Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 mai 1955, Mai - juin
[" \t cÜGe, (pkéciüLâjmA.Par an: $1.00\t2900.CHEMIN SAINTE-CATHERINE A vie: $20.00\tCÔTE-DES-NEIGES.MONTRÉAL(26) Imprimatur : Paul-Émile cardinal Léger, Archevêque de Montréal, 7 janvier 1955.Nihil obstat : J.Chartiez, cens, dep., 4 mars 1955.Vol.xvm, 36e année\tMontréal, MAI-JUIN 1955\t_______N°9 SOMMAIRE A Mark Reine.387 La Rédaction La Vierge du Bon Voyage.388 Sœur Saint-Edmond, M.I.C.Le Congrès marial du Cap-Haïtien.391 Sœur Marie-Ruth, M.I.C.Lettre à Françoise, normalienne.393 Sœur Sainte-Alberte, M.I.C.Après la désolation., la consolation.;\t.396 Sœur Thérèse-de-la-Croix, M.I.C.L'accueil de Formose\t.400 Sœur Marie-Xavier et Sœur Imelda-de-l\u2019Eucharistie, M.I.C.Le Congrès marial de Davao.405 Fête solennelle.;.406 La Rédaction L'arbre de vie.411 Sœur Marie-Albertine, M.I.C.Petit Jean.414 Sœur Sainte-Germaine-Cousin, M.I.C.Isidro, le charpentier.417 Sœur Marie-Hermine, M.I.C.Nous avons fait un beau voyage.420 Sœur Saint-Léon-le-Grand, M.I.C.Difficultés de la pénétration de l'évangélisation à Madagascar.427 Monseigneur Garon, M.S.Nécrologie.4SI Page-couverture: Reproduction de « La Vierge et l'Enfant», d'après l\u2019artiste chinois Lou Houng-Nien. A Mane Reine (pour sa fête du 31 mai) Centre de l'Univers, Souveraine immortelle, Tout le ciel attentif s'incline sous ta main; Même le Chérubin, même le Séraphin, Déploie à te servir la ferveur de son aile.Un mystère divin à ton Fils Roi te scelle.Reine par le fiat du lumineux matin, Reine par le fiat du noir Vendredi Saint, O Mère décuplée à l'âme universelle ! Les générations proclament ton bonheur.Elles ont bu la vie aux claires profondeurs De ta nappe cachée où vient sourdre la Grâce.¦ i Et cependant je vois, Fontaine de tous biens, Des déserts traversés de caravanes lasses Qui s'en vont le coeur sec.Je vois tous les [païens.M.I.C. PHILIPPINES La Vierge du Bon Voyage par Sœur SAINT-EDMOND M.I.C.Parmi les nombreux titres dont le peuple philippin honore la Sainte Mère de Dieu, celui de Notre-Dame du Bon Voyage, que l\u2019on vénère dans l\u2019église d\u2019Antipolo, est le plus touchant.On raconte qu\u2019en 1626 un gentilhomme espagnol, Juan Nino de Tabora, en se rendant aux Philippines dont il venait d\u2019être nommé gouverneur, passa par le Mexique où il remarqua une statue de la Sainte Vierge qui lui inspira une particulière confiance.Il consacra sa future mission à la douce Senora et forma le projet d\u2019emporter avec lui la statue, comme gage de protection pour ses caravelles durant la traversée du Pacifique.Le dévot chevalier n\u2019obtint pas sans peine que sa requête fût agréée.Mais on finit par lui céder la sainte image, et il l\u2019embarqua avec joie sur son vaisseau, YAmiranta, qui fit voile le 25 mars.Trois mois plus tard, sa flottille abordait heureusement à Manille, après avoir triomphé de violents ouragans et surmonté de graves périls.Des démonstrations publiques de gratitude accueillirent la Dame protectrice du voyage, qui fut portée en procession et installée à la cathédrale en grande solennité.Dix ans plus tard, le gouverneur, en mourant, confia la statue aux Jésuites, qui la placèrent dans l\u2019église d\u2019Antipolo, joli village situé sur un riant coteau, à vingt kilomètres au sud de Manille.Ce nom d\u2019Antipolo vient de celui d\u2019un arbre qui croît à profusion sur ces pentes dont il fait un Éden de charme et de fraîcheur.L\u2019heureuse population des montagnes jouissait en paix de son trésor, mais sa quiétude fut l.Irma de Ladurantaye, de Cap-Saint-Ignace. Montréal LE PRÉCURSEUR Mai-Juin 1955 3 89 ¦ bientôt ravagée par l\u2019insurrection chinoise