[Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Valleyfield], 1 janvier 1932, No 27 Lettre pastorale
[" \u2014 1 No 27 16 LETTRE PASTORALE DE L\u2019Eminentissime Cardinal, Archevêque de Québec, et de nos Seigneurs les Archevêques et Evêques de la Province Civile de Québec.A l\u2019occasion du dixième anniversaire de la BÉNÉDICTION DU SÉMINAIRE DES MiSSIONS-EtRAN-GÈRES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC.NOUS, PAR LA GRÂCE DE DlEU ET DU SlÈGE APOSTOLIQUE, Cardinal, Archevêques et Evêques des Provinces ecclésiastiques de Québec, de Montréal, et d\u2019Ottawa, Au Clergé séculier et régulier et à tous les fidèles de nos diocèses respectifs, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.Nos très chers Frères, Le problème missionnaire se pose avec une acuité croissante : plus d\u2019un milliard de païens sont encore en dehors des voies du salut, étrangers aux fruits de la Rédemption.Et ce qui ajoute à la gravité du problème, c\u2019est que ce milliard sort de son immobilité séculaire et est entraîné rapidement à des idées et à des mœurs nouvelles.Les cadres du paganisme s\u2019effrittent et tombent.Au cours du siècle présent, des nations entières, seront pour le Christ, ou gagnées ou perdues. \u2014 2 C\u2019est à l\u2019Eglise qu\u2019il incombe de résoudre cet angoissant problème.Etablie par Jésus-Christ pour perpétuer Sa mission et Son œuvre, elle a reçu son acte d\u2019investiture spirituelle au moment où le Sauveur devait clore sa carrière terrestre :\t\u201c Toute puissance, a-t-il dit aux Apôtres, m\u2019a été donnée dans le ciel et sur la terre.Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé \u201d (Matt, xxvii, 18).De plus, Jésus-Christ a marqué dans l\u2019Evangile que c\u2019était sa volonté qu\u2019il n\u2019y eut qu\u2019un seul troupeau et qu\u2019un seul pasteur, (Joan.x,16).Encore là, l\u2019Eglise a le devoir de lui amener les brebis qui errent loin de la bergerie.Enfin \u201c Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité \u201d (i, Tira, n, 4).A l\u2019Eglise encore appartient de les instruire et de leur enseigner les voies du salut, puisqu\u2019elle est \u201c la colonne et la base de la vérité \u201d (i, Tim.ni, 15,).Ce devoir de l\u2019évangélisation du monde, l\u2019Eglise, au cours des siècles, n\u2019a cessé de le remplir.Notre époque ne fait pas exception à cette règle : elle voit même, hâtons-Nous de le dire, une recrudescence d\u2019apostolat.Les Souverains Pontifes Benoît XV et après lui Pie XI, son glorieux successeur sur le trône de Saint-Pierre, ont mis à l\u2019accomplissement de cette partie de leur charge apostolique un soin et une application admirables.\u201c L\u2019Eglise, n\u2019a pas, en effet, d\u2019autre mission, proclamait récemment Sa Sainteté Pie XI, que d\u2019étendre dans tout l\u2019univers le Règne du Christ et de faire participer les hommes au bienfait de la Rédemption. 3 Quel que soit l\u2019homme que le choix divin ait établi ici-bas Vicaire de Jésus, le Prince des Pasteurs, il ne peut nullement se contenter de protéger et de garder le troupeau du Seigneur dont il a reçu la direction; il manquerait à son devoir principal s\u2019il ne mettait tous ses efforts à gagner au Christ et à lui adjoindre les âmes étrangères ou éloignées de Lui.\u201d Pour le seconder dans ce grand travail d\u2019apostolat, Pie XI fait appel à l\u2019Eglise entière.Il s\u2019adresse d\u2019abord à l\u2019épiscopat catholique dans les termes les plus pressants : \u201c Jésus-Christ a prescrit, non pas seulement à Pierre dont Nous occupons la chaire, mais à tous les Apôtres à la place desquels vous succédez : \u201c Allez dans le monde entier, prêchez l\u2019Evangile à toute créature \u201d (Marc, XVI, 15).