Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 janvier 1967, Janvier - Février
[" ¦> .\u2018i kMwV -\u2019 -î>KkV LE PRECURSEUR Janvier=Février 1967 rjiM Vf-:# \"O-U* r^â^v^s ^\u20225W \"is# ¦: > > \u2022' Vâtts»-* ^ , 4 .vr-' ''* b>oî' **vifcT if - ?8 ' ¦*>> 'FF >'dÉ k2i> i K> ï vim f.SS** Mk H *^4^; ifias Semaine de prière universelle pour VUNITE CHRETIENNE (18-25 janvier) Thème : Appelés à une seule espérance.(Ep.4, 4).Intention générale de la semaine : Vunité des chrétiens telle que le Christ la veut et par les moyens qu\u2019il voudra.Intentions particulières suggérées pour chaque jour : 18.\t- Unité de tous les chrétiens.19.\t- Souffrance en face des séparations.20.\t- Sanctification des catholiques.21.\t- Sanctification des orthodoxes.22.\t- Sanctification des anglicans.23.\t- Sanctification des protestants.24.\t- Sanctification des Eglises de mission.25.\t- Unité de tous les hommes dans la cha- rité et la vérité du Christ.NOTRE COUVERTURE: Près de la petite église d\u2019Aizu Wakamatsu, Sr Andrée Ménard et des étudiantes du cours supérieur, légionnaires de Marie.Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Port payé à Montréal. 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal (26) Canada LE PRÉCURSEUR Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception avec l\u2019autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.NIHIL OBSTAT: M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é., 22 août, 1966.No 7 Janvier - Février 1967 Vol.XXIVe SOMMAIRE Charles de Foucauld, frère universel\t242 Sr Gisèle Villemure, m.i.c.Joie pour l\u2019Eglise du Canada\t250 Interview\t251 Sr Monique-du-Saint-Sacrement, m.i.c.Notre concours d\u2019abonnements\t264 Coutumes du dernier de l\u2019an\t266 Sr Joseph-de-la-Sainte-Famille, m.i.c.Quand vient le jour de l\u2019an chinois\t268 Sr Thérèse Le Blanc, m.i.c.Un Noël selon Jean XXIII\t270 Sr Jeanne-d'Arc Nolin, m.i.c.Influence du christianisme sur la musique philippine\t273 Sr Maria Rosalina Abejo, r.v.m.Les tailleurs de pierre à Sainte-Thérèse-de- Mahazoarivo\t277 Sr Agathe Durand, m.i.c.Tsaramasay\t281 Sr Marie-du-Sacré-Cœur, m.i.c.Devant la mer\t286 Sr Thérèse Côté, m.i.c.Abonnement: Par an\t$\t1.50 2 ans\t$\t2.50 4 ans\t$\t5.00 A vie\t$30.00 Pour tout changement d'adresse, ne pas oublier d'envoyer l'ancienne et la nouvelle. UCAULD Le 1er décembre 1966 a marqué le cinquantième anniversaire de la mort du Père Charles de Foucauld.Le Père avait souhaité mourir martyr : « Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre, nu, méconnaissable.» Et il est mort martyr par amour des Touareg.Il a découvert le Christ sous les traits farouches de ces primitifs du Sahara et il leur a manifesté un merveilleux amour fraternel en se faisant l\u2019un d\u2019eux.« Le Précurseur » veut rendre hommage à cet apôtre de la fraternité humaine.On ne saurait évoquer l\u2019idée de fraternité sans se reporter à l\u2019apôtre des Touareg, Charles de Foucauld.Le rappel de cet homme éminemment « catholique » est plus que jamais d\u2019actualité en cette année qui fera de Montréal une extraordinaire cité internationale, car sur la « Terre des Hommes », le Père de Foucauld aimait se nommer « le frère universel ».Comme nos îles du Saint-Laurent réuniront l\u2019univers chez nous, le frère Charles de Jésus, par sa présence toute d\u2019accueil et sa prière frater- 242 nelle, a porté dans son cœur l\u2019humanité entière.Sa volonté n\u2019était-elle pas d\u2019exalter la fraternité pour que la loi d\u2019amour illumine le panorama du monde ?Jalons biographiques Un caractère de chef, tenace, ardent; une intelligence et une mémoire prodigieuses, voilà l\u2019homme.Le 7 janvier 1902, il écrit à sa cousine: « Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel.Ils commencent à appeler la maison la Khaoua, la fraternité et cela m\u2019est doux».Voilà synthétisé le grand désir du Père de Foucauld: fraterniser avec tous.Quelle politique empreinte de charité! Il reçoit chacun en frère et par un dialo- FRÈRE UNIVERSEL par Sœur Gisèle Villemure, m.i.c.A 28 ans, le coup de foudre: une conversion radicale et inconditionnée met fin à une jeunesse folle et orageuse.Dieu devient pour lui « Quelqu\u2019un », et imiter ce Dieu fait Homme, l\u2019unique mobile de son activité.Il ne conçoit pas l\u2019amour sans un besoin impérieux de ressemblance.« Aussitôt que je crus qu\u2019il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui: ma vocation date de la même heure que ma foi.»1 Dans toute œuvre les commencements s\u2019affirment très laborieux.Le Seigneur se plaît à modeler l\u2019âme de son disciple.Aussi la voie qui le conduit sur la frontière marocaine est-elle longue et épineuse.Ces cheminements le mènent de la trappe de Notre-Dame-des-Neiges à Nazareth, de Nazareth au Hog-gar.Il y passera les dernières années de son existence au milieu des Touareg, se faisant leur frère par l\u2019amitié et l\u2019apostolat de la bonté.Frère Charles meurt seul, assassiné à la porte de son ermitage du Hoggar, le 1er décembre 1916.Quel échec que sa vie! Et pourtant sur cet insuccès apparent se greffent les familles spirituelles du Père de Foucauld, et le monde d\u2019aujourd\u2019hui puise un message d\u2019amour fraternel dans sa vie de prière et d\u2019amitié.Témoignage de fraternité universelle: sa présence silencieuse.Comme le Fils de Dieu venu se faire Homme parmi les hommes, Charles de Foucauld se fait Arabe avec les Arabes, Français avec les Français, Targui avec les Touareg.Il réalise à merveille le « tout à tous » de Paul et c\u2019est pour se lancer à la poursuite des hommes du désert et ^s\u2019identifier à eux qu\u2019il a quitté la France.gue amical, un contact simple et fraternel témoigne « Quelqu\u2019un ».Il n\u2019a ni l\u2019autorité d\u2019un pédagogue ni l\u2019éloquence d\u2019un orateur, mais parce que son cœur est saisi par le besoin de répandre l\u2019Evangile en Afrique du Nord, il joue sa vie sur cet appel particulier de Dieu qui le veut chez les hommes du désert, les aimant d\u2019un amour fraternel engagé.L\u2019essentiel de la vie chrétienne c\u2019est pour lui d\u2019avoir une âme théologale fervente d\u2019où s\u2019élance spontanément l\u2019action apostolique.Il envisage donc l\u2019évangélisation d\u2019après sa vocation d\u2019ermite-missionnaire.Comme la Sainte Famille de Nazareth a vécu dans la contemplation tout en demeurant parmi les hommes, Frère Charles de Jésus allie, à Béni-Abbès et à Tamanrasset, la vie érémitique à une présence amicale.Il se fait le proche des autres pour qu\u2019ils connaissent et aiment le Seigneur Jésus.Comme la pluie fine s\u2019infiltre à travers une terre assoiffée, sa présence presque silencieuse de frère universel touche les cœurs parce qu\u2019elle manifeste foi, espérance et charité.Une vie sainte ne constitue-t-elle pas un enseignement à longue portée?Il ne s\u2019est pas enfoncé au désert pour s\u2019évader du monde ou fuir les hommes, mais pour chercher parmi les hommes, les plus déshérités, «crier l\u2019Evangile par toute sa vie ».Il écrit à Madame de Bondy: « .De quatre heures et demie du matin à huit heures et demie du soir, je ne cesse de parler et de voir du monde.Des esclaves, des pauvres, des malades, des soldats, des voyageurs, des curieux.» A l\u2019oasis de Béni-Abbès, il s\u2019est placé sur le chemin des hommes et il a ouvert à tous la porte de sa fraternité.Son attention aux autres montre le rais de lumière et d\u2019amour fraternel jailli de sa fidélité à l\u2019aujourd\u2019hui, et c\u2019est cette fidélité de « frère universel » qui se retrouve à l\u2019origine de la cellule dynamique d\u2019apostolat qu\u2019est pour l\u2019Eglise missionnaire la famille spirituelle de Frère Charles de Jésus.Sans relâche, Frère Charles cherchera les moyens 243 L\u2019Islam a produit en moi un profond bouleversement \u201d disait Charles de Foucauld.Photo ni TR r^.\u2018.,¦ 1 y\\ ' ¦T'-l-v >-y ¦Wi H v< \t\t\t '' i p **' ***,¦ 'I :Èsàià rmr \t \t m La chapelle de la Khaoua du Sacré=Cœur à Béni-Abbès.Sur un plateau nu, brûlé de soleil, la fraternité de Béni-Abbès. d\u2019inspirer la nostalgie de la foi par la fraternité universelle.Pour lui, la vie, c\u2019est le Christ et il est persuadé que l\u2019unique richesse du baptisé c\u2019est le Seigneur.Il travaillera donc inlassablement à communiquer cette richesse aux hommes, ses frères; c\u2019est pour cela qu\u2019il entreprendra la traduction de l\u2019Evangile en langue tamacheq, qu\u2019il méditera une fondation, qu\u2019il consentira à de longs voyages dans le désert; c\u2019est pour cela enfin qu\u2019il sera assassiné par une bande ennemie.Sur les routes de la charité missionnaire, Charles de Foucauld a choisi le rude Hoggar.Lui, l\u2019homme universel, a vécu en ami, en frère des Touareg, car pour connaître les hommes il faut se faire l\u2019un d\u2019eux, et il s\u2019est fait l\u2019un d\u2019eux parce qu\u2019il voyait « en tout humain une âme à sauver ».Témoignage de fraternité universelle: sa prière Quel que soit le vocabulaire employé ppur définir la prière, elle demeure essentiellement union à Dieu par la foi et l\u2019amour.Frère Charles ne recherche dans ses prières ni pensées frappantes, ni réconfort psychologique, ni formule-choc, ni succès dans son activité, mais il poursuit l\u2019unique nécessaire: l\u2019union d\u2019amour.Les textes parvenus jusqu\u2019à nous, tout en étant un précieux témoignage de l\u2019universalité de sa prière, nous décrivent l\u2019évolution de cette prière.C\u2019est dans sa prière contemplative que Frère Charles saisit la valeur et l\u2019efficacité de la vie apostolique.Le mystère de la Visitation travaille son Le silence du désert a éveillé chez Charles de Foucauld le sens de la grandeur de Dieu.Photo Nations Unies Type de Touareg.Frère Charles s\u2019est fait leur frère par l\u2019amitié et l\u2019apostolat de la bonté.Photo Nations Unies âme et l\u2019incite à aller au bout du monde pour le sauver; la volonté d\u2019être sauveur avec Jésus se place au premier rang de ses préoccupations évangéliques.Le salut de ses frères le hante et imprime à sa prière un caractère universel et missionnaire.« Nous devons tous enseigner, même les ermites, nous devons tous enseigner en obtenant du ciel pour tous les hommes des lumières intérieures par nos prières.2» Mais, disons-le, il préconisait trois moyens principaux d\u2019évangélisation: la présence silencieuse, la présence du Saint Sacrement, la prière à la dimension du monde.Le Père de Foucauld attache une grande importance à ces formes d\u2019apostolat.Dans sa correspondance et dans le règlement qu\u2019il trace à l\u2019intention des Petits Frères, à maintes reprises, il exprime, sous des formules diverses, le même principe fondamental.