Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 mai 1972, Mai - Juin
[" PRECURSEUR Mai-Juin.1972.Ville de Laval-Vol.XXVIIe-No 3 Vk,, , r Bolivie.La quena (flûte des Andes).\u201cLes ombres de cent siècles sanglotent avec la quena.\u201d\t% > jËM Ces lignes veulent compléter l\u2019article \u201cLa Musique en Bolivie\u201d paru dans le Précurseur de septembre-octobre 1964.L\u2019audition de disques récents sur le folklore Sud-Américain nous rend attentifs à cette musique de la Cordillère qui, même la plus virile, demande beaucoup de pureté, de tendresse et d\u2019humanité.Los Chacos, par exemple, dans El Condor Pasa, ont toutes ces qualités.Ils rendent à merveille quelques pièces du folklore bolivien: Borrachito Ladron, Sicuris et Polle-rita.Le folklore (folk: peuple, et lore: science) bolivien, nous aide peut-être plus à connaître ce peuple que la musique où les compositeurs pratiquent volontiers un style d\u2019écriture que l\u2019on pourrait appeler \u201cespagnol colonial\u201d.Dans les pays andins, les musiques inca et espagnol ne se sont pas mariées: dans les villes subsiste une musique d\u2019origine espagnole mais amollie; dans les campagnes et les montagnes résonnent les mornes mélopées indiennes.La destinée musicale de la Bolivie n\u2019est pas différente de celle des autres pays | FOLKLORE BOLIVIEN Photos: Bureau du Tourisme-Bolivie iff# La fête, seule, vient rompre le rythme de cette vie que l\u2019Indien traverse, résigné.L\u2019air s\u2019emplit du son des cordes, des flûtes et des tambours.Autrefois, chaque village avait sa danse et présentait sa propre troupe.\u2018TAS wMWSit yrK* FS?' d\u2019Amérique du Sud, mais des recherches sont entreprises afin d\u2019intégrer le folklore issu des civilisations Aymara, Quechua et Guarani.Dans ce domaine la Bolivie a apporté des éléments vraiment intéressants (permanence de chants et de danses célébrant le culte du Soleil, les exploits des héros, etc).Dispersées dans les vastes étendues des pampas ou cachées sur les pentes des Andes, les tribus des Aymaras et des Quechuas de la Bolivie conservent encore comme caractéristiques de leurs traditions, une ancienne culture devenue leur héritage.Dans les parties les plus éloignées, non atteintes par aucune influence soit espagnole ou autre, la musioue traditionnelle et les danses folkloriques ont visiblement conservé beaucoup de leur pureté native.La tribu Aymara, la plus considérable de la Bolivie, reflète dans sa musique un mysticisme indien et un 67 panthéisme très influencés par l\u2019imposante grandeur des Andes aux neiges éternelles et par les lignes austères de l\u2019immense plateau montagneux connu sous le nom de Altiplano.La musique des Aymaras diffère de celle des autres Indiens: purement abstraite jamais lyrique, les mélodies et les rythmes d\u2019origine très ancienne s\u2019expriment dans une version strictement instrumentale.Les Quechuas, au caractère aussi doux et docile que le climat où ils habitent, ont adopté, des Aymaras, le rythme de leur musique en y introduisant cependant un élément lyrique permettant l\u2019expression vocale.Danses et instruments boliviens C\u2019est à l\u2019époque des fiestas que le Bolivien se révèle sous son vrai jour.Ces fiestas, avec leurs danses, les étranges costumes aux couleurs éclatantes des participants, sont pour les Indiens d\u2019excellentes occasions de se livrer à leur folklore.L\u2019Indien est triste.Sa musique aussi, qu\u2019il tire des flûtes de roseau: \u201cJ\u2019ai été conçu par une nuit de tourmente .La pluie et le vent furent mon berceau.Cette complainte des soirs de désespoir nous paraît à peine plus sombre que les airs de danse des jours de fête.Même dans sa joie, l\u2019Indien porte toujours cette note de mélancolie et les instruments expriment aussi ce sentiment.Au cours de ces fiestas, les danses et les instruments des troupes sont presque toujours typiquement indiens.Le nom Kenochos ou Kenakenas donné à certains danseurs, dérive de la kena ou quena, simple flûte des Indiens du plateau bolivien.Une sorte d\u2019armure, modelée dans des peaux de tigres, recouvre la poitrine et les épaules des danseurs et des musiciens.Ceux-ci portent des tambours attachés à leur ceinture, les frappant de la main droite avec un bâton, la gauche se trouve libre pour jouer la quena.L\u2019effet musical d\u2019un orchestre Kenocho nous paraît plutôt dur et austère.Cette musique n\u2019est-elle pas profondément enracinée dans le sol des Aymaras?La quena, instrument incacique en usage chez les Indiens du plateau, faite d\u2019une canne de bambou spécial connu sous le nom de Chuqui, est identique au yo chinois ou au fue japonais.Il existe une grande variété de quenas.La petite mesure 37 cm.de long par 2 cm.de diamètre et compte six trous; son timbre est doux, clair, mélancolique.La quena des Kenochos mesure 50 cm.avec sept trous et la quena Pjusi-Phias est de 69 cm.avec quatre trous.Le groupe des Pjusi-Phias tire leur nom de la plus longue quena.Ce nom signifie en langue aymara \u201cquatre sous\u2019\u2019.Les Pjusi-Phias emploient trois différentes grandeurs de quenas dans leur orchestre: taie, mère; mala, medium; ch\u2019iti, fils ou petit.Les danseurs de cette troupe portent des jupes blanches par plis, des peaux de renards sur les épaules et comme coiffure une forme de bambou décorée de fleurs.Les Chuncos dansent un genre de mascarade qui ressemble au théâtre chinois.Ils se couvrent de masques d\u2019animaux sauvages de la \u201cjungle de l\u2019est\u201d, le vieux Antisuynu.L\u2019arc et la flèche montrent que cette danse commémore une bataille entre les Aymaras et une tribu sauvage de la jungle.Un trait caractérise cette danse: à certains passages la musique s\u2019interrompt pour donner place à des cris sauvages.Les Tratripulis sont aussi nommés d\u2019après leur instrument.La quena de Tratripuli mesure 43 cm.de long avec sept trous.Cette musique d\u2019un rythme prononcé paraît austère.Comme les Kenochos, les Tratripulis jouent le tambour et la flûte simultanément.A l\u2019origine, cette danse avait un sens religieux; voilà pourquoi les