Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 septembre 1964, Septembre - Octobre
[" LE PRÉCURSEUR Septembre=Octobre 1964 Oui, l\u2019Eglise est une société pas comme les autres, une société dont la loi est l\u2019amour, non la puissance, la domination ou l\u2019ambition.Les pouvoirs donnés d\u2019en haut n\u2019y sont pas privilèges personnels, mais mesure d\u2019un service; l\u2019autorité y est fonction d\u2019humilité.La suprême dignité est celle du « Serviteur des serviteurs ».Abbé René Laurentin PAGES=COUVERTURE : NYASSALAND Comment trouvez=vous cette coiffure des jours de fête?L\u2019infirmière de Katete, Sœur Sainte=Yvette (Yvette Carie, de Joliette) part avec ses aides pour une village de brousse.Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Port payé à Montréal. 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal (26) Canada LE PRÉCURSEUR Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immacuiée-Conception avec l\u2019autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.NIHIL OBSTAT: M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é., 2 mai 1964.No 5 Septembre - Octobre 1964 Vol.XXIIIe SOMMAIRE Marthe et Marie au Nyassaland\t194 Sr Marie-de-Falima, m.i.c.Un témoignage\t199 Quand Notre-Dame voyage en brousse\t202 Sr Saint-Hormisdas, m.i.c.L\u2019Église de Madagascar en deuil\t205 Sr Eugénie-de-Rome, m.i.c.Esquisse de l\u2019existence malgache\t208 Sr Saint-Thomas-d\u2019Aquin, m.i.c.Version chinoise du bouddhisme\t212 S.C.Chien Plus grand que Bouddha\t221 Sr Saint-Jean-de-VEucharistie, m.i.c.Bond en avant de l\u2019École Good Hope\t222 Sr Saint-Jean-VEvangéliste, m.i.c.Exposition sur la vocation\t226 Sr Blandine-de-Jésus, m.i.c.La musique en Bolivie\t227 Sr Saint-Martial, m.i.c.Les plaines tropicales de la Bolivie\t232 Sr Saint-Athanase, m.i.c.Décès du Général Aguinaldo\t237 Fantaisie sur le chrysanthème\t238 Sr Marie-de-la-Rèdemption, m.i.c.Abonnement: Par an $ 1.50 4 ans $ 5.00 A vie $25.00 Pour^Jout^£han£em£nt^adresse^jie^as^oubtieT^envo^eT^ancienne etJta^jiouveUe. KATETE Par Sœur Marie-de-Fatima, m.i.c.(Marguerite Legault, des Cèdres).MARTHE ET MARIE AU NYASSALAND 194 \u20184 ^]®.« A » ite r,v r >,î'j';/ * -W-V Le peuple africain \u2014 du moins celui que je connais \u2014 est un peuple naturellement priant.A l\u2019église, les offices ne sont jamais trop longs.Il aime à prier, à chanter.Durant la messe, les cantiques se succèdent presque sans interruption: nos gens ont bien prié s\u2019ils ont bien chanté.A la manière de Marthe Chez ce peuple, s\u2019épanouissent de fort belles âmes, éprises d\u2019un haut idéal, qui ont su se garder des coutumes malsaines de leur milieu non chrétien et que n\u2019ont pas flétries les attraits du mal.Ces âmes entendent l\u2019appel divin.Dieu les a marquées de son mystérieux choix.Beaucoup répondent généreusement.Elles ont bravé la colère des parents, les menaces du clan familial pour s\u2019engager dans la voie des conseils évangéliques à peine ouverte au pays.Au diocèse de Mzuzu les vocations sont nombreuses, et Mgr Marcel Saint-Denis, p.b., avait raison d\u2019espérer quand, en 1951, il jetait les bases d\u2019une communauté de religieuses africaines.Les débuts furent difficiles, mais en dépit des obstacles, chaque année, s\u2019accroît le nombre des sujets.Ces jeunes apportent un dévouement, un esprit d\u2019abnégation et de joie qu\u2019ont remarqué avec éloge des missionnaires d\u2019autres diocèses.Non moins zélé que son prédécesseur, S.Exc.Mgr Jean-Louis Jobidon, p.b., a pris à cœur cetté 195 œuvre si prometteuse pour l\u2019Afrique: il n\u2019épargne rien pour favoriser le recrutement de la société, promouvoir le développement spirituel et intellectuel de ses membres, les rendre compétents dans tous les domaines ou ils exerceront leur activité.Ce sont