« En portant au sein des nations infidèles leur autel et leur tabernacle, ils (les Petits Frères) sanctifient silencieusement ces peuples, comme Jésus à Nazareth sanctifia en silence le monde pendant trente ans.3 » Chez lui adoration et apostolat sont complémentaires.Il résulte de cette harmonie un enrichissement de la vie de prière par la vie apostolique et réciproquement.Dans une lettre à l\u2019abbé Caron il explique cet apostolat auprès des Touareg: « C\u2019est d\u2019abord de mettre au milieu d\u2019eux Jésus dans le Saint Sacrement, Jésus descendant chaque jour dans le Saint Sacrifice; c\u2019est de mettre au milieu d\u2019eux une prière, la prière de l\u2019Eglise si misérable que soit celui qui l\u2019offre.de mettre les âmes en confiance, en amitié, de les apprivoiser, de s\u2019en faire si possible des amis; afin qu\u2019après ce premier défrichement, d\u2019autres puissent faire plus de bien à ces pauvres âmes.4 » Il sait que le missionnaire, celui qui atteint par sa prière les non-chrétiens en vue de les amener à la foi, noue un dialogue entre Dieu et les hommes.Cette mission de médiateur, le Père de Foucauld l\u2019assume et il désire que sa prière en soit l\u2019expression.S\u2019il prie pour les hommes, il prie aussi en leur nom.Sa prière emprunte des formes multiples: adoration, louange, contemplation, demande.« Je ne fais aucune prière pour moi seul, tout ce que je demande dans le Pater, je le demande ou pour Dieu ou pour les hommes 5.» « Dieu ne refuse rien à l\u2019oraison et II n\u2019accorde rien sans oraison, pas même l\u2019extension de son Evangile.» Frère Charles a puisé son zèle apostolique dans la prière, et plus il enracine cette prière en Jésus, missionnaire par excellence, plus il est remué jusqu\u2019au fond du cœur par la volonté d\u2019acheminer vers le Seigneur les nomades du Sahara.Le souci missionnaire occupe donc une place centrale dans sa prière et cela depuis son sacerdoce surtout en 1901.Les dernières années de sa vie, cette prière universelle guidera et commandera toute son action.Prière d\u2019une âme tendue vers l\u2019avenir et brûlée par le désir de sauver.« Vous demandez si je suis prêt à aller ailleurs qu\u2019à Béni-Abbès, pour l\u2019extension du Un \u201c petit frère \u201d en prière à l\u2019ermitage de Tamanrasset.mwu Saint Evangile?Je suis prêt pour cela à aller au bout du monde et à vivre jusqu\u2019au jugement dernier 6.» Il est donc parti toujours plus avant sur les routes du désert à la recherche des tribus abandonnées.Jésus n\u2019a-t-il pas dit: «Je vous ai choisis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure.» (Jean XV, 16) Mais Frère Charles n\u2019ignore pas que le grain de blé ne rapporte du fruit qu\u2019en mourant, et que son œuvre ne fructifiera qu\u2019après sa mort.Message au monde moderne Un message spirituel du Père de Foucauld se répercute avec intensité sur notre XXe siècle; c\u2019est cette conception renouvelée d\u2019un christianisme pleinement évangélique.Par son exemple et ses écrits, Frère Charles se situe dans la ligne du renouveau de l\u2019ère œcuménique de l\u2019Eglise.Comment donc esquisser cette figure de proue sans se rappeler qu\u2019il a vécu les valeurs évangéliques avec une vigueur et une authenticité extraordinaires.C\u2019est un maître qui conduit vers Jésus, un témoin de la fraternité universelle sur la Terre des Hommes.Loin de minimiser la vie contemplative, Frère Charles illustre les liens qui unissent contemplation et action; combien les deux sont interdépendantes.Apparemment l\u2019un des plus solitaires d\u2019entre les missionnaires suscités par l\u2019Esprit, le Père de Foucauld, au contraire, n\u2019est pas du tout seul.Au regard de sa foi il vit avec Jésus et agit pour Lui.En semant, il met son espoir dans le Seigneur qui fera germer et pousser selon l\u2019enseignement de Paul: « Moi, j\u2019ai planté, Apollos a arrosé; mais c\u2019est Dieu qui donnait la croissance.» (I Cor.III, 6) Sous le dehors d\u2019une existence sans relief, sans éclat, sans efficacité apparente, en Frère Charles coexistent le contemplatif et le missionnaire.Cinquante ans ont passé depuis la mort de Frère Charles de Jésus à Tamanrasset.Le recul des années fait découvrir, lumineuse, la route tracée par le plan de Dieu.Pas d\u2019illusion: ce n\u2019est rien de mesurer la fidélité constante du « Frère universel » en l\u2019exprimant en quelques lignes; la réalité du temps au désert a été plus rude et plus austère.Foucauld, l\u2019homme des grandes chevauchées, a réalisé par sa présence silencieuse et sa prière universelle une œuvre aux dimensions du monde, car sur la Terre des Hommes, il a été un témoin, un témoin d\u2019amour universel, le frère de tous, le « frère universel ».S\u2019il n\u2019est pas donné à tout le monde d\u2019imiter d\u2019une façon concrète ce grand « frère », il reste à w Le bordj de Tamanrasset où le \u201cfrère universel \u201d mourut seul le 1er décembre 1916.tous la possibilité de calquer sa prière dont le fondement demeure une foi forte en la présence de Jésus dans l\u2019Eucharistie et de se faire comme lui une âme accueillante, fraternelle, universelle.Références 1 Lettre à Henri de Castries, 14 août 1901.2-4.5-6 g;x> Jean-François, Itinéraire Spirituel, pp.231, 320, 190, 290.* Oeuvres Spirituelles, Anthologie, p.433.249 mue p&m PEtBUëE Un événement particulièrement joyeux pour l\u2019Eglise canadienne a marqué l\u2019année 1966: celui de l\u2019introduction à Rome de la cause de béatification de Mère Marie-Léonie, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, de Sherbrooke.Le 17 mai 1966, la Sacrée Congrégation des Rites examinait le rapport des théologiens sur les écrits de la servante de Dieu.C\u2019était la première étape du procès de béatification.Mère Marie-Léonie La vénérée fondatrice, qui reçut au baptême le nom de Virginie Alodie, est née le 12 mai 1840, à Sainte-Marguerite de Blairfindie, comté de Saint-Jean.Son père, cultivateur et meunier, se nommait Joseph Paradis sa mère Emélie Grégoire.A l\u2019âge de quatorze ans, elle entre dans la Communauté des Marianites de Sainte-Croix, de Saint-Laurent, vouée au service domestique des religieux.En 1871, on retrouve Mère Marie de « Sainte-Léonie » dans l\u2019In-diana, aux Etats-Unis.La jeune religieuse est envoyée au Collège Saint-Joseph de Memramcook, N.B., le 1er octobre 1874 pour y assurer le service domestique.A cet endroit, elle fondera la Communauté des Petites Sœurs de la Sainte-Famille reconnue comme telle le 31 mai 1880.Elle se dévoue au service des religieux de l\u2019Acadie jusqu\u2019en 1895.Cette année-là, Mgr Paul Larocque, évêque de Sherbrooke, invite Mère Marie-Léonie à établir son Institut dans la ville même de Sherbrooke.Quatre religieuses s\u2019installent à l'évêché, au mois de juillet.En octobre Mère Marie-Léonie établit son noviciat dans une maison appartenant au séminaire.La jeune Communauté bâtit le premier local pour ses religieuses en 1896.Mère Marie-Léonie meurt subitement le 3 mai 1912 à Sherbrooke.Le nombre de religieuses professes est alors de 448, celui des novices et postulantes de 187.La chère fondatrice est inhumée au cimetière Saint-Michel.La translation de ses restes mortels au cimetière de la Communauté, en 1935, a permis de constater que tous ses ossements se sont conservés intacts.L\u2019œuvre L\u2019œuvre de Mère Marie-Léonie s\u2019est développée.Les Petites Sœurs de la Sainte-Famille ont déménagé leur maison généralice rue Galt, ouest, en 1930.La Communauté compte plus de 1,000 religieuses qui se vouent au service du sacerdoce par la prière, le sacrifice et l\u2019exercice des arts domestiques dans les délégations apostoliques, les évêchés, les séminaires et les maisons dirigées par les religieux prêtres.Elles sont réparties dans 77 maisons au Canada, aux Etats-Unis, à Rome, au Honduras et au Brésil.Outre le noviciat de Sherbrooke, elles ont un noviciat à Lowell, Mass., aux Etats-Unis, et un autre à Tegucigalpa, au Honduras.Procès La recherche des écrits de la fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille a été ordonnée en novembre 1951.Le procès informatif sur la renommée de sainteté et la pratique des vertus de Mère Marie-Léonie s\u2019est ouvert à Sherbrooke le 11 février 1952.Ce tribunal a tenu 156 sessions et reçu les dépositions de 72 témoins.Le procès de non culte eut lieu en septembre 1952.Quatre cas de guérisons extraordinaires, attribuées à Mère Marie-Léonie, ont fait l\u2019objet d\u2019enquêtes canoniques.Peu de temps après, le postulateur remit à la Sacrée Congrégation des Rites les documents recueillis lors des procès et enquêtes.Le 8 octobre 1956, le pape Pie XII signait le décret d\u2019approbation des écrits de Mère Marie-Léonie lesquels sont contenus dans 11 volumes totalisant 6,000 pages.Note.\u2014 Pour tout renseignement s\u2019adresser à: Bureau de la Cause de Mère Marie-Léonie \u2014 Mont Sainte-Famille, 1820, ouest, rue Galt, Sherbrooke, Qué.250 Sœur Monique-du-Saint-Sacrement, directrice de l\u2019école supérieure Saint-François-Xavier d\u2019Aizu Waka-matsu, en congé au Canada après quinze années de service, répond aux questions d\u2019une ex-missionnaire du Japon d\u2019avant-guerre, Sœur Marie-de-la-Rédemption.Q.\t\u2014 Tout d\u2019abord.Sœur Monique, avez-vous trouvé au Japon la réalisation de vos rêves apostoliques ?R.\t\u2014 Oui et non.Non quant au mode, oui quant à la substance.Lorsque je suis partie, à vingt-six ans, je rêvais de conquêtes faciles et m\u2019imaginais trouver chez les Japonais, déçus dans leurs anciennes croyances par la défaite de 1945, une soif de vérité que la religion catholique aurait tôt fait d\u2019étancher.Mais avec les années, j\u2019ai constaté que la mentalité d\u2019un peuple ne se change pas du jour au lendemain et que d\u2019ailleurs tout un réseau de traditions et de convenances sociales emprisonnait l\u2019âme japonaise.Cependant s\u2019il est difficile d\u2019approcher les adultes, je n\u2019en ai pas moins trouvé chez la jeunesse de nbs écoles catholiques un magnifique champ d\u2019apostolat-La semence tombe dans une terre neuve, sans préjugés, ouverte au Message.Aussi, puis-je affirmer que toutes mes aspirations missionnaires ont été comblées, même si j\u2019ai dû en calmer la fougue.J\u2019ai appris, comme tant d\u2019autres missionnaires au Japon, à semer à pleine main, sans souci de statistiques, le regard tourné vers l\u2019avenir, reconnaissante des moindres symptômes divins annonçant pour plus tard une abondante moisson.Q.