danseurs se placent en une sorte de procession et parmi eux figurent des acteurs déguisés en anges.La quena choquela, plus longue que la tratripuli, mesure 47 cm.avec sept trous et donne un son dur.Choquela signifie sauvage en aymara.La musique d\u2019origine très ancienne est accompagnée par l\u2019incessant rythme monotone des tambours.Des hommes et des femmes dansent la choquela ou vicuna portant un jeune vicuna (vigogne) empaillé, décoré de rubans de diverses couleurs.Arthachana (lamentation), musique des bergers indiens de l\u2019Altiplano, est une pastorale.Ces airs accompagnent l\u2019Indien errant jour après jour derrière son troupeau de lamas.Son instrument, soit une quena, une antara ou pan-flûte, ou une tarka, fait partie de sa vie quotidienne.Comme on peut le constater, il y a plusieurs sortes de quenas.L\u2019air insufflé verticalement, obliquement ou transversalement se répercute contre les parois internes et engendre différents sons.Il y a une quena qui se joue comme une petite musique à bouche; une autre a de petits trous carrés; la tarka est plus grande et les zamponas (flûtes de Pan) marquent un rythme pausé et vigoureux.Aucune musique indigène n\u2019égale l\u2019effet fascinateur d\u2019un orchestre de Pan-flûtes ou zamponas.Les notes intenses de ces quenas expriment les sentiments du coeur; la musique de ces flûtes se fait si émouvante qu\u2019à l\u2019écouter un poète espagnol s\u2019exclamait: \u201cLes ombres de cent siècles sanglotent avec la quena\u201d.Cette musique est aussi roucoulement de colombe et symbole d\u2019amour dans la légende khan-tuta, et la quena possède des cadences d\u2019ingénues idylles ou de solennelles marches hiératiques selon qu\u2019interviennent les taikas, les malas ou les chulis, instruments qui procurent des sons lugubres capables de nous faire penser à des maléfices sinistres.Le zampona, flûte classique de Pan ou Syrinx des Grecs, se joue à travers la région des Andes, depuis l\u2019Equateur jusqu\u2019en Bolivie.Elle est constituée de pipeaux de tailles différentes, faits de roseaux liés les uns aux autres, placés en forme graduée de grands à petits en deux rangées.Sur celle d\u2019en avant sont les notes aiguës et sur celle d\u2019en arrière les demi-tons.Ces flûtes accompagnent les danses et se jouent en concert de sorte que leur rythme syncopé est interposé sur la pause de l\u2019instrument qui le précède immédiatement.68 £7 4 'N -4^ i-1 ».hï.ÊHBtai Chaque danseur joue la quena, instrument incacique fait d\u2019une canne de bambou, et frappe simultanément son tambour.- 1^ La quena et le charango reflètent la désolation des Hauts-Plateaux où le vent souffle et donne une note de tristesse et de mélancolie.Quelle émotion pour le joueur de charango à la vue de la jupe de sa bien-aimée qui tournoie et s'envole au rythme effréné de la danse! Z Charango: petite guitare à cinq cordes doubles; sa caisse de résonnance est faite d\u2019écailles de tatou (animal).69 En écoutant un ensemble de zamponas de différentes grandeurs, grosseurs et nombres, les musiciens de l\u2019Altiplano affirment que cette musique traduit bien la plainte d\u2019une femme.L\u2019esprit se convertit en musique: esprit sévère, aride et pur, simple exaltation de l\u2019âme accrochée à la racine de l\u2019Altiplano rigoureux et sec.Quelle autre voix pourrait émerger du peuple! Tandis que les instruments signalés plus haut se réfèrent principalement à la musique des Aymaras, le Kaluyo est une authentique mélodie quechua, chanson du voyageur, fredonnée par ceux qui errent çà et là dans les vallées ensoleillées de leurs pays des Andes.Le Quechua s\u2019accompagne de son charango.Le charango petite guitare à cinq cordes doubles, remonte au temps de la colonisation espagnole; sa caisse de résonance est faite d\u2019écailles de tatou (animal).Sous le règne des Incas les instruments à cordes étaient inconnus.Le charango est joué exclusivement par les Quechuas et les Métis.La quena et le charango reflètent la désolation des Hauts-Plateaux, où le vent souffle et donne une note caractéristique de tristesse et de mélancolie.Costumes et danses Dans les réjouissances indiennes, un trait saillant est la coiffure.Elle consiste en un cadre de bambou, surmonté d\u2019énormes plumes d\u2019autruches penchées par en avant, dans une courbe d\u2019environ un mètre de diamètre.Chaque danseur joue simultanément une petite zampona et frappe son gros tambour.Le vêtement des danseurs consiste en des ponchos multicolores laissant voir par l\u2019ouverture centrale un tissu de laine de mouton.Les Indiens sont coiffés soit de chapeaux de laine aux longues oreilles ou de chapeaux de plumes.Tous portent des pantalons de bayeta de la tierra (étoffe grossière de laine).Kusillo, dieu de la danse, souvent représenté comme un acrobate, joue un rôle important dans la pantomime indienne, de même que le renard empaillé.Ses sauts comiques et ses fantaisies sauvages amusent grandement les Indiens.Les anciens aussi reçoivent un rôle important dans cette pantomime; ils sont représentés par Auqui-Auqui.En la fête de la Toussaint, trois figures font leur apparition: un homme et une femme âgés avec le Kusillo; ils forment Auqui-Auqui.La danse des vieillards portant un bâton et exécutant de petits pas étranges devient une attraction spéciale pour les Indiens.Le Huaca-Tokjori, un des plus originaux groupes de danseurs apparaît aux réjouissances indiennes du plateau.Cette danse aussi nommée d\u2019après l\u2019instrument le Huaca-Tokjori ordinairement joué par les musiciens.Le Huaca-Tokjori une longue flûte de la famille des Pinquillos, s\u2019apparente au Chistua basque et au Galoubet provençal.Comme dans la danse japonaise du \u201cCheval Mambu\u201d, les Huaca-Tokjoris font mines de cavaliers montant à cheval; avec leurs cornes ils donnent de l\u2019éperon entre eux et piétinent le sol de leurs sabots.Un dernier mot sur la danse typiquement bolivienne.Il existe une différence entre la danse des campagnards et celle des gens du peuple.La musique, toutefois, est la même parmi les plus autochtones: le huayno et la cueca.Chez les