Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 juillet 1962, Juillet - août
[" UES SOEURS MiSSI'-' Dt L\u2019IMMACULÉE :C^ 132?RUE DE ( TROIS.RiVlèF^ LE PRECURSEUR Vol.XXIIe - No 4 Juillet.Août 1962 % hmSSâ mm LE PRECURSEUR DANS CE NUMERO Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, 2900, chemin Ste-Catherine,\tJean XXIII\tAlfred Ferruzza\t159 Montréal (26) Canada.\tLe district de Karonga\t169 ABONNEMENT :\t\t Par an\t$ 1.00 À vie\t25.00\tUne aventure de croque-mort\t188 \t\t \tAdaptation et méthode\t193 \tEn pirogue au clair de lune\t198 AVANTAGES :\t\t Participation à Pœuvre\tVision optimiste de l\u2019Église du Japon\t202 missionnaire accomplie par toutes les religieuses; une messe célébrée chaque semaine, pour les abonnés; une messe également pour les défunts.Au temps des mangues, au Nyassaland.IMPRIMATUR:\tMgr Paul Touchette, P.A., V.A.\t31 décembre 1959.NIHIL OBSTAT :\tM.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é.\t23 décembre 1961.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé Vaffranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.a Portrait du Souverain Pontife tracé, à Castel Gandolfo, en août 1961, par le journaliste Alfredo Ferruzza, correspondant du quotidien « Oggi».Jean xxm Un jour que le Cardinal Angelo sa vie et jusqu\u2019à son élection au Roncalh prenait conge de S.S.Pie suprême pontificat, il ne voulut pour Ail, il lui dit: « Samt-Père, vous lui qu\u2019une seule chose, il ne prit déliasserez \\mz difficile hérédité à votre bérément de lui-même qu\u2019une seule successeur, s il veut vous suivre com- me maître de la parole.» A ce moment, le patriarche de Venise n\u2019imaginait pas le moins du monde que la difficile hérédité le concernerait, pas plus qu'il n\u2019osa y penser, en cet octobre 1958, quand il entra en conclave avec les autres cardinaux.Toute f Au jardin de Castel Gandolfo.w . décision: celle de devenir prêtre.Pour le reste, à chaque phase de son ministère et pour toute charge confiée à ses soins, il s\u2019en remit avec pleine disponibilité à la Providence, à ses supérieurs, aux tournures des circonstances.Jean XXIII est vraiment l\u2019homme qui a toujours dit « oui », qui n\u2019a jamais opposé un refus, qui a toujours tenu son bagage prêt au déménagement: d\u2019abord de Sotto il Monte, son village, à Bergame, et puis à Rome, à Sofia, à Istamboul, à Paris, à Venise.Voué à l\u2019obéissance, il ne supposa jamais que le point culminant de sa soumission dut être, à 77 ans, de prendre en main le gouvernail de l\u2019Église.Après la mort de Pie XII, lorsqu\u2019il quitta Venise, le 12 octobre, il n\u2019emporta dans sa Prévision Justement en raison de cet âge plus que mûr, certains observateurs \u2014 pas très qualifiés, il va s\u2019en dire \u2014 écrivirent de Jean XXIII qu\u2019il serait un pontife de transition, un pape qui ne ferait que de Y administration ordinaire.Après trois ans, il saute aux yeux que jamais prévision fut plus erronée.Outre les événements extraordinaires qui constituent déjà des chapitres importants de l\u2019histoire de l\u2019Église (tels: l\u2019annonce et la préparation du Concile œcuménique, le Synode romain, les travaux d\u2019ajournement du Code de Droit canonique, la nouvelle composition du Sacré Collège dont les membres dépassent maintenant le nombre de soixante établi par Sixte V), l\u2019immense écho qu\u2019a suscité dans le monde entier l\u2019encyclique Mater et Magistra suffirait à démentir la prophétie de l\u2019in- valise que le strict nécessaire pour un séjour provisoire à Rome, y compris la cape rouge que les cardinaux endossent, l\u2019élection advenue, pour la troisième prostration au nouveau pape.Il laissa dans son écritoire tous ses papiers personnels et son testament qu\u2019il apportait d\u2019ordinaire à l\u2019occasion de voyages assez longs.Fidèle à lui-même, il dit « oui » dans la solennelle intimité de la chapelle Sixtine alors qu\u2019autour de son nom s\u2019étaient ralliés les votes des cardinaux.Un haut prélat ayant fait remarquer l\u2019âge avancé