ces Rosarian Sisters que nous retrouvons partout, à toutes les tâches: dans les dispensaires et les maternités, dans les écoles secondaires et primaires, dans l\u2019Action Catholique, la Légion de Marie, le mouvement xavérien (mouvement fondé en Afrique et enrôlant la jeunesse avide d\u2019activité).On pourrait dire qu\u2019elles remplissent dans l\u2019Eglise, l\u2019office de Marthe.A la manière de Marie Mais il se rencontre parmi nos jeunes d\u2019autres âmes qui préfèrent l\u2019office de Marie.Là encore le Seigneur a pourvu à leurs aspirations.En 1959, sur la demande de S.Exc.Mgr Fady, évêque de Lilongwe (diocèse attenant à celui de Mzuzu), six clarisses françaises du monastère d\u2019Alger implantaient la vie contemplative à Lilongwe même.Les fondatrices se nommaient la Révérende Mère Véronique, abbesse d\u2019Alger, les moniales Mère Henriette, Mère Germaine, Mère Emmanuel, Mère Ga-brielle et une Sœur tourière, Sœur Marie.Aujourd\u2019hui, le monastère de Marie-Reine-du-Monde et Mère-de-la-Miséricorde compte une dizaine de jeunes Africaines dont deux jeunes filles du diocèse de Mzuzu, sorties de nos écoles de Katete et de Karonga.Lors de la vêture de Félicita Pulira, ancienne élève de Karonga, la Révérende Mère Véronique nous disait que l\u2019essor du monastère a étonné beaucoup de gens qui ne pensaient pas l\u2019Afrique mûre pour la vie contemplative.A son avis, les jeunes Africaines reçues dans le cloître ne sont pas moins douées que les Européennes ou les Américaines pour cette forme de vie, laquelle, sous toutes les latitudes, est une vocation rare impliquant un appel très spécial de Dieu.Cet appel, il a retenti au cœur de la première moniale nyassalandaise, Amayi Josefa, alors qu\u2019elle était encore enfant dans un village de brousse.Il a soutenu Amayi Klara (Félicita Pulira) et ses compagnes dans leurs luttes parfois pénibles contre les résistances familiales et tribales.Il a conduit Sr Joseph-du-Sacré-Cceur (Jacqueline Bastien, d\u2019Ottawa) discute d\u2019un point de géographie avec deux Rosarian Sisters.196 :;«*** Conception étudiantes à Ambositra, avec leur professeur, M.Arthur Randriafanomezana.Conduites par la Providence au monastère des bénédictines d\u2019Ambositra, nous sommes sept religieuses, dont cinq missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception et deux Sœurs de la Sainte-Famille, de Suisse, exclusivement appliquées à l\u2019étude de la langue malgache.Nous immobiliser pour six mois quand les œuvres réclament tant de bras solides, n\u2019est-ce pas montrer l\u2019extrême souci qu\u2019attachent nos supérieures à l\u2019adaptation intégrale des missionnaires à leur pays d\u2019apostolat?MALGACHE Ainsi, tout en donnant plein rendement aux heures d\u2019étude, nos regards observent déjà avec amour les petits événements dont se tisse l\u2019exis-\tt tence des braves gens de notre nouveau milieu.Par Sœur Saint-Thomas-d\u2019Aquin, m.i.c.(Angèle Lemaire, de Montréal).Ce qui a frappé le plus nos yeux de Canadiennes, c\u2019est le spectacle classique de la jeune mère portant son enfant au dos, serré dans un pli du lamba, cette grande pièce de drap rectangulaire qui 208 fait partie du vêtement malgache féminin et masculin.Très pratique, le lamba, laisse une entière liberté aux mains et aux bras.Avec son poupon emmailloté jusqu\u2019au cou, la maman malgache accomplit ainsi tous les travaux domestiques: elle allume le feu; elle dégringole ou grimpe un sentier pour aller à la fontaine du village; elle porte sur sa tête les marchandises du tsena (marché), des charges de bois ou de paille, voire de lourdes briques.Indifférent aux secousses qu\u2019il subit, l\u2019enfant dort, dodelinant de la tête, les jambes écartées autour des reins de sa mère.Contrairement à son frère canadien, le bébé malgache ignore le berceau ; jamais il ne reste seul dans la case pendant que la mère vaque à sa besogne.