campagnards, le huayno se danse ainsi: les danseurs se mettent en cercle par couples et commencent à taper du pied et à chanter en tournant en cercle.Parfois, les hommes seulement, avec les instruments en mains dansent en se traînant les pieds comme si c\u2019était un petit trot.Cette danse en Bolivie est presque toujours chantée, mais parfois dans une version strictement instrumentale, le charango et la quena dominent en alternance.Sur leur disque: \u201cLa Flûte Magique\u201d Los Chocos interprètent à merveille la huayno dans Pollerita, texte très alerte, dont la moitié en langue quechua, décrit l\u2019émotion du joueur de charango à la vue de la jupe (pollera) de sa bien-aimée qui tournoie et s\u2019envole au rythme effréné de la danse.La cueca danse commune au Chili, à la Bolivie et à l\u2019Argentine, est toujours chantée.Les danseurs, deux ou quatre couples, se placent en quatre angles.Alors traînant les pieds et ayant en main un petit mouchoir ou saisissant la pointe d\u2019une petite fronde, ils en donnent des tours au-dessus de la tête ou à défaut de cela, saisissant les coins du poncho ils s\u2019avancent face à face pour ensuite retourner au même endroit comme en un demi-tour.Les couples s\u2019entrecroisent jusqu\u2019à se toucher des épaules pour retourner en un demi-tour au même endroit et ainsi de différentes formes, ils font le changement d\u2019un côté à l\u2019autre donnant un aspect très beau et harmonieux à leurs mouvements.Ce baiiecito ou petite danse, très gracieuse, permet des changements de pas qui mettent en valeur la qualité des danseurs.La danse ne sert pas seulement pour les fêtes profanes mais contient aussi en elle-même un aspect religieux.La même danse peut s\u2019exécuter autant pour une fête religieuse chrétienne que par tradition incacique, par exemple, la danse au soleil.A l\u2019époque du carnaval, quelques jours durant, la danse est reine et chacun oublie les misères de la vie quotidienne.Alors les femmes indiennes profitent de cette occasion pour sortir les vêtements si colorés dont la vue seule réjouit le coeur de toutes les belles de l\u2019endroit.Les danses sont accompagnées à la flûte de Pan, et le huayno remporte le plus de succès.La musique est aussi la langue de l\u2019Indien, une langue qui n\u2019exprime que la plainte ou la tendresse.Oui, \u201cla musique de l\u2019Altiplano ne pousse pas aux pleurs mais à quelque chose d\u2019infini.\u201d Documentation fournie par: Mariette Landry, et Céline Trudeau, m.ic.70 Ce symbole, dû au graphiste belge Michel Olyff, a été choisi par (\u2019Unesco pour marquer l\u2019Année internationale du livre.Il a été obtenu grâce au concours du Conseil international d\u2019associations graphiques.Les deux hommes, qui se donnent la main sur les pages d\u2019un livre ouvert, symbolisent la coopération internationale, tandis que la position bien assurée de leur corps traduit l\u2019importance des livres dans le développement national.LE LIVRE ET La 16e Conférence générale de l\u2019Unesco a proclamé l\u2019année 1972, l\u2019AIL, Année Internationale du Livre, et sa devise: \u201cDes livres pour tous\u201d.Thèmes principaux: promotion du livre, encouragement particulier aux jeunes pour les amener à goûter et à apprécier les meilleurs fruits de la pensée et des lettres.A cette occasion l\u2019Unesco a choisi comme emblème deux hommes qui se donnent la main sur les pages d\u2019un livre ouvert.Ils symbolisent la coopération internationale; la position bien assurée de leur LA MISSION corps traduit l\u2019importance des livres dans le développement national.Qui mieux que le missionnaire est à même d\u2019apprécier l\u2019importance capitale du livre dans la diffusion du message évangélique?Au festival international du Livre organisé à Nice en mai 1971, Paul VI soulignait l\u2019appui qu\u2019il fallait donner à \u201cun art et une industrie qui importent au plus haut point pour l\u2019avenir de l\u2019homme\u201d.(Oss.Rom., 11 juin 1971) 71 Canada Bolivie 0; «a?» a»rum«uj>w W-*lS Hr''.\u2022».*, \u2022\u2022 ,*»* >\u2022 \u2022 > » y> > «> -\u2022\u2022y.\u2022.\u2022 '\u2022> * ( _»* >)\u2022 \u2018\u2022-% \u2022 \u2022 t .\u2022 Le livre: moyen de connaissance et de réflexion La transformation du rôle du livre a coïncidé avec l\u2019essor des moyens de communication dits \u201célectroniques\u201d (radio et télévision).Cependant, dans le cadre de ce développement général, l\u2019influence des livres s\u2019est maintenue et même renforcée.De plus, le livre demeure parmi tous les moyens d\u2019information existants, l\u2019instrument essentiel de la connaissance.Il favorise également la tranquillité et la réflexion.Enfermés dans la \u201cjungle\u201d de notre monde moderne où le bruit règne en maître, les hommes aspirent, dans le secret de leur âme, à trouver quelque oasis de tranquillité et de solitude.Dans une certaine mesure, les bons livres peuvent nous procurer ces biens inestimables.Ils apportent à notre civilisation menacée un approfondissement des réalités humaines, un épanouissement de la personalité.Le livre dans l\u2019histoire religieuse missionnaire Des juifs, le peuple du Livre, nous avons reçu les précieux textes de l\u2019Ancien Testament tandis que les apôtres et les évangélistes nous ont transmis l\u2019Evangile et les autres livres du Nouveau Testament.Qui connaît réellement l\u2019impact de ces livres sur l\u2019hu-manité?N\u2019ont-ils pas remporté une victoire décisive de la vérité sur l\u2019ignorance et la superstition?Mieux qu\u2019aucune peinture, ils ont produit la figure humaine et divine du Christ sauveur.Nous sommes appelés à partager ce trésor, héritage indestructible.\u201cQuiconque ignore l\u2019Ecriture\u201d, déclare St.Jérome, \u201cignore le Christ.