en 1639.On cacha la statue dans un bois.Les rebelles, l\u2019ayant découverte, la jetèrent aux flammes.Comme elle ne brûlait pas, bien qu\u2019elle fût entièrement de bois, ils s\u2019efforcèrent, mais sans plus de succès, de la détruire à coups de sabre, et, enfin, l\u2019abandonnèrent comme un objet ensorcelé.Recueillie par les chrétiens, la pieuse relique fut rapportée à Manille, où, par la suite, on lui donna le nom de Notre-Dame de la Paix et du Bon Voyage.Les maternelles bontés de Marie justifiaient sans cesse ces nouveaux titres et la tendre confiance du peuple.En 1646 \u2014 pour ne citer qu\u2019un fait \u2014 l\u2019invasion hollandaise menaça le pays, mais on invoqua la Vierge et les assaillants furent repoussés.Quelques années après, on terminait à Antipolo la construction d\u2019un temple magnifique destiné à la Madone, et les villageois réclamèrent leur Reine absente depuis quatorze ans.Elle fut donc solennellement reconduite à son gracieux hameau, le 8 septembre 1653.L\u2019image vénérée n\u2019était cependant pas au terme de ses pérégrinations.Peu après son retour, des vaisseaux qui voyageaient des Philippines au Mexique pour les intérêts de la colonie périrent en mer, avec leur équipage et leur cargaison.Le gouverneur de Manille se tourna de nouveau vers la Souveraine protectrice du pays et ordonna de rembarquer la statue sur les galions affectés à ces dangereuses expéditions.La Vierge du Bon Voyage reprit la mer, et, pendant près d\u2019un siècle, accompagna les vaisseaux qu\u2019elle préservait de tout péril.Sous sa conduite attentive, ils voguaient en paix et en sécurité, tandis que mille revers affligeaient les autres navires.Elle fit son dernier voyage en 1746.Deux ans plus tard, le retour définitif de la céleste Nautonière réjouit pleinement tout l\u2019Archipel.Elle fut accueillie à Manille par une salve d\u2019artillerie, puis placée sur une barque richement décorée pour être conduite, par la rivière Pasig, jusqu\u2019à son sanctuaire d\u2019Antipolo.Innombrables furent les embarcations de tous genres ornées de drapeaux et d\u2019oriflammes qui lui firent cortège! Sur les deux rives s\u2019élevaient des arcs et des autels couverts de fleurs.Les villageois accoururent en foule pour acclamer leur Souveraine.Des louanges, des prières ardentes jaillissaient de cette multitude comme la flamme d\u2019un brasier, et le nom de Marie, répercuté par les échos des montagnes, résonnait partout comme un mélodieux refrain.Illuminations et concerts durèrent huit jours.De tous côtés retentirent les cloches, les clairons, les mousquets, expression émouvante de la joie universelle et de l\u2019amour du peuple pour sa Reine.Telle est la charmante histoire de la Vierge voyagère et des faits prodigieux qui lui sont attribués.Cette jolie statue reflète une douce majesté tempérée de modestie et de bienveillance.Sa vue inspire respect, confiance, amour.Le peuple, dans sa gratitude, l\u2019a couronnée d\u2019un diadème d\u2019or rehaussé de diamants, et elle est vêtue, dans le goût espagnol, d\u2019habits précieux.De son trône d\u2019Antipolo, Notre-Dame continue d\u2019attirer à elle son cher peuple des Philippines.Des foules immenses, accourues de toutes les îles, 390 Montréal LE PRÉCURSEUR Mai-Juin 1955 affluent chaque année à son temple devenu sanctuaire national.