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Titre :
Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Éditeurs :
  • Outremont, Montréal :Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception,1920-,
  • Ville de Laval :Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Contenu spécifique :
Mars - Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
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Références

Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1967-03, Collections de BAnQ.

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[" LE PRECURSEUR Mars=Avril 1967 ¦mm y-i: '¦ W' C: \"C \\ \u2022 *\u2022 m I .SMI i-wSr;^' , A, Paroles de S.S.Paul VI à des missionnaires, prêtres, frères, religieuses, laïcs : \u201c .puisse votre exemple se faire entraînant.L\u2019Eglise a tant besoin aujourd\u2019hui d\u2019âmes généreuses comme les vôtres, capables de tout sacrifier pour l\u2019unique nécessaire, et de tout abandonner pour faire partager le don de la foi.Dans ce monde inquiet et angoissé qui est le nôtre, votre témoignage a valeur d\u2019exemple: vous êtes des artisans d\u2019unité, vous êtes des porteurs d\u2019espérance, vous êtes des messagers de salut.Et vous montrez généreusement que l\u2019Eglise ne connaît de barrières, ni de continent, ni de culture, ni de race, mais que l\u2019amour de Dieu transcende tout, et qu\u2019il a une seule et unique ambition: se communiquer.\u201d NOTRE COUVERTURE : Jeune fille de la région du Lac Atitlan, au Guatemala, transportant de l\u2019eau à la manière d\u2019autrefois.Photo Stein, Guatemala Ciudad Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Port payé à Montréal. 2900, Chemin Sainte-Catherine Côte-des-Neiges, Montréal (26) Canada le No 8 Mars-Avril 1967 Vol.XXIVe Revue bimestrielle publiée par les Sœurs Missionnaires de l\u2019ImmacuIée-Conception avec l\u2019autorisation de l\u2019Ordinaire de Montréal.NIHIL OBSTAT: M.l\u2019abbé A.Cossette, p.m.é., 1 novembre, 1966.SOMMAIRE Appelés à une seule espérance\t290 Le Pro-Nonce apostolique au Malawi\t294 Un évêque au grand cœur\t295 Son Exc.Mgr Albert F.Cousineau, c.s.c.La culture haïtienne et ses origines\t302 Mlle Ghislaine Auguste Un brin d\u2019histoire préincasique\t308 Sr Françoise-de-Chant al, m.i.c.\\ Grand concours d\u2019abonnements\t312 Un chemin de Croix au Cerro\t314 Sr Céline Trudeau, m.i.c.Des paniers encore plus de paniers!\t317 Blanca Luz Rodriguez Qui sont les enfants Suzuki ?\t326 Sr Marie-de-la-Rédemption, m.i.c.Les chevaliers de l\u2019autel\t331 Sr Marie-Pia, m.i.c.Thumbi\t333 Sr Yvette Caron, m.i.c.Abonnement: Par an\t$\t1.50 2 ans\t$\t2.50 4 ans\t$\t5.00 A vie\t$30.00 Pour tout changement d\u2019adresse, ne pas oublier d\u2019envoyer l\u2019ancienne et la nouvelle.^25995 APPELES A UNE SEULE ESPERANCE Cet article a été préparé par le Centre Unité Chrétienne de Lyon et la Commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Eglises de Genève, et adapté par le Centre d\u2019Œcuménisme de Montréal, 1444, rue Drummond.Le thème a été choisi en liaison avec celui du Pavillon chrétien de l\u2019Expo 67.La semaine de Prière Universelle des Chrétiens pour l\u2019Unité Chrétienne nous rappelle que tous les baptisés, aujourd\u2019hui séparés, sont appelés à l\u2019unité.Cette semaine (18-25 janvier) n\u2019est qu\u2019un temps fort qui doit trouver un écho toute l\u2019année, spécialement à certaines périodes liturgiques comme la Semaine Sainte, les jours compris entre l\u2019Ascension et la Pentecôte, etc.\" C\u2019est l\u2019espérance qui nous unit \u201d C\u2019est à l\u2019espérance que Jésus a appelé ses disciples, et c\u2019est un message d\u2019espérance qu\u2019il a confié à son Eglise.Nous tous, membres de son Eglise, nous devons être prêts à rendre raison de l\u2019espérance qui est en nous (I Pierre 3, 15).En sommes-nous capables ?Le jour de Pâques, deux disciples déçus dans leurs espoirs étaient en route vers Emmaüs.« Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël (Luc 24, 21) et lui donnerait son indépendance politique », disaient-ils à l\u2019inconnu qui marchait avec eux.Leurs anciens espoirs avaient fait place à la déception parce qu\u2019ils ne pouvaient pas attendre et que « leurs yeux étaient privés du pouvoir de le reconnaître ».L\u2019histoire de Dieu avec son peuple, telle qu\u2019elle est racontée dans l\u2019Ancien Testament et le Nouveau et aussi l\u2019histoire de l\u2019Eglise jusqu\u2019à nos jours, sont sans cesse remplies d\u2019espoirs déçus.Les conséquences s\u2019en font clairement sentir dans l\u2019Eglise du Québec comme d\u2019ailleurs dans notre propre foi: ce sont souvent l\u2019indifférence, l\u2019incrédulité et même le désespoir qui nous accablent.Et à cause de cela, il nous arrive de renoncer à l\u2019avenir; alors nous oublions que Dieu est « le Dieu de l\u2019espérance » (Rom.15, 13).Les deux disciples sur le chemin d\u2019Emmaüs ne restèrent pas longtemps sur leur déception.Jésus lui-même leur expliqua certains passages des Ecritures et leur ouvrit les yeux.Ils reconnurent le Seigneur ressuscité et crurent à l\u2019avenir qu\u2019il leur ouvrait.La présence du Pavillon chrétien à l\u2019Exposition internationale et universelle qui se tiendra à Montréal en 1967, aura pour but de rappeler à l\u2019homme contemporain que le Christ continue de vivre sur la « Terre des Hommes » et qu\u2019il est aussi près de nous qu\u2019il l\u2019était auprès des disciples d\u2019Emmaüs.Croire en sa présence est une source d\u2019espérance.Cette espérance, elle est vivante Depuis la résurrection du Christ, il y a une espérance vivante (I Pierre, 1, 3-9) et vivre de cette espérance, c\u2019est renaître.Personne ne peut être la cause de sa propre naissance naturelle; ainsi en est-il de la nouvelle naissance: elle est un don de Dieu.Par sa résurrection, le Christ nous ouvre le chemin de l\u2019avenir et il nous y conduit.Et c\u2019est en faisant route ensemble sur ce chemin tracé par le Christ que nous nous unissons davantage les uns aux autres, car à mesure que notre foi grandit, nous approfondissons notre union.290 I l- VRATIpS \u2022 tSf 3 -fcbses Photo historique prise en décembre 1964, lors de la déclaration commune des représentants officiels des sept premières confessions qui se sont unies pour bâtir ensemble le pavillon chrétien, témoignage vivant de charité fraternelle à la face du monde.\tPhoto Pavillon chrétien La pleine signification de cette espérance vivante n\u2019apparaîtra qu\u2019au dernier jour.Les temps présents sont souvent dominés par l\u2019affliction et la souffrance.Chaque chrétien et chaque Eglise doit supporter la contradiction entre l\u2019espérance et son expérience présente: cependant, l\u2019espérance vivante est plus forte que le danger présent.Elle unit ceux qui souffrent et leur permet de voir dans leurs tribulations des épreuves imposées à leur foi.C\u2019est pourquoi les chrétiens reçoivent un réconfort qu\u2019ils1 apportent aussi aux autres.Par la consolation que les chrétiens se donnent les uns aux autres, Dieu crée entre eux un solide lien d\u2019unité (II Cor.1, 3-7).Dieu répond aussi à l\u2019attente des chrétiens en accomplissant ses promesses à travers les siècles.Mais les chrétiens n\u2019espèrent pas seulement pour eux-mêmes; le plan de Dieu pour son peuple comprend le salut du monde entier.Le Pavillon chrétien à l\u2019Expo 67 rappellera à chaque visiteur qu\u2019il fait partie intégrante de la société moderne et que les grandes réalisations de notre époque ne peuvent faire oublier les problèmes sans solutions ni les souffrances sans soulagement.Le message du Christ apparaîtra alors comme une réalité et un espoir accessible à tous les hommes.Tous les peuples de la terre sont bénis Déjà Dieu, en demandant à Abraham de mettre tout son espoir en Lui, lui fait une promesse.Et Dieu nous montre que cette promesse s\u2019adresse à tous les peuples (Gen.12, 1-3).En choisissant Moïse (Ex.3).Dieu se présente comme le maître du passé et de l\u2019avenir: il est le Dieu des Pères et il sera aussi présent dans l\u2019avenir.Il réalise les espoirs du peuple et en même temps il donne de nouvelles tâches: « Vous serez pour moi un peuple saint » (Ex.19).Une telle sainteté ne concerne pas seulement le peuple élu, mais elle a aussi des conséquences pour les autres peuples.Les promesses de Dieu et les espérances de son peuple ne sont pas uniquement orientées vers le dernier jour.Il arrive souvent que Dieu intervienne directement.Mais nous découvrons sans cesse un plus vaste horizon.Ainsi Dieu parle d\u2019une alliance éternelle (Jér.32, 40; Is.61, 8) qui aura ses conséquences pour toutes les nations.Il faut donc garder les yeux fixés sur le jour de Dieu et espérer sa venue, même si aujourd\u2019hui ceux-là mêmes qui révèlent Dieu sont 291 tentés par le désespoir (Mal.3, 13-20).Même si le serviteur de Dieu semble travailler en vain et consumer sa force inutilement (Is.49) Dieu confirme et accroît la mission qu\u2019il lui a confiée: il fera aussi de lui la lumière des nations (Is.49, 6).Le serviteur reste fidèle à sa vocation contre toutes les apparences.Son espérance, comme celle de tous les croyants de l\u2019Ancien Testament, jaillit de l\u2019unique source qu\u2019est le temple de Dieu (Ez.47, 1-12).A cette source, est puisée l\u2019espérance qui se répand dans le monde entier.Il se peut qu\u2019à l\u2019Expo 67 plusieurs visiteurs passent outre le Pavillon chrétien.mais son message évangélique n\u2019en demeurera pas moins valide.De même que pour la présence de Dieu dans l\u2019Ancien Testament et la présence de Jésus-Christ dans le Nouveau, c\u2019est avec un esprit inquisiteur et un cœur ouvert qu\u2019on découvre la vérité chrétienne et qu\u2019on en saisit toute la portée.C\u2019est Dieu qui nous envoie Se détachant sur cet arrière-plan de l\u2019Ancien Testament, le fait que Jésus-Christ envoie ses disciples acquiert une signification particulière.Or nous aussi, il nous envoie dans le monde avec des ordres clairs et il nous donne l\u2019autorité et l\u2019endurance nécessaires pour accomplir ce travail (Luc, 10, 19).C\u2019est pourquoi les chrétiens ne peuvent ni fuir ce monde, ni se résigner à ses imperfections.L\u2019Eglise est le lieu où l\u2019espoir peut devenir réalité et c\u2019est à travers l\u2019Eglise que les extrémités de la terre verront la victoire de Dieu (Ps.98, 3).Pour Vue en plongée de la maquette du pavillon chrétien. cela, le témoignage commun de tous les chrétiens est indispensable.Enfin, ceux que Dieu a appelés à une seule espérance savent qu\u2019avec le monde entier ils attendent ardemment la manifestation de la gloire de Dieu.L\u2019œuvre de la rédemption ne s\u2019adresse pas à la seule humanité, mais à la création tout entière.