRAITES FERMÉES CHEZ LES SŒURS MISSIONNAIRES nIzEPTION de QUÉBEC.?I\tqu\u2019elle ne cesse de produire dans les âmes les ont amplement dédommagées.Cette efflorescence est due, pour une large part, au bienveillant encouragement et à l\u2019appui constant de l\u2019Autorité ecclésiastique de l\u2019Archidiocèse de Québec, au zèle des RR.Pères prédicateurs et des Religieuses des différentes maisons d\u2019éducation, ainsi qu\u2019au dévouement des dames organisatrices des Retraites; enfin, au bon esprit et à la piété des retraitantes.Les humbles Directrices de l\u2019Œuvre, les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, offrent à tous l\u2019expression de leur plus profonde gratitude.O ?E Dans la personne du Christ, sont descendues la vérité et la miséricorde, comme un foyer divin, riche de lumière et de chaleur.Ce feu, il est venu l\u2019allumer dans tous les cœurs qui l\u2019aiment.Il a commencé sa marche à travers le monde par la Mission de son Église et il continue son voyage de bon Samaritain sur les routes nombreuses des Missions catholiques.Le missionnaire qui porte aux peuples la Croix du Christ et, par elle, la vérité et la grâce, leur présente dans la même Croix l\u2019amour qui a pitié de toutes les infortunes corporelles.La religieuse missionnaire chemine comme l\u2019Ange de la miséricorde par l\u2019immense champ de travail des Missions.Et chaque station devient comme le point de ralliement de tous les malheureux, car les mains bénissantes des missionnaires catholiques sont aussi des mains secourables.Robert Streit, O.M.I. 1.C faienijcureux îlïjéopfjane l^énarb par M.le Chanoine F.Trochu (Suite) A peine la corvette française avait-elle quitté le port dans le gracieux déploiement de ses voiles, que Tu-Duc en fureur chargeait de fers, pour les envoyer plus tard à la mort, ceux des mandarins qu\u2019il soupçonnait de s\u2019être abouchés avec les gens des navires; il y eut même parmi eux un confesseur de la foi \u2014 élevé en 1909 à la gloire des autels \u2014 le bienheureux Michel Ho-dinh-Hy, préfet de troisième classe, qui, emprisonné, lui, comme chrétien et parce qu\u2019il avait confié son fils, un futur prêtre, au séminaire de Penang, eut la tête tranchée, le 22 mai, après avoir enduré d\u2019épouvantables tortures.Et, tandis qu\u2019il envoyait ses mandarins au supplice, Tu-Duc, pour bien montrer qu\u2019il se moquait des barbares d\u2019Europe et de leurs menaces, ordonnait une fois de plus d\u2019arrêter dans le plus bref délai tous les prêtres, quels qu\u2019ils fussent, répandus dans le royaume.L\u2019espionnage est partout intensifié; bientôt, le blocus des chrétientés commence.Divisées en plusieurs colonnes que précèdent des mouchards, les troupes mandarines se glissent de nuit vers les villages désignés.Et, au petit matin, elles opèrent par surprise; toute maison suspecte est fouillée minutieusement; tout chrétien dénoncé comme tel et surpris par les soldats est arrêté, chatgé de la cangue et emmené à la prison du chef-lieu.Et il en doit être ainsi dans toute l\u2019étendue du royaume.Hung lui-même, le puissant gouverneur de Nam-Dinh, protecteur secret de 'la religion de Jésus, n\u2019empêchera pas les émissaires du roi d\u2019envahir sa province.Vers le 20 février, la province de Ninh-Binh qui la borne à l\u2019ouest recevait leur indésirable visite.Un matin, un détachement de soldats apparaît dans la petite ville de Phat-Diem, proche de la mer et qui est le centre d\u2019un vaste district où sont inscrits 8,000 fidèles.Là, les envahisseurs apprennent par des espions qu\u2019au village de Phuc-Nhac, non loin, les chrétiens, avec deux de leurs prêtres, ont célébré une de leurs fêtes et que le soir il y a eu chez eux grande illumination.Évidemment, disent les rapports, ces lanternes allumées dans la nuit étaient un signal: les chrétiens cherchent à recruter des soldats pour détrôner Tu-Duc.Le gouverneur de Ninh-Binh, ainsi que les deux grands mandarins qui l\u2019assistent, sont mis en demeure d\u2019agir.La chrétienté de Phuc-Nhac est cernée.Mais, par bonheur, les deux prêtres indigènes ont pu s\u2019enfuir.Une indiscrétion apprend aux persécuteurs qu\u2019ils ont trouvé asile dans la province de Nam-Dinh, au village de Vinh-Tri.Aussitôt des lettres sont adressées au gouverneur de Nam-Dinh.Son Excellence est priée de prêter main-forte aux soldats déjà en route vers Vinh-Tri.Hung ne perd pas la tête.Il s\u2019est souvenu de son ami Paul Tinh qui dirige là-bas le soi-disant collège.Une fois de plus, le beau-père de l\u2019irascible Tu-Duc prouvera sa reconnaissance au chrétien, son bienfaiteur.Vite, Hung mande à son palais un nommé Tu dont il connaît l\u2019identité \u2014 Moncréat LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1947 265 it !l ce Tu est un catéchiste de la résidence de Vinh-Tri venu à Nam-Dinh pour affaires, et le vice-roi n\u2019a pas ignoré sa présence.Sur-le-champ, il l\u2019envoie