Évêques et archevêques vont lui présenter leurs pétitions, et le Cardinal Légat l\u2019honora de sa première visite, avant d\u2019inaugurer le Congrès eucharistique international de 1937.Le rôle merveilleux qu\u2019elle a joué dans l\u2019histoire du pays lui a conquis pour toujours l\u2019amour des Philippins.Ceux-ci proclament hautement que la Dame d\u2019Antipolo est leur insigne Bienfaitrice, qu\u2019elle les a sans cesse secourus dans leurs afflictions, délivrés des périls et assistés dans toutes leurs nécessités.De nos jours, la division et l\u2019erreur menacent la liberté et la foi des peuples; elles se dressent comme des écueils redoutables dans la mer agitée du monde.Mais, sans doute, la nation philippine évitera ces dangers, parce qu\u2019elle demeure, avec une humble foi, sous la conduite vigilante de sa Souveraine, la Vierge du Bon Voyage.-\u2022\u2022»- HAÏTI Le Congrès ' ' du Cap-Haïtien par Sœur MARIE-RUTH h M.I.C.Il eut lieu du 5 au 8 décembre dernier.S.Exc.Mgr Albert Cousineau, C.S.C., en avait confié l\u2019organisation aux Pères de sa Communauté.Ceux-ci y travaillèrent jour et nuit pendant la quinzaine qui le précéda.Leurs peines ne furent pas inutiles: le diocèse entier répondit à l\u2019appel.Les cœurs avaient d\u2019ailleurs été bien préparés par la Vierge pèlerine qui visita, au cours de septembre et d\u2019octobre, toutes les paroisses et les chapelles, même les plus inaccessibles.A certains endroits, il avait fallu descendre la Madone delà jeep qui la transportait, l\u2019envelopper d\u2019une couverture de laine et l\u2019attacher sur un brancard afin de lui faire escalader les mornes ou traverser à gué des rivières où l\u2019escorte avait de l\u2019eau à la ceinture! Les célébrations s\u2019ouvrirent dans la ville du Cap par une Heure sainte et la représentation sur la place de la cathédrale de jeux scéniques.Une estrade avait été érigée à cet effet malgré de multiples tracasseries: deux fois, les Pères durent la rebâtir, des ennemis de l\u2019Église défaisant la nuit l\u2019ouvrage accompli le jour.A notre école d\u2019Arts ménagers revint l\u2019honneur de jouer les Apparitions de la Vierge à la bergère Bernadette.La grotte, illuminée par de puissants projecteurs, empoignait par son réalisme saisissant.Les paroles avaient été enregistrées sur disque, de sorte que les actrices n\u2019avaient qu\u2019à mimer leur rôle.A l\u2019apparition finale s\u2019éleva le cantique du Sourire: « Souriez toujours à nos âmes.» Les institutrices de Pilate présentèrent ensuite le Mystère de l\u2019Annonciation.Ce fut bien réussi; mais un incident faillit priver la Sainte Vierge de son précieux manteau bleu.Nos élèves, à qui j\u2019avais recommandé de ne rien X.Émilienne Cantin, de Québec.^ 0***\" «a \u2022 ' ' ' ¦ I ;» ' \" . 392 Montréal LE PRÉCURSEUR Mai-Juin 1955 laisser à la cathédrale, avaient poussé le zèle jusqu\u2019à serrer ce costume avec les leurs.A tout hasard on découvrit dans nos effets l\u2019objet du larcin.bien involontaire! Le jeu Regina Mundi, dirigé par les Pères de Sainte-Croix et dans lequel figuraient une soixantaine d\u2019acteurs, me fit oublier un temps que je me trouvais en mission.Des petits pages habillés de satin aux couleurs chatoyantes venaient à tour de rôle offrir à la Reine du Monde les fleurs de nos jardins: roses, lis, jasmins.Mais la Reine réclama l\u2019humble violette, sa fleur de prédilection.Celle-ci s\u2019avança personnifiée par une bambine de trois ans toute mignonne dans son travesti de pétales.Puis on apporta les cadeaux symboliques: un agneau blanc qui se prit à bêler plaintivement, aveuglé qu\u2019il était par les faisceaux de lumière, et des colombes immaculées qui se perchèrent sur la balustrade, puis voltigèrent au-dessus des angelots lorsqu\u2019ils se mirent à danser pour égayer la Reine du Monde.Tout au long du jeu, une musique choisie avec art créait un climat de beauté.Le lendemain, journée réservée aux éducateurs, il y eut conférence et cinéma.Un film sur l\u2019Oratoire du Mont-Royal