« Car c\u2019est en espérance que nous sommes sauvés » (Rom.8, 24).L\u2019espérance chrétienne n\u2019est pas tournée uniquement vers l\u2019avenir immédiat, mais aussi vers l\u2019ultime consommation, lorsque la mission de l\u2019Eglise sera totalement accomplie.Le message d\u2019une conférence œcuménique se terminait par ces mots: « Nous ne savons pas ce qui viendra, mais nous savons qui vient à nous.C\u2019est celui qui nous accueille chaque jour et nous accueillera au dernier jour: Jésus-Christ, notre Seigneur.Voilà pourquoi nous vous disons: Soyez joyeux dans l\u2019espérance! » La présence du Pavillon chrétien sur la « Terre des Hommes » constitue un geste prophétique.Il démontrera que les chrétiens de diverses confessions, en dépit de leurs divisions, sont capables de s\u2019unir dans un acte de foi et d\u2019amour pour présenter à l\u2019humanité un commun témoignage d\u2019espérance.Tout chrétien sincère regrette les présentes divisions et aspire à une réconciliation toujours plus parfaite.Cette recherche de l\u2019unité dans la charité et la vérité n\u2019est-elle pas voulue par Dieu ?N\u2019est-elle pas la principale source d\u2019espérance pour l\u2019homme contemporain ?L\u2019emblème s\u2019inspire du symbole antique et universel de l\u2019homme en prière, une ligne verticale flanquée de deux bras levés vers le ciel.Deux symboles ju= mêlés évoquent l\u2019amitié et l\u2019entraide.Agencés en un cercle qui représente la Terre, ils expriment le thème \u201c Terre des hommes \u201d.Emblème officiel de l\u2019Exposition univer» selle et internatio» nale de 1967. LE PRO NONCE APOSTOLIQUE AU MALAWI Le Président de la République, docteur Hasting Kamuzu Banda, a reçu le 11 août 1966 le Pro-Nonce apostolique au Malawi, Mgr Alfredo Poledrini.C\u2019est au « Government Lodge » que l\u2019envoyé du Saint-Père a présenté ses Lettres de Créance.L\u2019Evêque auxiliaire de Blantyre, le Vicaire Général de l\u2019Archidio-cèse et le Secrétaire Général de la Conférence Episcopale accompagnaient Mgr Poledrini.Voici en quels termes le nouveau dignitaire apostolique s\u2019est adressé au Président: « J\u2019ai le grand honneur de présenter à Votre Excellence les lettres par lesquelles le Saint-Père a tenu à m\u2019accréditer comme Pro-Nonce apostolique au Malawi.« En m\u2019honorant de cette haute mission, le Souverain Pontife m\u2019a confié la charge très spéciale de rendre plus étroites les relations entre le Saint-Siège et le Gouvernement de ce pays.» Une telle mission montre, d\u2019une part l\u2019importance que le Saint-Siège attache aux relations officielles qu\u2019il veut avoir avec la République du Malawi, et d\u2019autre part la place que le Saint-Siège occupe dans les affaires internationales.Mgr Poledrini a ensuite fait remarquer que le Malawi est encore jeune comme nation indépendante, et par le fait même déploie dans ses progrès et son développement l\u2019énergie et la vitalité propres à la jeunesse.A n\u2019en pas douter, les nobles qualités de ce peuple, son profond désir de liberté et d\u2019indépendance rendront cette nouvelle République capable, avec l\u2019aide du Très-Haut, de vaincre toutes les difficultés et de résoudre les multiples problèmes qui confrontent aujourd\u2019hui toutes les nations petites ou grandes.Le Pro-Nonce a enfin assuré le Président que l\u2019Eglise Catholique au Malawi aidera la jeune République à édifier un solide avenir et à occuper dignement la place qui lui revient dans le concert des nations.Pour l\u2019Eglise, une mission diplomatique se présente toujours comme une forme d\u2019amour envers les peuples.Aussi compte-t-elle sur l\u2019intérêt et la collaboration des chefs et de leur gouvernement.L\u2019expression des vœux ardents du Saint-Père clôtura ce discours de circonstance: « Sa Sainteté Paul VI appelle sur Votre Excellence, Monsieur le Président, sur le Gouvernement et sur le très cher peuple du Malawi, des Bénédictions divines choisies et abondantes ».La réponse du Président mit en relief l\u2019œuvre accomplie par l\u2019Eglise Catholique au Malawi; il assura voir dans la présence au Malawi du représentant du Saint-Père l\u2019indice de l\u2019attention qu\u2019accorde le Vatican à cette nouvelle République.« Nous apprécions vivement la haute qualité de l\u2019aide apportée par l\u2019Eglise Catholique dans la sphère de l\u2019éducation au Malawi, a-t-il dit, et je suis heureux d\u2019exprimer ma gratitude personnelle, celle du gouvernement et celle du peuple pour cette assistance si favorable au développement du Malawi.» Et c\u2019est encore en se faisant le porte-parole des dirigeants et de la population du Malawi que le Docteur Banda prie le digne Prélat d\u2019offrir à sa Sainteté Paul VI l\u2019expression de ses vœux les plus sincères.Dans l\u2019après-midi et pendant les deux jours suivants, Mgr Poledrini a visité à Blantyre et en Zambie les ministres du gouvernement et les membres du corps diplomatique du Malawi.Et le dimanche, 14 août, il quittait le Malawi pour Lusaka, lieu de sa résidence habituelle.Condensé de «The Southern Cross » 294 HAITI UN ÉVÊQUE AU GRAND COEUR Avec la bienveillante autorisation de Son Excellence Monseigneur Albert F.Cousineau, c.s.c., évêque du Cap-Haïtien, Le Précurseur reproduit quelques extraits tirés de l'oraison Funèbre qu\u2019il a prononcée aux Cayes, le 10 août 1966, à l\u2019occasion du décès de Son Excellence Monseigneur Louis Collignon, o.m.i.Les Sœurs Missionnaires de VImmaculée-Conceplion veulent rendre hommage à cet évêque au grand cœur qui les accueillit paternellement dans son diocèse des Cayes en 1943.Le 28 juillet dernier, aux premières lueurs de la matinée, la radio nous apprenait que Son Excellence Monseigneur Louis Collignon, évêque des Cayes, avait succombé, la veille, à une crise cardiaque à Paris, dans une maison de sa Congrégation, la Procure des Pères Ohlats de Marie Immaculée.Il était sur le chemin de retour d\u2019une visite dans sa famille en Belgique.La douloureuse nouvelle nous frappa au cœur et mit des larmes dans les yeux, aux Cayes, à la capitale, au Cap-Haïtien, dans les cinq diocèses.Nouvelle tranchante comme un glaive, inattendue, sans être pour autant imprévue, car le vénéré disparu avait eu à subir déjà deux attaques majeures.Aux Cayes particulièrement, dans le clergé comme chez les religieux et les fidèles, un grand vide venait de se créer, on se trouvait dans la vallée des larmes.Le diocèse perdait son père et son bienfaiteur, le pays tout entier se sentait atteint dans ses valeurs spirituelles, chères et précieuses.295 Envoyé au peuple de Dieu Le vénéré disparu s\u2019achemina vers le diocèse des Cayes, à son insu sûrement, dès sa prime jeunesse, par une longue préparation, sous la direction divine.Monseigneur Collignon est né à Suzy, en Belgique, au diocèse de Namur en 1904.Rentré dans la Congrégation des Pères Oblats de Marie Immaculée, à Lowell, Massachussets, aux Etats-Unis, dont il était citoyen depuis sa plus tendre enfance, il fut envoyé à Rome parfaire ses études théologiques.Sa première obédience fut de recueillir et copier les écrits du Fondateur, à la maison géné-ralice.Travail de patience et d\u2019amour filial.Dans la suite, Monseigneur devint le supérieur des maisons de formation à Lowell où il fut particulièrement apprécié.C\u2019est dans ce milieu d\u2019élite que l\u2019Eglise alla le chercher pour l\u2019élever au poste d\u2019évêque du diocèse des Cayes.Le choix s\u2019est avéré des plus heureux.Jugeons-en à la lumière de l\u2019enseignement du Concile.Le Concile enseigne que « les évêques établis par l\u2019Esprit-Saint, succèdent aux Apôtres comme pasteurs des âmes; ils ont été envoyés » au peuple de Dieu « pour assurer, en union avec le Souverain Pontife et sous son autorité, la pérennité de l\u2019œuvre du Christ » (Décret Christus Dominus).Le diocèse des Cayes est devenu, pour Monseigneur Collignon, ce peuple de Dieu, son peuple, à lui confié et il brûle de le connaître.Aussi, dès son arrivée, le 20 janvier 1943, aussitôt terminées les visites officielles d\u2019usage, son premier souci, c\u2019est de rencontrer ses prêtres et ses fidèles, chacun d\u2019entre eux et de leur donner la main, d\u2019ouvrir le dialogue avec eux.Et commença la mémorable tournée à travers son immense diocèse, en voiture, à cheval ou à pied: « Tournée inoubliable, lui déclarait l\u2019un de ses prêtres.lors de son 2Cième anniversaire de consécration, et pour vous et pour votre clergé », car c\u2019est là qu\u2019est née plus qu\u2019une mutuelle sympathie, une amitié réciproque des plus appréciables.Envoyé au peuple de Dieu, Monseigneur Collignon fera la part de prédilection aux pauvres.S\u2019il lui est malheureusement impossible de les atteindre tous, il s\u2019occupera des plus délaissés, des infirmes, des malades, des vieillards.La première Congrégation religieuse qu\u2019il appellera du Canada, ce sera les Sœurs de l\u2019Imma-culée-Conception pour s\u2019occuper de « la Charité- s\u2019il-vous-plaît », qu\u2019il s\u2019empressait toujours de montrer à ses visiteurs, semant chez ces vieillards taquineries et rires joyeux.Ne sera-ce pas aussi l\u2019une des dernières œuvres qu\u2019il aura à relever des ruines du cyclone de 1964 ?Il en marquera la bénédiction par une belle fête familiale.Envoyé au peuple de Dieu, c\u2019est dans l\u2019union avec ses prêtres, les frères et les sœurs, et leur amitié qu\u2019il s\u2019acquitte de sa noble mission.Envoyé de Dieu près de ses Congrégations