\u201c La propagation de la Foi,\u201d ajoute le Souverain Pontife, \u201cest donc une charge qui Nous concerne de telle façon que vous devez, sans aucun doute, vous joindre à Nos travaux et Nous aider, autant que l\u2019exercice de votre propre charge vous le permet.Qu\u2019il ne vous soit pas pénible de suivre avec piété Nos paternelles exhortations : un jour, Dieu Nous en demandera un compte /\t\\\t» i severe .L\u2019Episcopat a répondu avec ensemble à l\u2019appel du Chef de la chrétienté.Pour aller au secours des ouvriers évangéliques, il a réorganisé sur des bases nouvelles les Œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance.Ailleurs il a ajouté l\u2019Union Missionnaire du Clergé et l\u2019Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre.Il a fait davantage.Tout en continuant ses encouragements aux communautés religieuses qui se donnent avec tant de zèle à l\u2019évangélisation des infidèles, mais qui ne suffisent plus aux besoins nouveaux, il a créé \u2014 4 \u2014 des séminaires des Missions-Etrangères, pour permettre au clergé séculier de s\u2019entraîner à la vie missionnaire et de prendre ainsi sa part à l\u2019évangélisation du monde.Les archevêques et évêques de la province civile de Québec n\u2019ont pas voulu rester à l\u2019écart de ce grand mouvement apostolique.Aussi, le 2 février 1921, au cours d\u2019une réunion tenue à l\u2019archevêché de Québec, décrétaient-ils l\u2019érection d\u2019une Société des Missions-Etrangères, et nommaient-ils un comité composé de quatre membres, choisis au sein de l\u2019Episcopat, pour voir à l\u2019éxécution de leurs volontés.Peu après, ils obtenaient du Saint-Siège l\u2019approbation du projet en cours, et un supérieur était donné au futur séminaire, dans la personne de M.le chanoine Jos.-Avila Roch.En 1922, érection civile de la nouvelle Société, sous le nom de \u201cLa Société des Missions-Etrangères de la Province de Québec \u201d, achat d\u2019un magnifique terrain aux portes de Montréal, sur les bords de la rivière des Prairies, à Pont-Viau, et construction d\u2019un séminaire pour la préparation des futurs missionnaires.Deux ans plus tard, en 1924, Son Excellence Mgr Pietro di Maria, Délégué apostolique au Canada, en présidait la bénédiction solennelle en présence de plusieurs archevêques et évêques et d\u2019un grand nombre de prêtres, de religieux et de fidèles.Le 11 septembre 1925, avait lieu le départ des premiers missionnaires de la Société pour les missions.Au mois d\u2019octobre suivant, ils atteignaient leur terre d\u2019élection, le Vicariat apostolique de Moukden, Mandchourie où, sous la direction des prêtres des Missions-Etrangères de Paris, ils se livrèrent à l\u2019étude de la langue chinoise et s\u2019initièrent à la conduite des âmes. O Nous ne saurions noter ce fait sans Nous rappeler avec émotion que trois cents ans précédemment les prêtres de la même Société des Missions-Etrangères prêtaient à Mgr de Laval, de Québec, une aide précieuse et efficace pour l\u2019organisation de son séminaire et de ses missions.L\u2019année 1929 comptera parmi les plus importantes, puisque c\u2019est au cours de cette année que Son Eminence le Cardinal Rouleau, de vénérée mémoire, bénissait l\u2019aile centrale du séminaire et une chapelle nouvelle.De plus, le 25 juillet, la Société recevait de la Sacrée Congrégation de la Propagande un Bref laudatif et l\u2019approbation pour sept ans de ses Constitutions ; et le 2 août suivant, elle se voyait confier la Préfecture apostolique de Szepingkai, Mandchourie, détachée des Vicariats de Moukden et de Jehol.Le 19 février 1930, Mgr Louis Adelmar Lapierre en devenait le premier titulaire, et deux ans plus tard, cette Préfecture était élevée au rang de Vicariat, et Mgr Lapierre, promu à la dignité épiscopale, avec le titre d\u2019évêque de Cardique en Thessalie.Il était sacré le 4 août 1932, à Montréal, dans la Basilique de