révéla aux Haïtiens les foules priantes canadiennes.L\u2019autre journée, consacrée aux écoliers, nous amena nos compagnes du Limbé avec leurs élèves.Elles avaient décoré un char allégorique représentant Notre-Dame des Bonnes Études.Notre Institution d\u2019Arts ménagers, pour sa part, avait réalisé celui de la Reine de l\u2019Univers.Surmonté d\u2019une étoile géante, il eut quelque difficulté, au cours de la parade, à passer sous les fils électriques des carrefours.Un grand Noir devait les soulever à chaque fois, ce qui faisait s\u2019exclamer le peuple: « Ah! li bon, oui allez! » Les enfants chantèrent et prièrent avec entrain, la T.S.F.du Cap-Haïtien émettant cantiques et prières et des appareils de radio étant disposés sur les vérandas.Est-ce que d\u2019avoir vu sur l\u2019écran des multitudes d\u2019hommes en procession au mont Royal avait impressionné nos gens ?Le 8 décembre, à la clôture du Congrès, ils déferlèrent à pleine rue, accompagnant le char triomphal de la Vierge.Portée à l\u2019autel dressé sur la place de la cathédrale, la Madone fut couronnée après la célébration de la messe pontificale et la consécration solennelle du diocèse au Cœur Immaculé de Marie.A l\u2019instar des évêques du Canada, S.Exc.Mgr Albert Cousineau déposa sa crosse aux pieds de la Vierge-Reine.Le souvenir de ces fêtes mariales ne s\u2019est pas éteint.Elles ont laissé leur empreinte de grâce.Si la glorieuse Vierge Marie a été acclamée comme jamais durant trois jours par ses enfants du Cap, son triomphe n\u2019a rien eu d\u2019éphémère et il inspire encore le renouveau de vie chrétienne.-\t~n ?\t:- La raison pour laquelle nous ne sommes pas heureux comme des saints, c\u2019est que nous n\u2019avons pas envie d\u2019être saints.Mgr Fulton-J.Sheen. KATETE, NYASSALAND Lettre à Françoise, normalienne par Sœur SAINTE-ALBERTE i, M.I.C.Timuwonemi! (Salut!) Il me semble me revoir, normalienne d\u2019hier, entourée des soins pleins de sollicitude de nos incomparables Mères de la Congrégation de Notre-Dame.Et pourtant, plus de dix ans déjà écoulés! Par chance que pour adoucir mes regrets de ne plus compter parmi les heureuses étudiantes de l\u2019École Normale Jacques-Cartier, une filleule bien-aimée, une Françoise, m\u2019a succédé.Lorsque à certains jours mon esprit te rejoint, il croit deviner que tu aimerais entendre parler de missions lointaines et partager un peu les joies à saveur de brousse de ta vieille marraine.Douterais-tu de mon bonheur ?Je soutiendrais qu\u2019au ciel, à part la vision béatifique, ce doit être un autre genre de Nyassa-Nord! Ma qualité de religieuse me vaut l\u2019immense privilège d\u2019enseigner les sciences divines dans les écoles.Les professeurs, même les gradués en Second Training, n\u2019y sont pas autorisés et se bornent à la répétition du texte kateki simu citum-buka.Je les plains de tout mon cœur, car j\u2019imagine leur auditoire tout aussi avide que le mien d\u2019en savoir davantage touchant le Ciuta (Dieu) des missionnaires.Il faut se trouver sur place pour réaliser la détresse religieuse des masses noires.Le protestantisme nous a précédés, et de longtemps! Des aventuriers de toutes nations ont exploré le continent africain et semé leurs innombrables Credo.Avec quel orgueil leurs adeptes nous lancent à tout propos: « Nous de la Church of Scotland », « Nous de la Church of England », « Nous de la Free Church », etc.Lors du couronnement de la Reine Elisabeth II, un médecin qui pratique à Mzimba avait l\u2019obligeance d\u2019offrir l\u2019hospitalité aux Sœurs missionnaires de Katete venues aux fêtes avec leurs jeunes guides.Parmi les hôtes du docteur Singleton, un pasteur Seven Adventist, ayant