religieuses, auxiliaires de choix dans son diocèse.Envoyé de Dieu près de ses prêtres diocésains et religieux, « participant avec lui, selon les termes du Concile, à l\u2019unique sacerdoce du Christ et l\u2019exerçant avec lui., coopérateurs prudents de l\u2019Ordre Episcopal » (Christus Dominus, No.28).Oui, c\u2019est bien ainsi que l\u2019entend Monseigneur Collignon et il le déclare sans ambage, dans son allocution aux prêtres du diocèse à son arrivée aux Cayes: Il sera l\u2019envoyé de Dieu dans cette portion de la chrétienté que le Saint-Père lui a confiée.Son unique ambition est de continuer l\u2019œuvre de ses prédécesseurs, de marcher sur les traces de ces pionniers qui travaillent jusqu\u2019à la limite de leurs forces.Ces premiers traits de l\u2019homme de Dieu que fut Monseigneur Collignon, si nous voulons en chercher l\u2019explication, nous la trouvons dans sa piété filiale envers la Très Sainte Eucharistie et la Bienheureuse Vierge Marie, la Vierge Immaculée, la patronne de sa Congrégation.Fidèle à sa devise: In te, Maria, Confido \u2014 Ma confiance, Marie, est en toi, \u2014 il saisit toute occasion de parler de la Bienheureuse Vierge Marie.En reconnaissance des secours accordés par elle, Mater Ecclesia*, après les désastres causés dans son diocèse par les cyclones, il organise les deux grands pèlerinages de 1954-1958: la visite de la statue de Marie dans chacune de ses paroisses.Et avec quel succès! La grotte de Notre-Dame de Fatima dans le voisinage de sa cathédrale doit sa splendeur à sa dévotion mariale.La consécration de sa cathédrale, après sa restauration, s\u2019inspira de sa foi et de son amour envers l\u2019Eucharistie.Appel aux apôtres et à la charité chrétienne A peine a-t-il pris en main la direction du diocèse, que l\u2019on vit s\u2019amener vers lui, à sa recherche 296 If ill1 ,L' Les mémorables tournées de Mgr Collignon à travers son immense diocèse, qui les oubliera?< J isn.t- LÆ1 -S Viiv aim v,r c.-.\u20184 et à sa demande, une longue théorie de Congrégations religieuses: les Pères Oblats, les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, les Frères du Sacré-Cœur, les Sœurs de St-François-d\u2019Assise, les Sœurs de Sainte-Anne, les Sœurs de la Charité de St-Louis, les Sœurs de la Charité de St-Hyacin-the et les Oblates Missionnaires de Marie Immaculée.Ces forces apostoliques nouvelles prêteront main forte à celles qui sont déjà sur place: Sœurs de St-Joseph de Cluny, Sœurs de la Sagesse, Frères de l\u2019Instruction Chrétienne.Avec elles, en toute fraternité évangélique, elles vont travailler à la cause sainte de l\u2019Eglise.Ces ouvriers apostoliques, s\u2019ils sont venus prendre racine dans le diocèse, c\u2019est parce qu\u2019il les a cherchés, convaincus, amenés jusqu\u2019à son champ d\u2019apostolat.Son appel était irrésistible: Veni, sequere me.La parole créait la conviction.Il n\u2019y avait plus qu\u2019à suivre l\u2019infatigable apôtre, débordant de vitalité et de joie communicative.Les laïcs aussi ont trouvé leur place de choix dans la pastorale de Monseigneur Collignon.L\u2019Action Catholique s\u2019organise de plus en plus; la Croisade Eucharistique s\u2019affirme et se développe, de même que le Scoutisme.La Légion de Marie fait merveille ainsi que la Ligue du Sacré-Cœur, organisations que tout centre d\u2019Oblats s\u2019honore d\u2019implanter dans son champ apostolique.Aux Cayes, comme dans l\u2019Eglise universelle, c\u2019est bien l\u2019heure des laïcs.Physionomie morale « Apôtre zélé, dévoué, totalement consacré aux responsabilités de sa charge, tel fut Monseigneur Collignon » nous disait au Cap, dans la conclusion de son oraison funèbre, S.Exc.Monseigneur Jan, notre vénéré et bien-aimé doyen dans l\u2019épiscopat.« Grand évêque », ajoutait-il, « grand homme, homme de Dieu.» Homme de Dieu, il le fut par sa charité ardente, sa foi inébranlable, son zèle intrépide.C\u2019est dans la souffrance qu\u2019il a su en donner la preuve.Les Les laies ont trouvé une place de choix dans la pastorale de Mgr Collignon. I I 4 épreuves en effet, ne lui ont pas manqué, tant dans l\u2019administration interne de son diocèse que dans les événements qui sont venus fondre sur lui et sur son œuvre comme des éperviers voraces.Les épreuves Quatre cyclones, à intervalles presque réguliers, Hazel en 1954; Ella en 1958; Flora en 1963; Cléo en 1964, ont, tout à tour, déchiré comme par tranches, écrasé l\u2019une après l\u2019autre les œuvres vives du diocèse, détruit les maisons, fauché des vies humaines, semé la misère en tous sens et chez tous.C\u2019est 160 églises et chapelles qu\u2019Hazel a détruites en une seule nuit; l'œuvre de vies de missionnaires qui s\u2019étaient épuisés à les bâtir au prix de bien des privations et des sacrifices.Ce soir-là, Monseigneur, inquiet, troublé, sans sommeil, les oreilles et les yeux ouverts à tous renseignements possibles, comme percevant les angoisses, les cris de douleur et les pleurs de ses collaborateurs, prêtres, religieux et fidèles plongés dans cette catastrophe apocalyptique, ne pouvait plus retenir ses larmes.Comment ne pas penser au Christ pleurant sur les malheurs de Jérusalem?Le mendiant de Dieu Peu de temps après pourtant, séchées les larmes, et, enquête faite sur les dégâts, procurés les premiers secours essentiels aux victimes, son cœur gonflé de foi et d\u2019espérance, il partait intéresser nos frères dans la foi, en Amérique ou au Canada, et, mendiant de Dieu, il tendait la main.En plus de ces occasions extraordinaires, chaque année, trois mois durant, il ne manqua pas de se rendre à la rencontre de cette charité fraternelle se constituant « missionnaire itinérant ».Cathédrale des Cayes.Vue de la ville après le passage d\u2019un cyclone.Les absences multipliées et prolongées étaient pénibles, certes, pour ceux qui étaient privés de leur pasteur et séparés de son action directe.Eh! pourtant, combien interminables et épuisantes n\u2019étaient-elles pas aussi, ces démarches du héraut de la charité.Malgré l\u2019âge, les infirmités implacables et les humiliations inévitables à celui qui tend la main, fût-il évêque, chaque dimanche, pendant trois mois, Monseigneur prêchait à plusieurs messes, faisait la quête lui-même dans ces immenses églises américaines ou canadiennes, face à des visages connus dans la sympathie générale, certes, mais non pas sans rencontrer parfois des oppositions irraisonnées.De plus, durant la semaine, IJ TTfi É il lui fallait rendre des visites de bienséance et de gratitude, assister à des veillées interminables, demander, demander toujours du secours et de l\u2019aide.Ce programme de haute ascèse de la charité, Monseigneur Collignon se l\u2019est imposé pendant les 24 ans passés en terre haïtienne; il l\u2019a suivi par amour pour Dieu, l\u2019Eglise et les âmes.Son zèle intrépide l\u2019y entraînait.Il ne pouvait voir souffrir, sans tenter, par tous les moyens, même héroïques, d\u2019apporter secours et consolations.L\u2019implantation de l\u2019Eglise Haïtienne L\u2019un des grands mobiles directeurs de la vie épiscopale de Monseigneur Collignon, ce fut bien d\u2019implanter l\u2019Eglise d\u2019Haïti, profondément, dans le sol du pays.Vocations haïtiennes, sacerdotales et religieuses, vocations de garçons et de filles sorties de cette terre de feu pour prendre un jour, les rênes de l\u2019administration et de la direction de l\u2019Eglise.Avec une fierté épanouie de joie, il aimait à nous présenter ses grands séminaristes, les siens, aussi nombreux à eux seuls, à un moment donné, que ceux des autres diocèses pris ensemble.C\u2019était la relève rêvée, choyée, comblée, aimée par-dessus tout.Par ces dispositions, Monseigneur Collignon rejoint les plus grands missionnaires de tous les pays, en même temps qu\u2019il entre dans le mouvement de ses prédécesseurs aux Cayes, avec une aisance et un esprit d\u2019unité admirable.Cette facilité d\u2019adaptation à sa tâche nouvelle, dans ce qu\u2019elle avait de plus élevé, et maintenue au cours de sa vie dans les besognes les plus diverses, c\u2019est un point que Son Excellence Monseigneur Jan a souligné dans son oraison funèbre.J\u2019emprunte ses paroles, car elles expriment, au mieux, ma pensée sur notre cher et vénéré disparu.« Et voici le nouvel évêque à pied d\u2019œuvre, a dit Mgr Jan, dans le chantier du Père de famille \u2014 pour le meilleur et pour le pire.» « Mes frères, continue-t-il, admirons la merveille.Du premier coup Monseigneur Collignon met les pieds dans les pas de ses prédécesseurs.Conformisme traditionnel qui s\u2019allie avec une initiative d\u2019actualité respirée dans les pays de la liberté.Véritable aggiornamento avant la lettre, avant Jean XXIII et le Concile Vatican II.» Le salut de notre cœur Acceptez, Monseigneur Collignon, que je vous présente, au nom de l\u2019Eglise d\u2019Haïti, avec l\u2019expression de notre reconnaissance, nos hommages respectueux et notre profonde vénération.Votre belle famille diocésaine vous pleure.Son âme est triste jusqu\u2019à la mort.Elle a perdu son père bien-aimé et elle ne saurait s\u2019en consoler.Inconsolables aussi vos Congrégations religieuses, et vos prêtres et vos frères, les Oblats de Marie Immaculée, et les évêques, vos collègues.Vous nous aimiez tous et nous vous aimions, nous aussi, profondément.Votre large sourire, votre âme toute de bonté transparente sur vos traits, votre esprit de conciliation, en toute question controversée, même si vous saviez être intransigeant sur l\u2019honneur, les droits de la vérité et de la justice, votre présence, en un mot, nous apportait paix et sécurité.Vous personnifiez pour nous, le bon pasteur, le cœur sur la main, oublieux de vos fatigues et de vos souffrances, toujours prêt à nous recevoir et à nous prendre sur vos épaules pour nous por-l ter jusqu\u2019au bout de la route.Et voilà, cher Monseigneur, vous êtes parti brusquement, sans adieu.Votre départ nous a plongés dans une profonde solitude.En soumission à la volonté de Dieu, nous nous inclinons et nous prions son infinie miséricorde de vous recevoir dans sa paix.Mgr Collignon administre le sacrement de confirma-tion