Saint-Jacques, par Son Excellence Mgr G.Gauthier, Archevêque Coadjuteur.Comme on peut facilement le constater, la Providence a visiblement béni les efforts et les travaux des fondateurs et des ouvriers de notre Société canadienne des Missions-Etrangères.En 1921, elle ne possédait aucune propriété, les trois prêtres qui s\u2019étaient donnés à cette œuvre habitaient une maison d\u2019emprunt.En 1924, le nouveau séminaire ouvrait ses portes à sept prêtres et à quinze séminaristes.Actuellement la Société compte un évêque et quarante- \u2014 6 \u2014 trois prêtres dont huit au séminaire central, deux à Rome et trente-trois en mission ; de plus, quarante-trois séminaristes se préparent, à Pont-Viau, à la vie missionnaire.En Mandchourie, les bénédictions de Dieu n\u2019ont pas été moins abondantes.Le 2 août 1929, date de la division et de l\u2019occupation de la Préfecture apostolique de Szepingkai par les missionnaires de la Société, sur une population de deux millions d\u2019âmes environ, ils ne trouvaient que quinze cents chrétiens, distribués en cinq postes avec prêtres résidents.On comptait en plus quatre dessertes.Il n\u2019y avait que très peu d\u2019écoles et de catéchumènes.Après cinq ans d\u2019apostolat, cette partie de la Mandchourie qui est devenue le Vicariat apostolique de Szepingkai compte un évêque et quatre-vingt-six missionnaires dont trente-trois de la Société des Missions-Etrangères, neuf religieux Clercs de Saint-Viateur (deux Pères et sept Frères), un prêtre indigène, trente-neuf Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception et quatre religieuses indigènes.Le nombre des postes avec prêtres résidents est passé de cinq à quatorze, avec en plus trente-et-une dessertes.Le nombre des chrétiens, sur ce territoire primitif, s\u2019est accru en cinq ans de 1500 à 6S49.Par suite d\u2019une nouvelle annexion, en 1932, le nombre total des postes avec prêtres résidents est monté à dix-sept et le nombre des chrétiens à 11,849.Nous trouvons au Vicariat de Szepingkai, en 1934, 86 écoles, là où il n\u2019y en avait, en 1929, que trois ou quatre.Ces écoles sont réparties comme suit : 37 écoles primaires et 48 écoles dites de catéchisme, donnant l\u2019instruction \u2014 7 \u2014 à 3727 enfants ; une école supérieure sous la direction des religieux Clercs de Saint-Viateur abritant 120 élèves.A noter en passant la fondation, en 1930, d\u2019un petit séminaire diocésain qui compte actuellement 22 séminaristes et l\u2019établissement d\u2019un noviciat de religieuses indigènes qui a vu, le 21 novembre 1933, une première profession de quatre religieuses.En ce moment, il abrite 18 novices et 2 postulantes.Quinze dispensaires, dont dix tenus par les Sœurs Missionnaires de l\u2019Immaculée-Conception, donnent des soins gratuits aux malades dans les différents postes du Vicariat.Cette œuvre est l\u2019une des plus fécondes en fruits de salut, puisqu\u2019elle donne l\u2019occasion à un grand nombre de païens de prendre contact avec les vérités chrétiennes, qu\u2019elle manifeste la charité du Christ et de son Eglise et qu\u2019elle permet de régénérer dans les eaux du baptême un si grand nombre d\u2019adultes et d\u2019enfants moribonds.401 baptêmes d\u2019adultes et 3721 baptêmes d\u2019enfants : tel est le bilan du dernier exercice.Ces dispensaires sont très fréquentés, car on a enregistré au cours de la dernière année 127,877 consultations, 226,218 traitements et 259,044 pansements.Plus de 5000 visites ont été faites à domicile.Les différents postes du Vicariat possèdent également des catéchuménats destinés à la formation des nouveaux chrétiens.On en compte 48, dont 25 pour hommes et 23 pour femmes.Sur un total de 1737 nouveaux chrétiens portés au dernier exercice sur les listes des postes de missions, les catéchuménats en ont fourni pour leur part 