\t\u2014 Vous avez surtout travaillé auprès des jeunes.Parlez-moi de la vie d\u2019une étudiante à votre école de Wakamatsu.R.\t\u2014 En effet, des quinze années que j\u2019ai passées au Japon, j\u2019en ai consacré douze à la jeunesse, en particulier à Wakamatsu où nous avons un établissement couvrant de la maternelle au cours supérieur inclusivement.Près de 1,000 élèves en tout.Garçons et filles jusqu\u2019en 9e année, filles seulement en 10e, lie et 12e.D\u2019abord un mot sur le système scolaire japonais.L\u2019année scolaire commence en avril avec un mois de vacances à l\u2019été, deux semaines à l\u2019hiver et deux semaines au printemps.Il y a classe toute la matinée du samedi.L\u2019enfant entre à l\u2019école à sept ans, INTERVIEW mais un très grand nombre ont fait auparavant un, deux ou trois ans de maternelle.Le cours primaire dure six ans, le cours moyen trois et le cours supérieur également trois: en tout douze années comme ici.Mais la différence réside dans le fait que l\u2019élève monte automatiquement de classe jusqu\u2019en 9e, sans égard à sa capacité scolaire.A la fin de la 9e, il devra passer un examen de la préfecture pour être admis à l\u2019école supérieure.En 12e, il recevra automatiquement un diplôme de fin d\u2019études sans que ce papier lui ouvre les portes d\u2019un collège ou université.A cause de la fantastique population du Japon \u2014 près de 100 millions \u2014 et le nombre relativement restreint des collèges et universités (environ 300), ces examens d\u2019entrée semblent plutôt conçus pour éliminer les concurrents et comportent des difficultés imprévisibles.Dans les universités de renom, on choisit un candidat sur 30, 40 ou même 50.Cet état de choses influence beaucoup la vie des étudiantes du cours supérieur.Leurs trois dernières années sont hantées par le cauchemar des examens en perspective.Comme il ne leur suffit pas de remplir le programme du cours supérieur, elles suivent des cours supplémentaires tous les jours, et même pendant les vacances d\u2019été et d\u2019hiver pourtant déjà si courtes.C\u2019est dire que les loisirs n\u2019existent à peu près pas, bien que le programme inclue trois heures d\u2019éducation physique par semaine et une très grande variété de clubs sportifs.En classe elles sont très studieuses et réceptives.Mais à la maison la télévision nuit souvent au travail personnel à cause de l\u2019exiguïté de la plupart des logis.Leur programme d\u2019étude est tellement chargé qu\u2019elles ont à peine le temps de lire, de se mêler à des activités sociales ou artistiques, ce qui contribuerait à développer davantage leur personnalité.Elles ne manquent pas d\u2019initiative, mais leur premier souci est de s\u2019intégrer au groupe et de le suivre avec peut-être un peu trop de passivité.La Japonaise est affectueuse.Dès qu\u2019on la connaît, elle se révèle attachante et ouverte.La longue sujétion de la femme au Japon a aussi laissé chez elle un élément de docilité et de souplesse qui en font, paraît-il, l\u2019épouse idéale.On dit que pour un homme l\u2019idéal est d\u2019avoir une maison américaine, une épouse japonaise et de la nourriture chinoise! Les règlements pour les étudiantes du cours supérieur en vigueur dans tout le pays, concernant leur mise aussi bien que leur conduite en dehors de l\u2019école, sont si minutieux qu\u2019ils les maintiennent réellement jeunes, pour ne pas dire enfants, d\u2019où la grande simplicité et la fraîcheur, charme de l\u2019étudiante japonaise.Par exemple, on exige (et par on Le campus de Wakamatsu. j\u2019entends les Autorités du pays en éducation) qu\u2019elles portent les cheveux coupés courts ou nattés, jamais frisés.L\u2019usage des cosmétiques est interdit, l\u2019uniforme bleu foncé et le manteau bleu foncé de rigueur.Défense de s\u2019arrêter dans un restaurant après la classe, de fréquenter les salles de danse, de sortir le soir sans la compagnie de leurs parents.Les associations de professeurs se chargent de faire la ronde à tour de rôle pour assurer l\u2019observation des règlements.La jeune étudiante partage donc tout son temps entre l\u2019étude, le sport et la télévision: elle ne connaît guère d\u2019autres divertissements.Son cours supérieur terminé, naturellement, tous les tabous sont levés.Quant aux réactions de nos élèves devant la religion, je puis dire que j\u2019ai toujours trouvé chez elles une extrême avidité d\u2019entendre la parole de Dieu.Leur seule présence à notre école en est une preuve: alors que les écoles publiques sont gratuites ou presque, alors que l\u2019obligation où nous sommes de payer nos professeurs sans aucune aide financière du gouvernement nous empêche d\u2019en faire autant, malgré cela elles viennent à nous sachant très bien \u2014 le prospectus de l\u2019école le mentionne expressément \u2014 que l\u2019instruction religieuse leur sera dispensée.Pendant le cours de religion, elles manifestent cette faim spirituelle à laquelle Notre-Seigneur faisait allusion lorsqu\u2019il disait: « L\u2019homme ne vit pas seulement de pain.» Q.\t\u2014 Beaucoup de choses ont sans doute changé depuis la fin de la dernière guerre mondiale.Je me demande si je m'y reconnaîtrais encore?R.\t\u2014 Oh oui! aucun doute là-dessus.Surtout si vous veniez à Wakamatsu et même à Koriyama, car sauf les grands centres urbains comme Tokyo, Osaka, Kobe, où l\u2019influence américaine a pénétré, on n\u2019a pas l\u2019impression que les milieux ruraux ont tellement changé.Evidemment, des édifices modernes s\u2019élèvent un peu partout; chaque foyer utilise de plus en plus les commodités modernes; les produits étrangers ont envahi le marché, le port du kimono a tendance à disparaître; mais en général les anciennes traditions sont encore vivaces.La jeunesse toutefois montre plus de spontanéité et tend à briser les cadres anciens.Q.\t\u2014 Est-ce que l'enseignement de la religion est admis à l'école ?Comment se donne cet enseignement ?R.\t\u2014 Nous avons toute liberté d\u2019enseigner la religion dans les écoles privées.Nous en profitons pour créer une ambiance vraiment chrétienne dans nos écoles, même si la très forte majorité de nos élèves sont non-chrétiens.Il y a une heure de religion par semaine à tous les degrés du cours, de la maternelle à la 12e.En maternelle, l\u2019enfant reçoit tous les mois une revue catholique illustrée qui sert de base à un enseignement religieux approprié à son jeune âge.A partir du cours primaire, initiation à la doctrine chrétienne au moyen de manuels gradués.Lorsque nos élèves accèdent au cours supérieur, ils ont déjà une bonne idée de la religion.Nous étudions alors le catéchisme préparé par les évêques du Japon et l\u2019Evangile de saint Mathieu lequel insiste davantage sur la divinité du Christ.Après une revue du dogme et de la morale, les sacrements sont enseignés d\u2019une façon approfondie, de sorte que celles qui veulent recevoir le baptême une fois parties de l\u2019école puissent le faire sans avoir à suivre d\u2019autres cours de préparation, ce qui n\u2019est pas toujours possible et risquerait de retarder indéfiniment leur conversion.Tout l\u2019enseignement de la vérité se donne en regard de la vie pratique.L\u2019accent est mis sur la formation de la conscience et sur la formation du jugement en matière de religion et de morale.A l\u2019école supérieure, cela se fait surtout en relation avec l\u2019étude des grands courants de la pensée ancienne et moderne.Une fois par trimestre, les élèves écrivent ce qu\u2019elles pensent des cours, les questions qu\u2019elles se posent, les problèmes qu\u2019elles rencontrent.Selon les cas, une entrevue leur est accordée.Il va sans dire qu\u2019aucune pression ne s\u2019exerce pour les convertir au christianisme.Notre rôle est de répondre à l\u2019ordre du Seigneur: « Allez, enseignez.» confiant le résultat au travail de la grâce et à la liberté individuelle.Mais tout un éventail d\u2019activités religieuses contribue à créer l\u2019ambiance favorable à l\u2019éclosion de la foi: prière avant et après la classe, causerie hebdomadaire sur un thème de morale, conférence religieuse à l\u2019occasion des cérémonies du début et de la fin de chaque trimestre, visites à l\u2019église, messe dominicale pour les volontaires, retraite de finissantes, club de religion pour les non-chrétiennes, association de jeunes chrétiennes, Légion de Marie, etc.Le club de religion n\u2019a pas de programme défini.Chaque année ses membres décident elles-mêmes en quoi consisteront ses activités.Elles se réunissent une fois la semaine avec la missionnaire, et chaque réunion comprend une communication d\u2019une vingtaine de minutes, puis un forum où chacune fait connaître son point de vue, pose des questions d\u2019ordre religieux, moral ou de vie courante.A peu près tous les deux mois, les membres du club visitent les hôpitaux et orphelinats pour y amuser les enfants 253 Les nombreuses activités des élèves du cours supérieur.t i ! t l/É A 4, H^i am mm,] et distribuer des feuillets catholiques, et cela en coopération avec l\u2019association des jeunes chrétiennes.Cette dernière association est un véritable foyer d\u2019apostolat.Elle se réunit également une fois la semaine pour un forum visant à l\u2019approfondissement de la vie spirituelle et à la recherche des meilleurs moyens d\u2019apostolat auprès des non-chrétiennes.Ces jeunes se chargent de l\u2019organisation de toutes les activités religieuses scolaires et para-scolaires, sous la direction d\u2019une missionnaire: activités spéciales pour les mois de mai, juin, octobre, décembre, et pour les principales fêtes de l\u2019année liturgique, décoration des tableaux d\u2019affiches avec des sentences bibliques illustrant la vertu chrétienne proposée pour chaque mois, etc.Comme d\u2019ailleurs le club de religion, cette association se rattache à l\u2019Association des Elèves et touche sa part du budget pour ses activités propres.Mais notre apostolat ne se confine pas aux élèves: il s\u2019étend à nos quelque 50 professeurs laïcs, en majorité non-chrétiens, comme aussi aux parents de nos jeunes.Voici les moyens d\u2019approche employés avec les professeurs: entrevue mensuelle avec explication de l\u2019esprit de l\u2019école et directives concernant les exigences de l\u2019éducation chrétienne, explication des fêtes et activités religieuses, distribution de feuillets et de livres de prières, revues et ouvrages catholiques mis à leur disposition dans leur salle de rencontres, conférences par un prêtre.Quant aux parents: distribution mensuelle d\u2019un livret catholique L'Ecole et la Famille ainsi que d\u2019une série complète de feuillets donnant une idée générale de la religion, lettre mensuelle sur l\u2019esprit de l\u2019école, les fêtes religieuses du mois, les directives morales et disciplinaires données aux élèves, abonnement au journal Education Catholique pour ceux qui le désirent, causeries sur l\u2019éducation chrétienne par la directrice ou un éducateur invité lors des assemblées de l\u2019Association des Parents.Tous les mois, à un jour déterminé, l\u2019école accueille les mères des élèves: elles assistent aux cours réguliers dans la matinée pour ensuite discuter, dans l\u2019après-midi, avec les professeurs et s\u2019entretenir personnellement avec le titulaire.Quant aux pères, de semblables forums sont organisés pour eux le soir.Inutile d\u2019ajouter que les missionnaires y sont présentes et que la question religieuse entre aussi dans les échanges d\u2019idées.Q.