Le précurseur : bulletin des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception, 1 juillet 1972, Juillet - Août
[" PRECURSEUR rf S Etalage: vraie fête de couleu) Juillet-Août, 1972, Ville de Laval-Vol.XXVIIe-No 4 Dr.Albert Schweitzer, philosophe, musicien, écrivain, médecin, reçoit le prix Nobel pour la paix en 1953.* I Le Précurseur No 4\u2014Juillet-Août, 1972-Vol.XXVIIe Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0357 Port de retour garanti. \u201cEn prenant pour principe que le respect de la vie est la loi ultime de l'univers, il devrait y avoir dans chacune de nos vies, un Lambaréné\".Albert Schweitzer a exprimé sa philosophie de la vie dans une quantité de volumes, mais elle pourrait se résumer en cette simple phrase qui lui vint à l\u2019esprit au cours d\u2019un voyage en bateau sur l\u2019Ogooué: \u201cIl faut avoir le respect de la vie\u201d.Il trouva dans cette pensée la motivation de tous ses efforts, et l\u2019existence d\u2019un centre hospitalier au Gabon à cinquante milles de l\u2019équateur, au coeur de la jungle africaine, témoigne de l\u2019unique préoccupation de ce \u201cgrand docteur blanc\u201d.C\u2019est son testament qui s\u2019adresse à l\u2019humanité tout entière.Parfois on peut se demander quelle force mystérieuse a attiré ce pasteur, philosophe et musicien, vers la misère et les privations d\u2019une existence africaine?Le docteur s\u2019est peut-être posé la même question, au crépuscule de sa vie, en retrouvant par la pensée le village alsacien tant aimé de son enfance: Gunsbach.Gunsbach, si loin de l\u2019Afrique dans le temps et dans l\u2019espace; Gunsbach, la maison de son enfance; Gunsbach, le ruisseau de ses jeux; Gunsbach, I église où son père est pasteur.Né le 14 janvier 1875, il eut une enfance heureuse; mais en classe, beaucoup de difficultés avec les langues et les mathématiques.Cependant, en composition, il arrivera habituellement premier.Dans l\u2019église, où son père est pasteur, la célébration des offices protestants et catholiques le marqueront profondément.Il gardera tout au long de sa vie un goût pour les solennités, et un besoin de solitude et de méditation, sans lesquels il n\u2019aurait pu se réaliser. * '* vim' ¦'*\t- «r.\\»« V \u2022> /I 1/ f5> **¦ it Vi»» V \u2022% V -V X *\t% 'V % % % %t *t' \\ 'A'.£ w ¦¦ Wi'g 3\u2019\t< v,v:- V; ; - S.;S;*W«W\t.»>- .h .¦.ïSi-j/.J ^¦ A'irc\u2019Pr y Æ# '\"' ¦ \t On trouve au Gabon de nombreux dispensaires, installés dans les localités de moyenne importance et les centres régionaux.Ils assurent les premiers soins (ou, en cas de maladie grave, le transport vers l\u2019hôpital général), donnent des consultations régulières, des conseils sanitaires et abritent généralement une maternité et un centre de protection maternelle et infantile.Les mères africaines y viennent pour accoucher, faire soigner leurs bébés et apprendre à les élever 98 (la mortalité infantile était autrefois très forte en Afrique).Dans un dispensaire du Gabon, conseils à une jeune mère pour le sevrage de son bébé. h asti m ^ o o (/) o o £.Q.C\u2019est à l\u2019église qu\u2019il sera frappé pour la première fois par la beauté de la musique de Bach, une beauté qui ne cessera de l\u2019émouvoir jusqu\u2019au plus profond de son être.Albert Schweitzer apprendra à toucher l\u2019orgue dès l\u2019âge de cinq ans.Et avant même d\u2019avoir trente ans, il sera reconnu par toute l\u2019Europe comme un grand interprète de Bach.Mais, c\u2019est à l\u2019Université de Strasbourg où il sera d\u2019abord étudiant puis professeur, que se fera jour peu à peu dans son esprit l\u2019idée que chacun de nous a une tâche à accomplir sur