Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 juillet 1965, Juillet - Août
[" LE PRECURSEUR JuilIet=Août 1965 « Que ne fait pas Notre-Seigneur pour provoquer notre reconnaissance?Que le « Magnificat » soit souvent sur nos lèvres et constamment dans nos cœurs.» Mère Marie-du-Saint-Esprit (extrait d\u2019une lettre aux sœurs de Rimouski, 22 janvier 1932) PAGE=-COUVERTURE : Dansant la Cueca, danse du Chili.Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Port payé à Montréal. 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal (26) Canada LE PRÉCURSEUR Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception avec l\u2019autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.NIHIL OBSTAT: M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é., 2 mars 1965.No 10 Juillet-Août 1965 Vol.XXIIIe SOMMAIRE Les saints martyrs de l\u2019Uganda\t434 R.P.Georges Robitaille, S.J.Eglise et laïcat missionnaire\t441 Sr Gisèle Villemure, m.i.c.Chichicastenango\t44g Sr Sainte-Colette, m.i.c.Le Chili à grands traits\t450 Sr Marie-Hermine, m.i.c.Sainte-Rita sur les hauteurs\t457 Sr Léon-Joseph, m.i.c.Vive la Zambie!\t461 Sr Marie-Corinne, m.i.c.Morondava a son évêque autochtone\t467 La tsena au soleil\t468 Sr Angèle Lemaire, m.i.c.Mère Marie-du-Saint-Esprit et les retraites fermées\t472 Sr Marie-de-la-Purification, m.i.c.L\u2019âme musicale de Mère Marie-du-Saint-Esprit 477 Sr Jacqueline Taillon, m.i.c.Abonnement: Par an $ 1.50 4 ans $ 5.00 A vie $25.00 Pour tout changement d\u2019adresse, ne pas oublier d\u2019envoyer l\u2019ancienne et la nouvelle. LES MARTYRS ' %, .\u2022t f ?l).r **«r*i*K Photo : Yve* Tourigny, p.b. L\u2019UGANDA (suite) par le R.P.Georges Robitaille, S.J.L'orage Quelques mois à peine se sont écoulés depuis le retour des Pères, et l\u2019on parle ouvertement de la décision du roi d\u2019exterminer les chrétiens.Il ne touchera pas aux Pères Blancs qui lui en imposent, mais il tuera les Anglais et ceux de ses sujets qui fréquentent les catholiques et les protestants.Il croit atteindre à ses fins en supprimant quelques têtes marquantes.Ainsi, en octobre 1885, fait-il massacrer avec tous ses porteurs (au nombre de 40) l\u2019évêque anglican Hannington dont on annonce l\u2019arrivée par une voie nouvelle.L\u2019évêque meurt en offrant sa vie: « Dites au roi que je meurs pour le Buganda.J\u2019ai acheté cette route avec ma vie.» Le roi a passé outre aux objurgations de son jeune majordome catholique, Joseph Mukasa, qui lui a rappelé la conduite de son père: il n\u2019a jamais tué d\u2019Européen.Ce reproche direct jette le roi en fureur: « Tu m\u2019insultes.Va-t-en! » Joseph pressent un dénouement fatal.Il va se confesser et communier.Le katikiro encourage le roi à, frapper Joseph.Le roi le condamne au feu.On l\u2019amène.Il refuse d\u2019être lié: « Moi qui vais mourir pour ma religion, voudrais-je m\u2019échapper ?» Sur le lieu de l\u2019exécution, Joseph charge son bourreau d\u2019un dernier message pour le roi: « Tu diras à Mwanga, de ma part, qu\u2019il m\u2019a fait tuer sans raison, mais que je lui pardonne.Cependant qu\u2019il se repente car s\u2019il ne se repent pas, je plaiderai avec lui au tribunal de Dieu.» Joseph meurt à vingt-six ans, le 15 novembre 1885.Les chrétiens comprennent par cette mort que le roi a décidé d\u2019en finir avec eux.Loin de s\u2019abandonner, ils redoublent de ferveur.Retenus le jour par leur service, ils vont la nuit consulter les Pères, prier, demander le baptême: douze, dont Charles Lwanga, la nuit qui suit la mort de Joseph.Charles a la direction des pages.Il jouera, auprès des chrétiens de la cour, le rôle d\u2019entraîneur et de guide que remplissait le martyr.Fresque des martyrs de TUgan-da en la chapelle de Namugon= go, Heu de leur supplice.Un jeune musulman fanatique a remplacé Joseph au poste de majordome.Convaincu peu après d\u2019inconduite scandaleuse et châtié, il se venge en profitant de toute occasion pour exciter le roi contre les chrétiens.Un jour, Mwanga somme les pages qui ne prient pas chez les Anglais ou les Français de se déclarer.Trois seulement se présentent.Tous les autres, même ceux qui n\u2019ont que douze à quinze ans, restent fermes.« Je vais vous faire tuer tous, clame le roi furieux.» Une nuit, les Pères confèrent trente-cinq baptêmes.Quand le roi renouvelle ses menaces, cent jeunes accourent aussi la nuit demander le baptême.A la messe de minuit, à Noël, il y a cent quarante néophytes dont plusieurs venus de Singo sous la conduite de Mathias Mulumba, chef du Kirumba.Le roi change alors de tactique, devient bienveillant, paternel en propos.Ses moeurs ne changent pas.Il poursuit de ses assiduités les plus jeunes des pages.Il leur faut du courage pour résister.Avec l\u2019aide de Charles Lwanga ils se cachent, ou bien ils refusent net.Le roi voit dans ces refus la condamnation de sa conduite.« Je ne suis donc plus roi ?Vous me méprisez dans ma maison.Qu\u2019on vous tue! » Ces jeunes pressent les Pères de leur donner le baptême.Ainsi Kizito qui n\u2019a que quatorze ou quinze ans: « Baptise-moi.Je ne suis pas trop jeune pour mourir.Veux-tu donc que je meure sans être devenu enfant de Dieu ?» Pendant des mois alternent l\u2019inquiétude et le calme.Des incendies se produisent coup sur coup au palais; le roi s\u2019affole, écoute les sorciers qui réclament des victimes humaines.Des néophytes, entre autres une princesse, manquent de discrétion! et leurs maladresses précipitent les choses.L\u2019orage qui grondait depuis des mois, éclate le 25 mai 1886: rentrant bredouille de la chasse, le roi s\u2019irrite de ce que ses pages ne soient pas là à l\u2019attendre.Où sont-ils ?à prier ?L\u2019un d\u2019eux, Denis, garçon de dix-sept ans, survient et avoue qu\u2019il était à étudier la religion.Le roi, furieux, lui transperce la gorge d\u2019un coup de lance.Il va en finir avec ces chrétiens qui lui résistent: « Vous, chrétiens, je vous tuerai tous aujourd\u2019hui même.» Le soir, les tambours convoquent d\u2019urgence les seigneurs pour le lendemain.Au palais, les chrétiens prient une partie de la nuit.Charles Lwanga prépare ses pages et les baptise.Kizito, le petit page de quatorze ans, est tout rayonnant.435 La croix blanche marque l\u2019endroit où Mathias Mulumba endura le martyre.* .1 ^.-ix\t'/iz'\t^ >ï '1 - - , ' * ~ Photo : Yves Tourigny, p.b.Au matin, pour parer à tout risque de révolte, Mwanga s\u2019assure l\u2019assentiment des seigneurs, puis il fait rassembler les groupes de pages où il y a des priants.Les portes du lieu refermées, il ordonne que tous ceux qui ont embrassé la religion s\u2019en aillent là-bas, à tel endroit qu\u2019il indique.Charles Lwanga se lève le premier: « Roi, dit-il, ce dont on a pleine conscience, il est impossible de ne pas l\u2019avouer.» Le jeune Kizito lui a pris la main, et tous deux marchent à la tête de leurs amis.« Tous, nous allâmes avec joie, dit Denis Kamyuka, et parmi nous aucun n\u2019était triste.» André Kaggwa, le chef de la fanfare, n\u2019avait pas été appelé; Mwanga l\u2019aimait et voulait l\u2019épargner.Mais son ministre, le Katikiro dont André avait naguère dénoncé les desseins criminels, arrache au roi, à force d\u2019instances, une condamnation.Aussi- tôt le ministre envoie trois bourreaux le saisir: il ne mangera pas qu\u2019on ne lui ait apporté le bras d\u2019André.André les attendait.Il avait mis en lieu sûr sa femme et sa fillette, s\u2019était confessé et avait communié la nuit même.Ceint d\u2019une étoffe blanche, il portait un vêtement de fête.« Emmenez-moi, tuez-moi, j\u2019ai pitié de vous qui allez vous attirer les reproches de votre chef si vous le faites attendre.Dépêchez-vous, coupez mon bras et apportez-le-lui.» Il s\u2019étend sur le sol; un des exécuteurs lui tire fortement le bras, et les autres le coupent à l\u2019épaule avec tant de hâte que les côtes paraissent à nu.Le martyr n\u2019a pas une plainte; à la fin, il dit simplement: « Katunda wattu » (Mon Dieu! mon Dieu!).Wattu marque un ensemble de sentiments auxquels se mêlent l\u2019amour et l\u2019admiration.436 Un grand ami de l\u2019Afrique, S.Em.le Cardinal P.E.Léger accueilli à Rubaga par S.Exc.Mgr Joseph Kiwanuka apparenté à quatre des martyrs. y.j!e !;\u2022\t5 ï \u2022 ,4 PïT \u2022 m ' tl yt0** L'holocauste Trcntc-quâtrë jeunes ont été condamnés à être brûlés à Namugongo, lieu d\u2019exécution à environ vingt-cinq milles de la capitale: dix-sept catholiques, onze protestants, cinq ou six non-chrétiens et un petit chevrier musulman.Le jour même le groupe se met en route.La nuit, au campement, on les charge d\u2019entraves et de chaînes.On a tué un condamné au départ; le lendemain on en tue un autre dont les chaînes restaient suspendues aux chairs tant on l\u2019avait lié étroitement.On arrive à Namugongo peu après midi.L\u2019exécution requiert un immense bûcher, et il faudra bien une semaine pour le dresser.Les condamnés chargés d\u2019entraves partagent les cases des bourreaux.Ils apprennent qu\u2019à la colline de Kampala on a démembré et laissé mourir le chef du Kirumba, Mathias Mulumba, ce converti exemplaire, réputé pour sa bravoure.« Emmenez-le et tuez-le, avait dit le Katikiro, faites-le souffrir.» Deux bourreaux ont raconté son supplice.Ils lui coupèrent les bras aux coudes, les pieds aux chevilles, puis les jambes aux genoux.Ils découpèrent en outre des langues de chair.Tandis que les couteaux lui fouillaient les jointures, Mathias soupirait doucement: « Mon 438 Jour d\u2019ordination à la cathédrale de Rubaga.La dynamique Eglise de l\u2019Uganda doit sa vitalité au sang de ses martyrs.Dieu, mon Dieu.» Silencieux, il priait sans une larme, sans un appel à la pitié de ses bourreaux renversés d\u2019un tel courage.Pour prolonger son agonie, ils eurent soin de lui ligaturer les artères et les veines avant de l\u2019abandonner.Il vécut trois jours.On l\u2019entendit appeler, demander à boire.Des esclaves attirés par les cris prirent peur et s\u2019enfuirent à la vue de ce tronc horriblement mutilé.On croit qu\u2019il mourût le dimanche, 30 mai.C\u2019était le doyen des martyrs.Par sa droiture, sa soif de la vérité, son désir du martyre, ses longues et atroces souffrances, il est le plus beau fleuron de la glorieuse phalange.Le gros de la troupe parvenu à Namugongo devait donc attendre une longue semaine.S\u2019il y avait chez eux de l\u2019exaltation elle allait tomber, d\u2019autant plus qu\u2019on les pressa de renier leur foi.L\u2019un d\u2019eux Mbaga, adolescent de dix-sept ans, avait des parents dans la région.On l\u2019envoie les voir.Les condamnés redoublent de prières pour lui.Il résista à toutes les sollicitations et revint en courant, le dernier jour, comme la troupe partait pour le bûcher.Ce fut une grande joie pour tous. Des parents, des amis avaient tenté de fléchir le roi en faveur de tel ou tel.Mwanga accorda la grâce de quelques-uns; pour les autres il n\u2019y consentit pas: ils avaient été trop réfractaires à ses avances.Le 2 juin, vers la fin de l\u2019après-midi, un cliquetis de cymbales et un roulement de tambours annonçaient que l\u2019exécution aurait lieu le lendemain.Dès le point du jour, les bourreaux enlèvent aux condamnés leurs entraves et les font sortir.Ils se retrouvent amaigris mais non abattus.Dépouillés de leurs étoffes auxquelles on substitue des haillons, les mains liées derrière le dos, ils sont rassemblés sur la place.Un autre contingent de bourreaux costumés, grimés, l\u2019air plus féroce encore, les y attend.Senkolé, le chef des bourreaux, s\u2019était réservé de brûler lui-même, à part et à petit feu, Charles Lwanga pour se venger d\u2019un prétendu affront reçu jadis.L\u2019ayant lié et installé sur un bûcher assez bas, il y mit le feu narguant sa victime: \u2014 Voyons! que ton Dieu vienne te tirer du feu! \u2014 Je meurs pour la vérité, et ce feu ne dure qu\u2019un moment.Mais toi, tu seras tourmenté par le vrai feu parce que tu parles ainsi.Photo : Yves Tourigny, p.b.Tout près de la-colline de Rubaga se trouve la petite église de Nalukolongo érigée sur le site de la chapelle de terre séchée où plusieurs des martyrs reçurent le baptême.maasmm r > / \"t v ¦t .M - 'dis I ¦'c: mm v, * \u2022 Le martyr priait, ne laissait échapper ni un gémissement ni un reproche.A un moment donné, comme le bourreau attisait la flamme: « Maître, dit Charles doucement, que je serais heureux si toi aussi tu embrassais la religion.» Senkolé ricane mais il est stupéfait d\u2019un tel héroïsme et bouleversé par ces paroles.Plus tard il se fera en effet catéchumène.Lorsque le feu lui atteignit le cœur, Charles dit: « Mon Dieu, mon Dieu », et il expira.C\u2019était le jour de l\u2019Ascension.Cinq semaines plus tôt, il avait confié au Père Lour-del: « Nous avons manqué la fête de Pâques, mais à l\u2019Ascension nous nous rattraperons.Cette fois, nous ne la manquerons pas.» Pie XI et Pie XII ont proclamé ce valeureux chrétien patron des apôtres laïcs de l\u2019Afrique.Cependant les seize autres condamnés avaient été conduits devant le bûcher, vaste plateforme de branchages et de troncs d\u2019arbres.On leur enleva leurs haillons, ne leur laissant qu\u2019une petite ceinture d\u2019écorce.