vers Paul Tinh, lui mandant de cacher tout ce qui est défendu par la loi, car une perquisition est imminente.On est au lendemain des Cendres, 26 février.Un détachement de plusieurs centaines d\u2019hommes qui suit le premier secrétaire du préfet criminel va quitter Nam-Dinh dans la soirée et marcher sur Vinh-Tri.Mais Tu a de l\u2019avance.Il pourra arriver à temps.Hélas! à mi-chemin, il doit s\u2019arrêter, frappé par le choléra.Le 27, à huit heures du matin, les soldats de Tu-Duc faisaient irruption dans le village.A Ja Maison de Dieu, se trouvaient trois Européens, Mgr Retord, les Pères Charbonnier et Vénard, et avec eux plusieurs prêtres indigènes, dont Paul Tinh et les deux fugitifs de Phuc-Nhac.Tous, après avoir célébré tranquillement la messe, venaient de reprendre leurs occupations ici et là dans la résidence.Les séminaristes \u2014 une centaine \u2014 étaient déjà en classe.Soudain, un chrétien accourt, haletant.« Vite, cachez-vous tous, crie-t-il au Père Tinh qu\u2019il rencontre; les soldats sont sur la place du marché! » Tinh se précipite à son tour.Il rejoint Théophane et le Père Charbonnier en conversation avec Monseigneur.Que faire ?Il n\u2019est plus temps de dissimuler quoi que ce soit!.Cependant, une manœuvre habile peut tout sauver encore: tandis que les autres prêtres gagneront des cachettes toutes préparées, Paul Tinh ira au-devant des troupes et se présentera seul à leur chef comme propriétaire et directeur officiel du collège.Il sortait dans la rue, lorsque apparurent le secrétaire et ses satellites.L\u2019idée du Père Tinh était d\u2019éviter autant que possible toute perquisition.Il introduisit le fonctionnaire, en demandant que les soldats fussent laissés dehors.Il craignait, en effet, que ces hommes, en se répandant dans la Maison de Dieu, n\u2019y découvrissent ce qui devait leur demeurer caché.Tinh conduisit le visiteur dans sa propre chambre, où il lui fit servir le thé.Cependant les séminaristes avaient déserté leur classe et s\u2019étaient groupés en curieux dans la cour, près de l\u2019entrée.« Qui sont ces jeunes gens ?interrogea le secrétaire.\u2014 Ce collège m\u2019appartient, répliqua le prêtre, imperturbable, et voici mes élèves.\u2014 Vous avez le droit de tenir ce collège ?\u2014 Oui, maître, j\u2019en ai reçu l\u2019autorisation du vice-roi.\u2014 Vous avez un écrit ?\u2014 Oui.» Et sur ce, l\u2019autre de commander: « Eh bien, qu\u2019on me le montre! » Paul Tinh ne fit aucune difficulté pour exhiber le papier officiel, muni du sceau des grands mandarins.L\u2019autre, visiblement intéressé, parcourut des yeux le certificat.« Très bien, finit-il par dire, vous voudrez bien venir à Nam-Dinh, où vous resterez un jour ou deux à la disposition du préfet criminel.Mais rassurez-vous: ce certificat du vice-roi vous garantit de tout mal.» Et cela dit, le secrétaire serra le papier dans sa tunique.Puis, comme Paul Tinh certifiait que les deux prêtres recherchés par les soldats n\u2019étaient 266 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1947 pas chez lui, l\u2019homme de loi, pour sauver la face, fit dans la chambre même où il était et dans la pièce voisine une rapide enquête; ce qui lui permit de mettre la main sur un globe géographique venu d\u2019Europe, sur quelques livres latins et un ornement de messe dont il ignorait d\u2019ailleurs l\u2019usage.Puis le Père Paul Tinh fut emmené, mais sans chaîne ni cangue, comme un homme encore libre.Pourtant, chose étrange, quand, en partant, il salua ses élèves, il leur dit; « Mes chers petits, restez en paix ici; moi, je m\u2019en vais, pour ne plus revenir sans doute.Que les coeurs désireux du martyre me suivent! » Le secrétaire fit alors arrêter le plus âgé des séminaristes, puis le maire chrétien de Vinh-Tri et son adjoint.Qu\u2019étaient devenus, pendant cc temps, les missionnaires ?Mgr Retord s\u2019était dissimulé, au fond du jardin, dans une cachette souterraine; les Pères Charbonnier et Vénard avaient pu se glisser dans un entre-mur où ils restèrent debout l\u2019espace de quatre heures, en pleines ténèbres.Les deux prêtres annamites s\u2019étaient également mis en sûreté.L\u2019arrestation de Paul Tinh apparut tout de suite à l\u2019évêque comme un grand malheur.Ce certificat qu\u2019il avait livré, il faudrait tout essayer pour le ravoir.Vite, il expédia une estafette, chargée d\u2019espèces sonnantes, sur la route de Nghia-Hung, la sous-préfecture où la troupe ferait halte et passerait la nuit.Les barres d\u2019argent ne firent aucune impression sur le premier secrétaire, et pour cause: cet honorable fonctionnaire, dès son arrivée dans la ville, s\u2019était mis à festoyer; il était ivre-mort quand l\u2019aborda l\u2019homme de Vinh-Tri.Le lendemain, à la métropole, Paul Tinh, qu\u2019on avait emprisonné, comparaissait devant le vice-roi et ses deux assesseurs, le préfet criminel et le préfet fiscal.Hung, évidemment, siégeait là pour la forme, sûr, pensait-il, de classer l\u2019affaire sans encombre.On lui avait caché la saisie du certificat.Soudain, le préfet criminel, qui avait préparé ce coup de théâtre, sortit le papier où s\u2019étalait le sceau du gouvernement de Nam-Dinh.