Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 septembre 1952, Septembre - octobre
[" ws :V, VoL XVII \u2014 33\" année SEPTEMBRE-OCTOBRE 1952 MONTRÉAL \u2014 N° 5 LE PRECURSEUR lw .BBH (phÂCLÜlÀ&lÜL.Par an: $1.00\tBulletin bimestriel publié par les Soeurs Mission- A vie: $20.00\tnaires de VImmaculée-Conception avec l'autori- sation de Monseigneur l\u2019Archevêque de Montréal.Les abonnements commencent\t2900 CHEMIN SAINTE-CATHERINE avec janvier ou juillet.\tCÔTE-DES-NEIGES.MONTRÉAL (26) Vol.XVII, 33e année\tMontréal, Septembre-Octobre 1952\tN° 5 SOMMAIRE Mere du Rédempteur\t\t\t\t 187 La Rédaction Plus nombreux que le sable des plages\t R.P.P.Charles, S.J.1951 et l\u2019Église des Philippines\t\t \t\t\t189 \t 191 Hommages de reconnaissance\t\t\t\t 193 Comment on étouffe une école catholique en Chine populaire\t\t\t\t 194 Sœur Saint-Jean-Baptiste En quittant Shehlung\t\t\t 200 Sœur Saint-Lazare et Sœur Saint-Charles-de-Milan Lettre d\u2019une jeune Catholique chinoise\t Hindi Pa Tapus\t\t.204 \t\t\t 205 Sœur Joseph-Arthur Entre deux emplettes\t Sœur Saint-Amédée La rentrée des classes\t\t\t\t\t\t\t\t\t Sœur Saint-Edmond La Saint-Antoine à Renaudin\t\t\t\t\t ^ Sœur Marie-Théodore Excursion éducative\t\t\t \t -,.Sœur Marthe-de-Béthanie Qu\u2019ils soient réunis là-haut\t\t\t Sœur Saint-Jean-d\u2019Ephèse Superstitions, remèdes et coutumes nègres\t Sœur Saint-Léon-le-Grand Karonga s\u2019éveille\t\t\t.\t\t\t 206 .207 \t\t\t 208 \t\t 211 .; ;.214 \u2022\t«a*\t216 .220 Sœur Marie-Berthe La lutte contre la Légion de Marie en Chine \t\t\t\t\t\t\t\t\t Au Noviciat\t\t\t\t\t\t .\t\t223 \t\t228 Le bienheureux Théophane Vénard\t\t\t229 Chanoine F.Trochu Nécrologie\t\t\t 231 DU Vierge, en ce dimanche où notre Mère V Église \u2022VÇ;\tNous veut tous suppliant V'1 D'une commune voix pour les foules assises A Vombre de Satan, Nous venons vous prier.Vous qui fûtes choisie Mère du Rédempteur, Son oeuvre est votre affaire.Il n\u2019est point fantaisie Ce rôle de douleur ! N\u2019avez-vous adopté, Vierge-corédemptrice, Par un dur Vendredi Le genre humain entier ?L\u2019inouï sacrifice Vous ne l\u2019avez dédit.Gentils, Juifs et païens, tous ont droit à votre aide ! Suave Esther de Dieu, C\u2019est par votre crédit que les hommes accèdent Au royaume des deux.Ayez pitié de ceux des jungles et des sables, De ceux des archipels Des plus lointaines mers ! Ils renieront leurs fables S\u2019ils voient votre arc-en-ciel.Pitié, pitié pour ceux du pôle et des tropiques ! Pénétrez en l\u2019iglou Comme la lune douce; en la hutte conique Comme un alizé doux.*«**,-» ¦ 7 \u2022^\u2022:~';v:r?V-'^'iV.V-.f/ M.I.C.«SR^SS^SS* A^oms vous offrons Vencens qui se trompe d'adresse; Et Kwan Y in, et Kwannon, Et Miryam d'Islam : c\u2019est bien votre tendresse Qu\u2019on cherche sous ces noms.Nous vous prions encor pour les Missionnaires A l'ouvrage là-bas; Sur leurs chantiers actifs danse votre bannière Hissée en haut du mât.Nous vous prions pour ceux de la Chine meurtrie.Ces confesseurs de Dieu, Ces chevaliers de votre Légion, Marie, Chargés du crime bleu , D\u2019avoir prêché le Rédempteur Par vous, sa Mère ! Mère de la Merci, Gardez-les forts, constants dans la prison amère, Dans le martyre aussi ! Vierge, en ce dimanche où nous demandons qu'arrive Le règne de Jésus Parmi les nations et sur toutes les rives, O Source de Salut, Nous venons vous prier sur les grains du Rosaire.Et par nos chapelets Aériens du soir, emprisonnez la terre Comme dans un filet l DCS PIACSS par le R.P.PIERRE CHARLES, S.J.mm Quand on nous dit que la lumière parcourt trois cent mille kilomètres à la seconde et qu\u2019il y a des étoiles distantes de trente, quarante, cinquante mille années de lumière, nous poussons quelques petits cris de surprise et nous ne modifions en rien le train de nos habitudes.A partir d\u2019un certain niveau les gros chiffres ne sont plus pour nous que des zéros en rang d\u2019oignons.Un médecin injecte tranquillement à un malade quatre cents millions de bacilles qui tiennent dans une petite ampoule.Il pourrait dire quatre milliards sans que le patient s\u2019en émeuve.Les géologues supputent la durée des formations primaires; ils s\u2019aventurent parfois jusqu\u2019à conjecturer l\u2019âge de la vieille planète ou le nombre d\u2019années qu\u2019il faudra au soleil pour s\u2019éteindre; mais le lecteur ordinaire ne se donne pas la peine de compter tous ces zéros: il voit que tout est énorme et il passe.Pour exciter notre zèle, on nous déclare parfois, statistiques à l\u2019appui, qu\u2019il y a plus de mille millions de nos semblables en dehors de la véritable Eglise.Le chiffre est en dessous de la réalité.C\u2019est au moins quatorze cents millions qu\u2019il faudrait dire; et ce nombre augmente tous les ans.Ces gros chiffres cependant, au lieu d\u2019exciter l\u2019impétuosité du zèle, ont souvent pour effet de le paralyser.Devant ces tâches démesurées, l\u2019inaction reprend ses droits ou, tout au moins, l\u2019inertie se donne des excuses.« On ne peut pas nous demander sérieusement de convertir tous ces gens-là! » S\u2019il ne restait que quelques milliers de païens à conduire au baptême, il me semble bien, Seigneur, que nous leur trouverions aisément des parrains et des marraines parmi le peuple chrétien.On se hâterait de terminer la tâche; et on y mettrait de l\u2019entrain.Mais nous nous sentons écrasés par ces montagnes de chiffres.Nous voulons bien faire un petit effort, « pour montrer notre bonne volonté » ; mais nous nous croirions naïfs si nous envisagions comme un devoir urgent une besogne qui, du train dont elle marche, promet de durer encore quelques centaines de siècles.Nous ne viderons pas l\u2019océan avec nos minuscules coquilles de noix. 190 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 On a beau nous dire que votre grâce est puissante et que le Saint-Esprit est toujours prêt à souffler et que « le bras du Seigneur n\u2019est pas raccourci », notre scepticisme a des réponses à toute cette éloquence, et il sait bien que la grâce, prévenante ou adjuvante, comme disent nos théologiens, n\u2019a jamais bâti un séminaire ni un hôpital et que le Saint-Esprit n\u2019a de compte-courant dans aucune banque.C\u2019est nous, les hommes, qui devrons appareiller les briques et les coucher dans leur lit de mortier; c\u2019est nous qui devrons meubler les salles, assurer le ravitaillement et financer l\u2019entreprise, comme c\u2019est nous qui avons creusé les catacombes et installé en plein ciel la coupole de Saint-Pierre.Et si le bras du Seigneur n\u2019est pas raccourci, c\u2019est tout simplement parce que le bras de ses fidèles le prolonge.Je le connais bien, parce qu\u2019il m\u2019a souvent piqué, le mauvais scorpion qui arrête l\u2019élan du zèle missionnaire.Est-ce que vraiment vous demandez de nous que nous placions à l\u2019avant-plan de nos préoccupations la conversion du monde entier ?ou bien ne nous suffit-il pas d\u2019entretenir sur les frontières de la chrétienté, comme jadis les Romains aux limites de leur empire, quelques légions de voltigeurs, qui tenteront de-ci de-là des raids audacieux et ramèneront des prisonniers ?Sommes-nous en état de pénétrer les masses profondes, innombrables, qui peuplent l\u2019Asie?et dont la pensée seule deviendrait vite pour nous un cauchemar ?Quand j\u2019examine l\u2019immensité de la besogne missionnaire et quand le carillon des gros chiffres éloquents tinte à mes oreilles, je me sens porté à ne plus rien tenter pour ces tâches extravagantes.Et cependant, mon Dieu, votre sagesse sobre et lumineuse peut me conduire loin de ces doutes et de ces paresses, et si nous avions un peu plus d\u2019humilité réfléchie nous échapperions à tous ces raisonnements misérables.Car vous n\u2019avez jamais demandé que nous, les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui, nous nous chargions de convertir le monde entier; et ce n\u2019est pas ce fardeau que vous avez imposé à nos missionnaires.Vous leur demandez de planter l\u2019Église, de l\u2019établir à la portée de tous dans les pays où elle n\u2019est pas encore installée à demeure; et notre devoir est de collaborer le plus possible et le plus vite possible à cette tâche.Quand elle sera terminée nous serons encore bien loin de la conversion générale de l\u2019Univers; de même que lorsqu\u2019on a fondé un bel hôpital on n\u2019a pas supprimé les maladies.Tous ces gros chiffres ne signifient pas ce que mes préjugés et ma paresse veulent leur faire dire.Dans nos pays de chrétienté il y a encore beaucoup de nos congénères à vous ramener; mais votre Église y est bien installée, et c\u2019est elle qui doit continuer jusqu\u2019au dernier jour la sainte besogne maternelle.Nous avons à semer; mais ce n\u2019est pas nous qui faisons pousser la moisson.Ce sera la terre de Chine, et celle de l\u2019Inde, et du Japon et de l\u2019Afrique, qui nourriront les épis et les porteront à leur maturité.Je vous demande ce soir, ô Dieu des multitudes, de me faire pressentir la joie de ces éclosions et d\u2019enchanter mon âme du spectacle de votre gloire future: celle que vous récolterez sur ces terres, où votre Église aujourd\u2019hui est encore comme sous la coquille des lentes incubations.(Extrait de la Prière missionnaire.) ; 'V /;/;\t\u2022\u2022 \u201d\tLe 23 juillet 1951, le Nonce Aposto- y 'r ^\tlique aux Philippines, S.Exc.Mgr Egidio _\t; i1\tVagozzi, apprenait au peuple l\u2019érection de quatre nouveaux archidiocèses: deux dans l\u2019île de Luzon, un dans le Vizaya occidental, un quatrième dans l\u2019île de Mindanao.Cette faveur, après celle de l\u2019établissement de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Répu-blique philippine, a rempli les catholiques de joie.Elle atteste le prestige croissant de la hiérarchie locale et aussi la place im-y' portante que tient aujourd\u2019hui l\u2019Archipel dans la vie de l\u2019Église catholique.En outre, elle est une preuve que le Vatican Y reconnaît et apprécie la force du Catholicisme des Iles qui va se \u2022 développant.L\u2019Église de Rome y compte plus de seize millions de membres, un nombre toujours plus grand de prêtres, de religieux, d\u2019institutions, d\u2019écoles, d\u2019hôpitaux, de centres d\u2019Action.La nou- velle organisation des provinces ecclésiastiques s\u2019est faite au bénéfice de la religion du pays entier.Plus que jamais un travail de cohésion permet d\u2019instaurer une Foi vivante au cœur des foyers.Cet événement si glorieux pour les Philippins leur fut comme un appel à la fidélité loyale et persévérante aux traditions du passé.Peut-être, un jour, l\u2019Archipel sera-t-il l\u2019inexpugnable rempart du Catholicisme en Éxtrême-Orient ?Le 9 octobre 1951 marquait une autre date importante pour les catholiques philippins.Ce jour-là, Sa Sainteté le Pape Pie XII recevait en audience privée, à sa résidence de Castel-Gandolfo, le Président de la République, Elpidio Quirino.L\u2019entrevue dura vingt minutes.Le Saint-Père félicita Quirino de la ferveur religieuse de son peuple, de sa détermination de défendre sa liberté, et aussi des progrès de reconstruction réalisés au cours des dernières années.Sa Sainteté envoya de plus des bénédictions spéciales à tous ses chers fils des Philippines comme un encouragement à grandir dans leur affection à la Foi catholique, vigueur de la Nation.Cette audience pontificale accordée au chef de l\u2019État philippin ne ! resta pas sans effets consolants et durables: resserrés déjà par les relations diplomatiques, les liens séculaires qui rattachent le pays au int-Siège furent cimentés par cette visite de son illustre Président. Ill WÊÊÉmÊm Hommages de profonde reconnaissance des Soeurs Missionnaires de ïImmaculée-Conception à LL.EE.NN.SS.Ildebrando Antoniutti et Conrad Chaumont qui ont bien voulu, les 2 et 3 juin dernier, ajouter un grand éclat aux fêtes du jubilé de l'Institut par une Messe pontificale d'action de grâces en la chapelle de la Maison-Mère.