« Voici l\u2019endroit où nous allons voir Jésus-Christ », s\u2019écrièrent les martyrs.On présenta à chacun une petite calebasse de vin de banane; l\u2019un d\u2019eux la refusa en souvenir de Notre-Seigneur.Puis on les étendit sur des claies de bambou, leur liant les mains derrière le dos, leur attachant les jambes l\u2019une contre l\u2019autre; on ramena les bords des claies à la manière d\u2019un linceul.Enfin on déposa ces fagots vivants sur le bûcher.Le chef des bourreaux chercha encore une fois à ébranler le jeune Mbaga: \u2014 Je vais te cacher chez moi.\u2014 Tue-moi, je ne veux pas que tu m\u2019amènes.Trois des jeunes, graciés à leur insu, avaient été ficelés dans leurs claies mais mis à part comme pour alimenter plus tard le brasier.C\u2019est par eux que l\u2019histoire a connu les détails précis du martyre.Les victimes une fois placées sur le bûcher, on entassa sur elles des branches et des troncs d\u2019arbres.Les chrétiens priaient, récitaient des psaumes.Aucune plainte, aucune parole de vengeance ou de mépris.Il était environ midi.Les bourreaux saisirent des torches enflammées et les promenèrent tout autour du bûcher.« Comme d\u2019une maison de paille et de roseaux », le feu jaillit en un tourbillon crépitant.Les bourreaux se livrèrent alors à leurs danses rituelles, brandissant leurs lances et disant: « Ce n\u2019est pas nous qui vous tuons, c\u2019est Musuka, Kebula, et toutes les lubales que vous avez méprisées et appelées des démons.» Les exécuteurs ne devaient jamais oublier ces morts.« Nous avons tué beaucoup d\u2019hommes, mais nous n\u2019en n\u2019avons jamais tué de semblables.Les autres ne faisaient que gémir et pleurer pendant que nous les mettions à mort, tandis que ceux-ci ne récitaient que des prières.» C\u2019était la fête de l\u2019Ascension.Après l\u2019épreuve du feu, ces jeunes triomphateurs entraient dans la gloire du Christ.La leçon des martyrs La grande leçon que nous donnent les martyrs de l\u2019Uganda est celle du prix de la foi et de l\u2019engagement absolu qu\u2019elle constitue.La vérité chrétienne, ils l\u2019avaient apprise de missionnaires qui pour la leur transmettre avaient bravé tous les dangers et qui l\u2019attestèrent pendant des années en acceptant, eux aussi, de courir le risque de la mort pour l\u2019Evangile.La foi est la rencontre de Dieu: rencontre véridique de sa lumière sur Lui-même, sur nous, sur le monde, sur l\u2019éternité; rencontre personnelle; rencontre exaltante par l\u2019amour indicible qu\u2019elle découvre chez Dieu pour chacun de nous; rencontre exigeante aussi et redoutable si elle est méprisée ou trahie.La mesure de l\u2019homme se prend et se prendra toujours, quels que soient l\u2019étendue de sa culture ou les moyens de civilisation dont il dispose, à partir de la réponse qu\u2019il fait à Dieu.Le tout de l\u2019homme est son esprit, le tout de son esprit, son amour, le tout de cet amour est de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime, pour Dieu d\u2019abord.Les martyrs sont les plus grands héros de l\u2019humanité.Recueillons l\u2019enseignement profond que nous redonnent les Martyrs de l\u2019Uganda.Ils nous réapprennent le prix de notre foi.La leçon est toujours essentielle et actuelle.440 EGLISE ET LAICAT MISSIONNAIRE par Sœur Gisèle Villemure \\ m.i.c.Ce thème, vaste et d\u2019actualité comme pas un, comporte un grand risque: la possibilité de s\u2019égarer dans des voies vicinales et de perdre le sens véritable de notre réflexion.Pour garder la piste, voici donc quelques jalons indicateurs: regard hâtif sur l\u2019Eglise, aspect de la vocation du baptisé, responsabilité et rôle du laïcat dans l\u2019Eglise, formation de l\u2019apôtre.Regard sur VEglise L\u2019Eglise, prolongement et achèvement du Christ, manifeste la vie de Dieu et transforme peu à peu toute l\u2019humanité.L\u2019Eglise n\u2019existe pas pour autre chose que pour faire participer tous les humains aux grâces de salut de la Rédemption en étendant le règne du Christ au monde entier 'K Mais qu\u2019est-ce que l\u2019Eglise ?\t« C\u2019est, dit Bos- suet, Jésus-Christ mais Jésus-Christ répandu et communiqué ».Et Pie XII, dans Mystici Corporis, écrit de même: Nous devons nous accoutumer à voir dans l\u2019Eglise le Christ lui-même C\u2019est le Christ en effet qui vit dans son Eglise, qui enseigne par elle, par elle gouverne et accorde la sainteté: c\u2019est le Christ aussi qui se manifeste de diverses manières dans ses divers membres.La première encyclique de Paul VI Ecclesiam Suam commence par ces mots: « L\u2019Eglise du Christ Jésus a été voulue par son fondateur comme mère aimante de tous les hommes et dispensatrice de salut ».Parce qu\u2019elle est le corps même du Christ animé par l\u2019Esprit-Saint, l\u2019Eglise est sainte.Les baptisés forment « la nation sainte, le peuple que Dieu s\u2019est acquis » (I Pierre, 2, 9).Et bien que vivant dans un monde pécheur, tout chrétien en état de grâce est saint parce que l\u2019Esprit-Saint habite en lui et qu\u2019il est membre du Corps Mystique dont Jésus-Christ est la tête.Hans Urs Von Balthasar fait dire à Jésus: Je suis la tête, vous êtes les membres.Ce que je pense et médite, vous devez le présenter au dehors et l\u2019accomplir.Par vous, qui êtes mes mains et mes pieds, je peux parcourir le monde et le transformer 3.La sainteté de l\u2019Eglise s\u2019exprime donc en des chrétiens aux vocations multiples.Chacun traduit un des aspects de la richesse du Christ, réalise l\u2019une des missions confiées à l\u2019Eglise.Ainsi le laïque a-t-il sa place dans cette Eglise, ce Royaume, et remplit-il un rôle d\u2019une façon qui lui est propre, différente de celle de la hiérarchie, tout en concourant à l\u2019unité.« Un arbre est en ordre malgré ses racines qui diffèrent des branches », dit Antoine de St-Exupéry dans Pilote de guerre.Diversité des branches, unité du tronc, ainsi l\u2019univers matériel est-il signe des réalités spirituelles.Cette figure classique de l\u2019Eglise démontre bien la variété des fonctions de ses membres fraternisant et réalisant l\u2019unité d\u2019une même communauté.Prêtre et laïque, clergé et peuple, appartiennent à l\u2019unique communauté de grâce et d\u2019amour intérieurement unie par le lien surnaturel de la foi, de l\u2019espérance et de la charité.Une, sainte, l\u2019Eglise est encore catholique.Luc, au chapitre premier des Actes des Apôtres, nous donne un récit du fait historique de l\u2019Ascension.C\u2019est au moment où il remonte vers son Père que le Christ investit ses apôtres de leur mission: « .le Saint-Esprit viendra en vous, vous recevrez sa force et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu\u2019aux extrémités de la terre ».Voici en la personne des « onze » l\u2019Eglise de l\u2019an premier, à qui le Christ confie le monde comme champ d\u2019action; et cette mission, l\u2019Eglise en est toujours l\u2019héritière.Un auteur contemporain, Henri Bergson, semble constater ce fait 1 Yamachiche 441 s Image de Tuniversalité de l\u2019Eglise, ces six évêques de toutes les parties du monde consacrés à Bombay par Paul VI.T-** universaliste: « Ce qui m\u2019a frappé dans Jésus, c\u2019est cette consigne d\u2019aller toujours de l\u2019avant.De sorte que l\u2019élément stable du christianisme, c\u2019est l\u2019ordre de ne s\u2019arrêter jamais ».Et le Père Jean Bouchard, S.J., dans ses cours de missiologie, affirme: La catholicité est une propriété essentielle de l\u2019Eglise, découlant de l\u2019universalité de la mission confiée par le Christ à son Eglise, mais aussi une réalité en devenir, dont l\u2019Eglise entière a la responsabilité.Vocation de tout baptisé Chaque enfant de l\u2019Eglise sait qu\u2019il a une vocation et que sa part est infime dans l\u2019ensemble du corps mystique, mais s\u2019il aime l\u2019Eglise, il vit avec la conscience d\u2019une responsabilité universelle; il ne peut pas être un élément passif.Tout chrétien a une vocation irremplaçable et est lié à tout le corps mystique.Par leur baptême, incorporation à l\u2019Eglise, les chrétiens reçoivent la tâche de donner une forme visible, dans et par leur vie, à la communion de grâce avec le Christ dans la foi.C\u2019est pourquoi tout baptisé est également responsable de l\u2019Eglise et de sa fonction de signe au milieu du monde.Pierre Teilhard de Chardin était conscient de cet aspect de sa vocation de baptisé lorsqu\u2019il écrivait: Maître, il reste que nous sommes, par les perfections que vous nous donnez, la base nécessaire à votre extension.Vous ne nous annihilez pas quand vous nous envahissëz.Mais vous sauvez jalousement la moelle de nos qualités naturelles, pour en faire l\u2019axe, le noyau, le support de vo- 442 v tre accroissement.Sous votre action qui transforme et ne détruit pas, tout ce qu\u2019il y a de bon en nous passe, pour l\u2019éternité, dans la perfection de votre corps 4.Le principal devoir de conscience du chrétien, c\u2019est d\u2019être témoin de la vérité qu\u2019il croit et de la grâce qui l\u2019a transformé.Mais comme le dit saint Paul aux Ephésiens (IV, 7): Chacun de nous a reçu sa part de la grâce divine selon que le Christ a mesuré ses dons.C\u2019est lui qui a donné aux uns d\u2019être apôtres, à d\u2019autres d\u2019être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints (c\u2019est-à-dire les fidèles) pour l\u2019œuvre du ministère en vue de la construction du corps du Christ au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu\u2019un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l\u2019âge, qui réalise la plénitude du Christ.Dons divers, vocations diverses, ainsi pouvons-nous reconnaître dans l\u2019Eglise un double aspect de la vocation du baptisé: vocation apostolique et vocation missionnaire au sens strict du mot.Responsabilité et rôle du laïque Le laïque, membre de l\u2019Eglise, engagé par son baptême à travailler à la mission d\u2019évangélisation et de sanctification de l\u2019Eglise, s\u2019est éveillé à cette vocation et réalise qu\u2019il ne peut être dans cette Eglise un instrument insensible et passif.Cette prise de conscience par les laïques de leur responsabilité et de leur rôle apostolique a surtout marqué les dernières décennies de l\u2019Histoire de l\u2019Eglise.L\u2019apostolat des laïques a toujours existé dans l\u2019Eglise, mais le progrès scientifique et technique, l\u2019accroissement de la population, le dévèloppement des relations entre les hommes, en élargissant le champ posent des questions nouvelles.Le Concile Vatican II, soucieux de tous les problèmes du vingtième siècle, traite de ce sujet dans sa constitution dogmatique De Ecclesia : Tous les membres de l\u2019Eglise doivent coopérer activement, chacun à sa manière propre, à la mission de l\u2019Eglise, qui est de continuer l\u2019œuvre du Christ sur la terre.Son exercice est un droit et un devoir qui découle de l\u2019union au Christ réalisée par les sacrements.L\u2019apostolat des laïques a la même extension que la mission de l\u2019Eglise et englobe même le domaine temporel 6.Pie XII avait déjà dit dans Fidei donum : La catholicité est une note essentielle de l\u2019Eglise au point qu\u2019un chrétien n\u2019est pas le moins du monde attaché et dévoué à son universalité, s\u2019il ne désire pas qu\u2019elle s\u2019implante et qu\u2019elle fleurisse en tous lieux de la terre.Mais comment le chrétien peut-il coopérer d\u2019une manière fructueuse au salut de tous?Le laïque peut transformer par sa prière, son exemple, sa charité, les individus de son milieu; il peut agir de même sur les institutions humaines pour qu\u2019elles permettent à tous de mieux vivre l\u2019Evangile.L\u2019esprit apostolique doit animer toute l\u2019activité humaine; c\u2019est par sa vie quotidienne que le chrétien témoigne de la présence du Christ en lui, car c\u2019est par le même mouvement qu\u2019il se nourrit de Dieu dans la prière et qu\u2019il travaille avec Dieu dans le monde.Entre ces deux temps il y a la même unité qu\u2019entre l\u2019aurore et le midi.Telle est la responsabilité du laïque: sa vocation apostolique.Voyons maintenant sa vocation missionnaire.Le chrétien qui s\u2019engage dans l\u2019apostolat missionnaire en pays étranger exercera le zèle en saisissant les occasions de parler du Christ, en faisant connaître la loi d\u2019amour qu\u2019il incarne par sa charité en son nouveau milieu.Loin de lui être un luxe, sa réponse à l\u2019appel missionnaire le presse comme une obligation urgente.Il ne lui suffit pas d\u2019entretenir sa propre vie d\u2019enfant de Dieu; cette vie, il veut la partager avec autrui, avec ses frères les plus éloignés.Fils aimant de l\u2019Eglise, il sent le besoin de révéler cette Mère et ses richesses de salut aux peuples non chrétiens.Et cela toujours en parfaite collaboration avec la hiérarchie.Mais cet apostolat direct où s\u2019amorce nécessairement le dialogue est difficile; il demande des qualités d\u2019esprit et de cœur, une sérieuse préparation, et avant tout une formation qui a ses racines dans une vie théologale intense et dans l\u2019expérience humaine.A vrai dire, cette formation missionnaire devrait s\u2019intégrer dans toute éducation chrétienne, car elle comporte non seulement des éléments spirituels et doctrinaux, mais aussi une connaissance assez large des questions sociales Formation de Vapôtre C\u2019est l'heure du laïcot.Même si partout l\u2019on parle de la promotion du laïcat, il n\u2019en faut pas moins mettre en relief les exigences d\u2019un apostolat fécond.Tout missionnaire, religieux ou laïque, doit porter un témoignage, car