à deux infirmes de \u201cLa Charité-s\u2019il-vous-plaît 300 * AI \u201c La Charité-s\u2019il-vous-plaît \u201d une des œuvres de bienfaisance établie dans le .diocèse des Cayes par Mgr Collignon.Nous joignons à cette homélie une lettre du Révérend Père Armand Bêdard, o.m.i., adressée aux amis des œuvres haïtiennes.Chers Bienfaiteurs et Amis, La nouvelle de la mort subite et inattendue de notre regretté Monseigneur Louis Collignon, o.m.i., à Paris, dans la soirée du 27 juillet, nous a tous laissés dans la consternation et la douleur.La Providence Divine a voulu que tous ses proches, parents, confrères, amis et diocésains puissent offrir le témoignage de leur sympathie et attachement à un être qui leur était cher et qui, lui-même, les avait aimés profondément.Monseigneur Collignon était l\u2019ami de tous et il s\u2019est donné et dépensé sans épargner aucune fatigue pour ceux qui réclamaient sa charité sous une forme ou une autre.Comme le Maître, son Modèle, il a passé en faisant le bien.Son souvenir demeurera ineffaçable.Sainte Thérèse-de-l\u2019Enfant-Jésus, patronne des missionnaires, a dit: «Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre \u201d.Nous croyons que Monseigneur aussi de là-haut continue à exercer sa grande bonté, et sa large charité envers tous.Aux Cayes, à la Cathédrale où il repose parmi ceux qu\u2019il a connus et aimés, on prie pour lui, sans doute, et.on le prie! Cette affluence auprès de son tombeau fut constatée particulièrement en octobre dernier alors qu\u2019on demandait à Dieu d\u2019éloigner de nous un cyclone dévastateur: prière qui s\u2019est révélée efficace.Dieu soit loué et que Monseigneur soit remercié! Pour perpétuer sa mémoire, nous voulons aider Monseigneur à continuer son apostolat de charité parmi ceux qu\u2019il a aimés, surtout les pauvres et les indigents.Il a laissé des Œuvres nombreuses de bienfaisance qu\u2019il avait établies dans son diocèse.Ces Œuvres continuent à fonctionner et demandent des secours pour les maintenir.Du haut du Ciel, Monseigneur continue à veiller sur elles.Aussi, en souvenir de l\u2019amitié que nous lui avons portée nous voulons inaugurer un fonds de charité qu\u2019on appellera «Bishop Collignon Charity Fund ».Je me permets de lancer cet appel et je vous remercie au nom des pauvres du Diocèse des Cayes pour la réponse que vous y donnerez.Armand Bédard, o.m.i.301 LA CULTURE HAÏTIENNE ET \u2022 - ,* \u2022 ¦ ;\u2022 : , ¦B Existence d'une culture haïtienne Il y a une vingtaine d\u2019années environ, un grave débat s\u2019est élevé dans notre monde intellectuel sur « la culture proprement haïtienne ».D\u2019aucuns en nient l\u2019existence ou la mettent en doute \u2014 ce qui est à peu près la même chose.D\u2019autres, s\u2019arc-boutant au sens populaire du terme pris au figuré et en ce qui concerne seulement le développement intellectuel d\u2019un individu ou d\u2019un groupe d\u2019individus, ont délibérément confondu culture et formation intellectuelle pour nous attribuer une culture latine spécifiquement française.Mais avant de développer les origines de la culture haïtienne, il serait juste de faire remarquer que si tant de personnes se sont heurtées, sans parvenir à s\u2019entendre, au sujet du terme culture, c\u2019est que le mot en lui-même présente des acceptions différentes.Nous allons essayer de dégager et d\u2019expliquer les trois plus courantes.Discussion de la notion de culture Tout d\u2019abord la plus usuelle, une acception agricole: culture du maïs, du café, de la canne à sucre.Je n\u2019ai pas besoin de vous dire qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019envisager le mot dans ce sens.Dans sa signification traditionnelle le mot culture désigne l\u2019idée d\u2019un développement de l\u2019individu qui, en s\u2019instruisant, a enrichi sa personnalité, son sens critique et son jugement.C\u2019est en ce sens que l\u2019on a voulu faire de notre peuple un peuple de pure culture française.Telle est la thèse défendue par M.Dantès Bellegarde dans une conférence intitulée « Race et Culture ».N\u2019est-il pas vrai, clame-t-il, que nous sommes des Français de culture puisque un dixième de notre peuple parle une langue que ne désavoueraient ni Descartes ni Bossuet, et que les neuf autres dixièmes s\u2019expriment en langage vieux normand saupoudré de picard, d\u2019angevin et d\u2019autres francismes.N\u2019est-il pas vrai que nous ne sommes ni nègres ni blancs, mais quelque chose comme une Vue aérienne de Port= au»Prince, capitale cul= turelle du pays.303 entité encore mal connue, mal classée, puisque rien n\u2019est plus décevant que ce concept de race, qu\u2019il est aussi inexistant à ce qu\u2019assure la science la plus récente et la plus informée du moins lorsque l\u2019on veut appliquer ce concept au genre humain.Par ailleurs ne sommes-nous pas des catholiques apostoliques et romains puisque nos constitutions le proclament depuis celle de 1933 et que le Concordat fait de nous une province ecclésiastique de Rome?Alors nous sommes un peuple de culture française catholique, apostolique et romaine.Par conséquent, il ne saurait y avoir de culture proprement haïtienne.Il faut cependant indiquer que l\u2019usage de ce mot, comme le fait M.Bellegarde, a une acception que nous ne retenons pas aujourd\u2019hui.A la lumière de l\u2019ethnographie et de l\u2019anthropologie essayons de trouver une signification plus acceptable.Dans son magistral ouvrage Building of Cultures, Roland Dixon nous en fournit une: Le terme de culture, dit-il, est employé par les anthropologues, les sociologues et autres comme une désignation de la totalité de productions et des activités d\u2019un peuple dans l\u2019ordre social et religieux, coutumes et croyances.C\u2019est ce que nous avons l\u2019habitude d\u2019appeler leur civilisation, quand il s\u2019agit des peuples les plus avancés.Nous parlons d\u2019une civilisation égyptienne, quand nous regardons ce peuple et nous-mêmes comme civilisés en contraste avec la masse des incivilisés.Mais en réalité ces derniers ont leur propre culture, leur civilisation aussi définie, aussi caractéristique que celle de leurs parents les plus favorisés.La 'culture de tout peuple englobe la somme de ses activités, coutumes et croyances.Et toutes ces choses sont comprises en trois catégories physique, sociale et religieuse, ajoute M.Dixon.Culture est donc synonyme de civilisation; elle englobe tous les phénomènes sociaux de nature transmissible présentant un caractère religieux, moral, esthétique, technique et scientifique, et commun à toutes les parties d\u2019une vaste société.Contenu de la culture haïtienne Dans ce sens on peut parler de culture haïtienne; elle englobe l\u2019ensemble des croyances, superstitions, légendes, contes, chansons, danses, devinettes, coutumes sur lesquels s\u2019appuie la vie du peuple.Cette culture n\u2019est pas statique: elle change avec le temps qui modifie tout.Par culture haïtienne il faut entendre l\u2019état intellectuel et physiologique non de l\u2019élite, car l\u2019élite est internationale.Les élites de tous les pays du monde ont les mêmes idées, les mêmes sentiments, les mêmes désirs; elles s\u2019habillent, mangent, réagissent de la même façon au contact de la vie.^ Par culture haïtienne, disons-nous, il faut entendre les croyances et le comportement général des masses de la classe intermédiaire et de l\u2019arrière-pays.Cette masse qui représente les 90% de notre population se caractérise par des mœurs très simples, une vie fruste marquée par la misère, une âme religieuse marquée par la pratique du vodou et par les craintes sociales ou phobies: peur de la nuit, peur de la solitude, peur des eaux, peur de manger et de boire chez les autres, peur des loups-garous, peur des assassins et peur des empoisonnements, enfin par l\u2019animisme qui voit et loge des esprits partout dans les pierres, les arbres, les eaux, les grottes, et qui les considère comme de bons ou de mauvais esprits qu\u2019il faut se concilier.Tout cela constitue le fond de la culture haïtienne.Mais venons au but.Origines de la culture haïtienne.Apports ethniques d'autres civilisations.Le mot culture implique des éléments spirituels et matériels indissolublement liés.Mais ces éléments spirituels et matériels d\u2019où viennent-ils?Puisqu\u2019aucune culture ne se forme ni n\u2019évolue en vase clos, sur quelle base s\u2019est fondée la culture haïtienne ?Dans quelles civilisations a-t-elle puisé ses éléments constitutifs?Une étude des traditions des quatre-cinquièmes de notre peuple nous montre qu\u2019elles ont été formées de tous les avatars de notre vie aventureuse.L\u2019Indien lui a légué quelque chose de son âme et de son art.L\u2019Afrique lui a donné l\u2019armature de ses croyances et de ses superstitions étoffées de l\u2019animisme universel.La France lui a légué le moule de quelques-uns de ses contes et le mode d\u2019expression.Ce qui permet donc de distinguer trois apports principaux.Ici, Indiens, Européens et Africains se sont succédés et ont laissé leurs traces.Apports indiens L\u2019apport indien est sans conteste le plus mince.Il se réduit à quelques mots du langage tels que coui, cassate, Iambi, calebasse; à un reste de technique de fabrication: pirogue, vannerie, construction de maison; et à un certain fatalisme: contre les choses qui relèvent un peu des forces de la nature, le peuple haïtien se résigne: Bon Die Bon, Si Bon Dié vlé.Il s\u2019y habitue et cherche à en tirer le meilleur parti possible.