*** S.Exc.Mgr le Délégué Aoostolique daigna en outre présider au banquet offert par la Communauté à la Société des Missions-Étrangères de Pont-Viau \u2014 cet autre Institut né du zèle de Mère Marie-du-Saint-Esprit \u2014 et à la présentation d'un film documentaire sur l'Oeuvre de cette ardente femme-apôtre.La photo ci-contre fut prise alors que M.l'abbé Alide Lessard, curé de Sainte-Germaine-Cousin, et ex-aumônier de la Maison-Mère, offrait les hommages de l'Institut à l'illustre représentant du Saint-Siège. Comment on étouffe une école catholique par Sœur SAINT-JEAN-BAPTISTE i, M.I.C.Le 10 novembre 1950, sans cérémonie, le Gouvernement chinois somme le Consulat français à Shameen de lui céder la bâtisse occupée par notre école Sainte-Thérèse-de-l\u2019Enfant-Jésus.L\u2019immeuble est bel et bien propriété du Gouvernement français.Le Consul toutefois ne peut qu\u2019obtenir cinq jours de délai pour notre déménagement : rien d\u2019autre à faire devant la force sans loi et sans scrupule.Nos classes, cours commercial anglais, rouvrent au numéro 16 Chu Kong Road, dans un logis mis à notre disposition par le gérant de la Banque d\u2019Indochine.Désormais cette maison sera surveillée jour et nuit par deux sentinelles communistes.Le premier de l\u2019an 1951 nous apporte trois cent soixante-cinq jours remplis d\u2019appréhensions.Nous sentons bien que se resserrent les cordons de la liberté autour des étrangers.Le 3 janvier, à 9 heures de la matinée, nous comparaissons au Bureau central de la Police, ainsi que nous en avons reçu avis, pour le renouvellement de nos permis de résidence.A la place d\u2019honneur siège pour la première fois un grossier petit homme qui a su sans doute charmer ses chefs par son langage et ses manières grotesques envers les religieux.Son vocabulaire est d\u2019une richesse incroyable pour ravaler le mérite des missionnaires qu\u2019il interpelle de leur simple prénom chinois, tout comme des enfants.Mon interrogatoire dure deux heures; il porte sur mon histoire de vocation, l\u2019histoire de mes parents, grands-parents, frères, sœurs, amis; mon règlement de vie, ma nourriture, mes relations avec les Chinois, mes communications avec mon pays, combien de fois j\u2019ai trouvé à me marier! Il faut au moins quatre voyages de ce genre au Bureau de Police pour l\u2019obtention de mon seul carnet.On me le délivre à 5 heures de l\u2019après-midi.Dans six mois recommenceront les mêmes séances avec complications probables.Le lendemain, Sœur Lazare-de-Béthanie1 2 doit retourner au Bureau pour son propre carnet.Mêmes questions avec, en supplément: « Combien d\u2019heures de prière avez-vous?Pour qui priez-vous?Comment se fait-il que Hon Tak Ming (mon nom chinois) ne parle pas le chinois et que toi tu parles le mandarin ?N\u2019est-ce pas que tu nous aimes plus qu\u2019elle ?Te laisse-t-elle manger ce que tu veux ?Lis-tu les journaux?.Puisque tu ne les lis pas, comment peux-tu observer les lois du 1.\tIrène Pelland, de West Glover, Vermont.2.\tJoséphine Couturier, de Piopolis, P.Q. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 195 Gouvernement populaire: tous les jours ils annoncent du nouveau?» Sur ce, Sœur Lazare-de-Béthanie de s\u2019écrier: « Ah! il y a tant de détails que quand bien même je lirais tous les journaux, je ne parviendrais pas à tout comprendre.D\u2019ailleurs, voyant par cet interrogatoire l\u2019intérêt que vous nous portez, je suis certaine que vous ne manquerez pas de nous avertir si quelque chose ne va pas! » Enfin, à midi, Sœur Lazare-de-Béthanie reçoit son permis de résidence.Janvier n\u2019est pas fini qu\u2019on nous réclame au Bureau de la Municipalité de Canton.Cette fois on exige la liste de notre mobilier, de nos activités, de nos recettes et dépenses.Les rapports à préparer sont d\u2019un travail excessivement compliqué.Nous comprenons le jeu de ces messieurs du Gouvernement populaire: attraper les étrangers, les tenir si serrés que la vie leur devienne insupportable en Chine.Le 27 février on accepte, après mille tracasseries, nos papiers d\u2019enregistrement.Deo gratias !.jusqu\u2019à la prochaine alerte.Celle-ci a lieu le 20 mars.Pendant la classe arrivent à l\u2019improviste quatre communistes chargés de s\u2019assurer si notre école est bien propre, tenue selon les lois modernes.Eux sont sales et répugnants.L\u2019un des quatre, aussi insolent que le petit personnage de la Police centrale, dit aux élèves que les locaux sont malsains et manquent d\u2019aération.Les trois autres bombardent de questions Sœur Lazare-de-Béthanie, mon docteur en langue mandarine.Ils vont jusqu\u2019à s\u2019informer si elle préfère les Chinois du Nord à ceux du Sud.« J\u2019aime bien les deux », répond-elle à la Salomon.Cela leur donne la face et ils se montrent polis.Quant au premier, après avoir harangué les élèves, il examine les lits pour voir si les étrangères jouissent de plus de confort que leurs orphelines.Il fait remarquer qu\u2019en Chine populaire tout le monde doit avoir la même nourriture, la même literie, etc.A sa grande confusion, nos trois aides protestent qu\u2019elles aiment beaucoup mieux apprêter leurs repas elles-mêmes plutôt que de suivre le régime européen des Sœurs.Le va-et-vient de la Semaine Sainte, en fin de mars, intrigue fort les deux sentinelles.Le Vendredi, elles arrêtent nos orphelines qui se rendent à l\u2019église porter le cierge pascal, le cierge à trois branches et les supports nécessaires.On prétend qu\u2019il faut pour cela un permis du Bureau de Police avec sceau spécial.Belle affaire quand vous êtes pressé! ces formalités requièrent une demi-heure! Les papiers en règle, Lit Gna repart pour l\u2019église.et la sentinelle aussi.De se sentir suivie émeut la pauvrette qui fait une chute fatale au cierge triangulaire.Le voilà en dix morceaux.Impossible d\u2019obtenir un autre permis.Une Sœur s\u2019aventure donc à l\u2019église avec diachylon, pinceaux, papier de couleur.Le grand blessé figurera quand même Samedi.Pâques, qui tombe le jour de l\u2019Annonciation, voit les chrétiens nombreux à la messe.Au sermon une bande de Rouges entourent l\u2019église battant du tambour et hurlant des chants communistes.C\u2019est à ne rien comprendre de ce que dit le Père Limât.Le sermon fini, les diables déguerpissent.Et l\u2019on ose parler de liberté de religion sous le Régime communiste! Au commencement d\u2019avril, nouvelle convocation au Bureau de la Mairie de Canton.Que nous veut-on encore?Un jeune homme qui joue l\u2019important nous 196 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 reçoit.La conversation se tient en mandarin, ce qui honore l\u2019enquêteur et favorise mon interprète, Sœur Lazare-de-Béthanie.On essaie de nous faire parler de nos Sœurs de To Korn Hang, emprisonnées, et de nos autres compagnes de l\u2019Orphelinat de Canton.Les réponses sont si peu renseignantes que le jeune homme se fâche rouge: « Tu sais tout cela: c\u2019est parce que tu ne veux pas me le dire.\u2014 Si vous me questionnez, c\u2019est parce que vous voulez savoir la vérité.Alors il n\u2019y a aucun avantage à ce que je vous dise des choses que je ne connais pas.\u2014 Je croyais qu\u2019étant de la même Communauté, tu étais au courant.Après tout, les membres du Gouvernement forment aussi une communauté et pour en faire partie il faut que chaque sujet soit capable de répondre.\u2014 Alors, quand nous aurons besoin d\u2019informations, de permis, etc., il ne sera pas nécessaire d\u2019aller au Bureau central de la Police, ni au Bureau des Étrangers de Shameen, ni à la Police de Shameen ?Nous pourrons toujours nous adresser ici et vous allez nous aider ?\u2014 Non, pas cela.Tu ne comprends pas.Chaque Bureau a ses chefs; et pour se conformer aux lois, il faut s\u2019adresser à ceux qui ont charge pour régler tel ou tel cas.\u2014\tAh! c\u2019est comme chez nous.Nous ne nous occupons pas de ce qui se passe dans les autres Maisons.Il y a une Supérieure dans chaque Maison pour voir aux affaires.\u2014\tD\u2019abord, parlons de l\u2019école Sainte-Thérèse.\u2014\tIl n\u2019y a plus d\u2019école Sainte-Thérèse depuis la Libération.Nous ne donnons que des cours privés.\u2014\tCombien avez-vous d\u2019élèves ?\u2014\tVingt-deux.\u2014\tVoulez-vous me donner leurs noms, ceux de leurs parents, leur emploi.\u2014\tNos élèves donnent toujours leurs noms en anglais.Je ne puis traduire.\u2014\tAdmettons que vous ne sachiez pas leur nom chinois, vous savez certainement la condition de leur famille.» L\u2019Esprit-Saint nous a avertis, il y a des siècles, de ne pas nous préoccuper de ce que nous aurions à répondre aux méchants.Il nous éclaire à propos: « Voyez-vous, Monsieur, chaque pays a ses coutumes.Si vous posez toutes ces questions, c\u2019est parce que vous vous intéressez à nous et que vous ne voulez pas que nous manquions de quoi que ce soit.\u2014\tC\u2019est précisément cela.\u2014\tDans notre pays, si nous demandions ces choses, ce serait très mal vu des élèves et de leurs parents qui diraient: « Comme elles sont curieuses ces Sœurs-là! » Ils croiraient que nous voulons nous mêler de leurs affaires.» L\u2019interrogatoire dure une heure et demie et finit en queue de poisson.Trois fois au cours d\u2019avril les communistes appellent à la Police Centrale Lai Kou et les deux orphelines qui nous aident.Ils rayent leurs noms de notre carnet de famille, en donnent un autre à Lai Kou qu\u2019ils établissent Responsable de tout ce qui se passe dans notre cour et Responsable de Lit Gna et de Siou Tak.Elle a un règlement d\u2019au moins vingt points à observer et doit rapporter au Gouver- Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 197 nement les manquements qu\u2019elle remarquera chez nous.Les yeux de deux sentinelles ne suffisent plus.Le 18 mai, au beau milieu de l\u2019après-midi, deux émissaires du Bureau de l\u2019Éducation et un agent de la Police de Shameen demandent à visiter l\u2019école.Sachant d\u2019expérience que de telles visites sont toujours longues, je congédie les élèves.Les questions fourmillent, toutes plus rusées les unes que les autres.Mais nous n\u2019tn sommes pas à la première épreuve de ce genre.Ils lèvent la séance à 5 heures et s\u2019invitent pour le lendemain.Ces messieurs nous reviennent de bonne heure.Ils distribuent aux élèves des formules à remplir et poussent la gentillesse jusqu\u2019à vouloir aider les plus jeunes et les trois garçons d\u2019Indochine qui ne savent que très peu de chinois.Cela fait, ils passent à la salle de musique pour interviewer chaque élève: « Quelles sont vos croyances?Êtes-vous obligé de prier?d\u2019aller à l\u2019église?d\u2019entrer en religion?» Tous répondent qu\u2019ils sont libres et qu\u2019il n\u2019y a rien de répréhensible dans l\u2019enseignement des Sœurs.On les exhorte à réfléchir avant d\u2019entreprendre un nouveau semestre, qu\u2019il y a des inconvénients à étudier sous la direction d\u2019étrangères.En guise d\u2019adieu, les communistes nous disent: « Nous allons étudier nos feuilles; et si nous y découvrons des manquements, nous vous le ferons savoir.» En juin on nous appelle au Bureau de la Municipalité de Canton, parce que notre dernier rapport mensuel n\u2019est pas satisfaisant.Notre cas, paraît-il, doit être examiné et discuté dans des assemblées populaires.La cérémonie du renouvellement de nos fameux permis de résidence recommence avec le début de juillet; elle traîne en vexations et en complications tout le mois.Le petit Napoléon Rouge du Bureau Central menace de fermer notre école, ce qui pourtant dépasse ses pouvoirs.Le 1er août, il nous accorde nos permis du haut de son arrogance.Impossible pour nous de donner plus qu\u2019une semaine de vacances à nos élèves: les sentinelles s\u2019inquiéteraient trop! Le 6 août, tous, moins deux, sont présents.Ils savent parfaitement qu\u2019il y a de la poudre dans l\u2019air.Le 24, vers les 2 heures de l\u2019après-midi, irruption à l\u2019école de deux policiers et de plusieurs représentants de divers Bureaux du Gouvernement populaire.Leur porte-parole lit un papier ordonnant la fermeture de nos classes et la saisie du mobilier.Un policier fait un discours sur les peines sévères dont sont passibles ceux qui n\u2019obéissent pas aux lois du Gouvernement.Suivent un inventaire en règle et l\u2019apposition des scellés.Ces gens ne repartent qu\u2019à 6 heures, prévenant qu\u2019ils n\u2019ont pas fini leur besogne.Le lendemain ils sont là à 9 heures pour apprendre officiellement aux élèves la fermeture de l\u2019école.Sortie violente contre la