c\u2019est le royaume du Christ 443 qu\u2019il va instaurer là-bas.Et qu\u2019est-ce qu\u2019un témoignage sinon une présence ?une présence qui témoigne en faveur de Quelqu'un.Le but vers lequel tend le missionnaire, les motifs qui inspirent son action et enfin le modèle qui le guide, autant de critères de sa vocation d\u2019apôtre.Quand un laïque quitte son pays pour aider l\u2019Eglise dans une tâche humaine, il est missionnaire, et voilà ce qui le différencie d\u2019un agent qui remplirait une tâche analogue pour l\u2019amour de la démocratie.Mais il demeure que le laïque appelé à donner quelques années de sa vie dans un pays en voie de développement a besoin d\u2019une préparation.La compétence professionnelle s\u2019impose.L\u2019expérience montre qu\u2019une des conditions de succès est la présence de laïques spécialistes qui s\u2019efforcent de conseiller, d\u2019organiser, d\u2019administrer, et qui aussi apportent un soutien fraternel aux autochtones.Combien de tâches assumées par des prêtres et des religieux peuvent l\u2019être par des laïques! Les missions offrent des postes à toutes les compétences: techniciens, professeurs, infirmiers, ingénieurs, etc.Pas d\u2019illusion! cette vocation magnifique est exigeante.Un départ motivé par un goût d\u2019aventure ou d\u2019évasion ne saurait être prometteur.L\u2019apôtre doit aller là-bas avec un métier et un désir sincère de fournir sa quote-part, en tant que chrétien, à l\u2019expansion du Royaume.Citons deux exemples.Quel beau témoignage que celui de ce frère séparé, l\u2019héroïque Dr Paul Carlson, qui préféra exposer sa vie et la perdre plutôt que d\u2019abandonner ses patients congolais! Et cet autre du laïque missionnaire Tom Dooley, médecin au Laos: Ce furent pour lui quelques brèves années où, comme s\u2019il avait su d\u2019emblée le destin qui l\u2019attendait, il se précipita dans la tâche de charité qu\u2019il s\u2019était assignée avec une sorte de fureur joyeuse.Installé dans les cantons les plus perdus, les plus abandonnés, reculant quand la guerre l\u2019y obligeait pour revenir dès que la chose devenait possible, ce grand garçon tranquille semble doué du pouvoir de se dédoubler.Ses postes Medico s\u2019implantèrent çà et là assiégés aussitôt par des marées de détresses et de souffrances.Il ne quitta le Laos que pour s\u2019envoler pour l\u2019hôpital de New York, où il allait mourir 6.Mais sans aller jusqu\u2019à la mort, la transplantation d\u2019un Occidental en Orient ou en Afrique exige de la souplesse, de la lucidité et du courage.Nous avons recueilli, dans Le Messager Saint-Michel de Sherbrooke (5 décembre 1964), sous la plume de M.Jules Béliveau, des observations qui nous ont paru singulièrement pertinentes et qui démontrent la nécessité d\u2019une préparation adaptée: Les laïques sont, en mission, d\u2019un grand secours pour le prêtre, car il ne peut tout faire.Cependant ces laïques ne doivent pas partir pour les missions en aveugles.Avant leur départ, ils doivent avoir une idée juste du travail d\u2019apostolat qui les attend là-bas.Ils doivent le mesurer à leur tempérament, à leur quotient intellectuel, à leurs capacités physiques et morales.Si ces conditions ne sont pas remplies, leur travail ne pourra être vraiment efficace.Ils reviendront déçus, diminués, bouleversés.Certes les missions ne requièrent ni une perfection humaine ni une perfection angélique, mais du sérieux et de l\u2019équilibre.Que le candidat soit capable d\u2019accepter les autres tels qu\u2019ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs richesses et leurs déficiences: d\u2019accepter, voire d\u2019estimer son pays d\u2019adoption dans ce qu\u2019il a de plus différent.cela suppose désintéressement, renoncement, détachement, donc un niveau spirituel élevé.Une foi vive est indispensable au laïque missionnaire pour affronter les problèmes nouveaux et difficiles dans une optique chrétienne.Et la nomenclature des exigences spirituelles de l\u2019évangélisation n\u2019est pas mince: humilité, charité, douceur, patience, esprit de prière, zèle apostolique, etc.La spiritualité du laïcat missionnaire réclame plus que le minimum indispensable à une vie chrétienne personnelle parce que le missionnaire devient un serviteur spécial de l\u2019Eglise et de ses frères.Il lui faut une spiritualité de plein monde; il lui revient de rayonner l\u2019Evangile à travers son activité humaine, d\u2019être lui-même un ferment évangélique.Mais pour devenir cet apôtre laïque idéal ou plutôt idéalement entrevu, il faut se résigner à se remettre à l\u2019école! Cette formation apostolique ne s\u2019improvise pas, elle s\u2019acquiert, elle s\u2019apprend.Il est nécessaire d\u2019avoir une connaissance approfondie du pays, climat et géographie: du peuple, mœurs, coutumes et religions; des problèmes que pose l\u2019évangélisation.La lecture peut aider à découvrir le futur pays d\u2019adoption; mais il existe un moyen plus rapide et plus efficace: l\u2019étude de la science des missions, la missiologie.Les futurs missionnaires peuvent s\u2019offrir, à Montréal, l\u2019inestimable avantage de fréquenter le Centre d\u2019Etudes Missionnaires dont le R.P.Jean Bouchard, S.J., docteur en missiologie, est le 444 I .f * fondateur et le dynamique directeur.Chaque semaine ce missiologue accueille au 1961, est, de la rue Rachel, tous ceux et celles qui désirent intensifier leur esprit missionnaire ou qui entrevoient la possibilité d\u2019un départ prochain pour outre-mer.Les cours de dogmatique, de spiritualité, d\u2019histoire des missions, de missiographie, d\u2019ethnographie et d\u2019histoire des religions, constituent une excellente préparation à la vie en mission et à l\u2019adaptation.L\u2019étude et la recherche personnelles viennent compléter cette initiation et, à cet effet, la bibliothèque spécialisée du Centre offre aux élèves un choix très riche de livres et de revues se rattachant aux différents aspects du problème missionnaire.Une autre réalisation très heureuse du Centre est le repas hebdomadaire du samedi soir qui réunit les anciens et les futurs dans une atmosphère fraternelle d\u2019échange.Ces contacts font découvrir les richesses d\u2019autrui, et l\u2019expérience des uns devient un enseignement pour les autres.La projection de diapositives, souvenir du séjour là-bas, apporte un complément visuel précieux.Bref, le Centre de la rue Rachel est ce foyer rayonnant d\u2019où jaillissent de multiples étincelles: depuis sa fondation en 1958, de nombreux élèves se sont dispersés par petites équipes à travers le monde.Mais si le samedi anciens et futurs missionnaires fraternisent, n\u2019allons pas croire que les absents sont.absents! Lettres du Tchad, du Pérou, de l\u2019Inde, du Togo, du Guatemala, du Malawi, les rendent présents et enthousiasment les moins optimistes.Voici quelques lignes d\u2019anciennes élèves travaillant en Afrique Occidentale et à Madagascar: « Me voici à Noépé avec deux Françaises enseignantes connues à Paris lors du stage (comme auxiliaire des Missionnaires de l\u2019Assomption).« Je travaille au dispensaire.Je suis seule à connaître la médecine.Heureusement, j\u2019ai deux sœurs africaines qui m\u2019aident.Pas le temps de m\u2019ennuyer! je fais des consultations toute la matinée et, quand je serai plus habituée, j\u2019ajouterai des cliniques pour les nouveau-nés et les futures mamans: occasion de leur donner quelques notions de puériculture et d\u2019hygiène.« Quant à l\u2019acclimatation, pas de problème: je mets en pratique ce que j\u2019ai appris, et jusqu\u2019ici les obstacles rencontrés sont exactement ceux dont Le sourire enthousiaste de Nicole et Andrée Hudon lors de leur départ missionnaire pour Morondava, Ma» dagascar.vous nous avez parlé: alors les chocs n\u2019ont pas été trop forts, et tout se passe comme un charme.« En résumé, j\u2019aime beaucoup ça, même si le travail est un peu dur.La seule chose que je regrette, c\u2019est de ne pas être venue avant ça, car pour moi ici c\u2019est un petit paradis sur terre! « Maintenant une togolaise à 100% » (R.R.) 445 irrr-x* AIR i* Le R.P.Jean Bouchard, SJ., missiologue, fondateur et di= recteur du Centre d\u2019Etudes Missionnaires de Montréal.y La bibliothèque spécialisée du Centre renferme quelque ;\t16,000 volumes mis à la dis= position des futurs mission= naires.Malgache avec les Malgaches, Micheline Lajoie, mission= naire à Morondava, se prête aux coutumes du pays.«.Le cours de Missiologie, tout en nous informant des principes de base essentiels à toute vie missionnaire, nous forme et nous prépare à cette vie.«.La vie simple de Madagascar nous plaît.Vivre avec la nature, au même rythme que la nature, n\u2019est-ce pas l\u2019idéal ?Ici le soleil nous accroche un sourire aux lèvres dès le lever.Comment ne pas se sentir heureuses quand tout nous invite au bonheur.La vitesse ne connaît pas d\u2019adeptes.Nous prenons conscience, nous vivons pleinement quoi! D\u2019ailleurs ne dit-on pas: « Il y a plus de joie à donner qu\u2019à recevoir.» Nous n\u2019avons jamais autant ressenti cette joie qu\u2019en pays de mission.Se dévouer pour les autres, offrir sa vie pour servir, voilà le vrai don de soi qui apporte la joie, le bonheur de vivre.Il faut être disponible à la volonté de Dieu.En échange, nous recevons beaucoup, nous apprenons beaucoup.Nous sommes à l\u2019école des découvertes.» Les trois missionnaires canadiennes, Nicole et Andrée Hudon, Micheline Lajoie Témoignage qui n\u2019a rien de livresque, exemples concrets de missionnaires conscientes de leur double vocation de baptisées.Non seulement ont-elles répondu aux exigences apostoliques, communes à tous, mais ayant perçu l\u2019appel des pays non chrétiens, elles n\u2019ont pas hésité à quitter leur pays pour remplir leur mission « être une présence vivante et rayonnante de l\u2019Eglise » (Pie XII).V V - f En notre vingtième siècle, nombreux sont les laïques qui assument, en collaboration avec le clergé, une part de responsabilité dans l\u2019évangélisation et l\u2019implantation de l\u2019Eglise.Avec Jean XXIII nous louons leurs travaux et leur générosité: « Nous savons d\u2019ailleurs tout ce que les laïques missionnaires partis, soit temporairement, soit définitivement, en pays de mission ont déjà réalisé et réalisent encore de façon multiple et magnifique, pour le progrès social et religieux de ces pays.Nous prions ardemment Dieu qu\u2019il daigne augmenter le nombre de ces apôtres au grand cœur et qu\u2019il les soutienne dans les difficultés et les travaux de leur apostolat* 2 3 * * 6 7.» Références 2\tPie XI, Renan Ecclesiæ 3\tHans Urs Von Balthasar, Le Cœur du Monde, p.86 1 Pierre Teilhard de Chardin, Le Christ dans l\u2019Univers, extrait cité dans « Christus », no 43, p.395 1 Osservatore Romano, 16 octobre, p, 14 6\tEcclesia, décembre 1964, no 189, p.42 7\tPrinceps pastorum.447 CHICHICflSTENflNüO par Sœur Sainte-Colette m.i.c.P J\u2019ai eu l\u2019occasion de visiter au Guatemala le village communément appelé « la ville des sorciers ».Il est situé à quatre heures d\u2019auto de Totonicapan.La première chose qui frappe le regard en y entrant, ce sont les colonnes de fumée qui s\u2019élèvent de l\u2019escalier central de l\u2019église catholique.La présence des Madrés visiteuses ne sembla pas très goûtée.Les sorciers, accroupis ici et là près de leur autel respectif, cessèrent un instant d\u2019entretenir le feu sacré pour nous signifier de ne pas photographier.Dommage! quelle scène typique à croquer! Mieux valait pourtant obéir à l\u2019injonction.Les trente marches de l\u2019escalier principal étaient littéralement recouvertes de petits autels dressés en l\u2019honneur des divinités indiennes, de vases d\u2019encens et de provisions de charbon de bois.Devant chacun de ces autels, se tenaient le sorcier titulaire et les suppliants qui avaient sollicité le secours de son intervention auprès des dieux.Non loin de nous, une femme en pleurs se faisait consoler.A l\u2019intérieur de l\u2019église, quel bizarre spectacle! Depuis le vestibule jusqu\u2019à la balustrade, le plancher est encombré d\u2019innombrables petits autels à fleur de terre où brûlent de l\u2019encens, des cierges et des lampions, tandis que le sorcier y va de ses invocations et gestes rituels.Au premier autel, le plus près de la porte, on demande des bénédictions sur ses fruits et ses lé- gumes; au second, on recommande son chat, son chien, ses poussins; au troisième, on parlera d\u2019un animal de plus grande valeur tel son cheval ou sa vache; s\u2019il s\u2019agit des intérêts d\u2019un serviteur, d\u2019un voisin ou d\u2019un ami, on s\u2019adressera à l\u2019un ou l\u2019autre des autels suivants.Plus on approche de la balustrade, plus les intentions recommandées doivent être chères.Le nuage de fumée qui flotte dans l\u2019église est si dense que l\u2019on distingue à peine lieux et choses.Les murs sont noirs de suie et les statues donc! Le pauvre curé de cette paroisse connaît une situation bien pénible.Ses paroissiens, qui se disent catholiques, ne veulent pas renoncer à leurs traditions ancestrales.Toute répression ou simplement une trop grande fermeté ne servirait qu\u2019à soulever la foule qui ne reculerait pas devant la violence pour défendre ses traditions.Tandis que la tolérance viendra, petit à petit, à gagner ces gens simples plus ignorants que coupables.Descendants de la tribu lévitique Maya, ils sont restés farouchement attachés aux rites dont leurs ancêtres avaient la garde.A Totonicapan, l\u2019influence des sorciers semble nulle et les croyances plus orthodoxes, mais ce n\u2019est qu\u2019en apparence.Ici et là, la nuit, nous apercevons dans les montagnes de petites lueurs vacillan- 448 Lucienne Constantin, Montréal I Photo : Nations Unies tes.Nous savons alors qu\u2019un sacrifice est offert aux divinités ancestrales par le truchement des sorciers toujours bien considérés parmi le peuple.Il n\u2019y a pas si longtemps, une jeune Indienne entrait au couvent des Servantes de la Croix de Quezaltenango.Ses parents essayèrent par tous les moyens de la ramener au foyer.La postulante La place de l\u2019Eglise Saint-Thomas, à Chichicastenango, est aussi la place du marché.tint bon pendant des mois, jusqu\u2019au jour où son père apporta cet argument magique: « Le sorcier nous a assuré que la malédiction des dieux planera à jamais sur notre foyer si tu persistes dans ton projet ».Ce fut trop fort: la jeune fille céda et quitta le couvent.449 Le Chili à grands traits par Sr Marie-Hermine1, m.i.c.