1094.L\u2019année présente s\u2019annonce sous de meilleurs auspices encore, puisque l\u2019inscription actuelle des catéchumènes est de tout près de 5000. \u2014 8 \u2014 Pour toutes ces œuvres, catéchuménats, dispensaires, écoles, les missionnaires disposent d\u2019une année d\u2019une centaine de catéchistes, de professeurs et de baptiseurs ambulants qu\u2019ils dirigent et subventionnent.Le développement merveilleux des Missions Canadiennes a provoqué plus d\u2019une fois l\u2019admiration des Vicariats voisins ainsi que les louanges et les félicitations du Saint-Siège.La meilleure preuve de vive satisfaction et de haute approbation, c\u2019est à n\u2019en pas douter, après tant d\u2019autres marques de bienveillance et de sympathie, l\u2019élévation de la Préfecture de Szepingkai au rang de Vicariat, et la promotion du Préfet apostolique à la dignité épiscopale, deux ans et demi après la création de la Préfecture.Ce qui ajoute au merveilleux de cette floraison d\u2019œuvres, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019est produite à une période très mouvementée et dans des circonstances parfois très difficiles.L\u2019action de nos missionnaires a été surtout entravée par le brigandage.Jusqu\u2019au début de l\u2019année 1934, Dieu avait entouré, semblait-il, d\u2019une protection spéciale les apôtres canadiens du Vicariat de Szepingkai.Une demi-douzaine de missionnaires au moins tombés à différentes reprises entre les mains des brigands avaient été aussitôt libérés.Mais voici que Dieu vient de soumettre le Vicariat et son chef ecclésiastique à ime rude épreuve.Au soir du 13 février, deux brigands pénétraient dans la résidence catholique de Liao Auan et abattaient de plusieurs coups de feu le recteur de la mission, le Père Emile Charest.Tombé au champ d\u2019apostolat, victime de son dévouement pour les âmes, sa mort ne peut être que très précieuse aux yeux du Seigneur, profitable et salutaire pour ses concitoyens. \u2014 9 \u2014 II Notre Lettre Pastorale du 12 avril 1922, sur la Propagation de la Foi chrétienne et la fondation d\u2019un Séminaire des Missions-Etrangères, se terminait en ces termes : \u201c Pleins de confiance dans l\u2019œuvre entreprise, Nous voulons en poursuivre l\u2019éxécution avec toute la diligence possible, et Nous osons espérer que ni la grâce de Dieu ni le concours de Nos diocésains ne nous feront défaut Si Nous Nous en rapportons au merveilleux développement de notre Société des Missions-Etrangères, tant à Pont-Viau qu\u2019en Mandchourie, Nous sommes en mesure d\u2019affirmer que les faveurs divines ne nous ont pas manqué.Grâces en soient rendues à Dieu, l\u2019Auteur de tout bien ! Le concours de Nos diocésains ne Nous a pas fait défaut non plus, et Nous sonunes heureux de remercier ici tous les bienfaiteurs de notre Société canadienne des Missions-Etrangères.Mais voici que ce développement même, avec tout ce qu\u2019il comporte pour l\u2019avenir, Nous oblige à lui apporter un secours encore plus efficace et à lui consentir de nouveaux et plus grands sacrifices.N\u2019avions-Nous pas déclaré dans notre Document du 22 avril 1922, et Nos déclarations et Nos engagements gardent toute leur actualité, que cette Société serait sous la tutelle immédiate et à la charge de l\u2019Episcopat de la province.Soutenir l\u2019effort généreux et le zèle de nos missionnaires canadiens dans leur travail d\u2019évangélisation, en premier lieu Nous y oblige très fortement l\u2019amour de Dieu et du prochain.Le premier commandement nous enjoint d\u2019aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces. \u2014 10 \u2014 Le second, a dit Notre-Seigneur, est semblable au premier : \u201c Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Marc, xii, 28-31).L\u2019Apôtre Saint Jean qui avait été le témoin de la parole du Maître, nous la rappelle à son tour :\t\u201c Nous avons reçu ce commandement : Que celui qui aime Dieu, aune aussi son frère \u201d(i, Joan, iv, 21,).Mais, ajoute Saint Jean, cet amour ne doit pas être \u201c de paroles seulement mais en œuvres et en vérité \u201d.Il doit être effectif par conséquent, aussi ajoute-t-il immédiatement : \u201c Si quelqu\u2019un pourvu des biens de ce monde, ferme son cœur à son frère qu\u2019il voit dans le besoin, comment est-il possible que l\u2019amour de Dieu demeure en lui?