religion catholique et ceux qui la propagent.Nos pauvres enfants doivent se séparer de nous sous l\u2019œil malveillant des visiteurs.L\u2019accent de leur simple Good bye, Sister, nous laisse entendre que leur sympathie à notre égard n\u2019est pas ébranlée.L\u2019histoire de la saisie des meubles se continue le 29.La même bande réapparaît avec voitures, policiers et coolies, et se livre à un dévalisement légalisé.Pendant l\u2019opération, on nous demande avec ironie: « Que pensez-vous du Gouvernement 198 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 populaire?» Soupçonnant un piège, Sœur Lazare-de-Béthanie répond: «Nous n\u2019avons que le temps de voir et non de penser.» Les 9 et 10 septembre, dans l\u2019après-midi, les pillards du Gouvernement reprennent d\u2019assaut la maison.Ils vident la salle de musique, emportent la glacière, le filtre à eau, les armoires, les provisions, et cela malgré nos protestations, car le Bureau des Étrangers nous a assurées que le Bureau de l\u2019Éducation ne peut toucher qu\u2019au matériel scolaire.C\u2019est toute une bataille pour nous garder deux lits, lesquels à l\u2019avenir sont enregistrés comme propriété du Gouvernement! Le 14 dans la nuit, encore eux! Beau tapage.Alarme.Ils nous accusent de cacher quelqu\u2019un.La bande fait le tour de la maison, inspecte partout.Le chef nous annonce que son Gouvernement ne prendra pas le mobilier de la chapelle.Il nous ordonne de l\u2019envoyer à la cathédrale et de faire maison nette au plus tôt.Sans ressources depuis la fermeture de l\u2019école, sans relations permises avec les Chinois, nous sommes contraintes de solliciter nos permis de départ.Autant le Gouvernement souhaite ce départ, autant il nous crée de tracasseries à ce sujet.On n\u2019a pas idée du nombre de séances au Bureau des Étrangers et à la Police Centrale pour obtenir la formule qu\u2019en pareil cas l\u2019on doit faire publier dans les journaux chinois! « Sœur Lazare-de-Béthanie et Sœur Saint-Jean-Baptiste (noms chinois) demandent leur rapatriement.Si quelqu\u2019un leur connaît quelques péchés, il est prié de bien vouloir en référer à la Police Centrale dans les huit jours.» Des péchés, on nous en cherche.surtout en décembre, alors que le Gouvernement populaire mène une terrible campagne anticatholique qui a pour thème principal les prétendus crimes de nos Sœurs de la Crèche.Chez nous, la sentinelle se tient le nez sur la clenche de la porte.Quatre fois elle nous empêche, à la pointe du fusil, d\u2019aller à la messe.Le 31 décembre expirent nos permis de résidence.Au Bureau central de la Police on daigne nous les renouveler pour quinze jours.La quinzaine écoulée, revisite au Bureau de Police et au Bureau des Étrangers.Le 25 janvier, des représentants du Bureau de l\u2019Éducation, de la Police Centrale, du Bureau des Étrangers, nous apportent la sentence du Gouvernement qui a examiné les protestations que nous lui avons adressées après la saisie du mobilier de la Communauté.Ils déclarent nulle la liste dressée lors de la fermeture de l\u2019école et promettent de nous rendre la glacière, le filtre, le poêle, six écrans et nos deux lits.Mais ils s\u2019approprient tous les autres meubles de la Communauté, sous prétexte que ceux-ci peuvent tout aussi bien servir dans une école!.Nous ne possédons plus une seule chaise: nous devons nous jucher sur deux tréteaux qu\u2019on nous abandonne gracieusement.Le 7 février, nouvelle visite des personnages du Bureau de l\u2019Éducation.Ils nous obligent à signer un papier, préparé d\u2019avance, sur lequel figurent les raisons de la fermeture de nos classes.Principal grief: notre enseignement était antidémocratique et contraire aux enseignements du Gouvernement populaire.Nous objectons que nous n\u2019avons jamais rien dit en classe contre le Gouvernement.« Le seul fait d'avoir enseigné la religion catholique constitue un acte suffisant pour nous de faire fermer cette école, nous avoue-t-on.Par conséquent vous êtes obligées de vous soumettre aux peines que nous vous imposons.» Quelle joie d\u2019apprendre de la bouche des Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 199 envoyés du Gouvernement que c\u2019est à cause de la religion que nous souffrons de si criantes injustices! On ajoute que notre cas est réglé et que nous pouvons avertir le Bureau des Étrangers de fixer la date de notre départ.Ce Bureau nous renvoie à la Police Centrale.Contrairement à ses habitudes, le petit Napoléon, toujours si long en vexations, nous remet tout de suite un billet ainsi conçu: « Vous prendrez le train demain, 10 février, à 7 heures du matin.» Dans l\u2019après-midi, les gens du China Travel Service se présentent chez nous; ils ont ordre de transporter nos bagages à la gare.On nous laisse libres de faire une visite d\u2019adieu à S.Exc.Mgr Tang et au R.P.Limât.Nous dormons notre dernière nuit en Chine moderne, l\u2019une sur une table appartenant au Consulat français, l\u2019autre sur une planche, à la chinoise.Sommeil intermittent.Les moustiques nous dévorent.Nous méditons à loisir sur le sort de nos compagnes prisonnières qui en plus des moustiques souffrent le tourment des interrogatoires malicieux, des sarcasmes, des rebuts, de la faim, de la soif, des privations de toutes sortes.Au petit jour c\u2019est le grand déchirement.Nous quittons ce Shameen où nous avons goûté tant de joies apostoliques.Lai Kou et Siou Tak, notre orpheline muette, nous accompagnent à la gare.Par ses gestes si expressifs, Siou Tak nous supplie de la tirer de la Chine communiste afin qu\u2019elle puisse continuer de prier à l\u2019église, et aller au ciel après sa mort.Avant de nous laisser monter dans le train, dernière gentillesse des Rouges.Haut les mains! On nous fouille comme des criminelles! Pas d\u2019incidents jusqu\u2019à la frontière.Là, on garde en otage Sœur Lazare-de-Béthanie et une Sœur de Notre-Dame-des-Anges parce que nos bagages n\u2019ont pas suivi.Cela retombe sur le China Travel Service.L\u2019officier se voit contraint de l\u2019admettre après téléphone à la Police Centrale.Et nous voici en face d\u2019une grosse police anglaise qui nous salue avec cordialité: « Venez par ici, mes Révérendes Sœurs.» Quelle impression de liberté! Que c\u2019est bon de rencontrer un franc sourire! « Par ici! » C\u2019est le R.P.Duchesne, le mentor de tous les témoins du Christ chassés de la Chine populaire.Nous ne conservons pas la moindre amertume envers le peuple chinois qui n\u2019expulse pas de lui-même les missionnaires : il y est forcé par les maîtres de l\u2019heure.Si l\u2019enfant prodigue avait eu une mère, elle ne se fût pas contentée de l\u2019attendre les bras ouverts, prête à lui accorder miséricordieusement son pardon.Elle serait partie à sa recherche pour le ramener à son foyer natal.Le dévouement de Marie à qui est confié notre salut l\u2019invitait à faire une démarche semblable: elle est venue nous rechercher sur les chemins périlleux où nous égarent nos fautes pour nous faire reprendre la route qui doit nous conduire à notre demeure éternelle.Sans ces interventions éclatantes, combien d\u2019hommes ne se préoccuperaient jamais de leur retour à Dieu.Combien même ne penseraient plus à elle! Thellier de Poncheville. par Sœur SAINT-LAZARE et Sœur SAINT-CHARLES-DE-MILAN Extraits de lettres adressées à Mère Marie-de-la-Providence, Sup.gèn.Avec mon meilleur bonjour, je vous apporte celui de tous nos pauvres lépreux.Nous sommes sorties de la zone communiste le 6 juin.Notre départ de la léproserie s\u2019est effectué le 3, dans la matinée, après une messe d\u2019action de grâces célébrée par le bon Père Chevalier aux intentions de notre Institut cinquantenaire.Au retour de la messe, nos deux fidèles femmes de service, Ah Ho et Ka Tail, nous prévinrent en secret que nous partirions ce jour-là.Ce fut seulement après le déjeuner que les autorités de la léproserie nous en avisèrent: nos malles devaient être chargées sur une barque dans une heure.Pendant ce temps, tous les lépreux furent convoqués à une assemblée communiste à la chapelle des hommes.On fit l\u2019appel pour s\u2019assurer qu\u2019ils y étaient bien tous.L\u2019un d\u2019eux, A Tak, qui avait eu vent de notre départ, se déroba et nous rejoignit.Son absence constatée, deux soldats vinrent le chercher pour le ramener de force au lieu de la réunion.Que le cœur saigne en de pareils moments! On nous enlevait la dernière consolation: celle d\u2019encourager encore une fois nos pauvres malades.Et, impuissantes, nous les laissions entre les griffes du Tigre! Nous savions depuis une couple de mois que notre permis de départ était accordé à Canton.Mais les dirigeants de la léproserie s\u2019opposaient, prétextant un personnel insuffisant pour le soin des malades.Ils espéraient plutôt gagner du temps, et, petit à petit, amener les lépreux à porter des accusations contre nous.Ils y ont perdu et leur temps et leurs peines.Nos chers lépreux nous sont restés fidèles jusqu\u2019à la fin.Même, les derniers arrivés qui tout d\u2019abord nous avaient regardées d\u2019un mauvais œil, prévenus qu\u2019ils étaient à notre endroit, furent ceux qui parlèrent avec le plus de liberté en notre faveur.Ils s\u2019excusèrent d\u2019être venus si tard au lazaret; ils nous prièrent de bien vouloir pardonner à leurs compatriotes de nous traiter si mal: « Personne, disaient-ils, ne veut soigner les lépreux.Le Père et les Sœurs seuls sont bons pour nous.Vous faire partir de la sorte, c\u2019est injuste! » Oui, nos malades nous sont restés fidèles jusqu\u2019au bout, et cela offusquait quelque peu le patron qui n\u2019a pas encore obtenu tant de sympathie.Il faut dire que sa manière de se comporter avec eux n\u2019est pas de nature à provoquer l\u2019affection. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 201 Les derniers temps nous furent très pénibles.Outre la perspective d\u2019avoir à abandonner des êtres extrêmement malheureux, nous goûtions aux tracasseries de la revision des comptes du lazaret par les Rouges.Au terme d\u2019une de ces séances où il s\u2019exténuait à réfuter leurs arguments, le Père Chevalier nous disait: « Le patron se débattait comme un diable dans un bénitier tant il aurait voulu l\u2019emporter et voir s\u2019ouvrir la prison devant moi! C\u2019eût été son triomphe et ensuite il eût pu narguer les lépreux à sa guise.» Par tous les bureaux où nous avons dû passer, nous avons trouvé ce monsieur déjà rendu.A Canton, le jour de notre départ, il y était encore.Nous croyons qu\u2019il n\u2019était pas rassuré sur son propre compte; peut-être craignait-il que le Père Chevalier ne l\u2019accusât.Nous laissons derrière nous nos pauvres enfants qui luttent et devront lutter combien de temps ?C\u2019est une vraie vie d\u2019enfer qui leur est faite.On ne peut se former une idée exacte du régime communiste.Même quand on l\u2019observe de ses yeux, on en ignore bien des menées.C\u2019est la tactique du diable de tous les temps pour perdre les âmes: flatter les passions, faire miroiter pour l\u2019avenir des promesses d\u2019avancement, de bien-être, de liberté.Nos lépreux ne sont pas dupes; la seule expérience des remèdes leur fait douter de la sincérité des autres promesses.Le 7 octobre 1951, le chef de la Police de Shek Lung, dans un discours devant les autorités de Canton et de Tung Koon venues pour la prise de possession de la léproserie, annonçait que « les œuvres en Chine seraient désormais accomplies par les Chinois, que le gouvernement enverrait des médecins et des remèdes, que ce serait beaucoup mieux qu\u2019auparavant ».Mieux qu\u2019auparavant!.allez y voir.Actuellement, c\u2019est vrai, il y a à la tête de la léproserie deux communistes sur qui plane le titre de médecin, mais qui ne connaissent pas même le nom des remèdes et qui ont une peur bleue de la lèpre et des lépreux.Avec cela, pour éviter de se compromettre, car tout médecin est responsable du patient qui lui meurt entre les mains, ils ne procurent aucun soulagement aux lépreux.Tant que nous avons pu tenir, nous nous sommes dépensées pour adoucir le triste sort de ceux-ci, les consoler, les encourager.