\t\u2014 Vos élèves sont-ils imbus de l'esprit matéria-liste?Sont-ils athées?Quelle influence ont ces cours sur eux?Y a-t-il parfois des conversions?R.\t\u2014 Il faut distinguer parmi nos élèves les petits qui nous arrivent à cinq ou six ans pour étudier chez nous jusqu\u2019en 12e année et ceux qui nous viennent des écoles publiques après la 6e ou la 9e.Les premiers ne sont ni matérialistes ni athées, mais tout simplement de petits enfants à l\u2019âme neuve, à qui l\u2019on n\u2019a pas encore parlé de religion.On ne peut en dire autant des autres.Ils ont déjà subi l\u2019influence de la société païenne qui les entoure: leurs vues sont matérialistes, utilitaires et égocen-tristes.En fait de religion, ils n\u2019en professent aucune, le bouddhisme étant pour la majorité une religion nominale (une récente enquête a démontré qu\u2019au Japon 65% n\u2019ont aucune religion personnelle, bien que 72% de cette catégorie estiment la religion importante, et c\u2019est dans ce groupement que se recrutent nos élèves).Ils ignorent jusqu\u2019à l\u2019existence de Dieu et le fait même de la création, toutes choses qui nous semblent, à nous, fondamentales et capables d\u2019être perçues par la raison seule.La base de leur morale ce n\u2019est pas la loi divine, c\u2019est la coutume, la tradition, les convenances sociales, l\u2019opinion de la majorité.Pour un catholique la distinction entre le bien et le mal est claire, c\u2019est blanc ou noir; pour l\u2019élève qui nous arrive d\u2019une école publique, en fait de morale tout est gris.Les jeunes qui fréquentent notre école depuis leur enfance ne sont pas sans subir l\u2019influence de l\u2019ambiance familiale, mais chez eux celle de l\u2019école demeure primordiale.La principale et la plus sérieuse influence 'de l\u2019éducation chrétienne à l\u2019école est la formation de la conscience et le développement graduel d\u2019une mentalité chrétienne.La conscience se forme peu à peu selon les données de la morale chrétienne; la foi s\u2019infiltre dans les âmes tout doucement et comme insensiblement.Nos jeunes, sans trop s\u2019en apercevoir, finissent par penser, parler et agir comme de vrais chrétiens: sans souci d\u2019apologétique, ils entrent dans l\u2019immense famille spirituelle des enfants de Dieu.Preuve: ces grandes non encore baptisées, qui, remplissant leur formule d\u2019inscription à l\u2019université ou au Bureau de Placement, marquent à l\u2019article religion: « catholique ».D\u2019égocentristes qu\u2019elles étaient, elles s\u2019ouvrent peu à peu à la charité désintéressée et apprennent à s\u2019oublier pour les autres comme l\u2019atteste leur empressement à prendre part aux activités de bienfaisance sociale et aux collectes pour œuvres de charité.A l\u2019occasion des visites aux hôpitaux, orphelinats et hospices, elles préparent toujours de jolis programmes musicaux et apportent quantité de cadeaux dont elles ont à cœur de défrayer le coût.C\u2019est un sujet d\u2019émerveillement pour la religieuse missionnaire que de suivre le travail de la grâce dans l\u2019âme de ses élèves.Par exemple, cette nouvelle venue au cours supérieur qui fait la découverte de sa conscience et s\u2019en étonne; cette autre qui écrit à la veille de quitter l\u2019école: « La vie ne me fait pas peur; maintenant que je connais l\u2019amour du bon Dieu pour moi, il me semble impossible de dévier jamais du droit chemin.» Et cette autre non-chrétienne, en retraite de finissante: « Pourquoi n\u2019avons-nous pas de ces retraites deux fois l\u2019an! » Et combien d\u2019autres témoignages! Et cependant rares celles qui sont baptisées au cours supérieur.Pourquoi ?Il y a maintes raisons.Disons d\u2019abord que nous-mêmes préférons qu\u2019elles attendent d\u2019être lancées dans le monde de l\u2019université ou du travail où elles pourront prendre une décision plus personnelle et plus éclairée: ce qui se produit d\u2019ailleurs assez souvent.Des enquêtes dans ce sens révèlent que la presque totalité des finissantes ont acquis la foi en un Dieu créateur et aimant et savent l\u2019invoquer avec confiance.Certaines hésitent cependant à admettre la divinité du Christ et de son Eglise.D\u2019autres \u2014 et c\u2019est le grand nombre \u2014 croient tout ce que la foi catholique enseigne, ont une dévotion filiale envers Jésus et Marie, mais reculent devant les obligations du mariage chrétien qu\u2019elles prévoient impossibles à observer avec un époux non chrétien; d\u2019autres encore seraient prêtes à se soumettre à toute la morale chrétienne mais ne peuvent se résoudre à l\u2019isolement spirituel dans lequel les plongerait leur conversion.Comment ne pas faire le parallèle avec tant de jeunes filles catholiques qui reconnaissent la beauté de la vie religieuse, s\u2019y sentent appelées et pourtant n\u2019ont pas le courage de consentir les sacrifices nécessaires?256 Ras/1 rV/JiLi fl AÈ.Art oratoire et ait culinaire figurent au programme du cours intermédiaire.m m Wï&i -Ni'-'1' L'habilité des \u201c judokas \" de l\u2019intermédiaire leur mérite chaque année de merveilleux trophées.mi \u2019 'i Enfin un certain nombre désirent le baptême mais leurs parents s\u2019y opposent par crainte d\u2019avoir de la difficulté à les marier.Lorsque ces jeunes quittent leur famille pour continuer leurs études ou travailler dans la capitale, elles deviennent plus indépendantes et obtiennent parfois la permission déjà refusée.C\u2019est ce qui explique que, depuis la première promotion de finissantes de notre école supérieure il y a cinq ans, 10% de nos diplômées sont devenues chrétiennes.Je n\u2019ai pas dit seulement 10%, parce que si l\u2019on considère que sur 100 millions d\u2019habitants au Japon il y a 350,000 catholiques et que par ailleurs on sait l\u2019instinct de solidarité de ce peuple insulaire, on réalise que chacune de ces conversions s\u2019avère un acte héroïque et un précieux jalon pour l\u2019avenir.Même si le milieu familial encore si fortement attaché aux convenances sociales et aux traditions ancestrales interdit à la majorité de nos grandes de devenir chrétiennes, lorsqu\u2019elles-mêmes seront à la tête d\u2019un foyer, il n\u2019y a aucun doute qu\u2019elles verront à procurer une éducation catholique à leurs enfants et leur accorderont facilement l\u2019autorisation de recevoir le baptême.L\u2019apostolat au Japon est donc une œuvre de longue haleine.En travaillant à la formation d\u2019une mentalité chrétienne dans une école catholique ne saurait tenir ce lan-\t* gage.Vraiment à vin nouveau, outres neuves! Il me semble que vue la pénurie actuelle de missionnaires au Japon: 2,487 pour 100 millions d\u2019âmes (quant au clergé autochtone il ne compte que 648 prêtres, religieux et frères, et 4,780 religieuses, contemplatives en grande partie), il importe de choisir les moyens d\u2019apostolat qui ont le plus de rayonnement et le plus d\u2019influence sur l\u2019ensemble de la nation.L\u2019école catholique qui permet à un nombre restreint de missionnaires de communiquer le Message à un très grand nombre de jeunes ainsi qu\u2019à leurs familles, me paraît donc être le meilleur moyen d\u2019apostolat direct, à l\u2019heure actuelle.A l\u2019école de Wakamatsu, par exemple, nous ne sommes que six missionnaires et pourtant, depuis près de vingt ans, des centaines et des centaines d\u2019élèves y ont appris l\u2019amour de Dieu.chez nos jeunes et en les habituant à obéir aux données de leur conscience, nous avons la ferme assurance que, dans une génération ou deux, le terrain sera prêt pour la moisson.Nous n\u2019avons pas de belles statistiques à présenter parce que le Japon est encore à une période de pré-évangélisation, c\u2019est-à-dire qu\u2019il n\u2019est pas encore prêt à accepter intégralement le message chrétien, et cela pour avoir été trop longtemps refermé sur lui-même et sa propre conception de la vie.On se croirait aux premiers temps du christianisme où une poignée d\u2019apôtres et de chrétiens essayaient de pénétrer l\u2019antique Rome païenne.Mais le ferment divin agit surtout dans l\u2019âme des jeunes des écoles catholiques, et le jour viendra où toute la pâte lèvera.Q.\t\u2014 Croyez-vous que les œuvres d'éducation soient plus importantes au Japon que les œuvres sociales ?R.