terre et qu\u2019à celui qui a beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé.Il décide alors de se consacrer à l\u2019étude et à la musique jusqu\u2019à l\u2019âge de trente ans, et de vouer ensuite le reste de son existence au service de l\u2019humanité.Au lieu d\u2019exprimer verbalement ses croyances, il veut que sa vie et son travail servent désormais à exprimer sa foi.Ce sont ses actes qui prouveront ses croyances.Lambaréné hier Devenu docteur en théologie, professeur d\u2019université, organiste, écrivain, il se met à l\u2019étude de la médecine à 35 ans.Des récits de missionnaires lui ont révélé la misère physique des indigènes de la forêt vierge: désormais c\u2019est à eux qu\u2019il consacrera sa vie.En 1913, il s\u2019établit avec sa jeune épouse, à Lambaréné, petit village autrefois inconnu situé le long du fleuve Ogooué.Aujourd\u2019hui rendu célèbre par le médecin à la fois compétent et compatissant, tout ¦ Le docteur Albert Schweitzer sur le fleuve l\u2019Ogooué. Lambaréné parle de sa présence et porte l\u2019empreinte de son passage.On y vient du monde entier pour poursuivre son oeuvre.Certains n\u2019y restent que quelques jours, d\u2019autres s\u2019y attacheront plusieurs années; d\u2019autres encore, telles Emma, l\u2019infirmière, ou Madame Schweitzer, y consacreront toute leur vie.A Lambaréné, la technique est surbordonnée à la philosophie toute simple qui motive la présence de chacun dans ce milieu, car Lambaréné ce n\u2019est pas tant un endroit, qu\u2019une idée.Au début, il n\u2019existe aucune construction tout juste un dortoir mis sur pied par une mission protestante.Dans un poulailler, première salle de consultation du Docteur, les patients y viennent d\u2019abord peu nombreux, puis rapidement, la réputation du docteur blanc s\u2019étend et les malades se multiplient.Grâce aux ressources que lui procurent ses concerts, il fonde un hôpital.En 1917, en tant qu\u2019Allemand, il est emmené en France et interné.Sa santé est fortement ébranlée et il lui faudra des années pour se rétablir.Après la guerre, il publie les deux premiers volumes de \u201cPhilosophie de la Civilisation\u201d commencés au Gabon et poursuivis en captivité.Il revient à Lambaréné en 1924, et décide de construire un nouvel hôpital qui pourra accueillir 200 malades.De 1927 à 1939, il fait plusieurs voyages entre Lambaréné et l\u2019Europe où il multiplie conférences et récitals d\u2019orgue.Son hôpital est devenu tout un village où s\u2019ébrouent canards, poules, moutons, chèvres, chiens, chats, antilopes et singes.Un village qui ne cesse de s\u2019agrandir de cases nouvelles: pour les mamans et leurs bébés, et aussi pour les malades mentaux.Un village où évoluent bientôt 400 personnes, sans parler des parents des malades, qui viennent y séjourner une ou deux semaines pour préparer leurs repas ou les soigner.Laisser à d\u2019autres le soin de préparer leurs repas ou les soigner serait risquer qu\u2019on les empoisonne ou qu\u2019on leur jette un mauvais sort.Cette ambiance africaine, Schweitzer la juge importante pour le soutien moral de ses malades qui se sentent chez eux, dans leur cadre familier.Tout l\u2019Ouest de l\u2019Afrique est là, et il en vient du désert brûlant, royaume fugitif des nomades; il en vient des bourgs primitifs et même de très anciennes villes.Des familles entières arrivent, atteintes d\u2019un nombre de maladies incroyables.Les patients sont couverts de lèpre, brûlés par la malaria, déformés par l\u2019éléphan-tiasis, par des tumeurs ou par des lésions de la syphilis.La plupart voit le médecin pour la première fois; ils ont toujours considéré la souffrance, la