« Et maintenant, disaient nos patients, il ne nous reste plus qu\u2019à souffrir et à mourir.Ne vous inquiétez pas de nous, mais priez beaucoup pour nous.» L\u2019attitude de nos chrétiens a été vraiment admirable.Dès la prise de possession, ils s\u2019entendirent pour prendre à leur charge les frais du culte et l\u2019entretien des deux chapelles, de même que les parures des grandes fêtes.Ils ne s\u2019épargnaient pas.A Noël, lors de la préparation des crèches, la lépreuse qui aidait Sœur Marie-des-Oliviers 1 apporta à la chapelle des hommes quelques bouteilles d\u2019huile et des décorations de la chapelle des femmes.Un lépreux, s\u2019étant aperçu de la chose, courut avertir ma Sœur et lui tint ce langage: « Dis-lui bien que nous ne voulons pas qu\u2019elle apporte quoi que ce soit pour la chapelle des hommes.Nous aussi nous voulons avoir notre mérite et faire quelque chose pour le bon Dieu; nous achèterons nous-mêmes ce qui manquera.» Du côté des femmes, on rivalise de ferveur.Tous sentent le besoin 1.Gertrude Laforest, de Montréal. 202 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 d\u2019une assistance spéciale de Dieu.Ceux et celles qui sont pris dans l\u2019engrenage communiste se recommandent aux prières des autres.Le nombre des enfants de Marie augmente; celles-ci sont le soutien moral de la masse.Elles donnent l\u2019exemple partout.L\u2019une d\u2019elles nous demandait non seulement de prier, mais de supplier les Sœurs et les catholiques du Canada de bien vouloir prier pour les lépreux de Shek Lung.Et elle pleurait à chaudes larmes disant: « Qu\u2019allons-nous devenir?Aucun secours religieux; personne pour nous conseiller et continuellement exposés à agir contre notre conscience! Demandez beaucoup, beaucoup de prières pour nous, les malheureux lépreux de Shek Lung.» Présentement, dans l\u2019île, c\u2019est la réforme.Toute la léproserie est organisée de telle manière que personne n\u2019y puisse échapper.Des menaces appuient toujours les ordres donnés.Chacun fera publiquement la confession de sa vie, etc., etc.Tous ceux qui sont témoins devront rectifier ou ajouter au besoin.Tout est passé au crible.Auront des fautes et seront déclarés coupables ceux à qui les communistes voudront en imputer, spécialement ceux qui ont eu le plus de rapports avec les Pères et les Sœurs ou qui ont eu quelque autorité jadis.Alors il leur faudra sacrifier leur mince avoir et expier leurs soi-disant crimes au cachot, ou être condamnés à un temps indéfini de travaux au-dessus des forces d\u2019un lépreux.Le sort de nos malades est notre unique pensée.Toute notre vie leur est dévouée et aujourd\u2019hui plus que jamais nous nous sentons pressées de redoubler de générosité et d\u2019amour afin d\u2019attirer des bénédictions de choix sur eux.Toutes, nous n\u2019avons qu\u2019un désir à exprimer: dès que le bon Dieu permettra des temps meilleurs, retourner auprès de nos lépreux.Sœur Saint-Lazare SM.I.C.Le sacrifice que j\u2019appréhendais de faire depuis si longtemps est consommé.Le 3 juin au matin nous avons dit adieu à notre chère léproserie.Étrange coïncidence, n\u2019est-ce pas?Il y eut différentes manières de célébrer le jubilé d\u2019or de notre Communauté.Partout l\u2019on se réjouissait; à Shek Lung le cœur saignait.Pour notre Institut, je n\u2019ai rien de meilleur à offrir au bon Dieu que ce sacrifice, le plus grand de ma vie.C\u2019est si triste! abandonner nos lépreux, des êtres déjà si malheureux, à la merci d\u2019énergumènes! Notre départ avait été fixé d\u2019abord au vendredi 30 mai.Tous, hommes, femmes, enfants, anciens, nouveaux, étaient navrés de douleur.Un soldat communiste lépreux, arrivé depuis deux semaines, sanglotait, tant il était découragé.Depuis l\u2019occupation de la léproserie nos malades ne savaient comment nous exprimer leurs regrets et leur fidèle reconnaissance.De peur que nous ne manquions du nécessaire, ils ne cessaient, malgré leur indigence, de nous envoyer fruits, poulets, lapins.Comme ils ont bon cœur nos lépreux! Plus les communistes cherchaient à nous noircir à leurs yeux, plus ils redoublaient d\u2019attachement! Toutes les calomnies furent inventées; le Père fut accusé d\u2019avoir détourné de l\u2019argent de la léproserie pour son usage personnel.Sœur Supérieure, Sœur Marie-des-Oliviers et moi avons soigné les lépreux jusqu\u2019au soir du lundi 2 juin.Depuis le fatal 7 octobre 1951, nous avions con- 1.Juliette Rainville, de Beauport. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 03 tinué comme par le passé à nous occuper des malades: injections, médicaments, amputations.Vers la fin de notre séjour à Shek Lung, le travail surabondait.Les malades en profitaient, sachant ce qui les attendait après.L\u2019année dernière, le médecin allemand de l\u2019Hôpital de Toung Koon nous avait enseigné un médicament très efficace pour combattre les poussées de lèpre: tartrate de potasse et d\u2019antimoine à 1% en injections intraveineuses.En plus des traitements ordinaires, nous donnions tous les jours plus de cent de ces injections.Il y a bien pour nous remplacer deux gardes-malades et deux prétendus médecins, mais leur travail consiste à s\u2019amuser, à se coucher sur la véranda, et tout au plus à distribuer des remèdes pendant une demi-heure.Les médecins ne veulent pas soigner les mourants, par crainte de la prison.Ils connaissent trop bien le Régime actuel; cela ne leur donne pas du cœur à l\u2019ouvrage! En outre, ils ont tellement peur de la lèpre qu\u2019ils n\u2019osent pas mettre une goutte de médicaments dans les yeux de leurs patients! Et ils sont venus les guérir! Il faut vivre sous le régime communiste pour saisir la perversité de ses adeptes.C\u2019est vraiment diabolique.Le mensonge, le vol, la haine, la discorde, le meurtre, la paresse, touts les vices sont leur lot; et le plus révoltant, c\u2019est qu\u2019ils donnent à tout cela l\u2019apparence de la vertu.A les entendre ils sont des saints à canoniser et ils travaillent à libérer la Chine.Pauvre peuple libéré! il jouit de la liberté du diable.Il lui est même défendu de pleurer son malheur.Il faut sous peine de mort chanter sur tous les tons les bienfaits du communisme.Actuellement la léproserie comme toute la Chine passe par la Réforme.On doit dénoncer, accuser son prochain, dire tout ce que l\u2019on sait de mal des autres sous couleur d\u2019affranchir le peuple de ses anciens tyrans.Si les gens pouvaient parler, ils crieraient de toutes leurs forces que les tyrans, ce sont eux, les communistes! A la léproserie, ces réunions de réforme ont lieu le soir et se prolongent à une heure avancée.Trois délégués par chambre sont contraints d\u2019y assister.Défense sous peine de mort de révéler ce qui fait le sujet de ces assemblées.Un jour, je remarquais devant le Père Chevalier: « Le démon doit ricaner du fond de l\u2019enfer en voyant les missionnaires expulsés de la Chine.\u2014 Oui, répondit-il, mais il doit le faire de dépit comme sur le Golgotha, car il est impossible que tant de souffrances ne contribuent au salut d\u2019un grand nombre.» Lundi 2 juin, nous avons travaillé auprès de nos chers malades toute la journée.Un vieux lépreux, peu expansif de coutume, me dit en se portant la main au cœur: « Ma Sœur, encore une journée avec nous.Comme ça fait du bien là! » Le lendemain nous apprenions au retour de la messe que nous devions partir de la léproserie dans une heure.Ce n\u2019est pas adieu que j\u2019ai dit à la léproserie, mais au revoir.Si vous saviez combien j\u2019étais heureuse là-bas! Les derniers temps, je consolais nos pauvres malheureux par ces paroles: « Patientez.Nous reviendrons plus tard! » Ça leur ramenait un sourire à travers leurs larmes.Si ce plus tard pouvait ne pas être trop éloigné.Seul, le bonheur du ciel me paraît supérieur à celui de retourner à la léproserie!\tSaint-Charles-de-Milan M.I.C.1.Jeanne Bouchard, de Saint-Éloi, Témiscouata. Lettre d\u2019une jeune catholique chinoise à une amie réfugiée au Japon « Quand tu recevras cette lettre, je serai déjà en prison! Je dois me rapporter le 14 de ce mois.N\u2019oublie pas cette glorieuse date.J\u2019ai disposé de tous mes objets personnels, à l\u2019exception de ces photos que je t\u2019envoie: je ne puis me résoudre à les détruire.Je t\u2019en prie, conserve-les pour moi.« Aujourd\u2019hui, je suis allée faire mes adieux à la Mère X., car je crains fort de ne pas pouvoir me rendre à la gare le jour de son départ pour le Japon.Au moment de la quitter, j\u2019ai ressenti une tristesse affreuse.Je n\u2019ai pas le courage de penser à quoi que ce soit, sinon au ciel.« On m\u2019a interrogée à plusieurs reprises.La première fois l\u2019interrogatoire a duré neuf heures.Ce sont des moments durs à traverser.Ma sœur Marie s\u2019est rendue malade à force de s\u2019inquiéter à mon sujet: elle est à l\u2019hôpital.« Prie pour moi: tu ne peux t\u2019imaginer à quel point je souffre.Plusieurs de mes amies m\u2019ont trahie; prie et fais pénitence pour que le bon Dieu le leur pardonne.La plupart des prêtres que nous connaissons ont été emprisonnés.Ne les oublie pas dans tes prières: qu\u2019ils aient le courage d\u2019accepter le martyre.Le plus pénible de tout, c\u2019est ma famille.Le jour où mes parents ont aperçu dans le journal mon nom au milieu de la liste des accusés, ils sont tombés à mes genoux en me suppliant d\u2019abandonner ma Foi.O mon Dieu, c\u2019est alors que pour la première fois j\u2019ai pleinement compris ce que peut être la souffrance.« Je n\u2019ai plus rien à t\u2019offrir à part mon affection.Je te l\u2019offre avant de mourir, à toi et aux Mères qui ont été si bonnes pour moi.Même si je dois perdre la vie, je préfère cette mort à la mort éternelle que je mériterais en reniant ma Foi.Chante Y Alleluia avec moi! » * * * Une vieille maman de 83 ans écrit à sa fille missionnaire en Chine Ma bien-aimée fille, En réponse à ton aimable et si intéressante lettre que j\u2019ai lue et relue avec beaucoup de joie et de courage, je viens te dire que j\u2019ai bien compris ton zèle à enseigner la religion à ces pauvres infidèles, cela pour l\u2019amour de ton cher Époux.Eh bien, oui, tu fais bien d\u2019employer le reste de tes forces pour l\u2019amour et la gloire du bon Dieu.Ma chère enfant, tu sais, par expérience, que nous t\u2019avons donnée au bon Dieu de bon cœur; eh bien, je suis encore dans la même disposition.Soutiens tes œuvres d\u2019après les avis de ta révérende Mère et nous serons tous, je l\u2019espère, capables de supporter tout ce qu\u2019il plaira au bon Dieu de nous envoyer, avec le secours de sa grâce; et si tu fais plus, volontairement, ce sera, j\u2019espère, une compensation pour ceux et celles qui n\u2019en feront pas assez.Je t\u2019assure que si nous avons fait voir que nous aimerions bien que tu reviennes, c\u2019est le naturel qui a parlé; mais quand on réfléchit, on s\u2019aperçoit que c\u2019est la volonté du bon Dieu qui passe avant tout. GAGALANGIN, MANILLE Hindi Pa Zap us.par Sœur JOSEPH-ARTHUR M.I.C.C\u2019était par une chaude matinée de la saison des pluies que j\u2019avais aperçu pour la première fois le vieux X., à bout de forces, écrasé sur ses talons à l\u2019entrée de la clinique, incapable de faire un pas de plus.Quelle pitié! Une carcasse ployant sous le poids des années et de la misère! Une vie qui ne tenait plus qu\u2019à un fil! Et pourtant, quand je m\u2019étais approchée de lui, il m\u2019avait regardée intensément et avait prononcé ces mots: « Hindi pa tapus.» (Ce n\u2019est pas fini.) Qu\u2019est-ce qu\u2019il entendait par là ?Cette phrase, il me la répéta souvent dans la suite et jusqu\u2019au moment de fermer les yeux; il en avait fait comme un mot d\u2019ordre auquel s\u2019accrocher quand le souffle se dérobait.Pas fini ?Non.Grand-père avait à faire sa première communion.Il appartenait à cette classe des hommes de bonne volonté que les anges ont salués à Bethléem.Baptisé, il avait vécu d\u2019après la loi naturelle écrite au fond de son cœur, car de sa religion il n\u2019avait pas eu occasion de s\u2019instruire.Sa femme, guère plus savante, avait essayé de son pauvre mieux de partager avec lui des bribes des principales vérités de foi.