« Eh, eh, dit-il en ricanant, il est d\u2019un bon poids, le papier fabriqué au bourg de Ké-Quan.» Et il passa le certificat au préfet fiscal, qui fit mine de le soupeser et qui ajouta, en fixant de ses yeux obliques le président du tribunal: « Oh! oui, il est lourd, le papier de Ké-Quan! » Les habitants du bourg de Ké-Quan exercent la profession de fabricants de papier, et les deux préfets, parlant ici au sens figuré, désignaient assez clairement que, selon eux, ce certificat avait été payé son pesant d\u2019or.Le vice-roi était devenu blême.Il avait reconnu l\u2019écrit.Il comprenait.Ses deux acolytes à la justice l\u2019accusaient de s\u2019être fait payer au poids de l\u2019or un certificat octroyé à leur insu.Les grands mandarins prenaient leur revanche.Sur un signe de Hung, Paul Tinh fut reconduit en prison et, sans un mot de plus, le gouverneur rentra dans ses appartements.Ah! par la faute de ce chrétien, ses assesseurs s\u2019étaient moqués de lui, beau-père du roi, vice-roi de la plus riche province d\u2019Annam!.Sans doute devait-il la vue à ce Paul Tinh.Mais cela n\u2019empêcherait pas qu\u2019on l\u2019accuse à la cour de protéger dans sa province les adeptes de la religion de Jésus! Hung vit rouge: sa place, sa fortune, sa vie peut-être, tout cela n\u2019était-il pas en péril ?(4 SUiVT\u20ac) H ï H SÜCHOW LES MENEES COMMUNISTES Bien défendue et parfaitement organisée par les nationalistes, la ville de Süchow a vu s\u2019accroître sa population depuis un an environ.Les gens des provinces voisines, où sévissent les horreurs exercées par l\u2019armée Rouge, viennent y chercher asile et protection, car la situation dans ces endroits n\u2019est vraiment pas tenable.Pour s\u2019assurer une certaine sécurité, les habitants se font communistes avec les communistes et brigands avec les brigands.A Lind Tch\u2019eng, des mandarins qui connaissaient autrefois l\u2019aisance sont aujourd\u2019hui réduits à une extrême pauvreté.Obligés de fuir, les gens de ce village n\u2019ont retrouvé, à leur retour, que des maisons aux portes et fenêtres arrachées.Vêtements, meubles, instruments de travaü, animaux, etc., tout a été saccagé ou volé.Et là ne s\u2019arrête pas la litanie des souffrances imposées à ces pauvres gens: durant le jour, ils doivent apporter leur concours aux travaux publics, réparations des routes, constructions de ponts, etc.; la nuit, ils sont poursuivis ou massacrés par les communistes pour avoir aidé les nationalistes.Afin d\u2019éviter le malheur de tomber entre les mains de ces barbares, on se disperse dans les campagnes.Coucher sous la majestueuse coupole des deux n\u2019est pas très poétique durant la saison froide!.Si au moins tant de privations et de misères étaient illuminées des clartés de l\u2019Évangile, mais, hélas! bien petit est le nombre de ceux que vient éclairer et soutenir la sainte Religion du Christ ! A la mi-janvier, cinq Religieuses du Saint-Esprit, d\u2019origine allemande, fuyant devant les hordes sataniques, arrivaient à Süchow, nous demandant l\u2019hospitalité.Il va sans dire que nos portes furent grandes ouvertes pour recueillir ces vaillantes Missionnaires, torturées par la peur et le manque de vivres.Ayant vécu huit mois, l\u2019année précédente, dans une même maison avec les communistes, passant la nuit dans les caves, couchées sur le sol, maintenant sous la menace d\u2019une nouvelle captivité, elles ne se sentaient plus le courage ni la force physique nécessaires pour affronter pareille épreuve; d\u2019autant plus que les Rouges disaient avoir ordre de tuer tous les partisans de la religion catholique, surtout les étrangers.Des Couvents de ces Religieuses, quelques-uns ont été démolis par les Communistes, les autres occupés par les nationalistes.Les Soeurs chinoises, 268 Montréal LE PRÉCURSEUR Scpcambfe-Uotobr* 1947 dont elles ont la formation, ont fait preuve d\u2019un courage héroïque en ces circonstances difficiles.Quelques-unes ont été frappées, d\u2019autres suspendues par les pouces, puis mises en prison pour avoir voulu défendre leurs Mères.L\u2019une d\u2019elles, poursuivie par les Communistes, courut si vite, qu\u2019elle réussit à se réfugier dans une maison de paysans.Prestement, elle se dépouilla de son costume religieux, qu\u2019une femme dissimula dans un coin de la chambre, et se mit au lit, s\u2019emmitouflant dans les couvertures.Comme les malfaiteurs l\u2019avaient vue entrer dans cette maison, ils enfoncèrent la porte.Sans perdre contenance, les propriétaires se montrèrent étonnés de cet envahissement, affirmant qu\u2019ils n\u2019avaient vu entrer personne.Mais les hommes, furieux, ne se laissèrent pas si facilement convaincre.Tirant les