\u201d (i, Joan, ht, 17).Saint Jean parle ici des malheureux qui sont plongés dans le dénuement matériel.Quand il s\u2019agit des missions, le précepte de la charité revêt un caractère bien plus grave.Il ne s\u2019agit plus de diminuer les privations et le cortège des souffrances qui accablent une partie de l\u2019humanité ; mais il s\u2019agit surtout d\u2019arracher à Satan une foule d\u2019âmes et leur donner la glorieuse liberté des enfants de Dieu.Sa Sainteté Pie XI marque très vivement ce précepte de charité quand il écrit dans son encyclique \u201c Rerum Ecclesiœ \u201d (28 fév.1926) : \u201c De la part de ceux qui appartiennent au bercail du Christ, il répugne absolument à la charité qui doit les unir à Dieu et au prochain de ne pas se soucier des autres hommes qui errent misérablement hors de la bergerie.\u201c Notre devoir de charité envers Dieu exige, en effet, non seulement que nous augmentions de toutes nos forces le nombre de ceux qui le connaissent et l\u2019adorent \u201c en esprit et en vérité \u201d (Joan, iv, 24) mais aussi que nous soumettions le plus d\u2019âmes possible à l\u2019empire de notre très aimant Sauveur afin que son sang ait une utilité plus grande.\u201d \u2014 11 \u2014 Notre application à étendre le règne de Dieu et la diffusion de l\u2019Evangile n\u2019est pas seulement pour nous un devoir de charité, mais aussi un devoir de reconnaissance.\u201c Tous les fidèles, dit Sa Sainteté Benoît XV, qui auront contribué dans la mesure de leurs ressources à éclairer ces infortunés, notamment en soutenant l\u2019œuvre des missionnaires, auront par là même rempli une de leurs plus importantes obligations et donné à Dieu le plus agréable témoignage de leur gratitude pour le don de la foi.\u201d {Maximum Illud).S\u2019il est un peuple qui doit à Dieu de la reconnaissance pour le don gratuit de la foi, n\u2019est-ce pas le nôtre qui, dès les premiers jours de son existence, a été prévenu des faveurs divines, protégé merveilleusement, conduit comme par la main au milieu de dangers sans nombre, enfin gratifié d\u2019une vocation apostolique.Il semble même que sa vocation soit sa principale raison d\u2019être.Appelés à payer la dette de reconnaissance qui nous incombe, les apôtres de la Société des Missions-Etrangères sont en même temps nos mandataires en terre païenne.De ce fait, nous avons le devoir de nous joindre à leur travail d\u2019évangélisation.Membres du Corps mystique de Jésus-Christ, tous les fidèles sont comme les soldats d\u2019une grande armée, la grande année catholique, appelée à conquérir à la foi ceux qui sont encore dans l\u2019ombre et les ténèbres.Les missionnaires combattent et meurent sur la ligne de feu ; nous, des dernières lignes, nous avons aussi notre devoir à accomplir, celui de travailler au ravitaillement.Que peut faire une armée sans armes, sans munitions et sans vivres ?, Elle est acculée à une défaite certaine.De même que peuvent obtenir les missionnaires sans aide et sans ressources?Ils sont condamnés à une inaction forcée, à des résultats pitoyables.Et d\u2019où résulte pour le chrétien ce devoir sacré d\u2019aider les missions chez les infidèles?Du double caractère dont il a été revêtu à la réception des sacrements de baptême et de confirmation.Marqué du sceau divin par l\u2019effusion des eaux régénératrices, signé