« Je n\u2019ai jamais reçu^ le bon Dieu; je ne suis certainement pas digne d\u2019un si grand honneur », me répondit le vieux Philippin avec l\u2019humilité du centurion de l\u2019Évangile quand je voulus le préparer au Viatique.Je l\u2019assurai que le Roi du ciel ferait sa joie de descendre chez lui.Mon patient, surpris, ne demanda pas mieux.Il se confessa, reçut sa première hostie et l\u2019Extrême-Onction.Il vécut quelques jours encore.Un bon matin on vint me chercher.Le vieux X.se mourait.Je le trouvai étendu sur le parquet, râlant.Une injection lui fit un bien momentané et j\u2019appelai le prêtre.Le moribond se confessa une dernière fois.Tandis que le prêtre allait chercher le Saint Sacrement, je le préparai: « Grand-père, comme le bon Dieu est bon! Il vous invite maintenant dans son beau ciel pour jouir avec lui éternellement.Vous êtes heureux, n\u2019est-ce pas ?» Deux yeux inquisiteurs me fixèrent et je saisis un nouveau « Hindi pa tapus.\u2014 Non, ce n\u2019est pas fini: le bon Dieu va venir dans votre cœur avant.» Rassuré, le mourant referma les yeux et son visage prit une expression de paix heureuse.Il répondit aux prières avec un accent qui témoignait de sa lucidité et de son ardent désir.Fort du Pain des voyageurs, il dit enfin: « C\u2019est fini-Je pars content.Au revoir, au ciel! » 1.Laura Thérien, Saint-Léonard d\u2019Aston. LAS PINAS, ILES PHILIPPINES mwm par Sœur SAINT-AMÉDÉE i, M.I.C.Rien de plus « corvée » que la course aux emplettes dans le bruyant Manille ! Sœur Gabriel-de-l\u2019Annonciation1 2 et moi accomplissions un de ces prosaïques pèlerinages de boutique en boutique, lorsqu\u2019une dame, accompagnée de deux jeunes filles, nous aborde et nous prie d\u2019aller baptiser un bébé mourant.Un presbytère se voyait non loin: « Il faudrait vous adresser au prêtre », faisons-nous remarquer doucement.Mais l\u2019inconnue de répondre qu\u2019elle vient justement du presbytère et que le prêtre est absent; le temps fuit; la mort guette sa petite victime.« C\u2019est bien.Dans ce cas, nous vous suivons.» Recommandant notre démarche à la Sainte Vierge, nous montons en voiture.Après un assez long trajet à travers la campagne, nous atteignons le barrio où la Providence nous envoie faire l\u2019emplette d\u2019une âme pour le ciel.La voiture stoppe devant une cabane à toit de chaume.Une échelle donne accès à l\u2019unique pièce où je compte une vingtaine de personnes.Au milieu de la place, assise par terre, la mère soutient son enfant moribond couché sur une natte.Je m\u2019agenouille près de la mère et l\u2019on me tend un énorme flacon d\u2019eau.Me recueillant pour invoquer l\u2019auguste Trinité, je verse l\u2019eau et prononce les paroles sacramentelles par lesquelles Dieu lui-même adopte un être de misère comme son propre fils ou sa propre fille.Marie-Adela a sur-le-champ une si grosse suffocation qu\u2019elle en est secouée dans son éternité.Nous consolons la pauvre maman avec des mots d\u2019espérance et retournons au prosaïsme de nos emplettes.Cet intermède du ciel nous rend la corvée suave.Plus haut que le tapage de la foule affairée, un cantique de joie et de reconnaissance chante dans nos âmes de missionnaires-commissionnaires du bon Dieu! 1.\tÉmilienne Vézina, de Québec.2.\tIda Carrière, de Hammond, Ont. JÇa tentlée deâ claà&eâ par Sœur SAINT-EDMOND \\ M.I.C.Il n\u2019est pas encore 7 heures du matin et déjà la cour de l\u2019école est pleine d\u2019animation et de rires.Autant l\u2019on avait salué avec enthousiasme l\u2019ouverture des vacances, autant l\u2019on semble heureux de reprendre livres et cahiers.La jeunesse philippine aime vraiment l\u2019étude.Nous enregistrons un total de cinq cent soixante-quinze élèves répartis en douze classes.La plus mouvementée, la plus spectaculaire, est sans contredit celle des tout petits.C\u2019est tout un problème pour ces bébés d\u2019à peine cinq ans de s\u2019acclimater à l\u2019atmosphère du savoir et de la discipline.Tout va bien jusqu\u2019au signal de la cloche qui provoque les séparations.« T atay ! Nanay!)) (Papa! Maman!) Les orages éclatent et se suivent ininterrompus.Il y a des mères assez patientes pour se tenir toute la matinée aux abords de la classe et faire de temps en temps des apparitions réconfortantes pour leurs enfants.Un jeune papa pousse la sollicitude jusqu\u2019à éventer son fils, par la fenêtre, avec une feuille de bananier; et cela pour la durée de la classe! Gregorio, un nouvel inscrit, est chargé par ses parents de veiller sur sa sœurette, Carmelita; tous deux commencent leur apprentissage scolaire.Gregorio tient donc continuellement la main de Carmelita, et s\u2019il s\u2019aperçoit qu\u2019elle pleure, il lui passe le bras autour du cou et se la rapproche davantage.Le plus comique, ou le plus héroïque de l\u2019affaire, c\u2019est que le petit garçon lui-même a le cœur gonflé.Il n\u2019en peut plus d\u2019efforts pour se maintenir à la hauteur de sa position d\u2019ange consolateur! Juanita, au contraire, est d\u2019une belle indifférence pour tout ce qui se passe autour d\u2019elle; son unique préoccupation porte sur une volumineuse tablette de papier et un crayon rouge qu\u2019elle serre sous son bras sans vouloir les déposer nulle part, pas même à l\u2019heure de la récréation.Cependant larmes et alarmes cessent brusquement quand paraît Sœur Supérieure avec une énorme poupée rose venue du Canada.« Monica ! Monica ! » (poupée) crient les enfants.Les minois pluvieux s\u2019ensoleillent et les mains se tendent vers le joujou.Le lendemain la même scène se répète avec la différence qu\u2019on a recours à une grosse balle aux couleurs vives au lieu de la poupée.L\u2019effet s\u2019avère encore magique.Mais voici qu\u2019au soir de ce deuxième jour de classe, José, un des commençants, se présente l\u2019air décidé au bureau de Sœur Directrice et la somme de le faire monter de classe: « Dans la nôtre, dit-il, ça pleure toujours: on ne peut pas s\u2019instruire.Ensuite on nous renvoie de meilleure heure que les autres.Moi, je veux être dans une classe où l\u2019on reste toute la journée! » Tant de sens pratique ne pouvait qu\u2019obtenir gain de cause.José appartient maintenant à une classe où ça ne pleure pas et où il peut s\u2019instruire tout son soûl! 1.Irma de Ladurantaye, de Cap-Saint-Ignace. -À-lBÂTEAtJ, HAITI f| T-AKTOtKE Çar Sœur MARIE-THÉODORE i, M.I.C.L\u2019angélus sonne au clocher de l\u2019église.Il est 5 heures.Il n\u2019y aura pas de messe au Centre ce matin, car le R.P.F.Mitchell est parti pour Renaudin, desserte de Roche-à-Bateau, dont c\u2019est aujourd\u2019hui la fête patronale.Nous-mêmes, Sœur Gemma-du-Sauveur1 2 et moi, devons nous rendre à cette célébration.Le temps donne des inquiétudes.Une brume épaisse pose des fichus de laine aux épaules des montagnes, tandis que de vilains nuages semblent vouloir se diriger eux aussi vers Renaudin.Qu\u2019importe! En selle! Frais et dispos, nos coursiers piaffent d\u2019impatience à la porte.Nous laissons derrière nous le bourg endormi et galopons sur une route quasi déserte: les pèlerins de la Saint-Antoine sont tous partis de la veille.Nous croisons un groupe de paysannes allant au marché et quelques clients du dispensaire qui calculent tous arriver premier ! On nous salue d\u2019un cordial bonjour et on nous avertit charitablement que « la pli Vap vini chemins yo macarons ! » (La pluie s\u2019en vient et les chemins sont mauvais!) « Ce ne sont pas les chemins de Saint-Simon de Bagot.mais quel panorama! » me lance ma compagne qui n\u2019est jamais allée à Renaudin.Nous n\u2019en finissons plus de gravir et de redescendre des collines, de traverser à gué des rivières, de parcourir des sentiers étroits et tortueux.Nous suivons notre guide de près de peur de nous égarer.Nous voici au fameux Pont-Victor, 1.Lucienne Gadoury, de Sainte-Êlisabeth, comté de Joliette.-\t~ 2.Gemma de Grandprê, de Saint-Simon de Bagot. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 09 endroit peu commode à franchir en tout temps.De « Pont » il n\u2019y en a que dans le nom, et probablement dans les rêves de tous ceux qui ont essayé ce casse-cou! Imaginez-vous la descente d\u2019un précipice très escarpé et, en bas, un marais où vous avez des chances de rester pris.J\u2019admire l\u2019intelligence de nos bêtes: elles se laissent glisser sur leurs sabots et, une fois dans la boue, se débattent avec énergie de leurs quatre pattes.Braves bêtes! qui ne les aimerait après de telles prouesses! On dirait que la mienne n\u2019a qu\u2019un souci, celui de ma personne.La Providence nous envoie le secours d\u2019un saint Christophe Noir qui s\u2019offre à nous faire traverser à tour de rôle.Le Pont-Victor lui est familier.Dociles, nos montures se laissent empoigner par la bride.De l\u2019autre côté, l\u2019ascen»ion reprend, impitoyable.La chapelle de Renaudin apparaît enfin, perchée sur un sommet qui domine le massif.Une dernière montée et nous voilà parmi les pèlerins surpris de notre audace.Ils poussent leurs compliments jusqu\u2019à nous assurer que la fête sera plus belle puisque nous sommes là! Sœur Marie-Théodore (Lucienne Gadoury, de Sainte-Élisabeth) et Sœur Gemma-du-Sauveur (Gemma de Grandpré, de Saint-Simon de Bagot) partant pour Renaudin. 210 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 La chapelle est remplie et la messe vient de commencer.Le directeur des prières s\u2019empresse de nous offrir des chaises que le servant a l\u2019heureuse idée d\u2019aller placer tout juste devant deux couples de mariés qui viennent d\u2019échanger leurs serments! Vraiment, nous préférons céder l\u2019honneur du premier rang tout entier aux nouveaux époux et glissons nos sièges de côté.Un gros madrier a été déposé en guise d\u2019agenouilloir: nous le partageons avec les mariés et les premiers communiants.Quelle pauvre chapelle ouverte à tous les vents! Un plancher de terre battue; pas de bancs; pour autel, une simple table! C\u2019est du Bethléem tout pur et le bon Dieu a encore l\u2019infinie bonté d\u2019y descendre pour la consolation des plus humbles d\u2019entre les humbles.Après la messe, nous distribuons force médailles.S\u2019apprête alors la cérémonie des baptêmes.Cinquante-trois! Les parrains et marraines doivent présenter une carte paroissiale attestant qu\u2019ils ont une connaissance suffisante de la religion.Il est vraiment difficile de trouver dans les mornes des Haïtiens aptes à garantir la formation chrétienne d\u2019un nouveau baptisé.Les formalités remplies, tout le monde se place en cercle et le Père Curé va d\u2019un groupe à l\u2019autre, administrant le sacrement.Cinquante-trois petits gosiers entonnent successivement un « hymne au sel imposé »!.A l\u2019autre bout de la chapelle, pendant ce temps, des marchandes accroupies vendent des douces.Dehors, on s\u2019interpelle, on cause, on rit, on s\u2019invite.Une fête patronale est toujours un surcroît de fatigues pour le missionnaire: catéchismes, baptêmes, messe, sermon, procession.Tout cela s\u2019enchaîne sans le bienfait d\u2019un moment de répit.Nous allégeons quelque peu la tâche du R.P.Mitchell en déchiffrant pour lui les noms des baptisés, des parents, etc., et en les transcrivant aux registres.Ce travail diffère l\u2019heure du retour et nous évite par le fait même une pluie torrentielle comme les nuages d\u2019Haïti savent en prodiguer.Une visite à un malade nous épargne les transes du Pont-Victor: la charité, c\u2019est quelque chose d\u2019avantageux!.Nous rentrons à Roche-à-Bateau par une autre route accrochée à des pentes dont nos chevaux dévorent l\u2019espace.De la Saint-Antoine à Renaudin nous avons eu la meilleure part: la part missionnaire.Là-bas, les villageois continuent bruyamment à fêter leur saint patron.Le terme de notre existence, c\u2019est Dieu.Toute notre activité, toutes nos aspirations, toutes nos énergies doivent tendre vers ce but.Sans lui, qn tenterait en vain d\u2019expliquer le pourquoi de notre passage sur la terre.L\u2019Église nous enseigne ces vérités.Elle nous les prêche et les met à notre portée.Si nous savions prêter une oreille plus attentive à ses enseignements, si tous les hommes embrassaient la foi avec ses exigences pratiques, le monde changerait de face.R.P.G.Leclerc, M.S.C. par Sœur MARTHE-DE-BÉTHANIE M.I.C.Le Ministère de l\u2019Éducation à Cuba consacre chaque année une semaine entière au développement physique, intellectuel et moral de l\u2019enfant.