couvertures du lit, ils aperçurent la religieuse grelottant de tous ses membres.D\u2019un bond, la vieille grand\u2019mère fut près du lit et s\u2019empressa de recouvrir « sa fille, en proie à une violente crise de malaria », dit-elle; puis elle se mit à entourer ladite malade, de crainte qu\u2019elle n\u2019eût pris froid, lui apportant du thé chaud, une potion, etc.Décontenancés, les Rouges s\u2019en furent poursuivre leurs recherches ailleurs.On devine le soulagement de la pauvre Sœur en les voyant s\u2019éloigner, et la reconnaissance qu\u2019elle gardera à cette brave famille.Les Religieuses hongroises de Notre-Dame de Kolocsa sont aussi visitées par de très lourdes épreuves.Elles ont dû quitter leurs Couvents de Taming Fou et de Sin Hiang, en avril dernier.Dans leur fuite, Sœur Pierre-Fourrier, l\u2019une des gardiennes de notre Maison pendant notre internement à Shanghaï, fut prise de défaillance et mourut sur la route.Cette perte nous affecte profondément, car cette bonne Religieuse et ses compagnes nous ont rendu de grands services en demeurant dans notre Couvent pendant notre absence.Il y a tout lieu de croire que c\u2019est l\u2019ère des martyrs qui s\u2019ouvre.Comme il faut prier pour ceux qui ont à défendre leur foi, souvent au prix de leur vie, car le vase qui porte ce trésor est si fragile ! LA VISITE DES PRISONS La visite des prisons nous a procuré de bien douces consolations apos-toHques.En y pénétrant, un jour.Sœur Supérieure ^ rencontrait un docteur chinois qui en sortait et qui lui dit: « Je crois, ma Sœur, qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire que vous y alliez, je viens justement de faire la tournée des patients.» Comme le but de Sœur Supérieure ne se borne pas à quelques prescriptions, mais que le salut des âmes motive son zèle, elle se rend quand même au Bureau et sollicite la permission de visiter l\u2019Infirmerie.Le permis est accordé, mais sur les lieux, un nouveau chef, placé à la porte, hésite à lui ouvrir.« Aucun médecin ne veut entrer ici, dit-il, l\u2019air est si nauséabond! \u2014 Peu importe! Je vois justement dans un coin, là-bas, un patient qui semble vraiment malade.\u2014 Alors, entrez, si vous en avez le courage! » Et la chère visiteuse donne à celui-ci un médicament, à celui-là une parole d\u2019encouragement; de cet autre, païen gravement malade, elle fait un enfant chéri du bon Dieu.% 1 Sœur Marie-Xavier (Bcrthe Paradis, de Tingwick.P Q ). Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1947 269 % Un militaire se présente un jour au parloir, demandant à voir la Sœur qui visite les prisons.« Je suis, dit-il, un prisonnier que vous avez baptisé il y a six mois, alors que j\u2019étais bien malade.Mon uniforme me rend sans doute méconnaissable- après un an de prison, on n\u2019est plus très propre.Je viens vous remercier du dévouement que vous avez exercé à mon égard; sans vous je serais certainement mort.Puisque le bon Dieu m\u2019a conservé la vie, je veux le connaître davantage et pratiquer la belle religion dont vous m\u2019avez parlé longuement.» Sœur Supérieure lui proposa d\u2019aller voir un Père, puis elle s\u2019informa de sa famille.« J\u2019ai perdu ma mère à onze ans, dit-il.Mon père se remaria, mais comme ma belle-mère me traitait durement, je quittai la maison paternelle avec $1.00 pour tout avoir.Ces minces ressources épuisées, je mendiai pendant trois jours et entrai ensuite à l\u2019armée.Vous vous demandez sans doute pourquoi j\u2019ai été emprisonné ?C\u2019est pour avoir habité sans permission une maison occupée autrefois par les Japonais.Après un an de captivité, je fus libéré, mais pendant cette incarcération, ma femme, découragée, s\u2019était suicidée.Mon unique enfant est mort de misère.Ces deux êtres chers étaient tout ce que je possédais en ce monde; maintenant, je suis seul, bien seul! » A ces mots, de grosses larmes coulent sur les joues du jeune homme.Il se dit très édifié de voir des étrangers s\u2019occuper des Chinois délaissés et, non seulement les visiter, mais encore les soigner gratuitement.« C\u2019est beau, c\u2019est grand! dit-il, il n\u2019y a que le bon Dieu qui puisse inspirer un tel zèle.» Sœur Marie-Xavier (Berthe Paradis, de Tingwick.P.Q ), Supérieure des Sœurs Missionnaires DE l'Immaculée-Conception de Süchow, a la joie de rencontrer sa sœur.Sœur Marie-de-Four-viÈREs (Lucie Paradis), lors d\u2019un voyage i Tsungming, Chine, 270 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1947 Comme il exprime son intention de se remarier plus tard, Sœur Supérieure lui conseille d\u2019en parler au Père qui pourra lui faire connaître une bonne chrétienne, moyen d\u2019assurer sa persévérance dans la véritable religion.ARRIVÉE d\u2019une NOUVELLE MISSIONNAIRE Le 13 février, notre petit nid de Süchow fêtait l\u2019heureuse arrivée de notre chère Sœur Jeanne-Marie K Depuis dix ans que nous n\u2019avions pas goûté la douce joie