du nouvel élu, on raconte que le pape aurait répondu: « Oui, je le sais moi aussi, et c\u2019est pour cela que j\u2019ai pris le nom de Jean, en souvenir de mon prédécesseur Jean XXII qui devint pape à 78 ans mais vécut jusqu\u2019à 90 ans! » démentie térim.Catholiques et non-catholiques, hommes d\u2019État, sociologues, éditorialistes de la grande presse, syndicalistes de diverses religions et orientations, ont été unanimes à définir l\u2019encyclique comme le plus haut document paru en ce siècle, une espèce de Magna Charta pour la pacification sociale et politique des peuples.Même chez les Nations Arabes, Mater et Magistra a été jugée comme « un des points sûrs dont le monde libre devra s\u2019inspirer ».De New-York, le Ministre américain du Travail fit parvenir au Saint-Siège un message de gratitude qui reflète noblement les sentiments, les vœux et les espérances des États-Unis.Il s\u2019agit en somme d\u2019un document historique dont l\u2019auteur, vu de près, n\u2019a certes pas l\u2019aspect du personnage, ni le comportement, ni les 161 gestes, mais qui n\u2019en a pas moins l\u2019esprit.On sait que tout pontife, dès qu\u2019il occupe le trône de Pierre, est grand; à son égard tous les adjectifs du répertoire aulique sont employés; la personne est souvent identifiée, confondue à l\u2019incommensurable digni- té qui la revêt: « le Très Saint », « la Sainteté de Notre-Seigneur », « le représentant de Dieu sur terre ».Mais avec le pape Jean nous nous trouvons devant un personnage singulier dont la simplicité, la clarté, la bonté, l\u2019extrême respect du prochain, sont des signes caractéristiques.Pauvreté contente Déjà, à Venise, il n\u2019aimait pas s\u2019ériger en réformateur; il ne lui plaisait pas non plus, pour ainsi dire, de donner des leçons.Un jour, après s\u2019être adressé au clergé, il confia à un intime: « Si vous saviez quelle rougeur j\u2019éprouve, moi, à parler à mes prêtres! » Le soir de son élection, une femme du peuple s\u2019exclama, tandis qu\u2019il se montrait à la loggia de Saint-Pierre pour la bénédiction: « Il ne semble pas beau, mais la figure de bon Père, il l\u2019a! » En 1953, le Patriarche Roncalli s\u2019était présenté aux Vénitiens, en ces termes: « Comme tout autre homme, ici-bas, je proviens d\u2019une famille et d\u2019un point déterminés.Avec la grâce d\u2019une bonne santé physique, avec un peu de bon sens qui me permet de voir les choses clair et vite, avec une disposition à l\u2019amour des hommes qui me tient fidèle à la loi de l\u2019Évangile, respectueux de mon droit et de celui d\u2019autrui lequel m\u2019empêche de dire du mal de qui que ce soit et m\u2019encourage au contraire à faire du bien à tous, je viens de l\u2019humilité et je fus éduqué à une pauvreté contente et bénie.Cette pauvreté, peu exigeante, protège l\u2019épanouissement des plus nobles et hautes vertus, prépare aux ascensions les plus élevées de la vie.» Ici, il y a tout du pape Jean dont l\u2019élection ne fut pas pré- cédée de visions, prévisions et prophéties, et dont le pontificat, malgré les faits exceptionnels qui l\u2019ont déjà marqué, obéit aux mêmes méthodes et aux mêmes normes, caractéristiques de l\u2019homme au séminaire de Bergame, à la nonciature de Paris, à la basilique de Saint-Marc.Tout de suite il faut ajouter que si « faire le pape » n\u2019est pas facile, Jean XXIII, lui, semble l\u2019avoir toujours fait! Ses collaborateurs immédiats qu\u2019il reçoit chez lui en audience en savent quelque chose, les évêques surtout.Comme le prescrit le Code de Droit canonique, les évêques du monde entier doivent se rendre à Rome, tous les quatre ans, pour la visite ad limina, afin de rendre compte au Saint-Père des conditions de leur diocèse.Ces prélats n\u2019ont pas toujours de bonnes nouvelles à référer; souvent, au contraire, les carences et les amertumes l\u2019emportent sur les voix actives et les consolations.Avec le pape Jean XXIII les évêques se trouvent auprès d\u2019un frère.