* 304 Apports européens Les Européens qui ont colonisé l\u2019Ile ont laissé leurs empreintes sur la culture, sur presque tous les plans de la vie haïtienne.L\u2019Anglais et l\u2019Espagnol ont laissé quelques mots de leur langue dans notre créole.Les contours des catégories sociales haïtiennes reflètent à peu de chose près les structures des sociétés occidentales dans son aspect de classe.Nos codes sont, dans l\u2019ensemble, des décalques des codes français ayant été adaptés au visage réel du pays.La France, qui pendant plus de trois siècles a exercé une mainmise sur l\u2019Ile, nous a laissé des méthodes d\u2019acquisition intellectuelle.Le mode de La France nous a laissé des méthodes d\u2019acquisition intellectuelle iits/rmi / / ? formation intellectuelle de notre classe dirigeante trahit l\u2019imprégnation de la langue et des idées dont la langue est le véhicule.Par là elle exerce une très grande influence sur notre littérature dont certains disent qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un simple décalque de la littérature française.En effet, toutes les écoles littéraires de France: Romantisme, Parnasse, Symbolisme, Naturalisme, Réalisme, etc.ont eu leurs répercussions en Haïti.Tous nos écrivains suivaient le mouvement littéraire européen.Ce n\u2019est que récemment que nos auteurs, voulant apporter un cachet plus original à leurs œuvres, se sont tournés vers l\u2019Afrique d\u2019où sont venus nos ancêtres et qui nous a encore plus marqués.XVv - » J r / v Apports africains Le fond de l\u2019Haïtien peut être caractérisé par le goût de vivre, le rire joyeux des paysans, les chants des travailleurs dans les coumbites, les ramponos, le vodou, le chant dans les églises, les processions des jours de fête, la bonne conversation, les « blagues » les « audiences populaires ».Tout ça nous vient de l\u2019Afrique.La conception de la vie que se font les noirs est, malgré leur malheur passé, très optimiste et ce trait contrebalance le fatalisme hérité des Indiens.De plus, doués d\u2019un extraordinaire esprit d\u2019adaptation, ils se font très vite à une situation nouvelle.Pour eux tout est vie.Dans les forces qui les dépassent ils puisent leur joie et leur sûreté.Le peuple haïtien croit en un Dieu tout-puissant dont il glorifie la bonté infaillible.Quand il dit: « Bon Dié Bon », c\u2019est la concrétisation de sa foi en celui en qui il reconnaît le dispensateur de toutes choses et le maître suprême du destin.Mais est-ce que la bonté de Dieu empêche le mal ?N\u2019y aurait-il pas des êtres invisibles dont le monde est peuplé et qui engendrent la maladie, la mort et les autres catastrophes?Autrefois en Afrique occidentale, selon Price Mars, la dualité de cette conception faisait partie essentielle de cet animisme dont la religion du Dahomey constitue le prototype.Il va de soi que l\u2019organisation religieuse tout entière du Dahomey ne se retrouve pas en Haïti.L\u2019Africain, à son débarquement, était immédiatement baptisé, et la pression légale l\u2019amena à faire état de la nouvelle religion.Alors commença chez lui le phénomène de mimétisme des croyances par juxtaposition d\u2019abord, puis par interpénétration; ainsi s\u2019est réalisé un autre phénomène fatal: le syncrétisme des croyances.C\u2019est ainsi qu\u2019apparut le vodou haïtien.Du vodou dérive aussi notre amour de la danse.A l\u2019origine, danse sacrée génératrice d\u2019extase, cette danse exige une agilité des membres, une souplesse du corps, une pétulance de tout l\u2019organisme qui tourbillonne sur le rythme qui règne en maître sur notre sol.Nos contes sont aussi inspirés de l\u2019Afrique.A peu de détails près on se raconte au Soudan et en Algérie les mêmes aventures de Bouqui et de Malice que dans nos campagnes.Les proverbes qui émail-lent les conversations sont pour la plupart des traductions des proverbes africains.Le rythme règne en maître sur notre sol. Nos contes sont aussi inspirés de l\u2019Afrique.La vie économique du paysan ne diffère pas essentiellement de celle de ses ancêtres africains.Comme eux il déchire ses terres à la houe; comme eux il s\u2019organise en société pour travailler.Les plantes qu\u2019il consomme sont, dans une large mesure, originaires d\u2019Afrique.Les cases du paysan haïtien offrent une parfaite identité avec celles de son cousin dahoméen.Mêmes habitudes sociales avec prédominance de l\u2019homme et subordination de la femme.Les linguistes qui ont analysé le créole haïtien y ont retrouvé des structures grammaticales qui, sans aucun doute possible, sont originaires d\u2019Afrique.Conclusion Sur un fond aborigène en désintégration, il n\u2019est pas résulté de la rencontre des civilisations africaine et européenne une substitution de l\u2019une à l\u2019autre, mais une interpénétration.L\u2019imagination créatrice du noir, son goût du rythme, son sens du lyrisme ont coloré la chanson, cadencé les bouts rimés, enjolivé les légendes, en fin de compte édifié une culture haïtienne.Contes, légendes, devinettes, chansons, proverbes, croyances, bien qu\u2019originaires de l\u2019une ou l\u2019autre source, ont été pétris dans le coeur chaud et dans l\u2019âme collective du peuple haïtien.Ils expriment nos rêves et nos espérances, nos haines et nos souffrances.Ils constituent, comme le dit Price Mars, les matériaux de notre unité spirituelle.Ghislaine Auguste 307 BOLIVIE UN BRIN D\u2019HISTOIRE PREINCflSIQUE ÆM: Mfe \u2018UiwilÊ^ »« * ' ¦ ^ \u2022'î-**; > \"^-ï \"*' '\t- * ¦*&* ?\u2022 À-iW*'\to.-V-' ' V'\u2022,\u2022;*, is^KaSï rV» \u2014 \u2022\u2022s* .m».^jjkr 4 ÏÏÈ&W \u2022têwÆbêÊËA Photo Canadien Pacifique Rien de plus normal pour une missionnaire que de scruter le passé du peuple qui l\u2019accueille.Je veux le faire avec vous croyant ainsi susciter l\u2019intérêt et peut-être inspirer aux cœurs généreux le désir de se dépenser à la cause de l\u2019Eglise en Amérique Latine.Les lignes qui suivent n\u2019évoquent que quelques épisodes très brefs de l\u2019histoire préincasique de la Bolivie.Pourquoi cette période ?Eblouis par l\u2019organisation sociale et les réalisations techniques de l\u2019empire incasique, les conquérants espagnols en attribuèrent le mérite aux seuls Incas.Mais en fait les nombreuses civilisations antérieures avaient servi de tremplin à ces derniers.Il apparaît bien que l\u2019histoire réelle de la Bolivie se présente plus variée et plus ancienne que le prétendaient certains historiens.Premiers habitants du territoire Comment le continent américain s\u2019est-il peuplé ?Si tout le monde se dit d\u2019accord pour admettre le peuplement de l\u2019Amérique par immigration, les opinions n\u2019en sont pas moins divisées quant à l\u2019origine des immigrants.Parmi les multiples hypothèses formulées, certaines ont été abandonnées, d\u2019autres subsistent avec plus ou moins de valeur.Nous signalerons les plus populaires.A une lointaine époque, paraît-il, aurait existée dans les Amériques une culture archaïque plus ou moins homogène, antérieure à toutes les grandes cultures connues aujourd\u2019hui.Parfois on croit que l\u2019Américain est d\u2019origine hébraïque et que les descendants de Sem, fils de Noé, auraient été les colonisateurs de l\u2019hémisphère occidental.Les théories de l\u2019homme américain autochtone plaçant dans la pampa argentine le berceau des primates et de l\u2019humanité ont été rejetées depuis longtemps.Parallèlement aux anthropologues, les linguistes ont participé aux recherches sur le peuplement de l\u2019Amérique.Des concordances structurales ont été constatées entre certaines langues nord-asiatiques et américaines.Par contre des ressemblances lexicales ont amené certains linguistes à conclure à une interpénétration des langues américaines d\u2019une part et du malayo-polynésien et de l\u2019australien de l\u2019autre.En un mot, l\u2019accord est loin d\u2019être fait.La race Parmi les groupes ethniques qui formaient la population des régions andines nous distinguerons les Aymaras et les Quichuas.Les Aymaras, selon toute évidence, fondèrent l\u2019empire de Tiahuanaco, antérieur à celui des Incas.Leurs lois procédaient de vieilles traditions et coutumes; les anciens de la tribu servaient de conseillers aux malleus représentant les chefs supérieurs et les juges.Essentiellement agriculteurs et pasteurs, ils connaissaient l\u2019emploi et le commerce de quelques métaux.L\u2019archéologie a mis en relief l\u2019apport spirituel de ce peuple.Les Aymaras croyaient à un Etre suprême, tout-puissant et invisible; ils adoraient les manifestations matérielles de son pouvoir: le rayon de soleil, le tonnerre, la neige, etc.Pour eux la vie de l\u2019au-delà était conçue comme un prolongement de l\u2019existence terrestre.Les précautions relatives à l\u2019enterrement et au maintien de la forme corporelle en témoignent.La langue aymara considérée comme une des plus riches et des plus complètes est, selon d\u2019Orbi-gny, une « langue élégante et poétique » mais une des plus dures du monde.Les Aymaras et les Quichuas présentaient des traits communs: leur teint brun olivâtre, leurs dents très blanches, leur chevelure noire, leurs yeux noirs et légèrement bridés.Les premiers se caractérisaient par leur taille supérieure, le crâne haut et étroit, le visage long et anguleux.Plus pacifiques de caractère que les Aymaras, les Quichuas différaient d\u2019eux au physique par leur petite taille, leur visage arrondi, des traits moins accentués et le crâne étroit, peu allongé.Les Quichuas parlaient une langue plus musicale et plus souple.Alors qu'on ignore presque tout de l\u2019histoire des Aymaras, nous sommes renseignés au moins sur les derniers temps de celle des Quichuas.De beaucoup les plus nombreux, ils formèrent la masse des sujets de l\u2019empire Inca.Civilisations préincasiques Pour compléter le cadre des antécédents qui ont donné naissance à la nation bolivienne, il importe d\u2019examiner aussi le milieu culturel dans lequel se sont rencontrés les groupes humains qui peuplaient le territoire avant la domination des Incas.Il serait certes plus agréable de pouvoir renouer le dialogue avec l\u2019homme primitif, du moins à l\u2019aide de documents établis par lui.Nous ne bénéficions pas, hélas! de telles facilités pour évoquer l\u2019existence des Indiens de cette époque, car l\u2019écriture n\u2019existait pas encore.Nous devons nous borner à interroger les archéologues, les folkloristes et les chroniqueurs.309 Tout paraît indiquer que le gigantesque Empire Aymara s\u2019étendait sur tout le plateau interandin à une époque indéterminée.Les deux seuls témoignages de la grandeur de cet Etat sont les ruines de Tiahuanaco au bord du lac Titicaca, dont le joyau reste la Porte du Soleil reproduite dans tous