d\u2019accueillir une nouvelle compagne.Une vierge Présentandine avait accompagné la chère voyageuse de Shanghaï à Süchow; voyage silencieux, puisque toutes deux ne se comprenaient pas, mais que les prévenances et les délicates attentions ont su agrémenter.Le lendemain, lors d\u2019une visite à l\u2019évêché, S.Exc.Mgr P.Côté, S.J., décernait à notre Missionnaire son nom chinois: Sa Sieou Mou (le caractère Sa étant celui qui se rapproche le plus de son nom de famille: Brassard)., Le 15, notre chère compagne avait l\u2019ineffable joie d\u2019administrer son premier baptême à un petit Stanislas.Ouvrir le ciel à une âme pour toute l\u2019éternité, quel bonheur! C\u2019est une joie qui compense amplement tous les sacrifices! Que de merci nous devons au bon Dieu qui a bien voulu nous choisir pour être les instruments de sa libéralité! Même si le baptême est conféré dans un dispensaire, au milieu de païens qui ne comprennent rien à cet acte sublime, il revêt un cachet de grandeur inexprimable qui révèle la prise de possession d\u2019une âme par le bon Dieu.C\u2019est au contact des païens que l\u2019on apprécie davantage l\u2019immense bienfait de la Foi.VINGT-CINQ ANS DE VIE APOSTOLIQUE Le 2 février, la Mission de Süchow célébrait avec allégresse les vingt-cinq ans de labeurs apostoliques d\u2019une Présentandine, la vierge indigène Tcheou, originaire de Shanghaï, qui fut envoyée dans notre Vicariat aussitôt après son noviciat et s\u2019y dépense depuis avec un courage et un dévouement admirables.La Congrégation des Présentandines compte à Süchow une cinquantaine de membres, disséminés dans les différents postes.Soumises au Curé, elles lui sont particulièrement indispensables pour l\u2019apostolat auprès des femmes et des enfants.La Chinoise à son foyer n\u2019est pas facile à approcher: la police même y regarde deux fois avant de l\u2019aborder.C\u2019est dire que l\u2019apostolat direct auprès d\u2019elle, par le prêtre Missionnaire, est très souvent impossible.Aux vierges Présentandines revient ce travail: par l\u2019insinuation, la patience et surtout le zèle de la gloire du bon Dieu, elles ouvrent le sillon, jettent la semence de la Foi dans ces âmes et ainsi multiplient les conquêtes, pour réaliser le vœu du divin Chef: « Un seul troupeau, un seul Pasteur! » De plus, outre le soin des chapelles qui leur est confié, elles ont la direction des écoles et des catéchuménats féminins.Elles voient aussi à l\u2019entretien et à la nourriture des Missionnaires; en un mot, elles leur sont des aides non seulement précieuses, mais indispensables.Aussi, dans l\u2019allocution qu il a prononcée lors de cette fête, S.Exc.Mgr Côté, en montrant la 1 Jeanne Brassard, de Montréal. Montréal Lë précurseur Septembre-Octobre 1947 271 î\u2019; H grandeur de leur vocation et en louant leur zèle, leur a décerné les beaux titres de: « Mères des prêtres, mères des chrétiennes et mères des enfants! » Le grand désir de Son Excellence est de voir de nombreuses jeunes filles embrasser cette vie de sacrifice et de dévouement.Afin de favoriser l\u2019extension de cette société à Süchow, des démarches se poursuivent pour l\u2019acquisition d\u2019un terrain où s\u2019érigera un Noviciat.AU DISPENSAIRE En mars dernier, un cas très pénible s\u2019est présenté au dispensaire.Une brave paysanne de Peishien, accompagnée de son petit garçon de onze ans, était venue, tout heureuse, visiter sa famille à Süchow.Au cours de l\u2019après-midi, le garçonnet s\u2019en donnait à cœur joie, sur le bord de la rivière, avec ses petits cousins et cousines, quand tout à coup il aperçut une grosse boule dissimulée dans le sable.Il essaya de la soulever et la bombe, car c\u2019en était une, fit explosion.Malgré ses habits ouatés qui auraient pu le protéger quelque peu, le pauvre enfant eut un bras complètement arraché, l\u2019autre adhérait encore au corps par un lambeau de chair; il eut aussi un œil crevé, la figure déchirée par les éclats d\u2019obus et les jambes affreusement tailladées.C\u2019est dans ce lamentable état que, sous les yeux de sa mère éplorée, ses oncles le transportèrent à notre dispensaire.Thérèse, notre aide dévouée, découvrant à ce cher petit les célestes horizons, l\u2019encouragea à unir ses souffrances à celles du bon Jésus, mort pour nous sur une croix, puis, avant de faire couler l\u2019eau sainte sur son front, elle l\u2019exhorta à regretter ses péchés.« Mais, dit-il naïvement, je n\u2019ai pas de péchés! \u2014 Mais, est-ce que tu n\u2019as jamais manqué de respect envers tes parents ?\u2014 Oh! non, je les aime bien trop pour cela! \u2014 Tu ne leur as jamais désobéi ?Tu n\u2019as jamais fait de petites colères ?