âKîgSïjj, .\u2022«eés ¦\u2019»: ^^iâÊslii .£***&.jSSi Æfe- .ffrr^v \u2022f-lf \u201c\u2018M îi^ri k! ''.- b*.\u2018~icj^\u2019C.'£\u2018-*1*r>- ¦ \u2019z&zæ.ï&****& W*80.W ^TSLAjx* ïSpwi s\\S/ *\u2022 « Colombie, capitale: Bogota; Pérou, capitale: Lima; Chili, capitale: Santiago.» Quand, il y a quelques décades, nous débitions en classe la nomenclature des pays de l\u2019Amérique du Sud \u2014 tout en massacrant les consonances espagnoles \u2014, je n\u2019imaginais pas qu\u2019un jour je connaîtrais Lima et Santiago et que je fixerais ma tente sur cette terre lointaine aux antipodes de la Chine, mon rêve d\u2019alors.Terre lointaine, pays de forme bizarre, si long, si mince! « Votre propre silhouette! » me disent, taquines, mes compagnes d\u2019Ancud.Un peu augmentée tout de même! Longueur: 4,200 kilomètres; largeur maximum: 350, et minimum: 100.Comme largeur nationale au plan du continent, c\u2019est passablement étroit.Limites peu banales: à droite, la Cordillère des Andes; à gauche, le Pacifique.La latitude part au dix-septième degré pour s\u2019étendre jusqu\u2019au quatre-vingt-dixième, dans l\u2019Antarctique bel et bien chilien depuis l\u2019an 1550.On y peut goûter à tous les climats.Le plus étonnant, lorsqu\u2019on oublie l\u2019équateur, c\u2019est d\u2019entendre dire qu\u2019on gèle au sud tandis qu\u2019on fond au nord! Comme température moyenne de la région la plus chaude, on donne 68 degrés F.; pour la plus froide 44; pour Ancud ce serait 52 et, à mon avis, moins encore.C\u2019est un fait que les courants froids du Pacifique interviennent tout autant, sinon plus que le degré de latitude, en ce qui regarde le climat.Ce climat est salubre bien que les vents et le Vtronique Bcrnatchez, Bont-Rounf Sur la route de Vina del Mar, non loin de Valparaiso.451 XXCEE) Çic .ï-i- L\u2019église San Francisco, de Santiago, évoque par son style la civilisation espagnole.froid le rendent assez rigoureux au sud.Peu de chauffage central dans les milieux ordinaires.Le peuple y a gagné en endurance.Traits historiques Il faut remonter l\u2019histoire jusqu\u2019à l\u2019époque des grandes découvertes.D\u2019après la ligne imaginaire du début du seizième siècle, partageant entre le Portugal et l\u2019Espagne les terres nouvelles conquises par la vieille Europe, l\u2019Amérique du Sud revenait à Charles-Quint.Les expéditions vers le Nouveau Monde s\u2019espacèrent entre les années 1516 et 1536.La plus célèbre fut sans contredit celle de Ferdinand Magellan.En 1520 le premier globe-trotter arrivait à La Plata et, par le fleuve de ce nom, descendait jusqu\u2019au détroit de l\u2019extrême sud appelé depuis lors Détroit de Magellan.La conquête s\u2019amorça vraiment en 1540 avec Pedro Valdivia, héros chilien qui jeta, dès 1541, les bases de la capitale de Santiago de Nuevo Extreme.Trois autres villes et trois forts surgirent au cours des dix années suivantes.En 1557 Don Garcia Hutardo, fils du vice-roi du Pérou, vint au Chili comme gouverneur.Il mit vingt ans à y établir la souveraineté espagnole.C\u2019est donc sous Philippe II que se situe l\u2019époque coloniale.En Espagne l\u2019heure est tragique: des guerres de toutes sortes déchirent le pays pour en affaiblir la puissance et la gloire.La métropole envoie évidemment des gouverneurs militaires à ses colonies.Ceux-ci s\u2019intéressent peu au progrès intérieur.D\u2019ailleurs les communications sont difficiles et onéreuses.Rien d\u2019étonnant que les débuts s\u2019en ressentent.Cependant l\u2019immigration espagnole s\u2019accéléra amenant la rivalité entre Créoles et Espagnols.Puis entrèrent les idées de la Révolution française que les grandes familles possédantes propagèrent.L\u2019occupation de l\u2019Espagne par Napoléon Bonaparte déclencha la première tentative d\u2019indépendance.Mais après la restauration de Ferdinand VII, les troubles con- tinuèrent.Le vice-roi du Pérou se servit des armes pour les dissiper en octobre 1814.V.452 msEgm Arica, au nord du Chili, atteste par sa végétation un climat tropical.La lutte reprit au bout de trois ans et l\u2019Argentine, alliée cette fois, envoya son libérateur San Martin en aide aux révoltés.Le 12 février 1818 le général Bernardo O\u2019Higgins proclamait l\u2019indépendance de «.\t-T' if-* \u2018 jf ¦ %».*!rv son pays; la fameuse victoire de Maipu en scellait le triomphe définitif, le 5 avril 1819.Des Espagnols le pouvoir passait aux Créoles: le gouvernement républicain remplaçait la forme monarchique et coloniale.Il y eut encore des années de lutte.La guerre du Pacifique (1879-1883), désastreuse pour le Pérou et la Bolivie, agrandit et enrichit la partie nord du Chili.Un peu plus tard éclata la guerre civile.En 1925 l\u2019armée imposait de nouveau une Constitution de type présidentiel, le Congrès s\u2019étant substitué à l\u2019autorité du Président, de 1892 à 1924.Tour à tour les différents partis, très nombreux prennent le pouvoir.En septembre 1964, Eduardo Frei, chef des démocrates chrétiens, remportait la victoire électorale et remplaçait l\u2019ingénieur Jorge Alessandri qui présidait aux destinées du Chili depuis 1958.A vol d\u2019oiseau, Ancud au sud du Chili.453 z - * V W x * *- « k «: \u2019** «.* \u2022 *-V ».*V\u2019.N V - ** v\u2019 ' in \\L« \u2022 ¦\u2018i k r 4 - VJ SJ \u2018 IM \u2018\u2022.i »* V 43 Le soir de son élection, Frei déclarait, dans un discours prononcé à Santiago, qu\u2019il comptait sur le secours de la Providence pour réaliser son programme synthétisé en cette expression « la révolution dans la liberté ».Traits démographiques En 1907 le Chili comptait 3 millions d\u2019habitants.En 1960 il dépassait les 7 millions.Raymond Avalos, dans sa brochure Le Chili (Coll.Que sais-je?), remarque: « C\u2019est au Chili que la femme accepte avec le plus de générosité son rôle de mère.» Hélas! malgré la salubrité du climat, la mortalité est plutôt élevée à cause du manque d\u2019hygiène en certains milieux.Un progrès sensible se manifeste grâce à la création d\u2019un Ministère de l\u2019Hygiène et du Code de Santé, et grâce aussi à l\u2019amélioration du standard de vie ouvrière.On prévoit, d\u2019ici cinq ans, un accroissement démographique de 3 millions.La population, dont 62% était urbaine en 1963, tend à se concentrer dans les villes.Santiago retient le tiers de la population totale.Dans l\u2019immense campagne chilienne se vérifie la boutade d\u2019Avalos: « Lorsque l\u2019étranger arrive au Chili, il se demande où sont les habitants.» Traits de la nature C\u2019est encore Avalos qui lance cette autre boutade empreinte de fierté nationale: «.lorsque te Chilien va à l\u2019étranger, il se de-\u2019 mande où est la nature.» La nature, elle existe magnifiquement au Chili! Si les déserts du nord impressionnent, à mesure Sur la rive de Quintay, Chili, pêcheurs réparant leurs filets.que l\u2019on descend l\u2019admiration s\u2019accroît.Concepcion, Valparaiso, Santiago, sont tes trois grandes villes du noyau central.Là, c\u2019est l\u2019irrigation qui conserve au pays son aspect de fraîcheur et de gaieté.Plus au sud, tes pluies abondantes entretiennent 1e vert La gamme des produits Beauté mais fertilité aussi.L\u2019étranger s\u2019étonne non seulement de la profusion des fleurs en toutes saisons, mais encore de la variété et de l\u2019abondance des légumes et Chansons, musique, fiesta, le Chili est un pays gai.é À tendre des prairies, tes tons nuancés des feuillages aux variétés infinies, 1e coloris des fleurs, la saveur des légumes et l\u2019arôme des fruits.Et si à l\u2019extrême sud des rafales de neige marquent tes mois d\u2019hiver (juin, juillet, août), tout 1e Chili, à longueur d\u2019année, encadre sa majestueuse beauté entre tes pics immaculés des Andes et tes eaux tantôt paisibles tantôt rageuses de l\u2019océan qui pourtant s\u2019appelle toujours 1e grand Pacifique.des fruits: oranges, pommes, prunes, poires, pêches, raisins, cerises, fraises, framboises, mûres, groseilles.Et j\u2019en oublie sans doute! Pourtant c\u2019est de son sous-sol que 1e Chili tire présentement son principal revenu.En valeur, tes mines de nitrates et de cuivre fournissent 80% de l\u2019exportation.Toutefois 1e Chili passe par une profonde dépression monétaire et économique.Le peuple chilien a à souffrir.Peut-être moins que certains de ses voisins, et avec plus Photo : FAO 455 d\u2019espérance.Au Chili personne ne doute de l\u2019avenir: le passé le garantit.C\u2019est un fait que l\u2019industrie et l\u2019agriculture sont en progrès.Une véritable et solide préparation intellectuelle et technique démontre à l\u2019évidence que l\u2019on connaît et respecte le sens et la hiérarchie des valeurs.Traits culturels Le Chili n\u2019a que 12% d\u2019analphabètes.Ici encore, dès les premières années de la conquête, l\u2019Eglise a assumé son rôle d\u2019éducatrice par l\u2019école.Dès 1553 les franciscains sont au Chili; les jésuites et les dominicains s\u2019y établissent avant la fin du seizième siècle.Extrêmement nombreuses les communautés d\u2019hommes et de femmes qui y soutiennent aujourd\u2019hui des œuvres éducatives et caritatives: l\u2019Espagne, la France, l\u2019Allemagne, l\u2019Italie, la Suisse et d\u2019autres pays européens fournissent un apport considérable à l\u2019Eglise chilienne; les Etats-Unis et le Canada prêtent aussi leur collaboration.N\u2019est-ce pas à la belle Communauté montréalaise des Sœurs de la Providence qu\u2019appartenait la fondatrice des religieuses de la Providence au Chili, Sœur Bemarda Morin, qu\u2019une suite d\u2019aventures extraordinaires et providentielles conduisit sur cette terre hospitalière?On semble s\u2019accorder à affirmer que si, dans le développement industriel du Chili, l\u2019Allemagne et les Etats-Unis ont exercé une part d\u2019influence et de coopération efficaces, la pensée française a pénétré les esprits.Nombreux les Chiliens qui parlent le français; plus nombreux ceux qui le lisent et l\u2019écrivent.Avant l\u2019incendie de 1948, la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Santiago renfermait 120,000 volumes français.Ce qui n\u2019a nui en rien à la production nationale.Le folklore chilien recèle des richesses.Des peintres comme Matta et Zanarru jouissent d\u2019une célébrité dépassant l\u2019échelle du continent.Des noms illustres contemporains s\u2019ajoutent à la liste impressionnante d\u2019historiens, de romanciers, de poètes qui se sont distingués dans la littérature.Les termes « imagination brillante », « musicalité », « forme parfaite », « images délicates », ne sont pas toujours le seul fait d\u2019une critique indulgente.Le prix Nobel décerné en 1945 « au plus grand poète d\u2019Amérique », Gabriela Mistral, gloire chilienne disparue seulement en 1957, justifie bien des fiertés.A l\u2019avant-garde de la poésie brille actuellement Pablo Neruda dont nous regrettons que le talent remarquable serve l\u2019idéologie communiste.Sa poésie n\u2019en reste pas moins merveilleuse.De la poésie, de la beauté, il en jaillit de tous les coins du Chili.Il y a quelque temps, notre paternel évêque, S.Exc.Mgr Alejandro Duran Moreira, nous faisait cette réflexion: « Un pays où l\u2019on aime les fleurs, les oiseaux, la musique, les enfants, c\u2019est un beau pays, n\u2019est-ce pas ?» On souscrit sans peine à cette assertion et l\u2019on ajoute: « Un beau pays, certes, et qu\u2019il serait difficile de ne pas aimer de tout son cœur.» % Sr Bernard-Marie (Juliette Desnoyers, Mascouche) partage l\u2019opinion de S.Exc.Mgr A.Duran, évêque d\u2019Ancud: «Le Chili est un beau pays.» i 456 LA PAZ, BOLIVIE 'f V v y f t SAINTE RITA sur les hauteurs par Sœur Léon-Joseph1, m.i.c.Une œuvre nécessaire Sur l\u2019invitation de compatriotes, religieux augus-tins missionnaires, M.et Mme Smit quittèrent la Hollande, afin de collaborer à une oeuvre des plus urgentes dans la capitale bolivienne: la formation des jeunes Indiennes à leur futur rôle de mamans et de maîtresses de maison.Ils aménagèrent dans une pièce de leur modeste appartement de la rue de Los Andes, une Ecole ménagère qui reçut le nom d\u2019Académie Sainte-Rita.Cinq ans plus tard, leur rêve d\u2019un local plus approprié se réalisait grâce aux aumônes fournies par la Hollande et par des