de l\u2019Esprit de Dieu, le chrétien participe en quelque manière au sacerdoce du Christ.Or, après la glorification de son Père, l\u2019objet principal du sacerdoce de Jésus-Christ, c\u2019est le salut du monde.Le chrétien, vraiment digne de ce nom, se tiendra donc hé par l'obligation de rendre gloire à Dieu en coopérant au salut des infidèles.Que ce soit là une obligation de conscience qui porte avec elle ses responsabilités, nous en avons une preuve évidente dans les paroles que Sa Sainteté Pie XI, glorieusement régnant, prononçait au jour de la Pentecôte, 1922 : \u201c Que le monde entende Notre appel, s\u2019écriait-il, et que tous viennent au secours des âmes que Jésus-Christ a rachetées et qui continuent à se perdre dans l\u2019erreur et la barbarie.Qu\u2019une seule âme se perde à cause de nos hésitations, à cause de notre peu de générosité ; qu\u2019un seul missionnaire doive s\u2019arrêter pour avoir manqué des ressources que nous aurions pu lui procurer et que nous lui aurions, au contraire, refusées, c\u2019est la lourde responsabilité à laquelle nous avons peut-être trop rarement réfléchi dans le cours de notre vie.\u201d Par quels moyens aiderons-nous à la diffusion de la foi en terre lointaine?De trois manières : par nos prières, par l\u2019envoi de nouvelles recrues, enfin par nos aumônes. \u2014 13 \u2014 « % La prière est l\u2019une des plus grandes forces du monde surnaturel, elle est un moyen très efficace d\u2019apostolat.\u201c Les hérauts de l\u2019Evangile, disait Sa Sainteté Pie XI, ont beau travailler à amener les païens à la religion catholique, verser leurs sueurs et même leur sang, ils ont beau employer toute l\u2019industrie, et toute l\u2019habilité, tous les moyens humains, ils n\u2019aboutiront à rien et tout tombera dans le vide, si la grâce de Dieu ne touche le cœur des infidèles, ne l'amollit et ne l\u2019attire à lui \u201d .D\u2019après ces paroles, toute l\u2019activité des missionnaires restera vaine et stérile, si la grâce de Dieu ne vient la féconder.Or, il n\u2019y a qu\u2019un moyen d'obtenir cette grâce divine, c\u2019est la prière.Et qui est tellement pauvre qu\u2019il ne puisse la donner ?Tous, chaque jour, peuvent faire monter du cœur à leurs lèvres la prière fervente, large, désintéressée : \u201c Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive ! Oui ! Qu\u2019il arrive ce règne sur les individus, sur les sociétés, sur les peuples, sur les infidèles ! Aucune intention ne saurait être plus agréable à Dieu que celle-là, plus susceptible d\u2019être exaucée.Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (i, Tim.ii, 4), et il a tellement aimé le monde qu\u2019il lui a donné son propre Fils (Joan, iii, 16); il ne peut voir que d\u2019un œil favorable et exaucer les âmes qui, par leurs prières et leurs sacrifices, désirent collaborer au salut des infidèles.La culture des vocations missionnaires, autre moyen d\u2019être agréable à Dieu et de travailler efficacement à voir reculer le règne de la superstition et de l\u2019erreur.Ici notre pensée va d\u2019abord aux pères et mères de famille.Voici les paroles que Nous leur adressions dans Notre Lettre Pastorale de 1922 : \u201c Nous prions les chefs de famille où Notre-Seigneur, par sa grâce, voudra faire 14 \u2014 V germer quelque vocation missionnaire, non seulement de n\u2019opposer aucun obstacle au développement de ces germes surnaturels, mais de favoriser de toute manière par leurs conseils, leur piété, leurs bons exemples, l\u2019intégrale réalisation des intentions divines Les parents dans la famille sont, après Dieu, les premiers artisans de la vocation de leurs enfants.A eux de la développer, de la faire croître et grandir.L\u2019éducation chrétienne avec tout ce qu\u2019elle comporte en est le meilleur moyen.Amour de Dieu et des âmes cultivé