« Dites-moi, commence le pontife, ce qui vous préoccupe le plus.Je suis ici pour vous venir en aide, pour vous tendre la main.» Après cette mise en confiance, chaque problème est examiné avec un esprit de compréhension, d\u2019optimisme, d\u2019espérance Et si le pape a quelques points à corriger.162 Après une visite au Collège Capranica, le bon Jean XXIII déambule tout simplement vers l\u2019église Saint-Ignace.E li | WÆ quelques suggestions à faire: « Vous savez, ajoute-t-il, je me débats moi aussi dans les mêmes difficultés; mais enfin avec un peu de bonne volonté je trouve toujours la voie juste.» Ceci ne signifie pas que Jean XXIII (la note est de Giuseppe de Luca dans la présentation d\u2019un profil du Cardinal Cesare Baronio, écrit en 1907 par Angelo Roncalli, alors prêtre, et réédité ces derniers temps) « soit un homme facile, à la main, tout en une belle et chère petite fête de famille ».Il sourit, plaisante mais'sait très bien ce qu\u2019il veut.En réalité tout en lui est franc naturel et recherche du vrai.A plus forte raison dans l'exercice du commandement suprême.Il décide et enseigne aujourd\u2019hui avec la même disponibilité intérieure avec laquelle il obéissait autrefois.Il n\u2019y a rien de rigide dans sa journée, rien d\u2019inflexible, de préétabli, voire il n\u2019y a pas de journée-type du pape.Il est ponctuel, de la ponctualité des rois, à ses audiences avec les chefs d\u2019État aussi bien qu\u2019avec les pèlerins les plus anonymes.Pour le reste il répartit ses heures sans trop regarder l\u2019horloge, selon les engagements du moment ou sa propre résistance physique.S\u2019il a le temps de descendre aux jardins faire une promenade, c\u2019est très bien; autrement il y renonce.S\u2019il a des questions urgentes à traiter, il se lève à trois heures du matin, quitte à reprendre ensuite le sommeil interrompu.Ceci lui est possible, car il dispose d\u2019un physique exceptionnel, ductile, que sa volonté plie et domine avec une extrême désinvolture.C\u2019est un homme sans exigence particulière, capable de se détendre, de reprendre vigueur quand et où il veut.Alors une petite demi-heure de repos dans un fauteuil lui suffit pour se restaurer de toute la fatigue accumulée, et, en cette demi-heure, il dort aussi profondément qu\u2019au cœur de la nuit, dans son lit.Se reposer ainsi peut lui arriver après les solennelles fonctions pontificales à Saint-Pierre, à la loggia, en attente d\u2019autres cérémonies comportant lecture de longs discours, cérémonies qui demeurent un vrai tour de force pour un vieillard de 80 ans, revêtu de vêtements liturgiques pesant quelques dizaines de kilos! Entre le rite à l\u2019intérieur de la basilique et celui à l\u2019extérieur, le pape se retire en une espèce de petit cabinet privé, et, pour quelques minutes, dix ?vingt ?il se rend étranger à tout, se concentre et se retrempe: ni plus ni moins ce que font les paysans qui attaquent la terre avec la bêche et qui, une fois fatigués, s\u2019assoient un peu sous un arbre pour recommencer tout de suite après ave un nouvel entrain.Depuis des années, le menu du pape ne varie pas: café au lait et fruit, le matin; riz, bifteck avec verdure, plus un verre de vin, à midi; toujours la même grosse soupe, portion de fromage et fruit, le soir.Avec un commensal aussi discret les Sœurs employées à la cuisine n\u2019ont guère de préoccupations.On a dit que Jean XXIII aime à manger en compagnie de quelques amis de Bergame ou de Venise venus lui rendre hommage.A la vérité, exception faite pour une couple d\u2019épisodes des premiers mois de son pontificat, le pape prend ses repas, seul, dans une petite pièce de son appartement privé.Il arrive toutefois qu\u2019il 164 I r S3 Wm X \u201c çf; ¦ - t U\u2019 & \u2022 \u2022 l- US ! ¦ i*-»C leur Mission tout près du lac.La Mission catholique, dirigée par les Pères Blancs, s\u2019ouvrit il y a seize ans seulement.Elle est située à l\u2019écart du borna, à un mille de l\u2019aéroport et à un mille et demi du lac.Malgré sa jeunesse, cette mission-mère compte plusieurs succursales en brousse et totalise 965 catholiques et 590 