\t\u2014 Pour répondre adéquatement à une telle question il me faudrait être à la fois missiologue et sociologue.Comme je ne suis ni l\u2019un ni l\u2019autre, je me contenterai d\u2019émettre une opinion personnelle.Oui, je crois sincèrement que les œuvres d\u2019éducation sont plus importantes au Japon parce que ce pays n\u2019est pas un pays sous-développé; il a une culture très avancée et, au point de vue économique, est en progrès continuel; de plus en plus il est en mesure de pourvoir à tous les services sociaux nécessaires.Bien sûr, il y a place au Japon pour les œuvres sociales comme dans n\u2019importe quel pays riche.Mais il me semble que la seule chose que nous ayons à donner au Japon soit la foi catholique qui réunit des milliers de jeunes au cœur neuf, avides de recevoir et de donner.Les œuvres sociales aident certainement à contacter les adultes, mais il reste qu\u2019il est plus facile de faire monter quelqu\u2019un dans un bon train que d\u2019en persuader un autre, bien installé dans le sien, qu\u2019il fait fausse route, surtout quand la majorité l\u2019accompagne! Ce que confirme le relevé fait par le Père Hellweg, S.J., président du Comité d\u2019Education Catholique au Japon.D\u2019après son enquête de 1964, 70% des catéchumènes japonais le sont grâce à l\u2019influence directe ou indirecte de l\u2019école catholique.Non seulement l\u2019école catholique permet un enseignement systématique de la religion et une lente maturation de la foi, mais elle fournit aussi les cadres nécessaires à l\u2019apprentissage de la vie chrétienne et développe chez les jeunes des habitudes morales qu\u2019un simple cours de préparation au baptême donné à l\u2019occasion des œuvres sociales ne saurait remplacer.Un prêtre japonais avouait un jour: « Nous qui avons reçu, adultes, la foi, nous nous sentons toujours dans notre nouvelle religion comme dans un manteau neuf.» Un enfant qui a grandi L\u2019école catholique prépare l\u2019élite de la nation, ceux-là qui, dans quelques années, formeront la pensée du peuple japonais et conduiront son destin; ceux qui feront les lois, siégeront au Ministère de l\u2019Education, rédigeront les livres et manuels scolaires; celles-là aussi qui seront l\u2019âme du foyer.Déjà l\u2019influence chrétienne se fait sentir au Bureau National de l\u2019Education qui vient de publier deux manuels de morale destinés à toutes les écoles primaires et secondaires du pays, et dans lesquels on perçoit l\u2019inspiration chrétienne.Dans la fonction publique, on compte plusieurs personnalités catholiques comme M.Tanaka, juge de la Cour Suprême, et que dire de l\u2019influence, dans la famille impériale, de la princesse Michiko qui a étudié chez les Sœurs du Sacré-Cœur, à Tokyo! Pour toutes ces raisons, je crois que les œuvres d\u2019éducation au Japon promettent davantage que les œuvres sociales, même si elles n\u2019offrent pas des résultats immédiats brillants en termes de statistiques.Des cadres sociaux rendent encore le baptême difficile, mais à mesure que les jeunes sortis des écoles catholiques se mêlent à la pâte, tout doucement la mentalité de la nation change, et c\u2019est là l\u2019espoir des missionnaires.R.\u2014 Je pense que c\u2019est un apostolat très louable.Je m\u2019en suis moi-même occupée les trois années que j\u2019ai vécues à Koriyama.Je visitais régulièrement un hôpital général et un sana pour les tuberculeux.A l\u2019hôpital général, la clientèle est trop mouvante pour que notre apostolat ait une Q.\u2014 Que pensez-vous des visites faites aux malades des hôpitaux et des hospices?259 Les benjamins ne sont pas les moins intéressants, Wmm *j i t1; £ & \" ¦ - ¦P - îif : 11 'fÊM mm Tous les mois, à un jour déterminé, l\u2019école accueille les mères des élèves.répercussion durable; au sana, où les patients séjournent longtemps, un enseignement suivi est possible et on a le bonheur de les préparer au baptême.J\u2019en ai moi-même ondoyé plusieurs.La souffrance, qui leur fait toucher leur impuissance, les trouve tout prêt à s\u2019appuyer sur Dieu.J\u2019ai fait quelques visites dans les hospices avec les élèves et j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il est presque trop tard pour annoncer la Bonne Nouvelle à ces vieillards, bouddhistes fervents en général.Quoi qu\u2019il en soit, ce genre d\u2019apostolat n\u2019est pas le moyen idéal pour bâtir l\u2019Eglise.C\u2019est un apos- v« v.-*wr. ' au» ^ r La visite des malades et des vieillards complète l\u2019éventail des activités de l\u2019école de Wakamatsu.I i I tolat non négligeable mais qui, en cas de choix, devrait, ce me semble, toujours céder la place à l\u2019éducation catholique et aux autres formes d\u2019apostolat direct s\u2019adressant à ceux qui bâtiront l\u2019avenir de la nation.Q.\t\u2014 Dernière question.On entend dire souvent que le Japon étant relativement un pays riche, ses missionnaires ont moins besoin d'aide pécuniaire que ceux des autres pays.Est-ce exact ?R.\t\u2014 C\u2019est une étrange confusion.Ils en ont un tout aussi grand besoin quoique pour d\u2019autres fins.Pour riche que puisse être le Japon, il n\u2019en subventionne pas pour autant les écoles privées et, lorsqu\u2019on songe aux exigences de ce pays en matière d\u2019éducation, on comprend aisément l\u2019extrême besoin qu\u2019ont les missionnaires d\u2019être aidés par leurs compatriotes pour soutenir les écoles catholiques.Il faut non seulement maintenir l\u2019école catholique au même niveau que l\u2019école publique au point de vue édifice et équipement, mais pour s\u2019assurer un personnel enseignant bien qualifié, on se doit d\u2019offrir les mêmes salaires que dans le secteur public.Par contre, les écoles publiques jouissent de la gratuité scolaire, on ne peut trop élever les frais de scolarité, au risque de réduire le nombre des enfants qui viendraient à nous.Pris dans ce dilemme, les missionnaires du Japon fournissent un travail de géants, se privent souvent même du nécessaire personnel, pour tâcher d\u2019équilibrer le budget de leurs écoles.Les belles façades des écoles catholiques au Japon cachent plus d\u2019héroïsme qu\u2019on ne saurait l\u2019imaginer.J * t?© -\tr\t¦ -ï s msm SSjffeSfe 263 GRAND CONCOURS D\u2019ABONNEMENTS Lisez et faites lire |_E PRECURSEUR 4 PHttDUDGi \"Tri: mm.V'\" ¦ ^ fy ^ .4M ¦ O 'ar.f' \\ CETTE REVUE \u2022\tContribue à développer Fes-prit missionnaire \u2022\tAide à mieux comprendre les hommes sur la Terre des Hommes \u2022\tBref, apporte détente, culture et rend présente la mission d\u2019aujourd\u2019ui Acceptez de faire MONTER la COURBE de nos ABONNÉS I ) Vous voulez participer h notre concours d'abonnements au PRECURSEUR et gagner un prix ?1er prix: une descente de lit en peau de lama (Bolivie).2e prix: une magnifique robe de chambre pour homme en soie chinoise (Hong Kong).3e prix: une assiette décorative incrustée de nacre.CONDITIONS: Trouver 1 nouvel abonné vous donne 1 chance.10 nouveaux abonnés.10 chances.TIRAGE: le 1er mai 1967.Qui ne peut recueillir HI un abonnement nouveau?Offrez Le PRECURSEUR comme cadeau d\u2019anniversaire.(Prix de l\u2019abonnement indiqué en première page) fUtMM\" ¦% ik- gsaSpîwS*! BULLETIN D\u2019ABONNEMENT Nom du nouvel abonné .Adresse.souscrit ou offert par : .Le PRÉCURSEUR 2900 Chemin Sainte-Catherine, Montréal 26/ Le PRECURSEUR compte sur votre amitié et vous dit MERCI. JAPON Le feu purificateur.i TV 'y^ikX' Coutumes du dernier de Tan Le feu a toujours joué un rôle important comme élément de purification dans le rituel shintoïste.En certaines parties du Japon, il donne encore lieu à des festivals colorés.L\u2019un d\u2019entre eux, le plus typique peut-être, se nomme kagaribi, feu de joie, et se déroule la veille du jour de l\u2019an sur la place des temples ou des institutions publiques.Le 31 décembre, l\u2019on y empile très haut les fagots qui seront brûlés la nuit venue.Un prêtre du shintoïsme encercle chaque monticule avec la shimenawa ou corde sacrée faite de fibre de mûrier.A cette corde pendent des bandes de papier blanc contenant des prières.Ces objets possèdent également une vertu purificatrice d\u2019après le culte shinto.Lorsque le feu s\u2019attaque aux fagots, les spectateurs éclatent en cris de joie, car la ville et ses habitants se trouvent débarrassés de toutes leurs fautes de l\u2019année.Après le kagaribi, on visite un temple shinto pour demander les bénédictions des dieux sur l\u2019année qui s\u2019ouvre.A l\u2019entrée les visiteurs frappent le gong et saluent les esprits des héros de la nation honorés en ce lieu.En repartant ils jettent, pour la bonne fortune, des pièces de monnaie dans une grande boîte placée devant un autel.A l\u2019extérieur, de chaque côté de la cour, il y a des kiosques où les parents achètent des douceurs et des jouets pour les tout-petits.Le jouet favori de cette période de l\u2019année est une sorte de poupée sans jambes qui berce sur sa base et ne perd jamais l\u2019équilibre.Quelque chose d\u2019analogue au poussah de notre enfance.Elle représente un moine bouddhiste légendaire qui demeura si longtemps, dit-on, à méditer sur le néant que ses jambes s\u2019atrophièrent.On fait cadeau du daruma aux enfants comme symbole de courage et de persévérance afin qu\u2019ils se souviennent de se relever fiers et droits aussi souvent qu\u2019ils auront été abattus par les coups de la vie.Le daruma illustre ce vieil adage du Japon: « Si vous tombez sept fois, relevez-vous huit fois.» Une autre coutume japonaise du dernier jour consiste à manger le soba ou nouilles pour achever heureusement l\u2019année.Certains restaurants servent un plat particulier de nouilles appelé kake, nom tiré de la sauce versée bouillante sur les nouilles.Kake a le sens de verser et aussi celui de dette.Les hommes d\u2019affaires associent les deux significations et, tout en mangeant des nouilles, souhaitent que leurs dettes soient dévorées ou annulées.Tous les businessmen ne peuvent se régaler des nouilles du dernier jour de l\u2019année, car pour ceux qui n\u2019ont pas été capables d\u2019acquitter leurs comptes avant minuit, omisoka (nom du dernier jour) rend un son fatal.La tactique courante dans ces cas, c\u2019est de disparaître élégamment de la scène quelques jours avant le 31 décembre.A ses créanciers, on répond que l\u2019absent reviendra bientôt pour régler ses dettes.Sœur Joseph-de-la-Sainte-Famille, m.i.c.266 Bienvenue à Tannée nouvelle!\tL\u2019enfant et son \u201c daruma \u201d (dieu du bonheur).J.