chez les enfants, esprit d\u2019obéissance, de prières et de sacrifices, communion fréquente, lecture de la vie des saints, surtout des saints missionnaires, voilà autant de moyens à leur disposition.Que les parents, de plus, n\u2019oublient pas de prier pour la multiplication des apôtres.Qui sait si cette prière humble et confiante n\u2019inclinera pas le bon Maître à se choisir parmi leurs enfants des ouvriers pour sa moisson.L\u2019action des parents ne sera efficace que si elle est secondée par les chefs spirituels des paroisses et les directeurs des maisons d\u2019enseignement.Voici les conseils que Nous leur donnions en 1922 : \u201c Nous exhortons les chefs spirituels de nos paroisses, les directeurs de nos différentes maisons d\u2019éducation, à scruter d\u2019un œil attentif les dispositions de la jeunesse confiée à leurs soins, et à orienter vers les missions les jeunes gens qu\u2019ils croiront capables, par leurs qualités physiques et morales et par leur goût personnel, de servir efficacement cette œuvre si haute et si nécessaire Grave est le devoir des parents et des directeurs d\u2019âmes ; aussi, Nous leur enjoignons de le remplir avec discernement, prudence et sollicitude.L\u2019appel à l\u2019apostolat lointain, la Sacrée Congrégation de la Propagande le rappelait récemment, est une vocation 15 \u2014 spéciale et bien définie.Elle ne peut être méconnue ou déviée sans que l\u2019Eglise en souffre de graves dommages.Enfin un dernier devoir, c\u2019est l\u2019aide financière à apporter à notre Société des Missions-Etrangères et à ses œuvres de missions.Dès les premiers temps, en tant que fondateurs de cette Société, Nous avons pris à notre charge une partie des dépenses.Aujourd\u2019hui vu le nombre croissant de ses missionnaires, vu le développement de ses œuvres en pays de missions et vu la crise qui l\u2019affecte, non moins que les autres sociétés de ce genre, nous croyons devoir l\u2019aider d\u2019une façon plus efficace.Nous ne pouvons pas laisser péricliter des œuvres si bien commencées et si nombreuses, nous n\u2019avons pas le droit de laisser se débattre avec la détresse et mourir de faim ceux des nôtres cpii se dévouent au salut des âmes en terre païenne, avec une générosité et un zèle si ardents.Les peuples qu\u2019ils évangélisent, dira-t-on, ne pourraient-ils pas supporter au moins une partie de leur évangélisation ?S\u2019il s\u2019agit des chrétiens déjà existants, l\u2019aide qu\u2019ils peuvent apporter est presque nulle.Ce n\u2019est pas qu\u2019ils aient mauvaise volonté, mais peu nombreux encore, disséminés et comme noyés dans la masse païenne, pauvres pour la plupart d\u2019une pauvreté que nos plus pauvres ici ne connaissent pas, ruinés parfois par la guerre et le brigandage, ils ne peuvent, pour les dîmes et le soutien des écoles, apporter au missionnaire que des miettes.Quant aux païens qu\u2019il faut convertir à notre sainte foi, il est impossible de leur réclamer plus que le concours de leur bonne volonté.Et cette œuvre de la Propagation de la Foi, on le conçoit facilement, est la plus importante et la plus coûteuse, puisqu\u2019elle nécessite des achats de terrains, des constructions de toutes sortes : chapelles, résidences, écoles, catéchuménats, dispensaires, etc.La modicité des ressources fournies à nos missionnaires canadiens ne leur a pas permis jusqu\u2019à ce jour d\u2019installer dans aucune de leurs églises ou chapelles un système de chauffage quelconque.Dans un pays où le froid est aussi intense, et peut-être plus, que dans la province de Québec, ce ne serait pas un luxe de pouvoir célébrer les offices dans une chapelle chauffée.Nos missionnaires ont souffert le froid avec résignation et avec joie, préférant faire porter toutes leurs ressources vers le salut des âmes.Ils s\u2019y sentaient d\u2019autant plus