catéchumènes l.Une activité intense règne sur l\u2019immense terrain de la Mission : l\u2019école primaire des garçons et l\u2019école primaire des filles groupent plus de 1,000 élèves; l\u2019école secondaire mixte en reçoit une cinquantaine et l\u2019école d\u2019Arts domestiques pour les femmes une quarantaine.Le dispensaire enregistrait, pour l\u2019année 1961, 42,822 patients, et la Maternité 296 naissances.La Mission possède un couvent de la Société des Rosarian Sisters.Les religieuses de cette jeune Communauté africaine sont engagées dans 1 (statistiques publiées dans The Link, bulletin du diocèse de Mzuzu, mars-avril 1961).185 l\u2019éducation, l\u2019apostolat catéchistique et le soin des malades, aux côtés des Sœurs canadiennes.Elles sont les meilleures collaboratrices des missionnaires et sur elles repose l\u2019espoir de l\u2019Église.A la Mission ont encore été créés deux Centres d\u2019Activités sociales pour les hommes et les femmes, dans le but d\u2019apporter un complément à leur formation intellectuelle, morale et sociale.On s\u2019y réunit pour échanger des idées, lire, s\u2019amuser.Des livres et des revues, fournis par l\u2019Aide Intellectuelle Missionnaire et par des bienfaiteurs d\u2019Amérique, garnissent les tablettes des étagères.Notre église de Karonga a conservé son cachet de pauvreté primitive: parois et parquet en terre; mobilier sommaire, tout juste l\u2019indispensable: le maître-autel, quelques chaises, age-nouilloirs et prie-Dieu.On a jeté les bases d\u2019un nouveau temple, mais les travaux de construction ont été suspendus.En mission, toujours la même raison: le manque de fonds.En 1950, une dizaine de catholiques assistaient à la messe; actuellement ils sont près de 600! Malheureusement \u2014 peut-être les contacts avec la Mission n\u2019ont-ils pas été assez fréquents et les convictions religieuses en ont souffert?\u2014 quelques chiétiens re- Sœur Marie-Christine et Sœur Cécile-de-MHan (Cécile Demers, de Rapide l\u2019Orignal) en visite chez Helena Nya Muhongo, étudiante en sciences domestiques. L\u2019intéressant groupe des adolescentes de standard VI dont Sœur Marie-Délia (Marie-Marthe Terrien, d\u2019Ottawa) était le professeur.tournent à la polygamie et à leurs coutumes ancestrales.Maintenant l\u2019on a instauré la Légion de Marie chez les adultes, le guidisme et le mouvement Xavéri chez les jeunes.Tout en soutenant et développant les principes religieux de leurs membres, ces organisations secondent l\u2019action des missionnaires.Les débuts de la Mission furent pénibles: il fallut commencer par changer l\u2019ambiance lourde de préjugés à l\u2019égard des catholiques et des blancs.La patience, la charité et la bonté des premiers missionnaires ont opéré cette transformation.Aujourd\u2019hui, en dépit des idées subversives et antichrétiennes répandues à Karonga aussi bien qu'à travers tout le Nyassa-land, l\u2019Église continue sa marche en avant.Mais sur notre seul territoire, 31,000 païens ne connaissent pas encore l\u2019Évangile.Je vous laisse sur cette réflexion, souhaitant qu\u2019elle provoque une réponse.Les missionnaires ne sont vraiment pas assez nombreux.Ce fut là une de mes toutes premières constatations.187 FORT JAMESON UNE AVENTURE par Sœur SAINT-EPIPHANE », m.i.c.Pour de l\u2019inédit, c\u2019en est! Au nombre de nos activités sociales, en la ville de Fort Jameson, figure la visite des patients de l\u2019hôpital du Gouvernement.Souvent, donc, nous échoit la tâche d\u2019assister des mourants: chrétiens fidèles ou infidèles aux exigences de leur baptême, païens inquiets qui, au seuil de l\u2019au-delà, désirent connaître notre religion.En deuxième acte et comme service ultime, nous transportons à la cathédrale, dans notre vieille jeep, les défunts catholiques, afin de leur assurer les prières rituelles de l\u2019Église.Là se termine ordinairement notre ministère, car il nous serait impossible de conduire tous les morts au lieu de leur sépulture, dans les différents villages.Mais à toute règle il y a exception, et c\u2019est