œuvres de bienfaisance.La nouvelle bâtisse se situe à plus de 12,000 pieds d\u2019altitude sur le territoire de la paroisse de la Sainte-Trinité connue sous le nom de Gran Poder (Grand Pouvoir) et desservie par les augustins qui s\u2019y dévouent depuis près d\u2019un quart de siècle.Ces missionnaires, de concert avec M.et Mme Smit, demandèrent à notre Communauté de prendre la direction de l\u2019école.Donc, en mai dernier Sœur Marie-Armand2, Sœur Pauline-du-Carmel3 et moi-même quittions Cochabamba pour La Paz.Et depuis, mes compagnes dispensent gratuitement à une trentaine d\u2019élèves indiennes une sorte d\u2019éducation de base qui comprend, outre les sciences domestiques, des leçons de puériculture, d\u2019hygiène, etc.Le quartier indien Nous travaillons dans un quartier des plus typiques avec ses rues et trottoirs pavés de roches, ses maisons de pisé, brunes ou grises.Les femmes, vêtues de jupes et de châles aux couleurs vives, promènent une note brillante sur la grisaille du paysage.Les habitants, pas moroses du tout, témoignent de leur entrain aux célébrations communautaires des fêtes civiles et religieuses.En pleine rue, les groupes parés de lourds costumes paradent et dansent, allègres, au son de la musique.Les danseurs escaladent même les collines en virevoltant sans nul souci des obstacles.Notre proximité du cimetière nous a mises à même de constater le culte remarquable que professent nos gens pour les morts.La commémoration des défunts se prépare longtemps à l\u2019avance.L\u2019on se pourvoit de tiges de canne à sucre et de couronnes de fleurs pour orner les tombes.Nombre de personnes passent la journée du 2 novembre au cimetière et apportent pour leur réfection des pains spéciaux et des galettes garnis de figurines symbolisant l\u2019âme des trépassés.Rares les familles qui ne rafraîchissent pas les tombeaux à cette date mémorable et n\u2019y déposent quelques tributs floraux.Afin de faciliter l\u2019accès des lieux, des agents de la circulation dirigent les foules aux abords et à l\u2019intérieur où l\u2019on perçoit un chuchotement de prières.1\tSimone Sabourin, Saint-Isidore de Prescott, Ont.2\tLucille Baril, Lorrainville 3\tCarmen Ménard, Coteau-du-Lac 457 Mme Smit, missionnaire de Hollande et fondatrice de l\u2019Académie Sainte-Rita, et Sr Marie-Armand accueillent les jeunes Indiennes lors de l\u2019ouverture des classes.Quand le quartier s\u2019anime et danse., Photo : Jimenez 1 J iiâï' IS 9 J - ?Le mont Illimani aux neiges éternelles, gardien tutélaire de La Paz.¦ i -w l4 *»¦«! 4 _ >^£-î r- * 9;- .r;.f\u2022\tf.5 »#''* ^ T&ï'sk.¦i#\t% ¦> i.HH V>%.« \"*V v f; i* kf ' 1 Sous la garde d\u2019Illimani et d\u2019Illampu De notre logis, au 3e étage de l\u2019Académie Sainte-Rita, se découvrent le célèbre Illimani, mont le plus élevé de la Cordillère Royale, avec ses quelques 21,000 pieds, et l\u2019Illampu, son rival.Une légende, transmise de génération en génération et qui a sa place dans le folklore paceno, s\u2019attache à ces deux sommets.D\u2019après la croyance populaire, Illimani et Illampu, rois puissants de la mythologie, naquirent sous les auspices de blanches étoiles dont l\u2019éclat augmentait avec les succès remportés par les monarques.Ceux-ci, mus par leur mutuelle jalousie, engagèrent Photo : Jimenez % sZzj* une guerre sanglante.Frappés à mort, ils obligèrent par serment leurs fils à les venger.Les héritiers, Astre Rouge et Astre d\u2019Or, bien qu\u2019ennemis de la guerre, se livrèrent un combat acharné.Blessés presque en même temps, ils demandèrent qu\u2019on les rapprochât.Ils se jetèrent dans les bras l\u2019un de l\u2019autre et se réconcilièrent.A ce moment apparut Pachamama, déesse de la terre, qui leur dit: « Vos pères, non contents des malheurs qu\u2019ils engendrèrent, vous ont commandé de continuer une guerre injuste.En punition de leur orgueil, ces deux grandes étoiles blanches, sym-\t» boles de leur pouvoir, vont disparaître.» Les yeux levés au ciel, Rayon d\u2019Or et Astre Rouge virent les étoiles se détacher du firmament et se précipiter vers la terre où elles se convertirent en masses inertes qui s\u2019incrustèrent aux rochers des Andes.« Quant à vous, fils innocents, d\u2019ajouter la déesse, après votre mort, les lumières rouge et dorée de vos étoiles deviendront un symbole pour le peuple qui habitera plus tard ces territoires.En effet, la nouvelle nation arborera sur son drapeau le rouge et le jaune qu\u2019elle joindra au vert de l\u2019espérance.Les trois couleurs réunies constitueront un emblème d\u2019amour et de fraternité.» Pachamama s\u2019en alla, et au même instant Rayon d\u2019Or et Astre Rouge moururent entrelacés.Ils reçurent ensemble la sépulture.Des années s\u2019écoulèrent sur ces terres désertes et désolées.Illimani et Illampu semblaient toujours se défier avec leurs crêtes plus élevées que les montagnes environnantes.La déesse les avait condamnés à pleurer leur faute par la fonte de leurs neiges étemelles.Ainsi se formèrent des ruisseaux cristallins qui descendirent les collines et traversèrent les plaines jusqu\u2019à la tombe des deux princes réconciliés.Les eaux fécondèrent le sol d\u2019où sortit une plante qui se couvrit bientôt de calices rouges et jaunes, couleurs des étoiles d\u2019Astre Rouge et de Rayon d\u2019Or, pour composer un joli tricolore avec les feuilles vertes.Des siècles plus tard, selon la prédiction de Pachamama, un peuple nouveau prit les couleurs de cette fleur comme emblème.Antonio Diaz Villa-mil, dans le récit de cette légende, ajoute: « Ce peuple est notre chère patrie, ce symbole et cet emblème ne sont autres que notre drapeau bolivien et la fleur traditionnelle de la Khantuta qui fleurit dans\t| les Andes.»\tr Poésie de la légende, prosaïsme des sciences do-\t, mestiques, Sainte-Rita sur les hauteurs se tient attentive à l\u2019une et à l\u2019autre par son incarnation en milieu indien. KANYANGA VIVE LA ZAMBIE! par Sœur Marie-Corinne', m.i.c.èf&m êmm WmÊÈÈ l i V '%âmm S '* rA'lVAr».\u2019?.- - w Le Dr Kenneth Kaunda, Président de la République de Zambie Après avoir vécu plus de onze ans au Malawi, ce n\u2019est pas sans un serrement de cœur qu\u2019en décembre dernier je fus transplantée en Zambie.Mais ô surprise! je retrouvai à Kanyanga les mêmes noms de famille: Phiri, Banda, Nyirondo, etc.Je ne me sentis pas trop dépaysée d\u2019autant plus que Kanyanga se situe à une soixantaine de milles du Malawi.J\u2019étais à mon nouveau poste depuis un mois quand on nous annonça la visite du Président de la République en tournée dans la région de Lundazi.Il devait arriver en avion à Lundazi et de là se rendre à Emusa, à un mille de notre paroisse.A cette nouvelle je m\u2019informai: \u2014 Arrêtera-t-il chez nous ?\u2014 Non, me répondit-on, car vous auriez reçu une lettre officielle.Bien sûr qu\u2019on n\u2019accueille pas un Président de République au petit bonheur et que son programme est soigneusement tracé à I\u2019-avance! Au cours de la semaine, les organisateurs du meeting d\u2019Emusa sollicitèrent notre concours: l\u2019un désirait une contribution pour acheter de la nourriture en vue d\u2019un banquet; l\u2019autre voulait emprun- ter les drapeaux et les décorations ayant servi lors des fêtes de l\u2019Indépendance; un troisième nous priait de calligraphier l\u2019adresse qu\u2019il avait rédigée en anglais et en citumbuka.Heureuses d\u2019aider les gens, nous l\u2019étions encore bien davantage de constater qu\u2019ils ne nous laissaient pas étrangères à leur fête.Donc, le 9 janvier, jour fixé pour la visite, Sœur Jeanne-de-Lorraine 1 2 et moi partions en auto pour Emusa avec le R.P.Vooster, p.b., supérieur et curé de Kanyanga.Nous précédions de quelques minutes seulement le Président qui s\u2019arrêta d\u2019abord, avec sa suite, à la résidence du chef Ma-godi IV, avant de se diriger en cortège vers le lieu du ralliement.Nous étions là parmi les gens acclamant tout comme eux.C\u2019est alors que l\u2019incroyable se produisit.Passant devant nous, M.Kenneth Kaunda se penche, nous gratifie de son plus beau sourire et nous salue amicalement de la main.Un courant de sympathie s\u2019allume dans mes veines.Nous emboîtons le pas et parvenons à l\u2019endroit où le Président doit prononcer son discours, endroit ombragé où l\u2019on a construit un abri provisoire à toiture de paille.1\tHollande Langevien, Québec 2\tCannelle Delisle, Pont-Rouge 461 En face se dresse une estrade à laquelle on accède en grimpant sur des billots superposés.Mêlées au peuple et gardant comme lui un respectueux silence, nous voyons soudain venir à nous notre ami M.Mumba, secrétaire du district.« Venez, ordon-ne-t-il, venez saluer le Président et prendre place à ses côtés.» Une telle invitation ne se refuse pas.Quel honneur extraordinaire! J\u2019en éprouve une réelle confusion.Et nous voici serrant la main de M.Kaunda.On nous fait asseoir près de lui.Mwe\\ j\u2019en suis tout ébahie! Jamais de ma vie je n\u2019avais pensé m\u2019asseoir près d\u2019un chef d\u2019Etat! Le Président de la République accueilli à Kanyanga par Sr Saint=Rodrigue et Sr Marie=Corinne.A droite du Président, M.Mumba, secrétaire du district, à sa gauche, M.le Ministre Soko.yè U \u2022 -Æ :¦ p ¦¦¦-' % \"% - Après le mot de bienvenue, M.le Président de la République se lève pour adresser la parole.Il subjugue littéralement son peuple par son sourire et la bonté qui se reflète sur son visage.« Ndi, ndi, ndi », commence-t-il, en levant bien haut sa main dans laquelle il tient un mouchoir blanc.Et la foule de répondre sur le même ton en agitant des branches feuillues.Photos : Service de l\u2019Information de Lusaka La région de Lundazi, dont Kanyanga et Emusa font partie, a été en août 1964 le théâtre d\u2019une rébellion.Il y eut des villages incendiés, beaucoup de morts et de blessés.Bon politique, M.Kaunda ne blâme personne: il exhorte rebelles et persécutés à la charité mutuelle.Voici en substance son discours qui dura plus d\u2019une heure: Serrant la main à la mode Tumbuka.mm h ' < % twwi m tv;' V ;;3t V¦ à Marselina fière de son pain bien levé et doré dont Sr Jeanne=de»Lorraine lui a appris le secret, J.¦ , w>-. « Frères et sœurs, dit-il, qu\u2019il ne soit pas question entre vous de races, de couleurs, de tribus, car nous sommes tous enfants du même Dieu.Si vous détestez votre voisin parce qu\u2019il est Tumbuka, Nyan-ja, Mtonga, Irlandais, Anglais, vous méprisez ce Dieu qui nous a tous faits et qui nous appelle ses enfants \u2014 qui que nous soyons.Aimez-vous les uns les autres.Savez-vous ce que veulent dire ces mots Indépendance, Liberté?Ils ne signifient pas que vous devez voler votre prochain, le tuer, mais bien travailler tous ensemble afin de développer le pays.Ils signifient que vous devez respecter les droits, les opinions des autres.Je suis votre Président mais avant tout votre serviteur; un serviteur fidèle qui veut dépenser ses forces, son temps à vous servir.Tous les membres de mon gouvernement sont aussi vos serviteurs, et je ne veux que de bons serviteurs.» Attaquant un autre point, il déclare: « Je veux que d\u2019ici 1970 chacun des habitants de la Zambie puisse boire un verre de lait par jour, manger un œuf, porter une chemise propre et avoir des souliers aux pieds.Pour être franc avec vous, je vous dirai cependant que je ne vous enverrai pas des réservoirs de lait et des caisses d\u2019œufs.Non! mais ces choses, vous vous les procurerez vous-mêmes par votre travail.Je puis vous aider mais non pas vous les donner.Voyez les petits oiseaux dans leurs nids; est-ce que le bon Dieu descend leur porter leur nourriture?Non! mais il leur a donné l\u2019instinct de se la trouver.Vous aussi avez reçu l\u2019intelligence, la force, la santé, pour travailler.Donc utilisez ces dons.J\u2019enverrai des tracteurs dans chaque région pour vous aider à défricher vos terrains, et c\u2019est ainsi que vous travaillerez à faire de la Zambie un pays libre et indépendant; et c\u2019est dès maintenant qu\u2019il faut commencer.Vous n\u2019ignorez pas que des pays devenus indépendants comme le nôtre traversent des jours difficiles.En plusieurs c\u2019est la guerre.Nous pouvons éviter cela si chacun de vous respecte les droits de l\u2019autre et si vous suivez les directives de votre gouvernement qui veut faire de vous tous un peuple heureux.» Pour terminer M.le Président répéta par trois fois Government auquel la foule répondit « N dine! » (c\u2019est moi!).Et il reprit comme au début « Ndi! Ndi! Ndi! » Plus j\u2019écoutais M.Kaunda, plus je sentais ma sympathie se changer en admiration.De là à l\u2019enthousiasme.ça y est! Tout le monde se retire content tandis que l\u2019illustre personnage continue sa route vers Cikwa où il est attendu.Notre ami M.Mumba revient vers nous et tout simplement s\u2019informe si nous n\u2019aurions 465 lias à la maison quelque chose pour rehausser le banquet préparé à Lundazi: œufs, légumes, fruits.Je lui promets un colis qu\u2019il pourra prendre au retour.Et nous nous séparons.Mais ce n\u2019est pas la fin de notre belle aventure présidentielle.A la maison, je raconte avec ma verve coutumière ce que nous avons vu et entendu.Mes compagnes n\u2019en croient pas leurs oreilles et demeurent sceptiques.Mais mon enthousiasme exubérant n\u2019en démord point, et elles finissent par accorder un certain crédit à mon récit.En hâte nous préparons le colis: œufs, carottes, pommes de terre, oignons, tomates, et le déposons au parloir.Le temps s\u2019écoule, et point de M.Mumba.Nous sommes justement à nous dire: que fait-il?aurait-il oublié?quand nous entendons un ronflement de moteur.Je sors sur la véranda et que vois-je! une voiture, puis une deuxième, une troisième, une quatrième, qui s\u2019engagent dans l\u2019allée du couvent.Je rentre prévenir sœur supérieure, Sœur Saint-Rodrigue3, que le Président de la République arrive! Là encore on rit et ne me croit pas.