\u2014 Ah! oui, ça, souvent! \u2014 Alors, demande pardon au bon Dieu.» Et le pauvre enfant de fermer les paupières et de répéter avec tout son cœur les invocations qu\u2019on lui suggère.Apercevant sa chère maman au paroxysme de la douleur, il lui dit: « Maman, ne pleure pas comme cela; ça me fait de la peine.Je suis si, si content d\u2019aller voir le bon Jésus! » Il ferma ensuite les yeux et, dans cette attitude de prière, fut recueilli par les Anges qui le conduisirent en Paradis.La mère, si heureuse le matin de revoir les siens et de procurer à son enfant la joie d\u2019une longue promenade, regagnait son logis le soir avec un petit cercueil.Que les desseins de Dieu sont impénétrables: ce tragique accident a ouvert le ciel à une jeune âme qui chante maintenant l\u2019éternel hymne de gloire et qui, nous l\u2019espérons, obtiendra le même bonheur pour les siens.INTRONISATION DE S.EXC.MGR P.COTÉ, S.J.Le 20 avril, une fête grandiose réunissait la chrétienté de Süchow à l\u2019occasion de l\u2019intronisation de S.Exc.Mgr P.Côté, S.J., comme évêque de Süchow, le Vicariat étant maintenant reconnu diocèse.S.Exc.Mgr Riberi, internonce, devait officier à cette mémorable cérémonie, mais comme des affaires urgentes le réclamaient à Nanking, S.Exc.Mgr P.Yu Pin tint à honneur de le remplacer.En bénissant la foule recueillie, le digne Prélat, accompagné de notre vénéré Pasteur ainsi que de deux 272 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1^7 autres évêques, fit son entrée solennelle à la Cathédrale décorée pour la circonstance de ses plus belles parures.A l\u2019ouverture de la cérémonie, le R.P.Tch\u2019eng donna les statistiques de la Mission; nombre de Missionnaires, de chrétiens, de païens; puis il commenta le symbolisme des rites liturgiques, le but de l\u2019établissement de la hiérarchie dans l\u2019Église catholique, et le témoignage de confiance accordé par Notre Saint-Père le Pape à l\u2019Église de Chine.S.Exc.Mgr Yu Pin prononça une touchante allocution et, au cours de la journée, l\u2019éminent Prélat, si avidement écouté, distribua encore sept fois la divine parole.S.Exc.Mgr Côté adressa aussi quelques mots et, à la sortie de l\u2019église, bénit à son tour paternellement son petit troupeau.Les notables de la ville, païens pour la plupart, ont avoué n\u2019avoir jamais rien vu de plus touchant que cette fête religieuse.L\u2019un d\u2019eux, second Nicodème, vint trouver le R.P.Pineau, S.J., après le banquet qui leur a été offert, et, se disant heureux de connaître le Christianisme sous son vrai jour, sollicita la faveur de se faire instruire de ses proie ndes vérités.Puisse cette belle solennité religieuse, au symbolisme si expressif, aux impressions inoubliables, faire mieux connaître la grandeur de l\u2019Église et étendre dans notre cher Süchow la famille des enfants du bon Dieu.Compte rendu du dispensaire de Süchow, pour l\u2019année 1916 : Baptêmes.Patients.Traitements.Pansements .862\tDents extraites.44,070\tVisites à domicile.67,259 Injections.26,557\tConsultations.\\'accins.262 187 572 .21,654 .4,373 s.EXC.MGR P.CÔTÉ, S.J.ÉVÊQUE DE SÜCHOW, ET S.EXC.MGR P.YU PIN.ÉVÊQUE DE NANKIN, CHINE.n 4} Montréal LÈ PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1947 27S Compte rendu de janvier 1947 à mars inclusivement : Baptêmes .Patients.Pansements .Dents extraites 146 Injections .8,504 Consultations.4,922 Traitements 41 Visites à domicile 3,805 1,053 13,218 136 MANDCHOURIE RUINE DE LA MISSION DE SZEPINGKAÏ La Mission de Szepingkai a été entièrement détruite en juin dernier, lors du formidable assaut de la ville par les communistes.La cathédrale, l\u2019évêché, le couvent de nos Sœurs et celui des Religieuses chinoises, les écoles, les pensionnats, l\u2019hospice, les dépendances, tout a été complètement rasé.Les Missionnaires, grâce à Dieu, ont échappé au danger de périr dans cette effroyable catastrophe en désertant la Mission quelques minutes à peine avant l\u2019entrée des Rouges, le 23.Tous se sont réfugiés à l\u2019École des Clercs de Saint-Viateur, située aux abords de la ville.Cette bâtisse et celle du Séminaire sont grandement endommagées, mais restent debout.Forcés d\u2019évacuer la place par l\u2019arrivée des troupes gouvernementales venues de Moukden et de Chang-Chun, les communistes se retirèrent le 30 juin, après avoir perdu environ cinquante mille hommes.De la garnison préposée à la défense de la ville, il n\u2019est resté que quatre cents soldats, avec un amoncellement de cendres et de ruines.Aussi, au lendemain de cette victoire si chèrement achetée, pouvait-on se demander s\u2019il fallait chanter ou pleurer.Pour nos Missionnaires, qui ont vu ainsi crouler en quelques heures toutes leurs œuvres péniblement édifiées depuis vingt ans, il n\u2019y a que la foi en la Providence divine qui gouverne le monde et permet de tels désastres, qui puisse donner le courage d\u2019accepter pareille épreuve! Sœur du Saint-Cœur-de-Marie h Supérieure du Couvent de Szepingkai, écrivait le 1\u201d juillet: « Il y a à peu près un an, nous chantions, avec une vive reconnaissance, un Te Deum d\u2019action de grâces pour la grande protection reçue durant le siège de Szepingkai.Cette année, nous devons répéter cette même hymne avec trois fois plus de ferveur, car la tempête que nous venons de traverser a été beaucoup plus violente, quoique ayant duré un peu moins longtemps.Pour ma part, je considère comme miraculeux que nous soyons toutes en vie et que personne n\u2019ait été blessé, malgré tout le danger qui nous entourait.Il m\u2019est impossible d\u2019entrer dans les détails aujourd\u2019hui, je dois me contenter de vous rassurer et de vous demander de rassurer aussi nos familles respectives qui ne sont pas sans s\u2019inquiéter à notre sujet.