justement l\u2019exception qui nous valut une aventure de croque-mort.C\u2019est dimanche matin, vers les 9 heures.Le premier coup de la grand-messe est sonné.Trois Africains, deux femmes et un homme, parlementent à la porte du couvent: un membre de leur famille, converti et baptisé, vient d\u2019expirer à l\u2019hôpital; les Sœurs ne pourraient-elles pas le transporter en jeep à son village de Madzimoyo ?Comme nous conseillons au trio de trouver un autre moyen de transport, la veuve insiste: elle ne peut se charger d\u2019un cadavre sur une distance de quinze milles! Son mari était chef du village: il a droit à la considération.il ne convient pas de l\u2019enterrer ailleurs que là.Lorsque nous objectons que notre voiture, pas jeune du tout, est sujette aux pannes, la femme ne veut rien entendre: « Mon mari a cru en vous.il s\u2019est fait catholique: vous devez l\u2019aider après sa mort.» A la fin, elle accepte ce compromis: chercher à Fort jameson une occasion du côté de Madzimoyo; en cas d\u2019insuccès, revenir voir les Azimai.La matinée et une partie de l\u2019après-midi s\u2019écoulent sans nouvelle.Croyant la veuve et sa compagnie en route, Sœur Supérieure 2 et moi partons à bicyclette pour visiter des malades.Ah! mais.qu\u2019est-ce que ces lamentations et ces cris aux abords de l\u2019évêché?Une Africaine est écrasée là, et, à travers ses larmes, appelle au secours les gens de la Mission Catholique: son mari, que les Azimai ont catéchisé et ondoyé à l\u2019hôpital, est 1 Gemma Ouellet, de Saint-Épiphane.Sœur Madeleine-Marie (Madeleine Loranger, de Westmount).188 DE CROQUE-MORT 88NK» n ÜA\"?- décédé, et personne pour le ramener au village! La suite de l\u2019histoire du matin, quoi! Sûre d\u2019avoir affaire à la femme de Madzimoyo et pour couper court à ce beau tapage, Sœur Supérieure s\u2019approche de la pleureuse et, sympathique, lui dit: « C\u2019est bien.Nous allons vous reconduire au village avec votre mari.Suivez-nous.» Nous retournons au couvent et montons dans la jeep qui \u2014 ô surprise \u2014 démarre sans se faire prier.A l\u2019hôpital, il n\u2019y a pas que le défunt à caser à l\u2019arrière de la voiture! On apporte d\u2019abord Potini (c\u2019était le nom du trépassé) roulé dans sa natte.Malheur! ses pieds excèdent le véhicule.Puis le bagage est chargé lentement, très lentement, au rythme des gémissements de la veuve éplo- Visite des patients à l\u2019Hôpital africain de Fort Jameson.Sœur Sainte-Alexandrine (Evelyn O\u2019Neill, de Québec).\u2022«tt, m s rée: paniers, casseroles, farine, poules, couvertures, et que sais-je encore! L\u2019horloge marque 4 h.30.il faudrait tout de même rentrer avant la nuit qui tombe vite en Afrique centrale.Mais Madzimoyo n\u2019est qu\u2019à quinze milles.Le dernier paquet rangé, la pleureuse prend place dans ce qui reste d\u2019espace près du mort.Naturellement la jeep roule à la vitesse d\u2019un corbillard comme il se doit.En route, Avé et invocations se succèdent pour le repos de l\u2019âme du défunt.Je tente d\u2019adresser quelques paroles de consolation à la pauvre veuve.En vain.Elle ne démord pas de ses lamentations; « Potini, mon homme! pourquoi m\u2019as-tu laissée?Qui désormais me vêtira et me nourrira?Qui boira la bière que j\u2019aimais tant te brasser?Potini, mon Potini, nous avons toujours prié chez les gens de l\u2019Église hollandaise réformée, mais où sont-ils aujourd\u2019hui ?sont-ils là pour nous aider?Non, non, ce sont les catholiques nos vrais amis.Dans le malheur, ils sont là pour nous secourir.Potini! Pooooootini! » Voici Madzimoyo.Sœur Supérieure stoppe à l\u2019entrée du village.\u2014Nous sommes arrivées, dis-je, à la veuve toujours en pleurs.\u2014Arrivées?s\u2019écrie-t-elle, mais ce n\u2019est pas ici.\u2014Comment pas ici ?Ne nous avez-vous pas dit ce matin que vous demeuriez à Madzimoyo?