« Nadi! (mot tumbuka renforçant l\u2019affirmation) venez vite, c\u2019est le Président en personne! » En effet, la troisième voiture, qui porte l\u2019illustre personnage, est stoppée à la porte, et déjà M.Kenneth Kaunda en descend la main tendue.Stupeur et joie.Sœur supérieure l\u2019invite aussitôt à prendre le thé chez nous.Mais sachant bien que sa visite est une visite-surprise, il remercie ne voulant pas nous mettre dans l\u2019embarras, car sa suite comprend une trentaine de personnes.Pendant ce temps, tout un petit monde s\u2019est ramassé et veut lui toucher la main.M.Kaunda se prête bien volontiers à ce désir légitime d\u2019ailleurs.Jusqu\u2019à la petite Rosa, haute comme trois pommes, qui s\u2019avance pour frotter son pouce contre celui du Président (c\u2019est la manière Tumbuka de donner la main).Cette fois, l\u2019homme d\u2019Etat part d\u2019un grand éclat de rire.Nous remettons le colis, et les passagers remontent en voiture.Mais voici que se présente un autre groupe qui a eu vent du passage du Président.Ce dernier redescend, serre les mains tendues.Il va pour réintégrer sa place quand il aperçoit une femme qui se tient en arrière, ses deux jumeaux nouveau-nés dans les bras.Vilement il se dirige vers elle et lui dépose dans la main un billet de banque d\u2019une livre sterling.Un dernier salut, un dernier sourire, et c\u2019est le départ.Si M.Kenneth Kaunda a conquis son peuple, il a charmé de même les missionnaires de Kanyanga.Cet homme grand de taille, grand par sa renommée, grand par sa situation a pris des dimensions de géant dans mon estime et mon admiration, car je l\u2019ai vu s\u2019abaisser vers les petits, les humbles et les pauvres.Après cette visite, j\u2019ai senti que j\u2019étais devenue Zambienne cent pour cent! Moi qui ai aimé si profondément le Malawi et ses habitants, j\u2019avais craint que la Zambie ne me restât qùelque peu étrangère.Mais non! mon nouveau pays d\u2019adoption a gagné tout mon cœur.3 Françoise Pageau, Québec Dans le sillage de Bombay A son retour de Bombay, Paul VI déclarait que de nouvelles tâches s\u2019ouvraient à l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est pour habituer les éducateurs (parents, prêtres, enseignants) à ces horizons nouveaux qu\u2019ont été créés Les Cahiers d'Education Missionnaire (12 Bd Flandrin, Paris XVI).Dans la livraison, no 10, les Cahiers offrent un éventail varié d\u2019information et de documentation.Enfants de Madagascar, la foi des jeunes Vietnamiens, dossier sur le Rwanda par un prêtre rwandais, le scoutisme en Afrique noire, deux ans dans un lycée d\u2019Afrique, contes et légendes rwandais.Mais aussi des pages sur la formation à l\u2019esprit apostolique dans le foyer chrétien, un dossier de travail pour le Service Missionnaire des Jeunes, des commentaires de la revue Terres Lointaines, des suggestions d\u2019activités missionnaires pour les moins de 14 ans, des listes de livres pour les divers âges.Dans l\u2019éditorial, Mgr Barbeau marque clairement la différence entre l\u2019évangélisation et l\u2019œuvre civilisatrice.Plus que jamais les chrétiens doivent dialoguer avec le monde entier, plus que jamais ils sentent le besoin de se mettre en état de mission; Les Cahiers d'Education Missionnaire les y aideront puissamment.André Rétif, S.J.466 MORONDAVA a son évêque autochtone Le 3 décembre 1964, lors du congrès eucharistique de Bombay, S.S.Paul VI a procédé au sacre de cinq nouveaux évêques dont un Malgache, S.Exc.Mgr Bernard Ratsimamotoana, missionnaire de la Salette.A son retour de l\u2019Inde, Mgr Ratsimamotoana, qui semble estimer particulièrement les missionnaires canadiennes, a eu la délicatesse de visiter les deux petites colonies d\u2019Antsirabe et de Tananarive avant de rentrer en sa ville épiscopale de Morondava.A son départ pour l\u2019Inde, il était allé saluer celle d\u2019Ambohibary.Mgr Ratsimamotoana est né le 16 août 1925 au sein d\u2019une famille catholique.Son père, du pays vezo (sakalava), était instituteur dans les écoles de l\u2019enseignement public; sa mère est originaire du Betsileo (Plateaux).Le nouvel évêque compte cinq frères et sœurs.Il fit ses études secondaires au petit séminaire de Fianarantsoa.En 1947, il entrait au noviciat des Missionnaires de Notre-Dame de la Salette, à Betafo (Antsirabe).Après sa profession religieuse, il poursuivit sa formation ecclésiastique au grand séminaire d\u2019Ambatoroka (Tananarive); trois années d\u2019études supérieures de philosophie et trois années d\u2019études théologiques, coupées en 1951-52 par une année d\u2019enseignement à l\u2019institution de Fianarantsoa dont il avait été l\u2019élève.Il fut ordonné prêtre le 25 septembre 1955 par le premier évêque malgache, Mgr Ignace Ramarosandratana.Le grand séminaire de Tananarive n\u2019étant pas encore à cette époque un institut supérieur de théologie, le nouveau prêtre partit pour Rome en vue de conquérir à l\u2019Angelicum le grade de licencié en théologie.De retour à Madagascar en 1957, le Père Bernard exerça la charge de vicaire en diverses paroisses, notamment à Belo-sur-Tsiribihina.C\u2019est là que le surprit la nouvelle de sa nomination au siège de Morondava.Le diocèse de Morondava est confié aux Missionnaires de la Salette, de la province américaine.Actuellement il s\u2019y trouve une quinzaine de prêtres dont un seul Malgache, environ 17,000 catholiques sur une population de 170,000 habitants, en majorité sakalava, gens peu réceptifs au christianisme et très attachés à leur fomba (coutumes).La communauté chrétienne se compose surtout de Betsileo et de Merina nombreux dans la région.Premier prêtre vezo à accéder à l\u2019épiscopat, Mgr Bernard est le septième prêtre malgache élevé à l\u2019épiscopat, et Morondava le quatrième siège épiscopal doté d\u2019un chef autochtone, soit après Miarinarivo, Tananarive et Fianarantsoa.Le choix du Saint-Père a réjoui tout le diocèse, car l\u2019Eglise y prend de plus en plus figure malgache.Heureux de travailler sous la houlette d\u2019un prêtre du pays, les missionnaires offrent à Mgr Ratsimamotoana leurs meilleurs vœux pour une action pastorale féconde.?Note: esquisse biographique d\u2019après le journal « Lumière » de Madagascar.467 LE TSEINA Al SOLEIL par Sœur Angèle Lemaire \\ m.i.c.Les photos du tsena ont été gracieusement fournies par le Service général de l\u2019Information de Madagascar.Le coin/des fleurs.c* Les premiers contacts avec le quotidien en pays de mission procurent le charme du « jamais vu ».Le tsena, marché malgache, m\u2019intéressa tant par la multiplicité de ses services que par la variété de ses étalages.Véritable centre d\u2019achat! en bordure de la ville, son emplacement offre comme toile de fond les collines verdoyantes des Hauts-Plateaux et au premier plan une suite de locaux marqués de brèves inscriptions comme celle-ci: Epicerie française.En pleine activité, il ressemble à un champ de pâquerettes, hérissé qu\u2019il est de parasols et d\u2019ombrelles abritant vendeurs et clients.Aucun panneau-réclame pour distraire l\u2019attention: dès avant le lever du soleil, de longs convois de charrettes bâchées de nattes et traînées par des zébus ont envahi la place, et chaque marchand a déballé ses produits sans rien de plus.468 Montréal y i.T> ' K \u2022_ ^ 'in* w Nous nous plaisons à faire nos emplettes mêlées à la foule qui se déplace avec des mouvements calmes, mesurés.Pas de heurts dans cette symphonie de blanc et de rose, pas de cris sinon parfois le rire éclatant d\u2019une commerçante.Pondération aimable d\u2019où se dégage on ne sait quelle sérénité inconnue! Nos yeux saluent au passage de gracieuses fruitières perdues au milieu d\u2019amoncellements de pis- 'h Confection sur mesure et sur place! taches, d\u2019ananas et même de pommes qui nous parlent du lointain Canada.Presque tous les fruits d\u2019Europe et d\u2019Amérique s\u2019acclimatent sur cette terre tropicale, sauf les cerises.Un peu plus loin, nous admirons les produits de l\u2019artisanat: chapeaux en paille de riz, nattes tressées en fibres de sisal, poteries lustrées au graphite, etc.A côté, le coin des artistes.Sculpteurs travaillant le bois ou la corne de zébu, peintres reproduisant des scènes de la vie indigène sur rabanes attirent notre curiosité.Installées sur le trottoir et toutes alignées, les couturières s\u2019affairent à leur besogne.Invitation à marcher dans la rue si vous ne voulez pas mettre le pied sur les machines à coudre! Un coup d\u2019oeil discret vous renseigne sur le savoir-faire de ces ouvrières silencieuses: avec la force du bras et en deux tours de manivelle, voyez-les confectionner la longue chemise masculine.Les barbiers ont également établi leurs salons en plein air et ne manquent pas de clientèle.Voici qu\u2019on nous offre maintenant un fanafody remède qui guérit net maux de tête, coliques et paludisme: comme quelqu\u2019un qui ne croit plus aux 469 r« « Le coin de la poterie Le coin de la chapellerie.Sûrement il y a un chapeau qui vous coiffe! TJ?* -«¦SSS r- V I I panacées, je remercie en disant: « Tsy mila » (Merci, je n\u2019en ai pas besoin).Puis les vendeurs d\u2019écorces de gingembre et de cannelle vous rappellent que la cuisine malgache est très épicée.Plus loin le kiosque aux fleurs devient une tentation pour un pinceau habile, surtout lorsque s\u2019y glisse une jeune Malgache en lamba (péplum) impeccable de blancheur, au sourire modeste, accordant à ses gestes toute la lenteur et la noblesse d\u2019une grande race.Le tsena, lieu d\u2019approvisionnement malgache des plus attrayants et des mieux garnis! Les assorti- Revenant du tsena en pousse= pousse, Sr Marie-du-Saint» Sauveur.ments qu\u2019il déploie permettent d\u2019y meubler sa maison, fournir sa garde-robe et combler son garde-manger.A l\u2019heure du retour, de nombreux pousse-pousse agitant sonnailles et grelots s\u2019introduisent dans la place.Un habile et vigoureux tireur bet-sileo nous offre ses services.Chemise au vent, coiffé d\u2019un feutre à large bord qui lui soustrait les rayons de l\u2019«aeil-du-jour », il s\u2019acquitte allègrement de sa course.Tandis que ma compagne, Sœur Marie-du-Saint-Sauveur2, prépare le tarif, qui varie avec l\u2019altitude du lieu de destination, je regarde le soleil se poser un dernier instant sur la façade rutilante des maisons, puis disparaître « dans son sang qui se fige ».Le marché est fini.2 Marie-Antoinette Bolduc, Québec ' ^ - K \u2022 fgrfSfci ¦ n h ¦ I i i i Mil : ' '¦¦ ; '' ¦ ; ; +r ¦?, j: ' \u2022% V |r?% X TjÈirtrJ.\"¦:*\".T La maison Sainte=Bernadette, Saint=Jean, Qué.MÈRE MARIE'DU'SAIXT'ESPRIT ET LES RETRAITES FERMEES Préoccupée de l\u2019évangélisation des âmes non chrétiennes en pays de mission.Mère Marie-du-Saint-Esprit ne manqua pas toutefois de s\u2019intéresser aux âmes de son milieu.En rédigeant les Constitutions de la Communauté qu\u2019elle avait fondée en 1902, l\u2019apostolique Mère avait stipulé à l\u2019article concernant les œuvres: « Retraites fermées pour développer chez les dames et les jeunes filles, le zèle des intérêts de Dieu et des âmes et pour permettre aux jeunes filles d\u2019étudier leur vocation.» Ce projet se réalisait pour la première fois lorsque, le 26 juin 1911, elle accueillait à la Maison d\u2019Outremont un groupe de 42 retraitantes.Cette date marquait l\u2019inauguration des retraites collectives, section féminine, au Canada.Et le mouvement se continue toujours, là où la Société s\u2019est implantée: en plusieurs diocèses de la province de Québec, à Marlboro, diocèse de Boston, à Davao, Iles Philippines.Voici les dates de fondation de ces cénacles: à Nominingue, Manréza, l\u2019actuel Béthanie (1915); à Rimouski, la Maison Saint-François-Xavier (1919), et plus tard, la Maison Sainte- Thérèse-de-l\u2019Enfant-Jésus (1933-1943); à Joliette, la Maison de l\u2019Immaculée-Conception (1921); en la ville de Quebec, la Villa Saint-Paul (1921-1948) et le Cénacle (1948); à Granby, la Maison Marie-Médiatrice (1930-1964); à Chicoutimi, la Maison Notre-Dame-des-Missions (1930); à Saint-Jean, la Maison Sainte-Bernadette (1935); à Sainte-Marie de Beauce, la Maison Notre-Dame-du-Rosaire (1943); à Outremont, la Maison Notre-Dame-du-Saint-Esprit (1939) (on avait dü discontinuer l\u2019œuvre en 1920 à cause de l\u2019exiguïté du local); à Marlboro, Massachusetts, la Maison Notre-Dame-Reine-des-Missions (1946); à Davao, Iles Philippines, la Maison du Bon-Conseil (1953).Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle fût terrassée par la maladie, le 28 septembre 1933, Mère Marie-du-Saint-Esprit tint à présider à chaque nouvelle installation et à partager avec ses filles les sacrifices inhérents à toute fondation.Les débuts étaient toujours des plus modestes: ressources pécuniaires restreintes, la divine Providence était sa Compagnie de Fiducie!.personnel peu nombreux, la Communauté comptait à peine quelques années d\u2019existence.Et les imprévus foi- 4 \" 472 sonnaient!.Assez souvent le nombre des retraitantes dépassait celui des chambres et des lits; plutôt que de les refuser, nos pionnières des retraites fermées improvisaient des lits d\u2019urgence, couchaient sur la dure ou allaient demander l\u2019hospitalité à des voisins.C\u2019étaient les temps héroïques.Avec les années, la plupart de ces maisons ont connu des rajeunissements et la modernisation.En dépit des améliorations apportées, cette œuvre exigera toujours de la part de celles qui y coopèrent un dévouement sans borne.Le maximum d\u2019heures de travail est souvent dépassé.Lors de la dernière retraite qu\u2019il prêcha, du 26 septembre au 5 octobre 1964, le R.P.Léo Hudon, S.J., remarquait devant nos supérieures réunies à Outremont: « Comme il faut reconnaître ce que font pour le bon fonctionnement de l\u2019œuvre, ces âmes qui se donnent sans compter et souvent d\u2019une manière obscure et cachée.Elles font la fonction du cœur dans l\u2019organisme humain.Celui-ci est caché, mais combien nécessaire à la vie du corps par le sang qu\u2019il fait circuler! Il active et donne la vitalité; de même si tout fonctionne et réussit si bien dans ces différents centres d\u2019apostolat, c\u2019est grâce à ces apôtres qui travaillent dans les coulisses et qui contribuent à assurer l\u2019équilibre de la santé physique et de la santé spirituelle.» Deux jours de retraite, est=ce long?Des retraites fermées furent aussi données à certaines époques de l\u2019année dans nos couvents de Canton, Chine, et de Kowloon; de Wakamatsu, de La conférence, style traditionnel. Le dialogue, style moderne.\tLa messe communautaire £mjëES3 : yry& Koriyama et de Tokyo, Japon; des Cayes et du Cap-Haïtien, Haïti; de Colon, Cuba; de Kuanhsi et de Shih Kuang Tse, Taiwan.Cette œuvre difficile s\u2019est développée assez rapidement.Elle a toujours reçu de la part des autorités diocésaines appui et encouragement.En travaillant à l\u2019implanter et à la développer, Mère Marie-du-Saint-Esprit se montra donc religieuse pleinement dévouée à l\u2019Eglise et à la société.Sa Sainteté Pie XI n\u2019appelait-il pas la retraite fermée « un précieux instrument de rénovation individuelle et sociale ».Et il ajoutait: « Dans cette école, se forment non seulement d\u2019excellents chrétiens, mais de vrais apôtres.De là, ils sortiront comme jadis les Apôtres du Cénacle, forts dans leur foi, constants devant toutes les persécutions, uniquement soucieux de travailler à répandre le règne du Christ.» Ces apôtres augmentent l\u2019armée des militants de l\u2019action catholique.« Il n\u2019y aura jamais trop d\u2019ouvriers et d\u2019ouvrières dans le champ d\u2019apostolat de l\u2019Eglise1.» Pour assurer un meilleur rendement, il a été nécessaire, ces dernières années surtout, de spécialiser les retraites et d\u2019homogénéiser les groupes.Sa Sainteté Pie XII, au Congrès International des Religieux, dans la célèbre allocution Annus Sacer du 8 décembre 1950, ne parlait-il pas « du zèle que doivent avoir les Instituts religieux de s\u2019adapter aux nouvelles situations et d\u2019unir, dans une heureuse alliance, l\u2019ancien et le nouveau »2.Ainsi ancien et nouveau se retrouvent sur nos feuillets de propagande: retraites d\u2019étudiantes, de jeunes filles, de dames, de guides, d\u2019ouvrières, d\u2019employées de bureau, d\u2019institutrices, d\u2019infirmières, retraites d\u2019orientation, de fiancées, retraites mixtes de fiancés, de femmes célibataires, d\u2019auxiliaires du clergé, de dames veuves, de jeunes dames, de dames de l\u2019U.C.F.R., retraites conjugales, retraites de piété, de Congréganistes, de Légionnaires de Marie, retraites mariales, retraites de tertiaires, retraites des Exercices Spirituels de Saint Ignace de 6, 7 et 30 jours, etc.Il est peut-être à propos de souligner ici avec quelle sagesse la Providence prépare, pour chaque époque, des prédicateurs qui assument la responsabilité de ces retraites et qui se révèlent de véritables spécialistes dans un genre ou l\u2019autre.Leur unique souci paraît être de frayer la voie à la grâce dans les âmes et de rénover le monde dans le Christ.Ces apôtres possèdent certainement des secrets pour saisir les situations complexes des âmes et trouver une solution aux nombreux problèmes de notre monde contemporain, au cours des longues heures qu\u2019ils passent dans nos bureaux de direction.Leurs noms mériteraient bien de figurer à côté de ceux des héros de l\u2019apostolat.Chacune de nos maisons de retraites fermées dresse, en fin d\u2019année, son bilan tendant à exprimer par des statistiques son action bienfaisante, mais ce procédé reste insuffisant.Pour avoir une idée exacte du bien accompli dans ces zones de silence, il faudrait interviewer chaque personne qui a eu l\u2019avantage d\u2019y faire une cure de spiritualité de 2, 3, 6, 7 et même 30 jours.Comme l\u2019observait si bien M.l\u2019abbé G.Courtois: « Cela, c\u2019est l\u2019Histoire 474 La retraite, ce que j\u2019en pense?Formidable! secrète des âmes qui ne s\u2019écrit pas dans les livres, mais qui s\u2019inscrit dans la croissance du Corps Mystique à travers les successions de régimes et de révolutions3.» Si l\u2019on en juge par les quelques témoignages déjà entendus, les résultats se sont toujours avérés fructueux pour l\u2019Eglise.Voici le contenu d\u2019un billet laissé par une retraitante: « Le grand cosmonaute Titov a parcouru la galaxie et n\u2019a pas rencontré Dieu.Une petite inconnue a seulement gravi les montagnes de Nominingue et vécu quelques jours dans cette oasis de paix et de recueillement, et elle a rencontré Dieu.» Une vedette de la télévision nous assurait qu\u2019elle s\u2019était plus reposée durant un week-end à notre Maison Notre-Dame-du-Cénacle que durant toute une saison à Old Orchard.La retraite avait été pour cette artiste « la halte bienfaisante ardemment désirée, l\u2019oasis vers laquelle aspire le voyageur cheminant dans le désert aride, la cure annuelle où l\u2019âme se détend et se retrempe pour de nouveaux labeurs », selon l\u2019expression du R.P.Joseph-P.Archambault, S.J., initiateur des retraites fermées au Canada.Lors d\u2019une retraite d\u2019orientation, une jeune fille de 20 ans écrivait sa décision en ces termes: « Je reviens de mon entrevue avec le R.P.Prédicateur.Merci des lumières reçues à cette occasion.Je suis donc appelée à servir Dieu dans l\u2019état du mariage.Notre-Dame, Mère du Bel Amour, aidez-moi à rester pure et bonne, à vous ressembler un peu.Placez sur ma route mon compagnon de vie.Sans le connaître, je prie pour lui.Puis-je vous demander qu\u2019il partage mon plus grand désir, celui de devenir un jour la mère d\u2019un prêtre.» Enfin voici le témoignage d\u2019un couple des Foyers Notre- Dame, groupement fondé en 1954 par M.Albert Lapointe, p.s.s., et qui propose à ses membres, dans ses Constitutions, une retraite conjugale tous les deux ans: « La retraite a été \"pour nous une pressante invitation de la part du Seigneur à mieux vivre toutes les richesses du sacrement de mariage et à réfléchir davantage sur les grands aspects de la vie conjugale et familiale.L\u2019atmosphère de calme et de paix a facilité certaines mises au point.L\u2019harmonie d\u2019un couple ne dépend-elle pas le plus souvent d\u2019un effort mutuel d\u2019adaptation en ce qui concerne psychologie masculine et féminine?Après avoir renouvelé nos promesses, nous avons repris avec enthousiasme la poursuite de la grande aventure, décidés plus que jamais à réaliser le plan d\u2019amour de Dieu sur nous.» La retraite conjugale est la formule toute désignée pour susciter ce renouveau familial si nécessaire et pour engager le dialogue sur les problèmes concrets de la vie chrétienne qui se posent d\u2019une façon angoissante, à l\u2019heure actuelle, ainsi que l\u2019a démontré le Concile lors de l\u2019étude du schéma XIII.Outre les retraites, nos cénacles sont parfois témoins de magnifiques réunions intercommunautaires dont le compte rendu est précieusement conservé dans nos archives: pour n\u2019en citer que trois: 1° Sessions d\u2019étude pour les supérieures majeures et provinciales, les supérieures locales, les maîtresses de novices: le thème de ces réunions est préparé par la Conférence religieuse canadienne.2° Journées de récollection pour les protégés de la Société Saint-Vincent-de-Paul.L\u2019Eglise de Jésus-Christ est « l\u2019Eglise de tous et particulièrement l\u2019Eglise des pauvres1 ».Les pauvres sont donc pendant quelques heures, les hôtes de notre Maison Notre-Dame-du-Cénacle.Des voitures vont les chercher à leur domicile.Le programme comprend quelques conférences; plusieurs prêtres sont à la disposition des récollectantes pour la confession et la direction.Ordinairement la messe a lieu à la fin de l\u2019après-midi.Le souper en commun, présidé par Mgr l\u2019Archevêque ou un de ses Auxiliaires, termine cette inoubliable journée.C\u2019est un peu comme la mise en pratique de la conférence donnée à l\u2019Université de Montréal le 27 août dernier par le R.P.René Voil-laume sur les exigences de la pauvreté telle que pratiquée par le Christ.3° Enfin rencontres d\u2019information organisées par la Légion de Marie.Cette réunion revêt un cachet tout à fait œcuménique: chaque légionnaire est priée d\u2019inviter une personne appartenant à une autre religion.La journée se passe dans une atmosphère de fraternité.Tous les sujets peuvent être librement abordés.Ces rencontres de réflexions et d\u2019échanges de vues permettent de se connaître davantage, de se mieux comprendre et de toucher le rôle important du laïcat dans l\u2019Eglise à l\u2019heure de l\u2019œcuménisme.Présentement, différentes communautés religieuses masculines et féminines, ont greffé l\u2019œuvre des retraites fermées à leur apostolat spécifique et continuent ainsi l\u2019initiative lancée au début du siècle par le R.P.Joseph-P.Archambault, S.J., et Mère Marie-du-Saint-Esprit.« C\u2019est le bon grain de la divine grâce qui se répand auprès et au loin6 ».La Commission permanente des retraites fermées, créée dans le but de coordonner les efforts, fait parvenir à chaque institution le rapport détaillé des activités.A l\u2019occasion de l\u2019assemblée annuelle, les membres de cette Commission essaient de reviser les méthodes d\u2019apostolat, d\u2019étudier les adaptations à préconiser afin de mieux servir la cause du Christ et de son Eglise, selon les besoins du monde contemporain.C\u2019est la réponse à l\u2019aggiornamento de Jean XXIII.Un événement a marqué en août 1963 l\u2019histoire des retraites fermées: le Congrès des Exercices spirituels, tenu à l\u2019Université de Sherbrooke, qui rassembla 550 participants et participantes (prêtres, séminaristes, religieux, religieuses, professionnels, étudiants et étudiantes) sous les auspices de la Commission épiscopale et la présidence d\u2019honneur de S.Exc.Mgr Georges Cabana, archevêque de Sherbrooke.Grâce â l\u2019excellent travail du Comité chargé de préparer les assises, et dont M.le curé Fernand Larochelle était le président, ce congrès fut des plus enrichissants par les expériences exposées au cours des panels et par les travaux réalisés en commissions.Sans doute les retraites fermées connaîtront-elles un essor accru et renouvelé?La caractéristique du zèle de Mère Marie-du-Saint-Esprit a toujours été la discrétion.Toute sa vie apostolique semble inspirée de la parole du Précurseur: « Il faut que lui (le Christ) grandisse et que moi je décroisse.» Elle nous pardonnera d\u2019avoir â l\u2019occasion de son centenaire, soulevé un peu le voile du passé pour revoir les origines de l\u2019œuvre qu\u2019elle a tant aimée et en esquisser les développements.Nous l\u2019avons fait surtout pour mettre nous-mêmes en pratique l\u2019esprit de reconnaissance si cher à notre Fondatrice.Merci à l\u2019Auteur de tout bien pour les grâces sans nombre accordées aux hôtes de ces fécondes solitudes depuis cinquante-quatre ans.Merci aux autorités diocésaines qui nous permettent de travailler dans leur territoire.Merci aux membres du clergé, aux aumôniers des mouvements spécialisés, aux prédicateurs de retraites de leurs inappréciables services.Merci à nos courageuses devancières, aux ouvrières de la première heure qui nous ont laissé un sillon bien creusé.Merci au laïcat qui nous a donné tant de fois le témoignage d\u2019un dévouement sincère.Merci aux amis de l\u2019œuvre, à tous ceux et celles qui ont favorisé son établissement dans notre pays.Merci enfin à toutes ils bonnes volontés qui assurent maintenant la relève.Comptant toujours sur la bienveillante collaboration du laïcat, nous avons l\u2019espoir que nos maisons de retraites demeureront des phares lumineux où les âmes viendront puiser des grâces de lumière et de force pour aller ensuite exercer une influence christianisante dans leur milieu, se constituant ainsi de précieux auxiliaires pour l\u2019épiscopat et le clergé comme le désirait cette femme-apôtre, Mère Marie-du-Saint-Esprit.Sœur Marie-de-la-Purification, m.i.c.(Rita Laurent, Québec) Références 1 Le Rôle de la Religieuse dans l'Eglise, Coll, n Problème de la religieuse d\u2019aujourd\u2019hui.