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il puisse traîner ses petites jambes bronzées sur le sable rouge qui entoure la maison, il est porté, soit par les parents, soit par la fillette qui imite déjà sa maman.A Madagascar, l\u2019enfant est le roi de la maison, car il est une richesse.Toute la famille nourrit pour lui un véritable culte: n\u2019est-il pas le dépositaire de la vie qui continue?Dans le ménage, une des principales occupations de l\u2019épouse est le pilonnage du riz.Le vary (riz), on le sait, est un aliment quasi sacré dont la plantation et la récolte s\u2019accompagnent de prières et de rites particuliers.Son décorticage représente la \u2014 (* '***- *i Spectacle classique de la mère portant son enfant au dos. Maison des Hauts Plateaux de Madagascar.igf* jsaâ Enfants de la tribu Merina.¦ i i rMW K ' t:y ; Sr Saint-Marcellin (Yvonne Lavoie, 'Scar.de Port-Alfred) se fait des amis parmi les gens du pays.tâche quotidienne du soir.Les mortiers ne sont généralement pas remisés dans les cases, mais groupés en bordure du village sous un grand arbre.Lorsque l\u2019oeil-du-jour (le soleil) baisse et s\u2019approche de la crénelure des montagnes de l\u2019ouest, les femmes vont remplir leurs corbeilles à la réserve de riz ou paddy conservée dans les silos nommés tranombary.Le riz versé dans les mortiers, le pilonnage commence.Parfois, deux, trois femmes manoeuvrent les pilons dans un unique mortier.Leurs mouvements sont si bien rythmés que jamais les bois ne 210 Le marché des poteries.s\u2019entrechoquent.Bientôt, les grains apparaissent revêtus d\u2019une fine et transparente pellicule.C\u2019est le bon riz rouge, le préféré des Malgaches.Il est, dit-on, plus riche en vitamines que le riz glacé des usines.Un dernier vannage circulaire enlève la poussière et les déchets, puis les mortiers sont retournés et rangés au pied de l\u2019arbre.Sur la place abandonnée, s\u2019attarde la volaille qui se dispute dans le sable les quelques bons grains perdus.Chaque ménagère rentre chez soi.Les feux s\u2019allument dans la nuit tombante; la fumée bleuâtre filtre à travers les toitures: c\u2019est la préparation du repas du soir.Pendant que les familles des alentours se réunissent pour leur repas principal, nous entendons monter du prieuré, la voix des moniales chantant, en un très pur grégorien, des louanges au Maître de la création pour tous ceux qui ne songent pas encore à lui demander leur pain quotidien, personne ne leur ayant appris à prier.Quant à nous, c\u2019est avec un enthousiasme fait de bonne volonté et de confiance que nous nous relançons à l\u2019étude, pour devenir au plus tôt un lien vivant entre ces âmes qui ne connaissent pas Dieu et ces autres qui, en le contemplant, appellent l\u2019avènement de son règne. VERSION CHINOISE | du BOUDDHISME I Par S.C.Chien On n\u2019a jamais classé la Chine parmi les pays vraiment religieux du monde.Les Chinois ont cherché à atteindre leurs plus profondes valeurs dans des systèmes de morale \u2014 comme le confucianisme \u2014 systèmes qui règlent la conduite de l\u2019homme sans recourir à la métaphysique ou à la promesse d\u2019un châtiment ou d\u2019une récompense après la mort.Des religions qui ont influencé l\u2019esprit chinois, le bouddhisme venu de l\u2019Inde a gagné le plus grand nombre d\u2019adeptes et perduré.Et pourquoi?Probablement parce qu\u2019il existe des affinités entre la croyance bouddhique et la culture chinoise, les deux proposant une attitude pragmatique en face de la vie et l\u2019attente de la réincarnation.Aujourd\u2019hui, on estime à six millions les partisans de Bouddha à Taïwan, soit la moitié de la population.Ces gens se réclament du bouddhisme mais sans appartenance