Le nouvelliste, 7 novembre 1987, Cahier 3
[" £es \u2018Patriotes j 9 ; Cahier spécial Le Nouvelliste - PAGE 2 £es \u2018Patriotes 1837- 1987 Au patriote René Lévesque LE NOUVELLISTE est heureux Me \u2019 issocier gracieusement, à l\u2019initiative lu Comité les Patriotes *t de son trésident et nsti-qateur du KOjet, v/laurice Carrier, en soulignant de açon m-portante le i50e anniversaire les-Patriotes de 1837 oar a publication de ce cahier spécial.Un grand patriote s ajoute a cette liste impressionnante d\u2019hommes et de femmes qui ont cru en l\u2019avenir: il se nomme René Lévesque LE NOUVELLISTE dédie ce cahier spécial en nommage posthume a ce grand disparu, patriote du 20e siècle Claude MASSON Président-Éditeur La toile de la page couverture est l\u2019oeuvre de l\u2019artiste Gaétan GRONDIN professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières À la mémoire de ce.îles et ceux de 1837 qui ont cru en 1favenir Notre avenir Ce Nestor Je notre tillage \u2018Dont nous aimons les cheveux blancs Lfoujours gai maigre son grand âge Se plait aCec nous, jeunes gens De ce qu \u2019il a tii sa mémoire A conservé le souvenir ¦B ce qu \u2019il sait de notre histoire Cui Jail prévoir notre aVemr \u2019\u2022bTV La Minerve, le 2 Janvier 1837 1987 marque le cent cinquantième d'événements qui ont secoué le Bas-Canada, Québec d'hier.En ces années de 1830.le Bas-Canada était encore une colonie de la Grande-Bretagne et vivait, sous tous ses aspects, sous la domination d\u2019une métropole.À Londres, les libéraux mettaient de l'avant des mesures propres à assainir la vie politique, à améliorer la qualité de vie des citoyens.Par contre, dans cette colonie, les représentants de Londres, bien nantis à même les ressources du sol: terres, forêts, pêcheries, administraient la colonie comme leur propre bien.Les élus du peuple ou députés se butaient d\u2019année en année au mur d'une oligarchie, \u201cgouvernement où l'autorité est entre les mains de quelques personnes, ou de quelques familles\u201d.La coexistence devint impossible entre ces deux sources du pouvoir, ces deux \u201cautorités\".Et l'inévitable arriva: les gens d\u2019ici dénoncèrent les abus du pouvoir, se portèrent à l'assaut des symboles d'un gouvernement que Londres soutenait.Un grand frisson s'empara du gouvernement qui adopta des mesures d'exception: mise à prix des têtes des chefs patriotes, suspension des droits des citoyens par la promulgation de mesures spéciales comme l'interdiction de se réunir, comme le couvre-feu.Suspension de la constitution et création d'un Conseil spécial.Et aussi, en 1837, chasse à courre des patriotes tant de la Vallée du Richelieu que de la région des Deux-Montagnes, que des districts de Québec et de Trois-Rivières.En 1837, les Patriotes sont traqués, matés, punis! L'année d'après, en 1838, les troupes de Sa Majesté réprimeront la velléité d'instauration d'une République au Bas-Canada.La répression militaire, politique, étouffera à jamais tout rêve d'indépendance.En ces temps troublés, des femmes, des hommes ont cru à la justice, à l\u2019égalité des chances.Ils communiaient alors au grand vent de liberté, d'affranchissement, qui soufflait sur le monde occidental, de l'Amérique latine à la Grèce, à la Belgique, à la France, voire même à l\u2019Angleterre où le Mouvement charliste opérait une véritable révolution.Ces femmes, ces hommes d\u2019ici ont cru à la dignité, à la liberté.Ils ont payé de leur sang, de leurs peines le droit de rêver justice, égalité.En 1987, nous nous souvenons collectivement de leurs choix.Et nous les célébrons! Ils ont forgé dans la cnanie ue nos libertés un anneau capital: le respect des règles du jeu démocratique! Ce cahier se veut hommage à la mémoire de ces femmes, hommes.Il restera comme un tribut à ce qu'il y avait de plus pur en elles, en eux: l\u2019amour du pays! Ce pays habite leurs revendications, leurs luttes, leurs lettres, leurs chansons.Ce pays que Georges-Étienne Cartier chantait: \"Ô Canada, mon pays, mes Amours\u201d.ils, elles le portaient en leur coeur, en leur sang! Merci aux collaboratrices, aux collaborateurs nombreux qui ont répondu chaleureusement à T invitation de lever le voile sur un moment, un aspect de ces jours difficiles! Pour nous le signifier, nous le rendre intelligible! Merci au journal Le Nouvelliste, à Monsieur Claude Masson, directeur-éditeur, à son équipe, d'avoir assumé la publication de ce document voué à la connaissance d\u2019une page de notre histoire.Maurice Carrier Instigateur du projet et Président du Comité des Patriotes Cahier special Le Nouvelliste - PAGE 3 Ces \u2018Patriotes 1837- 1987 Quand les députés se fâchent! La courte session de 1837 (du 18 au 26 août) coupe définitivement les ponts entre l'administration coloniale et les membres de la Chambre d\u2019Assemblée.Le ton est devenu si intransigeant qu'un modéré comme Joseph-René Kimber, député de Trois-Rivières et partisan de Papineau, se prononce contre l\u2019adresse envoyée au gouverneur John Colborne.Il déclare \"que la marche proposée par M.Morin, (Augustin-Norbert) tend à repousser le gouvernement par la force, que cette ligne de conduite est dangereuse et peut mener à la révolution\".Cette déclaration rapportée par La Minerve du 7 septembre 1837 ne manque pas de réalisme car le climat politique survolté qui règne au Bas-Canada depuis 1830 ne peut que conduire à cette issue.Les élections générales d\u2019octobre 1830, à cause d'une nouvelle carte électorale qui fait passer' de 50 à 87 le nombre de députés, vont permettre l\u2019entrée d'un groupe de jeunes politiciens très sensibles aux revendications de la population, à l\u2019idéal démocratique élevé et dont les idées radicales vont mener à une action plus violente.Deux nouveaux élus, Louis-Hip-polyte La Fontaine et Augustin-Norbert Morin, n\u2019ont que 23 et 27 ans au moment de leur élection.L'âge moyen des nouveaux députés est d\u2019à peine 30 ans! Ils vont vite se rassembler autour du chef naturel des Canadiens français de l'epoque, Louis-Joseph Papineau.Déjà \"orateur\" (president des débats), Papineau reclame depuis un bon moment le gouvernement responsable, c\u2019est a-dire que la Chambre d\u2019Assemblée puisse contrôler les finances de la colonie et que le Conseil executif soit élu par l\u2019ensemble des députés.Mais ces réclamations d'ordre politique touchent moins la population de la décennie 1830 que le problème de concessions et de répartitions des terres, source de contestation depuis une bonne dizaine d\u2019années C'est que la surpopulation des seigneuries donne naissance à des revendications soutenues et de plus en plus étoffées contre le régime seigneurial, le mode de concession des terres et la spéculation d importantes réserves de terre arabe nécessaires à l'établissement d une population agricole gonflee par un extraordinaire taux de natalité.Mais le lobby des \u201cseigneurs\", dont fait partie Papineau, seigneur de la Petite-Nation et quelques autres membres du Parti patriote, réussit à empêcher l'adoption de tout projet de loi pour soulager la population agricole: il faudra attendre l'abolition du régime seigneurial en 1854 'Mi Hfg L'HONORABLE AUG-USTIN-NORBERT M.RIN Jug* de la Cour Su]»rirvrt pour réaliser les objectifs des jeunes députés de 1830.Les parlementaires se plaignent de l\u2019ingérence du Conseil