\u201d Il en est de même, jusqu\u2019à un certain point, pour les livres qui nous ont été légués par les premiers écrivains chrétiens.Après les apôtres et les évangélistes vinrent ceux qu\u2019on nomme les Pères aposto- | 72 liques, eux, \u201cdont les oreilles étaient encore remplies de la voix des apôtres et qui avaient eu leurs exemples devant les yeux\u201d.La Didachè, un des monuments les plus anciens de la littérature chrétienne primitive, re- constitue pour nous l\u2019enseignement et les usages de l\u2019Eglise aux environs de l\u2019année 135 ou les premières années du Ile siècle.Les \u201cActes des Martyrs\u201d firent Afrique ceux qui rendirent témoignage au Christ au prix même de leur vie.Les sept lettres de St.Ignace d\u2019Antioche apparaissent comme le chef-d\u2019oeuvre de cette époque et l\u2019un des sommets de la littérature chrétienne.Loin de nous dans le temps, les Pères apostoliques de- meurent proches de nous par l\u2019esprit.On sent le Seigneur présent dans le moindre de ces textes 73 archaïques.Son amour les anime et contre cet amour les siècles ne peuvent prévaloir.N\u2019est-ce pas grâce à eux que nous devenons la toute première Eglise des apôtres et des martyrs à l\u2019oeuvre dans le monde?A leur suite vinrent les apologistes, les commentateurs de l\u2019Ecriture, les Pères de l\u2019Eglise.Aucun d\u2019entre eux n\u2019avait l\u2019ambition de faire oeuvre littéraire.Leur unique désir était de transmettre la Joyeuse Nouvelle à tous les hommes, pure de tout alliage, de toute trace d\u2019hérésie.Plusieurs scellèrent leurs oeuvres de leur sang.En fait, il est aussi difficile dans ce court essai de mentionner tous les grands écrivains qui continuèrent la tradition du livre tels que Tertullien (160-220), Origène (185-254), Eusèbe (264-340), Augustin (354-420), St Jean Chrysostôme (345-407), etc., que d\u2019évaluer le témoignage chrétien parmi toutes les classes de la société.Après la chute de l\u2019empire romain, les missionnaires auprès des \u201cbarbares\u201d agissaient en même temps comme éducateurs.Ils ont écrit des manuels de doctrine, traduit les Saintes Ecritures dans divers dialectes.Les apôtres des Slaves, Saint Cyrille et son frère Saint Méthode, inventèrent même un alphabet pour faciliter la diffusion du message évangélique.En Chine, le Père Mateo Ricci réalisa durant son séjour en ce pays, que l\u2019imprimerie jouait déjà un grand rôle dans ce pays depuis le Ville siècle.Il s\u2019empressa d\u2019utiliser ce moyen d\u2019apostolat en publiant d\u2019abord un livret contenant le décalogue en caractères chinois, puis enfin des prières usuelles.Paul Hsu, un lettré et l\u2019un des plus illustres néophytes chinois, n\u2019hésitait pas à affirmer que les livres étaient l\u2019unique moyen de propager le christianisme.Il pressait continuellement Ricci d\u2019en publier de nouveaux.Ricci acquiesça si bien à cette recommandation qu\u2019on a pu inscrire sur la pierre tombale: \u201cA celui qui aima le bien et écrivit des livres\u201d.Le livre au service de la mission suivait son cours.Dans notre pays, les missionnaires du Grand Nord entreprirent la lourde tâche de traduire le message évangélique en des langues qui ne possédaient même pas d\u2019alphabet.Dieu seul sait combien il leur en a coûté! Essor d\u2019un art et d\u2019une industrie Durant les deux derniers millénaires, le livre a connu diverses mutations, mais son but premier \u2014 la communication des idées \u2014 est demeuré le même.Il reste que le progrès qui résulte de l\u2019extraordinaire diffusion du livre n\u2019est pas toujours dépourvu de toute ambiguïté.A l\u2019occasion du festival international du livre organisé à Nice, en 1971, Paul VI a lancé \u201cun appel pressant à mettre d\u2019abord à la portée du public les oeuvres de ceux qui, aux divers plans des arts, des lettres, des sciences, de la philosophie, de la vie spirituelle, proposent à l\u2019humanité une expérience capable de l\u2019éclairer, de l\u2019élever, de la guider vers son véritable bien.\u201d La formidable industrie de l\u2019imprimerie et de la publication en U.R.S.S.lance chaque jour sur le marché environ 3 millions d\u2019exemplaires.Les bibliothèques ont un développement considérable.Une décentralisation poussée assure la présence d\u2019un bibliothécaire dans chaque village; il remplit un rôle beaucoup plus pédagogique que technique.La Chine publiait, il y a quelques années, 15,000,000 d\u2019exemplaires des oeuvres de Mao.A lui seul, le petit livre rouge contenant le résumé de la doctrine maoïste est tiré à des millions d\u2019exemplaires.Par contre, en Asie du sud-est l\u2019édition est encore à un stade de sous-développement.Plus de 800 millions de personnes, soit le quart de la population mondiale, vivent en Asie du sud-est.Cependant, sur 400,000 titres produits dans le monde entier, 20,000 seulement, soit le vingtième, ont été publiés dans cette région.Le sous-développement de l\u2019édition relève d\u2019une foule d\u2019éléments restrictifs qui vont de certains facteurs limitant directement le marché du livre.L\u2019analphabétisme reste l\u2019obstacle majeur à une plus large diffusion de l\u2019imprimé.Le livre et la mission Dans tout cela qu\u2019en est-il de l\u2019apostolat par le livre?Malgré les préjugés contraires, cet apostolat présente de grandes possibilités.On demande parfois: \u201cPourquoi de nouveaux livres religieux alors qu\u2019il existe déjà des montagnes de volumes sur ce sujet?\u201d La réponse est simple.Les anciennes vérités religieuses doivent être redites en un langage contemporain.Les anciens principes demeurent les mêmes mais ils doivent être ajustés aux circonstances changeantes, lus par des regards neufs.Ce qui a été écrit en une langue revêt des nuances dans une autre.Souvent, il en résulte un enrichissement.La pensée théologique revêt des formes nouvelles et se développe quand elle est coulée dans les moules de divers langages.Le monde aujourd\u2019hui est exposé à une propagande effrenée d\u2019athéisme et d\u2019immoralité.L\u2019âge de la foi aveugle est révolu.Le message de la Bonne Nouvelle transmis par les apôtres, recueilli dans les Saintes Ecritures, n\u2019a cessé d\u2019être approfondi, vécu, même peut-on dire écrit dans le coeur des fidèles.Aujourd\u2019hui plus que jamais le livre est absolument nécessaire pour ouvrir ce nouveau monde en gestation aux valeurs évangéliques.Le livre chrétien invite à contempler le