# 2-3 G.Courtois, Mission de la religieuse dans le monde d'aujourd\u2019hui 4 Paroles de Jean XXIII 6 Les retraites fermées au Canada (en collaboration) 476 L\u2019àie lEsicale fle Mère \u201d\t\u2019 te Taillon', m, par Sœur _ *r - .IMW, ' < Etre cultivé musicalement, ce n\u2019est pas seulement avoir écouté l\u2019œuvre complète de Beethoven, en connaître toutes les dates de composition et d\u2019exécution, savoir la théorie musicale sur le bout de ses doigts ou être capable d\u2019identifier les divers thèmes d\u2019une symphonie.Etre cultivé musicalement, c\u2019est aussi, à mon avis, savoir répandre de la musique dans tous les retraits de son esprit, la mêler aux expériences de sa vie spirituelle et de sa vie sociale; c\u2019est être comme l\u2019abeille butineuse qui rapporte du jardin, dans sa maison, un alliage comestible d\u2019or et de parfum pour le profit d\u2019autrui.En révisant les prescriptions que Mère Marie-du-Saint-Esprit a laissées à sa famille religieuse, en parcourant les Annales de la Société, en particulier celles du noviciat, j\u2019ai découvert avec admiration un aspect \u2014 par moi inexploré \u2014 de l\u2019âme de notre vénérée Fondatrice: son sens musical et sa propension à utiliser le chant et la musique comme facteur de joie et expression de la louange divine.Quand j\u2019arrivai dans la communauté, postulante de quelques jours, je me disais à part moi: « Mais ici l\u2019on chante toujours! » C\u2019est par l\u2019hymne du Vent Creator que s\u2019ouvrent toutes nos journées; c\u2019est par le Salve Regina qu\u2019elles se ferment.Le cantique du Bénédicité termine notre action de grâces matinale; la bénédiction quotidienne du Saint Sacrement, avec sa série de louanges, constitue notre action de grâces de la fin du jour: Laudate Dominum omnes gentes ou « Peuples 1 Montréal 477 690496625204 Aux sœurs de la chorale notre Mère disait: « Rappelez=vous que vous remplissez l\u2019office des anges.» de la terre, louez tous le Seigneur ».Trois fois le jour, le Magnificat revient sur nos lèvres; aux fêtes, il éclate en notes joyeuses après les chapelets du Rosaire où l\u2019on chante les mystères.De longue date, notre Mère Fondatrice avait établi que la grand-messe et les vêpres seraient célébrées chaque dimanche à la Maison Mère et au Noviciat; que le 7c Deum serait chanté, ce même jour, dans toutes les maisons de la Société.Cette pieuse Mère voulait que le chant soit exécuté avec toute la perfection possible; qu\u2019il soit simple, expressif, qu\u2019on en comprenne les paroles.« Rappelez-vous, disait-elle aux sœurs chanteuses, que vous remplissez l\u2019office des anges.» Toutes nos récréations débutent par un chant, nos congés par un cantique.Est-ce jour de départ pour les missions ?on chante à la messe.Dans une dernière visite à la chapelle, un cantique à la Sainte Mère de Dieu implore sa protection pour les voyageuses.Les notes de Y Ave Maris Stella sont les dernières que perçoivent les oreilles des missionnaires qui s\u2019éloignent.Sont-elles parvenues à leur mission ?c\u2019est le Magnificat qui les accueille.Auprès des religieuses bien malades et souffrantes, selon une pratique inaugurée par notre Fondatrice, l\u2019on va chanter à voix très douce pour les réjouir, de même qu\u2019au chevet des mourantes pour les consoler et provoquer un ultime sourire.C\u2019est sur les notes du Salve Regina que la missionnaire de l\u2019Immaculée-Conception ferme les yeux à la terre et c\u2019est ce même chant qui s\u2019égrène sur sa tombe.Passez dans les corridors de nos maisons de formation aux heures du travail, souvent vous entendrez chanter.« Que cela me fait plaisir, disait Mère Marie-du-Saint-Esprit, de vous voir ainsi louer le bon Dieu » quand à ces moments, elle traversait nos pièces de travail.Chanter, n\u2019est-ce pas prier deux fois?S\u2019arrêtait-elle quelques instants à la salle où les novices étaient à leur pratique de piano, violon ou autres instruments: « Que c\u2019est gai ici, l\u2019on n\u2019entend que musique et chant! Oh! oui, chantez, mes chères enfants, soyez joyeuses toujours pour remercier le bon Dieu.» En cela, sa pensée ne rejoignait-elle pas celle d\u2019un Isidore de Séville (570-632), fondateur d\u2019un monastère à la règle extraordinairement souple et adaptée.Fait inouï jusqu\u2019alors dans l\u2019histoire monastique, il encourageait ses moines à chanter pendant leur travail.« Puisque les séculiers chantent des chansons profanes tout en se livrant à leur besogne, n\u2019est-il pas convenable, leur disait-il, que les religieux aient sans cesse sur les lèvres la louange divine, servant Dieu et avec les bras et avec la langue, par des hymnes et des psaumes.» 478 Pendant les offices à la chapelle, notre Mère, déjà âgée, s\u2019efforçait de mêler sa faible voix sexagénaire à celle de la communauté Elle comprenait que les chants et prières en commun sont un moyen de participer à la vie généreuse de l\u2019immense famille ecclésiale.Entre tous les chants liturgiques, le Magnificat paraît avoir eu la résonance la plus profond^ dans l\u2019âme mariale et musicale de Mère Marie-du-Saint-Esprit; elle le nommait parfois « le superbe cantique de Marie ».« Il est notre chant de prédilection avec le Te Deum et le Bénédicité, disait-elle aux novices (2 juillet 1924), mais le premier doit prévaloir, parce qu\u2019il est celui de la Vierge Immaculée.Que toute notre vie soit un Magnificat perpétuel! et quand l\u2019Epoux divin nous réclamera, dans la mort comme dans la vie, que notre chant soit encore: Mon âme glorifie le Seigneur! » Un jour que notre vénérée Mère évoquait auprès de ses premières filles des souvenirs douloureux du passé, elle leur fit cette révélation: « Au matin du 1 Rachel Lalumière, Montréal La chorale, moyen d\u2019apostolat au Japon et dans tous les pays du monde.A l\u2019harmonium, Sr du Saint=Nom=de=Marie (Rita Blais, Thetford Mines).u.nViV v ,v 21 novembre 1904, nous entourions la dépouille mortelle du saint prêtre qui avait été notre père fM.l\u2019abbé Gustave Bourassa), et savez-vous quelle prière s\u2019est échappée spontanément de nos cœurs brisés?Le Magnificat.Ce cantique a double but sur nos lèvres: glorifier Dieu, dans la douleur comme dans la joie, et répondre à l\u2019une des fins de notre Institut: l\u2019action de grâces.» Au début de 1912, mourut en Chine, après moins de trois années d\u2019apostolat, une des six premières missionnaires envoyées à Canton, Sœur Saint-Jean-l\u2019Evangéliste1, apôtre formée à l\u2019école de notre Fondatrice.En reconnaissance du choix que le divin Maître avait daigné faire de sa personne pour l\u2019œuvre missionnaire, elle avait résolu de se donner à sa tâche avec une joie inaltérable.Elle fut fidèle à sa résolution et s\u2019éteignit dans une sorte d\u2019allégresse: « Je suis heureuse! heureuse! heureuse! » répétait-elle comme impuissante à exprimer ce qu\u2019elle ressentait.Et elle ajouta à l\u2019adresse de ses compagnes: « Quand je serai morte, chantez le Magnificat pour remercier Notre-Seigneur.» Maints exemples pourraient être cités qui révèlent l\u2019âme musicale et joyeuse que Mère Marie-du-Saint-Esprit a voulu inspirer à sa famille religieuse dès le début.J\u2019en mentionnerai encore quelques-uns extraits des Annales du noviciat et datant des dernières années de sa vie active.A la fin de l\u2019été 1932, elle s\u2019était rendue à Pont-Viau rencontrer un groupe de postulantes fraîchement entrées.Comme elle engageait celles-ci à répondre avec générosité à la prédilection que Dieu leur avait marquée en les appelant à la vie religieuse et qu\u2019elle exhortait les autres qui l\u2019entouraient à la bonté, à l\u2019amabilité, vertus si nécessaires à une missionnaire, les oiseaux, qui avaient élu domicile dans la vigne grimpant à même la façade du noviciat, firent entendre par les fenêtres un joyeux concert.Charmée par leur gazouillis, notre bonne Mère s\u2019interrompit pour les écouter et louer le bon Dieu qui met tant de joie au cœur des petits chanteurs ailés « car, pour chanter continuell'ement comme ils font, il faut qu\u2019ils soient heureux nos petits oiseaux, presque autant que les blanches colombes de la Vierge Immaculée », ajouta-t-elle, promenant son regard sur le groupe souriant des novices.Quand cette chère Mère revenait de voyage, souvent fatiguée et préoccupée, qui peut se représenter une fondatrice sans lourds soucis et sans croix ?\u2014 il lui arrivait de passer par le noviciat.Parfois, dans ces occasions, elle exprimait le désir que les jeunes improvisent un concert pour la récréation du soir.Avec intérêt, elle écoutait le modeste répertoire lequel s\u2019achevait toujours par le Magnificat.« Qui imaginerait le monde sans musique et sans chant, disait-elle.Comme ça repose, comme ça réjouit de la musique! Au ciel, nous en aurons continuellement, nous n\u2019aurons qu\u2019à chanter et à jouir; mais ici-bas, nous pouvons préluder aux fêtes éternelles en chantant les louanges du bon Dieu, en nous livrant à la joie et à la reconnaisance: c\u2019est si bon, si consolant de remercier.» Après avoir étudié Mère Marie-du-Saint-Esprit sous l\u2019aspect que j\u2019ai essayé de décrire, j\u2019avoue me sentir plus que jamais éprise du désir de me faire semeuse de gaieté et de petites joies, choses si favorables à l\u2019harmonie des cœurs! Notre charitable Fondatrice daignera bien me prêter sa lyre joyeuse et m\u2019obtenir de n\u2019être pas trop inhabile à la faire vibrer durant mon humble carrière musicale.Concert donné par les élèves de l\u2019Académie de l\u2019Immaculée=Conception, à San Juan, I.P.Qui imaginerait une école philippine sans orchestre ou fanfare?9A «für 480 Soeurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception CANADA MAISON MERE, 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal 26 NOVICIAT, Pont-Viau, Montréal 40 OUTREMONT, 314, Chemin Sainte-Catherine, Montréal 8 HOPITAL CHINOIS, 112 ouest, rue Lagauchetière Montréal 1 NOMININGUE, comté Labelle, Qué.RIMOUSKI, 85, rue Saint-Germain JOLIETTE, 750, rue Saint-Louis QUEBEC, 1073 ouest, rue Saint-Cyrille VANCOUVER, Refuge de ITmmaculée-Conception 236, rue Campbell VANCOUVER, Hôpital du Mont-Saint-Joseph 3080, rue du Prince-Edouard TROIS-RIVIERES, 1325, rue de la Terrière GRANBY, 35, rue Dufferin GRANBY, 50, rue Saint-Joseph CHICOUTIMI, 766, rue du Cénacle SAINTE-MARIE-DE-BEAUCE, C.P.358, Qué.SAINT-JEAN, Qué., 430, rue Champlain OTTAWA, 30, Avenue Goulburn PERTH, N.-B., C.P.259 EDMUNDSTON, N.-B., 85, rue Victoria ETATS-UNIS MARLBORO, Mass., 207 Pleasant Street HONG KONG MAISON NOTRE-DAME-DE-FATIMA, 103 Austin Road, Kowloon, Hong Kong MAISON NOTRE-DAME-DE-L\u2019ESPERANCE, Clear Water Bay Road, Kowloon, Hong Kong TAIWAN KUANHSI, 83 Cheng I Lu, Hsinchu Hsien, Taiwan, Republic of China SHIH KUANG TSE, Hsinchu Hsien, Taiwan, Republic of China TAIPEI, 363, An Tung Chieh, Taiwan, Republic of China SUAO, 36 Chung Cheng Rd., Suao Ilan Hsien, Taiwan, Republic of China HSINCHU CITY, Cheng Mou Yuen, Choei Yuen chiai no 49, Koang Fou Li JAPON KORIYAMA, 96 Toramaru, Koriyama shi, Fukushima ken WAKAMATSU, 480, Sakae machi, Aizu Wakamalsu TOKYO, 108-4 cho me, Fukazawa cho, Setagaya ku ITALIE ROME, via Giacinto Carini, 8 MADAGASCAR MORONDAVA, Madagascar AMBOHIBARY, Sambaina, Madagascar ANTSIRABE, Paroisse Ste-Thérèse de Mahazoarivo TANANARIVE, Tsaramasay MAHABO, via Morondava PEROU PUCALLPA LIMA, Escuela Maria de la Providencia, Napo y Centenario, Azcona (Brena) GUATEMALA TOTONICAPAN, Colegio P.Betancourt, Guatemala, A.C.BOLIVIE SANTA CRUZ, Cardinal Cushing Business College, Calle Lemoine, Casilla 70 COCHABAMBA, Academia Comercial, Calle Oruro No 3403, Casilla 1667 IRUPANA, Hospital Nuestra Senora de la Providencia, Irupana, Sud Yungas LA PAZ, Academia Santa Rita, Galles Juan Granier y Entre Rios, casilla 769 CHILI ANCUD, Colegio Inmaculada Conception, Calle Errazuriz ILES PHILIPPINES MANILLE, Immaculate Conception Anglo Chinese Academy, General Luna St., Intramuros MANILLE, 2212 S.del Rosario St., Tondo SAN JUAN, Little Baguio, Rizal LAS PINAS, Rizal MATI, Davao Province DAVAO City, Our Lady of Good Counsel Hall, Florentine Torres St.PADADA, Davao Province BAGUIO City, 11 Pacdal, Box 83 ANTILLES LES CAYES, HAITI LES COTEAUX, Haiti ROCHE-A-BATEAU, Haiti PORT-SALUT, Haiti CAMP-PERRIN, Haiti MIREBALAIS, Haiti LIMBE, Haiti CAP-HAITIEN, Haiti CHANTAL, Haiti TROU-DU-NORD, Haiti.PORT-AU-PRINCE, Orphelinat, Cité no 2, Haiti PORT-AU-PRINCE, Noviciat, Cité no 2, Haiti CROIX-DES-BOUQUETS, Haiti DESCHAPELLES, Hôpital Albert Schweitzer, C.P.no 4, Saint-Marc, Haiti LA BOULE, Haiti HINCHE, Haiti COLON, Province de Matanzas, Cuba AFRIQUE KATETE, St.Theresa\u2019s Parish, Champira P.O., Malawi, C.Africa MZAMBAZI, St.John\u2019s Parish, Eutini P.O., Malawi, C.Africa RUMPI, St.Patrick\u2019s Parish, Rumpi P.O., Malawi, C.Africa KARONGA, St.Mary\u2019s Parish, Karonga P.O., Malawi, C.Africa KASEYE, St.Michael\u2019s Parish, Fort Hill, P.O., Box 99, Malawi, Central Africa NKATA BAY, Nkata Bay, P.O.Box, 9, Malawi, C.Africa MZUZU, Mzuzu P.O.Box 24, Malawi, C.Africa FORT JAMESON, P.O.Box 107, Zambia, C.Africa KANYANGA, Lundazi, P.O , Zambia, C.Africa NYIMBA, Sacred Heart Hospital, Zambia, C.Africa CIKUNGU, Kazimuli, P.O., Zambia, C.Africa Le port d\u2019Ancud, dans Pile de Chiloé, au Chili, MBmWürn - mis X ?\u201d \"l«r» » .'.Jêl' ~f- W Si^brfL- »>'\u2022\u2022\u2019\u2022 \"i '» n> fttA.'T* é*;' v\tI I ii ÏJüU >?.\t.j ÿ.r-:'vu; : * ' ^-3 } i Ï^%M i- pP / - ,v "]
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