legislatif, forme de personnalités généralement favorables au Gouverneur, majoritairement anglophones et dont la nomination a vie assure une continuité dont ne peuvent se prévaloir les membres de la Chambre d Assemblée F.n 1831, le Conseil legislatif empêche l\u2019adoption de plus de la moitié des projets de loi adoptés par la Chambre en se servant de son \u201cveto\".L\u2019année suivante, le Parti patriote met à son programme l\u2019élection du Conseil legislatif: Morin démontrera avec aisance que cette demande est conforme à l\u2019esprit de la legislation anglaise Mais le conseil continue de \"bâillonner\" la chambre et le ton monte.En 1834, en repense au discours du Trône, le Parti patriote rédigé un réquisitoire qu\u2019il va porter jusqu\u2019en Angleterre: les 92 résolutions vont être achéminées au Parlement impérial par leur auteur, Augustin-Norbert Morin, et par l\u2019agent officiel de la province auprès de Londres.Denis-Benjamin Viger.cousin de Papineau.Mais la mission n\u2019est pas couronnée de succès: les élections générales de cette même année viennent toutefois plébisciter le Parti patriote et les \"modérés\" comme John Nielson.Augustin Cuvillier, Frédéric-Auguste Quesnel, Andrew Stuart et J.F, Duval sont battus.Désormais, le dialogue cède le pas à l\u2019affrontement.Déjà la question des finances publiques fait l\u2019objet de débats importants Fin mars 1835, la Chambre vote un blâme au Gouverneur pour avoir refusé une autorisation pour les dépenses courantes de la chambre.Cette derniere réplique en ne votant pas les dépenses de l\u2019annee.sous de vagues prétextes.Le Gouverneur et son executif fantoche puisent alors dans la caisse militaire, au grand siandale de la chmbre La querelle des subsides est nettement le sujet de la session de 1836 mais l\u2019impasse persiste.C\u2019est alors que Papineau et ses principaux lieutenants décident de tenu des assemblées publiques pour expliquer à la population les enjeux de ces querelles.La population répond avec enthousiasme, sauf la région immédiate de Québec, la capitale, il faut dire que le Parti patriote est bien organisé, ne compte pas uniquement des parlementaires dans ses rangs mais possède des appuis extérieurs comme Ludger Duvernay, par exemple, éditeur-propriétaire de La Minerve, et agit comme un instrument de lutte pour l\u2019émancipation politique des Canadiens français.Après l\u2019adresse envoyée à Colborne, et la prorogation de la chambre par celui-ci, les dés sont jetés: les armes décideront du gagnant des débats engagés à la chambre! Jean-Marc Paradis, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières La vague patriotique à Trois-Rivières Le jeu des influences locales! Au début des années 1830, le Bas-Canada s'engage dans une lutte politique et sociale d\u2019une envergure considérable, une lutte qui laissera des traces et marquera à jamais l'histoire nationale des Canadiens français.La destinée de ce peuple fier et riche de traditions l'amène à une prise de conscience, à une volonté humaine collective d'une rare intensité qui touchera, de fait, toutes les régions du pays.À Trois-Rivières, bien que moins visible, cet élan passionnel n\u2019en fut pas moins fortement ressenti.Des situations certes, mais aussi des hommes jouissant d\u2019une immense influence ont largement contribué à diriger, inconsciemment, l\u2019agir tri-fluvien en cette période trouble.Des nombreuses situations conflictuelles rageant alors dans le pays, celle des Forges du Saint-Maurice reflète particulièrement bien l\u2019ensemble des positions antagonistes faisant l'objet de toute cette agitation collective.Préoccupés par l'essor économique de leur ville, les Trifluviens accusent les Forges d'entraver le développement de Trois-Rivières, pointant par le fait même la politique abusive du gouvernement anglais de Québec et ses multiples et injustes privilèges d\u2019exploitation aoncédés à l\u2019élite anglophone.Le grand débat de 1833 à l'Assemblée législative sur le cas des Forges ne fait que confirmer l'ampleur du problème, l'urgence d\u2019une action concertée.Bien que décriée depuis des années par les députés canadiens, la bureaucratie du parti des fonctionnaires se dresse en véritable muraille et finit par reconduire le bail des Forges.Une autre gifle s'ajoute! La colère se fait grandissante au pays et la région trifluvienne n\u2019y échappe pas.D'ailleurs c\u2019est à Trois-Rivières même, chez le Dr.Kimber.que se tient en septembre 1835 la grande réunion des membres libéraux du Conseil législatif et de la Chambre d'assemblée visant à établir la position à prendre devant la Commission royale chargée d\u2019étudier les revendications.C'est à l\u2019occasion de ce rassemblement historique que Papineau fait sa fameuse déclaration en se proclamant \u201crépublicain pour tout le continent\u201d.Trois-Rivières vit des moments intenses, de grande ferveur populaire.Deux ans plus tard, en juillet 1837.Papineau s'amène en ville et prend le dîner chez.Ézéchiel Hart! Les Hart, qui contrôlent presque la moitié de la ville, ont acquis au cours des ans une renommée publique enviable dans la cité de Laviolette.Bien que bénéficiant d\u2019une forte réputation dans les milieux anglophones, Hart n'hésite pas à s'afficher avec Papineau.Cela n\u2019est pas sans déplaire à certains.d'ailleurs.Un seul autre notable anglais (Wagner) ose participer à cette réunion; tous les autres s'abstiennent.Mais dehors, l\u2019histoire est tout autre.Une foule, nombreuse et bruyante, venue tant de la ville que des campagnes avoisinantes pour entendre et applaudir le grand tribun, manifeste son approbation au message répété du leader patriote.Donc, même si Trois-Rivières ne participe pas directement à l\u2019agitation armée des années 1837-1838, elle n\u2019en demeure pas moins très impliquée émotivement dans ce conflit.Ce refus de passer par les armes s'explique en partie par l'influence considérable laissée par certaines personnalités trifluviennes.Ézéchiel Hart en est une.Son attitude modérée, qui l'a toujours bien servi au cours de sa carrière politique et financière, a sans doute incité plusieurs Trifluviens d\u2019alors à appliquer cette conduite raisonnable et pondérée d\u2019un de ses plus fidèles compatriotes.La réputation et surtout la position prestigieuse d'individus socialement impliqués comme C.R.Ogden et René Kimber pèsent lourd également dans l\u2019héritage politique local.Bien que moins évidente que celle de Hart, l'influence de C.R.Ogden n\u2019en est pas moins significatrice.Député de Trois-Rivières de 1814 à 1833, Ogden est un homme puissant et craint dans la cité.Ami intime de Colborne, Ogden se veut Tardent défenseur de l\u2019administration anglaise qui n\u2019hésite pas, durant les troubles, a investir cet homme intransigeant de tous les pouvoirs nécessaires à la poursuite judiciaire des Patriotes.C\u2019est cet homme coriace qui prend également les mesures drastiques pour le transfert des prisonniers politiques aux Bermudes.Son énorme pouvoir sur la société trifluvienne contribua, probablement dans une large mesure, à refroidir les esprits les plus belliqueux de la communauté.Mais l'individu qui façonne le plus les consciences locales à l\u2019époque, c'est vraisemblablement René Kimber.L\u2019homme fort des Patriotes à Trois-Rivières.Député de la ville de 1832 à 1838, ce Patriote convaincu désire à tout prix combattre l\u2019administration anglaise mais sur le champ constitutionnel uniquement.Très impliqué avec Papineau au début de son mandat comme député (à preuve la réunion de septembre 1835), il se déclare ouvertement contre la levée des boucliers, contre l'insurrection armée.Dans une lettre adressée au gouverneur en chef du 22 juin 1837, il s'avoue d'ailleurs \u201csujet anglais réformiste et non un sujet révolutionnaire.