maladie et la mort comme une chose naturelle.En suivant le cours du fleuve Ogooué, ils découvrent Lambaréné comme un port de salut.Mais il faudra cinquante ans pour que se dressent solidement soixante-douze constructions.Constructions qui s\u2019étendent d\u2019est en ouest, afin que les rayons du soleil n\u2019en frappent jamais directement les parois et ne pénètrent pas le double plafond des chambres.Ceux qui comprennent avec leur coeur et qui voient ce qui se cache sous les apparences, peuvent constater que l\u2019hôpital de Lambaréné ne pourrait mieux répondre aux besoins de ceux pour qui il a été créé même si certains Occidentaux le critiquent, trouvant ses méthodes primitives et archaïques.Oui, Lambaréné surprend certains Occidentaux habitués aux salles reluisantes et aseptiques de leurs hôpitaux et à leurs couloirs silencieux.C\u2019est qu\u2019ici tout est construit pour satisfaire aux conditions d\u2019une vie vécue dans la brousse selon les coutumes indigènes.Il est vrai que certaines de ces coutumes peuvent encore étonner, même les plus habitués, comme lorsqu\u2019un médecin trouve, le matin son patient couché sur le parquet, le lit occupé par un parent qui veut partager l\u2019expérience du cousin.Il y a des moments pénibles, accablants, des moments où le Docteur Schweitzer se demande si jamais, dans ce nays, il est possible que la nature s\u2019accorde aux besoins de l\u2019homme.Pendant un demi siècle, il luttera contre les éléments; contre les pluies torrentielles qui noient un sol déjà pauvre, contre la brousse qui menace de tout recouvrir.Il luttera contre l\u2019Ogooué, grossi par les pluies, qui détruit tout sur son passage; contre la chaleur humide et les rayons brûlants du soleil.Il luttera ainsi contre une nature hostile et des superstitions aberrantes sans oublier le pouvoir magique que le sorcier exerce sur la tribu dont il est à la fois le prêtre et le médecin.Cette lutte constante déprimera le Docteur à tel point qu\u2019il s\u2019exclamera un jour devant Joseph, son bras droit pendant plus de quarante ans: \u201cQuel espèce d\u2019idiot je suis, de m\u2019obstiner à rester ici dans ce pays de sauvages!\u201d A quoi Joseph aurait répliqué: \u201cOui, Docteur, aux yeux de la terre vous êtes vraiment un idiot, mais pas aux yeux du ciel!\u201d Albert Schweitzer a donné cinquante ans de sa vie à ses frères de Lambaréné, mais son influence s\u2019est fait sentir dans d\u2019autres domaines.\u201cQuand on fera mon portrait, dira-t-il, il faudra oublier le médecin qui soigne les malades; c\u2019est la philosophie avec laquelle je le fais qui est importante.Je philosophe comme un enfant en évitant le jargon du métier.Je m\u2019adresse aux hommes et aux femmes qui réfléchissent pour provoquer chez eux une réflexion sur les grandes questions qui devraient occuper l\u2019esprit en tout être humain.\u201d Une de ces questions pour Albert Schweitzer c\u2019est bien: \u201cQu\u2019est-ce que c\u2019est que d\u2019avoir le respect de la vie?\u201d Pour lui, c\u2019est une constatation qui résulte du simple fait que nous sommes en possession d\u2019un corps qui demande à vivre auprès d\u2019êtres qui exigent aussi le droit à la vie.Nous reconnaissons qu\u2019il est bon de préserver la vie et de la revaloriser et mal de la détruire.En un mot, pour lui, avoir le respect de la vie veut dire ne pas s\u2019occuper seulement de sa personne mais tenir compte des autres; ainsi chacun peut avoir son Lambaréné.Son action ne se borne pas uniquement à Lamba- 100 ,^5^ -t- \u2022'¦amz?.^'itiSjum Cl UDr\u20acU&e^ ^HWEiTZFR ^.1.18 75 \u2014 ,d
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