#v -K'X (I I La monnaie de la bonne chance jetée à l\u2019entrée du temple.,~U ir-\" h L\u2019entrée de la maison décorée des dieux du bonheur et de sentences de vœux.WWSË ' Quand vient le nouvel an chinois par Sœur Thérèse LeBlanc, m.i.c.En Chine, le nouvel An lunaire constitue l\u2019apogée des festivités de l\u2019année, et sa vigile, le jour le plus mouvementé pour la ménagère.En effet, elle doit prévoir pour les trois ou quatre jours de célébration.Les repas exigent une préparation minutieuse, car durant ces fêtes on s\u2019interdit l\u2019usage du couteau ou de tout ustensile tranchant: le bonheur de la famille en dépend.Comme les occidentaux le peuple chinois souligne ces réjouissances par des échanges de cadeaux joliment enrubannés.Mais le choix des étrennes n\u2019est pas sans importance.Jugeons plutôt.Offrir une horloge devient une prédiction néfaste.Dans le dialecte cantonais les mots « horloge » et « fin » ont la même prononciation; l\u2019expression « donner une horloge » peut s\u2019interpréter par « prévoir la fin », synonyme donc de souhaiter la mort.De même on doit s\u2019abstenir de choisir une paire de chaussures pour en faire un présent en la saison de l\u2019an nouveau, parce que l\u2019intonation du mot « chaussure », dans le dialecte, ressemble à un « soupir de désespoir ».triste sentiment à l\u2019aube d\u2019une année, n\u2019est-ce pas ?Les cadeaux les plus populaires sont toujours les mets délicieux.Cependant les enfants reçoivent comme étrennes le lai tsi monnaie de bonheur; l\u2019argent est inséré dans une enveloppe rouge sur laquelle se lisent, en caractères dorés, des souhaits heureux.Le rouge, symbole de la joie, domine aussi dans les décorations.Jusqu\u2019au puits de la cour qui est habillé de banderoles multicolores, soit par reconnaissance pour l\u2019abondance d\u2019eau limpide dont les « esprits bienfaisants » ont gratifié l\u2019année écoulée, soit par sollicitation pour l\u2019an qui vient.Mais, ces décorations coloriées servent surtout de scellés.les esprits préposés à la garde de l\u2019eau n\u2019ont-ils pas droit, eux aussi, à un congé à l\u2019occasion de l\u2019an neuf?La ménagère le sait bien, elle qui en a puisé une importante provision la veille de la fête.268 Des pétards saluent le passage d\u2019une année à l\u2019autre.Tout a une signification bien particulière en ces jours: les plantes, les arbustes et les fleurs.Quelle promesse pour l\u2019avenir quand une fleur s\u2019épanouit dans un foyer au renouvellement de l\u2019année! De multiples devises, appropriées à chaque famille et se détachant sur des oriflammes rouges, décorent la cour.Ainsi l\u2019établissement du marchand portera: « Succès en affaire », « Acquisition de richesses ».Le vendeur exprimera le désir « Que les clients soient nombreux durant l\u2019année qui vient ».Dans le nord de la Chine, les maximes préférées sont: « Dix mille générations », « Postérité sans nombre », tandis que Hong Kong exploite surtout le thème « bonheur » : « Que les Puissances célestes vous comblent de bonheur ».La fin d\u2019une année se couronne par des salves de pétards et des feux de branches de pins.Honneur est ensuite rendu aux tablettes des ancêtres de l\u2019autel domestique, puis tous les membres de la famille participent au banquet préparé pour la circonstance.269 HINCHE, HAITI UN NOEL SELON JEAN XXIII par Sœur Jeanne-d'Arc Nolin, m.i.c.Noël 1965 à Hinche, ville de l\u2019Artibonite, a revêtu pour les étudiants et les étudiantes du lycée Dumarsais-Estimé une expression de charité plus profonde que tous les Noëls précédents.Cela a débuté au cercle de Culture Biblique à l\u2019occasion d\u2019une catéchèse sur le « Mystère de Noël ».Cette phrase-antienne: « la Nativité, leçon de renoncement qui est prélude à la joie », les a bouleversés, et ensemble ils ont cherché à traduire en acte cet enseignement.Je leur apportai une première suggestion: « Pourquoi ne pas imiter le geste accompli par Jean XXIII le jour de Noël 1958, et visiter les détenus de la prison de Hinche ?Avec quelques cadeaux on leur apporterait un peu de lumière et de bonté, d\u2019amour et de fraternité.» Acceptée avec enthousiasme cette proposition présentait deux inquiétudes au départ: \u2014 Quelle signification cette journée aurait-elle pour ces détenus: un moment de malaise et de gêne ou bien cet instant de grâce: la redécouverte du sens de Noël, « Dieu, Sauveur » ?\u2014 Comment faire participer ces hommes, selon leur possibilité, pour que ce ne soit pas l\u2019affaire seulement des étudiants mais aussi la leur ?En se servant des principes de catéchèse, les étudiants tracèrent les grandes lignes d\u2019un plan d\u2019exécution.Il fallait d\u2019abord obtenir la permission des autorités militaires.Je m\u2019en chargeai.« Vous avez pensé aux plus déshérités », fut la réponse du colonel.Le dimanche suivant des volontaires déterminaient à chaque groupe une part de.responsabilité: aux filles revenaient l\u2019achat des pois, du riz, de la canne à sucre, et aux garçons, le soin de choisir les chants de Noël avec les détenus et préparer les répétitions.Disons-le tout de suite, ces chœurs connus de tous ont créé une atmosphère de détente et d\u2019union qui dissipa toute gêne et tout malaise.Le 25 après-midi vers quatre heures, une énorme brouette poussée par les garçons transportait deux gros chaudrons de pois et de riz.Grâce aux cotisations recueillies, à part ce bon dîner chaud on distribua à chacun un morceau de savon et dix centimes.Alignés à l\u2019intérieur de la cour, trente hommes entonnèrent avec les étudiants l\u2019annonce d\u2019une heureuse nouvelle: « Il est né le Divin Enfant ».A plusieurs ce cantique rappelait des souvenirs à la fois doux et amers.270 I ^ I Joie rayonnante du départ en ^inoubliable Noël 1965.Participant à cette joie, Sœur Jeanne-d\u2019Arc Noljn.¦Z jk \u2019¦\u2019¦\u2018i-ï W\\\" 271 tr \u2022 /.CoujS de main des villageois polir le transport des précieuses denrées, Sœur Marguerite Maltais prête son concours.^ V Après les quelques mots adressés aux détenus, les étudiantes préparèrent les tables pour le repas de fête.Pendant qu\u2019elles distribuaient les portions, les étudiants chantaient.La parole étonnante du Christ: « J\u2019avais faim et vous m\u2019avez donné à manger, j\u2019étais en prison et vous m\u2019avez visité » était dans la mémoire de ces jeunes, et leur premier sentiment fut celui de la joie.Voilà des mots qui s\u2019appliquaient à eux, et cela sans qu\u2019il soit besoin d\u2019en faire aucune interprétation.Mais ils savaient que ces mots avaient aussi leurs exigences car ils leur demandaient ni plus ni moins que de trouver le Seigneur dans la personne de ceux qu\u2019ils visitaient.La Nativité, leçon de renoncement, prélude à Fa joie: les étudiants et les étudiantes du lycée Dumar-sais-Estimé en faisaient aujourd\u2019hui une expérience concrète.Durant toute l\u2019octave de Noël, ce geste fut répété d\u2019abord par les légionnaires puis par les femmes du præsidium Cœur Immaculé de Marie.Ainsi une catéchèse sur le « Mystère de Noël » a préparé ces jeunes à reconnaître dans ces détenus un frère du Verbe de Dieu venu dans la chair, un être aimé avec tout le sérieux de ce même Dieu.De joyeuses étudiantes du lycée Dumarsais-Estimé.f.üfflTbrouette tralïSfforte le chaudrons de \u201c pois et riz.'ÆM t V Influence du christianisme sur la musique philippine Auteur de plusieurs oeuvres musicales et doyenne de la Faculté de Musique du Collège Sainte-Marie de Quezon city, LP., Sœur Maria Rosalina Abajo affirme qu'on ne saurait trop estimer l\u2019influence du christianisme sur la musique philippine.En effet, grâce à cette influence, les talents locaux ont vu s\u2019ouvrir de nouvelles perspectives au goût et à la technique; ils ont également découvert des valeurs spirituelles plus profondes.par Sœur Maria-Rosalina Abajo, r.v.m.Iles géographiquement rattachées à l\u2019Asie, les Philippines ont néanmoins reçu pendant les quatre derniers siècles l\u2019expression et le style de la musique occidentale.Mais dire que la musique orientale s\u2019est retirée des Iles, c\u2019est ignorer des efforts sérieux et persévérants pour conserver, vivant et vigoureux, son caractère distinctif.Toutefois le rôle des missionnaires chrétiens arrivés avec les aventuriers d\u2019Espagne fut prédominant dans l\u2019éducation musicale des Philippins.Bien qu\u2019alimentée par des courants divers, notre culture musicale porte la marque de la tradition espagnole.Courants divers Par son histoire l\u2019Espagne se trouve en contact avec la France, l\u2019Autriche et l\u2019Allemagne.Aussi nous transmit-elle l\u2019expression et le style de ces pays considérés à bon droit comme le berceau de la musique occidentale.Encore aujourd\u2019hui la plupart des Philippins cultivés préfèrent cette musique venue de l\u2019ouest; très peu de cette génération, aussi bien que des générations antérieures, goûtent la mélodie typiquement orientale.Par musique orientale on entend la musique chinoise, vietnamienne, indienne, et celle d\u2019autres pays asiatiques.Basée sur la gamme pentatonique, avec instruments à percussion, cette musique diffère totalement de ce qu\u2019on appelle la mélodie philippine.L\u2019échelle européenne diatonique rompt la monotonie des thèmes tout en sauvegardant les modulations plaintives de la gamme à cinq tons de l\u2019Orient.C\u2019est sans contredit grâce à l\u2019intervention des missionnaires chrétiens si notre musique présente aujourd\u2019hui un caractère plus mélodique que rythmique.273 \\/\\ -\t» a a a \u2022 a ^ î.i*W?e®^4\u201c-IlCli mMh « VM^\u2019j i'.vrfli] Milt mmli'lll.i 'tlulmlHi! Sr Abejo dirige la maîtrise du collège St.Mary\u2019s et l\u2019orchestre symphonique de ManiHp.Musique vernaculaire Avons-nous une musique distinctive?Certains prétendent que non, ce qui n\u2019est pas tout à fait juste.Admettons que, dans le passé, on l\u2019ait reléguée au second plan, il reste qu\u2019une musique vernaculaire existe.Parmi les musiciens du pays qui travaillent à une recherche sérieuse sur la musique philippine figurent au tout premier rang le Dr Antonio J.Molina et le professeur José Maceda.Dans son ouvrage Music of the Non-Christian Tribe, le Dr Molina énumère pas moins de cinquante-cinq instruments primitifs que l\u2019on retrouve chez les aborigènes refoulés dans les repaires montagneux de l\u2019intérieur et les régions isolées des Philippines.Et le professeur Maceda dans Music and Contemporary Aesthetics {Cultural Foundation s Philippine Life) remarque: « Dans les légendes, les chants et les berceuses on rencontre de longs traits, des trémolos ou mordants, et des ornements en notes de valeur courte.Le rythme est franc, parfois métrique.Si on emploie les paroles du Coran, alors on se rapproche de la musique d\u2019expression arabe; mais avec l\u2019usage du dialecte, la gamme pentatonique domine.» Nous le constatons, les découvertes du professeur Maceda et du Docteur Molina ont mis en relief les analogies qui existent entre notre structure mélodique et la musique indienne, les orchestres à percussion de Birmanie et des pays voisins.Les missionnaires et la musique Les apôtres chrétiens arrivés avec les colonisateurs espagnols avaient une mission à remplir: transmettre au peuple philippin le message de l\u2019Evangile.Pleinement