attirés que l\u2019heure de la grâce semble arrivée en Mandchourie et que la moisson devient blanchissante.Les nouveaux maîtres, réalisant l\u2019influence des missionnaires favorisent leur action ; et d\u2019un autre côté, les indigènes, dans cette période de transition, ne pouvant trouver nulle part d\u2019appui humain, sont portés à se tourner vers l\u2019Eglise catholique, synonyme de paix, de justice, de charité.L\u2019heure Nous semble donc opportune pour orienter vers notre Société des Missions-Etrangères les préoccupations de notre clergé et de nos fidèles.Le clergé, non moins que les fidèles, ne saurait se désintéresser des œuvres missionnaires, \u201c lui qui par le choix et le bienfait surprenant du Christ, participe de son sacerdoce et de son apostolat \u201d (Rerum Ecclesiæ).Il ne doit pas croire que tout son devoir est accompli lorsqu\u2019il a pris soin du troupeau qui lui a été confié; il doit de plus apporter, en union avec l\u2019Episcopat et le Somerain Pontife, son entière collaboration à l\u2019évangélisation des païens. \u2014 17 Loin d\u2019être un empêchement, la crise actuelle devrait être un stimulant à la coopération de tous.Quelle est la principale raison des graves ennuis financiers de nos jours?N\u2019est-ce pas qu\u2019on a détourné les richesses de leur fin primordiale qui est la gloire de Dieu et le salut des âmes, pour les faire servir aux jouissances et aux intérêts humains, conséquemment à la perte des âmes?Donner pour les missions, non seulement de son superflu, mais encore de son nécessaire, c\u2019est faire vraiment œuvre sociale et catholique, c\u2019est s\u2019assurer le pardon de Dieu pour le mauvais usage qu\u2019on a fait des biens de ce monde, c\u2019est enfin L\u2019engager à les répandre de nouveau sur la terre avec surabondance.Dieu demeure toujours le Maître et le dispensateur de ses dons.Porter la foi aux païens, c\u2019est de plus le moyen de garder et de fortifier nos positions religieuses et d\u2019obtenir toutes sortes de bénédictions et pour le temps et pour l\u2019éternité.A ces causes, Nous ordonnons ce qui suit : 1.\t\u2014 Le dimanche déjà déterminé ou à déterminer par chaque Ordinaire, une quête sera faite en faveur de notre Société des Missions-Etrangères de la Province de Québec.2.\t\u2014 De plus, voulant continuer, comme par le passé, à favoriser les missions et les œuvres de la dite Société, ses directeurs et missionnaires pourront, avec l\u2019autorisation et selon les instructions des Ordinaires respectifs, faire dans nos diocèses et paroisses des conférences et sermons de propagande propres à susciter des prières,, des secours et des vocations. 18 Sera Notre présente Lettre pastorale lue au prône des paroisses l'un des dimanches qui suivront sa réception et en Chapitre dans les communautés religieuses.Donné à Québec, au palais cardinalice, le 15 mai 1934.t J.-M.Rodrigue Cardinal Villeneuve, O.M.I., Archevêque de Québec.f Georges, Archevêque Coadjuteur de Montréal.t Guillaume, Archevêque d\u2019Ottawa.f François-Xavier, Evêque des Trois-Rivières.t J.S.Herman, Evêque de Nicolet.t Julien-Marie, Vicaire Apostolique du Golfe Saint- Laurent.t Joseph-Eugène, Evêque de Mont-Laurier.t François-Xavier, Evêque de Gaspé.t Alphonse-Osias, Evêque de Sherbrooke.f Louis, Evêque d\u2019Haileybury.f Fabien-Zoël, Evêque de Saint-Hyacinthe.t Joseph-Alfred, Evêque de Valleyfield.t Alphonse-Emmanuel, Evêque de Thennesis, Auxiliaire à Montréal.t Alfred-Odilon, Evêque de Barca, Auxiliaire aux Trois-Rivières.t Omer, Evêque de Dobero, Auxiliaire à Québec.f Georges, Evêque de Rimouski.t Joseph-Arthur, Evêque de Joliette.t Charles-A., Evêque de Chicoutimi.t Joseph-Aldée, Evêque de Ruspe, Auxiliaire à Saint-Hyacinthe.t Anastase, Evêque-élu de Saint-Jean de Québec."]
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