\u201d Ce manque de combativité semble décevoir Papineau qui voyait, en lui un leader au potentiel illimité.C\u2019est Kimber qui empêche finalement les Trifluviens de suivre Papineau dans le mouvement de rébellion.Sa forte emprise sur le milieu en décide plusieurs à opter pour la voie pacifiste.Comme on peut le constater à la lumière de certains faits.Trois-Rivières manifesta beaucoup d\u2019intérêt à la vague patriotique du siècle dernier.Elle participa, à sa manière, à cette noble cause.Cependant, le rôle qu\u2019elle y joua dépendit probablement beaucoup plus de la puissance et de l\u2019influence de ses têtes d'affiche locales que celles de Papineau lui-même! Mario Audet Archiviste à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières J Cahier special Le Nouvelliste - PAGE 4 Les \u2018patriotes IS37 - 1987 A propos de PATRIOTES Au printemps de 1834.les Quatre-vingt-douze Résolutions, longue énumération des griefs des Canadiens, contraignent l'opinion publique à se déterminer en faveur du programme du parti de Papineau ou en faveur du parti du Statu Quo.nom donné à l\u2019autre faction politique.La fidélité, le bon sens et le patriotisme sont réclamés comme un monopole pour chaque formation.Dès 1834, cependant, les élections répétées, les réunions populaires fort nombreuses, presque référendaires, dirait-on aujourd'hui.accréditent l'identification qui se fait de l'épithéte \"patriote\" pour désigner le parti de Papineau.Aussi importe-t-il, pense-t-on dans le camp adverse, d\u2019en restreindre le sens, de le rendre péjoratif.L'Ami du Peuple, de l'Ordre et des Lois, de Pierre-Édouard Leclère et John Jones, et les Sulpiciens de Montréal, en trace pour sa part le portrait suivant: Les Patriotes en 1834 Chaque jour, ami lecteur, cet étemel mot de 'patriote' résonne cent fois à tes oreilles; chaque jour tu le lis à chaque page, à chaque colonne des joumeaux que tu te condamnes à lire.Ce mot te poursuit partout.Partout il te fatigue.Mais dis-moi, sais-tu ce que c'est qu'un patriote?Peux-tu te définir à toi-même, ce qui constitue cet être fanatique?Sans doute que plus d\u2019une fois tu t'es demandé sérieusement, qu\u2019est-ce que le patriote?.et jamais peut-être tu n\u2019as pu décider cette question.Il en est de tant de formes, de tant de genres différents, qu\u2019il est presque impossible d\u2019en constater une espèce particulière.Essayons pourtant de tracer un tableau de cette classe intéressante, et voyons si le public y reconnaîtra l\u2019image de ceux que je veux prendre.Le patriote du Bas-Canada, en 1834, est une espèce d\u2019être nul et insignifiant, sans autre morale que son titre et sa continuelle démangeaison de dire à tout le monde: \u201cJe suis patriote.\u2019\u2019 Le patriote vit essentiellement de nouvelles vraies ou fausses, d\u2019idées de révolution, et de démocratie.Le patriote dîne et se rassasie en lisant la Minerve et s\u2019endort en lisant l\u2019Écho.Il sait par coeur l\u2019air de la Parisienne, sur lequel il chante la chanson du jour, composée par un de ses confrères.Le patriote est généralement athée, mais il croit à Papineau.Il réfute Neilson; il adore la chambre et déteste le conseil; il est essentiellement égoïste et froid.S\u2019il vous arrive de vous rencontrer dans une assemblée de patriotes et qu\u2019on vienne à parler d\u2019individus peu connus à cette société, vous n'entendrez point demander: \u201cCet homme est-il honnête homme / ou, cet homme a-t-il des talents?\" Tout cela est superflu.La seule question admise est celle-ci: \u201cEst-il patriote?\" C\u2019est là la grande règle, à mesure universelle de tous les mérites ou démérites.Malheur aux patriotes s\u2019il lui arrive de rencontrer un bureaucrate dans la rue, et si, conservant encore pour un ancien ami des sentiments d\u2019estime et de considération, il a l\u2019effronterie de le saluer ou de lui rendre un salut; trois fois malheur s'est est assez coupable pour lui parler; aussitôt un essaim de patriotes qui l'a vu (car les patriotes voient tout) va l'assaillir de tous côtés et lui reprocher amèrement sa noire perfidie.Le patriote doit tout adjurer pour le patriotisme; c\u2019est là sa vie, son essence, ce doit être son unique désir.Que si vous lui demandez quelles sont ses opinions, sur quoi il les fonde, il l\u2019ignore, il ne peut vous le dire; mais ce qu\u2019il sait, c\u2019est qu\u2019il est patriote.Pour toute autre réponse il vous renvoie à M.Papineau.M.Papineau est patriote et vous répondra; pour lui il ne peut le faire, il n 'est pas instruit, on n\u2019est pas tenu d\u2019être instruit lorsqu\u2019on est patriote, cette réalité seule suffit pour être un citoyen considéré.Le patriote se rend aux assemblées politiques, il considère l\u2019état de la province, il a sur sa table tous les discours de M.Papineau et la circulaire de M.A.Girod, il a toujours trente sous au service de l\u2019ambassadeur patriote en Angleterre ou de la presse qui doit imprimer la chanson patriotique.Le patriote aime à se promener dans les rues pour observer et lire les affiches; il porte toujours dans sa poche un morceau de craie pour écrire sur les murs les inspirations de son patriotisme.Le patriote lance une pierre avec adresse et s'entend très bien à casser les vitres.Le vrai patriote ne fume qu'avec sa pipe et du tabac canadien.Il ne fréquente pas lieux où se trouvent des bureaucrates.La maladie est contagieuse, dit-il, et le patriote est faible; aussi le voit-on rarement aux églises.Le patriote connaît sur le bout des doigts l\u2019histoire du 21 mai, il sait par coeur le nom des trois morts et quelque soit la demande que vous pouvez lui faire, il répond à tout par le 21 mai.(1832) Il déteste cordialement les Anglais, l'Ami du Peuple et tous ceux qui osent y souscrire.En un mot, le patriote est un homme rempli de préjugés parlait à tort et à travers de ce qu\u2019il ne connaît pas; ne jugeant que d'après les autres et s'imaginant pourtant qu'il est un grand homme parce qu\u2019il se dit un grand patriote.Maurice Carrier, professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières et directeur scientifique de la Collection Robert-Lionel-Seguin Un défenseur de Saint-Denis suspend son tir pour \u201cbourrer\u201d sa pipe à même la traditionnelle blague à tabac faite d'une vessie de porc.Les insurrections de 1837*1838 et les forces armées En 1837, au moment où éclatent les troubles dans le district de Montréal, le gouvernement colonial dispose alors de deux types de forces armées pour le maintien de l\u2019ordre et de la paix: l'armée régulière britannique et la milice sédentaire canadienne.Très tôt, cependant, devant la gravité des événements et l'insuffisance des troupes, de nouveaux régiments de volontaires seront formés.Comment donc sont organisées ces forces?Qui sont ces militaires de carrière et ces \u201csoldats d'un jour\u201d?Voilà ce que nous