conscients du rôle important de la musique dans la vie religieuse du peuple, les missionnaires s\u2019en servirent donc pour le dégager de ses pratiques superstitieuses et le disposer ensuite à accueillir la foi chrétienne.Au point de vue de la méthode, l\u2019évangélisation apparaît plus séduisante par la musique.274 L\u2019orchestre symphonique de Manille.Evidemment, ces messagers originaires d\u2019Europe apportèrent avec eux leur musique occidentale.C\u2019est alors que les Philippins entrèrent en contact avec Orlandus, Lassus, Palestrina, de Victoria et d\u2019autres praticiens de la polyphonie sacrée, et en même temps avec cette forme de prière supérieure: la messe chantée.Tandis que les augustins introduisaient un riche répertoire de chants, les bénédictins mettaient l\u2019accent sur le chant grégorien.Les Pères eux-mêmes enseignaient le solfège à leurs paroissiens, voulant ainsi les préparer à une participation active aux offices liturgiques.Les Philippins apprirent ainsi les gammes diatoniques majeures et mineures et peu à peu négligèrent le Pelog et le Slendro.A cette époque le kulintangan, le kudiapi, la guitare et les autres instruments populaires disparaissaient pour céder la place à l\u2019harmonium.Il convient de mentionner ici le fameux orgue de bambou de Las Pinas inventé par le P.Diego Serra.Cet orgue compte 950 tuyaux de bambou et 22 jeux, 43 tuyaux par registre et 12 pédales.Pour rehausser le chant de la messe et des hymnes, divers instruments furent adoptés.De là, aux Philippines, l\u2019origine de l\u2019orchestre et de la fanfare.En 1601, les augustins de Lilio, Laguna, constituèrent leur propre orchestre.En 1643, le P.Juan Torres importait d\u2019Espagne des instruments de musique et contribuait à l\u2019organisation d\u2019un autre orchestre à Manille.Citons aussi l\u2019orchestre formé en 1870 par le P.Toribio Varas et dirigé par Marcelo Adonay.Le P.Manuel Arastegui devait en prendre plus tard la direction.Pour accompagner les chœurs pendant les cérémonies liturgiques, la cathédrale de Manille possédait son orchestre sous la direction du Maestro Bias Echgoyan.Enfin en 1893, le P.Capriano Gonzales, franciscain, lançait le Circulo Musical dans le but de faire Après le concert, Sr Marie-Alber-tine, m.i.c.félicite chaleureusement Sr Maria-Rosalina A-bejo.connaître la musique européenne.Bonifacio Abdon était le plus jeune violoniste du groupe.Comme on peut le voir, de l\u2019apparition du christianisme au pays jusqu\u2019au Motu Proprio de saint Pie X, les messes paroissiales étaient accompagnées de l\u2019orchestre et même assez souvent de la fanfare.Quantité d\u2019autres faits démontrent l\u2019apport de la tradition chrétienne à notre culture musicale.Signalons entre autres deux exemples frappants: Noël et le Vendredi Saint.En effet, c\u2019est surtout dans les chants de Noël et dans le pabasa plaintif que s\u2019inscrit cette tradition.L\u2019histoire de la Nativité et le récit de la Passion furent très vite popularisés.Celui qui voyage de Manille à Baguio en ces temps forts de l\u2019année liturgique touche du doigt l\u2019influence que le christianisme a exercé sur la musique philippine.Aujourd\u2019hui En passant du régime espagnol au régime américain, la musique populaire se modifia à son tour.Non sans raison on attribue ce changement à la multiplication des tourne-disques et de toute musique enregistrée.Inspirées par les films d\u2019Hollywood, ces œuvres en musique syncopée apparurent aux programmes des music-halls philippins.Pour ce qui est de la formation musicale des jeunes, le système d\u2019enseignement des missionnaires espagnols s\u2019adapta à la formule de l\u2019école de musique ou conservatoire, d\u2019après le système reconnu de l\u2019Ecole publique.Le collège Sainte-Scholastique établit le premier son conservatoire en 1908.L\u2019Université des Philippines suivit en 1916.Ainsi les collèges et les universités catholiques se posèrent en champion de l\u2019éducation musicale.Remarquons que les Philippines possèdent maintenant des compositeurs célèbres, auteurs de symphonies, sonates et chants dans tous les styles: baroque, classique, romantique, impressionniste ou néo-classique.De plus, les musiciens philippins fouillent le passé et font revivre les mélodies anciennes indigènes non plus dans leur simplicité première mais ornées de l\u2019harmonie contemporaine.Plus récemment, dans un esprit œcuménique, les prières de la messe furent chantées en langue vivante sur une mélodie indigène.La fusion des styles asiatiques et européens caractérise la musique philippine actuelle.Bien qu\u2019on puisse affirmer que le jazz américain, le flamenco espagnol, la sérénade italienne et un mélange de classiques européens aient conquis les adolescents, il est incontestable que les œuvres de la plus haute forme de nos auteurs locaux gagnent de plus en plus la faveur du public.Triple aspect L\u2019influence du christianisme sur la musique philippine saute aux yeux.Ne nous serait-il pas permis de comparer le développement et le progrès de notre musique aux trois mouvements de la sonate, le message chrétien correspondant à son inspiration et à sa coda?Le christianisme a donc accentué trois aspects de la musique philippine: il lui a ouvert de nouvelles perspectives artistiques et techniques; il l\u2019a enrichie de valeurs spirituelles profondes.276 Les tailleurs de pierre à Sainte-Thérèse-de-Mahj h \u20ac i ANTSIRABE, MADAGASCAR « Les tailleurs de pierre arriveront jeudi.» Le Père Curé laisse échapper ces mots qui traduisent ses préoccupations de l\u2019heure.Pour ma part, ces termes « tailleurs de pierre » évoquent quelques bons moments de mes années d\u2019études: « L\u2019Annonce faite à Marie » de Paul Claudel.« Tailleur de pierre », le vaillant Pierre de Craon l\u2019était au Moyen Age.Je n\u2019en ai pas connu d\u2019autres! Il me fallait venir à Madagascar pour en rencontrer.Mais les tailleurs de pierre convoqués pour jeudi n\u2019entreront pas en compétition comme leurs illustres ancêtres dans le métier, ces bâtisseurs de cathédrales.277 « Puisque le saint Concile se propose de faire progresser la vie chrétienne.il estime qu\u2019il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la Restauration et au Progrès de la liturgie », lit-on dès les premières lignes de la Constitution sur la liturgie.Les échos de Vatican II ont donc fait éclater les rochers de Soamiakatra.Dans le présent contexte, Soamiakatra reçoit une signification à laquelle n\u2019avaient sûrement pas songé les anciens.Soa signifie le Bien; miakatra, c\u2019est le verbe monter.De la montagne appelée « Le Bien-qui-monte » va descendre vers les hommes de la plaine le matériau précieux pour la « restauration » du sanctuaire et le « progrès de la liturgie » à Sainte-Thérèse-de-Maha-zoarivo.Un chantier de taille de pierre s\u2019érige sur le terrain passant, tout près de notre école.Cette première opération met déjà en alerte le voisinage.D\u2019un lourd camion stationné, une imposante équipe effectue, à bout de bras, le déchargement des pièces transportables.A l\u2019unanimité, les observateurs taciturnes s\u2019interrogent: comment retirera-t-on les derniers blocs énormes de ce véhicule qui semble ignorer le principe de la bascule?Bientôt de ma classe, à intervalles réguliers, j\u2019entends les voix rythmées des camionneurs: « Oooooh! up! Oooooh! up! » Distraction inédite pour les élèves pendant quelque temps.puis, on poursuit le travail à cette cadence qui dure.et finit par exciter la curiosité.Quatre heures marque la délivrance souhaitée.Depuis une demi-heure, les travailleurs outillés de tronçons rudimentaires s\u2019attaquent à une masse qu\u2019on dirait inamovible; le bloc calcaire n\u2019avancera qu\u2019après un effort inouï de forces musculaires conjuguées.Au petit matin du jeudi, cinq hommes considèrent l\u2019amas insolite de pierres.En moi-même surgit le rappel des « tailleurs de pierre ».mais je me garde « Les étapes qui ont marqué l\u2019installation du maître=autel.1 = Le chantier où les tailleurs de pierre s\u2019attaquent aux bien d\u2019associer mes concepts à ces quelques passants, curieux anonymes sans doute! Sept heures trente; le même groupe me salue alors que je me dirige vers l\u2019école.Encore aucun indice certain.Des tailleurs de pierre.ce doit être des artistes tellement reconnaissables à leur style, m\u2019avait suggéré mon imagination.A partir de cela, j\u2019avais construit l\u2019image précise d\u2019un type de « professionnels » assez extraordinaire avec un feu sacré dans le regard.A la récréation de la matinée, c\u2019est bien cela! Ceux en qui j\u2019avais refusé de reconnaître les fameux tailleurs de pierre s\u2019attaquent bel et bien aux masses informes.Déjà sous leur motion experte, le burin joyeux répond au marteau.Dix fois le jour, je suis passée sur le chantier pendant la quinzaine qu\u2019ont duré les travaux.Le matin, les hommes chauffaient à blanc les burins épointés, puis les reforgeaient à leur gré sur une enclume improvisée.A midi, le plus jeune apprenti voyait sur place à la cuisson du riz, et le repas frugal partagé, on se remettait à l\u2019œuvre.Le soir, la cloche de quatre heures donnait congé à l\u2019équipe.Mes allées et venues m\u2019ont rendu familier le battement du marteau mû par le cœur du maître d\u2019œuvre que j\u2019ai aussi appris à identifier parmi les travailleurs.D\u2019étape en étape, prenait forme « de la belle ouvrage ».Oooooh! up! Le cri d\u2019ensemble, stimulant l\u2019effort exigé pour le déplacement des pierres, n\u2019alerte plus les gens, jusqu\u2019au jour marqué pour l\u2019entrée de ces « monuments » dans l\u2019église.Monuments en toute bonne vérité: le socle ovale du maître-autel mesure six pieds de largeur sur un pied et demi d\u2019épaisseur et deux pieds et quart de hauteur.Il supportera une pierre de huit pieds et quart sur un peu plus de trois pieds.Près du chantier, les esprits pessimistes ont beau jeu: des hommes vont tenter l\u2019impossible! mais pourquoi tous ces changements?masses informes.2 = Le transport du socle ovale de l\u2019autel.3 = Enfin, l\u2019entrée de ce monument dans l\u2019église.r«NÉr ,/ i Eüiiras£ wvrm Avant la classe, rencontre des professeurs et de Sr Agathe Durand à l\u2019école d\u2019Antsirabe.Les plus réalistes restent encore ceux qui se cramponnent à la besogne, confiants de la mener à bien.Présente à cette manœuvre de l\u2019entrée des pierres dans l\u2019église, il