femme et enfants, lia conversation avec nous.Ah! tout ce zèle à propager l\u2019erreur! comme cela serre le cœur et nous fait souhaiter des multitudes de vocations catholiques! Si, lorsque j\u2019étais élève, je m\u2019émouvais à la pensée des 175,000,000 d\u2019Africains comprenant à peine 15,000,000 de chrétiens, combien plus tragique est-il de connaître cela autrement qu\u2019en chiffres! L\u2019an dernier, nouvelle offensive apostolique dans la belle Préfecture du Nyassa-Nord.Les postes fleurissent d\u2019œuvres; les écoles sont surpeuplées; les missionnaires, quoique en trop petit nombre, donnent de leur meilleur.« Allons de l\u2019avant! de dire Mgr Saint-Denis.C\u2019est l\u2019heure; il faut, pour étouffer l\u2019ivraie, mettre en terre le bon grain.» Et voilà que naît Nkata Bay.Pas l\u2019ombre d\u2019un catholique au sein de ses 70,000 âmes! Trois filles Athonga de cette région me 1.Gabrielle Saucier, de Montréal. 394 Montréal LE PRÉCURSEUR Mai-Juin 1955 sont envoyées en cadeau à Katete et sont intégrées au Standard IV.Malheur à qui leur parle de religion! les trois rugissent qu\u2019elles appartiennent à la Free Church!.Je les dénomme mes trois Rois Mages, car je connais une douce Étoile qui peut fort bien éclairer leur route et indiquer soudainement Jésus.Sur mes trente élèves, dix-neuf sont de pures païennes.Pauvres brebis, si gentilles pourtant! Pas une n\u2019oserait me causer du chagrin.Oh non! Et quel empressement! « Puis-je porter vos livres?laver votre robe?tenir votre parapluie?» Et quel plaisir elles ont à vous offrir un fruit sauvage! Toutes mes journées, du 1er octobre au 31 juillet, sont dévolues à l\u2019enseignement et à la surveillance des pensionnaires du Boarding, de 5 h.15 du matin à 8 h.30 du soir! A six heures, messe.Chrétiennes, catéchumènes, païennes, toutes s\u2019y rendent, avec différents degrés d\u2019enthousiasme toutefois.Au retour, déjeuner: vingt-cinq à trente grains de maïs bouillis.Mieux qu\u2019au village où l\u2019on ne mange jamais le matin! disent les enfants.Ensuite, étude, classe jusqu\u2019à 11 h.45.Chapelet, dîner, culture physique, et à 1 h.30 reprise des classes jusqu\u2019à 3 h.30.Là, détente au jardin, et c\u2019est urgent! Aujourd\u2019hui, veille de la Saint-François Xavier, congé jusqu\u2019à dix heures pour les professeurs, et pour cause: toute la gent écolière a été réclamée pour les semailles, car les pluies sont enfin commencées.A sept heures, étude; excepté le mercredi, leçon de chant; le jeudi, First Aid; le vendredi, soirée des guides; le samedi, entretien de son trousseau de pensionnaire; le dimanche, jeux et danses indigènes! Il y a aussi la préparation des séances récréatives dont on raffole ici.Mes guides veulent toujours en apprendre de nouvelles.Alors tu devines le pourquoi des S.O.S.lancés sur ce thème aux guides du pays natal.Hélas! toutes nos pièces françaises perdent de leur charme à Katete: c\u2019est qu\u2019il faut les traduire en citumbuka ou en anglais.Nous nous proposons de jouer en langue indigène La Pêche miraculeuse, et pour les plus petites La Sixième Hirondelle.Ces jours-ci, préparation à la fête de l\u2019immaculée Conception.Parfois je me demande si nos jeunes païennes d\u2019hier ne surpassent pas en piété affectueuse et ingénieuse bon nombre d\u2019écolières canadiennes, chrétiennes de naissance.Lors du passage de Sœur Supérieure à Montréal, les guides lui ont donné une belle Vierge du Sourire.Si mes guides lui en font des façons et des démonstrations! Sur la fin de l\u2019année scolaire 1954, nous avions coutume, le vendredi, de tenir dans ma classe une sorte de débat religieux où toute liberté était laissée de poser des