travail de l\u2019Esprit dans le coeur de tous les hommes, comme à discerner les appels qu\u2019il nous adresse à travers faits et méfaits, justices et injustices.Oui, car c\u2019est cette vertu du livre qu\u2019il faut maintenir et développer.La diffusion, la communication illimitée et incessamment renouvelée entre tous les Sommes, voilà la mission propre du livre.Dès qu\u2019il cesse de la remplir, si beau que soit son aspect et si noble que soit son contenu, il n\u2019est plus qu\u2019un poids de papier mort, un trésor sans âme.Madeline Maillet, m.i.c.74 Yahvé est Souverain Seigneur du monde.DES GUIDES SPIRITUELS Au premier abord, les prophètes de l\u2019Ancien Testament nous apparaissent, à nous du XXe siècle, comme des devins, des cartomanciens ou des tireurs d\u2019horoscope.Mais si l\u2019on s\u2019arrête et si l\u2019on réfléchit soit sur leur message ou leur existence l\u2019on découvre que les prophètes ont été des guides spirituels, des missionnaires et des porte-parole de Dieu pour Israël.Jouant sur les mêmes thèmes qu\u2019ils exploitent différemment, ils ont dépassé leurs diversités parce qu\u2019une vocation commune les rassemblait.Déterminée par les événements, la mission de chaque prophète portera sur les points les plus indispensables à sauvegarder, sur les notions à faire pénétrer le plus opportunément dans les coeurs.Ainsi ce sera le rôle d\u2019Amos de travailler à développer la pratique de l\u2019amour de l\u2019autre en démas- 76 LE PROPHETE QUI DERANGE De quel droit Amos parle-t-il?Qui lui a donné mission de dénoncer, de riposter, de crier comme un révolutionnaire sur les places publiques?Prophète, il l\u2019est malgré lui, arraché par Dieu à un métier tranquille, à un milieu de paysans fortunés.Langage nouveau pour le peuple d\u2019Israël qui écrase le pauvre dans l\u2019injustice, la voix du prophète venu du royaume de Juda s\u2019élève: Yahvé, souverain Seigneur du monde, punit toutes les nations et châtiera durement Israël, comme les autres nations.Photo: Terre des Hommes quant l\u2019injustice, la dureté, l\u2019hypocrisie (8, 4-7); et en faisant ressortir, avec une assurance absolue, la transcendance de ce Dieu unique, maître de l\u2019univers.L\u2019INTERPRÈTE DE LA CONSCIENCE MORALE Mais le siècle d\u2019Amos c\u2019est notre siècle! Ce qu\u2019il criait, c\u2019est encore à nous qu\u2019il le dit aujourd\u2019hui.Le message du prophète peut être pour nous sujet de \u201crévision de vie\u201d.Nul plus qu\u2019Amos ne s\u2019est fait l\u2019interprète de la conscience morale de son temps, en face des injustices sociales et de l\u2019exploitation des pauvres: dans le style direct et rude des pamphlétaires, il condamne la vie corrompue des cités, la malhonnêteté des commerçants (8, 46), l\u2019étalage du luxe des riches, le culte fastueux des temples royaux, la fausse assurance qu\u2019on met en des rites qui ne traduisent pas les dispositions du coeur \u201cVous écrasez le faible\u201d (Amos 5,11), vous lui prenez un tribut sur son blé.La vigueur de sa parole et la netteté de sa pensée font choc sur Israël: Amos annonce que la dynastie régnante périrait et qu\u2019lsraël serait déporté de son pays.Une terrible épée de Damoclès se trouve ainsi suspendue au-dessus de tous les petits états de Syrie et de Palestine. Yahvé, maître de tous les peuples est un Dieu de justice.Il punira son peuple qui se trompe .Il châtiera durement Israël que son élection oblige à une plus grande justice morale.Pour échapper au châtiment, \u201cil faut chercher Dieu\u201d (5,4).LE MAÎTRE DES NATIONS La prophétie d\u2019Amos est sombre mais elle porte en elle un espoir.Tout en soulignant fortement les liens qui unissent Yahvé à son peuple, Amos montre que Yahvé dirige aussi les destinées de toutes les nations de la terre.Comme il est garant de l\u2019ordre moral et qu\u2019il sanctionne les violations (1,3; 2,12) Yahvé, maître de l\u2019univers, exerce sur la nature un pouvoir total (4, 13).Amos croit que .\u201cl\u2019Amour gouverne la lune et les étoiles\u201d, 2500 ans avant le siècle d\u2019Apollo! Quand il montre que Yahvé a présidé à la naissance des Philistins tout comme il a fait monter Israël d\u2019Egypte; que les Cushites, peuple lointain pour Israël, vivant au sud de l\u2019Egypte et vraisemblablement méprisé à cause de sa couleur, sont autant, vis-à-vis de Yahvé, que les Israélites (9,7), Amos insinue par là que toutes les races ont la même valeur aux yeux de Yahvé qui est le Dieu de tous, un Dieu universel et pratiquement un Dieu unique, non pas une réalité lointaine.Le prophète a le sens très vif de la grandeur de Dieu, créateur et maître de toutes choses.La conception de l\u2019universalisme d\u2019Amos marque la supériorité de Yahvé sur les autres dieux.Yahvé restera toujours le maître exigeant, qu\u2019il est parfois redoutable de ser- vir: \u201cJe n\u2019ai connu que vous de toutes les familles de la terre, aussi vous visiterai-je pour toutes vos iniquités\u201d (3,2).Amos annonce le jugement de Dieu, mais qui s\u2019exercera aussi sur le monde entier et lorsqu\u2019il décrit ainsi la justice de Yahvé, c\u2019est la voix de Dieu qui rugit (1,2) pour stigmatiser ceux qui oublient leurs frères, qui les méprisent et les exploitent; la justice la plus élémentaire n\u2019est pas satisfaite car nul n\u2019a le souci de son frère.Huit siècles avant l\u2019Evangile, Amos laisse entrevoir la Charte d\u2019amour du Christ; au premier rang des exigences divines ne place-t-il pas le maintien de cet esprit fraternel qui cimentait l\u2019unité du peuple de Dieu?