les ouvrages relatifs à ce pays, et la langue aymara encore parlée dans une partie de la Bolivie.Mais les pierres et les mots ont gardé le secret de leur origine.Forcés d\u2019accepter la domination des Quichuas, les Aymaras se soumirent, plus tard, sans résistance aux Espagnols.Une ombre moins épaisse règne sur les Quichuas, ce peuple américain de race andine, qui a fondé sur les hauts-plateaux de la Bolivie le célèbre empire des Incas.Leur héros civilisateur, Viracocha, avait pour base de sa vie politique et sociale des familles groupées en décuries et en centuries.Intelligents et industrieux, les Quichuas avaient atteint, avant l\u2019arrivée de Pizarre, un remarquable degré de civilisation; ils érigeaient des temples et des palais, souvent ornés de sculptures, dont de belles ruines subsistent encore.Comme les Aymaras ils rendaient un culte au soleil.Reconnu comme agriculteur et pasteur, le groupe Aymara-Quichua occupe actuellement la moitié du territoire bolivien.L\u2019Indien ethniquement pur est très rare, aussi ne peut-on pas compter comme « race bolivienne » l\u2019élément autochtone à cause du métissage si répandu depuis la colonisation espagnole.La conquête des Incas marque la fin de notre propos.Il fallait, pour comprendre la mentalité indigène, ressusciter d\u2019abord ce monde préincasique.Baudin l\u2019a bien dit, la psychologie de l'Indien donne la clé à son histoire.Mais il importe, pour y parvenir, d\u2019abandonner les critères européens et de nous soumettre à la domination du milieu grandiose et obsédant où est né l\u2019Empire des Incas.Si nous parvenons à communier avec cette nature andine tragiquement nue et monotone au premier abord, nous la verrons avec les yeux de l\u2019Indien: « elle se peuplera d\u2019êtres innombrables; un ordre divin s\u2019établira.» Tout sera rite et discipline.Alors nous serons capables de comprendre le Bolivien, ses institutions et son histoire.Si, à mon retour au Canada, j\u2019apporte dans mes bagages des pièces de tissus ou des poteries finement décorées, il y aura aussi quelque chose d\u2019invisible.Appelez-le sagesse ou souvenir.Sœur Françoise-de-Chantal, m.i.c.Inspiré de: Nueva Historia de Bolivia par Enrique Finot.Photos Canadien Pacifique ; ^ V - Pig fr'ss % mm La célèbre porte du Soleil.'is.V.Tribu indienne J primitive.On i ne saute pas fa= 1 cilement de l\u2019â= ge de pierre à l\u2019âge interplanétaire.310 Dans cet univers des Andes, l\u2019Indien quichua garde son troupeau de lamas.mi \u2019\u2022\u2022ï ¦¦ > > ^ : s; H H aBHB mtri 'W/if' W\u2019f,.\u2022£*m §me* ~ ' \u2018**eSL tyfiàEÊÙ GRAND CONCOURS D\u2019ABONNEMENTS ® ® ® Lisez et faites lire LE PRECURSEUR CETTE REVUE i I \u2022 Contribue à développer Tes-prit missionnaire \u2022\tAide à mieux comprendre les hommes sur la Terre des Hommes \u2022\tBref, apporte détente, culture et rend présente la mission d\u2019aujourd\u2019ui Acceptez de faire « Htcmm MONTER la COURBE de nos ABONNÉS Vous voulez participer a notre concours d\u2019abonnements au PRECURSEUR et gagner un prix ?1er prix: une descente de lit en peau de lama (Bolivie).2e prix: une magnifique robe de chambre pour homme en soie chinoise (Hong Kong).3e prix: une assiette décorative incrustée de nacre.CONDITIONS: Trouver 1 nouvel abonné donne 1 chance.10 nouveaux abonnés 10 chances.m ¦ ''SW*- TIRAGE: le 1er mai 1967.Qui ne peut recueillir un abonnement nouveau ?Offrez Le PRECURSEUR comme cadeau d\u2019anniversaire.(Prix de l\u2019abonnement indiqué en première page) BULLETIN D\u2019ABONNEMENT Nom du nouvel abonné Adresse .souscrit ou offert par : .Le PRÉCURSEUR 2900 Chemin Sainte-Catherine, Montréal 26.Le PRECURSEUR compte sur votre amitié et vous dit MERCI. BOLIVIE UN CHEMIN DE CROIX AU \u201cCERRO\u201d En vue d\u2019une plus intime union à la passion du Sauveur, il est de tradition de faire à Catavi le Vendredi Saint, un chemin de Croix solennel dans la montagne.Un appel musical approprié jaillit du haut-parleur placé dans le clocher et convie les fidèles à cet exercice, comme d\u2019ailleurs à toutes les prières communautaires.Les paroissiens accourent à l\u2019église et se préparent dans une prière individuelle à commémorer le souvenir de la passion et de la mort du Seigneur.A l\u2019heure indiquée le défilé s\u2019organise.C\u2019est très typique et ne ressemble en rien au chemin de Croix de nos lieux de pèlerinage canadien.Une statue de la Vierge, grandeur naturelle, ouvre la procession qui se dirige vers le Cerro (la montagne).Revêtue de vêtements de deuil, cette statue est placée sur un brancard soutenu par des soldats de l\u2019armée de Catavi.Suit une lourde croix d\u2019environ 15 pieds de longueur portée par les membres de l\u2019armée.Enfin la philharmonique fait retentir les instruments de cuivre, ce qui intensifie le caractère lugubre et mélancolique de la procession.La participation active de la foule se manifeste par des prières litaniques.Tout au long du trajet la vue de cette foule priante me reporte au Mont-Royal où s\u2019exprime aussi tant de foi et de piété.Quand commence l\u2019escalade des pentes abruptes, le souvenir du chemin de Croix dans les jardins de l\u2019Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal devient plus vivace.Mais à la vérité, aucune comparaison possible.Ici, à Catavi, ni personnages sculptés dans la pierre, ni fleurs, ni tapis de verdure; mais parsemées ici et là dans la montagne dénudée de simples petites croix blanches marquent l\u2019endroit des 14 stations.Non, pas de parallèle possible avec le Mont-Royal, sauf le sentier sinueux et montant.A chaque arrêt, le Père Brault, o.m.i., commente le mystère que propose à notre méditation la station 314 Une statue de la Vierge, revêtue de vêtements de deuil, ouvre la procession. La lourde croix noire portée par les membres de l\u2019armée.du chemin de la Croix.Et la foule reprend l\u2019ascension de la montagne, symbole du Calvaire en la circonstance.L\u2019on s\u2019arrête longuement à la 10e station située sur le pic le plus élevé.Puis on redescend en rencontrant les 13e et 14e stations.A une 15e station, figurant la Résurrection, l\u2019on dépose la lourde croix noire, et dans une homélie, le Père Curé rappelle le grand mystère de la victoire sur la mort.«Le Christ est ressuscité.» Pâques succède au Vendredi Saint.Le prédicateur développe avec simplicité le thème :« Le Christ est la Vie ».Nos Indiens ont besoin de ces cours caté-chétiques simplifiés et le Révérend Père Curé ne manque pas d\u2019occasion d\u2019instruire ses paroissiens.Après ce chemin de Croix qui a duré trois heures et auquel tout Catavi a pris part, l\u2019on revient chez soi heureux de s\u2019être uni par la prière et la méditation à la passion du Christ.Il n\u2019y aurait pas pour les Indiens de vraie célébration du Vendredi Saint sans ces démonstrations paroissiales dans les rues de Catavi.C\u2019est une coutume qui se transmet de génération en génération.Mon premier Vendredi Saint à Catavi demeurera inoubliable, et ce chemin de Croix dans la montagne m\u2019a fait prendre conscience plus vivement du mystère de notre salut.Sœur Céline Trudeau, m.i.c.La philharmoni= que de Catavi.A rarrière=plan la montagne dé= nudée, symbole du Calvaire. GUATEMALA DES PANIERS ENCORE PLUS DE PANIERS! Z-e /?am de chaque jour dépend de ceux qui sont pleins.La femme et le travail On reconnaît que 90% des femmes de la classe populaire, au Guatemala, assurent la subsistance de leur foyer.Les statistiques montrent avec un froid réalisme la situation économico-sociale de notre peuple où le sexe féminin est le véritable pilier des familles nombreuses et de condition modeste.Le gros de la main-d\u2019œuvre féminine se concentre dans la capitale: les femmes y sont employées dans le service domestique et dans le commerce au marché.En 1960, le recensement de la population économiquement active, de sept ans et plus, dénombrait 76,676 domestiques et 23,546 vendeuses.Extrait d\u2019un reportage de Blanca Luz Rodriguez sur le travail féminin au Guatemala.Traduit de l\u2019espagnol et reproduit du journal El Impartial.Photo El Imparcial 317 WvAjuJ -mv.vÿft Wi'i \u2022V :.»»»»'!.us MW v Femmes de tous âges vendeuses a Photos El Imparcial .^ ^ *\u2022) I lv WJf 4*tlKÏ \" * \"%\t- y*1 s au marché municipal, \u2022* *¦> :*\\i Situation au marché A la capitale, la source de distribution des aliments se trouve sur les marchés municipaux et leurs ramifications où affluent chaque jour des vendeuses de toutes espèces de légumes, fruits, grains, épices, fleurs, etc.apportés directement du lieu de production ou bien achetés pour être revendus au marché de Guatemala Ciudad.Femmes de tous âges, mères de famille, arrachent ainsi leur nourriture et celle de leurs enfants.L\u2019irresponsabilité de l\u2019homme apparaît évidente si l\u2019on considère la femme vendeuse: souvent elle attend un enfant, en tient un dans ses bras et un autre plus vieux par la main quand il ne court pas à travers les paniers de tomates et de mangues.Un marché modèle Nous avons visité d\u2019abord le marché de la paroisse qui occupe, rue Martin, un site spacieux et bien disposé.On y voit un alignement de 374 boutiques en bois séparées les unes des autres par un mur de ciment.Ce centre commercial de la zone 6 comprend 53 boucheries, 11 restaurants, 90 merceries et lingeries, 39 épiceries.Ajoutez à cela le commerce de 150 vendeuses ambulantes qui passent chaque jour: 80% du personnel de ce marché sont des femmes qui travaillent dur de 6 heures du matin à 6 heures du soir vendant toutes sortes de produits, et cela depuis l\u2019ouverture du marché paroissial en 1955.A mon avis cet établissement est un modèle de propreté et d\u2019ordre.Types de vendeuses indigènes Maria Elena Pirir, jeune femme indigène de race pocoman et mère de cinq enfants, vient du canton de Lo de Bran Mixco.A son étalage de paniers disposés sur le sol, on trouve des melons et des tomates de l\u2019est du pays: pacayas, piments du Chili et autres légumes verts des diverses régions.Non loin d\u2019elle, dans un coin discret, repose son bébé de trois mois, bel enfant très propre et rayonnant de santé.Maria Lina a laissé ses autres enfants au soin de sa mère ù Lo de Bran Mixco d\u2019où elle voyage régulièrement.Son mari confectionne des matelas; il avoue que sa femme l'aide à faire face aux dépenses de la maison.Depuis dix ans, Juana Batz, originaire de Toto-nicapan et mère de cinq enfants, vend des épices au marché de la paroisse.Les petits jouent autour d\u2019elle courant entre les sacs si attrayants de sésames, clou de girofle, orge, graisses, baume, avoine, ro-couyer en graines, fleurs de sureau, pépins de melons, enfin d\u2019un tas de plantes médicinales que le peuple recherche et dans lesquelles il a une foi bien ancrée: camomille, grande sauge.En tête du commerce, la boucherie A de solides crochets de fer sont suspendus de gros quartiers de bœufs.La senora Marta Alicia Garcia de Espana se tient à l\u2019arrière de l\u2019étal, souriant aux clients qui demandent une livre de viande pour cuire, une livre de cucucha, très tendre.L\u2019acheteur optimiste se sert toujours du même adjectif pour demander ce qu\u2019il y a de meilleur: suave.La senora Espana a trois enfants dont l\u2019un d\u2019âge scolaire et deux petits qu\u2019elle confie à sa belle-sœur qui demeure dans la zone 3.Tout près de ce poste nous accueille Mme Maria Contreras, vendeuse depuis 20 ans.Elle s\u2019entretient avec un client tout en caressant sa petite fille Edna qui aime beaucoup regarder travailler sa grand-maman.