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la Semana del Nino.Pendant cinq jours, les écoles publiques ou privées, approuvées par le Gouvernement, doivent réaliser des activités spéciales en harmonie avec un programme officiel.Cette année, la semaine de l\u2019enfant se tint du 25 au 29 février.A cause de la mauvaise température, l\u2019on dut cependant remettre à plus tard l\u2019excursion projetée pour le groupe d\u2019élèves senior.Le Colegio de Marti fixa la sienne au 13 mars.Ce voyage, pour avoir été retardé, n\u2019en fut que plus beau: il eut l\u2019attrait du longtemps désiré! Donc, le 13 mars, par une température idéale, nous roulions, Sœur Saint-Joseph-Calasanz 1 2 et moi, avec nos grandes de septième et huitième année, vers Matanzas, sur la Via Blanca, route neuve qui longe la mer en passant par Veradero, une des plus belles plages du monde.Notre première visite fut pour la Cueva de Bellamar, grottes souterraines creusées par la nature, et situées aux limites de la ville de Matanzas, tout près de la baie de ce nom, à proximité de l\u2019enchanteresse Vallée du Yumuri.Cette zone de Cuba, dirait-on, a comme rassemblé toutes les beautés tropicales pour en rendre grâces à leur Créateur.Nous accédons aux grottes par un escalier de fer.Quoique l\u2019électricité y soit installée, notre guide n\u2019en prend pas moins avec lui, par mesure de prudence, un puissant projecteur.Nous pouvons admirer dans tous leurs détails les merveilles qu\u2019ont sculptées dans la pierre de simples gouttelettes d\u2019eau filtrant de l\u2019épaisse couche de terre au-dessus de nos têtes.Dans les figures dessinées, on reconnaît ici un chèche, là le buste du patriote Marti, ailleurs les chutes Niagara sous la neige.Les minéralogistes ont observé que les pierres en forme de glaçons qui constituent la voûte augmentent d\u2019un pouce carré en onze années.Le secret du travail d\u2019artiste des petites gouttes d\u2019eau est l\u2019élément « temps ».Vers le milieu des souterrains, l\u2019on a pratiqué dans la voûte une ouverture jusqu\u2019à la surface du sol.A ce point précis, nous sommes à cent vingt-cinq pieds sous terre! Certains historiens attribuent la découverte de la Cueva de Bellamar à Eusebio Guiteras, en 1871; d\u2019autres à un Chinois.En tout cas, cette découverte 1.\tBerthe Pothier, des Trois-Rivières.2.\tJeanne-Berthe Morin, de Mont-Laurier. 212 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 est due à un ouvrier qui, étant à extraire de la pierre pour les fourneaux à chaux, vit son instrument s\u2019enfoncer tout à coup dans le vide.Des recherches furent entreprises et l\u2019on constata que les souterrains mesuraient sept cents mètres de long sur un à sept de large.Lors de la Guerre de l\u2019Indépendance, les Cubains ne trouvèrent pas de plus belles cachettes pour déposer les armes enlevées à l\u2019ennemi.Pour bien nous convaincre de l\u2019impossibilité où nous serions de sortir sans son aide de ce labyrinte, notre guide, après avertissement, éteint toute lumière.Les ténèbres sont si épaisses que l\u2019on ne peut vraiment s\u2019y reconnaître.En quittant ce musée de pierre, pour habituer nos élèves à mettre le bon Dieu dans leurs excursions, nous allons visiter la cathédrale de Matanzas.Elle est très ancienne, possède des tabernacles dorés et de fort belles statues, entre autres, une Vierge de Fatima, grandeur naturelle, et qui vient d\u2019Espagne.C\u2019est cette Madone qui fut l\u2019objet de célébrations grandioses à son arrivée dans l\u2019île.\u201cS'.Mi ¦ PREMIERS COMMUNIANTS DU COLEGIO DE MARTI. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 13 Le dîner pique-nique se prend à Montserrate, sur la montagne dominant la Vallée de Yumuri.Ce nous est l\u2019occasion de saluer la Souveraine des lieux à son ermitage par un chapelet et le chant d\u2019un cantique.Puis, en route pour une exploration dans le domaine de l\u2019industrie.Nous arrêtons à une fabrique de liqueurs.Ceux qui ont vécu en pays tropical savent quelle quantité incroyable de rafraîchissements s\u2019y consomment! Le gérant, très courtois, donne aux élèves tous les renseignements capables d\u2019augmenter leur bagage scientifique.Il nous dit que de cette seule fabrique sortent deux mille caisses de liqueurs par jour!.Le propriétaire nous conduit au Parc Wat-kin, non loin.Ce parc est entretenu par les Écoles Supérieures de Matanzas qui désirent en faire un jardin zoologique, réplique miniature de celui de la Havane.Nous croisons un petit singe à l\u2019entrée.Les canards ont à leur disposition une vaste piscine.Mais l\u2019aquarium est surtout intéressant, peuplé qu\u2019il est de magnifiques poissons rouges et jaunes.Une plaque commémorative nous apprend que ce parc eut son Mécène, M.Bartholomé Watkin, dont le père, M.Tomas Watkin, fut une grande figure de l\u2019industrie.Sur le chemin du retour, nous visitons l\u2019École Polytechnique.M.le Directeur n\u2019épargne rien pour rendre notre visite instructive.Malheureusement, la plupart des ateliers sont fermés, Messieurs les professeurs quittant les lieux à 4 h.30.Tout de même nous pouvons avoir un bon aperçu de l\u2019organisation de l\u2019école et du travail qui s\u2019y accomplit.Nous remercions M.le Directeur qui nous invite à revenir.Et nous rentrons à Marti.Le long de la route nous égrenons un deuxième chapelet.Puis l\u2019une de nos élèves, douée d\u2019une très jolie voix, entraîne d\u2019elle-même ses compagnes à chanter des cantiques à la Sainte Vierge et à saint Joseph: c\u2019est réellement la fin d\u2019un jour parfait! \u2022 \u2022 \u2022 Celui dont l\u2019optimisme s\u2019alimente aux vraies sources, celui qui désire de tout son cœur dévouer sa vie à une tâche constructive et non pas seulement rêver de gloires passées dans un palais bâti par d\u2019autres, celui qui a entendu sonner dans son âme comme une bonne nouvelle la parole du Maître, celui-là n\u2019a plus aujourd\u2019hui de raison de se plaindre.La tâche à accomplir s\u2019étend à perte de vue dans toutes les directions et pour longtemps; sur les chantiers de la Sainte Église nous sommes délivrés de la perspective du chômage.Tant pis pour les autres dont le seul désir est de dormir sans rêves, pour ceux qui s\u2019enferment derrière leurs portes rembourrées, capitonnées et ne veulent pas entendre le cri de détresse du Rédempteur qui gémit parmi toutes ces humanités tâtonnantes loin de l\u2019unique pasteur.Tant pis pour ceux qui n\u2019ont jamais voulu ajouter à toutes leurs causes d\u2019insomnie le tourment de YAdveniat regnum tuum et la faim et la soif de la justice.Le Seigneur a pourtant appelé cela une Béatitude.\tRPR Charles S J par Sœur SAINT-JEAN-D\u2019ÉPHÈSE i, M.I.C.Il y a près de cinq ans, un Chinois à l\u2019aspect vénérable, tenant par la main son garçonnet de six ans gravissait lentement le long escalier conduisant à notre École.Presque à chaque marche, le bon papa abaissait sur son fils un regard chargé d\u2019amour et de complaisance.C\u2019était son cinquième rejeton que M.Yang Tian Hua venait ce jour-là confier à la direction des Religieuses.Déjà Feley, Emelita, Rosa, Henry et Mary fréquentaient nos classes.Tout ce petit monde frappait par un air de candeur et de simplicité propre aux enfants chrétiens.Pourtant, les Yang étaient encore de fervents bouddhistes fortement attachés à leurs idoles.Mais cela n\u2019empêchait pas nos cinq élèves de se livrer avec ardeur à l\u2019étude du catéchisme et d\u2019y remporter les meilleures notes: les vérités de notre Foi trouvaient en ces cœurs simples un terrain tout à fait propice.Mary et Henry furent les premiers à solliciter le baptême.Cette grâce leur fut octroyée le 10 février 1950, et le jour suivant, ils faisaient leur première communion.C\u2019étaient les prémices d\u2019une belle famille que le Seigneur convoitait.Dans l\u2019intervalle, Feley, l\u2019aînée, ayant terminé son cours élémentaire anglais, était devenue professeur au cours chinois.Elle et Emelita ne tardèrent pas à manifester le désir d\u2019être faites chrétiennes.Un problème se posait cependant pour Feley: elle était fiancée à un païen.La jeune fille vit donc le temps d\u2019épreuve et d\u2019attente se prolonger pour elle, tandis que les vœux de sa sœur étaient réalisés.Elle continua d\u2019assister fidèlement à la messe du dimanche et, par de pieuses industries, amena son fiancé à suivre son exemple.C\u2019était un grand pas! M.Lee consentit ensuite à prendre des leçons de catéchisme, oh! bien courtes, il était toujours si pressé!.Mais comme il promettait de se faire baptiser avant son mariage, Feley obtint la faveur qu\u2019elle demandait si instamment.Rosa, sa sœur cadette, la suivit bientôt, et puis ce fut le tour du candide Léoncio qui devint un heureux petit chrétien le 25 novembre 1951.1.Lorette Moran, de Saint-Boniface, Manitoba. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 15 Quelques jours avant son mariage, Feley avait la joie de voir l\u2019eau sainte couler sur le front de son fiancé.Celui-ci avait su profiter des brèves leçons reçues à notre École et aussi des substantielles répétitions que lui donnait sa future belle-sœur, Emelita, au cours des veillées qu\u2019il passait dans la famille Yang.LES CINQ ENFANTS YANG.C\u2019est maintenant un spectacle touchant que celui de ces six nouveaux chrétiens assistant pieusement à la messe et faisant la communion réparatrice des premiers vendredis et samedis de chaque mois! Mais le bon papa et la dévouée maman de cette brave famille ne partageront-ils pas le bonheur de leurs enfants ?.On le souhaite avec ardeur et de pressantes supplications montent vers le ciel à cette intention; mais eux se prétendent trop vieux pour s\u2019engager dans les pratiques d\u2019une religion nouvelle.Tout en veillant avec un zèle admirable à ce que chacun des jeunes s\u2019acquitte ponctuellement de ses devoirs de chrétien les parents continuent à rendre hommage à leurs antiques idoles.La prière seule obtiendra le don de la Foi à ces âmes simples et de bonne volonté.Faites-la donc monter avec confiance vers l\u2019Auteur de toutes grâces afin que ceux que les liens de l\u2019affection unissent si étroitement sur la terre voient un jour leurs âmes réunies dans le sein de l\u2019Éternel! KATETE, NYASSA-NORD 9\t0 IREMEDEJ1 COUIUMEi NÈGEEJ par Sœàï SAINT-LEON-LE-GRAND i, M.I.C.Je m\u2019en instruis peu à peu, l\u2019hôpital me fournissant beaucoup d\u2019occasions.Il n\u2019y a rien comme la maladie pour faire sortir aux Noirs leurs remèdes-fétiches! Dernièrement, un grand chef polygame dont j\u2019avais déjà soigné deux femmes m\u2019en amenait deux autres.Des cas de maternité pas très encourageants: l\u2019une a perdu quatre enfants dans le passé, l\u2019autre six.Je remarquai que le grand chef, tandis qu\u2019il me parlait, ne cessait d\u2019agiter une très longue queue de lion ou de vache; je n\u2019ai pu identifier à quelle bête ce morceau a jadis été rattaché! Cette queue, paraît-il, possède la vertu d\u2019éloigner tous dangers: esprits malins, maladies de toutes sortes, serpents, poisons.Plus que cela, quiconque la porte sur soi ne peut être atteint par les balles si l\u2019on tire sur lui: elles sont supposées s\u2019aplatir à côté! Inutile d\u2019ajouter que pareil talisman coûte cher et reste le privilège des grands.Derrière mon grand chef, fidèle comme son ombre, marchait un individu à triste mine: un esclave en chair et en os.L\u2019esclavage, me direz-vous, est aboli depuis longtemps.Oui, en principe.Non, en pratique.Ici au Nyassa, les esclaves sont nombreux et il y a pour les Noirs plusieurs manières, toutes aussi saugrenues les unes que les autres, d\u2019entrer en esclavage.Voici quelques exemples: Je suppose qu\u2019un chef de village en visite chez un de ses amis aperçoit des graines de semence qu\u2019il convoite.Il fait savoir à son hôte qu\u2019il les désire mais n\u2019a pas de quoi payer.Alors se conclut cet étrange marché: l\u2019homme aux graines dit à l\u2019autre: « Donne-moi un homme de ton village et tu peux apporter deux poignées de fèves.» Et il est ainsi fait.Le Noir donné en paiement doit donc quitter son village et se fixer au village de son nouveau seigneur.Il ne semble pas obligé de le servir uniquement et travaille pour sa propre subsistance.Cependant il lui est défendu de partir du village devenu sien.1.Pauline Longtin, de Montréal. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 17 Autre cas.Il arrive parfois qu\u2019un chef ne parvienne pas à se faire obéir de certains sujets qu\u2019on nomme incontrôlés.Le sort d\u2019un incontrôlé est vite décidé: il est percé d\u2019un coup de lance devant le village assemblé; mais si le chef a le cœur tendre et ne peut se résigner à tuer, il s\u2019y prend autrement pour se débarrasser de l\u2019insoumis.Il va rendre visite à un compère.Celui-ci le reçoit fort bien, fait tuer une vache pour fêter, et mange avec lui de la viande de poule., l\u2019honneur le plus insigne et le témoignage de la plus vive amitié chez les Noirs! Le rusé réfléchit à son affaire.Il dit: « Je n\u2019ai pas de bête à tuer, mais pour te remercier je t\u2019enverrai un homme de mon village.» Et voilà l\u2019incontrôlé qui passe sous le commandement de ce chef qui le tuera s\u2019il ne peut en venir à bout.Ceci n\u2019est pas de l\u2019histoire ancienne mais de la très contemporaine! Personne ne crie à l\u2019assassinat et le meurtrier n\u2019est jamais dénoncé aux Blancs.Quant aux Noirs, ça leur semble la chose la plus naturelle du monde! Souvent la disparition d\u2019une personne est arrêtée ou conseillée par le sorcier.L\u2019homme-sorcier jouit d\u2019une puissance et d\u2019un ascendant inimaginable.Notre professeur de citumbuka nous disait que les Noirs aiment bien mieux se trouver en face d\u2019un lion que d\u2019un sorcier, tant ils craignent ses pouvoirs.Et le sorcier d\u2019en tirer parti! Ses manigances se combinent toujours de nuit.Bien que la plupart soient de ridicules supercheries, il se voit des cas réels de possession diabolique.Tout sorcier est fabricant et marchand de remèdes.D\u2019après les indigènes, rien, absolument rien n\u2019arrive sans l\u2019influence d\u2019un remède.Y a-t-il maladie?un remède quelconque a été lancé par un ennemi.On consultera le sorcier pour savoir d\u2019où provient le mal et quel autre remède plus fort doit être employé.Y a-t-il sécheresse, mauvaise récolte, discorde au village, etc., c\u2019est toujours la même influence qui agit.Les sorciers sont des gens riches car ils font payer grassement leurs consultations et leurs remèdes magiques.Ces derniers consistent d\u2019ordinaire en de petits morceaux de bois ou d\u2019écorce qu\u2019il faut porter sur soi ou conserver à la hutte; ou bien, on doit les faire bouillir pour en boire le jus ou en asperger les murs avec force simagrées.Les indigènes croient dur comme fer à la vertu de ces remèdes.Nos chrétiens seraient censés être au-dessus de ces superstitions, mais il reste chez eux un atavisme dont ils ne peuvent toujours se défendre.Il ne leur est pas permis d\u2019acheter des remèdes des sorciers.Mais ceux-ci essaient par tous les moyens d\u2019attirer la clientèle.Par exemple, un sorcier ira de nuit arracher une herbe à la toiture de la hutte d\u2019un voisin.Réveillé par ce bruit insolite, le voisin s\u2019effraie.Le lendemain, indifféremment, le sorcier s\u2019informe comment il a dormi.Si l\u2019autre raconte l\u2019aventure de la nuit, le sorcier insinue que quelqu\u2019un lui veut du mal et il lui propose un remède de sa fabrication.Si le persécuté accepte d\u2019acheter la marchandise, il aura la paix la nuit suivante.Sinon, le sorcier ira faire mille sarabandes pour le convaincre de la présence de mauvais esprits ou d\u2019ennemis très dangereux.Les Noirs ont la terreur des esprits et des morts.C\u2019est pourquoi on couvre par-dessus la tête celui qui vient de rendre le dernier soupir et on ne le regarde plus.Je remarque de l\u2019étonnement même chez nos chrétiens lorsque à l\u2019hôpital je découvre la figure d\u2019un mort et sonde son cœur.Quelle chose horrible! Il n\u2019y a / Mm * 'J Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 2 19 que les étrangers pour oser faire cela! Aussi avons-nous la réputation d\u2019être des sorciers surpassant en puissance ceux du pays.Le cimetière est le lieu le plus redouté qui soit, puisque l\u2019habitation des esprits.On prétend que des sorciers plus hardis que leurs compères déterrent les cadavres et s\u2019en servent pour patenter leurs remèdes.Les assassins et les voleurs trouvent au champ des morts un asile idéal; on s\u2019y aventure le moins possible et jamais après la tombée du jour.Notre coutume d\u2019entretenir les tombes nous a valu d\u2019être reconnues fameuses sorcières à un nouveau titre! Je vous entends demander: « Des voleurs, y en a-t-il au Nyassaland?» Très peu au Nyassa-Nord; mais au Nyassa central, où la civilisation est plus avancée, existe un racket indigène.Les voleurs opèrent en bande d\u2019une quarantaine sous la direction d\u2019un chef.Quand celui-ci a découvert un étalage enviable, un magasin ou un garage bien monté, il se met en frais d\u2019étudier à quel moment et de quelle façon le coup a les meilleures chances de réussite.Pendant quatre, cinq, six semaines, il observe les habitudes des propriétaires.Puis, certaine nuit choisie avec soin, il conduit ses hommes à l\u2019endroit propice.A la porte des magasins veille toujours un gardien.Mais que peut-il contre une bande armée ?Il n\u2019a qu\u2019à remettre les clefs au chef qui les lui demande sous la menace d\u2019un énorme couteau recourbé et tranchant comme en ont les Indiens et les Arabes des livres de contes.La bande entre donc poliment et pille avec méthode.Que le gardien esquisse seulement un geste ou dise un mot, il le paie de sa tête.Leur ouvrage terminé, les brigands évacuent; le chef garde son arme en position jusqu\u2019à ce que le dernier de ses hommes ait disparu.Parfois le chef lui-même entre au magasin et distribue à chacun ce qu\u2019il doit emporter: autre procédé.Si par hasard le propriétaire survient pendant que le raid bat son plein, le chef de la bande sera le premier à crier au voleur et à offrir ses condoléances les plus sincères à sa victime.Il jouera son rôle avec tant d\u2019aplomb qu\u2019il rendra impossibles ou inutiles toutes démarches auprès de la police.Les Noirs sont rusés et se défient les uns des autres.Non sans raison! qui vous serre la main peut vous entrer sa lance dans le dos l\u2019instant d\u2019après! J\u2019ai parlé tantôt de cas de possession du démon.Eh bien oui! environ une fois ou plus par mois, le démon entre dans sa victime qui paraît alors, en plein jour, entièrement différente de ce qu\u2019elle a coutume d\u2019être.La nuit, le possédé s\u2019agite, est pris de consulvîons sataniques, lance des cris sauvages.Terrifié, son entourage cherche à apaiser les esprits et à leur plaire en dansant, etc.Le possédé demande des offrandes.On lui donne tout, tout, de peur qu\u2019il ne meure et que, le voyant mort, le démon n\u2019entre dans un des membres dè sa famille ou dans un de ses amis.Nous avons appris qu\u2019un possédé avait passé une nuit à la Mission.Toutefois, au centre de la chrétienté, les gens de cette espèce semblent impuissants.Mais l\u2019on voit tout de même la difficulté du travail missionnaire au milieu de populations qui sont imbues depuis des siècles d\u2019idées superstitieuses.Sœur Madeleine-Marie (Madeleine Loranger, de Westmount) cumule la tâche de Supérieure du Couvent de Katete et celle d\u2019institutrice des petits Noirs. jtv NYASSALAND KARO tl #' J1 m%> 55?m?'mm par Sœur MARIE-BERTHE i, M.I.C.Notre Mission de Karonga a débuté sous la douce égide de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, le 1er octobre 1951.Dès l\u2019aube de ce jour à jamais mémorable dans notre Institut puisqu\u2019il rappelle le décès de sa vénérée Fondatrice, nous quittions nos Sœurs de Rumphi qui nous donnaient depuis trois jours une franche hospitalité.Nous voyageâmes dix heures durant, le long de précipices sans fond ou de montagnes majestueuses avant d\u2019apercevoir la ligne bleue du lac Nyassa se dessinant à l\u2019horizon.Nous étions à Karonga vers les 5 heures.Une foule de Noirs massés devant la résidence des RR.PP.Blancs saluèrent avec enthousiasme notre dévoué Préfet Apostolique, Mgr Saint-Denis.Le lendemain il y eut fête organisée par les professeurs et les élèves de l\u2019école Sainte-Marie.Dès le 3 octobre, Sœur Supérieure et Sœur Marie-Anna commençaient leur travail scolaire.L\u2019école, trois cents pieds de long sur vingt-cinq de large, comprend dix classes et une chapelle au centre.Elle est en briques indigènes avec toit de chaume, n\u2019a que des ouvertures sans porte ni fenêtre en sorte que la brise du lac y souffle à loisir.Des cinq cents élèves de cette école, quatre seulement sont baptisés; des sept professeurs indigènes, deux seulement.Chaque jour un Père vient enseigner le catéchisme aux grands tandis qu\u2019une Sœur s\u2019occupe des plus petits.La moisson est lente à lever: tant de préjugés restent à détruire! Mais nous avons la ferme confiance que Notre-Dame des Victoires, patronne de la Mission, saura triompher des obstacles.Déjà s\u2019opère dans ces âmes païennes ou matérialisées une transformation chrétienne progressive.Nos élèves ont des minois intéressants, sont intelligents, et se choisissent de très jolis noms dont voici quelques échantillons: Gramophone, Limited, London, Livingstone, P.M., Kingson, Bitewell, Tape, Pyling, Bridge, Newstyle, Mustard, Fortwell, Custom, Yaphet, Abraham, Nufwa (Mort).Ils aiment le chant et surtout l\u2019étude de l\u2019anglais; ils se forgent à leur guise des mots ou des expressions pour traduire leur pensée: « / am homing » pour I am going home; « The accident was killed ».(pauvre lui; c\u2019est on ne peut plus triste!); et encore: « I am adorning myself » pour I am dressing myself.A l\u2019heure de nos exercices spiri- 1.Berthe-Alice Champagne, de Montréal. Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 221 tuels, lis nous accompagnent à l\u2019église: les tout petits font cercle autour de nos prie-Dieu, joignent les mains et fermeraient dur leurs yeux s\u2019ils n\u2019étaient si curieux de regarder prier les Wamayi.Avant de repartir, ils vont droit au maître-autel pour y faire deux ou trois prostrations très profondes, puis ils s\u2019enfuient au galop comme des gazelles.Notre logis temporaire est une maisonnette historique, centenaire, appelée « le Vieux Fort ».Jadis, au temps de la traite des esclaves, elle reçut les caravanes de pauvres Noirs amenés de l\u2019intérieur de l\u2019Afrique pour être vendus ^ran-j- xécolte paie largement du travail et de la peine! % Cette belle journée du 8 mai A peine les rayons d\u2019or du cinquantenaire de la fondation de notre Institut commencent-ils à luire que déjà les chants jubilaires s\u2019élèvent à l\u2019envi de nos missions tant lointaines que canadiennes.Au.Noviciat nous devançons aussi les célébrations qui se dérouleront à la Maison-Mère, le 3 juin, et profitons du passage de notre bien-aimée Supérieure générale et de son Conseil pour exécuter une séance évocatrice du passé.Nos cœurs sont à la joie: bonheur d\u2019accueillir des Supérieures que nous aimons; bonheur d\u2019exprimer en leurs personnes, à notre chère Communauté, un faible mais sincère hommage de reconnaissance.Un brillant concerto, la Cinquième Symphonie de Beethoven, ouvre le programme; suit la cantate jubilaire Louons le Seigneur en tous lieux, dans laquelle sont proclamées les grandeurs de Celui qui, du sénevé de 1902, a fait un arbre missionnaire immense.Une pièce inédite, inspirée par le plus pur amour filial, compare l\u2019œuvre de Mère Marie-du-Saint-Esprit à un poste émetteur de gloire divine et mariale.Transportées dans un coin du ciel affecté à la famille triomphante de notre Société, nous y écoutons un merveilleux instrument qui a capté les ondes irradiées du poste terrestre pendant les cinquante années écoulées.Aux sons d\u2019harmonies suaves, le grand saint Michel feuillette notre album de famille tandis que revivent sous nos yeux émus, dans un décor splendide, les principales phases de l\u2019histoire de notre Institut.Quelle œuvre prodigieuse accomplie en ce laps de temps relativement court! Que de bien réalisé! Honneur à la femme forte qui conçut et réalisa un tel travail apostolique au milieu de difficultés inouïes! Le rideau se baisse sur une apothéose à la Reine du Ciel.La chorale des novices module alors avec une émotion à peine contenue notre belle devise: « Que la Vierge Immaculée soit connue d\u2019un pôle à l\u2019autre! » Notre jour en or est déjà fini.Le silence règne de nouveau dans notre délicieuse solitude près de la rivière; mais dans nos âmes demeurent les édifiantes leçons d\u2019un passé tissé de durs labeurs et d\u2019humbles vertus, leçons qui éclairent la route à suivre les prochains cinquante ans: Notre route ! oÙl (Bi&nh&iihsmx, Jhmpkam.