à une secte précise.200,000 personnes seulement s\u2019affirment membres de sectes bouddhistes.Les temples et les lieux de pèlerinage de l\u2019Ile, au nombre de 1,875, se situent en des endroits privilégiés de la nature, propices à la sérénité.Le plus vaste temple est le Lung Shan, au district de Wan-hua, à Taipei.Il occupe à lui seul plus d\u2019un demi-acre et son domaine est de même étendue.Lung Shan, célèbre pour ses colonnes merveilleuses et ses sculptures, fut élevé, il y a deux cents ans, par des colons de la province de Fukien et dédié à Kuan Yin, déesse de la miséricorde.Shih-tou-shan ou la Montagne de la Tête du Lion, à quatre-vingt-dix minutes d\u2019auto de la capitale, est l\u2019un des centres les plus intéressants du culte bouddhique: de sa base au sommet, des pagodes et des temples la recouvrent.¦A > i aV' |§|gtjP|liatiMr 212 Tous les temples possèdent l\u2019effigie de Càkya-Mouni ou Gautama, fondateur de la religion en Inde, d\u2019Amitabha, l\u2019un des principaux dieux, et de Kuan Yin.Cependant les bouddhistes accordent droit de cité à certaines divinités locales taiwanaises tels que Ma Tsu, déesse de la mer, et Ku Ti Kung, duc de la terre.Cierges et encens brûlent nuit et jour devant eux.Les bouddhistes vont au temple pour demander la faveur des dieux, prier pour la guérison de leurs malades, appeler des bénédictions sur personnes et choses, sur le nouveau-né comme sur la nouvelle entreprise.Les laïques, d\u2019ordinaire, vont au temple le premier et le quinzième jour du mois lunaire.Ils apportent des fleurs et des fruits en offrande.Parfois, ils brûlent du papier-monnaie en l\u2019honneur des dieux, ce qui pourtant n\u2019est pas un rite bouddhique.Mais les bouddhistes ont l\u2019esprit large et tolèrent les coutumes locales dans l\u2019intérêt de l\u2019harmonie.L\u2019anniversaire de Bouddha, 8 avril, compte parmi les événements commémorés par la masse. vv \\ r La fête du Bain de Bouddha est aussi marquante: en cette circonstance, les croyants versent de l\u2019eau sur une statue de Bouddha et par là sont lavés de leurs péchés.Des bonzes et bonzesses assurent le service spirituel.Leur engagement a le sens d\u2019une mission sacrée.Plusieurs s\u2019y préparent dès la jeunesse.Il y a, à Taiwan, 964 moines et 1,825 religieuses bouddhistes.Au total 2,789.De ce nombre, 568 novices, dont l\u2019âge variait de quinze à quatre-vingts ans, ont été reçus le 4 avril 1963, au temple Lin Chi de Taipei.La plupart se trouvaient toutefois dans la vingtaine.Onze écoles et collèges cléricaux se rettachent aux temples de Taipei, Taichung, Tainan, Kaohsiung, Hsinchu et Chungli.Ils offrent leurs cours aux novices qui se destinent à la vie religieuse.Quiconque veut devenir bonze ou bonzesse doit se séparer du monde extérieur: défense de posséder des propriétés et de mener une vie privée; obligation d\u2019avoir la tête rasée et, sur ce point, il n\u2019y a pas d\u2019exception pour les femmes.Les autorités du temple déterminent une période pendant laquelle le candidat sera étudié.S\u2019il est jugé apte et qu il persévère dans son intention il passe au noviciat.L\u2019aspirant à l\u2019ordination doit accepter les dix commandements de STamaneTa, lui enjoignant de se purger du mal et de s\u2019engager dans les œuvres de piété et de miséricorde.On lui remet la tunique et le bol à aumônes, symboles de dépendance et de charité.Trois cérémonies Quand un novice est reconnu pour sa fidélité à l\u2019observance des rites et des règles bouddhiques, il peut devenir selon le cas moine ou religieuse.Le règlement des bonzes comprend 250 articles, celui des bonzesses 348.Une fois ordonné, le moine doit continuer à se perfectionner lui-même dans l\u2019acquisition du Sukhavati ou paradis.Ce dernier pas franchi, il prête un nouveau serment à