\u201cSe souvenir de l\u2019alliance fraternelle\u201d (1,9) a Amour gouverne la lune et les étoiles, 2500 ans avant le siècle d\u2019Apollo! Photo: Unesco Toutes les races ont la même valeur devant Dieu. autant d\u2019importance que de vivre l\u2019alliance avec Yahvé; l\u2019amour prévenant et gratuit de Dieu appelle en retour un amour qui se traduira entre les familles de la terre.Le fait que Dieu règne sur le monde des hommes est une donnée permanente, indépendante de la succession du temps.Il plaît à Dieu de révéler cette manifestation adressée aux hommes qui se déroule dans le temps .Ainsi Yahvé règne sur le monde et sur les nations qui le composent.Amos exerce sa fonction prophétique en usant de la parole pour l\u2019expliciter aux Israélites comme les missionnaires aujourd\u2019hui tentent, par la parole, d\u2019évangéliser toutes les nations; comme toute l\u2019activité missionnaire aussi révèle que la création continue et forme sans cesse un unique peuple de Dieu.La voix d\u2019Amos rejoint les perspectives très larges de l\u2019universalisme primitif.Si Dieu a fait d\u2019Israël un peuple à part, c\u2019est pour se manifester par lui aux nations et les réunir dans l\u2019unité de son culte.Même la dispersion par laquelle il a dû châtier l\u2019infidélité d\u2019Israël sert, en fin de compte, à faire connaître aux nations étrangères l\u2019unique Dieu qui domine l\u2019univers.Mais en retour, les nations doivent savoir qu\u2019elles sont soumises comme Israël au jugement du Dieu unique (1,3 \u2014 2,3).Amos est intéressé par cette \u201cprésence au monde\u201d de Yahvé, maître souverain de toutes choses, arbitre du déroulement de l\u2019histoire.Nul plus qu\u2019Amos ne s\u2019est fait l\u2019interprète de la conscience morale de son temps en face de l\u2019exploitation des pauvres.CONCLUSION Amos, cet homme de Dieu a marché sur les routes à la rencontre d\u2019autres hommes, non pour recevoir mais pour donner .Il a offert à Israël son message pour l\u2019orienter vers-Dieu: Yahvé, maître des nations est un Dieu de justice; Israël est dans les mains de Dieu et comme les peuples voisins il sera châtié de ses égarements.Mais, les menaces du prophète ont dérangé le pays et le prêtre de Béthel le chasse du sanctuaire royal après quelques mois.Pour obéir à Yahvé, Amos était descendu dans la rue pour contester l\u2019attitude d\u2019Israël envers son Dieu.Il n\u2019avait pas choisi sa mission, c\u2019est Yahvé qui l\u2019a pris de derrière son troupeau dans les pâturages de Tequos et par suite Amos a engagé sa vie au service de la Parole \u2014 \u201cVa, prophétise à mon peuple Israël\u201d (7,15).L\u2019ensemble des textes du livre d\u2019Amos exprime une exigence continue, celle d\u2019un grand héraut de la foi à Yahvé Dieu de justice, qui invite les hommes à la fidélité et à l\u2019obéissance envers le vrai Dieu, maître des nations.Gisèle Villemure, m.i.c.79 Le Zampona: flûte classique de Pan, constituée de pipeaux\tUn Indien en costume de fête, joue de la quena pour accom- de tailles différentes faits de roseaux liés les uns aux autres,\tpagner les danseurs, placés en forme graduée de grands à petits en deux rangées. vV, iM*.\t « 'W CONfiO J\u2019AILAIS DONNER ET J\u2019AI REÇU 3 par Huguette Proulx \u2014 Huguette, tu as une expérience de la vie apostolique; comment as-tu travaillé à l\u2019évangélisation durant ces 4 ans au Congo?Comme catéchète sans doute .\u2014 Oui, j\u2019ai surtout travaillé sur le plan catéchéti-que et cela grâce aux études que j\u2019ai eu l\u2019avantage de poursuivre à Lumen Vitae à Bruxelles.Tous les mercredis, de 2 h.à 4 h., je recevais de 140 à 180 moniteurs de brousse et nous avons essayé, trois prêtres africains, un prêtre belge et moi-même, de présenter le message évangélique dans les classes du niveau primaire tout en voulant donner aux moniteurs une nouvelle façon de présenter le message, c\u2019est-à-dire en le situant par rapport à la bible.Comme des pasteurs d\u2019autres confessionnalités travaillent avec la bible, les moniteurs catholiques voulaient présenter le manuel de catéchèse en parallèle avec la sainte Ecriture.\u2014 Tu étais titulaire d\u2019une classe, tu enseignais à temps plein?au primaire?\u2014 Non, j\u2019enseignais dans une école de pédagogie.J\u2019avais 22 h.d\u2019enseignement chez les filles et 8 h.chez les garçons.82 AFRÎQUE CENTRALE SUDAN CAMEROUN -TS J Buma O PROVINCE ORIENTALE KISANGANI o EQUATEUR MBANDAKA UGANDA CONGO' GABON \u2022(Brazza).V0 CO.^NGX) >\t(l (\tfl l KASAI\til OCCIDENTAL 0 BUKAVU BANDUNDU O \u2022- KINSHASA _ J CONGO CENTRAL\"' *¦ * A BANDUNDU N KASAI X ' l ^ ORIENTALf /LULUABOURG|^BUJ|.^Y| TANZANIA KATANGA AFRIQUE ANGOLA LUBUMBASHI ZAMBIA \u2014 Dans une institution privée?\u2014 Dans une école subventionnée par l\u2019état, mais dépendante de la mission catholique, parce que depuis quelques années le BEC (Bureau enseignement catholique), un détachement des différents ministères, a été confié à un jésuite africain, le Père Michel Ekwa.\u2014 A quel endroit enseignais-tu?\u2014 Dans la province du Kivu, à Mulo au Congo ex-belge.En 1960, le Congo a obtenu son indépendance.La plupart des dirigeants sont aujourd\u2019hui des Africains.\u2014 Comment se fait-il que tu te sois dirigée de ce côté?\u2014 A Lumen Vitae, j\u2019ai eu des professeurs qui avaient un esprit missionnaire vraiment formidable \u2014 c\u2019était à l\u2019époque du Concile \u2014 entre autres j\u2019ai eu les Pères Van Costes, Ladrière, Vergot, Ritz; on a étudié la constitution Lumen Gentium.Je voulais faire quelque chose pour les jeunes pays avec un but humanitaire en même temps que missionnaire.\u2014 Pourquoi as-tu choisi le Congo plutôt que le Cameroun ou l\u2019Ouganda?83 \u2014 A Bruxelles, j\u2019ai rencontré des soeurs espagnoles qui avaient travaillé au Congo et qui me parlaient de leur expérience là-bas.Elles ont vu que j\u2019étais intéressée.\u201cPourquoi ne tenterais-tu pas l\u2019aventure?\u201d m\u2019ont-elles dit.Justement l\u2019école normale avait besoin d\u2019un professeur de philosophie et de sciences religieuses.Pendant 4 ans, j\u2019ai enseigné la philosophie.Ils ont un programme académique assez semblable aux programmes belges.Dans les écoles normales, les classes terminales ont la psychologie, la philosophie et les sciences religieuses au programme.Je donnais un horaire complet chez les filles, à temps partiel chez les garçons.\u2014 Tu avais un but humanitaire, missionnaire, mais aussi un goût d\u2019aventure, un goût touristique peut-être?