me souvient de certaines séquences du film « Ben Hur » illustrant les corvées des Hébreux en Egypte.Aux ouvriers, s\u2019est joint un groupe de volontaires dont le Père Curé.Après l\u2019installation des pièces sur une quinzaine de rondins, les hommes tirent tous ensemble le câble adhérant au granit; à chaque arrêt, il faut replacer devant les rondins dégagés.On mit ainsi quatre heures à fran- chir une cinquantaine de pieds et à dresser l\u2019autel! Qu\u2019on est loin des grues mécaniques, des leviers puissants et.des tapis roulants! Mais tous ces efforts humains, ces moyens pauvres, ont quand même introduit la communauté chrétienne de Sainte-Thérèse-de-Mahazoarivo dans l\u2019aujourd\u2019hui de la liturgie.Chaque jour, redisant : « Hanaton any otelin' Yavah.» (Je monterai vers l\u2019autel de Dieu) un « peuple de prêtres » touche le sommet de Soa-miakatra! Sœur Agathe Durand, m.i.c.280 MADAGASCAR AMASAY Aspect Notre nouveau centre scolaire malgache se situe dans la plaine de Tananarive, à proximité de la ville; nous jouissons là des bienfaits de la campagne: air frais des rizières qui allège le poids du jour, calme des nuits qui assure un sommeil profond.L\u2019ensemble de la mission catholique dessine un U orienté de façon à tourner le dos à la route de Majunga.Une chaîne de bâtisses en bordure de cette route amortit le bruit du trafic continuel.Devant notre résidence, s\u2019étalent de magnifiques rizières dont le vert tendre est une fête pour l\u2019œil.Une rue étroite et sans trottoir longe, d\u2019un côté, Je terrain et, de l\u2019autre, borde un long canal qu\u2019enjambe un pont de bois.Tout près du chemin, se dresse l\u2019école qui domine de toutes parts les cases environnantes.A droite, la salle d\u2019Oeuvres sert en même temps d\u2019église.Enfin l\u2019espace compris entre les trois constructions forme la cour de récréation des élèves.Tel est le noyau de la paroisse Fo Ma-sm\u2019 i Jeso de Tsaramasay.Historique C\u2019est au mois de septembre 1962 que Mgr Jérôme Rakotomalala, Archevêque de Tananarive, exprimait à Mère Marie-Vianney, en visite officielle à Madagascar, son désir de confier à notre Société la direction de l\u2019école paroissiale de Tsaramasay que l\u2019on était à bâtir.Le projet fut accepté: des missionnaires éducatrices seraient envoyées sitôt les quatorze classes achevées.281 Sr Marie-du-Sacré-Cœur et l'heureuse jeunesse de l\u2019école Fo Masin\u2019i Jeso.«r :-éik # Le vieux pont de bois qui enjambe le canal.sp\u2019-T\u2019 n r xr m p _ Tout près du chemin se dresse l\u2019école.*9 ï \\ ~\\W* f i f mi\\ \u2019¦XFjè \u2022F* ¦ -f-X* Le 15 août 1963, Mgr Rakotomalala inaugurait la paroisse du Sacré-Cœur par une célébration eucharistique en la salle d\u2019œuvres.L\u2019affluence témoigna de la joie des catholiques de former une communauté très unie, très attachée à l\u2019Eglise et fière de son appartenance à l\u2019Eglise.Au début de septembre, l\u2019école non terminée ouvrait ses portes û plus de 300 enfants.Le R.P.Jean Van Spreeken assumait la responsabilité de la paroisse et de l\u2019école.Tout de suite les œuvres prirent leur essor.A notre arrivée le 16 juin 1964, nous remarquons le bel esprit de famille qui règne dans cette communauté chrétienne et l\u2019intérêt qu\u2019on y porte ù l\u2019éducation.Vers la fin de juillet, 600 élèves, garçons et filles, sont déjà inscrits pour la prochaine année scolaire.Jusqu\u2019à septembre, nous devrons en refuser quelque 200 autres, car deux classes resteront affectées au logement des professeurs tant que leur résidence en construction ne sera pas habitable.A travers les sacrifices que réclame de tous cette nouvelle fondation, des liens de charité et d\u2019amitié se créent entre le pasteur, le peuple et les religieuses missionnaires.C\u2019est là, à mon avis, l\u2019élément fondamental du dynamisme et du succès de la mission de Tsaramasay.Fo Masin\u2019 i Jeso et ses paroissiens La paroisse Fo Masin' i Jeso, qui se situe dans l\u2019arrondissement de Tsaramasay, comprend plusieurs quartiers: Andranomahery, au nord; Antsalovana, au sud; Andraharo, à l\u2019ouest; Antaniavo, à l\u2019est.C\u2019est à Antaniavo que se trouve précisément la mission catholique.Les gens de notre milieu, peu sensibles à l\u2019influence étrangère, ont conservé la simplicité et les coutumes malgaches.Les maisons sont groupées et l\u2019entrée principale donne rarement sur la rue: sept ou huit cases se répartissent autour d\u2019une petite cour intérieure, de sorte que l\u2019esprit de famille se développe facilement.Même sortis de leur milieu familial, les enfants gardent leur disposition à la mise en commun : ils se partagent un bonbon, un fruit; ils se prêtent mutuellement leurs chapeaux, leurs vêtements, leurs livres, leurs crayons.Ce qui nous frappe le plus chez eux et nous édifie, c\u2019est leur grand cœur.Toujours prêts à donner même s\u2019ils manquent du nécessaire.Leurs coutumes les éduquent dans le sens de la générosité.Par exemple aux jours de fêtes: Premier de l\u2019An, fête patronale ou nationale, ils apportent des présents au lieu d\u2019en recevoir.Une autre coutume bien caractéristique, le retournement des morts, montre que l\u2019esprit de famille relie aussi les Malgaches à leurs défunts.La fête du retournement peut se prolonger une couple de jours.Des gens mangent, dansent, chantent, font des jeux de société autour des ossements d\u2019un parent retirés du tombeau familial, après quoi ils remettent à nouveau ces ossements au tombeau.Le peuple malgache est foncièrement pieux, mais il conserve une certaine tendance à la superstition.Tsaramasay compte 5,000 catholiques dont 2,000 pratiquants.Bien souvent l\u2019ignorance cause l\u2019indifférence.Notre rôle comme missionnaire, c\u2019est d\u2019aller au-devant d\u2019eux, à leur case, pour leur prouver que nous les aimons et leur apportons notre collaboration.La population de Tsaramasay, en majorité des ouvriers, parle le malgache sauf quelques familles qui comprennent le français tout en le parlant difficilement.Les Malgaches tiennent beaucoup à leur langue et ils considèrent que les étrangers ont le devoir de l\u2019apprendre.Ce jugement est un indice précieux: à l\u2019examiner de près, on s\u2019aperçoit que sans la langue du pays le missionnaire peut œuvrer longtemps sans avancer à grand-chose.Dès que les Malgaches sentent chez les missionnaires la ferveur à étudier leur langue, ils se font accueillants, polis, ce qui les rend non seulement sympathiques mais attachants.Dans les discussions épineuses, les Malgaches restent courtois, calmes, maîtres d\u2019eux-mêmes.Mais il faut les connaître pour déceler leur rancune imperceptible qui se fraie tôt ou tard une issue.On dirait que c\u2019est là leur unique moyen de défense.Apostolat Notre tâche apostolique principale, c\u2019est l\u2019éducation et l\u2019instruction de la jeunesse à l\u2019école complémentaire Fo Masin' i Jeso.Les mouvements eucharistiques appuient notre enseignement religieux.La préparation des enfants à la première communion et à la confirmation semblent un moyen d\u2019éveiller la ferveur dans les foyers et parfois d\u2019amener la régularisation de mariages.Le dimanche après-midi nous visitons les familles.Les gens regardent ces visites comme un honneur; aussi nous accueillent-ils avec empressement et joie.Les enfants connaissent maintenant nos mœurs dominicales et viennent d\u2019eux-mêmes nous chercher pour nous conduire à leur case.Ces contacts, fructueux en eux-mêmes, s\u2019imposent à nous, missionnaires.qui ne souhaitons rien moins que d\u2019arriver à nous mettre dans la peau du peuple.Plusieurs y 284 I.BOHIN ^ Sr Thérèse Qendron cause amicalement avec les gens du marché de Tsaramasay.AHFÜBLEMEHTDKORAHC familles n\u2019attendent que ces contacts pour sortir de leur léthargie spirituelle et s\u2019engager dans une foi vivante.En septembre 1965, l\u2019école franchit un nouveau pas important par l\u2019instauration de l\u2019Association de Parents des Ecoles Libres mieux connue sous le sigle A.P.E.L.Lors des réunions, les parents des élèves sont mis au courant du fonctionnement de l\u2019école, des problèmes et des projets à discuter.Chaque rencontre parents-éducateurs nous ouvre des horizons neufs et nous intègre toujours plus à fond dans la mentalité malgache.Au plan paroissial, un comité solidement établi assume diverses responsabilités, entre autres l\u2019organisation des fêtes.Comme groupements d\u2019Action catholique il existe encore: les Zanak' i Masin\u2019 Maria qui ornent l\u2019autel, veillent à l\u2019ordre et à la propreté de l\u2019église, s\u2019occupent du Secours Catholique, fournissent au catéchuménat des catéchistes; les Jeunes Catholiques Malgaches ou T.K.M.qui aident surtout les jeunes foyers; enfin la Croix d\u2019Or qui lutte contre l\u2019alcoolisme.Dans toute la paroisse on sent passer un courant de ferveur et de collaboration.Nous essayons de soutenir cette énergie en favorisant les initiatives, nous gardant toutefois de prendre les devants, laissant aux autochtones la direction.Impressions personnelles Dès ma transplantation dans la Grande Ile, il y a quelque trois ans, le peuple malgache m\u2019a plu par sa physionomie sympathique, son regard doux, sa grande simplicité d\u2019accueil.Mon impression initiale ne m\u2019a pas trompée.Plus je connais mon peuple, plus je l\u2019aime, plus je trouve facile de communiquer avec lui.Les 600 enfants dont j\u2019ai la charge me sont un sujet de consolation.Leurs parents sont ouverts et confiants.En fait j\u2019aime beaucoup ma part de vigne.Le bonheur que j\u2019éprouve, je voudrais le partager avec tous ceux qui sont en quête d\u2019un bonheur véritable.Sr Marie-du-Sacrê-Cœur, m.i.c.285 Fin du jour.Derrière les montagnes le soleil se glisse.A l\u2019est, au-dessus de la mer, lentement les nuages regagnent l\u2019hoi^zo Les palmiers qui se sont balancés sous le vent, toute la journée, comme des plumes d\u2019autruches frémissent à peine.En longues files les oiseaux de mer rentrent chez eux.Tout est calme et paisible pour un moment.Seigneur, vers toi mon âme s\u2019élève, elle a besoin de te parler.Sois béni mille fois de m\u2019avoir retirée de ces terres où en trop grande abondance coulent le lait et le miel, pour me transplanter en pleine pâte humaine, là où tous les êtres: hommes, animaux, plantes doivent lutter pour conserver l\u2019existence. 1 K .-1 ' : *
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