\u2014Je n\u2019ai pu vous dire cela, car je ne vous ai pas vue ce matin! De fil en aiguille nous retraçons l\u2019histoire du cas et concluons à une méprise: il y a erreur de veuve et de mort! La femme n\u2019est pas celle de la matinée et le défunt mari est tout simplement un autre de nos caté- chisés que saint Pierre a sommé aujourd\u2019hui de présenter ses comptes! Voyant notre déconfiture, Mme Potini insiste, encourageante: \u2014Ce n\u2019est pas loin chez nous, encore un bout tout droit, puis vous tournez à gauche.\u2014Continuons, me dit Sœur Supérieure, afin que notre acte de charité ne reste pas en panne.Nous repartons tandis que la veuve reprend sa complainte « Potini, mon homme.» A dix milles de là nous atteignons la fourche où il faut tourner à gauche.Le crépuscule envahit la brousse.pas de village en vue! \u2014Où est le village?\u2014Là, devant, ndi pafupi (c\u2019est tout près).Apparaissent quelques huttes, des gens.\u2014Ce n\u2019est pas ici, fait Mme Potini imperturbable.Mais ces gens connaissent bien mon mari.Ils savent où se trouve le village.Un jeune homme vient à nous.\u2014Connaissez-vous le village de Potini ?\u2014Oui, Mtalalika, là-bas.Tournez à droite et poussez un peu plus loin.Un chemin de brousse se devine dans les hautes herbes.Mais sans guide comment s\u2019y reconnaître?Le jeune homme consent à monter avec nous.Reprenant les Avé \u2014 à de multiples intentions dont celle de ne pas nous égarer \u2014 nous obliquons à droite.Les milles s\u2019allongent et s\u2019additionnent.De temps à autre je pose la question: arrivons-nous?\u2014Oui, oui, ndi, pafupi-fupi tsopano.Bon signe: il y a deux fupi-fupi, ce qui équivaut à très près.La route se rétrécit.L\u2019auto s\u2019aventure dans un ex-champ de maïs, 191 sur le travers des sillons par-dessus le marché! Le guide se montre confiant : « C\u2019est tout près maintenant.» De fait, en avant, des lueurs, un amas de huttes.ce ne peut être ailleurs.Nous déléguons notre ange gardien visible pour annoncer aux habitants l\u2019arrivée du corps de Potini.Sans y rien comprendre, nous percevons à distance un parlementage qui dure, n\u2019en finit plus.Tout à coup une petite flamme se meut.Un homme portant un fanal se dirige vers nous.Chose curieuse, il dépasse la voiture de quelques pieds et là s\u2019accroupit, silencieux, la tête inclinée.Les minutes nous semblent interminables.Comme il ne se relève pas, je lui adresse les salutations du pays.Alors il vient à nous et prononce ces mots désespérants: \u2014Vous n\u2019êtes pas tout à fait rendus.vous vous êtes trompés de chemin! Vous n\u2019avez qu\u2019à faire un détour près de l\u2019école.ndi pafupi.\u2014Pepani (nous regrettons) répond Sœur Supérieure bien décidée à ne pas tomber dans le piège d\u2019un autre ndi pafupi.Nous allons laisser le cadavre ici, et veuillez appeler des personnes du village pour le transporter chez lui.Nous ne pouvons nous rendre plus loin.Et joignant le geste à la parole, elle saisit un bout de la natte pour procéder à la descente des restes de Potini.Je l\u2019aide à glisser la natte-cercueil dans un sillon pendant que la veuve explose en remerciements et louanges à l\u2019égard des catholiques qui continuent d\u2019assister leurs frères même après la mort.Merci de tout cœur, Mère! Je vois que vous ne faites pas que prêcher; vous agissez aussi.Zi-kimo.» Un dernier requiescat in pace, un dernier pepani à l\u2019adresse de Mme Potini, et la jeep tourne le nez vers le chemin du retour.Nous avions parcouru.quarante milles pour rapprocher le défunt de son lieu de repos! Notre compagnon et guide paraît touché et ne cache pas son admiration.Nous lui devons une fière chandelle, car sans lui nous nous perdions dans cette brousse épaissse et noire.Quand il descend à la fourche de la grand-route, nous cherchons comment le remercier.Parties à la hâte, nous n\u2019avons pas un sou en poche.Oh! mais à l\u2019arrière de l\u2019auto, il y a des choses qui roulent.des tomates échappées des paniers de la veuve! Nous les offrons au garçon qui saute de joie.Oubliant sa vocation de corbillard, la jeep file allègrement vers Fort Jameson.C\u2019est pour de bon cette fois que nous soupirons: la Mission, c\u2019est là pafupi, tout droit devant nous, pafupi-fupi.192 