Bouddha.C\u2019est\u2019 la troisième cérémonie importante de plusieurs séries.Le moine passe alors au stage où il se perfectionne pour perfectionner les autres et atteindre lui-même à 1 état de Bouddha.Il est tenu d\u2019arborer trois marques de brûlures comme signes de sa dévotion fortifiée et de son esprit de sacrifice.Certains bonzes exhibent jusqu\u2019à douze cicatrices: c\u2019est le maximum.Le degré d\u2019ancienneté d\u2019un moine se décèle à sa tunique.Il y a trois classes de tuniques : celles de 9 à 13 morceaux, celles de 15 à 19, celles de 21 à 25.Le droit à la tunique de 25 morceaux exige 10 ans au service du bouddhisme.Bonzes et bonzesses sont de stricts végétariens.Abattre des animaux et même manger des œufs leur sont interdits.Pour eux toute créature du règne animal p>orte en elle une chance de réincarnation.Par un progrès soutenu, un maringouin peut devenir un être humain.La vie du moine est frugale et austère: lever à 4 h.30; prières suivies d\u2019une heure de méditation.Par cette méditation le moine établit son esprit en communion avec l\u2019Un et l\u2019univers.Puis il commence ses études.L\u2019après-midi, il se consacre aux autres.Il répond aux questions de ceux qui veulent connaître le bouddhisme ou rafraîchir leurs connaissances pour se renouveler dans la foi.A ceux qui cherchent la science il fournit des explications détaillées.Différentes écoles Le moine dirige les cérémonies habituelles et solennise les mariages bouddhistes.Un de ses devoirs principaux est d\u2019officier aux funérailles.214 iHii WÆzwMM mm wm 't$Mëî y§Ê£$ak Les bonzes récitent les « soûtras ».Bonzes et bonzesses y chantent les soûtras ou les invocations accompagnées de musique.Les bouddhistes croient que leurs proches peuvent être délivrés des souffrances de l\u2019enfer par les services célébrés pour eux.Tous les bouddhistes travaillent à atteindre le Sukhavati, mais ils suivent différentes écoles de pensée et de pratiques religieuses.Le bouddhisme a dix écoles ou sectes.Les écoles représentées à Taiwan sont la Ching Tu Tsung ou Ecole de la Terre Pure, la Chan Tsung ou Zen, la Chen Yen Tsung ou Ecole de la Parole Pure, la Tien Tai Tsung.La majorité des bouddhistes taiwanais appartiennent aux écoles de la Terre Pure et du Zen.La Terre Pure proclame le salut par la foi, simple croyance en Amitabha, un des nombreux Bouddhas.Dès que l\u2019esprit est libre de penser et la voix libre d\u2019invoquer Nahmo Omito Fo (Salut, Amitabha Bouddha), le salut est proche.L\u2019invocation doit être continuelle autant que possible.L\u2019esprit concentré sur Bouddha est supposé dé- 215 barrassé du désir charnel et conditionné à accueillir une foi éperdue en la grâce salvatrice de Bouddha.Cette foi naît en tous ceux qui se présentent avec humilité.A travers la foi obtenue par l\u2019intercession d\u2019Ami-tabha Bouddha, l\u2019homme découvre un raccourci vers la Terre Pure de l\u2019étemelle bénédiction.Par cette foi, le voilà délivré du karma et de la métempsycose.La plupart des bouddhistes de Taiwan sont de \u2022cette école qui préconise l\u2019approche la plus simple du Sukhavati et n\u2019exige pas la connaissance des soûtras.L\u2019Ecole Chan Tsung, mieux connue des Occi- 216 I # dentaux et des Japonais sous le nom de Zen, recrute ses adeptes parmi les intellectuels.Elle déclare que le salut trouve son achèvement dans l\u2019illumination intérieure et soutient que cette vue du dedans se produit tout à coup.La méditation s\u2019accomplit au moyen de la discipline physique et mentale.La discipline physique demande une atmosphère sereine.On pratique la méditation dans une position assise et l\u2019immobilité absolue.La position des mains et des pieds, même le rythme de la respiration doivent être réglés.Celui qui médite avec succès acquiert la maîtrise de son