questions.L\u2019on avait adopté comme devise: « Soyons apôtres de la Vierge.» A la dernière réunion, Donaliya, du Standard V, alors présidente du semblant de cercle d\u2019étude, prit d\u2019elle-même la parole pour inviter ses compagnes à tirer des conclusions de conduite pratique.D\u2019elle-même, elle proposa le mot d\u2019ordre des vacances.Avec quelle stupéfaction émue je l\u2019entendis prononcer ceci: « Mes petites amies, nous allons essayer de vivre plus unies à la Sainte Trinité qui vit dans nos cœurs, et nous allons essayer de lui parler souvent.» Une autre ajouta: « Moi, je n\u2019aime pas moudre le maïs et aller toujours chercher l\u2019eau.Je dirai à chaque fois: Because I love you, Jesus! » Et cela, c\u2019est la 306 Montréal LE PRÉCURSEUR Mai-Juin 19,55 pure vérité sans retouche ni embellissement! N\u2019est-ce pas merveilleux ce travail de la grâce?Notre-Seigneur se prépare sans doute de futures apôtres.En crois-tu ta marraine, Françoise, quand elle écrit que, sauf la vision béatifique, elle possède le ciel sur la terre ?A ma Normalienne et à ses compagnes, je confie mon champ d\u2019apostolat, afin que le soleil de la grâce y brille toujours plus intense.A toutes, je souhaite le succès et la fidélité à l\u2019appel si Dieu.Et suivant la formule indigène, je dis: J\u2019ai fini.C\u2019est moi.Ta marraine.-: .* \u2022 \u2014:- LES COTEAUX, HAITI Après la désolation., la consolation par Sœur THÉRÈSE-DE-LA-CROIX b M.I.C.Sur la trame de notre vie missionnaire courent la navette à fil noir et la navette à fil rose.Les mois qui suivirent le passage du cyclone Hazel furent des temps de tristesse: les cœurs avaient beau s\u2019exciter à l\u2019optimisme, trop de tableaux réalistes suggéraient le contraire.Ah! cette affreuse impuissance devant la misère des foules! Or, voici que le courrier, rarissime dans ses apparitions sur la Côte, apporta un jour cette nouvelle qui nous remplit de joie: notre bien-aimée Supérieure Générale, Mère Madeleine-du-Sac: >Cœur 1 2, serait parmi nous à l\u2019époque des Fêtes.Quelques-unes eurent la foi de Thomas: les routes n\u2019existaient pratiquement plus : où donc passer ?Mais notre Mère avait dit qu\u2019elle serait avec nous pour les Fêtes, et avec nous elle fut! Après avoir partagé son Noël entre la petite Communauté des Cayes, les vieillards et les malades de « La Charité, s\u2019il vous plaît », elle s\u2019acheminait dès l\u2019aube du lendemain vers les postes de la Côte.Pour trois semaines elle devait nous appartenir: « Je réserve le Jour de l\u2019An pour mes sinistrées », avait déclaré cette bonne Mère à son débarquement en Haïti.Le 26 même, toutes jouissaient du privilège de la baiser: après une courte halte à Port-Salut, elle vint dîner aux Coteaux, et de là s\u2019en fut à Roche-à-Bateau, y donnant rendez-vous au personnel des trois Maisons pour la réunion du premier de l\u2019an.Imaginez le bonheur des Missionnaires de l\u2019Immaculée qui exercent leur apostolat sur les bords de la mer des Caraïbes! Elles accoururent à cheval, à dos de mulet, les unes la veille, les autres de très bon matin.Et quelle réception de la part de nos chères compagnes! et quelle fête du cœur! On ne se lassait pas d\u2019entendre parler 1.\tThérèse Côté, de Beauport.2.\tMadeleine Payette, de Montréal.