\u2014 Non, je n\u2019ai pas employé le mot aventure dans ce sens.Plutôt dans le sens d\u2019événement, d\u2019épiphanie, de manifestation.je désirais donner un peu de mon temps pour les pays en voie de développement; les nombreux contacts que j\u2019ai eus à Lumen Vitae, où nous étions 38 nationalités, m\u2019ont donné une autre optique de la mission.\u2014 Est-ce que tu étais envoyée par une association ou par le gouvernement canadien?\u2014 Aidée des religieuses espagnoles, je me suis inscrite comme ATC (Aide-technique-congolaise).J\u2019avais une rétribution du gouvernement congolais, très faible, mais qui me permettait de défrayer mes dépenses.Au début je recevais 17 zaïres par mois, l\u2019équivalence de $34.00 canadiens.\u2014 Tu étais obligée de vivre avec cela: alimentation, vêtements, etc.?\u2014 J\u2019ai logé 2 ans1/2 chez les soeurs espagnoles; je leur donnais 6 zaïres ($12.00) de pension par mois.En plus j\u2019aidais à l\u2019entretien de la maison, de la sacristie, etc.Il ne me restait que $22.00 pour les autres dépenses.Ensuite, j\u2019ai eu un appartement dans une maison près du couvent, habitée par un couple belge.J\u2019avais un peu peur de vivre seule parce que je recevais les pauvres à manger: je ne voulais pas leur refuser et je ne savais pas où commençait et où finissait la charité.Par sécurité j\u2019avais un berger allemand qui a été par la suite mon meilleur ami.\u2014 Puisque tu as enseigné dans une école normale, je suppose que tu travaillais en zone urbaine dans un quartier populaire?\u2014 Non, je demeurais en pleine brousse.Le Congo est un pays immense et les distances sont tellement grandes que nous avions de nos élèves qui devaient marcher 4 jours dans les montagnes pour venir à l\u2019école normale.Donc la plupart des élèves étaient internes.\u2014 Pour atteindre tes élèves dans l\u2019enseignement des sciences religieuses est-ce que tu te servais de moyens audio-visuels?\u2014 Les moyens techniques n\u2019existent pas à Mulo.On partait de la vie, de leurs faits religieux; le peuple congolais est un peuple très religieux.Comme nous, ils ont à épurer leur image de Dieu, surtout à cause de leurs rivalités tribales; de leur fétichisme; on essayait avec l\u2019évangile, dans leur vie quotidienne de faire voir le message que Dieu leur apportait pour détruire leur magie et leur fausse image de Dieu.\u2014 Est-ce que tu travaillais avec des chrétiens?des catholiques?\u2014 Oui, mais il faut distinguer entre l\u2019enseignement aux étudiants qui se préparent à devenir professeur et l\u2019enseignement destiné aux moniteurs qui ont fait leur pédagogie et sont titulaires d\u2019une classe.\u2014 Tu enseignais à temps plein 5 jours par semaine?\u2014 Oui.Les deux premières années j\u2019enseignais le samedi avant-midi aussi.Ils ont un arrêt le mercredi après-midi.C\u2019est pour cela que je pouvais avoir la rencontre de catéchèse avec les moniteurs de brousse.\u2014 Est-ce que tu t\u2019occupais un peu de pastorale paroissiale?\u2014 J\u2019ai organisé avec la coopération des missionnaires un club biblique durant le carême, 12 à 14 membres se recontraient le jeudi soir.On réfléchissait ensemble sur l\u2019épître ou l\u2019évangile du dimanche et on regardait les événements en vue d\u2019un engagement personnel.Les Africains ont beaucoup apprécié ces rencontres; des prêtres, des professeurs, des religieuses et des monitrices y ont participé.Sur le plan pastoral l\u2019évêque Mgr Joseph Kataloko m\u2019a demandé de donner une session de catéchèse pendant les vacances.J\u2019ai donc animé cette session aidée d\u2019un jésuite, d\u2019un assomptionniste et d\u2019une soeur espagnole.Quarante-deux moniteurs ont participé à cette session intensive d\u2019un mois.C\u2019est là que j\u2019ai vu vraiment que les Congolais étaient avides de se perfectionner.Les rencontres communautaires par la liturgie m\u2019ont apporté beaucoup aussi.Nous avons vécu vraiment un mois d\u2019entraide, de charité et de mise en commun.Pendant mes loisirs de vacances j\u2019ai visité des familles de lépreux, je suis allée aider la directrice de la léproserie pendant 12 jours, expérience de partage et de collaboration encore! \u2014 Pendant 4 ans tu as côtoyé une culture différente, tu as vécu avec des gens de moeurs et de coutumes différentes; est-ce que tu as eu des difficultés à t\u2019adapter?Est-ce indiscret de te poser une telle question?\u2014 Non, ce n\u2019est pas indiscret.En effet, j\u2019ai eu un peu de difficulté à m\u2019habituer à leur lenteur, j\u2019ai été surprise d\u2019entendre les filles et les garçons dire un jour: \u201cgazelle s\u2019en vient\u201d, ils me caractérisaient par ma rapidité en me surnommant \u201cgazelle\u201d.En Amérique on est tellement habitué à produire en peu de temps.C\u2019était difficile pour moi de vivre à leur rythme.En brousse on a très peu de livres, on est obligé de dicter les cours.Il fallait que mon débit soit lent; au début je voyais que les élèves ne se sentaient pas en sécurité parce que j\u2019étais trop vive, trop rapide dans mes paroles.\u2014 J\u2019imagine que cela doit calmer une vie trépidante de Canadienne! 84 A Mulo, dans la province du Kivu, j\u2019enseignais à l\u2019école normale.Photo: Vivante Afrique 85 Huguette réussiera-t-elle à consoler ce petit Congolais?VW ¥ * \u2014 Leur joie m\u2019a apporté beaucoup, quel peuple joyeux! On dit couramment \u201cje pense, donc je suis\u201d, on pourrait dire des Congolais, \u201cje pense, je ris, donc je suis\u201d parce que tous les événements provoquent à l\u2019époque de la pleine lune surtout, la danse au son du tam-tam.Parfois j\u2019étais invitée à me joindre à eux.\u2014 Tu prenais part à leur vie?\u2014 Oui, l\u2019on ne peut pas s\u2019assimiler mais l\u2019on doit s\u2019adapter.J\u2019ai essayé de m\u2019intégrer à leur vie le mieux possible.\u2014 Est-ce que la langue a posé des problèmes?