esprit et tend vers l\u2019état d\u2019illumination.Le bouddhisme a une double doctrine selon ses deux objectifs.Quand il ne s\u2019occupe que du salut individuel, on le nomme le bouddhisme Hinayana ou du Petit Véhicule; quand il dépasse les limites du salut individuel et se soucie du bien spirituel de tous, il devient le bouddhisme Mahayana ou du Grand Véhicule.L\u2019image suggérée par le mot véhicule est exacte: elle comporte une idée de transport.De fait, les deux véhicules transportent les humains, de ce monde agité à l\u2019autre, ou vers le but ultime, le nirvâna.Le Petit Véhicule implique le salut personnel, tandis que le Grand vise à être sauveur.A Taïwan et dans presque toutes les parties de la Chine, l\u2019Ecole Hinayana n\u2019a pas eu de vogue en dépit de sa popularité dans l\u2019Inde.L\u2019Ecole Mahayana domine, car les sectes de la Terre Pure et du Zen relèvent du Grand Véhicule.La philosophie bouddhique a marqué la vie chinoise.Ses idées, ses attitudes vis-à-vis l\u2019existence, ses valeurs, ont influencé des centaines de millions d\u2019individus.Le concept de l\u2019immortalité par la réincarnation a connu une popularité universelle en Chine.Lettrés et illettrés, presque tous les Chinois croient qu\u2019ils renaîtront après leur mort.Lin Yutang a écrit, dans Mon Pays et mon Peuple, que le bouddhisme a conquis la Chine comme une philosophie et comme une religion: une philosophie pour les savants et une religion pour le peuple.Hommes et femmes partagent la même foi bouddhique mais d\u2019une manière différente.Les hommes regardent comme une perte de temps les visites fréquentes aux temples, et les cérémonies ne les enthousiasment pas.Pour eux la religion est plutôt une philosophie qu\u2019une pratique.Des savants chinois se sont faits eux-mêmes chussu: ce sont des intellectuels qui vivent dans la retraite bouddhique mais sans devenir bonzes.Les femmes sont plus religieuses que les hommes et plus fidèles observatrices des rites.Elles tiennent à l\u2019oratoire familial, récitent beaucoup plus de Nah mo Amitabha et peuvent chanter les soûtras sans y rien comprendre.Pour elles, la foi seule conduit au nirvâna.Les femmes cherchent la faveur de Bouddha avec force prières et supplications; cependant cela n\u2019empêche en rien leur pragmatisme.Elles peuvent lancer les morceaux de bambou divinatoires autant de fois qu\u2019il le faudra pour obtenir une combinaison favorable.Dans presque toutes les fermes de Taïwan, pendue au mur de la chambre où l\u2019on vénère les ancêtres, se voit une image de Kuan Yin, la déesse qui retarda son entrée au nirvâna afin de pouvoir aider les humains.U organisation bouddhique A Taïwan, l\u2019influence bouddhiste a joué en faveur des animaux de boucherie.On craint de déplaire aux dieux en les tuant, et bien des gens s\u2019abstiennent toute leur vie de manger du bœuf.Ils considèrent les services précieux que rend la vache et croient qu\u2019abattre un animal qui travaille tant pour l\u2019homme, constitue un acte d\u2019ingratitude.Le mouvement bouddhiste dans l\u2019Ile est sous la direction de l\u2019Association Bouddhiste réorganisée en 1952.Cette dernière enrôle 35,935 personnes et près de 1,000 membres de groupes.Elle dirige des collèges, instituent des conférences et soutient des activités éducationnelles.Sous la dépendance de l\u2019Association se trouvent 9 comités spéciaux, une filiale provinciale de cette même association et 20 sous-filiales dans les villes et les comtés.Une commission spéciale accorde les bourses d\u2019étude collégiales.Le travail des filiales et des sous-filiales varie: quelques-unes poursuivent des activités charitables et secourent tous les miséreux sans égard à leur credo.D\u2019autres forment des chorales pour chanter les chants bouddhiques et contribuer par là