« Ce fut au soir de la Pentecôte que nous dûmes déménager à l\u2019évêché.Les Pères des Missions-Étrangères n\u2019épargnèrent nen pour nous préserver 1 Agnè* Lavallée, de Winnipeg 274 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre>Octobrc 1947 du danger et nous aider à mettre nos biens meubles à l\u2019abri.Dans les caves, nous occupions la chambre la plus sûre et tous nos effets d\u2019un peu de valeur avaient été déposés dans une cachette.Mais le bon Dieu voulut nous détacher de tout.Nous avons dû évacuer l\u2019évêché lundi matin, le 23; ce même jour, les Communistes entraient dans la Mission et il y eut un terrible combat.Les nationalistes bombardèrent et tout fut brisé ou brûlé; le charbon de la cave de l\u2019évêché fume encore.Hier matin, les Communistes quittaient la ville au grand soulagement de toute la population.Les vainqueurs attribuent leur victoire à ce que les Missionnaires leur cédèrent la Mission catholique pour combattre.Sans cela, disent-ils, la ville de Szepinghaï passait aux mains des assaillants.« Nous sommes allées voir l\u2019état de la Mission; j\u2019en suis revenue le cœur navré de douleur.Si l\u2019on n\u2019a pas vu de ses yeux, l\u2019on ne peut s\u2019imaginer tant de bouleversement et de désordre en si peu de temps! Il n\u2019y a absolument rien à retrouver.Nous restons avec notre costume noir et quelques vêtements.Nous ne pûmes prendre qu\u2019un petit paquet chacune, car nous n\u2019avons eu que cinq minutes pour nous préparer et il fallait traverser toute la ville dans le moins de temps possible.« Nous jouissons de la plus chaude hospitalité des bons Clercs de Saint-Viateur.Je ne saurais décrire leurs délicates attentions à notre égard.Qu\u2019il fait bon rencontrer une telle charité au plus fort de l\u2019épreuve! » MANILLE, ÎLES PHILIPPINES ACTIVITÉS MISSIONNAIRES Notre part à nous.Missionnaires de Manille, n\u2019est pas, comme pour nos Sœurs de Chine, de faire couler l\u2019eau sainte du baptême sur le front de nombreux petits enfants moribonds.Il ne s\u2019agit pas non plus de parcourir de longues distances dans la campagne, comme nos Sœurs de la Mandchourie, pour aller soigner un pauvre miséreux.Quel est donc alors notre sort ?Quelques eoquisses rapides vous le dévoileront et vous feront saisir une partie de sa grandeur et de sa beauté.En juillet 1946, la Providence nous amenait dans la partie nord de la ville, où avaient élu domicile de nombreux réfugiés.Un réduit, transformé en quatre classes, ouvrait ses portes à une quarantaine d\u2019enfants.Ce nombre augmenta rapidement et pour la fête de l\u2019immaculée Conception, un bouquet de petites âmes, recevant pour la première fois leur Dieu, formait la gerbe spirituelle offerte à une Mère chérie par ses humbles enfants.Cette préparation à la première communion, suivie de celle d\u2019avril 1947, nous fit découvrir quel apostolat pouvait s\u2019exercer auprès de ces enfants et de leurs familles.Le certificat de baptême, exigé en cette circonstance, révéla bien des ignorances.Plusieurs qui se croyaient catholiques appartenaient à la religion aglipayenne ou à des sectes protestantes.Un grand garçon de dix-sept ans, qui venait conduire un petit frère à l\u2019École, dit un jour à Sœur Marie-des-Lis L « Ma Sœur, avez-vous un caté- 1.Irène Pinsonneault.de Saint-Michel de Napicrville.P.Q. Montréal LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1^47 275 chisme à vendre?» Et il ajoutait aussitôt: « C\u2019est pour Ambrosio.» Cette explication le trahit, car Ambrosio ne savait pas lire.Après quelques paroles d\u2019encouragement et de bonté, le vrai motif était avoué: le garçon ne savait pas son catéchisme et voulait l\u2019apprendre.On convint que l\u2019étude aurait lieu le soir, après le travail, et que la maîtresse bénévole se ferait répétitrice quelques minutes tous les jours.Les prières fuient vite apprises et un beau matin notre jeune homme s\u2019en fut dans les provinces chercher son certificat de baptême, afin de pouvoir recevoir les sacrements qui l\u2019aideront à être bon chrétien.Deux petits frères de six et sept ans, dont l\u2019un infirme, étudiaient aussi en vue du grand jour.La maman, excellente personne, travaillait afin de procurer le bienfait de l\u2019éducation chrétienne à ses enfants.Un jour, la sœur aînée des deux petits vint demander une explication à leur sujet.En cinq minutes, la question était résolue, mais la visiteuse ne partait pas.Alors Sœur Marie-des-Lis l\u2019entretient des classes qu\u2019elle fréquente, école publique où l\u2019on ne parle pas de religion, puis de divers autres sujets, mais la jeune fille, c\u2019est visible, désire autre chose.