tenterons de découvrir au cours du bref exposé qui suit.La milice canadienne, d'abord, est formée de tous les citoyens aptes à porter les aimes.Tous les hommes âgés de 16 à 60 ans sont enjoints de servir et de se pourvoir à leurs frais d\u2019un mousquet ou d\u2019un fusil.En temps normal, ils ne sont pas armés, ils ne portent pas Tuniforme, ne sont ni payés ni instruits.Cette force peut toujours être appelée afin de parer à une situation critique et est toujours en mesure de fournir des hommes pour les unités spéciales de volontaires levées pour une plus longue durée de service.La milice sédentaire se distingue donc ici de la milice volontaire: la première est dite \u201csédentaire\u201d parce qu'elle est composée de tous les citoyens aptes à porter les armes et que ceux-ci ne sont appelés qque pour une très courte période; la seconde est composée de citoyens qui servent activement et volontairement pour une longue période et se déplacent sur de longues distances.Quelques unités de müice volontaire existaient déjà au moment où éclatèrent les insurrections de 1837, mais plusieurs autres furent levées spécialement à l'occasion des troubles afin de prêter main-forte à l\u2019armée régulière.En somme, la milice (sédentaire ou volontaire) constitue 4 l'une des Forces armées sur lesquelles s'appuyait le gouvernement colonial pour le maintien de la paix.la particularité importante du système militaire canadien de cette époque est la présence au pays d'une forte garnison de troupes régulières britanniques - il n\u2019existe pas encore, avant 1855, d\u2019armée régulière canadienne proprement dite - donc l\u2019entretien, assez coûteux, est assuré par l'Angleterre.Les soldats réguliers britanniques qui partaient pour les colonies de l'Amérique du Nord y restaient habituellement sept ans.La solde n'était même pas d\u2019un penny par jour.Les hommes du rang devaient partager souvent la chambrée avec une centaine de compagnons: ils étaient couchés sur des matelas de paille, dans des draps que l'on changeait une fois par mois.La ration quotidienne était d'une livre de pain et d'une demi-livre de viande que l'on faisait cuire dans la chambrée.Sur la centaine d'hommes de la chambrée, six étaient autorisés à vivre avec leurs femmes: le couple s'installait dans la chambrée avec, pour toute intimité, une couverture que l\u2019on suspendait pour la nuit.Les femmes recevaient des demi-rations et les enfants encore moins.Elles faisaient la cuisine et la lessive.pour la troupe et les officiers.Les veuves de militaires n'avaient droit à aucun secours; aussi, on s'en doute, la plupart se remariaient sans tarder (en 1840, une femme eut trois maris en six moisi).Les officiers réguliers, quant à eux.étaient généralement des fils de bonne famille britannique qui avaient acheté leur brevet -cela était possible à l'époque.Chaque officier avait sa chambre, ses meubles et son ordonnance qui servait le thé, lavait les uniformes, nettoyait les armes et étrillait les chevaux.Au mess, on mangeait venaison et fromages fins, accompagnés de bons vins.Les officiers britanniques n'avaient pas la vie dure au Canada.Un bon nombre tenaient des journaux dont plusieurs furent publiés en Angleterre.A la fin de 1838, on comptait près de 14,000 soldats réguliers britanniques.Leur nombre avait rapidement et considérablement augmenté au fur et à mesure que l'on puisait dans les effectifs des autres colonies pendant les insurrections.Dans toutes les opérations et campagnes, les forces régulières britanniques au Bas-Canada furent appuyées par les miliciens, que ce soit à Saint-Denis, à Saint-Charles, à Saint-Eustache ou ailleurs.Les expéditions comptaient habituellement des détachements de cavalerie et d'infanterie et des pièces d\u2019artillerie.Les Forces régulières britanniques furent également impliquées directement dans la garde des Patriotes prisonniers à la prison de Montréal et dans les procès tenus par la cour martiale à partir du 28 novembre 1838.Au cours des lignes qui précèdent, nous avons tenté de dresser un très bref tableau de l'organisation et des forces militaires en présence lors des événements de 1837-1838 dans le Bas-Canada.Somme toute les profanes dans les questions militaires ont-ils trouvé là un certain éclairage et quelques éléments de réponse à leurs questions sur l'une des périodes les plus troublées de notre histoire.Si tel est le cas, l\u2019auteur ne s'en trouvera que plus satisfait.Daniel Robert.M.A.Conservateur du Musée militaire du 12e Régiment blindé du Canada à Trois-Rivières Cahier spécial Le Nouvelliste - PAGE 5 Ces -Patriotes 1837- 1987 L\u2019idéologie des Patriotes Les rebellions de 1837-183H s'inscriveni dans un contexte de tension-, démographiques d- cris*, ecnnomiqut rt> luttes politiques et de conflits ethniques qui sont autant de facteurs d* cette revolution avortée destinee a conquérir I independence di> Quebec Mais comment ne pas s'étonner que l'objectil poursuivi par les Patriotes soit sans rel» tion apparente avec certains der lecteurs qu' oni provoque leui action révolutionnaire C'esi qut toui mouvemen* social, tout» révolution est oriente» pai un» idéologie.» est-è-dire un discours mobilisateui visant a definu les difle rentes facettes de la situation sociale et à les interprétei de maniéré a inciter a l'action projetée On aura d«»n» corn pris que l'idéologie est produite par les classes sociales ou les groupes qui ont des intérêts a ce que I action soit onen tée dans le sens défini.Nouvelles élites et nationalisme Au début du XIXe siècle, la croissance des activités commerciales dans le colonie basse-canadienne (Québec1 et l\u2019expansion demographiqu» favorisant la constitution d'un nouveau groupe social que 1 on désigne habituellement du nom de petite-bourgeoisie.Ce groupe est forme des membres des professions liberales et des marchands oeuvrant surtout dans le commerce de détail.Alors qu il n'y a au Bas-Canada que 48 notaires et 9 avocats cana-diens-français en I79i: on en compte 324 et 122 en 1838.Ce nouveau groupe social dont les effectifs croissent rapidement aspire è dirige* la nation et poui c» laire a sup planter les leaders traditionnels que sont les seigneurs et le clergé.Il souhaite participer aux décisions gouvernementales afin d'orienter les politiques en fonction des intérêts des Canadiens français dont la grande majorité vit d'agriculture, Leur accès au pouvoir fut facilité par l'Acte constitutionnel de 1791 pai lequel le gouvernement britannique formait deux colonies, le Haut et le Bas-Canada, à même les territoires actuels de l'Ontario et du Québec et octroyait a chacune d'elles une chambre d'assemblée elue Ces nouvelles elites er vinrent rapidement a occupei la majorité des sieges a cett» assemblée du Bas-Canada.Ain si le parlementarisme leur offrait un» source supplemen taire de prestige, ce qui leur permit de rivaliser avec ies seigneurs et le clergé et de se taire reconnaître comme principaux leaders de la nation Opposition aux politiques commerciales britanniques La constitution d* ' '91 instituait trois paliers de gou vernement: à la chambre d assemble»- elue, elle ajoutait un conseil législatif forme de gens nommes et, un conseil exe cutif présidé par le gouverneur.Le conseil législatif était destiné à donner uni part» du pouvoir aux grands propriétaires fonciers et aux commerçants que 