à propager la religion.L\u2019Association met l\u2019accent sur l\u2019éducation.Par elle-même et ses filiales elle subventionne des classes pour l\u2019enseignement aux analphabètes, aux enfants d\u2019âge pré-scolaire et aux aborigènes.L\u2019Université Nationale de Taïwan, à Taipei, donne un certain nombre de cours sur le bouddhisme et sa philosophie.Les bouddhistes projettent l\u2019établissement de leur propre université.Il se publie douze revues bouddhiques.La plus ancienne Hai Chao Yin ou « Le Bruit de la Marée » remonte au tournant du siècle.Le magazine mensuel Bodhedrutn tire à des milliers d\u2019exemplaires.Ces publications se répandent largement dans le Sud-Est Asiatique, en particulier à Ceylan, en Thailand et au Cambodge.Pendant que le bouddhisme prospère dans l\u2019Ile, 217 il est supprimé sur le continent par les communistes.Beaucoup de bouddhistes ont été contraints d\u2019abjurer, et leurs organisations ont été dissoutes.En 1940, avant l\u2019ère communiste, près de la moitié de la population chinoise adhérait au bouddhisme.L\u2019Association bouddhiste comptait 4,260,000 membres.Bonzes et bonzesses excédaient 500,000.Les moines de cette époque allaient de monastère en monastère.Ils étaient accueillis partout d\u2019après la coutume du Kuatan, terme qui se traduit par « celui qui suspend ses possessions ».Pour les moines leurs possessions se résumaient aux tuniques et au bol d\u2019aumônes.Vastes monastères Les monastères étaient très vastes.Ceux de Pu-to, Wu-tai, O-mei et Chiu-hua recevaient des milliers de moines.Tant qu\u2019un moine observait les règlements du monastère, il pouvait y demeurer à sa guise et même y devenir abbé.Les rites bouddhiques du continent, conservés dans toute leur pureté, différaient assez de ceux en usage à Taïwan.L\u2019adoration des divinités ne se rencontrait que rarement.^ Les sectes et les écoles de pensée étaient les mêmes.La majorité des croyants continentaux appartenaient au Zen et à la Terre Pure.Les communistes ont supprimé toutes les religions.Quoi qu\u2019il en soit, les bouddhistes de Taïwan disent que leurs frères du continent continuent de croire et de pratiquer en secret leur religion.Le communisme ne peut détruire si vite l\u2019œuvre de 2,000 ans.L\u2019entrée du bouddhisme en Chine se perd dans l\u2019antiquité.Des textes, qui ne sont pas des légendes, racontent que des pèlerins revenaient de l\u2019Inde en Chine, l\u2019an 65 après Jésus-Christ.Ils y avaient été envoyés quatre ans plus tôt par l\u2019empereur Ming de la dynastie Han (23-221 après Jésus-Christ).Ils ramenaient avec eux un cheval chargé de livres sacrés et de reliques.Deux moines indiens les accompagnaient.Dans la suite, les échanges entre savants chinois et indiens inclurent des personnages éminents tels que Kumarajiva (4e siècle), Fa Hsien (5e siècle\\ Bodhidharma (6e siècle), Hsuan Chuang (7e siècle).Le plus connu est peut-être Hsuan Chuang.Né l\u2019an 600, alors que le bouddhisme atteignait son apogée en Chine, il devint bouddhiste en 620.Avant son départ pour l\u2019Inde, en 629, il s\u2019était acquis la renommée de savant.Il demeura en Inde seize années dont cinq passées à Nalanda où il étudia la subtile philosophie du bouddhisme appelée Vijnana-vada.L\u2019an 645, il rentrait dans son pays, y rapportant des livres bouddhiques à la traduction desquels il travailla jusqu\u2019à sa mort en 664.Vers le septième siècle, le bouddhisme végétait au lieu même de sa naissance.Plus rares se firent les missions indiennes en Chine.Par ailleurs, les bouddhistes chinois ne voulaient plus se contenter de traductions.Les Chinois créèrent donc leur propre littérature bouddhique, et sans peine, car les penseurs d\u2019alors adhéraient au bouddhisme.Changements chinois Le bouddhisme commença à se modifier au contact de la