« Les temps sont difficiles, la viande rare, nous dit dona Maria.A peine vendons-nous un quartier de bœuf par jour.» Notre marché central « Des femmes travailleuses comme moi, nous dit Juana Giron, devraient avoir le même salaire que celui qui est en haut (dans l\u2019échelle sociale).» Vendeuse de fleurs depuis plusieurs années au marché central, c\u2019est une femme dynamique, inlassable lutteuse qui s\u2019enorgueillit d\u2019avoir bataillé pour évincer l\u2019élément communiste du centre même.Au milieu des récipients pleins de roses, de glaïeuls de toutes nuances, de chrysanthèmes, de myosotis et de bottes d\u2019asperge fine, elle prépare avec art des gerbes pour n\u2019importe quelle occasion.C\u2019est une fleuriste experte que la senora Giron et qui n\u2019a rien à envier aux professionnels.Juana raconte que son mari est sans travail; elle-même, bien que déçue par les longues années de lutte politique où les affaires n\u2019allaient pas très bien, doit pourvoir aux besoins des sept enfants qui lui restent de ses quatorze maternités.Elle habite la zone 7.Une des filles fait ses études d\u2019infirmière à l\u2019Institut Roosevelt, l\u2019autre s\u2019occupe de la cuisine et des soins du ménage.Entre les monticules de fruits: bananes, ananas, melons, avocats et pommes, nous reçoit Maria de Godinez, locataire depuis 30 ans au marché central.Elle n\u2019a pas d\u2019enfant mais élève ses quatre filleuls.Elle habite un des logis en série de la zone 5.Son mari est au service de Pesas de la municipalité principale.A causer avec elle, on découvre son courage, sa volonté de lutter pour une vie meilleure.« La femme est plus responsable que l\u2019homme, déclare-t-elle, parce que généralement elle est plus constante.L\u2019homme gagne de l\u2019argent mais par malheur il le mange.c\u2019est pour cela qu\u2019il y a tant de misère.» 320 \u2022 MU nil\t' A + V ¦*\u2022 / Sg®®.Wg&m- Fillette de Totonicapan.Les gosses du marché Au Guatemala, l\u2019un des 120 pays classés sous-développés, les enfants s\u2019incorporent aux travailleurs à 12 ans et moins.Le salaire moyen d\u2019une personne est de $2.00 par semaine, ce qui ne permet pas de satisfaire aux besoins fondamentaux de l\u2019existence; l\u2019enfant doit donc apporter au foyer les quelques sous qu\u2019il gagne chaque jour grâce à la Providence ou à son ingéniosité.Mais pendant que la mère travaille, beaucoup d\u2019enfants, les plus jeunes surtout, vivent de « l\u2019air du temps ».Les plus grands flânent.Ils restent non scolarisés et sans travail, canditats à un avenir sans honneur par suite de l\u2019instabilité du foyer et de la carence de lois effectives protégeant l\u2019enfance.L\u2019enfant a été victime du déplacement des*paysans vers la ville laquelle prétendait s\u2019industrialiser.Dans les familles économiquement faibles on considère presque toujours les jeunes comme éléments de production, et ils sont exploités en ce sens.Dans tous les marchés, nombreuses sont les petites filles qui se chargent des paniers des ména-gèreâ faisant leurs achats.Ces fillettes portent les marchandises jusqu\u2019au véhicule stationné à l\u2019extérieur.De cette façon elles gagnent 0.15 à 0.20 par cliente.Au marché central, nous avons vu Marta Josefa Silveste courir en criant derrière une dame qui avait fini ses emplettes: « Je porte le panier, Senora, je vous le porte jusqu\u2019à la voiture.» Quand nous lui avons demandé si elle fréquentait l\u2019école, elle a répondu qu\u2019elle se joignait l\u2019après-midi au groupe écolier Centraméricain no 1.Blanca Estella Hernandez, 14 ans, a terminé ses études en 4e année du cours primaire afin d\u2019aider les siens.Elle travaille tous les jours au marché central comme porteuse de paniers et contribue avec son père, menuisier, et sa mère, buandière, au soutien de six petits frères.Blanca Soto, 12 ans, porte aussi les paniers.Avec un certain sourire narquois, elle affirme qu\u2019elle va à l\u2019école du soir de Jocotales.Elle a trois frères.Le marché central héberge une population dense et joyeuse en plein centre de la capitale: 931 locataires dont 90% sont des femmes.De nombreuses vendeuses ambulantes arrivent poussant une voiture d\u2019enfant, car la garderie la plus proche est la no 3 qui reçoit en outre les locataires du marché de Colon.Pour cette raison et aussi à cause de leur apathie, les mères ne confient point leurs enfants au personnel spécialisé de la garderie.C\u2019est dire que les enfants fourmillent en ce centre commercial.Ils trottinent entre les poubelles et les paniers de légumes, mangeant des mangues ou partageant le plat de publique préparé par la maman.Un monde de poulets et de betteraves C\u2019est un nombre infini de gens et de paquets qui pullulent et grouillent autour de gros camions remplis de provisions venant des coins les plus reculés de la République; on les décharge au marché de La Terminal où les grands corridors, les cours intérieures, les gradins servent de théâtre aux marchandes.Une profusion de légumes, de fleurs et de fruits s\u2019y vendent à plus bas prix que dans les autres centres; c\u2019est pourquoi, dès les premières heures du jour, les vendeuses se rencontrent pour 321 acheter ce que plus tard elles revendront au détail dans les petits centres commerciaux.Dans la cour destinée aux vendeuses de volailles, nous avons vu Julia Avendano qui occupe ce poste depuis 25 ans.Elle demeure à la capitale avec son mari et ses huit enfants dont un seul travaille.« Et ton mari ?» avons-nous demandé.« Il a un demi-emploi, dit-elle.La vie est dure; les affaires ne marchent pas toujours bien parce que les gens n\u2019ont pas d\u2019argent.Les animaux ne sont pas si bon marché.» En arrière d\u2019elle, dans une vaste cage, plusieurs lapins Glapissent et sautent tandis que dans leur coin les poules et les canards attendent patiemment leur tour.L\u2019indigène Ignacia Laroj (Nacha pour ses clients) travaille depuis 15 ans dans une épicerie du marché La Presidenta.Près d\u2019elle, ses petites filles pèsent le sucre, les fèves, la graisse et le riz.Tous les jours elles font la navette entre le poste appelé La Esperanza et celui que dirige leur père Valentin Ampmai.Les enfants de Nacha, simplement vêtus mais soignés dans leur mise, vont en classe l\u2019après-midi.Au marché La Presidenta, on compte 102 postes permanents, 48 boucheries, 15 cuisines et 119 comptoirs.Le marché s\u2019anime davantage les mardis et jeudis, jours où les maîtresses de maison arrivent de très bonne heure pour faire leurs emplettes.Les femmes forment 80% des locataires de ce centre tandis que 100% des porteuses de paniers sont des fillettes.Le problème des enfants La femme du peuple au Guatemala est vaillante, ardente au travail et très consciente de ses obligations.Son problème principal se ramène à ceci; comment assurer le pain quotidien à un foyer mal constitué où en général, l\u2019homme adonné à la boisson, n\u2019apporte aucune collaboration ?C\u2019est elle qui fait face à toutes les dépenses et conduit la maison.Le Service d\u2019Assistance et du Bien-Etre social a étudié ce problème: il a créé des centres sur le modèle de la Maison de l\u2019Enfant, garderie remarquable par l\u2019ordre, la propreté et une organisation adéquate.Nous avons visité la garderie du marché de La Presidenta.Elle est dirigée par une spécialiste en la Au marché de la paroisse les femmes forment 80% des locataires.si * * ¦ r *\t^\t\u2019 , ^ «H If! .h] I Un coin du marché particulièrement parfumé.tandis que 100% des porteuses de paniers sont des fillettes.