Sœur Sainte-Alice 'Jeanne Bastien, de Montréal.) Comment nous avons intégré nos cours de religion au milieu païen de Kuanhsi.ADAPTATION ET MÉTHODE Le Taïwanais n\u2019est pas identique au Chinois Sept années et demie ont passé depuis le jour où notre Société s\u2019implantait à Kuanhsi au cœur d\u2019une population entièrement païenne.Heureuses de mettre au service de l\u2019Église de Formose l\u2019enrichissement d\u2019une longue expérience acquise en Chine continentale, les premières missionnaires envisagèrent la tâche avec un zèle décuplé par le désir d\u2019unir leur effort à celui de tant de prêtres et de religieuses qui travaillaient déjà à opposer une barrière aux forces du matérialisme athée.Cependant un problème d\u2019adaptation se posa bientôt.Réalistes, les 193 magnifique église de Kuanhsi, r au diocèse de Hsiftchu.S s, ¦' IWSNfr,?^SSB ¦ ïiMMÉÉRMP^Hi nouvelles venues s\u2019aperçurent qu\u2019un Taïwanais ne peut pas plus être assimilé à un Chinois qu\u2019un Canadien-français à un Français.Si l\u2019insulaire a su conserver au prix de luttes incessantes sa langue maternelle, le dialecte chinois amoy ou hakka \u2014 ce lien qui l\u2019attache au pays des ancêtres \u2014 sous combien d\u2019aspects ne diffère-t-il pas du Chinois continental! Le temps, l\u2019éloignement et en particulier la longue occupation japonaise l\u2019ont fortement marqué, lui créant une mentalité propre.Nécessité d\u2019apprendre le hakka Bien que le mandarin, seule langue enseignée dans les écoles de Taiwan, soit compris des étudiants et des gens instruits, l\u2019étude du dialecte fut jugée indispensable pour atteindre toutes les classes de la société et gagner la confiance du soupçonneux Taiwanais plutôt enclin à regarder l\u2019étranger comme un indésirable, surtout depuis l\u2019invasion de ses frères de la Grande Terre (Chine continentale), événement qui a contrecarré ses espoirs de liberté po-politique.La méthode d\u2019approche L\u2019étude du hakka ne retint pas les pionnières au point de les couper de tout apostolat : en même temps s\u2019ouvrait un jardin d\u2019enfants destiné à fournir l\u2019occasion de contacts avec les familles.Mais aux heures d\u2019intimité avec le Maître, l\u2019on songeait aux méthodes à adopter pour attirer au Christ l\u2019intéressante et studieuse Jeunesse de Kuanhsi.Deux fois le jour, des flots d\u2019enfants et d\u2019adolescents déferlaient à la porte du couvent, se dirigeant vers les écoles publiques.La Providence voulut bien indiquer elle-même la méthode.Un jour quelques écolières moins timides ou plus curieuses que les autres tentèrent d\u2019approcher les étrangères.Accueillies avec bienveillance par celles-ci, étonnées et enchantées de les entendre parler le mandarin et le hakka, elles retournèrent vers leurs compagnes pour revenir dans la suite sept fois plus nombreuses.Les étrangères offrirent des cours d\u2019anglais, de musique, de dactylographie, et plus tard des leçons de religion et de morale.Ainsi se précisèrent les cadres d\u2019une œuvre durable: un cours régulier de religion pour les élèves de l\u2019école primaire, de la 1ère à la 6e année inclusivement.L\u2019œuvre catéchistique Au début, les présences furent variables en raison de l\u2019hostilité rencontrée chez certains professeurs qui allèrent jusqu\u2019à imposer des sanctions aux élèves intéressées à la doctrine.Malgré l\u2019opposition, l\u2019œuvre catéchistique s\u2019affermit et grandit.Le dernier semestre se terminait avec plus de cinquante présences dont dix-sept finissantes du cours primaire.De ces dernières trois seulement devaient poursuivre des études secondaires.C\u2019est dire que les autres se débrouilleront dans la vie avec leur petit bagage scolaire.Par bonheur plusieurs d\u2019entre-elles, assidues depuis le commencement à la doctrine, possèdent une connais- 195 sance solide des vérités de la foi, de la vie de Notre-Seigneur, de l\u2019Évangile et de la Vierge Marie.Non catholiques, elles ont acquis une mentalité chrétienne qui les aidera à rester pures