1«- gouverneui désignait Donc deux chambres, l'une élective qu» la peti te-bourgeoisie majoritairement canadienne-française en vint rapidement à occuper, l'autre selective constituée presque exclusivement de Britanniques Très tôt au début du XIXe siècle les conflits d» plus en plus systématiques surviennent entn les deux chambres et paralysent l'administration coloniale.La petite-bour-geoisie s oppose aux administrateurs et aux hommes d affaires dont les intérêts commerciaux sont perçus comme opposes à ceux des agriculteurs et de la nation tout entiè re.Les deux groupes s'affrontent sur tous les fronts a la fois, et comme il s'agit d'une part de Canadiens français et de l'autn de Britanniques, la lutte qui s'engage au debut du siècl» et qui trouve son point culminant dans les rébellions prend la coloration d une lutte ethnique.Mais il y a lieu de montrer qu\u2019il s'agit aussi d'une lutte de classes et d'un combat pour l'émancipation nationale mené principalement par la petite bourgeoisie qui croit par cette voie accéder au pouvoir et mieux servir les intérêts de la nation.Mais en quoi les intérêts commerciaux heurtaient-ils ceux de h- majorité des Canadiens français tels que définis par les dites?La réponse n'est pas simple car l'interprétation d* leurs débats et de leurs arguments est souvent brouillé» par la volonté d'affaiblir politiquement l'adversaire en s opposant systématiquement à ses réalisations.Ainsi 1» parti Patriote et Papineau s'opposèrent aux banques man- collaborèrent à la fondation de la Banque du Peuple c*- qui incite à penser que leur opposition n'était pas tan< dirigée contre les banques que contre le contrôle exercé pat la bourgeoisie britannique.Quoi qu'il en soit, la volonté d'édifier au Canada une section d» l'empire commercial britannique entraînait inévitablement des changements aux coutumes et aux modes de vie des Canadiens français qui vivaient en grande majorit» d» agriculture.11 fallait d abord aboln ou retor-mei I» système seigneurial ei I» droit coutumiei français auxquels Us étaient restes attaches, mais qui étaient de venus des anachronismes dans un» societ» domine» pai 1*\u2018 capitalisme commercial car ils rendaient impossibles les emprunts sut les immeubles grevés de rede\\ ances sei gneuriaies.11 fallait aussi encourager 1 immigration hritanniqu» afin d accroitre dans la colonie la consommation et la ca pacite de production: ces nouveaux arrivants apparais saient comme des concurrents des Canadiens français sur le marché de 1 emploi et sur celui de l'accès à la terre II fallait surtout moderniser les structures administratives, accroît r» 1er services gouvernementaux creer des mstitu lions municipales lender des bureaux d'enregistrement des hypotheques instituer des infrastructures commet «aies et levei des impôts fonciers poui financer i'ensem bl» de ces nouveaux services qu» la paysanner» était loin de jugei necessaires Pour contrer 1» projet d» societ» domin* pai les Britan niques, la chambre d'assemblée va s\u2019opposer presqu» sys tématiquemenl à toutes politiques susceptibles d» favo riser la bourgeoisie et tenter de se donner pai cett» stra teg» ur mover d» negociei la realisation des intérêts des C anadiens français Par exemple, en i80h alors qu il était questioi d»-levet une taxe pour financer la construction d» prisons ! assem blée s objecte a et que ce soit un impôt fonciei qui en re partirait 1» poids sur I ensemble des contribuables et propose plutôt une taxe douanier» qui pesait uniquement sur ceux qui pratquaient le commerce international Ce n est la qu un exemple qui illustre ies difficultés d entente entre les deux chambres d assemblees et les deux classes sociales qui les occupaient.Plutôt qu»- de multiplier les exemples.arrêtons-nous à celui du financement d» la canalisa tion du Saint Laurent qu t-nvenimera leurs relations per dam un» vingtaine d années 1 amenagement de la voie fluviale était devenu un» ne cessit» depuis que les Américains er 1817 axaient corn mène» à construire 1» canal Éru poui détourner vers le port de Nev >ork le traf» des Grands Lacs qui devaient naturellement s ecouler pat le Saint Laurent.Les commerçants de Montreal et de 1 oronto pressaient le gouvernement d agir- Qu> allait payer pour ces travaux coûteux?La chambre d'assemblée refusait de voter les budgets pour des travaux qui allaient être exécutés en grande partie à l'extérieur du territoire.Elle refusait aussi de rené- gocier le partage des douanes entre les deux colonies et contrôlait ainsi les bénéfices du trafic du Haut-Canada par le Saint-Laurent.Face à cette opposition qui paralysait le système poli tique bas-canadien et nuisait efficacement aux intérêts du commerce, les dirigeants britanniques demandèrent à Londres d'unir les deux colonies et de placer par ce moyen les Canadiens français en minorité pour qu'ils ne puissent plus s'objecter à leurs intérêts.Cette attitude allait provoquer une radicalisation des positions des Canadiens français.Démocratie et indépendance Jusqu'aux années 1820, les chefs du parti Canadien (qui deviendra le parti Patriote) admirent les institutions britanniques.Malgré les difficultés de leur lutte contre la bourgeoisie coloniale, ils ont confiance en la monarchie parlementaire et constitutionnelle et sont reconnaissants envers la Grande-Bretagne de leur avoir accordé le parlementarisme Papineau dit mépriser '' anart h» démocratiqu» ' tell» qu\u2019elle s» pratiqu* au.', t tais-Cm» pour _v preferei i< mo narchi» parl»*mentair< anglaise.Cependant, petit à petit, au grc des- resistances des administrateurs à leurs revendications leur pense» évolué vers la démocratie.Au début des années 1830.ils réclament l'independance du judiciair» ) élection du conseil législatif et la responsabilité de 1 executif vis-à-vis la chambre d'assemblée (res-ponsabiht» ministerielle; Ces demandes impliquaient presque Lindépendant» du Bas-Canada.Au gouvernement hritanniqu» ils n» laissaient que la responsabilité de decide» donner En tan horizon pofitique des Cana dien: trançai.- leu; paraissaii tellement bloqué que, dès 1830 certain; membres du parti Patriote pensaient déjà a la necessit» d un soulèvement arme pout obtenir que la voient» d» la majorité l'emporte 1) est certain que ces seules causes politiques, aussi sérieuse» soient-elles n'on* pas entraîné la p»>pulation dans un soulèvement arm» Mais elles ont pese lourd dan une halanc» deia biei » harg»1» pat la désorganisation d» la cul-tun du bl» la cris* economique les epidemics de choiera et les tension démographiques dont on rendait responsa bl» le gouvernement britannique La démocratie que réclamaient les Patriotes ne pouvait être accepte» pat I» gouvernement londonien car elle impliquait pratiquement I autodétermination des Canadiens français qui étaient grandement majoritaires dans leur province Mais apres I eche» des rebellions et après la mise er plac» de 1 union des deux colonies qui plaçait les Canadiens français en minorité, le gouvernement londonien consentit à accorder au Canada la responsabilité ministérielle c est-à-dire la démocratie.C'est à se demander si, tontrairement a ce qu'on pretend généralement, l'octroi de la démocratie est un résultat lointain de l'action des Patriotes Ne serait-ce pas plutôt la conséquence de la mi norisation des Canadiens français qui ne pouvaient plus s\u2019objecter