pensée et des traditions chinoises.Le bouddhisme orthodoxe soutient que le monde est vanité, simple illusion de l\u2019esprit.Mais pour les philosophes chinois le monde est réel: on ne saurait l\u2019abandonner.Les bonnes œuvres faites durant la vie conduisent au salut.D\u2019anciens bouddhistes de l\u2019Inde maintinrent que beaucoup de gens ne possédaient pas la nature de Bouddha et ne pouvaient par conséquent atteindre 218 à l\u2019état de Bouddha.Les Chinois, eux, croyaient que tous possédaient la nature de Bouddha et qu\u2019en autant qu\u2019ils se repentaient de leurs péchés, le chemin de la perfection leur restait ouvert.Même un boucher, qui avait péché gravement en tuant, pouvait parvenir à l\u2019état de Bouddha s\u2019il renonçait à son couteau.Au huitième siècle, il y avait dix dénominations bouddhistes en Chine dont trois d\u2019origine chinoise et inconnues en Inde.C\u2019étaient Huan-yen, Tien-tai et Chan; elles se retrouvent aujourd\u2019hui à Taïwan.Le bouddhisme a aussi changé la Chine.La plupart des penseurs professaient que la vie vaut d\u2019être vécue et renferme des possibilités de bonheur.Les confucianistes montraient un optimisme particulier au sujet de la nature humaine.Ils se préoccupèrent du problème de rendre la société meilleure mais pas tellement du problème de l\u2019autre vie.Avec l\u2019apparition du bouddhisme de nouveaux concepts se posèrent: les divinités, la transmigration des âmes, la vie après la mort.L\u2019horizon spirituel des Chinois s\u2019élargit.La Chine acquit une cosmologie et de nouvelles formes d\u2019un rituel religieux.Apport taôiste Le taôisme et le bouddhisme, semblables sous plusieurs rapports, s\u2019influencèrent l\u2019un l\u2019autre.La terminologie taôiste fut très employée dans la traduction de la littérature bouddhique et les divinités taôistes adoptées.Taôisme, confucianisme et bouddhisme s\u2019enrichirent mutuellement sans perdre toutefois leur identité propre.Le bouddhisme marqua les Lettres chinoises.A partir de la dynastie Tang, le roman doit beaucoup, dans son inspiration, à la littérature bouddhique.La vie de Hsuan Chuang, dramatisée, fournit la trame du roman Hsi-yu-chi ou le« Le Récit d\u2019un Voyage au Paradis de l\u2019Ouest ».Le bouddhisme posa son empreinte sur l\u2019architecture et la sculpture.La pagode est de pure origine indienne.Elle se voit dans chaque ville et village de Chine.Aux premiers âges, la Chine ne connaissait que l\u2019art de la gravure sur pierre.Le bouddhisme lui donna la sculpture.Les bouddhistes de Taiwan se considèrent comme les dépositaires d\u2019une grande religion dont le retour sur le continent s\u2019effectuera avec le retour de la liberté politique.Ils croient que l\u2019esprit des masses populaires chinoises n\u2019a pas changé et que l\u2019effort communiste pour intensifier l\u2019athéisme a échoué.Un moine bouddhiste contemple la nature à la cascade de Wulai.Les Chinois ne sont pas un peuple des plus métaphysiciens.Leur génie est tourné vers la vie et l\u2019organisation de la société présente plutôt que vers la spéculation sur l\u2019avenir.Cependant les solides principes de l\u2019éthique chinoise requièrent la foi en quelque chose de plus qu\u2019en une existence animale et sans but.L\u2019islamisme et le christianisme ont aussi pris racine en Chine, mais le bouddhisme est infiniment plus répandu et il reprendra ses positions quand le communisme disparaîtra.Le révérend Pai Shing remarquait: « Avec notre retour sur le continent, des millions retourneront aux temples.C\u2019est pour cette heure que travaillent et prient les bouddhistes de Taiwan.» (Traduit de l\u2019anglais et reproduit de Free China Review, mai 1963.) 219 wMk > ^r' * ¦ ^.:- ; ¦\u2022¦¦>¦¦¦ ¦ ii\tVi ''\u2022
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