& s# ir:- 1 Photos El Impartial Photos Nations Unies wf\"*- '\u2018IlJ Par son sourire la travailleuse sociale se fait l\u2019amie des bébés guatémaltèques.matière, Albertina De Leon, et abrite 234 enfants répartis en 7 sections.Etablissement fonctionnel, très vaste, conçu selon les lois de l\u2019hygiène et de l\u2019esthétique.Depuis la pouponnière et la clinique médicale jusqu\u2019à la cuisine, la dépense, la salle de représentations, la terrasse et les classes, tout révèle le souci du maximum d\u2019efficience.Le service dentaire même est attrayant par l\u2019agencement harmonieux des couleurs.Nous avons demandé à la directrice si les enfants qu\u2019elle accueille sont ceux des locataires de ce marché.Elle a répondu: « En dépit de tous les efforts des travailleuses sociales, nous n\u2019avons pu obtenir que les mères indigènes nous envoient leurs enfants; elles refusent de nous les confier et préfèrent les garder près d\u2019elles dans de petits berceaux ou à jouer entre les paniers et les poubelles.» La travailleuse sociale enquête sur la situation économique de chaque cas et détermine la part de collaboration à exiger laquelle n\u2019excède jamais 2 quetzal ($1.00) par mois.Ni le coût minime de la pension ni les facilités offertes n\u2019ont décidé les mères indigènes.Elles s\u2019imaginent qu\u2019on veut leur enlever leurs enfants ou qu\u2019ils vont mourir de faim là-bas.C\u2019est la peur, une peur incontrôlable, qui fait qu\u2019elles préfèrent parfois voir souffrir leur enfant plutôt que de l\u2019amener à ces centres bien organisés.Pour maintenir ces services, il a fallu accepter les enfants du barrio, même si les mères ne travaillent pas au marché.Trois mamans et sept gardes-bébés ont la charge de 234 petits pensionnaires.La diète est soigneusement balancée par une technicienne.D\u2019ordinaire, dans les familles, les mets que l\u2019on donne aux jeunes enfants sont à base de maïs.Ce régime a pour effet une carence de vitamines qui est bien plus la cause de la mortalité infantile au Guatemala que la sous-alimentation.Le problème le plus pressant de l\u2019heure reste donc comment apprivoiser les mamans à l\u2019idée de confier leurs enfants à ces garderies modèles plutôt que de les laisser pousser à travers les paniers et les poubelles?325 lülanâ mount 0 par Sœur Marie-de-la-Rédemption, m.i.c.Nous ne l\u2019ignorons plus puisque le public montréalais a eu l\u2019occasion d\u2019apprécier leur musicalité prodigieuse ce 17 octobre dernier, en la Salle Claude-Champagne.A l\u2019invitation de M.Alfred Carson, M.Shinichi Suzuki, avec dix de ses élèves âgés de six à seize ans, présentaient un concert d\u2019une qualité d\u2019exécution étonnante pour des violonistes de cet âge.Une séance spéciale avait été réservée aux professeurs et éducateurs.M.Suzuki, cet exceptionnel pédagogue du violon, y démontra, à sa manière simple et persuasive, l\u2019originalité de sa méthode qui prévoit le début des études dès l\u2019âge de trois ans.« Les enfants qui font partie de cette tournée, disait-il, n\u2019ont pas été choisis pour leur talent musical extraordinaire.Ils ont été pris au hasard parmi les 6,000 de mes élèves.» Les procédés de M.Suzuki semblent révolutionnaires, mais en fait ils sont basés sur des principes élémentaires de psychologie enfantine.Avant même de commencer l\u2019étude de l\u2019instrument, M.Suzuki exige l\u2019audition de disques à la maison.« Les premières leçons sont données d\u2019abord à la mère » a-t-il expliqué en souriant.« Elle accompagne l\u2019enfant au studio une fois par semaine; après quatre cours elle joue déjà une mélodie.Les heures de pratique de la maman éveillent chez le petit le goût de l\u2019archet.On lui donne alors un instrument adapté spécialement à sa grandeur.Durant les deux ou trois premières années, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à ce que l\u2019élève ait acquis un minimum de technique, aucune musique imprimée n\u2019est utilisée.Tout ce que l\u2019élève apprend, il l\u2019apprend de mé- 326 Photo La Presse 328 Maître Wilfrid Pelletier, D.M., félicite M.Suzuki et les jeunes artistes.Quelques=uns des virtuoses japonais, à la salle Claude-Champagne de l\u2019école Vin-cent-d\u2019Indy le 17 octobre dernier.329 moire.» Les leçons se déroulent sans la moindre contrainte, des rapports des plus sympathiques ayant été établis entre l\u2019élève, les parents et le maître.Le progrès étant extrêmement rapide, l\u2019élève arrive bientôt au répertoire et M.Suzuki ne choisit que les plus grands compositeurs: Bach, Haendel, Vivaldi, etc.Au Japon la méthode Suzuki compte des milliers et des milliers d\u2019adeptes.Il arrive souvent que l\u2019on présente des exécutions publiques où des centaines de jeunes violonistes, de quatre ou cinq ans, jouent à l\u2019unisson, avec un archet et une justesse impeccables.Ceux qui ont eu le privilège d\u2019entendre les enfants Suzuki à Montréal ont pu se rendre compte de la précision et de la musicalité du jeu de ces jeunes dans les œuvres suivantes: Concerto no 1 en LA mineur:\tJ.S.Bach 1er mouvement (Solo: Hitomi Kasuya, 7 ans) Allegro con fuoco:\tF.M.Veracini du Concerto-Sonate en MI mineur (Solo: Rie Ikeda, 7 ans) Sonate en SOL mineur:\tH.Eccles 2e mouvement (par 6 élèves, groupe sénior) Concerto en LA mineur\tA.Vivaldi 3e mouvement (Solo: Takeshi Kurokochi, 8 ans) Présent à cette représentation, M.Wilfrid Pelletier a remercié et félicité M.Suzuki de ses résultats obtenus et il a ajouté: « Vous avez développé chez ces enfants leur talent naturel comme une mère enseigne à parler à ses petits, mais surtout vous leur avez fait aimer ce monde merveilleux de la musique.» Le concert terminé, Mme Katsuyo Suemitsu, accompagnatrice, rencontra dans les coulisses quelques religieuses de notre Congrégation, amies intimes de sa famille.Surprise et émue, elle retrouvait parmi elles son premier professeur de musique à Kagoshima.Diplômée du Conservatoire de Tokyo, Mme Suemitsu enseigne maintenant le piano dans cette ville.Son frère, M.Kenji Mochizuki, coordonnateur de cette tournée de trois semaines aux Etats-Unis et au Canada, partagea sa joie de revoir d\u2019anciennes missionnaires du Japon.Ce qui distingue le professeur Suzuki et sa méthode, c\u2019est le fait qu\u2019il s\u2019adresse à tous les enfants du monde entier, sans exception.Il n\u2019attend pas que l\u2019enfant ait montré des dispositions particulières pour la musique mais au contraire il va au-devant, convaincu que la musicalité est une chose qui s\u2019acquiert, « comme on apprend sa langue maternelle ».Yukari Tate, 16 ans, soliste dans le 1er mouvement du Concerto en RE majeur de P.Tchaikovsky.Photos G.Patoine Mme Katsuyo Suemitsu, accompagnatrice, et son frère, M.Kenji Mochizuki, rencontrent avec joie Sœur Saint=François=Xavier et Sœur Marie-des=Archanges anciennes missionnaires à Kagoshima.330 PHILIPPINES LES CHEVALIERS DE L\u2019AUTEL par Sœur Marie-Pia, m.i.c.Voici une nouvelle qui réjouira les cœurs apostoliques: cinq de nos chevaliers de l\u2019autel sont entrés au séminaire cette année pour leur « High School »; Rolando, minuscule de taille, teint clair, poli, doux et souriant, au sens aigu des responsabilités; Antonio, brun et vigoureux, sérieux comme un maître de cérémonie quand il exerce de jeunes acolytes, mais bruyant aux jeux et organisateur dynamique de tous les projets du groupe; je n\u2019en finirais plus d\u2019énumérer les caractéristiques de Ramon, de Francis et de José.Ce départ pour le séminaire San José de Manille comble de joie tous les « servants de messe » de l\u2019Académie de Gagalangin.Et pour l\u2019Eglise philippine de demain quel réconfort! Bien qu\u2019elle se fortifie de jour en jour, notre Eglise doit faire face à une situation complexe qui provient du manque de a*, ' Le basket=ball est populaire même chez les séminaristes.» *.1 - iv .t s' v%-^ 'V.UÉ'jÜi ^\t7 Li^fi .' i-vt .\"-S\u2019* ¦ i prêtres autochtones.Il reste que l\u2019apport des prêtres étrangers est appréciable: les trois quarts du clergé sont formés de missionnaires venus de pays plus favorisés que le nôtre en vocations sacerdotales.La pénurie du clergé local demeure donc un problème aigu pour l\u2019Eglise philippine.Les récentes statistiques donnent en moyenne un prêtre pour 7,000 âmes.Telle paroisse de 5,000 catholiques bénéficie du ministère d\u2019un seul prêtre.Et ce n\u2019est pas une exception.Tel évêque n\u2019a que 62 prêtres pour desservir une population catholique d\u2019un million.Pourquoi l\u2019appel du Seigneur ne trouve-t-il pas plus d\u2019écho dans nos Iles?La multiplicité des obstacles à surmonter, dont le plus courant est la pauvreté matérielle des parents, explique le petit nombre de jeunes gens qui arrivent au sacerdoce.Comment obtenir le consentement des parents à l\u2019internat quand le budget familial suffit à peine aux nécessités de la vie ?Et l\u2019on ne peut accorder une instruction gratuite à tous les candidats.Les vocations sacerdotales sont donc liées à ce problème humain « d\u2019argent ».et les jeunes garçons voient leurs aspirations au sacerdoce paralysées à cause de ces biens terrestres! Le décret conciliaire Oplatam totius concernant la formation des prêtres a retenti à l\u2019Académie de Gagalangin.Cette invitation, adressée aux maîtres et à tous ceux qui s\u2019occupent de l\u2019éducation des enfants et des adolescents, a joué le rôle de stimulant et est à la racine d\u2019un grand mouvement en faveur des vocations religieuses et sacerdotales.Nous aiderons d\u2019abord par les moyens traditionnels: la prière et la pénitence;.ensuite par une catéchèse adaptée qui expose la nécessité, la nature et l\u2019excellence de la vocation sacerdotale.Par là, nous rejoignons un autre décret conciliaire Presby-terorum ordinis : « Dans les prédications, la catéchèse et les revues, il est nécessaire de faire connaître abondamment les besoins de l\u2019Eglise locale et universelle.» Rolando, Antonio, Ramon, Francis et José sont entrés au séminaire.mais persévéreront-ils?Ils en ont le ferme espoir, s\u2019ils reçoivent notre collaboration spirituelle et matérielle.Le grand rêve de nos « enfants de chœur » d\u2019hier se réalise au fil des jours au séminaire San José où avec enthousiasme et optimisme ils se plient aux exigences de leur formation sacerdotale! 332 Photo Pawek Le village de Thumbi devient, le mardi de chaque semaine, le « rendez-vous » clinique par excellence.Tôt le matin la voiture du Père Léger, p.b., s\u2019arrête à la porte de notre dispensaire de Rumpi; l\u2019on charge le minimum indispensable.et en route! Les 7 milles qui nous séparent de Thumbi sont souvent agrémentés d\u2019incidents typiques comme par exemple la traversée d\u2019un certain petit pont trem- blant qui ne va jamais sans risque, sans serrement de cœur.Résistera-t-il aux pluies diluviennes de la prochaine saison?C\u2019est l\u2019invariable question que nous nous posons en le franchissant.La route cahoteuse rythme le reste du trajet.Et nous y voilà.Quel accueil! Nous n\u2019avons guère besoin de publicité.Les enfants accourent, 333 ¦ * L I*, jSSt* ' \u201d i -¦/.L.I « / : t- s\u2019\"V Tous les moyens sont bons pour se rendre à Thumbi.¦ f ; * nUS SM.'
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