À T ¦ \\ ; « : * «*,i .' '» : 398 Montréal LB PRÉCURSEUR Mai-Juin 1955 du Canada et de ce point très particulier de la Côte-des-Neiges où vit une famille aipaée.On s\u2019amusa aussi, tout comme au Noviciat et à la Maison-Mère, car en Mission on reste toujours jeune! Mais la plus belle surprise attendait notre groupe des Coteaux.Vers les quatre heures, alors qu\u2019il nous fallait songer au départ, notre Mère révéla son intention de rentrer avec nous.Jamais la route Roche-à-Bateau-les-Coteaux n\u2019a vu si magnifique calvacade! Notre Mère monta Princesse; Sœur Marie-Lucille Sœur Marie-de-la-Réparation 1 2, Sœur Marie-Ernest3 et Sœur Hélène-du-Sacré-Cœur 4 se disputèrent le plaisir de chevaucher à ses côtés.On en oublia totalement Hazel et les furies passées de la mer.D\u2019autant plus que le soleil, ce soir-là, se surpassa en jeux de lumière à travers le nylon des nuages et la soie moirée des eaux.L\u2019air salin était doux; la brise légère ne balançait que des sons d\u2019Angélus.La veillée aux Coteaux revêtit un cachet de stricte intimité.Ainsi que dit la Chanson, c\u2019était « la fin d\u2019un jour parfait » ! Assises sur la véranda, nous évoquâmes des souvenirs d\u2019antan avec décors de neige, mais non sans jeter des regards d\u2019admiration sur la mer devenue à cette heure une immense nappe d\u2019argent liquide sous la magie de la lune.La semaine s\u2019écoula trop rapide.Notre Mère s\u2019intéressait à tout et à tous.Bienveillante à l\u2019extrême, elle servit elle-même les petits enfants à la cantine de lait, ouverte tous les jours, et leur distribua des bonbons.Ils se rappelleront longtemps cette bonne Me, eux qui n\u2019avaient reçu aucune douceur à Noël! Les malades, les infirmes, les mamans pauvres furent encore l\u2019objet de sa sympathie et de ses attentions.Aux Rois, la Communauté de Roche-à-Bateau nous arrivait par les mêmes moyens de communication que nous avions pris.Suivant la tradition canadienne, le gâteau des Rois fut tiré, puis, à l\u2019issue de la visite au Saint Sacrement de l\u2019après-dîner, il s\u2019engagea une partie de cartes très animée.Nos Sœurs nous quittèrent au déclin du soleil, nous laissant sous le charme d\u2019une vraie fête de famille d\u2019un genre unique dans notre existence missionnaire.Après avoir conclu les arrangements nécessaires pour assurer la reconstruction de nos Maisons endommagées \u2014 et cela grâce à la générosité de nos compatriotes qui ont répondu avec leur grand cœur habituel à l\u2019appel lancé après le cyclone \u2014, notre chère Visiteuse dut parler de départ.Devant la force d\u2019âme de cette Mère, comment ne pas nous être montrées viriles?.La Providence, par une de ses dispositions-surprises dont elle seule a le secret, nous la ramena pour le dîner, le 14 janvier, au moment même où elle s\u2019apprêtait à quitter définitivement la Côte: il appert que la camionnette de transport avait subi quelque retard.Ce retard, si nous l\u2019avons béni! Tout à la consolation que nous a prodiguée la meilleure Mère du monde, songeant à Hazel, de si terrible mémoire, nous sommes presque tentées de nous écrier: « O heureux cyclone qui nous a valu un tel et si doux réconfort! » 1.\tLéa Lécuyer, de Montréal.2.\tMarie-Ange Provôst, de Sherrington.3.\tAdine Nadeau, de Québec.4.\tHélène Hétu, de Montréal. c4 Vom\\ ptéâU lUctle PIP accueil de scimcsj par Sœur MARIE-XAVIER x, M.I.C.Après vingt jours de grosse mer continuelle, le Java Mail touche la Belle Ile au quai de Keelung, au matin du 1er décembre.Sœur Marie-de-1\u2019Assomption1 2 et moi y sommes accueillies par le R.F.Georges Ouellette, S.J.Ce bon missionnaire, qui se trouve le plus rapproché du port, a tenu à venir nous souhaiter la bienvenue et nous éviter les ennuis d\u2019un débarquement solitaire en pays inconnu.L\u2019inspection de nos bagages à peine terminée paraissent les RR.PP.Auguste Gagnon, S.J., Supérieur de la mission de Kuanhsi, Léo Valois, S.J., et notre chère Sœur Imelda-de-l\u2019Eucharistie en compagnie de deux institutrices formosanes.Le groupe lui-même descend