efficacement au progrès des intérêts de la bourgeoisie'\u2019 Rene Hardy, professeur d'histoire a l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières Cahier special Le Nouvelliste - PAGE 6 £es \u2018Patriotes 1837 - 1987 Ci Un patriote de la région de Trois-Rivières: Joseph-Edouard Turcotte Cent-cinquante ans après les Troubles de 1837, on en ignore encore bien des aspects.On connaît certes l'essentiel: les idées des patriotes, les chefs du parti, les principaux sympathisants, les moyens de pression employés, les combats engagés et leurs conséquences.On a étudié l'impact du mouvement dans les régions de Montréal et de Québec, mais que sait-on pour le reste de la province, pour la région de Trois-Rivières, par exemple?Je n'ai pas moi-mème consacré d'étude à la question.Mais je l'ai abordée indirectement en faisant la biographie de Joseph-Edouard Turcotte.Joseph-Edouard Turcotte est connu à Trois-Rivières par la vaste résidence qu\u2019il a fait élever au bord du fleuve, présentement occupée par le CLSC Les Forges, et par la terrasse qui porte son nom.On sait aussi qu'il a été maire de Trois-Rivières de 1857 à 1863, député de Saint-Maurice de 1841 à 1844 et de 1851 i 1854, de Maskinongé de 1854 à 1858, de Champlain de 1858 à 1861, de Trois-Rivières de 1861 à 1864.Mais qui sait que Turcotte a été un des Patriotes des années 1830?Né à Gentilly en 1808, Turcotte a étudié au Séminaire de Nicolet de 1821 à 1829, puis il a \"pris la soutane\" et enseigné dans son aima mater pendant un an.Mais, revenu à l\u2019état laïque en 1831, il opte pour le droit et fait \"sa clé-ricature\" à l'étude d'Elzéar Bédard à Québec.Il est alors placé au coeur de l\u2019action politique: il croise les rédacteurs des Quatre-vingt-douze Résolutions, dont Papineau lui-méme.à la Chambre d'assemblée où il est copiste, il entend les ténors du parti patriote.Il fait même une option: lorsque Bédard devient modéré et se sépare de Papineau.Turcotte prend parti pour ce dernier Les premières manifestations de l'engagement de Turcotte se situent en 1833-1834, et prennent la forme littéraire.Il écrit des poèmes politiques qu\u2019il adresse aux journaux.Il y fait d'abord l'apologie de Papineau qu\u2019il compare aux plus grands libérateurs de la Bible, à Moïse, au Christ même, tandis que les \u201cmodérés\" sont comparés aux Juifs infidèles: De leur joug ta main nous iéliŸre, \u201cEt nous ajfons comme au granè livre, Nos docteurs de l'ancienne loi; \"Dans leur tendre sollicitude, Et pour sauver la multitude, Criant: Il Veut se jaire rail A nos Jrères gui t \u2019abandonnent, Quand tes prodiges les étonnent: Qui près de recevoir encore Ca Cable à ta Vertu lonumse Et près de la terre promise Vont sacrijier au Veau d\u2019or.A l\u2019Hon.L.J.Papineau Les poèmes de Turcotte lancent aussi des appels à l'émancipation du joug britannique: Un peuple dent choisir quand il Voit réunis Ca hache de la Pologne et Us fers de l'Irlande, Et qu'il Voit la guirlande Qui pend au Jront sacré de nos \u2018États-Unis.Poème sans titre Joseph-Edouard Turcotte Nous, nous fixâmes notre etoiU.Castre du peuple canadien: Et l ange à figure connue, Planait au-dessus de la nue Pour nous montrer la liberté.Le retour Turcotte n\u2019écarte par le recours aux armes comme moyen de réaliser l'émancipation.Il écrit: Peuple.Vous êtes souverains! Hommes, Vous êtes tous égaux! Un peuple est le maître de soi.(.) les armes peuvent reprendre \u2018Des droits par les armes acquis.A l\u2019Hon, L.J.Papineau Enfin, il croit la libération imminente: (.) la tgranme S'agite d'un puissant effort.C'est sa convulsive agome.CaVant-courrière de sa mort.L\u2019anniversaire du grand meurtre Certes les poèmes politiques sont fréquents dans les journaux de cette période.Mais ceux de Turcotte se distinguent par leur caractère virulent, radical, révolutionnaire même.Mais Turcotte ne se contente pas d'écrire, il passe à l'action.Au cours des débats prérévolutionnaires de l\u2019été et de l'automne 1837, il prend la parole dans des assemblées publiques, comme celle dont fait état Le Canadien du 27 juin 1837, dans laquelle il appuie le Patriote-radical Micheol Connolly à l'élection pour la Basse-Ville de Québec.Et quand, à l'automne, la situation devient plus tendue et que l\u2019affrontement se dessine, Turcotte participe à la fondation du comité permanent de Québec qui est créé sur le modèle du comité permanent de Montréal, dans le but d\u2019organiser la résistance politique.Puis, laissé en liberté aux premières heures des Troubles, alors que plusieurs de ses compagnons sont emprisonnés, il proteste publiquement contre les arrestations effectuées.Ainsi, le 19 novembre, il harangue une foule de plus de mille manifestants réunis au marché Saint-Paul.Le Morning Herald du lendemain le blâme en ces termes: \u201cLe braillard Turcotte fit parler la sédition tout â son aise.\u201d Désormais, c\u2019est par ses plaidoiries que Turcotte sert la cause des patriotes.Ainsi, en décembre 1838, à Trois-Rivières où il vient semble-t-il de s'installer, il gagne l'habeas corpus pour Célestin Houde, cultivateur de la Rivière-du-Loup (Louiseville).arrêté pour \u201cmanoeuvres séditieuses\u201d.Il est alors complimenté par le juge Vallières de Saint-Réal pour la manière habile dont il lui a arraché la liberté de l'accusé.Quelques semaines plus tard, il tente, en vain cette fois, d'obtenir l\u2019habeas corpus en faveur de Joseph-Guillaume Barthe, d'Yamaska.accusé de hautre trahison.Dans la suite, lorsque la RébeUion est complètement matée et que les chefs patriotes ont pris le chemin de l'exil ou la voie du silence.Turcotte reste en contact avec Ludger Duver-nay, qui a fui aux Etats-Unis.Dans la correspondance échangée avec Duvernay.Turcotte se montre farouchement anti-britannique et confiant de voir triompher \u201cla cause de la liberté\".Il rapporte à Duvernay que se prépare, sous l'influence du clergé, une opposition à l\u2019Union du Bas et du Haut-Canada qui vient d\u2019être votée, et une demande à l\u2019effet de retourner à la constitution de 1791.Turcotte désapprouve toute intervention auprès du gouvernement britannique qu'il juge sanguinaire; il y voit une trahison et il préfère, pour le moment, une espérance patiente: Ü g a des gens qui ont l 'âme assez basse pour Vouloir s\u2019adresser à un gouvernement qui s\u2019est abreuvé du sang de leurs concitoyens, sans parler de l'exil.Quant a ceux qui sont Vraiment pour la cause de la liberté de leur pays, ils dédaigneront de s'adresser au gouvernement anglais pour n \u2019importe quelle demande et ils attendront en silence que la justice de leur cause et la Providence viennent à leur secours.Adieu, ne Vous découragez pas, espérez et croyez qu\u2019il y a encore au Canada beaucoup, beaucoup de bons Canadiens à la tâche.Il convient id de souligner que Duvernay.à qui s'adressent ces lignes, est le fondateur de l\u2019As-sodation des Frères Chasseurs qui.aux États-Unis, continue de rêver d'intervention armée.Ainsi, l'échec de la Rébellion, la répression qui a suivi et l'Union qui est votée ne font que différer le rêve révolutionnaire, \u201cindépendantiste\u201d de Turcotte.Far la suite.Turcotte se range, il hésite encore un moment mais, dans les années 1850, il accepte le régime.Il devient même président de la Chambre en 1862.Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il a eu une \u201cjeunesse\u201d patriote et que sa biographie nous a révélé le type du \u201cPatriote ordinaire\u201d, ni chef d'éléments biographiques sur la trentaine de Patriotes qu'on a pu recenser pour la grande région de Trois-Rivières, nous serions sans doute mieux renseignés sur l'impact du mouvement patriote dans cette région.Louisette Pothier, professeur d\u2019histoire au Séminaire de Sherbrooke Joseph Légaré, Au Québec, le XIXe siècle se caractérise par plusieurs remous sociaux, économiques et politiques.Des conflits de langue, de pouvoir, de religion opposent Britanniques et Canadiens français, et s'expriment par de nombreux discours et écrits.D'autres formes de langage expriment ces malaises, notamment le langage artistique.A cette époque un artiste, entre autres, traduit fortement à travers ses oeuvres picturales son engagement sociopolitique.Joseph Légaré est né en 1795 à Québec.Dès 1812, il devient apprenti chez Moses Pierce.Sa tâche consistait à peindre des voitures, des enseignes, des appartements, à effectuer des travaux de dorure et occasionnellement à restaurer des tableaux.D\u2019ailleurs en 1817, l\u2019arrivée des toiles de la collection Desjardins influence l'orientation de sa carrière.Les premières années de sa vie artistique sont consacrées à exécuter un grand nombre de copies de toiles ou de gravures religieuses.Il peut ainsi raffiner et perfectionner -tes echniques picturales.Légaré s\u2019impose comme oemtre.La oroduction de légaré est très diversifiée, il y met \u2018teaucoup d'émotion.Sa peinture est indissociable de ses multiples préoccupations sociales, politiques et culturelles.i Jurant sa vie.U peint 250 oeuvres dont une centaine de tableaux religieux, un nombre restreint de portraits.artiste peintre plusieurs paysages, des épisodes de la vie de son temps et des allégories historiques.Notons que si Légaré put peindre les sujets de son choix sans attendre un cent, il le doit à une aisance matérielle basée sur des biens immobiliers.Artiste, Légaré est aussi un habile collectionneur et diffuseur.Dès ses débuts, il acquiert une trentaine d'oeuvres de la collection Desjardins, qu\u2019il explose par la suite.En 1845, il est l'un de ceux qui propiosent aux autorités municipales la création d\u2019une galerie nationale à Québec, afin d\u2019entretenir le goût des beaux-arts au pays et d'en faciliter l'accès à la jeunesse.Cette demande reste hélas sans lendemain.Par sa production artistique légaré est un pieintre engagé.Plusieurs sujets de ses oeuvres ont été inspirés par ses préoccupations sociopolitiques.Il s'engage à fond face aux problèmes qui marquent son épioque.C'est surtout à partir de l'épidémie de choléra de 1832, qui frappie la ville de Québec, que légaré manifeste son intérêt pour la ville et ses concitoyens.D'ailleurs, il nous reste aujourd'hui le tableau qu'il en a fait.L'expression de souffrance et de désolation y est très présente.On y retrouve une forte caractéristique de son tempérament.légaré n'hésite pas à prendre pxisition sur des questions relatives au progrès et, à partir de 1827, il devient un admirateur de Louis-Joseph Papineau.En 1834, il est et patriote parmi ceux qui font signer la pétition en faveur des 92 résolutions, où griefs et demandes de la Chambre d'assem blée se retrouvent.En 1837, il pieint un paysage du monument à Wolfe qui est une allégorie liée aux idées politiques des troubles de 1837-38.Wolfe y symbolise le conquérant, auquel un Indien, défenseur du pays, rend les armes.En 1842, il pieint la bamnière de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec dont il est un des fondateurs.légaré s\u2019impose encore comme pieintre paysagiste.Le paysage est l\u2019un des domaines dans lequel il se montre le plus novateur.Premier artiste paysagiste canadien-fran-çais, il affectionne les chutes, les rivières, et certains paysages urbains.Comme nous pouvons le constater, la production artistique de Joseph Légaré présente un net contraste avec celle de ses contemporains des plus prolifiques de l'époque, tels Jean-Baptiste Roy-Audy, Antoine Plamondon et Théophile Hamel.Sa production déborde largement du cadre religieux et du piortrait.Après sa mort, en 1855, son oeuvre demeure à sa veuve avant de se retrouver entre les mains de l\u2019Université Laval en 1874.Il impiorte de retenir que par son implication culturelle Joseph légaré a été un patriote qui défendit ardemment la cause des Canadiens français.Clémence Bélanger, étudiante au baccalauréat en histoire à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières ifl se: fai vé sa vrf mi IT au 18 ep qu far ba pa co ter aie pu lo: pe té; CO pr Ri pa pc rit èt la su m d\u2019 fu ri éc lie u al co né U te co le r fr a- eu jo C 4 ju Cahier spécial Le Nouvelliste - PAGE 7 Les Patriotes 1837- 1987 Siméon Marchesseault, instituteur et patriote Le 150e anniversaire des événements de 1837-38, nous permet de vous présenter un valeureux patriote: Siméon Marchesseault.Nous donnerons d abord quelques notes biographiques, pour ensuite vous faire découvrir à travers sa correspondance personnelle, trésor inédit conservé aux Archives du Séminaire de Trois-Rivières, une étape importante dans sa vie de patriote et héros.Abraham-Siméon Marchesseault naquit à Saint-Ours, Bas-Canada, le 18 février 1806.Fils d'Abraham-François Marchesseault, maître forgeron et d'Emilie Cormier, il était par son père et par sa mère d\u2019ascendance acadienne.D'après Laurent-Olivier David, Marchesseault aurait étudié quelques années au petit Séminaire de Montreal et au Collège de Saint-Hyacinthe pour l'année 1821-22.Après ses études, il devint instituteur à Saint-Denis-sur-Richelieu.Il épousa à cet endroit Judith Morin, le 22 septembre 1829.De cette union naquirent huit enfants.Marchesseault éprouva de la difficulté à faire vivre sa famille, il abandonna alors son métier pour la charge d'huissier de la cour du banc du Roi du district de Montréal.Siméon Marchesseault fut un patriote ardent, actif, intelligent.Il ne tarda pas à joindre les rangs des partisans de Louis-Joseph Papineau dans la lutte constitutionnelle.Son instruction, son expérience dans l'enseignement jointes à ses dons d\u2019orateur lui donnaient de l\u2019emprise sur le peuple.Il en profitait alors pour se faire l'un des champions des réformes politiques réclamées depuis longtemps.Sa présence comme orateur aimé des foules fut remarquée lors des manifestations populaires de mai 1837.Marchesseault soulevait le peuple contre le gouvernement et le poussait à la révolte par ses propos exaltés.C\u2019est ainsi qu'il qualifia les résolutions de Lord Russell de \"violation du contrat social\" et disait regretter que les Canadiens français n'avaient pas pris le parti des Américains en 1775.A la fameuse assemblée de la confédération des six comtés de la vallée du Richelieu, tenue à Saint-Charles le 23 octobre, Marchesseault se distingua parmi les chefs patriotes et c'est à sa demande que se réunirent les délégués pour rédiger les retentissantes résolutions qui servirent de prétexte aux autorités pour déclencher les hostilités.Personne ne fut surpris, lorsque éclata la rébellion, de voir Marchesseault être l'un des premiers à prendre les armes.Le 23 novembre 1837 il prit part à la bataille de Saint-Denis, puis deux jours plus tard, à celle de Saint-Charles-sur-Richelieu.Dans