\u2014 Oui.L\u2019enseignement officiel est le français, mais les Congolais parlent un dialecte que j\u2019aurais voulu étudier; mon horaire chargé ne me permettait pas de le faire.L\u2019altitude des montagnes nous fatigue beaucoup, le soir j\u2019étais obligée de me reposer tôt.Les Congolais parlent deux langues indigènes: le shahili langue nationale plus facile qui peut être assimilée en moins d\u2019un an par un étranger.De son côté le Père de la mission parlait la langue de la tribu le Kinoudé, dialecte plus difficile.A l\u2019église j\u2019étais déjà coupée de la communauté parce qu\u2019aucun blanc ne connaît le Kinoudé.Aujourd\u2019hui les enfants apprennent le français dès la 3e année du primaire, ce qui veut dire qu\u2019une majorité de la population parle le français.\u2014 Même les parents ont une certaine instruction?\u2014 Non, pas la génération des 40-50 ans, mais les plus jeunes.86 ) « r< -itSf \u2022^-rv- M9m irk Par sécurité j\u2019avais un berger allemand qui a été mon meilleur ami.\u2014 As-tu trouvé la mission exigeante?Elle demande beaucoup.n\u2019est-ce pas, du point de vue intellectuel?spirituel?Peut-on résister là-bas 4 ans avec un simple but humanitaire?\u2014 Ce que j\u2019ai trouvé dur, à cause des distances, c\u2019est de ne pas pouvoir me procurer de livres facilement, de ne pas entendre de conférences, de concerts, etc.Nous ne sommes pas privilégiés du point de vue intellectuel, nous ne trouvons pas de bibliothèques et nous n\u2019avons pas les fonds nécessaires pour recevoir les actualités, les journaux; cela est dur parce qu\u2019on demeure isolé.Les distances sont tellement grandes que je ne pouvais pas recevoir mon courrier d\u2019Amérique avant 21 jours par avion, même plus, pendant la saison des pluies.Le courrier était très Irrégulier \u2014 de la capitale Goma, Mulo, ma mission, est à onze heures de voiture.\u2014 Les moyens de communication sont difficiles puisque les élèves doivent marcher 4 jours pour se rendre à l\u2019école normale, le courrier est aussi compliqué.Est-ce qu\u2019au moins vous aviez la radio?\u2014 Nous pouvions écouter des émissions de Paris sur ondes courtes.Mulo, dans la province Kivu, est à 0° degré de l\u2019équateur.C\u2019est une province agricole, fertile, en pleine brousse.Le site géographique est magnifique.Mulo est situé dans une cuvette cernée par les montagnes dont les plus hautes atteignent 5,000 pieds.La température est chaude à l\u2019heure du soleil.Comme nous sommes à l\u2019équateur nous avons infailliblement 12 h.de jour et 12 h.de nuit, donc pas de crépuscule.\u2014 Le pays est fertile, les gens vivent de la terre?\u2014 Oui, de la culture du manioc, du maïs, des bananeraies, de tous les fruits des climats tropicaux.L\u2019économie du pays est fondée essentiellement sur les activités rurales.Le Congo est très peu industrialisé.\u2014 C\u2019est facile de vous procurer de la viande, des légumes?\u2014 Nous trouvons sur les marchés du poulet, de la chèvre, du lapin, mais pas de boeuf.Les Hindous et les Grecs font le commerce des importations, ces marchandises sont offertes à un prix très élevé.J\u2019aurais aimé dire un mot de l\u2019hospitalité des Africains, c\u2019est quelque choise d\u2019inouï! J\u2019ai été frappée par l\u2019accueil et la simplicité des Africains.J\u2019allais soi-disant leur apporter quelque chose; j\u2019en ai reçu cent fois plus.Ils sont assez lents pour donner leur confiance, mais une fois qu\u2019ils sentent que nous ne sommes pas là pour les exploiter, ils nous acceptent.Au début ils doutaient que nous allions chez eux pour les aider.Je leur ai parlé de cinq de mes compagnes canadiennes qui travaillaient dans un hôpital pour 14 zaïres par mois ($28.00) et donnaient 10 à 12 heures par jour de travail auprès des malades.Des filles données, convaincues, qui ont été un vrai témoignage évangélique.\u2014 As-tu des projets d\u2019avenir?\u2014 Quand on a goûté à l\u2019Afrique on veut y retourner.Il me faut repartir, cette fois pour le Ruanda.Je crois qu\u2019un départ pour le tiers-monde est encore valable.\u2014 En conclusion si je te demandais: qu\u2019est-ce qu\u2019il te reste comme souvenir?qu'est-ce qui te fait vivre quand tu penses à l\u2019Afrique?\u2014 Je ne peux oublier les beaux sourires, aux belles dents blanches, des figures épanouies de mes jeunes Congolais! 87 QUI SONT CES Qui sont ces jeunes auxquels on a consacré tant d\u2019enquêtes et d\u2019études depuis quelques années?Que pensent-ils de la famille et du monde adulte?De l\u2019enseignement qui leur est donné en classe?Sont-ils idéalistes ou matérialistes?Ou simplement réalistes?Quelle importance attachent-ils à l\u2019argent?Un extrait de \u201cOkura Lantern\u201d tente de répondre à ces interrogations en donnant la parole à un certain nombre de jeunes, qui ont bien voulu apporter leur témoignage en toute simplicité.N.D.L.R. PAR TSUGI SHIRAISHI EXTRAIT DE \u201cOKURA LANTERN Les adolescents d\u2019aujourd\u2019hui surpassent peut-être ceux d'autrefois en maturité, physiquement et mentalement; mais comme le dialogue est souvent difficile entre les jeunes et leurs parents! Quatre adolescents, (deux garçons, deux filles) parmi les élèves avancés du cours secondaire ont été interviewés; nous leur avons posé une foule de questions sur leurs goûts, leurs joies, leurs déceptions, leurs parents, leurs professeurs et leurs amis.D\u2019après ce que dit Takeuchi, étudiant de la seconde année à \u201cUrawa Boys' Senior High School\u201d 100% des élèves ont l\u2019intention de poursuivre leurs études dans des universités.Yoko, étudiante de première année à \u2018\u2018Urawa First Girls\u2019 High School\u201d, pense que 80% des élèves de son école poursuivront leurs études jusqu\u2019au collège.Elle affirme que la moitié de ces dernières hésitent à tenter leur chance à l\u2019Université de Tokyo où les examens d\u2019admission engendrent une concurrence acharnée.Munetaka, élève d\u2019une école secondaire annexée à l\u2019Université Keio, a pu entrer à l\u2019université sans passer les examens d\u2019admission.Cette institution privée de premier choix est préférée à toute autre par les enfants de familles bourgeoises.89 fea^ mm.V ?\t_ ?-5f:\t^ ^''h:.-L> ;.;X r: ^ jiM M | E-sSte, Quel genre de filles les garçons préfèrent-ils?V-jx LJ Ui *4^m*t*\u201e » «lmp .^SUj^USTSj ^Vs 'f ' ¦sM^Xîis ! 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