üémthd.par le Chanoine F.TROCHU {Suite) L\u2019interrogatoire du Missionnaire s\u2019acheva sur ces mots où passa toute son âme.En vérité, dans cette lutte, il était le vainqueur.Le catéchiste comparut à son tour.L\u2019humble et dévoué serviteur du prêtre était resté jusque là à genoux.Il fit la prostration d\u2019usage en pareil cas, puis, à peine avait-il donné ses noms et lieu de naissance, que les soldats, l\u2019entraînant dans la cour, le jetèrent violemment sur le sol où ils l\u2019attachèrent par les pieds et les mains à quatre pieux.« Les cordes me serraient si dur, j\u2019avais les nerfs tellement tendus, a-t-il rapporté lui-même, que je souffris là extrêmement; la douzaine de coups de rotin que m\u2019administrèrent les gardes fut en comparaison bien peu de chose: les soldats frappaient assez mollement.Cela fait, on me ramena au tribunal, où l\u2019on m\u2019ordonna de fouler la croix.Je m\u2019y refusai.» Pendant ce temps, autour de la cage, les secrétaires échangeaient des réflexions plus ou moins spirituelles sur les prisonniers et la religion de Jésus.Soudain, le missionnaire, qui avait l\u2019oreille fine, entendit appeler un certain Tu-Hac.Ce Tu-Hac s\u2019était signalé dernièrement en causant l\u2019arrestation et la mort de quatre prêtres indigènes.Et il était là, paradant et ricanant.Théophane se souvint de ses frères immolés.« Oh ! cria-t-il sans crainte de soulever un incident en plein tribunal, comme le secrétaire Tu-Hac fait le fier! Voyez comme il étale ses insignes de mandarin de neuvième classe!.N\u2019empêche, Tu-Hac, que tu fais un vilain métier et que ton diplôme, prix du sang de nos prêtres, se fanera comme une fleur au printemps.\u2014 Que se passe-t-il ?demanda vivement le vice-roi.Le secrétaire Tu-Hac connaît donc ce prêtre européen ?» Tu-Hac, tout penaud, s\u2019était éclipsé; un compère répondit à sa place: « Non, non, grand mandarin, Tu-Hac ne connaît nullement le prêtre.» Et l\u2019incident fut clos.« Après mon interrogatoire et celui du Père, raconte le catéchiste, les mandarins rédigèrent en partie notre sentence.Pour la compléter, ils attendirent, selon la coutume, que nous eussions déclaré par écrit les motifs mêmes de notre condamnation.Nous n\u2019y dénoncions personne.Le secrétaire sous les yeux de qui je rédigeai les deux déclarations m\u2019avait commandé d\u2019écrire: « Nous professons depuis l\u2019enfance la religion perverse de Jésus.» Je passai le mot perverse.On me fit refaire une seconde, une troisième copie.Je m\u2019obstinai dans ma première rédaction.« Oui, dis-je au secrétaire qui m\u2019apportait de nouvelles feuilles de papier, nous professons depuis l\u2019enfance la religion de Jésus.» Et je fis une déclaration toute semblable 230 Montréal LE PRÉCURSEUR Septembre-Octobre 1952 aux précédentes.« Quant au mot perverse, ajoutai-je, si les mandarins veulent le voir ici, qu\u2019ils se débrouillent.Pour moi, je ne l\u2019écrirai jamais.Portez, s\u2019il vous plaît, cette copie aux mandarins, avec mes paroles.» Vaincus par mon entêtement, les mandarins acceptèrent telle quelle notre déclaration.» Et cela, qu\u2019on le remarque, ce courageux obstiné le fit de lui-même, sans être conseillé ni appuyé par le missionnaire.On venait de les séparer l\u2019un de l\u2019autre.L\u2019une des copies fut portée à Théophane, qui la signa dans sa cage.C\u2019est alors seulement que les juges prononcèrent leur verdict.Après d\u2019interminables préambules où chaque mandarin recevait *sa part de louanges, le vice-roi déclarait le prêtre européen Ven, de son vrai nom Vêna, condamné, en raison de Vaveuglement de son cœur et de l'obstination de son esprit, toute autre cause étant écartée, à avoir la tête tranchée puis exposée pendant trois jours et enfin jetée au fleuve.Le catéchiste Pierre Khang, homme stupide et insensé, pour avoir refusé de renoncer à sa religion était condamné, comme serviteur du prêtre, à être marqué à la joue par le fer rouge, puis exilé dans une province éloignée.Le verdict n\u2019étant applicable que revêtu de la signature du roi Tu-Duc, le lundi 17 décembre un courrier prendrait le chemin de Hué pour y porter la copie des deux jugements; mais les condamnés ne connaîtraient officiellement leur sort que peu d\u2019heures avant l\u2019exécution de la sentence.Ainsi, quel que fût l\u2019avenir, les deux prisonniers devaient s\u2019attendre à passer de longues semaines, des mois peut-être, dans la citadelle de Hanoï.Tout ce temps d\u2019épreuve où il leur eût été si bon d\u2019être ensemble, ils le vivront séparés l\u2019un de l\u2019autre, sauf en deux rencontres furtives où le catéchiste, passant devant la cage du Père, pourra échanger quelques mots avec lui et en recevoir une absolution.Après le jugement, Pierre Khang avait été emprisonné à l\u2019ouest de la citadelle, tandis qu\u2019on avait transporté Théophane du côté de l\u2019est, sous une colonnade, à la porte même du vice-roi.Devant s\u2019étendaient une cour et des jardins.Théophane resterait là jusqu\u2019à la fin sans revoir aucun visage de France; Pierre, plus heureux, verrait bientôt amener dans son cachot un autre catéchiste déjà bien connu de lui et qu\u2019il affectionnait beaucoup, Jean-Baptiste Luong.(A suivre) .?¦ ________________:¦- Esprit de foi philippin Un après-midi que l\u2019église de Las Pinas se trouvait fermée à clef, un jeune homme et sa mère vinrent pour y prier.Alors, le plus simplement du monde, le jeune homme étendit son mouchoir sur la terre nue devant la porte, et tous deux s\u2019agenouillèrent pour s\u2019absorber dans une longue prière, indifférents aux qu\u2019en-dira-t-on des passants.Quand ils eurent terminé, ils firent le signe de la croix et la génuflexion comme s\u2019ils eussent été devant le Saint Sacrement.Bel exemple d\u2019esprit de foi! a j\\écïoL Très révérende Mère Zénaïde, Supérieure Générale, Religieuses des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie et de l\u2019Adoration Perpétuelle, Paris; Rév.Mère Louise-Henriette, Provinciale, Iles Hawaï; M.le Docteur Albert Jobin, Québec, père de Mère Saint-Albert-le-Grand; M.Samuel Bois, Garthby, père de notre Sœur Sainte-Thérèse; M.Fridolin Vanchestein, St-Matthieu de La-prairie, père de notre Sœur Sainte-Yolande; M.J.-A.Morin, Mont-Laurier, père de notre Sœur Saint-Joseph-Calasanz; M.Marc Trudeau, Ste-Julie de Verchères, père de nos Sœurs Marie-Reine et Sainte-Candide; Mme Didace Kirouac, Bristol, Conn., mère de notre Sœur Cécile-des-Anges; Mme Charles-Borromée Parent, Montréal, mère de notre Sœur Sainte-Mathilde; Mme Arthur Normand, Sanford, Maine, sœur de notre Sœur Marie-Eugénie; M.Thomas Gamache, Tourville, frère de notre Sœur de l\u2019Ange-Gardien; Mlle Annette Labrosse, Montréal, sœur de notre Sœur Marie-Annette; M.Joseph-Edmond Maltais, Chicoutimi, frère de notre Sœur Marguerite-des-GAnges; Mme Paul-Émile Cloutier, Montréal, grand-mère de notre Sœur Marie-Immaculée; Mme Vve J.agné, M.A.Taillon, M.Joseph Plamondon, Mme Joseph Brisson, Mme Léon Guillery, Mme Delphis Molette, Mme C.Cayer, Mme Clovis Gauthier, Mme Louis Laplante, Mme Lorenzo Doré, Mme Charlie Richard, Mme I.Théorêt, Mme Rodolphe Moisan, Mme Léonce Valois, Mme Ovi-la Jubinville, Mme J.Bourguignon, M.Ovila Archambault, Mme F.-X.Charbonneau, Mme A.-E.Landry, M.Édouard Paquette, Mme M.Boudrias, M.J.-E.Lamoureux, Mme Charles Beaudoin, M.Harvey Grant, Mlle Suzanne Coderre, Mme Léo Hogue, M.L.-L.-A.Bertrand, Mme Ludger Monast, Mme J.-E.Grégoire, Mme Joseph Leroux, M.Victor Gougeon, Mme K.Kennedy, M.Delphis Chapdelaine, Mme A.Giroux, Mme Philomène Denis, Mme Florida Auger, M.Alph.Bergeron, M.Émile Fortin, Mlle Loui-sella Saint-Cyr, Mme A.-M.Poirier, Mme Arthur Renaud, M.Gilbert Elliott, Garde Germaine Pinard, Mme Annette Panneton, M.L.Vendette, M.Ovila Arcand, Mme J.-S.Ménard, Mme Médéric Plouffe, Mme A.Lamoureux, Mme Edgar Richard, Mme Oscar Hubert, M.J.-J.Bonin, M.A.Maisonneuve, M.Aimé Beaudry, M.Joseph Morin, Mme A.-K.Malouf, Mme Louis Vaillant, M.Th.Boucher, M.René Léveillé, M.Henri Denis, M.Léopold Larocque, M.Albert Dufort, Mme J.-A.Plante, M.M.Romanelli, M.Th.Oates, M.Alfred Trudel, Mme F.Landry, Mme Vve Joseph Marseille, Montréal; Mme Alexis Delcourt, Mme Achille Paquette, M.F.-J.Baudette, Outremont; Mme Ernest Girard, Montréal-Ouest; M.J.-A.Samson, M.W.Provost, Mme Émile Beaulieu, M.Adrien Dion, Verdun; Mme Hilaire Huberdeau, M.E.Cloutier, Lachine; Mme Raoul Lebeau, Charlemagne; Mme Wilfrid Contant, St-François-de-Sales; Mme Rodrigue Alarie, Rivière-des-Prairies; Mlle Léontine Brunette, St-Eustache; Mlle Reine-Blanche Aumont, St-Lin; M.Hormisdas Meloche, Ste-Geneviève-de-Plerrefonds; M.Roméo Bélanger, Ste-Thérèse-de-Blainville; Mme Orner Girard, St-Félix-de-Valois; Mme Émile Couture, Thetford-Mines; Mme Joseph Mailloux, St-Césaire; M.Elphège Gauthier, Sorel; Mme Bellarmin Noël, L'Annonciation; Mme Michel Maher, Rigaud; Mme Arsène Léveillé, Portneuf; M.Joseph Gingras, St-Marc-des-Carrières; M.Charles Plamondon, Québec; Mme A-chille Drouin, St-Georges-Est; M.Hector Gélinas, St-Sévère; Mlle Antoinette Nadeau, L\u2019Anse-au-Persil; Mme Fr.Giasson, St-Jean-Port-Joli; Mlle Émilienne Arsenault, Egmont-Bay, I.-P.-E.; M.Joseph Jussaume, M.Édouard Béliveau, Mme Joseph Saint-Onge, Lowell, Mass.; Mme Eugénie Gaumond, Mme Evelyne Devault, Mme Alf.Cameron, Mme Emma McKay, Mme J.-B.Gallant, Lawrence, Mass.; Mme Amédée Fortin, New Britain, Conn.; Mme Albert Levasseur, Sanford, Maine; M.Alph.Roberge, Biddeford, Maine.UNE messe est célébrée chaque semaine dans la chapelle des Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception aux intentions de leurs abonnés au PRÉCURSEUR et de tous leurs bienfaiteurs défunts.Ü Maisons des Soeurs Missionnaires de rimmaculée-Conception AU CANADA MAISON-MÈRE, 2900, chemin Sainte-Catherine, Côte-des-Neiges, Montréal (26).NOVICIAT, Pont-Viau, Montréal (9).OUTREMONT, 314, chemin Sainte-Catherine, Montréal (8).HOPITAL CHINOIS, 112 ouest, rue Lagauche-tière, Montréal (1).NOMININGUE, comté de Labelle, P.Q.RIMOUSKI, P.Q.JOLIETTE, 750, rue Saint-Louis.QUÉBEC, 651, rue Saint-Cyrille.VANCOUVER, Hôpital Oriental, 236, rue Campbell.VANCOUVER, Hôpital Général, 3080, rue du Prince-Édouard.TROIS-RIVIÈRES, 466, rue Bonaventure.GRANBY, 35, rue Dufferin.GRANBY, 279, rue Principale.CHICOUTIMI, rue du Cénacle.SAINTE-MARIE-DE-BEAUCE, P.Q.SAINT-JEAN, P.Q., 430, rue Champlain.AUX ÉTATS-UNIS MARLBOROUGH, Mass., 187 Pleasant St.EN CHINE CANTON, 135, Tai San Road.TO KOM HANG, Adresse postale : 135, Tai San Road, Canton, Chine.SHAMEEN, Canton.SHEK LUNG, près Canton.KOWLOON, 103 Austin Road, Hong Kong.EN MANDCHOURIE SZEPINGKAI, Mission Catholique.PAITCHENGTZE, Mission Catholique.AU JAPON KORIYAMA, 96 Toramaru, Koriyama Shi, Fukushima Ken.WAKAMATSU, 480, sakae machi, Aizu Waka-matsu.TOKYO, 108-4 cho me, Fukazawa cho, Setagaya ku.AUX ÎLES PHILIPPINES MANILLE, 1111, rue Narra.MANILLE, Gagalangin, Corner S.del Rosario & Antipolo.LAS PINAS, Rizal.MATI, Davao.AUX ANTILLES LES CAYES, Haïti.LES COTEAUX, Haïti.ROCHE-A-BATEAU, Haïti.PORT-SALUT, Haïti.CAMP-PERRIN, Haïti.MIREBALAIS, Haïti.LIMBE, Haïti.MERCEDES, Province de Matanzas, Cuba.MARTI, Province de Matanzas, Cuba.MANGUITO, Province de Matanzas, Cuba.LOS ARABOS, Province de Matanzas, Cuba.EN AFRIQUE KATETE MISSION, Katete P.O., Nyasaland, B.E.Africa.MZAMBAZI, Mzimba P.O., Nyasaland, B.E.Africa.RUMPHI MISSION, Njakwa P.O., Nyasaland, B.E.Africa.KARONGA MISSION, Karonga P.O., Nyasaland, B.E.Africa.KASEYE MISSION, Fort Hill P.O., Nyasaland, B.E.Africa.EN ITALIE ROME, via Giacinto Carini, 8.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa 11 IMPRIMERIE DU MESSAGER, MONTREAL "]
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