tout juste du train après trois heures de voyage.Quelle joie de part et d\u2019autre! Il faut être missionnaire et se rencontrer à l\u2019autre bout du monde pour comprendre cela! Arriver en mission comporte un bonheur spécial; y travailler l\u2019agrandit, mais recevoir du renfort en ajoute un nouveau de nuance fraternelle.En pousse-pousse nous nous dirigeons vers la gare.Ces voitures légères, tirées par des coolies et qui nous rappellent si bien la Chine, contribuent à créer une première impression nettement orientale.Toutefois, les habitants de Taiwan semblent très différents des Chinois, de même que leur langage, le hakka, qui joue sur sept tons, et pour nous, étrangers, sur neuf! Les lois de la circulation exigent que l\u2019on rencontre à gauche; en pleine rue, des spécialistes en hygiène sans doute portent le masque! A la gare nous remarquons des étudiants qui repassent sagement leurs leçons en commençant par la dernière page, de haut en bas, et de droite à gauche! Jusqu\u2019au train qui nous ménageait sa surprise orientale! Il nous transporte à reculons.Un temps, nous croyons qu\u2019il manœuvre en vue d\u2019un changement de voie.Mais non! c\u2019est le système, et pour trois bonnes heures nous avancerons.à reculons, les banquettes étant fixes.1.\tBerthe Paradis, de Tingwick.2.\tAlice Larouche, de Sweetsburg. Il est quatre heures quand nous rentrons chez nous, où Sœur Saint-Germain1 et Sœur Sainte-Alice2 sont aux aguets depuis longtemps, car le Père Supérieur nous a précédées, ayant effectué le trajet en camion avec nos effets.Nos premiers bonjours vont à l\u2019Hôte du tabernacle et à notre Immaculée Mère à qui nous réitérons notre consécration du départ et offrons un Magnificat.C\u2019est toute notre vie que nous jetons à ses pieds, lui demandant de n\u2019agir qu\u2019en elle et que par elle.Puis nos compagnes nous font visiter les appartements du couvent, si l\u2019on peut appeler ainsi une série de divisions constituées à l\u2019aide de demi-cloisons, de draps tendus, d\u2019un alignement de caisses et d\u2019armoires.Et l\u2019on annonce sans rire: « C\u2019est le parloir, le réfectoire, la chapelle, le dortoir., la chambre de la Supérieure.» A la chapelle, deux tables rapprochées et retenues par des cordes servent d\u2019autel; des bancs rustiques sans dossiers, de chaises; des caisses.de sacristie! Le dortoir, grâce à la générosité de nos Sœurs de Hong Kong, compte cinq lits pliants où l\u2019on jouirait du sommeil du juste sans les murs-fenêtres, à la japonaise, qui poussent des hum hum au moindre vent, et sans la bande de moineaux toujours en récréation sur les poutres.Nous descendons au Jardin de l\u2019Enfance.Malgré les visages pétillants de cinquante gentils Taïwanais, je ne puis m\u2019empêcher d\u2019avoir froid au cœur à l\u2019aspect de cette longue salle sans fenêtres (si ce n\u2019est sa façade vitrée), son parquet de ciment rude, ses murs sans images, car il est défendu d\u2019afficher de ces tableaux religieux qui attirent tant les enfants.Et dehors, pas un pied de terrain où ceux-ci puissent s\u2019ébattre! Ah! si l\u2019on voyait cela au Canada! Avec la charité que l\u2019on connaît aux nôtres, il se bâtirait vite une maison neuve, adaptée aux besoins de l\u2019éducation, et cela au milieu d\u2019un vaste enclos.Car il y a du terrain, de la brique, de la main-d\u2019œuvre.et des Sœurs.Il ne manque que ce qui constitue le nerf de la construction tout aussi bien que de la guerre! 1.\tInaelda Laperrière, de Pont-Rouge.2.\tJeanne Bastien, de Montréal. Çentilâ mlnoiâ du J aid in de IXnlance de Kuanhâi *H Une rue de Formose JÇa
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