et honnêtes dans une société païenne.Qui sait ce que réserve l\u2019avenir?Devenues adultes, échappant à la tutelle de leurs parents païens, peut-être se tourneront-elles vers le Christ qu\u2019elles aiment ?Pour les finissantes nous avions organisé cette année une petite fête intime.Ces jeunes se sentaient vraiment de la famille et témoignaient leur reconnaissance avec beaucoup de simplicité.Après la collation, Sœur Supérieure 1 leur remit une image-souvenir, les invitant à revenir au couvent aussi souvent que les circonstances le permettront.Prémices L\u2019œuvre catéchistique a déjà donné ses prémices.En la fête de l\u2019Assomption, une jeune fille de dix-neuf ans était admise au baptême.Mlle Wei avait reçu des missionnaires protestants ses premières notions du christianisme.Par suite du déménagement de sa famille à Kuanhsi, elle se trouva éloignée de ses amis protestants et vint chez nous prendre des cours d\u2019anglais et de dactylographie.Puis elle alla à Taipei continuer ses études secondaires.Là-bas, la conversion de sa meilleure amie et compagne de classe la rapprocha davantage de l\u2019Église.Une fois sortie de l\u2019école secondaire, elle voulut parfaire ses connaissances religieuses et nous revint.Sa famille d\u2019abord hostile finit par céder.Mlle Wei choisit comme patronne une martyre des premiers siècles de l\u2019Église, l\u2019illustre Catherine d\u2019Alexandrie.Après de longues années d\u2019attente, d\u2019autres jeunes Taïwanaises, fidèles à nos cours, ont aussi embrassé le catholicisme telles Mlles Wen et Teng, toutes deux engagées dans l\u2019éducation.Leur profession les met à même d\u2019exercer une heureuse influence sur leur entourage.Toutefois ces résultats ne sont que les prémices de plus amples moissons qu\u2019on peut augurer à certains indices annonciateurs.Du nouveau : l\u2019apostolat par une salle de travail La froide méfiance des débuts s\u2019est muée en un climat de compréhension.Les étudiantes ne doutent plus de notre désintéressement et s\u2019adressent à nous en toute confiance et sécurité.Durant les vacances, des finissantes du cours supérieur ont demandé à préparer au couvent leurs examens d\u2019admission à l\u2019université.Ce lieu leur paraissait offrir la solitude et la tranquillité favorables à l\u2019étude, conditions qui n\u2019existent pas dans l\u2019exigu logis taiwanais.A la réception de leur certificat d\u2019entrée, elles vinrent, débordantes de gratitude et de joie, nous remercier d\u2019avoir contribué à leur succès en leur concédant une salle isolée et silencieuse.Toute l\u2019année, ce local reste à la disposition des étudiantes.Beaucoup, 196 1 Soeur Sainte-Élisabeth (Blanche Ménard, de Sainte-Élisabeth de Joliette). Le baptême de T\u2019ang Mai Hoa par le R.P.L.Valois, S.J.le soir, en quittant l\u2019école, arrêtent y faire leurs devoirs journaliers.Autant d\u2019occasions de rapprochement cordial! Vraiment, nous ne sommes plus des étrangères pour la Jeunesse de Kuanhsi mais des amies.Et voici qu\u2019avec l\u2019ouverture de l\u2019année scolaire s\u2019inaugure une nouvelle série de cours de doctrine.Notre vœu le plus cher est d\u2019intensifier le rayonnement chrétien chez les jeunes Taïwanais, « espoir de l\u2019Eglise de demain ».Mais notre effort a besoin, pour atteindre cet objectif, d\u2019être soutenu par la prière fervente et les aumônes de nos frères d\u2019Amérique.Sœur Marie-Josephine \\ m.i.c.1 Éliane Gravel, de Saint-Prosper de Champlain.197 EN PIROGUE AU CLAIR DE LUNE PUCALLPA, PEROU mm Chers amis lecteurs, Décidément, les jours de pluie exercent sur moi une influence écriveuse, car il pleut, et je pense de nouveau à vous écrire.Oh! j\u2019aurais aimé le faire\t* plus tôt, mais le temps ne m\u2019en a point accordé la faculté.Enfin une éclaircie s'est produite, et me voici en réponse aux aimables invitations à revenir causer du Pérou.Cette fois, l\u2019aventure ne se situera pas dans les nuages au-dessus des pics andins; elle se déroulera en tronc
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