ce village, Marchesseault se distingua en prenant le commandement des troupes.Il se battit en désespéré aux côtés d'une centaine d'hommes contre des troupes aguerries et trois fois plus nombreuses.La lutte fut courte mais sanglante puisque 24 des patriotes y trouvèrent 'ine mort glorieuse.Bientôt l'artillerie brisa les remparts, le camp fut entouré et pour échapper à un massacre certain.Marchesseault dut s\u2019enfuir II s\u2019élança au milieu des soldats anglais et faillit se faire tuer lorsqu'une balle pénétra dans une liasse de papiers qu\u2019il portait dans la poche de son habit.11 se dirigea alors vers le village.Pour éviter de se faire reconnaître il utilisa une ruse: il se confondit aux soldats qui avaient mis le feu à sa demeure.Ainsi il put y pénétrer pour chercher des papiers importants avant de se cacher dans les bois, pour se soustraire à la poursuite des volontaires.Le 1er décembre 1837, Marchesseault était obligé de partir pour les États-Unis en compagnie du Dr Nelson et de quelques autres patriotes dont les têtes étaient mises à prix.Dépassé Farnham.une alerte le fit s'écarter de ses compagnons et il s'égara dans les bois.Il fut arrêté, épuisé de faim et de froid, le 7 décembre, à Bedford près de la frontière américaine.Le 12 décembre, on l'emprisonna à Montréal en même temps que Robert S.M.Bouchette, Wol-fred Nelson, Rodolphe Des Rivières et Henri A.Gauvin, également capturés aux frontières.Le 26 juin 1838, il acceptait avec sept autres patriotes de signer un aveu de culpabilité en échange de l'amnistie des autres prisonniers politiques.Deux jours plus tard il fut condamné à l\u2019exil par la proclamation de Lord Durham.C\u2019est donc l'éloignement aux Bermudes pour ces huit généreux patriotes.Le 4 juillet, il quitta Québec à bord de la Frégate Vestale, où il débarqua le 28 juillet.Tous les exilés furent élargis le 26 octobre 1838, mais Siméon Mar- Comme la bataille est perdue, Siméon Marchesseault, les habits noirs de poudre, lance son cheval par-dessus le rempart.chesseault ne put revenir au Bas-Canada, le procureur général d'alors, Ogden, craignant qu'il ne fomente de nouveaux troubles.Il se réfugia à la frontière américaine, dans le Vermont, où il vécut péniblement, dans la plus grande pauvreté.Ce n'est qu\u2019en 1841 que Siméon Marchesseault put rentrer au pays pour retrouver sa famille et pour reprendre ses paisibles fonctions d'huissier à Saint-Hyacinthe, où il décéda, grand connétable du district, le 8 juillet 1855.Nous retouvons dans sa correspondance personnelle une quantité appréciable de renseignements sur la période 1837-40.Nous ne pouvons en donner que des exemples très succints comme ces émouvantes lettres que Simeon Marchesseault écrivait à son épouse de sa prison de Montréal.\u201cPrison de Montréal\u201d Janvier 1838 .\u2018Je fais essayer, chère Judith, de te jaire le récit abrège des misères, des Jatigues.des pneatwns, des insultes de tout genre que j ai eu à souffrir depuis que des circonstances Jatales m ont Jorce de m eloigner de Saint-Charles et de me séparer de toi; de te laisser aéec un jeune enfant, sans autres moyens pour ri ère et Vous loger que la chante publique, ou la générosité If quelques amis iensibles, dignes du titre de Patnotes.Marchesseault écrivait - fin janvier 1838 .le te pne de m envoyer au plus tôt une mre Jf draps, un lit île baudet, quelques bvres de boeuf et de lard, du beurre, et ihi tucre.J ai faim, je suis dans un cachot a peine assez grand pour me lontemr.avec un plancher nu pour lit.U continue ainsi Ju reste, chère Judith, il faut se preparer à tout événement, et si je succombe sous le poids et l injustice de jausses accusations, j\u2019espère au moins que mes enfants n \u2019auront point a rougir de la mémoire de leur père.\" Ces quelques extraits de documents précieux relatant des passages de la vie difficile d\u2019un homme époux, père attaché profondément à sa famille et fièrement patriote, vous laissent présager de la richesse de cette correspondance déposée aux ASTR par Montarville Boucher de La Brière et regroupée dans le fonds Siméon-Marchesseault (FN 0418).Siméon Marchesseault fut un patriote avant tout.Il était brave et d'une générosité remarquable.Il n'a pas craint de prendre les armes pour tenter de libérer le peuple canadien-français de l'oppression britannique du Bas-Canada en 1837.Louise Rousseau, Etudiante a la maîtrise en études québécoises a l'Université du Québec à Trois-Rivières Un vieux livre rouge Je donnais mal.ce qui n'est pas mon habitude.Je descends dans ma bibliothèque et je me mets à feuilleter des bouquins.Minuit, une heure du matin.Je mets la main sur un vieux livre rouge, acheté d\u2019occasion quelques années plus tôt, et je le lis jusqu'à ce que l'aube ait fait rougeoyer tout le ciel.Ce livre, c'était \u201cLes Patriotes\u201d de L.-O.David.Quelques années plus tôt, sur les bancs du vieux Séminaire de Nicolet, j\u2019avais résisté au savoir.Foin des versions latines et grecques! J'écrivais des poèmes et je dessinais les saules tordus des rives de la rivière.Le jour où on avait évoqué, en classe d\u2019histoire, les années tumultueuses de 1837-38, je devais regarder dehors.Aussi cette nuit-là, sorte de Chemin de Damas dans mon itinéraire littéraire, je me trouvai face à face avec des êtres plus vrais que nature qui surgissaient tout costumés d\u2019entre les pages jaunies du vieux livre rouge.Ma fibre de romancier en fut retroussée.Devant moi se dressaient des personnages qu\u2019aucun conteur n\u2019aurait eu l'audace de proposer à ma fantaisie de ses auditeurs.Un décor aussi, planté à la mesure d\u2019un pays.Ne me restait plus qu\u2019à emboucher ma corne de brume et à souffler, souffler jusqu'à ce qu\u2019ils surgissent tous, encore empêtrés, du brouillard de l\u2019histoire.Je les ai portés comme une mère porte ses petits, je les ai couvésdans la fumée de ma pipe, j\u2019ai grelotté et souffert avec eux.Un seul manquait à l'appel, qu'il me fallait encore tirer de mon imagination.Il est venu en hiver, vers les quatre heures, quand la lumière s'épuise.Il est passé derrière la maison, chaussé de ses raquettes, remorquant une traîne recouverte d une catalogne à dominante de mauve.Je ne savais pas encore ce qu'il y avait là-dessous.Lui, s'appelait Hyacinthe Bellerose.Sept, huit ans plus tard, cette rencontre marque encore ma vie.Tout un pan de mon oeuvre s\u2019est trouvé teinté du souffle des Patriotes.Il m\u2019arrive même, quand je regarde en avant, de voir leur ombre dépasser le point de mes quarante-cinq ans.pour projeter leur présence sur l\u2019oeuvre à venir.Et je voudrais que mes enfants \u2014 ma fille, mon fils \u2014 marchent un jour à leur tour à la rencontre de ces êtres plus vrais que nature, pour célébrer dans des retrouvailles, par-delà le temps, une continuité dont chaque souffle tisse la trame.Je voudrais que les hommes et les femmes de ce pays se souviennent enfin qu\u2019ils ne sont pas les premiers hommes et les premières femmes sur cette terre.Qu\u2019en s'effondrant dans leur lit, le soir, après une journée bien remplie, ils sentent couler dans leur sang la fatigue des Patriotes morts cent cinquante ans plus tôt, mais qui ne demandent toujours qu\u2019à vivre.Louis Caron, romancier Les patriotes de mon enfance '.Assise aux portes
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