« Cette enfant est-elle baptisée ?» pense tout à coup notre chère Sœur.Elle s\u2019en informe immédiatement.C\u2019était ce que Nena attendait.Elle et sa sœur âgée de quatorze ans étaient baptisées agli-payennes et, en voyant que leurs jeunes frères allaient faire leur première communion, tandis qu\u2019elles-mêmes n\u2019avaient jamais eu ce privilège, elles venaient demander s\u2019il n\u2019y aurait pas moyen d\u2019arranger cela.La mère, sachant qu\u2019elle était dans le tort, n\u2019avait pas osé se présenter.Des démarches furent bientôt faites auprès du bon Curé de la paroisse; le sacrement initial leur fut d\u2019abord conféré et, le 5 avril, c\u2019était à quatre membres de la même fa- Sœur Madeleine-du-Sacrê-Cœur (Madeleine Payette, de Montréal), Supérieure des Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculêe-Conception de Manille, et Sœur Saint-Louis-de-Gonzague (Anna Girard, de Claremont.N -H ).causant avec de jeunes Philippines i.\t»- FILLETTES PHILIPPINES REVENANT DU MARCHÉ. Montrèci LE PRECURSEUR Septembre-Octobre 1Q47 277 r ( mille que le doux Sauveur se donnait en nourriture au Banquet eucharistique.La pauvre mère, qui avait failli à son devoir plutôt par ignorance que par malice, exultait de bonheur.Une autre petite nous apporte une fois un certificat de baptême agli-payen.Comme les parents ne se montrent pas à l\u2019École, nous nous dirigeons vers leur demeure un samedi après-midi.Ce sont là nos courses apostoliques; au lieu de randonnées dans la brousse, nous longeons les rues étroites, piquées de touffes de bananiers, où s\u2019entassent des centaines et des centaines de familles.Et notre bonheur est grand à la seule pensée que peut-être ces visites feront connaître notre Dieu si bon.Nous sommes bien reçues dans l\u2019étroite maison philippine, construite en sawali et coiffée de nipa.La question religieuse est vite abordée, puisqu\u2019on sait qu\u2019avec les Madré on parle de Dieu.Nous apprenons alors que les parents sont aglipayens, mais à notre grande surprise, le père nous lit quelques-unes de ses poésies en tagalog, d\u2019inspiration catholique très accentuée.Cet homme est religieux et sait exprimer l\u2019idéal qu\u2019il entrevoit.Sa pièce Où trouver Dieu nous remue profondément.Nous en venons alors aux faits : deux religions qui enseignent des doctrines différentes ne peuvent être vraies toutes deux: la vérité est une.Et les leçons d\u2019apologétique reçues naguère à la Maison-Mère nous aident à mettre de la clarté dans ces deux vies.Nous quittons cette famille le cœur en proie à diverses émotions: sentiment de reconnaissance tout d\u2019abord pour le grand bienfait de notre éducation chrétienne: sentiment d\u2019espoir que cette bonne foi se tourne enfin définitivement vers Celui de qui émane toute pensée surnaturelle; enfin sentiment de crainte de n\u2019être pas assez fidèles apôtres, car il n\u2019y a pas à en douter, c\u2019est le sacrifice qui nous vaudra ces âmes.La petite Noena sera baptisée, puisque les parents y consentent, mais il nous faudrait maintenant la famille entière pour que notre joie soit complète.Enfin, une grande fille de douze ans, élève de Sœur Saint-Louis ', reçoit aussi pour la première fois son Créateur.Tout en donnant des leçons de musique, Sœur Anne-Marie ^ est en même temps attentive à s\u2019informer de quelle façon ses jeunes élèves s\u2019acquittent de leurs devoirs religieux, surtout quand elles fréquentent les écoles publiques.A côté de ces petites âmes, il y a aussi la grande famille des miséreux qui, à Manille comme partout ailleurs, frappe à notre porte.A tous ces indigents, nous nous efforçons de procurer quelque soulagement, au moins par de bonnes paroles de consolation et de réconfort.Il faut parfois bien peu de chose pour donner du bonheur à ces déshérités.Quelqu\u2019un nous ayant fait don d\u2019un chapeau encore assez propre.Sœur Supérieure \u2019 avait dit à la Sœur portière: « A la prochaine visite de Francisco (un habitué) nous lui en ferons cadeau.» Quelques jours se passent et notre honune se présente.« Aujourd\u2019hui, j\u2019ai une surprise pour vous », lui dit notre Sœur.« Always good », reprend le bonhomme.Mais ses yeux s\u2019ouvrent démesurément et un large sourire illumine sa figure quand le chapeau sort de sa 1 Fleur-Ange Pelletier, de Saint-François de Madawaska.N -B.2.\tAnne-Marie Tessier.d\u2019Ottawa.3.\tSoEiir Mapblbink-du-Sacr6-C< I ¦ U.4) O (0 \u2022 4! .s S ^43 -5 ¦ c:; 3 .S-S^gg irl^ «s' O 4 CJ t) «!?8 S'® fl \" ^ja ea .hH \u2022p< O Z '«s 43 H >sS U .S'\" - S Bd U >«
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